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Chandelle

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Général
Feuille de Personnage


Message Lun 1 Oct 2012 - 17:33


● Nom : Je n'en porte pas.
● Prénoms : J'ai toujours aimé mon prénom : Cybeline.
● Sexe : Je suis une femme.
● Âge : Je ne sais pas trop, je crois que j'approche de la vingtaine, en tous cas, mon corps ne change plus et je suis prête à faire tant l'amour que la guerre.
● Origine : [Poste à pourvoir] Je viens de Lorath, de la plus grande des trois îles. C'est loin d'ici.
● Métier : [Artisan] J'illumine. J'ai appris à faire la cire des bougies, l'huile des lampes. J'étais Chandelière, maintenant je suis Femme-sel. Je me doute bien que ce n'est pas la même flamme qui me sera demandée.


● Physique : Lorsque je trouve un miroir où me mirer, ce que je remarque en premier, c'est ma pâleur. Bien que je sois en bonne santé, mon teint n'a jamais daigné être chaud, pas plus que vif, et toujours j'ai eu accrochée à mes joues cette allure que les bonnes âmes ont décrite comme diaphane et que la plupart ont préféré définir comme blafarde. Bien que je sois insulaire, j'étais assez peu souvent au dehors, étant un petit rat d'atelier, ce qui a assez préservé mes traits du tannage mais n'a pas aidé ma peau à porter une quelconque chaleur. La seconde chose qui vient, après le blanc de mon teint, c'est le gris de mes yeux, luisants comme des billes de métal. Ils viennent de mon père, c'est toute la richesse qu'il m'a léguée.

Mon visage est fin, j'ai eu de la chance, ma mère m'ayant cédé tout ce que ses traits avaient de délicat. J'ai des lèvres assez épaisses et très roses dont je suis, je l'avoue, très fière, tant elles appellent au baiser. D'ailleurs, c'est quelque chose que j'adore faire, depuis toute petite, presser mes lèvres contre les peaux plus chaudes que les miennes, me les mordiller, faire des moues, les pincer : vous me verrez toujours avec une expression accrochée au visage, fusse-t-elle seulement pensive. J'ai un petit nez sans vrai charme ni disgrâce et un visage assez rond, qui me donne un air juvénile. Je n'aime pas mes mains, qui ont souvent été brûlées, tachées, abimées, elles sont un peu calleuses et très couturées. J'ai perdu mes gants, c'est un vrai regret. D'ailleurs, l'huile brûlante m'a aussi laissé un souvenir sur une épaule, ainsi que quelques taches éclaboussées sur la gorge. Ça a assez bien cicatrisé, mais ma peau reste un peu rose et un peu gonflée là où la chaleur l'a embrassée trop fort. Mes genoux également, je ne les aime pas, cagneux, osseux, trop prononcés, on dirait un mauvais bourgeon. Je m'amusais avec mon oncle à prétendre qu'il allait bientôt me pousser un autre bout de jambe par là. Toutefois, en dehors des ablutions, il est rare pour une femme de montrer ses jambes au tout venant, aussi je me contente de veiller à ce que mes jupes tombent bien.

Avec ma pâleur soulignée par mon épaisse chevelure noire, j'ai l'air fragile, évanescente et si je voudrais bien m'avouer plus robuste qu'une petite fleur, je dois bien admettre qu'on ne me verra jamais accomplir le moindre tour de force. Je suis trop fine, trop fluette pour ça. Ce n'est pas que je sois maigre, j'ai mangé à ma faim la plupart du temps. C'est seulement que mon labeur se faisait dans la minutie plus que dans l'effort. Heureusement, avoir accompagné fréquemment mon oncle, grand amoureux de la mer, dans quelques unes de ses ballades sur les côtes, voire entre les vagues, m'a sauvée de l'impotence. Je nage très bien, c'est de famille, et mon oncle tenait à ce que je ne perde pas ce don malgré mon éloignement des côtes. Aussi, j'ai gardé quelque chose de dansant dans la démarche, de souple dans le pas, mais je ne suis jamais plus gracieuse qu'une fois dans l'eau.

De Lorath, j'ai pris l'habitude de bien me vêtir. Malgré mes origines modestes, je porte mieux les belles toilettes que les simples tissus de lin et j'ai l'air pataude dans ses tenues qui ne me correspondent pas. Je me sens nue lorsque je ne suis pas bien couverte et bien montrée à la fois et, si mon île natale est pleine de négoces et d'apparat, je n'ai jamais su mentir, pas plus que faire semblant. J'en suis incapable. Mes émois et hésitations se lisent très simplement dans mes mimiques ou dans mes postures. De fait, je passe difficilement inaperçue. Ce qui ne rend pas, loin s'en faut, toujours service.


● Personnalité : Je me considère comme quelqu'un de très normal, lorsque les gens qui m'entourent s'accordent à me trouver au moins bizarre. Je rêve trop, à leurs yeux, je crois trop à mon instinct, mon intuition et à mes rêves. Ma mère m'a toujours encouragée dans cette voie, m'a toujours appris à écouter ce qui murmurait à mes sens et à mes pensées, juste derrière les miennes. Je suis certaine que nous avons tous ce chuchotement complice en nous, et que s'il vient parfois à susurrer des mauvaises choses à faire chez certains, c'est parce qu'elle a été étouffée, maltraitée, et qu'elle est devenue revancharde.

Il me semble, d'aussi loin que je me souvienne, avoir toujours été heureuse. Oh, ma vie n'a pas été toujours facile mais dans chaque épreuve il y avait quelque chose de bon, de beau ou de tendre auprès de moi. Peut-être avais-je de la chance, peut-être aussi était-ce parce que je m'efforçais de voir le bonheur sous son déguisement d'infortune. Je suis optimiste et confiante. Je sais, oui, que ça me rend manipulable et faible aux yeux de quelques personnes, mais ça m'est égal. On peut me mentir, on peut me tromper, moi, j'essaie toujours de bien faire. Je suis gentille, je crois bien, je crois aussi que c'est le propre des gens heureux. Un voisin de ma mère disait que j'étais imbécile et que c'était pour ça que j'avais le sourire même le ventre creux, je ne pense pas que ça soit exact. Certes, je ne suis pas exactement un génie et les sciences ne sont définitivement pas pour moi, mais je sais voir, je sais comprendre. C'est juste que je ne juge pas et que j'en parle le moins possible. Je ne suis personne pour vivre à la place des autres et, comme j'ignore ce qui a pu conduire quelqu'un à mal agir, je ne l'incrimine pas, même quand j'en fais les frais. Seulement, je suis attentive, j'essaie de comprendre et parfois, quand je trouve une solution, je l'expose.

C'est sans doute pour ça qu'on me considérait étrange sur mon île : je ne dis rien, je regarde, j'attends, et un jour je m'approche de personnes à qui j'avais échangé jusque là qu'une seule grappe de mots et je leur parle comme si je les connaissais depuis toujours. Mais c'est une impression sincère, et sans calcul. Ils disaient que j'entendais des voix et c'est vrai que, petite, j'étais solitaire et je m'étais inventée toute une cour d'amis. Ça m'est passé avec le temps, en grandissant, même si, dans les moments de tourmente, il m'arrive à nouveau de confectionner une poupée de chiffons pour lui demander conseil. Peu ordinaire, d'accord, mais je ne fais de mal à personne ! Et si je laisse une coupe de lait auprès de ma porte, c'est pour que les cauchemars aillent le boire et n'entrent pas dans mon lit. On peut dire ce qu'on veut, j'ai toujours constaté que ça marchait. Ils le disaient ! J'étais chanceuse. Je crois bien que c'est parce que j'ai su séduire la chance.

J'ai toujours été très douce, chaleureuse, mais un peu en retrait. Quelque part, je me dis que mon métier m'était destiné. Comme une chandelle, on m'ignore tant que le soleil brille, mais quand vient la nuit, je peux être de bon conseil, un bon guide, et une chaleur diffuse, rassurante. Je ne suis pas mère, mais j'aime déjà ma progéniture. Je les sens dans mon ventre par avance comme je sens battre le cœur des espoirs et des craintes d'autrui lorsque je les vois dormir. Ce n'est pas une sensation physique, ce n'est pas vraiment un son mais je sais qu'il sont là, qu'ils vivent déjà. Je crois que nos enfants sont pour moitié de notre sang et pour l'autre moitié de cette matrice de fantasmes qu'on entretient dans nos songes. Je l'avoue, j'aime plaire. Non pas séduire, mais plaire. Je cherche toujours à faire pétiller une étincelle de joie ou de satisfaction autour de moi. C'est ma façon d'être, et si on m'a dite molle ou inconsistante, je peux affirmer que ce n'est pas vrai. Je veux convaincre par la tendresse, plus que par la raison ou la dureté.

La violence me répugne. Elle me terrifie. Je peux rester calme devant les menaces, j'ai très rarement peur pour moi lorsque j'y songe avec recul, mais je suis vraiment faible face à la douleur. On peut tenter de briser mon esprit longtemps, j'ai trop foi en l'avenir pour qu'on puisse y parvenir, mais une gifle peut me faire fondre en larmes. Je n'ai pourtant pas été plus épargnée qu'une autre et ma mère comme mon oncle m'ont élevée comme il le fallait, avec quelques punitions, mais je n'ai jamais su faire face à ça. C'est une bien grande faiblesse, surtout là où j'ai échoué, mais je ferai face et des offrandes de belles pierres à leur mer. Je pourrais peut-être amadouer leur dieu-noyé à son tour, après tout, il m'a épargnée une fois. Était-ce parce que je lui ai déplu, ou parce qu'il m'a accordé la faveur de vivre ? Je ne sais pas. Peut-être un jour oserais-je la question.


● Famille : Ma mère se nomme Cybèle. Nos noms se ressemblent, n'est-ce pas ? C'est une très brave femme, beaucoup plus terre-à-terre que moi. Elle n'a pas pu me donner « la vie dont elle rêvait » pour moi, mais je ne lui ai jamais, ô grand jamais, gardé la moindre rancune de quoi que ce soit.
Mon père est parti. Il avait fait miroiter à ma mère le mariage, ses biens, son aisance, pour la séduire. Quand elle fut visiblement enceinte, il repartit sur son île sous prétexte d'aller quérir de quoi s'installer là, avec elle, et célébrer enfin cette union. A ce que j'ai su démêler, il était en réalité déjà marié, mais ce ne sont que discussions entre ma mère et son frère que j'ai saisi. Je ne connais pas son nom, je sais juste qu'il avait les yeux gris.
Mon maître se faisait surnommer « Mainate », au point que je ne me souviens plus de son nom véritable, bien que je sois à peu près certaine qu'il me l'ai dit un jour. Mainate, c'était pour sa barbe épaisse et noire malgré son âge, sa voix haut perchée et sa façon de répéter avec une ironie cinglante tout ce qu'il estimait être une bêtise proférée. Bourru, avec des manies et des accès de violence, il n'a pas été facile à amadouer, mais j'y suis parvenue. A la fin, il ne me corrigeait plus, il avait même des intentions affectueuses envers moi et avait lâché que j'étais presque comme une fille pour lui. Je l'ai beaucoup pleuré, mais peu de temps, puisque je l'ai rêvé volant dans les cieux. Je sais qu'il est très heureux, maintenant.
Mon oncle, Garald, est – était... – l'un de ces hommes payés pour sécuriser les navires et prévenir les dangers en mer, lors des voyages commerciaux. C'était l'une des premières fois qu'il partait aussi loin. Il est mort dans le naufrage, comme tant d'autres. Je n'ai pas encore rêvé de lui.



● Résumé : Enfant naturelle d'un riche commerçant de Lorath, Cybeline a vécu dans la pauvreté mais l'amour des siens. Plus ou moins vendue à un chandelier en tant que petite main, elle a su, avec le temps et son étrange caractère, apprivoiser le vieil homme. Son décès a entraîné la reprise de son échoppe par son fils, un homme violent qui contestait ce que le vieillard avait offert à la jeune femme. Pour protéger sa nièce, l'oncle de Cybeline l'a alors emportée avec lui sous un prétexte fallacieux sur un navire commerçant, espérant que le temps et la distance du voyage permettrait à toute l'affaire de se décanter, ou de lui trouver un mari et donc un protecteur dans l'équipage. L'attaque et le naufrage du navire au large des côtes des Terres de l'Ouest ont mis fin à ces projets.

● Histoire : Mon premier souvenir, c'est celui de mon oncle me montrant la mer et en m'affirmant, un grand sourire aux lèvres, qu'il me présentait là sa femme. Marin depuis toujours, il vouait une passion vibrante aux flots et j'ai une mémoire très précise de m'être dite, du haut de mon très jeune âge, que je fondrais pour le premier homme qui me regarderait comme lui regardait les vagues.

Je suis née dans une famille plutôt réduite. Mon oncle Garald n'avait pas d'épouse, ma mère Cybèle n'avait pas de mari et moi je n'avais pas de père. Je sais pourtant que, si nous étions passablement pauvres et que mon oncle trompait la mer avec l'alcool régulièrement, nous étions plutôt heureux à nous trois. Ma mère et moi mangions comme des oiseaux, elle reprisait et lavait les tenues des familles plus aisées autour de nous et les quelques piécettes cédées par ces foyers nous donnaient de quoi nous réchauffer et peu de choses pour occuper nos journées. La couture occupe les doigts et les tâches de lavandières font les bras, mais elles ne modèlent en rien la tête, aussi avions-nous pris l'habitude, sitôt que je pus lui donner la réplique, de nous raconter l'une à l'autre des histoires ou d'en inventer ensemble. Lorsque mon oncle revenait de la mer, il était parmi nous comme le patriarche et il affirmait haut et fort qu'il se sentait plus riche que l'Archonte lorsque nous lui contions tous les exploits imaginaires que nous avions accompli par l'esprit jusque là. Maman pleurait parfois, il était violent à l'occasion, mais dans l'ensemble, nous avons beaucoup ri. Garald me « volait » à ma mère, comme il le disait, et m'emmenait voir son épouse, qu'il nommait « le reste de la famille ». Mon grand père et son grand père avant lui avaient vécu sur les flots et leurs épouses avaient gagné le pain de leurs progénitures de ses rivages. Garald voulait que je le sache, que toute mon âme s'en imprègne. Nous nagions beaucoup, il tenait à ce que je puisse me tenir sur un navire comme il le fallait. Après tout, puisque je n'avais pas de père, je n'étais plus que de leur sang à eux, alors je devais tout avoir de la famille. Il m'a transmis cet amour inconditionnel et contrarié, ainsi que la certitude tranquille que cette affection profonde, cette passion féroce, deviendrait notre tombe à tous trois comme elle a été celle de tous nos pères et de la plupart de nos mères avant nous.

J'eus une dizaine d'années, ce qui se faisait âgé pour une enfant qui était encore à accompagner sa mère dans son labeur relatif et j'entendais souvent mes deux repères se disputer à ce sujet, à voix basse, après m'avoir envoyée dormir. Quand ma mère me prit les mains à la fin d'une histoire à propos des oiseaux et de leurs nids, je compris qu'elle avait quelque chose de pénible dont il fallait qu'elle me parle. Je lui ai embrassé le front, le nez et les deux joues avant de lui dire que je l'écoutais. Elle fondit en larmes, ce que je ne compris pas, et partit se coucher sans mot dire. Je dormis au pied de notre lit ce soir-là, ne voulant pas froisser la boule qu'elle avait faite toute seule avec les draps ; au lendemain elle trouva la sérénité suffisante pour me dire qu'il fallait que je parte. Je devenais trop grande, je mangeais davantage, elle n'avait rien à m'apprendre et on était trop de deux pour les petits travaux qu'elle réussissait à glaner ça et là. Il fallait que, contrairement à elle, j'apprenne quelque chose qui pourrait me servir pour avoir quelques sous avant de me trouver un bon mari, ou d'au moins continuer à me vêtir. Je lui dis simplement que j'étais d'accord, puisque je n'avais rien à objecter à tout cela, et elle m'emmena voir un homme qui avait accepté de m'apprendre un peu de son métier. C'était un chandelier, un faiseur de bougies et d'huiles à brûler. Ça n'était pas ce qu'il y avait de plus prestigieux à Lorath, mais Lorath n'est pas que son velours. Partout où il y a des hommes, il faut des lumières, et cet homme en modelait le support.

Quand on me le présenta, je lui souris, il me gifla pour tout bonjour. Il affirma qu'il détestait les marmots goguenards, je me mis à pleurer, il me gifla une seconde fois, je me tus. Ma mère s'esquiva, les yeux bas, bredouillant qu'elle reviendrait me voir souvent, ce que je sus d'office un peu faux, puisque c'était très à l'intérieur des terres et donc un peu loin. Mais je pris ce mensonge avec tendresse et bienveillance, m'assurant que je l'attendrais, regrettant de ne pas savoir écrire pour coucher sur papier les histoires qui ne manqueraient pas de me venir, puis je me consacrais à cet homme qui devait m'enseigner son art. Je ne fus pas dupe, il ne comptait rien en faire, il me l'affirma d'ailleurs. J'étais là, disait-il, pour ses sales besognes, son linge, son ménage, sa pitance et tout ce que ses vieux os pouvaient trouver pénible à faire : convoyer les messages, aller chercher de menues denrées, veiller l'arrivée de ceux qui devaient livrer le plus gros de notre matériel, l'entretien et ces choses-là. Non, je n'étais pas dupe, mais j'avais espoir. Il me terrorisait avec ses coups, mais je voulais croire instiller un peu de mes contes, de ma gentillesse, de ma bienveillance. D'abord il se moqua, oui. Mais quand il tomba malade et que mes soins attentionnés lui permirent de se rétablir sans perdre trop de clients, puisque j'étais parvenue, non pas à avancer le travail, mais à convaincre les gens d'attendre et de faire preuve de compassion, il changea de regard sur moi. Ce fut long, ce fut difficile, mais petit à petit, il commença à m'inviter à venir le voir faire, évidemment, une fois que les tâches qu'il m'avait données étaient achevées. Mais au moins il m'expliqua. Ma mère vint deux fois, la première fois au bout de deux années, la seconde fois un peu plus vite. Mon oncle, lui, vint me voir sept fois en tout et parvint à me « voler » deux fois, pour m'emmener voir la mer avant de me rendre à mon maître chandelier. A chaque fois, il me demandait s'il me traitait bien, s'il m'avait touchée – je ne compris pas exactement ce qu'il entendait par là – et si j'avais à m'en plaindre. A chaque fois, je lui assurais que tout allait très bien. Ce qui était très vrai à mes yeux.

J'avais une quinzaine d'années et j'aurais pu attirer les regards des hommes si je n'avais pas été presque toujours enfermée dans l'atelier. Je n'éprouvais guère le besoin de sortir, j'étais déjà bien « vieille » pour ne pas encore savoir tout à fait comment faire, pour ne pas avoir de métier en soi, et puis, depuis que Maître Mainate voulait bien écouter mes histoires, j'étais la femme la plus heureuse du monde entre ces murs un peu humides à l'odeur capiteuse. Il retomba malade, je le soignais encore, il s'en sortit une seconde fois. A sa troisième rechute, il m'offrit nombre de présents, il me serra dans ses bras, ce qui était bien la première fois qu'il le faisait. La barbe blanchie, les yeux humides, il me dit que j'avais été sa petite chandelle, sa lumière dans sa chambre de mort, et il périt.

Je le pleurais beaucoup les premiers jours, jusqu'à le rêver volant dans les cieux, Mainate enfin, heureux tout à fait. J'arrêtais de le pleurer aussitôt. Un homme vint un jour alors que je lavais les marches en sifflant gaiement. Il ressemblait à mon vieux maître, mais je le reconnus d'abord par la gifle appuyée qu'il me donna en guise de bonjour. Interloquée, je ne dis rien, reculais rapidement. Il se présenta comme le fils de mon défunt Mainate et m'adressa la parole en des termes orduriers. J'étais une voleuse, une traînée, une salope qui lui prenait son héritage, il était hors de question que je m'en sorte ainsi. J'allais le servir comme j'avais servi son père, voilà tout. Je cherchais dans ma mémoire le souvenir de cet homme que j'avais du croiser encore garçon quand j'étais très fillette, sans plus trop me rappeler si je m'étais contentée de l'imaginer lorsque mon maître l'évoquait, ou si je l'avais bel et bien vu moi-même. Il me battit encore, je cessais de réfléchir, il m'enferma dans cette maison que je ne quittais pourtant pas et je dus lui obéir. C'était un mauvais homme. J'étais tétanisée de panique devant lui, n'osant plus bouger, parler, regarder même. A ma grande surprise, mon oncle vint.

Un voisin l'avait averti. J'avais toujours été gentille, selon lui, je ne méritais pas qu'on vienne me « secouer » ainsi alors que j'avais servi avec amabilité et diligence, d'après lui, du moins c'est ce qu'il affirma lorsqu'au devant de la demeure, Garald le prit à témoin après avoir presque cassé la porte à force de la frapper avec vigueur. Ils en vinrent aux mains. Mon oncle lui fendit l'arcade sourcilière, sans que la blessure ne soit grave puisqu'il était encore bien debout, mais il saignait beaucoup. Il vociférait qu'il allait faire mettre en geôles mon oncle, que je serai bientôt pendue, lapidée, écartelée même. Mon oncle me « vola » une dernière fois.

Sur le chemin, il était inquiet. L'homme était un peu riche et très déterminé à reprendre le moindre denier de son père dont je m'étais occupée. C'était dangereux, objectivement dangereux et si mon oncle n'avait pas peur pour lui, il craignait beaucoup pour moi. Garald me demanda s'il m'avait touchée, et cette fois-ci, je compris. Je lui dis que non, il dit que c'était bien, qu'il faudrait me trouver un bon mari et que j'étais assez jolie pour ça, mais qu'il fallait surtout trouver un abri pour moi, puisque lui allait partir en mer. Une belle mission, longue et dangereuse, mais très bien payée, qui lui permettrait de se trouver un coin et de finir ses jours en pêchant auprès de ma mère, ce qui serait assez à deux, mais sans doute pas à trois. Il chercha une solution, je refusais de rejoindre ma mère, laquelle était malade, laquelle était faible et que je ne voulais pas exposer à la vindicte de cet homme. Avec un soupir et une belle dose d'audace, il déclara qu'il y avait une solution simple pour me mettre à l'abri quelques temps, avant de trouver quoi faire et s'il fallait envisager de se venger du fils de mon Maître : j'allais partir avec lui sur le navire.

Le capitaine rechigna, arguant qu'une jeune femme sur un navire portait malheur. Mon oncle négocia longuement, présenta ses raisons, me montra même à l'individu. Ses paroles me résonnaient dans la tête, je contemplais les vagues, croyant presque voir la femme de mon oncle s'apprêter à lui tisser un lit mortuaire plutôt de conjugal, mais le capitaine céda finalement. Nous partîmes.

Les premiers temps, j'étais terriblement heureuse. Cette mer ! Cette beauté ! Comment avais-je pu passer autant de temps sans l'embrasser, sans voguer sur sa chevelure ? C'était splendide ! Même les tourments, même les écueils me paraissaient désirables et fantastiques. Ils m'inspirèrent mille histoires que je contais au soir à mon oncle d'abord, puis à une bonne part de l'équipage ensuite. Ils aimaient m'entendre, ils trouvaient que je mettais beaucoup de vie dans mes récits. J'avais oublié le malheur jusqu'à voir les côtes de terres inconnues, qu'on me disait « de l'Ouest ». Je me souvins soudain de ce pressentiment, qui m'étreignit les entrailles. Je tournais tête au cri de la vigie et distinguais un navire approchant, à l'allure différente d'entre tous.

Je crois que Garald n'était pas mort lorsqu'il a été jeté à la mer. Il était blessé, mais il hurlait encore, de rage, et non de peur. Moi, j'étais terrifiée, incapable de quoique ce soit. Petite chose recroquevillée près d'un drapé étiré, volé de nos cales et laissé à flotter comme un morceau de nuit, on ne me vit pas tout de suite. Je cherchais mon oncle, m'attendant à le voir surgir des flots, il nageait si bien. Mais rien. Rien du tout. Il y eut du feu, dont je ne vis pas l'origine, il y avait moins de cris et bien plus de rires. Un homme me vit, grand, couturé, couvert de sang. Son regard me susurra ce qu'il escomptait faire à me voir et, sans plus réfléchir, retrouvant d'un coup mes jambes, je m'offris à la mer.

L'eau était bien plus froide que je ne l'avais pensée. Elle me saisit toute entière, elle me mordit tout le corps, sans m'engourdir pourtant. J'avais l'impression qu'elle me battait à son tour, qu'elle me traitait d'imbécile. Imbécile, imbécile ! Pourquoi vouloir mourir lorsque tu peux encore vivre ? Pourquoi vouloir gâcher tous les efforts de ton oncle pour te protéger d'un homme si c'est pour te jeter aux flots sans combat ? Je perçais la surface, hoquetais de l'eau saline, empêtrée dans ma robe, ne sachant pas même comment j'avais pu trouver la force de revenir vers l'air. Le boutre était assez proche, battu par les vagues, mais accolé aux ruines du navire enflammé qu'ils pillaient encore, qu'ils quittaient surtout. Sans réfléchir encore, je nageais vers sa coque, l'eau me tirant en arrière, le froid me tirant vers le fond. J'étais à demi suffocante lorsque je touchais le bois du bateau qui avait porté les assassins de Garald, et je m'y agrippais de toute ma volonté. J'essayais de grimper, la coque était trop lisse, mais je m'obstinais, poussée par ce murmure pressant de la mer : si je ne me sauvais pas maintenant, j'aurais gâché toute la vie de mon oncle tant aimé. Je grimpais, retombais, encore et encore, j'en aurais pleuré si je n'avais pas déjà tant peiné à respirer. J'entendis une voix me dire « Laisse-toi te noyer ! » mais je ne lui obéis pas. Je tins bon une fois, parvins à m'extirper jusqu'aux genoux des flots, mais ma robe était trop lourde et mes mains si douloureuses que je ne pus esquisser le moindre geste ensuite. J'étais là, verrouillée, plaquée contre le bois qui me paraissait brûlant au sortir des eaux glaciales, et j'entendais le feu crépiter, les hommes rire, les flots s'écraser contre la coque. Une main se tendit vers moi, relevant la tête, je m'en saisis avec toute la gratitude du monde.

J'échouais sur le pont du boutre, devant celui qui était le bourreau des miens et mon sauveur sur l'instant. Je crachais de l'eau, peinant à tenir, affalée que j'étais. Quelqu'un derrière déclara que je devais bien en avoir envie, pour m'être agrippée comme ça, un autre demander s'il allait vraiment me garder.

Depuis ce jour, je suis la femme-sel de celui qui m'a tendu cette main secourable et pleine de sang. Il s'appelle Sargon Harloi.


● Inventaire : J'ai une robe de Lorath, défraîchie, délavée, pleine de sel, également une ou deux tenues affreuses qui m'ont été cédées sur les Îles de Fer.
J'ai encore un petit coffret avec des huiles et deux parfums à brûler.
J'ai perdu mes bijoux dans l'eau, mais j'en ai trouvé un autre que pour l'instant j'ai gardé.
Je n'ai pas d'argent, pas d'arme, et juste un chiffon serrant du pain et un fromage un peu sec. Ma foi, quand on a faim, tout paraît gastronomique.



● Pseudo : Cybeline, faisons simple !
● Âge : Une grosse vingtaine.
● Divers : Ca n'est pas fréquent de jouer une chandelière.
● Avatar : Astrid Berges-Frisbey.
● Connaissez-vous le Roman ? Je le connais de nom.
● Comment avez-vous connu le forum ? Par Sargon !
● Comment trouvez-vous le forum ?
● De quelconques suggestions ? Ne me tuez pas trop vite !

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Prince de Dorne
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Maron Martell
Prince de Dorne

Général
Insoumis. Invaincus.
Intacts.

♦ Missives : 9101
♦ Missives Aventure : 100
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 23/06/2009
♦ Célébrité : Antonio Banderas
♦ Copyright : © Moi
♦ Doublons : Pryam Templeton, Sargon Harloi, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 44 Ans
♦ Mariage : Daenerys Martell (Targaryen)
♦ Lieu : Dorne, Lancehélion
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
368/500  (368/500)


Message Mar 2 Oct 2012 - 10:50

Bienvenue sur le forum ! Very Happy

Je savais que j'avais raison d'être enthousiaste lorsque nous avions parlé de ce personnage, ce n'est que la confirmation après avoir lu ta fiche ! J'ai littéralement dévoré l'histoire, la première personne donne un petit plus vraiment très agréable ! Puis elle possède un caractère que l'on ne voit pas souvent, je suis persuadée que ça sera très intéressant à voir en RP, j'ai hâte de pouvoir tester ce que ça va donner ! En bref tu l'auras compris, ta fiche est parfaite, mais je ne m'attendais pas à moins ^^

D'un point de vue RP, tu disposes de toutes les ressources que ce que ton propriétaire voudra bien mettre à ta disposition ainsi que de tes possessions de départ. De plus, tu débutes le jeu avec 30 cerfs d'argent, ou tu peux décider de ne rien avoir vu ton statut, comme tu le souhaites. N'oublie pas de les ajouter à ton inventaire, dans ta fiche de personnage (accessible dans ton profil) !

Bref, si cela ne semblait pas encore clair, je te valide ! Tu vas donc pouvoir te lancer dans le jeu ! N'oublie pas de remplir ton profil, ta fiche de personnage et de poster les fiches relatives à ton personnage. Tu peux aussi aller signaler ta position sur le continent à cet endroit. N'oublie pas de consulter les autres sujets du bureau du Grand Mestre pour t'intégrer dans le contexte ou pour découvrir lady Coeurdepierre ! Tu pourras ensuite débuter le jeu en consultant les demandes, en postant la tienne ou en demandant directement à un joueur. En cas de questions, n'hésite pas à poster dans la Tour de la Main ou à m'envoyer un MP. Enfin, n'hésite pas à passer par le flood et la CB pour te faire connaitre et t'intégrer plus facilement sur le forum !

Puisses-tu réussir à trouver ta place sur ces Iles !



« Il faut endosser ses erreurs comme on endosse ses vertus... avec fierté ! Et transformer, en avantages, les conséquences d'une faute. »
«
La vraie passion c'est une quête, pas une impulsion, un emportement, un instinct de chasseur. »
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