AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

"Vénérez la maternité, le père n'est jamais qu'un hasard."

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Lun 3 Sep 2012 - 21:54

Pesante. Si elle avait dû se qualifier d'un seul adjectif en ce jour, la jeune femme qui avançait lentement dans la forteresse troglodytique n'aurait pu en trouver un meilleur ou plus approprié. Le mestre de Castral Roc ne cessait de le lui répéter sur tous les tons, la délivrance viendrait bientôt. Et c'était heureux pour la dame de céans qui, au fils des lunes, ne pouvait plus supporter ce perpétuel handicap qui l'alourdissait et la fatiguait de plus en plus. Certes, l'idée d'être -enfin- mère lui souriait et elle avait apprécié cet état quasi divin pendant quelques décades mais, bien vite, les mille et uns tracas d'une grossesse étaient devenus si lourds à supporter qu'elle ne souhaitait plus désormais qu'être délivrée de son fruit et pouvoir déposer ce poids qui, elle le savait, l'avait rendu énorme. Non vraiment, elle ne pouvait plus souhaiter rien d'autre que d'enfanter et prier pour que la Mère-d'en-Haut accorde vie et santé à sa progéniture. Et surtout fasse qu'elle donne un héritier à son époux et à la maison Lannister. C'était après tout la mission principale de toute femme bien née ayant trouvé à marier un grand seigneur. Et sans doute celle qui intéressait Maura à plus d’un titre. En premier lieu, il y avait bien entendu la joie et le bonheur d’enfin fonder une famille et de goûter aux joies de la maternité pleine et entière mais, d’une façon plus prosaïque, il s’agissait également d’assurer complètement la position que son mariage prestigieux lui avait acquise. Et il ne se pouvait qu’un fils lui fasse défaut. Il s’agissait bien là de sa seule ambition présente : accoucher d’un fils sain et gaillard qui monterait à son tour sur le trône du Roc quand le jour serait venu.

Elle s’attarda quelques minutes sur une des grandes terrasses qui s’ouvraient face à la mer considérant les flots gris et le ciel à l’encan avec une grimace morose. Tout avait été si merveilleux tant que l’été avait duré sur Castral Roc. Pourtant, derrière les hautes vagues, se cachaient les Iles dont ils devraient bientôt venir à bout, elle le savait. Sans doute après la naissance de l’enfant qu’elle portait en son sein et qui assurerait l’avenir de la maison Lannister…Quoiqu’il faille considérer la forte mortalité infantile qui obligerait peut-être Gerold à rester lui aussi en sûreté sur le continent. Cette terrible pensée lui arracha un frémissement qu’elle réprima durement en serrant les poings jusqu’à ce que ses ongles blessent ses blanches paumes oisives. Même cette affreuse éventualité se devait d’être envisagée, elle en avait conscience même si cela la mettait parfois au martyre. Elle finit par s’ébrouer mentalement, elle ne devait pas succomber à de noires pensées : un petit passage au septuaire lui permettrait de combattre ses craintes au travers de la grâce divine. N’en restait pas moins que, le temps de quitter la place, elle avait déjà murmurer quelques prières à la Mère, l’Aïeule et la Jouvencelle. Ces bénignes figures intercèderaient pour elle auprès du Père et de l’Etranger, elle en était certaine, elle était après tout si bonne fidèle.

Elle n’avait fait que quelques pas dans la galerie quand, soudain, une violente douleur lui traversa les reins la faisant haleter quelques secondes. Elle passa une main inquiète avant de se remémorer les récentes paroles de Mestre Vyman qui lui avait longuement expliqué que de telles douleurs n’étaient pas rares à ce stade d’une grossesse. Elle reprit tranquillement son souffle et se décida à continuer pour rejoindre son but. La prière l’aiderait à oublier ses malaises et considérations si bassement humaines. Pourtant, elle n’avait avancé qu’une dizaine de mètres qu’une douleur plus vive que la précédente l’arrêta net la faisant gémir de douleur. Elle se laissa aller contre la paroi rocheuse pour reprendre son souffle quelques secondes espérant que ce tourment cesserait de lui foyer le ventre. Elle finit par reprendre un peu d’empire sur elle-même, suffisamment pour avancer en se tenant aussi droite qu’elle pouvait l’être. Ce ne furent pourtant que quelques minutes de répit avant que la contraction, plus fulgurante encore, ne l’oblige cette fois à s’assoir sur une marche de l’escalier monumental qu’elle devait encore monter pour rejoindre le terre-plein où se trouvait le septuaire.

Après plusieurs douleurs qui, revenant ponctuellement, lui arrachèrent quelques lancinants gémissement, ce fut un des jeunes pages de la forteresse qui la découvrit pâle et assise tentant tant bien que mal de faire face avec aplomb à la douleur. Si la stupéfaction du jeune homme fut grande de découvrir la dame des lieux recroquevillée dans le grand escalier, l’apparition désespéra absolument une Maura affreusement gênée d’être ainsi découverte en un tel état de faiblesse pourtant bien excusable compte tenu de son état et de sa condition.


 « Ma Dame ?! Mais que…?! »

La dite Dame ne trouva rien à répondre et, ce, pour une bonne et naturelle raison : une nouvelle douleur la pliait en deux - enfin autant que la nature le lui permettait, c’était à dire assez peu - l’empêchant de hurler au page d’aller au diable et de se jeter dans la mer. Le pauvret ne savait que dire, ni que faire, si bien qu’il fit demi-tour aussi vite que ses jambes le lui permettaient rendant à la parturiente le calme qu’elle croyait convenir à la situation. Cependant, alors qu’une nouvelle douleur passait - difficilement - elle se prit à se demander si la présence du garçon n’aurait pas été utile n’aurait-ce été que pour l’aider à se lever. Finalement, un grand bruit, une cavalcade, lui parvînt. Menées par le petit page rouge et suant d’avoir tant couru, une armée féminine, ses suivantes et servantes en fait, arrivaient à la course avec un empressement et des sourires qui donnèrent immédiatement la nausée à la jeune femme quoiqu’elle réussit à se contenir. Il n’aurait plus manqué qu’elle se laisser aller à régurgiter sur les marches son déjeuner alors que déjà son ventre lui semblait empli de plomb fondu. Déjà des dames l’aidaient à se relever, la supportant, la portant presque en tentant, inutilement, de la réconforter et de la rassurer. Par ce putain de Dieu Noyé cher aux Fer-nés, elle leur aurait foutu du temps est venu, c’est merveilleux !

 « Essayez de respirer plus profondément ma Dame, tout ira bien, les Sept ont simplement décidé que le temps était venu. »

Ces simples mots lui firent fermer les yeux de peur. Et si…Et si la grâce et la protection des Sept finissait par l’abandonner elle aussi comme cela avait été le cas de sa propre mère, morte dans les mêmes circonstances en donnant vie à sa sœur cadette. Malgré les années, elle se souvenait encore de l’odeur âcre de la parturiente, des draps ensanglantés, du visage jaunâtre de sa génitrice déformée par les douleurs et la grossesse. Elle ne trouva la force de s’indigner de rien cependant, malgré l’envie qui lui venait de courir jusqu’au septon pour implorer la protection de la Mère. Ceci dit, elle n’aurait sans doute pu aller bien loin tant la douleur la courbait et l’empêchait de se mouvoir. Elle lutta vainement contre les larmes de douleur qui coulaient le long de ses joues rendues bien rondes par le fruit qu’elle portait en son sein. Heureusement, tout en la trainant, ses femmes, en bonnes matrones qui savaient ce qu’accoucher voulait dire, prenaient les choses en main. D’ordinaire, la jeune femme aurait sans doute tempéré ces excès de zèlé, n’y avait-elle pas qu’elle pour donner des ordres en cette demeure, mais, il lui fallait bien, en ce jour, rendre les armes, et accepter de se laisser faire.

Elles finirent heureusement, au terme d’une longue et pénible marche, à réintégrer les appartements de la jeune femme où une pièce avait été spécialement préparée pour le grand événement. Alors que Maura n’avait eu qu’une envie : se laisser tomber dans un énorme fauteuil pour s’y pelotonner en attendant que les affres s’estompent, elle fut forcée de marcher encore et encore tandis qu’un grand et bon feu était allumé dans les deux cheminées de la pièce. De son côté, la camériste en chef donnait des ordres au vaillant petit page qui était venu les quérir.


 « La dame de Castral Roc entre en travail. Fais envoyer ce message au septuaire de Port-Lannis, qu’ils entrent immédiatement en prières pour sa sauvegarde. Envoie d’abord quérir Mestre Vyman, qu’il vienne toutes affaires cessantes. Préviens aussi le Septon, qu’il vienne prier dans la chambre. Cela satisfera la Dame. Ensuite, fais prévenir Lord Lannister. Lui aussi aura grand besoin de venir prier. »

Alors que le petit page partait en courant accomplir sa mission, les allers et venues d’une Maura gémissante se poursuivaient dans la douleur grâce à l’aide ou plutôt au soutien grandissant de deux femmes qui, toutes deux, la soutenaient par un bras alors qu’elle menaçait de s’effondrer à chaque pas. Déjà, la nouvelle se répandait dans la forteresse du Lion. Lady Maura était entrée en travail, accomplissant ainsi la tâche pour laquelle elle avait traversé le continent. Les petites gens adressaient quelques prières aux Sept afin d’obtenir la sauvegarde de l’enfant et quelques femmes se rendaient déjà au septuaire du Roc afin de débuter les services religieux qui présideraient à l’accouchement de la Dame sous la tutelle d’un septon. Il ne restait plus qu'à espérer que la nouvelle génération de lions serait saine et bien portante.

Après de longues heures d'attente, de marches et de prière, le travail proprement dit débuta. Et, finalement, Maura comprit qu'il n'y aurait jamais de plus grande bataille à mener que celle de donner la vie. La pièce sentait le sang et la sueur alors que les cris déchiraient l'atmosphère devenu presque lugubre. De nombreuses fois, la jeune femme crut qu'elle allait s'endormir d'épuisement, prête à abandonner, pour ne recommencer à pousser - et à se laisser déchirer les entrailles par l'enfant à naitre - grâce aux exhortations de ses dames. Mais le travail durait au grand dam de Mestre Vyman qui, au fil des heures, ne savait guère plus auquel des Sept se vouer. Quant à sa pharmacopée habituelle, il y avait bien longtemps qu'elle avait prouvé son inefficacité. L'enfant se présentant par le siège, tous les efforts de la mère pour l'expulser de sa matrice semblait bien vain malgré ses hurlements déchirants. Au bout d'une nuit de travail, la situation semblait désespérée pour bon nombre des suivantes assistant leur dame et, pour dire vrai, elle l'était. Malgré tous ses efforts ainsi que ses prières, la dame du Val se mourrait, épuisée et sans forces, pour faire face à la terrible épreuve de l'enfantement.

Il y eût pourtant un répit qui ne dura que quelques heures mais redonna bien des espoirs à Castral Roc. Il ne fit pas long feu. Bientôt, sombrant dans une léthargie morbide, la jeune femme ne fut plus capable de reconnaître les visages de ses proches. Le septon administra d'urgence les dernières consolations qui lui permettraient de se présenter le visage serein et la conscience sereine devant le jugement du Père-d'en-Haut. Tout était dit. Alors que le soleil se couchait derrière les hautes murailles de Port-Lannis, le glas sonna plusieurs fois annonçant la fin de lady Lannister qui laissait derrière elle un mari et des fidèles éplorés.

Revenir en haut Aller en bas

"Vénérez la maternité, le père n'est jamais qu'un hasard."

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Décès d'Éval Manigat, père de la musique du monde québécoise
» Tommy Yugurei serpentard de père en fils [Validée]
» Décès d’Ernst Bennett, ex-beau-père de Jean-Claude Duvalier
» Le père noël est une ordure
» Les relations père/fille

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-