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Une demeure bien nommée - Edarra Ferboys

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Message Sam 1 Sep 2012 - 21:05

Il était aux alentours de midi à Denfert, et comme toujours à pareille heure dans cette forteresse austère surplombant village et rivière, le temps semblait figé, comme si l’air chauffé à blanc se répandait comme de la mélasse dans les moindres recoins pour rendre apathiques tous les habitants des lieux. Le soleil, à son point culminant, envoyait ses impitoyables rayons frapper indistinctement tous les éléments de la maçonnerie jusqu’à les rendre brûlants, si la forteresse avait gagné son nom en souvenir des hôtes indésirables brûlés vifs dans le grand hall il y a bien longtemps, elle n’aurait pas manqué d’honorer ce titre à l’instant présent tant elle rappelait une fournaise. Les blocs de pierre des remparts où certains oiseaux venaient se poser une fois la nuit venue étaient déserts, quiconque s’aviserait de les effleurer en garderait un souvenir impérissable sur sa chair. Et logiquement la grande cour reliant chaque bâtiment était elle aussi déserte, à l’exception d’un homme dont l’entêtement n’était égalé que par la volonté de ne jamais s’amollir.

Emmitouflé dans ses vêtements de voyage et son armure laissée dans sa chambre pour ne pas s’épuiser inutilement, Rennifer s’affairait à défier sa terre natale et sa propre vieillesse en s’exerçant au maniement de la lance, son instrument de prédilection depuis des décennies. Frappant dans le vide, tournant et manœuvrant aussi rapidement que possible comme si l’étendue de sable et de gravier toute entière lui servait de champ de bataille imaginaire, le Uller frappait en tous sens en une succession d’attaques précises ponctuées de replis, de feinte, et d’esquives pour éviter des contre-attaques toutes aussi fictives. Il n’y avait qu’ainsi qu’il atteignait ses limites, contraint qu’il était de retenir ses coups contre les recrues de la garnison sous peine de tuer par mégarde ses futurs suivants. Se vanter n’était pas dans sa nature, il constatait simplement qu’à l’exception d’Anissa qui savait éprouver ses réflexes comme seul son propre sang en avait l’art et la manière, et de Daärim Forrest dont la jeunesse et la force arrivait à représenter un défi intéressant, il n’avait personne dans son entourage à même de lui procurer un exercice suffisant pour conserver un semblant d’efficacité. Mais voilà, Anissa préférait l’arc, les dents, et les poings à la lance, tandis que son ami et disciple avait ses propres devoirs à la Tombe-Du-Roy, loin dans les montagnes, alors il s’entrainait seul au meilleur moment pour ne pas être dérangé, particulièrement par les « invités » de son neveu.

La nouvelle l’avait fait sortir de ses gonds quand Luan avait jugé bon de l’informer, son Lord de neveu comptait accueillir chez lui deux dames de noble lignage pour quelques jours, façon de maintenir de bonnes relations et de s’assurer le soutien d’alliés potentiels en cas de besoin, avait-il précisé. Des Ferboys, des Ferboys accueillis une fois de plus à Denfert, cela révulsait Rennifer un peu plus à chaque fois qu’il se voyait contraint de recevoir dans ces murs pour lesquels il aurait donné sa vie un groupe d’anciens traîtres, d’arrivistes qui ne rêvaient que de renverser la Maison Martell pour usurper sa place. Ils se moquaient bien de Dorne et de son avenir, ils ne voulaient que le pouvoir, voilà pourquoi le vieux guerrier nourrissait tant de ressentiment à leur encontre, il avait protesté, tempêté comme jamais, mais le convoi était déjà en route quand il avait appris son existence, aussi dût il se montrer respectueux une fois Lady Shyra et Lady Edarra de ce côté des portes. C’était il y a trois jours, plusieurs banquets avaient eu lieu, Luan avait dépensé plus généreusement qu’à l’accoutumée pour satisfaire l’estomac de ses invitées, ce qui n’avait pas manqué d’étonner son oncle, sans pour autant faire preuve de la même politesse mièvre que l’on pouvait rencontrer ailleurs dans Westeros, le dirigeant de la Maison Uller se montrait d’une hospitalité rare en comparaison de son passé et de la réputation qu’on lui attribuait. Essayer de deviner ce qu’il comptait en retirer n’occupa l’esprit de Rennifer que pour un temps, bientôt la présence d’étrangers à son entourage lui porta sur le système, que ce soit en croisant l’une des suivantes au détour des escaliers ou en devant tolérer les membres de leur escorte dans sa garnison il avait constamment l’impression d’être encerclé et ressentait une envie forte d’arracher les yeux du premier venu.

Il suait à grosses gouttes, le souffle court, un seau d’eau l’attendait à l’ombre pour étancher sa soif s’il venait à trop fatiguer, mais pour l’heure l’acariâtre combattant se savait capable de tenir le rythme encore quelques minutes. Il se mit donc de nouveau en position, le buste droit, son pied d’appui dans l’alignement de sa lance et celui en retrait perpendiculaire pour une meilleure stabilité et des coups plus appuyés, le tout permettait de frapper et de repousser un assaillant avec la même rapidité, là résidait la clé de cet art martial : se montrer assez vif et maintenir une distance suffisante pour contrebalancer l’absence d’une protection réellement efficace contre de lourdes armes en acier-château. Contre un adversaire en armure de plates il n’y avait que trois endroits qu’un lancier pouvait toucher, le plus évident restant la gorge où l’ouverture était la plus tentante et mortelle, la seconde les aisselles à la condition que l’adversaire soit assez impétueux ou imprudent pour ouvrir sa garde le temps de s’y engouffrer, et la dernière, les genoux, l’endroit constamment exposé malgré les boucliers derrière lesquelles ceux de nord se cachaient. L’acier alourdissait les jambes, et un seul coup suffisait parfois à faire chuter une montagne de métal incapable de se défendre plus longtemps au sol, un savoir qu’il avait appris sur le tas lors du Tournoi d’Accalmie et qu’il conservait précieusement pour le jour où il combattrait non pas pour amuser la galerie mais pour tuer.

Sa frustration ne diminuait toujours pas malgré l’épuisement, au-delà de leur nom et de leur réputation, quelque chose d’indéfinissable lui rendait la fréquentation des deux Ferboys désagréable, particulièrement Lady Edarra. La jeune femme était belle, force était de l’admettre, par certains aspects son apparence lui rappelait même légèrement son épouse, Enola, mais la comparaison s’arrêtait là. Ce n’était pas tant ses manières, toujours impeccables et respectueuses, incitant Rennifer à faire preuve de la même politesse à son encontre, ni ses propos qui, même s’ils semblaient parfois trop appuyés pour être honnêtes, n’auraient pas dépareillé dans la bouche d’une Dornienne modèle, mais plutôt ces yeux. Oui ces yeux bruns en amande, quelque chose couvait derrière ces pupilles et suffisait à le rendre méfiant chaque fois que le Uller croisait ce regard, de simples soupçons assez tenaces pour lui donner l’envie de la chasser ou, devant l’impossibilité d’un tel acte, de prendre son coursier des sables pour partir en tournée d’inspection dans les villages des environs. Une telle option demeurait elle aussi impossible, son devoir lui imposait de respecter leurs invités en restant jusqu’au jour de leur départ, et, protocole mis à part il refusait de laisser sa famille en présence de dix soldats d’une autre Maison à proximité, simple preuve de bon sens. Rennifer devait donc prendre son mal en patience et continuer à faire bonne figure, après un si long voyage ces Dames resteraient encore pour quelques temps encore, c’était ainsi.

Un grincement familier attira son attention, tournant la tête il vit l’une des portes du grand hall s’ouvrir depuis l’intérieur, qui que ce soit cela sonnait la fin de son entrainement solitaire et, ne prenant pas la peine de vérifier l’identité de la personne en question, il tourna le dos et marcha jusqu’au seau où reposait une eau tiède mais claire. Sa lance laissée respectueusement en appui contre le mur le plus proche, il se débarbouilla rapidement et de désaltéra assez pour se débarrasser de la poussière accumulée dans sa gorge. L’air était de loin plus frais à l’ombre, bien que toujours désespérément typique d’un milieu désertique, il pourrait en profiter le temps de chasser l’indésirable en approche.
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Message Mer 5 Sep 2012 - 18:43

Cela faisait maintenant des semaines que Lady Shyra et sa fille visitaient les Maisons nobles voisines des Ferboys. Il était important pour cette famille noble de parvenir à maintenir des contacts amicaux, voire même de forger des alliances en vue du projet sous-jacent dont ils taisaient tous l'objectif. Evidemment, les deux dames n'hésitaient pas à exposer leur désir d'indépendance de Dorne, souhait partagé par de nombreux dorniens s'étant battus lors de la guerre contre les Targaryen. Cette volonté opposée aux Martell était une chose que les Ferboys voulaient et devaient exploiter au maximum. La visite précédente chez les Dayne avait eu un certain effet et d'ailleurs, le jeune Oberyn semblait très intéressé par Edarra, ce qui n'avait pas échappé à sa mère. En fine tacticienne, elle avait élaboré avec sa fille, un plan pour conquérir totalement le coeur du jeune homme et cela semblait avoir parfaitement marché, les fiançailles ayant été abordées. En ayant les Météores sous contrôle, tout en attisant la guerre fratricide chez les Forrest, il ne restait que les Uller qui pourraient encore prendre parti pour ces traîtres de Martell. C'est donc avec cette optique en tête, que Lady Shyra échangea quelques courriers avec le Lord de Denfert, jusqu'à ce que celui-ci les invitent toutes deux dans son château.

Bien entendu, les idées de cette Maison étaient bien plus rudes que les autres et leurs cultures très guerrières étaient diamétralement opposées à la sournoiserie et à l'esprit comploteur des Ferboys. Toutefois, la simplicité de leur façon de pensée pouvait permettre une manoeuvrabilité bien plus importante et cela sans passer par une union. D'ailleurs, Lady Shyra ne comptait pas marier son fils à une sauvageonne comme Anissa Uller. Quoiqu'il en soit, le plus important lors de cette visite était de parvenir à s'attirer le bon oeil des membres de la famille Uller et notamment Lord Luan Uller, dont la réputation dépassait de loin celle de son père. Bien que l'ayant rencontré à diverses reprises, Edarra savait parfaitement qu'elle devait se méfier de lui et ne surtout pas s'opposer à sa vision des choses. Ce n'était pas le genre de personne à prendre avec humour la moindre opposition et c'était d'ailleurs sur cela que les Ferboys comptait pour le rallier à leur cause. L'autre problème était le vieil oncle du Lord, Rennifer Uller, qui malgré son grand age, parvenait encore à inspirer la terreur à quiconque se retrouver face à lui. Sa maîtrise de la lance faisait de lui l'un des combattants les plus craints de Dorne et ce n'était absolument pas surfait pour ce qu'elle avait pu en juger.

Edarra et sa mère arrivèrent avec une garde assez réduite, son oncle ayant eu vent de mouvements de bandits au nord des Osseux, et ayant par conséquent renforcé les patrouilles pour les capturer. C'est donc avec dix soldats et cinq suivantes que les deux femmes arrivèrent à la forteresse de Denfert. Bien loin du luxe exposé au palais de Ferboys, les maisons semblaient être toutes identiques et assez rustiques. Il est vrai que Ferboys était bien mieux situé que Denfert, ce qui permettait au Lord d'assurer la prospérité et la richesse de son domaine sans grande difficulté, surtout qu'il n'hésitait pas à transgresser certains codes morales pour s'enrichir un peu plus. Grâce à cette richesse, l'armée des Ferboys étaient l'une des plus grandes de Dorne, même si toute seule, elle ne ferait jamais le poids contre une alliance de ses voisins. Enfin bon, l'accueil de Lord Denfert fut assez chaleureux, ce qui laissait présager de bonnes choses, contrairement à son vieil oncle qui ne semblait pas être très satisfait de la présence des deux dames dans la forteresse. L'opposition des Ferboys aux Martell faisait d'eux des gens bien difficiles à fréquenter mais bon, la seule chose qu'ils osaient proclamer, était que Dorne devait redevenir indépendante, dissimulant avec soin leur envie de prendre la place des Martell sur le trône de Dorne. Bien entendu, cette volonté cachée ne l'était pas pour tout le monde et un esprit un tant soit peu habitué à la politique, aurait vite fait de faire le lien entre l'indépendance de Dorne et le rejet des Targaryen, dont faisait partie la femme du Prince de Dorne actuel.

Durant trois jours, Lady Shyra et Lady Edarra s'entretinrent avec Lord Uller, riant à ses plaisanteries et évoquant la grandeur de Dorne et la poigne de fer qu'il fallait pour faire marcher ces roturiers au pas. Bien que ce dernier semblait être devenu assez amical avec la Maison des deux femmes, il restait encore le problème du vieux Rennifer, qui avait évité soigneusement la présence des deux femmes, ne restant en leur présence que lors des repas et encore, l'opposition à leur arrivée pouvait se ressentir à des kilomètres à la ronde. Dans l'optique d'amadouer le vieux tigre du désert, Edarra eut l'idée de poser un pied dans un domaine qui était le sien. En tant qu'homme d'arme et comme elles avaient pu le constater durant les derniers jours, l'entraînement était une chose qu'il pratiquait avec assiduité et ne se laissait jamais distraire lors de ces séances. Contrairement à sa mère, Edarra savait se battre et c'était donc à elle d'essayer d'approcher Rennifer pour réduire l'hostilité qu'il affichait à leur égard. Si elle y parvenait, Denfert pourrait être dans un futur proche, un allié de choix dans la chute des Martell. Consciencieuse, elle observa ces entraînements discrètement d'une fenêtre donnant sur la cour et lorsqu'elle eut élaboré son approche, elle se lança.

Accompagnée de trois soldats de sa garde, la jeune femme sortit par la grand hall. Habillée d'une tenue blanche éclatante qui contrastait avec la couleur de charbon de sa chevelure, elle se dirigea vers le centre de la cour, observant du coin de l'oeil le vieux Uller qui se désaltérait un peu plus loin. A la voir dans sa robe blanche, on aurait pu croire qu'elle était sortie faire une promenade, malgré la chaleur étouffante et le soleil de plomb qui brûlait tout ce qu'il éclairait cependant, lorsque les trois gardes prirent position autour d'elle, brandissant leur lance, le doute n'était plus permis. Armée de deux dagues dont l'une avait un manche en os de dragon sculpté, elle se concentra un instant, fermant les yeux l'espace d'une seconde. Le moment qui suivit, l'entraînement commença et la scène semblait presque irréelle. Grâce à son agilité et sa maîtrise de ses dagues, elle parvenait à repousser les attaques des trois hommes, les mettant continuellement en difficulté. Il faut dire que les pauvres retenaient en partie leurs coups, ne voulant pas blesser la dame qu'ils étaient chargés de protéger. A l'aide de ses dagues, Edarra déviait les coups, tout en esquivant un autre, faisant en sorte que les hommes se touchent les uns les autres, sans jamais l'atteindre. La scène d'une intensité haletante dura plusieurs minutes et finalement, non contente de rester sur la défensive, la jeune femme passa à l'attaque. Vive et éblouissante dans sa tenue blanche, elle dévia la lance du soldat sur sa droite pour qu'il pare bien involontairement l'attaque de son voisin. Elle profita de ce moment d'inattention pour se rapprocher de lui et lui porta un coup à la nuque.

Le premier étant étourdi, elle passa au suivant, utilisant son pied pour projeter la lance du vaincu sur l'autre soldat. En l'espace d'une seconde, elle se retrouva dans son dos, portant un coup de talon à l'arrière du genou pour le mettre à terre. La dague était l'arme des fourbes selon les dires de certains mestres et autres érudits. Les assassins, tout comme les traîtres s'en servaient pour accomplir leurs basses besognes mais ici, à la lumière du soleil de Denfert, Edarra prouvait aux yeux de ceux voulant le voir que combattre avec une dague n'avait rien de péjoratif. Certes, elle était fourbe et comploteuse, au point que cette arme lui convienne parfaitement dans tous les sens du terme, mais elle donnait la preuve de son habilité à la manier. Finalement, le dernier soldat eut le même traitement que les deux autres, succombant à l'esquive suivie de l'attaque rapide et rapprochée de la belle. Si la lance avait bien un point faible, c'était les attaques venant de l'intérieur de son périmètre. Une fois trop proche, il devenait difficile de parer le coup et seuls quelques maîtres pouvaient réagir de façon appropriée pour repousser ce genre d'attaque. L'entraînement ne dura qu'une dizaine de minutes mais bon, son objectif était d'approcher le vieux maître d'armes et non s'entraîner après tout.

Alors que les soldats se relevaient après leur défaite contre Lady Edarra, celle-ci se dirigea vers Rennifer, arborant un sourire amical afin d'amadouer le fauve.

« Bonjour. Vous permettez que je profite un peu de votre eau ? Il semblerait que l'air soit gorgé de sable et cela m'encombre un peu la gorge. J'espère ne pas avoir dérangé votre entraînement par le mien. Il est primordiale de garder bonne forme, car on ne sait jamais quand ces vautours du Bief passeront à nouveau à l'attaque. »

Après cette prise de contact rapide, le premier hameçon fut lancé pour jauger le caractère du vieil homme. Si comme son neveu, il avait en horreur les hommes du Bief, cela allait lui permettre de lancer un sujet où subtilement, elle pourrait attiser la haine de cet homme envers les anciens ennemis de Dorne. De là à dévier cette haine sur les Targaryen et ensuite sur les Martell, il n'y avait qu'un pas assez mince à faire. Bien qu'il nécessite de longues années pour prendre, il ne faisait aucun doute pour elle que le feu finirait par prendre à Denfert. Histoire de continuer dans cette voie, la jeune lady continua à discuter avec l'oncle du Lord, espérant bien rentrer dans ses bonnes grâces.

« Je suis peut-être un peu trop suspicieuse, mais ne pensez-vous pas que mes hommes m'ont épargnés lors de cet échange ? Je n'ai pas senti de réelle motivation dans leurs coups. Peut-être pourriez-vous m'aider à m'améliorer, si cela ne vous dérange pas bien sûr ? Bien sûr, je comprendrais aisément que vous refusiez, après tout, notre présence ici ne semble pas être trop à votre goût. »

Tout en restant dans le domaine de Rennifer, elle espérait bien crever l'abcès avec lui, afin de balayer ses doutes, certainement fondés, à son sujet. Pour mener à bien son projet, elle n'avait nullement besoin d'yeux en permanence braqués sur elle, et si Edarra parvenait à aplanir les suspicions du fauve de Denfert, un grand pas en avant pourrait être fait vers l'accomplissement de son objectif.
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Message Jeu 13 Sep 2012 - 21:12

Au lieu d’un indésirable isolé, quelque serviteur poussé à braver la fournaise du midi pour mener à bien l’une de ses corvées ou homme d’armes partant en patrouille, Rennifer eut la désagréable surprise d’entendre le pas de multiples individus, son agacement lattant tout juste apaisé par l’exercice ne s’en trouva que renforcé par rapport à quelques heures auparavant, n’y avait-il donc aucun moyen d’être en paix sur son propre sol ? Peut-être en quittant définitivement les siens pour mener une vie d’ermite dans son désert si familier pourrait-il enfin gouter à une tranquillité dépourvue de toutes les frustrations que lui apportaient ses contemporains ? Idée tentante sous de multiples aspects et tout ce qu’il y avait de plus ridicule sous bien d’autres, Denfert était à la fois sa demeure et une partie de sa personne, la quitter pour de bon revenait à s’amputer d’un bras ou d’une jambe. Le temps d’avaler une dernière rasade et de méditer encore quelques instants sur l’attachement des hommes à leur terre natale, et le Uller se décida à pivoter vers les nuisances à présent toutes proches. Il manqua de jurer dans sa barbe en reconnaissant Lady Edarra, incapable qu’il se voyait de congédier une invitée de son neveu, au pied du mur, Rennifer se résolut à devoir échanger des formules de politesse creuses en espérant que le petit groupe ne fasse que passer pour se rendre au village. Sa mauvaise fortune s’acharnant, il comprit bien vite la vraie teneur de cette sortie lorsque les trois soldats -ce titre ne leur était concédé qu’à cause des lances qu’ils maniaient, le vieil homme ayant quelques difficultés à reconnaitre comme de vrais combattants les servants d’une Maison traitresse à la «juste » cause de Dorne- se mirent en position d’attaque autour de celle qui paraissait à des lieues d’être prête au combat au premier coup d’œil tant sa tenue décriait avec ce genre d’exercice. Sa curiosité piquée au vif, Rennifer laissa doucement choir le récipient de bois et croisa les bras en attendant la suite des évènements qui s’annonçaient assez intéressants pour palier en partie au désagrément de cette intrusion.

Ainsi donc la jeune noble ne se contentait pas de manier les mots pour charmer ceux dont elles voulaient s’attirer les bonnes grâces, ses gestes étaient vifs, fluides, et témoignaient donc de longues heures de pratique pour arriver à un résultat tel que celui-là. Aucune des forces en présence ne se battait pour tuer l’autre bien évidemment, le combat aurait été plus bref dans une telle situation, sans pour autant que les échanges ne soient pleins de mollesse. La Ferboys virevoltait d’un adversaire à l’autre, comblant le désavantage du nombre et de ses angles morts par des déplacements constants non dénués d’une certaine grâce martiale qui, hélas, ne trouva pas un grand écho chez le Uller qui favorisait un style aussi sec et pragmatique que sa personne. Reconnaissant malgré tout que cette femme ne faisait pas honte à l’héritage martial de son pays à défaut d’effacer celui de son clan, il poursuivit son observation silencieuse et immobile jusqu’à ce que le dernier choc du métal contre le métal ne se fasse entendre. Elle savait donc profiter des faiblesses de celui qui lui faisait face et préférait l’esquive et la rapidité le temps de trouver une faille où insinuer ses lames, une approche qu’il comprenait et utilisait lui-même avec certaines nuances évidentes, cette Edarra se révélait plus dangereuse qu’il ne l’avait présumé durant le début de son séjour.

Lorsqu’elle se décida finalement à l’approcher, il répondit à son salut avec une brève inclinaison de la tête et à son sourire avec son air neutre où se trahissait une dureté méfiante. Profiter de son eau, le terme était à son sens particulièrement bien choisi, comme elle et sa parente profitaient d’une hospitalité qu’il leur aurait sans aucun doute refusée si la Rivière-mère avait fait de lui l’aîné de sa fratrie. Désignant le seau avec un simple geste de la main, il dit :

« Bois autant que tu le voudras, jeune Ferboys, en tant qu’hôte mon devoir est de m’assurer que tu repartes d’ici aussi en vie que lorsque tu y es arrivée, dans les environs le sable et le soleil tuent aussi efficacement que l’acier et le bronze. »

Il ignora délibérément la mention de son propre entrainement, le mal était déjà fait et les excuses sans grande valeur quand on le privait de son exutoire favori, son attention se trouva de toute façon bien vite concentrée sur le Bief quand elle en fit mention, la simple évocation des terres molles et vertes suffisaient à réveiller les vieilles rancœurs forgées au fil des générations et qu’il se faisait fort d’enseigner à sa propre progéniture.

« Les seigneurs fleuris ne sont pas des vautours mais des larves qui s’engraissent dans leur sol trop tendre qu’ils prétendent pouvoir protéger indéfiniment. Et si mes souvenirs des vieilles cartes sont bons, ta Maison a davantage à penser à propos des vantards de l’Orage que du Bief, mais ne t’en fais pas, moi et les miens savons quand ces cueilleurs froussards passeront à l’attaque : en tentant désespérément de nous repousser le jour où Dorne se soulèvera à nouveau. »

Il attendit qu’Edarra se soit désaltérée avant de lui répondre une fois de plus, dardant entre temps un regard peu amène sur le trio qui constituait sa suite du moment et leur signifiant silencieusement mais clairement que de les voir rester plantés là de la sorte l’irritait.

« S’ils t’ont épargnée ? Tu peux le deviner par toi-même en regardant l’allonge que te confère tes dagues et celle qu’apporte une lance, en simple duel en combat réel tu aurais déjà souffert d’un désavantage malgré tes réflexes, tu n’as rien pour protéger ta chair et le moindre coup porté peut donc s’avérer fatal si tu te montres maladroite ou empressée. Si l’un de ces enfants avait vraiment voulu t’abattre il n’aurait pas fait le premier mouvement car il aurait été facile d’attendre que tu te décides à attaquer pour profiter des deux pas dont tu as besoin pour que tes courtes lames atteignent leur but. A présent imagine que tous aient adopté une telle tactique, tu te alors serais retrouvée dans cette mauvaise situation avec en prime les deux autres n’attendant que le bon moment pour te frapper simultanément de dos à la manière d’un fauve acculé. »

Parler de stratégie réveilla cette envie de poursuivre son entrainement et la frustration de devoir se résoudre à palabrer vainement, aussi lorsque la Ferboys lui demanda de lui enseigner quelques éléments de son propre savoir et qu’elle évoqua le déplaisir évident que la situation de ces derniers jours inspirait à Rennifer, ce dernier ne put résister à la tentation et fit craquer quelques os de son dos avec un mouvement d’épaule limpide.

« Eh bien soit ! » dit-il en s’avançant vers le centre de la cour. « Mais sache que je ne me montrerai pas aussi retenu dans mes coups que l’ont été tes suivants, ce que je forge c’est avec toute la force dont je suis capable. »

Sa lance reposant toujours contre le mur, le Uller porta la main au fourreau dont l’âge et l’usure n’avaient toujours pas fait disparaitre les creux qui avaient autrefois accueilli de petites pierreries et métaux précieux, jugeant qu’il ne s’agissait là que d’une vanité déplacée de la part de l’ancien propriétaire de l’arme, Rennifer les avait tous soigneusement retirés pour ne laisser qu’un simple conteneur de cuir. Il dégaina ensuite ce cimeterre dont la forme et le maniement semblaient singuliers à plus d’un habitant de Westeros, un avantage dont il savait user en combat et qu’il comptait à présent mettre à profit pour éduquer la jeune noble.

Lorsque la Ferboys vint se mettre en position face à lui il commença à faire quelques pas lents de côté, lame en avant et tête légèrement penchée, les épées n’étaient pas son domaine de prédilection, et de loin. En comparaison de ses talents avec une lance, ses compétences en la matière faisaient même presque pâle figure, mais cette chose était une prise de guerre remontant à des décennies, son bien, et ce qui était à lui le Uller se devait de le maitriser pour ne pas déshonorer son nom. Aussi s’était-il exercé plus de fois qu’il n’en fallait pour remplir une brève vie d’homme, développant ses propres techniques en apprenti autodidacte à défaut de trouver quelqu’un connaissant les subtilités de cet instrument dans les environs, jusqu’à finalement arriver à un niveau suffisant pour occire son premier adversaire avec le fil tranchant de l’arme recourbée.

« Pour commencer je ne ferai que repousser tes attaques sans leur répondre, ensuite si tu arrives à tenir le rythme nous pourrons combattre jusqu’au premier sang. »

Il guetta une réaction outrée ou apeurée sur les traits d’Edarra suite à une proposition pareille, puisque la Lady tentait de charmer les siens, Rennifer désirait au passage l’éprouver à sa manière, aussi brutale et risquée diplomatiquement que cette dernière pouvait s’avérer. Après tout il ne faisait qu’accepter une requête faite en toute bonne foi, quel mal y avait-il à se montrer enthousiaste en accomplissant son devoir ? La chaleur restait la même, il faudrait encore de longues heures avant qu’un semblant de fraicheur ne vienne accompagner les ombres grandissantes des remparts pour annoncer l’arrivée d’une nuit froide et venteuse.

« Approche. »

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Message Lun 17 Sep 2012 - 14:45

Durant cette petite démonstration de ses talents de combattante, Edarra fit son possible pour attirer l'attention du vieux Uller. Il n'était pas le genre d'homme à accorder de seconde chance et par conséquent, vu les antécédents des Ferboys, il fallait parvenir à lui faire bonne impression du premier coup. Face à son agilité et sa vitesse, les soldats à sa solde ne firent pas le poids, rendant l'exercice assez aisé pour la jeune femme qui fut plus éprouvée par le soleil ardant, que par les lances tranchantes des gardes. Lorsqu'elle s'approcha de Rennifer, elle ne dut pas faire preuve d'une grande perspicacité pour se rendre compte que la méfiance était de rigueur envers sa personne. La vieil homme d'arme semblait avoir quelques doutes quant aux intentions de la Maison Ferboys et il n'avait en soi pas vraiment tort. Bien sûr, Lady Shyra et sa fille n'allaient pas crier sur les toits qu'elles projetaient de s'emparer de la couronne de Dorne, mais les vieilles rancoeurs étaient encore bien connues dans la région. Il lui offrit l'eau de son seau avec une politesse de circonstance, affirmant même que son statut d'hôte lui imposait une telle faveur. Il était clair que la présence des deux nobles des Osseux n'était pas à son goût, mais cela ne fit pas pour autant battre en retraite la dornienne.

« Je vous remercie. Il est vrai que le soleil se fait plus rude par ici, mais cela reste agréable de sentir cette chaleur ambiante, un peu comme si le sable réchauffait le coeur de tous les dorniens. »

La culture de l'identité dornienne était une chose qu'avait à coeur de nombreux guerriers de la région et Rennifer en était l'exemple vivant. Si il y avait bien un moyen de le convaincre à joindre les forces des Uller et des Ferboys, c'était bien par ce moyen qu'elle y parviendrait. D'ailleurs, l'évocation du Bief montra à quel point sa rancoeur était encore vivace. Sa soif de guerre et de combat pouvait facilement se sentir dans ses paroles à leur égard et pousser cette colère sur le responsable de la proximité entre le Bief et Dorne ne devrait pas être un gros problème. Il lui fit toutefois remarquer que pour les Ferboys, leur principal ennemi restait les chevaliers des Terres de l'Orage, ce qui était parfaitement vrai. Bon nombre de soldats des Osseux étaient tombés en protégeant Dorne de l'invasion des Targaryen, contrairement aux soldats des Martell qui se doraient sur les plages de Lancehélion. Au final, face à la chaleur étouffante, la rareté de l'eau et les lances dorniennes, les envahisseurs n'avaient aucune chance de mettre un pied en conquérant sur leurs terres. C'est sans doute cette situation de victoire qui rendit la capitulation du Prince de Dorne difficile à accepter pour les soldats ayant combattu.

« En effet, ces gens ne savent que parler et se vanter. Malheureusement pour eux, il leur est impossible de se vanter d'une victoire dans les Osseux vu qu'ils n'y ont connus que la défaite. Sans la rédition du Prince, nous les aurions repoussés sans mal. Sans doute était-il trop loin du front pour se rendre compte de la vaillance dornienne et de l'écrasante supériorité dont nous faisions preuve. Ma Mère m'a d'ailleurs conté certaines de vos batailles, qui sont d'ailleurs connues de bon nombre de dorniens. »

Bien qu'une petite flatterie était toujours bonne à lancer, Edarra devait se montrer prudente avec le vieux soldat. Il n'était pas le genre d'animal sauvage à se laisser caresser dans le sens du poil si facilement. Après s'être désaltérée, Rennifer répondit à la question de la jeune lady sur ses soldats. Comme d'habitude, il se montra assez froid et sembla même un peu dénigrer son style de combat aux dagues. Il était évident que leurs expériences étaient très différentes mais bon, de là à dire qu'elle n'avait aucune chance face à une lance, c'était un peu exagéré. La dornienne avait déjà affronté des bandits avec ses dagues et s'en était toujours vaillamment sortie. Bien que son explication semblait cohérente, il oubliait qu'avec ses dagues, en s'approchant d'un ennemi, elle rendait ses mouvements bien plus prévisibles. De plus, en affrontant plusieurs ennemis, ceux-ci devaient faire attention de ne pas se toucher entre eux et donc, réduire la vélocité de leurs attaques pour favoriser la précision. Tous ces aspects du combat rendaient les choses plus faciles pour la porteuse de dagues, surtout si celle-ci parvenait à réagir correctement aux attaques en esquivant et en déviant le coup quand il le fallait.

Bien qu'elle ne répondit pas à son plaidoyer en faveur de la lance, elle sentit que cet échange sur l'art du combat avait attisé le feu dans le corps du vieil homme. Il semblait bien moins grognon qu'au début. Finalement, la proposition d'entraînement en sa compagnie ne sembla pas lui déplaire outre mesure et après un craquement de dos, il accepta la proposition et alla se mettre en position au centre de la cour. Ses mots étaient aussi limpides que l'eau d'un ruisseau et face à lui, la jeune femme ne devait pas s'accorder le moindre faux pas si elle ne voulait pas être blessée. L'espace d'un instant, son idée qui semblait si bonne tout à l'heure, perdit un peu de sa brillance. Face à un homme d'arme expérimenté comme Rennifer, les choses allaient être bien plus compliquées que tout à l'heure. Quoiqu'il en soit, elle n'était pas du genre à revenir sur ses mots, surtout que c'était l'occasion d'amadouer la bête sauvage en pataugeant dans son territoire. Alors que Edarra s'avança sur l'aire de combat, elle fut un peu surprise de voir que son adversaire n'allait pas se battre avec sa lance, mais bien avec sa cimeterre. La portée de cette arme était bien moins étendue que la lance et il y avait donc une chance pour que ce combat se révèle plus serré que prévu en tout cas, c'est ce qu'elle espérait.

« Je n'en attendais pas moins de vous. Se battre sans donner son maximum serait une erreur de notre part à tous les deux, car c'est en dépassant ses limites que l'on s'améliore. »

Telle une élève consciencieuse devant son Maître d'armes, elle le salua poliment avant le début de l'entraînement. Avec une cimeterre, les risques étaient biens moins grands qu'avec la lance et ça, elle le savait aussi bien que lui. Edarra ne savait pas encore si il avait réduit sa force volontairement ou si il la sous-estimait simplement, mais il allait vite se rendre compte que ce n'était pas la chose à faire. Concentrée, elle suivit les mouvements du Uller avec attention, imitant ses pas de côté pour rester bien en face de lui. A ses propos, la jeune lady ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Pour elle, le plus important était de parvenir à lui faire utiliser sa lance, cela serait un premier signe de reconnaissance qui lui permettrait d'améliorer son approche du vieil homme bourru. Pour se faire, elle n'allait pas y aller en douceur et le premier sang risquait d'être une surprise pour Rennifer. Le visage confiant, son sourire disparut, preuve de sa concentration et elle répondit posément à son adversaire du moment.

« Très bien, allons jusqu'au premier sang. Pourriez-vous simplement épargner le visage, histoire que ma Mère ne s'inquiète pas ? Cela serait aimable. Evidemment, j'en ferai de même. »

La noble des Osseux ne manquait pas de confiance en elle et cela se voyait très facilement. Bien qu'elle se surestimait certainement dans beaucoup de domaines, il lui restait inconcevable de perdre face à Rennifer alors qu'il n'utilisait pas son arme fétiche. Elle inspira lentement, ralentissant sa respiration tout en se mettant en position pour lancer la première attaque. Les jambes pliées et légèrement écartées, les dagues sorties de leurs fourreaux, elle était prête à se lancer à l'assaut de son adversaire. Ce n'est qu'au mot du vieux soldat que la belle ouvrit les yeux brusquement et fondit littéralement sur sa proie. Les premiers coups furent parés avec adresse par Rennifer, mais ce n'est pas pour autant que la brune baissa les bras, redoublant de hargne et de volonté pour faire plier l'ancêtre de Denfert. Alternant de manière aléatoire les feintes et les coups réels, tout en restant en mouvement, elle semblait être une ombre insaisissable qui ne demandait qu'à emmener sa proie dans l'obscurité. La seule chose qui contrastait avec cette vision était l'habit d'un blanc éclatant que la jeune femme portait. Le vieil homme avait fort à faire pour la maintenir à distance et ses esquives étaient loin de celles qu'on pouvait voir sur un champ de bataille. Entre les pirouettes, les glissades et autres gestes demandant une grande agilité et surtout un parfaite liberté de mouvement, chose interdite aux soldats en armure, Edarra démontrait son talent.

L'échange venait de commencer mais déjà, on pouvait sentir la concentration de Lady Ferboys. Ses coups testaient les défenses de son adversaire, s'assurant tout de même qu'il n'était pas aussi doué avec une cimeterre qu'avec un lance. Au final, bien qu'elle ait déjà démontré son agilité et sa vitesse, Edarra ne passa réellement à l'attaque que maintenant. Alternant des pas rapides sur la gauche et la droite pour perturber son adversaire, elle finit par attaquer de face, faisant glisser la lame de sa dague sur celle de la cimeterre pour l'écarter du chemin. Non contente de faire une pirouette pour s'approcher tout en écartant le danger, elle s'abaissa et passa sur le côté de Rennifer. Normalement, dans cette situation, le coup dans le dos était la meilleure chose à faire mais bon, la jeune femme savait qui elle avait en face d'elle et par conséquent, au lieu de se redresser dans le dos de l'homme, elle pivota dans le sens inverse, histoire de reprendre sa position initiale devant lui. Un homme de son expérience aurait certainement pu parer ce genre de mouvement avec la longueur de sa lance, mais avec une cimeterre, il avait du choisir de se retourner ou non au moment de la pirouette, laissant ainsi une ouverture possible à la jeune Ferboys.
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Message Sam 22 Sep 2012 - 15:56

« Une cicatrice se porte plus fièrement que n’importe quelle parure, jeune Ferboys, mais puisque tu insistes je ne viserai pas ton visage. C’est de toute façon préférable avec une lame aiguisée, cela risquerait de te faire sauter le nez ou une oreille. »

Répondit-il à la demande d’Edarra sur les termes de leur duel improvisé, si ces mots contenaient quelque trace d’humour ou de chaleur humaine, le ton et l’expression du Uller n’en montrèrent rien, ses sourcils froncés et ses lèvres pincés alors qu’il attendait l’assaut de la Dame. Pour ce que le combat précédent lui avait appris cette femme était très agile, bien plus que lui ne l’avait jamais été, même, aussi restait-il sur ses gardes en prévision du défi potentiellement intéressant qui s’annonçait. Rennifer fut bientôt conforté dans sa première opinion, aucun répit ne lui fut laissé dès les premières secondes de l’affrontement, les coups pleuvaient à une vitesse folle tandis que de son côté il esquivait et parait de son mieux en déviant avec le fil de sa lame ou en profitant de sa largeur pour en faire un bouclier improvisé. Comme promis il ne se contenta que de repousser les attentions qui lui étaient adressées, s’autorisant de temps à autres un large coup circulaire pour faire reculer la Ferboys, cette façon de combattre toute en pirouettes et en gestes gracieux le décontenançait, il était clair qu’en face toute la hargne et la volonté disponibles étaient mises à profit pour mesurer l’étendue de ses défenses. « Toi aussi tu as fait preuve d’une telle fougue dans ton passé, vieil homme, mais ce temps-là est révolu et tu ne peux compter que sur ton expérience désormais. » se dit-il en concédant un pas en arrière, reculant avec prudence pour maintenir ses appuis. Le vieux lancier démuni de son arme de prédilection tenait son cimeterre à une main, bien que la poignée soit assez large pour profiter de la force des deux bras, la puissance du muscle importait moins dans pareil combat, aucun des participants ne portait d’armure qu’il fallait percer pour espérer blesser l’autre, seuls comptait la vitesse et les réflexes. Sa main libre restait serrée en un poing qu’il maintenait à hauteur de taille, pour peu qu’elle se montre trop hardie la jeune femme apprendrait qu’il avait plus d’une arme à sa disposition.

Il dut faire face à une série de feintes et d’attaques encore plus acharnées jusqu’à ce qu’Edarra ne profite d’une ouverture pour passer sur son côté et quitter son champ de vision le temps d’un battement de cœur. Répondant par pur réflexe, Rennifer commença aussitôt à tourner sur lui-même, le coude au niveau de ce qu’il estimait être la gorge de son adversaire, son autre bras faisant passer la pointe de son arme sous son aisselle gauche pour la forcer à reculer. Une très mauvaise surprise fut suivie aussitôt d’un juron qui ne franchit pas ses lèvres quand il comprit la manœuvre dont il avait été la cible. Elle s’était jouée de lui et voilà qu’il lui offrait pleinement son flanc droit le temps de rattraper cette bévue, sa lame repartit dans l’autre sens pour décrire un arc ascendant tandis que sa personne commençait à bondir en arrière. Trop tard. Une des dagues manqua de lui entailler la hanche et traça une longue estafilade dans son ample vêtement, cet instant de faiblesse lui laisserait un souvenir amer pour de longues semaines, pour l’heure il ne songeait qu’à rendre la pareille au centuple.

Il mit volontairement de la distance entre eux, décourageant la Ferboys de le suivre dans son repli par plusieurs coups latéraux qui lui offraient le bénéfice d’une meilleure allonge. Le Uller demeurait silencieux, en pareille occasion il était traditionnellement de bon ton dans les Terres de l’Orage de glisser un compliment ou une plaisanterie qui ne faisait rire que son créateur, lui préférait conserver son souffle et sa concentration plutôt que de chercher à se faire bien voir. Conscient qu’il ne pourrait continuer à simplement se défendre sans finir par abreuver le sol de la cour avec son propre sang et donc perdre la face, Rennifer se décida à finalement attaquer. Il commença simplement avec une série de coups appuyés dans lequel il mit juste assez de retenue pour laisser penser que l’épuisement l’avait pris pour de bon –situation presque avérée, il n’avait pas totalement récupéré de son entrainement précédent avant d’accepter la proposition de la Dame- et encourager son opposante à prendre des risques pour lui porter le coup de grâce. Aux coups de dagues vifs et pernicieux, il répondait avec des attaques capables d’ébranler les muscles lorsqu’ils étaient parés et une mobilité accrue en comparaison du début de la rencontre, ses pieds restant constamment en mouvement. La meilleure façon pour lui de faire perler ce liquide vermeil et d’obtenir la victoire résidait dans une touche réussie aux bras ou aux poignets, parties de son corps qu’Edarra exposait logiquement le plus souvent pour porter ses propres attaques.

Le monde autour d’eux s’effaçait progressivement, faisant disparaître le ciel, les gardes devenus simples spectateurs, et la forteresse elle-même pour ne laisser comme monde que le sol graveleux sous leurs pieds et comme seul horizon l’éclat métallique des armes virevoltant alors qu’elles s’entrechoquaient. Rennifer commençait à apprécier la situation et cette difficulté presque inattendue que lui causait cette jeunette dont il avait deux fois l’âge, même s’il ne le reconnaitrait jamais ouvertement, la Ferboys pouvait se vanter d’une habilité certaine dans l’art des lames. Mais la grâce et l’ingéniosité seules ne font pas le soldat, c’était encore une enfant quand la paix avait été conclue avec les Targaryen, elle n’avait sans doute jamais eu à combattre pour sa vie ou être blessée grièvement, l’existence ne l’avait pas encore assez abimée pour que le Uller en vienne à avoir un début d’estime pour elle, à plus forte raison quand elle portait le sang d’une trahison encore toute récente. Il n’y avait pas si longtemps Westeros s’était déchirée entre deux souverains potentiels qui réclamaient tous deux ce trône de fer que le Dornien méprisait tant. Que la Maison des Osseux se soit rebellée contre le fils légitime de cette lignée de pourceaux consanguins, il s’en moquait éperdument, que le « dragon » soit rouge ou noir, il n’en demeurait pas moins infâme. En revanche les Ferboys s’étaient par la même occasion ouvertement dressés contre les Martell, leurs dirigeants légitimes, ils avaient amenés la discorde dans leur propre pays et s’étaient alliés avec des étrangers pour usurper ce pouvoir légitime que le Prince tenait de ses ancêtres Rhoynar. Pour Rennifer c’était impardonnable, il avait même espéré à l’époque que la famille entière aurait été éliminée et leur domaine confié à des vassaux plus fidèles, mais leur importance leur avait permis de perdurer et de continuer à ronger Dorne de l’intérieur. Tsah.

Ragaillardi et passablement courroucé par ce souvenir, il attaqua de plus belle et essaya de gagner un avantage dans la force brute de son élan, se promettant que cette robe dont la blancheur semblait déjà se ternir à cause de toute la poussière soulevée par leurs déplacement incessants se constellerait de taches rouges avant que le soleil ne soit couché. Il frappait donc avec une hargne et un entêtement qui n’auraient pas dépareillé chez une mule de bât, alternant les moments d’assaut proprement dits où il tentait d’épuiser la jeune Dame par une pression constante la forçant à jouer de sa vivacité et ceux où il ripostait agressivement aux coups de dagues, essayant de cueillir au passage l’un de ses bras fins avec la pointe de sa lame incurvée. Alors qu’ils s’éloignaient encore une fois brièvement l’un de l’autre après une série de mouvement retors et qui se seraient probablement avérés mortels si des participants moins compétents s’y étaient risqués, Rennifer plongea brièvement ses yeux dans ceux d’Edarra, maintenant le contact le temps de regarder le flanc de la Dame et de partir attaquer son épaule du côté opposé avec un coup latéral descendant. Il n’espérait pas la toucher avec une ruse aussi simplette qu’une lecture trompeuse de ses mouvements à venir, mais au moins diminuer l’assurance de ses appuis alors que de son côté il poursuivait sur sa lancée tout en pivotant légèrement pour présenter l’épaule de son bras d’épée et lui rentrer dedans. Il escomptait que la puissance de l’impact suffirait à la renverser tandis que lui ne s’arrêterait qu’une fois hors de portée des dagues, avec un rien de chance il pourrait alors revenir vers elle et la blesser avant qu’elle n’ait fini de se relever. La manœuvre entière s’avérait toute aussi risquée que potentiellement bénéfique, pour peu que la Dame ne se laisse pas prendre et parvienne à esquiver sa charge ou garde assez d’esprit durant sa chute pour l’entailler, il se trouverait alors en fâcheuse posture. Sa nature de Uller le poussait à agir de la sorte, même bridés, la colère et l’emportement l’influençaient toujours, c’était ainsi, son esprit s’échauffait aussi facilement que le sable de saterre, avec comme conséquence des prises de risques impétueuses qui, dans ce cas précis, restaient un rien tempérées par une idée de ce qui l’attendait.
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Message Mer 26 Sep 2012 - 16:06

Le face à face s'annonçait rude mais Edarra n'allait pas reculer maintenant, surtout qu'elle tenait l'occasion de faire craqueler la carapace rigide et imperméable du vieux Uller, chose assez exceptionnelle en soi. L'échange de coups résonnait dans la cour de la forteresse, alors que le soleil avait rendu silencieux tout être vivant aux alentours. Armée de ses dagues, la dornienne menait son combat dans le but de gagner et de forcer le soldat vétéran à la reconnaître, chose indispensable pour les futures relations qu'elle comptait entretenir avec la Maison souveraine de Denfert. Bien entendu, elle ne prenait pas Rennifer à la légère et savait parfaitement de quoi il était capable. En fait, elle espérait bien que cela soit lui qui la sous-estime, histoire de créer la surprise et prendre un avantage déterminant dans ce duel. Bien loin d'un simple entraînement, la jeune femme voyait cela comme un combat qu'elle se devait de remporter. D'un bref regard, elle put constater que plusieurs fenêtres étaient maintenant places de spectateurs curieux d'une telle dépense d'énergie à cette heure caniculaire de la journée. La plupart étaient habitués aux entraînements de l'oncle du Lord, mais la surprise de voir Lady Ferboys comme opposante de ce vieux grincheux fit vite le tour de Denfert, attirant encore plus de regards sur ce combat. Même Lady Shyra faisait partie des spectateurs, voulant s'assurer de la réussite du plan de sa fille.

Quoiqu'il en soit, la distraction n'était pas permise et lorsque Edarra mit sa manoeuvre en place, un petit sourire satisfait s'afficha sur le visage de sa mère qui voyait déjà la victoire entre les mains des Ferboys. En effet, Rennifer venait de faire une erreur importante qui aurait pu lui coûter la victoire si il n'avait pas eu des réflexes hors du commun. Ce tigre du désert savait se battre et il était parvenu à analyser la situation instinctivement pour repousser l'offensive de la jeune femme. Au final, elle ne parvint qu'à entailler ses vêtements sans y faire couler le sang. Malgré cette demi-réussite, Lady Ferboys ne se laissa pas submerger par l'euphorie d'un coup réussi. Elle se devait de garder sa concentration et surtout de ne pas faire une erreur, car son opposant ne lui laisserait certainement pas l'occasion d'en faire une autre. Obligeant son assaillante à reculer de plusieurs larges coups de cimeterre, le vieux soldat semblait prendre conscience de son adversaire et cela se confirma lorsqu'il passa à l'attaque, abandonnant sa stature défensive pour montrer de quoi il était capable. Maintenant que la machine était engagée, Edarra devait se montrer cinq fois plus prudente, afin de ne pas tomber dans un piège tendu par son adversaire.

Malgré le danger qu'il représentait, la dornienne fut assez surprise de la condition de son opposant. Ce dernier semblait avoir perdu sa rapidité ou une grande partie de son énergie. Ses coups se faisaient assez simples et ne représentaient pas beaucoup de danger pour elle. Assez facilement, elle les bloqua et les esquiva, essayant toujours de revenir à la charge pour obtenir sa victoire. La baisse de régime de Rennifer était l'occasion rêvée pour atteindre son objectif. Même si il devait subir la fatigue de son entraînement, cela importait peu à la noble dame. Il avait accepté ce combat et devait maintenant en assumer les conséquences. De son côté, bien que le début du combat l'ait un peu fatiguée, les quelques échanges avec ses hommes au préalable, avaient suffit à chauffer tous ses muscles en vue de ce combat difficile. Le seul problème qui persistait, était la puissance de ses coups. En effet, ils étaient faciles à parer ou à esquiver vu leur vitesse et les enchaînements effectués, mais lorsqu'elle parait avec ses dagues, elle pouvait sentir son corps frémir sous l'impact. Un tel coup aurait vite fait de lui trancher la tête et il le savait certainement. La seule raison qu'elle pouvait voir derrière cet étalage de force brute était son désir de faire peur à la jeune femme. Plus un combattant envisageait les risques durant un combat, plus il s'affaiblissait et c'était sans doute une tactique de ce vieux renard.

Cependant, c'était bien mal connaître Lady Ferboys dont la seule chose qui dépassait son ambition, était son orgueil. Convaincue qu'elle parviendrait à obtenir le premier sang, elle ne laissa nullement la peur d'une fin tragique envahir son esprit et resta concentrée sur le combat. Rennifer devenait de plus en plus agressif et ses coups parvenaient à obliger la jeune femme à reculer. Son physique gracieux ne laissait que peu de place à une musculature suffisante pour contrer ce genre d'attaque et elle le savait parfaitement. Elle essaya donc d'esquiver le plus possible les attaques, ne parant que rarement pour ne pas fragiliser ses bras qui commençaient à ressentir le contrecoup des parades précédentes. Malheureusement, Edarra ne parvenait plus à s'approcher suffisamment du vieil homme, cette teigne visant clairement ses poignets et ses bras lorsqu'elle tentait une attaque. La différence entre la partie uniquement défensive et le combat complet était un peu plus impressionnant que ce qu'elle attendait. Certes il n'était pas un amateur mais bon, la lance restait son arme de prédilection et le voir manier un cimeterre avec une telle dextérité forçait le respect.

Le combat se poursuivit et même si elle ne parvenait plus vraiment à mettre en difficulté le vieux Uller, elle parvenait à garder un semblant d'égalité. La belle lady était totalement focalisée sur le combat et analysait le moindre mouvement, le moindre regard de son adversaire pour prévoir sa prochaine attaque et prendre l'avantage. Soudain, un ouverture apparut lorsqu'il tenta de porter un coup descendant sur son épaule droite. Il lui suffisait maintenant d'effectuer une rotation dans l'autre sens pour porter son attaque dans la foulée et gagner le combat. Afin de maintenir l'effet de surprise, Edarra esquiva le coup au dernier moment et pivota en préparant sa dague afin que dans un même mouvement, elle atteigne sa cible. Momentanément dos au vieux renard du désert, elle eut la surprise de recevoir une charge dans le dos qui la propulsa à terre sans autre forme de cérémonie. Ce salopard venait de la surprendre et cela risquait de lui coûter cher. Dire qu'avec un simple esquive latérale, elle aurait pu voir venir le coup et prendre un avantage déterminant la rendait folle de rage. Le choc lui fit lâcher une de ses dagues, mais bien que propulsée vers l'avant par ce coup dans le dos, elle parvint d'une roulade peu gracieuse de se remettre assez vite à genoux et surtout, face à son adversaire.

Le regard de la dornienne n'avait rien perdu de son intensité et cette erreur semblait la faire rager intérieurement. D'ailleurs, si ses yeux pouvaient hurler de colère, ils le feraient certainement. Quoiqu'il en soit, elle se devait de réagir et vite. Assez rapidement, histoire de ne pas permettre à son adversaire de l'approcher quand elle serait à genoux, elle se redressa et fit un pas en arrière pour essayer de voir où se situer la dague qu'elle venait de perdre. La malheureuse était au moins à quatre mètres et les chances pour qu'elle puisse la récupérer durant le combat semblait très réduite. Ne voulant toutefois pas abandonner, elle changea la prise sur sa dague restante, plaçant la lame le long de son bras. Habituellement, Edarra ne prenait cette posture que durant l'échange de coups, afin de permettre un enchaînement plus fluide mais cette fois, il était clair qu'elle devrait se montrer aussi intrépide que possible, si elle voulait encore remporter la victoire. Ne se préoccupant pas de la poussière recouvrant en partie sa robe, elle se remit en position pour attaquer. D'un coup, son regard se fixa comme un fauve ayant trouvé son repas et elle accéléra en direction de son adversaire. Le seul avantage qu'elle avait était son agilité et sa vitesse, c'était donc la dessus qu'elle devait miser sa vie.

Arrivée à hauteur de Rennifer, la jeune femme fit mine d'effectuer un saut pour distraire temporairement le vieil homme. Cependant, au lieu de s'élever, elle redescendit à ras du sol pour ensuite réaliser une pirouette basse, se préparant à lacérer la jambe de son opposant. Se trouvant juste sous le bras armé de Rennifer, les options de riposte étaient assez limitées. Par simple réflexe, il serait commun de porter un coup vers le bas pour chasser son adversaire et lui porter une attaque. Vu l'habitude guerrière de l'homme face à elle, il devait certainement avoir d'autres plans en réserve mais bon, elle devait partir sur cette hypothèse assez logique, n'ayant pas encore assez d'expérience de combat pour envisager autre chose. Si tout se déroulait comme elle le souhaitait, maintenant qu'elle avait une main libre, elle pourrait bloquer le pommeau de la cimeterre avec sa main, tout en remontant pour se trouver nez à nez avec le vieux soldat, sa dague glissant juste ce qu'il faut pour verser le sang le long de son cou. Evidemment, c'était un pari risqué mais bon, plus le combat durait, plus elle allait perdre en force et en vitesse vu les coups puissants portés par son adversaire. Il fallait donc que le combat se termine rapidement et si possible, sur sa victoire.

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Message Sam 29 Sep 2012 - 20:26

Il en aurait presque grogné de joie en sentant son épaule heurter de plein fouet la frêle silhouette de la Ferboys, empli de la satisfaction rageuse qui habite le prédateur pesant lorsqu’il parvient enfin à attraper sa proie. Le temps lui manquait malheureusement pour se réjouir davantage qu’une brève seconde de cette manœuvre réussie, si Rennifer venait de gagner un léger avantage, l’issue du combat demeurait encore incertaine. Il ne regrettait pas d’avoir délaissé sa lance pour l’épée, se mettre en danger de la sorte était grisant et le ramenait loin en arrière, à l’époque où de nombreux hommes pouvaient se vanter de le surpasser dans les arts du combat, temps révolu où sa vie se voyait menacée bien plus souvent que dans le présent. Comme prévu il poursuivit sur sa lancée pendant qu’Edarra basculait en avant et se rattrapait avec une pirouette dont elle avait le secret. Il fit volte-face pour croiser le regard de son adversaire et évaluer la situation, une joie féroce le prit à nouveau quand il constata que cette satisfaction que trahissaient ses yeux au début du combat, lorsque lui-même était en difficulté, avait disparu en même temps que l’une de ses précieuses dagues. Cette dernière reposait dans la poussière, suffisamment prêt de sa propriétaire pour la tenter de la ramasser, mais trop loin pour couvrir la distance sans que Rennifer ne se jette sur elle. Tous deux le savaient et la Dame ne fit pas l’erreur de tenter le diable, le combat reprit alors.

Malgré le fait que ses chances de victoire se voyaient considérablement affaiblis par la perte d’une lame la Dame ne se découragea pas, bien au contraire, tout dans sa façon de se mouvoir et dans son maintien trahissait une profonde colère que le vieux Dornien comprenait et approuvait de chaque fibre de son être. Il avait accepté cet entrainement pour deux raisons, la première et la plus évidente consistant bien entendu à évacuer la frustration de ces jours passés en compagnie d’une Maison félonne en déversant sa colère par le combat et sur l’une de ses représentantes. L’autre, plus insidieuse mais bien présente, désirait ardemment faire perdre de sa superbe à la jeune femme propre sur elle et polie qui n’avait jamais manqué une occasion d’adresser un sourire ou une remarque flatteuse à son neveu lors des banquets, ce modèle de noble Dornienne qui affirmait partager les valeurs de la Maison Uller. Ce dernier point avait manqué lui faire quitter le grand hall lors d’un repas du soir lorsqu’il n’avait plus supporté d’entendre pareilles paroles dans ces bouches, non les Ferboys ne ressemblaient en rien aux seigneurs de Denfert, du moins à l’exception de cet instant précis. Ce masque de retenue et de confiance en soi se fissurait enfin pour laisser place à une fureur déterminée qui ne demandait rien tant que de faire couler le sang, si le contexte s’y était prêté Edarra aurait certainement tenté de prendre sa vie, et cela il l’aurait grandement apprécié. Il n’attendait que ça, qu’elle vienne ! Qu’elle lui montre la passion haineuse dont leur peuple faisait preuve lorsque le moment de se battre arrivait ! Qu’elle essaye de le faire saigner avec un hurlement de rage !

Profitant de son avantage, Rennifer demeurait en position défensive pour laisser son adversaire prendre des risques, n’avoir qu’un bras à surveiller lui facilitait grandement la tâche. Il attendit en faisant décrire des moulinets à son cimeterre qu’il tenait à une main, et finalement la Dame s’élança pour ce qui serait peut-être le dernier assaut de cette rencontre, un tout pour le tout qu’il comptait bien lui faire payer très cher si elle échouait. Le plongeon ne le surprit guère, à présent habitué à ces élans bondissants, une fois encore elle voulait passer sous sa garde et faire tourner sa plus grande allonge à son désavantage, fort bien. Alors qu’il reculait la jambe apparemment visée par cette attaque, il commença à armer sa lame pour un coup descendant qui aurait rapidement fait de renvoyer la jeune noble à son point de départ, si ce n’était de lui laisser une belle cicatrice à l’épaule. Quelque chose bloqua son coup, et une fois encore le vieux lancier comprit son erreur avant même que ses yeux ne viennent le lui confirmer. Une main supplémentaire, aux doigts fins de femme, s’agrippait fermement au pommeau de son arme, n’ayant pas mis beaucoup de force dans son coup Rennifer vit son attaque stoppée nette alors que le temps semblait ralentir. Il allait perdre, il en avait parfaitement conscience, rien de ce qu’il pouvait faire à présent n’empêcherait la Ferboys de faire couler son sang avant qu’il ne lui rende la pareille. Il avait failli par défaut de méfiance à deux reprises, et cette dernière s’avérait fatale, le sol de sa propre demeure le verrait vaincu en cette journée, chose qui n’était encore jamais arrivée. Le lancier fulminait déjà à cause des secondes qui allait suivre, sa raison l’abandonnant soudainement pour laisser place à ses instincts primaux et à ses réflexes, à défaut de pouvoir l’emporter il ne cesserait pas le combat avant d’être clairement vaincu.

Alors qu’Edarra commençait déjà à se redresser pour venir réclamer le prix de son manque de prudence, la main libre du vieil homme partit à la rencontre de cette lame qui fonçait vers sa gorge, dans le même élan il donna une puissante impulsion à son autre bras armé pour faire céder l’entrave qui le retenait et envoyer le fil acéré de sa lame vers le visage de son adversaire. Tout cela ne dura que le temps d’un battement d’aile en un enchainement de mouvements difficiles à suivre pour un œil extérieur tant les deux belligérants s’étaient montrés vifs pour la conclusion de leur affrontement. Au final ils demeuraient tous deux immobiles, tous proches l’un de l’autre, la main gauche de Rennifer avait fermement attrapé le poignet de la jeune femme, et par la même occasion une partie de cette lame qui reposait contre son avant-bras, la douleur ne se faisait pas encore sentir mais déjà quelques gouttes de sang commencèrent à couler le long de la dague. La main droite du vieil homme quant à elle tenait toujours son cimeterre, ce dernier se trouvant à présent à quelques pouces du visage de la Dame, à hauteur du nez. Il avait forcé avec l’énergie du désespoir pour dégager son arme et lui faire décrire un mouvement rageur qui, s’il ne s’était pas arrêté au dernier moment en y mettant toute la force de sa volonté, se serait avéré mortel pour la jeune femme.

Le vieux Dornien ne bougea pas durant de longues secondes, son regard laissant clairement entendre quelle aurait été la suite des évènements si cet affrontement avait été placé sous le signe du combat réel et non de l’entrainement. Il la fixait durement, la colère amenée par sa défaite ne s’était pas estompée et elle ne le ferait pas avant au moins une lune à en juger par son caractère exécrable, puis il hocha doucement la tête avant de rompre le contact. Sa paume blessée et parcourue dans toute sa largeur par une estafilade où le sang s’écoulait doucement commença à le picoter désagréablement, il aurait probablement besoin d’un bandage quelques temps. Pour l’heure il se tourna vers les fenêtres du Grand Hall où les visages curieux des différents habitants de la forteresse observaient silencieusement dans l’attente de la réaction du monstre. Les plus humbles des domestiques retenaient leur souffle avec appréhension, parfaitement au fait de la réputation du vieil acariâtre et de ce dont il était capable pour les punir de l’avoir vu vaincu. Rennifer leva alors bien haut le bras pour que tous puissent constater l’existence de sa blessure, puis poussa un long cri hargneux qui alla se perdre dans la vallée aride en contrebas. La quasi-totalité des spectateurs quitta alors les fenêtres, à la fois satisfaite d’avoir vu l’intégralité de la scène et désireuse de ne pas s’attirer le courroux du guerrier par une observation trop prolongée.

Après cela il marcha jusqu’au seau d’eau tiède et déchira un morceau de sa manche avant de l’immerger et de l’appliquer autour de la plaie. La colère lui battait encore aux tempes mais il ne l’affichait guère, une partie de lui se satisfaisait de savoir qui aurait vécu et qui aurait péri sur le champ de bataille. Le vieil homme releva alors les yeux vers la Ferboys et demanda simplement :

« Qui t’a enseigné le combat ? Un de ces hommes de l’autre continent ? »
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Message Ven 5 Oct 2012 - 6:54

Le combat touchait à sa fin et il était primordial pour Edarra de parvenir à gagner. Elle savait parfaitement que ses chances avaient drastiquement diminué après avoir perdu l’une de ses dagues mais bon, orgueilleuse et fière comme personne, elle était persuadée de pouvoir y arriver. Sous le regard attentif de sa mère qui craignait plus pour la beauté de sa fille que pour sa vie, la jeune dornienne lança son ultime attaque. D’ailleurs, elle n’avait pas vraiment le choix vu la posture adoptée par le vieux renard du désert. Il avait l’avantage et il le savait très bien. En restant sur la défensive, il pourrait contre-attaquer au quart de tour et ne laisser aucune chance de défense à la lady. C’est sur cela que la brune compta, espérant bloquer la contre-attaque pour porter un coup inesquivable à son opposant. Son agilité et sa vitesse étaient des armes à utiliser intelligemment et dans un combat où la mort n’était pas l’objectif, elle se trouvait malgré tout avantagée. La différence de taille entre la lame de la cimeterre et la dague faisait que Rennifer se devait de retenir ses coups pour ne pas simplement trancher la tête de son adversaire, et ainsi provoquer un incident diplomatique majeur. Alors que de son côté, Edarra n’avait qu’à simplement glisser sur sa peau pour remporter la victoire.

Le moment décisif arriva, la jeune femme se lançant à l’assaut du Uller avec une soif de vaincre perceptible aisément. Comme prévu, la réaction du vieil homme fut d’éviter la défaite en bougeant sa jambe, tout en arrachant la victoire d’une contre-attaque venue d’en haut. La dornienne bloqua le coup en agrippant le pommeau de l’arme tranchante, évitant certainement une blessure très douloureuse. Le temps sembla comme à l’arrêt et chaque spectateur maintenu son souffle pour voir ce qui allait se passer. Le regard rempli de détermination, elle commença à se redresser pour porter l’ultime coup qui verrait sa victoire actée, alors que son adversaire sembla chercher un moyen de s’en sortir. Sa prise sur la cimeterre qui n’avait pour but que de créer l’ouverture nécessaire à son attaque fut dégagée plus vite qu’elle ne le pensait, preuve de l’expérience du dornien en combat, mais aussi de sa confiance en lui. En effet, bien que dans le cas présent la différence de force était évident, bien des hommes se seraient évertués à se dégager en frappant leur adversaire de leur main libre, erreur qui aurait été fatale face à une utilisatrice de dague, arme à très courte portée. C’était donc une action réfléchie mais qui arrivait trop tard pour changer l’issue du combat. D’ailleurs, Edarra ne résista même pas au dégagement de la cimeterre, sachant très bien qu’il n’arriverait pas à temps pour empêcher sa victoire.

La conclusion du duel se fit en un instant et d’ailleurs, une telle tension n’avait pas manqué de laisser les trois soldats pantois, la bouche ouverte en espérant que leur Maîtresse n’ait rien. Il faut dire qu’en voyant le coup porté par Rennifer, il y avait de quoi s’évanouir, surtout que personne ne voyait encore très bien ce qu’il s’était passé. La lame de vieux renard était toute proche du visage de Lady Ferboys et la dague de celle-ci ne semblait plus être visible. Sous l’intensité du combat, la jeune femme n’avait pas bougé d’un cil alors qu’elle aurait bien pu perdre la vie, un peu comme si elle savait que la lame allait s’arrêter avant de la toucher. Son regard fixant celui de son adversaire, ils restèrent tout deux immobiles, comme si le temps s’était figé. Il était clair en voyant le regard du vieil homme que si cela aurait été un véritable combat, la tête de la jeune noble aurait jonché le sol mais bon, dans un véritable combat, il aurait également utilisé sa lance, rendant la tâche bien plus complexe à Edarra pour parvenir à gagner. Il s’était handicapé lui-même, pensant sans doute s’en sortir haut la main avec sa cimeterre mais au final, il avait dû se montrer sérieux face à cette demoiselle aux nombreux atouts et c’est sans doute ce qui devait le faire le plus rager.

Quoiqu’il en soit, le sang coulant de sa main offrait la victoire à Edarra qui bien que ravie, ne l’exprima pas ouvertement. Elle connaissait le tempérament du vieil homme et il n’y avait nul besoin d’attiser son envie de lui trancher la gorge pour le moment en fêtant sa défaite. Finalement, Rennifer relâcha la lame lui ayant entaillé la chair, s’écartant par la même occasion de la brune restée de marbre face à l’apparente colère qu’exprimait le regard de son adversaire. Alors que tous les spectateurs attendaient impatiemment le verdict, le guerrier de Denfert leva le bras pour exposer sa blessure aux yeux de tous, signalant par cela la victoire de la jeune lady. Un sourire satisfait put se lire sur le visage de Lady Shyra, satisfaite de voir que le plan s’était mieux déroulé que prévu. Si à la base, un simple combat et une défaite auraient suffi à attiser l’intérêt du vieil Uller, une victoire était encore mieux. Certes, ayant la rancune tenace, il n’allait pas desserrer les dents tout de suite, mais avec une relation continue, il pourrait voir Edarra comme une personne de valeur, et ainsi la laisser doucement, mais sûrement briser sa carapace. Alors que les spectateurs se retiraient, Rennifer se dirigea vers le seau d’eau pour y laver sa plaie, suivi par la dornienne.

« Je vous remercie pour cet entraînement. Cela a été riche en enseignement. J’espère que j’aurai la chance de pouvoir m’entraîner avec vous une autre fois. Et peut-être que vous pourriez utiliser votre lance cette fois. Je dois admettre avoir très envie de voir en action un homme de votre réputation. Après tout, il n’y a qu’après avoir affronté quelqu’un qu’on peut vraiment le connaître. »

La question qu’il lui posa sembla être une façon de dire que son style de combat ne correspondait pas à celui de Dorne, ou même de Westeros, et c’était assez vrai. Cependant, la jeune femme n’avait pas reçu d’enseignement particulier de la part d’un danseur, bien qu’elle en ait déjà vu plusieurs en action lors de combat organisé au palais des Ferboys. Son oncle était d’ailleurs friand des divertissements du genre et il n’était pas rare d’assister à des combats inédits lors de banquets. Les styles de combat très différents des guerriers d’Essos étaient une façon d’améliorer la qualité de son armée, permettant parfois une approche inédite de situation pouvant être critique. De cette façon, Edarra avait grandi en observant et en s’entraînant, imitant et développant un style qui lui était propre, tout en utilisant l’héritage de sa famille. Cette dague fabriquée avec un os de dragon était un symbole et lorsqu’elle atteindrait son objectif, elle voulait que cette lame soit celle qui s’enfonce dans la poitrine de celui qui a vendu Dorne aux dragons.

« Bien que je dois admettre avoir observé des guerriers des terres sauvages lors des banquets de mon oncle, aucun d’eux ne m’a enseigné cela. Il faut bien souvent grandir par soi-même pour avoir la force de tout affronter. Un jour ou l’autre, le Trône de Fer viendra réclamer plus à Dorne, encore et toujours plus. Il nous demandera de nous battre pour le Bief ou même le Conflans. D’ailleurs, Ser Oberyn Dayne est parti pour le Conflans alors que la menace des Fer-nés se fait imminente, sans doute sous l’ordre du Prince. Vous qui avez versé votre sang pour Dorne, mieux que quiconque, vous devez comprendre que Dorne est aujourd’hui enchaîné au Trône de Fer, faisant de nos guerriers de vulgaires marionnettes. J’espère que la soumission du Prince n’aura jamais pour conséquence de vous obliger à baiser le pied de vos ennemis. »

La jeune femme venait de frapper un grand coup sur les sentiments mitigés du vieil homme, espérant bien attiser un soupçon de révolte dans son cœur asséché. Si il parvenait à voir la trahison dans les actions de Maron Martell, peut-être pourrait-il apprécier la Maison Ferboys pour ce qu’elle était vraiment, les libérateurs de Dorne. Bien que ce titre pompeux soit exagéré actuellement et que le qualificatif de traîtres était difficile à effacer, il n’en restait pas moins qu’Edarra se voyait comme la seule alternative à la soumission de la Région. Pour bien faire comprendre cela, elle alla même plus loin, dévoilant ouvertement une chose que les Ferboys n’abordaient plus depuis leur défaite.

« Je sais très bien que certains nobles voient ma famille comme des traîtres pour avoir soutenu le Dragon Noir. Cependant, c’est en semant le chaos sur les Terres de la Couronne que Dorne pourrait se libérer de son autorité. En tant que soldat, vous savez certainement que la diversion est un principe majeur d’un combat, notre échange l’a d’ailleurs prouvé. Sans le piège que je vous ai tendu, mes chances de victoire auraient été presque nulles, malgré l’handicap que vous m’avez offert en n’utilisant pas votre lance. Avant de me juger sur les actes de ma famille, vous devriez vous demander une chose. Qu’êtes-vous prêt à faire pour que Dorne retrouve son indépendance ? »

L’appât était à présent lancé et il ne restait plus qu’à voir si le poisson allait mordre. Le flatter, tout en insistant sur son désir d’indépendance, c’était un plan ingénieux et magistralement orchestré. Evidemment, têtu et rancunier, Rennifer allait certainement mettre du temps à accepter la vision des choses d’Edarra, si il l’acceptait un jour. Quoiqu’il en soit, la jeune femme fut rapidement rejointe par les trois gardes de son escorte, l’un d’eux lui ramenant sa dague perdue lors de l’échange et un autre apportant un seau d’eau fraîche pour qu’elle puisse se rincer le visage. Telle une Reine ne craignant nullement la mort, elle avait tenu ses propos avec un aplomb forçant le respect. Son regard n’avait pas tremblé une seconde, exposant sa conviction dans ses mots. Bien que son désir de dominer Dorne soit plus important que celui de l’indépendance, ces deux désirs ne s’opposaient nullement.
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Message Sam 13 Oct 2012 - 9:40

Sans doute pour la première fois de son existence, Rennifer reconnut intérieurement que les paroles d’une Ferboys pouvaient contenir au moins une part de vérité : La meilleure façon de connaître quelqu’un sans se laisser abuser par le paraître derrière lequel il tentait de se dissimuler restait le combat, de préférence avec un enjeu assez important pour le pousser dans ses derniers retranchements. Ainsi ces dernières minutes lui en avaient appris davantage sur la jeune Lady que pendant l’ensemble des journées précédentes, il avait obtenu la confirmation de certaines informations et en avait découvert d’autres jusque-là insoupçonnées. Comme dit, Edarra s’avérait rusée en toutes circonstances, que ce soit dans le choix de ses mots ou dans sa façon de se dégager une ouverture dans un duel, même le dernier des aveugles pouvait deviner avec aisance que la concernée était une dame de pouvoir avide, et non une simple greluche juste bonne à parader lors de quelque banquet ou cérémonie. Ce qui avait par contre surpris le vieux lancier, et lui avait au passage coûté une victoire qu’il avait crûe acquise d’avance, résidait dans l’inflexibilité de sa volonté. Elle n’avait pas tremblé, pas un seul instant, même lors des dernières secondes de leur combat où il n’avait pas hésité à entretenir le doute sur les vrais dangers encourus. Un tel niveau de maîtrise de soi serait louable, voire admirable, s’il n’appartenait pas à une représentante de cette Maison que Rennifer persistait à considérer comme traîtresse et irrécupérable.

Elle changea rapidement de sujet de conversation et délaissa le domaine de sa formation aux armes pour en aborder un autre beaucoup plus sensible. Toujours occupé à ajuster le bandage de fortune autour de sa plaie, il n’écouta que d’une oreille ses dires sur Oberyn Dayne, l’héritier des Météores qu’il n’avait jamais rencontré et dont l’histoire était encore bien trop récente pour que le guerrier acariâtre y prête beaucoup d’attention. Il trouvait regrettable de risquer la vie de potentiels seigneurs valables pour une guerre loin de chez eux et qui au final ne les concernait en rien –les Dorniens ne naviguaient pas en mer et leurs côtes constituaient rarement une cible valable pour les pillards, aussi eux et les Fer-nés ne se côtoyaient presque jamais-, mais Rennifer avait toute confiance en son Prince et si cette décision émanait de sa personne, il ne revenait à personne de la contester. La suite du discours d’Edarra eut cependant le mérite de presque le faire sortir de ses gonds à nouveau, comme lorsque l’on souffle sur des braises encore chaudes. Il se redressa vivement, la respiration grondante, sa gestuelle laissant clairement comprendre à quel point il goutait peu ces derniers propos.

« Je dois comprendre ? Je sais mieux que personne comme certains croient mon pays dominé par ce trône ridicule et rouillé, et si tu penses qu’un jour j’embrasserai les pieds de qui que ce soit tu peux tout aussi bien chercher des dragons sous ton lit, jeune Ferboys, car cela a plus de chances de se produire ! Mon Prince, et le tien, ne s’est pas soumis, il honore la volonté de son prédécesseur qui a commis l’erreur de le marier à une Targaryen. Lorsque le moment sera venu nous nous révolterons de nouveau sous la bannière des Martell, et je sais ce jour plus proche que ce que tu veux bien croire. »

Il ouvrit et referma les doigts pour chasser l’engourdissement naissant de sa paume blessée, notant au passage la nervosité dont faisait preuve les gardes de la Dame Ferboys. Rennifer n’aurait pas voulu de ceux-là à ses côtés dans un combat pour rien au monde, s’ils reculaient presque devant un seul homme, quelle confiance pouvait-on leur accorder au final dans une situation véritablement éprouvante ? La garnison de Denfert entretenait en permanence cent hommes et femmes, un petit nombre en comparaison des forces qu’ils pouvaient convoquer lorsque le besoin s’en faisait réellement sentir, mais une troupe fiable dont le Uller connaissait chaque membre et dont il avait lui-même supervisé la formation. Si c’était là tout ce que Ferboys avait à offrir que ce triste trio...

« Certains voient ta famille comme des traîtres parce qu’en se joignant aux Feunoyr elle s’est dressée contre sa Maison Suzeraine, celle à laquelle elle a juré de garder une partie de ses frontières contre l’ennemi venu de l’extérieur. Prétendre que cet acte ne visait sur le long terme qu’à nous faire regagner notre indépendance n’est que du vent, les faits sont que des Dorniens ont renié une fidélité vieille de plusieurs siècles pour se ranger derrière un Targaryen d’un autre blason. Le passé est ce qu’il est, n’essaye pas de le refaçonner pour le rendre plus agréable, jeune Ferboys. »

Parmi les rares têtes qui dépassaient encore des fenêtres du grand hall maintenant que le spectacle était terminé, Rennifer crut apercevoir le visage de son dernier né, Oton, à peine plus qu’une paire d’yeux sombres et une tignasse de cheveux bouclés par-dessus le rebord de l’ouverture. Le vieil homme se demanda si l’enfant avait une vague idée de ce qui se déroulait dans la cour ou si comme beaucoup le bruit avait attiré sa curiosité proverbiale. Ce rappel fait chair que ses décisions ne se limiteraient jamais à sa seule personne le conforta davantage dans sa persistance à ne pas oublier les trahisons, petites ou grandes, car il était de son devoir de père de transmettre cet héritage à ses descendants, qu’il puisse les aider à comprendre ce monde le temps qu’ils se forgent leur propre opinion avec l’expérience des ans. L’un de ses enseignements resterait inchangé quelles que soient les circonstances : ne jamais faire confiance aux Ferboys, et pour cause, la jeune Lady commençait déjà à laisser voir son hostilité pour son Prince à peine la poussière de ce combat retombée.

« Pour que Dorne soit de nouveau libre et si tel en était le prix je m’arracherais les tripes à mains nues et j’irais jusqu’à Port-Réal les jeter aux visages de ces pourceaux aux yeux violets. Ou bien je renoncerais à mes prétentions sur ces terres si mon neveu mourrait sans héritier, quitte à passer la fin de mes jours comme simple vagabond. Ma vie et ce que mon sang m’a apporté je pourrais le sacrifier si cela suffisait à assurer aux enfants du sable leur liberté légitime, sans regrets. Je sais ce dont ta famille a été capable pour prendre la place des descendants de Nymeria, et j’ai moi aussi une question à te poser : Qu’as-tu à apporter à notre cause que des promesses offertes tant de fois par tes ancêtres ? »

Oton avait déjà disparu, à peine le temps d’un battement de cils et le garçonnet s’en était retourné vers ses déambulations silencieuses lorsque sa mère lui laissait quelques minutes de répit loin de ses bras protecteurs. Rennifer secoua sèchement la tête et retourna une fois encore s’humidifier le visage auprès de son seau avant d’aller ramasser sa lance dont le poids équilibré et si familier l’aida à retrouver un rien de sa sérénité. Cette Edarra persistait à réveiller chez lui ce genre d’agressivité passionnée qui le prenait sitôt que l’on tentait d’ébrécher le roc de ses principes. Le jour où le Lord Ferboys actuel mourrait, Dorne se rapprocherait un peu plus d’une nouvelle guerre civile que le Uller redoutait tant de voir arriver. Ce serait un désastre sans nom, sans rien à gagner et tout à perdre si la jeune dame se montrait fidèle aux prétentions rêvées de sa lignée.

« Notre terre n’est pas tendre avec ceux qu’elle juge indigne de la gouverner. Si tu cherches le pouvoir pour le simple fait de le posséder, alors elle se refusera à toi et t’étouffera jusqu’à t’engloutir dans ses sables. Maron Martell est un guerrier émérite et ma lance lui appartient tant qu’il règnera ou que je serai encore de ce monde. »
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Message Mer 17 Oct 2012 - 16:35

La discussion avec ce vieux hibou de Rennifer n'allait pas être simple et il confirma vite cette pensée en se montrant assez réfractaire aux paroles de la jeune lady. Les propos d'Edarra sur la proximité du Prince de Dorne et du Trône de Fer ne manqua pas de soulever l'animosité du vieillard de Denfert, et il ne manqua pas de lui le faire comprendre assez sèchement. Malgré la virulence de ses paroles, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire légèrement à son écoute, surtout lorsqu'il parla de Maron Martell honorant la volonté de son père lors du mariage avec une Targaryen. Bien qu'étant un redoutable combattant et d'un caractère bien trempé, l'homme ne semblait pas vraiment voir les mêmes choses qu'elle. Innocemment, il croyait encore que ce faux Prince allait un jour se rebeller contre le Trône de Fer, chose qui n'était pas prêt d'arriver un jour. En effet, même si son ancêtre avait organisé ce mariage, c'était bien le suzerain de Dorne en personne, qui s'était lancé dans la coûteuse construction des Jardins Aquatiques par amour pour sa femme. Toutefois, elle se retint de faire un commentaire pour le moment, supposant qu'une autre série de reproches arriveraient très vite.

En effet, comme elle le supposait, la suite ne tarda pas à arriver, Rennifer revenant sur l'histoire des Ferboys. Certes, sa famille n'avait pas été très inspirée lorsqu'elle avait décidé de prendre le parti des Feunoyr mais bon, ce n'était pas non plus comme si la situation de Dorne pouvait rester inchangée à tout jamais, se pliant aux ordres du faux Prince sans qu'aucune voix ne s'élève. Quand elle voyait à quel point un homme aussi indépendant et haineux à l'égard du Bief, pouvait mettre sa rage de côté pour suivre ce Maron Martell, Edarra fut assez surprise. Cet homme de Lancehélion avait su conquérir le coeur des plus réfractaires à toute chose étrangère, ce qui était en soi admirable, mais cela n'allait certainement pas empêcher la belle brune de se monter à l'offensive pour faire vaciller sa position jusqu'à la chute. Evidemment, le vieux scorpion de Denfert ne manqua pas de rappeler les principes de la suzeraineté et de l'honneur, comme si tout cela avait bien plus d'importance que tout le reste. Cependant, Edarra ne comptait pas le laisser remporter cette joute verbale et allait appuyer sur les incohérences de son discours pour lui faire réaliser l'affreuse vérité.

« Notre bon Prince a toutefois dépensé l'argent du Royaume pour construire de magnifiques jardins aquatiques pour son épouse de Targaryen, tout cela pour lui montrer son amour. On en viendrait à se demander si c'est bien son très estimé Père qui a organisé ce mariage. En ce qui concerne la trahison des Ferboys, n'est-ce pas nous qui avons été trahi en premier lieu ? Qui a combattu lorsque Dorne affrontait le Trône de Fer ? Qui a perdu ses hommes dans des combats en infériorité numérique que malgré tout, les dorniens remportaient ? Les terres des Ferboys sont à la frontière avec les Terres de l'Orage, ce qui nous a valu de nombreux combats et de nombreux morts. En échange de notre dévotion, qu'avons-nous eu ? La soumission de Dorne par un mariage contre nature. N'est-ce pas les Martell qui ont trahi ceux qui ont lutté pour l'indépendance ? Dites-moi donc de quoi il s'agit si ce n'est pas une trahison ? Bien qu'extérieure à la décision de mon ancêtre de suivre les Feunoyr, je peux comprendre la colère et l'envie de vengeance qui les ont conduit à cette erreur. »

Bien que Rennifer avait occulté cette affreuse vérité qu'elle venait de lui lancer en pleine figure, la jeune Ferboys comptait bien lui démontrer simplement que la trahison entraîne la trahison, et que c'était bien les Martell qui avait ouvert ce bien étrange concours. Parfaitement calme malgré la crainte intérieure qui commençait à monter à l'idée de voir le vieux Uller perdre son sang-froid si il n'acceptait pas ses paroles, la jolie brune se désaltéra un peu avec une gourde amenée par l'un de ses gardes. Sa mère lui avait bien dit de ne pas y aller trop brusquement avec l'oncle du Lord de Denfert mais bon, suite à ce combat, elle commençait à percevoir un peu mieux sa personnalité. Bien que mettant l'honneur avant tout le reste, il n'en restait pas moins un homme de conviction qui savait prendre les décisions qui s'imposaient à lui, tout en acceptant les conséquences de celles-ci. A l'écoute de ses paroles, elle put facilement déduire qu'il était prêt à tout pour que Dorne retrouve son indépendance, sauf si cela voulait dire trahir son suzerain. Il ne restait donc plus qu'à le convaincre que c'était son Prince qui l'avait trahi, rompant par conséquent tout sermon pouvant le lier à lui.

« Je pense que ma conversation avec vous est déjà une preuve suffisante de ma volonté d'apporter jusqu'à ma vie pour soutenir notre cause. Tout le monde sait à Dorne que vous êtes un homme d'honneur et pourtant, je viens à vous pour vous parler de mes craintes, au risque que ma tête roule sur le sol. Nyméria ... C'est donc elle qui vous permet de pardonner la trahison des Martell et de condamner celle des Ferboys à l'égard de celui qui les a trahi. Et vous, Rennifer Uller, qu'avez-vous apporter à notre cause en dehors de promettre de tout faire pour la réaliser ? Vous semblez tellement attaché au Prince Martell qui est tellement attaché à sa femme, que votre corps ne sera déjà plus que poussière avant que Dorne ne fasse un pas vers l'indépendance. Au final, n'ai-je pas fait plus pour notre cause que vous, rien qu'en venant vous parler ? Tôt ou tard, Maron Martell enverra des dorniens pour aider le Trône de Fer dans ses guerres, que cela soit contre les Fer-nés ou autre. Que ferez-vous à ce moment-là ? Obéirez-vous à votre sens de la loyauté envers un homme qui trahit vos convictions profondes et celles de son peuple ? Peut-être vous ai-je mal jugé au final. »

Cette fois-ci, la tension était à son paroxysme et d'ailleurs, Edarra était prête à parer un éventuel coup d'épée en guise de réponse, histoire de ne pas mourir bêtement sur un coup de tête du vieil homme. Ses paroles avaient sans doute été bien trop loin pour que son interlocuteur ne réagisse pas mais bon, elle se devait de le pousser un peu à reconsidérer sa vision distordue de la situation, afin d'avoir une chance d'obtenir le soutien des Uller. Sans cela, elle n'aurait qu'un ennemi de plus à affronter lorsqu'elle serait en position de renverser Maron Martell et ce n'était déjà pas les ennemis qui manquaient. Son laïus sur la férocité de Dorne à l'égard de ceux qu'elle juge indigne de diriger ne fit pas plier la belle, cette intervention ne faisant que confirmer qu'elle était apte à monter sur le trône de la région désertique. En effet, la Mère Rivière lui avait accordé de nombreux bienfaits, comme sa beauté, sa santé, ainsi que ses capacités de réflexion. Le fait qu'elle soit née au sein de la Maison Ferboys pouvait même être vu comme un signe que c'était leur destin de gouverner. Evidemment, elle n'allait pas sortir cela à ce vieux hibou, sachant parfaitement que la moindre volonté affichée de pouvoir pouvait lui faire perdre toute chance d'obtenir son soutien.

« Bien loin de désirer le pouvoir, je veux surtout voir Dorne indépendant. Ma conviction est bien réelle et rien ne pourra m'ôter de l'esprit que c'est ce qui doit arriver. J'espère bien sûr que vous avez raison et que notre Prince saura se réveiller pour nous conduire à la victoire et à la libération, mais j'en doute de plus en plus. La construction de ces Jardins Aquatiques ruine la Région et tout cela pour une Targaryen. Si malgré tout, il se lancerait dans la quête d'indépendance, qui devrait alors aller se battre ? Les soldats de Lancehélion qui n'auront même pas une lance affûtée cause de moyen ? Ou peut-être fera-t-il appel à nouveaux aux Lords frontaliers pour qu'ils repoussent vaillamment les envahisseurs, les abandonnant lorsque le Trône de Fer lui fera une offre satisfaisante comme l'a fait son père ? Peut-être qu'au delà d'une épouse, il aura la place de Main du Roi qui sait. En tout cas, si votre lance lui appartient, vous viendrez un jour ou l'autre à vous la planter dans le dos, je le crains. »

Edarra espérait bien que ses mots durs allait convaincre Rennifer ou au moins le faire réfléchir. Si il venait à douter de son fameux Prince, les choses pourraient un jour tourner à son avantage. En tout cas, elle n'allait plus trop insister, préférant le laisser penser à tout cela tranquillement, même si elle se doutait que la moindre contrariété allait le pousser à un véritable massacre.
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Message Dim 21 Oct 2012 - 20:56

Les fameux jardins aquatiques. L’on en avait tant dit à leur sujet à peine la première pierre posée que Rennifer en venait parfois à se demander quelques informations tenaient de la vérité et lesquelles n’étaient que de vulgaires exagérations comme l’on en rapportait tant. Bien au fait des ravages que pouvaient causer le bouche à oreille à de précieux renseignements et ne les ayant jamais contemplé en personne, le vieux lancier se questionnait aussi –et légitimement- sur l’ampleur des travaux en cours, ainsi que sur les véritables raisons ayant motivé son Prince à se lancer dans ce projet. Maron Martell aurait choisi de faire cadeau de ces installations prétendument colossales à sa Targaryen d’épouse simplement pour lui prouver son amour, chose que Rennifer arrivait difficilement à ne serait-ce que concevoir. Les descendants directs de Nymeria avaient plus que mérité leur position régnante, l’union du premier suzerain et de la reine guerrière avait été à l’image de celle de leur peuple naissant : migrants Rhoynar et premiers habitants de Dorne s’étaient mêlés pour que leur glorieux pays voit le jour. Comment pareil héritage pourrait-il s’abaisser à faire le beau devant des chevaucheurs de dragons consanguins ? Plus buté que bien des hommes, Rennifer refusait de concevoir pareille déchéance malgré les faits qui paraissaient évidents au premier coup d’œil. Le prédécesseur de son Prince s’était égaré, cela il parvenait à l’avouer à grande peine et en retirait une rancœur tenace contre l’esprit du défunt rappelé par la Mère-Rivière, et tout comme son fils avait honoré la volonté de sa lignée en engrossant une épouse indigne de lui, peut-être qu’à présent Maron ne faisait que prouver sa capacité à laisser sa marque. Tout comme ses ancêtres avaient édifié les hautes tours de Lancehélion lui aussi avait décidé de marquer sa terre avec des édifices de pierre. Aussi tiré par les cheveux que ce raisonnement pouvait sembler être, il suffisait bien au Uller qui se refusait par-dessus tout à contester l’autorité et les décisions de son seigneur. Les Martell gouvernaient pour les leurs et tenter de juger leurs actes sans disposer de tous les éléments permettant une telle chose tenait d’une présomption pure et simple dont Rennifer se refusait de se faire le représentant. Bien entendu il aurait préféré que cet or soit utilisé pour lever une armée mais l’heure ne devait pas encore être venue pour cela, très bien, il attendrait dans ce cas.

La Ferboys parlait avec passion et le vieil homme vit à sa gestuelle qu’elle avait conscience des risques qu’elle prenait en tenant pareils propos en sa présence. Sa volonté était décidément aussi solide que le bronze, elle défendait l’histoire de sa famille avec un aplomb considérable malgré une évidence des faits que Rennifer considérait dans ce cas-là comme totalement incontestable. Peut-être aurait-il lui aussi été aussi avide de redorer l’image de son nom s’il avait vu le jour dans pareille Maison félonne, mais le Uller était par contre certain que jamais il n’aurait campé sur les mêmes positions rebelles que les premiers membres de ce clan, une telle persistance démontrait un aveuglement indigne de Dorniens.

« Les tiens ont gardé une partie de nos frontières, tant pour défendre leurs propres domaines que pour barrer la voie aux porcs de l’Orage, cela je te le concède. Mais jamais, je dis bien jamais, la perte de raison dont le précédent Prince a fait preuve en nous rattachant au reste de Westeros ne vous donnait la légitimité nécessaire à cette pathétique rébellion auprès des Feunoyr. Les moyens comptent autant que la fin, jeune Dame, et si ta Maison avait simplement répondu à une « trahison », elle ne se serait pas empressée d’aller ployer le genou devant un autre Targaryen ! »

Voir ses actes remis en question par une enfant n’ayant que la moitié de son âge arracha au lancier un grognement que l’on aurait eu peine à différencier entre dédain et amusement cruel, l’orgueil de la jeune femme était décidément aussi démesuré que son ambition. Qu’avait-il fait pour la cause de son sang ?

«Puisque je me vois contraint de justifier des actes survenus bien avant que ton père n’ait l’idée de faire enfanter ta mère, soit, voilà ce que j’ai fait pour notre cause : constamment j’ai veillé à ce que Denfert soit prêt à répondre à l’appel de la guerre lorsque celui-ci résonnerait, mes soldats sont des hommes et des femmes inflexibles que j’ai formés pour le jour tant attendu où NOTRE Prince décidera qu’il est temps. Nos sous-sols regorgent d’armes prêtes à servir cette cause, des armes dont les Uller font constamment croitre le nombre. Quand tu œuvrais à gagner du pouvoir, je préparais notre avenir à tous. Effectivement, jeune fille, tu m’as bien mal jugé. »

D’un geste du bras plutôt brusque il invita Edarra à se diriger vers le Hall tandis que lui-même commençait à s’y rendre tout en parlant. S’il ne pouvait profiter d’un moment de solitude comme avait été le but premier de cet entrainement, il subirait cette guerre des mots et des idées entre ses propres murs.

« Que tu veuilles voir à nouveau Dorne libre est une bonne chose, mais les moyens que tu proposes semblent tous suggérer un renversement des Martell et une prise de pouvoir par les tiens. Ce sont les autres voies amenant à cette guerre que je décide d’emprunter, jeune Ferboys… » Il passa les portes ouvertes de sa demeure et poursuivit sans s’arrêter jusque dans la grande salle où son neveu présidait à la fois les affaires courantes de son domaine et où se tenaient aussi les repas. Pour l’heure la pièce était déserte, les serviteurs poussés par leurs années d’expérience quant à leurs maitres lunatiques avaient dû déserter tous les lieux où il serait possible de croiser Rennifer durant les prochaines heures. « …des voies qui n’impliquent pas de renier mon devoir. Mon neveu n’a reçu aucune demande de taxe pour la construction de ces Jardins, en a-t-il été de même pour ton oncle ? Si Lancehélion puise dans ses fonds propres, alors tous les autres seigneurs disposent encore de l’or qui leur permettra de lever leurs piques et de les envoyer aux combats. De nombreuses Maisons sont disséminées sur notre terre, les familles des Montagnes ne sont pas les seules à pouvoir combattre, crois-moi. »

Il s’arrêta finalement au beau milieu de la salle, non loin de la longue table de bois précieux dont l’histoire suffisait à elle seule à témoigner du passé belliqueux de son sang et se tourna pour faire face à l’une des rares personnes à avoir meurtri sa chair ses dernières années et dont la vie ne s’était pas brutalement achevée après ce bref exploit.

« Tu ne formules que des suppositions auxquelles je refuse d’accorder du crédit, jeune Edarra. Ma lance appartient à Maron Martell, tout comme celles de mes hommes et celles de ceux qui obéissent à ton oncle, nos terres sont les leurs autant que les nôtres. Telle est la fonction de suzerain, ne l’oublie pas. »

Au sein de l’antre des Uller régnait constamment une vague odeur de suie, comme un rappel des flammes qui autrefois avait baigné ces murs lorsque les siens s’étaient débarrassés d’invités indésirables en les enfermant à cet endroit même et en laissant la chaleur s’y déchainer comme bon lui semblait. La coutume voulait que de temps à autres l’on passe au cours d’une nouvelle lune des torches le long des parois, pour que les pierres prennent à nouveau cette teinte noirâtre et que tous, habitants comme hôtes, n’oublient jamais ce dont un Lord du désert courroucé était capable. Peu amateur des coutumes, Luan avait laissé pareil évènement tomber dans un vague oubli que Rennifer ne manquait pas de lui reprocher dès que l’occasion s’en présentait. A chaque naissance de l’un de ses enfants il avait malgré tout reproduit le rituel, seul, c’avait été sa façon personnelle de prouver que jamais le feu de leur lignée ne s’éteindrait tant que leur volonté demeurerait intacte.

« Je ne mourrai pas autrement qu’en combattant les ennemis de mon pays, jeune Ferboys, sache que nous travaillons déjà, et dans le respect de nos serments, à lancer les premières étapes de cette guerre à venir. De façon plus… directe. »

A l’idée de ce plan dont lui et son neveu avaient commencé à tracer les grands traits il y a quelques semaines son cœur se fit plus léger l’espèce d’un instant, non il ne retournerait pas au désert sans avoir livré sa dernière bataille, et lorsque son Prince en prendrait connaissance, il ne pourrait que leur apporter son soutien et les aider à leur délivrance.
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Message Mer 24 Oct 2012 - 15:04

Après l’affrontement physique, venait l’affrontement verbal et pour cela, la défensive semblait être de mise des deux côtés. L’un protégeait son suzerain, alors que l’autre protégeait sa vie d’une parole de trop. Ce vieux aigri de Uller ne semblait pas vouloir voir la vérité en face concernant Maron Martell et ce, malgré les preuves toutes plus évidentes les unes des autres qu’exposaient Edarra. Les paroles de son adversaire confirmèrent parfaitement ce que pensait la jeune femme. En effet, il était compliqué de se prétendre défenseur de Dorne, si ses ancêtres avaient eu la stupidité de s’associer avec un bâtard Targaryen. Cette page idiote de l’histoire de la Maison Ferboys risquait de porter encore longtemps préjudice à leur nom et à leur honneur aux yeux de bien des dorniens. La réhabilitation allait prendre du temps, mais si elle parvenait à susciter le doute dans le cœur de Rennifer, une grande victoire serait déjà à sa portée. Ne voulant pas lui laisser un avantage trop important, la jeune lady rappela une nouvelle fois un fait important de son plaidoyer qui aurait dû permettre la nuance dans les propos du vieillard.

« On ne peut reprocher à une génération, toutes les erreurs de la précédente. Si vous êtes parvenus à ne pas tenir rigueur à notre Prince, les erreurs de son ancêtre, peut-être parviendrez-vous à le faire également pour ma Maison. »

Cette idée semblait assez peu probable mais au moins, cela aurait le mérite de mettre en avant l’aveuglement de ce vieux scorpion lorsqu’il s’agissait de la famille Martell. En tout cas, il était clair que ce dernier n’avait pas apprécié les remarques sur sa participation à la libération de Dorne, et il le montra par un grognement dédaigneux qui en disait loin sur son humeur. Bien des nobles auraient juste passé leur chemin devant le danger que représentait le fait d’offusquer le doyen de la Maison Uller, mais ce n’était pas le cas de la jeune Ferboys qui comptait bien obtenir un signe d’intérêt de la part du vieil homme. Tel un guerrier sur les dents, il dévoila les actions entreprises pour la future révolte, qui finalement se contentaient à une accumulation d’armes et d’hommes attendant encore et encore un signe du Prince de Dorne. Il était clair maintenant que Rennifer n’était pas un homme d’initiative et que provoquer les choses n’était pas dans sa nature. Au final, il n’était qu’un guerrier juste bon à suivre les ordres, espérant simplement qu’un jour, son suzerain viendrait lui donner ceux qu’il attend. Bien sûr, exprimer cette opinion face à lui aurait très certainement été la dernière d’Edarra et par conséquent, elle se limita à une question.

« Avez-vous déjà parlé à notre Prince pour savoir ce qu’il en pensait ? »

En effet, si l’oncle du Lord de Denfert venait à se retrouver devant Maron Martell, il y avait de fortes chances que ce dernier se refuse à envisager une guerre contre la patrie de sa femme, surtout vu l’amour qu’il lui porte. Peut-être qu’un tel événement permettrait à Rennifer d’ouvrir les yeux sur l’inutilité de son action jusqu’à présent, si aucun élément déclencheur ne vient lui permettre d’utiliser tout cela. Cet élément, Edarra espérait bien un jour être celle qui l’apporterait, méritant ainsi une place bien plus élevée dans la noblesse dornienne. Suivant son ancien opposant d’entraînement vers le Hall, elle écouta avec attention les réticences du vieil homme borné. Finalement, ce qui le dérangeait surtout, était que les Ferboys renversent les Martell, chose compréhensible quand on voyait la rancœur qu’il avait à l’égard de cette Maison. Peut-être qu’avec du temps, de la patience et surtout, une grande adresse, elle parviendrait à le convaincre de sa fausse bonne foi. En tout cas, il était clair que si elle voulait obtenir ce qu’elle voulait de lui, à savoir un soutien plein et entier, elle allait devoir marcher dans les pas qu’il avait dicté, sans s’écarter trop de la voie choisie. Affronter les Martell de face n’était déjà pas un plan lumineux comme avait pu le constater son ancêtre, mais peut-être qu’en les poussant dans le dos, juste comme le vent, il y avait un moyen de les pousser dans un ravin sans fond.

Entrant dans la salle de banquet, Edarra continua à écouter le discours du vieux Uller qui semblait encore vouloir trouver des excuses à ce Prince de pacotille. Ses paroles sur les Jardins Aquatiques avaient au moins eu le mérite de semer la graine du doute chez l’homme d’armes, bien qu’il continuait à défendre les positions du Suzerain de Lancehélion. En effet, comme il l’avait précisé, aucune taxe supplémentaire n’avait été demandée pour cette construction mais bon, à quoi pourrait bien servir un Prince, si il doit compter sur ses vassaux pour mener une guerre, sans même pouvoir s’y investir en hommes et en armements faute de moyen. Bien qu’impassible à la passion débordante que Rennifer exprimait sur sa fidélité au Prince de Dorne, la jeune femme ne semblait pas non plus en exprimer la moindre crainte ou angoisse. En effet, si il y avait bien une chose qu’elle avait apprise avec le temps, c’était qu’il ne fallait pas brusquer les choses et qu’un doute installé vaut souvent mieux qu’une conviction.

« Tout ce que j’espère, c’est que notre fidélité envers notre Prince aura pour conséquence une oreille attentive à nos demandes de sa part. Quoiqu’ait fait mon ancêtre, la Maison Ferboys, en ma personne, ne souhaite aujourd’hui que l’indépendance de Dorne. J’espère comme vous que notre Prince répondra à notre attente et que son amour pour une Targaryen ne vienne pas écraser nos rêves dans le sable brûlant. Pensez-vous que tous les nobles de Dorne suivront un Prince dont l’armée aura été réduite par ses dépenses en pierres ? Les Ferboys le feront, les Uller aussi, mais d’autres pourraient ne pas apprécier de voir un Prince sans armée venir leur dire quoi faire. »

Montrant un peu plus de conviction dans ses paroles que dans son écoute des propos de son interlocuteur, la jeune lady espérait bien convaincre Rennifer de sa bonne foi et de celle de sa Maison. Son Oncle n’était pas bien malin mais bon, il avait au moins le mérite de ne pas avoir encore organisé une bêtise comme son ancêtre. Pour peu que les Ferboys se montrent plus « loyaux » durant une certaine période, peut-être que les tractations d’Edarra pourraient leur ouvrir un chemin royal vers le trône. Le vieux Uller évoqua toutefois une chose intéressante, l’existence d’un plan visant à lancer l’indépendance de Dorne. Cette nouvelle fit sourire la dornienne, non pas qu’elle voyait en cela la solution pour le pays, mais plutôt la solution pour elle. Connaissant la subtilité de la famille Uller, il s’agissait certainement d’exécuter tous les voyageurs de Westeros s’aventurant à Dorne, ou encore d’attaquer une place forte pour agrandir les frontières du Prince Martell. Quoiqu’il en soit, les chances pour qu’un tel plan soit accepté par ce vendu de Maron étaient proches du néant. Elle le savait parfaitement bien que jamais il ne s’opposerait au Trône de Fer, bien trop heureux de forniquer avec une Targaryen et en mettant leur sang souillé sur le Trône de Dorne.

La brune se montra attentive aux paroles de Rennifer, voire même enthousiaste, chose assez rare chez ce caméléon masquant parfaitement ses émotions, ne cherchant malgré tout pas à en savoir plus pour ne pas être mal vue par le vieil homme. Une fois que le Prince aurait rejeté la proposition de la Maison Uller, ceux-ci seraient sans doute obligés d’ouvrir les yeux sur la réalité des choses, et à ce moment, peut-être qu’ils considéreront enfin la Maison Ferboys comme une alternative valable. En attendant, elle devait exprimer son total soutien à sa cause, quelle qu’elle soit, de toute façon, cela ne portait pas à grande conséquence.

« Sachez que toute initiative pour voir Dorne enfin libre sera soutenue par la Maison Ferboys. J’espère que notre Prince répondra favorablement à votre appel. Je vais vous laisser maintenant. Je crains que Mère se soit inquiétée en me voyant m’entraîner avec un homme aussi talentueux que vous. J’espère que la prochaine fois, je pourrais m’entraîner face à votre arme fétiche. Je devrais partir dans les jours prochains pour ramener mon fiancé s’étant égaré dans le Conflans. J’espère que nous pourrons nous revoir à mon retour. »

S’inclinant avec grâce et politesse, la jeune femme prit congé du doyen des Uller, n’oubliant pas cet échange qui fut des plus instructifs à de nombreux points. Elle se devait maintenant de poursuivre son autre plan de rapprochement, cette fois avec la Maison Dayne. Cela faisait maintenant des semaines qu’Oberyn était parti, laissant la jeune femme sans nouvelle. Même si elle ne voulait pas prendre la route vers cette contrée froide et ennuyeuse, elle se devait de s’assurer que le blond des Météores revienne pour l’épouser. Edarra quitta la salle de banquet, laissant Rennifer à ses pensées, et alla retrouver sa Mère qui l’attendait dans leurs appartements.
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