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Quand la mort à nos pieds jettent son ombre amère...

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Général
Feuille de Personnage


Message Mer 29 Aoû 2012 - 0:01

      Quelle étrange façon la guerre à de se rappeler à nous ! Les Sept le savent, il ne faut jurer de rien. Lady Catelyn n'était pas de ces femmes qui minaudent, qui théâtralisent, qui gémissent inlassablement et en toute occasion. Quand elle apprit de la bouche de son mari que lord Arryn convoquait un nouvel ost qu'il dirigerait lui-même au cœur des Îles de fer afin d'infliger aux rebelles Fer-nés la défaite qui mettrait un terme sûr à leur folle ambition, l'épouse de lord Allan Royce n'avait tout d'abord rien dit. Ses lèvres, domptées par des années d'une rigoureuse éducation, se fermèrent à toute réaction immédiate, quand bien même au fond d'elle lady Catelyn acceptait en silence cet événement qu'elle regrettait de prime abord. En tant qu'épouse d'un vassal des Eyrié, elle savait que l'honneur et le devoir de Roches-aux-Runes étaient en jeu et que la seule chose pour lord Allan à faire était de répondre, cette fois, présent. Mais en tant qu'épouse d'un homme qui était aussi le père de ses enfants, elle ne pouvait qu'interroger la mansuétude des dieux, dont la réputée clémence lui parut plus illusoire que jamais. Qu'ils lui semblaient cruels, ces dieux qui n'hésitaient pas à projeter l'ombre noire de la mort sur son époux bien aimé ! Ce fut là sa première réaction, paradoxalement viscérale et silencieuse, comme l'éruption muette d'un volcan qui cracherait sa lave bilieuse par un trou de son cœur d'épouse trop inquiète. Mais à ce cataclysme intérieur suivit la résolution consciencieuse, car lady Catelyn partageait avec son compagnon plus qu'un lit nuptial, et si l'amour que lui inspirait chacun des membres de sa famille était la source du plus grand des réconforts, l'honneur et le devoir s'imposaient à elle aussi comme des commandements divins. Qui était-elle, pour douter de la décision des dieux ?

      Elle observa donc avec respect et révérence les décisions prises par son époux qui prit en charge lui-même le rassemblement des troupes qui arboreraient les couleurs de la maison Royce pour s'ajouter à celles du nouvel ost Valois qui partirait faire la guerre à un ennemi qui lui semblait si lointain en dépit des nouvelles qu'elle recevait parfois de lady Leona Gracefort, ou même de lady Collys qui, vivant à Vivesaigues, était plus à même d'acquérir des informations de premier choix. Hélas, celles-ci ont un prix, et lady Catelyn partagea plus que sa part de compassion quand lui parvint la nouvelle du raid nocturne mené par lord Greyjoy en personne contre la forteresse de Salvemer. De se sentir si loin des troubles qui plongeaient certaines parties du royaume la rassurait et la frustrait dans le même temps. Elle n'était pas une femme d'action et savait que la guerre était une affaire d'hommes, mais elle souffrait de ne pouvoir offrir plus aux malheureux victimes de la barbarie fer-née que ses prières du matin et du soir. Mais trop éduquée et trop policée pour nourrir aucune ambition d'aucune sorte, lady Catelyn ne faisait jamais rien que prier, s'informer et prier encore. C'est ce qui la conduisait à régulièrement écrire à sa belle-soeur, lady Collys, car en dépit de toute la méfiance que lui inspirait certaines de ses inclinations, lady Catelyn appréciait sincèrement la sœur de son époux – comme il sied à toute épouse digne de son rang. À la vérité, quand elle ne parlait point de la place des femmes dans la société, lady Collys était tout à fait fréquentable, et même très agréable à vivre.

      Chère sœur,

      La guerre contre les fer-nés a pris une tournure nouvelle, et votre frère revêtira bientôt l'armure qui fait la fierté de notre famille pour répondre à l'appel de notre suzerain. Lord Allan ne tarit point d'éloges à son égard, tant il admire la détermination et la valeur de ce jeune homme qui trône sur le siège des Eyrié. Chanceuse sera l'épouse qu'il prendra, grands seront ses enfants. Pour l'heure, c'est aux miens que je pense, et aux vôtres. Je redoute malgré moi le départ de votre frère, même si j'en accepte le caractère inévitable. J'aimerais le suivre partout où le portera son devoir, mais le mien est de rester au château pour le diriger en son absence. Les dieux ont parfois une drôle de façon d'éprouver les serments que l'on fait devant eux, n'est-ce pas ? Mon époux obéit à ses vœux de chevalier et de vassal, j'obéis à mes vœux d'épouse et de mère.

      Le courage et la bravoure des hommes et des femmes du Conflans ne sera point oublié, et sachez qu'on parle encore aujourd'hui de l'exploit des riverains à Salvemer. C'est une vérité triste, je n'ai pour vous réconforter que des encouragements et des prières quand vous auriez besoin d'armes et de bras. Transmettez malgré tout à votre neveu mes respects les plus francs et veuillez lui rappeler que je garde un impérissable souvenir de son dernier séjour dans le Val d'Arryn. Peut-être l'occasion se présentera de le revoir, de vous revoir, dans l'avenir ? Ces occasions sont rarissimes et pourtant, elles arrivent, parfois. La guerre n'aide point, alors de grâce, survivez pour que nous puissions rapidement oublier cette histoire, une fois que nos chevaliers auront maté la rébellion de ces hérétiques forcenés.

      Je vous entendez déjà, chère sœur : « encore une vaine lettre ! » Mais ces mots me soulagent autant que j'espère qu'ils vous agréent. La bienveillance est une vertu si décriée de nos jours que j'en veux user et abuser jusqu'à m'en blanchir les cheveux. Que les sept veillent sur nous tous quand la méchanceté et la vilénie auront couvert nos esprits de leur écume affreuse! Gardez-vous de ces mots et de tous les autres.

      Votre sœur dévouée, lady Catelyn Royce. »


      Le ton était plus inquiet, plus éprouvé qu'à l'ordinaire. Lady Catelyn était plus affectée qu'elle ne le laissait paraître par le sérieux virage que venait de prendre la guerre. Ce soir-là, des larmes troublèrent ses cantiques. Ô dieux qui êtes grands, avez-vous donc une âme ? Savez-vous qu'il est dur d'être aimé et d'aimer quand la mort à nos pieds jettent son ombre amère ?
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