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L'or et la raison

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Général
Feuille de Personnage


Message Mar 7 Aoû 2012 - 21:34

L'été avançait, chassant le printemps meurtrier. Le vent odorant et chaud, chargé des parfums de l'herbe séchée par le soleil ardant, allait se mêler aux embruns tiédis et drapait Belcastel d'une mante iodée lui donnant des allures de jardin de maître. Ailleurs, l'eau commençait à manquer devant l'empressement de cet amant solaire, lequel n'avait de cesse que de lécher les plaies laissées sur la terre par le Fléau de l'an 209, ouvrant dans le sol charniers et tombeaux trop fréquents. L'île, tempérée par les eaux, échappait pour l'heure à cette canicule encore tolérable ; il n'y avait guère que des vieilles dames pour gémir à propos du temps qu'il faisait. Les jeunes gens, qu'ils fussent bien ou mal nés, se riaient ensemble des avertissements chevrotants des personnes âgées, on profitait du beau temps, on glorifiait les Sept et le jour conquérant, on oubliait les morts, le mal, les dangers qui guettaient et qu'on cherchait dans chaque étranger qui s'en venait en toussant – en somme, entre deux saisons, on revivait. Les flots brillaient, vagues de saphirs emperlées d'écume blanche, les arbres de jade se paraient de bijoux gourmands et, quelque part dans une masure charmante dormait une belle enfant. Assoupie dans son lit de vermeille, serrant dans ses doigts délicats un pli de drap, sa fenêtre entrouverte lui portait les fragrances sublimes des fruits qui se pâmaient à l'idée d'être portés à ses lèvres entrouvertes. Cette beauté blonde, entre la jeune fille et la femme, s'étirait légèrement dans une langueur admirable qui aurait inspiré cent artistes pour mille tableaux. Elle inspira l'air, entrouvrant les yeux, se prenant à voir dans les cieux qu'elle devinait très lumineux l'appel de la ville, dont la population, suspendue à ses cils, attendait que la princesse s'éveille. Une femme entra, servile et voûtée car impressionnée, héla le nom de la dame avec tendresse, avant de s'approcher. Sans doute allait-elle faire demi tour après l'avoir admirée, sans doute n'allait-elle pas oser déchirer la brume éthérée accompagnant la fin de sa nuit, laquelle voulait durer, refusant de quitter les bras de cette délicieuse poupée. Mais la femme approcha encore, tendant une main fébrile vers ce front auréolé des filaments dorés de cette chevelure éparse que l'astre céleste devait envier et, prenant une lente inspiration, elle agrippa les mèches de cheveux de Violain à pleine main pour les tirer sans ménagement.
    « Bougre de feignasse ! Tu vas te lever quand ? »

La Souris couina, se débattit le temps de reprendre sa tresse à demi défaite en ses menottes à elles, bien plus délicates, et caressa sa propre chevelure comme elle aurait apaisé un animal tremblant.
    « Pas la peine de me faire mal, méchante !
    _Bouge donc ton train !
    _Votre langage.
    _Maintenant ! »

Écarquillant les yeux pour les lever au plafond, la demoiselle maugréa bas et sauta de sa paillasse, lui dardant un regard dépité. Au revoir, vermeille ! Abandonné, le songe merveilleux et arrangeant ! Sa couche était celle d'une simple servante et si sa fenêtre était entrouverte, ce n'était pas pour une quelconque coquetterie, c'était parce qu'elle fermait mal et qu'un gamin des environs s'amusait à en bousculer l'huis pour le plaisir d'entendre les jappements de la Souris qui s'en trouvait exposée aux remugles de la cité. Ce matin-là, le marmot farceur ne l'avait pas tirée de son sommeil, pas plus que le brouhaha ambiant ne l'avait assez remuée pour qu'elle quitte ses rêveries. Elle avait dormi longtemps ; il fallait dire qu'elle avait veillé – pillant quelques instants de complicité avec une dame de meilleure naissance, elles avaient bavardé et la Souris tirait une fierté certaine d'avoir su capter l'attention d'une Dame et la garder. Le visage aussi défait que ses draps, elle retira la chemise qu'elle avait fantasmée de soie pour la jeter sur une chaise déjà chargée, et fit face à son baquet pour se nettoyer le minois. La vieille était l'intendante de la Maison Farman. Elle paraissait avoir l'âge des murs et adressait à ses maîtres une dévotion que peu de septons auraient pu prétendre égaler envers leurs sept divinités. La rombière, qui se tenait toujours au milieu de l'endroit, ne quitta pas des yeux la demoiselle malmenée et posa ses mains tordues à ses hanches pour continuer.
    « Je veux que t'ailles au marché, alors dépêches-toi. Y'a des bateaux d'arrivés, faut faire des réserves, et des vraies. Le temps va se gâter.
    _Il fait un temps formidable.
    _C'est bien le problème ! Les gamines, toujours à contester. Va faire trop chaud, le prix du grain va monter. On profite tant qu'il est bon, blanc et qu'il ne nous coûte pas le fond de culotte. Si tu me remplaces quand je serais crevée, faut que tu prennes l'habitude de prévoir plus loin qu'la saison.
    _Oui, vous avez raison. Merci de m'éduquer.
    _Et change de ton ! »

Violain battit des cils, feignant la soumission, avant de tourner tête vers le fond de son baquet. Face au bois trempé, elle grimaça, imitant dans une grossière et muette acrimonie les derniers propos de la tireuse de cheveux défraîchie. Cette dernière se pencha par dessus son épaule.
    « T'as dit quelque chose ?
    _Oh non, je me demandais si je devais prendre des fruits,
    minauda la menteuse avec quelques frissons de cils.
    _Du grain, j'ai dit !
    _Seulement du grain alors. J'ai compris.
    _Et n'en profite pas pour courir le garçon.
    _Enfin ! Voyons ! »

La jeune fille battit l'air de la main, la vieille dame roula des yeux et fit le tour des lieux du regard, puis des pas, alors qu'elle soulevait ses robes une à une. Inspectant leurs coutures et leur allure, la vieille dame fronça les sourcils.
    « C'est pas le ruban que la voisine avait perdu, ça ?
    _Pardon ? Oh, mais, pas du tout ! C'est un présent. C'est...
    Les lèvres soudain sèches, la Souris se passa la langue sur celles-ci, avant d'affirmer, les yeux légèrement écarquillés. C'est le petit qui court la rue, vous savez ? Celui qui jette des cailloux aux fenêtres. Il me l'a offert. Si ! »

Devant le scepticisme de la femme, la blondinette ouvrit des yeux plus grands et, avec une légère exagération, souffla entre les doigts qu'elle apposa soudain à sa bouche ouverte en cœur, imitant assez bien une indignation éberluée.
    « Oooh, reprit-elle, vous ne croyez quand même pas qu'il l'aurait volé et... Oh ! Je vais le gronder.
    _T'en fais pas, je vais l'attraper ! Toi, cache donc ton derrière et va me l'agiter ailleurs et en ordre. J'veux pas t'entendre traîner. Tu vas rater les bons prix du marché. »

Intérieurement plutôt fière de sa pirouette et impatiente de voir le gosse des rues la joue rougie et les yeux contrits, elle arrangea sa tresse, passa sa robe ornée du tissu dont elle avait bel et bien soulagé une noble Dame venue en visite une lune auparavant, notant toutefois intérieurement de dérober de la teinture sitôt qu'elle en aurait l'occasion – elle avait d'autres petites merveilles à dissimuler savamment. Pimpante, fraîche et parée à dicter sa loi aux primeurs et crieurs des quais, Violain quitta la demeure de ses maîtres, offrant son sourire au ciel et aux pavés.

Le pas, d'abord rapide et empressé, se vit flâneur et enjoué sitôt que la demoiselle se sut hors de portée de vue des fenêtres de la bâtisse noblement habitée. Le menton haut et ce petit nez charmant levé, elle darda toutefois un regard prudent en arrière, guettant l'arrivée d'une silhouette ridée et furieuse qu'elle ne trouva pas. Lâchant un rire éclatant, elle sautilla, guillerette, faisant danser son panier au bout de son bras. Les rues étaient assez animées et Violain se faufilait entre les erres très divers qui se tenaient là. Cette rue et sa suivante avaient abrité quasiment toute sa vie et si elle avait changé d'abri, en bon rongeur, elle n'avait pas bravé les intempéries et s'était contentée d'aller chercher son bonheur sous le toit le plus rutilant des environs. Comment et pourquoi les Farman avaient accepté cette fille de catin à la voix énervante en tant que domestique, la Souris n'en savait trop rien et, le peu de fois où ses pensées s'étaient tournées vers ça, elle avait préféré se rengorger en imaginant que c'était sa beauté et son talent naturel irradiant qui les avaient conquis sitôt qu'elle avait frappé le battant de bronze de leur porte. La vérité était moins glorieuse et plus classique, toutefois, elle ne s'en inquiétait pas et aucune âme n'allait se précipiter pour la lui confier. Remontant le pavé en évitant les flaques d'eau de pluie et, plus odorantes et chamarrées, celles qui étaient nées du contenu de pot de chambre, elle approchait de la façade derrière laquelle elle avait poussé toute son enfance durant, bouge infâme que la déclivité de la rue faisait mine de séparer des riches demeures se tenant à peine quelques mètres plus haut. Ce n'était pas le chemin le plus court pour se rendre au marché, il forçait à un détour plus loin dans les rues tortueuses et n'était pas des plus formidablement fréquentés, toutefois, Violain aimait à se pavaner devant la porte de ce bouge qui se changeait en maison de passe selon les lunes et les passages de femmes désœuvrées, souvent des veuves de marins n'ayant guère que cette extrémité pour offrir la becquée à leur petit dernier. La mère de la blonde mijaurée avait été l'une des rares personnes à s'y installer plus d'un an. Elle en avait, de mémoire de tavernier, vécu plus d'une dizaine et y avait expiré. Violain avait huit ans et avait alors repris la tâche maternelle de servir les clients en plats gras et bières tièdes, son jeune âge la gardant d'officier entre les draps de ces mêmes gens. Depuis qu'elle était partie de ce taudis, elle se faisait fort de passer au devant sans daigner darder un seul regard vers une fenêtre ou le banc sur lequel se vaudrait parfois le tenancier, qui l'avait pourtant protégée cinq ans après le décès de son « employée ». Elle se l'imaginait volontiers rageant, guettant encore malgré le temps écoulé le pas de cette demoiselle légère, bientôt fortunée, qui n'aurait plus jamais à imposer à son nez ravissant de se pointer derrière le comptoir et de supporter les plaisanteries graisseuses des marins s'y échouant. Elle se contentait de cette assurance, se rengorgeait de sa propre fierté, bâtissait un autel pour son propre orgueil avec chaque parade effectuée devant l'établissement ; mais ce jour-là, un parfum surprenant, venu des tréfonds de son enfance, projeta des images dans son esprit. Son pas se suspendit, ses narines s'agitèrent. Il lui semblait capter l'odeur singulière de son demi-frère.

Il était parti longtemps avant. Elle était très petite, ils devaient avoir bien cinq, peut-être pas tout à fait dix ans d'écart et, s'il avait du vivre dans la même chambre que la prostituée et sa petite souris de sœur, il ne faisait plus qu'y passer de temps en temps. Violain ne s'intéressait pas à lui outre mesure, l'oubliant rapidement sitôt qu'il était parti, mais lors de ses visites elle se faisait ravissante. Il lui offrait de la distraction et, le plus souvent, quelques cadeaux suffisants pour s'attirer les bonnes grâces de cette enfant attirée par tout ce qui brillait. Elle avait encore quelques unes des perles colorées qu'il lui avait dégotées, bien qu'elle eut cru les jeter dans un mouvement de colère lorsqu'elle fut assez grande pour comprendre que ce n'étaient pas des pierres fines, mais des morceaux de verre. Elle se souvenait qu'il était aussi blond qu'elle, avec un sourire plus large, aux dents plus carnassières, elle se rappelait surtout de l'odeur particulière qu'il se traînait et à laquelle elle le reconnaissait mieux que par ses traits. La Souris n'était pas aimante, encore moins nostalgique d'un passé qu'elle associait à la fange, mais elle ne pouvait humer la fragrance du cuir qui venait d'être fait sans se rappeler ce demi-frère, probablement rejeton d'un client trop généreux tout comme elle devait l'être. Il avait été pris comme apprenti chez un artisan d'ailleurs, il était tanneur, ou ébéniste, ou peut-être parfumeur, elle ne savait plus guère, en tous cas, la dernière fois qu'elle l'avait aperçu, c'était dans cette taverne. Il lui avait gratté la tête, lui laissant dans les cheveux cette odeur forte et immonde de graisse à traire et de teinture corrosive, avant de lui souffler.
    « A bientôt la Souris, va saluer ta mère. »

Jamais il n'était revenu et, il fallait le dire, elle s'en fichait éperdument, seulement, l'odeur et l'endroit la surprirent et elle posa les yeux sur l'écrin de boue et de bière qui avait abrité son enfance. Elle se rappelait assez bien de cette journée. Son frère était passé, très brièvement, sans la saluer d'abord. Le tavernier avait le front soucieux et lui avait pointé la chambre maternelle. Violain servait, sa mère dormait, c'étaient des choses qui arrivaient. Elle avait attendu, fébrile, que les présents arrivent de la main de son aîné, il ne lui avait offert que cette grattouille et s'était en allé. Ivre de rage, mais déjà habituée à en sourire, elle avait hoché la tête, persuadée alors que sa génitrice avait capté le trésor qui, de droit, lui revenait. Après un regard au tenancier, elle lui avait demandé si elle pouvait monter. Il l'avait enjoint à le faire promptement, ce qui l'avait intriguée vaguement, le temps de hausser les épaules et de monter les marches. Elle avait trouvé sa génitrice dans son lit, le front pâle, les yeux jaunis, la poitrine couverte d'un linge moite et sale. L'enfant s'était arrêtée au seuil de la porte et, après une quinte de toux, la femme lui avait commandé de faire un pas, mais de ne pas davantage l'approcher. Ce qu'elle fit, fermant la porte derrière elle. La mère de Violain, après l'avoir fixé et longuement décrite du regard, lui avait glissé d'une voix rauque que la gamine avait jugée étrange, avec un écho curieux et écœurant, car sonnant moite et douloureux.
    « Qu'est-ce que tu sais de la vie, la Souris ? »

La toute petite n'avait d'abord rien dit. Sa mère, insistante, avait répété, puis toussé, la bambine avait minaudé.
    « Je sais que ça vaut cher, la Petite, fit-elle en la nommant sciemment comme les clients le faisaient.
    _Et de la vie d'une femme ?
    _Ça vaut moins qu'un homme, c'est ce que je sais. Je peux m'en aller maintenant ? »

Elle n'avait plus tant envie d'un cadeau, même un peu précieux, qui aurait passé dans les mains fiévreuses que la femme alitée agitait devant son visage. Mais cette dernière répliqua.
    « Non, reste. J'ai besoin de te dire des choses, Violain.
    _C'est pressé ?
    _Mais ferme-la un peu, sale... »

Une quinte et un crachat achevèrent la répartie trop vive et trop haussée de la malade. L'enfant maria son dos et le chambranle de la porte, non par peur, mais par dédain dégoûté. Les narines écarquillées, elle toisait du haut de ses huit années cette mère qu'elle n'avait jamais pu aimer. Elle-même n'avait guère accordé d'affection à son enfant, pas plus qu'elle ne l'avait maltraitée, mais en ce jour, en cet instant, ses yeux étaient chargés d'une haine singulière. Après un long silence, haché par ses inspirations gravillonneuses, elle clama avec lenteur.
    « La vie d'une femme se tient dans sa tête, Violain, et toute sa valeur est entre ses jambes. Retiens bien ça. Je sais que tu es déjà maline, puisque t'es une teigne, mais apprends bien et retiens bien : faut jamais montrer que tu es moins bête que quelqu'un. Surtout un homme. Ne le laisse jamais savoir que t'es futée et surtout, surtout, ne te fais jamais avoir par des promesses. N'accepte aucune promesse. Si un homme te veut, faut qu'il t'épouse, ou au moins qu'il te paye. Et qu'il te paye beaucoup. D'accord, la Souris ? »

La gamine restait muette. Sa génitrice sembla s'en contenter.
    « Garde les jambes serrées jusqu'au mariage tant que tu le peux. Après, tu pourras les écarter tant que tu veux. Tu m'as comprise ? Violain ? Tu m'as bien comprise ?
    _Oui,
    souffla-t-elle en regardant le plafond.
    _Je veux que tu m'écoutes !
    _Oui, Maman,
    coassa l'enfant, j'ai compris, les hommes ils me touchent pas jusqu'à ce que je sois mariée et tout. Et quand ils me parlent, je souris. Et quand ils me posent des questions, je dis comme ils veulent que je réponde, ajoutait-elle en hochant la tête, récitant sa leçon apprise.
    _C'est bien.
    _Je peux m'en aller maintenant ? »

La prostituée entrouvrit les lèvres, avant de serrer les dents, puis le poing. Avec brutalité, elle jeta ce dernier dans l'air, comme si elle frappait l'image de la gamine depuis son lit. Elle laissa échapper un sifflement aigre, vaguement affirmatif, l'enfant fit volte face et partit, se demandant brièvement quelle mouche avait piqué cette pénible créature qui l'avait mise au monde, avant d'oublier l'incident et de sourire aux hommes ivres et assoiffés qui attendaient d'être servis. Ils n'avaient pas meilleure conversation, mais eux, avaient de l'argent. La mère de Violain mourut dans la nuit.

La Souris n'avait compris qu'au fur et à mesure les implications et la réelle teneur des propos échangés ce jour-là. Sa mère et elle parlaient peu, hormis ces quelques fois où elle avait trop bu – ou quand elle s'était sentie partir. Elle lui avait toujours répété cette même leçon, les jambes fermées, la tête pleine mais dissimulée. Toujours. Selon elle, c'était l'essence de la survie, malgré elle, Violain devait admettre que ce pauvre leitmotiv avait été un guide et un bouclier sur le chemin de la vie. Il lui aurait été aisé de se vendre, ou même de croire aux beaux regards de quelques hommes charmants qui s'étaient penchés sur sa fraîcheur, mais alors elle n'aurait pu servir dans la belle maisonnée des Farman, lesquels auraient dédaigné une gourgandine, même ravissante, et l'aurait abandonnée à ses trottoirs qu'elle aurait pu laver à force de les parcourir en attendant le chaland libidineux et ivre. Elle ignorait ce qui lui faisait songer à tout cela, elle qui avait autant d'affinité avec la nostalgie qu'un rat avec un âtre allumé. C'était peut-être ces récits de Fléau qui avaient fini par échauffer son esprit et lui rappeler cette maladie qui avait emporté sa mère, c'était peut-être cette odeur sentie par erreur qui lui avait rappelé qu'elle avait eu un frère, c'était peut-être autre chose, le temps singulier, la fatigue de sa nuit écourtée, les songes bercés par des parfums d'été ; elle s'aperçut avec une vilaine surprise qu'elle s'était approchée de la porte entrebâillée et qu'elle dardait un regard vide dans la salle encore peu habitée, abritant quelques déchets laissés en arrière avec le retrait de la marée nocturne, assoupis sur les bancs. Elle pinça les lèvres, prit une inspiration violente, se détourna séant ; une voix la figea et la força à imiter une expression de parfaite détente. C'était le tenancier.
    « Ah, tiens, voilà la princesse qui s'amène. Ben tiens ! Toi qui m'avait presque juré qu'tu s'rais à Port-Réal avant que j'me sois mouché.
    _Oh, mais quelle... Charmante, charmante, oui, absolument char-mante surprise,
    minauda la demoiselle en se retournant, dents trop serrées pour ne pas trahir son déplaisir, ajoutant sur un ton délicieux et amène. Je ne pensais pas vous voir.
    _T'es conne ou quoi ? T'as oublié qui l'tient, c'taudis ?
    _Ah mais non, comment oublier un visage pareil ?
    Siffla-t-elle, les yeux agrandis d'un éclat de fureur froide.
    _Hé quoi ?
    _C'est que je pensais que vous seriez crevé. »

D'un petit pas en arrière, elle évita la gifle qui partit. Elle trouva la morgue d'en rire, les mains crispées sur son panier pour leur refuser le moindre tremblement. Elle voulait se parer des atours d'une force qu'elle était loin de ressentir. Il grogna.
    « T'as toujours été une merdeuse, Violain, un parasite, voilà c'que t'es !
    _La merdeuse est lavée, monsieur, ce n'est pas votre cas.
    _Écoutez-moi cette bonne bourgeoise, on croirait que tu soupes chez les Lannister ce soir. Comment ça s'fait que t'es pas encore mariée ?
    _Ça doit être votre haleine qui porte jusqu'à la demeure, ça a de quoi déranger.
    _Allez, ferme ton claquet avant que je t'abîme la gueule, quand tu reviendras ramper devant chez moi, je pourrais plus te vendre aussi cher, ça me ferait chier.
    _Vous vendrez votre propre, si je puis dire, derrière avant que je ne revende ne serait-ce qu'une bière dans votre propriété. La bonne journée.
    _Hé ! Tu vas me dire que tu te pointais juste par hasard ? T'as rien à me demander ? »

Violain cilla, soulevant, dans le ton employé comme dans l'air goguenard qu'il affichait soudain et qui avait avalé toute sa colère, que le vieux tavernier tenait quelque chose à son encontre, qu'il commençait à faire miroiter. Elle fronça les sourcils, restant silencieuse. Quelques secondes s’égrenèrent et il rit à grands éclats gras et mauvais. Elle finit par lâcher.
    « Et bien, quoi ? Je perds mon temps, et il est assez précieux.
    _Bah, bah ! Mes excuses, majesté,
    fit-il en imitant grossièrement une révérence, durant laquelle ses rotules chantèrent. J'veux point vous déplaire.
    _Mais qu'est-ce qu'il y a, à la fin ?
    _Ton frère est passé. »

Il lui sembla que l'atmosphère même s'était figée. L'air était devenu lourd, le pavé huileux, les ombres épaisses ; sur ses épaules s'abattait une poussière vieille de quelques longues années. Son frère, son frère, ah, son frère ! C'était ça, ces odeurs, c'étaient donc ça, ces pensées ! Fine comme elle l'était – ou comme elle se figurait être – elle avait déniché son parfum sur le chemin mais, sans indices si avertissements, n'avait pu avoir conscience de ce retour inespéré. Il lui était revenu ! Les Sept savaient qu'elle ne l'avait pas attendu, pourtant, loin s'en fallait, mais son esprit avide et envieux s'agrippa autour de ce faible lien et se tira à sa conscience : c'était son frère, donc d'une certaine manière, il lui appartenait. Où se cachait-il ? Quelle fortune avait-il amassée ? Était-il devenu noble ? Venait-il la chercher ? Assurément – assurément ! Il avait au moins fait fortune et son doux souvenir l'avait contraint à venir la cueillir. Bien entendu, son frère ne pouvait l'avoir omise comme sa mémoire à elle l'avait gommée – bel orgueil que voilà, mais elle en était soudain persuadée. Elle cilla, son enthousiasme douché par un nouveau coup d’œil au sourire égrillard du tenancier : il se moquait d'elle. Loin de croire qu'il avait prétendu ça pour la troubler, elle se figura qu'il lui avait plutôt répliqué qu'elle était morte, partie ou prostituée. L'odieux personnage lui dérobait frère et richesse, pour se venger de cette gloire qui lui revenait, à laquelle il ne pourrait jamais oser goûter. Elle serra les poings encore davantage sur son petit panier, en arme dérisoire.
    « Ou est-il ?
    _Hé ben, votre altesse ! Vos gens vous ont pas informé ?
    _Ou est-il, misérable ?
    _C'est comme ça qu'tu comptes m'impressionner ?
    _Mais parlez donc, pauvre... Pauvre connard ! »

Elle avait perdu ses nerfs et en sursauta, guettant vivement les alentours pour surveiller que personne de respectable ne l'avait entendue tenir des propos aussi peu raffinés. Il se gaussait tout à fait, à présent, tapant de ses mains amples et calleuse son ventre à la fois musculeux et avachi. Elle hésita à approcher pour le tancer, mais, aux œillades pleines de haine qu'il lui dardait entre ses yeux presque clos, la Souris devinait que ce gros rat n'attendait que cette occasion pour la battre. Il cessa de bramer, finalement, essuyant le coin d'un de ses yeux du pouce, avant de s'en gratter le nez, et tendit la main, paume vers les cieux, doigts légèrement crispés. Violain recula, pinçant les lèvres.
    « Qu'est-ce que vous voulez ? Grinça-t-elle, mâchoires serrées.
    _Du pognon, l'ahurie. Faut payer pour savoir.
    _Colle-toi les doigts au fondement,
    maugréa-t-elle en abandonnant le vouvoiement. Tu n'auras rien de moi si ce n'est un crachat.
    _Déserte mon trottoir.
    _Rien ne vous appartient en dehors de votre taudis,
    fit-elle plus haut, son masque de calme retrouvé.
    _T'as cinq secondes. »

Courant presque, elle fila tout d'un coup, le panier plaqué contre son absence de poitrine et l'esprit plus échauffé qu'un fer trempé dans le feu d'une forge. Où était son frère ? Qu'était-il devenu ? L'avait-il cherchée ? Oui, assurément que oui, pour quelle autre raison serait-il allé se perdre dans une taverne aussi mal famée, si ce n'était pas pour la perle qu'il y avait laissé ? Son imagination déjà fertile s'éprit de l'image d'un homme grandi dont elle ne s'était jamais souciée, se figurant déjà au moins riche, si ce n'était anoblie. Ah, merveille ! Ah, cruauté ! Il fallait qu'elle parcoure la ville, vite, qu'elle le retrouve, qu'elle le rassure, qu'elle lui dise qu'elle était là, qu'elle n'était pas morte, qu'elle pouvait prier la Jouvencelle et qu'elle était toute prête à ce qu'il la couvre d'or – et qu'il lui donne un baiser s'il insistait. Où avait-il pu aller ? Vers le port, sans doute, à moins qu'il se se fut perdu vers les routes, portant un chagrin lourd et voulant fleurir une tombe qui ne serait pas la sienne, chérissant les dernières bribes de mémoire qu'il avait pu garder d'elle ? Ah ! Mauvais homme ! Si elle avait pu arracher la gorge de son ancien protecteur, elle l'aurait fait ! Ah ! Comment pouvait-elle ressentir autant de haine contre un seul homme et que personne ne se soit déjà précipité à ses pieds pour lui offrir de l'exécuter ? N'y avait-il donc aucune noblesse en ce pays ? N'y avait-il donc pas la moindre justice ? Elle guettait ardemment chaque recoin, chaque personne, chaque silhouette, hésitant à en faire de même aux fenêtres. Bon sang, de quelle couleur étaient ses yeux, déjà ? Avait-il le nez droit ? Allons ! Elle allait bien s'en souvenir ; quand à son prénom, il lui suffisait de le héler ! Elle se figea, suspendant son pas pressé. Son nom. Le nom de son propre frère ! Elle l'avait oublié.

Écumant d'une rage redoublée, elle se dandina d'un pied sur l'autre au croisement d'une rue, cherchant dans la foule disséminée le visage qu'elle s'imaginait reconnaître aussitôt, presque dans une auréole de lumière, un miracle, une révélation ; elle ne vit que des badauds et quelques pauvres erres assommés par la chaleur. De quoi donc avait-elle l'air, elle-même, sur l'heure ? La Souris était une furie mal coiffée, dansant entre deux grappes de pas jetés sur le pavé, comme si elle était prise de fièvre ou de folie. Nul doute que, si le temps avait été encore au printemps, on se serait inquiété du fait qu'elle puisse en porter le Fléau, tant son comportement paraissait fiévreux, inquiet et étrange. Elle sautillait sur place, dévisageait les gens, passait d'un groupe à un autre, en méprisait un troisième, revenait précipitamment le voir, se parlant à elle-même, répétant des prénoms avec un air soucieux et terrifié. On murmurait sur son passage et, bien que la plupart se moquaient, quelques uns se laissèrent dire qu'ils la connaissaient, que c'était une petite fouine, qu'elle avait du perdre un beau gilet ou une petite bague et se faire une montagne d'une infortune risible. Une heure passa durant laquelle Violain parcourut la ville, son panier toujours vide, son cœur au bord du désastre. Fugacement, elle se dit que le grain allait manquer, ce qui ne serait pas grave si elle n'était plus là, à condition de trouver son frère qu'elle se jura de faire admirablement bien mine d'aimer. Soudain, elle se figea. Mais oui ! Mais évidemment, le marché ! Il était plein de monde, à des heures pareilles et ce d’autant plus que toute la saison auparavant, les navires avaient été rares et qu'on se réjouissait des victuailles arrivantes – s'ils avaient su ce que l'été deviendrait, auraient-ils été moins dilettantes ? Rien n'était moins sûr, l'apparence primait – et ce fut avec un éclat de rire aussi brusque qu'irraisonné qu'elle fila droit vers les quais où se tenait le dit marché. Derrière elle, un passant se retourna, avisa la jeune silhouette et, dardant un regard ahuri à son compagnon de marche, haussa les épaules et passa sur l'incident avec une remarque sur les méfaits de la chaleur sur les très jeunes gens.

Essoufflée, le cœur battant, la coiffure défaite et le bas de la robe froissé, elle parvint à la place où, elle s'en persuadait dans l'instant, sa vie allait changer. La mer rutilait de toutes ses vagues, elle empestait de tous ses poissons ; se frottant le nez, elle se fit la réflexion de ne pas préciser ce dernier fait à ceux qui voudraient qu'elle leur conte son épopée – et il y en aurait bientôt, assurément. Posant son panier dans un petit coin, près d'un étal charriant de lourds parfums d'huiles et de condiments, elle se refit une allure, serra son corsage, sortit tout ce qu'elle avait de poitrine pour s'arranger une ombre de décolleté avenant, avant de renoncer pour un serrage bien plus sage : c'était son frère, bon sang. Inspirant de l'air entre ses dents, elle ferma les yeux quelques secondes, espérant trouver dans cet exercice fade de quoi parer ses traits juvéniles d'une innocence charmante, apte à faire succomber le cœur le plus noirci ; s'il la croyait morte ou partie, il fallait qu'il sache aussitôt qu'il la verrait qu'elle n'aurait jamais pu désirer se cacher de lui. Intérieurement, son assurance se décomposait un peu plus avec chaque pas qu'elle terminait, se forçant à marcher lentement et à ne pas fouiller exagérément les environs d'un regard trop avide et pointu, lequel aurait trahi assurément qu'elle savait, cherchait et était intéressée. Mais que faisait-elle ? Enfin, il fallait au moins qu'elle fasse mine de se passionner pour les fruits ! Que penserait un homme revenu d'un tel voyage pour découvrir une idiote lascive et fainéante ? Elle sursauta presque, passa une main dans sa chevelure pour en chasser le spectre d'une autre qui les avait tirés récemment et, le nez toujours levé, les yeux un peu trop écarquillés, elle se pencha sur les étals comme si elle ne les avait jamais aperçus de sa mignonne petite vie. Quelques commerçants la saluèrent, une poignée la reconnaissait, elle répliqua avec une politesse exquise qui était encore plus prononcée que celle qu'elle se forçait à présenter d'ordinaire. La moitié des marchands tiqua, l'autre part se moqua avec aménité, ce qui lui fit plisser des yeux et jurer, silencieusement, de se venger un jour prochain. Elle transpirait, passait ses mains sur sa robe, fugacement, alors qu'elle parcourait le marché et avait presque déjà flâné sur sa moitié. Une perfide pensée se répétait en son crâne : les Sept se gaussaient, elle l'avait manqué. Parti, le frère ! Envolée, la richesse ! A jamais disparu, l'espoir de noblesse ! Pourtant, ah, pourtant, comme elle se disait qu'elle ne l'avait jamais tant mérité ! Que c'était cruel, dieux ! Que c'était horrible de lui faire caresser cette douce destinée pour déchirer son rêve d'un coup, comme on l'avait arrachée à son songe du matin ! L'humeur noire, elle était parvenue devant les sacs de grains. Saluer, sourire, négocier, sourire encore, payer, partir : ainsi s'achevait son épopée. Maudit jaloux. Elle l'empoisonnerait un jour – non, demain ! Oui ! Il crèverait en murmurant son nom, suppliant les ombres de lui adresser ses plus humbles excuses, et mourrait tant de honte que de l'amertume qui bouillonnerait entre ses lèvres. Et elle rirait ! Elle rirait ! Elle leva la main, hélant du geste comme de la voix le marchand qui se ployait sous son étal, lequel lui fit signe d'attendre. Rabaissant sa petite menotte contre son sein, elle détourna le regard. Devant l'étal à ses côtés, se tenait un homme blond, portant quelques pièces d'armure ; un chevalier. Il tenait en sa main des lanières de cuir, il devait en porter le parfum.

Son sang ne fit qu'un tour, elle lâcha un couinement soudain, tout à fait dépourvu d'élégance et, se ruant vers l'apparition, lui saisit le bras. Son nom, vite, son nom, il fallait au moins qu'elle retrouve comment le nommer ! Ah, par les Sept, fallait-il donc que l’Aïeule la haïsse autant ? Ne pouvait-elle pas secouer ses rides et daigner lui adresser ce pauvre savoir ? Allez ! Alors qu'elle serrait de ses petits doigts encore blancs, malgré le labeur, le poignet armuré du chevalier, il tourna tête vers elle ; ses entrailles fondirent et se figèrent. Il était blond, certes, il était grand, oui ; bien que sa mémoire fut floue, ce n'était pas lui. Cet homme avait les traits virils de ceux qui avaient déjà connu quelques combats, il avait la carrure de ceux pour qui la vie n'a pas été que tendresse et soie, mais dans ses yeux clairs, il n'y avait pas la moindre trace de la perfide malice dont, soudainement, elle retrouvait toute la mémoire. Oui, ils étaient aussi mauvais et affûtes l'un que l'autre, elle s'en rappelait ; elle l'avait compris, malgré sa jeunesse et, les rares fois où elle y avait songé, sa relecture de ses mémoires brumeuses le lui avait certifié. Il n'avait pas eu plus d'affection pour sa mère qu'elle n'avait pu en éprouver, il n'avait pas montré davantage de loyauté qu'elle envers les petites gens qu'il avait quittés ; sinistrement, comme une évidence de fer, elle se fit à l'idée que tout comme elle, s'il avait été subitement fortuné, il ne se serait jamais encombré de quelqu'un qu'il avait depuis longtemps laissé en arrière. Pouvait-elle le lui reprocher ? Sans le moindre doute et sans la plus petite honte, mais c'était une autre histoire ; devant elle et sous sa main se tenait un étranger. Elle retira ses doigts et déglutit.
    « Oh... Pardon. Je me suis méprise. »

Elle avala de nouveau sa salive, devant réussir à digérer dans l'instant toute la montagne d'or dont elle s'était déjà vue se vêtir, manteau dont elle devait mâcher chaque fibre devenue cendres à présent. Le désarroi palpable qui ourlait ses prunelles était on ne peut plus sincère, bien qu'il fut d'une nature bien moins innocente que l'expression dont elle se paraît. Une jeune veuve n'aurait pas porté avec plus de dignité l'annonce d'un deuil. Elle cilla, pencha la tête, examinant brièvement celui qui se tenait là. Il gardait dans sa main des liens de cuir, sans doute des rênes, ou quelque chose comme cela ; peu lui importait. C'était un chevalier, donc un jeune homme qui, d'ordinaire, eut facilement été la cible de sourires adorables et qu'une quête d'attention intéressée. Elle s'en sentait, en ce moment précis, assez peu le courage.
    « Je suis navrée, vraiment, ajouta-t-elle en détournant le regard vers les sacs de grains qu'elle eut volontiers percés de la petite dague qu'elle gardait toujours contre sa cuisse, nouée dans des chiffons. J'ai cru reconnaître quelqu'un. Mes confuses. »

Elle voulut, pour s'incliner, saisir les pans de sa robe de coton ; les mains prises par son panier, elle s'empêtra dans ses propres mouvements. Elle qui était d'une souplesse rare faisait parfois – fréquemment – preuve d'une maladresse stupéfiante, qui provenait de l'échauffement de ses pensées qui se nouaient et en entremêlaient ses bras ; son front, d'ailleurs, était blanchi par la déception et ombré d'une légère sueur, héritée, elle, de la chaleur. Pour se donner contenance, après alors plissé les lèvres, elle posa son panier un peu trop vivement à terre, héla derechef le vendeur de grains, ce dernier, agacé, lui asséna d'attendre et de se taire. La Souris se sentait gourde et était furieuse de l'être, droite comme la justice et les épaules engluées d'une amertume contraire. Vite, reprendre la face, allez ! Il fallait éviter l'humiliation complète, il fallait trouver quelque chose à répliquer. Quoi, allait-elle commenter le beau temps ? Devait-elle faire mine de saluer de nouveau un marchand déjà croisé à un étal où elle n'aurait rien à acheter ? Ah, cette femme assez âgée qui n'était pas trop loin, devait-elle s'en approcher pour faire mine de se passionner soudain pour l'entraide et lui quémander quelques commentaires sur le climat, le prix de la viande et l'allure des bateaux à quais ?

Elle se mordit la langue, alors qu'après une poignée de secondes et un regard alentours, lequel guettait les visages moqueurs et les doigts pointés vers elle pour accuser sa déroute – personne n'y avait trop pris garde, ils avaient mieux à faire, ce dont elle se vexa presque, paradoxalement – Violain se dit qu'il serait peut-être bon de rebondir sur sa propre déroute, et de changer son malheur en martyr. Oui ! Après tout, quelques récits ne savaient-ils pas changer des victimes en héros poignants ? Ne savait-on pas faire reluire la crasse la plus immonde, une fois qu'elle était habillée de quelques vertus imagées et d'un peu d'allure et d'allant ? Assurément, elle ferait une parfaite tragédienne, évidemment, elle en serait très touchante, pivotant de nouveau vers l'inconnu qu'elle avait alpagué une dizaine de battements de cœur auparavant, elle lui souffla d'un ton qu'elle voulut humble et plein d'espoir, qui sonna un peu trop aigu et nasillard pour être parfait.
    « Excusez-moi encore, oh ! Si je peux oser vous déranger. Pardon, oh, pardon, glissa-t-elle en hochant la tête, se faisant la réflexion de ne pas trop en faire tout de même, avant d’enchaîner plus vivement. Vous n'auriez pas croisé... Un homme, qui vous ressemble un peu ? Je veux dire, blond comme vous, avec la même stature. On m'a assuré qu'il était en ville, et... »

Elle cilla, feignant la modestie la plus pure et la pudeur la plus mordante, baissant les yeux en jouant du bout de sa tresse, qu'elle passa fugacement contre ses lèvres. Restant cachée derrière quelques maigres mèches qu'elle brandissait, elle minauda.
    « Ça fait si longtemps. Je, ah ! Désolée, tout ceci doit vous ennuyer. »

Un regard par en dessous, un sourire maquillé de tristesse : ah ! Elle se serait embrassée. Il faudrait être un bien infect goujat pour la rejeter, maintenant ! La Souris, poussée par tout l'élan qu'elle avait mis à se sortir de cette ornière, retrouva le goût de l'opportunisme, alors que son esprit perfide et attentif compensait l'absence du frère par l'aura du chevalier : un homme pour un homme, qu'importait ? Il y avait là, comme toujours avec des sers, une chance à saisir et quelques œillades à placer. Quelle jeune femme ne rêvait pas de son beau mariage avec l'un de ces hommes aux armoiries rutilantes ? Elle espérait presque qu'il ne soit pas noble, afin que l'accroche ne fut pas vaine ; seul un roturier pourrait réellement risquer de tomber dans le piège étroit d'une souricière. Elle gonfla très faiblement la poitrine, se hissa lentement sur ses orteils, tâcha de cambrer l'échine : le malheur et la vertu n'étaient jamais aussi admirable que lorsqu'ils étaient portés par une beauté. Et elle avait son charme, elle en était persuadée. Toutefois, alors qu'elle mordillait avec une fausse candeur appréciable un filet de ses cheveux dorés, elle se laissa penser qu'il ne fallait pas qu'elle omette, avant son départ du marché, de regarder s'il y avait des teintures, ou quelques produits divers dont elle pourrait faire un poison. La Souris avait un rat à crever et des joyaux à cacher.
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Pryam Templeton
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Message Mer 8 Aoû 2012 - 14:56

     Cela faisait quelques semaines qu'il voyageait dans les Terres de l'Ouest, pourtant les engagements n'avaient pas été nombreux et jusqu'à présent, les recherches de Pryam se révélaient infructueuses. La méfiance des seigneurs vis-à-vis des chevaliers errants, était toujours aussi présente et à son grand dam le jeune homme devait batailler deux fois plus qu'un reître de passage pour obtenir un travail, même minime. Apparemment le fait qu'un chevaliers, béni par les Sept, puisse décider de ne pas s'associer à une maison fixe, ne plaisait guère. Oh, le Valois s'y était préparé lorsqu'il avait commencé ses pérégrinations aux côtés de son maître aujourd'hui décédé, mais à ce jour après plusieurs mois passés à rechercher une place dans un château, les questions se posaient. Était-ce vraiment une bonne idée de refuser le destin qui lui avait été réservé à sa naissance ? Jusqu'à présent, cela ne lui avait apporté que des malheurs, tout d'abord la perte de sa sœur – qu'il espérait encore en vie – puis à présent son pécule qui fondait comme neige au soleil. Encore quelques mois sans travail et il pourrait reprendre le chemin de Neufétoiles en priant pour que son père daigne l'accepter à nouveau à ses côtés.
     Malheureusement pour lui, ce n'était pas parce que son travail n'était pas au beau fixe que les dépenses diminuaient pour autant, au contraire ! Le Valois possédait un destrier et un cheval de bât comme tous les chevaliers – et encore c'était le minimum requit – il fallait donc les nourrir et remplacer le matériel qui se faisait vieux. Même si la monture qui portait le matériel était vieille et épuisée – elle avait jadis été le destrier de son maître – le chevalier n'avait guère les moyens de la remplacer et il lui faudrait se contenter de la traiter du mieux possible en priant les Sept pour qu'elle tienne encore plusieurs années. Cela dit, son passage aux abords de Belcastel avait redonné un peu d'espoir au blond, un pêcheur qui vivait sur le continent avait soufflé à l'oreille du Valois que les Farman recrutaient peut-être étant donné qu'ils avaient déjà fait cela par le passé. Bien que le jeune homme n'était pas vraiment convaincu, il avait considéré que de toute manière, vu le temps qu'il venait de perdre à chercher une maison pour le recruter, il serait stupide de passer à côté d'une chance de trouver un travail. C'était pour cette raison qu'il s'était embarqué sur le navire qui reliait l'île au continent, croisant les doigts pour que cette rumeur soit quelque chose de véridique.

     L'agitation sur l'île était comparable à celle des grandes villes que le jeune homme avait déjà côtoyées et l'odeur du sel de mer lui rappelait étrangement la maison où il avait grandi. Les Doigts dans le Val où siégeait la maison Templeton, étaient semblables à cette île, bien que l'architecture différait beaucoup. La population aussi. L'Ouest semblait à l'opposé du Val, l'opulence et la richesse étaient beaucoup plus visibles que dans la région natale du jeune homme plus habitué à des demeures austères, pour ne pas dire spartiates. Mais c'était une chose qui n'impressionnait plus le chevalier errant depuis le temps qu'il voyageait, sans compter que cette région était une où il passait fréquemment.
     Comme il s'était renseigné auprès de quelques gardes, Pryam apprit rapidement que les Farman étaient fort occupés aujourd'hui et qu'il risquait d'avoir du mal à obtenir une audience avec le seigneur des lieux. Qu'à cela ne tienne, il patienterait ma foi, n'étant plus à un jour près vu l'attente qu'il avait derrière lui. Le premier point résolu fut donc de trouver une auberge abordable qui lui permettrait de ne pas avoir ses chevaux avec lui lorsqu'il ferait un tour sur île, après quoi il en profita donc pour se rendre au marché qu'il avait aperçu quelques instants plus tôt. Il lui fallait quelques liens de cuir pour remplacer les rênes du cheval de bât, puis il en gardait quelques-uns sur lui au cas où son matériel le lâcherait en plein campagne. Toujours prévoir comme le disait son maître ! Alors qu'il observait quelques liens de cuir, testant leur solidité et la manière dont ils avaient été travaillés, le jeune homme fut étonné de voir une main lui saisir le bras d'une manière qui laissait entendre que cette personne le connaissait. Le regard interloqué du blond se tourna vers la personne qui se révéla être une demoiselle aux cheveux blonds comme les blés, qui adopta une expression apparemment surprise lorsque leurs regards se croisèrent. Comme il l'avait pensé de prime abord : ils ne se connaissaient certainement pas. Chose qui lui fut confirmée lorsque la demoiselle s'excusa. Haussant légèrement les épaules, le Valois la rassura.

     ▬ Il n'y a pas de mal. »

     Persuadé qu'elle allait s'envoler pour trouver celui qu'elle cherchait, le jeune homme détourna son attention de la demoiselle qui s'agita à ses côtés avant de reprendre aussitôt la parole pour se déclarer navrée avant de lui justifier sa méprise. Soit ! Même s'il voyait que la jeune fille était clairement gênée, le chevalier ne voyait guère comme la rassurer, il n'était pas plus éloquent qu'un homme à qui l'on aurait coupé la langue et il se contenta donc de rester muet en la fixant. Peut-être que s'il se taisait, se lasserait-elle et irait-elle voir ailleurs ? Oh, il n'était nullement contre de la compagnie, mais ce genre de quiproquo avait le don de le mettre mal à l'aise. Comme pour rajouter à sa gêne, la jeune femme mima quelque chose qui initialement devait certainement être un geste destiné à le saluer comme une noble, mais qui se révéla surtout être un beau ratage. Pas moqueur pour deux sous, le Valois restait obstinément muet en la regardant avec neutralité, mais que faisait-elle donc ? Au lieu de s'enfuir et de ne plus le revoir, elle se sabordait toute seule. Il en ressentait presque de la peine pour elle.
     Priant les Sept pour qu'à l'instant où elle détourna son attention, la belle soit inspirée et décide de s'envoler sans demander son reste, il fut contraint de constater que non, elle ne semblait pas désireuse d'abréger son agonie et lui demanda son aide. Bien, que pourrait-elle donc requérir de lui ? Certes, il était venu ici pour travailler, mais cela ne signifiait pas qu'il n'avait pas une petite heure à consacrer à cette demoiselle plutôt maladroite. Sa question l'étonna toutefois. Un homme qui lui ressemblait ? Pas franchement, de toute manière il aurait été bien incapable de dire à quoi lui-même se ressemblait, son physique devait exprimer pour lui le fait qu'il ne se regardait pas tous les matins dans la glace. Comme elle arborait un air gêné qui lui rappelait étrangement celui de Serena lorsqu'elle était plus jeune, la demoiselle avança l'idée qu'elle le gênait. Fidèle à lui-même, le chevalier la rassura aussitôt.

     ▬ Oh, non, vous ne me dérangez pas, ne vous inquiétez pas. Quel chevalier serait-il s'il n'avait pas cinq minutes à accorder à une personne dans le besoin ? Je suis navré, mais je viens juste d'arriver sur l'île, je n'ai encore croisé que bien peu de monde et encore moins adressé la parole à d'autres personnes. De plus, je ne vous cache pas que je ne passe pas vraiment mon temps à regarder si d'autres hommes me ressemblent... Cela ne me dit rien, vous m'en voyez navré. »

     Ses paroles pouvaient laisser entendre qu'il regardait plutôt les jolies filles que les autres hommes, mais ce n'était pas là le sens de ses paroles. Même si le minois de la jeune femme était indéniablement charmant et attirerait certainement l'œil d'un reître ou d'un chevalier moins dévoué aux Sept que le Valois, ce dernier n'accorda pas un regard à un autre endroit de l'anatomie de la demoiselle, que son visage. Pryam voyait les femmes dans deux catégories : celles qui apparaissaient comme des nobles dames qu'il devait respecter et bien évidemment ne pas regarder d'un œil intéressé. Puis celles qui ressemblaient à sa sœur et qu'il ne regarderait jamais autrement que comme des demoiselles qu'il fallait protéger. En somme, tous les atouts dont les Sept avaient doté cette jeune femme ne serviraient à rien pour convaincre le chevalier. Ce dernier reposa d'ailleurs les lanières de cuir qu'il tenait à la main, pivotant légèrement pour faire face à la demoiselle qui n'avait pas dévoilé son prénom.

     ▬ Mais je peux vous aider si vous le souhaitez. Seulement il faudrait m'en dire un peu plus sur cette personne. Est-ce que vous connaissez son nom ? Qui est-il exactement ? Peut-être que certaines personnes savent où il se trouve, mais il faut généralement plus d'informations qu'une couleur de cheveux, ou les erreurs arrivent rapidement. »

     Le ton était amusé, il faisait référence à son erreur, bien évidemment il ne lui en tenait guère rigueur, mais c'était simplement pour la détendre un peu. Loin de se douter qu'il faisait face à une femme qui savait ce qu'elle voulait et qui ne se prenait pas pour n'importe qui et non à une délicate fleur, Pryam était tout simplement désireux de lui venir en aide. Il pourrait toujours repasser plus tard pour acheter les lanières et sinon, pourrait le faire en retournant sur le continent. Elles n'allaient pas s'envoler entre-temps. Détournant brièvement son attention de la jeune femme pour regarder les environs comme s'il s'attendait à voir soudainement l'homme dont elle parlait, Pryam reporta son regard clair sur le visage de la femme sans nom.

     ▬ Histoire que je ne reste pas un inconnu, je m'appelle Pryam. »

     Il ne lui retourna pas la question, libre à elle de lui donner cette information ou de l'envoyer sur les roses. Ce ne serait ni une première, ni une dernière malheureusement pour lui.


« La vraie noblesse s'acquiert en vivant, et non en naissant. »

 

Hello darkness my old friend, i've come to talk with you again, because a vision softly creeping, left its seeds while I was sleeping, and the vision that was planted in my brain, still remains, within the sound of silence. ♦ © The Sound of Silence
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Message Mer 15 Aoû 2012 - 1:43

Ses cheveux avaient un goût de savon. Ce fut la première constatation, inattendue, tombant des quelques secondes de silence introspectif qu'elle avait observé. Les retirant d'entre ses lèvres tout en tâchant de garder intacte son expression candide et éthérée, elle se mordit le bout de la langue pour se faire saliver. Pouah ! Elle avait du laisser tomber de la mousse sur sa mèche en se débarbouillant plus tôt et l'âcre saveur lui graissait à présent la langue. Arrangeant sa chevelure pour s'occuper les mains et éloigner l'objet du crime de sa vue, elle plissa un sourire ciselé de déception tendre et de gratitude compréhensive, contemplant le sol un instant avant de revenir à ses traits pour darder une œillade qu'elle voulait intense dans les yeux du chevalier, scrutant ses traits pour y chercher de l'intérêt, tout comme le reflet de ce frère dont elle peinait à retrouver l'apparence. Si son vis à vis n'était pas de ceux qui se contemplaient à toute heure de la journée, Violain, elle, appréciait particulièrement de guetter son propre reflet et d'arranger son allure, pouvant, les jours où elle n'était guère occupée, consacrer des heures à essayer de nouvelles mimiques et postures. Elle avait entendu dire, à l'époque, que son aîné et elle avaient une ressemblance marquée quant à leurs traits d'enfants et qu'à avoir connu le premier bambin, on ne pouvait se tromper sur leur lien de sang, seule leur différence d'âge brouillait un peu leur appariement. Maintenant qu'elle était devenue mature elle aussi – du moins, à peu près, physiquement – avaient-ils conservé cette communauté de traits ? Se perdant dans les nuances du visage du chevalier, elle tiqua à rebours sur sa propre inconvenance, cillant et rosissant légèrement. Reprenant les propos qu'il avait prononcés, elle se pinça la lèvre inférieure du bout des dents, cherchant comment formuler aimablement une accroche digne de retenir ce jeune homme dans son filet de voix, au moins tant que la souris n'aura pas évalué ce qu'il y avait à ronger chez lui. Reposant le cuir qu'il avait empoigné, il se tournait vers elle : au moins était-il ferré. Le sourire de Violain, qui s'était affadit jusqu'à devenir une ombre, devint soudain une expression lumineuse et chaude, tandis que ses yeux pétillèrent d'une innocence fausse qui trouvait ses voiles dans la plus épaisse des cupidités juvéniles : s'il pouvait l'aider ? Ah, oui, qu'il le pouvait ! Le malheureux, à quoi ses Sept l'avait-il voué ? La très faible plaisanterie au sujet de l'erreur de la Souris appuya sa rougeur, la faisant se dissimuler derrière la natte qu'elle tenait encore entre deux doigts, avant de la relâcher. Intérieurement, elle ruminait un venin acide, monté à ses lippes devant ce qu'elle voyait comme une privauté, mais il n'était pas l'heure de cracher de la bile au visage de qui que ce soit, quand bien même elle brûlait de le faire depuis ses retrouvailles avec son ancien protecteur. Grâce, délicatesse et habileté étaient de mise. Il s'agissait de ne pas perdre tout à fait sa journée.

Qu'avait-il dit alors ? Oui, il venait d'arriver sur Belcastel, pourquoi, elle l'ignorait ; toutefois, s'il n'était pas familier des lieux, elle tenait là de quoi poursuivre leur conversation et creuser son nid auprès de lui. Quel goujat refuserait d'être guidée par si aimable jeune fille, si attristée par sa pénible journée ? Bien évidemment, après avoir esquissé une main tendue, il en demandait davantage : le nom de son frère échappait encore et toujours à Violain, qui maquilla encore assez bien la légère nervosité qu'elle ressentait à ne pas trouver la réponse à cette bien piètre énigme. Son image de parfaite jeune fille en serait bien sévèrement écornée et elle préférait ne même pas imaginer le désastre que serait une rencontre où elle hélerait son frère, pour n'avoir qu'à lui glapir un hé, ho, on se connaît, te souviens-tu, nous avions la même mère ! Ce serait grotesque. Il lui fallait meubler. Cherchant l'inspiration alentour alors que lui-même détournait les yeux pour scruter la foule dans quelque manœuvre qui lui appartenait, il lui désigna soudain un échappatoire tout trouvé.
    « Oh ! S'exclama-t-elle, portant une main à ses lèvres avant de nouer ses deux menottes à son jupon. Je suis l'impolitesse même. Je suis navrée, ser Pryam, navrée. »

Elle plissa très légèrement les yeux, soufflant d'abord sur un ton à la fois hésitant et gentiment inquisiteur.
    « Je... Peux vous appeler ser ? Elle reprit, ses tissus toujours en mains, après s'être redressée. Je suis Violain, on me surnomme la Souris. »

Ce disant, elle esquissa une révérence plus rapide, plus espiègle, mais mieux faite que la calamité précédente, tout en lui adressant une charmante risette découvrant ses dents éclatantes, qu'elle entretenait avec le même soin qu'elle eut consacré à ses armes si elle avait été une guerrière. Elle tiqua, se remémorant soudainement que l'autre enfant de sa mère avait un prénom commençant par le même phonème, mais une syllabe discrètement différente. Voyons, était-ce « Vion » ? Était-ce « Veau » ? Sans doute pas un faible « Vi », trop sifflant, trop rapide, allons, ne s'était-elle pas dit un jour, enfant, que son frère avait deux bestioles dans le prénom ? Ça devait être veau. Veau et... Maudite Aïeule ! Poursuivant pour ne pas incommoder son bien aimable chevalier servant, elle arqua son propos en feignant la gêne de la confession.
    « Oh oui, je connais son nom, mentit-elle d'abord, mais... On a du me dire ça pour se moquer. Les gens sont maladroits parfois, ah ! J'imagine qu'il ne voulait pas être cruel, mais... »

Elle imita assez bien la dignité dans un mouvement d'épaule paraissant un peu raide et douloureux. Sa mère avait toujours apprécié les noms d'un autre rang que celui dans lequel elle naviguait et elle avait accolé à ses rejetons des désignations bourgeoises qui avaient été parfois moquées par quelques ivrognes habitués de la taverne. Il fallait donc qu'elle se figure quelque chose d'un peu envolé, ce qui, il fallait bien l'avouer, s'accommodait fort peu de l'image d'un bovin. Elle se tira un lobe d'oreille pour rester concentrée, avant de reprendre un peu d'air et de poursuivre d'un ton bas, affectant de ne pas oser le regarder de nouveau.
    « C'est mon frère, il a suivi un artisan dans son apprentissage, il y a des années que nous ne nous sommes plus croisés. Il doit avoir tellement à faire, et je dois avoir tellement changé... »

Oui, c'était ça, deux animaux et, malheureusement pour lui, pas des plus nobles bêtes, le tout avec des allures un peu trop pincées pour des bourgeons de pavé. Allons Violain ! Cette petite tête ne pouvait-elle donc pas se forcer ? Veau, veau, quelle autre créature pouvait bien se marier avec ce mot ? La réponse traversa brutalement les brumes de sa mémoire, la frappant de plein fouet : mais oui ! Quelle ahurie elle faisait ! Vaughan ! Un animal mou et un autre stupide : tout l'opposé de ce qu'il était à son souvenir. La chose aurait du la marquer. Manquant d'en battre des mains, elle bredouilla quelque chose, cherchant rapidement un prétexte à plaquer sur son agitation contenue, mais qui ne pouvait pour autant lui échapper : elle avait frémit des mains, elle avait étiré l'échine comme si quelqu'un lui avait flatté la croupe. La Souris murmura alors avec un ton plein de ferveur.
    « Mais, ah, les Sept me gardent de ne pas vous remercier de votre sollicitude ! Vous dites que vous arrivez tout juste. Puis-je vous aider en retour ? Je connais bien les rues, je pourrais vous guider ? »

Pourvu qu'il ne la trouve pas trop sotte – ou qu'il soit de ces hommes qui considéraient la bêtise comme un bijou lorsqu'elle était portée par une femme. Guignant du côté du vendeur de grain furtivement, elle le trouva encore occupé à trier quelque obscur dessein derrière son étal, ce à quoi elle se retint tout juste d'en soupirer. Revenant à Pryam, elle reprit son panier, jouant de son anse entre ses mains, avant de souffler un rire modeste et adorable et de continuer.
    « Vous devez me trouver bien nigaude, j'en suis vraiment désolée. C'est que, je n'ai pas coutume d'aborder les hommes et encore moins de les toucher. J'espère que... Vous ne vous faites pas une fausse idée de moi, ou de mes attentions. »

La vilaine menteuse ! Un septon aurait toutefois pu la croire, tant elle était un phénomène de masques. Lui dardant une moue terriblement convaincante de pudeur brusquée et d'espoirs modestes, elle continua de faire tourner l'osier entre ses doigts, avant de faire prendre un léger élan à son panier et de le faire tourner autour d'elle, le passant de main en main derrière elle, puis devant. L'attitude était infantile, mais elle lui allait bien, tout autant qu'elle domptait son aigreur et atténuait sa tension. Une fois quelques secondes passées et ses épaules dénouées, elle se fit la réflexion que son ton devait pouvoir être à présent assez sûr pour ne pas trahir ses longues tergiversations, aussi acheva-t-elle, la voix ombrée d'une brume de rêve.
    « Mon frère s'appelle Vaughan. Il est blond, donc, les yeux d'un bleu assez foncé et tout ceux qui nous connaissaient disaient qu'on se ressemblait beaucoup, même pour des frères et sœurs. Ensuite, hé bien. Hé bien ! On m'a juste dit qu'il était passé. C'est vrai que c'est bien faible, mais à vous voir de côté, sur l'instant, j'ai cru... C'était idiot ! J'ai espéré. »

Changeant de pied d'appui, elle termina sa diatribe sur un sourire d'enfant et un regard attristé, mélange souvent à même de serrer quelques cœurs quand il leur restait un peu de tendresse prête à être piquée. Les yeux du chevalier, eux, n'avaient jamais failli à rester droits lorsqu'ils se posaient sur elle et elle n'avait pu lui découvrir une seule tentation, même contrôlée, de scruter son corps juvénile. C'était un homme bien, assurément. Ah ! C'était bien sa veine – au moins ne serait-il pas trop prompt à vouloir l’entraîner derrière les murets pour inspecter ses jupons. Elle lui en trouvait presque un petit air niais qui, loin de l'attendrir, éveillait plutôt en elle des idées de tromperies et de prétexte afin de l'exploiter. Bah ! Après tout, si elle ne gagnait de cette journée qu'une galante promenade, être vue avec un ser lui permettrait au moins de se balader le museau levé au lendemain, devant quelques demoiselles mieux nées et moins délicieuses, qui n'avaient, elles, pas réussi à captiver un chevalier. On se consolait comme on pouvait, et les joies de la Souris se trouvaient tout autant dans l'or que dans les scories. après tout, l'une de ces gourdes avait peut-être déjà capté l'héritage de son frère, il fallait qu'elle s'en venge, même sans savoir, même sans pouvoir seulement avoir une idée. Inspirant profondément l'air iodé chargé des parfums du marché, elle guettait sans illusions l'odeur typique d'un cuir qui le trahirait, ne sentant bien évidemment que la viande, le poisson et cet étalage de tanneries devant lequel s'était tenu Pryam. Si elle le revoyait un jour, ce frère ! Si elle le revoyait ! Rien que pour le prix de cette journée, elle tâcherait de se le cheviller. Il ne fallait pas décevoir la Souris et encore moins la laisser s'installer. Le jour où elle poserait sa petite main sur lui, ah ! Il ne pourrait plus s'en débarrasser. Sauf s'il était pauvre, bien entendu, mais dans ce cas précis, ce ne serait pas son frère, juste un demi-sang qui l'avait depuis longtemps délaissée. Injuste ? Très certainement, mais c'était on ne peut plus assumé. Dans son imaginaire, le monde entier avait une dette envers elle pour ne pas lui avoir cédé la place qu'elle se figurait mériter et ce jeune homme devant elle, à qui elle adressait toute son attention sucrée, était pour l'heure le réceptacle de quelques unes de ses fantaisies secrètes. La Souris et le chevalier ! Quelle belle chanson ça ferait.
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Message Mer 15 Aoû 2012 - 13:26

     La jeune femme avait l'air réellement très ingénue et le chevalier ne pouvait tout simplement pas envisager que ce ne soit pas sincère. Une chose était certaine : le Valois n'était pas homme à flairer les manipulations et les mensonges, le fait que lui-même fasse tout pour être sincère en toute circonstance le poussait à penser que les autres faisaient de même. Ainsi les paroles de la demoiselle n'éveillèrent pas le moindre doute dans l'esprit du blond qui se contenta de secouer la tête d'un air nonchalant lorsqu'elle s'excusa. Inutile d'être désolée, elle n'y pouvait rien après tout ! Comme la jeune femme se présentait en usant d'un surnom pour le moins original - les surnoms l'étaient toujours cela dit - il esquissa un léger sourire qui ajoutait certainement à son côté niais, puis la rassura sur ce point.

     ▬ Ser, ou Pryam comme vous préférez, je ne suis pas très regardant sur les titres. »

     Une chose qui le différenciait beaucoup de ses homologues affiliés à une maison. Du moins en général, bien qu'il existait plusieurs exceptions bien évidemment. Disons simplement qu'il n'envisageait pas qu'un titre puisse qualifier un homme, après tout, certains chevaliers étaient bien irrespectueux de leurs vœux et couraient après tous les jupons qu'ils voyaient. Ce qui ne se trouvait pas forcément chez de simples reîtres. Par conséquent, le jeune homme ne voyait aucune raison de se vexer si une jeune roturière préférait user de son prénom plutôt que de s'embarrasser d'un titre - aussi bas soit-il dans l'échelle sociale - elle devait certainement assez avoir à employer de titres au quotidien !
     Offrant une révérence bien plus maîtrisée que la première, la Souris entama un nouveau sujet en avançant l'idée que l'on puisse s'être gaussé d'elle en lui faisant croire que son frère était de retour alors que ce n'était pas le cas. Oh, Pryam ne doutait pas une seule seconde qu'elle connaissait le prénom de son frère, après tout, ce n'était pas comme si c'était le genre de choses que l'on oubliait ! Même après avoir été éloigné des siens pendant plusieurs années, le Valois se souvenait de chaque prénom et même de l'intonation de leurs voix ou du bruit de leurs pas dans les couloirs de Neufétoiles. Des détails inhérents à une vie de famille qui ne s'oubliaient jamais. Autant avouer qu'il aurait été plus qu'estomaqué d'apprendre qu'en réalité, la demoiselle ne savait plus quel était le prénom de son frère. Cela dit, même en se faisant passer pour un roturier, le chevalier errant n'en était pas un et ne connaissait pas leur mode de vie. Les enfants d'une même mère ne grandissaient peut-être pas ensemble ? Peu importait au fond, lorsque la blonde demoiselle reprit la parole pour informer son interlocuteur de la situation, il comprit que la situation risquait d'être plus compliquée qu'il ne l'escomptait de prime abord. Ainsi donc elle aussi se retrouvait avec un frère éloigné ? À croire que c'était le lot de beaucoup d'individus ! Étant dans le même cas, Pryam ne pouvait s'empêcher de se sentir plus que concerné par la situation et par conséquent son envie de l'aider était décuplée.

     Alors qu'elle était agitée de drôle de gestes qui attiraient l'attention du chevalier bien trop poli pour le lui faire signaler, la jeune femme continua en le remerciant de son aide avant de lui proposer la sienne en retour. Oh, il ne refuserait pas un guide digne de ce nom, cela dit sachant qu'il ne l'avait même pas encore aidée, ce serait bien impoli de sa part d'accepter sans sourciller. Il resta muet, la laissant s'agiter dans son coin, récupérant son panier, riant légèrement avant de s'excuser une fois de plus en avançant l'idée qu'il puisse la trouver nigaude. Quelle bonne blague, sachant que c'était le type de répliques qui lui étaient habituellement réservées, le Valois n'allait pas agir de la sorte avec une inconnue. Non, il trouvait même ce côté plutôt charmant, bien qu'il classait cela au même titre que si elle avait été sa sœur. Même si le minois de la blonde était tout à son avantage, l'amalgame qu'il faisait entre elle et Serena rendait tout intérêt déplacé, impossible. Et c'était tant mieux par ailleurs. Comme si elle lisait dans ses pensées, la demoiselle espéra qu'il ne se faisait pas d'idée déplacée à son sujet et le Valois s'empressa de nier d'un geste de la tête, même avec une catin il aurait du mal à se faire des idées répréhensibles, alors avec une jeune demoiselle honorable.... Puis enfin le nom de son frère fut dévoilé et confirma à Pryam qu'il ne voyait pas de quoi elle parlait, mais son expression suffit à convaincre le chevalier de ne pas la laisser sans aide. Sortant de son mutisme, il répliqua alors.

     ▬ Ne vous en faites pas, un prénom suffit largement, je ne doute pas que vous le retrouverez rapidement mademoiselle. »

     C'était bien présomptueux de sa part d'en être persuadé alors qu'il cherchait sa sœur depuis des années et en vain ! Mais les Sept ne pouvaient rester insensibles au charme d'une jeune roturière désireuse de revoir son frère, sinon ils seraient de bien cruelles divinités ! Comme le Valois souhaitait assurer la jeune femme de sa sécurité à ses côtés, il développa d'ailleurs la dénégation qu'il avait eue plus tôt au sujet de ses intentions à son égard, il espérait tout de même ne pas avoir l'air d'être de cet acabit !

     ▬ Comme je vous l'ai dit, vous n'avez rien à craindre de mes intentions mademoiselle, elles sont louables et pour être sincère, vous me faites penser à ma sœur. Je souhaite vraiment vous aider et je ne vous trouve pas nigaude, bien au contraire. C'est le type de remarques que j'entends habituellement à mon sujet, alors j'en connais beaucoup à ce sujet et vous n'entrez pas dans cette catégorie. Il ne cherchait pas à la flatter bêtement pour obtenir quelque chose d'elle, c'était simplement le fond de sa pensée. Si cela vous rassure, je suis dans le même cas que vous, je cherche aussi ma sœur que j'ai perdu de vue depuis des années. Sachez que même si votre frère n'a plus le même visage que celui qu'il avait étant enfant, vous le reconnaîtrez, ne vous inquiétez pas. Son ton se voulait rassurant et son visage était aussi marqué d'une expression confiante. Les gens ne changent pas tellement, si ce n'est physiquement, mais c'est secondaire. »

     Des paroles bien utopistes qui lui valaient justement le terme de naïf ou encore niais. Mais peu lui chalait, le Valois parlait d'un air persuadé au risque de passer pour un idiot auprès de la futée Souris. Prenant un air de réflexion, le chevalier recula légèrement pour regarder autour de lui. Rester ici n'allait rien changer et encore moins faire avancer les recherches ! Le mieux était donc d'aller se renseigner à la source des informations et un bon chevalier savait que l'endroit où toutes les rumeurs arrivaient ou naissaient était la taverne. Faisant état de ses réflexions à la jolie blonde, le Valois reporta ses yeux clairs sur elle.

     ▬ J'aurais effectivement besoin de votre aide pour me retrouver dans ce village, cela dit je ne peux accepter avant de vous avoir aidée. Si nous faisions d'une pierre deux coups ? Venez, suivez-moi. »

     Le chevalier esquissa un mouvement comme pour s'en-aller, mais se retint à la dernière seconde. Il avait bien remarqué que la jeune femme avait un panier à la main, peut-être était-elle venue ici pour acheter quelque chose ? Il ne souhaitait pas l'empêcher de faire ce qu'elle devait faire, même si ce n'était pas lui qui était venu vers elle, mais bien le contraire. Bah, ils étaient au marché, autant en profiter non ? Baissant les yeux vers le panier de la demoiselle, il reprit la parole.

     ▬ Je voulais vous proposer d'aller à la taverne comme c'est l'endroit où toutes les rumeurs cheminent, mais je constate que vous avez un panier. Est-ce que vous deviez acheter quelque chose ? Autant le faire tout de suite et après vous pourrez prendre votre temps pour que nous cherchions des informations sur votre frère ? »

     Libre à elle d'accepter ou de refuser, même si au fond, c'était surtout pour elle qu'il parlait, tout était à gagner, mais vu qu'elle semblait avoir quelques secrets, peut-être que la situation ne la ravirait pas autant que cela ?


« La vraie noblesse s'acquiert en vivant, et non en naissant. »

 

Hello darkness my old friend, i've come to talk with you again, because a vision softly creeping, left its seeds while I was sleeping, and the vision that was planted in my brain, still remains, within the sound of silence. ♦ © The Sound of Silence
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Message Mer 22 Aoû 2012 - 21:38

La déclaration de l'homme blond quant aux titres piqua la Souris d'une pointe de satisfaction, qu'elle fit rouler contre son palais en même temps que sa langue. Arborant une moue faussement candide alors qu'elle l'écoutait, elle noua à ses flancs la certitude ravissante qu'il était bel et bien un roturier. A ses yeux, comme à ceux de bien des ouestriens par ailleurs, la noblesse ne pouvait avoir le moindre prétexte pour se cacher car, aussi petite soit-elle, elle était toujours la garantie d'une élévation au dessus de la masse populaire, laquelle était indigne par sa nature même. Violain avait beau en faire partie – et encore, elle n'était même pas née parmi les plus élevés des humbles gens – elle embrassait tout à fait ce point de vue, sans la moindre retenue, à la nuance près qu'elle s'estimait au dessus de la plèbe. Cette idée d'elle-même n'avait d'autre obscure et unique origine que la peine qu'elle se donnait à exister et qu'elle estimait démesurément méritante, s'illustrant dans ses pensées comme un petit astre autour duquel son monde se devait de graviter. Sa propre exception admise, dans l'univers de la Souris, un homme qui n'imposait pas son titre n'avait pas un sang différent de celui des paysans. C'était évident : cette loi sociale avait la même force que celle qui faisait retomber les choses au sol. Un sac d'or ployait l'herbe en y choyant tout comme la noblesse ployait la plèbe en s'y imposant. Alors que son vis à vis, à présent dûment considéré comme un époux potentiel – rapide en besogne ? Hé, les bons partis s'égaraient les premiers ! Ils étaient sur un marché, il s'agissait de ne pas laisser filer les bonnes affaires – sortit de son mutisme, Violain hocha docilement la tête à sa candide remarque, l'assurant qu'elle finirait par retrouver ce frère perdu. S'il n'était pas mignon, son chevalier ! Ah, ça, elle aimerait le retrouver, ce frère égaré, bien qu'après l'avoir tant cherché – oui, au moins une heure durant toutes ces années – elle lui en ferait sans aucun doute cuire vertement, tout en s'assurant de le ménager assez pour qu'il comprenne qu'il se devait de la combler. Cachant toute la noire cupidité de ses pensées derrière son regard clair et son expression fraîche, elle se laissait aller à rêvasser d'un rien alors que Pryam poursuivait. Il n'était pas trop laid, à dire vrai, il avait même un peu de charme. Il était blond, ce qui ne pouvait être qu'une vertu puisqu'elle l'était de même, il avait les cieux dans les prunelles, tandis que les siennes hésitaient entre les lacs et les flaques – elle préférait certes imaginer la mer ou un ciel brumeux. Elle gardait les yeux rivés aux siens alors qu'il parlait, commençant à se figurer sa stature, la hauteur de ses mains s'il voulait la prendre dans ses bras. Faudrait-il qu'elle arrondisse les épaules ou qu'elle creuse les reins ? Dans son esprit de vierge avide, elle se figurait les premiers touchés comme ayant une valeur presque absolue et avait l'audace de croire qu'elle détenait quelques uns des secrets de la séduction la plus pure. Oui, pour elle, il suffisait de prendre une pose entre le tragique et le délicat pour faire tomber un homme à ses genoux sitôt qu'il lui prendrait la main, ajoutant en son for intérieur qu'en cas d'échec, ce ne serait pas imputable à une de ses lacunes ou à une attitude surjouée, mais bien parce que l'homme qu'elle s'était désigné ne se serait révélé n'être qu'un cuistre incapable d'être transcendé par la véritable beauté. Elle, donc, évidemment. A peine s'était-elle ébauché comment tendre la main au chevalier pour qu'il comprenne qu'il lui fallait la saisir, comment presser ses doigts pour qu'il brûle soudain de l'ardent désir de ne jamais repartir, qu'il la compara à sa sœur.

Elle cilla, laissant échapper un petit soupir qu'elle camoufla d'un bref mouvement de main vers ses lèvres, voulant in extremis passer pour flattée plutôt que déçue ou incommodée. Sa sœur ? Par les Sept ! Voilà qui n'était pas bon ! En dehors de quelques dégénérés – avec tous les égards dus à la famille royale, bien sûr ! Bien sûr ! – attribuer ce genre de grâce à une personne signifiait deux choses : on l'avait résolument appréciée jusque là, ce qui n'était pas mauvais en soi, mais surtout, on l'envisageait comme quelqu'un à qui tapoter la tête et offrir une pomme à la rigueur, si ce n'était pas du sel dans les cheveux pour plaisanter, et certainement pas un bijou ou un baiser. Fichtre ! Après avoir brassé vaguement l'air du bout des doigts au devant de son visage, elle laissa traîner un ongle contre ses lèvres pour le mordiller. Après avoir glissé quelques mots pour la rassurer au propos de son air de gourde supposé, il lui confessa qu'il cherchait sa sœur tout comme elle prétendait courir après Vaughan. Ah. Quelle déveine ! Avec sa franchise partielle, elle s'était, à son grand dam, directement incluse dans le passé de Pryam en le lui rappelant de trop, avec leur ressemblance et la naïveté dont elle se paraît et dont il semblait plein, l'amalgame avait été aisé. Et comment sortir de ce gouffre, si proche de la confidence et de la confiance, mais si loin des jeux de séduction et des présents brillants qu'elle voyait presque s'envoler loin d'elle ? La Souris n'aurait jamais cru tomber si juste vis à vis de quelqu'un et pourtant, tomber à une place si peu exploitable. Enfin ! Contre mauvaise fortune bon cœur, ou du moins faux semblants : le petit rongeur souriait encore de toutes ses dents avec une délicatesse rare, feignant d'être on ne peut plus touchée après son rougissement.
    « Votre sœur ! Ça me touche, sincèrement. Les Sept devraient être remerciés de nous avoir mis face à face l'un l'autre. Nous nous rappelons tous deux quelqu'un qui nous manque, c'est sans doute un signe envoyé pour ne pas désespérer. »

Elle n'en croyait pas un mot, mais les déclarations de foi étaient socialement esthétiques et, devant un chevalier, elles étaient particulièrement appropriées. Elle se mordit fugacement la langue pour ne pas en grimacer. Désespoir de ses fesses, ouais ! Elles devaient bien rire, ces divinités, à lui brandir coup sur coup idées de fortunes et opportunité nubile avant de les agglomérer en un événement à peine exploitable. Bah ! Au moins pourrait-elle profiter de cet affectueux rappel du passé du chevalier pour avoir son aimable promenade, ainsi qu'un beau prétexte si la servante âgée des Farman la grondait pour avoir, à ses yeux ridés, traîné à lui faire apporter ses grains. Encore une fois, elle aurait à peine à mentir, bien qu'elle n'irait rien dire à propos de son frère : elle prétendrait simplement qu'un chevalier lui avait trouvé un air mignon et familier et lui avait demandé d'être son guide pour la journée. Comment aurait-elle pu refuser ? Serait-elle si mauvaise femme ? La Souris se réjouissait presque d'avance de la mine congestionnée du vieux pruneau qui lui enseignait son métier. Pryam lui demanda de le suivre, ce à quoi elle arrondit légèrement les yeux, soulevant toutefois son panier et un pli de jupon pour s'exécuter. Ne devait-elle pas le guider elle ? Avait-il déjà une idée d'où chercher ? Il s'interrompit, elle en fit quitte pour un pas avorté qu'elle maquilla en esquisse de bond avorté, se redressant ensuite et relâchant ses jupes, affectant de les lisser. Bien lui en prit d'avoir la tête baissée alors qu'il reprit parole. La taverne, c'était là où il voulait aller ! Se composant une mine neutre et légèrement pensive, elle redressa la tête, une main se glissant dans son dos pour se pincer et s'aider à ne pas rire, pas plus qu'à protester.
    « Hé, oui, il me fallait du grain, mais j'attends toujours ce brave homme. Elle glissa un regard vers le marchand et dut se pincer plus fort de sa main cachée : il servait une autre femme et semblait l'avoir volontairement mise de côté. Même s'il a l'air occupé, glissa-t-elle d'un ton légèrement plus haut et plus fort, avant de se reprendre et de revenir au chevalier. Je suis gênée de vous retenir, mais je ne peux pas refuser. Il ne faut pas que je manque à mes devoirs, mais hé ! J'ai aussi proposé de vous aider, et je n'y manquerai pas davantage. »

Après une nouvelle œillade vers le marchand qui semblait, du moins aux yeux de la furie dissimulée, compter les pièces de son paiement avec toute la lenteur de Westeros, elle gratta le sol du bout du pied en cherchant ses mots, mordillant sa lèvre de ses dents écartées, laissant sa lippe se glisser dans leur interstice avant de poursuivre.
    « Pour la taverne, je vous déconseille d'aller dans celle un peu plus haut, dans la rue, par ici, fit-elle en désignant vaguement le lieu où elle avait grandi, comme si ce n'était qu'un trottoir parfois parcouru. J'ai entendu dire qu'il n'était pas très bien tenu, je ne voudrais pas que vous tombiez sur des... Enfin, personnes de mauvaise vie. »

Hochant la tête d'un air grave et affecté, elle s'efforça de ne plus regarder ce maudit vendeur de grain et de s'habiller de toute la patience qu'elle pouvait feindre, inspirant lentement par le nez.
    « Je crois qu'il y a un petit quelque chose qui fait parfois pension, plus près du port. C'est plus petit, mais beaucoup plus joli, et j'entends moins de mauvais bruits à son propos. Mais peut-être qu'au lieu des tavernes, on pourrait parler aux débardeurs, qui sait ? Si c'était aujourd'hui, on pourrait...
    _Et elle veut quoi, la crevette ? »

La voix était trop franche et trop proche pour ne pas s'élever pour elle. Feignant de ne point en prendre ombrage et de ne s'acquitter d'un regard que par curiosité, elle se tourna avec une lenteur un rien exagérée vers le marchand derrière son étal, qui y avait posé le poing pour se pencher vers elle. Reportant la main à sa poitrine, elle commença à déclamer.
    « Oh, vous me parliez !
    _Bah à qui d'autre ?
    Fit-il sans manières, avant de saluer Pryam du menton, dans une courtoisie minimaliste. Alors ?
    _Je voudrais du grain, donc.
    _Ouais,
    répliqua-t-il avec un soupir impatienté, c'est c'que je vends. Mais encore ?
    _Mes maîtres ont demandé du grain, il faudrait leur livrer.
    _Leur livrer ? Hé.
    _C'est qu'ils en veulent beaucoup, vous comprenez,
    souffla la Souris avec un hochement de tête affecté, leur autre servante est âgée, et j'ai de biens petits bras.
    _Tu feras plusieurs petits voyages.
    _C'est pour la maison Farman,
    précisa-t-elle avec une candeur empoisonnée et un plissement d’œil. C'est qu'ils ne seraient pas ravis si je me blessais.
    _Pour du grain !
    _S'il vous plaît ! Je n'ai qu'un petit panier et c'est une grande demande ! Vous aurez fait votre journée. »

Il plissa le nez, contempla Pryam pour quelque raison – peut-être les croyait-ils apparentés, c'eut été une belle ironie – et hocha la tête, grognant qu'il acceptait, paraissant déjà regretter d'avoir cédé à la mignonne demoiselle. Cette dernière cacha assez bien sa morgue derrière un sourire ravi et quelques remerciements chaleureux, avançant une part du paiement et assura l'homme qu'il aurait l'autre en parlant à la vieille dame s'assurant du service des Farman également. Violain comptait sur cette dernière pour se réjouir de découvrir la Souris une nouvelle fois débrouillarde et hardie et ne pas trop lui tenir rigueur de sa paresse relative. Après tout, elle avait déjà fort belle excuse et pourrait toujours arguer que les nombreux voyages auraient pu abîmer les sacs. Tout ce qu'il fallait, maintenant, c'était que l'homme ne parte pas avec l'argent et sans livrer. Bah ! Le marché se tiendrait encore quelques moments, il n'irait pas risquer toute sa clientèle pour quelques petites pièces, il avait l'air trop vieux et établi pour se piquer de pareille folie. Brassant sa vague nervosité, Violain fit rouler son panier, rangea sa bourse sous ses jupons et, une fois redressée, pimpante, fraîche et, il fallait l'avouer, assez ravissante ainsi illuminée, clama vers le chevalier.
    « Allons-y, mon ser ! Où voulez-vous aller en premier ? Je vous y guide avec joie. »

Et en sachant se montrer. Il y avait quelques rues à traverser et quelques figures de femmes à voir se crisper.
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Message Jeu 23 Aoû 2012 - 12:04

     Les paroles et l'expression de la jeune femme semblaient toutes les deux sincères et le chevalier ne douta pas une seule seconde du fait qu'elle pensait ce qu'elle était en train de dire. Certes, les Sept devaient avoir leur rôle à jouer dans cette rencontre ! Peut-être qu'elle ne permettrait pas que l'un des deux retrouve la personne perdue, mais au moins pourraient-ils avoir le sentiment qu'ils n'étaient pas totalement incapables. Pryam ne pouvait pas se douter de ce que son interlocutrice pensait réellement de la situation et par conséquent, il considérait qu'elle devait être dans le même cas que lui : à chercher en vain et finir par désespérer. Le sentiment d'être inutile ou incapable se renforçait chaque jour, tout comme le sentiment de culpabilité qui ne s'envolerait certainement pas de sitôt.
     Le Valois s'était donc éloigné, ou du moins avait fait le geste de partir pour quitter le marché où ils se trouvaient et lorsqu'il se retourna vers la jeune femme, celle-ci lui offrit un regard où il ne lut rien de contrariant. Lorsqu'elle parla du marchand qui vendait son grain, le jeune homme glissa ses yeux clairs vers l'homme en question qui semblait fort occupé par une autre femme. Peut-être qu'il n'avait pas remarqué la demoiselle ? C'était assez pu probable d'un côté, elle n'était pas vraiment du type que l'on ratait, sans compter qu'elle semblait parfaitement capable de se faire remarquer si le besoin se présentait. Mais peut-être n'aimait-elle pas imposer sa présence ? Qu'il se faisait une bien belle vision de la délicate jeune femme qui se tenait face à lui ! S'il avait su ce qu'il se trompait de chemin, le Valois en aurait été bien étonné. Ce n'était pas très glorieux au fond : un chevalier qui se faisait entourlouper par une jeune donzelle ! Comme elle lui expliquait qu'elle ne manquerait pas à sa parole, le blond secoua simplement la tête comme pour l'assurer du fait que ce n'était pas un problème.

     ▬ Ce n'est aucunement un problème, je ne suis pas pressé, nous pouvons bien patienter quelques instants. »

     Et dans le pire des cas, il demanderait à l'homme s'il pouvait accorder quelques instants à la jeune femme puisque visiblement le problème venait de sa lenteur. C'était assez étonnant, habituellement les vendeurs sur les marchés vous sautaient dessus avant que vous n'ayez fait votre choix, histoire d'essayer de tout vous vendre et vous refourguer tout ce qu'ils avaient sur leur étal. Son attention se reporta alors sur le joli minois de la blonde qui lui déconseillait vivement d'aller dans la taverne située en haut de la rue puisqu'elle n'était pas ce que l'on pouvait qualifier de « lieu agréable ». Un léger sourire ourla les lèvres du Valois alors qu'il songea qu'il devait avoir déjà vu ou côtoyé bien pire que ce que l'on pourrait trouver dans ce petit village. Il était chevalier après tout, pas noble délicat qui ne supportait pas la moindre trace de désobéissance. Mais c'était toutefois aimable de sa part de le préciser et puisqu'elle ne semblait pas apprécier cet endroit, ils débuteraient par un autre lieu.
     Elle continua à parler avant d'être interrompue par le marchand qui daigna enfin lui accorder son attention. Le surnom employé fut assez surprenant, mais Pryam imagina tout simplement qu'elle devait être une habituée de cet étal et que l'homme l'avait pris en affection. Malheureusement, il se rendit rapidement compte que ce n'était guère le cas. À peine se tourna-t-elle vers lui qu'une conversation plutôt surprenante débuta et se termina sur une « victoire » de la jeune femme qui parvint à lui faire entendre raison. Le Valois ne se douta pas une seule seconde qu'il était peut-être responsable de cette acceptation et pour être sincère, cela n'y aurait pas changé grand-chose de toute manière ! Il laissa donc Violain s'acquitter de la somme due avant de ranger sa bourse pour se retourner vers lui et lui demander où est-ce qu'ils devaient donc se rendre. Le jeune homme resta quelques instants silencieux avant se répondre.

     ▬ Et bien, puisque cette taverne ne semble pas avoir votre affection, nous pouvons aller voir ailleurs en effet. Même si je ne suis plus à une rencontre étrange près. Il réfléchit quelques brèves secondes avant de reprendre. Vous avez dit que votre frère est artisan, pourquoi ne pas aller voir chez les autres artisans du coin ? Ils doivent être au courant de l'arrivée d'un nouveau collègue, ou d'un rival. Non ? »

     Il fronça légèrement les sourcils en se demandant si cette solution lui permettrait d'avoir quelque chose d'intéressant à fournir à la jeune femme. Laissant la demoiselle se hisser à sa hauteur, le chevalier songea que dans un village qui n'était pas aussi grand que les villes qu'il avait l'habitude de fréquenter, tout le monde devait se connaître. Cela signifiait donc que s'il fallait se renseigner sur un artisan, le plus simple était d'aller vers celui qui avait le plus de fréquentation. Même dans une bourgade comme celle-ci où les chevaliers et les hommes d'armes n'étaient pas légion, ce devait être le forgeron qui était le plus qualifié pour les renseigner. Tournant la tête pour regarder la demoiselle, Pryam reprit.

     ▬ Peut-être le forgeron ? C'est normalement celui qui est toujours occupé, j'imagine qu'il doit y avoir beaucoup de passage chez lui. Enfin, sauf si vous pensez à quelqu'un d'autre bien évidemment. Vous êtes mieux qualifiée que moi pour me dire où il y a le plus de passage, alors je vous suis ! »

     Pryam n'était pas homme à se sentir dénigré si une femme prenait les rênes. Violain était certainement née et avait grandi dans ce village, il était donc normal qu'il se fie à ses connaissances pour savoir où se rendre afin de rencontrer quelqu'un qui connaissait tous les va et viens des environs ! Le mieux aurait tout de même été de se rendre jusqu'à la taverne, mais dans le pire des cas, s'ils ne trouvaient rien ils pourraient toujours y aller, ce n'était jamais perdu et le chevalier n'était pas à quelques heures – pour ne pas dire jours – près !
     Il fit donc signe à la demoiselle se passer devant et lui emboîta le pas histoire de savoir dans quelle direction ils devaient aller. Son regard quitta la silhouette de la ravissante jeune femme pour se promener sur les environs, regarder les maisons, les habitants qui se promenaient dans la rue ou même encore le ciel qui semblait leur réserver encore une belle journée. À force de voyager dans tout Westeros, le jeune homme commençait à connaître pratiquement tous les coins, mis à part Dorne où il n'avait encore jamais été. Une chose était sûre : les villages du Val ne ressemblaient en rien à ceux de l'Ouest ou ailleurs ! Même si cette petite île n'était pas comparable à Port-Lannis bien évidemment, elle apparaissait comme beaucoup plus riche que les forteresses des Doigts dans le Val, endroit d'où l'errant était originaire. Il avait toujours vécu au bord de la mer, même si la plage laissait sa place à la falaise, l'air chargé de sel de mer et la froideur du Nord qui descendait jusqu'à eux, tout cela lui donnait autrefois le sentiment que tous les territoires côtiers devaient être aussi difficiles à vivre. Mais pourtant, en regardant cette bourgade, il était forcé de constater que ce n'était pas le cas. S'arrachant à ses contemplations, il glissa finalement son regard sur la jeune femme qui le guidait, un sourire amical se collant sur ses lèvres.

     ▬ Ainsi donc vous travaillez pour les Farman. J'imagine que ça ne doit pas être une sinécure de servir des nobles, est-ce que ce n'est pas trop difficile comme vie ? Enfin je présume que vous ne l'avez certainement pas décidé, il ne doit pas y avoir grand-chose à faire sur une île. »

     Il ne voulait pas la mettre en confiance, simplement en apprendre un peu sur elle. Pryam n'était ni bavard, ni curieux de base, mais lorsqu'une personne lui semblait aimable, il appréciait toujours d'en savoir un peu plus à son sujet pour pouvoir lui venir en aide si le besoin s'en faisait sentir. Surtout lorsqu'ils avaient des points communs comme dans le cas présent.


« La vraie noblesse s'acquiert en vivant, et non en naissant. »

 

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Message Lun 15 Oct 2012 - 18:00

L'affaire du marché au grain était réglée. La jeune Violain, encore tout sourire – ce qui, pour l'instant même, correspondait assez à ses émois intérieurs – considérait son chevalier avec aménité, accueillant ses propos d'un petit hochement de tête avant même de les écouter vraiment. Elle y tiqua à rebours, ce qui la fit ciller et regarder de côté, dans une mimique pouvant paraître pour pensive quant à l'interrogation tombée des lèvres du blond, mais qui portait, en réalité, sur l'une de ses remarques glissées. Il avait dit « étrange rencontre », mais, comment cela, étrange ? Trouvait-il donc la charmante personne que la souris se figurait être bizarre ou incongrue ? Elle battit des cils encore, déglutissant cette énigmatique – et vexante, ça ! – déclaration, pour préférer enchaîner d'un ton plus pensif qu'elle n'aurait voulu le modeler, y glissant une de ses répliques pré fabriquées qui faisaient toujours bel effet.
    « Oh, je suppose, oui, c'est une bonne idée. Du labeur, les prières et un abri, voilà qui fait la vie des hommes, après tout. »

Elle profita du temps où le regard de l'homme vagabondait ailleurs pour mieux digérer sa frustration naissante, voulant en son for intérieur mettre l'incident sur une faute à lui, pas sur son comportement à elle et, s'imaginant toute bouffie d'indulgence magnanime, elle décida qu'il ne valait mieux pas lui en tenir verbalement rigueur, pas plus que de l'interroger là dessus, de crainte de le mettre mal à l'aise. Ou peut-être juste garder ce bon mot bien rangé, afin qu'il serve plus tard, si l'occasion lui venait. Déstabiliser pouvait toujours être utile et faire mine d'avoir été blessée mais d'avoir fait courageusement front pouvait avoir cet emploi, chez un individu trop simple, trop droit ou trop faible du moins. Elle n'avait pas encore choisi dans quelle catégorie sa trouvaille humaine se situait ; pour l'instant il avait la grâce d'être pratique devant des commerçants et de s'accorder assez à sa chevelure et à ses yeux pour qu'elle le garde à son bras. Elle n'allait pas se priver de sa balade pour si peu. Pryam poursuivit, suggérant de s'en aller voir le batteur de fer, elle acquiesça derechef. Elle n'avait eu que très peu affaire à lui, il ne lui était pas trop opposé – au contraire d'un certain tailleur qui l'avait une fois pincée à chaparder, malheureux incident encore assez unique pour ne pas avoir été trop répété – et enchaîna de son timbre qu'elle forçait à être plus bas et plus lent que de coutume, afin de ne pas fendiller les fenêtres ou les tympans du jeune homme.
    « C'est une bonne suggestion, d'autant que vous pourriez avoir à commercer avec lui, si vous voyagez. »

Le ton était redevenu fluet, mais il n'était pas encore assez aigu pour sonner agressif, peut-être seulement enjoué ou infantile. Elle roula son panier entre ses doigts une fois encore, le changea de mains une fois, remua nez et bout des lèvres dans une mimique cocasse le temps d'une pensée, avant d'enfin entamer la marche. A pas lents et savourés, elle faisait mine d'être détendue et en toute confiance, alors qu'en vérité, elle dardait en coin d'inquisiteurs regards, cherchant à grappiller les œillades envieuses ou intriguées que leur accointance pouvait provoquer. Si elle avait effectivement songé au meilleur chemin à prendre, ce n'était ni pour choisir le plus court, ni pour lui préférer le plus évident, mais bien pour éviter la masure d'une femme qu'elle savait souvent occupée à guetter à sa fenêtre, et qui avait singulièrement pris en grippe le petit rongeur blond. Tout cela pour une ridicule petite histoire de boue jetée sur du linge mis à sécher. C'était une maladresse, premièrement, et secondairement, il ne lui serait rien arrivé si elle ne lui avait pas demandé en pleine rue – devant des gens, grands dieux, des gens ! Des gens vivants, et pas même sourds ! – si elle n'avait pas quelque chose à voir avec la petite Maud, puisqu'elle lui ressemblait furieusement. Depuis lors, la vieille carne n'avait de cesse que de vouloir lui agripper la tresse en la traitant de progéniture de catin, ce qui était certes vrai, mais qui n'avait pas à être su. Dirigeant son pas dans des ruelles obliques, elle tâcha de trouver un sujet à lancer rapidement qui soit assez prenant pour que le chevalier ne prenne pas trop garde au chemin fait et, surtout, qu'il ne s'aperçoive pas de l'inutile détour dans lequel elle l'embringuait. Il parla le premier, assez rapidement, peut-être désireux de la mettre à l'aise, en tous cas, il s'intéressait à elle. Et s'il y avait bien un sujet qui passionnait Violain, c'était bien son existence propre. Levant les yeux au ciel avec une modestie tout à fait feinte, mais bien imitée, elle sourit gentiment en réponse à la moue aimable de son compagnon de promenade.
    « Difficile ! Non, pas trop. Ah, ils sont exigeants, c'est certain, mais ce sont de bonnes gens. Ni cruels, ni sévères, ils sont très droits. Quand on accomplit son labeur avec dévotion, ils vous récompensent comme ils estiment votre travail. Il suffit de s'y appliquer, vous voyez, et on est sitôt bien. Elle ajouta après un hochement de tête et un nouveau tour de panier entre ses mains. Quand on met son cœur à l'ouvrage, quoique vous fassiez, vous y trouvez du contentement. Vous ne trouvez pas ? »

Derrière son tableau bien avantageux de sa condition médiocre, c'était une mante de vertu qu'elle se taillait à grand renfort d'angélisme bon marché, qu'elle pouvait se permettre surtout parce qu'elle avait les joues roses de l'enfance et les mains encore assez peu usées. Dans quelques années, on prendrait volontiers de telles déclarations pour un mensonge forcé ou une idiotie congénitale, mais venant d'une fille à peine sortie de son état de fillette, on pouvait bien trouver une telle naïveté charmante ou touchante. Violain notait que l'homme gardait un sourire assez ouvert et présent et s'en gaussa pour elle-même, redressant inconsciemment poitrine et menton, cherchant dans ce mouvement non calculé mais assez complaisant à ce qu'on la reconnaisse aisément. Avide de tisser mieux ce début de lien aimable pouvant lui ouvrir de plaisantes perspectives courtoises – ou, au minimum, divertissantes – elle enchaîna, toujours en marchottant.
    « Et vous donc, vous voyagez, alors ! Depuis combien de temps ? Ce doit être autrement plus dur que de faire le linge, mais tellement fascinant ! Elle lui darda un regard appuyé, qu'elle tenta de rendre juvénile et pétillant. Vous devez avoir vu tant de belles choses, et en avoir deux fois plus à raconter ! »

Las ! Belcastel n'était pas un bien grand bourg et très vite, malgré leur rythme un peu lent, mais qu'elle ne voulait pas trop traînant, de peur de passer pour une éclopée ou une gourgandine, ils parvenaient à une rue ouvrant davantage sur la mer. La rumeur du fer battu n'était pas couverte par le fracas des vagues, pas plus qu'elle n'était cassée par le dédale relatif des maisonnées, aussi, le but évoqué était clairement atteint. L'établi du forgeron s'offrait. Petit, ramassé, il n'en était pas moins d'allure robuste et tannée. On sentait la patine de l'âge et de la maîtrise et, s'il y avait des commerces plus clinquants, correspondant mieux aux habitudes ouestriennes de présenter un peu au dessus de ce qu'on était parfois, il aurait fallu être d'assez mauvaise foi pour considérer celui là d'un œil hostile. Il avait la beauté de ce qui est fonctionnel et de bonne qualité. Il faisait plus chaud à proximité, à cause du four qui devait, selon toute évidence, avoir été convenablement approvisionné. Les coups de marteau ne résonnaient plus alors que l'étrange couple venait se présenter à la devanture de bois, où quelques cuirs étaient suspendus, d'autres pièces plus métalliques et à la fonction moins précise aux yeux de néophyte de la Souris étaient, elles, clouées, sans doute pour être exposées sans être trop facilement dérobées. Elle gardait le nez levé vers ces mystères, laissant à Pryam quelques instants de paix, quand un homme vint des tréfonds odorants et chauds de l'atelier pour leur faire face, derrière son étrange rambarde, sur laquelle il posait la main. Violain s'interrogeait sur sa fonction une nouvelle fois, un sourcil levé, quand celui qui devait être le forgeron leur lança un simple.
    « Ouaip ? »

Peu maniéré. La souris, instinctivement, recula un peu et releva son panier devant son giron, en un réflexe plus que dérisoire de protection. En effet, si l'homme n'était pas bien grand, son allure n'était pas celle d'une fleur ou d'un freluquet. Trapus, massif aux épaules, aux bras luisants de sueur et rougis aux flammes, sa peau tannée comme du cuir était sombre et paraissait, même à l’œil, épaisse et tenace. Sa face, elle, était plate, ample et carrée, tout comme les mains qu'il frottait contre son tablier de forge, le regard qu'il dardait aux deux arrivants n'était pas hostile, mais pas ouvertement galant. Un coup sec du menton plus tard, il insistait.
    « Vous désirez ?
    _ Euh, hé bien,
    entama promptement la Souris, c'est à dire que, je cherche quelqu'un.
    _Sauf si c'est moi, j'peux guère aider.
    _Vous l'avez peut-être croisé dans la matinée,
    souffla la demoiselle avec une douceur aussi modulée que forcée.
    _Possible,
    claqua-t-il avant de lui laisser l'opportunité de poursuivre, mais j'en vois du monde, et j'suis occupé.
    _S'il vous plaît ?
    _J'ai du travail. Alors soit vous achetez, soit vous r'venez dans la soirée, quand je m'suis avancé. Moi, dans les deux cas, ça me va. »

Le ton était si péremptoire – et ces mains si grandes, ah ! Aussi grandes que son petit visage délicat et sans doute à même de le lui léser durablement – que Violain en hochant la tête, domptée pour le coup. Non pas qu'elle puisse craindre ouvertement un geste violent, elle n'avait commis aucune faute, mais elle était bien jeune encore et elle n'avait pas forcément le cran d'appréhender tout ce qui était impressionnant avec une assurance de plomb. D'autant que le plomb, il semblait parfaitement à même de le battre comme le fer. Elle darda un regard coulant vers le chevalier, battant des cils avec une candeur ciselée, tandis que sa frayeur relative se muait en une intrigue dont l'évidence la frappait. Oui, Pryam aurait bien quelques sous à dépenser pour un achat à effectuer pour ses voyages, et le temps de la transaction pourrait être utile pour se renseigner sur la présence, ou non, de Vaughan dans les parages ! Violain cillait avec application, avisant son chevalier avec un sourire tendre et un regard un peu vide, pour ne pas le laisser trop luire d'intérêt. Vilaine souris capricieuse ! Mais n'était-ce pas innocent, après tout ? Elle essayait de s'en donner l'air, en tous cas. Pour elle, il pouvait bien faire ça.


Dernière édition par Violain la Souris le Dim 4 Nov 2012 - 1:54, édité 1 fois
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Pryam Templeton
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Message Mar 16 Oct 2012 - 18:33

     La jeune demoiselle avait trouvé un ton plus posé et moins aigu qu'auparavant, comme si l'excitation du moment venait de s'envoler. Le regard clair du chevalier errant restait posé sur le minois de la roturière. Elle était le centre de son attention, du moins pour le moment. Le Valois ne s'attardait sur ce marché, que pour lui rendre service, il aurait donc été bien étrange de ne pas lui offrir tout son temps. Violain avait une manière de se mouvoir qui était plutôt... Enfantine, c'était le mot le plus adapté. Le blond éprouvait beaucoup de difficultés à lui donner un âge, d'un côté son minois faisait presque d'elle une femme, mais de l'autre la manière dont elle parlait et agissait, lui donnait plus l'air d'être une enfant. Au fond, l'âge de la demoiselle n'entrait pas en ligne de compte : il était ici pour l'aider à retrouver cet homme et non pour se renseigner sur sa vie privée ! Même si cela ne l'empêchait pas de s'intéresser à ce qu'elle vivait au quotidien, ne serait-ce que pour apprendre un peu à la connaître, même s'il était fort probable qu'ils ne se recroisent jamais après ce jour. Westeros était vaste, les habitants de ces terres, fort nombreux et le hasard jouait bien souvent des tours plutôt surprenants.

     Après un sourire affiché sur ses lèvres, la jeune demoiselle répondit à la question de son accompagnateur, lui expliquant que la maison qu'elle servait n'était heureusement pas dirigée par des tyrans ou des bourreaux de travail. C'était une bonne chose, sur une île aussi petite que Belcastel, il était certainement très difficile de trouver un autre emploi qu'au château de la maison qui dirigeait ce lopin de terre. Devoir supporter des employeurs difficiles en effectuant un travail minime, était des fois bien plus rude que de travailler très durement. Les dernières paroles de la jeune femme provoquèrent un simple hochement de tête positif de la part du Valois qui confirmait les paroles de sa compagne du moment. Il était vrai que du moment que l'on menait son travail à bien, il y avait forcément une raison de se sentir bien et fier de soi, même si bien souvent la tâche accomplie n'était pas estimée à sa juste valeur. Surtout auprès des nobles.

     ▬ C'est une excellente manière de voir les choses, vous irez plus loin que si vous voyez tout en noir. »

     De toute manière, en tant que roturière la jeune femme ne pourrait pas espérer avoir un travail très facile, à moins de réussir à se faire engager comme dame de compagnie auprès d'une noble dame où d'entrer dans les faveurs d'un riche seigneur. Mais Pryam imaginait aisément qu'il était plus agréable de pouvoir vivre sa vie à côté, quitte à occuper un poste rude, plutôt que de dépendre directement de personnes de noble lignage. Quoi qu'il en soit, comme à chaque fois que le blond rencontrait une nouvelle personne, la jeune femme s'imagina aussitôt que sa vie était palpitante et qu'il devait tous les jours voir de magnifiques paysages et rencontrer des personnes extrêmement intéressantes. Malheureusement, la vie d'un chevalier errant était bien moins joyeuse que celle imaginée par les jeunes femmes en fleur et Pryam l'avait découvert depuis longtemps. Cela dit, il ne voulait pas gâcher les rêves et les espérances de la roturière pour autant. Il décida donc de lui offrir une réponse édulcorée.

     ▬ Pas vraiment, en réalité j'ai une vie tout à fait normale, excepté que je voyage beaucoup, mais je n'ai pas trop eu la chance de rencontrer beaucoup de personnes ou d'événements intéressants. »

     Ce qui lui convenait parfaitement sachant qu'il n'était pas particulièrement désireux de se faire remarquer. À contrario de sa jeune comparse, même si le Valois ne le remarquait bien évidemment pas. Violain les guida donc à travers les ruelles de la bourgade, se dirigeant avec une facilité qui démontrait le fait qu'elle connaissait certainement cet endroit comme sa poche. Après quelques instants, ils arrivèrent donc devant l'atelier d'un forgeron qui représentait à la perfection son métier. Que ce soit son apparence ou sa manière de parler et de se mouvoir, l'homme exprimait un manque d'intérêt inhérent aux individus qui exerçaient son métier. Du moins, c'était ce que le jeune homme avait remarqué jusqu'à ce jour, mais peut-être n'était-il tombé que sur ces individus qui se ressemblaient ? Quoi qu'il en soit, Pryam laissa la roturière prendre les devants – après tout, ils étaient ici pour elle – et écouta le semblant de conversation qui se passa devant lui. Apparemment le forgeron ne semblait pas particulièrement désireux de se mêler des problèmes des autres, certainement qu'il préférait rentabiliser son atelier en forgeant ses commandes plutôt qu'en perdant son temps pour des queues de cerises en répondant à des inconnus qui, de toute manière, ne lui achèteraient rien. Dès les premiers mots de l'artisan, le chevalier devina que sa compagne du moment ne tirerait rien de l'homme et il ne fut guère étonné lorsque la discussion déboucha sur ce résultat. Revenir le soir était une possibilité acceptable, mais il y avait fort à parier que la jeune demoiselle préférait régler ce problème immédiatement. Il n'y avait donc qu'une solution possible et apparemment, Violain l'avait compris : à la manière dont elle lui sourit, Pryam imagina qu'elle avait cerné le problème du forgeron. Hochant la tête pour lui faire savoir qu'il s'occupait de tout, le chevalier s'approcha légèrement de l'homme.

     ▬ Ce n'est pas un problème si vous devez travailler, je comptais venir vous demander votre aide pour mon épée de toute manière, alors pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ? »

     L'homme n'allait certainement pas refuser un travail, même s'il n'était apparemment pas du genre très bavard. Le Valois décrocha le fourreau attaché à sa ceinture et tendit l'arme protégée à l'artisan qui la saisit entre ses mains calleuses. L'arme du chevalier était une bonne épée, en acier château elle se défendait bien et était équilibrée juste ce qu'il fallait. Oh, bien évidemment c'était une lame comme l'on en trouvait à la dizaine, elle n'avait absolument rien d'original, mais lorsque vous étiez un chevalier comme les autres, quoi de plus normal ? Après avoir attrapé le fourreau, l'homme dégaina l'épée qui laissait apparaître plusieurs imperfections, elle avait besoin d'un coup de jeune et d'être aiguisée notamment. Ce n'était rien de bien difficile à faire, mais c'était déjà ça de gagner et il n'allait certainement pas cracher sur quelques pièces de cuivre. Au final, le forgeron hocha la tête, confirmant qu'il allait s'occuper de cela dans l'immédiat. Il n'invita pas les deux jeunes gens à le suivre, mais Pryam ne se gêna pas pour lui emboîter le pas, décidé à en avoir pour son argent. Il laissa toutefois l'homme tranquille durant quelques instants, histoire de mieux pouvoir glisser le sujet qui l'intéressait, puis se lança.

     ▬ Comme vous l'aurez compris, cette jeune femme cherche quelqu'un de sa connaissance, il s'appelle Vaughan. Un homme blond aux yeux clairs, apparemment il n'était plus ici depuis quelques temps, mais il semblerait qu'il soit de retour pour s'installer ici et peut-être même ouvrir un commerce. Glissant son regard vers Violain, le chevalier se renseigna. Je n'ai rien oublié ? »

     Le ton utilisé pour s'adresser au forgeron était calme et très posé, peu désireux d'imposer sa volonté et surtout d'obliger l'homme à répondre. C'était généralement plus fructueux de parler aux gens avec respect et politesse qu'en les prenant de force, surtout avec les roturiers, bien plus habitués à être traités comme des personnes inférieures. Le regard du chevalier se reporta donc sur l'artisan qui s'occupait déjà de l'arme qui lui avait été confiée, Pryam ajouta donc quelques détails.

     ▬ Je sais que l'arrivée d'un nouveau commerçant ne passe jamais inaperçu, puis sur une île je suis certain que le retour d'anciens habitants arrive rapidement aux oreilles de tout le monde. Vous ne vous êtes pas installé ici hier, je suis persuadé que vous devez avoir entendu quelque chose. »

     Convaincu ou non ? L'homme restait surtout très silencieux, ne laissant entendre que les bruits inhérents à un tel endroit, un peu comme s'il avait oublié la présence des deux jeunes gens et que leurs voix n'étaient qu'une manifestation supplémentaires des instruments qui l'entouraient.

HP:
 


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Message Dim 4 Nov 2012 - 10:31

Elle commençait à se dire qu'elle tenait son chevalier en main. Non pas qu'il lui semblait plus docile, pas davantage que concupiscent – grands dieux, il n'avait même pas eu un seul regard trop appuyé, à croire qu'il la prenait pour un garçonnet – mais la Souris se laissa penser que, plutôt qu'un peu méfiant, cet homme là était de ceux qui n'étaient jamais trop à l'aise avec autrui. Bien évidemment, il était chevalier, avec tout le tralala que ça impliquait – pour Violain, la guerre, le devoir et le danger étaient inclus dans tout le grand tintouin dédié à la virilité qu'elle englobait allègrement comme d'une seule nature, à savoir toutes les choses d'importance auxquelles elle ne participait en rien et dont elle n'avait pas cure davantage. Elle savait – vaguement – ce que c'était que le devoir d'un noble, que la peine d'un soldat, que le sacerdoce d'un mestre, assez du moins pour faire mine de les respecter et de pouvoir imaginer comment s'y prendre pour profiter de leurs fruits. Elle n'était pas de celles qui voulait chiper des droits purement masculins et les faire siens, porter les armes aurait été une aberration pour elle – ah ! Et quoi ? Avec ses bras, que pourrait-elle bien faire ? Il faudrait que Belcastel soit assiégée par des lapereaux pour qu'elle puisse se prétendre une héroïne de guerre – mais elle estimait qu'il était son devoir de femme de sourire, d'être agréable et d'escroquer tout homme à portée. Ainsi allaient les choses. Et ce Pryam que les dieux lui avaient présenté était un curieux bonhomme. Certes pas de ceux qui dansent sous la lune ou crient des insanités, mais au travers de ses réactions et des quelques répliques qu'il lui lançait, bien qu'il fut détendu, la Souris le jugea bien peu doué. Vraiment : quel homme avec un rien de talent envers les choses de la parole et de la courtoisie aurait répondu à une jeune fille qu'il n'avait jamais croisé beaucoup de personnes intéressantes ? Mais enfin ! N'importe quel benêt aurait su ajouter à cette phrase un « depuis aujourd'hui » ou, moins habile et plus prompt « à part vous ! » Non, vraiment, s'il ne faisait rien pour lui tenir le bras, s'il lui semblait parfois un peu à côté de ses guêtres, ça n'était pas sa faute à elle – comme elle avait été adroite, d'ailleurs, ah ! Elle s'aimait – mais bien parce qu'il était, à ses yeux, gentiment limité. Le brave petit gars. Ça ne fit que l'aider à conserver envers lui ce regard un peu léger et vide qu'elle troquait contre celui, plein d'étoiles et de vent, des véritablement naïves jeunes filles qu'elle avait déjà pu croiser. Au final, leur éclat étant fade et les yeux de Violain pouvant parfois pétiller – mais d'intérêt vénal – la différence était très peu marquée.

Du reste, si elle avait presque failli tapoter le bras de son ser attitré d'un geste plus condescendant qu'affectueux au moment où ce dernier hocha la tête devant le forgeron grognon pour lui faire signe qu'il avait saisi son regard et qu'il lui obéissait – vraiment, ce brave, brave garçon – elle n'en menait pas large devant le batteur de fer et se tint en retrait, toutefois très attentive, ne voulant rien manquer de son petit spectacle privé. Lèvres closes, yeux grand ouverts, mains serrées à son panier, elle était l'expression même de la fillette soumise qui ne veut pas déranger, alors qu'elle était un rongeur guettant deux hommes, en attente du bout de fromage qu'il finiraient pas lui laisser tomber.

Pryam saisit son fourreau et Violain en étira l'échine, pinçant sa petite assise par un réflexe commun à la plupart des jeunes gens encore assez proches de leurs années d'enfance pour se sentir tenus de présenter la surface la plus plane possible face à une chose pouvant servir à vigoureusement tancer leur popotin martyr – ce genre de blâme était pour elle l'une des rares choses qu'elle n'avait jamais volée. Elle se détendit d'un rien et d'une manière assez curieuse lorsque le chevalier dégaina pour présenter sa lame, puisqu'elle n'avait pas peur des armes, mais des mouvements un peu amples à ses côtés, surtout lorsqu'elle était tendue. Elle grimaça un sourire confus, espérant brièvement que son attitude serait mise sur le compte d'une âme impressionnable qui défaille devant les choses lourdes et pointues. Pryam avait conquis l'intérêt de l'homme en tablier et, sitôt que la lame lui fut présentée, il tendit ses deux amples battoirs tannés par la chaleur du four pour s'en saisir par la garde, mais en laissant ses doigts chevaucher l'assise de la lame sur la poignée, bien à plat, d'une manière qui ne pouvait laisser entendre qu'il allait pouvoir s'en servir dans l'immédiat – la Souris admira fugacement cette maîtrise, bien qu'elle devina que ce geste était dicté par son habitude à lui et non pour ménager une quelconque sensibilité – et, essuyant sa main encore libre pour une raison que Violain ne comprit pas, il en tâta le fer à plusieurs endroits, avant de hocher la tête. Le forgeron posa un instant la main sur la droite de la rembarde de bois, la désignant fugacement du menton, sans un regard, avant de se détourner vers son antre. Pryam lui emboîta le pas avec naturel et ce ne fut qu'en deux temps, alors qu'elle voulut spontanément gravir la très petite estrade que l'établi formait devant la porte par la gauche, que Violain saisit qu'il désignait par là l'unique accès praticable, l'autre était occupé par des lanières clouées et divers objets. Elle fit demi tour et suivit les deux hommes à pas précipités, ayant véritablement, pour le coup, l'air d'une gamine ne sachant guère comment appliquer sa petite étiquette bien apprise à un lieu pareil.

En dedans, il faisait chaud, c'était effroyable ; l'antre était pétri d'une ambiance fuligineuse et étouffante, plus traversée qu'éclairée par la rougeur volcanique d'un four trop éloigné pour luire, mais trop peu pour laisser respirer. Elle toussa deux petits coups avant de se forcer à déglutir et à se tenir douloureusement au silence, elle renifla une fois de plus, avant de plier son petit nez entre ses doigts rapidement et de tapoter sa gorge. Quel genre d'être hybride entre le charbon et le rustre fallait-il être pour survivre dans pareil endroit ? Un silence s'installait, sans doute convenu par la pratique, alors que le façonneur de métal s'avançait vers quelque autel impie destiné à la guerre ou à l'attelage – elle ne distinguait pas très bien et, très franchement, elle se moquait pas mal des secrets de l'endroit – avant d'y poser la lame et d'ajuster d'autres bidules et machins destinés à son travail. Elle décrivit la pièce, rapidement : amples morceaux de cuir encore, la plupart entassés, d'autres entaillés avec un soin prouvant l'économie studieuse qu'on en faisait, limaille en pagaille, fer tordu à foison, embryons de lames courtes ou de taille davantage destinées au travail urbain qu'à faire couler le sang ; un établi comme cent autres, peut-être juste démontrait-il un certain talent et un amour de la forge bien assis de part son organisation spéciale, qui ne pourrait se lire que par des yeux coutumiers de ce genre de lieux, ce que Violain n'était pas. Elle, elle grattait le sol du pied après son inspection puisque, n'ayant pas vu de étal brillant ni d'objet plus élégant que fonctionnel et donc rien à s'attribuer de façon secrète et arbitraire, elle s'en était désintéressée complètement et n'attendait que le dialogue à venir et se distrayait en essayant de deviner la couleur originelle du sol et combien de petits coups de pied lui faudrait-il pour l'excaver de la suie et de la graisse.
    « Euh, oui, à peu près, répondit la Souris au regard et à l'interrogation de son chevalier bien gentil, lorsqu'ils lui furent adressés, ce qui la fit sursauter un peu. Maquillant sa distraction nouvelle de la nervosité qu'elle ne ressentait plus, elle feignit d'être gênée en susurrant d'une voix un peu aiguë, mais sonnant timorée. C'est à dire, on m'a dit qu'il était de passage, au moins, je ne saurais dire si ce n'est que pour commercer ou vraiment revenir. Oh, oui, j'aimerais bien, mais... Fiou, je suis bavarde, j'en suis navrée.
    _Ouais,
    coupa le forgeron, sur un ton plat et péremptoire qui frustra terriblement le rongeur de Belcastel, puisqu'il signifiait très clairement qu'il n'était sensible à aucune de ses minauderies, avant d'écouter à nouveau Pryam, qui reprenait parole pour préciser quelques petites choses glanées.
    _S'il vous plaît, je vous en prie, vraiment. Il... Il doit me ressembler,
    fit Violain en avançant avec un sourire pour mieux se montrer, avant de se hisser sur la pointe des pieds et de renoncer, puisque l'homme, tout à sa tâche, ne la regardait pas et qu'elle adressait ses mimiques à son dos. Enfin, vous seriez très gentil, soupira-t-elle, en désespoir de cause.


Au fond, la Souris méprisait la gentillesse. C'était quelque chose qu'elle recherchait dans la plupart des cas, non pas comme un trésor, mais bel et bien comme une ressource exploitable, qu'elle dévorait à l'envi et usait selon son bon vouloir, sachant tout juste savoir se retenir d'en abuser trop et de la tarir. Elle pouvait souvent suggérer à autrui de lui témoigner davantage d'allant et d'attentions, mais elle n'était pas gentille, pas même un peu, ça non ! Le désintérêt et l'abnégation étaient des concepts qui lui évoquaient tour à tour moquerie ou tic nerveux, c'était selon ; toujours était-il que si le forgeron avait peut-être une belle âme, dans son établi, elle était couverte de suie, et on n'en voyait rien. Il persistait dans un silence impeccable, n'ayant lancé qu'un second « Ouais » après son premier, s'adonnant ensuite à sa tâche avec un soin appliqué. La Souris se rongeait les lèvres, le feu rougeoyait, le forgeron forgeait et rien ne semblait vouloir briser cet instant tenait de la haute maîtrise de ses nerfs pour la jeune fille, tant elle peinait à contenir son envie d'injurier ce vieux bonhomme ingrat – et ce, bien qu'il ne lui devait rien et qu'elle le sut. Il ne s'extirpa un temps de son statut d'homme dévoué à son seul labeur que pour lancer vers Pryam.

    « Deux. »


En montrant sa main à plat et en appuyant deux de ses gros doigts sur sa paume opposée, montrant par là que, comme tout marchant, il savait à peu près compter, mais qu'il n'y était pas expert ; l'accord tacite conclu sur le prix à payer, il se retourna encore, et se consacra à la lame confiée.

Violain s'agitait sur ses brindilles de jambes, remuait un peu, faisait rouler son panier. Elle se mordillait le bout de la langue pour retenir sur ce coin douloureux tout le venin acerbe qu'elle voulait lui cracher, allant parfois jusqu'à chantonner quelques petits airs l'espace d'une poignée de seconde, avant qu'elle ne s'en aperçoive d'elle-même et qu'elle ne s'en interrompe. Elle dardait de brefs coups d’œil au chevalier, quelques petits sourires étriqués aussi, priant – mais quels dieux ? – pour que la pénombre voile davantage qu'elle ne marque la contraction de ses traits et la difficulté qu'elle avait à conserver son visage clair et son allure de petite benête docile, dont elle était l'opposé sournois. Le batteur de fer se retourna, enfin, passant et repassant un chiffon très épais, taillé dans une matière indécise qui intrigua plusieurs secondes la souris, sur la lame dorlotée.

    « J'ai bien vu passer un gars comme ça, le matin, assez tôt. Il était plutôt blond et haut comme ça, désigna-t-il d'un coup d'épaule, et vu qu'il demandait des nouvelles du coin, il devait l'avoir connu avant, ouaip'.
    _Il me ressemblait ? Est-ce qu'il s'appelait bien Vaughan ?
    Glissa Violain, légèrement nerveuse à l'idée de s'être méprise quand à la façon de nommer son aîné.
    _Il m'a pas dit son nom,
    trancha le marchand.
    _Et donc,
    minauda la demoiselle en se hissant sur la pointe des pieds pour se sentir moins petite et être mieux considérée, peut-être, par l'amoureux de la ferraille, vous sauriez par où il serait passé ?
    _Il repartait au zénith. J'ai du faire rapide, pour ça que je sais.
    Il tendit vers Pryam la lame finement graissée et débarrassée d'une belle part de ses accrocs et de sa limaille. T'nez. »


Le retour à l'air frais étourdit un peu Violain. Elle avait bredouillé un vague merci sur le seuil, en retard et à peine, se souvenant de ses manières in extremis et soulignant plutôt son oubli que son éducation par le fait, mais, sur le coup, elle ne chercha pas à se rattraper comme elle savait si bien le faire. Regardant ses mains, persuadées de les voir couvertes de suie, elle les trouva encore à peu près normale, bien qu'elle les essuya l'une après l'autre toutefois par réflexe à un pli caché de sa robe ample. Une fois ceci fait, elle releva le minois, sentant la présence du chevalier à ses côtés, mais ne le regarda pas. Elle contemplait le lointain – c'est à dire l'opposé de la rue – d'un air un peu perdu qui n'était pas tout à fait feint. Déjà, la froideur toute relative du dehors la bousculait après avoir séjourné dans la fournaise derrière elle, ensuite, elle venait de se prendre une bien belle gifle de la part de Sieur Destin et de Dame Déception, ensemble, et avec un amusement sévère. Toute cette attente pour rien ! Toute cette minauderie pour ne pas se dégoter un demi frère riche et servile ! En plus, bah ! Elle avait transpiré. Quelle horreur ! Quelle allure défaite elle devait avoir, bah, bah ! Elle laissa presque choir son panier, la visage plié par une moue qu'elle ne parvenait pas à contenir, qui n'était pas de la tristesse ou de l'affliction, bien qu'elle en eut l'air, mais de la frustration et de la rage d'avoir ourdi en vain et de se trouver moins gâtée qu'au début du jour. Elle détestait travailler pour rien, elle répugnait à espérer en vain. Elle renifla un grand coup, frotta son nez qu'elle jugea poisseux sur le coup – bah ! – et enfin, se décida à darder un regard à l'homme à ses côtés, un regard un peu long, bouche entrouverte, ne sachant comme lui parler. Au juste, elle crevait d'envie de passer ses nerfs sur lui, de copieusement l'injurier, de lui faire porter toute la responsabilité de ses attentes et de cet échec – c'était son idée ! A lui ! Qu'elle fut elle-même trop en retard de fait pour parvenir à saisir cette ombre dont elle ignorait si elle était bien son frère ou pas n'avait guère de poids dans sa psyché. Pryam était un brave petit, mais aussi un bel abruti, voilà.

Oui. Elle pouvait l'insulter. Mais il était chevalier et il y avait des gens, puis, en dehors de l'apaiser sur le coup, elle finirait de gâcher sa journée. Elle pouvait toujours se venger de ce malheureux erre autrement. Retrouvant un peu de calme après quelques secondes à lui adresser cette moue étirée et ce regard blanc, assez indéchiffrable, elle esquissa un sourire triste qu'elle peignit sur ses traits assez lentement pour qu'il semble filtrer et qu'il ne fasse pas trop calculé, elle se boucla une mèche du bout des doigts, louchant brièvement sur son ongle pour vérifier qu'il n'était pas noir – encore assez blanc. Tout allait bien, au moins du côté de ses mains.

    « Je suis navrée. Je vous ai faire perdre votre temps pour... Rien, et... »


Elle renifla encore, ployant sa petite main sous son petit nez, adressant à la poutre face à elle un regard brillant, imitant fort bien la détresse et qui était façonné, en vérité, d'un amusement moqueur assez noir et de toute l'anticipation des sales petits coups qu'elle se voyait déjà lui infliger, par bribes envolées. Ah ça ! Ah oui ! Si elle avait gagné un bref négoce – encore que ce ne fuit pas trop sûr et qu'elle pouvait être tancée pour n'avoir pas veillé elle-même à l'aboutissement de sa commande – elle avait perdu une bonne part de sa journée. Autant ronger tout ce qu'il y aurait encore à prendre. Elle se mordilla le rebord de la lèvre inférieure pour s'y préparer, relevant le museau d'un geste un rien affecté.

    « Vous, euh, vous voulez encore... Voir, quelque chose, dans la ville ? Puisque, bah, le zénith est passé, et puis, c'est à moi de... De vous aider... »


Elle déglutit théâtralement le petit éclat de rire qui lui montait à la gorge et lui rosissait les joues. Non, sa frustration n'était pas passée, non, sa colère n'avait pas décru, non, sa rage n'était pas tempérée, mais sa nouvelle et noire idée lui caressait l'échine et la domptait assez pour qu'elle s'y adonne. Alors, qu'allait-il faire ? Se confondre en excuses ? Lui dire de préférer lui confier ce qu'elle voulait, elle, pour faire la monnaie de sa peine ? Lui faire un cadeau ? Oh, oui ! Un cadeau. Un beau cadeau offert par un chevalier, de quoi faire bicher des jours entiers nombre de filles mieux nées, perspective qui métamorphoserait cette débâcle en surprenant triomphe moral. Et s'il partait ? Et s'il s'excusait vaguement, pour la forme, avant d'en revenir à ses affaires, estimant son devoir fait et la jeune fille encombrante ? Et s'il avait honte de se tenir aux côtés d'une femme sanglotante ? Elle tâcha de ne pas y songer tant l'idée seule réanimait le volcan d'injures plus effarantes les unes que les autres qui voulait jaillir et exploser, s'accrochant à ses perspectives de plus en plus démesurées. Une rose. Plusieurs roses. Une écharpe. Une robe. Un bijou ! Oui, un bijou, un beau bijou rutilant dont elle pourrait prétendre, après un peu de temps passé, qu'il le lui avait offert en soupirant et en lui confiant son désir cruel et contrarié de l'emmener avec lui pour l'épouser - peut-être même que la rumeur le dirait un peu fortuné, avec le temps. Échapper à sa part de promesse et en être récompensée : voilà qui tempérerait son âme avide et pleine de rêves juvéniles contrariés.
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Pryam Templeton
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Message Dim 4 Nov 2012 - 16:53

     Violain était très nerveuse, Pryam avait du mal à comprendre comment une fille aussi agitée pouvait avoir encore de l'énergie en fin de soirée. D'un naturel très calme, il était d'autant plus troublé par ce comportement qu'il n'avait pas l'habitude de côtoyer beaucoup de monde. Quoi qu'il en soit, la demoiselle leur avait emboîté le pas et même si le forgeron ne semblait pas franchement intéressé par la jeune femme, celle-ci ne se faisait pas oublier. Le Valois lui accorda plusieurs regards alors qu'elle toussait, reniflait ou produisait d'autres bruits de ce genre. Avaient-ils un but précis ? Bonne question ! La jeune fille répondit à la question du chevalier, enfin prononça des mots qui, mis bout-à-bout, ne signifiaient pas grand-chose dirons-nous. Le forgeron ne semblait pas particulièrement bavard et se contenta de répondre avec de simples mots qui n'encourageaient pas à continuer la discussion. Le blond restait silencieux, estimant que la demoiselle semblait avoir la langue suffisamment bien pendue pour s'en tirer seule et si ce n'était pas le cas, il interviendrait pour l'aider s'il en avait les moyens. Devant le peu de réponses que lui offrait l'artisan, la roturière manifesta quelques signes de contrariété, à moins que ce ne soit de la gêne, Pryam ne parvenait pas trop à identifier cette expression. Son attention fut détournée de Violain lorsque le forgeron annonça le prix du travail et le chevalier se contenta de hocher la tête pour lui faire savoir que c'était bon.

     Si le chevalier n'était pas extrêmement riche, il ne dépensait son argent que pour équiper ses animaux ou entretenir ses affaires, autant dire qu'il commençait à connaître le coût de chaque réparation ou de chaque achat qu'il effectuait fréquemment. Après cet accord, le regard du Valois se tourna à nouveau en direction de la demoiselle qui s'agitait toujours autant à son grand dam, mais heureusement restait-elle silencieuse le temps que le forgeron termine son travail pour daigner lui répondre. Les informations qu'il céda n'étaient pas franchement encourageantes étant donné que cela signifiait qu'ils avaient raté le concerné, mais la suite leur indiqua qu'ils avaient finalement fait le bon choix en venant ici. Après tout, s'ils avaient erré dans la ville tout le jour durant, ils auraient perdu leur temps alors qu'en s'adressant à cet homme ils avaient réussi à savoir que le frère de Violain était bien passé en ville.

     L'errant tira l'argent dû de sa poche avant de le glisser dans la main caleuse du forgeron et s'acquitter de sa dette, puis il rangea la lame dans son fourreau avant de rejoindre l'entrée, non sans adresser un remerciement à l'artisan. Une fois sur le seuil, le chevalier ne manqua pas d'observer la jeune femme qui semblait particulièrement déçue de la tournure des événements. Était-ce bien de la déception d'ailleurs ? Le manque d'expérience du blond l'empêchait d'être affirmatif sur ce point, il savait simplement qu'elle n'était pas enchantée de la tournure des événements, contrairement à lui. Le chevalier errant fit ce qu'il savait faire de mieux, à savoir, rester silencieux. Ce comportement porta rapidement ses fruits puisque la demoiselle lui accorda finalement un regard après avoir reniflé à plusieurs reprises, esquissa un sourire qui n'était pas franchement joyeux, puis se déclara navrée. Pour quelle raison ? Contrairement à Violain, Pryam n'estimait pas que cette discussion avait été une perte de temps, il la laissa toutefois reprendre la parole avant de la rassurer. Ou du moins de tenter de le faire.

     ▬ Il n'y a pas de quoi être navrée ma dame. L'utilisation de ce titre se faisait toute seule, il avait du mal à ne pas appeler toutes les femmes de la sorte, roturières comprises. Vous savez, c'est loin d'être une perte de temps, vous voyez simplement les choses sous le mauvais angle. Mais j'imagine qu'étant donné votre situation, c'est tout à fait normal. »

     Par « votre situation » il faisait référence au fait que ce soit elle qui cherchait son frère. Après tout, lorsque lui était sur les traces de Serena il voyait aussi les choses sous un angle négatif, pas au début bien sûr, mais avec le temps sa motivation commençait à décliner, son assurance à s'éroder doucement, mais sûrement.... Il valait mieux éviter que ce ne soit le cas de Violain, elle avait l'air d'être une personne agréable et souriante, Pryam lui souhaitait sincèrement de pouvoir retrouver cet homme. Le blond détourna quelques instants son regard pour réfléchir sur le meilleur moyen de présenter les choses. Il n'y connaissait rien aux relations avec les autres, mais il savait ce que c'était que de chercher un membre de sa famille et de finir par penser que l'on ne pourrait jamais plus le revoir. Si les Sept l'avaient mis sur la route de cette demoiselle, c'était parce qu'il pouvait l'aider dans sa quête. Apparemment pas à trouver son frère, mais peut-être à garder espoir ? Utopiste idiot, s'il avait été capable de lire dans l'esprit de la belle, il aurait rapidement compris qu'il se fourvoyait à son sujet. Le regard du blond se reporta sur le minois de la roturière avant qu'il ne reprenne la parole d'un ton plus confiant.

     ▬ Ce que le forgeron vous a dit devrait plutôt vous mettre en joie. Certes votre frère n'est plus ici, mais il a dit qu'il était venu sur l'île pour se renseigner parce qu'il compte à nouveau s'installer ici. Il n'y a qu'une chose à retenir : qu'il va revenir prochainement pour y rester et à ce moment vous le retrouverez. Il scrutait son minois pour essayer de voir si de telles paroles avaient un quelconque impact sur elle. Je suis conscient que ce doit être dur de se contenter de si peu, mais vous êtes jeune, vous attendez déjà depuis longtemps j'imagine, quelques semaines de plus, ce n'est pas très difficile pour le retrouver de manière permanente, non ? En temps normal, il ne spéculait jamais, mais pour le coup la demoiselle avait besoin d'un peu de courage pour patienter. Et si ça se trouve, il a demandé des renseignements sur vous et peut-être qu'il vous cherche aussi. Sûrement même. »

     Mieux valait éviter de ruiner tout ce qu'il venait de tenter de mettre en place en émettant l'idée que son frère puisse se moquer de ce qu'elle devenait. Quel frère digne de ce nom pourrait laisser sa sœur seule ? Aucun, même si Pryam ne connaissait pas la famille de Violain, il était en droit de se dire que si la sœur cherchait, le frère devait faire de même de son côté. Cela dit, ce n'était pas avec ces quelques paroles qu'il allait réussir à la consoler pour de bon. Il était préférable de mener une enquête approfondie pour donner toutes les cartes en main à la demoiselle, sauf si elle ne le souhaitait pas bien évidemment. Après s'être humecté les lèvres pendant qu'il réfléchissait, Pryam avança quelques idées qui, il l'espérait, pourraient certainement aider la roturière dans sa quête et la rapprocher de son but.

     ▬ Vous m'avez dit que vous ne vous souvenez pas de ce que votre frère faisait comme travail, on peut toujours voir auprès des autres habitants de Belcastel, non ? Vous vivez certainement ici depuis toujours, il y a bien des personnes que vous devez connaître depuis votre enfance, elles se souviendront peut-être de ce qu'il faisait ? Après tout, Violain devait être jeune à cette époque, il était logique qu'elle ne retienne pas de tels détails qui, lorsque vous étiez enfant, vous apparaissaient comme secondaire. Comme quoi les priorités changeaient avec l'âge. Est-ce que vous avez un nom en tête qui pourrait nous aider ? »

     Libre à elle de lui mentir si elle ne voulait pas qu'il puisse fouiner dans son passé. Pryam n'avait rien à gagner dans cette affaire au fond, il ignorait si la demoiselle avait des sombres secrets à dissimuler et souhaitait simplement lui apporter son aide. Comportement naïf et utopiste, il était peu probable que la perte de temps qu'il allait subir puisse être remboursée par une visite expresse de la ville, c'était une perte d'argent en somme. Mais il n'était pas devenu chevalier errant pour être riche après tout. Le regard du Valois scrutait le minois de la jeune femme avant qu'il n'ajoute quelques mots.

     ▬ Je peux vous aider pour le moment et si vous n'avez plus le temps, vous n'aurez qu'à me le dire. Je reste jusqu'à demain, autant en profiter, sauf si vous vous débrouillez mieux seule. »

     Il haussa légèrement les épaules, la décision finale lui revenait. Le jeune homme lui tendait la main, elle pouvait décider de la repousser ou de profiter de l'occasion et la saisir. Nul doute qu'une femme comme elle parviendrait à faire le bon choix.


« La vraie noblesse s'acquiert en vivant, et non en naissant. »

 

Hello darkness my old friend, i've come to talk with you again, because a vision softly creeping, left its seeds while I was sleeping, and the vision that was planted in my brain, still remains, within the sound of silence. ♦ © The Sound of Silence
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Message Mer 21 Nov 2012 - 0:37

Pas de rose. Pas de bijou non plus, pas un seul, rien ; la perspective des présents s'éloignait aussi vite que cet horizon doré s'était fait jour en son esprit. Il avait un ton calme et presque détaché, pis encore, était-ce un conseil qu'elle entendait ? Non, était-ce... Une morale ? Elle voyait les choses sous un mauvais angle – ah ! Le rustre ! Le malandrin ! Le salaud ! Comment ne pas les prendre sous le pire angle possible ? Elle était en sueur, sans frère, sans futur mari, sans même un petit cadeau pour compenser, elle avait perdu la moitié d'une journée à gambader dans la ville, elle avait même croisé son goguenard tavernier qui ne devait pas manquer de se moquer à l'heure actuelle – c'était tout juste si elle ne l'entendait pas rire d'ici – et elle voyait les choses sous le mauvais angle ! Ah ! Elle eut été guerrière, elle aurait empalé sur le champ le malotru qui osait remettre en doute la finesse de son jugement de jeune fille, alors que lui n'était que chevalier ? L’incongruité de sa propre pensée ne l'effleura même pas, elle était outrée, autant qu'une dame, comme il l'avait lui même nommée, pouvait l'être. Et il osait se mettre dans sa situation, le bougre, et il osait badiner en prétextant qu'elle aurait du être heureuse d'être traitée comme un mulot dans un champ de blé par cet être trapu et luisant de sueur, parce qu'il avait concédé, moyennant finances – pas les siennes certes, mais qu'importait – à lui confier que oui, peut-être, il avait éventuellement vu quelqu'un qui aurait pu, par temps de brouillard et par témoignage d'homme saoul, correspondre à ce frère qu'elle avait perdu. Elle le fixait d'un regard blanc et d'un visage enjôleur, l'expression rendue figée par sa rage et parfaitement maintenue par ses réflexes. On aurait pu croire qu'elle vivait la révélation de sa vie, en son for intérieur, elle lui crevait les yeux.
    « Bien sûr, trouva-t-elle la force de moduler d'un ton sucré, bien sûr, oui, vous avez raison, je devrais me réjouir. Et le pousser du sommet des falaises. C'est mon impatience qui a parlé, il y a si longtemps que je ne l'ai pas serré dans mes bras... De mémoire, l'avait-elle déjà fait ? Pour se tenir chaud durant les nuits froides, parce que la chambre était petite et mal chauffée, sans doute. Je n'ai plus qu'à l'attendre et l'espérer. »

Tu parles ! Le forgeron avait simplement évoqué un passage. Aucune de ses paroles ne l'assurait qu'il n'était pas simplement passé par là par hasard ou par commodité, pas plus qu'il n'avait demandé des nouvelles par simple curiosité ou pour voir s'il n'y avait pas quelques affaires à nouer, afin d'amortir son escale. Quant à s'il la cherchait ? Hé ! Il aurait réclamé sa souris, on la lui aurait désignée ! Non pas qu'elle était célèbre et renommée, mais elle n'était pas bien discrète et une bonne poignée de commerçants avaient déjà vu le charmant fossé entre ses dents de devant – si ce n'était pas qu'ils la soupçonnaient de les avoir soulagés de quelques deniers. Quoi qu'il en était, elle en revenait à la même conclusion : il lui fallait patienter. Et elle en était éminemment frustrée. A lui présenter l'événement sous un jour si étincelant, l'homme, malgré lui ou avec une certaine habileté, bien qu'elle devina que c'était plus par naïveté que par calcul, venait de lui affirmer qu'il ne voyait nulle compensation à lui donner. Il avait déjà été plutôt généreux, mais ça ne lui suffisait pas pour ce qu'elle estimait qu'il lui était du par le reste du monde, ce pauvre Pryam était sa proie du moment. Et le butin était maigre.

Et si elle l'entraînait dans quelque quartier mal famé, pour le plaisir sournois de le voir être peut-être un peu dérangé par des soiffards assez ivres pour s'en prendre à un chevalier dans l'espoir de lui tirer quelques bribes d'argent ? Non, c'était idiot, des deux, c'était elle qui risquait le plus gros et le lord Farman n'était pas de ceux qui toléraient trop les spectacles et les petits désagréments qui faisaient pourtant tout le sel d'une cour d'ordinaire assez morne. Tant pis pour les quelques coups donnés par un autre dont elle aurait goûté la saveur de par la noirceur de son esprit, tant pis pour les demoiselles auprès desquelles elle aurait voulu se montrer ainsi accompagnée. Elle était décoiffée et s'imaginait luisante, on aurait eu tôt fait de suspecter qu'il l'avait prise en pitié plutôt qu'en amour ou une autre de ces sottises courtoises auxquelles elle ne croyait que pour ce qu'elles pouvaient lui apporter. Pryam relança, osant – malfrat ! – suggérer de repartir à l'assaut, d'aller inspecter les œuvres de leurs jeunesses à tous deux, Vaughan et elle, afin de savoir s'il était venu se renseigner à la fleur de leurs racines communes. Et s'il y était allé ! Hors de question de revenir auprès de ce fichu tavernier. Violain, aussitôt que la question fut achevée, prit un air profondément peiné et articula d'une voix lourde.
    « Ils sont morts. C'était terrible, vous savez, le Fléau... »

Et elle détourna les yeux, portant la main à ses lèvres pour ne pas rire. Si seulement il en avait claqué ! Mais non, lui comme elle, à l'instar des vermines, n'avaient point souffert des affres de la peste autrement qu'en comptant les macchabées et en essayant d'en tirer un pécule – les affaires étaient les affaires et les morts pourrissaient de la même manière qu'ils soient bien vêtus ou non pour leur dernier voyage. Il lui offrait une belle porte de sortie, c'était tant mieux, bien qu'elle lui darda un regard en coin pour vérifier l'effet de son beau mensonge quant à prétendre avoir vu ses proches périr de ce terrible mal qui, au final, avait frappé bien plus juste qu'elle, qui en avait été épargnée. La chose n'avait pas arrangé ses quelques restes infantiles de foi qui tenaient davantage de la superstition et de l'habitude. S'ils existaient, les dieux n'en avaient rien à carrer des hommes et des femmes qui les priaient : c'était un fait, à ses yeux, avéré.. Mais la moitié, si ce n'était plus, de Westeros pouvait témoigner de ce même drame et il n'y aurait rien à tirer d'une épreuve aussi banale. C'était un beau prétexte, mais rien d'exceptionnel, il n'y avait rien à rétribuer, même avec la plus grande charité. Elle soupira légèrement par le nez, balayant l'air d'une main légère avant de murmurer d'une voix voilée.
    « J'en ai assez fait, vous avez été si galant, je m'en voudrais de vous peser encore... »

Quelle actrice, quel talent ! Ah, une fois rentrée, elle se coifferait, puis s'embrasserait elle même, sûrement.
    « Nous nous croiserons peut-être demain ? Je pourrais vous donner un petit pain, pour votre voyage, pour votre peine, je le cuisinerai avec soin. Vous savez où me trouver. »

Si elle ne l'empoisonnait pas, du moins. Après deux secondes de réflexion, non, elle ne le ferait sans doute pas, ça ne pourrait que lui nuire au final et elle n'aurait rien à en tirer. Mieux valait laisser une dernière impression de grâce – puis, les hommes se charmaient aussi par le ventre et, à l'occasion, s'il venait une autre rencontre, il pourrait être plus favorable, une fois le doux souvenir de l'élégante blonde nourricière maturé. De plus, si elle s'assurait qu'il pointe au manoir pour ne serait-ce que la saluer, la vieille servante des Farman ne pourrait que reconnaître à son apprentie son habileté – et la véracité de ses dires, si elle refusait d'entendre l'excuse de Violain quant à son éventuel retard sur les denrées à quérir. Elle pinça les lèvres et, avec toute l'innocente sensualité qu'elle savait feindre malgré son jeune âge et sa virginité, elle lui frôla le bras d'une main légère et appuya un regard enamouré.
    « Aux dieux, Pryam. Vous avez un cœur d'or. »

Qu'il prenne garde à ne pas se le faire arracher. Elle le lui souhaitait presque. Quel idiot ! Quel effroyable benêt ! Quel pathétique lourdaud ! Et pas un geste pour l'embrasser. Elle sourit une dernière fois, la vilaine et, sitôt qu'elle lui tourna le dos, leva les yeux au ciel pour laisser s'exprimer tout le dégoût qu'elle ressentait sur son petit minois juvénile et frais. Elle marchait lentement, avec légèreté, mais sitôt l'angle des maisons passés, elle frappa le sol de ses petits pieds frustrés pour se défouler, pressant le pas jusqu'au marché, afin de guetter l'homme avec qui elle avait négocié. La chance ne la boudait pas tout à fait, ou peut-être était-ce qu'elle lui faisait un pied de nez, encore : il finissait de vider son étal et les sacs de grains attendaient d'être portés jusqu'à la demeure des Farman. Lorsqu'il vit le museau de la souris pointer, le marchand lui offrit un sourire tout à fait plaisant, en même temps qu'il pointait le premier sac de la pile.

Les bras frémissants de ses efforts récents et les jupons couverts de poussière de grains, elle avait achevé sa très longue matinée, jusqu'à la fleur du crépuscule. Échevelée, malpropre, mal fagotée, elle se sentait d'une humeur suffisante pour partir à la conquête du trône de fer à la tête d'une immense armée ou, oui, plutôt, à jeter des pierres sur les enfants qui passeraient sous sa fenêtre. La vieille femme qui la lorgnait depuis qu'elle était rentrée, sa mission accomplie, mais certes avec un peu de retard, l'interrogea sur la raison que Violain allait pouvoir lui servir cette fois-ci pour faire mine d'avoir été sage. La Souris répondit, avec un air minaudier.
    « J'ai voulu rendre service à un chevalier de passage et il a profité de mon grand cœur pour se faire guider au travers de la cité. Vous savez comment sont les hommes. »

Curieusement, elle sembla parfaitement la croire et, après une remarque sur le caractère de ces messieurs devant les jouvencelles, lui accorda son petit bain avant le service du soir. Fichue journée.
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L'or et la raison

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