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Le faucon sous le chêne

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Message Lun 6 Aoû 2012 - 16:47

L’aube venait à peine de poindre offrant à Nyles la vue de la Grand Tour qui pointait à l’horizon, baignée par les premières lueurs du soleil levant dans leur dos. Il valait mieux arriver le matin que le soir si l’on voulait éviter de traverser la pleine avec le soleil en adversaire. Peut-être que le Prince du Dorne se plaisait à le défier de sa lance en permanence mais en simple chevalier du Bief, il préférait chevaucher en profitant de la fraîcheur matinale. Les lieues qui le séparaient du fief des Hightower, une des nombreuses familles cousines du Bief, avaient bien fondu depuis son départ de Boisdoré. Après diverses haltes dont Hautjardin, il aura fallu près d’une semaine pour arriver sur la côte.

Les premiers jours s’étaient effectués dans des contrées bien connues. Les terres de Boisdoré il les arpentait de long en large toutes les semaines que ce fût pour accomplir sa charge ou pour le plaisir. L’émerveillement était toujours au rendez-vous quand il arrivait sur les terres de son suzerain avec ces champs de roses jaunes à perte de vue. Le Bief était riche en bien des aspects et ses paysages en étaient la vitrine dans tout le royaume. Il n’était ainsi pas étonnant qu’il attire les yeux des pillards et autres brigands de passage. Les récents événements avaient d’ailleurs conduit Lord Tyrell à augmenter les défenses de Hautjardin pour se prémunir de toute surprise désagréable, limitant le besoin d’une vaste escorte pour le moindre déplacement autour de la principale cité du pays bieffois.

Accompagné d’une douzaine de chevaliers dont son propre frère, Nyles avait traversé le reste du pays vers l’Ouest depuis lors. Il avait peu voyagé au cours de la dernière année, les conditions climatiques avaient donné un certain ouvrage aux gérants des terres du Bief. Ce pays si verdoyant avait connu une si grande sécheresse au cours des mois passés que la Mander elle-même n’avait pas suffit à préserver totalement du manque d’eau. Il avait donc fallu travailler ardemment pour garder la richesse et la fertilité autant que possible sur ses terres. L’été touchant enfin à sa fin, l’héritier pouvait enfin se permettre de prendre quelques jours pour se rouvrir un peu à l’extérieur.

L’heure n’était toutefois pas encore aux visites de courtoisie. Il se rendait à Villevieille juste pour quelques courses sur demande de son père. Il avait donc renoncé à envoyer des corbeaux pour se ménager quelques haltes qui auraient vraiment rendu intéressante cette escapade. Il avait du laisser Corcolline sur sa gauche par exemple au sortir des terres de son suzerain à qui il aimerait rendre hommage aussi. L’entrevue avec ses modèles en ces terres, se ferait plus tard. Il avait laissé tout cela derrière lui et maintenant il était presque à destination.

Nolan chevauchait à ses côtés en tête de colonne, insistant pour accompagner son frère dans ses déplacements. Il offrait un interlocuteur de choix pour Nyles lors de ces voyages de plusieurs jours ou semaines.

- Nous serons arrivés d’ici une heure ou deux à ce rythme. Peut-être plus rapidement si nous pressons nos chevaux.
- Je dois bien avouer que je pourrais avaler un lion pour calmer la faim qui me tiraille mais n’en faisons pas payer le prix à nos montures.
- Soit, patiente encore un peu mon frère.
- J’aurai du mal si on continue de me narguer comme cela. Moi aussi ce n’est pas l’envie de chasser qui me manque aujourd’hui…

Interloqué le plus jeune des deux frères leva les yeux au ciel pour voir ce qu’on lui désignait. Un faucon tournait en cercle non loin de là à l’affût d’une proie pour se restaurer sans doute. L’oiseau ne tarda d’ailleurs pas à effectuer un piqué significatif pour échouer au pied d’un saule au bord d’un ruisselet attenant à l’Hydromel sans doute. La curiosité de Nyles prit le dessus et il en fit part à son frère.

- On m’a dit que tu étais doué pour dresser nos chiens, le serais-tu aussi pour ce genre d’animal ?
- J’en doute fort et nous avons mieux à faire que de courser le premier corbeau venu.
- Un faucon Nolan, un faucon… Certes j’en conviens mais sur un voyage long de deux semaines nous pouvons nous permettre un écart d’une heure tout au plus.
- Je croyais que tu avais assez d’appétit pour manger un troupeau entier ?
- Sûrement mais la perspective d’un nouveau compagnon de chasse me met autant en appétit que toi passant devant un groupe de jouvencelles. Allons-y !

Alors que Nyles commençait à piquer un galop vers l’endroit où s’était posé le rapace, Nolan faisait signe à deux hommes de l’accompagner à sa suite. Il ne leur fallut qu’une poignée de minutes pour arriver à distance raisonnable avant de ralentir pour ne pas effrayer l’animal. Au pas ils approchèrent jusqu’à une vingtaine de mètres avant de remarquer ce qui ne pouvait se voir de loin.

Au pied du saule, une silhouette accompagnait l’animal qui mangeait à ses pieds, dépeçant de son bec la carcasse d’un pauvre lapin qui avait tardé à rentrer au terrier. Visiblement l’animal se rassasiait en compagnie de son maître, il n’y avait aucune chance qu’il se laisse approcher d’aussi près par un inconnu. Nolan pressa son frère de passer leur chemin.

- Tu vois bien qu’il est déjà la possession d’un maraud. Bien que je n’aie aucun doute sur sa condition de roturier, tu n’as aucun droit de lui contester en ces terres. Tu en trouveras d’autres des aigles.
- Un faucon Nolan, je te l’ai déjà dit. Laisse-moi aller l’observer rien qu’une minute, je n’ai jamais eu l’occasion d’en approcher un.
- Soit.

Hélant le propriétaire du rapace, le cadet annonça Ser Nyles Rowan, héritier de Boisdoré. Il précisa bien que si il avait le moindre geste suspect, il devrait en répondre rudement. Nyles laissa son cheval avancer de quelques pas avant d’en descendre. Il flatta l’encolure de son coursier avant de faire quelques pas vers l’inconnu.

- Je suivais votre magnifique animal dans l’espoir qu’il serait aussi sauvage qu’intriguant pour un chasseur comme moi.

Il continuait à progresser prudemment, pas après pas. Il eut un mouvement vers la poignée de son épée au moment où il vit la peau mate des mains de son interlocuteur toujours muet.

- Je vois que votre animal n’est pas la seule présence exotique en ces terres. Vous seriez-vous perdu en chemin mon brave ?

Ses appréhensions se dissipèrent quand il eut un bref aperçu de ce qui se cachait sous la capuche du fauconnier. Juste le temps de croiser une seconde ce regard pénétrant et il abandonna toute agressivité retenue.

- Je vous prie d’excuser ma conduite et celle des mes suivants gente dame. Je voulais juste observer de plus près votre noble animal mais si notre présence vous importune…

Nyles au grand dam de son père et de son frère montrait toujours une déférence particulière envers les femmes indépendamment quelles soient de noble lignée ou de basse extraction. Tant qu’elles n’étaient pas ennemies déclarées, il respectait scrupuleusement et même plus son serment de chevalier. Il allait même plus loin que la foi des Sept non seulement en offrant protection aux femmes mais surtout un inconditionnel respect, galanterie oblige. Ainsi la jeune femme avait pu noter une légère inclinaison du chevalier à la salutation, pas assez prononcée pour être comparable à la déférence face à une vraie Dame mais tout de même assez pour qu’elle puisse prendre acte de l’attention.

La rencontre était cocasse et imprévue. Nyles avait fait un caprice au sujet de suivre un oiseau de proie qui même s’il était rare n’était qu’un animal après tout. Sa passion pour la chasse l’avait amené à tomber peu avant les portes de Villevieille sur la première Dornienne qu’il rencontrait de sa vie, lui qui avait toujours rêvé de voyage au fil des récits qu’il lisait depuis tout jeune.
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Message Sam 11 Aoû 2012 - 18:06

Je n'aime pas les villes. Villevieille, bien que magnifique d'après de nombreuses personnes, ne m'impressionnait pas outre mesure. J'en avais vu des villes en compagnie de mon oncle, et celle-ci n'était pas la plus belle à mon goût. Mais ce n'était pas sa beauté qui m'importait, c'était tout ce monde qui grouillait de partout. J'avais beau faire, les routes me manquaient, et j'avais hâte que Lord Redwyne me transmette ma prochaine mission. Rien que pour quitter une ville en vue des vertes prairies, ou des déserts arides. Sa destination sera la mienne, je ne discutais pas ses ordres, comme autrefois ceux de mon oncle. Ce dernier me manquait terriblement. Il avait été ma seule famille, et même si j'avais conscience que quelque part à Lancéhélion se trouvait ma sœur, le lien avec elle ne sera jamais celui que j'ai entretenu pendant 17 ans avec mon oncle Nasler.

L'île de la Treille était accueillante, verdoyante, mais elle restait une île. En raison de son rang, Lord Redwyne passait plus de temps à Villevieille, et par conséquent moi aussi. Je laissais trainer mes oreilles dans chaque taverne, discutait avec chaque marchands, au point que tout le monde me connaissait sans me connaître. Je n'étais qu'une ombre, un regard bleu en dessous d'une capuche. Certains, ceux qui n'étaient pas ivres, voyaient que j'étais une femme, mais ils avaient toujours un doute, alors je n'avais pas à me battre. Mes dagues étaient toujours à ma ceinture, et une à ma cheville, au cas où, la prudence fait partie de moi depuis trop longtemps maintenant.

Ce matin là, aux aurores, je m'extirpais des draps de l'auberge qui m'avait accueilli pour la nuit. Lord Redwyne me payait suffisamment pour subvenir à mes besoins. Jamais je n'aurai une maison à moi, je n'en ai pas le désir. Tout comme se marier, ou encore enfanter. Je laissais ça aux femmes, je pouvais mêmes les aider en raison de mes connaissances en herboristerie et car j'avais assisté à quelques naissances, mais cette vie n'était pas pour moi. J'avais laissé « aveugle » Onyx toute la nuit, comme je me devais de le faire à chaque fois que je dormais en intérieur. Même pour lui, cette vie ne convenait pas. Il commençait à s'agacer, il avait faim, je me devais de l'emmener hors de la ville. Cela me fera également le plus grand bien, je commençai à me sentir étouffée.

J'enfilai une chemise brune, ample, et des pantalons de la même teinte avec par dessus mes bottes. J'attachai mes cheveux en une queue de cheval bien serrée, avant d'enfiler ma cape à capuche, toujours baissée. J'avais un sceau d'eau pour le visage, mais je décidai d'utiliser l'eau de l'Hydromel, plus vivante. Onyx se porta sur mon épaule, et je le caressai en vue de le calmer. Je lui donnais un bout de viande crue dont il raffolait, mais rien n'enlève le plaisir de la chasse. Quand je descendis au rez de chaussé, personne n'était encore réveillé. L'inverse m'eut étonné. La vie dans les auberges se passaient la nuit. La majorité des clients quand ils n'étaient pas voyageurs, buvaient toujours de trop, alors le réveil n'était jamais matinal.

Les rues de Villevieille semblaient elles aussi abandonnées. Je marchais sans être bousculée, sans avoir à longer les murs pour ne pas me faire remarquer. Je devais avouer que c'était agréable, mais rien à voir en comparaison à la sensation de liberté que je ressentirai une fois hors des murs de la ville. D'un pas posé, je me dirigeai vers l'entrée de la ville. Là je croisais deux gardes qui m'observèrent longuement sans pour autant prendre la parole. Onyx intriguait bien souvent les gens du Bief en particulier. C'était rare d'en voir ici où la faune n'était pas des plus abondantes comme au sein de certains bois, comme les bois doré où j'avais déjà chassé avec mon oncle, de façon illégale, mais je n'en avais rien su par le passé.

Dès que je jugeai être suffisamment loin de la ville, je retirai le capuchon des yeux d'Onyx, avant que ce dernier ne prenne son envol. J'adorai le voir voler. Je l'enviai presque d'avoir cette liberté qui n'était pas la mienne. La main en visière au dessus de mon regard, je l'observai prendre de plus en plus de hauteur avant de se mettre à planer, les sens en alerte, en vue d'une proie. C'était une vision apaisante. Une vision rassurante car quotidienne. Je me doutais que je ne risquai rien, il était bien trop tôt, c'était pour cela que je n'avais pas mon arc avec moi, pour ne pas attirer l'attention outre mesure. Mais persistait en moi cette méfiance, d'être toujours en alerte, de ne pas se laisser surprendre.

Je marchai en direction de l'Hydromel. Le cours d'eau possédait une telle vitalité que les pierres le jouxtant s'en trouvait éclaboussées tout le long du courant. Je m'agenouillai et entrepris une rapide toilettes. L'eau était froide mais j'aimais cela. A dire vrai, j'avais toujours été habituée à cette température, n'étant nullement une noble qui se faisait chauffer l'eau. Après quoi, je me dirigeai vers un saule, arbre majestueux dont j'aimais le couvert de ses branches. Comme à mon habitude, je m'y installai, adossée contre le tronc, le temps qu'Onyx me revienne. Je fermai les yeux, profitant de la légère brise qui s'était levée. L'ouïe fine, j'entendis le cri d'Onyx qui indiquait qu'il avait du trouver une proie satisfaisante. Je me relevais alors, tentant, sans trop de mal, de l'apercevoir dans le ciel. Il avait dans son bec ce qui ressemblait à un lapin ou un rongeur de cette trempe.

Par la même occasion, je remarquai un attroupement de soldats. Une douzaine si ma vue ne me faisait pas défaut. Loin de m'en inquiéter, après tout Villevieille recevait énormément de visiteurs, je portais mon attention sur Onyx qui piqua et vint faire ripaille à même le sol, à mes pieds. J'eus la confirmation qu'il s'agissait d'un lapin, et même d'un lièvre. La rapidité du faucon était une chose prodigieuse en elle-même. Mais mon attention revint rapidement à l'attroupement que j'avais déjà remarqué. Un cavalier s'approchait de l'endroit où je me situais. Il fut rapidement suivi par trois autres cavaliers. Je fronçais les sourcils, sur la défensive, prête à me battre si cela devenait nécessaire. J'avais bien conscience qu'en nombre ils étaient plus nombreux et que, à leurs yeux, je ne serai qu'une femme, mais je ferai saigner avant de fuir, j'en avais la certitude.

Loin de me vouloir du mal, l'un des hommes annonça celui qui le précédait en tant que Ser Nyles Rowan. Ce nom me disait vaguement quelque chose, surtout le terme de bois doré où je savais y avoir déjà mis les pieds. L'homme qui vint alors jusqu'à moi portait une tenue digne d'un chevalier et ses cheveux étaient d'un châtain assez clair. Il descendit de sa monture afin d'approcher d'Onyx et de moi calmement, comme pour ne pas effrayer ce dernier. Toutefois, Onyx n'avait pas envie qu'on lui vole sa nourriture, et prenant ce qu'il restait de la carcasse, alla se mettre derrière moi et un peu plus loin. Je remarquai le mouvement qu'il eu vers son épée, alors même que je n'avais esquissé aucun geste. J'appris qu'il était lui-même chasseur et que c'était Onyx qui l'avait mené jusqu'ici. Sans doute en raison de ma peau loin d'être diaphane, il employa le terme exotique, me prenant encore pour un homme ce qui devait le rendre encore plus méfiant. Pour ma part, j'observai le moindre de ses gestes, et hommes ou pas hommes avec lui, je livrerai combat si cela était nécessaire.

Finalement, il sembla se radoucir quand il fut suffisamment proche pour se rendre compte que j'étais une femme. Je fus surprise des termes employés, vu ma tenue j'étais loin d'être une gente dame et mériter un semblant de révérence. Désormais, je savais pourquoi il s'était tant approché, mais je restais encore sur mes gardes, il y avait trop de monde auprès de nous.

- Vous ne m'importunez pas. J'attendais qu'Onyx trouve de quoi manger.

Je fis un mouvement de la tête en direction de ses gardes :

- Demandez leur de s'éloigner. Je veux bien vous montrer de plus près mon faucon, mais je n'ai pas envie de me donner en spectacle. Puis ainsi, nous pourrons attendre qu'il termine son repas, sans quoi il ne sera pas apaisé.

A aucun moment je ne me détournais de l'homme. Attendant de voir s'il appliquait ma demande ou non. Toutefois, je me permis de rajouter une chose de courtoisie, comme me l'avait appris mon oncle. Quand quelqu'un se présente, tu dois...

- Aucun titre pour moi. Shaelya, chasseuse au service de Lord Redwyne.
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Message Mer 15 Aoû 2012 - 17:32

La requête de la jeune femme était quelque peu compliquée à satisfaire bien que légitime de son point de vue après tout. Enfin elle avait un sens pour celui qui s’enquérait de l’avis de moins bien né que lui-même. C’était le cas de Nyles mais pas vraiment celui de son frère qui l’escortait pour sa sécurité. Bien que ce dernier ne rechignait pas à se perdre en régulières frivolités avec quelques roturières, elles n’avaient d’intérêt à ses yeux que pour leurs charmes. Avoir une discussion avec une personne de basse condition se révélait même être une perte de temps si ce n’était une aberration illusoire que d’espérer entretenir un fil de conversation digne de ce nom avec un roturier.

Se retournant vers son frère pour discuter de la situation, Nyles offrit malgré lui en spectacle une conversation quelque peu houleuse à la jeune femme.

- Je ne bougerai pas d’ici sans toi !
- Nous sommes à quelques encablures de la ville, qu’ai-je à craindre ?
- On ne sait jamais ce qui pourrait se passer, je n’ai aucune confiance en cette maraudeuse.
- Tu l’as entendu dire qu’elle était au service de Lord Redwyne non ?
- Certes mais bien peu de vérité sort de la bouche des femelles de sa condition, allons…
- Je te prierai de bien vouloir surveiller ton langage quand tu parles d’une femme. Si tu es si sceptique, va donc te renseigner en ville sur son compte…
- Et te laisser seul avec elle, pas question !
- De quoi as-tu peur ? Que je me comporte mal avec elle ? Tu ferais mieux de regarder dans un miroir mon frère…
- Cela n’a rien à voir avec moi.
- Qu’elle puisse m’agresser et me battre en duel, le chevalier contre la chasseuse ?
- Je ne voulais pas dire cela et tu le sais très bien… Cela pourrait être un piège.
- Alors que l’on ne voit aucun attroupement à une lieue à la ronde dans cette plaine et que nous sommes aux portes de Villevieille ? Sous-entendrais-tu que les Hightower laissent la vermine prospérer devant leur tour ?
- Loin de moi cette pensée voyons, mais on ne sait jamais ce qui pourrait se passer…
- A part l’embuscade d’une troupe de Fers-nés qui attendraient leur heure tapis au fond de la rivière en respirant dans des joncs depuis les derniers raids hum ?
- Bien puisque Ser Nyles ne sait que tourner en ridicule les propos de son frère qui s’inquiète pour lui, nous prenons les devants. Mais si d’ici une heure tu n’as pas donné signe de vie…
- Soit nous nous reverrons d’ici là.

La tête de l’escorte rejoignit les autres cavaliers qui attendaient un peu en retrait et se dirigèrent vers Villevieille dont la tour paraissait si proche au vu de sa stature imposante. Nyles aurait juré entendre son frère le traiter d’ingrat inconscient avant de partir mais cela ne pouvait être qu’un murmure perdu dans le vent… Il tenta d’approcher de la jeune femme et de son faucon qui commençait à dépiauter son lapin. L’accueil alors qu’il était encore à une bonne dizaine de pas, ne fut pas à la hauteur de ses espérances et il crut que le cri de l’animal venait de lui perforer les tympans sur le coup. Nul doute qu’il aurait voulu lui arracher un doigt ou deux s’il avait été à portée. La chasseuse avait prévenu après tout, il ne fallait pas le déranger pendant son repas.

- Vos parents doivent être rassurés de vous savoir avec un tel animal de compagnie. Quand il n’a plus son chaperon, il semblerait qu’il devienne le votre…

Nyles fit un large détour pour éviter d’attiser plus la furie du rapace et fila attacher les rênes de son cheval à une branche basse du saule. Il flatta à nouveau l’encolure de son destrier avant de lui donner une pomme tirée de sa sacoche de selle. Il avait faim lui aussi et il n’aurait son fourrage qu’une fois arrivés à Villevieille bien qu’il puisse se venger sur les herbes hautes à portée. Le chevalier porta alors son intérêt vers la rivière, s’approchant du lit de l’Hydromel en deux grandes enjambées. Il retira ses gants puis s’accroupissant, plongea ses mains dans l’eau fraîche afin d’en passer sur son visage penché en avant. L’été venait enfin de se terminer mais ses chaleurs n’avaient pas totalement disparu sans compter tout ce que Nyles portait sur le dos.

Il se releva en jetant un coup d’œil furtif vers le faucon qui en était toujours aux débuts de son office préparatoire pour son festin. Il ne serait pas encore prêt à daigner le recevoir avant de longues minutes encore. Le bieffois eut un sourire en coin en pensant qu’il devait ressentir la même chose qu’un de ses paysans quand il attendait qu’on lui accorde audience à la séance hebdomadaire de rendu de la justice. Qu’à cela ne tienne, il patienterait… Il finit par s’asseoir en s’adossant au saule, observant un poisson remonter le courant de la rivière, ce qu’il faisait probablement depuis l’embouchure. Au bout de quelques secondes seulement, Nyles brisa le silence.

- Je m’excuse pour la petite explication de tout à l’heure avec mon frère. Etant donné que vous travaillez pour une noble personne, vous devez être au fait des contraintes d’escorte je suppose…

Il hésita un instant avant de poursuivre.

- Je n’ai rien de mieux à faire que de compter les brins d’herbe et les fleurs de la berge. Je n’ai même pas la chance d’avoir pu acheter un livre encore alors que je suis à quelques pas de la ville de la connaissance… Un brin de conversation ne serait pas de refus, je ne mords pas. Du moins tant que vous ne me menacez pas et que mes dents ne sont pas ma seule arme.

Il essayait de détendre un peu l’atmosphère, il n’était pas facile pour une roturière de se retrouver avec un chevalier inconnu qui s’évertuait à lui faire la conversation sans doute. Il pouvait se taire et rester dans le mutisme le temps de laisser manger l’animal qu’il voulait observer mais il ne voulait pas passer pour un de ces nobles méprisant ou dédaignant ceux qui n’ont pas le sang bleu. Il avait conscience de sa position mais chacun était utile après tout et il y avait quelque chose qui lui rendait cette Shaelya sympathique. Il prit une branche tombée au pied de l’arbre et entreprit de la tailler à l’aide de sa dague.

- Soit c’est moi qui commencerai à parler, il en faut bien un pour créer le dialogue après tout. Comme je l’ai déjà mentionné et ma tenue le confirme, je suis un chevalier de cette contrée que vous servez maintenant. Je représente déjà ma maison mais je ne profiterai des avantages liés à la fonction qu’à la mort de mon père. Est-ce que j’attends avec impatience ce jour où je me ferai appeler Lord ? Non, pas plus que toutes ces responsabilités ne m’attiraient profondément à vrai dire. Je suis fier de ma famille et de notre charge mais j’aurai aimé avoir moins de contraintes quelque part. Depuis tout jeune j’ai rêvé de voyages au gré des aventures de mes lectures, chose que je ne pourrai jamais satisfaire que par procuration.

Il tenta de croiser le regard de cette chasseuse à qui il confiait ses états d’âmes du moment afin de jauger de sa réaction mais elle restait encore et toujours encapuchonnée.

- Vous vous attendiez peut-être à un parfait chevalier et les privilèges de la noblesse ne peuvent pas tolérer un tel discours à vos yeux sans doute et pourtant… Oui je le confesse une part de moi vous envie, vous qui avez pu traverser librement nos contrées selon votre gré. Pourquoi vous raconter cela, je ne sais pas exactement si ce n’est l’humeur du moment. Peut-être qu’en prenant connaissance de votre statut je me suis trouvé des points communs avec vous qui m’ont poussé à vous parler de mon envie d’ailleurs parfois. Etant donné que votre parole ne vaut rien contre la mienne si j’étais amené à m’expliquer de mes paroles quelque peu traîtresses à mon rang.

Mais même si je ne connais rien de vous, nous partageons la chasse et notre vie est dédiée à servir un important seigneur après tout. En cela nous sommes semblables et ne vous détrompez pas, je ne regrette pas ma vie. J’arrive à faire des rencontres intéressantes et je vis d’autres aventures au quotidien. Mes gens ont besoin de moi et ils m’apportent en plus des biens, une certaine fierté dans ma fonction. Que pourrais-je espérer de plus ?


Il dégrafa l’attache de sa cape pour s’en défaire. Il la roula en boule pour la glisser derrière sa tête, endolorie contre l’arbre, s’en servant comme d’un oreiller de fortune. Les rayons du soleil chauffaient de plus en plus le sol et se reflétaient à la surface de l’hydromel au fur et à mesure que l’astre s’élevait dans le ciel.

- C’est fou tout ce que l’on peut cacher sous une cape n’est-ce pas ? Peut-être que vous en dissimulez moins que moi sur vos rêves et vos convictions mais je ne saurai pas me prononcer à ce sujet alors que je n’ai entendu qu’une phrase ou deux de votre bouche. Votre voix est agréable à l’oreille, je ne demande qu’à l’entendre si vous consentez à me narrer quelque chose. Vous savez maintenant qu’il me sied de lire des récits de voyage, vous devez bien avoir quelque chose dans ce goût là je suppose…

Dans ses mains le bout de bois diminuait et prenait certaines formes. Ce ne serait sûrement pas du bel ouvrage mais ce qui occupait les mains occupait l’esprit aussi en attendant de pouvoir observer le fameux faucon ou de participer à une conversation plus prenante.
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Message Ven 17 Aoû 2012 - 17:50

La confiance était une marque qui se donnait avec le temps. J'avais toujours su cela, mon oncle me l'avait prouvé suite aux différentes rencontres que nous avions pu faire sur les routes. Pourtant, je me permettais avec ce ser de la lui réclamer en faisant partir le reste de l'escorte. J'avoue sans mal que c'était une façon de le tester, mais également car je n'aime pas être prise pour une bête de foire, même si ce qui comptait à ses yeux était davantage le faucon. Il n'était pas rare qu'on veuille l'approcher, mais un faucon n'était pas un animal de compagnie qui accordait son amitié à quiconque l'approchait. Lui aussi connaissait la vraie valeur de la confiance, et j'en usais donc auprès de ser Nyles, m'attendant à ce qu'il refuse ma demande. Mais c'est tout l'inverse qui se produit. S'ensuivit alors une discussion entre les deux frères qui me fit sourire sous cape. Bien entendu, je restai discrète, mais en quelques échanges de paroles, on pouvait en apprendre énormément sur les protagonistes.

Ainsi, j'appris à demi mot que son frère appréciait les femmes de manière physique, mais que la discussion avec une roturière ne valait pas sa protection. En tant que chevalier il aurait bien entendu le dessus sur moi, mais en mon fort intérieur, j'aurai bien aimé entamer un combat afin de lui montrer que je savais tout de même me débrouiller, même s'il remporterait à coup sûr la victoire. Il m'apparaissait comme un homme instruit, sensible, loin des chevaliers que j'avais pu croiser, à l'exception de quelques uns. Il y avait quelque chose dans sa façon de parler qui m'interessa. Je le trouvais comme un jeune enfant, ce qu'il devait être aux yeux de son frère, ayant peser le pour et le contre et que rien ne l'empêchera de vivre son caprice jusqu'au bout. Son frère avait tout de même une sacrée imagination, car si j'avais voulu le piéger, comment aurais-je pu savoir qu'un faucon l'aurait intrigué à ce point? C'était assez inhabituel, et sans doute en convint-il en lui-même, car lui et sa troupe se retirèrent, laissant une bonne heure à son frère pour approcher du faucon.

Mon regard qui devait percer l'obscurité de ma capuche, se posa sur le regard du chevalier. Ce dernier observait le rapace et s'enquit de ma protection et de l'existence de probable parent. Pensait-il sincèrement que je venais d'une famille heureuse de chasseurs qui seraient venus se perdre dans le Bief? Pouvait-il être aussi naïf, porteur de bonnes attentions? A en juger d'apparence, j'étais plus jeune que lui, et pourtant mon passé, mes voyages, m'avaient rendu d'une méfiance sans nom. Un faucon vous aidait à chasser, il vous vouait fidélité, mais il ne fera jamais le poids contre une épée ou toute arme de corps à corps. Peut-être peut-il avoir un effet de surprise, piquant du haut du ciel pour venir crever un oeil. Mais la surprise passée, mieux valait qu'il fuit et qu'il garde un oeil sur moi de loin, plutôt que de se faire tuer. Il reste avant tout un animal sauvage, et même si j'ai une confiance absolue en lui, je n'oubliai pas ses origines.

Voyant qu'Onyx était encore en plein repas, il alla attaché sa monture, une belle bête, une belle carrure, avant d'aller se rafraichir avec l'eau de l'hydromel. Il s'adossa à l'arbre, comme j'avais pu le faire en attendant et commença à parler, faisant vraisemblablement des efforts pour que le silence ne règne pas en maitre entre nous. Je laissais pour ma part Onyx manger, et m'approchait de la rivière afin de toujours pouvoir voir ser Nyles qui s'excusa de la discussion de tout à l'heure. Je ne disais mot car cela ne m'avait pas choqué outre mesure. Après tout, avoir un frère qui voulait prendre soin de vous était une denrée rare. Les mots qu'avaient employés son frère n'étaient pas pour me choquer, j'avais bien trop l'habitude des hommes, souvent bien plus rustres, qui ne considéraient pas la femme et encore moins les roturières. Rien que pour cela, j'étais heureuse d'être chasseuse et non pas servante à devoir toujours fréquenter et respecter des personnes qui ne mériteraient pas même un regard.

Mais il en allait autrement pour lui. J'étais sincèrement intéressé par ses paroles, fort nombreuses, qui visaient pour la plupart à me rassurer. Pensait-il que j'avais peur de lui? J'étais juste, dans les premiers temps, d'une compagnie désastreuse, car j'avais un parler franc qui surprenait bien souvent et qu'un noble n'aurait pas l'habitude d'entendre de la part d'une femme. Après tout, il maniait le verbe à merveille, tout comme je pouvais le faire quand j'essayai de conter à des enfants l'une de mes anciennes aventures. Je n'en rajoutai jamais de trop, car les enfants étaient si sensibles, qu'ils ne distinguaient pas le vrai du faux et cela pouvait les amener dans des situations impossibles. Il avait envie que nous parlions et voyant mon mutisme, entreprit de poursuivre, se mettant à me parler de lui, de sa vision du monde de son côté de la barque.

Je m'installai à même le sol, en tailleur. Une de mes mains vint au contact de l'eau alors même que mes yeux bleus ne le quittaient pas. Ainsi, ce sera lui le futur lord. Cela ne me fit nullement réagir. Quand il sera lord, je serai toujours chasseuse. Sa vie tend à changer un jour, la mienne sera sans doute encore faite de mission et de chasse, ou alors je serai morte sur la route. Ce n'était pas une vision pessimiste, c'était une réalité à laquelle je pouvais m'attendre. Quand à sa propre envie de voyages, j'étais surprise qu'il ne l'ait jamais comblée. Je connaissais les obligations qu'il devait avoir, du moins m'en faisais-je une idée, mais ne pouvait-il pas, rien qu'une fois, prétendre à ces voyages dont il rêve et qu'il vit par procuration à travers les lignes de livres?

Mon regard se porta sur le baton qu'il taillait toujours un peu plus comme si sa vie en dépendait. Se pouvait-il qu'il soit nerveux face à moi? Je restai impassible, il n'y avait rien dans les ombres de ma capuche qui pouvait l'encourager ou au contraire l'arrêter. Mais je m'étais assis, c'était déjà que je ne le fuirai pas. M'envier? Je le croyais, en partie. Il ne voyait que le bon côté de voyager, avec de bonnes conditions ce qui était loin d'être mon cas. Personnellement, vivre hors des villes, avoir Westeros en entier comme maison, cela me ravissait. Je n'étais pas femme à emmurer, pas femme à servir à manger chaque jour qui passe. Pourtant, j'étais fidèle avec mon lord, et sans doute le serai-je un jour avec mon homme, s'il en venait un qui s'arrêterait sur moi. Malgré mon âge, peu m'importait d'être une solitaire, je m'en accomodais. Personne ne me dictait plus ma conduite, je suivais les enseignements de mon oncle mort trop prématurément à mon goût.

Il disait ne pas regretter sa vie, qu'il n'y avait rien à espérer de plus. Pourtant, moultes paysages apparaissaient dans mon esprit à ces mots. Le sable chaud des dunes de Dorne, les récifs rocheux des terres de l'Ouest. Tant de paysages qu'il serait impossible de les redistribuer tous à leur juste valeur par de simples mots. Il s'installa plus confortablement, sa cape servant d'oreiller tandis qu'enfin il me demanda quelque chose directement. Je ne compris pas pourquoi il me flatta en disant que ma voix était agréable. J'avais une voix basse, lente. Il m'arrivait même de parler dans un souffle, comme si parler me demandait un certain effort. C'était le cas, au début, mais quand mon sang s'échauffe, cela coule tout seul. Ainsi il voulait une histoire, quelque chose qui le fera rêver en attendant qu'Onyx termine son repas. Mon regard s'échappa un instant sur ce dernier qui se servait de ses serres pour tenir la carcasse de l'animal. Je n'étais pas habituée d'être le centre d'attention, encore moins celle d'un homme. Il voulait de moi ce que mon oncle Nasler lui aurait donné sans qu'il ait à demandé: des histoires. J'essayais de me souvenir de celles de ce dernier, m'inspirant de sa façon qu'il avait de raconter.

Je me décidais, dans un premier temps, à retirer ma capuche. Le soleil vint jouer avec le châtain foncé de ma chevelure qui était maintenue en une natte très serrée. Mon visage se retrouvant dégagé, mon regard devait être plus lumineux que précédemment, surtout avec ma peau mate. Désormais, il pouvait contempler mon visage autant qu'il lui plaira, bien que je doute que cela ne dure. Je n'avais pas la peau laiteuse des lady du bief, ni leur port de tête, leur tenue, ce qui les rendaient si attirantes aux yeux des hommes. Après tout, cela me convenait. Mes habits étant loin de dévoiler mon corps de femme, à part dans sa finesse, je me sentais plus en sécurité.

- En quelque sorte, vous voulez que je remplace l'un de vos livres.

Je n'avais pas eu l'intention de parler ainsi. Mais c'était plus fort que moi. Je ne le connaissais pas et il attendait de moi à ce que je le divertisse en quelque sorte. Ma voix n'était pas dure, mais elle n'avait pas été douce pour autant. Je continuais toutefois, car il s'était dévoilé, de la façon la plus honnête qu'il soit et je ne tenais pas à être pris pour une rustre. Mon oncle m'en aurait voulu dans un tel contexte.

- Je ne m'attendais à rien. Les chevaliers que j'ai croisé aiment les femmes et la treille. Ils sont rustres, à quelques exceptions près. Alors je ne m'attendais à rien de vous.

Au moins pouvait-il se rassurer sur ce point-ci. A force de croiser du monde, il valait mieux ne pas nourrir de faux espoir sur l'apparence ou le nom des gens que vous croisiez. La désillusion pouvait être énorme.

- J'avoue ne pas comprendre pourquoi vous m'avez dit tout cela. Il est rare qu'un inconnu raconte ses pensées intimes à un autre inconnu. Que suis-je pour vous à part une chasseuse possédant un faucon? Vous n'avez pas à me flatter pour que je vous le montre de plus près.

Je me sentais l'âme plus légère après lui avoir confié ce dernier point. J'étais une femme, mais la flatterie ne me touchait pas. Je l'avais vu utilisé à de trop nombreuses reprises par les hommes pour obtenir des choses peu nobles. Je ne pensais pas que cela était dans ses intentions, il a été assez clair avec cela lors de sa discussion avec son frère, mais c'était un réflexe nourris dans le temps.

- Mais si votre seul désir est de m'entendre vous raconter une aventure...Je peux faire cela.

Je le pouvais. Il me fallait simplement éclaircir ces quelques points. Il avait effleuré l'idée que je me mette à lui parler de mes rêves, mais j'avais préféré enfouir cela. Etait-ce pour se moquer par la suite de moi en compagnie de son frère? Je n'en avais aucune idée, et je n'étais pas en confiance pour me laisser aller à des confidences.

- Peu de personnes savent ce qui se trouvent dans le désert de Dorne. Les tempêtes de sable y sont traitresses, tandis que les serpents se camouflent dans les dunes. L'horizon peut être nette, faisant une coupure parfaite entre sable et ciel d'un bleu limpide...et dix minutes après disparaître quand le vent est trop fort, trop chaud, et le sable fouettant et sauvage. Ce n'est pas pour rien que tout le monde dit que c'est une terre hostile.

Naturellement, je m'étais mise à parler de mes terres d'origines où je n'avais plus mis les pieds depuis maintenant sept ans. Quand nous y fûmes retournés avec mon oncle pour la première fois, j'avais été impressionnée par la température, bien que ma peau sembla accueillir le soleil comme si elle ne l'avait jamais quitté.

Mes yeux ne restaient pas figés dans ceux de ser Nyles. Parfois, je me mettais à regarder le baton qu'il tenait, ou encore le cours d'eau. Les souvenirs affluaient toujours plus facilement quand on regardait de l'eau.

- C'est dans un paysage chaotique, où chaque pas se faisait à l'aveugle, que nous trouvâmes abris sous une roche, une cavité qui avait du se former il y a très longtemps. Nous restâmes là, avec mon oncle, caché toute la nuit, le temps que les éléments se calment et que la marche soit à nouveau possible. C'est au moment de partir, après avoir passé une nuit à même le sol, que nous entendîmes un premier grognement.

J'avais toute l'attention du chevalier qui semblait sincèrement intéressé par mes paroles. Pendant quelques secondes je m'en voulus de l'avoir traité avec autant de rudesse. Mais il pouvait comprendre que j'étais une femme face à un inconnu, alors j'étais sur mes gardes même s'il m'avait fait confiance en renvoyant ses hommes, je ne l'oubliai pas.

- Mon oncle s'arma derechef de ses dagues, tandis qu'il me demandait de reculer hors de la cavité. J'avais déjà mon arc à la main, prête à tirer malgré mes douze ans.

J'étais si jeune, et pourtant j'avais déjà les mains rêches dues à l'utilisation de l'arc et à toutes les tâches manuelles qui me revenaient.

- C'est là que je le vis. Un puma. Il avait le poil brillant tout comme ses yeux. Il avançait pas à pas vers mon oncle, voulant en faire son repas. Il avait du rester au fond de la cavité tout le long de la tempête, il devait avoir les crocs. Tandis que le soleil tapait sur ma tête, la scène qui se joua sous le couvert de la cavité s'ancra dans mon esprit. Le puma fit un bond en direction de mon oncle, n'écoutant que sa faim. Je vis mon oncle retomber lourdement sur le dos, une dague dans le flanc de l'animal tandis qu'avec son autre main il avait maintenu la tête du colosse pour qu'il ne lui arrache pas la tête. C'est à ce moment là que je laissais siffler ma flèche qui toucha sa cible sur l'autre flanc.

Mon regard se porta à nouveau dans les yeux clairs de ser Nyles.

- Le puma était mort. Mon oncle le repoussa afin de pouvoir se relever. Le sang de l'animal avait coulé sur son pantalon, mais il souriait victorieux.

Je m'arrêtais là, un sourire étirant mes lèvres, comme je l'avais fait en ayant douze ans et en voyant que nous étions toujours en vie. Le sourire s'estompa quand je revins à la réalité, face à ce chevalier qui avait eu droit à l'un de mes meilleurs souvenirs. Je ne savais pas ce qu'il en pensait, si il croyait...et peu m'importait dans le fond. Le souvenir m'avait fait du bien, le lui raconter aussi.

- Votre curiosité a-t-elle été rassasiée?

Mon ton s'était considérablement adouci. Cette matinée me changeait des autres. Finalement, je trouvais sa compagnie agréable.

- Je suis loin de connaître les obligations qui vous incombent...Mais pourquoi n'avez-vous jamais essayé de voyager? Ne serait-ce que dans les terres de l'Ouest? Je dois m'y rendre prochainement, vous pourriez m'accompagner?

Mon oncle m'avait toujours dit de ne pas être aussi directe. Mais j'avais senti l'âme d'enfant en lui, et si mon chemin pouvait être égayé par un homme courtois et qui plus est chevalier, cela ne me ferait pas de mal...Me rendant compte de ma spontanéïté, je me repris immédiatement:

- Oubliez ce que je viens de vous dire. C'est ma liberté qui parle.

Un sourire s'épanouit sur mes lèvres, sans doute un peu de honte, mais c'était une sensation que je ne ressentais jamais bien longtemps. Onyx quant à lui, n'en aurait plus pour longtemps.

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