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Un chacal, des... Ferboys.

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Message Lun 6 Aoû 2012 - 13:20

Allongée dans sa chambre, serrée dans un coin de son lit défait, les draps dans les bras et les cheveux en bataille, Anissa dormait. Ses songes étaient rarement paisibles mais souvent peu expressifs, hormis ces quelques fois où elle se mettait soudainement à se débattre et à griffer, ricanant ou grondant dans ses rêves, à la manière d'un jeune enfant – ou d'un gros chien. Là, le désordre était déjà passé et elle gisait, paisible, presque nue, la respiration basse et ample et le visage enfoncé dans les replis de ce qui avait fait sa couche. Le grincement des gonds de sa porte lui tirèrent un reniflement, le bruissement d'un pas en approche fut récompensé d'un grognement. La petite silhouette sombre n'en fut pas effrayée, bien au contraire et ce fut avec un petit élan et un rire difficilement contenu entre deux jeunes lèvres pincées que le petit Otton sauta sur sa grande sœur endormie. Elle sursauta, voulut se lever d'un bond, comme une furie ; se prenant les pattes et les bras dans les replis des draps, elle s'affala au sol avec un son mat et un cri rauque, auquel répondit le rare et tonitruant rire de son petit frère – il n'avait pas souvent ses éclats, mais on reconnaissait les enfants de Rennifer aussi par cette façon qu'ils avaient de s’esclaffer comme s'ils avaient avalé des phoques. Une jambe en l'air, la tête en bas, la vipère maintenant immobile lâcha sur un ton qui couvait toute la tendresse dont elle était capable.
    « Sale petit con.
    _Bonjour, Nissa. »

Le gamin se pencha pour admirer son œuvre et embrasser son aînée, elle lui agrippa le bras pour l'attirer à elle et le faire basculer. Il se débattit aussitôt, elle bloqua ses jambes des siennes et garda son poignet enfermé. Il clama alors qu'elle le mordillait.
    « N'empêche ! N'empêche ! J'ai quand même gagné.
    _Rien du t'f'out,
    répliqua-t-elle en lui bavant sur l'épaule.
    _Si, j'ai gagné ! Si ! T'es tombée par terre !
    _J'ch'e vais t'ch'e bouffer. »

Elle fit mine de le mordre plus fort, il glapit et lui envoya sa main libre en plein visage, paume à plat. Le choc la fit rire, elle le rejeta en arrière, le cognant assez fort au sol avant de se jeter sur lui. Il couinait de douleur et n'en pouvait plus de rire ; quelques instants plus tard, après des coups échangés et quelques injures au hasard, il était dans ses bras, la tempe contre son épaule, assis sur l'une des cuisses d'Anissa. Le nez dans les cheveux fins et odorants de l'enfant, la Vipère épongeait celui d'Otton avec un coin de drap. Il saignait un peu, elle en riait encore, alors que lui ne semblait pas même s'en apercevoir ou lui en tenir la moindre rigueur. La voix rendue plus lourde et ronde par ses narines bouchées qu'elle tamponnait avec un amour presque palpable, l'enfant reprit.
    « Je voulais te demander, Nissa.
    _Hm ?
    _C'est quoi un chacal ?
    _On en a déjà vus.
    _Je m'en souviens plus.
    _Ça a quatre pattes, c'est haut comme ça et ça a des oreilles comme ça,
    fit-elle en les lui tirant.
    _Arrête !
    Il gloussa. Je me souviens vraiment pas.
    _C'était il y a longtemps, pour toi, frange-creuse.
    _C'est fort ?
    Demanda-t-il, alors qu'il plissait le front sous la pichenette qu'elle lui avait adressé.
    _C'est rapide, surtout.
    _C'est malin ?
    _Un peu.
    _Fais-moi un bisou.
    Elle s'exécuta. Je voudrais bien en voir un et pouvoir le regarder longtemps.
    _Pourquoi ?
    Il ne répondit pas, elle le bouscula d'un petit coup d'épaule. Pourquoi, Otton ?
    _C'est quelqu'un,
    lâcha-t-il d'un ton faible et rapide, regardant vers le sol. Quand je suis passé, il a dit tout bas, regarde, c'est le petit chacal. Alors je veux voir ce que c'est.
    _Qui ?
    Siffla-t-elle seulement.
    _Je te dirai pas.
    _Qui ?
    Insista-t-elle du même ton aigre. Réponds à ta sœur. »

L'enfant prit alors la figure butée et close qu'il prenait face à tous ceux qui n'étaient pas liés par le sang à lui. Réputé pour être vif et mutique à un point inquiétant, Otton était un petit bonhomme qu'on disait aisément plus tranquille que les autres membres de sa famille. Il avait prit de sa mère ses regards noirs et ses silences éloquents, de son père la colère prompte et le caractère têtu comme cent murs ne pourraient jamais être. Même la Vipère était plus conciliante que son frère lorsqu'il prenait cet air-là. Comprenant qu'il tenait à cœur de voir de ses propres yeux ce à quoi il avait été comparé, respectant la probable volonté de son cadet d'assouvir sa vengeance de lui-même, elle sourit, promenant le bout de son nez dans ses mèches de cheveux.
    « Tu sais quoi ? Je vais t'en chercher un, de chacal. Elle ajouta, alors qu'il restait parfaitement immobile, l'expression crispée. Un vivant. »

Il cilla et lui adressa soudain un regard radieux, pressant les épaules maigres et noueuses de sa sœur dans ses bras avant d'embrasser sa joue. Elle lui baisa le front, le repoussant au torse l'instant d'après.
    « Maintenant, dégage.
    _Ça veut dire que j'avais gagné ?
    _Mouche ton nez. »

Elle regarda le petit décamper, lequel retrouva son air infiniment sérieux et concentré, comme s'il mettait en doute, avec constance, tout ce qu'il voyait du monde. Les yeux posés sur la porte qu'il avait laissée entrebâillée, la jeune « lady » resta à songer quelques instants à propos d'un homme qu'il faudrait écorcher, puis lapa les quelques gouttes de sang qui avaient séchées sur sa main et se leva, cette fois, sans s'empêtrer dans ses draps. Elle prévint sa mère qu'elle ne reviendrait pas une poignée de jours durant, salua son père et son cousin brièvement – ils discutaient – et, les traits comme les formes enfermées dans ses plis de linge usés, elle descendit la longue route que les portes de la forteresse crachaient.

Chasser était une chose, capturer en était une autre. Si la traque d'un simple chacal aurait pu être assez aisée pour Anissa, le fait de ne devoir ôter la vie de la bête allait à l'encontre des coutumes auxquelles elle était rompue. Elle n'épargnait pas, n'éprouvait aucune affection pour la moindre bête et ne voyait ni la nécessité ni l'avantage dans l'asservissement d'une créature qui appesantirait son pas et des habitudes. Il n'y avait guère qu'Otton pour la motiver dans cette traque particulière, qui allait sans nul doute l'entraîner assez loin dans le désert. Les chacals étaient des bêtes profiteuses, mangeant des proies faibles quand ils étaient seuls, profitant des proies fortes quand ils se trouvaient être nombreux ; qu'on eut pu comparer son petit frère à ce genre de canidé sautillant et jappant la faisait bouillir intérieurement. C'était ridicule, il était le calme sévère incarné, capable d'observer des jours avant d'attaquer. Mais elle devait apprendre à se contenir, il aurait bientôt dix ans et si leur mère ou elle-même ne cessaient pas de le couver, l'enfant qu'il était ne deviendrait jamais un guerrier. Il était bon, finalement, qu'il se soit tut et qu'elle soit contrainte de lui faire confiance quant à laver l'honneur de son clan. Elle n'avait qu'une tache à accomplir pour lui : lui rapporter le miroir de l'injure qui lui avait été faite afin qu'elle puisse le frapper de plein fouet. C'était cruel et aimant, donc maternel, aux yeux de la Vipère. Ainsi, elle était descendue jusqu'au village dans lequel elle n'était pas entrée, longeant ses abords pour chercher les éventuelles traces de ces petits prédateurs timides, mais facilement alléchés par des proies faciles. Il y en avait des milliers près des constructions humaines : animaux domestiques affaiblis ou attachés et omis, rats peuplant les réserves de grains, insectes croissant dans les restes de déchets, oiseaux attirés par les nuées de mouches et de larves, toutefois, il suffisait d'un temps plus sec encore que de coutume ou de villageois peu regardants sur la viande qu'ils piégeaient pour effrayer les meutes et les tenir éloignées durant une saison entière. Les gourdes pleines et des vestiges de ses anciennes chasses dans les besaces pour tenir le temps de sa mission familiale, et donc à caractère presque sacré, « lady » Uller avait remonté le cours de la rivière, guettant aux abords de la Soufre tout ce qui pourrait dénoncer à son œil acéré non seulement la présence, mais également l'habitude de cette proie qu'elle voulait happer. Deux jours s'étaient écoulés avant qu'elle ne trouve des marques de passage plus fréquents que de coutume d'un animal correspondant. Une femelle devait avoir creusé son terrier quelque part, au pied d'un bout de roc qui abritait la terre du sable et permettait de se réserver une ombre sûre. Une poignée d'heures plus tard, un de ses pièges se mit à japper.

S'élançant avec avidité alors qu'elle était jusque là occupée à se reposer entre les ombres fraîches de la végétation du bord de l'eau, méditant à propos du désert et d'une éventuelle baignade à faire au soir si la journée était vaine, elle saisit entre ses mains l'animal à demi étranglé, le collet lui enserrant la mâchoire inférieure et une des pattes avant. Il avait encore au coin de la gueule les quelques plumes de l'appât qu'elle avait utilisé et, scrutant sa prise, Anissa fut emplie de voir que c'était un très jeune mâle, qui devait sans doute faire là l'une de ses premières sorties. Une très belle prise, parfaite pour son Otton, un véritable signe que le désert-mère venait de lui envoyer : il approuvait. Se retenant de justesse de rompre le cou de l'animal pour qu'il se taise, s'éloignant de son lieu de guet afin de ne pas avoir dans l'immédiat à faire avec la mère aux abois, voire le mâle furieux – elle ne craignait pas tant les chacals, mais tirer à l'arc avec une bête qui se débattait dans les bras n'était pas précisément confortable. Après quelques morsures – de l'un comme de l'autre, pauvre bête – Anissa était parvenue à museler sa proie et, l'ayant emmaillotée à peu près, elle le portait en curieux bagage, accolé à son flanc. La démarche alourdie et à présent jappante, elle médita brièvement sur le biais le plus court pour revenir à Denfert et ne pas offrir à son petit frère une proie presque agonisante. Ruminant ses choix, grognant sur son manque d'habitude des bestioles à charge et de leurs besoins, elle arqua sa route prévue pour revenir aux chemins connus et directs, lesquels seraient plus rapides pour revenir à ses pénates et offrir un présent encore vif à Otton – tout comme elle risquait bien moins d'attirer dans son campement de fortune des charognards ou une meute de canidés vengeurs. Alors qu'elle avait embrayé et que les dunes lui révélaient le chemin tout juste balisé qui suivait sans le longer tout à fait le lit de la rivière, elle remarqua une caravane. S'abritant des ombres et des reliefs, elle l'observa, mi intriguée, mi exaspérée – elle préférait avancer sans une âme à l'horizon. Les voyageurs, visiblement, étaient dorniens, ce qui lui fit rabattre son carquois à son épaule. Les chevaux étaient typiques, l'attelage n'étaient pas celui d'étranger et, à les observer furtivement, elle distingua une marque qui trahissait qui étaient-ils : des Ferboys.

Certes, ils pouvaient voyager. Rien ne les retenaient de le faire. Certes, ils n'étaient pas si proches de la forteresse – elle même avait beaucoup avancé. Certes, les routes étaient parcourues et il n'y avait sans doute pas qu'eux pour le faire, mais voilà : c'étaient des Ferboys tout de même. Son père ne les aimait pas et elle avait eu elle-même quelques... Accrocs comme quelques accroches, avec quelques individus parmi eux. La Vipère sourit vaguement à se souvenir des joutes durant lesquelles elle menaçait presque d’abîmer le joli minois d'Edarra, tandis que la caravane avançait le long de la voie, vers Anissa toujours dissimulée. Elle hésita à les saluer, posa la main sur la tête du chacal qui avait cessé de s'agiter pour préférer trembler et lui tordit une oreille. Il gémit, elle ricana ; un des cavaliers se détacha du convoi pour faire avancer sa monture vers la rivière, sans doute pour la faire boire. La jeune « lady » recula, finalement. Pas envie de bavasser, pas envie de perdre son temps aujourd'hui, pas envie de parler à un être humain, tout simplement ; elle commença à se détourner, mais tiqua. Le cavalier approchant avait parlé et le vent avait porté jusqu'à elle son éclat de voix. Cet homme, c'était... Grattant par réflexe la tête du malheureux animal, elle fila vers le rebord de la Soufre, se posta aux aguets, et quand Asafa Ferboys parvint non loin de son repli, faisant incliner l'encolure à son cheval pour le laisser s'abreuver, elle se saisit d'une pierre et, d'une façon qu'il lui était familière de saluer les hommes, la lui jeta au poitrail dans un frisson d'herbes basses.
    « C'aurait été une flèche, tu serais mort. »

S'étirant pour se redresser, sale, couverte de poussière et le visage encore voilé de sa chèche épaisse, la Vipère sortit à demi de son couvert pour se laisser apercevoir, sans s'en détacher tout à fait. Le jeune chacal gémit de plus belle, agitant les pattes pour courir, ne réussissant qu'à se balancer au milieu des liens de toiles qui l'entravaient. Quelle curieuse image la Uller offrait là, surgissant de l'ombre comme un diable de sa boîte, dans une situation pour le moins incongrue et dans un lieu inattendu. Le proverbe à leur propos trouvait en cet instant une saisissante illustration. Avec une fausse distraction, elle tapota le haut de son arc, rangé en son dos.
    « Il y a longtemps que je ne t'avais pas vu par là. Tu comptais venir saluer mon père ? »

Hé ! après tout, ils étaient encore sur des terres Uller. Elle sourit sous son voile, ce qui se trahit seulement par le pli moqueur de ses yeux. Les derniers mots échangés entre Rennifer et Asafa avaient été, si elle se souvenait bien, des promesses de fesses percées s'il revenait tourner autour de la monstresse qui lui servait de progéniture. Anissa savait toutefois que sa pique aurait sans doute le même effet qu'une flèche tirée dans l'eau. Ce Ferboys avait l'étrange particularité de tout prendre avec un humour désinvolte, même les plus belles injures qu'elle avait pu trouvé à lui adresser, ce qui n'était pas peu dire – quant à ses morsures, il en avait très franchement ri, passée la surprise. Combien de temps s'étaient écoulés depuis – six lunes ? Huit ? Dix peut-être, elle ne se souvenait plus guère, les divers prétendants qu'elle avait rencontrés coup sur coup ne lui ayant pas fait un effet suffisant pour qu'elle daigne se rappeler de leur ordre exact d'apparition. Elle se souvenait parfaitement de leur goût, toutefois, pour ceux qu'elle avait mordus au sang. Asafa en avait fait partie, elle lui avait trouvé quelque chose d'un peu... Salin. Iodé. Il n'avait pas été assez combatif à son goût, mais, ah, qu'est-ce qu'elle avait pu s'amuser. Passant la langue sur ses dents, elle s'aperçut qu'elle salivait.


Dernière édition par Anissa Uller le Lun 5 Nov 2012 - 20:09, édité 2 fois
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Asafa Ferboys
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Général "Comment ? Non, en réalité, j'aime toutes les femmes. Même si ce soir, c'est toi que je vais aimer..."
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Message Mar 7 Aoû 2012 - 9:14

Le compromis, trouvé par sa cousine Edarra, était alléchant, pour Asafa. Servir d'escorte aux marchands de Ferboys, mais rester quoi qu'il arrive aux côtés des marchands, voilà quels étaient les termes du marché passé entre l'héritière de Ferboys et son cousin à la sulfureuse réputation. Pour le coup, il était ravi de pouvoir quitter Ferboys, cette cité dans laquelle il s'ennuyait, pour céder à l'ivresse du voyage. Aussi, être ainsi assigné à la caravane devenait une corvée supportable, Asafa pensant ainsi souffrir du moins terrible des deux mots, et il faisait donc contre mauvaise fortune bon cœur.
Les marchands étaient au nombre de trois, chacun avec leurs chariots emplie de victuailles. Deux d'entre eux étaient accompagnés par leurs ainés, un garçon et une fille d'environ quinze années, et le dernier, disposant d'un cheval pour son usage personnel, était accompagné par deux apprentis, ce qui signifiait que ce marchant ci était sans nul doute le plus riche de la petite caravane. En tout et pour tout, le Dornien Salé faisait route avec pas moins sept marchands, regroupé en trois caravane, et ils étaient accompagné par trois gardes, Wazim, Daarim et Shaira, une jeune femme de forte stature aux traits anguleux, aux muscles noueux et au caractère bien trempé, servant dans la garde de la cité des Osseux.
Les quatre hommes d'armes étaient répartis de manière traditionnelle pour l'escorte, avançant par doublette aux extrémités du convoi, ayant uniquement une visée dissuasive pour les éventuels brigands tentés par une rapine contre de pauvres marchands. Ainsi, le trajet en direction de Le Grès se faisait dans le calme, sous un soleil ardent et dans le silence du désert. Le sable avait ceci d'agréable qu'il rendait les voyages paisibles, propre à la contemplation et à l'introspection, aussi Asafa, bien que féru de voyage, prenait plaisir à revenir dans sa patrie natale.
Le voyage n'était pas excessivement long, à peine faudrait-il quatre jours pour se rendre de Ferboys à la demeure des Qorgyle. Néanmoins, le désert pouvait être traître, et il servait parfois d'abri à des marginaux prêt à tout pour rapiner, aux limites des terres des seigneurs. Aussi, la prudence était de mise, et assigner une escorte à des marchands étaient selon toutes vraisemblances une question de bon sens. De bon sens économique, tout d'abord, puisque la perte éventuelle des profits de la caravane était clairement dommageable. De bon sens politique enfin, car fournir une escorte à ses marchands montrait l'intérêt accordé par les nobles Ferboys à leurs gens, et aux marchands plus particulièrement, ce qui pouvait en inciter d'autres à se joindre aux Gardiens de la Voie.
Ainsi, cela faisait désormais déjà près de trois jours que le petit convoi traversait les dunes et la savane, et la fatigue commençait à se faire sentir. Le Géant Salé était moins affable qu'à l'accoutumée, lui d'ordinaire joyeux luron à la faconde parfois excessive semblait quelque peu épuisé par la lenteur de la caravane couplée à la chaleur harassante du désert. Aussi, la caravane avançait depuis une heure déjà sans que quiconque n'eut dit le moindre mot. Finalement, un point d'eau fut en vue et le Ferboys obliqua dans sa direction, cherchant visiblement à apaiser la soif de sa monture et à la soustraire à la chaleur quelques instants.
Soudain, un jappement retentit, un chacal, que le Dornien reconnut aisément. Sans détourner la tête de son objectif, il parla fort, à l'attention de ses camarades, de manière à attirer leur attention sur lui.

- Ne m'attendez pas, je vais désaltérer ma jument. La pauvre bête souffre de la soif plus que de raison.

Les mots étaient dit avec force, et les yeux des gardes obliquèrent dans la direction du jeune homme. Alors que se baissait l'encolure de la jument à la robe couleur de jais, la pierre jaillit des hautes herbes pour percuter en plein torse le Ferboys, qui inclina la tête par réflexe pour éviter un éventuel ricochet sur son visage. Le bruit sourd trahit que, sous ses vêtements, le jeune homme disposait d'une armure, donc qu'il ne releva pas outre mesure le choc. Dès que la jeune femme sortit de sa cachette, il leva une main par dessus son épaule, faisant un signe d'apaisement aux gardes Ferboys se trouvant non loin.

- Si cela avait été une flèche, TU serais morte...

Il s'était mis à sourire à la vue de la jeune femme, à la fois surpris et ravi de faire cette rencontre inattendue au beau milieu du désert. Derrière lui, elle put apercevoir les gardes Ferboys jeter un regard mauvais en direction de la jeune femme, la javeline fermement en main et une tension palpable qui se répercutaient sur les mouvements des montures, leurs sabots grattant le sable nerveusement. Derrière, la caravane s'était stoppée, observant avec étonnement et incompréhension la scène opposant le grand Dornien à la jeune femme sauvage. Alors qu'il descendit de cheval, faisant négligemment signe à la caravane de se remettre en route, il observait, tout sourire, la jeune femme, la détaillant de haut en bas, ses yeux s'attardant sur le chacal puis revenant sur la jeune femme. Son air malicieux, presque hilare, lui donnait une bouille sympathique, encore renforcée par ses yeux rieurs. A vrai dire, Asafa, qui n'était pourtant pas le plus beau des hommes, avait ce charme enfantin et cette bonne humeur en toute circonstance qui le rendait ainsi sympathique, et bien souvent apprécié des gens. En voyant la "Vipère" s'approcher, son sourire se fit plus grand, particulièrement à la mention du paternel de la jeune femme. Visiblement, le souvenir qui aurait du être douloureux semblait l'amuser au plus haut point.

- Venir saluer ton paternel ? Pourquoi donc ? Il ne veut plus me voir et de plus, nous ne sommes pas sur les terres de son neveu... Serais-tu devenu si mauvaise traqueuse que tu ne sais même plus où tu chasse, en plus de te promener avec des proies si bruyantes que nous t'avions repéré depuis Ferboys ?

L'homme conclut par un petit rire contenu, légèrement moqueur, visant vraisemblablement à provoquer sciemment l'ire de la Vipère des Uller. Bluffait-il en affirmant avoir remarqué la présence de la jeune femme et en disant que cette dernière avait quitté les terres familiales ? Possible, connaissant le caractère taquin du jeune homme. Néanmoins, ces propos pouvaient également être vrais, et ça, le grand Dornien semblait le savoir parfaitement, et s'en amuser de plus. Tenant par la bride son cheval, il fit quelques pas en direction d'Anissa, son sourire toujours aux commissures des lèvres.

- Bonjour Anissa, je suis content de tomber comme cela sur toi. Je suis d'ailleurs étonné que tu ne me salue pas plus que cela... Voyons, une simple petite pierre, je m'attendais à mieux de toi... Où sont passées les étreintes farouches et les mordillements intempestifs ?

L'homme semblait réellement heureux de cette rencontre, souriant et aimable, quoi que légèrement provocant, dans son style habituel à tout prendre à la légère. Une chose était sûre, si Anissa pouvait avoir changer depuis leur dernière rencontre, Asafa lui restait le même jeune homme jovial et facétieux qu'il était lorsqu'ils s'étaient quittés...
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Message Ven 10 Aoû 2012 - 15:56

La présence des gardes Ferboys inquiétait peu Anissa. Non pas qu'elle se croyait invulnérable, mais le couvert épais des feuillages bas aurait été une protection bien plus fiable que n'importe quelle armure si un arc avait été bandé, quant à une charge, l'eau l'aurait alors très bien couverte tout comme elle aurait ralenti les montures, le temps qu'elle passe l'autre rive et qu'elle raille leurs pauvres réflexes. Aussi, le sourire comme la première remarque du jeune homme ne furent récompensés que par un mouvement de main par dessus son épaule, balayant l'air avec une mollesse lente. On ne l'aurait pas poursuivie pour une pierre sur le domaine de son cousin et, le cas échéant, l'agressivité lui aurait sans aucun doute beaucoup plu. Déraisonnable lady. Le jeune homme descendit de monture, elle changea de jambe d'appui, penchant la tête de côté, le dos exagérément courbé de côté et les hanches de guingois – posture qui eut été inconfortable pour beaucoup de femmes, mais pas pour la souplesse étrange d'Anissa. Le second propos d'Asafa, contrairement au premier, lui tira une réaction plus vive. Renversant la tête à demi en arrière, découvrant ses dents de fauve derrière sa chèche épaisse, lesquelles semblèrent briller comme des dagues d'ivoire tordues, elle lâcha un de ses rires atroces qui n'étaient agréables pour personne et qui, souvent, faisaient peur aux bêtes et aux gens délicats par leur brutalité et leur sonorité dénuée de la plus petite trace d'élégance. Reniflant pour achever son éclat, elle reprit.
    « Quoi ? Peut-être que je pensais enfin voir un peu du grand courage qui se cache très profondément en toi... Il faut croire que c'est peine perdue. »

Lissant son palais de sa langue ensuite, elle leva un sourcil, puis les yeux au ciel, feignant de se pencher sur le faux débat au propos de sa position ou non à l'intérieur des terres Uller. Anissa n'était pas la plus lettrée des femmes – même si, contrairement à l'écrasante majorité des personnes qu'elle avait pu fréquenter à Denfert, elle savait au moins lire et écrire, ou plutôt déchiffrer et gribouiller – mais elle avait une conscience assez aiguë et une science assez exacte pour tout ce qui touchait à la terre des siens. Non seulement son père s'était fait fort de lui en faire suivre les contours dans un très long et harassant voyage sans escale et sans aide extérieure pour assurer sa propre survie, mais il s'était assuré que sa progéniture en reconnaisse le moindre détail, puisse retrouver chaque point d'accès et sache dénombrer chaque village du domaine, afin que jamais, devant les yeux d'un Uller, on ne puisse contester le moindre grain de sable qui leur revenait. La provocation du Ferboys aurait entraîné un duel d'honneur s'il avait osé émettre cette plaisanterie devant le géniteur de la Vipère mais pas au devant d'elle. Non pas qu'elle ne notait pas l'injure, au contraire, elle était soigneusement retenue et la « lady » en caressait la saveur en même temps que ses doigts passaient sur la fourrure du malheureux animal qu'elle avait capturé, lequel n'osait plus bouger autrement qu'en tremblant. Elle n'était pas d'humeur à trop se frotter aux humains, ce jour-là, et garder sa proie en vie lui semblait plus important sur l'heure que de faire saigner les lèvres du Ferboys pour laver ses paroles, aussi répondit-elle avec un ton faussement compatissant, épicé d'une ironie cinglante.
    « Rassure-moi, tu n'es pas leur guide, hm ? Pour affirmer si bien où nous sommes et te tromper autant, je crains pour la caravane... A tout hasard, Port-Réal est encore loin, si tu te demandes. »

Elle fit mine de pointer l'eau, puis les lignes bleutés des montagnes qui ciselaient l'horizon, alors que l'homme s'approchait d'elle. Il avait dans le visage quelque chose de juvénile et d'heureux qui aiguisaient ses instincts les plus noirs. Le spectacle de son sourire attisait cette envie toujours plus profonde de le voir hurler de douleur ou de rage. Il était trop joyeux. C'était intolérable.
    « Ca, c'est la Soufre, mon pauvre ami, et ça... Bonjour, Asafa. »

Fit-elle, le ton bizarrement radouci mais le regard noir, alors qu'il venait de la saluer. Le miel ombrant fugacement sa voix n'était pas la trace d'un quelconque attachement tendre ou d'une considération plus grande que celle qu'elle lui avait toujours accordée, mais il venait du fait qu'après tout, avec lui, elle s'était toujours amusée. Il était un genre de jouet rare, un souffre-douleur favori, quelqu'un qu'elle avait aimé maltraiter et qu'elle maltraiterait volontiers encore. La chaleureuse salutation du Ferboys après leurs mises en bouches salées ne fit qu’accroître ses désirs de sangs et de plaies. Elle fit un second pas vers lui, sortant tout à fait du couvert des arbres bas pour lui faire face, se tenant légèrement trop proche de lui, proximité qui froissait l'étiquette la plus communément admise de par l'aura prédatrice et malsaine que la vipère dégageait. Cette impression tenait à de nombreux détails : déjà, elle s'était redressée. Très grande, beaucoup trop grande pour une femme, elle était presque aussi haute que lui - qui pourtant tenait du géant - et le toisait quasiment. Le visage encore couvert, ses yeux restaient à demi voilés, ne laissant filtrer qu'un éclat sournois, enfin, son sourire et ses crocs étaient, eux, luisants et visibles et ressemblaient singulièrement au rictus des fauves s'apprêtant à sévir. Elle souffla d'une voix basse à l'évocation des morsures et des combats, terminant de gratter le pauvre petit chacal pour lui froisser l'oreille entre deux doigts.
    « Oh, comme je suis navrée de te déplaire, vraiment attristée, ça me touche beaucoup, fit-elle avec une exagération grossière et une petite tape de sa senestre sur sa propre poitrine. Mais comme tu vois, j'ai un jeune compagnon avec moi et je crains que tes talents au combat ne valent pas que tu me l’abîmes en me ratant. Il n'y aurait pas eu ce petit machin, j'aurais volontiers gardé une main dans le dos en attendant que tu veuilles bien essayer de te défendre contre mes pichenettes pas trop appuyées, mais là... J'ai mieux à faire. Désolée. »

Elle tira la peau de sa récente prise, laquelle jappa soudain, effrayant vaguement la monture d'Asafa. Le cheval gratta le sable entremêlé de racines sèches de son sabot, ébroua son encolure avec un frémissement de naseaux. La Vipère en coula un bref rire, lèvres closes, plus sourd et guttural que son braiment précédent. Il n'aurait pas l'air malin à courir après son destrier, si ce dernier finissait par perdre son calme. Découvrant les dents une nouvelle fois, elle joua avec la gueule de l'animal attaché à son flanc, ce dernier tentant vaguement de la mordre, mais sans grande volonté, sans doute déjà assez effrayé. Prenant soudain un air inspiré, Anissa siffla.
    « Oh, mais j'y songe, tu ne vas peut-être pas être trop inutile, tiens ! Si jamais il faut que je donne un nom à ce truc-là, grâce à toi, je sais comment l'appeler. Comme quoi, rien n'est jamais désespéré. »

Le laissant tirer ses propres conclusions – et, elle s'y attendait, terminer par une pirouette verbale plutôt qu'une vexation – elle abandonna enfin les tourments qu'elle infligeait à sa proie gémissante, pour porter sa main à son épaule et l'étirer légèrement, reprenant une posture dégingandée, à l'équilibre douteux et pourtant réel. Ses jambes frissonnaient de la pulsion féroce qui les haranguait de courir, ou d'au moins se projeter sur l'homme en face d'elle, tandis que ses ongles étaient agacés par le manque de chair en dessous d'eux. Elle les faisait jouer sur ses hanches pour une main, sur son cou pour l'autre, laissant sous entendre derrière sa posture de détendre une fébrile impatience et une avidité sanguine. Cette fille était dangereuse. Elle n'avait pas besoin de le prétendre, elle n'avait nulle nécessité d'avertir et encore moins de menacer. Elle sous entendait la chasse et le meurtre dans sa façon même de respirer. Avec un petit mouvement de menton, elle ajouta rapidement, d'un ton plus sobre et plus acéré.
    « Qu'est-ce qui t'amène là ? »

Le timbre employé semblait recommander de ne pas plaisanter quant à la réponse, mais, cette subtilité là, Asafa n'avait jamais paru vouloir l'entendre.


Dernière édition par Anissa Uller le Mer 15 Aoû 2012 - 2:47, édité 3 fois
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Asafa Ferboys
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Général "Comment ? Non, en réalité, j'aime toutes les femmes. Même si ce soir, c'est toi que je vais aimer..."
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Message Lun 13 Aoû 2012 - 8:39

L'homme semblait amusé par le comportement de la « Lady ». En effet, le manège étrange auquel elle se livrait l'interpellait, mais d'un autre côté, la curiosité du Ferboys le poussait à s'intéresser toujours plus à ce bien curieux personnage. Aussi, lorsqu'elle renouvela une pique à son égard, arguant que le jeune homme était dépourvu de courage, ce dernier se mit lui aussi à rire. Mais contrairement à Anissa, son rire ne fut celui d'un dément ou d'une bête sauvage, pas plus qu'il était inquiétant. Non, le rire du Grand Salé était plutôt du genre à irradier de bonne humeur et à être foncièrement communicatif, tant le Dornien respirait la bonhommie naturelle et la sympathie. Après quelques éclats, il se reprit et répondit à la jeune femme sur un ton badin.

- Voyons, Anissa, tu devrais savoir que mon courage se borne à secourir les demoiselles en détresse. Il est d'ailleurs amusant de voir que je tombe sur toi ici, au milieu de nulle part, n'est-ce pas ? Serait-ce la Mère Rivière qui songe que tu aurais besoin de mon secours ?

L'homme au teint halé et à la barbe finement taillé se remit à rire, comme si sa maigre provocation s'inscrivait dans son processus de séduction, bien qu'il était difficile de dire s'il courtisait réellement la fille de Rennifer, tant Asafa était naturellement jovial et taquin.
Puis, l'ainée de Denfert renouvela une moquerie à son égard, ce qui, une nouvelle fois, éveilla une joie enfantine chez le Ferboys, tranchant avec son physique imposant pour les gens de son peuple. L'air toujours hilare, il observa l'horizon pointé par la jeune femme et acquiesça à son propos, posant ses mains sur les hanches alors que son regard prenait une fausse intensité dramatique.

- Par la Mère Rivière, voilà qui est fâcheux ! Nous qui souhaitions livrer quelques épices à Winterfell, je crains que nous ayons à rebrousser chemin...

L'homme se remit à rire, visiblement satisfait de la teneur de leur discussion. Il semblait réellement apprécier la compagnie de la jeune femme, ce qui était étonnant vu les efforts qu'elle déployait pour se rendre détestable. A vrai dire, le noble Ferboys semblait s'amuser de l'étrangeté du comportement de la grande jeune femme, qui dénotait avec tout ce qu'il avait pu connaître jusqu'alors. Une jeune femme de sang noble se roulant dans la boue, jetant des pierres à quiconque passant à sa portée et tentant de mordre ses soupirants, le tout sous le regard complice de son paternel, voilà qui avait de quoi détonner dans le paysage parfois trop lisse en surface du monde de la noblesse. Les sourires suivis de complots et de coups bas n'étaient pas le genre des Uller, et Anissa illustrait à merveille la rumeur courant parmi les nobles de Dorne à leur sujet : « au moins, à Denfert, tu risque pas de d'être poignardé dans le dos... Ils le font de face dès qu'ils te voient. ». Pour Asafa, ce type de comportement avait quelque chose de rassurant, au fond, car il était convaincu que s'il parvenait à gagner les sentiments d'Anissa, celle-ci serait peut-être sa seule allié sûre en dehors de sa famille. Non pas que la politique l'intéresse, bien au contraire, mais le Ferboys était conscient d'être coincé au milieu d'un jeu le dépassant, n'étant qu'un pion qui ne pouvait que difficilement se fier aux autres, chose qu'il avait du mal à faire tant sa naïveté naturelle et sa profonde gentillesse le rendait vulnérable. En fin de compte, il y avait quelque chose de reposant à se trouver avec Anissa : le Géant des Osseux n'avait pas à se questionner s'il allait être attaquer à un moment ou à un autre, d'une manière ou d'une autre, il se savait sous la menace permanente d'un mouvement d'humeur de la géante à la peau mate.

Anissa se rapprocha de lui pour le toiser. Elle était quasiment aussi grande que lui, et elle était réellement inquiétante. Toutefois, malgré le malaise que son physique tout comme son attitude lui inspirait, le Ferboys lui reconnaissait un certains charme, cette beauté animale qu'ont les dangereux prédateurs. Redoutable, mortelle, inquiétante, la jeune femme savait de plus jouer avec son côté intimidant. Même la jument du Dornien Salé semblait mal à l'aise, peu encline à rester en présence de cette femme et du chacal qu'elle portait dans son dos. Le sourire d'Asafa perdit un peu de son éclat devant le rapprochement de la belle, bien malgré lui, mais il reprit fort rapidement sa bonne humeur lorsqu'elle eut terminé. Derrière Anissa, les gardes semblaient s'impatienter et Asafa les invita à retourner à la caravane pour jouir d'une pause bien méritée.

- Me voilà ravi d'avoir pu t'aider. La raison de ma présence ici ? Tu veux dire, outre le fait de te faire une fois de plus enrager et d'accompagner ces caravanes à Qorgyle ? Rien d'important, tu sais, je prévois juste d'observer les terres de mon futur domaine, lorsque nous serions mariés toi et moi !

Asafa se mit de nouveau à sourire, ses yeux luisant d'une lueur taquine alors que, visiblement, il avait pourtant bien vu qu'Anissa ne semblait plus encline à plaisanter.

- Quant à t'affronter... je trouve l'excuse de ton petit animal de compagnie un peu trop aisée... Tu n'as qu'à le donner à mes hommes, le temps que tu laisse libre cours à ta passion dévorante à mon égard. Au fait...

Il pointa alors du doigt le chacal arnaché dans le dos de la jeune Uller.

- Comment se fait-il que tu transporte ce chacal ainsi ? Je croyais que tu étais une chasseuse... Ton cœur se laisserait-il attendrir par de gentils petits animaux à fourrure ?

Tout du long, le Dornien était resté sympathique, résolument avenant envers la jeune femme, bien qu'il se montrait volontairement espiègle à son égard. Avec le temps, il semblait que le noble de Ferboys soit devenu un peu plus canaille, peut-être moins séducteur, mais il conservait ce fond de gentillesse qui faisait comprendre à ses interlocuteurs qu'il ne s'agissait que de traits d'esprit, et non pas de provocations.
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Message Mer 15 Aoû 2012 - 3:56

Si l'évocation des demoiselles en détresse ne lui tira qu'un pli de lèvre fugacement plus prononcé – comme un félin à qui on aurait tiré la moustache – l'humour éternel que son interlocuteur se faisait fort de poser à chaque réplique et, à ce qui lui semblait, à chaque respiration, continuait à scinder son humeur entre la rage et l'amusement. Elle montrait les dents à son rire, elle se pourléchait les babines à ses mouvements de recul, brièvement. Ces derniers étaient trop rare à son goût et elle n'avait pu saisir, jusqu'alors, qu'une faible inflexion de son sourire. D'une certaine façon, elle ne savait réagir devant un être qui ne s'offusquait pas : quelqu'un qui relevait avec brio était un semblable, quelqu'un qui faiblissait ou était vaincu était un déchet, lui refusait d'entrer dans son monde blanc de mollesse et noir de soleil. Elle était toute en pics et en rudesse, lui tout en eau et en dérobade ; elle n'arrivait pas à le saisir, pas plus qu'à le choquer. Il était un jouet formidable tout autant qu'une source impressionnante de frustration. Alors qu'il incitait les autres Dorniens à s'éloigner davantage et à profiter de l'instant pour s'accorder une pause fortuite, toutefois toujours bienvenue dans un de ces voyages, pourvu qu'il y eut de l'eau et de la fraîcheur – deux trésors aisés à se procurer au bord d'une rivière – la Vipère détacha son regard de lui, suivant les mouvements des cavaliers avec une curiosité très relative, principalement motivée par la prudence quant à une fantaisie d'archer. Mais ils s'exécutaient et après quelques grappes de secondes, elle ne vit plus d'eux que des dos courbés posés sur les croupes de leurs montures. Au moins, si les gestes devaient suivre, ils ne seraient plus qu'eux deux durant un petit instant jouissif.

Au ton redevenu très sérieux d'Anissa – presque froid, ce qui était rare et de mauvaise augure – il n'avait, comme elle s'y était attendue pourtant, répliqué qu'une bravade gentillette, qui n'était même pas un renvoi de pique, plutôt une espiègle conversation. L'orée de sa réplique étira de nouveau sur ses lippes ce rictus goguenard qui tenait de celui d'une hyène prêtre à mordre, toutefois, son expression se figea et sa nuque se raidit lorsqu'il eut dit un mot incongru, qui la surprit. Bien, elle savait maintenant qu'ils ne faisaient que traverser ces terres et qu'il accompagnait comme garde la caravane, mais, quoi – son domaine ? Quoi – se marier ? Y pensait-il seulement encore, même pour plaisanter ? La main qu'elle avait laissée à sa nuque glissa lentement, jusqu'à faire retomber son bras très mollement contre son flanc. Asafa poursuivit, accusant la réplique venimeuse de la « lady » de n'être qu'un prétexte, la provoquant presque – encore une fois, pas assez pour qu'elle en soit satisfaite et trop pour ne pas en être agacée – avant de pointer l'animal et de railler une hypothétique tendresse. Ses mots flottèrent dans le silence immobile de la jeune femme, laquelle l'avisait d'une œillade singulière, ni haineuse, ni amène : elle était éberluée. Alors qu'il se tut enfin, quelques instants passèrent, durant lesquels elle ne fit rien, si ce n'était continuer de le fixer. Avec une lenteur dépourvue d'à-coups, elle penchait la tête, d'abord vers l'avant, puis sur le côté. Relevant faiblement la main qu'elle avait laissé glisser jusqu'à sa hanche, elle pointant les environs dans un geste vague, secouant la tête de gauche à droite enfin, les lèvres entrouvertes, puis fermées. Enfin, après un reniflement curieux, elle déglutit un hoquet bizarre et éclata d'un rire aussi puissant que grotesque. Les trilles effroyable de son rire se faisaient là particulièrement bruyantes et laides. Prise d'une hilarité aussi intense qu'elle avait peiné à monter, elle battait l'air de la main, avant de se pincer les sinus dans l'espoir mince de tempérer le flux qui bouillonnait dans sa gorge. Mariés ! Mariés, si ça, ça n'était pas la meilleure ! S'était-il écouté un jour ? Préparait-il ses répliques, pour qu'elles soient aussi risibles ? Sans compter le fait qu'il n'y aurait aucune façon pour qu'il puisse un jour considérer Denfert comme son domaine – elle n'était pas l'héritière et, quand bien même, le mariage l'attribuerait à sa famille à lui, non l'inverse – l'idée même de convoler avec ce petit chiot rieur la bouleversait, mais sans doute pas de la façon dont un soupirant aurait voulu chavirer la dame de ses pensées.

Libérant l'arête de son nez, frappant son ventre dans un rythme très lent alors qu'elle riait encore, elle terminait de rendre nerveuse la monture qui chercha à s'éloigner de la créature bizarre qui s'esclaffait, tirant sur sa bride ; la Vipère, elle, continua encore quelques instants de remuer l'atmosphère avec ses éclats effarants. Son rire s'arrêta aussi soudainement qu'il était venu et, la nuque toujours raide, le regard le vrillant de nouveau, elle lâcha.
    « Va mettre la tête dans la rivière. La chaleur te ravage le crâne. »

Asafa s'était bien présenté un jour en prétendant, mais ni elle, ni son père n'avaient pu considérer la chose autrement qu'en tant que bravade peu habile d'un jeune homme qui s'ennuyait et voulait se frotter à la terrible jeune fille, ou bien en manœuvre de pis aller d'une famille éloignée qui, somme toute, n'avait jamais été trop bien considérée à Denfert. Les Ferboys étaient des Ferboys, ce qui pour la plupart des Uller signifiait de la graine de traître et du limon qui avait essuyé déjà bien des défaites. Rien de très bon, ni de très enviable. Que ce garçon – difficile de le voir en tant qu'homme ! – parvienne à remettre ce sujet sur le tapis avec une telle assurance rendait pour Anissa la chose irrésistible de grotesque. Elle en coassa un dernier soupir amusé, chassant ensuite de la main l'événement, sans parvenir à amoindrir le sourire moins prédateur et plus éberlué qu'elle affichait. Absurde, c'était absurde ! Il en était presque touchant.
    « Euh, oui, reprit-elle après avoir cillé et retrouvé le fil des échanges qu'elle avait abandonné. Nous disons, la bestiole. »

Se déhanchant de nouveau, elle fit mine de lui présenter, agrippant une patte de la malheureuse bête pour la tirer et jouer des lanières, l'approchant de fait du géant des Osseux. La pauvre créature couinant sans plus guère chercher à se débattre, remuant seulement la tête pour mordre la main qui retenait sa patte, dans un espoir vain et l'attitude de circonstance d'une bête suffisamment futée pour se savoir prise au piège.
    « Comme tu vois, ce machin est pour l'instant intact, je préfère m'en occuper. Pas envie que tes hommes me le perdent ou qu'ils le piétinent avec leurs canassons. Je n'irais pas jusqu'à mettre leurs compétences en doute, évidemment – Elle roula des yeux – mais c'est que je m'en voudrais si l'un des tiens perdait un doigt dans un combat titanesque contre mon chacal. »

Lâchant finalement la pauvre chose qui remuait le museau pour humer l'air et lapa le vide dans un réflexe sûrement provoqué par la peur et la douleur mêlées, Anissa étira la nuque jusqu'à la faire craquer, changea une nouvelle fois de posture avant d'aviser le plastron du Ferboys. Feignant de rouler de l'épaule, elle serra le poing et lança brutalement ses phalanges contre le torse d'Asafa, lui portant un coup bien plus vif qu'appuyé – ça surprenait. Ça n'était pas spécialement douloureux et, avec l'armure qu'il arborait, le geste devait probablement mordre davantage les phalanges de la jeune femme que piquer son torse à lui. Gardant le poing contre la plaque de cuivre, elle reposa ses iris enflammés dans les yeux de son vis à vis, lui faisant l'offrande d'une moue affectée.
    « Si je devais avec de l'affection pour les petites bêtes pleines de poils, je serais venue te gratter en premier, voyons. »

Elle ne lui devait rien, n'avait aucune envie de lui confier la mésaventure de son petit Otton et, quand bien même la confession ne lui aurait rien coûté, elle la lui aurait refusé pour le simple plaisir de lui rendre un peu de sa frustration, tout comme le réflexe de voiler ses motivations lui était tout à fait inné. Anissa avait une pudeur morale que la plupart des gens ne soupçonnaient pas, se figurant qu'elle était fière de tout et voulait le faire savoir au monde : si effectivement elle avait le cœur gonflé d'orgueil et s'estimait droite et bien lancée sur la voie qu'elle s'était choisie, elle estimait n'avoir aucun compte à rendre à quelqu'oeil que ce fut, si ce n'était pas l'iris de son Prince ou de l'un des siens. Aussi, reculant la main pour presser ses doigts contre sa paume de nouveau et réitérer le même geste vif contre le torse d'Asafa, elle poursuivit, sans répondre vraiment.
    « Tu salueras ta cousine de ma part. Ça devrait la ravir de savoir que tu n'as pas renoncé à, comment dire, créer un lien entre nos deux familles. »

Elle lâcha un nouveau rire hoqueté, heureusement très bref cette fois. Il n'était pas d'une notoriété très publique que la fleur vénéneuse des Ferboys et la vipère des Uller s'entendaient plutôt assez bien, compte tenu de leurs caractères respectifs ; si on ne pouvait parler d'amitié, elles se supportaient parfaitement et échangeaient passes d'armes et piques verbales avec une satisfaction égale des deux côtés, mais il était par contre assez évident qu'Edarra n'apprécierait pas tant les maladresses bravaches de ce cousin qu'elle se figurait peut-être encombrant. Anissa, pour l'heure, avait perdu une partie de son envie mordante, s'étant usé les dents sur ses gros éclats précédents et, après avoir asséné un troisième coup sur le torse d'Asafa, pointa son plexus solaire d'un index griffu, assez appuyé.
    « Une question. Quand tu dois tuer un homme, c'est en le faisant crever de rire, ou tu sais quand même qu'on ne s'y prend pas comme ça ? »

Levant rapidement le doigt, elle lui tança le nez d'une pichenette, ouvrant les yeux un peu plus grands, avant de reprendre sa posture dégingandée, pourtant parée à répliquer. Il l'avait provoquée et elle courrait sans retenue dans la brèche esquissée, mais ça n'était un mystère pour personne qu'elle cédait très volontiers à ce genre de tentation – tout comme il appartenait au bon sens commun d'éviter d'échauffer sciemment l'esprit brûlant d'un Uller. Ces déments du désert n'en avaient guère besoin...
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Asafa Ferboys
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Message Ven 17 Aoû 2012 - 9:41

Le Ferboys semblait particulièrement satisfait du déroulement de la discussion. En effet, il restait souriant, de bonne humeur et avait même réussit à faire rire la jeune femme qui, depuis qu'elle lui avait lancé cette pierre, était passée par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Ainsi, lorsque la fille de Rennifer se mit à rire à gorge déployée, se rendant certainement inquiétante pour la jument du Géant des Osseux, ce dernier ne put lui aussi réprimer un sourire. Selon lui, il avait gagné : la belle mais étrange jeune femme cherchait la confrontation incessante, tentant de provoquer son ire et pourtant, elle s'esclaffait désormais suite à la faconde du malicieux Dornien au teint halé. Puis, la jeune femme l'invita avec ironie à se rendre dans la rivière de manière à se rafraichir les idées, chose qui fit également rire Asafa.

- Cela pourrait être une bonne idée en effet... Surtout si tu viens te baigner avec moi.

Toujours hilare, il observa ensuite la jeune femme martyriser le petit animal qu'elle portait dans son dos, lui infligeant une succession de petites brimades, faisant couiner la pauvre bête. Anissa expliqua ensuite qu'elle ne tenait pas à voir ni le chacal esquinté, ni l'un des gardes de Ferboys, chose à laquelle Asafa répondit par un haussement d'épaule amusé. Puis, la jeune femme lui envoya un coup de poing en pleine poitrine, toujours dans cet air de défi et de combativité caractérisant chacun des rapports sociaux de la Vipère des Sables. Le coup ne surprit qu'à moitié le Ferboys, la douleur causée par le coup étant de plus diminuée par l’absorption de l'impact par son armure. Il n'empêche que le Dornien salé laissa échapper un sourire. Il savait parfaitement qu'en présence de l'ainée de Rennifer, ce genre de coups et de violences gratuites et subites étaient monnaie courante, aussi il n'y portait nul griefs. De même, lorsque la jeune femme renouvela l'opération, lui envoyant une petite pichenette dans le nez, tout en s'enquérant de la bonne santé de sa chère cousine Edarra, il ne put réprimer un sourire amusé. A peine fut-il surpris, à vrai dire, et sa réponse fut, comme à chaque fois, délivrée sur un ton badin, accompagnée par le regard à la fois charmeur et espiègle que le jeune homme adressait régulièrement à Anissa lorsqu'il se préparait à lui faire la cour de cette manière si particulière, tout en se frottant l’arête du nez étant désormais légèrement douloureuse.

- Alors comme ça, désormais, tu envisages de venir me gratter ?

Le Ferboys déformait volontairement les propos de la Dornienne, comme pour s'assurer de provoquer à nouveau son ire, aussi il continua sur cette voie avec plus d'ardeur encore.

- Déjà que tu souhaites te baigner avec moi, que tu adoptes de jolies petites bestioles à fourrures et tu me gratifies de proposition de corps à corps frôlant l'indécence. Tu semble même soucieuse la santé de ma cousine Edarra. Voilà qui n'est pas pour me déplaire, Belle Anissa, mais je ne voudrais pas que les choses aillent trop vite entre nous, tu vois. Il me faut l'autorisation de ton père avant de convoler en juste noce avec toi !

Asafa savait que sa petite pique ne manquerait pas de faire réagir la Vipère, aussi il s'arma de son plus beau sourire, de son air taquin et se prépara à recevoir une nouvelle réprimande physique de la part d'Anissa. Il poursuivit, à moitié hilare, son propos, surjouant son baratin de coureur condamné d'avance à l'échec et pourtant sûr de son fait pour rendre sa composition encore plus risible, sorte de caricature de lui-même.

- Je passerais tes amitiés à Edarra. Je suis sûr de plus qu'elle sera ravie de t'aider à enfiler ta robe de mariée.

Il se mit à rire, d'un rire franc, non feint et sans moquerie, alors qu'il imaginait la scène qui avait de quoi être cocasse. Edarra et Anissa s'écharpant en tentant d'enfiler une robe de mariée à la seconde, s'envoyant noms d'oiseaux et piques saignantes. Le Ferboys songea même que cela ferait une pièce de théâtre fort appréciée dans les rues de Lancéhélion, et que la fortune des artistes l’interprétant était assurée. Auparavant, la jeune femme l'avait questionnée pour savoir si ce dernier comptait faire défaillir ses ennemis à l'aide de sa faconde ou en se rendant si loufoque qu'ils rendraient l'âme suite à une crise de rire trop importante. Et cette question tenait parfaitement, tant le jovial Dornien semblait prendre un réel plaisir à toujours tout tourner en dérision, en ne prenant jamais rien à la légère. Aussi, il répondit, une fois de plus avec enthousiasme.

- Tu veux savoir comment je tue les hommes ? Tu veux un cours particulier, jeune fille ? Je comprends aisément que tu manques d'expérience en la matière. Dans ce cas, je vais t'offrir gracieusement quelques précieux conseils.

Asafa se mit de nouveau à rire à sa petite pique. Il avait du mal à conserver son sérieux, aussi il semblait prendre un malin plaisir à titiller à sa manière la jeune femme de Denfert. Chacun des deux jeunes gens se provoquaient à leur manière, infligeant donc à l'autre une série de tests visant à le pousser dans ses derniers retranchements. Et si Anissa semblait parfois perdre sa contenance, Asafa lui était visiblement ravi de pouvoir pratiquer ce jeu avec la jeune femme.

- Les Dorniens, je fais en sorte d'éviter de les tuer. Entre compatriotes, c'est la moindre des choses, tu ne crois pas ? Ensuite, pour tuer les gens du Bief et du reste de Westeros, ne t'inquiètes pas pour moi, jeune fille. J'ai autre chose que des lancers de cailloux pour me défaire de mes adversaires. Et je pense être humblement parmi les meilleurs manieurs de lance de tout Dorne, si ce n'est le meilleur. Enfin, jusqu'à présent, tout ceux que j'ai rencontré étaient moins bon que moi au combat, vu que je suis toujours là pour en parler.

Il conclue en posant ses mains sur ses hanches, plongeant son regard de jais dans celui de la jeune femme, l'air toujours taquin.

- Bon... Qu'attendons nous pour aller nous baigner, ma dame ?
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Message Dim 26 Aoû 2012 - 7:26

L'impatience commençait à éroder ses nerfs et à entamer ses belles résolutions quant à le faire céder par la verve. Envisageant sourdement de faire fi du plaisir qu'elle voulait tirer d'une colère enfin instillée dans le poitrail du Ferboys, la Vipère roulait sur son palais une envie plus subite et de résolution plus sûre, que ses propres gestes derniers n'étaient pas pour apaiser. Il parlait de se baigner, semblait toujours autant s'amuser à mesure que les minutes s'écoulaient, si ce n'était davantage ; loin de se défendre face à ses gestes rapides mais peu appuyés, il gardait dans le regard cette lueur joueuse de jeune chien fou, le genre à toujours vous tourner autour en jappant alors qu'on venait de le rouer de coups – ce qui n'était si éloigné de l'image qu'elle avait de lui. A sa énième provocation, loin de feindre la froideur – trop échauffée pour ça déjà – Anissa lâcha un grognement subit, assez fort, entre la rage et le rire hoqueté. Ses épaules se relâchèrent brutalement, elle leva les bras, secouant la tête, avant de lui administrer un petit heurt minuscule sur le torse, comme un camarade aurait rappelé un ami sur terre. Certes, elle n'avait pas volé cette diatribe, mais ce juste rendu n'amadouait pas la Dornienne dont la colère n'avait d'égale que l'hilarité. Plutôt que de contenir ces deux sentiments contradictoires, elle les laissait se battre l'un l'autre, ce qui laissait la Vipère agitée, mais ni de nouveau rieuse, ni déjà furieuse. Elle plaqua ses mains sur ses hanches ensuite, alors qu'elle lui dardait un nouveau coup d’œil entre l'ahurissement le plus total et l'expression désabusée de celle qui n'a plus aucun espoir de voir naître en lui le moindre sursaut guerrier. Par le désert, ce qu'il pouvait l'user ! Ce qu'il pouvait la distraire ! Drôle de mélange, étrange jouet. Elle lui cracha sur un ton taillé à même l'ironie, alors même qu'il continuait de parler, coupant sa phrase en deux et n'écoutant pas vraiment ce qu'il pouvait dégoiser au propos de leurs noces futures et de la patience à avoir à ce propos – était-il idiot ou fou ?
    « Oh oui, te gratter, et te mettre un joli petit collier bien serré, aussi. »

Elle réalisait très bien qu'il pourrait mal interpréter encore une fois ses propos et, au delà, qu'il les utiliserait sans doute encore une fois pour la faire rager – peu lui importait. Elle n'avait aucune envie de calculer, tel l'irritante mouche, il lui avait trop bourdonné aux oreilles pour ne pas qu'elle se lance en croisade après lui, quitte à frôler le ridicule à trop s'agiter derrière une proie si indigne de ses talents de chasseresse. Son œil aiguisé décrypta la posture qu'Asafa ne manqua pas de prendre, alors qu'il se paraît à encaisser la prochaine frappe de la Uller ; il n'eut pas longtemps à attendre. Il évoqua brièvement le sujet d'une robe de mariée, qui rappela quelques souvenirs confus à la vipère – car, oui, elle en avait déjà une. Sa mère, inquiète de ne jamais la voir convoler, avait fait confectionner quelque chose pour elle qui pourrait faire l'affaire et qui serait déjà tout préparé pour ne pas risquer de retarder un mariage par l'attente d'un tailleur assez courageux pour habiller la Vipère, voire de devoir l'annuler si Anissa faisait fuir entre temps son fiancé par l'un de ses excès dentaires. Si un homme perdu à Denfert avait la puissance pour convaincre Rennifer et les tares qu'il fallait pour supporter sa progéniture, Enola était décidée à ne pas lui laisser la moindre chance de s'échapper. Asafa rit ensuite, avec un certain bonheur : cette pauvre petite goutte d'eau de plus tomba dans le vase minuscule de la patience de la Uller. Cherchant le point faible, voulant cette fois le secouer douloureusement, plutôt que de se contenter de petites tapes auxquelles il ne voulait pas réagir autrement qu'en semblant les considérer comme des marques d'affection – mais qu'est-ce qu'il pouvait l'énerver... – elle ferma le poing et feinta un premier coup de la dextre, avant d'écraser sa senestre dans une ouverture moins protégée de son flanc, y mettant assez de force cette fois pour que, malgré l'armure, le coup atteigne au moins le souffle du Ferboys et l'interrompe au moins un bref instant.

Il reprit toutefois, évoqua sa façon de tuer, parlant de Dorne et du Bief : cette fois, Anissa n'écouta rien. Que lui importait ce qu'il pouvait bien prétendre à propos de ses prouesses au combat, s'il était incapable de ne faire qu'éviter la moindre de ses bourrades grossières qui, si elles les avait appliquées à son père, lui auraient values quelques belles ecchymoses à minima, sans doute une épaule démise ou une arcade éclatée dans la plupart des cas. En plein milieu de sa réplique, montrant ainsi qu'elle n'accordait pas même la moitié d'une oreille à ses bravades dernières, elle eut l'outrecuidance bizarre de lui agripper le nez de nouveau, mais cette fois sans pichenette, non : c'était entre deux doigts, l'y gardant serré, et lui remuant ainsi le visage sans la moindre manière. Elle ajouta même.
    « Tu as une meilleure voix comme ça. »

Et elle lui tordit, le relâchant pour reculer d'un pas, agitée et semblant sur le point de fondre dans les ombres derrière eux, ou sur la gorge d'Asafa – à dire vrai, elle hésitait bel et bien entre les deux et son regard fiévreux des arbres à sa gorge le démontrait de façon passablement ouverte. Elle se mangea les lèvres, fugacement, levant des yeux écarquillés au ciel alors qu'il parlait de baignade. Ce qu'elle attendait pour aller faire trempette en sa compagnie ?
    « J'attends que tu te noies. »

Et elle soupira, tête renversée en arrière, bras ballants soudain, yeux clos, un instant. Elle cherchait le calme, la raison, l'abandon. Le mieux qu'elle avait à faire, c'était de laisser ce fichu Ferboys et son sourire d'imbécile heureux en arrière, quitte à lui écraser sa main dans la face en partant pour ne pas l'entendre crier en arrière qu'elle fuyait ses épousailles ou autre envolée invraisemblable qui semblait jaillir de son poitrail avec bien plus d'allant que son propre sang – hé, peut-être que si on le décapitait, on entendrait encore sa gorge rire, plutôt que sa vie hurler ? Oui, c'était ce qu'il y avait de lui raisonnable : partir, maintenant, revenir à ses affaires courantes, oublier cette caravane et revenir à son petit frère. Elle rouvrit les yeux, décidée à lâcher un dernier sifflement acide vers Asafa et à se détourner. Elle lui dirait une fois de plus combien il était faible, il répliquerait encore quelque chose d'ahurissant, elle hausserait les épaules, le frapperait peut-être dans un geste entre l'acquis de conscience et le défoulement vain ; puis ça serait tout, et tout rentrerait dans l'ordre. Un simple incident de parcours, rien qui ne sorte, tout bien considéré, de la normale.

Ses iris tombèrent sur son sourire éternellement gouailleur et, soudain, une pulsion l'emporta. Avec un coassement animal, aussi brutal que curieusement enthousiaste, elle se jeta sur lui – littéralement. Bondissant à sa gorge, elle agrippait ses épaules vers son cou, griffant armure et tissu sans grand ordre, ses jambes cherchant à se verrouiller à sa taille, quitte à lui enfermer les bras dans le même mouvement. Le chacal, terrifié, se mit à japper de tout son soûl ; les chevaux – dont celui du Ferboys – en furent effrayés et hennirent, les cavaliers, au loin, protestèrent. Ne sachant pas elle-même si elle riait ou criait de rage, Anissa tirait tout ce qui était à portée de ses mains, dans une attitude aussi bizarre qu'épatante d'enfant sauvage : oreilles, joues, tissus, hampe d'arme.
    « Allez, allez, défends-toi ! »

Grognait-elle entre deux éclats esclaffés, pleins de colère et de joie sanguine. Peu lui importait qu'il la jette à l'eau très proche, d'autant plus qu'elle n'avait aucun autre appui que lui à cet instant là et qu'elle n'avait nulle autre préoccupation que de le forcer à réagir, peu lui importait comment. Elle n'allait pas desserrer l'étau de ses jambes, s'il l'envoyait dans l'onde, il la suivrait très probablement – au moins aurait-il sa baignade et elle la preuve qu'elle voulait qu'il était au moins capable d'un mouvement autre que de celui de plisser ses joues pour agrandir son sourire.

Vers la caravane, une voix demanda si cette créature était folle, une autre répliqua que c'était une Uller, ce qui résumait tout.
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Asafa Ferboys
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Général "Comment ? Non, en réalité, j'aime toutes les femmes. Même si ce soir, c'est toi que je vais aimer..."
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Message Lun 27 Aoû 2012 - 8:45

Le Ferboys restait souriant, amusé par la réaction de la fille ainée de Rennifer Uller. Aussi, lorsque cette dernière lui saisit le nez, il ne débattit pas, au contraire. Visiblement hilare, il lâcha un « aieuuuh » sur un ton badin, avec une voix de canard rendant la scène loufoque et grotesque à souhait. Tout en se passant la main sur l'arrête du nez, remuant celui-ci pour atténuer la douleur née de la subite étreinte, il se mit à rire encore une fois.

- Voyons, ma douce, prends un mouchoir lorsque tu fais cela... C'est un peu sale, tu ne crois pas ?

Il s'était par la suite redressé, les mains sur les hanches, dans cette posture débonnaire, et observa le comportement plutôt contradictoire de la belle. Entre dépit et colère, entre amusement et agacement, le cœur de la jeune femme balançait, et l'on pouvait aisément voir l'inconfort créé par la nonchalance et la gaieté du Ferboys chez Anissa. De même, on pouvait clairement lire sur son visage que le Géant des Osseux semblait se satisfaire de cet émoi qu'il créait chez la fille de Rennifer, qui l'avait bien peu élégamment renvoyé à ses pénates il y a quelques temps de cela.

Toutefois, Asafa Ferboys ne portait nul griefs à l'encontre de la jeune femme, bien au contraire. Cette sauvageonne, bien peu commode, était observée avec une curiosité enfantine, et le Dornien Salé semblait apprécier sa compagnie. S'il était un défi pour la Vipère, à cause de son éternel enthousiasme et de sa continuelle bonhommie, elle en était un tout autant pour Asafa. Il cherchait à découvrir qui se cachait derrière ce masque de folie et de colère, car en optimiste convaincu (voir maladif), le Ferboys semblait persuadé que la jeune femme revêtait cet habit de Vipère pour dissimuler un cœur noble et aimant. A vrai dire, il espérait révéler le meilleur chez la jeune femme, et s'il n'y parvenait pas, il ferait en sorte d'avoir passé un moment agréable et mémorable en sa compagnie. Et vu l'hilarité qui l'affligeait à ce moment, il avait déjà rempli la seconde partie de son audacieux pari.

Néanmoins, sa victoire était sans doute plus grande qu'il ne l'avait imaginé, car la jeune femme finit par céder à ce sentiment de rage et de joie qui écartelait son cœur pour se jeter sans retenue sur le grand Dornien au teint halé. Bondissant à la manière d'un félin fondant sur sa proie, elle se propulsa sur lui, le ceinturant avec ses jambes et tentant de le griffer et de le frapper avec une fougue frisant l'hystérie. Surpris et surtout incapable de réagir face à la soudaineté de l'attaque de la jeune femme, il se retrouva prisonnier de ses cuisses, cette dernière jouissant d'une rapidité presque surhumaine. Se saisissant de tout ce qu'elle pour prendre, l'ainée de Rennifer tirait, pinçait et frapper comme l'aurait fait un enfant sauvage faisant un terrible caprice. Toutefois, Asafa était un homme d'arme ayant à moult reprises expérimenté la violence, aussi il parvint à réagir, dans une certaine mesure. Ayant lâcher sa bride en voyant la demoiselle lui sauter à la gorge pour relever ses mains dans un réflexe guerrier, il était parvenu à garder ses bras hors de l'étreinte de la belle mais colérique Dornienne à la peau mâte. Son cheval hennissant ne manqua pas de s'éloigner, ainsi libéré, pour rejoindre le groupe des gardes près de la caravane. Ces derniers regardant d'ailleurs d'un œil amusé la scène, visiblement surpris par le comportement d'Anissa, mais pas forcément inquiet outre mesure pour leur chef. Même si ce dernier affichait désormais une mine sérieuse et concentrée pour l'occasion, et plus son sempiternel sourire de forban.

Ainsi, à force de tenter de contenir les assauts désordonnés de la jeune femme, il parvint à se saisir de son bras droit, mettant un terme brutal aux mouvements de ce dernier. La poigne du Dornien se fit plus pressante encore, ce dernier étant certainement moins rapide que la jeune femme, mais bien plus puissant, et ne manquerait pas de laisser un hématome tant l'étreinte était rude. Ramenant le bras de la Vipère ainsi prisonnier vers le bas, puis de sa propre main droite, se saisissant de la gorge de la belle juste en dessous de la mâchoire, il tenta de repousser la jeune femme en arrière. De toute sa poigne, il serra fortement la mâchoire d'Anissa la faisant se tordre en arrière alors qu'elle refusait de lâcher prise au niveau de ses jambes encore enserrées autour de la taille du Ferboys. Néanmoins, celle-ci ne relâcha pas son étreinte pour autant, étant suffisamment souple pour ne pas céder à la torsion. À cet instant, le sourire du Dornien revint sur ses lèvres alors qu'il observait la jeune femme qui continuait de tenter de le griffer de sa main gauche.

Sa poigne était ferme et rude, et ne manquerait pas de faire naître une certaine douleur chez la jeune femme finalement immobilisée. Elle put constater qu'il arborait désormais une griffure sur la joue, signe que la belle avait finalement fait mouche. Semblant s'amuser de la situation, il tenta de défaire l'étreinte des cuisses de la sauvageonne, sans succès. Il tenta une ou deux fois de serrer encore plus fort, afin de raviver la douleur chez Anissa que rien ne semblait pouvoir faire lâcher. Le Géant des Osseux se mit alors à reculer en direction de la rivière, tout en souriant, n'étant pas gêné pour porter la jeune femme.

- Je crois, ma belle Anissa, que nous sommes vraiment fait l'un pour l'autre... Un jour, tu remercieras le ciel de t'avoir donné des enfants qui me ressemblent...

Après un rire franc, il recula encore et ses bottes rentrèrent dans l'eau. Au bout de quelques pas, il se retrouva avec de l'eau jusqu'aux genoux. Il redressa alors Anissa pour la rapprocher de son propre visage, lui souriant.

- Tu m'excusera auprès de ton animal de compagnie, ma belle Anissa...

Il se jeta ensuite en arrière, chutant dans l'eau et entraînant avec lui la fille ainée de Denfert. Les deux avaient finalement relâché leurs étreintes respectives alors qu'ils se redressaient dans l'eau, qui leur arrivait jusqu'à la poitrine. Derrière elle, Anissa pouvait sentir le petit animal se remuer du mieux qu'il pouvait pour garder la tête hors de l'eau, ce qui était le cas pour le moment. Alors qu'il était resté plus longtemps dans l'onde, Asafa sortit de l'eau les joues remplies d'eau et cracha son contenu au visage de la jeune femme. Puis, il éclata de rire, tel un enfant fier de sa farce, son regard de fripon posé sur Anissa.

- Tu verrais ta tête, ma belle. Que dirais tu si j'allais demander ta main de manière officielle à ton paternel, Anissa ?

Alors qu'il se laissa flotter un instant en se penchant en arrière, il échappa un soupir de satisfaction, comme si sa dernière phrase était parfaitement anodine.

- Par la Mère Rivière, l'onde est vraiment bonne !
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Message Mer 17 Oct 2012 - 17:04

Le plaisir de voir ce sourire immonde fondre n'avait d'égal que celui provoqué par la douleur à son poignet enfermé. Enfin ! Enfin, il réagissait, enfin, il cessait de baguenauder pour être un peu viril, être un peu brutal, être un peu Dornien ! Elle sifflait un rire de fauve, aigu et sournois, alors qu'il lui avait agrippé un bras ; lorsqu'il lui saisit la gorge, elle n'en grogna que davantage de joie. Sa main libre fouetta l'air d'abord, avant de rencontrer quelque chose d'osseux, puis de mou, qu'elle perça de ses ongles avec une férocité rare, avant de devoir occuper ses doigts à se retenir à quelque chose de plus ferme, dans un réflexe vif pour ne pas basculer en arrière. Ce qu'elle agrippa en aveugle, ce fut la lanière de l'arme d'Asafa, qui tinta dans son dos et tira sur son épaule, sans céder – le cuir était trop bon pour s'arracher pour ce que la Vipère considérait comme d'aimables caresses. Cambrée à l'excès, elle continuait pourtant de se débattre, sans plus bouger les bras, convulsant plutôt. Ses ondulations n'étaient pas sans rappeler évidemment celles d'un serpent. Il ne cédait rien, montrant une force rare qu'Anissa n'avait pas et pour laquelle elle découvrit davantage les dents. C'était fantastique. Sa frustration était oubliée, vaincue, démembrée ; elle ne vivait plus que cet instant de lutte, y jetait toutes ses rages récentes, lesquelles devenaient à peine plus que des cendres rougeâtres et dansantes dans le feu de l'ivresse du combat. Il remuait, cherchait à se défaire d'elle, à prendre l'ascendant peut-être, elle ne lui concéda rien à son tour. Plutôt crever que de faiblir ! Le moment lui procurait un trop vif plaisir pour qu'elle ne l'interrompe. Il parla, évoqua le ciel, puis des enfants, elle n'entendit pas – aucun autre langage que celui du sang ne pouvait plus l'atteindre. Il marchait, la portant, elle se souvint vaguement que l'eau n'était pas loin et sa respiration s'adapta aussitôt en conséquence, sans qu'elle n'y pense, par simple réflexe animal. Ses jappements de rire rauque devinrent un grondement bas et haché, froissant l'air au rythme des battements de son cœur – et il était, curieusement, plutôt bas et profond. Lady Uller était une prédatrice. L'excitation de la chasse la faisait entrer dans un état presque second, certes goinfré d'ire mordante, mais d'une froideur implacable. L'esprit de l'arc et l'âme de la flèche lui avaient appris cette maîtrise dans l'abandon, cette façon animale de savoir sans comprendre et de choisir sans analyser. Elle cherchait à dégager ses dents, étirant son cou pour le forcer, soit à saisir franchement sa gorge, là où elle était molle mais souple, soit à la tenir plus haut – et là, elle irait mordre. Pleinement. Elle mâcherait sa peau. Le Ferboys riait.

Soudain, elle percuta l'eau. Elle était sans doute plutôt tiède, mais par rapport au soleil cuisant, elle était glacée comme le fer d'une lame. Son étreinte s'en relâcha, alors que son corps se contractait pour chercher à happer immédiatement de l'air – et à assaillir l'homme qui avait osé encore rire pour le noyer promptement. Sans malice, sans animosité, simplement parce que tout son être vibrait à l'idée de sentir sa vie pulser contre son corps, alors qu'il agoniserait. Mais, s'il l'avait relâchée vivement, il lui avait échappé également et, alors qu'elle avait percé la surface aussi prestement que possible, Asafa ne se montrait pas immédiatement. Elle le chercha, voûtée comme un chat qui venait de frapper un insecte et qui cherchait sa pauvre proie tombée à terre, avec les mêmes mouvements très secs, mais coulés, de la tête de chaque côté. A son flanc, le petit animal pour lequel elle avait fait tout ce chemin glapissait de désespoir, agitant les pattes frénétiquement dans l'espoir vain de se défaire de ses liens et de pouvoir happer l'air de façon plus confortable, alors qu'il était presque entièrement immergé. La Vipère n'y prit nullement garde – elle avait plus gros gibier. Asafa refit surface, elle s’apprêta à lui sauter au visage, probablement pour l'y mordre d'ailleurs et, si ce n'était pas le défigurer, au moins lui faire mal et le forcer à basculer en arrière, tous les sens brouillés par la douleur et l'effusion de sang qu'elle viendrait de provoquer. Mais il fit quelque chose de si improbable que ses appétits, sa rage et son instinct s'en évaporèrent, la laissant éberluée, une drôle d'expression au visage. Il venait de lui cracher de l'eau à la face, comme un gosse du village l'aurait fait à un cousin. Plus d'ire, plus de sang, plus de chair à tordre et à déglutir : devant cette action grotesque, elle ne parvenait plus à rien considérer d'autre que son ahurissante sottise. Et il riait encore. L'imbécile. L'aberration !
    « Hein, quoi ? »

Fut tout ce qu'elle fut capable de bredouiller d'abord, une main levée à hauteur de son épaule, paume ouverte vers les cieux, l'autre fouillant vaguement son côté sans y songer, relevant le pauvre animal qui, poussé par ses dernières forces, lui mordait le flanc pour se manifester. Le malheureux chacal cessa de geindre pour préférer tousser et souffler, couinant à intervalles irréguliers dans une sarabande pathétique qui aurait sans doute été à même de toucher quelques âmes sensibles – elle n'y prenait pas même garde. Anissa avait presque peine à se remémorer l'ordre et la logique des événements passés et elle se crut un bref moment en proie à un délire fiévreux, piquée par un scorpion et agonisante. Elle secoua la tête, jetant quelques gouttes d'eau ça et là, puis passa sa main sur son visage avec un appui fort et lent, pressant sur ses propres yeux du pouce et de l'index pour ne plus voir que des étoiles lumineuses sur un fond noir et sang, tandis que le Ferboys barbotait gaiement. Elle rouvrit les yeux. Pas de scorpion, pas de lit mortuaire, mais toujours lui, qui nageait, souriait, une joue balafrée de frais. Elle roula des yeux brièvement et chercha quelque chose à dire pour manifester toute l'ampleur de stupéfaction, prenant alors un masque hideux et crispé de dégoût profond. Puis elle croisa son regard, simplement joyeux, espiègle, bon enfant – en somme détestable et hautement énervant. Alors, elle éclata de rire. C'était un rire franc, haut, presque hystérique tant il manquait de contrôle, tant il était nourri de tout ce sur quoi elle ne parvenait pas à mettre le moindre mot. C'était ridicule. Aberrant, simplement aberrant, il n'y avait pas d'autres mots ! Comment pouvait-il seulement se comporter comme s'ils étaient deux marmots aux nez humides et à la gueule puant le lait, quant elle était Uller, et lui théoriquement cérébré ? Elle haussa les épaules, continuant de hoqueter son hilarité nerveuse, agitant brièvement la main dans l'air avant de la fermer en poing, et de sauter sur lui pour l'en frapper, sans réel appui. L'eau la freinait, ses gloussements l'empêchaient de feinter. Elle le cogna deux ou trois fois avant d'inspirer fortement et de parvenir à articuler entre deux ahanements.
    « Tu es... Mais tu es... T'es vraiment... »

Stupide. A côté de tout ce qui est concevable. Le combattant le plus effarant de tout le désert. Le noble le plus improbable de tout Westeros. Un grand minable. Un type risible. C'était ça, risible.
    « Amusant. »

Admit-elle lentement, avec un soupir haché par quelques éclats de rire qu'elle cherchait à déglutir et finit par tousser. Un peu d'eau traînant encore dans son nez et qui avait fini par s'écouler dans le fond de sa gorge accompagna ses expectorations. Avec un bruit dépourvu de la plus petite trace de féminité, elle se racla le gosier et cracha plus loin quelque chose de mousseux et d'un peu épais, ce qui conclut son accès de nervosité sur un point final gluant. S'essuyant les lèvres d'un revers de main, ayant retrouvé un brin de calme – mais se sentant encore comme empalée par la lame de la perplexité – elle lui lâcha d'un ton goguenard.
    « Qu'est-ce qu'on va faire de toi ? Mais qu'est-ce que j'espérais. Qu'il te pousse une virilité ? Allez, gamin, sors de la baille avant que tu te dilues et que toutes les plantes autour ne se mettent à avoir les racines qui poussent en l'air et les feuilles en bas. »

Elle offrit fugacement son poignet droit à son regard, le scrutant un bref instant. Il avait été rudoyé, tant par la poigne du Ferboys que par ses secousses de la « lady », ce qui lui ferait un joli souvenir bleuâtre d'ici la fin d'après midi et pour quelques jours encore. Elle lui jeta alors un discret regard approbateur – la force était la force et Anissa avait toujours accordé beaucoup de valeur à quiconque lui prouvait qu'il pouvait la dominer sur un seul domaine du corps – avant d'avancer vers le sable plus sec et les branchages de la rive. Pour la forme, elle lui tapota presque gentiment l'épaule – que c'était mauvais signe – tandis qu'elle remontait le courant le long de son flanc vers la terre sablonneuse. Juste avant de devoir achever ce contact bien amène de la part de la perfide Vipère, elle lui posa très vivement la paume gauche sur le front et lui enfonça la tête sous l'eau d'un coup sec, appuyé de tout son poids. S'éloignant aussitôt en grognant un nouveau rire, rendue maladroite par la résistance de l'eau, elle se fit la remarque qu'il était peut-être plus contagieux qu'elle ne l'aurait cru, et qu'il lui faudrait chasser sous peu, et beaucoup, pour se laver de ce genre de bêtises. Puis la pensée passa, dans un autre rire, qui continuait à inquiéter les montures des cavaliers scrutateurs et intrigués. Définitivement, s'il y avait une chose sur laquelle elle n'avait jamais été ni surprise ni déçue à son propos, c'était qu'il avait toujours été... Divertissant.
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Asafa Ferboys
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Message Mar 23 Oct 2012 - 14:10

Le Ferboys se trouvait à barboter gaiement dans l'onde, avec une insouciance toute enfantine, son sempiternel sourire vissait au milieu du visage. Il se passa la main sur sa joue meurtrie par la férocité de sa camarade de baignade, ressentant vraisemblablement une légère douleur, mais sans se départir de son éternelle bonne humeur. Et, pour la première fois depuis qu'il connaissait la Vipère des Uller, il semblait que le géant des Osseux avait réussi à contaminer de sa jovialité la farouche jeune femme. Cette dernière, tout d'abord désarçonnée par la manœuvre sommes toutes imprévisible du Dornien au teint halé (quoi que, en s'y penchant mieux, cela n'était finalement pas si surprenant qu'Asafa se soit comporté comme un enfant dans cette situation), avait en effet succombé aux facéties du Ferboys, et riait à gorge déployée. Ce qui ne manqua pas de laisser d'ailleurs le noble coi quelques secondes, lui même surprit par la réaction d'Anissa, avant de céder lui-même à l'allégresse du moment.

Sans doute que, vu de l'extérieur, cette scène ne ferait que d'enfler la réputation sulfureuse de la jeune Uller, ainsi que celle de sa maison, tant ce qui venait de se dérouler était fantasque et incroyable. En effet, après une attaque de caillou, elle s'était livré à un combat de chat de gouttières avec le géant des Osseux pour finir par une baignade dans la rivière ponctuée par une crise de rire tantôt grotesque, tantôt réellement inquiétante, le tout avec un canidé sauvage harnaché dans le dos. Il était clairement évident que les gardes de Ferboys, ayant assisté à la scène, colporterait le récit des évènements, arguant sans doute que leur chef s'était livré à quelques tours de séduction dont il avait le secret pour faire succomber même la plus démente des femmes à ses charmes. Bien entendu, la réalité était tout autre, mais les faits, vu de l'extérieur, avaient de quoi créer le trouble dans leurs esprits. Car désormais, Asafa riait de bon cœur avec la jeune femme, barbotant tous les deux comme des marmots insouciants.

Alors que la belle et sauvage Anissa l'honorait de nouvelles tapes, cette fois plus symbolique qu'autre chose, vu l'hilarité l'ayant frappée et la faiblesse de ses dernières, le Ferboys riait lui aussi à pleines dents. Elle le trouvait amusant... Il avait finalement réussi son pari, ou plutôt ses paris. Le premiers, rapidement conclu, consistait en une approche purement hédoniste de cette rencontre, ayant pour but que le Dornien passe un moment agréable en compagnie de sa compatriote. Le second, plus ardu certainement, était de révéler un autre visage de la Vipère de Denfert. Un visage plus humain, plus touchant, de découvrir s'il n'y avait pas finalement une âme d'enfant que la Mère Rivière avait enfouie sous une carapace de folie et d'une éducation pour le moins... Particulière. Et quelque part, le géant des Osseux n'était pas déçu : Lady Uller savait rire, elle savait se découvrir pour ne plus être dans l'affrontement perpétuel. Elle pouvait, contre toute attente, partager un moment d'une simplicité rare, comme le faisait les enfants. Et cela rendait Asafa réellement heureux. Son optimisme, que certains qualifiait d'ailleurs de maladif, le poussait à se convaincre que la plupart des personnes avaient un bon fond, aussi, il se réjouissait de voir ainsi la fille de Rennifer le terrible, jouer avec lui comme le ferait deux enfants.

- Par la Mère Rivière, tu as un rire communicatif... Tu devrais songer à le faire plus souvent, cela te sied fort bien au teint !

A mi-chemin entre la moquerie enfantine et la sincérité innocente, le Ferboys continua de nager, le sourire aux lèvres, repoussant les assauts de la jeune femme tant bien que mal. Lorsqu'elle l'invita à quitter l'onde pour regagner la terre ferme, le comparant à un marmot gigoteur, il haussa les épaules, observant la lady de Denfert avec son air malicieux et ses yeux rieurs, alors qu'ils se dirigeaient vers la berge.

- Fort bien, Madame. Vos désirs sont des ordres.

Alors qu'ils se mettaient en route vers la terre ferme, il ne put voir arriver la farouche demoiselle qui, dans un bond, lui enfonça la tête sous l'eau. Asafa, qui n'était pas non plus un excellent nageur, ne manqua pas de boire la tasse, surpris par la manœuvre de friponne de la jeune femme. Ressortant la tête de l'eau en toussant et en éructant avec une certaine grâce, il se passa la main sur le visage pour dégager son champs de vision alors qu'Anissa s'enfuyait en riant à pleines dents, son chacal tentant désespérément de survivre à la douce crise de folie frappant l'un et l'autre des dorniens. Comprenant finalement qu'il s'agissait d'une boutade de la part de la jeune femme et non d'une agression comme elle en avait l'habitude, le géant des Osseux s'arma alors d'un nouveau sourire et se mit à nager aussi vite que possible pour rattraper Lady Uller.

Bien qu'ayant pris un certains retard par rapport à elle, il parvint à la rattraper alors que l'improbable duo avait finalement pied. Surement moins véloce que la jeune femme, il compensait dans l'eau en étant bien plus puissant donc moins entravé dans ses mouvements. Ainsi, en quelques enjambées, il parvint à saisir le bassin d'Anissa pour la soulever de terre. Bien entendu, la belle sauvageonne se débattit violemment, causant de nouvelles blessures à son camarade de jeu, mais la force du Dornien était suffisamment impressionnante pour que, de sa poigne, il parvienne à lui faire quitter ses appuis et, malgré qu'elle se débatte farouchement tel un chat sauvage, à la propulser de nouveau dans l'onde sans le moindre ménagement, à quelques mètres de lui, dans un râle en tombant au sol. Lorsqu'elle refit surface, il était assis dans l'eau qui remontait jusqu'à ses côtes, riant à nouveau comme un enfant. Finalement, il se redressa, invitant Anissa à le suivre alors qu'il faisait volte face.

- Bon sang, ce fut la baignade la plus mémorable de ma vie, pour sûr ! Je ne te file pas un coup de main, pas vrai ? Je ne voudrais pas perdre un doigt...

Toujours aussi taquin, il se dirigea vers la berge où il s'installa finalement au sec, observant la jeune femme d'un air amusé. Alors qu'il retirait ses bottes pour vider toute l'eau s'y étant infiltrée, il s'adressa à nouveau à la jeune femme, d'un air apaisé.

- En tout cas, merci à toi pour... Beh, pour ce moment. C'était vraiment agréable pour moi.

D'un mouvement de tête, il désigna alors le pauvre petit animal dans le dos de la Vipère.

- Tu vas l'appeler comment, cette pauvre bestiole, au fait ?


"Je ne sais faire que deux choses dans la vie : la guerre et l'amour... Certains disent que ce sont les seules qui comptent réellement..."

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Message Lun 5 Nov 2012 - 0:48

Ses désirs étaient des ordres ? Si seulement. Alors qu'elle ricanait en progressant vers la rive, l'atteignant presque enfin tandis que le Ferboys se noyait à demi, elle songea vaguement à ses dires, tout autant qu'à l'eau qu'elle avait dans le nez et au temps qu'il faudrait à ses bottes pour sécher si elle ne les enlevait pas et profitait de leurs poids décuplé pour s’entraîner à courir. Si ses désirs ordonnaient aux hommes, ils seraient tous fort occupés à fourbir leurs bras ou leurs armes, la plupart des jeunes gens et des vieillards encore potents s'échineraient dans les champs et auprès des puits, tandis que toute la nation entière, telle une farouche guerrière, irait percer les flancs du royaume qui avait cru pouvoir la souiller. Il n'y aurait pas de place pour la détente tant que Westeros ne serait pas à terre, il n'y aurait nul rire autre que moqueur ou victorieux pour jaillir en même temps que le sang ennemi, il n'y aurait pas de bâtards effroyables tenant d'une lignée où on couchait entre frères et, enfin, il n'y aurait pas d'autre joie que celle de la chasse et de la guerre. Celle du meurtre, en soi. Hélas – heureusement – ce n'était pas le cas et, partout en Dorne, on entendait des rires joyeux, des chants frivoles et des causeries ineptes se mêler aux affaires banales – voire, déraison, au commerce avec l'au dehors. Elle en était là, à songer, entre deux gloussements rémanents dans sa gorge, à tout ce qu'elle pourrait faire subir à un marchand étranger s'il venait se perdre à sa portée, quand deux mains puissantes vinrent la saisir aux hanches pour la soulever.

Incroyable – le Ferboys venait de la surprendre. Aussitôt, elle se tendit, battant des jambes d'une façon qui n'avait rien de désordonnée, bien qu'elle fut rapide et frénétique : elle cherchait tant à le frapper qu'à le déséquilibrer. Découvrant les dents, elle en claquait au hasard, plus par nervosité martiale et goût du sang sur sa langue que dans un véritable espoir de poser les dents sur lui – bien que, si le malheureux laissait une oreille ou un doigt à sa portée, elle l'en délesterait volontiers dans l'instant. Elle parvint à l'agripper d'une main, saisissant son épaule près de la gorge de l'autre et, tandis qu'il lui faisait prendre de l'élan, elle y planta ses ongles avec toute la férocité qu'ont ces gens dépourvus d'empathie, qui n'ont en aucune façon cet instant de doute, cette minuscule retenue que des années d’entraînement ne peuvent pas effacer dans l'esprit d'un homme ayant encore un cœur : la répugnance à la douleur. Elle serra, il la projeta et elle tomba dans l'onde à nouveau, dans une gerbe d'eau – quelques autres gouttes étaient sanglantes. Il devait lui rester de sa peau sous les doigts.

Il ne l'avait pas jetée dans une eau trop profonde et elle frappa rapidement la vase pierreuse du lit de la rivière, que des restes végétaux rendaient moelleuse et collante mais, forte de sa précédente expérience, elle ne bondit pas de l'onde immédiatement, restant sous la surface une poignée de secondes, voûtée, sentant la pauvre bête – décidément bien maltraitée – se débattre encore et encore à son côté. Contrairement à Asafa, Anissa s'était astreinte à pouvoir combattre depuis n'importe quel lieu de Denfert et, aussi surprenant que ce puisse être, elle était une nageuse assez redoutable, non pas dans sa façon de faire – elle était trop accoutumée à avoir pied – mais dans ses apnées et ses bonds formidables. Toutefois, elle ne le sentait pas bouger, depuis la pénombre illuminée d'une lueur verdâtre de l'onde bousculée par leurs mouvements et, quand elle crut distinguer les traits immobiles dessinant la silhouette d'Asafa, elle creva la surface avec une lenteur maîtrisée. D'abord, ce ne fut que le sommet de son crâne et ses yeux luisants, illuminés de l'humeur carmine récemment versée. Elle progressait vers lui, presque à quatre pattes, s'approchant jusqu'à se redresser, comme une naïade – ou une vipère de rivière. Il se leva enfin, elle en fit tout à fait de même, ignorant les jappements désespérés de l'animal épuisé, lequel, probablement, ne pourrait plus être approché d'une rivière par une main d'homme sans vouloir mordre et déchirer. Le Ferboys lui déclara que cette baignade était la plus marquante de sa vie, « Lady » Uller, elle, tança une œillade plus qu'explicite vers la plaie du géant débonnaire, semblant par là confirmer – mais pas pour les raisons citées. Toujours bouche close alors qu'il gardait une distance entre eux et qu'ils progressaient presque de concert, la Vipère de Denfert gardait un silence aussi complet que le sourire sur son visage était étrange, surtout soutenu par ce regard appuyé et invariable, figé entre sa nuque et sa plaie.

Il s'assit au sec, elle gravit la rive après lui, sans grandes difficultés – les branches étaient plus des aides que des obstacles et la rivière n'était guère retorse sur cette rive – et, alors qu'il retirait ses bottes et la remerciait pour cette bagarre qu'il jugeait affable, elle se pencha très légèrement vers lui, pour lui cracher au visage toute l'eau qu'elle avait gardée contenue entre ses joues. Ce n'était pas bien énorme, elle avait préféré ne pas déformer sa bouche pour en prendre trop et l'alarmer sur ses attentions mais, toutefois, c'était assez abondant pour que l'imitation soit limpide. Observant, désinvolte et dégingandée, l'effet de son pantomime, elle posa une main sur le chacal pour le retenir de trop remuer, l'autre essuyant ses lippes avec une mine faussement affectée. La confession du Ferboys au propos de son agrément ne lui tira qu'un soupir nasal passablement méprisant. Puis, sans vider ses bottes, sans prendre la peine de s'ébrouer, ne dardant qu'un bref regard aux cavaliers éberlués, elle commença à se détourner. Se doutant qu'il y aurait prochainement d'autres rumeurs sur son compte, elle avisa théâtralement ses ongles pour que personne, ni Asafa, ni ceux qui l'avaient accompagné, ne manquent une goutte de son geste à venir. Après son inspection, elle porta lentement ses doigts encore emperlés de résidus de vase et de petits bouts de chair et les lapa, un à un, avec un délice évident. Et elle lâcha.
    « Pour moi aussi. Un dernier coup de langue. Pour moi aussi, vraiment. »

Elle découvrit les dents, haussant une épaule à sa dernière question, pour affirmer d'une voix moins suave et moins appuyée, plus évidente.
    « Je te l'ai déjà dit. »

Dans un concert de bruissements aqueux qui sonnaient organiques et assez écœurants, Anissa termina de se retourner, rajustant ses effets, flattant l'échine de l'animal infortuné qui s'était enfin calmé, non par confiance, mais plutôt parce qu'il était à présent tétanisé. Sans presser sa marche, tranquille et ondoyante, elle s'éloignait. Remontant la rive, elle adressa un bref rictus goguenard aux cavaliers qui, prudents, avaient gardé leur distance depuis les prémices de leur rencontre et ce ne fut qu'une fois qu'elle les avait débordés, qu'elle se retourna d'un coup, comme piquée par une envie prompte.
    « Mon père sera ravi que tu viennes lui raconter ! »

Oh oui, assurément, il serait comblé d'aise, le vieux Rennifer, qu'un Ferboys vienne lui dire, la bouche en cœur et le sourire effronté, qu'il avait adoré faire trempette devant témoins avec sa fille aînée. Ce n'était pas comme si la haine n'était pas déjà profonde entre les deux hommes – enfin, surtout de la part de son père, elle doutait qu'un homme comme Asafa puisse avoir l'instinct de survie suffisant pour être brusqué par l'attitude du lancier réputé. Mais, s'il venait à se croire réellement invité, s'il revenait à Denfert, nul doute qu'il serait accueilli comme seuls les Uller savaient le faire. Là, peut-être qu'il serait enfin contraint de se montrer en véritable guerrier, comme elle avait cru l'entrevoir. Peut-être qu'il préférerait fuir. Peut-être qu'il en crèverait. Dans tous les cas, la Vipère en était certaine : elle n'y perdrait au pire qu'un peu de temps et, quoiqu'il arrive, elle s'amuserait. Énormément.

Alors que le vent fouettait son esprit et que le soleil cuisait ses épaules trempées, Anissa s'ébroua et, tandis que quelques caravaniers la scrutaient encore, perplexes et effarés, elle s'élança dans le désert, laissant derrière elle des traces de pas humides, ainsi qu'une nouvelle rumeur à propos des Uller.
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Un chacal, des... Ferboys.

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