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Le Mangeur d'Homme

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Feuille de Personnage


Message Jeu 2 Aoû 2012 - 10:01

Griffe et pelage de lion, queue de scorpion et visage humain. Le serviteur grimaça au souvenir du dessin étrange aperçu sur les pages rêche d’un vieux livre d’un sourire semi-amusé, semi-angoissé. Pourquoi s’armer de poison lorsque déjà, la mâchoire dont s’écoulait le liquide, était munie de trois rangées de dents ? Les longues écritures torses qui entouraient la gravure devaient en expliquer la nature et la fonction, mais son attention ne s’était appesantie sur la ligne dansante qui pour lui, n’avait plus de sens que l’encre et la plume. Si une telle créature existait vraiment, Aaron avait au moins la certitude qu’elle demeurait bien loin des terres de la Couronne, fut-ce la première fois qu’il en entende parler. Mais cette idée le confortait tout autant qu’elle l’agaçait maintenant qu’il devait, par la demande de sa maitresse, se procurer de son venin.
Le son mat de la terre sous ses bottines succéda aux échos des pavés, bien trop tôt à l’idée de l’Agent qui songeait encore à sa destination une fois hors des remparts du Donjon Rouge. Il ne ralentit pourtant pas le pas en traversant la cours jusqu’aux épaisses portes gardées par quatre hommes imposants et chatoyants dans leur armure. D’un simple signe de tête, il accueilli leur regard inquisiteur et attendit qu’on lui laisse la voix libre. Habitué aux allées et venues du serviteur, l’un d’eux le questionna sur le motif de sa sortie d’une voix railleuse, mais il ne reçu comme réponse, que le sourire insondable habituel du jeune homme.

L’astre du jour avait peine à se lever lorsqu’il s’élança dans les rues de Port-Réal de sa démarche légère et rapide. Sans encore savoir de la Colline de Visenya ou des Docks il explorerait en cette matinée, il descendit à pas rapide l’allée de Sombrenoir afin de quitter les quartiers encore calmes entourant le donjon royal. Plus l’on se rapprochait de la Néra, plus les commerces emplissait les rues de vie, de cris et d’or. Au nord plus à l’intérieur des terres comme à Culpucier, il n’y avait de place que pour la vente de grain ou de vin, juste de quoi survivre sans frivolité. L’ancien enfant des rues savait très bien qu’il n’était un endroit où trouver des produits spéciaux ou même mystique. A l’amorce de la rue Croche, il s’arrêta et immobile comme une statue, se mit à réfléchir.
Au loin, il se rappelait la place poissarde et les vendeurs gueulant à plein poumons pour attirer l’œil sur leurs étales plutôt que celles voisines. Les portes de la rivière, dite de la gadoue tant le sol humide était foulé de marchands, de clients et de charrettes de marchandise découlant du fleuve, étaient toujours ouvertes, laissant libre circulation jusqu’au marché aux poissons. De nombreuses fois s’était-il aventuré si loin de Culpucier pour y voler sous couvert de toute l’agitation commercial, des objets et produits plus étranges les uns que les autres. De nombreuses fois avait-il aussi failli y perdre ses paluches se remémora-t-il avec un sourire nostalgique. Le marché aux poissons ne se restreignait pas seulement à ce que désignait son nom, il y trouverait toutes sortes de produits venu de par la mer. Toutes sortes de produits certes, mais du poison de Manticore ?

Haussant les épaules, il reprit la marche le long de la Rue Croche. Le soleil poursuivait sa course lente jusqu’aux hauteurs du ciel, mais la progression rapide d’Aaron lui donnait l’impression que peu à peu, la ville s’éveillait sous ses yeux attentifs. A l’approche de la place, les échoppes se faisaient plus nombreuses ainsi que les passants, les cavaliers, les charrettes. Au mariage de la rue de la Gadoue et de celle d’où il débouchait, il trouva tant de monde qu’il se cru en pleine après-midi. La vie discrète des couloirs du Donjon Rouge lui avait ôté l’habitude de la masse grouillante des citadins, aussi il cru un instant qu’on préparait un évènement particulier sur la petite place. Arrêté dans sa surprise, il scruta le balai désordonné sans y trouver une quelconque trace d’activité collective. Chacun allait et venait, gueulait et crachait puis disparaissait sans laisser sur place, que le passage de leurs pieds trainants dans la poussière.
La place Poissarde n’était plus loin et déjà en reprenant sa route, eut-il le loisir d’observer les tapis de plusieurs vendeurs. Des étoffes, des cailloux, des morceaux de métal ou de boue de différentes couleurs, des cordes, des épices. C’est sans ralentir le pas qu’il scruta attentivement les commerces successifs. La curiosité ne le piqua même pas lorsqu’une puissante voix vint lui percer les tympans à propos d’un cuir de cobra aux milles reflets. Ses yeux, comme ceux d’un rapace, survolait les camelotes variées sans les détailler, n’y voyant là qu’un objet de plus ne répondant pas à la demande de Lady Shaïra Seastar.
Sur la Grande Place, il ne s’attarda même pas pour y zig-zagger quelques temps et se dirigea directement jusqu’aux Portes de la Rivière. L’intense sensation qu’il aurait de toute manière à rebrousser chemin l’avait frappé alors qu’il observait la récurrence des marchandises sur les différentes étales décevantes. Même son fin sourire satisfait s’était effacé alors qu’il traversait les remparts extérieurs de la ville pour rejoindre le marché aux poissons.

D’ordinaire borné et méticuleux, il n’aurait survolé les échoppes de la sorte s’il avait été commandé pour une autre commission. Il avait certes confié les courses de routine à une autre, il prenait toujours soin d’aller quérir lui-même toute nouveauté sur la liste ou les produits nécessitant une certain qualité pour sa Dame. Jamais encore n’avait-il déçu sa maitresse, mais il n’était sûr de la continuité de cette affirmation. Déjà septique à entendre la demande, il parait à la quête d’un objet qui lui était tout à fait étranger et dont l’utilité restait un mystère pour lui. Peut-être aurait-il dû s’en informer un peu plus auprès de la lady ou alors du Mestre.
Le mystère et l’enthousiasme avait enveloppé le visage magnifique de Shaïra Seastar lorsqu’elle apporta cette commande à son intention. L’air de défi qu’elle se permit même d’esquisser aurait mieux fait d’inquiéter son serviteur plutôt que de l’encourager dans cette aventure. La demande était spéciale et il le su au regard de sa maitresse et à la mention de ce produit qui lui était inconnu. Ne s’était-il douté qu’elle en serait plus spéciale encore par son échec à y répondre.
Assombrit, il débarqua sur le marché d’une démarche si vive que certain hésitèrent à le héler pour vendre leur marchandise. Il n’y avait peut-être pas que cela, mais le poisson était tout de même présent en nombre sur les nappes de fagots montés en présentoirs. La puanteur s’en élevait si fort qu’on ne su distinguer le pourri du frais. Arrivant à une troisième allée du marché, Aaron se décida enfin à ralentir le pas et souffler en se rendant compte qu’il n’avait d’utilité à se précipiter, la ferme idée de son futur échec lui voilant les yeux à de possibles indices. On le bouscula, mais c’est son petit sourire mutin qui reprit sa place sur son visage.

Se sourire s’élargit alors lorsque dans l’ombre d’une baraque encrassée, se tenait un homme sombre et discret un peu à l’écart d’un attroupement de vendeurs de vin. Les yeux dorés de l’agent l’avait discerné dans l’ombre mieux que les autres marchands en plein soleil et ses oreilles avaient perçu son silence avec plus de clarté que les cris des autres. En tailleur sur le sol, le vieux encrassé avait pourtant disposé des objets sur une toile trouée devant lui dans l’espoir de vendre.
« Vous êtes bien avare en vente ! Pourquoi tant de discrétion ? » Le héla-t-il d’un ton léger. Il s’approcha du coin ombragé où trainait l’homme et observa son tapis. Griffes de félins, crocs de serpents, peaux de rongeurs et autres ramassis de chasseurs étaient posés sans grand effort de tri ou de présentation. Dans les yeux clairs d’Aaron brilla une lueur d’intérêt lorsqu’il aperçu un petit pot en terre qui put contenir de l’onguent et quelques fioles de métal.
« Et vous ? Pourquoi tant d’intérêt ? » Se décida-t-il à répondre d’une voix bien moins vieille que paraissait son corps. Dans un bac tressé à ses côtés s’éleva des sifflements furieux qui éloigna le client d’un pas, le sourire quelque peu faiblit. « Z’êtes pas chasseur. » Ajouta l’autre sur le ton de l’affirmation et avec un écho certain de dédain. Le tissu noble des vêtements, la chevelure propre et la peau claire du jeune homme n’aurait pus le contredire. De surcroit, l’expression clairement angoissée que tira Aaron en se rendant compte que quelque chose d’animal et vivant grouillait à quelques pas était la plus honnête des confirmations.
« Non, et pourtant mon horreur pour les bêtes me serait un atout pour les saigner.» répondit-il avec humour en tentant de faire fi des sifflements menaçants. «Ma crainte cependant, est de ce que je respecte et reconnait leur valeur. Ils sont des ombres que les hommes peineront toujours à attraper, des griffes et des crocs qui ne cesseront de faire trembler et des venins plus terribles que quiconque pourrait cracher.» Avec un sourire entendu, il plongea son regard solliciteur dans les yeux du vieux qui ne tira de son discours que quelques termes familiers. Griffes, crocs, venins, il en avait et c’est d’une main amputé d’un doigt qu’il les étala par-dessus les peaux, sous le regard de son client.
« Belette, Serpent et … Serpent ? » énuméra ce dernier sans grande conviction en pointant tour à tour les collections d’un doigt fin et timide.
« Blaireau, Chat et Serpent. Z’êtes pas chasseur. » Répéta-t-il après correction d’un air morne et dur.
« Que d’animaux pour si peu ! Un homme comme vous ne saurait se contenter de ça ! » S’exclama-t-il sans autre forme de malice que de feindre la sincérité dans sa flatterie. Avec un sourire malicieux, il se rapprocha malgré le panier de serpents et prit des airs de confidences en reprenant d’une voix murmurée. « Il m’est à l’idée que vous, le chasseur, tireriez bien plus belle prise d’un animal dont j’ai ouï dire. » Le chuchotement mystérieux du jeune homme poussa le chasseur à se pencher, attentif. Aaron pouvait lire dans ses sourcils froncés, un certain intérêt sans méfiance dont il se flatta. « Des griffes bien plus conséquentes que celles des blaireaux mais tout aussi aiguisées, un venin plus mortel que celui du serpent ou de n’importe quel animal. Et pourquoi poursuivre tant de chats, lorsqu’un seul de celui-ci, vous donnerait trois rangées de crocs… » Le silence retomba sur le petit duo et sans bouger, bien que bientôt lassé, Aaron attendit que le déclic se fasse. Qui d’autre qu’un chasseur pouvait lui offrir les substances d’une telle bête ? « Le… Le Mangeur d’Hommes ? » Balbutia le chasseur d’une voix bourrue et hésitante, aussi faible que celle du confident. « La Manticore. » nomma l’Agent avec un grand sourire, ravit que sa pêche soit fructueuse dans le lac lisse et sombre de l’esprit du vendeur.

« Naah, nah ! J’m’en vais pas par là moi. » S’exclama soudain le vieux en se refrognant et en agitant sa guibole pour chasser l’idée que l’Agent avait sournoisement tenté d’insinuer dans sa tête. Frustré d’un tel rejet, Aaron se redressa pour se replacer en face de l’homme mais ne laissa aucune déception entacher son petit sourire. « Ca s’chasse pas ces bêtes là ! Ca s’rait comme vouloir attraper un dragon avec un filet à corneilles ! »
« Me faudrait-il donc trouver un brave qui ne différencierait pas dragon de corneille ? » soupira alors le jeune homme d’un air soudainement contrit et déçu. Il détourna le regard vers quelques tonneaux d’alcools entassés plus loin d’un air désintéressé mais tendit une oreille très attentive.
« Naah, nah ! Ya pas un fou qui ferait ça. Qu’importe l’or, tu trouveras d’arme ou de piège pour c’te bête. Qu’importe l’or, c’est toi-même que tu t’en va tuer si tu vise ça. Ca s’en parle même pas chez les chasseurs ! C’est un truc de sorcières ça, c’est elles qu’en parlent tout le temps… Le venin du serpent, ça te tue n’importe qui et n’importe quoi, mais à ces folles il leurs faut les tripes du démon. Qui sait ce qu’elles veulent tuer ! »
L’air contrit disparu bien vite du visage d’Aaron, mais le chasseur n’eu le loisir de voir son sourire satisfait alors qu’il partit sans aucune forme de salutation. « C’tue n’importe quoi l’poison d’serpent ! » s’égosilla le vendeur laissé en plan mais seule Lady Shaïra connaissait l’usage qu’elle ferait du poison, et ça n’était celui d’un serpent qu’elle avait demandé.

Sorcière. Pourquoi n’y avait-il songé ? Nombreuses étaient les voix qui susurraient de telles rumeurs à propos de Shaïra Seastar. En tant que serviteur, il se gardait bien de confirmer cette idée, mais les courses toujours plus étranges de sa lady ne l’aidaient à la démentir. Adoptant à nouveau son pas agile et rapide, il passa le marché sans plus y accorder un regard ou grimacer à l’odeur fétide des produits moisissant. Son sourire satisfait et cette fois-ci quelque peu amusé avait reprit place sur son visage. Rebroussant chemin, il lui fallu peu de temps pour repasser sous les Portes de la Rivière et emprunter la droite rue de la Gadoue.
Qui sait ce que Lady Shaïra voulait tuer de ce poison si redoutable se rappela Aaron de son entrevue avec le chasseur. Il ne chercherait pas à savoir, comme à son habitude, bien que la curiosité l’eu titillé mainte fois l’esprit. S’il y eu un personne qu’Aaron détestait épier, c’était bien sa bienfaitrice et maitresse Shaïra Seastar. Elle n’était pas ennuyeuse ni indigne d’intérêt loin de là, mais son serviteur s’était rapidement obligé à détourner le regard des choses que la dame n’aurait voulu qu’il sache. Obligé de reconnaissance et de loyauté, il s’efforçait en cela de garder l’image pure et divine qu’il avait de sa dame. Sa félonie naturelle lui murmurait déjà trop à l’oreille comme une maitresse illégitime sans qu’il ne se donne d’autres raisons d’affaiblir ses désirs de bien faire et bien servir Shaïra.

Alors qu’il gagnait la rue des graines, son pas s’alourdit soudain. Perdu dans ses pensées, il n’avait remarqué le silence étrange des rues si loin du marché et de ses gueulards. Soucieux, il observa les maisonnettes qui bordait le passage bien qu’il n’y eu plus de marchandise à convoiter. La journée était bien entamée mais les fenêtres étaient toutes masquées de pans de bois ou de tissu. Les rumeurs des passants avaient des échos de confessions et de secrets.
Débouchant sur la place du Septuaire, le serviteur eu le malaise de découvrir un spectacle complètement différent des autres auxquels il avait assisté en début d’escapade. Bien que l’espace fût bien plus grand que les précédentes places, le monde y était moindre. Les démarches semblaient fuyantes et la poussière qui s’élevait des pas donnaient aux passants des airs d’ombres, de fuyards. Pris d’un malaise sans explication, l’agent gagne la rue des Sœurs en longeant l’ombre des bâtiments plutôt que de traverser sous le soleil et le regard des autres. Même une fois à nouveau entouré de deux alignements de bâtisse dans la rue des Sœurs, le jeune homme ne regagna pas son assurance. Marchant à pas mesurés et prudents, il inspectait autour de lui d’un air méfiant. Jamais, depuis qu’il eu l’âge d’errer les rues, ne s’était-il sentit à l’aise dans cette rue et ses alentours. Bien qu’aucune activité ne se devinait derrière les murs, il se sentait étrangement épier à son tour, et quel atroce sensation pour un éternel observateur.
Cette crainte cependant, il l’apprécia en cet instant où il n’était plus un sale gamin des rues. Il se rappela ses cauchemars d’enfants alors qu’il découvrait encore Culpucier et Port-Réal au gré de ses espionnages et autres petites missions. La rue des Sœurs reliant le Grand Septuaire et Fossedragon était, lui avait-on dit, lieu de religieux, d’hommes des Dieux comme femmes des Démons. Comme scruté par l’œil divin du ciel, il n’était de rue plus baignée par le Soleil alors que les ruelles qui l’entouraient ne s’illuminaient qu’à la lueur de la Lune. En effet, alors qu’Aaron décida de quitter la grande allée, il se trouva dans une ruelle trop étroite et sinueuse pour y laisser entrer la lumière du jour. La fraicheur de l’ombre lui apporta pourtant un peu de soulagement. S’il avait eu loisir de connaitre la religion, il se serait sûrement complu des démons plus que des Dieux. Progressant avec précaution, il se força à apprécier la discrétion des ombres et à réprimer son angoisse alors que dans le labyrinthe s’ouvrait peu à peu des portes menant à des caves sombres.

Il s’arrêta devant l’une d’elle, rassuré par la lueur tremblante d’une flamme à l’intérieur ou trop angoisser pour continuer à errer sans direction, il ne saurait le dire. Non sans s’insuffler une bouffée de courage, il pénétra dans l’antre obscure. De part et d’autre de la porte, pendait d’étranges colliers dont la nature des perles lui donna un frisson à l’échine. Fruit comme animal séché flottaient là sans émettre la moindre puanteur ou attirer les mouches et les vers. Intrigué, le jeune homme pensa même reconnaitre une tête humaine pas plus grosse qu’un poing de bébé le dévisager avec un sourire effroyable.
« Il est gardien. » susurra une voix douce de jeune femme qui fit néanmoins sursauter le serviteur. A la vue de la fille, il éclata d’un air nerveux. « Ha ! Je ne crois pas avoir traversé la bonne porte… »
« NON ! » s’exclama-t-elle en faisant sursauter son visiteur une nouvelle fois. « Si gardien laisse entrer, alors il ne repartira sans son dû. » Ses cheveux longs et sales s’accrochaient à son crane tels de longues sangsues poilues et sa peau pâle semblait parsemée de centaines de gouttes de sang. A la lueur des quelques lanternes allumées, ses yeux brillèrent d’une lueur verte intrigante.
Quelque peu inquiété par les propos de la femme, il s’arrêta tout de même dans sa sortie et lui fit face. Son sourire avait faiblit et ses mains se tordait mais c’est joyeusement qu’il prit la parole, comme pour conjurer la noirceur et l’oppression que lui inspirait ce lieu, et cette fille. « Et bien donnez-moi mon dû alors. Je viens chercher du poison de Manticore. »
Cette fois-ci il ne s’agissait plus de sinuer habilement jusqu’à la vérité comme il l’avait fait au marché. L’agent n’avait nullement l’intention de s’éterniser pour obtenir autre chose de la sorcière que ce pour quoi il était venu. Observant l’expression de la fille avec attention, il vit tour à tour passer la surprise, la peur et la méfiance passer sur ses traits d’enfants. « Eh bien ? » insista-t-il en forçant toujours la légèreté dans son attitude alors que le silence sembla être sa seule réponse. Elle le scruta à son tour et ses yeux le léchèrent de haut en bas avec une convoitise toute autre que celle de la luxure. Elle pensa peut-être demeurer un mystère, cachée dans la pénombre, mais cette expression Aaron la connaissait trop bien pour ne pas la reconnaitre, telle une vieille amie. Même si sa bourse n’était pas visible, la coquine avait su déduire de son allure et son accoutrement que quelque part, du métal précieux attendait d’être dépensé.
Sans un mot, le dos voûté, la gamine s’éloigna pour gagner une autre pièce, laissant son client incertain de sa réponse. Alors qu’elle lui tourna le dos, il pu constater qu’elle y avait glissé un morceau de métal brisé pouvant lui servir de lame. La chose était plutôt malvenue alors qu’Aaron était désarmé, mais confiant, il tâtonna dans sa manche à la recherche de la seule chose qu’il avait sur lui. Sous ses doigts, il sentit le satin s’ouvrir et laisser place à un rond de métal froid. Il la saisit et laissa le reste en bonne cachette avant que ne revienne la commerçante, berçant dans ses mains une fiole d’un verre sale. A l’intérieur, dansait paisiblement un liquide brun. Sa couleur restait indéterminée tant la lumière était faible, mais Aaron y fit fi, ne sachant qu’elle apparence ou couleur ce qu’il cherchait devait arborer. Il l’accueilli avec un grand sourire et alors qu’on lui tendait la fiole il fit scintiller entre ses doigts, un dragon d’or. Amusé de l’envie criante de la sorcière, il la fit danser devant ses yeux en se glissant à ses côtés. La pauvre idiote hypnotisée par la pièce ne vit pas que l’autre main du jeune homme ne vint pas saisir la fiole, mais le couteau improvisée qu’elle avait glissé dans son dos.

« Pitié ! Qu’il épargne ma vie ! » Supplia-t-elle bientôt alors que lentement, le métal venait lui entailler la peau de la gorge. Sur le sol brillait le dragon d’or et dans la main d’Aaron s’agitait le liquide. Avec un sourire, le jeune homme le scruta comme s’il pourrait y voir scintiller l’authenticité. Avec un haussement de sourcil, il dû bien se rendre compte qu’il n’avait de moyen de confirmer la nature du produit. Une idée pourtant le titilla et avec malice, il se tourna vers sa victime, emprisonnée entre le mur et sa propre lame. « On dit que le poison de Manticore est ce qu’il existe de plus néfaste. Sans aucun doute tuerait-il un homme au moment même où ses lèvres toucheraient sa surface. Homme ou femme… Voilà une bonne réserve, je pense pouvoir me permettre une goutte, pour voir. »
De deux doigts il ouvrit la fiole et l’approcha du visage apeuré de la vendeuse. « Ouvre, ou c’est ta gorge qui s’ouvrira. » Commanda-t-il, ferme mais avec un amusement malsain. Tremblotante, la fille s’exécuta et entrouvrit ses lèvres alors que ses paupières se fermaient. Avec un petit rire, il comprit la supercherie. Qui, menacé mort choisirait si facilement l’autre alternative aussi supposée être mortelle ? « Sait que si c’est de la pisse de chat que tu as mis dedans, je ne te laisserais vivre pour avoir tenté de me tromper. » lui susurra-t-il à l’oreille. La gamine éclata en sanglot et la peur faisait crier ses huit voire sept années sur son visage tordu. Si jeune et déjà piégée par la mort. Eut-elle eu ce que l’homme au sourire voulait, elle aurait dû le goûter et s’empoisonner elle-même, mais alors qu’il la força à avaler l’entièreté de la fiole, elle le recracha en ayant rien de plus qu’un sale goût dans la bouche. Toussant et recrachant le mélange infect qu’elle avait voulu faire passer pour le poison, elle chuta au sol, désemparée, suppliant le serviteur d’épargner sa vie.
« Il y a vrai ! Il y a vrai ! Chez les sœurs, Elda ! Elle seule plus grande noirceur, elle seule ! » S’exclama-t-elle hoquetant de sanglots. Feignant n’avoir d’intérêt pour ses paroles, Aaron la menaça une fois de plus du couteau en la pressant contre sa cuisse jusqu’à en faire couler un liquide plus sombre que clu ide la fiole. « Maison aux draps violets ! Près du triangle ! Elle a ! Elle a ! Poison de Manticore, elle a, vrai ! » Hurla-t-elle encore et encore jusqu’à ce que sa voix ne lui permette que de pousser des râles et des hoquets étranges.
Aaron se satisfit de sa dernière réponse. Les gens étaient généreux de vérité lorsqu’il pensait y trouver leur salut. Se relevant, le serviteur laissa tomber la lame ensanglantée pour ramasser son dragon d’or. Il rangea ce dernier sans sa petite bourse de satin en se tenant au dessus de la fille. Etrangement, malgré le corps lacéré et le sang poisseux, le lieu n’était plus aussi terrifiant. Avec un sourire et toujours sans un mot, l’Agent sortit en accordant un dernier regard amusé à la tête réduite.

Dans la rue des Sœurs il retourna donc et sous les rayons du Soleil à son zénith, il se sentait lourd et bancale, comme si sa bourse lui pesait soudainement sur la manche. Il n’avait l’habitude de sortir avec une telle fortune sur lui, mais l’achat le lui obligeait. Le poison de Manticore était tout aussi difficile à trouver qu’à acheter et ça n’était pas le dragon d’or seul avec lequel il amadoua la précédente fille qui suffirait à s’en procurer. Du moins, c’est ce que sa maitresse sembla penser alors qu’elle lui confia la petite bourse. Bien que personne ne fut observateur de ses mouvements, le serviteur se senti à nouveau scruté, détaillé, et il craignit un instant qu’on vienne le dépouiller. Pressant le pas, il regretta de n’avoir embarqué la lame de la gamine et se maudit de n’être plus prévenant en terme d’accessoires de voyage. Il n’avait l’habitude de trimbaler des possessions et lorsqu’il passait commande pour sa maitresse, elle veillait toujours à lui procurer le nécessaire pour sa tâche.
Le triangle, il fut heureux de le connaitre car la sorcière n’avait su être plus précise et s’était obstinée à répéter encore et encore le peu d’information qu’elle-même détenait. Il y arriva bientôt et commença à chercher le bâtiment qui correspondrait à la description. Il tourna deux fois les angles du triangle avant d’apercevoir la bâtisse dont les fenêtres arboraient des rideaux de tissus translucides mais violets. La porte étant close, il cru d’abord à un bordel, mais alors qu’il toqua, la porte s’ouvrit sur une petite cours fleurie bien trop sophistiquée pour un lieu de luxure. Des pommiers traçaient un petit chemin que le visiteur emprunta jusqu’à une seconde porte ouverte. Les fenêtres laissaient passer une lumière ensoleillée bien plus banale et rassurante que dans la cave où il avait eu l’idiotie de se rendre. Mais trouverait-il vraiment ce qu’il cherchait en ce lieu de richesse et de lumière ? Il commença à en douter.

« Vous n’êtes pas le bienvenu ici. » s’éleva une voix derrière un voile violet et dans l’embrasure d’un passage apparue une dame, toute aussi voilée que sa demeure. Sa stature était droite et ses membres enveloppés d’une couche de chair épaisse. Trainant ses babouches sans beaucoup d’élégance, elle n’avait pas du tout l’apparence effrayante de la sorcière à laquelle Aaron s’attendait. Il fut presque déçu de n’avoir sursauté comme avec la jeune fille, mais il l’accueilli tout de même avec un sourire et une petite inclination. « En êtes-vous bien sûre, Elda ? » En la narguant de son assurance, il alla à nouveau piocher dans sa manche sa petite bourse de satin. Sans prendre la peine d’exhiber l’or, il fit rebondir les pièces avec un petit son métallique délicieux. Lui l’appréciait, mais la femme lui jeta un regard noir et plein de dégoût qui le surprit. Certes n’était-elle pas aussi nécessiteuse que l’autre enfant, mais de là à ne pas tressaillir au son prometteur de la fortune… « Exécrez-vous l’or folle femme ? » souffla-t-il avec un rire dubitatif. « J’exècre le votre car il est taché de sang ! » grogna-t-elle en allant s’affaler sur des coussins mauves et rouges. Ne comprenant pas comme la sorcière pu voir les pièces à travers le tissu, il lui jeta un regard plein de questions. Il finit par défaire la bourse de ses doigts précis mais l’or lui paru tout aussi chatoyant que lorsque sa dame le lui avait confié. Ce ne fut qu’en captant l’œil de la femme qu’il comprit qu’elle observait les tâches de sang séchées qui collait le tissu autour de ses jambes. « Oh. » laissa-t-il échapper d’un air d’excuse. « J’aurais dû m’attendre à ce qu’une vendeuse de poison déteste la vue du sang. » ajouta-t-il en plaisantant. Une fois de plus il fit face à un regard sombre et sérieux, mais ne se laissa pas décourager. « Même le plus puissant des poisons n’en saurait verser une goutte n’est-ce pas ? »
« Le souffle du Mangeur d’homme ne sera jamais tien ! » s’exclama alors la sorcière soudainement empli de panique et de terreur. Surprit et amusé Aaron se protégea même de ses cris en portant devant lui ses bras. Qu’est-ce que ma maitresse m’envoi donc quérir se demanda-t-il une nouvelle fois en rigolant. « Allons qu’est-ce que ça peut bien vous foutre de qui je tue ! » s’exclama-t-il sur le même ton d’offense sans pourtant quitter son rictus plaisantin. Il s’attendit à plus de cri, lus de colère encore mais celle-ci semblait soudainement tomber, le laissant comme un équilibriste avec le vertige. La bouche de la femme se ferma, ses sourcils se froncèrent mais dans ses pupilles, la moquerie vint se mêler à la méfiance.

« Qui t’a donné cet or ? » demanda-t-elle alors d’un ton malicieux que l’agent n’appréciait pas du tout dans la bouche des autres. Comment savait-elle qu’il ne fut pas son propre client ? Il l’observa, méfiant à son tour. « L’or taché de sang est rarement donné. » répondit-il d’une voix ferme et insolente. « Qui t’envoie quérir le poison chez Elda ? » s’obstina-t-elle à demander sans se laisser déstabiliser. Elle n’eu pour seule réponse le sourire mystérieux qu’affichait toujours Aaron lorsque la conversation ne prenait la direction qu’il souhaitait. Ce sourire, il avait parfois pour effet de conforter l’autre peu importe sa pensée et cette fois-ci, cette réponse non formulée sembla plaire à la femme voilée. Malgré le dédain qui le déformait, le sourire était bien visible sous son filtre violet et une langue grasse vint faire reluire ses épaisses lèvres.
Elle se leva, lourdement et gauchement en prenant tour à tour appui sur ses mains puis sur ses jambes dans une attitude quelque peu simiesque. Une fois sur ses babouches, elle repartit d’où elle vint en les faisant frotter sur son sol. Aaron, lui, la suivit du regard avec son air satisfait mais sans être sûr qu’il l’était vraiment. Immobile, il se contenta d’observer le rideau violet qui se referma derrière le dos de la femme, jusqu’à son retour.
Lorsqu’elle revint, ses mains étaient recouvertes d’épais gants de cuir qi rappelaient ceux des chevaliers et au creux de sa paume gauche, se trouvait un petit sachet de tissu semi-transparent, semblable à tous ceux qui pendaient dans sa demeure. De son œil perçant, il vit briller en son sein, une petite perle transparente aux reflets jaunes. La chose avait bien moins l’apparence de poison que ce que l’autre gamine lui avait apporté et pourtant, un frisson d’excitation lui parcouru la nuque à la vue de la chose. La sorcière murmura quelques étranges incantations ou prières alors qu’elle posait délicatement le sachet sur le meuble devant elle. Ses yeux s’étaient écarquillés dévoilant leurs blancs et ses lèvres tremblèrent. Le serviteur, toujours immobile, l’observa avec une fascination invisible.
Soudainement, la femme soupira et se relaissa tomber sur son canapé. Ôtant ses gants avec des gestes bien moins précautionneux que lorsqu’elle manipulait le petit sac, elle les lança dans un coin de la pièce. « Trois. » reprit-t-elle d’une voix très banale, presque ennuyée. Un éclair de surprise passa sur le visage du jeune homme. Quatre dragons d’or pour ce tout petit objet, cela lui paraissait complètement fou. Son regard se porta sur la marchandise scintillante. Comment chercher à tester son authenticité alors qu’il en avait si peu ? « Trois dragons d’or. » insista la sorcière sans le lâcher des yeux. Bien que l’achat paru pure folie au serviteur, c’était bien le prix qu’avait estimé Shaïra Seastar en le dotant d’une bourse de quatre dragons. Devait-il se rassurer du prix ? Nargué par la présence de la chose qu’il avait tant cherché, il finit par saisir les trois pièces et de les poser sur le meuble aux côtés du sachet. Avec un sourire, il vit la grimace de la vendeuse alors qu’elle se rendait compte qu’il restait une pièce dont elle aurait pu exiger. Il rangea cette petite fortune mais hésita à se saisir de son achat. Ne devait-il porter les mêmes gants que la femme pour le toucher ? Le tissu lui paru bien inoffensif et la perle bien petite, mais avec un dernier regard à la femme, il pinça le sac de ses deux doigts.
« Prochaine fois, dit à ton maitre qu’il est aussi stupide d’envoyer un serviteur stupide. Et pour quelle commande ! Ne souhaite-t-il plus à ce point vouloir me voir ? » L’insulte et la phrase sans sens ne déstabilisa pas l’agent qui au contraire, revêtit le plus satisfait de ses sourires. « Et je le lui dirais sans faute. Pour la prochaine fois. » dit-il avec déférence en s’inclinant longuement. La manœuvre les fit tout deux se gonfler de satisfaction. Quel plaisir de se sentir intelligente en croyant démasquer le serviteur d’un client, et quel plaisir de jouir de la stupidité des déductions de l’autre ! Peu importe de qui la femme parlait, Aaron profita de son erreur pour se faire passer pour le client régulier. Peut-être n’aurait-il pas eu ce qu’il cherchait s’il n’y avait eu méprise sur l’identité de son maitre. Les termes de "prochaine fois" sonnaient aussi comme une garantie gratuite à ses oreilles. Il avait déjà déduit de la stature de la maison et des cris désespérés de l’autre sorcière qu’Elda ne disparaitrait pas sitôt sa paye saisie. Elle ne craignait donc pas qu’un client trompé lui revienne épée au poing pour lui couper les mains et la langue. Il rangea dans sa manche, auprès de la bourse en satin, son petit sachet de poison et traversa à nouveau la petite cours. Il n’y avait à la porte, qu’un garde plutôt assoupi et la sorcière avait quitté son canapé pour s’éclipser à nouveau.
Le Soleil était déjà passé à l’ouest lorsqu’il sortit de la demeure avec un long soupir satisfait. De ses yeux perçants, il ne tarda pas à repérer une petite ombre cachée dans la pénombre d’une ruelle. Il héla le gamin qui accouru comme s’il l’avait attendu. Ses pieds arqués, ses côtes saillantes, sa peau brune et ses cheveux crasseux lui rappelèrent son enfance comme un miroir du passé mais il ne laissa de place à la nostalgie et exhiba dans sa main un long ruban doré, orné de dentelle et de quelques perles de cuivre. Les yeux du petit s’écarquillèrent et son estomac gronda involontairement. « Tu n’as pas peur d’Elda la sorcière toi hein ? Garde un œil sur elle pour moi et à chacun de mes passages, je te donnerais un bout de sa maison contre un bout de ses visites. » dit-il avec douceur en plaçant le ruban dans les mains crasseuses du petit. Hochant vigoureusement la tête, celui-ci se hâta de le cacher dans son slip huileux et de regagner la pénombre. Un stupide garde-rideau offrirait à ce petit une grosse miche de pain et à Aaron une bonne idée sur les clients de la sorcière, dût-il revenir et pourquoi pas, user d’un nouveau maitre.

Pour regagner la colline d’Aegon, le serviteur dû traverser Culpucier, son quartier d’enfance. Il connaissait celui-ci si bien qu’il déboucha Rue des Tisserands aussi vite que s’il eu chevauché un cheval au galop. La progression jusqu’aux portes du Donjon Rouge fut un peu plus pénible. L’après-midi étant bien entamée, les rues se bondaient de monde et il fallait être prudent car, masqué par les souffles de poussière, on pouvait se retrouver sous les sabots des chevaux à chaque intersection. Lorsque le serviteur arriva enfin aux portes gardées, sa peau pâle était recouverte d’une couche de saleté que poussière et sueur avaient durcie. Il se présenta devant les gardes et on s’amusa à le narguer quelques minutes en le prenant à tord pour un indésirable. Oui, Aaron était un homme qui ne méritait vraiment de passer ces portes, mais les gardes le bloquèrent plus pas humour mauvais que par réel jugement. Ne leur offrant comme réaction rien d’autre que sa fine fissure amusée, il les lassa rapidement et pénétra au Donjon Rouge. Les repas devaient déjà avoir été servis car le fumet des plats ne vint pas titiller les narines du jeune homme qui pressa le pas jusqu’à sa maitresse. Une servante lui indiqua où la trouver et bientôt, il s’arrêta devant une grande porte de bois.
Il saisit le sachet violet mais par ce geste, ses doigts effleurèrent aussi la bourse de satin. D’un geste vif, il arrêta le garde qui s’apprêtait à l’introduire et se permit de réfléchir. Sa dame lui donnait toujours le nécessaire pour ses achats ce qui menait souvent à qu’il revienne sans plus que ce qu’on lui demandait. Mais cette fois-ci, dans sa manche lui restait un dragon d’or non dépensé en plus du poison de Manticore. Quel mal y avait-il à prétendre que le poison avait couté le prix prévu et garder la fortune ? Le garde s’éclairci la gorge pour le sortir de sa réflexion silencieuse mais cela ne lui valu qu’un regard acide de la part de l’agent. Bien qu’elle ne fût pas de cette nature, Aaron prit interruption comme un reproche et il piétina, un peu embarrassé. Se décidant enfin, il sortit la bourse de sa manche et indiqua d’un signe de tête au garde qu’il était temps de signaler son retour à la lady.
« Milady ? Aaron est de retour. »
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Shaïra Seastar
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Message Jeu 23 Aoû 2012 - 22:29

Nombreux étaient les domaines dans lesquels Shaïra se plongeait avec zèle mais l’un d’eux gagnait sans problème sa pleine prédilection : l’herboristerie. Un art trop souvent négligé et qui siégeait pourtant au cœur de nombre autres disciplines, telle que la médecine ou la confection de poisons ou de philtres à la destinée plus ou moins avouable. Avec le temps, les voyages et l’apport de différents apprentissages la Seastar était devenue, si ce n’est une experte, une botaniste particulièrement férue et douée. Non seulement elle savait appliquer les recettes lues ou entendues avec un doigté quasiment parfait mais plus que cela, elle créait elle-même ses propres breuvages et autres concoctions. Elle s’inspirait librement d’ouvrages ancestraux ou venus des lointaines et mystérieuses cités libres et quand elle n’inventait pas entièrement un nouvel élixir, elle s’empêchait rarement d’y apporter sa touche personnelle. Cependant les applications comme les créations requéraient un nombre particulièrement conséquent d’ingrédients d’origines diverses et variées. Certains étaient on ne peut plus aisé à trouver : herbes en tout genres, minéraux, sucs d’animaux, les commissions ne manquaient pas. Shaïra n’avait jamais songé à se servir dans les réserves du mestre – si ses penchants étaient connus et qu’elle s’en moquait, elle préférait autant ne pas trop attirer l’attention au risque de voir ses recherches interrompues puis interdites – ainsi il avait rapidement fallu qu’elle trouve un moyen pour se procurer le nécessaire et garnir ses armoires d’éléments… Mais comment mener cette tâche à bien ? Envoyer un garde ? Une idée ridicule qu’il l’avait à peine effleuré. Une servante ? Peu avaient sa confiance, et parmi elles elle refusait d’envoyer une pauvre femme dans les dangereuses rues les plus sombres de Port-Réal, de véritables coupe-gorges. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises elle était descendue en ville elle-même, seule, sans même une escorte, seulement voilée pour cacher sa lactescente chevelure caractéristique des Targaryen, qui aurait tôt fait de la révéler au grand jour. Malgré sa relative roublardise Shaïra était prudente et ses escapades ne duraient jamais bien longtemps, pourtant il y a un jour où elle crut voir venir la fin et être rappelée aux côtés des Sept… Et c’est ce jour-ci qu’elle fit la rencontre d’Aaron, qui la sortit des griffes d’un marchand peu scrupuleux. L’avait-il reconnu ? Pensait-il recevoir une digne récompense, à la hauteur de l’effort ? Encore aujourd’hui elle ignorait… Mais dans cet homme de Culpucier au regard malin, elle vit la solution à toutes ses préoccupations.

Leur collaboration débuta ainsi et fut d’ordre strictement marchand : elle passait commande et lui confiait une bourse garnie, il se débrouillait pour revenir avec ce qu’elle recherchait, elle le payait en retour avec une dépensière générosité. Alrik Mallery eut tôt fait de se rendre compte de la présence du roturier et à la surprise de la lady, il ne se montra pas hostile avec l’homme qu’il considérait comme bon. Débrouillard et donc potentiellement dangereux en situation de crise, mais bon pour elle. Rassurée sans l’avouer, la Seastar avait alloué des missions de plus en plus vastes et d’importance à Aaron et leurs liens s’en étaient trouvés significativement raffermis. Pouvait-on à présent parler d’amitié ? Peut-être, cela dit apposer un mot sur leur relation lui semblait surfait, Shaïra préférait largement s’en passer et jouir de l’instant, heureuse – étonnamment ? – d’avoir un homme comme Aaron à ses côtés. Toutefois cet état de fait et la confiance évidente qu’elle plaçait lui, ne l’en dispensait pas de le tester de temps à autres avec une espièglerie à peine dissimulée. C’est ainsi qu’elle l’envoya à la quête du venin de manticore, un poison extrêmement efficace, extrêmement rare et donc extrêmement cher. Volontairement elle lui allégua une bourse conséquente – pas moins de quatre dragons d’or, une somme qui fait aisément saliver – mais insuffisante pour un tel trésor. En effet dans son souvenir il avait fallu qu’elle s’allège de cent dragons d’or pour obtenir seulement une fiole ! Un prix exorbitant qui rendait la commission d’Aaron pour le moins… Laborieuse. Le jeune homme avait pourtant accepté sans rechigner, sans même requérir des explications sur ce qu’il devait trouver. Un fin sourire aux lèvres Shaïra l’avait laissé partir… Pour la plupart des quidams la manticore était une créature légendaire et chimérique, avec une tête d’homme, un corps de lion et une queue de scorpion, on la retrouvait notamment dans les légendes valyriennes. Pourtant et concrètement ce n’était qu’un scarabée noir et vert originaire de l’Orient, une créature relativement classique mais mortelle, dont la piqure provoquait un décès rapide et prodigieusement douloureux. Plus que la lecture des récits, la Seastar avait assisté à un empoisonnement et à ses effets… La plaie se nécrosait rapidement, devenant noire, purulente et pestilentielle tandis que le venin progressait dans les veines du malheureux, jusqu’au cœur. Il n’y avait pas de remède connu, ou en tout cas le poison était si rapide qu’il était impossible de secourir et guérir quelqu’un touchait par le dard. Une fin terrible… Cependant, tout mestre et tout herboriste un tant soit peu renseigné sait que les pires poisons, différemment dosés ou traités, forment de prodigieux remèdes et possèdes des caractéristiques extraordinaires et bien souvent uniques. Shaïra voulait les découvrir et les tester, entre autres choses.

C’est donc animée d’une certaine fébrilité qu’elle avait attendu le retour d’Aaron. Elle croyait en ses capacités, malgré le côté quasiment impossible de sa tâche, elle savait pertinemment qu’il ne rentrerait pas les mains vides. Avant même qu’il ne se présente aux portes du Donjon Rouge Shaïra avait eu vent de son retour prochain, et s’était donc arrangée pour lui préparer un accueil digne de ce nom. Se doutant qu’il devait être aussi sale qu’affamé, elle avait demandé à plusieurs servantes de préparer un bain dans la salle d’eau adjacente à ses appartements, et de dresser une table bien garnie dans ces derniers. Un traitement de privilégié pour celui qui n’était pour beaucoup qu’un serviteur parmi d’autres, mais si Shaïra savait récompenser ceux qui lui étaient fidèles elle chérissait fastueusement les quelques âmes qui lui étaient précieuses. Brynden, Alrik, Yevana en faisaient partis… Aaron également. Qu’importe alors sa naissance et son rang. Elle patientait, sereine, effigie muette statufiée dans sa beauté louée aux quatre coins de Westeros, celle que l’on disait être la plus belle du continent ne faillait pas à sa réputation. Vêtue d’une longue robe opaline et au généreux cache-cœur, le tissu épousait ses formes, ses cambrures, avec une grâce et une sensualité toute particulière. Le vêtement présentait d’amples manches finement brodées de fil d’argent et s’achevait sur une délicate traine, complimentant sa céleste silhouette. Des atours uniques et précieux mais que Shaïra ne maquillait pas d’extravagance elle ne portait donc au cou que son collier favori, la pièce héritée de sa mère Serenei de Lys sertie de saphirs et d’émeraudes qui rappelait la teinte polychrome de son regard, ainsi qu’un diadème discret chargé de coiffer et maintenir harmonieusement la cascade d’argent et d’or qui dévalait son échine jusqu’à la chute de ses reins. Enfin, un garde lui annonça la venue d’Aaron. « Fais-le entrer, merci. Et laisse-nous, murmura-t-elle en se levant de son siège et abandonnant son ouvrage, qui justement traitait de la manticore. C’est avec une large risette accolée à ses roses lippes qu’elle accueillit le jeune homme. Bonjour Aaron. » Elle ne s’était pas trompée sur son compte : une couche de saleté ternissait son teint et il lui parut fatigué. Pas effarouchée pour autant par cet aspect, elle approcha et lui tendit délicatement la main pour le conduire jusqu’à la copieuse table dressée au centre de ses appartements, lumineux, luxueux, et encombrés par des centaines d’ouvrages.

    « J’espère que tout s’est bien passé. A en juger par ton délicat fumet, tu es passé par les belles rues de Culpucier. La douce raillerie s’acheva sur un rire léger, cristallin. J’ai pris la liberté de te faire couler un bain, il t’attend à côté si tu le désires. De même que ce repas. Elle lui désigna alternativement la salle d’eau et la table. Ensuite c’est rapidement qu’elle reconnut la bourse de satin qu’il tenait encore et remarqua tout aussi vite le sachet violet, qui lui était encore inconnu. En tout cas tu ne rentres pas les mains vides, je n’en suis pas surprise. Tu peux garder la bourse, s’il en reste quelque chose. Voyons voir maintenant ce poison de Manticore, si tu le veux bien ? Délicatement elle tendit ses doigts pour que le sachet y soit glissé. Par prudence, elle enfila un gant blanc avant d’ouvrir le contenant et elle en sortit avec précaution la petite perle transparente et aux jaunes reflets. Intéressant… L’objet trôna au milieu de sa paume ouverte quelques instants tandis qu’elle penchait légèrement la tête sur le côté. Toutefois, il faut admettre que cela ressemble bien peu au venin d’un scorpion. Même pour un scorpion originaire des îles de la mer de Jade… Peut-être a-t-il été solidifié. Loin d’elle l’idée d’exclure immédiatement la possibilité qu’il s’agisse effectivement du poison qu’elle recherchait, elle savait qu’Aaron était doué après tout. Il va falloir que je fasse quelques recherches pour m’en assurer. Si c’est effectivement du venin, je dois le manipuler avec beaucoup de précautions… En revanche s’il s’agit d’une éhontée escroquerie… Elle laissa ses paroles suspendues un court instant, la mine grave, avant d’esquisser un sourire. Cela t’incitera peut-être à me questionner davantage avant de partir à l’aventure le nez au vent. Point de moqueries ni même de reproches, la fougue dont faisait parfois preuve Aaron était rafraichissante pour la lady. Elle lui présenta un court instant son échine et lorsqu’elle revint vers lui, elle glissa entre ses mains une bourse conséquente de cerfs d’argent, pas moins de quatre-vingt à vue d’œil. Un paiement plus que généreux lorsque l’on savait que les employés qualifiés du Donjon recevaient cinq cerfs par jour. Voilà pour toi. Si tu me racontais un peu ton aventure ? J’aime entendre tes récits… »


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Message Mar 28 Aoû 2012 - 14:38

Le garde lui laissa la voie libre sans s'empêcher pourtant de lui décocher un regard inquisiteur. Cela faisait bien des années qu'Aaron était le serviteur de Lady Seastar, pourtant sa présence suscitait encore curiosité et méfiance. Les bavardages allaient bon train - l'agent le savait - sur les raisons qu'avaient poussées la Lady à engager ce fils-de-personne, mais Aaron lui-même n'aurait su leur donner d'indice s'il se mêlait à ce genre de conversations.
Radieuse et rayonnante, sa dame l’accueillie et le salua de sa voix délicate. L'homme partagea son sourire simple et pur et l'agrémenta d'une inclination respectueuse. Derrière, il put percevoir le son de la porte se fermant. Seul avec Shaïra Seastar pensa-t-il une énième fois car cette dernière appréciait l'intimité de leurs entrevues. A l'origine, l'absence de gardes ou d'observateurs résonnaient comme une permission de méfaire à ses oreilles mais il se fit force d'ignorer ce doux tintement sinistre toutes ces années. A présent, l'habitude avait réduit ce sentiment à un simple malaise mêlé de satisfaction, le sentiment de se voir une fois de plus accordé la confiance aveugle de Shaïra Seastar.
Alors qu'elle tendait vers lui une main plus soyeuse que tous tissus et déployait sous son bras fin le tableau brodé de sa manche, son serviteur la pensa prête à recevoir sa commande et lui présenta les deux sachets, mais ce fut simplement pour le guider qu'elle esquissa ce geste. Suivant la lady d'une démarche fluide, il accueillit la remarque sur son odeur d'un reniflement cynique. Culpucier ou non, tout sentait la merde pour les douces narines des habitants du Donjon Rouge. Profitant de la même eau que ces derniers pendant plusieurs années, Aaron remarqua que sa seule nature de roturier parvenait à exhaler des effluves inconvenantes pour certains odorats. Enfin cette fois, l'odeur de la ville l'avait bien imprégné. Le mélange de sueur, de bouse et de poisson commença même à déranger le propre nez du serviteur maintenant qu'il fut le seul à en émaner le fumet.
L'offre de bain et de nourriture alluma une certaine lueur dans les iris du serviteur qui eu l'habitude de revêtir son semi-sourire. Ce n'était pas la première fois que la dame le soignait tant, pourtant il n'arrivait encore à accueillir cela comme il se devait. Refuser ? Jamais, il avait grandit en se saisissant de toutes choses à sa portée, volée ou donnée. Mais c'est la méfiance qui ne voulait disparaitre de son regard vif alors qu'une fois de plus, un écho presque inaudible maintenant lui susurrait Trop.
« Merci, se contenta-t-il de répondre avec une nouvelle courbette. Je serais ravis de me débarrasser de ce fumet avant de me délecter de celui du repas que vous m'présentez. »
Après toutes ces années à donner des "Msire" "Mdam" "Serr", l'homme des rues avait bien apprit le langage des nobles et de leurs serviteurs. Doué comme il était pour les joutes vocales, il maitrisait cela même mieux que certains natifs, mais son air insolent le gardait encore de fondre parfaitement dans cette population. En présence de Lady Seastar qui l'avait rencontré alors que sa bouche le nourrissait encore des rats de Culpucier, bien qu'il fut son serviteur, sa langue dansait plus librement.

Il faillit la laisser là pour se délester de sa crasse, mais il se souvint juste à temps, rattrapé par les mots de sa maitresse, qu'il ne s'était pas encore délesté de sa commande. Il lui tendit les deux sachets mais arrêta son geste sitôt la permission de garder le dernier dragon d'or prononcé. Son rictus s'élargit sans pourtant que la joie ne puisse s'y lire. C'était bien la peine de tergiverser devant la porte. Il rangea donc la petite bourse dans sa manche sans s'empêcher de s'attrister de n'avoir pût en garder plus que cette fortune pourtant bien conséquente. C'est avec délicatesse et prudence qu'il posa l'autre sachet du voile violet d'Elda dans lequel brillait toujours la petite perle translucide. Sur la paume pâle de la dame, le produit semblait regagner de son mysticisme et Aaron en oublia son bain. Immobile, il l'observa enfiler un gant blanc bien plus élégant que le gros gans en cuir de la sorcière. Ce détail l'inquiéta légèrement, et il alla presque jusqu'à l'en prévenir alors qu'elle saisissait la perle entre son pouce et son index. Il n'émit aucun son voyant que rien ne s'était produit, mais son expression figée ne masquait pas son inquiétude.
Les mots de la lady le renfrognèrent. Bien qu'il avait prit toutes précautions et garanties possibles en achetant le produit, il était bien obligé de se rendre compte qu'il était partit et revenait trop confiant. Ses lèvres se pincèrent sans plus montrer sa surprise et sa frustration alors qu'il apprenait la vrai nature de la Manticore des lèvres de sa maitresse. Un scorpion, cela sonnait bien moins effrayant que le Mangeur d'Homme ou le Lion à tête d'Homme. En se souvenant des cris du chasseur et des sorcières, Aaron se permit même de se demander s'il n'existait pas deux créatures distinctes sous le même nom. Cela ajouterait une nouvelle chose à son ignorance. L'idée ne lui plut pas.
Mais une autre idée lui déplaisait plus encore. S'il s'agissait d'une éhontée escroquerie, le serviteur se ferait un plaisir de rebrousser chemin et de faire avaler ses babouches à cette idiote de femme. Il se garda de finir la phrase laissée en suspend, mais la lueur sombre qui passa dans son regard suffisait à savoir de quoi il s'agissait.
Regagnant le sourire en même temps que sa maitresse, le serviteur se redressa sur ses talons en expirant doucereusement. Là n'était pas l'heure de se faire sombre. « Que voulez-vous m'Lady, l'idée d'affronter une telle bête m'emplis d'ardeur chevaleresque. ironisa-t-il, bien connu pour être l'opposé de tout chevalier. Il m'a aussi semblé répondre à une certaine volonté de ma dame. Que ne m'envoyez dans les sombres et périlleuses rues de Port-Réal si ce n'est pour me voir revenir plein d'aventures et de mésaventures à vous conter ? L'échec n'est que le début d'un nouveau chapitre à mon épopée. » Et quelle épopée ! Les errances d'Aaron le serviteur dans le merdier et les bordels de la Capitale, il y avait bien une seule personne qui pouvait s'en intéresser.
Lorsque Lady Seastar lui déposa une bourse enflée dans les mains, le serviteur perdit pourtant de son espièglerie. Il déglutit en observant le cuir sans prendre la peine de l'ouvrir. Par le poids et le tintement, il n'avait besoin de compter pour entendre à nouveau Trop. « Je me garderais de succès trop rapides à l'avenir. » protesta-t-il avec un petit sourire embarrassé, mais il n'attacha pas moins sa récompense à sa taille. Sa ceinture plia doucement sous le poids et il se souvint alors du bain.

« Si M'Lady ne juge pas nécessaire que l'odeur vienne illustrer mes récits, j'irais bien me décrasser. » Un affront pour beaucoup, une infamie ! Si la Lady ordonne, le serviteur s'exécute. Mais Aaron, si troublé par le rôle et la confiance qu'on lui accordait et bien que serviteur, restait Aaron. Jamais la pauvreté, la misère et la faim n'avait réussi à lui ôter son insolence et son air mutin et côtoyer les riches et les puissants ne l'avait en rien rendu plus docile. Obéissant il l'était envers Shaïra Seastar, mais pas esclave abruti. C'est donc en se dirigeant vers la salle d'eau qu'il répondit néanmoins à la demande de sa maitresse.
« J'ai cherché quelque peu dans les livres du mestres, mais peut-être n'aurais-je pas dû ou alors aurais-je peut-être dû le réveiller avant de chercher dans ses nombreux ouvrages. Mais "Manticore" je savais chercher, je sais les lettres maintenant n'est-ce pas ? Alors pourquoi déranger le vieux ? » Tout en parlant assez fort pour que sa voix parvienne clairement aux oreilles de sa maitresse peu importe d'où elle avait choisit de l'écouter, il commença à se délester de ses habits poussiéreux. Délicatement il avait déposé bourse d'argents et bourse d'or sur une petite table. Le tintement des pièces ne le perturba pas dans son récit. Il s'étonnait de l'intérêt que portait Shaïra Seastar à ses aventures, mais lui même se plaisait à les lui conter.
« "M" j'ai d'abord cherché et voilà "Manticore" et je me retrouve devant une horreur de dessin. Un lion ? Une tête d'homme ? Mais tant de dents, et cette queue ! Le pauvre homme de plume avait dû abuser de vin. Mais bon, il a au moins de la queue de scorpion de bien apparemment. Alors voilà que je pars à l'aventure à la recherche d'un fauve monstrueux. » Il eu un petit rire en s'imaginant que sa Lady devait bien se gausser en sachant à quel point il se trompait. Lui même trouva ridiculement amusant l'idée qu'il ait put croire à l'existence d'une telle bête. Enfin, les dragons sont là, alors pourquoi pas ça, se justifia-t-il intérieurement en laissant ses bottes choir dans un coin.
« Où quérir le poison ? Je fis l'erreur de croire que c'est en un lieu que j connaissait que je trouverais une chose que je ne connaissais. J'allais donc à la place poissarde mais n'y trouvais rien de nouveau. Les marchands gueulent, les clients zig-zag, leurs poches béantes et leurs yeux lents, les marchandises pourrissent là au soleil à peine levés. » Parfois les récits étaient embellis, parfois pas tant que ça. Si Shaïra Seastar voulait apprendre d'Aaron ce qu'il se déroulait en dehors des remparts du Donjon Rouge, ça n'était pas pour retrouver dans ses paroles, la poésies des bardes ou les délicats mensonges des chevaliers, bien qu'Aaron était capable d'en faire preuve. « Je continuais donc sous la porte de la Gadoue jusqu'au marché au poisson. » continua-t-il. Il s'octroya une petite pause et laissa échapper un long souffle alors qu'il se plongeait doucement dans le bain. « Je n'étais pas totalement dans le faux pour ce point car la Néra fait dériver des choses bien étranges des autres contrées. Une fois j'y découvrais des femmes de suie dont les bijoux leurs transperçaient chaque parcelle de peau, une autre des vases fais de peau animale mais tous aussi fragiles que ceux d'argile, une autre encore des oiseaux peints lisant et calculant mieux que les mestres. Enfin, tant de choses alors pourquoi pas du venin de Manticore. Maintenant que vous me dite que la bête est originaire des îles de la mer de Jade, je regrette n'y avoir passé plus de temps. Si ce que je vous rapporte n'est pas ce que vous cherchiez, j’entends chercher à nouveau là-bas. En tout cas, cette fois tout ce qu j'y trouvais fut un vieux chasseur effrayé. Un truc de sorcière me siffla-t-il accompagné de ses serpents. Aah ces serpents, m'ont bien fait un peu trembler. En se rappelant leurs sifflements, il essuya un nouveau frisson et entreprit de se frotter les épaules comme pour chasser l'idée. Un truc de sorcière... répéta-t-il plus pour lui-même. Au final, il ne savait toujours pas à quoi allait servir le venin. Un truc de sorcière, ben allons voir les sorcières me disais-je ! Là pour le coup, je ne pouvais que découvrir de nouvelles choses. reprit-il d'un ton joyeux. Où les trouver ? Si c'est le cas elles ont tord de se croire cachées car tous les gamins de Culpuce frissonnent d'aller dans leur coin. Le "Nord" qu'on l'appelaient même parfois, la Rue des Soeurs. Enfin je ne dis pas que la Rue des Soeurs est lieu de sorcellerie mais pour beaucoup, Dieux et Démons vont de pairs. »

Le serviteur se redressa et s'extirpa du bain en laissant l'eau ruisseler sur sa peau maintenant éclaircie. « Pour trouver le plus mortel des poisons je mise sur les Démons, alors c'est dans la plus petite cave noire que je vais farfouiller. Alors que le Soleil brillait, je me croyais en pleine nuit. La flamme d'une bougie devait briller pour qu'on puisse y voir. Et ce que j'y vu... » Amusé de s'arrêter ainsi, il sortit de la salle d'eau tout sourire, propre et vêtu, bourse à nouveau à la ceinture. Taquin, il eu un sourire envers sa maitresse et plaça ses poings sur ses hanches d'un air comique. « J'ai un petit creux. » dit-il en souriant grandement. Il se rendait seulement compte qu'il avait vraiment faim.
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Shaïra Seastar
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Message Lun 15 Oct 2012 - 4:44

Aaron n’avait jamais manqué d’humour ni de malice, il était un jeune homme pour le moins indomptable et imprévisible. Pour autant… C’était cette même fougue qui faisait que la lady l’appréciait à sa juste valeur. Il n’était pas de ces êtres transparents et dociles qui patientent dans l’obscurité qu’on leur accorde une misérable once d’attention. Lui, l’originaire de la fange de Culpucier qui s’était hissé jusqu’aux nobles et majestueux appartements du Donjon Rouge, il n’attendait pas. Il se servait, bien souvent, avait-elle entendu dire ou constaté de ses hétérochromes prunelles. Discrétion et éloquence, fourberie et noble discours, il maniait chaque duo avec un doigté de seigneur et plus que tout, il savait user d’un langage de conteur des plus naturels pour faire part de chacune de ses aventures, des grandes comme des plus humbles. Et elle, Shaïra de Lys, elle adorait l’écouter. Parfois pendant des heures, à la lueur d’une bougie, elle lui demandait encore et encore de continuer à raconter cette vie qu’elle ne vivrait jamais, ses paysages qu’elle n’avait croisé qu’en illustrations, ces relations simples qu’elle n’avait jamais connu, et qu’elle n’aurait sans doute jamais l’occasion d’expérimenter… Mélancolie, doutes, regrets parfois, les sentiments de la sylphide étaient confus lorsqu’il s’agissait d’évoquer son existence présente, et celle qu’elle aurait voulu entreprendre. Oh elle n’avait pas à se plaindre et ne le faisait pas… Fastes étaient ses journées, elle n’avait connu ni la faim ni la maladie, vivait parmi les dorures et les serviteurs, sans avoir à s’inquiéter du lendemain. Et ce, dans une parfaite et profonde solitude. Une déréliction qui ne connaissait pas de fin et se répétait inlassablement, jour après jour, seulement perturbée de temps à autres par une kyrielle de plaisirs, d’amusements anodins ou de véritables bonheurs, cependant bien trop rares. Ainsi elle pouvait compter sur le doigt d’une main les visites que lui avaient rendues Brynden durant cette lune, malgré l’amour qu’il disait lui porter. L’amitié n’était pas plus chanceuse, Alrik se faisait d’une accablante rareté. Les surprises et les rencontres, bien que délicieuses, étaient également dans un état de pénurie avancée… Alysanne Florent, Lotho Volentin, Aslak, voilà les seuls noms qui s’imposaient pour l’heure à son esprit. En ce désert luxueux et aride Aaron était devenue sa source de fraicheur, son éclaircie dans la nuit, celui qui était là, toujours, et qu’elle aimait retrouver. Ainsi il n’était pas rare qu’elle le fasse appeler alors qu’elle reposait au cœur de son lit, incapable de trouver le sommeil et la quiétude… C’est alors qu’elle lui demandait, de sa voix douce et feutrée, sensuelle souvent – cela faisait partit d’elle n’est-ce pas ? – tout en plongeant son regard étincelant dans le sien, si ambré : « J’aimerais t’entendre à nouveau… Reste un peu avec moi. » Elle ignorait quels étaient les sentiments du jeune homme à propos de tout ceci et n’avait jamais osé l’interroger sur la question, mais elle se contentait de leur relation telle qu’elle était et avait foi en la franchise d’Aaron. Si quelque chose l’incommodait ou le questionnait, il en ferait part à sa dragonne de maîtresse tôt ou tard.

C’est ainsi que sans surprise Aaron découvrit que la dryade désirait déjà entendre son récit, qu’elle s’imaginait sans mal palpitant et gorgé d’une ironie dont le jeune homme raffolait. Elle se prêta à rire de bon cœur lorsqu’il eut la malice de se comparer à un chevalier, une image qui ne lui sied pas. Non pas qu’elle le croyait lâche – il était suffisamment courageux pour être ici après tout – mais elle le voyait difficilement mettre sa force et son adresse au service de la Religion des Sept, car telle était le fondement du serment des chevaliers en Westeros. Amusée donc, elle s’empara de l’objet de sa quête en échange d’une bourse conséquente de cerfs d’argent tout en lui soufflant une délicate tirade : « Et j’ai hâte d’écouter ce nouveau chapitre de « L’Emphatique Epopée de Ser Aaron », car comme tu le sais, je suis ta plus dévouée admiratrice. » Malgré le ton joueur qu’elle employait il s’agissait pourtant de la vérité, ni plus ni moins. Néanmoins l’agent et serviteur ne parut pas disposer à exécuter sur le champ le désir de Shaïra, et cette dernière le soupçonner de forcer légèrement le trait pour attiser son impatience. Une espièglerie qu’elle lui pardonnait, cela faisait partit de son charme après tout. Il invoqua donc le besoin de se décrasser et prit la direction de la salle d’eau où l’attendait un bain brûlant. « Te désencrasser vraiment ? Ou me faire rugir d’impatience ? Je crois que le doute m’est permis… » Un murmure qui pourrait paraître désapprobateur pour une oreille étrangère mais qui devait résonner comme une douce boutade pour Aaron, accoutumé à la candide fébrilité de celle qu’il servait.

A contrecœur mais sagement Shaïra prit donc le chemin de l’endroit où elle serait le mieux installée pour prêter l’oreille au récit : nul autre que son lit, immense, confortable, recouvert de soieries, de velours et de peaux on ne peut plus moelleuses. Elle y trôna au centre dans un soupir de contentement, ses longues et ciselées jambes légèrement repliées contre elle et son visage lové dans les nombreux coussins colorées, eux-mêmes recouverts par ses longues et soyeuses mèches flavescentes. Aaron lui conta les prémisses de ses recherches, et par là-même l’origine de sa confusion sur la nature même de la Manticore. La belle fut pourtant heureuse d’apprendre par quels moyens il s’y était pris. « Tu as cherché dans un livre ? C’est une parfaite initiative, dommage pour cette fois que les ouvrages de notre bon mestre ne soient pas toujours d’une rigoureuse pertinence… » Bien qu’elle ne l’avouait pas explicitement elle était fière de constater qu’Aaron utilisait leurs leçons, sa débrouillardise et sa propension à utiliser toutes ses connaissances dans un unique but la surprendraient toujours, c’était une qualité dont bon « grands personnages » devraient s’inspirer. Elle se surprit à fermer les yeux lorsqu’il évoqua la « place poissarde » en des termes descriptifs peu élogieux et pourtant véridiques, elle avait eu l’occasion de mirer cet endroit elle-même et il ne méritait pas en effet que l’on s’étale en grandiloquence… Et pourtant… Même cet endroit, fétide et peu ragoûtant, la portait à la rêverie. « Voilà des lunes que je ne m’y suis pas trouvée… Mais c’est un de ces lieux qui jamais ne changent. » La suite du récit les menèrent à la Porte de la Gadoue où Aaron semblait avoir fait quelques progrès, il assura également qu’il retournerait investiguer sur ce terrain si la lady ne trouvait pas d’ors et déjà satisfaction avec le butin d’aujourd’hui. « En effet, si tu y trouves un marchand assez fortuné pour se procurer une marchandise d’une telle valeur… C’est possible. Belle déduction. » Elle ne pouvait s’en empêcher, il était dans sa nature de l’encourager incessamment… Ce n’était là qu’une preuve pudibonde de l’affection qu’elle lui portait. Néanmoins, un point de son discours, répété par deux fois, interpella la sylphide qui l’interrogea d’une voix espiègle. « Un truc de sorcière dis-tu ? Mh… Est-ce une question voilée que tu me poses là mon doux Aaron ? Tu m’en vois vexée. Tu sais bien que je n’ai rien d’une sorcière, ne suis-je pas trop mignonne pour cela ? » Un rire succéda à cette fausse question. Shaïra avait bien des défauts mais la prétention n’en faisait pas parti. Si elle usait de la beauté qu’on lui prêtait comme d’une arme, elle n’en faisait pas l’étalage verbal. Qu’importe, ses pensées retournèrent rapidement vers leurs sorcières. « La Rue des Sœurs… Si je m’y suis aventurée, je ne m’en souviens guère. As-tu frissonné toi aussi en y allant ? » La délicate tocade lancée elle l’écouta ensuite avec une bien plus grande attention, captivée par l’instauration pernicieuse du suspens qu’il mettait savamment en place… Pour mieux la planter, au moment le plus important ! Il apparut alors sous ses yeux, tout sourire, sans doute fier de son numéro et à raison. Elle le guigna en arquant un sourcil et releva un menton faussement indigné. « N’as-tu pas honte ? Je veux la suite ! » Son rire tinta à nouveau et elle se pelotonna dans l’une de ses couvertures de satin. « Mh… Vil coquin, prends-toi donc une assiette garnie et viens-là, tout près de moi, me dire ce que tu as vu. » Du plat de la main elle l’invita à s’installer également sur sa couche, ou sur un fauteuil se trouvant tout près si cela lui convenait davantage. Sur le buffet à quelques pas de là s’étalait tout ce que le jeune homme aurait pu désirer en viandes, poissons, légumes et boissons, jusqu’à ce que sa panse puisse imploser de contentement. « Tout ce fumet me met également en appétit… Choisis ce que tu voudras pour moi aussi, s’il te plaît. » Elle n’avait pas besoin d’utiliser de politesse selon l’usage mais elle avait la marotte d’utiliser ses trois petits mots, associés à un regard de biche, pour obtenir malicieusement quelques faveurs. C’était tout de même plus agréable et amusant qu’un bête ordre asséné d’un ton froid. Une fois qu’Aaron fut tout prêt et eut disposé sur le guéridon près de la couche les victuailles choisies, elle étendit le bras vers lui pour le faire s’approcher puis l’attira sur le douillet matelas. Délicate créature qu’elle était, elle savait pourtant pertinemment ce qu’elle désirait et c’est donc avec un sourire enjôleur qu’elle déposa ses mains jointes sur le torse du jeune homme, pour finalement y caler son visage, toute disposée à ouïr la suite des aventures. « Alors cher taquin, que la bougie t’a-t-elle dévoilée ? »


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Message Mar 30 Oct 2012 - 8:43

De petites fentes vinrent se creuser autour des yeux du serviteur alors qu'un sourire fin étirait les traits de son visage. Ayant suivit son récit avec enthousiasme et intérêt, la Lady, frustrée d'être ainsi coupée dans sa rêverie le gronda doucement. Mais si Shaira Seastar avait été du genre à s'offusquer d'une telle attitude de son agent, cela ferait bien longtemps que la tête de l'insolent ornerait un des haut rempart du Donjon Rouge. Elle aimait bien la tête d'Aaron et les mots qui en sortaient, même si ça n'était pas toujours ceux qu'elle attendait, et c'est bien pour cela qu'elle abandonna rapidement sa mine contrite pour inviter le conteur à la rejoindre près de sa couche.
Amusé de son petit coup de suspense, Aaron acquiesça et s’exécuta. Il s'approcha du buffet incroyablement garni et prit un plateau pour y déposer de la nourriture. Des fruits, des légumes, de la viande, du poisson, du pain, des céréales, il y avait presque autant de mets qu'Aaron pouvait en nommer. De ses doigts fins, il servit un peu de chaque plat et dû se rappeler avant de rejoindre sa maîtresse qu'il se servait là aussi son propre repas et versa un peu plus de ceci, un peu plus de cela.
Une fois le plateau rempli, le serviteur se retourna mais ne rejoignis pas tout de suite Lady Shaira Seastar. Silencieux, souriant, il se permit de l'observer un instant, couchée sur ses draps soyeux, le regard avide. Quel homme ne voudrait avoir cette vision au moins une fois avant de trépasser, les dires n'étaient pas faussés concernant la beauté de Shaïra Seastar. Pourtant, Aaron n'eu à l'esprit de pensées que très banales en permettant son regard de détailler les courbes divines de sa maîtresse. Était-ce par besoin d'assurer sa loyauté et sa fidélité en évitant d'outrepasser ses fonctions ? En tout cas, alors qu'il se décida enfin à s'approcher, il songea simplement que le tissu de la robe élégante de sa dame était bien moins élégant froissé par les draps de la couche.
Avec délicatesse, il déposa le plateau sur le guéridon et y saisit un raison qu'il fit jouer entre ses doigts. Le bras invitant de Lady Seastar vint cesser sa rêverie passagère et d'un simple geste, plaça Aaron sur le lit plutôt que le siège sur lequel le serviteur pensait s'asseoir pour continuer son récit confortablement.
Docile, il suivit le mouvement et s'allongea en posant le raisin dans sa bouche. Alors qu'il croquait et goûtait le jus sucré du fruit, il sentit les mains de sa maîtresse se poser sur son torse, puis sa tête. De ses yeux dorés, il la questionna en silence mais seuls ses récits semblaient intéresser la belle femme. Aaron lui, se sentait quelque peu oppressé par cette position et bien que la faible distance qui séparait leur deux visages aurait troublé quiconque, c'était plutôt l'incapacité de continuer son repas qui gêna le plus le serviteur. Avec un soupir de renoncement mais un sourire doux, il cessa enfin de faire languir sa maîtresse, et reprit la parole d'une voix plus faible et mystérieuse, puisque la proximité le lui permettait.

« Et bien pas grand chose M'Lady. Comme je disais, en plein jour je me croyais la nuit, et une nuit sans Lune. La flamme des bougies est taquine et celle-ci semblait se complaire à ne me montrer que de choses à faire frissonner. Ici des dents, humaines me semblait-il, là des tresses, et juste ici... il plongea un instant son regard jaune dans celui de biche de Lady Seastar et s'amusant à faire frissonner sa dame comme il avait frissonné sur place, il prit un ton lourd de drame Le gardien des lieux. »

« De ses petits yeux cousus, il me dévisagea, me jugea. Il n'avait pas de corps pour me nuire, mais face à son seul crâne je me figeais et attendais le verdict. Puis, il sourit, si grand que la peau de son visage se déchira lentement et il me permit d'entrer et me fit accueillir par une de ses servitrices. Pas encore 10 ans et déjà asservie à un démon la pauvre. Il me fit asseoir et m'invita à prendre un verre. Le liquide était brun et brillant et dans la pénombre, je ne pouvais savoir si on me servait là de l'eau, du poison ou même du sang ? »
Amusé de son propre récit, il laissa un de ses longs doigts fins se glisser dans la chevelure lisse et soyeuse de Lady Seastar. Doucement, il se mit à jouer avec une ses ses mèches, lui donnant un air assez désinvolte alors qu'il contait son récit d'horreur.
« Avant de boire, je lui demandais où quérir du poison de Manticore. "Un truc de sorcière" m'avait dit le chasseur, alors "un truc de qui" allait-il me dire ? Il ne me dit rien et sans un mot, s'enfonça dans les profondeurs noires de son antre. Alors j'attendais patiemment, mais la servante vint me parler avant même qu'il ne revienne. Elle m'indiqua une maison violette en m'assurant que j'y trouverais ce que je cherchais et me supplia de m'en aller. J'étais bien embêté vous voyez, j'avais attendu et le gardien était visiblement partit chercher quelque chose pour moi, mais elle me demandait de partir. imitant alors la voix désespérée de sa victime avec une précision déconcertante, il la singea. "Maison aux draps violets ! Elle a ! Elle a !" qu'elle me répétait. Alors bon, j'ai laissé ma boisson et je suis sorti. Mais alors que je passais la porte, j'entendais un rugissement si fort que je n'aurais été étonné que vous me disiez l'avoir ouït ! Le gardien était revenu et devait surement punir la pauvre fille. » Alors s'approchant du visage parfait de Shaïra Seastar, Aaron laissa glisser un petit gémissement de ses lèvres fines, petit gémissement qui doucement s’éteignit pour laisser place à de petits hoquets révulsant et effrayants. Seule la voix du serviteur imitait les sons qu'il avait réellement entendu dans la cave sombre, mais son expression habituellement sereine et souriante demeurait sur son visage. Il laissa un petit silence angoissant prendre place en laissant soin à sa maîtresse de lire l'étincelle de malfaisance dans ses prunelles dorées et de l'interpréter comme un élément illustratif de plus dans cette histoire effrayante. Puis, doucement, Aaron détendit ses traits pour laisser échapper un petit rire taquin. « Le gardien ? Un petit crâne sécher. Et la pauvre fille ? Une vendeuse de pisse de chat » Il se redressa alors pour saisir cette fois une noix et la placer dans sa bouche. Alors qu'il vit dans les yeux de Shaïra Seastar la réalisation que cette histoire était une petite farce, il anticipa ses plaintes. « Allons, vous savez à quel point j'aime vous sortir de la torpeur bienheureuse de ces murs !» Et c'était bien pour cela que Shaïra Seastar aimait qu'Aaron lui conte ses aventures. S’octroyant une petite pause pour avaler un morceau de poulet, il reprit rapidement sous le regard insistant de sa maîtresse. Les vrais évènements de la cave sombre ? Il préféra ne pas y revenir.
« J'allais donc à la recherche de la maison aux draps violets. Bien heureusement, je n'eu pas à toquer à la porte de tous les bordels de Port-Réal car je voyais bien de quelle maison la fillette parlait. Au triangle, juste au dessus de Culpucier, je ne mis pas bien longtemps à la trouver. Cette fois, pas de gardien à l'exception d'un garde à moitié endormi. Pas de cave poussiéreuse et sombre mais un ravissant petit jardin ensoleillé, mais la sorcière... Bien moins mignonne que vous. plaisanta-t-il en s'autorisant une coupole de fruits secs avant de conclure. On la nommait Elda ou soeur Elda et bien que cachée derrière un voile violet, elle était bien assez laide pour être une vieille sorcière. Mais comme je disais auparavant, me voir échouer est bien plus palpitant que réussir car, par simple échange d'or, j'eu ce avec quoi je revins à vous. »
Soupirant de ne trouver de plus belle conclusion à son épopée, il becqueta à nouveau avec un air ennuyé et quelque peu insolent. Doucement, ses yeux dorés vinrent s'illuminer d'une curiosité plutôt rare. Curieux, Aaron l'était beaucoup mais il le montrait rarement. Pour lui, témoigner un intérêt pour quelque chose était un moyen pour les autres de comprendre et user de ses désirs comme lui le faisait si bien avec eux. Pourtant, avec Shaïra Seastar, il y avait de nombreuses choses que le serviteur se permettait.
« Alors ? Qu'est-ce donc cette petite perle ? Dites-moi. J'ai hâte de connaitre la suite de l'aventure. » demanda-t-il alors avec un sourire enthousiaste. Son sourire se serait bien affaiblit s'il se rendait compte qu'en confiant ses désirs, il confiait aussi sa confiance à Shaïra Seastar.

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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

♦ Missives : 1507
♦ Missives Aventure : 63
♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 25/02/1992
♦ Arrivée à Westeros : 17/01/2012
♦ Célébrité : Charlize Theron
♦ Copyright : Luchadora & Tumblr
♦ Doublons : Maël, Gabriel, Velanna Vance
♦ Age du Personnage : 35 ans
♦ Mariage : Aucun, jamais ?
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Message Ven 23 Nov 2012 - 4:02

Harponnée au jeune homme par le bras le plus près de son cœur, c’est avec une palpable impatience qu’elle guetta la suite puis le déroulement de son récit, récit que le vil Aaron prenait un malin plaisir à retarder jusqu’aux extrêmes limites de la tolérance courtoise de la lady. Un amateur de suspens définitivement passé maître dans ce domaine artistique ! L’attente provoquée était telle qu’elle coupa même l’appétit de la lady, dont la panse ne criait plus famine au profit de sa curiosité, hurlant face à tant d’injustices. Il prenait diablement son temps le bougre, le fieffé coquin ! Elle lui asséna quelques répliques lancinantes destinées à le faire craquer, l’empêchant même de prendre un nouveau raisin en tapant de courtes pichenettes sur le fruit avant qu’il n’atteigne les lèvres du serviteur. Il n’était pas l’heure de s’obstruer inutilement la bouche et de s’accorder une récompense supplémentaire, mais bien de poursuivre son histoire ! Aaron abdiqua finalement – enfin ! – et lui conta la suite des aventures que sa lady guettait avec une impatience certaine.

Si Shaïra n’avait pas placé une confiance quasiment absolue dans le jeune homme, il était fort probable qu’elle n’aurait donné aucun crédit dans ses dires. Des yeux cousus ? Une antre ? Une boisson proche du sang ? Un rugissement ? Cela aurait été la prendre pour une enfant prompt à avaler les couleuvres du premier affabulateur venu ! La Seastar n’était pas faite de ce bois, et pourtant… C’est volontiers qu’elle se laissa transporter par l’imaginaire savamment déployé d’Aaron, qui savait indubitablement y mettre la forme pour transporter son unique auditrice dans une ambiance singulière. Mais toute la tension lentement accumulée, à la lisière de l’insoutenable, s’effondra tel un château de cartes soufflé par la brise lorsque la supercherie lui fut dévoilée, en des termes particulièrement… Elégants. La sylphide cligna des yeux à plusieurs reprises, interloquée qu’Aaron se soit ainsi joué d’elle comme si elle était une naïve jouvencelle… Cependant la vexation n’eut pas le temps d’affleurer et seul demeura le sincère amusement, bien qu’il fut teinté d’une subtile avanie. « Mh, tu m’as bien eu en effet ! Mais ta taquinerie ne sera pas éternellement passée sous silence, ma vengeance sera absolument terrible. » menaça-t-elle, parée d’un sourire des plus charmant.

La suite et la fin – pour l’heure seulement ! – des aventures du petit homme venu de Culpucier se déroula au sein de la maison aux draps violets où il rencontra la fameuse « sorcière » censée détenir le rare poison issu du dard de la terrible Manticore. Même si elle n’était pas certaine de son succès, il fallait bien avouer qu’il avait fait preuve d’une malice certaine et d’une belle opiniâtreté pour atteindre son objectif. Pas avare en compliments elle lui adressa une malicieuse risette tout en se redressant au milieu de la couche, ses longues mèches flavescentes chatouillèrent le torse du jeune homme tandis qu’elle susurra : « Comme toujours, je suis soufflée par ton art de la représentation, tu déclames toujours aussi bien ce qui te vient à l’esprit… Le naturel et la véracité des dires d’Aaron étaient ce qu’il y avait de mieux et de plus représentatif pour s’imaginer le monde… Au-delà du Donjon Rouge. Mais avec le temps, tu te permets de plus en plus de jouer avec mes nerfs, quelle imprudence ! » Un rire cristallin quitta ses lippes pour emplir la pièce à la douce tiédeur, qui les enveloppait dans une ambiance prompte à la confidence. La dryade remarqua rapidement que quelque chose troublait le jeune serviteur mais ne sut de quoi il s’agissait de prime abord… Jusqu’à ce qu’il avoue de lui-même sa pressante curiosité vis-à-vis du butin ramené. La Seastar soupira alors, assise au milieu de la pléthore de coussins, et croisa les bras sous sa voluptueuse poitrine. « Tu ne m’as pas écouté, je t’ai dit qu’il faudrait que j’effectue plusieurs recherches pour m’approcher de la vérité… Elle parut soudainement plongée dans ses pensées, ses prunelles hétérochromes perdues dans le vague une kyrielle de secondes avant qu’elle ne reporte toute son attention sur le regard d’ambre d’Aaron. Cela dit nous pourrions faire un saut ensemble dans mon atelier d’herboristerie… Voilà qui serait amusant. »

La décision fut prise dans la foulée et c’est donc souplement qu’elle s’extirpa de la couche, remettant en place son long vêtement fluide avant de se tourner vers son vis-à-vis, un sourire taquin accolé à ses lèvres roses et ourlées. « Tu peux finir ton repas, j’ai quelques affaires à rassembler avant que nous y allions. » Elle s’avança alors vers les immenses et fournies bibliothèques qui envahissaient ses appartements, dégorgeant des centaines et des centaines d’ouvrages et de parchemins sans âges, toute une vie de lecture et de savoirs, et plus encore s’étalait ainsi sans pudeur sous leurs mirettes. Elle fureta avec aisance et habitude parmi les rayonnages et cala au fur et à mesure de sa pérégrination quelques élus entre ses bras, rapidement chargés par l’abondante documentation. Son regard vif croisa alors les contours d’une lettre qui provoqua une brutale résurgence de souvenirs particulièrement importants… La missive que lui avait adressé Gabriel Volentin, le frère aîné du danseur d’eau qu’elle avait rencontré ici-même, et ce grâce à l’habilité et la débrouillardise d’Aaron. L’épitre la conjurait d’avertir le spadassin de la mort de son père, à Braavos… Elle n’avait eu d’autres choix que de jurer de le retrouver, et pour cela, elle comptait encore sur les talents de son serviteur et ami.

Ses ouvrages pressés contre son buste elle avança vers lui dans une délicate mouvance et lui accorda son plus beau sourire, signe qu’Aaron n’aurait absolument aucun mal à interpréter : elle allait lui demander quelque chose, et quelque chose qu’il n’apprécierait pas forcément. Bien qu’il était son serviteur le jeune homme n’avait jamais hésité à lui dévoiler le fond de sa pensée – c’est aussi pour cela qu’elle l’appréciait tant – mais cette fois elle ne pouvait pas se permettre de renoncer à ses plans. « Te souviens-tu du danseur d’eau que tu avais conduit ici ? J’aimerais que tu le retrouves… Pour l’amener jusqu’ici ? Elle se doutait qu’à présent, les Dents de Freux gardait un œil appuyé sur les entrées et les sorties de ses appartements… Il serait plus aisé de procéder de manière inversée, mais également infiniment plus risqué pour elle… Et que tu me conduises jusqu’à lui. » Elle ne lui offrit pas plus d’explications et se saisit d’un immense et souple manteau argenté qu’elle glissa négligemment sur ses épaules, pour la prémunir du froid qui sévissait dans les couloirs. « Je suis prête, nous y allons ? » Elle prit les devants et s’extirpa de ses confortables appartements pour parcourir les interminables et richement décorées allées du Donjon Rouge. Un véritable labyrinthe connu de bien peu d’âmes et qui déboucha sur une porte de fer dissimulée au revers d’ombres et de charpentes astucieusement orientées. La sylphide extirpa la clé en argent qui reposait dans son décolleté et l’inséra dans la serrure, un cliquetis plus tard on les laissa entrer… De concert ils pénétrèrent dans la sépulcrale pièce qui n’était éclairée que par une meurtrière quasiment accolée au plafond. La Seastar se chargea d’allumer quelques bougies qui révélèrent alors de leur clarté les secrets de l’alcôve qui n’était rien de moins qu’un atelier qui lui était dévolue et abritait un opaque mystère. Alambics et autres athanors côtoyaient de multiples récipients de cristal, emplis d’herbes et d’ingrédients plus ou moins étranges, venus des quatre coins de Westeros et d’ailleurs. La mystérieuse petite bourse fut placée sur une paillasse neutre et lavée là où, elle l’espérait, elle finirait par révéler tous ses secrets. « Cela fait longtemps que tu n’es plus venu ici n’est-ce pas ? L’endroit n’a guère changé cela dit… Peut-être te rappelles-tu des quelques ‘leçons’ d'herboristerie que je t’avais dispensé ? Tu pourrais alors m’indiquer toi-même comment procéder… » supposa-t-elle malicieusement.


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