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L'amour est un mensonge, mais je mens tout le temps

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Message Mar 31 Juil 2012 - 3:20

Combien de fois se l'était-elle dit ? Violain haïssait Pyk, depuis la pointe de la plus élevée des tours jusqu'aux roches affleurantes, qui n'étaient découvertes qu'au plus bas des marées. Le temps y était toujours plus gris, le vent toujours plus cinglant, les tissus plus secs, la nourriture plus âcre, tout, oui, tout était pourri jusqu'au cœur lorsqu'on le tenait sur cette île maudite. Elle se laissait même penser qu'une simple pierre blanche, posée sur un coin de tour et abandonnée là serait retrouvée noire, ou au moins marbrée, si on venait l'y retrouver une lune plus tard. Violain détestait Pyk et Pyk le lui rendait. Combien de fois s'était-elle piquée d'une écharde à frôler une porte ou à saisir un balai ? Combien d'ecchymoses avait-elle récoltées à trébucher sur des marches irrégulières, à la traîtrise invisible jusqu'au moment de lui happer le pied ? Réels ou non, provoqués ou pas, elle dénombrait quelques incidents et maudissait sur tous les dieux qui voudraient encore l'écouter ce bout de roc qui semblait lui adresser une acrimonie rare et personnellement destinée. Elle ne s'était ouvert à personne de ces propres conclusions sur les humeurs de cette Pyk qu'elle voyait comme un mélange de femme et d'encornet, tapie au rebord de la forteresse, ah, et qui l'écouterait ? Lakdahr semblait goûter aussi peu qu'elle le fait de devoir s'y tenir quelques temps, bien qu'il ne jouisse pas de la même haine immatérielle que sa femme-sel – il y avait sans doute là quelques histoires de sang. La Souris avait appris, à force de temps, que son presque-mari partageait la lignée de Dagon Greyjoy, mais personne ne lui avait présenté trop directement et son esprit, qui lui partageait quelques similitudes avec les anguilles, glissait devant les conséquences de cette vérité et préférait la garder la plus floue et la plus distance possible. Non pas qu'elle idéalisait son Édenteur attitré, loin de là, mais partager la couche d'un semi-seiche lui donnait des frissons d'effroi qu'elle ne voulait pas lui laisser sentir. Ironiquement, à ses yeux, alors que Violain était de ces femmes qui courraient volontiers après tout ce qui brillait et tout ce qui offrait du statut, Lakdahr était Lakdahr et ça lui suffisait. La chose n'avait pas été immédiate et elle avait encore bien des manies à lui reprocher – ses façons nomades et la mésestime effroyable des vertus du commerce et du négoce avantageux, entre autres – mais à bien y songer, s'il lui était donné de choisir entre tous les erres survivants sur ces Îles, elle n'en choisirait pas un autre, et ce sans hésiter. Elle ne lui avait jamais dit, l'avait à peine pensé et, après tout, il ne lui aurait jamais posé une question aussi absurde.

La Souris couvait la porte du regard, comme souvent lorsque son forgeron était parti en vadrouille, appréhendant l'ordre donné par ce demi-frère qui hantait les rares cauchemars de la jeune femme, non seulement pour sa personne propre, mais pour la mort à laquelle il pouvait envoyer son maître. Bien évidemment, son Fer-né à elle n'avait pas besoin qu'on lui indique un boutre pour qu'il aille risquer sa solide peau dans quelques pillages à sa mesure – dantesque, répétait-il avec Gabriel, dantesque ! – mais, depuis qu'il lui était revenu une fois blessé, elle s'époumonait à chaque voyage annoncé. Qu'il en eut pris ombrage plus d'une fois n'avait pas fait reculer la minuscule, qui tonnait, grondait et lançait des éclairs de tout son soûl pour faire entendre sa raison à son geôlier et le retenir à terre. C'était qu'elle avait peur, simplement, et ce sans parvenir à lui dire. Elle se contentait de lui bramer qu'il lui donnait trop de travail, qu'elle aillait s'ennuyer, qu'elle allait à peine pouvoir se nourrir, déjà qu'elle n'était pas épaisse, ah ! Criminel ! Faquin ! Idiot ! Mais, las, il partait et, avide, elle guettait la mer, se prenant parfois à supplier son dieu de bien vouloir lui rendre son homme intact, ou au moins vif. Évidemment qu'elle était terrorisée à l'idée de le perdre, que deviendrait-elle ? Prise au hasard, départagée peut-être, noyée sans aucun doute, elle ne voulait pas crever avec lui, non merci, quelle idée – pourtant, dans les quelques songes où elle l'avait vu disparaître, c'était bien volontiers qu'elle plongeait après lui. Ce n'était qu'une fantaisie exagérée, typique des rêves, elle aimait trop sa vie pour se souhaiter une mort plus prompte qu'une autre plus longue, quand bien même elle serait plus terrible. C'était du moins ce qu'elle se répétait : oui, qu'est-ce qu'elle deviendrait, à part un beau cadavre ? Ce n'était qu'une question de son rassurant égoïsme chevronné, qui lui avait servi d'armure et de bouclier jusqu'alors. Ces Îles lui avaient imposé un mari, elles n'avaient pas à lui reprendre, point. Surtout pas cette si laide Pyk, sa plus grande ennemie.

Elle soupira, se mirant dans le miroir fêlé qui avait vu cette même expression scrutatrice et experte un petit millier de fois déjà. Elle avait voulu se faire une beauté et, toutes proportions gardées par rapport à une noble dame abritée, elle avait plutôt réussi. Ses lèvres, graissées de frais, étaient roses et brillantes, point trop gercées, ses cheveux, brossés, huilés, rincés, étaient ondoyants et cascadaient sur ses épaules que le soleil avait tannées, mais qu'elle avait abritées d'un joli petit foulard taillé dans une tapisserie abandonnée et recousu avec soin, son corsage, enfin, mettait en valeur sa taille encore creuse et sa poitrine plus conquérante que jamais. Elle lâcha un soupir à fendre les pierres, même celles des lieux et, renversant la tête en arrière, ferma les yeux. Elle pensait trop, ces derniers temps. Et ça n'était pas sa faute ! C'étaient des crétins, voilà, de parfaits crétins qui lui avaient mis des idées sottes en tête. D'abord, son corps s'était mis à avoir des sursauts, maintenant on lui clamait des inepties, et il fallait qu'elle soit sur Pyk pour couronner le tout ! Agitée, elle se débattit dans la pièce, brassant l'air pour occuper ses bras et adresser des gifles imaginaires aux sujets de ses réprimandes. Enceinte ! C'était ce qu'on lui avait dit – enceinte ! Elle ! C'était grotesque, perfide, c'était vouloir enflammer son jeune esprit de quelque chose d'impossible – elle ne pouvait pas devenir mère ! Elle ne l'avait jamais souhaité, n'avait pas prié en ce sens, elle était certaine que Lakdahr non plus n'avait pas fait ce souhait. Enceinte ! Elle, si maigre, comment pouvait-elle devenir grosse ? Non, si elle avait pris du mamelon, c'était parce qu'elle avait beaucoup d'appétit ces jours-ci, si elle vomissait parfois, c'était qu'elle mangeait trop : tout était lié, rien n'était grave, elle n'allait pas accoucher ! Violain rabaissa les bras. Il y avait nombre de signes pour la perturber et, maintenant qu'on avait attiré son attention sur eux, sa conscience en était ferrée comme un poisson et plus elle tentait d'y échapper, plus elle s'embourbait dans les évidences. Quel malheur, mais quel malheur ! Qu'est-ce qu'elle ferait d'un enfant ? Ça lui encombrerait les bras, ça lui déformerait les seins – ils n'avaient déjà pas besoin qu'on les y aide – elle ne savait même pas comment le nommer ! Elle fit un tour sur elle-même, cherchant l'inspiration dans le bric-à-brac plus ou moins ordonné qui l'entourait. Tabouret ? Tabourin ? Tabrin ? Ridicule. Commode ? Rien à en tirer. Bouclier ? Blier ? Luier ?

Elle poussa un bref cri de rage et agrippa un coussin pour le jeter à terre et le battre de quelques coups de pied impulsifs, poings serrés et visage contracté. Elle avait déjà les nerfs en pelote, ça n'était pas la peine d'en rajouter. Toute la nuit, en secret, allongée aux côtés du géant endormi, elle s'était tâté le ventre, cherchant la trace de la présence d'un enfant – c'était idiot. Son ventre était moins creux que d'ordinaire, mais c'était ses orgies de pain dernières, rien de plus, et puis, il serait sûrement à sa taille, donc petit, et serait bien discret – à moins d'être à la mesure de son père ? Bah ! Elle en éclaterait ! Ramassant l'oreiller, elle lui redonna une forme, lèvres pincées et front plissé. La seule raison à ses tourments avait un unique nom : Pyk. Elle était malade à cause de Pyk, on lui avait soufflé des bêtises à cause de Pyk et qu'elle se fut sentie mal sur Harloi n'allait pas à l'encontre de cette rassurante décision. Si elle avait rendu tripes près de Dix-Tours, c'était parce que la présence de Gabriel l'insupportait de plus en plus, voilà tout. Rien de plus logique à tout cela. Vérifiant une nouvelle fois sa mise, elle revint au miroir, lui adressa son éternelle moue de vérification, se plaça de profil et lâcha un gémissement à voir l'arrondi de sa poitrine. Même son corps la trahissait. Tous des félons.

Le soin qu'elle avait apporté à sa mise n'avait pas seulement pour origine son besoin d'occuper ses mains et de se réattribuer ce corps qu'on lui avait affirmé habité, mais aussi et surtout parce que l'an de captivité était passé. La Souris n'avait pas de date précise, elle ne faisait que se figurer, à peu près, les lunes ayant passé depuis qu'elle avait quitté Belcastel – plus d'un an, c'était certain. Elle avait cheminé jusqu'aux cuisines, avait trouvé de quoi préparer quelques fantaisies qu'elle avait cachées sous des torchons et qui refroidissaient gentiment dans un coin de la pièce, la parfumant légèrement – mais pas assez, espérait-elle, pour attirer un autre fils d'encornet que celui qui habitait cette pièce précisément. Elle ne comptait pas le fêter, elle n'avait nulle envie de prétendre être heureuse de cet fait, elle avait simplement obéit à une de ces pulsions irrésistibles qui la prenaient parfois et qui étaient particulièrement séduisantes ces jours derniers, pour une raison qu'elle ignorait et qui ne l'intéressait pas. Relevant une petite mèche derrière son oreille pour s'imaginer une coiffure plus originale, elle sursauta à un pas familier, battit des mains soudain, chercha sottement un endroit où se cacher avant de décider promptement de chercher l'air le plus naturel et absent du monde, comme pour affirmer ne pas l'avoir attendu et ne pas s'être impatientée. Elle était donc agrippée à la commode, cou tendu vers la porte et joues empourprées lorsque la porte s'ouvrit – même les meilleures actrices avaient parfois leurs faiblesses, hélas !
    « Bienvenue chez toi, Lakdahr ! »

Lança la Souris de son ton mignard et de sa voix haut perché, avec une génuflexion et les bras tendus pour recevoir le gilet de son geôlier. Guettant du coin de l’œil si l'odeur des pains de viande et des biscuits salés lui faisait frémir les narines, elle se félicitait de les avoir terminé assez récemment encore : ils seraient un peu chauds à cœur lorsqu'il les croquerait, ce qui les rendrait meilleurs. Le cœur battant, dans l'expectative, elle était traversée par mille courants qu'elle jugeait tous des plus stupides. Est-ce qu'il remarquerait son effort de tenue ? Est-ce qu'il lui dirait par où il était parti se balader aujourd'hui ? Est-ce qu'il avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer ? Il rentrait assez tôt – oh, par les Sept, par le noyé ! C'était ça, le Kraken lui était tombé sur le nez et ses tentacules allaient l'entraîner dans quelque assaut mortel dont il ne réchapperait. Et elle, veuve et engrossée, n'aurait plus qu'à fuir son malheur et les mains avides de milles Fer-nés qui ne demanderaient rien de mieux que de la piller, à présent qu'elle n'avait plus de maître, donc plus de bouclier. Elle lui souriait de travers et s'en aperçut à retard, secouant vaguement la tête, triturant un tissu pour occuper ses doigts.
    « Tu, euh, tu, tu vas bien, tu, euh, voilà ? »

Elle hocha la tête devant ce nouveau désastre d'éloquence, se rognant un coin de lèvres alors qu'une pensée plus vive que les autres l'avait frappée. Et s'il ne voulait pas d'un enfant ? S'il répugnait à l'idée de devenir père et qu'il allait la noyer, considérant ce bout de chair qui lui ressemblerait comme la marque de la trahison de trop, du caprice excédentaire de son rongeur ? Affreusement décontenancée, elle ne savait plus guère où regarder, ni que faire, aussi se riva-t-elle aux iris d'onyx de son quasi-mari, cherchant à y déceler la flamme de colère noire qui signerait la fin de sa vie. Devinait-il ce qu'elle lui avait, bien malgré elle, caché ? L'accusait-il déjà de le condamner à la descendance ? Elle en avait presque envie de pleurer, brutalement – elle se mordit la langue, retrouvant dans la douleur un sourire plus faux et plus beau, en même temps qu'un gramme de contenance. Un peu de calme, Violain ! Tout ceci n'était que des bêtises. Il n'y avait rien de grave, ni rien d'important. Ce n'était pas comme si elle était plus attachée à lui que par les liens des circonstances, après tout. Elle cilla, rivée à son regard, voulant y trouver une sentence ou un appui, rapidement. Il n’allait pas partir maintenant, n'est-ce pas ? Ses doigts se crispèrent, légèrement. Il resterait, n'est-ce pas ? Il allait rester un peu ? Un tout petit peu, juste quelques jours. Une lune, allez ! Rien que ça.
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Lakdahr l'Edenteur
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Bâfreur & Guerrier

♦ Missives : 1389
♦ Missives Aventure : 121
♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
♦ Célébrité : Kevin Tod Smith
♦ Copyright : Luchadora
♦ Doublons : Alrik Mallery - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 26 ans
♦ Mariage : Serenei ( Femme-sel )
♦ Lieu : Les Iles de Fer
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Message Mar 7 Aoû 2012 - 0:07

Dans le sillon de la Jouvencelle, naissait et périssait la spume des flots, et avec elle, la maussaderie d'un titan. Le cabotage en littoral rival était devenu délicat, en effleurer les côtes revenait, par moment, de l'exploit et chaque nouvelle rapine possédait son lot d'écueils depuis que les continentaux sortaient graduellement de leur inertie usuelle. Les mois avaient eu le loisir de rendre gorge avant que la riposte ne s'illustre, peu reluisante de prime abord, mais elle prenait du galon à la kyrielle des assauts lestement menés. Ecumer leur sacro-sainte mer leur demandait une vigilance affûtée, car au revers de chaque houle, pouvaient s'embusquer les voiles de leurs antagonistes qui ne désiraient que rafraîchir le lustre de leur écale avec le sang et les viscères fer-nées. « Derrière chaque vague... ». Différentes flottes se mêlaient à l'infernal ballet maritime, et si les barouds des îles ne manquaient guère d'intrépidité, tous n'étaient pas atteints de la plus profonde ineptie pour volontairement se jeter dans la gueule du loup – en l'occurrence, celle du lion dans le cas présent. Les fauves des Lannister chamarraient le large de leurs terres depuis la récente et devenue illustre incursion manoeuvrée à Port-Lannis, les Terres de l'Ouest étaient désormais une destination parfois périlleuse. Que leurs déités de sel leur en soient témoins, le trépas n'était pas une notion d'effroi pour des guerriers et matafs tels qu'eux, cependant, si la Mort devait inéluctablement faucher parmi la foule, autant qu'elle soit de la plus sépulcrale des vénustés. Une damnation au coeur de la bataille, dans toute l'extase d'une valse des lames avant que l'estocade ne parvienne à eux. Lakdahr n'était pas dupe, la guerre atteindrait bientôt son point culminant, l'appréhension au même titre que l'impatience serraient de plus en plus les poitrails et démangeaient les armes. En découdre, ils le voulaient, provoquer, toujours, plus encore, avec plus d'ingéniosité qu'on ne leur aurait jamais octroyée. Ainsi, ce fut par pur esprit d'antinomie que ladite vierge embarcation de Dix-Tours avait altéré son itinéraire pour naviguer vers le septentrion. Les abords de Fléaufort avaient été leur cible initiale, une rive trop bien surveillée cependant et ils n'étaient pas suffisamment nombreux pour prétendre percer leur défense. Contraints de se résigner, donc, ils avaient choisi de se mesurer à l'aquilon sans l'assurance d'un hameau à piller, l'humeur en berne et assaillis par la froidure ambiante, pire encore que celle de leur havre de rocaille. Des heures, et d'autres, qu'ils bourlinguaient, famine à la panse et exaspération au gosier, alouvis de géhennes à offrir, de chair à dilacérer et de tête à trancher. Des sévices qu'ils eurent enfin l'opportunité d'exprimer dans une piteuse bourgade qui, néanmoins, ferait leur affaire pour cette fois.

Ames plus guillerettes à la traversée de retour, le boutre n'en fut pas moins vilipendé par bourrasques et autres déferlements. Des intempéries qui, derechef, les gardèrent en mer plus longtemps qu'originellement prévu, qui mirent physiquement à mal les matelots, mais jamais ne put frelater l'amour qu'ils portaient à cet élément de la nature qui était le leur. Nul ne fut égaré dans la tempête, aucunes victuailles, point un butin si durement remporté, aucune essence sacrifiée au Dieu Noyé pour cette fin d'odyssée. Piètre intrigue, s'il en était, leur gloriole avait déjà été de meilleure facture, mais en compagnie de Gabriel, peu lui chalait la résultante de leur déprédation. L'infrangible binôme additionnait une razzia à leur palmarès, ils s'étaient entraidés, s'étaient querellés, avaient parlé, chanté et bu, affrontaient la témérité des flots, et se promettaient déjà de réitérer tout ceci dès que possible. Sur l'argentite de Pyk, où le forgeron se faisait gracieusement déposer pour regagner ce qui s'apparentait le plus à son domicile, il échangea quelques ultimes pantalonnades sous une ondée qui ne cessait de croître de caractère, puis se hâta pour rejoindre la forteresse et un pan où s'abriter. Une fois parvenu dans le vestibule, il observa, coi, l'eau ruisseler le long de son anatomie. Aveugle pour l'heure, son crin de jais lui cascadait devant les mirettes en une coiffure des plus burlesques, et à la manière d'un clabaud, il s'ébroua vulgairement pour arroser les murs adjacents. Il plaqua sa paluche dans ses bouclettes intensifiées par la mouillure, réajusta son sac de toile qui contenait un lot de trésors récupérés durant le raid, et délaissa la flaque dont il était l'artiste pour entamer sa route jusqu'à son antre. Point de forge pour ces prémisses de sorgue, l'éreintement lui tiraillait d'ores et déjà la musculature après cette entière journée de long cours et sa carcasse quémandait une accalmie, un peu de suavité, de quiétude dans des draps ou même des bras. Le mâle rentrait d'une besogne malgré tout insolemment accomplie, il sentait le bastion frémir en ses soubassements sous les déferlantes qui pilonnaient l'auguste et sombre éperon, à l'instar de son rachis frissonnant sous le presque algide liquide qui perlait, lentement, jusqu'à la base de cette épine dorsale. De la chaleur ! Qu'importait qu'elle émane d'un âtre embrasé ou d'une brûlante vulve, juste un peu de chaleur, pour l'heure.

Il se traîna distraitement jusqu'au seuil, puis ouvrit l'huis en n'omettant point de se tasser pour ne pas enjoliver son front d'une impromptue protubérance, comme c'eut souvent été le cas. Sitôt le crâne rentré, il fut accueilli par une ariette minaudière qui lui fit redresser les calots pour quêter de la source, qu'il savait pourtant, être sa sirène à lui. Le goliath se déplia une fois entièrement passé et referma la porte derrière lui, se laissa fondre en un incommensurable soupir de soulagement et déposa sa toile de lin détrempée dans la première encoignure venue. Un déluge de gouttelettes bariola le sol sur son passage, de nouveau importuné par sa crinière, il la rabattit en vain vers l'arrière puis élança par deux fois sa main vers le bas pour se débarrasser du surplus d'eau récupéré. La belle serait-elle surprise de le trouver là ? Il ne se confessait jamais quant à la durée de ses absences, tout d'abord car il n'en connaissait rien lui-même, ensuite car il ne lui laissait d'autre choix que subir ses marottes quand bien même elle s'en mortifiait parfois. Le linceul nocturne avait englouti les mortes îles, cependant, il ne l'avait guère privé de sa compagnie depuis une journée qu'il s'en revenait déjà, un intègre jour de tumultes qui lui faisait préférer la moelle d'une couche au bois de sa forge pour s'assoupir cette nuit-ci. Ses noires agates l'observèrent – répondre à sa doucereuse salutation ? Superflu. - et retrouva l'une de ces mimiques adorablement bêtasses qu'elle lui servait quotidiennement. Il s'en accablait toujours autant, avec plus de légèreté certainement, de ses mimes pusillanimes qu'il savait souvent pléthoriques, un jeu de contorsion duquel il avait appris à se méfier. Voix chevrotante, elle s'enquit de sa santé – il roula des yeux. « Ca s'voit pas ? » A façonner une montagne, l'on ne remarquait que le gravier à côté. Les cernes sous ses onyx n'étaient hypothétiquement pas assez ravinées, un faciès non suffisamment souligné par la fatigue, avec son air de chien fou que l'on aurait oublié sous la pluie sans même une niche. Face à ce truisme raté, l'Edenteur fit une moue fallacieusement songeuse, avant de répondre avec toute la goguenardise de l'archipel.

« J'vais... Comme quelqu'un qu'a passé sa journée à glaner des pâquerettes en s'roulant dans un champ d'graminées, bien sûr... » Il la guigna silencieusement : si elle osait l'illustrer dans une telle scène, il l'achèverait sans plus attendre. Il gouaillait, mais contrairement à ce que suggérait son allure naturellement revêche, son ironie ne cachait aucune réelle acerbité. La sylphide avait usé d'une question de circonstances, de ces politesses de moeurs, et ce n'était pas tant la formule qui l'interloquait, mais le voile de névrose qui la faisait balbutier de la sorte. Il réduisit la distance qui les séparait, tout en articulant de son phonème de mêlé-cass. « Merde Violain, respire entre chaque mot, prend l'temps d'parler tu veux... T'sais que je supporte pas quand t'es comme ça. M'dis pas que j'te stresse, j'ai encore rien fait... »

Ses discours volubiles lui léguaient des maux de tête à s'en jeter sur les remparts, il ne dénombrait plus les fois où elle avait piteusement savouré une bonne emplâtre, seul moyen de lui faire ravaler ses logorrhées si ce n'était en lui suturant les lippes avec une aiguille chauffée à blanc – Quel dommage qu'il n'ait aucune disposition à la couture. Le sentier qu'ils avaient tous deux parcouru fut tant alambiqué que jalonné d'affres et de spleen, pire qu'un duo acoquiné depuis toute une vie, ils avaient fait connaissance dans l'improbité, la provocation et l'incompréhension gouvernante. Les dents du bonheur de la chafouine lui avaient peut-être fait faux bond, une hantise moribonde par plusieurs fois ressentie, Lakdahr n'avait pas été de toute obligeance à son égard et sa notoriété d'incube démentiel n'eut rien à craindre d'être flétrie. L'outrance de ses réactions, par moment, incertain quant à la meilleure décision à prendre, le choix de facilité... Lui briser la nuque en plein coït, le morbide plaisir de souiller son macchabée encore tiède de sa semence, une dernière fois... Lui arracher les dents, une par une, pour qu'elle en vienne à étouffer dans une effusion vermeille... La noyer, tout bonnement, à lui en faire ingurgiter toute la pierraille du rivage pour qu'elle disparaisse dans les fonds abyssaux... Ou la passer comme combustible pour le foyer de sa forge... La déguster, peut-être, dans son sens le plus textuel, et se découvrir une propension anthropophage... Son imagination avait bavé de fertilité lors de ces instants de conjecture, presque toujours révisées grâce à la mansuétude de Gabriel – qu'il regrettait éventuellement aujourd'hui. Forts de leurs algarades, nonobstant la puissance de ces dernières, l'un se plut à faire preuve de d'avantage de clémence envers cette bribe de sylphide - sans pour autant la priver d'une omnipotence légitime. - tandis que l'autre avait développé son intuition de survie et s'insurgeait déjà moins. Une concorde, certes encore précaire, chancelante en quelques occasions, mais sans le confesser, il était heureux de la retrouver à son retour. Point de ferveur amoureuse dans les veines du bâfreur, jamais aucune, seulement de la considération, il l'appréciait, assez sincèrement pour ne jamais le lui révéler.

Devant elle, il lui semblait s'être un peu trop évaporé – la fixait-il ainsi depuis longtemps ? La réflexion inhumée, il la toisa soudainement lorsqu'une pléthore de détails scintilla enfin : son minois, encore plus attractif qu'il ne l'était à l'accoutumé, de l'ondoyante chevelure à la nitescence de miel, ses cambrures d'ordinaire timorée mises en volupté avec la plus belle ostentation qui eut jamais été. Il en approuvait l'échancrure, elle était attrayante, la bougresse, ainsi damnée d'autant lui plaire. Loin des idéaux charnels qu'il se faisait d'une véritable vénus, pourtant, il avait appris à ne pas mésestimer son potentiel érotique duquel il se satisfaisait encore après une année. Toute en charme, qu'elle était, fardée d'apparats si elle l'avait pu, le titan la contempla sans mot dire. La complimenter ? Futile, qu'il pensait, les drôlesses n'avaient guère besoin que l'on souligne ce qu'elles savaient vrai... Si ? Elles étaient d'un compliqué, ces femelles, des sujets d'ésotérisme à elles seules. Nulle flatterie, seulement une poigne, délicate – oui madame ! - qui se déposa au creux des reins féminins. Il la congloméra à lui, s'amusa de la délicieuse texture de sa flavescente cataracte capillaire de ses phalanges non-occupées, tout en plongeant sciemment dans ses gemmes de bleu diaphane. Fruste, il était vrai, philistin pour certains, l'archétype de l'ostrogoth dans son drapé d'alpha, mais Lakdahr l'Edenteur, c'était plus que cela. Moins de primitivité sous l'écorce d'abjection, plus de raisonnement sous l'apparence de maroufle, un homme bien plus abscons que ne pouvait l'être, à dire vrai, une femme. Là, immédiatement, la prendre en une violente saillie pour assouvir tout l'égotisme de son stupre, la perspective lui traversa naturellement l'esprit. Toutefois, il s'énamoura pour l'incarnat de ses lèvres, vers lesquelles il se courba tout en humectant les siennes, comme pour tenter de chasser la sapidité de sel qui s'y était probablement imprégnée, puis les juxtaposa à leurs jumelles. Le baiser prit doucement en ardeur alors que ses doigts ébauchaient la courbe de ses hanches, qu'il aurait apprécié plus rondes, mais qu'il croquerait tout de même. Les aventuriers pérégrinèrent sur la convexité de son séant jusqu'à en atteindre la plus basse plissure, au commentent de ses cuisses. Puis, pour lui éviter l'inconfort de leur position, il la souleva tel le sirocco à la pesanteur de la plume, et se redressa pour la maintenir dans ses bras. Il la dévora ainsi, jusqu'à briser l'élan de magie avec toute la subtilité que l'on connaissait à sa masse forgée.

« C'toi qui sent comme ça ? » Intrigué, il fondit à son cou pour humer à grande inspiration sa peau nacrée. « T'as pris un bain dans l'garde-manger ou quoi ? »

A l'instar d'un parfait canidé, le géant se mit à flairer l'air pour finalement remarquer les gamelles disposées sur la table, emmaillotées dans un linge qui ne jalousait point leur fumet. S'il existait une fragrance encline à le détourner de toute idée, c'était celle d'une pitance aussi royalement mitonnée, il se surprenait même d'en avoir ignoré la présence jusqu'alors. Son rumen se rappela à son bon souvenir, il n'avait presque rien digéré du jour et sommait qu'on y remédie. Ainsi, Violain put se sentir glisser tout le long de la charpente de son mari auto-nommé, il la reposa sur ses gambettes sans plus détacher son regard du repas qui l'incantait. Promptement, il la quitta même pour se vouer à une toute autre amante, la gratifiant d'une dernière caresse qui dessina son flanc puis passa sur son ventre. Le gourmand s'approcha du mobilier, empoigna une partie des agapes dont il retira la protection pour en admirer le contenu. Les divers arômes l'enivrèrent tout de go, il s'en imprégna avec un plaisir non feint avant d'adjuger.

« Mmmh... Putain ça sent bon... Y a largement ma ration de baaaaaa... » Sa syllabe se déforma en rugissement lorsqu'un fulgurant bâillement lui déforma la physionomie, puis il secoua la tête en parachevant son mot. « ...rbaque ! »




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Mar 14 Aoû 2012 - 17:42

Fi de la quête du gilet de son homme, ses bras se replièrent dans le creux de ses reins, les mains croisées dans son dos comme deux petites voleuses effrayées. Son visage se pinça d'une expression mi figue, mi raisin, pourtant assez peu sucrée. Elle le reconnaissait bien là, son gros rustre ignare, à récompenser ses efforts de gentillesse par des grognements d'ours tiré de son hibernation. Elle se contenta d'inspirer lentement par les narines, lesquelles s'étaient écartées, pour encaisser sa boutade et surtout le regard qui y était ajouté. Elle n'aurait pas eu ces longs mois pour se familiariser avec ses manières, elle aurait sans doute craint qu'il ne profite de son avancée pour lui saisir le crâne à pleine main et tenter de lui dévisser la tête comme si elle eut été une bouteille d'alcool moyen, pour la toiser avec un air aussi peu aimable. A dire vrai, elle se doutait bien que la pensée lui traversait l'esprit en ce moment même, mais Violain, à force d'habitude et d'audace, savait à peu près déchiffrer les sombres humeurs de son propriétaire et devinait que, là, il était un peu trop las pour déjà la frapper. Il ne le resterait pas longtemps, aussi se retint-elle de le railler ou de lui demander d'aller s'égoutter ailleurs – elle avait lavé le sol, un peu de respect ! Quel couple mal agencé ils faisaient, pourtant, ils avaient trouvé entre leurs caractères à priori peu conciliables un équilibre aussi surprenant que véritable. La Souris était habile dans l'art de plaire comme dans celui de se dissimuler et elle avait vu très tôt que sa destinée s'était réduite à une corde fine, suspendue entre deux piques acérées : la première était l'ennui, la seconde était l'affront. Si elle avait trop douce, trop effacée, elle n'aurait pas accroché l'intérêt de son fauve gigantesque et aurait finie sur une pile de déchets ou dans un lit de vagues et d'écume une fois assez usée pour avoir perdu le peu de saveur qu'elle avait su conserver jusqu'alors ; si elle en avait eu trop fait, elle se serait vue considérée comme un boulet plutôt qu'une fleur parfumée et aurait été jetée du haut des remparts, battue jusqu'à en être broyée ou tout éclat sanglant et létal dont l'imagination de Lakdahr aurait pu accoucher. Elle ne doutait pas de ses compétences dans ces domaines là et sa longévité – en soi admirable, si toutefois on pouvait considérer cet esclavage comme une épreuve à apprécier – lui avait permise de voir d'autres créatures aussi infortunées qu'elles, mais moins belles, moins chanceuses ou moins futées, en tous cas beaucoup plus mortes qu'elle à l'heure qu'il était. Elle n'éprouvait aucune pitié lorsque la rumeur d'une nouvelle mort lui parvenait, seulement une méchante fierté : plus il y en avait pour crever, plus elle aurait de preuves qu'elle était la meilleure et la plus adaptée. Ses pensées sordides à propos de la disparition de l'Édenteur avaient disparues avec son arrivée, l'angoisse quant à son absence avait quitté ses épaules et, alors qu'il l'observait sans mot dire, elle se sentait quelque peu idiote de s'en être rongée. Mettant avec orgueil la fixité de ses prunelles sur la subjugation de son homme par les attraits qu'elle avait soigneusement brossés, elle souffla d'un ton mignard à sa remarque agacée.
    « Oui, oh, j'étais préoccupée. C'est passé. »

Il ne l'écouta pas, continuant d'approcher jusqu'à l'enlacer. Sa grande main chassa les petites siennes, l'attirant contre lui ensuite, geste qui termina d'éloigner les brumes orageuses qu'elle s'était figurées. Non, quelle idiote, bien sûr qu'il ne devinait pas qu'elle était engrossée, puisqu'il était un mâle, donc un peu trop frustre quant aux ventres de femmes pour ça – il était bien connu que ces messieurs étaient tels des voyageurs dans une auberge, heureux de visiter, loin d'être au fait de ce qu'on leur servait. Et puis, bast ! Elle n'avait aucune préoccupation à avoir ! Elle n'était pas enceinte, elle n'avait rien à se reprocher. Mensonges que tout cela. Levant son petit nez, elle sourit délicatement au géant qui s'était penché. Se lovant contre lui, elle se fit plus souple, tout autant qu'éthérée, légère, glissant l'ombre d'une caresse au poignet qu'il menait parmi les boucles amples de sa chevelure lâchée. Elle se savait un peu trop maigre pour satisfaire le regard ou la poigne de la plupart des rustres, cherchant le plein et le moelleux comme des enfants gâtés devant des pâtisseries, mais elle était un beau fruit, certes épineux, certes à écosser, malgré tout possédant une saveur unique et accomplie. Elle avait été timide quant à la chair, puisque comme toute femme, elle avait d'abord été une vierge, mais ce temps était révolu et tout comme elle avait su faire couler ses caprices dans les rares mollesses de caractère de l'Édenteur, Violain avait trouvé dans ce domaine de quoi devenir une artiste accomplie. Elle savait y faire, la drôlesse, et elle n'en était pas peu fière : s'il était parfois – souvent, certes – d'humeur au moins maussade lorsqu'elle lui avait trop parlé, il ne quittait presque jamais la couche qu'il avait gagnée en colère sans être bienheureux et délassé. Son talent quant à ces choses-là tenait sans doute de la volonté qu'elle y mettait. Au delà des avantages certains qu'un peu de gentillesse horizontale offrait, la peau de Lakdahr plaisait à la sienne et leurs corps s'entendaient mieux que leurs esprits ne le feraient jamais. Aussi, lorsqu'il se pencha encore pour cueillir ses lèvres des siennes et la soulever du sol, la gardant possédée par une étreinte jalouse, elle serra d'une main son col, glissant l'autre sur sa nuque pour mieux se plaquer contre le colosse redressé. La chaleur de l'étreinte n'était pas feinte et elle s'en laissa porter, du moins jusqu'à ce que son bélître ne rompe leur baiser d'une diatribe absconse qui la fit ciller. Un bain dans le garde-manger ? Il renifla sa peau, puis l'air, elle-même se surprit à saisir deux bouffées rapides du nez, tête penchée à sa propre épaule, plus stupéfaite que vexée. Avait-elle donc renversé de la sauce sur elle, en si grandes quantités que son savon et son linge frais ne savaient pas en couvrir l'effluve ? Il la laissait retomber au sol, tandis que ses bras fléchissaient et que son regard à lui s'était posé sur les torchons serrant les trésors qu'elle avait cuisinés. Levant les yeux au plafond, elle adressant aux poutres une moue fugace, plus attendrie que vexée – un témoin avisé aurait sans douté été soufflé par ce miracle – et, une fois le plancher tout à fait retrouvé, voulut déjà s'occuper à lisser sa robe pour se redonner une contenance proprette, jusqu'au mouvement de cette main gigantesque qui frôla son côté pour flatter son ventre, avant de la quitter. Elle en sursauta presque, restant immobile, figée une poignée de secondes. L'attention du colosse n'eut pas été captivée par les linges qu'il défaisait, il n'aurait pas manqué de voir sur le visage de la Souris l'expression saisissante de la proie qui viendrait d'entendre un piège cliqueter derrière elle. Mais, las, ou peut-être bien grâce, l'Édenteur était tout occupé par les pains de viande qu'elle avait soigneusement confectionnés. Il y en avait un fait des restes de chair et de fromage, qu'elle avait soigneusement hachés pour changer le minable en farce moelleuse et goûtue, il y en avait un autre dont la croûte dorée abritait des lanières carnées qu'elle avait copieusement épicées et piquetées d'un peu de miel, pour souligner le contraste, quelques autres étaient des bouchées sur lesquelles elle avait exercé ses mains presque par coquetterie culinaire. Les saveurs, elle savait les corser comme il l'appréciait, toutefois sans jamais renoncer à son amour du raffinement, s'arrimant à ses manies gastronomies tout comme elle avait conservées celles langagières, dernières traces identitaires fièrement exposées. Elle restait une vraie dame – elle s'en persuadait – et il fallait s'y faire. Point.

Le compliment qu'il fit – et sa manière rustre de le faire ne changea rien à sa franchise déclarée, ce qui était aussi rare chez lui que les bouderies étaient fréquentes chez elle – posa un baume sur les nouvelles fissures à son assurance et, tandis qu'elle enrobait son ventre de ses mains, dans un réflexe tout à fait stupide pour le cacher, elle admira l'effet de son dernier passage en cuisine. Il semblait conquis – évidemment ! Quoi d'autre ? – et s'apprêtait à mordre, tout comme un bâillement trahit la fatigue qu'il devait éprouver. Qu'importait le dernier fait, elle leva le museau pour aviser son appréciation avec davantage de souci que celui, sournois, d'un rongeur qui creusait son nid. Avec le temps, bien malgré elle, elle s'y était attaché, à son grand abruti. Elle tirait avec constance sur la corde de sa patience, elle lui désobéissait sitôt que possible, elle n'avait de cesse que de contempler, de loin, l'occasion qui finirait par lui être ouverte de l'estropier. S'il était mutilé ou au moins incapable de courir, il ne pourrait plus la quitter pour le pont d'un boutre et il lui resterait associé, contraint alors à surtout leur forger un lendemain confortable dans une demeure qui serait enfin la leur – rêve de la Souris que de décorer ses propres fenêtres. Peut-être en profiterait-elle pour empoisonner enfin Gabriel lors d'une de ses visites, juste avant que cet odieux Fer-né ne parte pour une bataille maritime qui le verrait couler, pris qu'il serait dans un bouillonnement de ses tripes, chose dont elle se retenait par la prudence la plus élémentaire et ne pas risquer de faire sombrer son propriétaire avec le Capitaine de la Jouvencelle. Quelle perspective merveilleuse ce serait ! Rien que tous les deux et avec une perspective de commerce tranquille, dont il se mortifierait probablement assez pour ne pas chercher à se marier véritablement. Du moins, s'il comprenait son intérêt. Violain avait parfois songé à son statut, à ses réactions à elle s'il lui ramenait une morue des îles ou une cochonne du continent, ce qu'il pouvait faire et, elle le craignait, ce dont il était presque capable. Enfin ! Les Îles étaient dangereuses et il y avait mille écueils à éviter chaque jour. Peut-être même que, pour le coup, elle se découvrirait, en haut d'une falaise propice, un fragment de foi envers le dieu-noyé pour envoyer en sacrifice l'autre femelle qui aurait commis le crime de plaire à son homme à elle. La Souris n'était pas prêteuse, c'était son moindre défaut.

La pensée surgit de ses effrois tapis et de ses doutes sournois, récemment implantés et qui semaient leurs spores dans l'esprit échauffé de la demoiselle occupée à lorgner le dos du forgeron comme s'il en allait surgir des membres de seiche : par les Sept, si elle voulait se l'attacher, ne fallait-il pas qu'elle lui ponde une descendance qu'il n'irait, de fait, pas semer dans un autre ventre ? L'écrasante majorité des hommes voulaient qu'une femme, un jour, bricole un môme avec ce qu'ils s'étaient échinés à leur confier entre les cuisses, c'était connu, c'était évident. Si elle restait maigre, n'allait-il pas en engrosser une autre, laquelle aurait des fesses molles mais des hanches assez larges ? Ah ! Ça l'insupporterait. Oui, réellement ! Ça la dégoûterait de lui, même, qu'il vienne empester la liqueur d'une autre femme devant son petit nez sensible. Et, alors qu'elle abaissait les épaules, lentement, elle ne put que s'avouer : elle en serait surtout triste au possible. Ce n'était pas qu'elle l'aimait – en était-elle seulement capable, au milieu de son égoïsme proverbial – mais il était à elle, rien qu'à elle, elle devait lui suffire. Elle se faisait fort de le combler tout comme de le ronger avec la même patience au nom de cette illusion dont elle s'était fait une loi. Était-ce qu'elle l'aimait ? Non, certainement pas. Une fleur coupée aimait-elle son vase ? Elle s'y flétrissait, c'était ce qui la gardait en vie, mais c'était aussi ce qui l'avait arrachée à sa terre. Violain, fleur vivace, mauvaise herbe, avait retrouvé des racines et s'était développée, croissant sur le verre et prenant possession de la moindre place qu'on lui avait laissée. L'Amour se fondait sur les belles choses, eux n'avaient en commun que leurs horreurs – le cœur mauvais, l'âme noire, les appétits particuliers. Pour elle, l'amour était une farce destinée à leurrer des idiots dans ses rets et à convaincre les sottes de se laisser déflorer avant un mariage dûment financé. Elle n'aimait pas, définitivement : elle s'agglomérait. Leurs mensonges, toutefois, étaient au plus proche de dont Violain était capable quant à l'attachement à une personne et, furieusement désireuse de se l'enchaîner, elle vint poser ses menottes délicates contre son gilet moite, échafaudant le plan qui allait piéger l'ours dans un filet de rongeur. Débarrassant un pli de laine d'un débris indéfini, fragment de roc ou de coquille, elle souffla sur un ton délicieusement prévenant.
    « Tu ne veux pas enlever ton vêtement ? Je vais le faire sécher. »

Elle lui gratta l'échine de fait, avant de se décaler en arrière d'un cran, s'apprêtant à recevoir la mante courte et sans doute un peu lourde à ses bras. Ruminant l'urgence qu'elle venait de se découvrir, mal à l'aise à l'idée d'avoir déjà tardé – toute une année pour pondre ! N'allait-on pas la croire aussi stérile que les pierres ici bas ? – elle se dandina légèrement, mordilla sa lèvre. Ce qui avait été l'ombre d'une erreur coupable était maintenant un devoir à accomplir au plus vite. Mais quoi, et si sa première intuition était la plus exacte ? S'il ne voulait surtout pas d'un petit poulpe sur les bras ? S'il préférait l'en tuer ? Ou peut-être, pervers qu'il était, s'il guettait patiemment sans mot dire les courbes de son ventre et ne lui laissait qu'un an et un seul pour être fertile ? Elle s'agita. Il fallait trancher. Frottant ses mains l'une contre l'autre, elle loucha sur les traces d'eau et les restes de ce qui peinait à faire mine d'être du sable – des graviers éclatés – et, alors qu'elle se pinçait le nez entre ses pouces, décida d'obéir à sa soudaine impulsion. C'était un homme après tout, il réagirait comme un autre ! Le ton nasillard, les mains couvrant sa bouche, elle souffla d'un ton vif, pressé et faible, qui aurait été à peine audible à quelqu'un d'attentif et de penché sur elle.
    « Juste comme ça, pour t'avertir, je suis enceinte. »

Sa conscience hypocrite s'en soulagea soudain. Ah, voilà qui était fait ! Aveu de culpabilité et triomphe viscéral étaient annoncés en même temps. Les épaules délassées, le sourire conquérant, Violain retrouva son allant terrible et épuisant qui lui venait lorsqu'elle était fière d'elle-même – souvent pour des raisons peu avouables et d'une augure douteuse. Louchant sur le sac qu'il avait apporté et qui lui sauta soudainement aux yeux, elle se figura subitement qu'il devait revenir d'un pillage fort bien réussi, à ses yeux du moins puisqu'il lui était revenu somme toute rapidement, sans autre femme et intact, si on exceptait la fatigue. Son tempérament gourmand s'embrasa d'envie et ses prunelles ne cessaient de revenir vers la forme sans timbre que le lin fermé avait pris. Que pouvait receler ce bien commun assemblage ? Avait-il enfin saisit des bijoux, des dorures, des merveilles dont orner la meilleure des femmes ? Elle passa ses mains l'une sur l'autre derechef, attendit le verdict du gilet avant d'aller, quoiqu'il en décide, vers l'âtre pour le ranimer, afin de s'occuper les bras et de ne pas trop montrer sa nouvelle voracité. Aurait-il pensé à enfin prendre de l'or frappé ? Son attirance envers la monnaie n'avait pas varié. Les Îles de Fer méprisaient l'argent, le troc faisait loi en dehors du fer-prix qui était arraché à tout ce qui passait à leur portée, mais Violain, elle, avait encore les piécettes avec lesquelles elle avait été emportée et avait même grappillé un ou deux autres cuivres, lesquels avaient été abandonnés ou méprisés par d'autres. On ne reforgeait que péniblement son âme, surtout lorsqu'elle était pleine de scories et jamais la souris n'avait seulement envisagé de se flanquer de noblesse plutôt que d'opportunisme. Que lui importait de ne pouvoir rien en faire : l'or était l'or, elle l'entassait avec une ferveur qu'elle n'avait jamais adressée à une divinité et qu'elle ne vouait à la même mesure qu'à sa survie propre et à ses idées de grandeur. Alors qu'elle fouillait les braises d'un long pic et qu'elle se penchait pour rajouter de quoi brûler aux flammes, elle fit mine de découvrir les trésors de Lakdahr et lança d'un ton affecté, d'une légèreté très fausse, mais plutôt bien imitée.
    « Oh. Tu as récupéré des matériaux quelque part, ou tu reviens du continent ? »

Elle se mordit la langue pour éviter d'ajouter une remarque de marâtre à propos des plaies qu'elle était satisfaite de constater absentes, pour une fois, préférant éviter d'écorner la bienveillance de son maître juste avant un hypothétique déballage de possessions dont elle espérait saisir quelques fruits. Après tout, c'était une très honnête rétribution pour tout le mal qu'elle se donnait pour lui. Se rendait-il compte de tout ce qu'elle devait voler pour afficher une allure aussi mignonne que celle qu'elle lui présentait ? Sans doute pas, et sans doute non plus aucun Fer-né – quelque part, c'était heureux pour elle, elle en aurait été châtiée avec véhémence – mais Violain n'était pas femme à se retenir de se récompenser elle-même s'il le fallait. Reposant le pic dont l'embout commençait à rougir sur le rebord de l'âtre, elle serra ses doigts sur un torchon avant de refaire face à sa brute attitrée, creusant les reins par réflexe, gonflant la poitrine comme à son accoutumée. Leur bombé la surprit à demi et, brisant à moitié son image de parfaite petite demoiselle candide, elle replaça à deux mains le tissu couvrant sa poitrine, affichant une moue concernée. Maudites mamelles indociles ! Si l'avenir lui imposait de pondre un garnement, elle n'oublierait pas de lui reprocher ce que sa naissance lui avait coûtée, sitôt qu'il serait assez grand. Il aurait quelques détails à lui rembourser.


Dernière édition par Violain la Souris le Lun 8 Oct 2012 - 14:19, édité 4 fois
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Lakdahr l'Edenteur
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♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
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♦ Doublons : Alrik Mallery - Séraphine - Jeyne Estremont
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♦ Lieu : Les Iles de Fer
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Message Dim 19 Aoû 2012 - 12:07

La barbaque, point d'autre bénédiction sur cette lépreuse terre, si bien que Lakdahr jurait qu'il eut probablement été oint de sauce adipeuse et caramélisée plus que d'une eau saumâtre en guise de baptême fer-né. Il s'illustrait parfaitement, à barboter dans le potage d'une marmite au milieu d'une hécatombe de légumes à essayer de les gober quand bien ses gencives étaient encore vierges d'excroissances dentaires, il remerciait les dieux que nul n'ait eu envie d'embraser l'âtre au même instant pour le faire cuire aux petits oignons – et pourtant, il pouvait s'en gaver à en déborder tellement il les aimait, les oignons ! Le titan né dans le chaudron et que l'on avait laissé tremper certainement trop longtemps, même folle, cette explication était encore vraisemblable pour justifier d'une telle excentricité... Quoi qu'en y songeant à deux fois, il se souvenait sans mal d'un axiome naguère avancé par le lord Balon Greyjoy lui-même. « Les gosses on les finit à la pisse. » Désenchanté, le petit édenteur de l'époque s'était finalement résigné à apprécier l'hypothèse de gênes défectueux, car quitte à avoir été engendré par un octopode même de moitié, il préférait avoir été moulé par son encre plutôt que par sa lansquine urinaire. Les mythes de reproduction d'une Seiche d'Or pouvait devenir un sujet aux multiples appendices – ô subtile allégorie ! - et qui en passionnait plus d'un, mais de quelle que substance qu'il eut été conçu, il n'en demeurait pas moins ravagé par ses tares personnelles. La gourmandise, en tout domaine, finirait par lui causer plus de tort qu'imaginable, à force de prêter l'oreille à son rumen plutôt qu'à ses autres instincts. Même une vénus aussi flavescente et cauteleuse que sa rongeuse de patience avec son parfum de concupiscence ne pouvait rivaliser avec les mets de ses mains mitonnés, il s'avouait chançard pour ce pan de personnalité, elle était encline à confectionner de véritables merveilles culinaires sans qu'il n'ait besoin de les lui réclamer et il savait nombre de ses homonymes jaloux de tant d'égard de la part d'une concubine arrachée à sa vie passée. Et quoi de mieux que quelques chatteries ambrosiaques et orgiaques pour lénifier l'ogre de vices qu'il était, une démarche que la chafouine avait promptement comprise et appliquée, non sans anicroches l'on ne pouvait le nier, toujours en parvenant à les compenser néanmoins. Peu lui challait au fond, qu'elle le mignote par éventuels sentiments ou vulgaire intuition de survivance, qu'importait les moyens qu'elle entreprenait pour l'amener à satisfaction : le résultat était là et il s'en contentait diantrement. Car en cette heure sombre – nuit oblige – rien ne lui semblait plus émouvant que la vison des ouvrages qu'il ingurgiterait bientôt, de l'amalgame des couleurs à celui des sapidités dont il ne devenait pas encore toute l'étendue, et que dire des arabesques de fragrances qui l'avaient conduit jusqu'à la table et lui obstruaient les narines ? Un petit creux à la panse qu'il fallait colmater, et vite !

Calots humidifiés dû à son gigantesque bâillement – eh oui, il n'en était pas encore au point de verser une larme pour une pitance aussi bonne pouvait-elle être. - il les frotta pour chasser le fin voile qui altérait sa vue, puis sentit un contact lui cajoler le rachis. Il tenta d'observer par-dessus son épaule pour apercevoir Violain derrière lui et qu'il avait d'ailleurs certainement mouillée en l'étreignant pour l'embrasser. Il était vrai qu'avec l'agréable chaleur qui enveloppait la chambre, il en avait presque omis l'ondée qui s'était plu à ravager son imposante charpente – à croire que les flots avaient voulu le rappeler à sa nature d'encornet. Avant de s'installer pour déguster ses denrées, autant être à l'aise et cela commençait effectivement par se décharger d'un vêtement lourd de pluie, dont il se mit à défaire distraitement les attaches. Une fois encore, loin était le temps où ses habits étaient chamarrés d'accrocs et élimés à en perdre ses braies, grâce à la femme d'intérieur qu'il avait admirablement bien choisie dans la faune de Belcastel. Il s'en félicitait décidément, en plus de le dorloter à presque le sustenter au sein, la belle veillait à ce qu'il ne manque guère de textile pour affronter le versatile climat des Iles-de-Fer. Son regard de jais lorgna évasivement la sylphide, qu'il trouva étonnamment nerveuse alors qu'il lui avait laissé entendre de se pacifier. Cela faisait pourtant longtemps qu'elle n'avait plus à frémir en vain, par crainte qu'il se fasse atrabilaire pour une oeillade mal interprétée ou même qu'il fasse d'elle son nouveau support de forgeage. Dans son esprit naïvement masculin, une outrageante et caricaturale conclusion germa : à s'agiter pou un rien, la souris devait être victime de ses menstrues et pas des moindres. Mâle dans toute sa splendeur, il était aisé et instinctuel de pointer la raison cataméniale du doigt lorsque les réactions de ces dames lui échappaient, ce qui était présentement le cas. Intimement persuadé que son idée justifiait du comportement de la donzelle, il s'en désintéressa au profit de son effeuillage. Parvenu au bout de ses liens vestimentaires, il s'apprêta à se débarrasser de son gilet qui chut le long de ses épaules, mais resta bloqué au niveau de ses jointures cubitales lorsqu'une tirade des plus hermétiques s'éleva. Le goliath en fut totalement abasourdi, ankylosé avec des yeux prompts à bondir hors de leurs orbites et qui témoignaient d'un air à la plus profonde incompréhension.

« … Qui chie des pintes ?!? » Une réponse inhumainement ubuesque qui ne trahissait toutefois pas un réel désemparement chez le colosse perclus. Son phonème avait chanté au plus haut de l'interrogation tant l'information lui paraissait fantasmagorique, mais qu'il était convaincu d'avoir entendue de la bouche de la blonde muse. Quand l'imagination était trop fertile et l'ineptie ancrée en elle, l'adaptation d'un marmonnement pouvait être surréaliste, et lorsque l'on se nommait Lakdahr, la situation devenait irrécupérable. En l'occurrence, ce qu'il avait alors compris du marmottement de Violain n'avait unanimement aucun rapport avec les véritables paroles de cette dernière. « Qu'est c'tu me jargonnes ? Putain t'es bête... L'jour où quelqu'un arrive à faire ça j'me laisse corseter et attacher en figure de proue sur l'boutre de Gabriel ! »

Et nul doute qu'un Edenteur devenu sirène de la Jouvencelle permettrait d'effaroucher tous les ennemis qui tenteraient d'approcher ! Le jeune homme en venait à se demander pourquoi il finissait toujours par s'imaginer dans pareilles scènes, qui lui donnaient d'avantage envie de se défenestrer que de se désopiler. Heureusement que son comparse de Dix-Tours n'était point ici pour ouïr cette conversation, l'image que le forgeron avait narré de lui-même l'aurait occis d'hilarité – et cette fois, pas de diptère suicidaire pour le faire cesser de railler. Encore sous le joug de la stupéfaction, il mira en direction de la demoiselle avant que l'incrédulité ne se manifeste à son faciès qu'il hocha négativement. « Elle a un grave problème c'te femelle... ». Sans savoir qu'il était le premier responsable du dit problème. L'insoupçonnée croissance d'un héritier dans la matrice de sa femme-sel le resterait tant que l'évidence ne lui serait pas explicitement signifiée, excès de testostérone et de phallocentrisme, les truismes féminins étaient loin d'être aussi limpides qu'ils ne le devraient. Ces choses là, ce n'était pas du ressort d'un quidam tel que lui et il le démontrait sans mal en ayant jamais remarqué aucun détail gravidique qui accablait ou transformait la naïade. Par ailleurs, il profita que celle-ci ait l'échine tournée pour dérober un morceau de pain carné et le porter à ses papilles – comportement infantile et ridicule en soit, après tout, ces agapes avaient été faites pour lui ! Gilet finalement déposé – ou plutôt balancé – sur la chaise la plus proche, il aurait tout loisir de se défaire du reste de sa tenue un peu plus tard. Le fumet des chaudes denrées lui semblait plus intéressant, et il se décida à dévoiler l'ensemble des plats concoctés desquels il piocha une bribe à chaque fois. Il se mit même à manger debout, sans savoir pourquoi il ne posait pas son royal séant sur le siège à ses côtés, déjà trop pris dans l'action nutritive pour pouvoir songer à autre chose. Il eut pourtant à le faire lorsqu'une voix cristalline enquêta sur son butin du jour et l'origine de celui-ci. Ses noires prunelles s'égarèrent un furtif instant sur la ouestrienne – et en particulier sur les cambrures mammaires qui le saluaient - avant de guigner le sac de toile délaissé à une encoignure.

« J'ai rapporté deux trois trucs du Nord, j'en reviens. » Il jugea inutile de lui léguer plus de précisions, notamment sur leur changement de dernière minute concernant leur itinéraire. Savoir qu'une cohorte de vaillants fer-nés avaient renoncé à attaquer Fléaufort était susceptible d'influencer sur l'attitude de la dryade, telle qu'il la connaissait, qui savait ce qu'elle serait amener à conclure de ce genre de détails ? Il haussa finalement les épaules en croquant dans la farce de viande et fromage. « Des babioles habituelles, rien qui t'intéresserait. » Il eut soudain comme un spasme et leva l'index. « Ah ! Si, si, attend voir. »

Le mestre fêvre se pourlécha les phalanges avant de les essuyer directement sur son pantalon, à défaut d'avoir sa veste pour le faire. Il récupéra ensuite son carnier de lin abimé qu'il revint déposer sur une partie inoccupée de la table. Des affaires remportées par le fer-prix, il en ramenait très fréquemment lorsqu'il ne rapinait pas uniquement pour le plaisir, jamais rien apte à susciter l'engouement de la continentale dont il ne partageait pas les goûts. Là où elle chérissait les métaux de bon aloi, lui les méprisait, un plastron bosselé avait bien plus de valeur qu'un entier pécule si jalousement gardé. Les bijoux, quant à eux, étaient splendides et scintillants à l'oeil, mais parfaitement futiles pour qui s'encombrait exclusivement de ce qu'il fallait. Tout ce qui brillait n'était pas de l'or, et tout ce qui était de l'or ne brillait pas forcément, selon l'opiniâtre avis du guerrier. En dépit de ces différences coutumières, il avait cette fois fait une prise qu'elle pourrait juger plaisante plus qu'exaltante ! Il encombra donc le meuble d'objets hétéroclites qu'il destinait à son travail puis, sortit en dernier lieu, sa plate trouvaille emmaillotée dans une épaisse fourrure maculé d'hémoglobine séchée. Tranquillement, il retira la protection improvisée pour dévoiler un miroir aux glyphes quelques peu vieillis mais encore élégants, et surtout, sa glace était intacte. Lakdahr avait remarqué la propension qu'avait la jeune femme à fureter le miroitement de son enveloppe corporelle avec, parfois, un étrange intérêt. Bien qu'il n'en comprenait pas la raison, il avait souvent surpris ses anciennes captives en faire de même et se tarabuster pour le reflet qu'elles apercevaient. Une habitude du continent, s'était-il assuré, car sa défunte mère avait toujours été la première à agir de la sorte, alors que lui l'avait observé faire avec curiosité. Il rallia la coiffeuse où agonisait depuis quinze années, le miroir tristement fendu en toute sa diagonale pour le détrôner de son piédestal et installant celui qui prendrait le relais. Il le positionna de façon correct, puis recula d'un pas, d'un second, jusqu'à être à même de mirer sa stature de fer-né partiellement dénudée dans la fenêtre réfléchissante. Il estima, sans grand mal, que les esquisses de l'épuisement le vieillissaient pour la soirée, et qu'à défaut d'avoir hérité de nouvelles coutures sur bras et corps, il discernait de frivoles égratignures faites durant la dernière razzia. C'était cependant la première fois qu'il s'essayait à apporter une modification telle que celle-ci, aussi se fit-il songeur, tel un artiste en pleine analyse d'une oeuvre qu'il venait de parachever. Ses doigts dessinèrent sa barbe dans un réflexe dont il n'avait même plus conscience.

« Hééé... Mh... C'pas mal. » Il pencha le crâne sur son côté senestre. « C't'une donzelle qui l'a brandi quand on s'est croisés dans sa masure, j'sais pas... Elle pensait p't'être que mon propre reflet m'ferait peur ? » Il ricana de sa voix de mêlé-cass tant cette perspective sonnait burlesque. Il tairait ce qu'il était finalement arrivé à la nordienne à laquelle il faisait référence, Violain n'avait guère besoin de se faire relater cette histoire-ci, et la laissait s'imaginer mille et unes conjectures était chose plaisante. « Au moins t'pourras t'regarder sans avoir la tronche divisée en deux maintenant. » Il inclina la tête du côté dextre. « Viens voir là. »

Il appuya ses dires d'un geste de la main pour l'encourager à s'exécuter, puis patienta qu'elle se positionne devant lui pour qu'elle puisse à son tour juger de l'installation. L'espace d'un instant, geôlier et captive apparurent ensemble en une toile insolite, l'un près de l'autre en une drôle d'alliance. Le couple portraituré se morcela lorsque le titan s'écarta discrètement – autant qu'une montagne tentant de s'infiltrer derrière une ronde-bosse. - pour laisser la nymphette faire plus ample connaissance avec une image qu'elle retrouvait entière. La voir ainsi se contempler créa un rictus amusé à la commissure des lèvres du forgeron, qui profita ensuite de son inattention pour rallier les abords d'un coffre dont l'ouverture avait toujours été prohibée pour celle qui, pourtant, vivait majoritairement dans cette pièce. Pour être certain qu'elle n'enfreigne point sa volonté dès qu'il aurait le dos tourné, il y avait installé un bézef de ses vieilleries excessivement lourdes pour une aussi frêle créature que la ouestrienne. Ce fatras, il le débarrassa du conteneur et ouvrit ce dernier pour fouiller son intérieur tout en en cachant sa nature par sa large carrure. Quelques secondes plus tard, il réapparut auprès de la chafouine avec un éclat coloré entre les mains, une gerbe de teinte comme l'on en voyait jamais ou très rarement sur l'archipel de rocaille au gris éternel. Il lui présenta une robe de bonne facture et de bleu d'outre-mer, un tissu coud et taillé par un doigté de maîtrise, que l'on soupçonnerait d'avantage inspiré d'un style méridional. L'habit dévoilerait certaines parcelles d'anatomie de façon bien plus sensuelle que vulgaire, puis en camouflerait d'autres pour en ajuster l'harmonie. Quelques voiles enjolivaient de-ci de-là, diaphanes et apportant une touche de bleu maya et de fins reflets opalescents. Une combinaison apte à rehausser la vénusté d'une femme et qui, en plus de cela, épouserait prodigieusement bien les prunelles d'une certaine souris.

« Huh... Ma mère était plus grande et plus en chair que toi, t'vois, faudra sans doute que tu r'prises à que'ques endroits, mais... Enfin s'tu ravaudes bien... Euh... » Il bloqua un instant, à court de mots, avant de lui mettre dans les bras cet atour nuancé. « Tiens ! »

Le géant renâcla en furetant l'air avec lequel sa jolie blonde découvrirait le vêtement, qu'il faudrait probablement nettoyé pour lui faire retrouver une teinte encore plus soulignée, bien que l'ensemble était véritablement bien conservé. Que dire de plus ? Cela faisait un moment qu'il songeait à partager des affaires de sa génitrice, une pour commencer, car après tout, elles dormaient en ce coffre depuis plus d'un décade et ne servirait pas plus en y demeurant. Le miroir n'avait rien d'un cadeau, il était question d'un objet pratique qu'il avait jugé bon de rapporter, à son goût, rien d'extraordinaire. En revanche, cette simple bribe de tissu qu'il avait presque toujours eue, pouvait être vue tel un précieux présent.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Lun 15 Oct 2012 - 15:04

Les Sept devaient finalement bien avoir eu un brin d'égards envers la souris qu'ils avaient laissé ronger quelques contrées de Westeros, car ils avaient fait qu'à cet instant, quand la remarque de Lakdahr sur sa bêtise supposée la frappa, elle était déjà de dos, visage seulement offert à la vue des flammes. Il était heureux que le feu ne puisse rien dire et seulement consumer ce qu'on lui confiait, dans le cas contraire, diantre ! Ce regard qu'elle venait de jeter aux braises eut trahi pour sûr toute l'acrimonie dont elle était capable et qui lui faisait encore fantasmer, malgré l'habitude et la prudence même, d'empoisonner son colosse et de le regarder agoniser. Comment ça, chier des pintes ? Et, au delà de son absurdité, comment, oui, comment, par tous les dieux, par tous les boutres, par toutes les piques rougies à la chaleur de l'âtre qu'elle se voyait séant lui enfourner dans un endroit siégeant, comment osait-il la juger « bête » ? Ah, le cuistre, ah, l'enfoiré ! Elle pouvait souffrir qu'un individu trompé par ses talents pour se maquiller de sottise la considère comme telle – et s'il y avait bien une seule vérité au milieu de ses vantardises intimes, c'était effectivement qu'elle était douée, la chafouine, pour se masquer et tromper – mais lui, qui la connaissait, lui, son quasi-mari ! Mais qu'il y aille donc, se faire serrer contre la poupe de la Jouvencelle, et qu'il s'y fasse fouetter par tous les marins du boutre, si ça lui chantait ! La peste soit des mâles, tous des ignares et de malfaisants benêts. Elle se recomposa une mine parfaite, donc sucrée, avant d'aller se saisir de son gilet pour le déposer auprès de l'âtre, afin qu'il sèche et qu'il cesse d'oindre le sol qu'elle avait patiemment récuré. Notant le regard que le géant glissait envers ses rondeurs au dessus desquelles elle avait rajusté le tissu étroit, la perfide demoiselle s'en trouva confortée, chérissant soudain ces deux armes rebondies et fuselées qu'elle avait maudites les secondes d'avant. Son esprit passa d'abord sur la décevante réponse qu'il fit à sa très innocente question au propos des denrées récemment pillées, après tout, qu'il vienne du Nord, du Sud ou de l'Ouest, peu lui challait si elle n'en gagnait rien elle-même. Il aurait pu s'en revenir avec un siège fait d'épées fondues ensemble s'il lui en avait goûté, tant que ce n'était pas or, bijoux ou trésors qu'elle pouvait s'imaginer posséder, elle n'avait que faire de la direction qu'il avait pu prendre et des nuques qu'il avait pu briser. Ceci, bien entendu, tant qu'il n'en rapportait pas un souvenir en chair, en os et en jupons, bien sûr.

Il sursauta et leva une main ointe d'une graisse salée et tiède, elle en leva les sourcils avant qu'en dessous d'eux, ses yeux ne commencent à luire. Ah si ? Il avait quelque chose pour elle, ou du moins assez féminin ou domestique pour lui attribuer ? Sa colère et sa hargne camouflées pour l'instant – camouflées, oui, car bien loin d'être disparues et toutes prêtes à rejaillir au moment voulu, avec une mesquinerie remarquable – elle lui emboîta le pas sur la très brève distance qu'il fit, accolée à lui le temps qu'il ne reprenne son bien mal acquis et qu'il ne le dépose sur la table, tachant d'omettre pour l'heure qu'il venait d'essuyer ses gros doigts sur le pantalon qu'il faudrait bien qu'elle lave, alors qu'il y avait ça et là des torchons partout. Elle lui en fausserait une couture, tiens, pour qu'elle le gratte des jours entiers, avant que le fil ne s'en torde et ne s'en use. Elle serait vengée. Elle posa ses petites mains sur le rebord de la table, se composant une mine sage et patiente, serrant le bout des doigts sur le bois du meuble pour contenir l'envie séduisante qui lui commandait de plonger ses mains à la place des battoirs de l'Edenteur dans le ventre de la grande bourse de lin, afin de l'en étriper plus vite et d'admirer les trésors supposés de ses entrailles. Alors ! Serait-ce un bijou ? Ou une toilette. Un coffret de bijou ? Non, un coffret tout en or, empli de bijoux ! Ah, oui, voilà, ce serait parfait, hé ! Elle ne les mettrait que pour elle, les cacherait jalousement tout le jour pour se repaître de sa propre vue, en solitaire, devant le miroir fendu, s'imaginant Dame, Princesse, riche enfin, l'espace d'un instant. Rêve puéril et enivrant. Là, d'abord, elle crut à une boutade, alors qu'il dégainait une pelisse tachée de sang, avec une forme bizarre. Quoi, désirait-il qu'elle lui couse un col fourré, pour qu'il ne souffre pas du froid de l'hiver qui s'annonçait ? Bah ! Elle en aurait toujours l'utilité, certes oui, mais de là à lui faire miroiter... Elle cilla l'instant d'après, alors qu'il découvrait, justement, une surface lisse et brillante. Ce n'était pas de l'or, pas plus que de l'argent, mais c'était, ô surprise, un miroir justement. Sans desserrer des doigts du meuble auquel elle s'était agrippée, elle le regarda s'en aller vers la commode pansue qu'elle avait envahie patiemment, la débarrasser de sa vitre fendue pour la remplacer par le mirage intact, avant de se mirer lui-même dans l'effet obtenu, visiblement pensif. Il lâcha son propre commentaire satisfait, avant de se trouver assez à l'aise pour confier à sa souricette de compagnie que le bien venait d'une femme qui le lui avait brandi en ridicule défense. La demoiselle en lorgna la fourrure épaisse, cherchant instinctivement, sans y penser vraiment, à lire dans l'ombre rouge si c'était le sang du meurtre ou du vice qui se trouvait éclaboussé là. Elle connaissait assez son Lakdahr pour se le figurer prenant la pauvre fille de force sur son propre manteau, aussi saisit-elle une pincée de poils raidis d'hémoglobine pour les rouler entre ses doigts avec une expression faussement magnanime, feignant d'être admirative du cadeau tout en tâtant la texture du vestige accusateur. C'était bien sec, bien crayeux, ça n'avait pas l'air de mêler les liquides – c'est qu'elle avait l'habitude de laver des draps pouvant témoigner de la violence d'un stupre – et, alors qu'il lui commandait de venir plus près, elle osa, l'infâme, porter discrètement ses doigts à ses lèvres. Ça n'avait que le goût du sang sec. Elle s'en contenterait. Bah ! Au pire, elle était probablement morte, sa catin d'un instant. Elle avait même sans doute du le décevoir, par rapport à sa concupiscente concubine.

Affichant l'expression sereine de la dame de maison accomplie, tandis qu'en dedans elle ruminait quelques idées de vengeance plus terribles et mesquines les unes que les autres, elle sourit à leur reflet commun, levant les yeux vers lui avec un air chafouin, et peu minaudier – elle savait qu'il n'aimait guère qu'elle s'oigne trop de miel – et le laissa partir, après un regard aussi long que cryptique. Elle y avait glissé un peu d'espièglerie, ainsi qu'un brin de luxure, rangeant une mèche derrière l'une de ses oreilles en étirant son long cou – encore intact et pas écrasé par une grande main, un fait remarquable en soi – pour mettre de fait en valeur ses courbes nouvelles qui lui avaient déjà attiré l’œil. Ce n'était pas tant qu'elle voulait couper court à toutes paroles pour préférer un langage plus commun, et avec lequel ils s'entendaient mieux, mais parce qu'il était rappelé ainsi à de plus tendres atermoiements – et à une vigilance amoindrie. Il s'en alla vers le coffre qui, depuis toujours aux yeux de la Souris, trônait, mystérieux, seul élément inconnu de ce domaine dont elle avait l'usufruit. Ah ! Elle avait bien essayé de l'ouvrir, de deviner ce qu'il pouvait cacher, se brouillant la cervelle à force de conjectures à propos de ce contenu gardé si jalousement secret : qu'était-ce de si précieux pour ne pas seulement lui permettre de le regarder ? Les os de sa précédente femme-sel ? Quelques crânes d'infortunés ? Le nécessaire de sorcier pour ensorceler sa chair et se faire toujours plus grand et imposant ? Une collection ridicule et honteuse, comme celle de coquillages ou de boutons ? Elle avait fini par se convaincre, devant son impuissance à en soulever le couvercle et à en admirer le ventre, que ce n'étaient là que les passions absconses de son propriétaire démesuré, comme une garde d'épée fêlée ou des souvenirs taillés en molaires, peut-être même ses dents de lait propres, allez savoir avec un titan comme lui, la tête parfois dure comme le bois, et à d'autres moment bercée de nuages ! Mais il fouillait sans qu'elle ne puisse voir et, malgré elle, elle s'était penchée, voûtée, avide, attentive ; il se retourna vivement et elle sursauta à son tour, dissimulant ses mains en son dos par réflexe, comme cachant quelque méfait qu'elle n'avait accompli qu'en pensée. Il revenait vers elle et dans ses pognes, il tenait quelque chose de coloré. Il bredouillait, elle ne saisissait pas son comportement, suivant la sarabande de voilages dans l'auguste poigne de son Édenteur attitré, les yeux arrondis, la bouche en cœur, ne comprenant pas. C'était bleu, mais bleu, mais d'un bleu ! Ah, si désirable, si fascinant, il avait l'air si léger et doux, il était... Si élégant ! Il lui présenta la totalité et elle n'entendit pas davantage la mélodie qu'il lui jouait là, alors qu'elle découvrait une robe proprement fascinante – quoiqu'un peu sale, hélas – et d'une sensualité captivante. Assurément, elle ne venait pas de ces îles arides, pas plus que des terres juste à leur portées, mais alors, d'où ?... Il répondit, c'était sa mère, ah ! C'était donc ça ! C'était bien un cadavre de femme qu'il gardait là, certes plus métaphorique, mais aussi moins anodin qu'une simple servante ayant déçu ou lassé. Sa mère, donc. Il interrompit ses pensées, lui calant dans les bras le trésor outremer, lâchant un poème aussi bref que clair : c'était un présent. Cette robe, il la lui offrait.

Violain était surprise et, fait innovant, elle ne songea pas à voiler ses traits d'un quelconque masque calculé sur l'instant. Elle serra la robe – oh, pas trop fort, surtout pas – entre ses doigts presque tremblants et leva le minois vers celui de Lakdahr, lequel contemplait les poutres en grognant, gêné de son propre acte. Quand il daigna baisser les yeux vers elle, elle lui rendit présent pour présent. Ce regard qu'elle avait ! Il était tout le contraire du précédent, jeté au feu comme une ordure noire et gluante. Non, dans ces iris là, dans lesquels se reflétait d'ordinaire une âme aussi sombre que joueuse, en sucrerie empoisonnée qu'elle était, il n'y avait pour l'heure qu'un éclat de tendresse et d'affection qu'elle ne se savait pas elle-même pouvoir ressentir. C'était fugace, c'était poignant, c'était inique, mais c'était là : pour une poignée de secondes uniques, elle l'aimait, et c'était visible. Un éclat fantastique, unique, à même de transpercer un cœur des plus solides.

Elle lâcha un petit rire ensuite. Son esprit s'était ramassé sur lui-même, son âme avait trébuché, non, elle n'était pas tombée en amour, elle n'avait fait qu'un faux pas. Se raccrochant à la corde de sa cupidité, elle en baissa le visage vers la merveille pour mieux l'admirer, le plaquer à ses formes, danser dans le miroir en feignant déjà la porter. Elle passa ses doigts sur le tissu, la senestre gardant le haut de son nouveau trésor contre la naissance de sa gorge, l'autre lissant ses contours sur ses formes avec une sensualité à la fois sincère et inconsciente, gourmande qu'elle était dans sa façon de savourer son présent. Elle osa penser qu'il aurait pu décoincer ce coffre auparavant et lui céder cette perle bleue des mois plus tôt, se laissa même à gronder intérieurement sur les autres secrets dont il devait encore la priver et qui siégeaient là dedans – son égoïsme n'obéissait ni à la pitié ni à la moindre morale – mais elle passa rapidement sur ces nuages assombrissant son plaisir de l'instant. Son cœur s'en gonfla, s'en oignit de quelque chose de sanguin et d'exalté, bien que pas moins mauvais et elle se faisait moins perfide et plus impatientée. Elle fit une volte sur elle même, le visage tout illuminé – et, dieux, comme elle pouvait être belle à ainsi irradier sans bougonner ni faire mine d'être bête – et posa son trésor avec d'infinies précautions sur le rebord du lit, frôlant le flanc de son géant comme lui-même l'avait fait quelques instants avant. Impulsive, elle lança.
    « Je vais l'essayer pour toi. »

Il y avait un vice très particulier, et très intense, à se figurer séduire son homme en arborant les atours de sa propre mère à lui, mais peu lui importait l'origine de ce feu qu'elle voulait bouter. Sinistre ou pas, la saveur était là, et il aimait les choses épicées. La pensée maternelle, toutefois, lui renvoyait un écho trop féroce en ses entrailles pour ne pas lui peser, et, alors que ses mains tremblaient de plus belle et qu'elle commençait à défaire les rubans couvrant sa poitrine gonflée de lait en devenir, elle glissa, d'un ton trop nerveux et hilare par dessous pour ne pas couver une tension effroyable.
    « Ne me saute pas dessus trop vite, tu veux bien ? J'ai quelque chose à te dire. Te redire. Avant. »

Elle déglutit. Devait-elle ? Non, la question ne se posait plus. La question véritable était : pouvait-elle encore tergiverser au propos de cette révélation qui, de toute façon, finirait bien par pointer son nez d'entre ses cuisses d'elle-même, si ce n'était pas qu'il lui trouvait la bedaine enflée avant qu'elle ne lui ponde un descendant ? Elle n'avait pas encore le ventre bien rond, mais, alors que rien en son corps ne lui avait donné un quelconque signe dont elle aurait pu se faire une certitude par rapport à son état, son esprit avait tranché, et décidé pour elle : oui, elle était enceinte de lui, et puisqu'il saurait tôt ou tard, elle n'avait rien à gagner à lui cacher. Sa voix tressauta de plus belle.
    « Tu, tu peux te retourner, si... enfin, Lakdahr. Je voulais, oui, bon, d'accord, c'est-à-dire. Ferme les yeux. Au moins. »

Elle le guigna avec une expression de supplique adorable.
    « S'il te plaît. Je te ferai tout ce que tu voudras, après. »

Une proposition cinglante, modulée d'une voix tendre, et une promesse qu'elle tiendrait pour sûr. Pour sûr ! Elle l'avait toujours fait, et avec un soin attentif, s'il vous plaît. Elle soupira, et attendit que son presque mari veuille bien céder à son petit caprice. Achevant de dénouer les filets retenant ses appâts, elle se dénuda du premier drapé de sa robe, le plus épais, dans le froissement léger et suave des tissus tombant à terre. Elle ne gardait plus sur elle que l'ample chemise qui lui servait de sous-vêtements, coquetterie plus destinée à la garder du froid qu'à éveiller quelque étincelle de luxure dans un regard, quand bien même elle se faisait fort de les ajuster de façon à leur donner ce potentiel pouvoir. Vivement, elle s'en défit, et passa la robe offerte, sans encore en profiter - la tête était ailleurs. En silence, elle approcha et, saisissant la main de Lakdahr, elle la posa sur elle, non sur son sein, mais sur son ventre, un peu bas. Elle murmura.
    « Je ne sais pas comment tu vas le prendre. C'est vrai, ça pourra être bruyant, et comme tu n'aimes pas trop que je piaille, je suppose que ça t'usera les nerfs, mais je pourrais m'arranger. Après tout, il a bien fallu que d'autres s'arrangent assez pour nous, hein ? »

Elle avala derechef sa salive, pinçant les lèvres pour interrompre sa logorrhée. Dieux ! Que c'était compliqué. Dieux ! Comme elles étaient ingrates, ces divinités ! Fallait-il vraiment qu'il pleuve sur sa petite tête autant d'épreuves sans fondement ? Quoi ! Elle s'était bien comportée pour une femme, elle n'avait même encore empoisonné personne – enfin... A sa connaissance... C'était un mérite, un grand ! Elle méritait mieux. Bast, accoutumée qu'elle était à compter sur l'unique être en qui elle avait toute confiance, c'est à dire elle-même, elle secoua légèrement la tête, tranchant net ses hésitations. Il était trop tard pour reculer, l'abysse de la révélation ouvrait grand la gueule et attendait qu'on y jette sa vérité. Elle soupira vivement, par le nez, puis lâcha abruptement.
    « Je suis enceinte. Enceinte. De toi. On va avoir un enfant. »

Se l'entendre dire par sa propre voix la fit blêmir et, soudain, elle réalisa, prenant la conscience entière de que l'avenir allait lui réserver de façon inévitable – à moins d'un commode sacrifice, mais cette vicissitude était l'une des rares qui n'était pas ancrée dans sa petite tête. Elle allait être mère, et pas seulement détentrice d'un paquet de chair à langer et à satisfaire pour ce qui était du lait. Elle allait avoir un fils, ou peut-être bien une fille, elle ! Elle ! Mais comment allait-elle faire ? Et s'il naissait tordu ? Et s'il crevait dans l'hiver ? Et s'il ressemblait à Gabriel ? Bah ! Mais bah ! Quelle horrible pensée ! Et s'il était beau et dodu, comment ferait-elle ? Ce serait presque pire. Ah ! Elle allait avoir une progéniture. Elle ! Impossible. Impensable ! Et pourtant.
    « On va avoir un enfant... »

Répéta-t-elle, la voix brisée, l'émotion la prenant. Elle serra le poignet de son homme avec une force surprenante, les yeux cherchant les siens, ses prunelles un peu emperlées, et elle pinça les lèvres. Elle avait coutume de feindre de grands emportements, mais ne ressentait jamais que des grands accès de rage ou d'envie, pas d'émotion aussi poignante. Elle ne saurait pas même la nommer. Était-ce de la terreur, était-ce de l’affection ? Était-ce juste qu'elle se savait déjà, et pour longtemps, emmerdée par un petit machin qui lui ressemblerait et oserait lui dire qu'il l'aime en l'appelant maman ? Elle avait chaud, elle avait un peu frais, elle transpirait légèrement. C'était horrible, ce qu'il lui arrivait. Et tout était la faute de cet homme, là, face à elle ! Il avait tout intérêt à se faire pardonner. Le destin serait bien aimable de glisser davantage de robes colorées dans cette grosse malle, ou sinon, affilié à un boutre ou pas, l'Édenteur, pour sûr, allait ramer. Vu la longévité de leur nouveau problème commun, la galère dans laquelle il s'était embarquée aurait même l'audace de durer très longtemps.


Dernière édition par Violain la Souris le Dim 4 Nov 2012 - 15:47, édité 1 fois
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Lakdahr l'Edenteur
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♦ Missives : 1389
♦ Missives Aventure : 121
♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
♦ Célébrité : Kevin Tod Smith
♦ Copyright : Luchadora
♦ Doublons : Alrik Mallery - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 26 ans
♦ Mariage : Serenei ( Femme-sel )
♦ Lieu : Les Iles de Fer
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Message Ven 19 Oct 2012 - 23:41

Plus d'une année de vicissitudes avant qu'une concrète preuve ne vienne corroborer l'affection du titan des îles pour sa chafouine de concubine. Une simple bribe de textile aux teintes des flots, une houle tisserande de plus d'expression que le bélître ne serait enclin à en manifester, et pour cause, nulle place pour la sensibilité dans le carcan de la virilité – une raison qu'il avançait souvent lorsqu'il cherchait une excuse pour malmener ce pauvre Gabriel. S'il existait en cet univers controversé quelque quidam à même de ne jamais avoir aucune déferlante émotionnelle ou n'était-ce qu'une vaguelette, contrairement à ce que nombre d'immondices et les moeurs initiales du personnage, Lakdahr n'était pas de ceux-ci. Il lui était arrivé d'apprécier sa génitrice pour la petite bribe de vie pour laquelle elle avait été présente, son opiniâtreté d'ostrogoth né se désagrégeait graduellement au contact d'une donzelle qui avait su apprivoiser la bête. L'apprivoiser, car suffisamment futée pour savoir de quel pantomime se fardait à quel instant, elle avait fait de cette grande chambre vacante d'amour un véritable théâtre où les scènes de grande comédie se succédaient avec maestria. Acte III, après la capture et le dressage, le cadeau que l'on ne suspectait pas. Les prémisses d'une éventuelle kyrielle à venir, car évidemment, le coffre gardait jalousement d'autres trésors qui ne seraient guère révélés en cette sorgue. Et pourtant, certains auraient eu d'avantage d'effet sur la sylphide, car si elle se contentait de peu à défaut d'avoir le choix, il la connaissait, sa souris, et savait pertinemment qu'elle ne dépréciait pas les belles choses. Par cela, l'on entendait les superbes confections artisanales, mais pas de celles que le forgeron pouvait créer dans son antre de chaleur, à grands coups de marteau et sous l'excessive sudation. Il était question d'ouvrages d'avantage gemmifères qui, à l'inverse des oeuvres de l'ostrogoth, luisaient d'apparence mais restaient voués à l'inutilité, là où les armes du mestre fêvre étaient loin de la joliesse d'une parure, mais sauvaient et condamnaient des vies. Le genre de fioritures que l'ensemble des fer-nés jugeaient parfaitement oiseuses et typiquement continentales, mais qui semblaient ravir les dames à un point incommensurable. Dans le rumen de l'interdit bahut, sommeillaient maints bijoux, tous parfaitement rangés à l'intérieur d'un vieil écrin aux origines que le colosse ne parvenait toujours pas à deviner, ceci, en plus d'autres habits que d'aucuns jugeraient d'un goût certain. De ce qu'il s'en souvenait, sa mère aimait à être un alliage d'élégance et de mystère, toujours vêtue de magnifiques atours qui avaient été ramenés en même temps qu'elle. Une garde robe entière, que Violain ne soupçonnait guère à portée de main, et qui viendrait inexorablement à vitupérer son homme pour ne pas la lui avoir dévoilée plus tôt – dans l'éventualité où il le fasse un jour donné. Cette première robe serait une expérimentation somme toute congrue, et si l'effet obtenu s'avérait probant, alors, songerait-il plus sérieusement au reste du butin maternel.

Il guettait d'un air clos le fallacieusement angélique minois qui lui faisait face, traits subitement ébauchés en un masque de stupeur dont il n'osa pas conclure du positif ou négatif. Fantasque comme elle pouvait l'être, il ne serait qu'à demi-surpris qu'elle ne fasse qu'une boule de sa pièce d'étoffe bleutée pour la lui envoyer au visage comme une proie gouaillant du prédateur attendri. Mais d'ailleurs, qu'attendait-il ainsi ? Au final, peu lui challait qu'elle brame de bonheur ou de désappointement, les réactions des femmes étaient le plus souvent inappropriés et inintelligibles, du moins, le concernant. Une thèse corroborée par le fluet ricanement qui s'échappa de ces lippes d'incarnat, promptes à rendre tout homme gourmand, et dont le bénéficiaire observa l'harmonieux étirement. Se moquait-elle de lui ? De ce qu'elle tenait depuis d'interminables secondes entre ses graciles phalanges ? Non, il crut discerner en ses grandes mirettes célestes une nitescence qu'il n'était pas convaincu avoir déjà capturée par le passé, ce genre de manifestation si rare et fortuit qu'il lui était impossible de ne pas le remarquer. Rayonnante, elle l'était, l'enchantement semblait avoir percé la morosité du saumâtre archipel de ses mirifiques faisceaux, nimbant la naïade d'un halo qu'il ne lui connaissait point. Suffisait-il donc de si peu pour la rendre heureuse ? La félicité à quelques coudées seulement, dans cette malle qui aurait pu signer une concorde difficilement trouvée plus tôt qu'elle ne l'avait été. A l'antipode de cette idée, il n'était guère mécontent qu'elle n'ait pas pris marotte à ce qu'il lui ramène quelque magot des rapines effectuées, devenues de plus en plus ardues au gré du temps et de l'éveil des continentaux. Si tel avait été le cas, les chicanes se seraient comptées par pléiades à chacun de ses infortunés retours, les raids n'offrant parfois que de malingres festins. Mais elle s'en contentait parfaitement, de ce contingent présent, si ce n'était qu'elle ne tentait de s'admirer avec sans même s'en être nippée. L'envie de lui préciser que la contemplation serait plus aisée si elle se vêtait démangeait le titan, avant qu'il n'observe cette main glisser sur son flanc et la flavescente sirène s'éloigner. Il entama également une mouvance alors qu'elle retrouva l'usage de son timbre de cristal, dans un truisme qui vola un succinct éclat de voix au forgeron, un brin rogue.

« Encore heureux qu'ce soit pas pour l'voisin... »

Remarque inutile pour aller de paire avec les propos de sa chafouine. Il rallia peinardement les abords de la table pour s'intéresser à la chope posée là, outre les exquises fragrances culinaires qui enveloppaient encore la pièce, le faro était un sacro-saint nectar que l'on n'omettait pas. Alors que la pinte s'approcha de ses lèvres, ses noires agates biaisèrent sur l'effeuillage qui avait cours à quelques pas, lueur appréciative en elles de ces mamelles bombées et progressivement découvertes. L'air mari réussissait plus à la donzelle qu'il ne l'aurait pensé, ou alors s'appliquait-elle à d'avantage se sustenter lors de ses longues journées de monotonie. Après tout, si elle demeurait sur les réserves et picorait plus qu'elle ne mangeait lorsqu'il se trouvait auprès d'elle, il n'était guère assuré qu'elle ne se bâfrait pas en ses absences, peut-être même autant que lui ? Saugrenue vision que voici, rapidement interrompue par une tirade curieusement chevrotante mais qu'il remit sur la cause de l'émotion, il en fallait peu aux bougresses pour s'empourprer ou se pâmer. L'Edenteur cligna des yeux avec un certain flegme quant au sujet dont elle désirait l'entretenir, puis se décida enfin à profiter de grandes lampées de bière fraîche. Bouche comme toujours essuyée à grand revers de bras, ses cervicales manquèrent cependant de se disloquer tant il orienta le faciès vers la demoiselle avec vivacité. Se retourner ? Le mort qui raillait du pendu ! Un cadeau et elle tentait de le priver d'une vision égrillarde, l'iniquité était intolérable ! Toutefois, contrairement à l'usuel, l'artisan se fit plus incrédule que quinteux, l'air presque benêt tant la situation lui échappait. « Hein ? Y a rien que j'aie jamais vu, c'est quoi l'problème ? » Sans explications, pourtant, elle l'implora de sa charmante oeillade d'exaucer son souhait, qui lui revaudrait de voir tous les siens réalisés par sa joliette bonne fée. La perspective d'être lubriquement récompensé lui apporte une plus profonde réflexion, non sans qu'il ne la guigne avec suspicion quant à ce qu'elle mijotait. Diantre, sa créature sous ceinturon lui ferait réellement tout faire pour son apport de luxure, un second encéphale qui se plut à réfléchir pour le premier et le fit abdiquer dans son choix. Un rauque soupir plus tard, puis il visita le revers de ses paupières en prenant son mal en patience, déjà las à la troisième seconde. Il se fia aux bruissements de tissu pour conjecturer sur l'avancement de l'habillage, retenant une poigne flâneuse de tâtonner pour se renseigner. Après quelques instants, plus aucun écho de mouvements, un plat silence si ce n'eut été la psaume de l'âtre embrasé, qui le laissa songeur. Puis, comme si la belle avait entendu les avides prières de ses doigts, elle guida d'elle-même sa main sur... « Son ventre... ? »

Jugeant le moment opportun pour briser sa cécité volontaire, Lakdahr recouvrit la vue pour mieux mirer la jouvencelle dans son nouvel atour. Il la toisa avec émerveillement, cette teinte était idéale, et même si son anatomie ne se crayonnait pas en de même courbes que celles de sa génitrice, la robe lui seyait indéniablement bien. Sa satisfaction fut néanmoins de courte durée, la faconde reprit d'un grand élan pour lui exposer une énigme dont il ne comprit que trop peu, si ce n'était qu'ils étaient tous deux concernés. Un bref spasme crânien allié au courbement d'un sourcil suffit à résumer son impéritie, peu doué qu'il l'était pour les énigmes et autres procédés intellectuels malgré qu'il soit loin de l'ineptie. Mais surtout, il abhorrait cette verve superflue alors qu'elle pouvait faire preuve de franchise, ce qui lui épargnerait bien de la besogne. Jamais, pourtant, il n'aurait pu prévoir la masse qui vint choir sur son crâne lorsque la sylphide s'élança dans la confession, sciant les pattes d'un colosse au passage. L'aveu fut tant fou et imprévisible que le guerrier en resta perclus, brusquement vidé de toute sa volonté et interdit à toute réaction. Plait-il ? Comment ? Qui ? Qu'est-ce ? Gné ? La chope qu'il tenait glissa entre ses phalanges pour vomir sa liqueur sur le sol et rouler plus loin, il crut blêmir conjointement à la nymphette qu'il observait avec de pleins calots, la cavité buccale béante et prompte à gober le premier diptère qui passerait. Ah ! S'il s'écroulait, qui le rattraperait, lui ? Où était donc Gabriel lorsque l'on avait besoin de sa charpente ? Le temps semblait ankylosé par l'annonce, lui aussi, et après un long moment, le forgeron geignit le plus stupidement du monde.

« Héh ?! Comment c'est possible un truc pareil ?! »

Non pas qu'il était resté au conte d'un encornet – à défaut d'une cigogne – qui usait de tous ses appendices pour déposer les poupons à l'huis de ses parents ou que les fer-nés naissaient à même leur rocaille, mais le traumatisme lui faisait perdre tout son syllogisme. Evidemment, il était le premier à connaître et illustrer la définition du mot forniquer, les déités savaient qu'il n'avait pas épargné la malheureuse en matière de débauche malsaine et coïts brutaux. Ah ! Elle avait eu loisir de lui serrer la pince, à son affectif dantesque, comme quelques-uns surnommaient son fier phallus pour l'heure flasque de toute turpitude – ô difficile que de s'engorger d'envie dans de telles circonstances ! Violain était enceinte, c'était dans la logique des choses pour une concubine à qui il avait dérobé son voile de pureté, l'on ne semait pas impunément – venant d'un demi Greyjoy, la phrase devenait ubuesque, car l'apophtegme de la maison était bien connue. « Nous ne semons pas ». Un adage vraisemblablement relatif ! Mais ce n'était guère le moment de méditer sur ses legs génétiques, ou plutôt, de se tourner vers ceux qui oeuvraient dans ce réceptacle de vie sur lequel sa main était toujours déposée. Il la sentait, désormais, cette panse rondelette, un fruits des entrailles de la jeune femme – et de ses roustons à lui. - dont il n'avait rien remarqué des prémisses. Une succincte réminiscence le fit revenir sur l'épisode des pintes chiées, et il comprit, alors, que ce que son fécond esprit avait crée d'un grommellement était à une année lumière de la véracité. Le susurre moribond de la souricette le sortit subito de son inertie, l'inquiétude naquit et s'amplifia avec une telle impétuosité que le géant sentit distinctement son estomac se soulever, une sensation des plus désagréables. L'impromptue lividité de sa compagne et toute la détresse qu'il perçut dans son regard l'empalèrent de part et d'autre, aussi posa t-il ses paluches sur les fébriles épaules de la muse.

« Oh, ouhla, tu... Tu d'vrais t'assire... Euh t'ass... Enfin je veux dire, ton cul... Pose le... Pose ton cul ! »

Même son jargon lui filait entre les dents, oubliée l'assurance et l'opiniâtreté originelles, l'anxiété menaçait de lui faire manquer un battement à chaque inspiration. Il s'étendit malgré tout de son long pour saisir une chaise et la placer auprès de la blonde vénus, la contraignant à y siéger en l'y plaçant lui-même, aussi doucement qu'il put. Etrange, le simple fait de savoir qu'elle portait un bambin en sa matrice lui donnait l'impression qu'elle était dorénavant aussi fragile que les ailes chamarrées d'un papillon. Le problème ? L'Edenteur n'avait que rarement croisé la route de ces criards lépidoptères qui, dans toute leur morgue d'insecte, s'amusaient sans cesse à le prendre pour un perchoir. Aucun des importuns n'avaient survécu, bouillie entre ses doigts bourrus de cogneur de fer, exploit qu'il n'avait nullement l'envie de réitérer avec sa femme-sel. Cependant, lui, n'était pas praticien, ni même mestre ou prêtre rouge, son ignorance en matière de grossesse était intégrale, si bien qu'il se retrouva entièrement démuni.

« Euuuh tu... T'as... T'as besoin d'un truc ? Que'que chose à bouffer ? A boire ? Une couverture ? » Une claque en pleine face ? Ah, non, pas de violence sur femme enceinte ! « Dis-moi si tu t'sens pas bien, j'suis là, j'suis prêt, j'suis... Nan attends ! » Le colosse ne s'était jamais montré aussi névrosé, loin des dogmes barbares et de la superbe d'un tueur sans culpabilité. Lauriers de son émoi, il s'en alla ramasser la chope sur le par terre puis ouvrit l'un des fûts de gueuze qu'il entreposait dans l'antre privé. Il y immergea le récipient jusqu'à la moitié de son bras, une fois remontée, la pinte gerbant d'alcoolémie, il la siffla d'un trait quitte à s'en étouffer. En manque d'oxygène à la fin de son verre, il prit un instant pour digérer autant ses gorgeons que la réalité puis revint auprès de la sirène. « … Nan attends. » Reprit-il après s'être retrouvé muet devant elle, Lakdahr retourna en direction du tonneau, et, aux grands maux les grands moyens pour un grand bonhomme, deux mains sur les rebords, ce fut la tête entière qu'il plongea ! Une scène d'exception à archiver dans les annales des Iles-de-Fer et de l'existence du titan des forges. Quelques bulles se frayèrent un sentier jusqu'à la surface du liquide dorée, puis le mestre fêvre se redressa pour chercher de l'air. Il plaqua son crin d'ébène vers l'arrière, frotta énergiquement ses yeux et essuya sa physionomie. Une toilette improvisée qui, en plus d'avoir bonne sapidité, eut le mérite de le réveiller. Derechef, il revint auprès de Violain et posa une rotule au sol pour être d'avantage à sa hauteur.

« Ca va mieux... » Du moins, osait-il le croire. L'une de ses mains prit appui sur le dossier du siège, tandis que l'autre se posa sur la cuisse de la donzelle. Ses rutilants onyx dans ses somptueux diamants, il questionna après s'être humecté les lèvres. « On commence par l'début : ça fait combien d'temps que tu sais ? T'en es absolument certaine ? T'en as causé à quelqu'un ici ? Sur Harloi ? A qui que ce soit ? »

Avant de mesurer tout l'impact que la condition d'un enfant pourrait avoir sur leur vie et en particulier sur la sienne, le forgeron désirait d'abord lénifier ses craintes quant à une certaine Seiche d'Or qui ne devait surtout pas être au fait.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Dim 4 Nov 2012 - 17:49

Pour d'autres, la posture, la parure, les instants précédents auraient eu toutes les apparences du dérisoire, face à cet homme ébranlé, cette montagne impavide qu'une simple phrase répétée avait fait frémir, puis chanceler. Oui, combien de femmes ne seraient restées de marbre face à ce colosse aux pieds d'argiles, prenant l'eau de toute part et surtout aux chevilles, devant cette annonce trop lourde pour lui : le géant allait avoir un petit. Sans doute beaucoup, en tous cas toutes celles ayant un brin d'instinct maternel, un rien de compassion, un soupçon d'empathie qui ne soit pas taillé à même la malice et qui ne leur commande pas de ne comprendre que pour assujettir. Un nombre important, donc, mais pas Violain. Elle restait là, debout, au milieu de ses turpitudes à elle, la première réaction de son Édenteur attitré n'étant ni percutante, ni douloureuse, elle n'y réagissait. Tout au plus songeait-elle à la piteuse réaction de son rustre quant à ses premières esquisses d'offrandes de luxure – comment ça, le voisin ? Mais bien entendu que c'était une formule ! N'avait-il décidément pas la moindre petite parcelle minuscule de sens du spectacle et de la présentation ? L'emballage et la façon de tendre une offrande faisait une bonne part de la valeur d'un présent – ah, les apparences, toujours les apparences, et la Souris savait ô combien elles comptaient puisqu'elle leur devait sa survie – et il osait les dénigrer. Bah, comme d'habitude. La souris restait enfermée dans son esprit et y trottait avec ses pensées confuses, alors même que son propriétaire bafouillait son ignorance à propos de l'origine de ce fait – et des enfants, et du monde entier – après un très grand temps de silence où ils restèrent tous deux, face à face, sans gémir ni bouger. Quel couple bizarre.

Aucun échappatoire ! Comment ferait-elle pour le langer s'il faisait la moitié de la taille de son père avant de savoir tenir ses propres fesses proprettes ? Et s'il avait trop de sa trogne à elle, qu'il était petit, chafouin, chétif et aussi pénible, pourrait-elle suggérer à un prêtre de l'en débarrasser avant qu'il ne soit un trop grand boulet ? S'il était malade, n'allait-on pas accuser ses entrailles à elle plutôt que ses reins à lui d'être faibles ou contrefaits ? Grands dieux ! Elle avait enduré la conception, c'était bien là une preuve de la fausseté de son apparente fragilité ! Mais si elle crevait en mettant bas, comme une outre percée ? Si cette sangsue qu'elle gardait repliée au milieu de sa viande la dévorait en dedans et la laissait froide et blanche sur son lit de naissance ? Et puis, et puis... Ah, le vandale ! Il avait laissé choir sa chope, il avait éclaboussé le plancher de tout le contenu de sa pinte ; pourtant elle s'était tuée à tenter de lui induire dans le crâne, selon plusieurs biais successifs : on ne sème pas davantage la bière que le reste céans, ça ne repousse pas ! Mais rien n'y avait fait. Ce fut la première chose qui la ramena sur terre, la tirant de son lit de vie donnée et de mort reçue, ainsi que de ses perspectives d'infanticide discrètement accompli et promptement béni. Mais avant même qu'elle ne put protester, encore empêtrée de ses pensées, les yeux tombant tout juste sur le breuvage mousseux qui n'allait pas tarder à devenir glu puante et pernicieuse entre les lattes de bois, le géant collectionneur de ratiches la saisit par les épaules, avec ce qui lui semblait – ô incongruité – de la délicatesse.

S'assire, donc, c'est ce qu'il lui conseillait, tandis qu'elle répétait en leitmotiv, sans s'en apercevoir tout à fait, sa troisième confession au sujet de leur destin commun et de leur progéniture, encore choquée de sa propre révélation. Elle leva une main vers la chope à terre, soldat tombé au combat de leur éternelle incompréhension, laquelle était pourtant le ferment étrange d'une entente qui ne l'était pas moins. Elle voulut bredouiller quelque chose au propos du houblon et de la difficulté de s'en approvisionner, sans compter le poids des barils et la force de ses bras – ce n'était presque jamais elle qui se chargeait de monter les tonneaux, mais une occasion de minauder ne s'abandonnait pas sur de pareils détails – mais, alors qu'elle releva ses mirettes désolées vers le visage de Lakdahr, elle renonça. Par les sept siamois divins et par leur cousin qui ne savait pas nager ! Il était presque blême, en tous cas, il était tout à fait troublé. Elle le réalisa soudain, plus sûrement que s'il l'avait giflée. Par le stupre, par ses entrailles ! Elle aurait su qu'il lui suffisait de pondre pour le frapper d'un pareil estoc, elle aurait été grosse il y a longtemps – ah, quel fabuleux orgueil était le sien, pour lui faire omettre si vite qu'elle n'y contrôlait rien et qu'elle n'avait rien deviné davantage ! S'assire, donc, puisqu'il le disait, indiquant de quelques mots hachés qu'il s'agissait là d'installer son derrière sur un réceptacle dédié aux fessiers, elle hocha la tête, immobile, stupéfaite, il lui tira une chaise de lui-même avant de la soulever et de, sans effort, l'installer devant lui à la manière d'un trésor précieux qu'il ne fallait pas froisser.

Les bras auraient pu lui en tomber. Ça y était presque, pour l'heure, pour le moment, pour l'instant suspendu plus exactement, elle était reine et il était servant. Elle, Violain, toute de splendeur vêtue, sujet d'adoration prudente et craintive – d'ailleurs, elle ne s'était même pas mirée dans cette robe fabuleuse, ne se voyant que dans les yeux troublés de son ogre attitré – et, alors qu'elle en avait rêvé sa vie entière, elle ne su que faire de cette attitude lorsqu'elle lui fut enfin vouée. Elle avait presque l'envie de le secouer, de lui rappeler son rôle d'homme fort, de tyran, de goret, même, pour qu'il soit moins tremblant – bon sang, cette vision la... Terrifiait ! Oui, quelle abîme effrayant que de commander, et qu'en faire, de son petit – certes, grand – soldat ? Sers-moi, oui, mais à quoi faire ? Bah ! Elle n'était faite que pour manipuler, pas ordonner ! Son arracheur de quenottes lui marmonnait ses demandes à lui, s’enquérait de son état, de ses désirs. C'était atroce, qu'est-ce qu'elle était mal à l'aise ! Elle s'en dandinait, affligée d'une sourde angoisse qu'elle ne se comprenait pas avoir, se sentant soudain étouffer.
    « Un peu d'air... »

Murmura-t-elle d'une voix si faible qu'elle douta d'avoir seulement véritablement prononcé ces mots, alors qu'il se détournait. Il n'avait pas entendu, elle continuait de remuer sur sa pauvre chaise, petit trône de son royaume réduit du lit de cette chambre jusqu'à la frontière de son huis. Il ramassa la chope de lui-même, elle l'en approuva du chef, distraitement, sans classer l'affaire ni même la relier à la précédente. Il approcha du tonnelet, fort de son broc et, alors qu'elle le contemplait, assez incrédule, encore trop troublée pour faire autre chose que le guigner en battant des jambes, les mains sur les cuisses et le cœur au bord des lèvres – ah, non, il ne manquerait plus qu'elle se remette à déborder. Elle se força à déglutir tandis que son homme buvait à grandes lampées, ayant sans doute besoin de se remettre les idées au clair – ou bien préférait-il s’enivrer pour oublier. Bah, il n'était pas si méchant que ça lorsqu'il avait bu plus que son saoul, ne serait-ce que par la fierté d'avoir une nouvelle fois descendu davantage que trois marins dans son seul giron, puis, s'il était un peu joueur, elle l'attirerait dans les draps – il s'endormirait épuisé et content. Mais il s'interrompit, alors que la souris, sans juger plus que ça de l'étrangeté de son comportement à lui, fut surprise, soudain, alors qu'il l'avait longuement regardée et qu'elle ne faisait que s'éventer d'une main pour passer son asphyxie et son mal de mer soudain. Attendre ? Attendre quoi ? Que lui réservait-il ? Un autre présent ? Son oreille s'en leva, ainsi qu'un de ses sourcils. Allait-il la saisir pour la balancer par cette fenêtre qu'elle voulait tant qu'il lui ouvre et la regarder s'écraser en contrebas ? Allait-il vouloir lui retirer le marmot qu'elle venait de lui confesser concevoir, se changeant pour le coup en semi-poulpe aux pseudopodes agiles et perçants ? Elle n'eut pas loisir de trop suspecter ni d'imaginer assez pour finir par effectivement en vomir, là, devant elle, sous ses yeux incrédule, il plongea la tête dans le tonneau de liqueur ambrée.
    « Mais que t'es con, mon chéri, quand tu t'y mets ! »

Lança-t-elle entre la surprenante rémanence d'affection et l'affliction la plus sévère, alors qu'il bullait avec véhémence au milieu de sa bière, tel un gros poisson harponné par le fruit de ses péchés et qui refusait d'y voir clair. Elle attendit, une poignée de secondes, puis cinq, puis dix ; elle s'agita soudain, inquiète de le voir s'offrir au dieu ivre plutôt qu'au noyé, mais il resurgit des flots ambrés dans un débord de mousse et un claquement de chevelure en arrière. Tout était éclaboussé de bière, ça et là, ça promettait pour nettoyer – mais quelle indécrottable plaie ! Puis, semblant plus en cannes et passablement englué, il revint vers elle, dans la posture du chevalier, avant de s'appuyer à demi sur la chaise et de sa main libre sur sa petite cuisse exposée. Elle posa ses deux mains sous sa grande pogne immédiatement, non pas vraiment pour la lui saisir avec affection, mais dans l'espoir que les vestiges de houblon ne tachent pas sa nouvelle merveille avant qu'elle n'eut pu en profiter. Hé, cette robe lui appartenait et elle n'en avait pas même encore caressé le tissu une fois convenablement posé sur elle.

Ça allait mieux, disait-il, grand bien lui fasse – et pitié, puisse un dieu l'entendre, n'importe lequel, peu lui chaulait, mais qu'il ne se comporte plus comme un enfant qui attend qu'il le gronde ! Le souvenir l'en perturbait toujours d'une terreur aussi dérangeante que profonde - puis, lui dardant une œillade franche, il se décida enfin à lui poser une question directe, suivie d'autres de ses sœurs, non moins précises et, enfin ! Pragmatiques, dignes de l'imparable rustre qu'elle se connaissait. Elle lui en répondit un fugace sourire approbateur, et presque gentil. Presque. Elle bredouilla ensuite.
    « Tu ne veux vraiment pas ouvrir la fenêtre ? »

Hé ! Refuser d'être une Reine sans partage ne signifiait pas qu'elle avait renoncé le moins du monde à être traitée en princesse. Essuyant sa paume gardée en ses mains de ses doigts, elle les pourlécha ensuite, surtout pour en effacer l'ambre plutôt qu'étancher une quelconque soif, se penchant au travers de son trouble toujours présent – et qu'il devait sentir, puisque ses menottes en tremblaient encore légèrement – sur les questions successives. Et, ça y était ! Aussitôt sorti de son rôle grotesque pour sa taille et son faciès de petit page empressé, il redevenait le gros rustre à l'intelligence vive mais dévouée à d'autres sujets que ceux valant un intérêt véritable – à ce que Violain estimait. Depuis combien de temps ? Mais qu'est-ce qu'elle en savait ? Si elle en était absolument certaine ? Bien sûr que non !
    « Oui, j'en suis sûre, répondit-elle alors fort logiquement, avec une esquisse de moue entre le sourire courageux et la grimace douloureuse. Et je le sais depuis... Peu, poursuivit-elle prudemment, préférant comme souvent confesser une incertitude sotte plutôt qu'un savoir habilement dissimulé. Mais, oui, oui, je ne te l'aurais pas dit si je n'étais pas absolument certaine. On va... »

Elle soupira, plutôt que de répéter ce fardeau qui lui semblait déjà déformer sa silhouette et la percer de coups de pieds – ou d’appendices. Elle remua derechef sur son assise, jouant avec les doigts de Lakdahr et les pressant au rythme de ses désirs, alors que quelque part en son esprit, elle mourrait toujours de l'envie de faire payer cet être responsable de son état en lui adressant au moins le bouquet de ses phalanges en plein visage, ou de lui farcir tout son poison dans un petit pain de viande au plus, s'il lui plaisait de finir spectaculairement sa vie, toutefois. Elle le ferait peut-être si elle comprenait que l'enfant allait la tuer en naissant – ce n'était que pure spéculation. Rien ne saurait lui donner pareille certitude et elle s'aimait bien trop elle-même pour nourrir quelque projet destiné à raccourcir la seule existence qui avait assez de valeur à ses yeux pour qu'elle en prenne un soin méticuleux et constant. Elle haussait une épaule alors qu'elle reprit parole, piquant d'un ongle rond la paume de son homme.
    « J'en ai parlé à une seule personne, une femme-sel, corrigea-t-elle rapidement, sur un ton qui laissait entendre que le terme de personne n'était pas propre aux esclaves capturées. C'est à dire, c'était fortuit, poursuivit-elle rapidement pour prévenir l'ire du géant, c'est elle qui m'a parlé des signes de, hé bien, de l'enfant. Mais ne t'en fais pas ! S'exclama-t-elle d'un ton trop joyeux pour ne pas être au moins un peu sincère. Elle est morte depuis. Elle a du déplaire à son propriétaire. Et hop. Plouf. Apu. »

Elle illustra de petits mouvements de mains et avala longuement sa salive ensuite. Elle avait chaud, soif, c'était terrible, d'autant plus qu'elle devinait que de l'eau ou de l'air frais la feraient soit vomir soit vaciller. Elle confessa sur un ton plus conspirateur, destiné à le rassurer lui tout autant qu'elle, bien qu'elle trébuchait sur son phrasé.
    « Je... Non, personne d'autre n'est au courant, dès qu'elle m'a fait douter, j'ai essayé de... Cacher, et quand j'ai vérifié ce qu'elle m'avait dit, et que je me suis... Rendu compte que... Hé bien, voilà, tu sais... »

Nouvelle incongruité dans le comportement de la souris, voilà qu'elle n'osait plus dire la phrase terrible et qu'elle s'en agitait. Elle sursautait, se trémoussait, ses yeux s'embuaient même, alors que son front se nimbait d'une très légère sueur.
    « Tu ne veux vraiment, vraiment pas ouvrir cette fenêtre ? Oh. Oups. Je, il me faut un seau. Ta chope, passe-moi ta chope, vite ! »

Que ce fut elle ou lui, elle sauta à bas de son trône et, sitôt que le récipient malheureux lui fut fiché entre les pognes, elle l'emplit d'une humeur moins amène et plus bileuse que la précédente fournée dont le malheureux broc avait été gratifié. Bras tremblants, mais jambes fermes, elle s'appuya sur l'épaule de son Édenteur pour ne point tomber, bien qu'elle ne se crut pas faible et, une fois la tasse infâme repoussée, elle saisit un torchon – elle – et s'essuya le minois, et de la bile, et de la sueur.

Bon sang, ça l'avait complètement retournée. Elle ne se reconnaissait plus, elle était ballottée par les événements, il fallait qu'elle retrouve ses valeurs sûres – et qu'elle se passe les nerfs sur quelque chose. Elle darda une œillade nouvelle à son propriétaire et bourreau, de ce genre d’œil bizarre et de très mauvaise augure, noire, cryptique, accompagnée d'un sourire sournois qui se dessinait à mesure. Bien sûr, qu'il fallait qu'elle se décrispe, sans pour autant perdre le moindre des bénéfices de l'attitude de son géant aussi rude que poisseux de bière – quelle allure, monseigneur, quelle parure, quel effet ! Elle inspira très fort, happa l'air une fois, puis deux, fit front à son Lakdahr et posa les mains de chaque côté de son visage à lui. Elle affirma d'une voix forte et tout à fait spontanée.
    « Ça suffit, je n'en peux plus, faut qu'on se détende. Et vite. Allez. »

Elle désigna du menton le lit conjugal, au devant duquel traînaient ses effets étalés. C'était presque un ordre, pour le coup : au stupre, c'était pressé ! Elle hésita un instant à plaquer ses lèvres contre les siennes, mais le goût de sa propre salive la retint ; aussi, se détachant à peine, elle saisit plus loin un morceau de pain au sucre qu'il n'avait pas touché, y mordit, mâcha brièvement avant de passer la boule de pain à la saveur à la fois suave et un rien écœurante le long de ses dents. Elle y passa la langue ensuite, la claqua ça et là sur ses quenottes blanches, puis, jugeant le résultat probant, hocha la tête.
    « Voilà. C'est bon. Et... Ne t'en fais pas, pour le petit, crut-elle bon d'ajouter, si l'autre ribaude n'avait pas tort, ça fait déjà quelques fois que tu es revenu te présenter. »

Comme c'était élégant ; et à sa façon de le dire, on eut pu croire que ça ne comptait pour rien – à vrai dire, l'affaire mise de côté, elle se préoccupait à présent surtout d'elle-même, pas de l'enfant en devenir, ensuite, après elle, de son amoureux des molaires et elle croyait deviner que ça lui ferait le plus grand bien de se détendre un peu s'il lui avait fallut un gargarisme à la bière pour ne faire qu'aligner trois mots concrets. Elle prit un air chafouin, tirant un peu la langue, se lovant contre lui, frôlant puis pressant son corps à lui des formes plus prononcées du sien.
    « On réfléchira au nom plus tard. Viens déballer ton cadeau, hm ? Hm-hm ? Ca te dirait ? »

Allez ! Elle n'allait quand même pas devoir le motiver ? Qu'il lui montre qu'elle n'était pas devenue trop épaisse et ballonnée pour le combler de cajoleries horizontales – ou dans d'autres sens, si ça lui chantait d'être fantaisiste. C'était une autre de ses angoisses renaissantes. Et si l'enfant lui dérobait tout son éclat ? Et si – pire que tout ! Pire que d'être la proie d'un voleur d'âme – et si c'était une fille ? Ah ! L'immondice ! Ah ! L'horreur sans nom – et elle se ferait fort que la petite traîtresse ayant poussé en son ventre n'en ai jamais ! Hors de question ! Si c'était une morue dont elle accouchait, elle l'enverrait d'elle-même à la mer, que la marée soit basse ou haute, par la fenêtre s'il le fallait ! Quelle angoisse, une fille pour son presque-mari. Elle enfonça son visage dans son cou, cherchant à se faire la plus suave et liquide possible, posant ses lèvres tièdes contre sa peau brûlante et encore moite d'ambre. Sa peau contre la sienne, voilà qui chasserait sa terreur, voilà qui consolerait ses peines. Il la lui fallait, c'était obligatoire – elle se contemplerait dans la robe plus tard. Ça la rassurerait. Pour l'heure, il lui était presque vital de faire danser leurs corps et chanter leur luxure. Parce qu'elle était encore une femme, et quasiment la sienne, avant d'être une mère.

Une mère. Quel atroce pouvoir était-ce que d'enfanter.
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Lakdahr l'Edenteur
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♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
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♦ Doublons : Alrik Mallery - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 26 ans
♦ Mariage : Serenei ( Femme-sel )
♦ Lieu : Les Iles de Fer
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Message Lun 19 Nov 2012 - 20:05

Par bleu, mais c'est bien sûr ! Comment avait-il pu se couvrir de cécité face à l'état de sa concubine, de cette chafouine qui avait ce don de l'éreinter autant qu'elle l'émerveillait ou le décontenançait ? Elle lui ferait passer Dentesque à gauche avant les habitants des strates, fichtre, merde ! La pléthore de jurons glissait en cataracte dans ce qui demeurait encore de ses méninges à l'instar d'une coulée de semence après une copulation digne de ce nom. Idiot, qu'il avait été de ne jamais s'interroger sur cette panse de femme qui ne se cambrait pas depuis le temps qu'il la souillait de sa sépia, les encornets même seulement Greyjoy de moitié ne lésinaient jamais en matière de tentacules, preuve en était de l'ancien lord Ravage dont le forgeron avait vraisemblablement hérité de certains traits caractériels à défaut de physiques. Un amour séminal qui liait ravisseur et femme-sel de choix, car tel était le rôle des drôlesses qui ne pouvaient se targuer manier l'arme – Celle de fer, pas l'anatomique ! - à savoir, satisfaire celui qui leur avait arraché toute autre raison d'exister, et cela convenait parfaitement ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle laisse la nature reprendre ses droits sur la conception de vie, rah, la sotte – car oui, c'était sa faute, à elle ! Certes, il était encore celui qui l'avait initiée aux conversations acrobatiques, à un langage corporel qui valait plus que n'importe quel colloque, mais, c'était bien connu, c'était toujours à la femelle qu'il fallait jeter la pierre. Toutefois, loin des poncifs qui prônaient la suprématie de l'alpha conjugal, Lakdahr n'avait d'autre perspective que se confronter à cette véracité qu'était une fécondation en vigueur, ce qui, tout bien considéré, suivait la logique dans une relation comme celle-ci. S'il ferait face à la situation quoi qu'il pouvait advenir, il lui fallait tout d'abord y songer à plusieurs fois avant de décider de la meilleure marche à suivre. Outre toutes les responsabilités et les écueils qu'inspirait le fait de devenir parent, les périls extérieurs étaient d'avantage préoccupants, et à la tyrannie, il n'y apparenté qu'un nom : Dagon. Ce demi-frère commençait à devenir une psychose loin de lui seoir, mais, de tout leur saumâtre archipel, ce bougre était l'unique à oser s'en prendre directement à lui... Alors que dire de son enfant ? Un hypothétique moyen de pression, qu'il ne supporterait diantrement pas. Mais serait-il enclin à outrepasser de telles lisières ? Trop de conjecture, peut-être allait-il trop vite en besogne alors que l'évènement n'en était qu'à une pusillanime convexité qu'il n'aurait, sans aveu, jamais remarquée. Après tout, qu'y connaissait-il, lui, en matière de symptômes gravidiques ! Il n'était pas mestre, il savait à peine différencier carne de poiscaille lorsqu'il s'y mettait. Que faire dans ce cas ? Patienter, rotule au sol, que l'engrossée lui accorde quelques réponses.

Son crin graissé le faro dans lequel il avait mis son cuir chevelu à l'épreuve, seules quelques mèches engluées striaient l'attentif faciès du colosse, le reste de ses boucles cascadant en sa nuque pour y déverser la bonne gueuze qui lui chatouillait le rachis. Désagréable sensation de laquelle il ne s'occupa guère, bien plus au désir de voir ses angoisses promptement lénifiées, car celles-ci lui obstruaient l'oesophage rien qu'à leur évocation. Il ne put savoir si l'éloquente certitude de Violain quant à sa condition était à bénir ou à abhorrer, mais au moins, il ne semblait n'y avoir nulle place pour le doute. Ses sombres agates jusqu'alors fichées dans les gemmes d'azur scrutèrent sur le côté, ses lippes se déformant également pendant que ses dents déchiquetaient instinctivement l'intérieur de sa joue en d'infimes lambeaux de peau. Un impératif qui lui chutait sur la nuque telle la lame d'un Maître des Hautes Oeuvres, si ce n'était qu'avant la condamnation, lui, n'avait pas eu le loisir de passer en jugement. Une exécution sommaire qui, tout à fait inconsciemment, lui fit masser sa pomme d'Adam comme pour vérifier que sa tête demeurait encore sur ses épaules. Il sembla revivifié par la pression des phalanges féminines sur les siennes, d'avantage rongées tant par les éléments sodiques, que les combats et la besogne en son antre. Calme – ou simplement perclus par l'ampleur de l'information. -, il le fut jusqu'à ce qu'elle lui révèle s'être confessé à autrui, ce qui anima ses onyx d'une nitescence d'appréhension : les femmes, qu'elles soient de sel, de roc ou du corps domestique, il était de notoriété publique que la majorité était inapte à préserver un secret. Prêt à quérir de l'identité de la concernée, et par la même occasion, celle de son propriétaire qu'il espérait être du bon versant de son estime. Fort heureusement, l'annonce de son sort lui retira un poids des trapèzes – cela lui évitait d'avoir à se souiller les mains lui-même pour la réduire au silence ! Un soupir passa la barricade de ses lèvres qu'il humecta d'une salive lacunaire, heureux, finalement, de ne pas s'être acoquiné avec une donzelle pour laquelle la survie n'avait aucune signification. Elle n'avait fait de personne son confident, grand bien leur en ferait, car ce conciliabule resterait de leur unique connaissance pour le moment. Diantre ! Il en venait presque à regretter sa catin de génitrice qui aurait été à même de veiller sur toute cette évolution... C'était sûr, elle avait fait exprès de trépasser avant ! Et puisque l'Edenteur avait fini d'imputer la faute à tout le monde, il remarqua l'impromptue sudation qui luisait sur le minois de sa sirène aux écailles d'outre-mer, l'interrogea du regard et n'eut qu'à peine le temps de blottir ses doigts contre son front pour en jauger la température que bébé pas même né se faisait facétieux.

La fenêtre fut derechef ignorée en faveur d'une lubie d'amertume qui ne manqua guère de faire paniquer le géant, décalé sur sa gauche dans un fulgurant réflexe pour mieux contempler sa pinte se consteller d'une humeur dont il n'enviait rien. Il soutint la frémissante anatomie pour lui éviter de s'aliter sur le sol, un rictus ourlant ses lippes à en voir la belle rendre gorge. « Beh, tu nettoieras ! » La congratuler de ne pas l'avoir tapissé de son rejet biliaire ? Que nenni ! Chançarde d'avoir été en mesure de se contrôler, car jamais – ça jamais ! - Lakdahr ne s'abaisserait-il à lessiver après elle, lui qui ne le faisait même pas pour lui-même. Prompt à faire subir mille affres à un martyr, passant de la spoliation dentaire à des sévices d'autant plus inhumains, mais, non, il abandonnait définitivement les tâches ménagères à qui en avait la qualification. L'on ne pouvait tout faire, dans une vie ! Point non négligeable que celui qu'il resta à son chevet le temps qu'elle recouvre ses moyens, ceci, bien qu'il se sentait morne à l'éventualité que les choses n'iraient guère en s'arrangeant avec le développement de son cycle... Hé ! Comment ferait-il, lui, lorsqu'elle serait trop ventripotente pour s'occuper de tout, de lui y comprit ? L'égotisme de ce caprice muet fut étouffé par la recrudescence hormonale qui appela la blonde vénus à des affairements sybarites pour le moins incongrus, le carcan qui se referma sur sa physionomie d'ostrogoth le laissa interdit, les phases s'alternaient avec bien trop de furtivité et d'incohérence pour qu'il soit enclin à les suivre. « … Hein ? Quoi ? » Et c'était lui qu'on lynchait pour sa propension à écarter ce qui pouvait l'être dans une inspiration tant phallique que couillue ? L'univers s'inversait d'absurdité ! Voilà que sa licencieuse ivresse était contagieuse, mais le moment était fort inopportun pour côtoyer les étages célestes, qu'il s'agisse du septième ou plus. Et si sa résignation avait encore un drap de latence lorsque la demoiselle s'en alla attester de la saveur de ses lèvres, le commentaire qui en gerba à l'instar de son précédent rendu le frappa d'une consternation outrée, qui muta en une contorsion faciale mêlant l'aversion et l'incrédulité. Silence forcé durant de longues secondes, le temps de concevoir ce qu'elle venait véritablement de lui dire, puis il répondit sur un ton prônant l'inexorable révélation à laquelle il peinait presque à accorder de la crédibilité. « … Parfois t'es encore plus glauque que moi... » Si elle avait d'autres fredaines de ce genre, c'était l'instant ou jamais de le lapider avec jusqu'à ce qu'il en agonise, car l'idée que ses coups de boutoir qui n'avaient rien à envier à ceux d'un taureau en rut avaient pu saluer les abysses habités de la donzelle... Cela le laissait définitivement mitigé.

L'artisan préféra biaiser son intérêt sur les cambrures qui prenaient un malin plaisir à s'opprimer contre lui, la vue plongeante était d'une tentation qui n'amènerait qu'à un péché véniel, après tout. Cependant, une référence au prénom qu'ils se devraient bien d'accorder à leur enfant – Leur enfant... Que cela sonnait irréel ! - l'empêcha de prendre partie pour ces mamelles qui déployaient leur potentiel sous ses prunelles quelque peu hagardes. Intuitivement, ses paluches malaxèrent les hanches qui se camouflaient sous le textile bleuté, puis en firent de même avec ses formes callipyges alors qu'il se releva enfin, tel un mont surgissant des entrailles de la terre pour surplomber la sculpture de roublardise qui s'agglutinait à lui. Moue aux lippes, il l'observa d'un oeil curieux, avant de se pencher sur elle pour goûter son cou, mais surtout, dans le discret but de tendre le bras en direction de la table. Lorsqu'il se releva, Violain eut droit à une douche fortuite, dans le sens le plus littéral du terme. Au-dessus de sa flavescente crinière, le mestre fêvre inclinait un broc d'eau clair dont il déversa l'entier contenu sur la pauvre chafouine. Comble de la boutade, le colosse prit soin de secouer le récipient pour faire choir jusqu'à la dernière goutte, avant de la contempler dans ses atours trempés, une coquette apparence dont il avait sciemment ruiné l'élégance. Il patienta un couplet de secondes qu'elle se remette de cette soudaine offensive aquatique, puis s'enquit tout en croisant ses bras.

« Ca va ? Ca t'a calmé ton feu au cul ? » Fraîche cascade sur derme incandescent donnait un choc thermique qui, il l'espérait, la sortirait de sa kyrielle de bévues. S'ils se rejoignaient sur la désinvolture de leurs verbes, la différence résidait dans le fait qu'elle était intentionnelle de la part du titan, mais involontaire chez cette muse d'exaspération. L'impact des mots n'était ainsi point le même bien que suffisant pour déstabiliser le plus imposant qui, dans pareil cas, devait se triturer les méandres cérébraux avant de trancher une quelconque décision. Contrairement à ce que suggéraient les usuelles attitudes du bélître, il n'était pas tant impulsif dans sa réflexion... Du moins, tout était relatif, et l'Edenteur, un personnage à part entière. « Me r'garde pas avec cette gueule là tu veux, t'crois vraiment que j'ai la bite à la main après c'que tu viens de m'dire ? J'sais que j'ai aucune morale et que j'préfére généralement entendre mes burnes, mais là... » Il tâtonna sa propre panse en levant un regard songeur en direction du mur, comme s'il y projetait un mal. « … J'ai faim en plus. »

Il fallait choisir quelle bête rassasier en premier, et sa famine, elle musardait en son ventre alors qu'il fut encore sur les flots. En dépit de ses allures de futur pater, il ne se dévêtait pas de ses nippes de fruste et il ne la culbuterait que lorsqu'il en serait décidé ! Qui était le mâle, dans cette pièce ? Mon sieur à la noire toison et à la fragrance de testostérone mâtinée par celle de bière – on était barbare, ou on ne l'était pas ! De ce simple fait, il n'y aurait nulle objection contre laquelle guerroyer, l'Homme avait parlé, l'Homme se ferait obéir, et l'Homme... Eut une entreprise des plus paradoxales. Une fois s'être débarrassé du broc et alors qu'il venait de dédaigner le stupre soumis avec une prosodie qui n'étonnait plus, ses doigts se hâtèrent à dépaqueter sa femme-sel de sa superbe tenue, dont les pans écartés laissèrent chuter le tissu le long de cette morphologie en crue. Sa nymphe d'albâtre dévoilée en toute nudité, les calots du forgeron méditèrent sur chacune de ses convexités tout en se rongeant la lèvre inférieure, signe extérieur qu'une convoitise était présente à défaut d'être exprimée. Il la souleva ensuite du sol pour l'emmener avec lui, se hasardant en quelques caresses plus suaves qu'on ne l'aurait jugé capable lors de sa marche. Toutefois, son avis ne s'était en rien altéré, car ce n'était pas à la couche qu'il la menait, mais dans la baignoire de bois, plus grande que la moyenne, car il fallait bien qu'il les fasse rentrer, ses plus de six pieds et demi ! Il la déposa à l'intérieur du bien mobilier dont le fond était paré d'un linge propre, réceptacle de crasse qu'il fallait changer à plus ou moins chaque utilisation.

« J'vais dire à c'qu'on te fasse un bain, ça pourra pas t'faire de mal sauf si j't'y noie. Mais j'serai trop occupé à m'bâfrer, tiens toi tranquille pendant c'temps ! » Son index se leva d'un air faussement morigénant. « Essaie pas d'm'arroser ! »

A croire que la souris s'était déjà essayée à l'exercice, un avertissement qui offrait un air étrangement paternel au jeune homme, inconscient de ce providentiel aspect qui le nimbait. Il s'en alla ensuite prendre la porte et apostropher un binôme de servantes dans le corridor, les sommant de s'atteler au bain de Violain, qui, si elle était sa femme-sel, n'était pas la seule à obtempérer à ses ordres. Lakdahr restait un élément réputé dans les Iles-de-Fer et en particulier dans l'éponyme bastion de Pyk, y vivant depuis toujours, l'on ne se risquait pas à inutilement l'offusquer. Ainsi donc, les deux nymphettes courbèrent l'échine et s'empressèrent de faire chauffer l'eau nécessaire pour remplir ladite baignoire, de laquelle la ouestrienne avait interdiction de sortir. Quant à lui – et après avoir finalement confié la chope dégorgeante de vomissure à l'une des domestiques – il s'attabla dans un lourd soupir exténué. Le fardeau annoncé en ces prémisses de sorgue l'avait plus chambardé qu'il ne désirait le démontrer, les interrogations défilaient en chapelets et firent d'un fieffé vorace, un pensif absent. Alors qu'il entendait les seaux se déverser de manière itérative, son sens olfactif reconnut enfin le fumet des pains de viande disposés aux abords de ses affaires qu'il avait précédemment déballées. Il rapprocha l'un des plats et ne patienta guère plus longtemps pour l'attaquer à grandes goulées, jouant de ses puissants maxillaires dans un ballet de gloutonnerie qui l'aiderait irréfutablement à y voir plus clair. La fluidité des capacités intellectuelles passaient également par le contentement du rumen, et à chaque denrée avalée, il retournait la situation d'une nouvelle façon pour ne rien abandonner au hasard. Il allait être père, il devait s'y faire. Etait-ce aussi aisé de l'être que de se le dire ? Il n'aurait aucune figure parentale à laquelle identifier une probable éducation, et qu'il ait toujours su s'occuper de lui-même ne signifiait pas qu'il parviendrait à devenir un exemple pour son héritier. Et puis... Si c'était une fille ? « … Euh... » S'illustrer avec un poupon dans ses indélicates paluches était déjà d'un ubuesque sans nom, mais s'il s'agissait en plus d'une pouponne ! Du fruit de son encre, il favorisait la création d'un petit bonhomme, quel bougre quémanderait l'inverse ? Non pas qu'il ne prendrait pas soin d'une fillette avec la même attention, toutefois, la tâche s'avérerait sans nul doute plus ardue et... Certainement plus folâtre.

Nouvelle pinte de gueuze en main, repas à l'orée de son aboutissement, Lakdahr se rinçait les papilles tout en fixant les flammes qui entretenaient la chaleur de la pièce, outre les volutes de vapeur qui se dégageaient du bain de sa concubine qu'il entendait barboter par moment. De profil à elle, il ne lui avait adressé aucune parole depuis qu'il l'avait contrainte à sa toilette, emprunt d'un terrifiant mutisme alourdi par la fatigue qui ne demandait qu'à l'éconduire au creux de ses draps. En tendant l'oreille, il pouvait aisément deviner qu'en dehors, l'îlot était toujours victime de l'ondée qui l'avait accueilli à son retour de rapine. La mer vociférait en martelant les bases rocheuses de la forteresse, léchant la rocaille pour imiter la goinfrerie du géant pacifié par les quantités qu'il digérait. L'atmosphère était de ces inintelligibles étrangetés de laquelle résultait un sentiment d'inconfort, inéluctablement pas améliorée par un forgeron qui semblait clos à tout dialogue depuis le départ des servantes. Après ce temps de latence, sa charpente s'anima enfin, il se leva et se traina jusqu'auprès de la baignoire où il s'immobilisa, ses yeux croisant ceux de la sylphide. Ses deux mains prirent appui sur le bord, puis ce fut d'un phonème placide qu'il déclara.

« Ecoute Violain, j'veux que tout ça reste secret aussi longtemps que possible. Tant que ton ventre s'voit pas tu peux t'habiller comme tu veux, mais après, faudra que tu portes des trucs plus amples, j'veux pas prendre de risques, tu comprends ? » Peut-être était-ce excessif, mais il refusait de prendre tout ceci à la légère. Il baissa les calots sur son collier de canine qui pendait au-dessus de l'eau, puis sur son reflet lui-même en surface. « Pour l'moment on va rester sur Pyk, plus tard on ira s'installer chez Gabriel, j'serai plus tranquille en t'sachant à Dix-Tours quand j'pars. » Le concerné ne le savait pas encore, mais il allait devoir supporter le couple durant un temps indéterminé, Lakdahr entrevoyait déjà les litiges qui auraient cours entre la chafouine et le quartzeux... La vie était dure. « T'as intérêt à faire attention à toi à partir d'maintenant, plus qu'avant... J'veux dire, c'est bien que tu sois enceinte. Ouais enfin... Ouais c'est... C'est bien ! C'est... Logique ?... » Il la guigna, quelque peu en gêne, avant de prendre une mimique plus acerbe et de la gronder en avance. « N'en profite pas trop non plus ! J'te connais toi, t'aurais une queue que t'hésiterais pas à m'la fourrer dès que tu l'pourrais ! »




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Lun 26 Nov 2012 - 22:59

Glauque, elle voulait bien l'être plus que lui. Elle voulait bien le surpasser dans le moindre de ses défauts s'il le fallait, tant qu'il finissait par céder à ses attraits. Il en tenait de son honneur – le mot ne convenait que mal – de femme, de son avis quant à elle-même, de sa victoire son cette impression atroce et envahissante d'être une outre hideuse que le temps gonflerait comme une tique boursouflée. Elle se sentait comme telle, à avoir une conscience plus aiguë de ce qui lui pesait en dedans et de l'épaisseur de ses propres mamelles. Elle qui avait toujours été fine et s'était persuadée que c'était là figure plus élégante que d'être rondelette, par jalousie féroce plutôt que par goût propre, elle devenait pareille à ses replètes ennemies, toutes en courbes appelant la main gourmande plutôt qu'en lignes évoquant les lianes et l'insaisissable. Son propriétaire déviait, son regard s'effondrait avec de plus en plus d'insistance vers cette peau lisse et gonflée qu'elle pressait contre lui, satisfaite en partie de constater sa tentation, bien que furieuse de le voir aguiché par l'ostentation et ce fut avec une cambrure accueillante, ainsi qu'une sévère envie de le mordre dans des lieux trop sensibles pour être ainsi traités, qu'elle s'offrit aux caresses d'abord appuyées de son dentiste favori. Elle étira le cou, offrit sa gorge à son baiser unique alors qu'il se redressait et, alors qu'elle avait fermé les yeux et qu'elle attendait d'être transportée vers l'écrin de leurs ébats à venir, une pluie aussi soudaine qu'incongrue lui tira une exclamation d'abord surprise, puis franchement outrée. Elle serra ses petits poings sous son menton dans une crispation comique de gamine mal embouchée, les lèvres tordues sur une moue colérique dépourvue de la moindre élégance. Elle entrouvrit les lèvres sans mot dire, non pas par manque d'inspiration, mais par trop plein de sujets : enflure, sodomite, eunuque, impie ! Bélître, misérable, salopard, brigand ! Peloteur de chèvre, assassin d'enfant et pire, oui, pire que tout cela assemblé, massacreur de robe neuve ! Sa belle robe récemment offerte, il l'oignait ainsi, au risque de la déformer ! L'unique diatribe qui ponctua la bénédiction du carafon dont il l'avait gratifiée sécha ses protestations, mais certes pas sa rage ; elle restait haineuse et contractée, lâchant seulement un soupir vif par le nez en plaquant ses propres poings contre ses hanches. Elle, le feu aux arrières, vraiment ! Comme s'il était le dernier à avoir les chevilles au chaud et les fesses offertes au vent ! Elle ouvrit encore la bouche, le fiel au bord des lèvres, sans avoir encore choisi l'ensemble de phonèmes fleuris dont le gratifier séance tenante, mais il cueillit ses remarques d'un ensemble tout aussi élégant que celui qu'elle avait conçu, ce qui la plongea dans une délicate bouderie. Elle releva le museau, abaissa les paupières, détourna le menton et laissa ses mains se joindre au devant d'elle sans plus aucune crispation. Là, il voulait qu'elle soit calme, elle serait faite de chiffons, muette et molle comme une poupée. Que son ventre puisse quémander d'être contenté, elle avait assez cuisiné pour qu'il se serve tout seul tel le grand gaillard qu'il était et, si d'aventure il lui prenait dans la soirée de vouloir soulager un besoin plus bas et plus sensible, hé bien ! Il aurait sa dextre et son imagination pour ce faire. Elle, elle aurait mal aux tripes, c'était décidé. Toutefois, loin de se ruer sur la table, il posa derechef les mains sur elle, entreprenant de la défaire de sa robe outragée. Elle gigota un peu, émettant quelques bruits tenant du couinement de son animal dédié, destinés à signifier sans avoir à le prononcer clairement à son mâle imposé que ce n'était plus l'heure et qu'elle n'avait plus envie. Na. Et tant pis pour lui. Ça lui apprendrait à repousser ses cajoleries. Il n'aurait qu'à demander à Gabriel de lui tourner le dos et de faire comme si.

Il la souleva, elle resta molle, ses mains la frôlèrent, elle resta décidée – bien que moins indifférente en son for intérieur, toutefois sans entamer sa résolution volontaire – et, que ce fut de sa décision à lui ou de son attitude à elle, il la déposa dans le baquet destiné à la baignade, celui-là même qu'elle avait emprunté la veille pour se préparer au retour de son Édenteur et qu'elle avait soigneusement briqué depuis. Elle se laissa aller un peu trop vivement en arrière, se cognant légèrement l'échine, grimaçant de fait ; elle rouvrit les yeux pour le voir la tancer d'un index mi joueur, mi sérieux. Elle y répondit d'une moue moins sévère et d'un murmure inarticulé. Voilà qu'il devenait paternel – bah ! Une raison de plus de ne pas avoir de fille. Quelle horreur ce serait que l'idée d'être remplacée par sa propre progéniture, plus jeune, plus servile, plus fer-née. Non, vraiment, elle était décidée : si elle accouchait d'une demoiselle, elle la déclarerait mort-née et l'étranglerait avec ce même cordon qui avait jadis relié son enfant à la vie. Elle guigna son ventre entièrement offert à la vue de qui avait les yeux ouvert en ses lieux, affalée comme elle l'était. Il était encore presque tout à fait plat. Mais il n'était plus creux. Elle soupira, redressant ses fines gambettes aux chevilles un peu enflées par ses hormones et ses piétinements derniers, ne retenant un soupir que pour enlacer ses genoux et attendre l'eau que d'autres servantes finiraient par lui porter.

Elle barbotait, il empiffrait, ils ne se parlaient pas ; tableau criant montrant le destin des couples alambiqués et mal assortis. Il avait abattu une grande part de ce qu'elle lui avait tendrement conçu, ce qui lui insufflait une tendre amertume, un léger regret. Pour être accueillie comme ça, ah ! Elle aurait du cracher dans une mauvaise soupe et prétendre qu'elle n'avait pas entendu la nouvelle du retour du boutre qui l'avait entraîné loin d'elle. Elle n'avait dit mot aux servantes, n'avait qu'à peine remué pour prendre les seaux fumants et s'en laver la peau de la froideur du cruchon et de la poisse de son agacement. Il l'avait vexée, voilà, et au delà de cette crispation, elle se sentait blessée. Ce n'était qu'une égratignure, une petite plaie d'orgueil, rien de grave, mais pour qui n'avait en rien coutume de s'ouvrir, être brimée ainsi la laissait dans une humeur grave et mutique. Elle n'était pas triste, elle n'était pas abattue, mais elle éprouvait un pincement de rejet qu'elle distillait pour en faire un venin noir. Elle se frottait une énième fois de leur pain de savon commun, contemplant furtivement ses doigts aux bouts légèrement plissés par l'eau fumante, quand il remua pour venir vers elle. Elle se refusa à lever la tête, préférant continuer à s'enduire de savon gras, y enfonçant ses ongles pour faire la monnaie de sa brève mais intense envie de violence – les dieux avaient été sages de la faire fluette – et, lorsqu'il s'abaissa à sa hauteur, elle ne se hissa sur le rebord que pour déposer le pain faiseur de bulles en dehors de l'ondée chaude – et se découvrir fugacement un sein. Il en serait quitte pour être de nouveau piqué par sa rondeur furieusement féminine et conquérante.

Elle se rassit bien, s'enfonça légèrement dans le baquet, profitant que l'eau soit rendue lactescente par tout le savon usé, ce qui la voilait plus sûrement qu'un drap, laissant seulement deviner l'ombre de ses formes, en rose pâle dans ce blanc crayeux. Elle lui répondit d'abord une œillade cryptique, faussement indifférente, avant de plisser les lèvres dans une petite moue soulignant un début de conciliation, mais, toutefois, sans s'exprimer. Si elle comprenait qu'il ne voulait pas qu'on sache qu'il était fertile ? Ah, oui, évidemment qu'il avait honte ! Elle n'était pas assez idiote pour ne pas entrevoir ce qu'il y avait de danger à porter l'enfant qu'un Fer-né au milieu de tant d'autres, ne serait-ce que par quelque rivalité ou parce que c'était là montrer un début de faiblesse qui pouvait parfois suffire à tenter, mais elle était d'humeur effroyable et décidée à tout peindre de la même couleur que celle de ses pensées furibondes. Elle souffla légèrement à entendre qu'il allait falloir aller chez Gabriel – tout serait mieux que Pyk, oui ! Tout, même un cabanon humide au bord des galets mouillés, mais l'idée de supporter cet homme aux yeux célestes tout le temps de sa grossesse, sans même pouvoir l'empoisonner... Quelle horreur ! Elle était sûre qu'il voudrait voir le bébé – peut-être même lui toucher le ventre, ou parler au petit de géant au travers de sa peau. Ça l'agaçait d'avance de se le figurer. Soudain, il la tira de sa sombre complexion, alors qu'il poursuivait et qu'elle s'attendait à d'autres sentences aussi terribles que ces dernières : plus de cajoleries, supporter ses sermons, supporter de visu le fait que Gabriel respire. Ce n'étaient pas tant ses paroles que son ton, un peu gêné, plutôt concerné. Elle lui darda un regard pointu, soudain méfiante – et sans le cacher. Quoi ? Qu'est-ce que ça signifiait ? Aurait-elle, malgré ses contours enflés, malgré son utilité amoindrie, malgré son humeur toujours plus contrariée – elle qui ne partait pas d'un bon pied quant à ce sujet là – aurait-elle pris quelque valeur aux yeux sombre de son arracheur de quenottes ? Il grogna soudain à son encore et, malgré tout, malgré ses orages, la chose la fit rire. Il était mignon, oui, mignon, vraiment, quand il était maladroit. Elle reposa sur lui des prunelles tempérées, peut-être un peu tendre – qu'il grave ce regard-là dans sa mémoire, il n'en profiterait pas fréquemment. Elle souffla tout bas, contre l'eau, d'un ton si fiable qu'il était loin d'être certain que Lakdahr entende.
    « Moui. Mais ça finirait par te plaire. »

Puis elle plongea dans l'onde toute entière, disparaissant le temps de se retourner – sur le côté, elle avait beau être fine, elle n'avait pas la place de le faire de front – d'agripper les abords du baquet contre lesquels il s'était appuyé et, enfin, de surgir des flots avec lenteur, les cheveux plaqués contre son visage, ses pieds battant à l'air libre, la poitrine contre le flanc de son réceptacle. Elle se hissa légèrement, juste de quoi frôler ses lèvres des siennes, sans trop y penser, peut-être pour le gêner davantage, possiblement pour autre chose. Elle n'en savait trop rien et n'avait pas pour l'heure la patience de tout démêler. Remuant les jambes un instant avant de les ramener sous elle et ainsi s'asseoir face à lui, une main inutilement ployée contre sa poitrine pour la dissimuler, elle souffla.
    « Je comprends. Et je n'ai pas envie non plus que tout le monde le sache. Elle osa murmurer entre ses dents rapidement. Même Gabriel, tu vois. Et reprit plus haut, d'une ton plus souple maintenant qu'elle avait craché un petit morceau de la vilenie qu'elle avait coincée dans la gorge depuis un long moment. Et ne t'en fais pas, hein, je tiens à survivre moi aussi. C'est juste que... »

Il n'y avait pas de petits profits. Elle esquissa un soupir, prit une ample goulée d'air, chercha ses mots un instant et repoussa une mèche lourde en arrière.
    « C'est juste que ça me vogue un peu sur les nerfs. Je, euh, hé bien, ça m'impressionne un petit peu, tu vois, c'est que... Ça y était ! Elle bavardait trop à nouveau, son silence acquis n'avait été qu'une illusion de trêve. Je me demande s'il ne va pas être un peu trop, comment dire, grand, s'il va pouvoir sortir, si, enfin, je vais pouvoir le porter, s'il va avoir tes yeux... Ah, c'était trop affecté. Il fallait se reprendre ! Elle sursauta, ajoutant vivement. Je veux dire ! C'est, c'est bien que je sois enceinte, oui, comme tu dis... Abysse de perplexité. Mais euh... Je, hé bien, je, comment dire, j'ai un petit peur peur voilà et c'est à dire que ça me met les foies et oh, merde, quoi, c'est quelque chose d'important et oui je suis un peu déboussolée mais ce n'est pas grave ça va passer et oh et puis blup ! »

Blup, oui : elle avait elle-même enfoncé sa tête sous l'eau pour noyer ses paroles trop franches et trop dévoilées pour ne pas attiser ses propres craintes à mesure qu'elle les exposait. Une bulle, puis deux, puis trois : à défaut de bière, c'était son tour à elle de s'en remettre au dieu noyé pour apaiser ses émois. Elle perça l'onde de nouveau, le visage composé de multiples expressions mêlées, ce qui en rendant la lecture délicate : amusement, dédain, frayeur, caprice... Elle lâcha d'une voix plus maîtrisée, mais assez lente.
    « Ne sois pas trop vilain, c'est tout. Je ne suis pas si méchante. »

Même si ces mots auraient pu tuer net l'incarnation de la sincérité, la souris les pensait réellement. Elle fit une petite moue touchante, frottant le bout de son nez. Puis, levant une main, elle vint lui gratter l'épaule, et proposa sur un timbre plus léger.
    « Allez ! Ça suffit de causer comme des vieilles. Viens dans l'eau, je vais te frotter le dos, à défaut de te remuer autre chose. »

Elle tira vaguement sur son gilet, inspirant franchement une ample goulée d'air, espérant lui offrir une frimousse plus avenante et de quoi changer de conversation. Elle n'avait que rarement été touchée. Et ce sujet la remuait trop pour qu'elle parvienne à maintenir tous les voiles qui la dissimulait. Il était temps de s'abriter.
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Lakdahr l'Edenteur
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♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
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Message Jeu 29 Nov 2012 - 20:45

De toutes les concubines dont il avait joui, de façon éphémère ou relativement durable, cette blonde vénus extirpée des strates de Belcastel était probablement la plus imprévisible, chafouine d'âme à défaut d'être voluptueuse de chair, un rongeur qui feignait d'être appâté par le plus vulgaire des frometons en attendant de pouvoir se gargariser de denrées supérieures. Une ennemie en son sein, si elle avait été une guerrière ou n'était-ce qu'apte à user d'une lame autrement que pour apprêter de bonnes pitances, il aurait presque craint de finir avec un coutelas entre les omoplates. Sa façon de lui souligner sa matoiserie était peut-être digne de celle d'un hirsute de cette oasis d'argentite, elle n'en demeurait pas moins véridique quant à la faculté de mystifier les plus candides : n'était-ce point ce qui lui avait octroyé la commisération d'un Gabriel qui s'en mordait désormais les phalanges ? Un minois séraphique et des mimiques ouvrées, et puis, cette particularité dentaire qui faisait secrètement l'intérêt de l'Edenteur qui, bien qu'il eut par maintes fois hésité à le lui extraire avec toute la communion de ses tenailles, en adorait le tableau. Il était pantois de ne jamais avoir rendu tripes et boyaux à la suite d'un repas mitonné par les soins de la Souris, elle l'avait toujours bien nourri, que ce soit par la gamelle saturée de carne grasse ou par sa mamelle plus perversement dégustée - c'est qu'elle savait par quelle voie le prendre ou être prise pour le satisfaire à sa guise ! Une jonction des moeurs qui n'était point pour déplaire à l'intéressé qui, on le savait, avait toujours meilleure réflexion une fois la panse et les roustons à satiété. Pour cette fois, un bon souper lui suffisait à réfléchir convenablement sur cette inextricable situation, qu'il percevait hypothétiquement comme plus noirâtre qu'elle ne l'était réellement. Un enfant, ce n'était théoriquement pas la fin des îles, même pour un titan qui ne saurait dans quel sens le tenir, même pour un jeune homme qui n'avait point eu de père. Mais alors, qui serait donc enclin à congrûment s'occuper d'un poupon ? Violain serait-elle jamais rattrapée par un quelconque instinct maternel qui ne lui ferait pas occire une progéniture trop éreintante ? Les portées fer-nées étaient telle l'ivraie, en particulier lorsque leur sang se mêlait à celui d'une continentale, car il y avait d'autant plus de choses à prouver. Toutefois, et contrairement à ce que l'on pouvait de primer abord penser, la vie lui serait plus aisée sur ce saumâtre archipel qu'à l'antipode des flots, car la mauvaise graine n'était guère admise n'importe où. La sustenter d'eau saline lui serait toujours plus propice que l'empoisonner d'eau douce, les déités avaient ses préférences et ses desseins pour tous, et si elles avaient épargné cette capricieuse sirène, c'était peut-être pour cela, en fin de compte.

La belle disparut dans le troubles des eaux, laissant le colosse coi et seul avec une acerbité qui fardait son embarras. Seulement le temps d'un éphémère soupir, et elle revint, surgissant à l'instar d'une créature mythique venue incanter le mi-mataf d'une cantilène aquatique. Il ne se prit point à mouvoir, point à reculer malgré l'impromptu caractère de cet assaut qui vint jusqu'à effleurer ses lippes à peine consciemment. Il contempla en silence cette naïade sortie des flots, ceinte d'une flavescente vénusté et aux prunelles d'océan, il se surprit alors à se demander duquel des deux parents le bambin hériterait le plus les traits. Aurait-il ses yeux à elle ? Son crin à lui ? Un derme de nacre ou de cuivre ? Serait-il aussi gargantuesque que lui, lui, qui ne savait pas même d'où il tenait son envergure ? Les geysers de questions ne se tariraient point de sitôt et proliféreraient plus vite dans l'esprit du guerrier que les marmots de Balon Greyjoy. Son parfum s'éloigna en même temps qu'elle, pour mieux reprendre une conversation dont il avait un instant craint l'aboutissement, ignorant de quelle lubie elle aurait été encore apte à l'affubler. Ses paroles eurent cependant le don de le lénifier dans son tourment, elle partageait son avis, et d'ici, il avait désormais la certitude qu'elle ne tenterait au moins rien d'idiot. Le commentaire maugrée concernant son quartzeux de frère ne l'ébaubit en rien, premier témoin de l'imméritée rivalité qui s'était graduellement installée entre le binôme qu'il coudoyait le plus, ce qu'il n'avait jamais véritablement compris, sans réellement cherché à le faire. Bien qu'il lui était inconcevable de ne pas se confier au seul qu'il considérait plus que l'entendement ne le permettait, il n'en dit mot pour l'heure et la laissa poursuivre, puisqu'elle semblait si bien partie. Ses sourcils se froncèrent instinctivement dans une mimique d'avantage attentive que courroucée, intrigué par l'insaisissable sentiment qui ornementait le minois de son infortunée compagne. Cette dernière s'était déjà faite actrice d'innombrables pantomimes dont il n'avait pas toujours apprécié l'expression, mais il avait beau songer, celui-ci, il ne le connaissait pas. Le conciliabule aux confidences avait donc sonné ? Des aveux éplorés, il y était accoutumé avec un certain capitaine qui larmoyait au gré de ses tracas, et les perles lacrymales, il les abhorrait : pourvu qu'elle ne se mette pas à geindre sur son épaule !

La souris s'épancha alors, de ces maux de femme nouvellement engrossée qui asphyxiait dans l'impéritie, il eut alors comme l'impression qu'elle avait appris la chose en même temps que lui, preuve s'il en était que c'était bien la première fois qu'elle considérait ce qui s'épanouissait en sa matrice. L'observer dans ce drapé de précarité avait quelque chose de désarçonnant, à la lisière du fictif, et pourtant, ses angoisses étaient justifiées en dépit de leur emphatique apparence. Il doutait que le gnare l'éventrerait de l'intérieur ou même qu'elle soit incapable de le porter malgré sa frêle structure, pour ce qui était de le mettre au monde, en revanche... Le trépas des parturientes n'était point rare, même le plus illustre des praticiens n'aurait été à même de lui certifier survie en ce jour d'importance. Les futurs parents semblaient néanmoins sur un pied d'égalité en matière de conjectures, la jouvencelle n'était pas plus assurée qu'il ne l'était, pire encore, tout ne dépendrait que de son organisme à elle, il n'y avait rien que Lakdahr pouvait faire si ce n'était veiller à ce que nul ne vienne l'incommoder. Et à toutes leurs perspectives d'avenir, elle préféra s'offrir au Dieu Noyé de son propre chef, sous les dubitatifs onyx de son géant qui se demanda s'il lui fallait la repêcher séance tenante ou compter sur la vulnérabilité de ses poumons qui ne tarderaient pas à réclamer leur dû. Il soupira derechef et simultanément à son retour en surface, impuissant face à la pléiade de sentiments qui découla de son charmant visage, et littéralement abasourdi à sa tirade au fond de placide supplique. Ses lèvres s'entrouvrirent, puis son regard se mit à fureter sur le côté en même temps que sa physionomie s'y tournait : il n'était pas un sigisbée et ne le serait jamais, l'on ne manquait pas de l'imputer d'ignominies caractérielles avec toute la justesse de l'univers. Etait-il encore trop dur envers elle ? Difficile de le concéder, souvent, il se faisait acrimonieux par simple marotte, sans que la volonté d'ulcérer et d'entamer une rixe ne soit présente. Une démesure de causticité chez un quidam qui intimidait d'ores et déjà par son seul physique, à cela, Isabel – sa défunte génitrice – aurait allégué qu'il tenait du brasier de ses origines à elle. Tous les mâles de sa famille avaient toujours été de fervents atrabilaires, sans qu'elle ne lui ait jamais avoué qu'en son Edenteur coulait un ichor de Dorne.

« Tu t'fous pas un peu d'ma gueule là ? » Entonna t-il en saisissant la main qui agrichait son habit pour lui faire cesser sa sollicitation. « J'vois pas de quoi tu t'plains, j'te bastonne pas... Plus ! » Leurs débuts avaient été bariolés en terme d'altercations musclées, le teint d'albâtre de la nymphe en avait par de nombreuses fois souffert. Le forgeron se redressa, acceptant âcrement la critique à peine déguisée. « Puis merde ! T'veux savoir ce que Balon Greyjoy faisait à ses femmes-sel lui ?! T'as encore toutes tes dents et j't'ai pas violée sur l'boutre en t'amenant ici... J't'ai même jamais violée d'ailleurs ! T'attendais que ça d'te faire enfourner au point que maint'nant tu m'accueilles la bouche et les cuisses grandes ouvertes quand j'rentre ! » La subtilité ne faisait définitivement pas partie des acabits de l'artisan qui avait l'habitude de cogner le fer pendant qu'il était chaud. Alors que la ouestrienne aurait aimé qu'il maîtrise ce genre d'envolées lyriques, voilà qu'il la lynchait de sa belle métrique... L'harmonie allait être ardue à obtenir. « Si j'te gueule dessus c'est que tu l'mérites !... Et j'te gueule dessus si j'veux, d'abord ! » Il avait comme la sensation d'être dans l'une de ces sempiternelles et futiles querelles qui l'opposaient à Gabriel, lorsqu'ils se morigénaient l'un l'autre sans même savoir comment ils en étaient arrivés à hausser le ton et avec des arguments aussi pertinents qu'eux étaient frugivores. Il ne se souvint que trop tard, qu'elle, tentait d'être avenante, contrairement à lui qui se faisait vainement irascible. Après un instant, il se redressa en grattant nerveusement sa barbe. « Hmpf... »

La nervosité ne lui seyait pas, il en devenait encore plus incisif qu'à l'accoutumé, et des efforts, il allait devoir en fournir s'il ne désirait pas communiquer son effervescence à sa concubine qui devait probablement faire des bulles dans son bain. Finalement, une excellente bâfrée n'était pas suffisante pour le pacifier, du temps allait être nécessaire pour qu'il décide de quelle attitude adopter durant ces prochaines lunes. Lakdahr s'éloigna de quelques pas, l'air évasif, avant que les effluences de faro ne lui reviennent au sens olfactif, tout comme l'état de sa chevelure malmenée par l'ondée et son plongeon dans le fût de gueuze. Il avait suggéré à la jeune femme de patauger pour se remettre les idées en place, ce qui ne serait guère un luxe le concernant. Répondant certes tardivement mais enfin à l'invitation à la rejoindre, il la guigna puis s'échina à défaire les attaches de son gilet pour le faire glisser le long de ses bras jusqu'au sol. Tout en s'étirant, il sentit quelques douleurs musculaires le tirailler de part et d'autre, ce qui le fit feuler en même temps de détacher son ceinturon, puis de retirer le reste de ses vêtements pour n'apparaître qu'en tenue de chair hâlée. Il se redirigea ensuite vers la baignoire avec l'intention d'y abandonner son corps éreinté, mais un appel fut plus enjôleur et le fit modifier son itinéraire. Formes toutes apparentes à la lueur des flammes, le bâfreur s'en alla reprendre sa pinte délaissée pour en lamper le contenu restant – gaspillage ? Grand dieu, non ! Et pendant qu'il s'hydratait, sa chafouine aurait tout loisir de se rincer, l'oeil, elle ! Si elle n'était pas acoquinée au plus affable des fer-nés, elle ne l'était point non plus au plus hideux, et s'il était loin de l'azur oculaire du capitaine de la Jouvencelle, son enveloppe corporelle était sculptée d'une puissance avant tout acquise par la besogne des forges. L'on distinguait sans mal les stigmates diaprer sa stature, symboles intrinsèques à tout individu se targuant appartenir à une caste guerrière.

Sa chope terminée jusqu'à la dernière larme, il renâcla puis fit demi-tour pour s'insinuer dans les eaux desquelles virevoltaient des volutes de vapeur. Sitôt à l'intérieur du bain, il s'y engouffra totalement, se mouillant ainsi jusqu'à sa crinière d'ébène qu'il plaqua à nouveau vers l'arrière. Sa large paluche essuya son faciès pendant que son rachis prit appui contre le bois de l'immense jale. Le titan profita de l'exquise chaleur qui soulageait sa carcasse, une accalmie propice à panser les confusions et à épurer ses humeurs – pour combien de temps, cependant ? Ses calots jaugèrent la dryade à ses côtés – qui n'avait peut-être plus envie de lui astiquer le dos, ni même autre chose, mais soit ! Si elle rechignait à la tâche, il s'occuperait de son épine dorsale à elle. Avec plus de délicatesse dont il avait fait preuve jusqu'à maintenant, il l'attira à lui, conglomérant l'échine de la demoiselle contre son thorax. L'une de ses mains vint la tenir à la cuisse, tandis que l'autre, intuitive, se logea sur la chagrine cambrure de son ventre contenant plus qu'un estomac qu'il avait toujours estimé maigrelet. Intérêt aphone, cajolerie amaurose, une tendresse ladre mais qui faisait parfois ses coups d'éclat, et à en tâtonner son réceptacle de vie, il repensa aux affres qu'elle lui avait auparavant confessées. Comme si ces longs moments de mutisme réflectif étaient inéluctables, il se tût, quêtant peut-être pour le meilleur discours à tenir après l'avoir, une fois encore, inutilement tancée. Il lorgna Violain dont le crâne reposait au niveau de sa clavicule gauche, puis entreprit enfin de prendre la parole, en un timbre plus quiet.

« Si ma mère a pu m'porter et m'supporter après, y a pas d'raison pour que t'y arrives pas... Nan ? Elle est morte quand j'avais une dizaine d'années, d'une maladie... T'vois, ni moi ni l'ancien lord Ravage y sommes pour quoi qu'ce soit, et c'était une continentale, elle aussi. » Etrange que parler d'Isabel de manière humaine, alors qu'il s'était toujours montré ingrat envers celle qui l'avait d'avantage servi comme une esclave que comme une mère. C'était également la première fois qu'il faisait directement référence à sa génitrice auprès de la sylphide qui apprenait, par la même occasion, que l'Edenteur n'était pas issu d'une créature ravie dans les Cités Libres, comme c'était presque constamment le cas pour les enfants de femmes-sel. Un futile détail pour le colosse qui ignorait l'exact endroit où sa sarrasine de procréatrice avait été enlevée. « Mais euh... J'ai pas dit que t'allais suivre l'même chemin hein ! C'juste que, t'es pas la première à tomber enceinte et certaines sont encore vivantes aujourd'hui... La mère de Gab ! T'sais, Lanna, la braavienne, tu l'as sûrement d'jà croisée à Dix-Tours. » Pourquoi lui parlait-il d'elle, déjà ? Comme souvent, Lakdahr avait l'impression de se confondre en des propos superflus, il n'était fatalement point doué en matière de réconfort. « J'peux t'faire rencontrer Aaricia Greyjoy si tu veux, c'est une bonne amie et elle va pas tarder à accoucher... P't'être qu'elle pourrait t'rassurer, entre femmes, vous pourrez parler de trucs... De... Femmes ? »

La proposition restait malhabile, mais l'idée n'était guère mauvaise. Il connaissait la suzeraine lorsqu'elle n'était encore qu'une Bonfrère, ils nourrissaient tous deux une certaine aversion pour Dagon et c'était naturellement qu'il avait été l'un des premiers à l'accueillir quand son demi-frère l'avait ramenée sur Pyk. Au nom de leur amitié, il savait qu'Aaricia ne lui refuserait pas cette faveur si telle était la volonté de sa souris et qu'elle n'en dirait rien à personne. Qui donc pourrait mieux l'informer sur ce qui l'attendait qu'une femme elle-même engrossée ? Cependant, à tenter de trouver des solutions et à continuellement se triturer les méninges, le forgeron commençait à en perdre le Nord. Si bien qu'il eut un semblant de folie infondée lorsque ses prunelles se posèrent sur l'épaule de Violain... Qu'il mordit sans raison. Il veilla toutefois à ne pas lui faire mal, admirant ensuite son empreinte dentaire imprimée sur l'épiderme de la blonde qu'il lorgna. « … Quoi ? » Titan ne rimait ni avec maturité ni avec cohérence.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Dim 9 Déc 2012 - 7:41

Pour la première fois de sa vie, ou du moins, pour autant qu'elle se souvienne, Violain était mortifiée. Elle n'était pas outrée, pas effarée, pas effrayée, non ; elle était pleine de ce sentiment froid et poisseux qu'un camouflet ignoble, en plein dans ce qui d'ordinaire était protégé par son immense orgueil : elle-même. Que lui importait d'être dénigrée par tous, puisqu'elle avait de la valeur quant à ses yeux propres, que lui importait d'être déconsidérée, quand elle était tout à fait sûre de ses propres talents ! Mais là, ça n'avait rien à voir : c'était du rejet. Celui qui, bon sang ! L'avait arrachée à cette jolie petite vie pénible mais qui allait nettement en s'améliorant pour la flanquer entre des pierres moites sur une poignée d'îles glauques et arides, celui-la même qui l'avait choisie la rejetait, elle, ses attentions, ses minauderies, alors que pour une fois – pour une seule et misérable petite fois – elles étaient sincères. Et il osait dire qu'elle se fichait de lui, qu'il ne la frappait plus tellement, que c'était il y avait déjà longtemps qu'elle s'était prise une raclée. C'était sans doute vrai, elle aurait été à peu près incapable de dater la dernière, ni même de juger où il l'avait cognée exactement, mais ça n'avait rien à voir. Rien ! Que lui importait d'avoir les fesses ou les joues rosies par la poigne, tant que ni l'assise ni la tête n'étaient trop abîmées pour ne plus être désirables ? Non, ce qu'elle avait voulu dire, c'était exactement ce dans quoi il s'engageait : il avait été inutilement brutal, alors qu'elle avait fait des efforts considérables, qu'elle l'avait bien traité, bien accueilli – et bordel ! C'était elle qui était envahie ! Elle serra cette petite main qu'il avait décrochée de son gilet pour la repousser, clamant des choses qui glacèrent la souris, non pas pour ce qu'elles exprimaient – qu'elle n'attendait, telle la chèvre préparée, qu'à être farcie avec véhémence – mais pour ce qu'elles conduisaient : du mépris. S'il ne l'avait pas considérée bien haut au départ de leur étrange et chaotique relation, après s'être un peu confiée, après ce terrible moment de – il fallait bien l'admettre – faiblesse, il n'avait pas le droit, non, pas le plus petit droit de la traiter ainsi. Il «était le maître, la belle affaire ! Elle avait été la meilleure femme-sel des îles – et qu'on vienne lui dire le contraire. Elle avait été attentive. Elle avait été soigneuse. Elle avait même été prévenante, et voilà qu'elle allait être mère ! Et lui, pour toute récompense, braillait des choses à propos de son père Greyjoy – Bah ! Greyjoy ! – selon lesquelles elle aurait pu, ou aurait du mourir s'il avait été son père. Et qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Qu'est-ce qui lui prenait ? Il ne s'était jamais assumé Seiche, pourquoi là, maintenant, voulait-il le revendiquer ? Vilain hypocrite. Elle avait beau l'être toujours, elle ne le supporta pas dans l'instant. Mauvais homme. Bougre d'ingrat. Envahisseur ! Elle lui darda un regard ouvertement blessé, puis particulièrement sombre, enfin, tout à fait froid et éteint. C'était terminé, elle avait tout à fait fini de s'ouvrir.

Elle reprit sa main alors qu'il se relevait et s'affala vers l'arrière du baquet, dans une gerbe d'eau qui s'en alla rejoindre le sol qu'elle avait frotté – et grand bien lui fasse. Qu'il soit tâché, ça lui était parfaitement égal. Épousant le bois de ce qui faisait office de baignoire de son échine, elle rejeta vaguement la tête en arrière sous le mouvement, reprenant ses genoux contre elle. S'il avait à se plaindre de sa complicité quant aux choses de la chair, il allait être servi : elle était déjà déterminée à prétendre avoir mal, elle commençait à se dire qu'elle était sincèrement écœurée. Dégoûtée de lui, oui, comme elle était emplie de répugnance devant toute évocation du monstre d'or s'épanouissant sur les armoiries de sa famille dont il n'avait jamais été fier, mais dont il avait décidé de se revendiquer. Il allait devoir attendre s'il voulait la toucher, elle n'était pas certaine de vouloir désormais contenir ses frémissements de répulsion – peut-être était-ce surtout la colère qui parlait. Mais elle était loin d'en être certaine et dépourvue de l'envie d'affronter une longue introspection. Son regard s'enticha de la fenêtre aux carreaux battus par la bruine incessante et, du bout de l'oreille, elle l'entendit boire, puis se déshabiller. Peu lui importait : elle ne lui jeta pas un regard. Elle n'avait d'yeux que pour la pluie et ses aigreurs infâmes. La haine faisait un parfait pansement pour cette plaie récente et très peu connue, faite avec la lame froide du rejet plongée dans l'endroit le plus mou de son ventre. Il s'approchait, elle le devinait très bien, puisqu'il ne s'en cachait en rien, mais loin d'avoir l'idée d'être avenante, plus loin encore celle d'avoir le souci de le considérer dans l'immédiat, elle ne remua pas un doigt, à peine les cils, figée en apparence. En dedans, elle commençait déjà à caresser l'idée d'une fort belle vengeance, de quelque chose de beaucoup moins puéril que ce qui lui venait d'ordinaire. Le feu de sa vilenie avait trouvé un bois moins tendre que celui de son agacement coutumier, fréquent et fétide, mais qui n'accouchait que de fétus et était trop aisément dompté par sa prudence pour avoir trop de conséquences. Là, c'étaient le charbon le plus noir de sa haine la plus féroce, mais aussi la plus glaciale, qui se consumait avec lenteur en elle. Il était allé trop loin, tout simplement ; elle avait commis l'erreur de s'habituer assez à son caractère pour s'attacher un peu à ce qu'il était, ou plutôt à ce qu'elle croyait être pour lui. On est jamais mieux trahis que par les êtres les plus proches.

Il perça l'onde de son grand corps et elle réagit enfin, se recroquevillant avec un frisson de colère confinant au dégoût, puis s'arrima au premier coin que la main qui n'était pas occupée à tenir ses genoux trouva ; enfin, elle ferma les yeux, refusant de lui accorder, même par nécessité de proximité, le moindre regard encore. Elle voulait se venger, donc ; voilà. Oui, mais comment ? Le poison était trop simple, trop direct, il lui serait trop aisément imputable et puis elle était sa servante à lui, après sa mort, elle perdait une protection acquise et des habitudes qu'elle affectionnait pour les maîtriser bien. Quand bien même l'idée était séduisante, puisque de par son appétit et son manque de méfiance avec le temps, elle aurait beau jeu de l'assassiner ainsi – et dans des souffrances remarquables. Non, si elle avait un enfant à élever, peut-être, face à un fer-né en devenir, peut-être lui accorderait-on un bout de chambrée pour éduquer son pillard à venir, dernière et vivante mémoire de l'existence de l'Édenteur. Oui, peut-être, ce serait une existence bien misérable, mais qui savait, si elle incrustait avec assez de talent et d'ardeur sa dette et son devoir envers le ventre maternel dans le crâne de son fils – car elle aurait un fils – elle pourrait, avec le temps, retrouver quelques richesses et... Il interrompit ses pensées, venant la saisir avec une douceur inespérée – et beaucoup trop tardive – pour la lover contre lui. Il pouvait bien lui offrir des caresses, des aveux d'amour, tout une garde robe et un bijou rutilant, même, dans l'heure elle les aurait dénigrés – et dans la semaine, ça ne rattraperait même rien de son humeur. La souris n'était pas une chienne, pas même la sienne, quoiqu'il en pense – elle avait une toute autre tournure d'esprit. Elle ne lui offrit pourtant aucune résistance, ni aucune manifestation d'accointance, alors qu'il venait la cajoler. Elle restait une figure malléable et atone, la chose docile et sans caractère dont il aurait peut-être rêvé, bien qu'elle était persuadée du contraire. Elle se raidit toutefois lorsqu'il frôla son ventre, mais fugacement, juste un instant, seulement le temps de se morigéner et de retrouver la triste indifférence qui semblait l'avoir enveloppée et qui avait oint ses membres de mollesse.

Il se mit à se confier à son tour. Pour un peu, elle en aurait ricané, méchamment, de tout son cœur, raillant ses hésitations et ses quelques propos rares à propos de lui même, pour se soulager, pour le plaisir simple et perfide de rendre coup pour coup, mais elle resta mutique. Il était bien plus solide, elle était dans ses bras, il serait simple pour lui de la noyer par colère si elle l'attaquait aussi directement. Mais ce qui aurait pu la toucher une poignée d'instant auparavant, dans un sublime et presque miraculeux moment de sensibilité sincère, ne fit que nourrir le mépris de plus en plus grand qui teintait ses émois envers Lakdahr. Tout aussi grand qu'il fut – et tout aussi injuste qu'elle pouvait être – elle le trouva petit, assez misérable, dans sa façon de proposer, de tenter de se rattraper, comme si quelques bribes lâchées allaient discipliner sa rage. Elle n'était que femme-sel, donc presque rien, sur cette île, mais ces gens semblaient omettre que, dans nombre d'histoires, c'étaient des « presque » qui tuaient les hommes et abattaient des certitudes ou des royaumes. Elle trouverait sa vengeance, elle instillerait son poison et ce jour là – ce jour là – le colosse comprendrait qu'il a été vaincu par une souris. Puis, elle l'oublierait, et ça sera très bien.

En attendant, elle était contre lui, le corps hésitant entre son écœurement récent et ses intentions dernières, mais cette main sur son ventre l’oppressait comme si elle était sur sa gorge, ou ployée autour de son cœur. Elle déglutit discrètement, cherchant que dire, voulant se recomposer un visage, il la mordit. Elle sursauta, lui dardant un regard entre le calme et le dépit et, lui, semblait-il avec une petite satisfaction, contemplait la marque qu'il venait de lui faire. Son « quoi ? » aurait pu lui valoir une gifle s'il n'avait pas été aussi grand et elle aussi frêle mais, décidée à rentrer soigneusement toute son ire pour en abreuver ses entrailles et leur enfant – que les dieux le savaient, s'ils existaient, comme elle détestait déjà assez ce gamin, suffisamment pour avoir l'énergie de le dresser avec tout le soin d'une mauvaise mère - elle lâcha un petit rire qu'elle voulut chafouin. Elle n'y réussit pas trop mal, rompue qu'elle était au jeu des masques et des faux semblants puis, posant sa petite main sur la grande sienne, elle entama.
    « Rien. »

C'était toute la considération qu'elle avait pour lui. Ah, grossesse immonde ! Bouleversement capital ! Aurait-elle prit si mal ces quelques mots maladroits qu'il lui avait lancés, qui n'étaient pourtant, loin s'en faut, pas les premiers ? Sans doute pas, mais sans ce parasite habitant son ventre de femme, elle n'aurait pas eu cet égarement qui l'avait conduite à un soufflet bien pire qu'un coup de poing. Elle voguait rarement dans les absolus, étant d'une nature trop mesquine pour s'accorder des jugements entiers et totaux, mais elle se le permit du haut de sa vexation. Qu'il eut pensé ces phrases maladroites, avec ces quelques minutes de recul, elle s'en moquait tout à fait : il les avait dites et juste devant son visage à elle. C'était bien assez. Elle releva le museau, lui adressant une moue adorable de sucre, avec un regard tout aussi touchant que faux, empli d'une légère hésitation et d'un petit bout de pudeur.
    « Tu as raison, feignit-elle d'accorder, je suis fatiguée, il faut que je reprenne mes esprits. Ça ira mieux demain, sans doute. Je, euh, je suis désolée, voilà. Je te dirais après, pour, pour la... Elle avait manqué de dire : pour la Seiche femelle. Euh, pour A, euh, lady Aaricia ou... Tout le reste. »

Comme si elle allait se confier à une Greyjoy, fusse-t-elle par alliance – la simple pensée que Dagon l'avait grimpée la révulsait totalement. Elle haussa légèrement les épaules, se parfumant d'une touche de désarroi, avant de gentiment écarter l'étreinte du géant pour se relever et sortir de l'onde. L'air, par rapport à l'eau, était froid malgré l'âtre, puisque la pluie lui en disputait l'influence. Elle alla quérir un drap, pour sécher sa peau et s'ébrouer des dernières traces de cette sensation trop intense, car trop vraie, qui l'avait envahie lorsqu'il l'avait injuriée. Enveloppant son petit corps bien pâle dans ce tissu rêche, elle souleva son crin doré pour l'essorer comme elle le pouvait, grossièrement, pour faire mine d'être pensive et regarda quelques gouttes s'écraser à ses pieds. Si seulement il pouvait saigner... Non, non, elle devait rester concentrée. Relevant la tête sans tout à fait le regarder, sur un ton délicat et d'une voix plus lente, donc moins désagréable qu'à l'accoutumée, elle poursuivit.
    « Je vais me reposer, si tu veux bien. Je rangerai demain, tout ça m'a rendue... Vraiment lasse. Désolée, hein, c'est que... Bref. Je vais pas recommencer. »

Quelle belle expression mignarde elle lui tendait là. Un assassin d'enfant aurait pu en être ému – mais après tout, il fallait bien ça vis à vis de son propriétaire : nul doute qu'il n'avait pas hésité à porter la main sur des bambins à en juger par la taille de certains de ses trophées. Elle termina vivement de se sécher, hésitant un instant sur la tenue à passer, pour préférer la solution la plus simple, qui paraîtrait la moins calculer : la chemise qu'elle avait récemment ôtée pour se couvrir du présent qu'il avait lui-même gâché d'une carafe versée à point. Elle ramassa sa robe précieuse et récemment défaite pour la présenter aux flammes, derrière d'autres effets – elle craignait trop qu'elle ne roussisse ou ne se gâte pour ne pas préférer faire acte de patience – et la contempla avec un intensité qui la surprit elle-même. Ça ne s'était pourtant pas si mal annoncé, mais un assemblage tel que le leur devait-il finir autrement que dans les épanchements, sanguins ou enragés ? Sans doute pas. Il était déjà stupéfiants qu'ils soient encore tous deux debout et en bonne santé. Il était temps d'en finir avec ce long retour qui était celui de son presque mari et tout récent ennemi et, alors qu'elle s'apprêtait à s'allonger, Violain tourna le visage vers celui de Lakdahr et, de toute sa méchanceté, de toute la noirceur de ses entrailles, elle lui glissa.
    « Merci. »

Il n'y avait rien qui ne paraisse plus tendre, il n'y avait rien de plus faux dans ce qu'elle avait pu un jour prononcer. Se glissant dans le lit froid qu'elle n'avait aucune envie de réchauffer par des soupirs ou des entrelacs de peau, elle joignit ses mains sous sa joue pour s'en faire un support et, les yeux mi clos, elle jura aux pierres floues qu'elle entrevoyait qu'elle trouverait le moyen de le blesser. Elle pourrait peut-être y passer sa vie entière, certes, mais elle le ferait. Ça, oui. Et il s'en souviendrait ses jours entiers, ainsi que la moindre de ses nuits.

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L'amour est un mensonge, mais je mens tout le temps

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