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D'une pierre, deux coups

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Message Dim 29 Juil 2012 - 21:43

La forteresse de Denfert ne méritait son nom que pour la rudesse de son architecture. La plupart du temps, on entendait au travers de ce mot une bâtisse sensée pouvoir tenir un siège, au moins être surveillée quant à ses murs propres ; tel n'était pas le cas de cet amas de rocaille. Perchée au plus haut d'une colline abrupte, n'ayant qu'une voie de passage, sa tour de garde guettait la rivière et ses alentours plutôt que ses portes, quant à son enceinte, aucun chemin ne s'y creusait, aucune petite tourelle n'y abritait un guet. Les grands et hauts murs faits de pierre massive, accumulées plutôt qu'agencées, n'étaient percés que d'une seule ouverture, devant laquelle l'unique chemin qui y serpentait depuis le village venait mourir. La stratégie de défense qui était associée à la famille vivant n'existait pas, pour ainsi dire : la rivière était la seule source d'eau et de fraîcheur, elle guidait et trahissait à la fois toute avancée humaine. Tout doute n'était pas un bénéfice avec les Uller : si le voyageur ne s'était pas arrangé pour se faire connaître, l'attaque viendrait avant que le contrevenant ait pu représenter un danger. Ainsi était Denfert.

Tendant le cou pour suivre toujours la lente progression du cavalier dont la monture peinait sur le flanc escarpé de la colline, Anissa laissa échapper un sourire, avant de caresser pensivement les contours de son carquois pour en tirer une flèche dont elle frôla sa lèvre, comme si elle y cherchait déjà le parfum du sang qui viendrait l'emperler. Si les voyageurs étaient peu fréquents dans cette région, ils étaient encore moins nombreux à venir au pied de la demeure Uller et rares, très rares étaient les erres qui s'en approchaient seuls. Pourtant, c'était le cas, ce jour-là. Son œil acéré hésitait sur le genre de l'égaré, mais il lui semblait que la livrée était assez typiquement masculine, et si l'homme qui approchait avait fait partie du petit groupe qu'elle avait vu approcher du village plus tôt dans la journée, il avait laissé ses amis ou son escorte en arrière. Le jour était avancé, presque au zénith et le sol ondoyait de chaleur. Des serpents d'air semblaient naître des roches nues, balayées par un sable clair et presque chaque silhouette humaine était partie ajouter son ombre à celle des bâtiments, formant un jeu de formes noires sur fond d'orange aveuglant, que les ondes bouillantes rendaient frénétiques comme des flammes au moindre souffle de vent. Le corps d'Anissa était, lui, plaqué contre les briques de la tour, lesquelles lui paraissaient presque froides en comparaison de l'atmosphère lourde. Chaque brassée d'air était pareille à l'haleine d'un géant de feu, charriant une chaleur aussi accablante qu'un poing, aux odeurs de soufre et de roc brisé. Perchée où elle l'était, la vipère se savait seule pour le jour entier si elle ne descendait pas d'elle-même. Peu de jambes avaient l'assurance ou la folie nécessaires pour risquer de se briser en s'essayant à l'escalade des murs irréguliers, mais aussi hauts que raides, de l'enceinte de la forteresse. Elle était venue se réfugier là au point du jour, non pas misanthropie, simplement par goût, préférant consacrer les heures à venir à l'observation muette de la lente respiration de son désert aimé. Le spectacle était fascinant et il lui était déjà arrivé d'oublier la plus petite espèce d'esprit de confort et de n'être chassée de son point d'observation que par l'avancée du soleil, lequel était assez cuisant pour chasser cette gargouille de chair, dérangée de ses méditations par la menace de sa cuisson prochaine. Pourtant, le guet ne lui était pas refusé, elle aurait pu, simplement, se poser plus communément dans la tour et veiller si elle avait tant envie de le faire, mais ce biais était trop simple – trop humain – pour ses appétits de communion avec sa mère de sable. Il fallait qu'elle touche la pierre presque nue, battue nuit et jours par les vents, la canicule et le froid sévère qui s'en venait avec la nuit. Ce jour-là, une fois de plus, c'était ce qu'elle avait fait. Elle commençait à avoir faim, son outre était à demi vide, la course de l'astre solaire lui laissait une ou deux heures d'immobilité si elle le désirait, mais cette silhouette qui progressait, en contrebas, l'intriguait. Figée, elle la scrutait. Soudain, elle la reconnut. Évidemment : il n'y avait que quelques personnes à s'avancer aussi tranquilles vers les Uller, cette silhouette qui se dessinait était trop riche pour être un homme de son père, trop jeune pour être un homme de son oncle et surtout, blotti dans l'ombre de son maître et propriétaire, il y avait un faucon. Il n'y avait plus qu'un être pour correspondre à telle description.

La Vipère mordit la pointe de sa flèche avant de la ranger dans son carquois gravé, se glissant le long de la tour massive pour se glisser vers l'intérieur de l'enceinte et, une fois en dehors du champ de vision du cavalier solitaire, se détendit brusquement pour descendre vivement le mur escarpé dont elle connaissait les prises potentielles par cœur. Son corps engourdi par sa posture de cire lui cria une douleur vive, mais elle ne fit que s'en étirer mieux, maltraitant ses jointures, cherchant la limite de sa souplesse. Cet exercice pénible était un excellent entraînement à la patience et à la vitesse. Après avoir fait craquer son épaule droite, elle roula de l'épaule gauche, fila vers les portes pour bousculer l'homme posté à la porte, qui écoutait pour l'heure celui qui avait repéré la silhouette arrivante. De sa voix rauque et reconnaissable, elle lui grogna au front – elle était plus grande que lui.
    « Bouge pas, ce sera moi qui ouvre. »

Découvrant les dents pour lui sourire de toute la hideur de son rictus, elle siffla à son cillement, ironisant aussitôt.
    « Qu'est-ce qu'il y a ? Si j'ai pu te surprendre, c'est que tu ne guettes pas très bien. J'ai peur que tu fasses tomber la porte. »

Elle grimaça une moue pleine d'une ironique commisération, que son habit dissimula à demi, mais certes pas assez pour que le garde n'en claque pas de la langue, retenant tout juste ses humeurs pour préférer s'éloigner, maudissant en lui-même cette maudite crevure que Rennifer leur avait infligé. Avisant les alentours, la jeune femme aux allures de branche sèche se plia souplement pour ramasser une pierre imposante, la soupesant en sa main d'un petit rebond. Le roc retomba sur sa paume avec un claquement mat. Elle plissa le nez, rajusta la chèche couvrant ses traits et une partie de sa poitrine. Un joyeux souvenir remontait.

Elle avait un peu plus de douze ans, treize, peut-être. Son père avait emmené de ses soldats dans le désert, pour éprouver leur endurance, épreuve qu'il organisait depuis une poignée d'années et qu'elle jurait devant sa mère devoir passer bientôt – Rennifer n'en disait rien, sa génitrice en invoquait mille malédictions. Quelques uns de ces jeunes hommes avaient survécu et, d'après ce qu'elle avait entendu, il y en avait un de noble sang, donc de valeur plus grande, qui était revenu. Un jeune garçon au teint trop clair par rapport à leur peau, quelque chose d'incongru – il fallait qu'elle le teste. Il fallait qu'elle s'y mesure. Elle n'avait guère eu besoin de s'informer pour savoir qui il était, le reconnaissant à son teint tenant davantage du miel que de l'ébène et, sans crier gare, sans se présenter, avait saisit un bris de pierre de taille et le lui avait lancé. Le jeune homme l'avait reçu en plein visage et, s'il n'en avait pas été blessé, il n'avait pas précisément apprécié cette percutante rencontre. Il l'avait poursuivie, elle avait grogné, sifflé, l'avait distancé dans ses roches familières qu'il ne connaissait pas et, du haut de sa bribe d'adolescence, s'était estimée meilleure que lui. Pourtant, cet homme-là était revenu plusieurs fois voir son père et, à sa surprise, Rennifer l'appréciait. Malgré la différence d'âge et la mollesse de réflexes qu'elle lui suspectait. Elle ne lui avait jamais adressé rien d'autre que des regards dissimulés depuis, les rares fois où elle avait été dans la forteresse au moment de ses visites – aux deux dernières occurrences, elle était au loin ; elle chassait. Le guerrier posté en hauteur clama le nom de celui qui se tenait maintenant devant les portes fermées.
    « Daärim Forrest ! »

Saisissant la très lourde poignée, Anissa se cambra pour activer le mécanisme et, se glissant aussitôt l'ouverture suffisante creusée entre les battants imposants, fit face au jeune homme qui avait démonté et se tenait au flanc de sa monture épuisée. Sans aucun autre avertissement que son mouvement vif et coulé et son apparition soudaine, elle lui lança la pierre en plein visage. Avec un bond souple et une expression de surprise étouffée, il évite le projectile qui lui frôla l'épaule et dérangea le tissu protégeant sa gorge. Le faucon cria de déplaisir et s'envola brièvement, avant de revenir à l'épaule de son propriétaire, Anissa, elle, sourit de toutes ses dents pointues, et affirma d'un ton approbateur, qui rendait sa voix roulante et suave.
    « Tu t'es amélioré. »

Levant les sourcils et le toisant par en dessous, elle dégagea son visage pour se présenter à lui, sous le soleil aussi éclatant qu'écrasant, plissant tout juste les yeux et s'offrant à la caresse piquante de l'astre. Chèche en main, cheveux jetés en arrière, elle s'étira derechef, esquissant un mouvement de menton vers l'embrasure des portes qui s'agrandissait.
    « Alors c'est bon. Tu peux entrer. »

Comme s'il ne l'avait pas fait jusque là. Appuyant sa moue prédatrice, elle le toisa de bas en haut, avant de faire demi tour sans le quitter du regard. Remontant sur arc sur son dos, elle avança lentement vers l'intérieur de l'enceinte, dans la cour dépouillée ne contenant que quelques bâtiments et, tout au fond, la demeure de la famille en elle-même. Presque personne n'osait s'ébattre devant le soleil pesant et, d'une démarche de chat – ou de serpent – l'aînée de la pire branche des Uller gardait le sourire bienheureux des fiers carnivores qui flairaient le repas. Bien que connaissant l'estime qui liait son père à cet homme en arrière, elle lâcha.
    « Tu viens réclamer à mon père un peu d'entraînement ? Il est décidément trop gentil avec toi. »

Claquant de la langue, elle lui fit face, mais continua de progresser à reculons dans la cour, saisissant une pointe de flèche entre ses doigts.
    « Je peux peut-être t'aider à trouver des réflexes. Ça te tenterait ? »

Les portes furent refermées juste après.
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Message Mar 31 Juil 2012 - 10:08

L'écoulée du temps avait fait son oeuvre et l'épopée désertique n'était désormais qu'un point dans le passé. Une aventure souvent narrée, souvent remémorée pour le bonheur de Daärim, mais surtout appliquée dans une relation désormais ancrée pour le bien-être de ce dernier. Rennifer était devenu plus qu'un repère désiré, il était presque un parent, mais aussi un ami sincère et un confident pour des déboires guerriers ou communautaires. Il ne le considérait guère comme un meilleur ami, le respect qu'il lui vouait lui donnait davantage de prestige et d'ailleurs il n'avait guère ce genre d'amitié. Il préférait disposer d'un conseiller aguerri et l'expérience de son aîné lui était d'autant plus favorable que cela ne concernait point des broutilles sans intérêt. Le temps l'avait davantage mûri, jeune guerrier il était passé au stade adulte, son corps fortifié gardait la sculpture convenablement taillée d'un homme d'une richesse permettant une stature distinguée mais il n'en était pas moins homme de terrain et son corps marbré de cicatrices diverses indiquait qu'il n'était pas dans ses moeurs de se cacher lorsqu'il devait jouer de ses armes. Armes parfaitement entretenues mais dont les combats répétés de force de plus en plus poussée laissaient des marques sur ces dernières. Lances et arc trônaient à ses côtés alors que chevauchant il se rendait dans un endroit précis du désert. Dornien rocheux, il ne s'investiguait dans le sable qu'habituellement pour deux raisons : traverser Dorne pour se rendre dans l'est et rendre visite à Rennifer. La deuxième revenait bien plus régulièrement que la première. Après tout, accoutumé aux Ferboys, il préférait largement rester de son côté de la contrée. Mais ne rechignant jamais à l'effort et aux frustrations, se rendre vers l'est pouvait lui être imposé souvent par un désir paternel ou par sa propre volonté à la suite des interférences d'esprit qu'instaurait parfois le sang de son sang, Ismaëlle. Fleur du désert aux épines acérées, elle l'avait trahi et meurtri à un point tel qu'il ne pouvait décemment pas la laisser errer à sa convenance. Préférant s'expatrier davantage avec l'âge, les contacts récurrents qu'elle fournissait dans le nord ne lui offraient que peu de bienveillance de sa part. Maron la sollicitait trop à son goût et lui offrait une bénédiction qui ne lui permettait pas de réfréner ses ardeurs expansives et sa main mise grandissante. Son rôle était de toute façon celui-ci et il n'oubliait jamais de la remettre à sa place. La surveiller devenait aussi indispensable que sa beauté n'avait eu cesse de croître. Et là où elle cherchait réconfort dans des liens nordiques, lui proliférait dans la malveillance interne, s'octroyant les contacts nécessaires au creux de leur contrée dont ils étaient natifs.

Sensation de pression sur la peau animale travaillée de son épaule ajustée à son corps recouvert d'un linge épousant son torse, aux manches longues mais retroussées, lui rappela que Dashkar avait choisi ce lieu pour établir sa position. Il avait quitté sa main gantée pour s'envoler et,au lieu d'y revenir, il avait niché sur son épaule préparée à l'éventualité. D'ordinaire, c'était la nudité de sa peau qui était exposée aux griffes acérées de son rapace mais lors des chevauchées, Dashkar nécessitait une accroche plus ardue et sa peau se meurtrirait trop de cette déchirure de chair. Sa tête entourée d'un foulard qui ornait également son cou, il s'était protégé pour le voyage. Devant lui apparaissait de plus en plus la forteresse convoitée. En ce jour, son intention était de rendre visite à Rennifer dont les semaines avaient éloignés leur dernière audience. En manque de sa sagesse, de sa virulente capacité langagière, de ses principes concomitants aux siens et de ses récits aventureuses, il avait attelé sa monture pour arpenter les terres afin de combler son désir. Habitué aux défenses préventives de la forteresse, son blason arpentait l'échine de son destrier permettant directement l'identification de sa personne. Il ne tenait guère à se voir transpercer d'une flèche qui aurait plaisir à se nourrir de sa chair et son sang. Cette forteresse se dressant au fil de son galop plus majestueuse encore lui semblait toujours d'une beauté rugueuse et revêche dont il ne pouvait nier l'étendue. Partisan de la beauté, son sens guerrier savait néanmoins apprécier celle que l'on décelait à travers les architectures plus âpres et plus agressives que seul un guerrier pouvait ressentir. La rudesse de ses pierres, le frisson de sa grandeur imposante, le sentiment de dominance qu'un tel bâtiment pouvait suggérer. Il aimait se rendre en ce lieu si maintes fois foulé. Un battement d'ailes se fit sentir lorsque sa monture prit le pas, avançant tranquillement vers les portes toujours hermétiquement closes. Il savait que les secondes seraient vites écoulées avant qu'il ne puisse pénétrer en son sein. Son nom enfin annoncé, il quitta l'échine de son destrier malmené et assoiffé qu'il félicita d'attentions sur sa crinière, décrochant ses armes qu'il ajusta sur sa propre échine dont les sangles diverses permettaient le port des armes.

La porte alors dans un crissement sonore et brute laissa s'infiltrer de plus en plus la brise revêche d'une ouverture lente tandis qu'il défaisait le tissu placé autour de sa bouche pour laisser découvrir l'étendue de son faciès d'une ossature carrée. L'accueil fut contraint de quelques gestes rapides et instinctifs qu'une pierre l'obligea à réaliser, manquant de peu sa joue mais dérangeant fortement son rapace ainsi que le tissu enroulé. La surprise l'obligea à darder son regard vers la silhouette entre-aperçue d'abord qui désormais se dessinait davantage dans l'étendue de l'ouverture. Une silhouette peu masculine aux formes bien plus avantageuses et tentatrices. L'acte réalisé et les paroles déployées lui rappelèrent un évènement similaire qui s'était déroulé des années en arrière. C'était un souvenir peu valorisant pour un guerrier tel que lui qui s'était fait chapardé par un bout de femme qu'à l'époque il avait identifié comme un garnement. La petite demoiselle était une fripouille qui lui avait lancé une pierre malheureusement qu'il n'avait guère évitée, épuisé par une épopée désertique acharnée avec Rennifer. Il avant tenté de lui apprendre les conséquences mais sans aucun succès. Ce ne fut que par la suite qu'il apprit par son aîné qu'elle était en réalité la fille de celui-ci. "Fille" fut obligatoire car ce corps dépourvu de formes, des cheveux peu soignés, n'avait suggéré que l'appartenance à un corps homme ce qui s'était révélé totalement erroné. Mais suite à cet épisode, il n'avait jamais plus recroisé la fille de Rennifer. Il n'avait guère cherché à ce que cela se produise ayant simplement oblitéré cet évènement de sa mémoire. Ainsi, l'acte réitéré lui fit resurgir cet incident mais le faciès découvert devant ses yeux et le corps offert à sa vue ne lui aurait jamais permis d'identifier cette demoiselle qui désormais laissait suggérer bien plus de possibilités que le bout de femme-homme qu'elle avait été. D'un sourire étiré d'un seul côté, il se permit l'entrée qu'elle lui accorda tout en la toisant de son regard océan.

"Anissa... C'est une somptueuse surprise que de te voir. Tu as beaucoup changé."

Bien qu'ils ne s'étaient plus rencontrés depuis des années, il n'avait guère oublié l'homonyme qui lui faisait office de nom et qui servait à l'appeler. Après tout à l'époque, il l'avait ancré en se rappelant de faire payer à ce cancre l'injustice de son attaque. Il avait eu finalement sa jolie revanche en ne se laissant pas avoir par cette nouvelle attaque qu'il avait su éviter avec souplesse et surtout rapidité. Tout autant qu'elle l'avait toisé, il ne s'en était pas privé et tandis qu'elle le devançait de sa démarche sensuelle, il n'arrêta pas son regard de réitérer le parcours de ses courbes sans perdre le sourire qui ornait ses lèvres. La maturation avait bien fait son oeuvre et le garçon manqué était devenue une femme digne d'être regardée sous toutes ses coutures. Le fait qu'elle soit armé entraînait davantage d'attirance encore qu'une simple femme qui aurait traversé les lieux. Elle avait ce trait sauvage qui aurait tenté n'importe quel guerrier. Le lieu était aussi désert que le paysage qui entourait la forteresse et la chaleur tout aussi écrasante qu'à son accoutumée. Il n'aurait guère refusé de s'hydrater. Sa monture lui avait été ravie pour que les soins lui soient octroyés et seul Dashkar se trouvait à ses côtés dans l'avancée qui menait vers l'intérieur du domaine, les portes se retrouvant à nouveau close tandis que la voix féminine s'éleva à nouveau. Il sourit davantage.

"Changé physiquement mais le caractère reste bien trempé."

Il figea son regard dans le sien alors que lui faisant face, son corps ne cessait de reculer. L'amusement fut perceptible sur ses traits étirés alors qu'elle lui proposait sans aucune gêne de tâter de son expérience combative. Il n'était plus le garçon d'il y a quelques années et bien qu'il ne se refusait jamais un combat et que l'écraser la tentait plus que de mesure, il n'était pas de ceux qui pouvaient se lancer dans une attaque et retenir les coups apportés. Il aimait les combats rudes, forts, et certaines cicatrices de son corps bien que discrètes et à la fois visibles n'étaient point les conséquences obligatoires de batailles menées mais bien de combats d'entraînement qu'il n'avait cesse de pratiquer.

"Mes réflexes ont eu la vie dure, ils seront bien plus aiguisés que la pointe de ta flèche. Je ne voudrais pas te faire toucher terre alors que je suis sûre que tu as nombreux talents cachés dont je ne voudrais me priver."

Un sourire mystérieux s'étira sur ses lèvres. Subtilement il lui avait glissé sa faiblesse d'homme mais ses talents innés de femme qu'il pouvait déceler. Bien sûr, au vu de ses armes, de la fermeté et le jeu avec lesquels elle ne cessait de démontrer, il était sûr et certain qu'elle était animée d'une dangereuse frustration d'en découdre sévèrement avec lui pour passer le temps et tâter de la force. Mais la route l'avait asséché et il désirait ardemment remplir son gosier. Qui sait, peut-être qu'ensuite il accepterait d'en démordre avec elle mais il n'en était pas certain. Il respectait sans pareil l'aura combative d'un guerrier, masculin ou féminin, mais le jeune âge de l'animal sensuellement sauvage qui se tenait à proximité lui instaurait prudence et convenance.

"Avant toute chose, te plairait-il de m'offrir de quoi m'hydrater. Il s'avère que le désert et sa canicule habituelle me quémande de profiter des breuvages que ta maison a l'habitude de me concéder."

Habitué néanmoins à voir apparaître Rennifer bien plus rapidement que la durée écoulée jusqu'à présent, il se questionna sur la présence ou non de l'aîné en ces lieux. Il ne prévenait jamais vraiment de ses passages spontanés et impulsifs aussi l'absence réelle du dornien pouvait tout à fait être avancée. Ce ne serait pas la première fois, même si cette coïncidence se faisait rare, et ce ne serait guère la dernière. Peut-être était-ce la raison de la présence de sa fille qui devait garder la maison en son absence. Il tourna son regard de la même couleur que le ciel pour lui adresser le questionnement qui envahissait ses pensées.

"Ton père est-il présent dans l'enceinte ? "

Un cri s'évertua à côté de son oreille tandis que dans un bruissement d'ailes Dashkar s'envolait vers le ciel. Ses pas l'avaient entraînés vers le bâtiment qu'il s'apprêtait à pénétrer et son rapace de moins en moins habitué aux endroits clos étant privé de séjourner dans La-Tombe-du-Roy préférait déployer ses ailes et s'envoler dans l'étendue bleutée dressée au dessus de leur tête. Il se rendit compte alors de son impolitesse et reprit les convenances obligatoires que sa maison avait tenté d'éduquer dans son comportement. Politesse davantage instaurée par sa mère avec un caractère stricte.

"Je te présente Dashkar. Il n'aime guère les lieux confinés donc je ne pense pas qu'il séjournera à mes côtés tant que nous serons à l'intérieur."

Ainsi avait-il honorer sa mère qui de toute façon n'appréciait guère son compagnon ailé. Au vu du plaisir qu'avait sa soeur pour ses animaux domestiqués, il préférait de loin ses rapaces, au moins il lui semblait bien plus intelligent et fidèles que les sournois de sa jumelle.

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Message Mer 1 Aoû 2012 - 20:35

Bleu. C'était l'impression qui restait dans l'esprit d'Anissa à darder ses yeux de braise sur l'homme  : bleu. Sa première idée d'un être était toujours sensiblement la même, à savoir celle d'un prédateur à sang froid. Elle jaugeait la souplesse de la démarche, la carrure des épaules, le maintien du menton et la volonté du regard. Qui ne se tenait pas droit comme une lame ou tendu comme un arc était chassé, châtié d'exister devant le regard de la Vipère. Elle ne souffrait pas la faiblesse, elle ne supportait aucune mollesse. Le jeune Forrest était devenu un guerrier respectable et vif, quoique toujours aussi pâle – eut égard à ses références du moins – mais il imprimait quelque chose de plus que le simple fait d'être une personne à part entière et pas une simple proie, pour elle. Il y avait ce bleu. Elle aimait bien ses yeux et quelque chose dans son esprit lui souffla qu'elle aimerait bien les avoir. Et ce, que ce soit en se perdant dans les ténèbres de ses prunelles ou en roulant dans sa paume devenue moite. Son sourire s'accentua alors qu'elle leva le menton, pleine de morgue et de superbe, lorsqu'il lâcha le mot « somptueuse ». Ce terme lui évoquait du faste, du soyeux, du coloré, elle était tout à l'opposé – à l'image des pierres sur lesquelles elle avait poussé. Rugueuse, âpre, avec toute la cruauté sensuelle d'une épée sans garde qui meurtrissait tout, sans distinction. Les yeux de Daärim se rivèrent aux siens l'instant que leurs regards s'affrontent, après avoir longuement décrit ses formes encore cachées de ses vêtements presque informes, sauf là où les quelques pièces de cuivre et de cuir les serraient. Alors qu'il la flattait, elle tendit l'échine, étira les bras et se cambra pour finir, feignant de prendre la pose avant de lâcher un sifflement ironique. Rares, très rares étaient les hommes qui osaient seulement porter les yeux sur elle de cette façon. Ce n'était pas qu'elle mordait tous ceux qui s'y osaient, Anissa avait une pudeur semblable à celle des reptiles, c'est à dire aucune – que leur importe une peau dont ils se débarrassent ! – mais plutôt parce que, depuis longtemps, sa réputation sinistre vis à vis des hommes avait glacé d'effroi tous ceux qui avaient vu, sous le lin usé et les drapés couvrants, la chair vive et fraîche d'une vipère nubile. Monstre, furie, sauvage, disaient certains, cannibale, murmuraient d'autres, après avoir guetté les alentours. Elle en jouait, elle adorait en jouer, esquisser des gestes tentateurs pour récompenser toute approche d'un rictus plein de ses crocs avides, blancs sur peau noire, luisants comme des petits rasoirs. Quelques femmes, au village, disaient même qu'elles avaient entendu quelqu'un, qui avait raconté une fois, qu'il paraissait que le vieil Uller, après la mort de sa première fille et la longue attente auprès du ventre de sa femme, avait fait un pacte avec quelque chose dans le désert, quelque chose qui était sorti des entrailles d'Enola et qu'il avait nommé Anissa, mais qui n'avait rien d'humaine. Les esprits vite échauffés pouvaient y croire.

Lorsque Daärim parla de ses réflexes, soit disant plus aiguisés que sa flèche, la vipère des sables crut d'abord à un défi, glissant furtivement sa senestre à son arc, afin de le basculer le long de son bras ; la fin de sa phrase eut le mérite de la surprendre. Elle en haussa les sourcils, lèvres entrouvertes aux plis soulevés, creusant deux petites fossettes à ses joues anguleuses. De nombreux talents cachés ? L'insinuation était limpide, Anissa n'avait rien d'une oie blanche et bien qu'aucun homme ne fut parvenu entre ses draps, elle savait lire le crépitement d'une étincelle de désir. Elle grogna un son guttural, roulant et presque menaçant qui tenait légèrement du rire, mais qui était encore loin des éclats grossiers de son rire véritable, lequel tendait à réveiller les enfants et à faire fuir les bêtes.
    « Il n'y a qu'un homme qui soit parvenu à me coucher, et cet homme c'est mon père. Tu veux le remplacer ? »

Le grognement reprit, plus brièvement, s'interrompant net alors qu'il reprit parole, cette fois, pour demander de l'eau. Alors que la main de la fille de Rennifer frôlait le mur brûlant, car exposé, d'une des bâtisses de l'enceinte et qu'elle continuait de progresser de son pas lent et ondulant comme un métronome langoureux, elle ne répondit d'abord que d'un silence, passant un bout de langue contre sa lèvre supérieure, venant y goûter le sel déposé par le soleil ensablé. Il quémandait à boire : c'était, chez les Uller, une façon également de reconnaître ou d'éprouver qui se croyait capable et qui n'était qu'un lapereau égaré. La survie ne s'implorait que pour les faibles et les nourrissons, et il n'y avait guère que les petits des servants de la Maison et la Veuve-Truie pour se faire entretenir. Le reste des gens allaient prendre leur propre eau et soit la partageaient entre leurs proches les plus intimes, soit, pour les guerriers, la gardaient jalousement. Habitude prise des expéditions dans le désert meurtrier, il s'agissait pour tous de savoir assurer ses besoins seuls et, si ici, le désert était communément admis comme dompté, ni la Vipère ni son géniteur ne s'extrayaient de cette règle. Daärim commençait à mériter aux yeux de Rennifer qu'on le traite en égal, aussi se devait-elle de lui enseigner à son tour ce qu'il en coûtait. Lorsque le Dornien aux yeux bleus – et quel bleu, aussi bleu que le ciel lorsque le soleil vient de se cacher et que les cieux rayonnent encore – enchaîna, l'interrogeant sur son père, la Vipère siffla avec une simplicité laconique, peut-être légèrement ironique.
    « Non. »

Elle lui fit tout à fait dos, décrochant son regard, alors qu'ils parvenaient aux grandes portes fermant la bâtisse aux murs épais et ocres de la demeure Uller. Roulant sa chèche autour de son poing pour se saisir de l'anneau de cuivre qui les ouvrait sans se cuire la main devant la chaleur du métal engorgé de lumière, elle fit un signe de tête bref à un serviteur qui s'avançait pour le congédier, suivant furtivement du regard ensuite la monture du Forrest, qu'on menait à l'abri, afin, elle, de l'abreuver et de la soigner. Elle examina d'une oeillade la fatigue du cheval, l'état de ses appuis, songeant qu'il ne pourrait repartir aussitôt – ce qui la fit sourire de nouveau, comme un gros chat devant une souris piégée. L'oiseau dressé de Daärim s'envola alors que la porte vibrait sur ses gonds et s'ouvrit en grand, lâchée ensuite par Anissa, qui leva la tête pour suivre le vol du faucon – l'arc la démangea furtivement.
    « Tu supportes les bêtes près de toi ? Moi pas. Je n'ai pas la patience de cajoler ce que je pourrais manger. »

Le ton était donné. L'ombre de la demeure Uller fit soupirer un espoir de fraîcheur dans lequel elle s'engouffra sans précipitation, lui faisant face et marchant à reculons de nouveau, tandis que la ligne de la lumière s'abaissait sur sa silhouette comme un œil se serait fermé. Elle lui fit signe de la main d'entrer.

L'intérieur de la bâtisse était à l'image des personnes comme des lieux : la pièce accueillant le voyageur était petite et carrée, encombrée sur un meuble de diverses étoles qui servaient à couvrir ses traits le temps d'aller et de venir dans l'enceinte même, sous le soleil cuisant mais sans distance à affronter, les armoiries de la Maison Uller étaient gravées sur deux plaques de cuivre flanquant la porte en face, une autre, plus petite, plus basse et sans marque, s'ouvrait sur le côté et était sans doute destinée aux serviteurs. Poussant les battants décorés, Anissa le guida vers une autre pièce qu'il devait connaître, un salon, plus grand, doté d'une table massive – faite de bois venu du Bief, et certainement pas achetée – avec une chaise haute et décorée, destinée au seigneur, une rangée d'autres sièges plus sobres alignés de part et d'autres. Derrière, deux autres portes encore, menant vers les appartements personnels, sur la droite, une pièce que Daärim avait déjà du visiter également, qui était celle des trophées et tenait lieu d'une sorte d'équivalent de bibliothèque où il était coutume de recevoir les rares amis des Ullers, à gauche une pièce de service encore. Quelques plats de cuivre et de terre cuite étaient disposés sur la large table, mais presque tous vides ; une servante dans un coin s'enfuit promptement en voyant la Vipère arriver. La porte que la silhouette furtive avait passée se ferma sans un bruit, tandis qu'elle appuya ses hanches contre le rebord du bois, remonta un genou et y posa le coude, dans une attitude entre l'oiseau de proie et la panthère aux aguets qui diminuait l'effet de sa très grande taille, mais qui soulignait tout ce que sa mâchoire pouvait avoir de prédatrice. Ses iris embrasés paraissaient plus sombre d'une teinte, à présent qu'ils se tenaient dans la pénombre, elle souleva ses cheveux pour les dégager de son col et les secouer du sable qui s'y était perdu, gorge tendue et presque offerte.
    « Daärim, mon père t'adresse un peu d'intérêt. Fais-lui honneur. Il y a de la rosée dans les coupes dès que la nuit tombe, ça pourra te désaltérer. »

Elle ajouta à sa diatribe un petit coup de menton, destiné à souligner ce qu'il y avait de défi et d'annonce dans sa répartie : s'il voulait mériter cette estime aux yeux d'Anissa, il lui faudrait se souvenir des arides leçons du vieux guerrier. La Vipère avait le dédain facile, mais les quelques personnes adoubées par les siens, et surtout le plus difficile et acariâtre d'entre eux, se voyaient octroyer une attention de sa part dont beaucoup aurait préféré être épargnés. Dire qu'elle était sévère aurait été hors de propos, elle était plutôt cruelle et cinglante, frappant au plus fort sur le point le plus faible, afin d'achever ou d'endurcir. Ainsi étaient les roches ensablées, ainsi étaient leur fille. Décrochant ses yeux des océans qu'il avait dans les siens, elle dressa l'oreille un instant guettant le pas de son petit frère qui, lui, attendait toujours le sien. Il avait du entendre la voix étrangère et, aussi sauvage qu'elle à son âge, bien que d'une toute autre façon, il avait du rester cloîtré. Tant mieux : lorsqu'on les voyait tous deux, on pouvait la croire douce et il n'y avait rien de plus efficace pour l'agacer, d'autant plus que ça chagrinait son petit frère adoré. Si Anissa était d'un naturel atroce, elle s'estimait pourtant tout à fait acceptable par rapport à des instants où elle accordait être d'une humeur chagrinée. Il y avait quelques os blanchis par le sel et les vents, loin, dans un linceul de dunes, qui pouvaient en témoigner – mais plus guère en parler. Passant furtivement la langue sur ses dents à ses quelques souvenirs fugaces, elle revint à son « invité ».
    « Il faudra que tu attendes, pour mon père. Il est parti lever son du dans les villages autour de la Soufre, il en a encore pour quelques journées. Deux, au moins, s'ils sont rapides à payer. Sûrement davantage. »

Ses narines se dilatèrent, alors que son visage peu commun se para d'une expression indéchiffrable, teintée d'humour sardonique et de vive curiosité.
    « La... Courtoisie, fit-elle en roulant ce mot sur sa langue, comme s'il était trop mielleux et qu'il l'embourbait, m'impose de m'occuper de toi jusqu'à voir celui que tu désirais. »

Elle claqua ses mains sur le bois de la table, s'y accrochant sans se lever, préférant basculer légèrement vers l'avant, dans un équilibre paraissant instable mais qui ne la faisait pas trembler.
    « Alors. Dis-moi. Est-ce qu'il te faut te reposer de ton long voyage ? Il doit y rester une chambre près de celle de la truie, je suis certaine qu'elle a du la rendre confortable. Un souffle pincé et rauque s'ensuivit, exposant clairement ce qu'elle jugeait de ces manières. Sinon, sinon... Moi, je comptais aller chasser quand le soleil sera plus bas. »

Perdant la moitié de la vigueur de son expression, elle le jaugea, attendant sa réponse. Elle était une femme directe, très directe – bien trop pour la majorité – et n'était pas de celles qui perdaient leur temps à analyser chaque bribe de confession au travers des mimiques ou des insinuations. Il y avait celles qui lui parvenaient, souvent les plus claires et les plus instinctives, quant aux autres, si elle s'en apercevait parfois, elle n'en tenait presque jamais compte. Les courbettes et les faux semblants étaient bons pour les paons et les hommes en robes, la pointe d'une flèche, elle, traversait les vérités comme les mensonges dans le même trait sanglant. Si elle le fixait, c'était pour déceler la plus petite trace de peur ou d'excitation – martiale ou, plus curieuse par rapport à elle, masculine – afin de le tester une nouvelle fois. Véritable chasseuse patiente, elle harcelait ses proies jusqu'à ce qu'elles tombent ou jusqu'à ce qu'elles aient mérité de vivre – ou, par rapport à un être humain, d'être vu comme quelqu'un et pas comme un déchet. On pouvait lui reprocher d'être perverse, on pouvait difficilement la dire perfide.


Dernière édition par Anissa Uller le Dim 5 Aoû 2012 - 12:32, édité 4 fois
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Message Jeu 2 Aoû 2012 - 20:06

Daärim ne put qu'apprécier les échanges langagiers avec cette dornienne qu'il n'avait encore que trop peu côtoyée à son goût. Bien sûr il ne parlait pas uniquement des attraits physiques immanquables dont elle était l'origine, 'ignorer serait erreur stupide qu'il ne comptait guère omettre. Le caractère vif et débordant de répartie, le rendant quelque peu propice à l'amusement, jouait double dans ces avantages féminins. Moulée dans l'assurance, gonflée d'arrogance et peu soumise au respect de l'âge. Il pouvait percevoir en elle les principes paternels qui l'avaient tant séduits dans ses plus jeunes années et qui n'avaient cesse de l'accompagner durant sa vie actuelle. Rennifer n'était pas qu'un soutien, il était également un conseiller et un ami qui savait garder ses pensées intactes malgré la proximité amicale. Rien entravait sa sagesse et ses réflexions justes et mûries. Leur rapprochement ne l'empêcherait d'ailleurs guère de remettre le cadet qu'il était à sa place. La connaissance de ce fait n'entraînait qu'une augmentation du respect déjà pratiquement au zénith qu'il allouait à son aîné. Il n'était pas partisan du favoritisme et lui-même peu tolérant de la fainéantise sous toute ses coutures il ne souhaitait guère en user, ce qui le poussait à être intolérant aux erreurs, excepté dans le cadre d'un apprentissage, et l'effort constant se devait d'entrer dans le quotidien d'un guerrier. Néanmoins, et pour en revenir au présent, il se surprenait à n'avoir jamais vu plus régulièrement la fille de Rennifer qui semblait envisager depuis sûrement un moment son avenir comme sauvage et doté d'une emprunte guerrière. Mais comme le temps permettait qu'il ne soit jamais trop tard, bien qu'il se savait doté d'avantage d'années que la demoiselle, il comptait bien tenter de cerner ce personnage. L'assurance de l'absence de Rennifer lui fut donné sans d'autres explications. Il avait de toute façon prévu un séjour sur la durée dans la forteresse. Pas longue car s'imposer ne faisait pas partie de ses coutumes, mais le trajet imposant suggérait au moins une nuit sur place. La famille en était coutumière et rare était les fois où cet avantage non négligeable lui était refusé. Il sentait néanmoins qu'il ne perdrait rien à attendre le retour de son aîné car les regards réguliers et rarement décrochés qu'il décochait à la jeune femme suggéraient un amusement encore à ses prémisses qui continuerait pourtant à suivre une ligne montante, pour son plus grand plaisir.

La surprise fut place au sourire étiré en coin lorsqu'elle laissa suggérer que Dashkar serait joliment assorti à une table à manger. Bien loin de préférer les plantes à la viande faite de chair et de sang, il ne pouvait entrevoir ne serait-ce même qu'instant la possibilité de transformer en plat son fidèle compagnon ailé, ni même ses semblables restés à La-Tombe-du-Roy. La perte du prédécesseur privilégié lui avait appris le déplaisir d'un vide sentimental qu'il n'avait que peu manifesté, excepté sous colère et fureur, mais qui s'était insinué assez profondément dans son coeur pour retenir l'effet engendré. Bien sûr depuis, le temps avait fortement atténué cet incident du passé, sans oublier qu'il avait été meurtri bien plus vivement et profondément par sa jumelle, mêlant maintenant cette relation en une haine farouche et vivement exposée à la concernée. Mais cela n'insinuait guère qu'il tolérerait que le touche à son rapace. Toujours est-il qu'il ne concédait pas la présence de son acolyte ailé simplement par peur de la solitude ou pas besoin d'apporter affection à des êtres autres que familiaux. La fidélité, précepte infaillible de son caractère désormais forgé, lui était octroyé par ces rapaces qui, contrairement aux humains, ne l'avaient jamais trahi. Cela ne pouvait que lui imposer le respect pour ces faucons qui s'évertuaient également à être de parfaits alliés.

"C'est un tort selon moi car il s'avère que ce sont généralement les êtres les plus fidèles qui soit. Bien plus que les humains qui, j'en suis persuadé, doivent être tout à fait bon à manger. Mais peut-être cela te plaît-il plus de les cajoler..."

Au vu de ce qu'elle lui avait offert comme perspective depuis leur rencontre, il restait totalement persuadé qu'elle ne tolérait guère davantage leur présence excepté pour s'amuser avec eux comme on pouvait s'amuser avec un cadeau nouvellement procuré. Nier l'amusement certains que de tels propos de la bouche d'une femme pouvait engendrer chez lui serait totalement hypocrite. Il préférait de loin laisser exposer un regard scintillant de malice inondant l'environnement d'une aura d'humour implicitement sauvage et violent. Pourquoi s'en priver si l'interlocuteur l'inaugurait ouvertement sans retenue ? Elle ne s'arrêterait point de toute manière, lancée sur une telle glissade, elle ne pouvait vouloir s'arrêter qu'avant la fin. Encore faudrait-il être capable de la délimiter. L'inquiétude ne venait pas ternir ce moment divertissant auquel il participait avec allégresse et délassement. En attendant, il se laissa guider par la dornienne qui de nouveau souhaita l'observer en s'aventurant dans sa demeure en marche reculée. Il sourit alors qu'il plongea de nouveau son océan bleuté dans les iris d'un noisette sombre qui lui faisaient face alors que d'un geste furtif elle lui autorisa l'entrée. Bien qu'il connaissait depuis plusieurs années maintenant l'intérieur assorti aux personnalités familiales, il prenait toujours un certain plaisir à honorer son regard de l'architecture de la forteresse. Les portes ne lui étaient guère inconnues et il se remémorait facilement les différents entretiens voire les différentes contextes qui l'avaient autorisés à séjourner dans telle ou telle pièce du bâtiment, toujours en compagnie de Rennifer bien évidemment. Il aimait cette nostalgie et il se critiqua d'avoir attendu aussi longtemps depuis sa dernière visite. Acculé par les obligations que sa jumelle lui imposaient suite à son comportement, il négligeait davantage les plaisirs que pouvait fournir un voyage tel que celui qu'il venait de réaliser vers Denfert. Et puis, converser au sujet du sang de son sang avec son aîné pourrait peut-être lui insuffler quelques sévices ou même réprimandes dont il pourrait la taxer. Mais à l'instant même, c'était avec la fille qu'il avait affaires et il la suivit dans une salle qu'il avait également déjà observée par le passé et où une servante qu'il vit rapidement se faufila avec aisance pour disparaître de leur vue. Anissa décida alors de mettre fin au périple en s'installant de manière bancale qui pourrait semblait lui convenir parfaitement. Il observa la demoiselle qui sauvage certes ne manquait cependant pas de féminité. Il sourit de nouveau face à ses propos et s'avança un peu pour occuper l'espace disponible.

"Me voici donc plié de nouveau aux restrictions de ta maison. Je me vois contraint d'honorer effectivement ton père."

Cela l'amusait de devoir se priver d'hydratation. Il avait vécu plus d'une semaine avec Rennifer dans le désert devant se contenter du minimum, il savait totalement gérer cette absence durant encore quelques heures. Le confort avait primé et sa demande s'était déversée d'elle-même. De plus si elle voulait le défier, elle allait être servie. Il ne rebutait jamais contre des défis bien placés. Surtout qu'elle avait l'air de vouloir montrer un ascendant sur lui, il ne pouvait pas refuser de lui rappeler qu'il était un homme de Dorne et que ceux-ci n'étaient pas comme les pseudos-guerriers du nord incapables de montrer leurs vraies capacités. Il se considérait comme apte à rivaliser avec cette sauvageonne féline qui prenait plaisir à s'imposer face à lui. La déception serait-elle de mise quand il aurait remporté toutes les épreuves qu'elle tentait de jeter sur son chemin. Il aurait plaisir à le découvrir. Son regard quitta également celui de la dornienne quand il entendit les quelques pas qui ne dévoilèrent pas l'identité du concerné pour autant. Il connait le nombre de porteur du nom Uller mais apparemment il ne serait pas en mesure de rencontrer d'autres en ce jour que la demoiselle qui trônait en face de lui. Ils n'étaient guère propice à se montrer dans la famille. Epier semblait sûrement plus dans leur attribut mais cela ne le dérangeait nullement. Il venait très souvent pour voir le paternel donc il ne jugeait pas frustrant ni même révoltant de ne pas croiser le reste de la famille. De toute manière, ils avaient leur manière de fonctionner et jamais il n'oserait critiquer cette dernière. Il écouta la suite qui lui apporta l'information que Rennifer ne serait pas présent avant plusieurs jours. Ainsi, plusieurs options s'offraient à lui désormais : reprendre la route d'ici le lendemain et revenir plus tard -option qu'il n'aimait pas trop ne souhaitant pas se frustrer d'un entretien avec son aîné -, rester en l'attendant pendant deux jours et puis seulement si son absence se laissait encore apercevoir rentrer au bercail, ou alors simplement patienter gentiment dans la forteresse en attendant le retour du concerné. Il savait déjà qu'il ne prendrait même pas en compte la première opportunité. La deuxième et la dernière laissaient davantage envisager une frustration partielle voire inexistante.

Un rire à la fois amusé et intéressé s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle lui expliqua que la "courtoisie" - pour peu que ce mot ait une définition dans son vocabulaire personnel - l'obligeait à s'occuper de lui. Un sourire en coin ponctua sa risée avant des mots n'effleurent ses lèvres de leur souffle.

"Me voici donc entre de bonnes mains pour les jours à venir. La hâte me submerge d'être appliqué à tes soins."

Ironie certes mais sincérité néanmoins. Il avait effectivement hâte de la connaître davantage et de voir de quel bois elle était faite même si le sable l'avait sûrement davantage dressée. Il l'écouta alors qu'elle lui appliqua de nouveau une faiblesse qui n'était pas sienne dans le seul but de continuer à l'écraser en tant qu'étranger mais il ne releva point et ne fixa son attention que sur le reste.

"Chasser me parle davantage. Je préfère de loin l'action à l'inactivité."

Il était vrai qu'elle devait sûrement avoir des capacités et comme il lui avait annoncé au début de leur rencontre, il lui tardait de pouvoir les évaluer et les observer. Ainsi se pencha-t-il lui aussi, imposant sa stature à sa main appuyée sur le bois, rapprochant par la même occasion son faciès à celui de l'interlocutrice, bien que la regardant légèrement de haut vu qu'elle s'était au préalable penchée, il plongea à nouveau sans aucune retenue ses prunelles éclaircies dans les abysses noirceurs des prunelles jumelles et avec un sourire il susurra quelques mots.

"Je me réjouis d'avance d'observer ton corps se muer en chasseuse agressive et cruelle. "

Un instant plus tard, son ombre stature avait disparu du corps de la jeune femme car redressé, il avait reprit sa place en face d'elle, il prit la peine d'enlever le gant qui recouvrait sa main, réservé à Dashkar pour les chevauchées qu'il n'allait de toute manière plus réaliser dans l'immédiat, en feignant de n'avoir tenté aucune approche et ignorant pour l'instant la jeune femme à qui son regard malicieux avait été imposé quelques instants auparavant. Il savait osciller sans difficultés entre sa nature d'homme et sa nature de guerrier, ce qui pouvait entraîner complexité pour le comprendre et pouvait parfois entraîner une perplexité face à ses comportements. Montrer un intérêt aux personnes qui souhaitaient être observée pouvait faire partie de ses talents mais se désintéresser et apparaître comme neutre pouvait tout aussi bien être démontré. Un jeu sans l'être qu'il appliquait maintenant depuis nombreuses années. Une fois le gant retiré, il s'appliqua à défaire quelques sangles ceinturées, laissant ainsi quitter ses armes de son échine. Pas toute néanmoins, seules les lances vinrent trôner dans sa main prenant place simplement à ses côtés comme elle l'avait été vide un instant plutôt. Son arc et son carquois n'avaient eu pas été détacher puisqu'il ne souhaitait guère tout porter à la main. Il darda de nouveau son regard bleuté vers le faciès de la demoiselle en reprenant un sourire en étiré.

"En tant qu'hôtesse, il me semble qu'un accompagnement vers l'endroit où je vais pouvoir me reposer paraîtrait justifié. Puisque nous n'allons pas chasser sans que le soleil se soit rabaissé, peut-être pourrais je poser mes armes et le léger baluchon qui trône sur mon dos." il ajouta amusé "A moins que tu m'incites à les conserver car tu comptes tâter de mes réflexes à tout instant."

Il sourit amusé à l'idée qu'elle pouvait l'attaquer par surprise. Guerrier avant homme, il pouvait sans difficultés se battre avec une femme pour peu qu'elle se montre digne de ses capacités. Vivant à Dorne, il n'était point rare de croiser des femmes qui savaient manier la lance aussi bien qu'un homme. Leur force n'était pas toujours à l'égal de leurs comparses masculins mais leur agilité et leur souplesse palliaient parfois sans complexité la force de ces derniers. Néanmoins, concernant le trajet, pour avoir déjà séjourné dans la forteresse, il savait parfaitement où il devait se rendre, mais tant qu'à faire peut-être pourrait-il s'octroyer encore de la présence de la jeune femme à ses côtés. Il avait pris plaisir à converser avec elle car l'amusement qu'elle lui prodiguait ne poussait pas à vouloir s'en débarrasser. Et même plus encore, il avait surtout envie de continuer à l'observer. Il était persuadé qu'elle pouvait apparaître encore plus brutale et sauvage que les quelques propos qu'elle lui avait envoyé et rien d'autres ne pouvait davantage l'intéresser que d'observer ce phénomène. Mais n'attendant pas de savoir si elle allait vraiment lui autoriser sa présence, il se mit déjà lentement en route en roulant légèrement des épaules qu'il n'avait eu guère le temps de détendre mais qui maintenant allégée des lances pouvaient se mouvoir avec plus de faciliter. Il les sentait contractées et engendrer un mouvement rotatoire lui dégourdissait ses muscles. Il jeta un coup d'oeil à la jeune femme avant de reprendre la parole, posant une question pour l'inciter à le suivre si jamais elle avait décidé de décliner ses responsabilités d'hôtesse.

"Depuis quand chasses-tu ? Vu ton âge j'aurais envie de dire depuis peu mais en prenant davantage en compte ton caractère je dirais presque que tu as forcé ton père à t'apprendre comment faire bien avant."

Cela lui rappelait fortement ses débuts personnels. Très jeune il avait souhaité se mesurer directement à l'icône paternelle et bien sûr n'avait guère su remporter une infime victoire. Trop jeune, encore enfant, et sans expérience que les maigres maniements réalisés en cachette, il s'était cru capable de rivaliser sans avoir envisagé toute la complexité qu'impliquait les réels combats. Mais son père avait réalisé néanmoins ses capacités déjà promptes à en faire un futur guerrier et dès ce moment là il avait instauré des cours qu'il offrait directement à son aîné dont l'art martial pouvait déjà faire sa fierté. Il sourit en se remémorant ce passé datant désormais de plusieurs années. Il n'avait clairement pas négligé son apprentissage et n'avait pas toléré que son père se montre gentil avec lui.

"Tu n'as pas n'importe quel père d'ailleurs. Instruit par ses soins est une grande opportunité."

Lui-même l'avait été sous nombreux aspects par Rennifer même si ce n'était pas forcément guerrier de prime abord. Mais ils avaient déjà réalisés des combats ensemble ainsi avait-il pu peaufiner certaines de ses techniques déjà existantes instruites par son propre père, guerrier aguerri également.
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Message Dim 5 Aoû 2012 - 14:55

La fidélité était une idée assez peu connue de la Vipère. Non pas qu'elle en fut éloignée, non pas qu'elle puisse la dénigrer, mais, plus simplement, elle n'avait encore eu à éprouver sa loyauté qu'envers ceux pour qui elle était naturelle et hiérarchique : son Prince, son Seigneur, son sang, son désert. Dépourvue de lien qui ne tenait pas de cet absolu là, elle n'avait jamais eu à s'interroger sur le respect à donner à une approbation purement morale. Elle n'y était pas fermée, mais elle était aussi difficile à conquérir que sa forteresse et aucun individu étranger aux siens jusque là n'avait eu la patience de la supporter au delà d'une poignée de jours, qui suffisaient pour s'octroyer de son estime, mais certainement pas quoique ce soit de plus intime. La remarque de Daärim sur les faucons lui passa ainsi au dessus de la tête : à ses jeunes yeux, la fidélité se liait à l'obéissance et un soldat rebelle n'existait pas. Il y avait les soldats, et il y avait les cadavres. Le monde était simple, du point de vue d'un serpent. Toutefois, sa dérobade sur la viande humaine lui tira un sourire plus ample et plus velouté, alors que ses prunelles pétillèrent d'un intérêt concerné. Toutes ces rumeurs qui courraient sur elle et qui lui étaient revenues distrayaient Anissa et elle s'en faisait même un manteau d’orgueil, d'une curieuse manière, portant sa terrible réputation comme elle brandissait ses armoiries. Si des histoires à propos de la venimeuse Uller étaient parvenues à Daärim, elle n'en avait cure, l'allusion en soit la divertissait. Elle souffla bas à sa réplique.
    « Tout dépend du goût qu'ils ont. L'un comme l'autre, j'aime bien mordre. »

L'acceptation de l'épreuve lui plut assez : sans détours, sans ambages, sans arguments et encore moins de plainte. C'était la réaction qu'elle voulait voir et qu'elle avait guettée, une réplique digne d'un véritable Dornien, pas celle d'un nobliau se glorifiant de son propre patronyme et s'asseyant sur sa graisse comme il se vaudrait sur la mémoire de ses ancêtres. Les riches enfarinés l'insupportaient au moins autant que les gens gras ou indolents et la Veuve-truie, qui partageait malgré elle le quotidien d'Anissa, était très bien placée pour en témoigner. Cible éternelle de ses critiques les plus acides, la tante de la jeune femme avait pour défauts majeurs d'être assez gentille, un peu faible et facilement geignarde. Sa mièvre mollesse rendaient la vipère plus mauvaise encore que si la pauvre femme lui crachait au visage et, alors que la pauvresse se fendait d'efforts envers sa nièce dans quelques élans de courage, la jeune « lady » n'amoindrissait jamais ses coups, riant à gorge déployée quand le visage rond se faisait éploré. Elle pouvait être d'une rare cruauté. Face au Forrest, Anissa approuva du chef, distraitement, laissant par là échapper son avis qui, de toute façon, n'était pas bien surprenant ; le rire comme l’œillade qui répondirent à sa diatribe volontairement forcée au propos de la courtoisie l'intriguèrent. Il continuait à vouloir croiser le fer de leurs verves et, sans chercher à l'amadouer ou à lui plaire – ce qui aurait été récompensé de l'effet opposé – il ne s'offusquait de rien, ne se rétractait pas, ce qui commençait à lui insuffler une envie de violence plus directe et plus sanguine. L'ironie de l'homme avait la saveur du miel, mais ténue, insuffisante, la Vipère désirait davantage. Ses doigts s'agitèrent sur le bois de son perchoir de fortune, elle en griffa les rainures à défaut de la peau de son vis à vis et ses dents se découvrirent d'elles-mêmes ; quand il approcha son visage du sien, elle affichait une expression languide couvant une envie pointue. Son murmure, plus ciselé mais plus direct que toutes ses déclarations précédentes, roula sur sa gorge et de diffusa en son ventre. Elle découvrit les canines de plus belle, faisant mine de lentement mordre ; la seconde d'après, il s'était éloigné.

S'étirant pour dénouer ses muscles et savourer cette esquisse d'approche qui valait presque une caresse, elle se cambra, toucha de nouveau terre des pieds et se redressa avec la lenteur consommée des serpents veillant une proie. Gardant une main à sa propre nuque, l'autre lâche et légèrement en arrière, ses courbes étaient marquées et sa figure animale. Le froid qu'il avait soufflé juste après sa chaude confession n'avait pas glacé la Vipère, laquelle, bien au contraire, commençait à se pencher sur quelques idées tout aussi violentes, mais d'une toute autre brutalité, moins sanguine et plus viscérale. Il ôtait son gant, elle considérait la chasse à venir avec une prudence impatientée. Entre la passion de la traque, le goût suave du meurtre et le défi jeté entre eux, elle savait d'avance qu'elle peinerait à contenir quelques désirs à même de choquer la majorité des personnes qu'elle avait pu croiser, sans pour autant avoir la moindre intention de se retenir. Il venait, par trois fois, d'insister sur sa volonté de la voir tuer et qu'elle s'occupe de lui. S'il en sortait avec de larges cicatrices, personne n'irait l'en consoler. Qui se frottait aux crotales devait s'attendre à voir sa peau percée et, après tout, c'était son devoir d'hôtesse que de le faire patienter. Elle rit intérieurement, ce qui se trahit par un petit coup de langue contre ses dents. Il avait achevé de retirer quelques uns de ses harnachements et la piqua d'un nouveau trait verbal, plus neutre que les précédents mais souligné de la même ironie mordante qui, décidément, lui plaisait – peut-être en grande partie parce qu'elle répondait parfaitement à la sienne. Soulevant la main qui était restée à sa propre nuque, elle la fit glisser contre sa gorge, frôlant sa lèvre d'un ongle qu'elle mordit brièvement pour amoindrir un peu son envie d'agresser immédiatement son interlocuteur.
    « Tu as peur ? Dis-le, je ferais plus attention, siffla-t-elle avec un sourire mignard et faux, ainsi qu'un ton signifiant tout le contraire, avant de reprendre d'une voix plus profonde et sincère. Ça, ce n'est pas à moi de te le dire, mais plutôt à toi de voir. Qu'est-ce que tu penses que je peux te faire ? »

Elle grogna de nouveau ce son guttural et rauque qui faisait office de rire sans en être. Alors qu'il s'avançait déjà dans la demeure connue, elle le devança, tendant une main griffue pour la passer fugacement le long de son bras, en un contact frôlé et aiguisé à la fois, à même de provoquer des frissons – d'effroi ou d'autre chose. Faisant une volte pour lui faire face de nouveau, elle accrocha ses yeux aux deux océans inconnus et miroitants, dont elle se détacha avec un sourire avide qu'elle ne chercha même pas à maquiller. Beaucoup d'hommes du village auraient alors hurlé à Daärim de partir, vite, de ne surtout pas aller plus loin avec cette fille, sinon au lendemain on trouverait ses os rongés éparpillés entre deux dunes et Anissa alanguie, heureuse et les lèvres ensanglantées. Mais il n'y avait personne pour parler, les servants s'affairaient ailleurs et aucune âme ne fut croisée. Elle l’entraîna à sa suite dans le chemin qu'il connaissait.

S'ouvrant après avoir passé l'une des portes qui se tenait derrière la chaise du Seigneur de Denfert, un petit couloir assez étroit et curieusement très frais était percé dans la pierre de la bâtisse, dépourvu de fenêtres et plongé dans une pénombre surprenante. Après quelques mètres d'une progression rapide sur un dallage légèrement crissant de fragments de crépi usé et de sable emporté, un escalier très raide s'élançait vers les hauteurs, illuminé, lui, de quelques brèches sur ses côtés, desquelles un œil curieux aurait pu voir l'aveuglant extérieur. Dans ce jeu de lumières et d'odeurs, grain de pierre, poussière chaude et fraîcheur moiteur, l'ascension éprouvait les jambes comme les sens de quelques étirements. Une fois au premier pallier, l'escalier poursuivait, plus étroit encore et flanqué d'une chaîne clouée au mur même à l'aide de poinçons épais comme deux doigts, tandis qu'en face, une porte de fer et de bois s'ouvrait assez aisément sur l'étage. Anissa poussa cette dernière, guidant son invité dans un couloir un peu plus large, décoré très sobrement d'armes entrecroisées et, en face des arrivants, d'une armure montée sur un mannequin semblant pointer le venant de sa lance. Charmant accueil dont l'effet était renforcé par la fenêtre principale, juste derrière l'armure vide, qui en projetait donc une ombre imposante dans une lumière éblouissante. Considérant la question de Daärim alors qu'elle passait le battant et avisait les portes alignées dans les murs qui s'offraient à la vue, elle lâcha.
    « Tout dépend ce que tu appelles « peu ». Ça fait dix ans, j'en avais sept, et c'était à ma mère que j'ai pris mon premier arc. Elle m'avait défié, j'ai remporté, j'ai été chasser. J'ai appris plutôt seule comment faire au départ, avec des servants qui me veillaient. Elle esquissa un rictus, levant les yeux. Il y en a un qui a perdu un orteil, une maladresse avec mon arc alors qu'il me tenait au col pour ne pas que je m'éloigne. Les enfants sont si peu soigneux de leurs affaires. »

Passant devant la chambre de sa tante méprisée, elle vérifia du regard qu'elle n'était pas entrebâillée. Batilde tendait à signaler ainsi qu'elle était réveillée et donc disponible pour « discourir » ou ce genre d'activités dignes des sacs de peau sans valeur comme elle l'était, mais le jour était de ceux trop chauds pour qu'elle parvienne à se soutenir elle-même. Elle devait encore dormir. Quelle loque. Passant la seconde porte ensuite, elle se saisit de l'anneau fermant la chambre destinée aux invités qui n'étaient pas aussi délicats que la truie, dardant un regard franc vers le Forrest derrière elle.
    « Mon père, ça a été après, quand j'ai eu l'âge et l'expérience de le suivre avec ses hommes. Non, je n'ai pas n'importe quel père, mais il m'a traitée dans le désert comme n'importe quel soldat. Elle lui décrocha un très large sourire. Je lui en aurais énormément voulu du contraire. On s’entraîne encore tous les deux. Il m'a fait de belles balafres. »

Un air fugacement ému passa sur son visage, avant qu'elle ne pousse la porte et ne lui laisse redécouvrir l'endroit qu'il avait sans doute déjà parcouru. La chambre, basse de plafond, aux murs blanchis, était assez vaste au sol, quoique dépouillée. Un lit très bas était dressé, large, bien fourni en coussins et rempaillé de frais – en toute relativité – et faisait directement face à l'entrée. A sa gauche, une commode basse, un miroir couvert d'un drap et une vasque fêlée accompagnée d'une carafe vide, à droite, un coffre clos servait de support à quelques uns des rares livres de la demeure – des trésors offerts ou oubliés par d'anciens visiteurs et laissés là, à défaut d'ailleurs. Un léger voile de poussière s'envola au mouvement de la porte, scintillant comme de l'or dans la lumière tombant de la fenêtre à la vitre cernée de plomb et au verre irrégulier. Elle entra, s'appuyant au chambranle de la porte pour le laisser passer, tout en lui faisant entendre qu'elle ne comptait pas lui abandonner le moindre moment de repos qu'il pourrait grappiller. Quelques secondes filèrent, réservées pour qu'il dépose ses affaires, alors qu'elle méditait brièvement sur ce qu'ils pourraient faire pour employer l'attente avant que le soleil ne soit tombé, sonnant alors l'heure de la chasse ; Anissa fut vite emportée par ses pensées concernant cette dernière. Vers quoi sa mère de dunes allait-elle les guider ? Un lézard, un scorpion, une bête plus grasse ou plus dangereuse ? Pour une belle pièce, il faudrait remonter la Soufre et guetter près des points d'eau, pour une chasse plus excitante, il faudrait s'enfoncer davantage dans les sables brûlants. C'était peut-être trop tôt et elle avait envie de sang. Tâtant de sa langue la pointe d'un croc, le regard posé sur le dos de Daärim, elle reprit de but en blanc.
    « Qu'est-ce que tu préfères tuer ? »

La question n'était pas innocente, pas plus qu'elle n'était le reflet d'un souci de ses préférences du moment, destiné à ajuster ce qu'il adviendrait de leur soirée. Elle voulait le jauger à l'aulne de son instinct d'assassin, puisque souvent – voire toujours – les yeux de la proie étaient un excellent miroir du prédateur qui la chassait. Elle-même n'aimait rien tant que de peler les serpents et de déchiqueter les scorpions, tout comme elle était toujours ravie d'abattre une proie avec de belles dents, plutôt qu'une bête plus véloce, mais moins létale. Ce n'était pas réellement une question de pouvoir sur la bête que de s’approprier ses proies, sa force et son savoir viscéral et, tout comme elle répugnait à la mollesse de caractère, elle préférait les sangs corsés et les chairs fortes, quitte à s'en écœurer. Elle choyait encore maintenant le souvenir de son premier trophée, dont elle gardait un fragment de carcasse dans ses colifichets. C'était un scorpion, proie qui lui avait été désignée malgré elle par une servante affolée alors que la jeune Anissa courrait pour éprouver ses nerfs et rire de ses éclats de voix. La pauvre femme avait eu le récit limpide de ce qu'il était advenu de ceux qui avaient gardé la sœur aînée de la vipère, morte d'une piqûre à un âge très tendre et, terrifiée à l'idée d'être démembrée, avait hurlé tout ce qu'elle pouvait sitôt qu'elle avait distingué la mince masse noire d'une de ces créatures mortelles. La jeune « lady » avait décoché une flèche presque par jeu, pour la défier, pour la paniquer encore davantage ; le coup avait porté, le scorpion n'avait pas fui – peut-être dérangé et obnubilé par ces cris. La bouche ouverte, le cœur plein et les entrailles fondantes, elle avait contemplé la mort qu'elle avait donné de sa main, refusant de décrocher son attention de la carcasse alors même que la servante l'avait giflée et soulevée. La sensation de la chasse n'avait jamais été aussi intense que cette première fois, mais cet émoi n'avait jamais réellement disparu d'Anissa et le simple souvenir de ce jour-là lui provoquait un hoquet de plaisir sournois et sincère. Elle préférait ne pas ressusciter la mémoire de son premier meurtre d'homme pour l'heure, de crainte d'en être bien trop excitée pour pouvoir attendre le soir avant de s'élancer à l'assaut d'une gorge palpitante qu'elle veillait du regard. Se décrochant du mur dans un mouvement ondulant, elle approcha le Forrest d'un pas.
    « Et comment préfères-tu tuer ? Tu dois bien avoir des façons de faire que mon père ne t'a pas apprises. »

Elle étira un sourire plus sensuel sur ses lèvres, lui dardant un regard curieusement brûlant, d'une intensité vorace et presque insoutenable. Ces yeux face aux siens étaient bien trop bleus pour leur propre bien. D'un ton rauque et bas, elle souffla comme pour attiser des braises.
    « Tu pourrais me les montrer. Sauf si je te fais encore peur. Mais dis-le maintenant, si c'est le cas... En pleine chasse, je ne me retiendrai pas. »

Elle voulait lui faire mal, là, maintenant, goûter une perle de son sang. Quelle idée étrange – et enivrante. Elle ne se la refuserait pas.
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Message Mer 8 Aoû 2012 - 12:21

Daärim s'était de nouveau régalé d'amusement en l'entendant soumettre l'idée qu'une peur croissante s'insinuerait en lui à sa présence. Bien sûr, l'ironie des propos étaient palpables et correspondait parfaitement au ton qu'ils utilisaient depuis leurs premières incartades. Mais désormais ils semblaient avoir trouver leur rythme et celui-ci guère pressé de les quitter se muait et se lovait dans leurs propos continuels. La fugace question de ce qu'il pourrait subir n'obtint aucune réponse mais le sourire en coin et le regard brillant suggéraient largement des pensées qui n'étaient point tues dans l'esprit du dornien. Le comportement de la jeune femme laissait tellement entrevoir une attitude acérée sous-jacente mais terriblement retenue qu'il ne pouvait que tenter d'engendrer une parcelle de ce qui était camouflé. D'ailleurs, la jeune femme n'avait cesse de laisser des bribes de ce qu'elle désirait pointer le bout du nez, comme ce geste certes bref mais néanmoins existant d'une main aux extrémités taquines mais cruelles qui pouvaient laisser l'imagination s'emporter vers les effets prolongés de leurs capacités sûrement longuement pratiquées. Elle avait tout d'un animal : menaçant dans ses débuts, provocateur à l’affût de la moindre erreur, mais pour peu que les atouts permettaient de l'amadouer, elle se laissait captiver pour pouvoir se jouer de la personne autant que s'en approcher. Il aimait cette attitude. Elle avait tout d'un comportement inspiré par l'instinct. Il était unanime que les Dorniens, sang chaud, fougue avérée, savait parfaitement se laisser emporter par une inclinaison plus bestiale, plus naturelle que ceux du nord réprimaient afin de paraître davantage civilisé. Mais leur peuplade était enivrée par d'autres ambitions et leur brutalité autant que leur cruauté, maquillées et à la fois exposées, n'avaient cesse de s'imposer sous différentes formes qu'ils prenaient plaisir à investiguer et nourrir constamment. Les Nobles n'échappaient pas à la règle. Il ne faisait pas partie de ceux qui pouvaient se permettre de lâcher constamment la bride. Sa force à lui, inculquée par sa noblesse, était de pouvoir jouer sur deux fronts, à la fois offert par le langage et le contrôle, mais le deuxième offrant brutalité, cruauté et violence. Guerrier d'abord, commandant ensuite, homme pour terminer. Ces deux fronts s'imposaient encore davantage en lui depuis la trahison de sa jumelle qui l'avait contraint à passer de l'un à l'autre plus rapidement qu'il ne l'avait encore jamais fait avant et désormais il ne pouvait ignorer le désir ardent que ces deux pôles prodiguaient en lui.

Ses yeux dardés sur le corps svelte de la jeune femme, il ne pouvait se retenir de le regarder se mouvoir lentement et sensuellement. Bien sûr, le regard et le sourire offerts quelques instants plus tôt ne lui avaient pas échappés mais les siens qui n'arrivaient que rarement à quitter son faciès désormais montraient paisiblement qu'une avidité partagée s'était insinuée en lui. Pourquoi retenir ce qui était évident. En cet instant, il était bien plus complice de cette Uller qu'il ne l'avait été avec une femme, d'égal à égal, il n'y avait pas de jeux de tendresse dont il n'était que rarement partisan excepté avec sa fratrie, et encore pas entièrement. Jouant les hôtesses comme il lui avait gentiment suggéré, elle l'accompagnait ainsi dans les couloirs et escaliers pour le mener dans ses appartements provisoires. La familiarité du lieu l'empruntait d'un plaisir évident à séjourner dans cette forteresse. Sa pierre et ce sable, autant que son caractère abrupte et solide, la décoration perçante et imposante emprunte d'austérité, tout ceci lui rappelait Rennifer autant que ses principes et cette maison lui inspirait tous les principes guerriers dont un Dornien devait se prévaloir. D'une porte suivit d'un escalier âpre ainsi que d'une seconde les amenèrent finalement dans le couloir souhaité qu'il reconnaissait sans difficulté et qui lui remémorait que le but était presque atteint. Le timbre de voix de la jeune femme s'éleva quand elle répondit à la question posé plus tôt concernant son apprentissage à la chasse et ses débuts. Effectivement, il avait su viser juste puisqu'en se basant sur le caractère il avait largement évalué qu'elle devait lui ressembler bien davantage que la différence de sexe devait suggérer. Ainsi avait-elle débuté environ en même temps qu'elle, laissant ses besoins guerriers faire surface sans chercher à les brimer. Les quelques dommages collatéraux dont elle parlait ne l'étonnèrent guère. Aussi contrôlée qu'elle paraissait actuellement, la jeunesse n'y était pas conjointe et la fougue ardente que les jeunes années faisaient naître ne pouvaient être réprimées par de simples paroles. Le partage donc de cette information ne le choqua point mais le fit davantage partager l'amusement de la scène. La suite ne fut point une surprise non plus. Il avait réalisé ce parcours désertique et avait été considéré comme n'importe quel homme du périple malgré son âge et son rang. La reconnaissance de cette capacité à considérer tout le monde comme égal était évidente pour lui envers son aîné dont l'affection s'était jointe au respect. La considérer comme un compagnon de route comme un autre était le meilleur apprentissage qu'il pouvait lui offrir et il était même omniprésent dans son esprit que ce père avait souhaité évaluer et tester sa fille, peu importe ce qu'il en aurait découler. Les choix se devaient d'être toujours assumés surtout quand les risques avaient été annoncés et non cachés. Rennifer ne s'encombrait pas de compassion ni de pitié. Il était la roche endurcie sur laquelle on se fracassait si l'on manquait d'aplomb et de persévérance.

"Comme il m'en a offertes de belles également. Mais avec le temps, il est possible de lui en retourner."

Fierté que de pouvoir s'observer tenir tête à l'aîné dont l'expérience et la force jumelée laissaient peu de place à l'inattention. Retenir ses coups auraient été irrespectueux. La nostalgie des combats déjà si souvent entamés entre ces deux dorniens s'évanouit à l'approche d'une porte connue qui se retrouva ouverte pour permettre son passage et par conséquent son entrée. Observant cette chambre qui n'avait point changée depuis son dernier passage, il vint comme à son habitude poser ses lances sur la commode qui se tenait non loin et dont il s'approcha à pas mesurés, se laissant ainsi deux mains libres pour se déposséder du reste de son attirail guerrier. Anissa ne l'avait point abandonné et elle semblait perdue dans ses pensées tandis qu'il s'attelait à défaire les sangles retenant en dernier son arc et son carquois. Une fois fait, les derniers vestiges guerriers également déposés, tout comme le baluchon qui comprenait quelques affaires de toilettes dont il s'était rapidement fournis se sachant provisoirement en dehors de sa demeure, il ne portait plus que l'ensemble ajusté aux manches retroussées ainsi que le dernier attirail protecteur qui ornait son épaule où son rapace pouvait également se poser lors de leurs chevauchée. Le tissu défenseur des agressions sableuses avait également quitté son cou découvrant davantage de peau halée mais pâle comparée à celle de la jeune femme confrontée aux torrides agressions solaires. Une question pour le moins étonnante vint briser le silence instaurée depuis qu'il s'affairait à ranger ses biens personnels. Un regard en biais vers la demoiselle lui permit de juger de la sincérité de la question. La chasse avait-elle ouvert son appétit et l'impatiente atteint son apogée ? Toujours est-il qu'il pouvait palper dans cette question l'envie cruelle qui se décelait de tels propos. Question néanmoins intéressante qu'était le choix de la proie privilégiée. Les rocheuses offraient différentes perspectives que le sable et ses habitants. Aussi la chasse n'était pas actes réguliers qu'il réalisait comme pouvait le faire la Dornienne à ses côtés. Mais pour avoir déjà traversé le sable, il en connaissait les dangers et pouvait s'appliquer à offrir une réponse qui s'apparenterait bien mieux au contexte sableux. Mais avant que cela ne lui fut permis, une nouvelle question occupa ses pensées. Comment aimait-il tuer? Un sourire légèrement plus cruel pouvait se dessiner sur ses lippes qui déjà régulièrement étirées pouvaient trouver question plus intéressante encore dans cette dernière. La jeune femme quittant désormais l'encadrement de la porte, elle esquissa un geste d'approche emprunt de sensualité mais adjoint d'un feu ardent non dissimulé. La regardant un instant, laissant ces derniers propos clôturer sa diatribe, il s'avança à son tour pour retrouver une proximité acquise quelques temps plus tôt. Elle avait attisé ses sens animaux et l'envie de ne faire qu'une bouchée de cette demoiselle si affamée ne lui avait guère échappée. Mais ces longues années lui avaient instauré une maîtrise qui pouvait paraître bien plus effrayante qu'elle n'était que partiellement contenue. Saisissant ainsi les cheveux de la Dornienne dont ses doigts s'entremêlèrent avec les filaments sombres, il plongea sans retenue son océan flamboyant dans la sensualité pratiquement ouvertement formulée. C'était le premier contact direct qu'il s'octroyait avec elle mais elle brûlait de le pousser à bout et partiellement il se languissait de lui répondre.

"D'une flèche bien placée. Peut-être dans la tête pour peu que l'on aime viser. " Sa main insérée dans ses mèches laissa le pouce pointer le front ainsi découvert. Laissant glisser ensuite sa main vers le cou qu'il enserra dans une strangulation débutante il continua sa diatribe "D'une main brute pour sentir la mort lentement instaurée par ses soins et s'échapper des palpitations d'horreur qui court sous les doigts après un combat rudement mené." Au fur et à mesure sa voix perdait en sonorité mais non en intensité et relâchant la pression qui s'était montrée croissante, il laissa sa main se frayer un chemin vers l'endroit du coeur où une rondeur féminine avait également sa place et l'enserrant également avec ferveur il susurra "Ou enfin d'une lance aiguisée qui viendrait transpercer le coeur et s'y engouffrer dans le seul but de tenter de l'arracher une fois l'arme récupérée." Son regard intense et enflammé plongeait dans la mer des iris jumelles.

L'atmosphère était chargée de deux envies qui s'étaient tournées autour cherchant le moment opportun pour céder. Peur ? Ce n'était pas un sentiment présent à l'instant. L'excitation et le désir étaient bien plus avenant et exprimés. Mais malgré toute l'ardeur et la brutalité que ces gestes suggéraient, il s'écarta et sourit en coin retrouvant presque une neutralité qui s'apparenterait à un désintérêt spontané. Il n'en était évidement rien d'autres que le comportement habituel qu'il pouvait avoir. Il avait néanmoins franchi la frontière de la proximité ardente et intrusive qu'il avait engendré avec la jeune femme. Mais il était temps de reprendre des propos sur le reste du sujet qu'il n'avait pas encore abordé. Jouer entre l'expression d'un désir et la frustration de ne point y succomber était savoureux et il aimait s'y brûler constamment, rendant la finalité bien plus intense qu'une fin trop rapide. Il est vrai qu'elle avait souhaité observer comment il jouissait de la mort, voilà qui était fait. Peut-être un brin plus osé que de simples paroles, plus brutes qu'une main noble, mais elle l'avait voulu et il sentait qu'elle ne pourrait qu'apprécier. Mais ne laissant rien au hasard, il se devait de converser sur le reste du questionnement de son interlocutrice.

"Dans le désert, peu importe la proie je m'y accommode. Je n'ai pas de préférence, j'aime simplement la difficulté." il la pénétra de nouveau de son regard céleste et il ajouta "Rien ne vaut la souffrance d'un semblable."

Bien évidemment, ce qui tentait ses sens guerriers, son ardeur belliqueuse, ce qu'il préférait transpercer de sa lance ou de sa flèche, n'était rien d'autre qu'un corps humain dont le sang était plus abondant, les cris perceptibles, et la déchirure corporelle visible. Les iris ennemies qui suppliaient d'un regard ne donnaient qu'une envie : continuer à faire souffrir. Seul la fierté de mourir en guerrier, le salut d'un repos mérité, compréhensible dans un regard dardé, ne pouvait qu'offrir un abrégé des souffrances qu'il aimait octroyer. D'un sourire en coin de nouveau tracé sur son faciès, il expliquait par ces quelques mots également que toute attaque qu'elle tenterait de lui infliger aurait la réponse qui lui est due et qu'il ne pourra guère retenir. Bien sûr, leur désir miroir l'un de l'autre était brutal et ne pourrait se réaliser sans heurts. Croire que douceur serait allouée exposerait naïveté et crédulité, deux termes peu enclin à le caractériser. La curiosité le titillait intensément de savoir quelles étaient les capacités dissimulées par un corps aussi sensuel et animal. S'appuyant à son tour, les bras croisés, ses iris ne s'étant échappées de l'étreinte jumelle, il scruta de nouveau son corps sans en perdre une miette. Il sentait encore le cou ferme et doux, les palpitations qui le traversaient et qui s'étaient imprégnées dans sa main. Sa forme généreuse n'avait point été oblitérée de son esprit également mais le reste, encore peu testé, restait une curiosité à vouloir dévorer.

"Et toi ? Montre moi comment tu offres la mort à tes proies. A deux reprises tu insinuais que la peur devait me rencontrer. Il s'avère qu'elle est très loin d'être là. Serais-ce vantardise ?"

Il la sentait fougueuse, provocatrice mais tout aussi imprégnée de répartie, il sentait qu'elle ne resterait pas docile à cette attaque forcée. Il souhaitait la voir agir, le temps était révolu des palpitations éloignées. L'atmosphère pesante de convoitise ardente devenait écrasante. Il était désarmé, seule le naturel viendrait répondre aux accès assassins de la jeune demoiselle. Il avait hâte de s'y engouffrer...
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Message Sam 11 Aoû 2012 - 20:18

Le rouge du sang qu'elle désirait, elle le retrouvait au cœur de l'arc tendu que dessinaient les lèvres du Forrest alors qu'il étirait un sourire cruel à son interrogation inquisitrice. Si la réplique de Daärim concernant les balafres échangées avec son père n'avait que confirmé ce qu'elle entrevoyait de la réelle valeur martiale de son vis à vis, ce rictus qu'il arborait, lui, en disait bien plus long. C'était le miroir presque parfait de l'envie vicieuse insinuée qui était la véritable teneur de sa question : était-il un homme commun déguisé en noble, ou un vrai prédateur déguisé en humain ? Préférait-il travestir ses instincts et les dompter, les abrutir, les habiller pour leur donner de beaux noms édentés qui n'effraieraient pas les pleutres, ou savait-il écouter le chant pur et primaire des pulsions que le désert clamait dans le murmure de son vent cinglant et dans le bruissement de son sable ? Il s'approchait. Il leva la main pour glisser les doigts dans les cheveux d'Anissa, encore noués de quelques grains rêches, mais à la douceur huileuse surprenante. Les regards rivés l'un à l'autre, les souffles mêlés, ils étaient bien trop proches pour ne pas se mettre en danger. L'esprit de la Vipère se recroquevilla, ne se préoccupant plus que de l'instant, des failles à saisir, des hésitations à exploiter, exactement comme lorsqu'elle était en pleine traque, si proche de sa proie qu'elle l'entendait respirer. N'était-ce pas le cas ? Elle entrouvrit les lèvres sans y penser, tandis que le contact du Forrest imprimait sur sa peau un chemin aussi brûlant que les eaux des iris dans lesquels elle était plongée. Des idées la traversèrent, vives et fugaces : mordre cette main, griffer ce visage, embrasser ces lèvres, ou plutôt peut-être frapper ce cou découvert, attaquer ce flanc à portée, tant qu'il était distrait et la main occupée. Elle ne fit rien, curieuse, avide, mais pas captivée. Elle était bien trop fébrile pour ne pas le scruter, détaillant le moindre de ses mouvements, l'infime frémissement de ses expressions. Il parla de nouveau, cheminant sur sa peau pour illustrer son propos. La respiration d'Anissa était aussi basse et ample que possible, trahissant sa concentration extrême et son habitude de la tension à la fois. La main de Daärim n'y changea d'abord rien lorsqu'elle se referma. Les battements vitaux, sous ses doigts, étaient vigoureux et lents, la force qu'il imprimait à sa poigne suspendit son souffle, mais n'altéra pas le rythme. Son regard voulait transpercer le sien et, assombri qu'il était par le désir de chair, il en avait la puissance. Elle tendit la gorge alors qu'il descendait d'un ton et d'une audace, chuchotant presque sa dernière confession de meurtrier en enserrant le sein sous lequel sa vie pulsait. Elle ferma les lèvres. Il recula.

Retrouvant cette même neutralité dont il s'était déjà drapé après l'avoir approché alors qu'ils échangeaient leurs premières passes d'armes verbales à l'entrée de la forteresse, il instillait un froid qui ne glaçait rien, ne faisant, au contraire, qu'attiser des braises qui déjà rougeoyaient dans ses entrailles – et, elle le devinait, celles du Forrest également. C'était comme se jouer d'une proie qu'on savait déjà morte, bien qu'encore vive. Elle savait où ils finiraient par venir, quels chemins effarouchant les morales pudiques ils suivraient – un aveugle aurait pu s'en rendre compte. La Vipère découvrait là une façon nouvelle de savourer la chasse et son accomplissement. Le corps comme l'esprit n'avaient pas qu'un seul appétit à combler et elle vivait cette faim-là avec la fraîcheur unique des premières fois. Bien sûr, elle avait déjà expérimenté quelques émois féconds, mais jamais aussi fort – jamais envers quelqu'un de présent, là, face à elle. D'accessible. De vivant. Ses yeux ne se détachaient plus de la ligne entre ces prunelles d'océan et cette gorge dessinée sous sa mâchoire anguleuse. Elle joua de sa langue sur ses dents, la passa sur ses lèvres, sans s'en cacher – sans même vraiment s'en apercevoir à dire vrai. Daärim lâcha qu'il n'avait pas de préférence pour la proie, tant qu'elle était coriace, avant de préciser : il aimait tuer, mais il aimait surtout être un meurtrier. Comme elle pouvait comprendre. Comme il était délicieux de voir dans des yeux humains l'éclat fugace et précieux de l'âme qui s'échappait, comme il était vibrant, exaltant de sentir sous sa main l'ultime frémissement d'une vie qui s'échappait et qui le comprenait. Aucune bête n'avait un regard aussi profond à cet instant, aucun fauve, même féroce, même indomptable, ne lui avait jamais montré cette volonté de vivre à l'instant fatal, ce qui faisait toute la beauté de sa brisure. Pour la Vipère, ce plaisir intense était – de son point de vue, ce qui était loin d'être une référence en terme d'objectivité – dépourvu de sadisme : il était sacré. Elle révérait le désert avec chaque trait qu'elle tirait sur l'existence d'un ennemi. Croisant les bras, la posture presque nonchalante, celui qu'elle commençait à considérer non plus comme un égal, mais comme un semblable, lui renvoya ses interrogations avec ce mordant délectable dont sa voix ne se dépareillait pas. Ce n'était plus un défi, cette fois, c'était une ouverture. Elle ne pouvait pas rester sans réaction, ni se contenir encore vraiment. Il fallait qu'elle attaque, quand bien même elle était encore tout à fait novice dans la lutte ancestrale entre un homme et une femme. Elle n'avait jamais fui un combat. Elle inspira profondément et, après alors passé le dos de son pouce le long de ses lèvres pour en essuyer l'envie moite qui y était montée, elle porta la main à son arc et à l'attaque de son carquois. Le lien de cuir glissa, tombant dans sa dextre, de sa senestre, posant son fidèle compagnon de tuerie, elle le fit lentement tourner entre ses doigts, pensive, la voix légèrement voilée.
    « Vantardise ? Non. C'est un fait. Les hommes ont peur de moi, Daärim. »

Elle releva ses yeux, qui avaient suivi la lente volte de son arme. Plongeant ses iris de flammes dans les océans limpides de l'homme qui partageait l'air brûlant de la pièce avec elle, elle reposa son arc contre la porte, le laissant glisser hors de ses doigts et frapper la poignée. La déclaration était on ne peut plus sincère : aucun villageois ne voulait l'approcher. Ce qu'elle avait fait subir à ses prétendants était devenu légendaire et, malgré la relative fraîcheur des faits, la réputation déjà ancrée des Uller en avait exacerbé l'horreur. Pour une poignée d'enfants, elle incarnait un parfait croquemitaine. Certains erres à l'imagination vite affolée pouvaient jurer qu'ils avaient vu eux-mêmes Anissa rôder près des habitations et qu'à chaque fois qu'elle s'en venait, on dénombrait un habitant de moins et quelques os de plus. C'était très exagéré, la plupart des villageois ne prétaient pas foi à ces racontars, mais ils marquaient toutefois les esprits et les dos se voûtaient lorsque passait la vipère, presque autant que devant Rennifer. Déposant le carquois au sol ensuite avec un bruit mat, elle lâcha un peu sèchement la lanière, faisant un pas vers lui tout en étirant ses bras en arrière.
    « Tu sais ce qu'ils disent sur les Uller. Est-ce que tu sais ce qu'ils disent sur moi ? Que ceux qui m'approchent, je les dévore. Que je porte des morceaux d'eux en trophée. Est-ce que tu crois que c'est vrai ? »

Un grondement roulant conclut sa diatribe, un nouveau pas l'amena à portée de contact. Décrivant la ligne de son épaule du regard, elle leva la main à son tour, toutefois, sans le toucher. Elle frôlait le tissu, le froissant aux plis les plus prononcés, griffait très légèrement le cuir là où il le serrait encore, sans appuyer. Aussi proches à nouveau, elle emplissait ses poumons du parfum encore faible de cette peau masculine qu'elle commençait à savoir saisir dans les torrents de chaleur et de poussière, par delà les odeurs de la paille et du bois. Ses propres désirs pétillaient devant ses yeux, brouillaient sa conscience, mais le mélange et la confusion avaient une saveur inimitable qu'elle voulait disséquer. Continuant à très lentement décrire ses contours, elle confessa d'une voix faible, qui couvait un feu qu'on entendrait presque crépiter, sur un timbre paraissant un rien plus clair, alors qu'elle poursuivait, sans décrocher un instant son regard du sien.
    « Je n'offre pas la mort. Je prends la vie. Je n'ai pas de façon favorite de le faire. Je décide sur l'instant comment je vais tuer. La traque m'inspire. J'aime qu'elle soit longue. J'aime sentir ma proie s'épuiser. J'aime voir quand elle croit s'échapper. Je savoure... Quand je vois dans ses yeux qu'elle a compris qu'elle va mourir, que c'est moi qui vais la tuer. Elle ne sait pas quand, elle ne sait pas comment. Moi non plus. C'est juste que je n'ai pas encore décidé. »

Elle lâcha un très bref soupir rieur, empli de sensualité, tandis qu'elle repassait sur sa langue les saveur innombrables des fils de vies arrachés à leurs trames. Rien n'était aussi doux et aussi intense, pourtant, elle découvrait avec lui, en filigrane, la promesse d'autres extases. Alors qu'elle décrochait enfin ses yeux des siens pour incliner la tête et approcher ses lèvres de l'oreille de Daärim, elle confia tout bas, très bas, dans un murmure onctueux.
    « J'adore goûter leur sang quand ils sont encore tout juste vivants... »

Très vivement, très soudainement, elle lui agrippa la nuque, main avide, ongles acérés, mais sans les planter. Ils étaient là, en menaçante caresse, entre la douleur et la suavité. Frôlant la peau si accessible et si découverte de sa gorge avec ses lèvres, elle inspirait l'air entre ses dents, s'enivrant de son odeur, cherchant à la décrire, à la comprendre, à la mémoriser. Elle appuya sur le coin de la mâchoire du Forrest une ombre de baiser, alors que dans un mouvement coulé, elle se plaquait contre lui, une jambe entre les siennes, son autre main s'apposant à son côté. Remontant lentement une cuisse contre la sienne, geste caressant inspiré par l'instinct et dépourvu de toute manœuvre calculée, elle remonta sa main jusqu'à la joue de son semblable, laissant ses ongles l'aiguillonner au passage. Son visage dans sa main, elle le fit pivoter vers le sien qu'elle avait redressé.
    « J'ai... »

Entama-t-elle, avant de mordre sa propre lèvre, son expression se vidant subitement de toute aménité pour dévoiler une férocité singulière. Cambrant l'échine, rampant contre lui d'une façon sensiblement proche du reptile dont on la surnommait, ses formes, plus prononcées qu'on eut pu croire et d'ordinaire dissimulées, se dénonçaient d'une façon encore floue, de par l'épaisseur des vêtements ; mais les rondeurs et les angles de son corps maigre et nerveux s'esquissaient dans cette étreinte sans pudeur ni faux semblant. Anissa frôla la commissure de la bouche de cet homme qu'elle désirait brutalement, d'abord de la sienne, puis d'un fugace mouvement de langue, avant de terminer.
    « Très envie de te faire saigner. »

Loin de l'embrasser, elle le mordit alors, d'une façon brève mais forte, fendant sa lèvre superficiellement. Et, avec un grondement sauvage, à moins qu'il ne la retienne, elle s'écarta soudainement. Non pas qu'elle n'avait plus envie, bien au contraire, non pas qu'elle ne voulait plus le goûter, elle obéissait davantage à une pulsion qui lui commandait d'être chassée tout autant qu'elle le traquait. Il fallait qu'ils se battent, qu'ils se frappent, qu'ils se déchirent, les approches et les refus s'ancraient dans cette danse terrible. Attendrait-elle le soir pour assouvir l'appétit sournois qui hurlait en ses entrailles ? Elle l'ignorait – de fait, elle ne se posait même pas la question. Ce qu'il y avait autour d'eux était comme ce qu'il y aurait dans l'heure d'après : flou, indéfini, sans importance. Ce qui était vital, ce qui était vrai, c'était eux et leur violence, le reste était devenu abstrait. L'once de la saveur ferreuse qu'elle avait au bout des dents était insuffisante, il lui en faudrait davantage – bien davantage – pour être apaisée. Au dehors, étrangement, tout était calme. Dans la demeure, rien ne bougeait ; les servants n'osaient pas même monter à l'étage. Quant au soleil, paisible et cruel, il flamboyait. La journée était loin d'être achevée.


Dernière édition par Anissa Uller le Jeu 23 Aoû 2012 - 4:21, édité 3 fois
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Message Jeu 16 Aoû 2012 - 18:59

Docile elle avait été dans les arrogances brutales qu'il avait manifestées. Il n'était pas emprunt d'un assaut fougueux, il aimait davantage encore la cruauté latente et les accès imprévisibles. Le comportement noble pour camoufler la tuerie interne et accessible. Le mensonge ne siégeait pas dans son comportement. Cruel et sans détour, deux traits de personnalité qu'on lui attribuait sans difficultés. Mais noble avait été son destin et son éducation et capable d'imposer son nom dans ses effluves verbales était une obligation, point fardeau mais fierté. La tension, le danger, l'aura meurtrière qui planaient dans ce lieu clos ne faisaient que croître, que s'imposer et cherchaient la faille où tout partirait sans plus aucune limite et frontière pour la décence. Tout deux formés à plus de maturité que leur compte d'années, adultes en proie à des sauvageries instinctives, se tournant autour tel un ballet assassin où les attaques menées pas à pas n'étaient que joueuses et maîtrisées, empruntes de désir ravivé, tentations dévoilées et dominantes. Elle avait introduit le menu, il avait entraîné l'entrée, il espérait un entremet savoureux afin de parvenir à combler le plat désiré. Le contexte était ravissant par son caractère fortuit. A peine quelques heures auparavant, il n'avait quémandé qu'une entrevue masculine avec un mentor depuis longtemps délaissé. Or désormais, il abordait un jeu sensuellement dangereux avec la progéniture du concerné. Damoiselle fraîchement rencontrée mais rapidement cernée. Une plainte concernant cette hospitalité inattendue n'était pas formulée et ne le serait guère avec le temps. Qui pouvait se valoir d'une telle rencontre ? L'émotion et les sensations qui s'insinuaient constamment en lui ne laissaient place à l'envie de fuite. Le sexe également d'Anissa n'était pas étranger à cette excitation. Sa bestialité n'avait d’échos que le combat des hommes et le maniement robuste des lames accoudées virilement l'une à l'autre dans un esprit de domination belliqueuse et guerrière. Les femmes dorniennes à l'esprit davantage combatif que les poupées fragiles des contrées nordiques étaient une fierté également de leur contrée, mais elles n'aspiraient pas toujours à leur instincts les plus profonds et se laissait dompter par des barrières qui limitaient leur champs d'action. C'était la différence avec la femme qui se trouvait devant lui. Ce n'était pas sa jeunesse qui agrémentait sa passion suave et cruelle, mais simplement sa personnalité. Rennifer était déjà un personnage charismatique au caractère robuste d'une roche inflexible et forte, alors qu'il était un dornien sableux. Leur entente avait été inéluctable et il ne s'étonnait guère que ces traits se soient succédés dans sa descendance qui cependant lui correspondait encore davantage car plus fiévreuse encore que son paternel. Rennifer avait cette sagesse qui le rendait respectueux et imposant, Anissa avait cette sensualité bestiale qui la rendait particulièrement attirante. Dans un même nom, il venait d'apporter satisfaction à deux versants de sa personnalité.

Il l'attendait. Provoquer n'était pas tellement une nuance de ce défilé d'attaques différentes. Ils ne cherchaient guère à se rabaisser, les provocations étaient davantage naturelles, soumises au besoin d'attirer l'autre, de briser les dernières limites déjà amoindries par l'envie mutuelle. Leurs iris n'avaient cesse de percer les jumelles. La tension constamment soutenue par un regard brûlant. La peau, la chaleur, les palpitations que ses doigts avaient découverts ne cessaient d'être encore ressentie ne faisant qu'attiser avidement ce qu'il enchaînait encore d'un fer fissuré et prêt à exploser. Un regard toujours fixé sur cette gazelle loin d'être domptée, il ne perdait aucun de ses gestes et aucune de ces expressions. Il ne cessait de voir son corps de mouvoir même de manière infime. Les formes tentatrices n'évoquaient qu'une envie tacite mais perçue et partagée. Des lèvres d'abord caressées, des doigts ensuite emmenés pour se défaire des éléments inutiles en cet instant présent. Ils n'étaient que deux animaux se faisant la cours, les armes n'étaient que superficialité. Leur brutalité ne viendrait guère d'apports matériels. Ils étaient bien plus dangereux que cela. Etre un homme de Dorne n'entraînait pas forcément de ressentir l'essence dornienne. La peur que cette jeune femme pouvait ameuter montrait à quel point la population faiblissait face à la brutalité. C'était bien en ça qu'il inspirait respect à son tour : sa férocité, sa brutalité dissimulées derrière des coutumes nobles et une éducation domptée. Et c'était bien en ça qu'elle lui apportait un intérêt différent des femmes rencontrées jusqu'à maintenant. Tout deux faisaient face au danger avec la même extase, et quel qu'il soit. L'observer ainsi prête à bondir, se préparant à attaquer entraînait chez lui des caprices contradictoires : attaquer encore pour la dominer, la laisser attaquer pour pouvoir attiser davantage sa convoitise. Il connaissait déjà la réponse à ce dilemme imposé principalement par pur besoin d'augmenter les ressentis que par réel carrefour de choix.

"Un fait malheureux. Tu es entouré d'hommes incapable de profiter des bienfaits dorniens."

Etait-ce un simple compliment qui traversait ses lèvres ? Ou alors davantage une critique de la peuplade qu'était la leur ? Que ce soit l'un ou l'autre, cela n'apportait guère de changement à sa vision des choses sur le moment présent. Sans avoir réalisé le moindre mouvement de son côté, il laissait la demoiselle se dépouiller et se dénuder des armes encore récemment attelé à son corps tandis que ses pas la menaient à restreindre la distance qu'il avait à nouveau instaurée. Attiser, frustrer... Deux ingrédients nécessaires à un plat enivrant. Lorsqu'ils seront tous deux à maturité, rien ni personne ne pourrait retenir ce qui, contenu, devait exploser. La réputation des Uller n'était plus à faire. Il savait ce qui était pensé, ce qui pouvait être murmuré ou encore ouvertement formulé. Mais jamais les détails des personnalités de ce patronyme n'avaient vraiment pu l'intéresser. Les principes de leur maison étaient partagés. Les partisans se prévalaient comme des dorniens pures souches, au même titre que lui, aux yeux du jeune noble. Mais malheureusement, le Prince avait des fidèles capable de renier leurs ancêtres et la nécessité de leur indépendance pour se mettre sous le joug de ce dernier. Mais dans l'immédiat, les propos lancés n'attisaient guère son appétence en mutinerie mais bien davantage ses besoins d'hommes soumis à une pulsion dominante.

"Je ne vois guère de trophées orner ton corps et pourtant je peux affirmer que mes iris n'ont eu cesse de le décortiquer."

Le décours que prenait leur conversation avait déjà dévoilé à maintes reprises une attitude directe qu'il ne cherchait point à dissimuler. Ses bras se décroisèrent quand la contiguïté de leurs corps se fit affinée, parallèle à celle qui s'était imposée quelques minutes auparavant. Ses iris célestes n'avait pas quitté son interlocutrice, son hôtesse particulière, et il l'observait parcourir son corps par son regard ou ses doigts qui à cet instant se montraient encore totalement sous contrôle. Le besoin de la saisir, de la dominer faisait rage alors qu'il se contentait avec simplicité d'une observation docile et apaisée. L'électricité qui entraînait un torrent bouillant de ses cellules se répandait sans vergogne dans son corps prêt à bondir sur sa proie autant que celle-ci se sentait attaquante également. Son regard brûlant observait les lèvres qui répondaient à la question adressée par sa personne, bercé par le crépitement d'un feu qui accompagnait une flamme interne absolument pas prête à s'éteindre. Les propos étaient extasiant, leur effet presque jouissif, l'imagination débordante. La traque... La traque était une imposante domination, une cruauté infinie pour la proie traquée, une recherche de prolongation à la souffrance d'autrui. Tout deux ne lâchaient pas leur proie, ils ne se sentaient libérés que quand le combat était gagné. La mort pouvait les emporter mais pour cela il lui faudrait être forte car leur vitalité n'avait d'ardeur que dans la difficulté. Le soupir qui suivit cette révélation était prompt à entraîner un frissonnement non pas de crainte, mais d'une excitation telle que son corps ne pouvait contenir autant de pression exaltée. Il partageait sa nostalgie de morts instaurés, de vies achevées, enchaînées simplement par le seul souhait d'avoir voulu les tuer. Sans chercher à dissimuler son regard perçant qui s'aventurait sur cette peau caramélisée, il laissa son phonème susurré de manière à peine audible poindre dans ses interstices auditifs et aussi violemment qu'il aurait voulu la maîtriser, une main enserra sa nuque laissant chatouiller sa peau d'ongles acérés. sa respiration anormalement ralentie suivait la courbure de la nuque jumelle, du cou à portée tandis que des lippes savoureuses glissaient sur sa peau davantage de miel. Ne pas succomber directement était un défi extravagant et difficile à conserver. Mais autant qu'elle avait succombé à sa première attaque il se laissait davantage submerger par la sienne avant de réitérer un assaut ardemment désiré. Son corps était venu fiévreusement épouser le sien, ses jambes s'insérer et frôler les siennes. Sa main, indépendante de sa volonté, s'était laissée glisser sur cette jambe mouvante le long de la sienne, enserrant finalement la cuisse ferme de sa main à la fois délicate et emprunte d'une virilité massive. Son regard quitta le corps pour replonger dans les iris sombres tandis que de sa poigne renfermant le haut de la jambe il maintenait ce corps sensuellement courtisant contre le sien alors qu'elle ne faisait qu'attiser ce désir déjà débordant. Il entrouvrit très légèrement les lèvres alors que la langue mutine caressait sa peau et il ne put s'empêcher d'étier un nouveau sourire avide quand elle formula des propos inhabituels mais totalement adaptés à la situation. La morsure qui suivit rendit son regard rempli d'une fièvre dévorante et alors que le goût du sang lentement se faisait sentir, il l'observa s'éloigner comme il l'avait également fait plus tôt.

Cependant, le désir c'était imprégné et la contenance trop ébranlée pour arriver à laisser l'espace de nouveau s'insinuer. Il brûlait littéralement de la dévorer autant qu'elle avait tenté de le faire et le sang ainsi dévoilé le rendait avide d'épanchement plus importants. Son pouce passa furtivement et négligemment sur sa lèvre sans même s'y attarder réellement et, se décalant du mur sur lequel son échine avait reposé ultérieurement, il attrapa sans aucune retenue le poignet encore flottant d'un corps en mouvance pour attirer le corps féminin à nouveau contre lui avant de le plaquer contre le mur avec férocité et convoitise non dissimulée, chaque poignet emprisonné dans un étau formé de ses mains. Un sourire presque carnassier s'était aventuré sur ses lippes dont l'une présentait toujours la meurtrissure fraîchement instaurée que sa langue vint lentement humidifier pour recueillir le sang qui de nouveau pointait légèrement le bout de son nez. Le regard flamboyant n'était nullement dissimulé sous une neutralité feinte. Il n'y avait aucun faux semblant, aucune pudeur et aucune tentative pour tenter d'enfouir l'exaltation démesurée qui avait envahi leurs corps et l'atmosphère environnante. Il ne tenait plus et la décence avait largement quitté ses priorités. Particulièrement amusé mais emprunt d'une tendance malsaine évidente, il ne put que susurrer dangereusement quelques mots pour exposer sa vision des choses.

"Tu as fait couler mon sang, tu t'es aventurée sur un terrain sur lequel j'excelle, il va falloir payer le prix..."

Les derniers mots s'étaient échappés dans un murmure davantage avide encore que les premiers. Et sans attendre davantage il s'empara des lèvres jumelles en un baiser emprunt d'agressivité charnelle, d'avidité, de passion cruelle et de saveur ferrique. Ce n'était pas de ces baisers de princesse, offert par amour et délicatesse, ornée de douceur et de fragilité. Le baiser se montrait mu par l'envie presque insérée de dévorer l'autre, d'instaurer une domination évidente. L'avoir déjà emprisonnée était une manoeuvre ouverte de domination masculine sur cette demoiselle. Elle l'avait poussé au delà de ses retranchements personnels, il comptait bien jouer ce jeu ardent dans lequel ils s'étaient mutuellement relancés. Cette passion dévorante que sa soeur avait laissé échappé en le trahissant et qu'il ne pouvait assouvir totalement. Il venait de rencontrer une partenaire complice de sa cruauté dans une relation différente de la tolérance guerrière. Mais maintenir ainsi ses articulations ne lui satisfaisaient guère assez. Le besoin qui l'envahissait se faisait plus ample et plus évident encore. Relâchant un poignet il vint enserrer à nouveau le cou si fragile et frêle dans une étreinte robuste. Le désir de la jeune femme de voir son sang était évident, mais le sien était principalement de lui faire mal. La finalité restait commune aux deux protagonistes, la manière de procéder était simplement différente. A son tour, il détourna son regard pour venir susurrer de nouveaux mots au creux de son oreille.

"Les Forrest aussi ont une réputation. Leur fils en a une propre également... Tu dévores les hommes, moi je les punis. La cruauté est la même. As-tu peur ? "Sa main n'avait guère relâché son étreinte ne permettant pas une respiration aisée. Les palpitations sous ses doigts accroissaient ouvertement cette ferveur dorénavant entièrement libérée. Il vint replonger son regard dans les iris jumelles et contre ses lèvres termina sa diatribe murmurée. "Ou alors tout comme moi brûles-tu de persévérer dans les profondeurs violentes que nous avons conquises ?"

Sans chercher à se cacher son regard quitta les prunelles marbrées pour venir dévorer le corps déjà maintes fois scruté. Sans supporter de patienter comme il l'avait déjà fait, il ne se contenta pas de simplement regarder. Libérant la seconde jointure endolorie d'une étreinte massive, il aventura sa main sous l'épaisse couche vestimentaire pour parcourir la chaleur corporelle et profiter des formes dissimulée. Il n'y avait pas de douceur dans ses gestes. Sa main était enfiévrée, sa brutalité palpable quand il enserrait les formes généreuses parsemées de frissons réciproques. Il voulait quelque chose, il sentait le besoin d'agressivité et resserrant davantage la gorge il darda la dornienne d'un regard perçant.

"Lâche toi."

Ce qu'il voulait devait avoir lieu. Ils ne pouvaient attendre, mais il avait besoin qu'elle laisse pointer clairement sa cruauté pour que l'échange s'enfonce davantage dans la bestialité. Il avait hâte que ça déborde.... Il se sentait brûler avidement et il fallait que ça s'apaise d'une façon ou d'une autre.
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Message Sam 25 Aoû 2012 - 20:59

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Message Jeu 30 Aoû 2012 - 16:07



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Message Mer 31 Oct 2012 - 21:05



Elle avait le cœur battant comme après une chasse et le corps fourbu comme après une guerre. Au milieu d'un chaos tacheté de gouttes vermeilles de draps, de vêtements, d'effets qu'elle ne parvenait pas parfaitement à distinguer – et quelle importance, vraiment – Anissa s'étira, reprenant conscience d'un instant particulier. La chambre était lourde de toutes les odeurs des deux corps qui s'étaient entrechoqués, témoins invisibles mais presque bruyants de la scène qui venait de se dérouler. En entrant, nul n'aurait pu être dupe de ce dont cet endroit avait été le théâtre ; soit on avait tué un homme, soit on s'était uni – et d'une bien sauvage façon. « Lady » Uller avait les perceptions un rien floues, elle s'était peut-être assoupie sans trop s'en rendre compte, ou bien Daärim avait-il fini par la frapper à la tête, c'était possible. Elle porta la main à son crâne, trouva quelques caillots de sang qui engluaient des mèches de ses cheveux, ça et là, mais pas de plaie saillante. Elle passa la main sur son visage, trouva ses lèvres gonflées d'avoir été mordues, encore nimbées d'une hémoglobine qui n'était pas que la sienne et qui, du reste, l'avait éclaboussée. Le Forrest était encore là, étendu, elle le frôla d'un revers de main après s'être assise. Toute son échine criait, son dos devait être marbré d'égratignures, elle se retourna un instant. Le sol était bel et bien tâché. Passant le bout de ses doigts sur son épaule, afin de tâter l'ampleur et la profondeur des dégâts, elle redonna un petit coup de griffe sur l'épaule de son adversaire allongé, à la fois pour lui signifier qu'elle remuait encore, et pour vérifier, quelque part, que lui même en était encore capable. Ni l'un ni l'autre n'avait été délicat et, dans la fièvre des derniers moments, ils auraient pu aller trop loin. Contemplant l'épaule de Daärim et surtout la large et criante trace de morsure qu'elle arborait, laquelle était auréolée de sang qui commençait à sécher, Anissa sourit, lapant ses lèvres pour se rappeler du goût de son amant. Ils étaient déjà allés bien au delà de la plupart des gens.

Peu portée vers les débordements d'affection et n'en ressentant nullement le moindre besoin, elle se releva en deux fois, nouée de courbatures et percluse d'ecchymoses. La lumière tombant de la minuscule fenêtre indiquait que le jour agonisait, qu'il serait bientôt temps de chasser ; ça tombait bien, elle crevait d'envie de tuer. Et elle avait un peu faim. Remuant une jambe, puis l'autre, curieuse de son propre corps encore étourdi par cet apprentissage viscéral mais singulier, elle chercha d'un œil vague mais rapide ses effets, retrouva rapidement son arc, encore miraculeusement debout, posé près de la porte et accompagné de son carquois, lui seulement glissé à terre. Elle enjamba un paquet de draps et ce qu'elle devinait être un restant de chemise pour les atteindre, avant de se retourner, et de chercher auprès du lit défait, dont la paille était maintenant apparente, au moins de quoi couvrir son derrière avant d'aller gambader dans la forteresse pour quérir d'autres affaires – elle ne se faisait pas d'illusions. Sa tenue d'aujourd'hui devra être cousue avant d'être utile à autre chose que des chiffons dans le désert. Elle excava les contours et les couleurs de son pantalon riveté de cuivre, il était encore à peu près intact, si ce n'était que la ceinture et une cheville était étirées et lâches, sans compter les très suspectes taches qui le constellait. Sans façon, elle le passa vivement, constatant à le mettre le sang mêlé de semence signant l'acte, qui avait laissé des traînées entre ses jambes. Elle ne prit pas la peine d'essuyer. Bouclant rapidement ce qui tenait encore son vêtement à ses hanches, elle se pencha pour prendre un restant de chemise, l'avisa, le laissa choir de nouveau, haussant une épaule avant de prendre ses armes et de se les assujettir. Le simple contact de la hampe froide et de la corde plus délicate à ses doigts que celle d'une harpe lui rappela les effusions dont elle avait fait son quotidien et sa richesse, l'apaisant soudainement, délassant ses épaules. Oui, la chasse promise était une excellente idée. Elle laverait dans la mort les derniers brouillons de doute et les rémanences de crispations, reliefs d'une virginité qui ne lui appartenait que par défaut et qui ne lui convenait pas. Une Vipère n'est jamais pure, et ce dans quelque imaginaire que ce soit. Anissa lâcha vers l'homme à terre.
    « Je vais chercher de quoi partir ce soir, comme j'avais dit. Je crois que mon plastron n'est plus bon à rien. Si je ne t'ai pas trop épuisé... Elle grimaça un sourire aussi ironique que joueur, avec une teinte nouvelle de complicité ou de menace sensuelle. Tu peux toujours venir. »

Elle frôla les contours de la porte, cherchant en arrière son loquet, avant de murmurer.
    « Je veux te voir tuer. Elle accentua son sourire, avant d'ajouter d'une voix plus forte, plus posée. Tu peux te faire monter de l'eau. Au moins pour te... Débarbouiller. »

La porte, ensuite, claqua.

L'air lui parut frais et elle en plissa le nez, humant la poussière rendue lourde par le soleil cuisant, s'étonnant de lui trouver de la légèreté. La poitrine seulement couverte par la lanière de son arc et quelques rares mèches assez longues pour en frôler la rondeur, les marques sur son corps étaient plus que clairement exposées. Pour l'heure, personne ne se tenait dans le couloir, aussi prit-elle naturellement la direction de sa propre chambrée. Ce n'était qu'à quelques pas, instant de marche qu'elle mit à profiter pour dégager sa nuque d'un ample mouvement de bras et brosser quelques pensées. Ce n'était pas l'acte en lui-même qui la laissait très légèrement tendue, mais sa propre réaction, comme une tension interne, un besoin non assouvi, ou une interrogation muette qu'elle-même ne comprenait pas. Anissa n'avait jamais été une femme de dilemmes, pas plus qu'elle n'avait cultivé de faux-semblants par rapport à elle-même. Elle s'assumait parfaitement, n'avait aucune crispation de morale à agir comme elle l'avait toujours fait, ne craignait jamais les reproches d'autrui – et, quelque part, nager dans le mépris de la plupart de ses contemporains l'assurait de voguer dans les belles eaux de la Rivière-Mère. Dorne n'avait jamais eu une culture très prude et on n'aurait jamais reproché à une roturière d'avoir cédé à l'appel de la chair, tout comme elle ne craignait pas le jugement des siens quant à l'avoir écouté – quoique Luan était parfois étrange à ces évocations. La politique était ce qu'elle était, c'est à dire un sujet qu'elle ne faisait, pour le moment, qu'effleurer. Non, ce qui la perturbait, c'était une idée plus profondément ancrée, quelque chose qui ne lui avait pas été inculqué par les rites ou des idées venues des domaines mous et fétides alentours. Bah ! Elle finirait par comprendre cette petite accroche ou s'en laver, et tout rentrerait dans l'ordre. Tant qu'elle ne pondait pas un Sand. Ah, c'était peut-être ça qui brouillait ses entrailles : le spectre de l'infamante maternité. Elle claqua la langue en parvenant à sa chambre. Si elle était grosse de Daärim, elle noierait le petit dans la Soufre et son père n'aurait pas à enseigner quoique ce fut à un bâtard de sa lignée. Peu lui importait qu'on ne lui en souligne pas de reproches, elle savait que ça déplairait à ses géniteurs. Et il fallait les respecter. Un Sand ne serait jamais un Uller, pas même de moitié.

Lorsqu'elle poussa l'huis de son antre, la Vipère se figea. Dans le nid du serpent, une truie s'était invitée. Spontanément, Anissa porta la main à son arme, Batilde Uller se leva. La femme ajusta les amples remplis de ses atours colorés autour de ses formes affirmées, entrouvrit les lèvres, mais la voix de la Vipère claqua en premier.
    « Qu'est-ce que tu viens graisser là ?
    _Je veux te parler,
    répliqua l'infortunée tante d'Anissa après un temps de latence, du à sa brutalité plus acérée que de coutume. Elle continua. De femme à femme, tu comprends ? Par la rivière, regarde-toi ! Est-ce que quelqu'un t'a vue ?
    _Je te parlerais comme à une femme quand tu en auras au moins la forme, tonneau. Dégage de là.
    _N'as-tu pas la moindre once de respect ? Pour une fois, écoute-moi, enfin ! Il faut cacher...
    _Dégage de là avant que je te troue la panse.
    Anissa fronça les sourcils et avança. Je ne plaisante pas.
    _Je, j'insiste,
    hésita la Dornienne sablée, commençant toutefois à quitter le rebord du lit de la fille de Rennifer pour la contourner.
    _Qu'est-ce que tu croyais pouvoir faire dans ma chambre ?
    _J'ai tout entendu,
    lâcha-t-elle d'une voix plus ferme. Je dois te parler. »

La Vipère crispa les doigts sur la corde de son arc et, avec ce qui lui parut une maladresse pathétique et un balancement grotesque de chairs, Batilde sortit. Elle claqua la porte derrière sa tante avec une force rare, tout à fait gonflée de colère. Sa rage se dissipa l'instant suivant, alors qu'elle alla ouvrir la fenêtre, se figurant que son antre se devait d'être purifié de l'air forcément gras et sucré qui rôdait aux alentours de Batilde. Elle inspira deux ou trois fois le parfum du sable et du roc exposés à l'ardeur du soleil, les yeux mi clos, avant de poser son arc contre son lit et de poser son front sur la pierre chaude et rugueuse qui constituait les murs nus de sa chambre. Après l'avoir gratté du bout des ongles, simplement pour faire la monnaie de son envie rémanente de taillader de ses mains mêmes quelque chose, elle s'en détacha, avant de faire face à sa commode, emplie de divers effets que les servants avaient renoncé à ordonner, préférant les abandonner à leur chaos sempiternel. Anissa avait une façon toute personnelle de ranger et d'user ce qui lui appartenait et c'était une sorte de mesquinerie remarquable qui la poussait à rendre l'agencement de son espace le plus cryptique possible pour tout un chacun. Bien que, jusqu'alors, très peu aient osé pousser la porte de sa chambre, et certainement pas des indésirables – elle glissa un regard à la porte comme si elle pouvait encore entrevoir et abattre sa tante – elle appréciait être la seule à pouvoir s'abriter dans son domaine réservé. C'était son nid à elle, même son propre père se devait de s'y sentir, quelque part, étranger. Il n'aurait tenu qu'à elle, elle aurait poussé le vice jusqu'à s'aménager une véritable cache au sein même du désert, mais si elle connaissait les dunes et leurs mouvances comme d'autres les vagues et leurs secrets, elle n'avait jamais trouvé un lieu assez remarquable pour prétendre remplacer la forteresse Uller dans ce qu'elle avait de rude et d'inexpugnable.

Entreprenant à tâtons une toilette sommaire – la Vipère n'avait comme miroir d'une petite chose à main que sa mère avait tenu à lui offrir et qu'elle n'avait pas jeté par respect, bien qu'elle ne l'utilisait qu'à des occasions particulièrement rares – elle rinça la plupart de ses plaies d'une huile au parfum assez neutre, dont elle avait l'usage quotidien, l'eau étant réservée à ses yeux pour la boire et non pour s'en oindre. Cette habitude lui assurait une odeur parfois étrange, mais une peau plus satinée que la moyenne, bien que ça ne lui importait que peu et que, pour l'heure, ça la piquait assez. Quelques grimaces succédaient à des rires spontanés, alors qu'elle se découvrait des marques nouvelles et se souvenait de leur origine précise. Elle n'aurait pas soupçonné que cet homme, qu'elle n'avait fait que croiser – et frapper d'une pierre – avant cette matinée se révélerait aussi... Particulier. Violent. Peut-être même un peu pervers – à ses yeux à elle, ça ne comptait pas forcément pour un défaut. En tous cas, il n'avait rien de rédhibitoire, et peut-être que... Non, chasser d'abord, manger ensuite ; elle distinguerait mieux ses propres envies une fois l'étourdissement tout à fait estompé. Il n'y avait rien que la mort d'un autre ne puisse guérir, fusse seulement une bête convenablement traquée. Elle secoua la tête, passa sa langue sur sa lèvre, s'étira avant de s'interrompre sur une pensée. Alors qu'elle commençait à songer à ce qu'elle pourrait bien trouver à tuer, elle songea naturellement à sa tante, et l'idée qu'elle était peut-être venue frapper à la porte du Forrest l'effleura, crispant ses mâchoires. Elle ferma sa fenêtre, caressa la pointe d'une flèche avant de jeter son carquois et ses effets sur son épaule, gardant une gourde prête à être emplie à la main, avant de retrouver le couloir. Elle prendrait l'eau au puits, comme à ses habitudes, préférant par une tournure renfrognée de caractère ne s'abreuver que de ce qu'elle avait extrait elle-même, quitte à devoir s'astreindre aux pénibles voyages jusqu'au village lors que l'astre du jour battait la rocaille nue qui constituait l'unique chemin vers la forteresse Uller. Elle scruta les environs, n'y trouvant pas de traces de la Truie, encore moins sa présence. Peut-être était-elle allée se plaindre en vain auprès de son fils et seigneur, lequel ne l'écoutait que pour la railler, ou peut-être était-elle venue parler à la mère de la Vipère, qui, si elle lui adressait moins de virulence, était plus froide envers elle qu'une bise tombée du Mur. En quelques enjambées, elle revint à l'huis scellant la chambre réservée aux invités, laquelle serait sans doute pénible à nettoyer, surtout si le sang prenait le temps de sécher. Son sol ressemblerait au témoin d'un massacre – le prochain Mestre qui voudrait s'en venir serait averti, pour le moins, peut-être même qu'il en partirait dans la journée. La Vipère, réjouie à ces pensées, poussa la porte et se glissa à l'intérieur.
    « Je suis affamée. »

Dit-elle seulement. C'était, pour elle, le signal d'un départ imminent. Elle noua la lanière de sa gourde vide à sa ceinture, dardant une œillade faussement distraite sur son amant, cherchant à voir s'il avait voulu dissimuler les marques qu'elle lui avait laissées et combien en avait-il d'encore visibles. A ses yeux, c'était presque des trophées. Elle leva ensuite ses prunelles ocre-feu sur les océans clairs de Daärim, voulant y cueillir ses impressions, deviner son comportement. Après tout, il pouvait revenir vivement à la chasse tout comme il pouvait se parer de la froideur qu'il lui avait parfois soufflée, avant de céder à leurs pulsions communes. Elle n'appréhendait pas un quelconque rejet, dont elle n'aurait eu pas grand chose à faire, n'ayant pas coutume des épanchements de tendresse, pas plus que des affections fulgurantes, bien qu'elle en serait possiblement déçue – non pas comme une jeune fille, mais comme une chasseresse qui verrait un défi unique s'enfuir. Il y avait des choses à explorer dans cette lutte qu'elle ne se voyait entreprendre avec personne d'autre que lui, parce qu'elle n'avait jamais croisé encore un homme qui lui réponde ainsi et dont la brutale sauvagerie lui convienne à ce point. Et puis, elle aimait le goût qu'il avait. Elle l'avait encore quelque part, là, entre les dents. Elle le regretterait, si elle ne pouvait plus le mordre pour le savourer. D'ailleurs, elle ne serait pas contre se le rappeler. S'approchant de lui à pas lents et sans le quitter du regard, la Vipère leva la main pour effleurer la lèvre fendue du Forrest dans un geste fugace et évocateur. Elle lapa ensuite le doigt qui l'avait touché, pour laisser son bras retomber contre sa hanche. Elle roula sa langue contre son palais, penchant la tête de côté et reprenant une de ses postures de pantin désarticulé ou de branche noueuse, ainsi qu'un sourire entre la menace et l'ombre d'une complicité approbatrice. Oiseaux de proie et reptiles rampants partageaient au moins leurs proies, quant à eux deux, elle commençait à deviner qu'il y aurait encore beaucoup de sang éclaboussé entre eux. Et sur eux.
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Message Mar 6 Nov 2012 - 0:58



Combien de temps s'était écoulé ? Ses perceptions étaient totalement biaisées pour pouvoir connaître la réponse. Ce point n'avait guère son importance dans la plénitude qu'il pouvait ressentir en cet instant. Les yeux clos, le souffle inégal, un corps meurtri bien au delà de tout ce qu'il avait subi de la part d'une femme, il n'investiguait pas dans le mouvement dans l'immédiat. Un besoin de ressentir pleinement cet apaisement émotionnel depuis longtemps dépassé et délaissé lui était salutaire. La compréhension totale de l'effet de l'échange ne lui était point encore parvenu. Estimant que l'acte sexuel en soi suffisait à l'apaiser, son jugement était biaisé. Néanmoins, réitérer cet échange lui paraissait plus que tentant. Mais dans l'immédiat, s'en remettre était une première étape nécessaire à la suite des événements. Ses paupières se relevèrent lentement alors qu'un mouvement à ses côtés annonça un changement de position de la part de sa partenaire. Observant petit à petit les différents éléments qui trônaient à leur côté suffisant seuls à expliquer le contexte de leur nudité et de leur état. Un contact discret mais présent sur sa peau abîmée l'incita à détourner les yeux pour observer la source de cette attention presque surprenante après l'intensité de violence qui fut instaurée dans leur échange. Bouger ne lui disait rien dans l'instant présent, les douleurs instituées refaisaient surface avec plus d'ardeur que lorsque son esprit s'évadait en se focalisant sur le plaisir ultime. Ainsi se mouvoir semblait être une épreuve qui demandait motivation et pour l'instant, son contentement se résumait à observer la jeune femme tout aussi meurtrie que lui-même qui était assise à ses côtés et profiter de la plénitude qui s'écoulait en lui. Un sourire légèrement étiré en coin se dessina à la griffure presque réaliser en douceur comparé au reste sur son épaule. Ses lippes s'étirèrent encore davantage en voyant la langue mutine profiter d'une essence virtuelle faisant référence aux précédentes sensations. L'échange lui revenait aisément en mémoire, les ressentis corporels lui laissant largement de souvenirs de ce moment passé aux côtés de la jeune femme. Ne souhaitant pour le moment pas réagir, il se contenta d'observer le corps debout pour se mouvant d'Anissa qui avait décidé de prendre sûrement congé pour l'instant. Suivant de ses prunelles bleutées la nudité offerte à son regard, recouverte de marques laissées par ses soins, il profita de la vue en laissant ses lèvres être étirées à sa convenance signifiant le ressenti que l'observation instaurait chez lui.

Après quelques instants, courbant l'échine pour entraîner un redressement, il prit la position assise, première étape à une acquisition de la stature debout. Une douleur fulgurante apporta une légère grimace sur son faciès alors que tournant celui-ci il prit connaissance des dégâts effectués sur son épaule dévorée. En garder une cicatrice ne lui étonnerait presque guère au vu de l'animal qui avait jeté son dévolu sur ce bout de chair. Néanmoins, délaissant son propre corps, ce point de vue lui permit de juger l'état bien plus déplorable- que l'effet de ses souvenirs - de la pièce dans laquelle leur ébat avait pris des proportions inattendues. L'amusement découlait aisément de cette observation. Jamais n'aurait-il cru réaliser ce combat sexuel, et encore moins avec la fille Uller. Donnée non négligeable qu'il ne risquait guère d'ébruiter, sûrement pas en présence de son père. Certains faits préféraient l'anonymat pour la tranquillité des protagonistes. Les effets éparpillés tout comme les tâches de liquides diversifiés selon où le regard se posait devraient quelque peu disparaître avant qu'il prenne place pour la nuit. La voix de la jeune dornienne capta son attention et relevant ses prunelles pâles, il écouta les paroles formulées. Un sourire en coin se dessina alors qu'elle osait l'insulter sur ses prouesses physiques. Rien ne l'empêcherait de se joindre à la partie de chasse qui suivrait. Ce moment se montrerait tout aussi intéressant que ce qui s'était écoulé quelques instants plus tôt.

"Je pense effectivement que cela sera nécessaire." laissa-t-il échapper en rapport à l'eau qui pourrait effectivement être utilisée pour le débarbouiller." Et rassure toi je compte bien participer à ton jeu favoris."ajouta-t-il amusé.

Ainsi son souhait était de le voir tuer. Etonnant qu'elle ne se sente encore guère rassasiée par l'épanchement violent qui avait été réalisé. Mais cela n'était pas pour lui déplaire. Une femme avec un tel caractère et surtout une telle capacité ne se trouvait point à chaque coin de désert. Une perle digne de porter le nom Uller. La fierté de Rennifer n'était sûrement pas à tester concernant sa progéniture. Il était persuadé qu'elle contentait agréablement celui-ci. Disparue de sa vue, le choix de changer de position se décida. Les courbatures, douleurs, sensations désagréables, désagréments physiques qu'il ressentait ne l'empêchèrent point de se relever comme si de rien était. Supporter la douleur n'était pas une punition mais davantage une satisfaction que son esprit nourrissait comme effet calmant. Focalisé sur son état corporel, ses pensées ne prenaient guère le temps et n'obtenaient d'ailleurs point de moment pour réfléchir à autre chose. Les entraînements servaient souvent à ce dessein. Arpentant la pièce en quête de ses effets personnels, il eut quelques difficultés à récupérer ses vêtements dans un état convenable. Heureusement qu'habitué aux échanges martiaux, il avait emporté de quoi se changer. Rennifer n'était pas dans le gendre tendre, il était aisé de se retrouver blessé ou avec des vêtements déchirés. La riposte plus facile pour lui agrémenté par l'expérience facilitait l'absence de blessure mais dire qu'il n'en risquait plus serait minimisé les capacités de la figure emblématique de la maison Uller. Une telle insulte n'avait pas lieu d'être. Il ne s'était pas attendu à combattre davantage la fille que le père néanmoins, des effets de rechange avait été emmené. A cela s'ajoutait que la durée de son séjour lui était souvent inconnue. Ce détail penchait dans la balance des précautions. Récupérant ainsi ses effets éparpillés pour les rassembler en un tas informe, bon à finir brûlé, il puisa dans son baluchon le stricte minimum permettant de paraître décent et permettant ainsi de quémander de l'eau pour nettoyer principalement les plaies et le sang séché qui trônaient sur son corps.

Une fois son souhait formulé, l'air se devait de pénétrer rapidement dans la pièce pour tenter de camoufler ce qui s'était déroulé. Heureusement que cette pièce lui servirait de chambre pour les prochaines heures, ainsi, peu de chance que quelqu'un l'utilise ou s'y rende. Un son particulier et familier lui parvint aux oreilles et son regard dirigé vers la fenêtre délaissée quelques instants plus tôt lui permit de retrouver son rapace, Dashkar, posté sur le rebord attendant l'approbation de pénétrer dans les lieux. Tendant le bras, un sifflement s'échappa de ses lèvres pour intimer le familier à le rejoindre. Au vu l'état de la pièce, Dashkar ne risquait guère d'aggraver quoi que ce soit. L'animal posé sur sa peau fut dirigé vers l'épaule intacte - ou du moins d'une meurtrissure légère comparé à son homologue - où il siégea pour permettre une aisance de mouvements de ses bras. La pièce vaguement rangée et aérée laissait un peu moins de preuve d'un ébat forcené mais suggérait néanmoins que quelque chose de sanglant s'y était déroulé. Cela ne l'empêcherait pas de trouver le sommeil, les résidus combatifs ne l'ayant jamais dérouté outre mesure. L'eau arriva enfin permettant ainsi de réaliser des soins minimes mais surtout de se défaire du sang coagulé. Dashkar s'adapta aux passages de son comparse humain pour laisser celui-ci s'étendre là où il le souhaitait. Son familier fut invité à retrouver le ciel assombri, le dornien connaissant le désir du rapace à être à la fois à ses côtés mais également en dehors de tout confinement. Ainsi l'avait-il invité à retourner au dehors sachant que bientôt il allait lui-même s'y rendre et par conséquent profiter de la présence de Dashkar. Laissant le tissu humidifié sur son épaule blessée, il sortit un haut nécessaire à la péripétie à venir avant d'observer ses lances et de juger de l'efficacité de leur capacité à tuer. Un bruit caractéristique d'une intrusion en douce et les paroles lâchées lui firent reposer sa lance tandis que d'un regard en coin et d'un sourire amusé il distinguait la silhouette longuement étudiée plus tôt de la jeune dornienne. Encore torse nu, les nombreuses marques étaient largement visibles pour l'instant, mais disparaitrait rapidement pour certaines une fois le vêtement enfilé. Délaissant son épaule du tissu humidifié laissant apparaître la plaie en cours de cicatrisation, d'une main il se saisit de l'habit qui vint prendre place sur sa peau. Aucune recherche n'était réalisée pour camoufler les conséquences de leur ébat. Les différentes sangles de cuir s'ajoutèrent, nécessaire au port de ses lances et de son arc qui ne le quittaient jamais, et qui reprirent aussitôt place sur son échine. Paré ainsi à la chasse tant attendue par son acolyte féminine, son regard océan se retrouva plongé dans les prunelles ténébreuses de la jeune femme dont les pas la menèrent par la suite plus proche, la distance se réduisant lentement au fil de l'avancée. L'expression qui se lisait sur son visage n'entrevoyait guère de détachement dont il avait fait preuve auparavant. Leur relation portait désormais une nouvelle dimension qui n'instaurait guère le même jeu que précédemment. Sans que son regard ne quitte celui qui lui était associé, la blessure de sa lèvre obtint attention d'un doigt qui s'aventura ensuite jusqu'à la langue taquine. Ses iris tintèrent encore d'une brillance belliqueuse qu'il n'avait plus besoin de dissimuler. Sans quémander l'autorisation car ce stade avait été largement dépassé, sa main prit place avidement dans le creux du bas de l'échine alors que d'un geste vif, le corps féminin vint se plaquer contre le sien dressé ainsi à ses côtés. Son sourire n'avait pas quitté ses lippes autant que son regard ne s'était détourné. La manoeuvre n'avait pas de but précis, l'appel du contact avait été émis et assouvi. Leurs corps restèrent un instant planqué l'un à l'autre avant que Daärim ne relâche simplement la pression instituée de sa main en murmurant quelques mots au creux de son oreille.

"Je suis également affamé."

L'ambigüité de ses propos quant à la source de son appétit restait pour l'immédiat évidente. Au fond, lui-même ne pouvait dire si Anissa primait sur la chasse ou inversement. Encore que se demander si les deux ne créaient pas conjointement cette électricité palpable était acceptable. Se mouvant pour quitter la pièce, leurs corps se séparèrent lentement tandis que sa main caressa le giron le temps du déplacement avant que tout contact soit rompu entre ces deux Etres. Pour combien de temps était davantage la question. L'évidence même d'un désir de réitérer l'échange sexuel émergea dans son esprit. Toujours est-il que sans se retourner, non pas par désir d'ignorance mais simplement par besoin d'instaurer l'acte suivant, il quitta la pièce se rendant par le chemin précédemment utilisé pour rejoindre l'extérieur de la bâtisse. L'air frais le submergea davantage que lors de l'ouverture de la fenêtre de la chambre, air dont il rempli ses poumons avant de mouvoir ses épaules pour apaiser les courbatures mais également l'élancement de la plaie point encore soignée de son épaule mutilée. D'une sonorité précise, le silence de la nuit fut brisé et son familier le rejoignit à nouveau sur son bras tendu avant d'être invité derechef à siéger sur l'épaule disponible. Se tournant alors vers la jeune femme, un sourire aux lèvres, une question fut entamée dans le seul but de découvrir ce qui les attendait pour la suite.

"Comment comptes tu t'y prendre pour cette chasse ? Au vu de ton rôle de guide, je me dois de suivre tes conseils avisés en la matière."

Là ne se trouvait guère une raillerie dépendante de son sexe. Chasser n'était pas une pratique dont il avait coutume usuellement. Pratiquer la chasse n'était pas étranger à ses capacités mais la jeune demoiselle lui était encore inconnue dans ses moeurs et ce domaine était le sien, tout autant que La-Tombe-du-Roi et ses alentours lui appartenaient à lui. Le respect des acquis environnementaux lui apparaissaient comme primordial. Sous-estimer ses semblables pouvaient coûter la vie, or la jeune femme avait déjà fait ses preuves. L'attention qu'il pouvait lui accorder était importante. Le mensonge serait de mise s'il n'avouait pas avoir hâte également de contempler ses habilités meurtrières tout comme elle avait formulé la même pensée un peu plus tôt concernant les siennes. Cette connivence dans la violence l'amusait encore et l'intéressait agréablement. La curiosité de ce que ce bout de femme avait encore à montrer ne pouvait que titiller son esprit et suggérer la découverte de davantage.

"Montre moi comment tu t'appropries tes proies."


Ce souhait était à la fois véridique et mensonger. Tout dépendait du sujet des propos. La chasse restait un domaine inexploré en duo, néanmoins l'échange précédent avait été exploité de manière à cibler le fonctionnement de l'autre, du moins dans les rapprochements intimistes. La suite lui révélerait bien des choses, il en restait persuadé.
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Message Lun 26 Nov 2012 - 15:19

Plaquée ainsi contre son corps, elle inspira son odeur encore très sanguine, posant ses mains sur les flancs récemment couverts de son amant. Il l'avait plaquée contre lui, elle n'avait pas résisté, au contraire, appuyant ses formes contre la chair de Daärim, ferme, virile et à présent explorée – mais certes pas conquise, à l'instar de la sienne. Il leur restait nombre de joutes à batailler et elle n'était pas certaine qu'il y aurait un jour un vainqueur, ni même si la chose était appropriée. Probablement pas. Elle piqua la joue du Forrest d'un tout petit coup de langue, frôlant ses lèvres des siennes avant de se détacher de lui sitôt que les muscles de son amant frémirent pour entamer la marche. Il avait déclaré son appétit, lui aussi ; ce fait riva aux lèvres de la vipère un sourire aussi mauvais que rêveur alors qu'ils quittaient le siège de leurs ébats sauvages et que le bruit de la porte qui claquait résonnait dans la bâtisse. Daärim avait, visiblement, fait quelques efforts pour dissimuler non pas la lutte, mais au moins le stupre parmi elle, peut-être que l'objet véritable de leur corps à corps ne serait pas exposé trop tôt à des yeux et des nez qui avaient tout à gagner à ne pas s'y mêler. Que les servants colportent que les deux jeunes gens s'étaient visiblement affrontés jusqu'à en saigner importait peu, qu'ils parlent de s'unir était parfaitement indésirable pour la Vipère. Ce n'était pas là une question de honte, mais de nid, d'intimité : Anissa avait une pudeur envers elle-même et ses secrets qu'elle n'avait ni envers sa peau, ni envers son honneur et ainsi, elle ne souffrait en rien qu'on murmure qu'elle dévorait de la chair humaine, mais refusait que quiconque sache sur qui ses lèvres se posaient dans un tout autre but – tendre ou passionnel. Même si, dans le cas de son amant, la frontière entre baisers et morsures était si floue qu'elle avait déjà été franchie. Alors qu'ils dévalaient les escaliers, elle flatta d'un geste taquin cette épaule qu'elle s'était, le temps de la mutiler, appropriée.

Les lourdes portes de cuivre et de bois perçant la forteresse furent passées sans qu'ils ne croisent aucune silhouette plus prononcée que l'ombre d'un domestique préférant s'éloigner de cette noblesse plus crainte que respectée si elle n'avait pas besoin de lui. La nuit était tombée. Elle s'effondrait vite dans le désert et, pour l'avoir observée souvent ainsi choir, Anissa s'était toujours figurée que le soleil était une femme à la robe de lumière, qui courrait dans les cieux pour quelque raison de chasse, de fuite ou de destin et qu'au bout du jour, plongeant derrière les montagnes, elle tirait le drapé de ses atours derrière elle avec sécheresse. Ainsi, les derniers éclats lumineux se retiraient de la voûte céleste dans un ensemble soyeux que l’œil pouvait constater, ne laissant plus luire que les torches pour Denfert et les étoiles pour les cieux. La cour du domaine était plongée dans le silence et la fraîcheur très prononcée qui signait le sommeil de l'astre du jour et Anissa savoura profondément ce calme mensonger, tout comme ce froid meurtrier qui lui assaillait la peau. Après quelques secondes d'immobilité, elle s'ébroua et tira de ses effets sa chèche, qu'elle drapa autour de ses traits, ainsi qu'un ample manteau informe dont elle se couvrit selon des plis et des nœuds qui semblaient sans ordre, mais qui, pourtant, avaient tout l'air de la satisfaire. Elle darda une œillade à son amant une fois couverte, alors que l'oiseau de ce dernier les rejoignait. A l'instar du sol, qui crachait encore les vapeurs chaudes dont le soleil l'avait gavé tout le jour durant, la tension entre eux ne s'était apaisée qu'en apparence seulement et demeurait sous la surface, sans bouillir, sans éclater, toutefois omniprésente. Elle n'était pas rassasiée. Elle le voulait encore et c'était une chose claire dans ses yeux sombres. Elle sourit sous sa chèche à sa remarque, haussant une épaule avec une désinvolture marquée.
    « On pourrait prendre des chevaux, mais je n'aime pas et ta bête est fatiguée. Nous irons à pieds, depuis le village et le long de la Rivière Souffre. Il y aura une foule de petites choses croquantes, mais notre chasse devra être un peu plus... Elle marqua un temps d'arrêt, lâchant un bref ricanement de mauvaise augure. Imposante. Puis, elle reprit son timbre précédent, bas, couvant et un peu rauque, mais plutôt détaché. Passons au village prendre de l'eau du puits. Elle est plus claire que celle des abords de la rivière et je préfère ne pas passer une heure à filtrer de l'eau qui aura un goût de vase quand même. Et si tu n'as plus de réserves de viande ou que tu n'aimes pas les petits lézards, la faim aiguise les sens les premiers jours. En général, moi, je ne mange qu'une fois sur deux. »

Son air passablement goguenard – et joueur - semblait affirmer ensuite qu'elle avait, après tout, déjà croqué assez pour sa part, plus tôt dans la journée et que, quand bien même la faim la tenaillait, elle pourrait tenir encore. Après ce regard, elle détourna la tête, puis se mit en marche vers le village à bon pas. Accoutumée depuis toujours à marcher plutôt qu'à chevaucher, elle avait une endurance assez impressionnante et une foulée redoutable tout autant qu'assurée. La descente nocturne de la pente escarpée qui liait la forteresse de Denfert à son village lui était familière au point de la gravir encore dans ses rêves et d'en reconnaître toutes les aspérités.

Le village s'offrit à eux alors que la nuit et son froid terrible s'étaient tout à fait installés. De très rares villageois se montraient entre les torches et le bétail que certains finissaient de ramener, tandis qu'une poignée d'autres accomplissaient ce qui n'était pas approprié en journée : ceux-là ouvraient les canaux abreuvant les champs du sang de la rivière, ceux-ci entreprenaient de charger des chariots pour le transport au lendemain, travail trop pénible sous le jour ardent, tandis que quelques enfants pointaient leurs petits nez vers les rues s'étoilant autour de la place centrale, lesquelles étaient encore très chaudes, de part l'abondance des feux et le souvenir que les pierres avaient de la chaleur récente. L'un des gamins reconnut la vipère alors qu'elle approchait de la fontaine et glapit comme un lapereau, entraînant la débandade de tous ses petits camarades, sauf un qui resta pantelant, sans doute trop effrayé pour remuer, mais sans bouger, sans trembler, les yeux grands ouverts et partagés entre les deux silhouettes, l'une trop étrangère, l'autre trop connue pour ne pas être redoutée. Anissa tendit brusquement la main vers le visage de l'enfant et il ferma les yeux, serrant les poings, redressant ses épaules maigres autour de son cou fin, mais nulle douleur ne vint. Elle se contenta de lui ébouriffer les cheveux, ce qui, apparemment, le frappa davantage qu'une gifle. Elle murmura vers lui.
    « Je t'ai touché. Tu deviendras un serpent aussi. »

Il poussa un grand cri et elle un rire tout aussi ample, le laissant s'enfuir à son tour, battant des bras et des jambes comme s'il pouvait fuir cette malédiction lancée en lui imposant la plus prompte distance. Anissa haussa les épaules, elle avait déjà presque oublié sa boutade piquante une fois la fontaine rejointe, l'enfant, lui, en ferait peut-être des cauchemars des saisons durant. Lady Uller – la moitié de sa maison était folle, elle venait du geste de le rappeler – emplit la gourde à sa ceinture, puis deux autres qu'elle gardaient serrées dans ses divers effets, puis, posant sa hanche osseuse contre le rebord de la source aussi vive que précieuse et qui faisait tout l'or du village le temps que Daärim l'imite et s'assure de ses propres réserves vitales, elle pointa du menton les directions pouvant être prises.
    « Au Nord, c'est vers la source. Les terres sont plus sauvages et plus encaissées. Il y a moins de canaux, des bêtes plus rares, mais plus affamées. Au Sud, il y a beaucoup de cultures, de champs, de chacals et de scorpions. Si je me souviens bien, tu en vois déjà beaucoup, là d'où tu viens. »

L'esprit classique entendrait une allusion aux scorpions de la Tombe du Roy, histoire fameuse qui ne semblait pas seulement tenir du mythe, mais la Vipère entendait également les chacals en deçà. Elle n'avait pas encore avalé les propos de son Prince quant à la paix et la guerre et ne le ferait de toute façon pas ; on disait que ceux vivant sous le crâne couronné étaient particulièrement fidèles à la maison Martell, ce qu'elle voyait comme un honneur il y avait de ça deux lunes et qu'elle considérait, à présent, comme une certaine lâcheté, voir un empâtement infâme. Des petits cabots facilement domptés, à qui il suffisait de jeter de la viande grasse pour qu'ils s'approchent en baissant le collet. Elle se gardait d'appuyer son jugement, sans pour autant chercher à dompter son sentiment. Son père Rennifer était un allié, sinon un ami du lord Forrest et ce respect mutuel devait être sien, puisqu'il était paternel, mais Anissa avait été rabrouée dans sa chair même par les promesses du Prince et ne voulait à présent ne plus se faire d'idées sur des dorniens qu'en les jaugeant elle-même. Ainsi retenait-elle exceptionnellement son venin. L'heure n'était pas à la politique mais au sacrifice de plus faible que soi et, bien que ce fut sans doute très semblable selon la Vipère, il s'agissait là de la chasse d'une bête plutôt que celle d'un bieffois – hélas. Se détachant de la pierre chaude contenant l'ondée froide, elle se releva, prenant la direction du Nord sans mot dire – son exposé ne contenait pas un choix, mais quelques informations utiles. Ainsi s'entama leur échappée.

L'avancée était d'abord assez aisée. La nuit permettait de ne pas s'encombrer des abords de la rivière elle-même, foulant le sable léger et la roche dure. Le froid, toutefois, devenait très sévère et les bourrasques de vent étaient à fuir tout autant que les aveuglantes rafales de la journée : elles n'étaient pas moins cinglantes et les gifles des grains de sable n'étaient pas moins redoutables. Ainsi elle dansait, entraînant son compagnon de tuerie avec elle, avec une science occulte mais affirmée. Ce désert était sien, elle y évoluait avec autant de grâce qu'une lady dans une cour familière. Elle marchait devant lui, de son pas toujours prompt et on aurait pu croire qu'elle avait tout oublié de leurs échanges récents au profit de cette nouvelle traque si, quelques heures avant le point du jour, elle ne l'avait pas guidé vers un rocher formant une pointe et un refuge de fortune creusé dans les dunes de par la direction du vent. Elle lui souffla.
    « Dors un peu, je guette le vent, après ce sera à toi. »

Avant de lui voler un baiser autoritaire et franc, plein d'une violence affirmée, s'achevant en caresse. Elle lui coula un long regard, le corps frémissant un instant, hésitant peut-être à se serrer contre le sien et à le défaire à nouveau de tout ce qui le couvrait, mais elle n'en fit rien, se postant en bordure de la pierre, afin de pouvoir réveiller son amant si le vent tournait et que la dune menaçait de le recouvrir, devenant pour lui une tombe qui le saisirait dans son sommeil et ne laisserait de lui que des os que le vent finirait par dévoiler, avant de les briser et de le faire devenir sable à son tour. C'était l'un des plus grands dangers des escapades solitaires de la vipère et l'une des raisons pour lesquelles elle ne daignait se reposer qu'en journée, afin que son corps l'alerte du poids trop froid qui voulait la sceller et, le plus souvent, elle préférait se percher sur un bout de végétation, en bordure de rivière. Ils étaient deux, autant en profiter pour mieux embrasser ce désert aimé et côtoyer ses dangers les plus grands et les plus implacables. L'immobilité soudaine qu'elle prit alors lui rappela durement que son corps avait été fort maltraité et d'une façon différente de celle à laquelle elle s'était accoutumée, ce qui rendait la raideur de ses hanches et les plaies de son dos et de son ventre plus pénibles à supporter. Elle les savoura et les explora plutôt que de les combattre, cherchant à les comprendre et à les adopter. L'endormi à ses côtés lui faisait un effet curieux, celui d'un égal – ni une proie, ni un rival. Même vis à vis de son père et de son frère, bien que ce fut aimant et respectueux, elle luttait davantage contre eux qu'avec eux et, même à considérer un ennemi commun, ils étaient toujours à se comparer, à vouloir se dépasser. Ce sentiment était absent envers Daärim. C'était violent, sauvage, et absolu. C'était curieux, enfin, elle finit par hausser une épaule et laisser ses pensées s'évader sur les courbes des dunes et les pointes escarpées. Le désert était sien et elle lui appartenait tout à fait. Elle était, d'une façon terrible et tourmentée, parfaitement heureuse en cet instant.

Lorsque ce fut son tour, elle dormit peu, mais très bien et très profondément. S'éveillant avec le point du jour, elle débarrassa les plis de ses vêtements du sable qui s'y était fiché, indiqua du menton à Daärim qu'il fallait retrouver le couvert de la rivière pour la journée et but une unique gorgée d'eau. Leur chemin n'était pas droit, elle vérifiait les abords de ce que son œil acéré et son expérience affûtée lui disait pouvoir être le couvert de bêtes plus enthousiasmantes à chasser que les petits lézards glissants vivant dans la rivière. Elle déborda un arbre mort, contournant un roc presque enseveli sous une dune en recul, déplaça du bout du pied, sans vraiment expliquer le pourquoi, quelques pierres semblant anodines mais un peu humides par dessous. Ils n'avaient pas encore tout à fait rejoint la végétation drue et dense qui bordait le Soufre que quelque chose d'à peine audible tinta à ses oreilles. Elle retint sa marche, se suspendant entre deux pas, tirant lentement et sans bruit une flèche de son carquois. Revenant avec une lenteur silencieuse vers son compagnon de battue, elle dégagea son arc de son épaule, alors qu'elle s'accroupissait, épousant presque le sable des genoux et des épaules.
    « Écoute. Derrière les feuilles des arbres, tu entends ? Les petits jappements réguliers. Elle frappa le sol du doigt au même rythme que ce qu'elle entendait pour trahir ce son à une oreille sans doute moins habituée à le chercher. Ce sont des petits qui appellent leur mère. Elle doit être partie chasser. Laissons la mère, elle fait du lait, la viande n'est pas la meilleure et elle est épuisée. Le mâle doit rôder plus haut. Il sera féroce et énervé. »

Et ce serait leur proie : elle se détacha de son couvert et obliqua, quittant sans les avoir rejoints les rassurantes rives de la rivière, tandis que la chaleur du jour ne faisait que devenir toujours plus prononcée. Si Anissa était une piètre lectrice et une très mauvaise cavalière, nul ne pouvait mettre en doute ses talents de traqueuse. Le jour n'était guère entamé qu'elle avait remonté des traces de plus en plus nombreuses de ce mâle pourchassé, au point qu'elle souffla vers Daärim qu'il ne devait pas être seul pour être ainsi désigné. A mesure qu'ils avançaient, les marques de passage qu'elle désignait devenaient claires même pour un œil profane, pour peu qu'elles lui fussent montrées : ici quelques poils contre l'écorce rêche d'une plante rare, là des petits ossements frais et rongés, ici des griffades à peine visibles mais sans doute destinées aux autres bêtes de sa race. C'était peut-être un dominant. Enfin, la créature se montra : c'était une hyène, efflanquée mais musculeuse, auprès de laquelle se tenait une femelle plus jeune, de petite taille encore. Les deux s'abritaient de la chaleur sous l'ombre d'un repli rocheux comme il y en avait tant, que le sable n'avait pas encore tout à fait vaincu et qui ne semblaient jamais vouloir être érodé. D'une couleur plus sombre et riche que le sable environnant, il devait trahir une certaine richesse en cuivre qui était assez typique de cette région. Plus loin, un autre animal, sans doute femelle également, faisait une ronde en ricanant. Anissa découvrit les dents dans un rictus animal, encochant la première flèche sur la corde de son arc, qu'elle caressa au passage avec une impatience étrangement suave.
    « Je prends le grand, je découvre la jeune. Elle est à toi. Montre-moi comment tu la prends. Elle passa la langue sur ses lèvres, avant de perdre toute expressivité, au profit d'une concentration extrême. Et elle siffla. Patte avant droite. »

La flèche fila aussitôt et fit mouche, perçant l'appui de l'animal juste sous son flanc. La hyène mâle glapit et les deux femelles se redressèrent, la plus jeune fuyant, la seconde se rapprochant, tandis que le dominant blessé chercha dans le vent l'origine de sa plaie et de l’œil un lieu où se couvrir de ces traits meurtriers. Il découvrait de belles dents, fort pointues ; Anissa prit sa lance et commença à courir en oblique, laissant la mire découverte pour Daärim tout en rabattant sa proie. Il avait fière allure, il méritait d'être tué face à face et de saigner sur le sable avant d'expirer. Elle aurait pu le tuer d'une seule flèche, mais elle ne le faisait que pour les scorpions ou les brigands. Les autres valaient un affrontement et de voir les yeux de la Vipère. Elle aimait sentir leur dernier souffle, également, se figurant que les vents de son désert étaient plus fort et plus fiers lorsqu'ils étaient gonflés des expirations de ceux qui étaient morts en luttant. Ce jeu d'agonie était, au final, une très grande marque de respect, aussi sincère que cruelle. Ainsi était la véritable Dorne, où les seules larmes versées l'étaient par les plaies des combattants.
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Message Lun 3 Déc 2012 - 17:01

La chasse comme la lutte était une activité qui pouvait prouver et démontrer de la sensualité bestiale. Malgré qu'il en avait expérimenté la teneur il y a peu, sa faim restait totalement présente mais l'assouvir dans un autre domaine que le sexe pur restait tout aussi intéressant. Malgré tout, il n'était pas totalement convaincu qu'un apaisement évident découlerait de cette occupation, peut-être ne ferait-elle qu'accroître leur désir réciproque après avoir contemplé l'autre dans une agressivité détournée. L'apprendre ne serait possible que dans le futur lors de la réalisation du moment. Ce qui ne saurait tarder. Ecoutant d'ailleurs les propos de sa guide mais précédemment amante, la marche allait selon elle le meilleur moyen de se mouvoir jusqu'à leur destination. Se plaindre ne lui traversa pas l'esprit, c'était totalement acceptable, loin de lui la caractéristique associée à la flemmardise. Plus son corps était épuisé puis son esprit se complaisait à chercher le sommeil bien davantage que les réflexions sans réponses qui pouvaient le tirailler parfois. Les propos suivant indiquèrent qu'ils s'apprêtaient à passer des moments intéressants. Savoir que le gibier serait imposant le laissait avec une curiosité avide d'assouvissement. Bien qu'il savait chasser, son plaisir se complaisait davantage dans la lutte ou l'éducation de ses faucons. Par conséquent, la maîtrise appartenait davantage à la jeune femme qui était à ses côtés et pour sa part, cela révèlerait plus de la découverte que de l'habitude. Mais la peur n'était pas de mise contrairement à l'excitation d'en découdre avec un bestiau inattendu. Bien qu'il en avait déjà décousu plus tôt avec une bête sensuelle qui n'était pas au programme également. Au fond, il n'était pas certain que celle qui l'attendait serait plus violente que celle qui se trouvait à ses côtés. Cette pensée se valait bien un sourire en coin à une telle découverte bien exaltante. Ses pupilles océanes bien qu'assombries par les ténèbres environnantes dont seuls les éclats des danseuses de feu qui illuminèrent Denfert rappelèrent la légèreté de couleur se posèrent sur le faciès de la jeune femme. Gardant son sourire, il prit la peine de répondre.

"Comme tu as pu le voir, je sais totalement m'acclimater aux coutumes de la maison."

Phrase à double sens comme pouvait aussi user la jeune femme. Il était plus qu'évident que depuis leur rapprochement, depuis que chacun avait acquis le terme d'amant pour l'autre, des insinuations compréhensibles que par les concernés risquaient de se retrouver régulièrement dans leurs paroles. Cela rendait bien évidemment la relation encore plus intéressante et plaisante. Encore vêtu de ses autours légers d'une journée ensoleillée contrairement à la belle dornienne, il se décida à la copier pour affronter le froid salvateur un peu mais meurtrier sur le long terme. Le connaître et l'apprivoiser était une chose, mais le défier en était une autre. Ainsi, il prit de quoi recouvrir son corps et une partie de son faciès également alors que Dashkar quittait son épaule pour le laisser faire. Un sourire légèrement amusé se dessina à travers ses traits en sentant la douleur l'irradier au mouvement de son épaule meurtrie, une de ses sangles appuyant parfois sur la plaie recouverte de son vêtement. Celle-ci resterait sûrement douloureuse quelques jours. De quoi émoustiller les souvenirs de l'acte irréversible commis à deux. Paré et Dashkar trônant de nouveau sur son épaule, se mouvoir pour suivre la jeune femme était désormais nécessaire. La chevauchée avec Rennifer lui avait appris à se mouvoir dans le désert de nuit, néanmoins, Anissa davantage experte restait son guide précieux à ne pas quitter des yeux. Il n'arpentait que peu les alentours de la demeure des Uller, ne venant dans le coin généralement que pour pouvoir rencontrer la figure emblématique de la maison. Suivant ainsi le rythme imposé, ses pas répondirent à leurs prédécesseurs pour atteindre le village se trouvant en contre bas de la pente qu'il s'évertuait à descendre avec un rythme soutenu mais des gestes parfois indiquant qu'il reprenait appui pour ne pas se laisser devancer par des obstacles parfois invisibles. Aucun son ni plaintes ne furent cependant formulées, s'amusant davantage de l'épreuve que de s'en sentir désavantagé.

Rejoignant les côtés de la belle lorsque le village fut à portée d'yeux mais également de marche, son regard balaya les alentours pour observer les diverses activités encore réalisées par les villageois. Ceux-ci restaient encore actifs malgré l'heure tardive mais le soleil brûlant empêchait généralement la réalisation du dur labeur habituel. Il en était de même à La-Tombe-du-Roy ainsi que son village et son commerce alentours. Le ralentissement évident découlant d'une ardente chaleur n'était pallié qu'une fois l'astre endormi. Bien sûr, le désert inculquait encore davantage ses ordres que dans sa partie de contrée ou les activités journalières n'étaient pas d'office contrées par des rayons ravageurs. Aussi, l'observation pratiquement d'une vie nocturne était amusante à regarder, car même les enfants profitaient de la lueur du soir pour pouvoir sortir de chez eux. L'inverse très souvent des moeurs du nord où il était davantage conseillé de garder les enfants à proximité lorsque le jour était tombé. De quoi prouver une nouvelle fois que les coutumes divergeaient fortement entre Dorne et le reste de Westeros. A leur vue, ces derniers prirent la fuite. Apparemment, voir s'avancer vers eux Anissa semblait entraîner quelques frayeurs pour la peine concrètement inexpliquée mais donc la rumeur qu'il avait entendue plus tôt de la bouche de la concernée semblait être effectivement répandue dans les alentours. Frayeur qui paralysa un bambin incapable de prendre lui aussi ses jambes à son cou. Curieux d'observer la réaction de la jeune femme à ses côtés, se tenant immobile non loin, son regard patienta face au moment l'observant effectuer davantage un acte affectif bien plus prononcé qui sembla pourtant faire tout aussi mouche qu'un geste agressif. Un nouveau sourire amusé se dessina sur ses lèvres alors que l'enfant fuyait face à une menace plus psychologique que véridique. De quoi en faire des cauchemars sans raison.

"Que tu es cruelle."

Ironie perceptible, les enfants lui rappelant étrangement sa propre fratrie dont il s'occupait régulièrement. Surtout une de ses jeunes soeurs qui tirait davantage de traits en commun avec lui-même que le reste de sa famille. Amusant paradoxe au vu de son sexe mais ses principes ne comprenaient nullement qu'une femme ne pouvait pas faire ses preuves dans les arts masculins. La jeune femme sauvage qui se tenait à ses côtés et qu'il estimait en était la preuve irréfutable. S'approchant de la fontaine également désormais rejointe, sa gourde se retrouva à s'abreuver à cette eau claire pour pouvoir répondre à ses besoins lors de la chasse. La jeune femme prit la parole pour lui expliquer où se trouvait leur proie. Des proies de choix selon l'endroit où ils se rendaient.

"Effectivement, on les retrouve par chez nous. Je tiens même à dire que l'un des deux se retrouve sous la coupe de ma soeur."

Sa jumelle, le sang de son sang, vouait une fascination déplaisante aux scorpions. Quelle idée particulièrement horrible d'observer ces bêtes vivre pour le seul plaisir d'Ismaëlle. Mais autant qu'il se consacrait à ses faucons, il se devait de respecter le choix du familier de sa jumelle. Un goût certain qui en réalité lui correspondait bien. Dotée d'un dard rempli de venin qui régulièrement venait meurtrir une chair pour s'approprier les avantages évidents qu'elle pouvait en tirer. Une manipulation sournoise et meurtrière. Oui, elle n'était autre elle aussi qu'un scorpion qui empoisonnait sa vie mais dont malheureusement s'en défaire était bien trop complexe et compliqué. Parfois, le questionnement l'emmenait vers le versant d'une réflexion entachée de manipulation de sa part. Qui des deux avait réellement le dessus sur l'autre ? Parfois, prendre un minimum d'ascendant lui paraissait utopique. La violence seule semblait l'unique moyen d'obtenir satisfaction. Violence remplie par la suite de culpabilité qui l'envahissait et l'irradiait de souffrance dont la supporter était de plus en plus un fardeau. Souhaitant cependant ne pas retomber dans de telles pensées alors qu'Anissa avait particulièrement réussi un apaisement total là où même les combats n'arrivaient point désormais à évacuer toutes les tensions qui se succédaient en son sein. Mais chassant tous ces débats de sa tête, sa gourde remplie retrouva sa place alors que son amante féline se redressait pour reprendre la route vers le nord, comme il s'y attendait. Ses paroles n'avaient été qu'informations et au vu de ses propos précédents narrant la qualité de la proie à venir, la certitude impliquait l'absence de chacals et de scorpions, bestiaux bien trop petits pour répondre au terme employé.

Leur marche bien qu'apparemment sans faille pour sa comparse dornienne, fut un peu plus mal aisée pour sa part. De son expérience, de telles aventures se déroulaient régulièrement accompagné d'un destrier digne de ce nom, qui se mouvait à sa place, son seul labeur signifiant ouvrir l'oeil et subir les bourrasques. Ici, ses pas également devaient accaparer son attention sur un sable inégal et un chemin parsemé de roches s'avoisinant peu à de la mousse mais exposant davantage des angles agressifs. Dashkar également peu habitué enserrait son épaule de ses griffes acérées qui enfoncées dans davantage de tissu que de peau permettait une accroche plus aisée mais surtout moins sanglante pour celle-ci déjà agressée pour le peu qu'elle était dévoilée face aux bourrasques déployées accompagnées de grain de sables semblables à des coup de fouet. Son orientation était totalement biaisée et sa seule guide signifiait un repère dans ces ténèbres. Le temps s'écoulait sans signe d'arrêt et le seul cri à peine audible de son familier faisait répercussion à une demande ravalée de sa part pour prendre une seconde de répit. Son corps lui exprimait sans retenue l'inexpérience de sa capacité à marcher dans le désert de nuit. Sans avoir vécu la chevauchée au côté de Rennifer, sa conscience l'informa qu'il n'aurait jamais supporter un tel moment. Sa fierté faisant, supporter ce moment était inscrit dans le futur. Cette ambiance était typique de la Dorne qu'il aimait, le vivre et y survivre ne pouvait qu'augmenter le plaisir. Néanmoins cependant, Anissa finit par mettre un terme à leur avancée au coin d'une roche dont la coupe permettait une protection nécessaire. Les paroles qui lui parvinrent imposèrent un sommeil salvateur dont il ne se priverait pas. Le baiser qui suivit dominant lui imposa d'y répondre pour reprendre le dessus alors qu'il l'attira de nouveau à elle pour récupérer la chaleur qui les avait quittés il y a plusieurs heures maintenant mais contenue encore en leur chair capable de se répandre à nouveau en leurs corps. Le désir était encore palpable dans leurs regards plongés l'un dans l'autre mais une nouvelle séparation fut engendrée alors que lui même prenait une position qui pourrait lui octroyer quelques heures de sommeil. Dashkar avait quitté son siège habituel pour prendre place dans le creux le plus accessible à sa petite taille, cherchant également une protection à cette hostilité. Le regard plongé sur les courbes encore visible de la jeune femme, c'est avec cette vision que le sommeil l'emporta dans les méandres d'un endormissement salvateur et récupérateur sans le moindre rêve et pensée pour le déranger, ne cherchant pas à s'y extraire. Le réveil seul y arriva et à son tour, il laissa son amante prendre place pour récupérer. Son regard s'attarda longuement sur les courbes qu'il avait avec envie touchées et enserrées avec force et violence. Un apaisement étonnant lui parvenait de cette vue étrange. Passer une nuit en compagnie d'une jeune femme n'était pas inhabituel mais passer une nuit, dans les dunes, dans une partie de chasse programmée avec une amante bien plus signifiante à ses yeux que toutes les femmes passées sous ses mains, cela donnait à l'équation différentes informations qui n'étaient pas négligeables. Aucune femme n'avait attiré son attention en lui correspondant jusqu'au plus profond de son caractère. Une telle bestialité n'était pas donnée à tout le monde mais l'exploiter à deux était encore d'une rareté nettement plus forte. Trouver un tel équivalent à sa personne le remplissait d'une exaltation qu'il avait expérimentée mais qu'il comptait certainement renouveler. Qui pouvait se targuer d'aimer à ce niveau la violence et encore plus lorsqu'elle était adressée à sa propre personne. Un sourire fin orna ses lippes avant que son regard azuré ne replonge dans les méandres d'un paysage qui leur rappelait ses lois sans vergogne. Un paysage dont l'agressivité leur correspondait étonnamment bien, surtout aux Uller né en son sein et né pour répondre à ses desseins.

Immobile, une jambe repliée contre lui dont un bras reposait sur le genou à portée, son regard perdu scrutait alors l'astre solaire qui doucement reprenait ses droits renvoyant la nuit et son hostilité pour rendre la chaleur et ses rayons ardents qui en réalité étaient tout aussi dangereux pour les non-initiés. Malgré le changement de température, il ne se dévêtit pas car le désert imposait de rester couvert peu importe le moment de la journée. Son changement de position lui rappela les courbatures dont son corps était peint ainsi que la morsure encore ancrée en sa chair que le vent n'avait pu atteindre mais que la chaleur prenait plaisir à rappeler sans retenue, ce qui rendait tout autre blessure d'une douleur totalement inaperçue. Sa gourde trouva ses lèvres pour les hydrater autant que son gosier mais avec parcimonie avant d'être rejoint quelques instants après par la jeune femme qui indiqua rapidement la nouvelle marche à suivre, tandis que Dashkar trônait dans le ciel découvert depuis de longues minutes désormais. Sans rechigner le moins du monde, son pas se calqua à nouveau sur sa guide qui se déplaça avec autant d'aisance qu'auparavant. Sa démarche était également plus assurée, bien plus habitué à supporter la chaleur et à se mouvoir de jour. Sa traque consistait principalement en réalité à observer Anissa dont l'expérience était évidente pour tout regard posé sur ce corps se mouvant avec expérience et dans le but d'obtenir des informations explicites pour elle mais totalement inconnues à ses yeux. Une fascination évidente se dégageait de son regard posé sur les courbes de l'animal félin et carnivore qui cherchait ses semblables pour les déchirer et les découper telle un mammifère dominant. La lueur dans ses yeux indiquait bien davantage un désir évident à une telle maitrise du décor et ne faisait qu'accroitre son désir de chasse bien que la proie restait encore à définir car le plaisir serait peut-être bien plus décuplé à la chasser elle que les animaux qu'ils pourchassaient. Néanmoins, son esprit ne se laissa pas embrumé par cette envie car le besoin d'agressivité se reporterait avec intérêt sur les bêtes traquées. Découvrant au fil de l'avancée les signes annonciateurs d'un but bientôt atteint, sa discrétion s'accentua en rythme de celle d'Anissa. Lorsqu'elle prit la parole, son ouïe se fit plus pointilleuse découvrant avec plaisir les bruits décrits.

"Parfait, je te suis." murmura-t-il.

Leur avancée les mena de manière sûre vers les proies citées plus tôt. Les marques de leur présence étaient évidentes même pour lui qui n'avait peut-être pas compris les premiers signes plus tôt mais qui désormais les voyait sans difficultés au vu de leur présence évidente et surtout non dissimulée. L'exaltation le parcourait alors que ses muscles ne quémandaient qu'à passer à l'attaque rapidement. Mais point d'impulsivité dans la chasse, patience et rigueur signifiaient davantage la réussite qu'un empressement meurtrier. La cible apparut alors, accompagnée de deux autres proies tout aussi appétissantes. Une hyène. Animal bien bâti dont l'agressivité était palpable. L'arc dégagée d'Anissa et la flèche préparée indiquaient qu'elle était totalement disposée à attaquer. En réalité, lui aussi, décalant silencieusement sa lance de son échine était paré à s'approprier sa proie, son arc l'attendant en réalité toujours dans la forteresse de Denfert accrochée à la selle de sa monture. Mais pour la peine, la copie de l'acte de la jeune femme n'aurait pas été engagé ayant besoin d'un contact direct plus bestial et plus calqué sur son besoin du moment. Un sourire en coin orna ses lèvres alors qu'Anissa s'accorda le droit d'obtenir la proie la plus difficile.

"J'ai été largement entraîné pour pouvoir la prendre avec succès."

Nouveau rappel de leurs ébats ultérieurs avant que le sérieux ne revint indiquant l'attaque imminente. Flèche sifflante, première blessure, combat en approche alors que tous deux découvraient leur position pour se lancer sans retenue dans une perspective de réussite belliqueuse évidente. Regard carnassier, sourire meurtrier, lance bien maintenue, position dominante pour atteindre alors la femelle qui, dents découvertes et posture féline d'attaque, semblait tout à fait en position de défendre sa vie. Jeu de regard de longues secondes avant qu'elle ne s'élance, l'évitement étant la première solution mais l'affrontement brut lui correspondant bien mieux. Aussi l'accueillit-il avec un coup de lance bien placé qui fit jaillir les premières effluves de sang alors qu'il meurtrissait son flanc et qu'elle atterrissait sur son corps lui impliquant une position couchée le dominant de son poids. La repoussant au prix de griffures, ils reprirent tout deux une position d'attaque, chacun meurtri pour le plus grand plaisir du dornien. Une nouvelle femelle de qualité que le sourire sur ses lippes indiquait un plaisir évident à dominer. Pas le temps d'observer son amante pour se délecter de ses mouvements. Mais deviner comment elle se battait lui était possible par l'expérience vécue d'un échange étonnant mais particulièrement saisissant. Ses pensées retournèrent auprès de sa proie lorsqu'une nouvelle attaque lui fut desservie. Le combat dura un temps certain où échanges de coups, dominance réciproque et meurtrissures nouvelles s'enchaînèrent longuement et vivement. Un dernier coup de lance cependant indiqua la mort de l'animal au prix d'une nouvelle morsure sur le bras disponible. Morsure mi-profonde, la mort ayant altérée la force voulue par la bête. Haletant, son regard suivit l'écroulement corporel alors que le sang s'écoulait lentement de son bras se redressant de toute sa hauteur pour toiser la vaincue. Secouant d'un geste assuré sa lance, il en évacua l'hémoglobine encore présente, avant de sortir de quoi l'essuyer proprement. Le soin de son attirail combattif était important à ses yeux et laisser ses lances sans n'était pas une option intelligente. Réaccrochant alors cette dernière sur son échine, son bras reçut également quelques soins rapides avant que son regard ne se pose sur la jeune femme. Malheureusement, le combat ne dura guère plus pour lui permettre de pouvoir obtenir une observation intéressante. Tirailler l'animal était un but atteint et tout deux venaient de prouver leur talent de chasseur. Un sourire aux lèvres, se délecter cependant du corps de cette dernière était toujours possible et sans retenue, son regard balayant ses formes et ses courbes observant les ulcérations disponibles à la vue. Dans une ambiance guerrière, l'envie de s'approprier de nouveau Anissa le percuta et s'approchant d'elle, retenir une envie pressante de la plaquer contre lui avec dominance et d'agresser ses lèvres ne fut pas possible. Toute cette tension était quémandeuse et sa faim constamment renouvelée. Ses mains s'aventurèrent, demandeuses, affamées. Qu'elle le repousse, l'agresse voire encore le violente ne ferait qu'en rajouter à l'exaltation. Le désir légèrement apaisé, son regard scruta l'opposé alors qu'un sourire reprenait sa place sur ses lippes sauvagement utilisées.

"Dois-je préciser que j'ai apprécié cette chasse ?"
Son regard scruta la jeune femme avec un brin de sérieux oublié précédemment "Es-tu blessée ?"

Il était toujours intéressant de se renseigner sur l'état de sa comparse. Bien que cette expression n'impliquait pas une diminution de ses qualités et par conséquent, une dévalorisation. Davantage un intérêt marqué pour sa personne. Délaissant lentement la jeune femme, ses prunelles descendirent vers la hyène désormais décédée avant d'aller en biais vers sa propre proie qui gisait également sans vie non loin. Quittant son amante pour approcher celle-ci, il s'imposa une position accroupie pour pouvoir observer la bête étendue qui allait désormais faire partie de son palmarès. Une victoire dans les règles de l'art, la chasse faisant partie depuis tout temps du règne du monde, que ce soit entre les animaux ou y mêlant les humains. Se tournant à nouveau en se redressant vers la jeune femme, il reprit la parole.

"Comment procèdes-tu habituellement? Nous emportons les proies à ta demeure ou tu les utilises directement ?"


Les moeurs divergeaient selon les cibles mais également selon les souhaits des chasseurs. L'animal pouvait être utilisé dans divers buts : se nourrir ou se vêtir, voire encore décorer une demeure. Selon la réponse, la procédure également changeait. Certains consommeraient directement l'animal ou alors enlèveraient la peau directement pour ne pas s'encombrer de la bête entière. L'absence de préférence laissait les possibilités ouvertes aux souhaits de la jeune femme qui se tenait non loin de lui. Le seul inconvénient peut-être était l'absence de proximité entre la forteresse et le lieu où ils se tenaient. La marche avait impliqué une nuit et une partie de journée. Si emporter les proies semblaient être la priorité, peut-être que la distance poserait problème à obtenir de la qualité une fois rentré. Cet avis lui semblait intéressant à émettre malgré la conscience certaine que cette information était sûrement déjà présente dans l'esprit de sa partenaire.

"Vu la distance, peut-être serait-il plus intéressant d'user directement des disponibilités de ces bêtes. Qu'en penses-tu ?"

La décision finale lui revenait avec sûreté. Après tout, le territoire était sien, l'activité son quotidien, ses moeurs et désirs se devaient donc d'être respectés à la lettre par respect pour la pratique récurrente dont elle faisait preuve dans le domaine. Sa présence n'était qu'en qualité d'invité ce qui impliquait de garder nécessairement sa place, sans pour autant s'écraser, là n'était pas le but de la manoeuvre et de toute façon, ses pensées lui indiquèrent clairement que ce n'était à son avis pas le souhait de la concernée. Les barrières qui auraient pu se dresser entre eux étaient désormais abolies au vu de la proximité dont ils avaient fait preuve anéantissant toute pudeur de caractère l'un envers l'autre. C'était particulièrement ce qui lui plaisait dans cette relation nouvellement créée qui risquait de ne pas s'arrêter dans l'immédiat.
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Message Lun 28 Jan 2013 - 5:00

Il y avait eu les mots, il y avait eu la chair ; il y avait eu la nuit, il y avait eu la traque. A présent, tout revenait au sang. La fureur liquide s'ébrouait dans les veines de la Vipère, animal humain à sang bouillant et à caractère venimeux, qui, lance en main, contournait sa proie pour découvrir le flanc de la seconde, réservée à son amant. Du coin de l'oeil, elle capta plus qu'elle ne comprit – tout allait bien trop vite pour essayer de saisir autre chose que des impressions fugaces, comme des traits de couleur et des pensées plus percutantes que des coups de poing – que Daärim attendait l'assaut de son adversaire désignée. Elle n'avait donc plus à lui laisser la mire dégagée ; le mâle dominant que sa flèche venait de blesser et d'exciter à la fois posa sa mauvaise patte au sol, jappa, mais bondit aussitôt vers elle ; Anissa sourit. La plus grande des hyènes avait été troublée par la direction oblique de la course de la jeune « lady » et, s'élançant avec toute la force que la douleur pouvait donner avant de la reprendre, elle partit trop loin et trop fort : ses crocs se refermèrent sur le sable soulevé par le mouvement brusque que la Vipère avait entamé, virant de sens, dépassant sa cible pour la contourner. L'animal l'imita, sautant sur place pour volter plus vite, mais, déséquilibré par la flèche, il tenait de guingois, l'encolure plus basse que la croupe et l'élan considérablement tronqué. Sans pitié, mais pourtant sans haine, Anissa faucha de sa lance les pattes arrières de la hyène dominante, qui en tomba brutalement sur le côté, roulant légèrement sur le dos et découvrant une seconde le ventre tendre, faible et mou qui ne souhaitait qu’accueillir la mort et la lance. L'instant était magnifique et, bien qu'il fut familier, il n'était jamais banal. Le sang avait en commun avec la victoire que leur plaisir était toujours neuf, frais et renouvelé, qu'on ne s'en lassait pas, bien au contraire : il en fallait toujours davantage. La chasse était la véritable nourriture de son âme, la définition de son être ; elle vivait pour tuer, il n'y avait rien de plus naturel que ça. Anissa ne haïssait pas ses proies, elle les honorait, même, pour celles qui montraient une valeur suffisante. Perfide, oui, mais pas perverse, là était l'une de ses rares nuances. Trophées et fétiches étaient la mémoire de la force qui avait été celle d'un féroce ennemi et, s'il lui arrivait un jour de défier un bieffois comme elle avait combattu des brigands solitaires, elle le respecterait tout autant si le combat était beau. Ce combat là était splendide : la hyène, malgré sa médiocre posture, parvint à rouler davantage et ce fut au tour d'Anissa de mordre l'air plutôt que la chair, du bout du fer de sa lance. La fougueuse créature jappa de nouveau, de douleur comme de rage et, si les pensées d'Anissa avaient pu s'incarner, on l'aurait vu enserrer l'encolure du canidé avec une tendresse étonnante et une fureur renouvelée, étranglant l'animal pour le célébrer. Mais les fantasmes n'avaient cours que l'instant d'un battement de cœur et le prédateur aux abois l'élançait de nouveau vers elle, d'une façon nécessairement rendue chaotique par ses plaies comme le sang répandu ça et là autour d'eux, tachant l'or du sable riche d'une pluie ne faisant pousser que des fleurs de souffrance ; désespéré mais robuste, la hyène mettait toute sa puissance dans un nouvel assaut frontal que la vipère accepta d'instinct comme inévitable. Dans un réflexe que seuls les entraînements avec son père avait pu lui inculquer, elle prit une posture basse, pointa la lance en avant, légèrement au dessus de son adversaire, et abattit la pointe alors que ce dernier allait frapper de ses crocs la chair de la Vipère.

L'humeur carmine éclaboussa de sa main porteuse jusqu'à son visage, ourlant sa peau sombre de luisances aux reflets cuivrés comme son sol de naissance ; le souffle chaud de l'animal empalé par la gorge trembla une dernière fois contre le bout des doigts qu'il avait voulu arracher d'un coup de crocs ; son corps tressaillait avec vigueur, dans la danse terrible et pathétique d'une vie qui s'éteint. Anissa se redressa un peu, tout en se penchant vers l'avant, appuyant de fait davantage l'arme dans la chair de sa proie. Caressant de la main les babines de la hyène, elle frôla cette expiration ultime et fit mine de s'en saisir entre deux doigts, avant de la soulever et de la relâcher aux vents. Assurément, si son instinct religieux lui avait un jour soufflé une seule vérité, elle savait qu'avec ce geste, le dernier souffle de cette créature combative, et donc digne, continuerait de parcourir les dunes et renforcerait le désert en le battant de zéphyrs plus sévères. Elle s'aperçut alors qu'elle était essoufflée et son sourire renaissant s'en accentua jusqu'à en devenir une mimique barbare, entre la jouissance la plus atroce et la joie de retrouver un plaisir enfantin. Elle tourna la tête vers Daärim dans un mouvement allant de soi – ce qui la surprit à rebours juste ensuite – et vit qu'il dégageait sa lance du corps de la vaincue, avant de la nettoyer ; elle-même décida de laisser son fer se nourrir encore un peu de la chair du vaincu. Pensive, rêveuse, immobile, elle reprenait haleine, savourait la jouissance de la chasse accomplie. C'étaient décidément de belles journées qu'elle passait là. Son caractère abominable était parfaitement contenté. Après s'être bandé le bras, son amant l'approchait. Elle ne le regarda pas, bien qu'elle le devina faire et, quand elle sentit ces mains la saisir avec rudesse pour la plaquer contre lui, elle se laissa d'abord parfaitement faire, ne laissant échapper qu'un feulement ravi de prédateur satisfait. Non pas qu'elle fut brusquement devenue indifférente, mais elle était telle le reptile au matin, se baignant dans la chaleur féconde du soleil sanglant, quitte à se laisser approcher de trop près par un autre amateur de violence. Toutefois, rester de cire alors que ces mains revenaient parcourir son corps était impossible et, dans un grondement plus sec, mais plus profond, elle se lova contre lui pour claquer sa hanche contre les siennes, répondre à son baiser forcé une morsure vive et un baiser plus tendre, quoique tout aussi appuyé ; elle riait alors qu'il arracha une fin à leur étreinte. Était-elle blessée ? Non – bien que sa main aurait pu appartenir à une gueule de hyène à une petite seconde près, et qu'elle en soit parfaitement consciente. Elle se contenta d'une dénégation brève, avant de porter le regard sur le bras de son amant et de veiller d'un œil critique sur la gravité de la plaie : la morsure était assez profonde, mais le saignement se tarissait. Une écume envieuse lui monta aux lèvres et, alors qu'il se détachait d'elle, elle happa d'une griffe légère une goutte de l'humeur vitale du Forrest pour la porter à ses lèvres. C'était manifeste : elle avait encore envie de lui – pas vraiment de sexe, pas exactement de sang : de lui. Il parlait de choses pratiques, elle le dévorait littéralement des yeux en l'écoutant ; dents faiblement découvertes et expression sans faux semblants. Beaucoup d'hommes auraient fui la région à être ainsi observés, mais elle ne connaissait déjà que lui pour l'avoir suivie jusque ici, dans le secret des chemins qu'elle ouvrait dans le désert.

Ce sentiment étrange l'accompagnait toujours à le jauger, mais elle commençait à s'y faire. Il était devenu quelqu'un de brusquement familier, sans attente, sans longues cérémonies, seulement comme deux fauves se jaugeant l'un l'autre en humant la fragrance de leurs museaux blessés par les assauts échangés. Mieux que s'y faire, elle l'acceptait et, si elle s'était surprise elle-même à le chercher des yeux sitôt la chasse accomplie et la vie terminée, elle entendait à présent parfaitement la raison qu'elle avait eu de le faire : s'il n'était pas de son clan et si elle n'avait pas de meute, il était l'être le plus proche de correspondre à une idée de semblable ou de compagnon. Avec son instinct désarmant de puissance, elle l'intégra, avec sa pudeur surprenante de vigueur, elle ne lui en montra rien de plus que ce qu'elle avait déjà esquissé. Aux questions lancées, elle répondit après une seconde dédiée à leur maturation.
    « Je n'ai pas d'habitude, je fais selon le cas. Elle embrassa les alentours du regard. Le sang attire les charognards, mais jamais quand il est frais et il a beaucoup coulé, nous serons tranquilles pendant quelques heures par ici. »

Anissa darda un regard lent et attentif aux alentours encore, pour finir par désigner un point assez lointain et à peine visible. Si la nuit lui avait permis de garder ses repères grâce à son habitude du désert, de ses pièges et de sa façon, elle avait traversé ce début de journée en ayant un objectif principal en tête, sans trop chercher d'autres commodités. Le premier abri à portée d’œil ferait donc l'affaire – après tout, ils s'étaient déjà permis le luxe d'avoir dormi.
    « Là, il y a un repli de roche, traînons les proies jusque là. On en prendra ce qu'on voudra. Heureusement qu'elles sont de belle taille. »

Elle déglutit une salive plus lourde de désir que d'appétit, deux aiguillons qui ne semblaient pas finir de piquer son âme, sans jamais pour autant égratigner la satisfaction née de tous ces combats récents. Elle glissa un regard presque malicieux envers son compagnon de chasse, mais d'une augure que d'aucun aurait jugée sombre, puis siffla une très brève confession.
    « J'ai tellement faim encore. »

Elle agrippa la hampe de sa lance des deux mains pour soulever sa bête, lourde, massive et à présent inerte, faisant levier du genou pour la hisser lentement et lui découvrir le ventre. Fouillant sa botte gauche pour en tirer un couteau très primaire, mais effilé et manifestement utilisé tous les jours depuis bien des années, elle éventra la hyène encore parfaitement chaude et souple d'un coup sec, laissant les entrailles et leurs fragrances se répandre alentours. Elle y tailla vivement, avec la ferveur de son jeune âge, mais toute l'expertise que les longues années déjà passées à ainsi traiter la chair lui avait confiées. Ainsi débarrassée de ses tripes impropres à la dent sans un traitement long, fastidieux et très peu productif quand on traitait avec les entrailles plus dures et plus fétides d'un carnivore, sa proie était à présent assez légère pour qu'elle puisse tirer par les pattes arrière sans trop peiner. De plus, les lambeaux de chair divertiraient les autres hyènes, qui veilleraient à ne pas recroiser le chemin de la mort pour la journée, tout en obnubilant d'autres charognards par leur facilité d'accès, leur permettant ainsi de travailler les bêtes sans devoir repousser de téméraires profiteurs. Elle en avait bien évidemment gardé le cœur, bien qu'ayant fouillé haut pour jeter les poumons qui n'étaient pas à son goût – spongieux, mou et fade – et prit garde à taper les flancs creux de la hyène éventrée pour plaquer la chair moite contre la peau tailladée et que le sable ne s'y glisse pas, ou pas trop, gardant ainsi une saveur plus intacte à la bête. Offrant sa lame familière à Daärim dans un geste très significatif pour elle – seul son frère avait eu le droit de porter la main jusqu'alors sur ce petit poignard sans charme – mais dont elle ne souligna nullement la portée, elle le laissa faire de même s'il le souhaitait, avant de commencer à traîner sa proie vers le roc sous lequel elle serait dévorée.

L'ombre du rocher était la bienvenue, sur ses plaies comme sur son humeur. Anissa avait beaucoup fait, beaucoup expérimenté et, si elle n'était pas de celles qui avaient peur – loin s'en fallait – elle savait reconnaître qu'il y avait un temps pour maturer. D'abord, et c'était un rituel chez elle, elle déposa sa proie, avant de tirer sa chèche pour découvrir son visage et en effacer les fragments maintenant secs et graisseux de sang qui l'avaient éclaboussé, ensuite elle s'installa aussi confortablement qu'il était possible de le faire et entreprit de soigner ses armes, les débarrassant des humeurs, des lambeaux et des morceaux divers que la chasse leur accolait. Elle vérifiait également leur état, si une faiblesse y était apparue, si un éclat menaçait l'ensemble, puis enfin, elle revenait à sa proie. Elle aimait assez laper quelques gouttes carmines, mais, contrairement à la rumeur, elle ne mangeait pas cru, ou alors une bouchée à peine : c'était un bon sens élémentaire de chasseur, qui lui avait été fermement inculqué. La viande, surtout celle d'autres prédateurs, se devait d'être cuite, au risque de rendre malade – et l'idée d'être terrassée par un fragment de chair inerte lui était des plus désagréables. Faire du feu était heureusement proverbial à Denfert et « lady » Uller savait faire honneur à son rang comme à son nom : un petit feu étroit, plus fumant que craquant, mais parfaitement à même de griller de la chair fut allumé. Taillant des lanières dans le muscle de la patte qu'elle avait blessée, elle commença à manger, d'abord en silence.

Et elle aurait pu s'en contenter. Mais il y avait quelque chose dans son compagnon de voyage qui n'avait de cesse que de capter son attention et, alors que la plupart de ses pensées étaient tournées vers son adoration du désert et du bonheur aussi vif que sauvage qu'elle en tirait, elle ne pouvait s'empêcher de revenir à ce bleu si intense qui emperlait les yeux de cet homme à ces côtés ; elle ne parvenait pas à s'empêcher de s'interroger en elle-même sur quelques mystères qu'elle croyait sentir l'entourer. Plus que tout, ces énigmes l'intriguait, quand, d'ordinaire, le bois et les tourments de ceux qu'elle était amenée à côtoyer ne l'intéressaient que lorsqu'ils lui étaient exposés et, alors, elle s'en moquait surtout, si ce n'était pas qu'elle s'en servait pour blesser. Là, les choses étaient singulièrement différentes. Ce n'étaient pas des faiblesses qu'elle voulait découvrir, c'était... C'était autre chose. C'était différent. Elle rit spontanément, d'un rire bref et bizarre car sans sujet, mais ce son avait percé son mutisme et elle souffla alors, d'une voix plus basse et moins rauque à la fois qu'à l'accoutumée.
    « Tu n'es pas un homme ordinaire, Daärim. »

Entre ses lèvres, c'était tout à fait un compliment. C'était, à vrai dire, presque un aveu d'agrément trop direct pour la Vipère. Mais si elle n'était pas une créature démonstrative, elle n'était ni lâche, ni manipulatrice. Quand quelque chose avait le grand malheur de lui plaire à ce point, elle ne cherchait pas à s'y soustraire, encore moins à s'en excuser. Ce jeune homme n'était pas une chimère, pas une bête, pas une aberration comme certains murmuraient qu'elle même en était, pourtant, il avait été le premier à percer la forteresse de Denfert jusqu'à y débusquer son reptile le plus fameux et le plus immonde. C'était certes son premier amant, mais cette fonction aurait pu être prise plus tard par un homme de passage, plus robuste, plus violent, mais qu'elle aurait voulu passablement insipide, afin de répondre à un besoin et à une curiosité sans entraver en rien sa liberté, ni encombrer son expérience d'une émotivité ou d'une présence importunes. Oui, il était son premier homme, mais au delà de ça, il était surtout le pionnier parmi les étrangers à avoir pu l'approcher elle, et non pas son mur de brusque hostilité et de farouche sauvagerie, d'abord fière de son domaine, ensuite revendicatrice de ce mode de vie parmi les plus rudes et les plus sévères. Elle venait d'englober l'idée, mais elle n'en était pas moins intriguée par lui, par ce qu'il pouvait être. Le feu craqua légèrement, une fumée un rien plus acre s'en dégagea : il ne serait pas long à mourir. Anissa découvrit un rien les dents dans une mimique entre l'attention et la morsure imminente.
    « Je t'avais déjà croisé de loin, mais je ne m'étais jamais vraiment demandé. Qu'est-ce que tu viens chercher à Denfert ? »

Elle fronça très vaguement les sourcils, portant à ses lèvres un lambeau de viande pour le mâcher vivement et le déglutir promptement. Il y avait quelque chose qu'elle voulait faire passer, un sentiment qu'elle avait elle même le plus grand mal à définir ; et bien que très loin de regretter de ne pas savoir trouver des phrases raffinées et délicieuses pour enrober de sucre des mots qui en devenaient creux et insipides, elle chercha manifestement ses mots, avant d'opter finalement pour les premiers qui lui venaient. Avec l'appui de son regard, elle ajouta alors d'un ton plus explicite que la formule trouvée sur ce qu'elle pouvait entendre par là.
    « Qu'est-ce que tu viens vraiment chercher. »

Beaucoup de femmes auraient alors voulu prouver leur proximité nouvelle, affirmer dans le geste ou le verbe la confiance qu'on pouvait leur apporter, l'affection nouvelle tissée, mais il n'en était rien. Anissa n'était pas une femme tendre, encore moins délicate, surtout pas mièvre ou avenante, aussi, alors qu'elle montrait pour la première fois ou presque de sa vie du souci sincère pour un étranger aux trois personnes de son sang direct, elle ne fit rien d'autre que le regarder en coin, un peu de sang et de chair au bord des lèvres, tandis qu'elle fouillait sans la moindre élégance du bout de ses ongles ses molaires, pour les débarrasser d'un fragment de nerf qui s'y était coincé. Assise comme elle l'était, à demi en tailleur, un coude sur le genou, le dos voûté et la tête penchée, elle avait autant de sophistication qu'une roche nue et gravée par les seuls vents qui la fouettaient et n'avait que le charme qu'on pouvait trouver à une lame brute, qui blessait la main voulant la prendre, qui était incommode au possible, pourtant, c'était peut-être là, en cet instant, qu'elle était la plus prévenante et, quelque part, la plus féminine avec lui. Il n'était pas un homme ordinaire ; elle n'était pas plus commune que lui.


Dernière édition par Anissa Uller le Mar 12 Mar 2013 - 1:06, édité 2 fois
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Message Lun 11 Fév 2013 - 23:27

Un combat mortel, un ascendant puissant, un vainqueur et un mort, une aura jouissive d'une victoire méritée, un désir ardent de réitérer des violences physiques, une présence féminine répondant aux attentes. Tant de données, tant de ressentis, tant d'émotions mêlés dans une sphère interne ne répondant qu'à deux événements récemment réalisés. Son état actuel, en partie apaisé, quémandait néanmoins de profiter des bienfaits d'une telle échauffourée. Cependant dans l'immédiat, s'accaparer les lippes tentatrices de sa partenaire avait été le premier acte promulgué à la suite. Un besoin pressant de proximité dominatrice dont il avait déjà précédemment user. Ils avaient fait preuve de patience, de fougue et d'agilité pour pouvoir s'emparer de deux vies animales répondant à un désir de chasse. Ce domaine de prédilection n'était pas le sien néanmoins, l'appréciation n'était pas feinte et un tel acte après un échange charnel aussi puissant que celui concrétisé, le tout avec la même personne, cette jeune femme découverte dans sa réalité depuis peu et dont, à son jugement, imposer l'ignorance allait être totalement impossible à réaliser. De tels ébats, une telle complicité, tout ceci n'avait aucun précédent et le profit découlé ne pouvait guère être minimisé. L'apaisement et la jubilation accouplées qu'il pouvait ressentir était salutaire dans un sentiment de vie tiraillé et particulièrement éprouvant. S'éloigner de la jeune femme était davantage appréciable qu'y revenir lui apporterait une accumulation de plaisir. La douleur ignorée mais en même temps irradiante dans son bras blessé en rajoutait aux ressentis physiques qui arpentaient sa chair depuis la vieille au soir. De tout temps, la douleur était son alliée bien plus qu'un poids à supporter. Depuis les tensions meurtrières l'incommodant mais également le détruisant à petite feu ternissant à tout jamais la relation avec sa jumelle, les inconvénients physiques et les blessures évidentes lui permettaient d'apaiser l'agressivité récurrente et l'impulsivité violente qui le parcouraient quotidiennement et avec une hargne sans précédent. Observant les bêtes affalées sous le poids de la mort, la dominance qui en découlait le remplissait de contentement. Ce n'était cependant pas dans le but égocentrique de rabaisser l'autre mammifère étendu non loin de lui. D'égal à égal ils avaient combattus et la victoire avait été sienne. Seul ce sentiment lui apportait le bénéfice de jouir d'une victoire accomplie. Une discussion d'ordre davantage pratique avait outrepassé ses lèvres pour se faire entendre auprès de sa compagne de chasse et précédemment son amante. La réponse lui indiqua une absence de routine et par conséquent d'habitudes que ses connaissances auraient cru arborer de la part d'une chasseuse hors pair. En y réfléchissant, la Vipère correspondait davantage à ce rythme de fonctionnement qu'à des actes répétés et identiques qui auraient tôt fait de lasser. Ses prunelles azurées tournées vers la peau maculée et métissée de la jeune femme lui permirent d'observer à nouveau ses courbes désirées et son corps qui avait tant arpenté la chair de la Vipère du désert. Ses connaissances étaient étendues et la maîtrise était tellement éclatante que cela ne pouvait qu'accentuer la fascination de cette fille Uller.

Le silence se fit dans ces abords désertiques tandis que la jeune femme semblait chercher dans les alentours une suite à leur cavalcade. Respectant ses intentions, il patienta le temps nécessaire à sa prise de choix et à l'imposition de cette dernière. Cela ne tarda guère et l'exécution vers un lieu dont l'existence ne l'avait pas percuté lui apparut dans les propos de la jeune dornienne. Ses yeux étaient affûtés, bien davantage encore que les siens pourtant rodés à oeuvrer à la détection des choses subtiles. Cependant, la chasse ne correspondait forcément pas à ses moeurs personnelles. Ainsi, l'appréciation s'en faisait rajoutée de la voir exceller. Une acceptation taciturne accompagnait l'information formulée. Les paroles suivantes le firent observer plus longuement de ses prunelles bleutées la fauve exhiber un appétit vorace dépassant de loin celui de ceux désormais décédés. La voir demandeuse de plus, pas seulement ce qu'il venait de se passer, d'un tout qu'il pouvait ressentir également et qui communiait aisément en répercussion à ce qui venait d'être dit. Cette jeune femme semblait être une perle rare et le naturel qui les rapprochait l'un envers l'autre ainsi que la faculté évidente de se laisser totalement aller était un comportement bien agréable. Son regard ne faisait qu'attiser son propre appétit alors qu'elle sembla s'atteler à soulager l'animal de biens hérités par la création même de son être. Sa façon de le dépecer l'excita amplement non pas par un sentiment malsain mais davantage par l'assurance qui découlait de cet acte et du sang qui trônait aisément sur ses mains telle une carnivore et une assoiffée de chair qu'elle était. Cet ingrédient de sa personnalité ne faisait que lui donner envie de goûter encore amplement ce plat savoureux dont elle était la conséquence. Ce dépouillement avait un caractère fascinant tandis qu'une fois terminé son regard fut happé par un nouvel élément que représentait le couteau qui lui était ainsi offert pour engager le même acte par lui-même. Un instant court s'insinua entre la proposition et l'acquisition de ce bien partagé. S'en emparant mêlant sa peau au sang d'une de leur victime, ses pas le rapprochèrent de sa propre cible qu'il allait alléger de lui-même malgré l'inexpérience évidente d'un tel agissement. Mais son regard avait observé et s'était emparé des techniques et de la réalisation engendrée par sa comparse, aussi, posant genou à terre et préparer la posture de l'animal, il déchira la chair de la lame aiguisée et habituée pour trier lui aussi les éléments ingrats à leur utilité.

L'animal bougé et posé agilement et précautionneusement sur son épaule lui permit de l'emporter avec aisance vers la jeune femme déjà installée à l'endroit clé qu'elle avait cité plus tôt. Prenant place, l'animal trônant de nouveau au sol avec délicatesse usée pour ne pas abîmer ce qu'ils comptaient garder, ses prunelles se posèrent à nouveau sur le corps féminin à ses côtés en silence alors qu'Anissa s'occupait de créer un feu parfait pour s'alimenter, plantant son couteau fraichement essuyé dans le sable auprès de son séant pour lui permettre d'acquérir à nouveau sa possession. La chair crue n'avait jamais et ne serrait jamais son fort. La viande faisait partie intégrante de son alimentation mais il l'aimait cuite et prête à la digestion adéquate. Etre assis ainsi dans le désert, sous la chaleur écrasante, endolori par un combat prenant et amusant était particulièrement jouissif. Ses responsabilités et les tensions de son quotidien lui semblaient particulièrement loin. Son seul objectif et la seule cible de son attention se trouvait à quelques centimètres de sa personne. Ses prunelles avaient clairement des difficultés à lâcher la jeune femme des yeux. Tous ses actes entraînaient attirance. L'imitant, se rendant compte que son corps exploité réclamait également pitance, il s'appropria de la chair fraîche et après cuisson se procurera le plaisir de dévorer de cette façon si primaire mais en même temps particulièrement plaisante cette nourriture gagnée au pris d'une blessure dont il n'avait cure. Ses mains et son corps avaient également été partiellement décrassés de ce liquide chaud et carmin qui avait exalté ses sensations sur son derme. La sensation entre ses dents et sur sa langue lui semblaient meilleure que tout ce qu'il n'avait mangé dans le passé. Etait-ce plus sensationnel de s'alimenter de ce que l'on avait gagné par soi-même ? Son jugement semblait s'orienter vers une telle pensée et il s'en délecta. Son regard ne cessait d'arborer une brillance signifiant un contentement perpétuel face à un tel contexte. Un rire brisa le silence inaugurant à nouveau le début d'une conversation lorsque le phonème de son interlocutrice raisonna dans leur abri improvisé tandis que son regard azuré se délecta à nouveau de la physionomie de la jeune femme. Les paroles le firent particulièrement sourire. La connotation positive qui en découlait était évidente, il la percevait aisément sans aucune difficulté.

"Tu n'es pas femme ordinaire non plus, Anissa. La teneur de ton caractère ne m'étonne cependant pas au vu de l'environnement dans lequel tu as vécu mais surtout par rapport à l'homme qui représente ton emblème paternel. Mais cela n'enlève en rien à la rareté de ta personne et au plaisir évident d'en avoir découvert des facettes."

Daärim n'était pas homme avare de compliments mais se retenir d'en formuler lorsqu'une proximité si imposante était de mise n'était pas dans ses habitudes. La jeune femme ne pouvait soupçonner à quel point son être attirait le jeune dornien. Cette virulence, cette fougue, cette violence et cette cruauté le tout parsemé d'une féminité minime mais pourtant évidente à ses yeux donnaient une femme en tout point parfaite pour se montrer sous un jour naturel. Un fragment dornien qui complétait exactement le sien. Son homonyme de sexe opposé qui retenait parfaitement son attention. Cette information était dans son esprit évidente car une certaine expérience depuis quelques années s'était déployée concernant les femmes et l'intérêt qu'il pouvait leur accorder. L'idée même qu'il était le premier dévoré sur le passage de la Vipère lui semblait impossible. Mais la question ne se posait pas davantage en réalité. L'importance d'une telle information était davantage pour la concernée mais le sujet ne semblait guère être amené sur le tapis, ainsi cela ne demanderait nullement qu'il s'en réfère. La question formulée le surprit néanmoins bien qu'aucune expression particulière vint colorer son faciès. Le moment où ils s'étaient croisés remontaient à plusieurs années et depuis jamais ni l'un ni l'autre n'avait cherché à s'informer davantage sur la personne que représentait la fille Uller ou le fils Forrest. Sa relation se déterminait bien davantage à son lien avec Rennifer. L'accord de leur maison passait par les Lords respectifs mais pour sa part, son attachement particulier se rapportait à l'aîné qui lui avait inculqué bien des choses depuis son escapade dans le désert à ses côtés. Mais ses prunelles posées sur son interlocutrice ne lâchèrent pas la demoiselle tandis qu'elle persistait dans son questionnement qui semblait receler d'un sous-entendu tacite mais évident de deux êtres qui s'étaient trouvés sans clairement avouer la proximité explicite mais inavouée qui les rapprochait. Après sa reformulation, le silence s'imposa de lui-même tandis que la chair qui jadis trônait dans sa main était déglutie et dévorer par son organisme et que ses prunelles passionnées dévorèrent désormais la jeune femme, un sourire légèrement en coin toisant ses lippes. Ce qu'il allait formuler était un fait su mais jamais exprimé également. Néanmoins, sans pouvoir le négliger, une nouvelle donnée venait se rajouter à cette information qu'il allait clarifiée après un silence qu'il ne tenait guère à briser trop vite.

"Ce que je viens réellement chercher ? A Denfert, je viens chercher l'apaisement et ce qui me permettra d'être un dornien digne de ce nom en accord avec mes croyances. Ta forteresse est une seconde maison pour libérer mes pensées. Ton père, un guide qui je respecte autant que j'y suis attaché. Voire même que je respecte plus que je n'y suis attaché. Sa sagesse, sa combativité, la ligne directrice de ses actes, tout m'apporte réflexion et orientation. Je pensais que cela suffisait amplement mais ... dernièrement me voilà en possession d'une nouvelle connaissance que je ne peux désormais ignorer. Et le plus intéressant est qu'elle se trouve également à Denfert. Et que je suis persuadé qu'elle va contribuer à mon épanouissement personnel, dans un tout autre domaine pour lequel je ne me suis guère encore profondément investi. Enfin... Sur le long terme. Sur le court terme j'en ai eu un aperçu particulièrement jouissif qui m'a littéralement fait succomber."

Son regard s'était accentué, sa malice intensifiée, sa passion exacerbée. Les propos s'apparentaient le plus à une déclaration pour un homme qui n'avait point de problème à user de la verve offerte par la noblesse de son rang mais qui n'était néanmoins pas de ceux qui offraient aisément une telle intensité de sentiments. Ces propos ne sous entendaient point un ressenti que formulerait deux jeunes gens épris. La passion dévorante qui les avait uni trouvait un caractère bien différent de ce que les personnes ordinaires pouvaient vivre. Leurs étapes étaient totalement différentes du fonctionnement considéré comme usuel. Leur proximité avait abolie toutes les barrières avant même de savoir qui était vraiment l'autre. Et pourtant, leur cheminement les avait permis de se connaître bien davantage que s'ils n'avaient user des fioritures sociétales engendrées par la noblesse. BIen que la première fois qui lui ait chamboulé la tête était représentée par sa jumelle, la présence à ses côtés n'exprimait en rien cette allure sophistiquée que le sang de son sang arborait constamment. Et pourtant, le désir et l'excitation que ce fait provoquait chez lui n'était pas feint. Sans douceur et sans signe avant coureur, il s'empara du bras de son amante pour l'attirer à lui sans demander son consentement et leurs faciès devenus davantage proche, son regard pénétrant la darda un instant avant que sa langue lentement ne vienne caresser la commissure de ses lèvres pour posséder le sang délaissé. La regardant de nouveau ensuite, il en joua sur ses propres lèvres comme un prédateur affamé qu'il était. Puis, de la même manière qu'il s'était accaparée d'elle, sa main se desserra de son bras pour la laisser reprendre la place qu'elle souhaitait. Malgré la dominance à égalité entre eux, ne pas imposer la sienne se révélait difficile, cela faisait partie de leur attitude. L'un dominait l'autre avant que l'autre ne reprenne le dessus. Comme il l'avait fait ultérieurement et qu'il le ferait encore, le détachement se fit ressentir alors qu'il reprenait de la chair censée le nourrir. Ses prunelles se posèrent alors sur la jeune femme de nouveau.

"Quelles sont tes attentes, à toi ? Etre la fille de Rennifer comprend sûrement certaines implications, des attentes de sa part ? Comment vois tu ton avenir dans notre contrée en perdition ? Tu n'es pas femme à patienter, tes actions pèsent tout autant que tes pensées. "

Compliment également de tels propos dans les lèvres du jeune dornien. Une femme d'action avait davantage de mérite qu'une femme de réflexion. Sa soeur arpentait bien davantage ce dernier domaine ce qui la rendait particulièrement dangereuse. La question s'orientait vers un autre domaine mais tout aussi important pour leur jeunesse confrontée à des aspects bien différents de leur aîné à une époque troublée pour leur terre natale. Néanmoins, l'approfondissement n'était pas obligatoire. A travers ces propos, il tentait bien davantage d'en apprendre sur son amante que de sceller les propos dans une direction politique. Pas besoin de conflits verbaux en cet instant.

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Message Mar 12 Mar 2013 - 2:22

Sang, chair et violence l'avaient comblée un instant. Le regard partagé entre les yeux d'océan de son amant et l'air flottant au dessus des dunes, que la chaleur harassante du soleil faisait danser tout autant que le feu mourant, la Vipère sentait son corps comme son esprit se lier dans une sensation de plénitude douloureuse, que ni la cuisante atmosphère, ni les plaies récentes que le sel et le sable agaçaient ne pouvaient troubler. Bien au contraire, elles en faisaient partie, mettant en valeur par leurs pointes brillantes et poisseuses tout ce que l'instant avait de parfait à ses yeux. La victoire valable, le sacrifice honorable, la compagnie valeureuse, tout ceci était les perles de sa vie et, si elle en avait trouvé beaucoup à fleur de désert, tant avec son père que son frère – la fréquentation de sa mère ayant d'autres vertus, mais certes moins martiales – celles partagées avec le second héritier des Forrest avaient quelque chose de tout à fait singulier, qui se nommait l'attraction. Elle obéissait à Rennifer parce qu'il était son père, elle couvait Otton parce qu'il était quasiment son petit, mais le sourire de Daärim faisait naître en elle quelque chose d'inconnu, qui forçait son rictus à s'adoucir de sensualité, qui forçait ses lèvres à s'entrouvrir, sa peau à appeler ses mains. Aussi, lorsqu'il la considéra pour répondre avec une expression à l'aménité grandissante, elle se sentit un rien liquide, légèrement plus flottante, essuyant du bout de sa langue l'extrémité de ses doigts dans un geste involontairement évocateur. Il trouvait qu'elle était rare, il avouait avoir eu du plaisir à la découvrir : elle se sentit flattée. C'était un émoi bien étrange pour la fille du vieux lancier.

Lorsqu'elle eut posé sa question inquisitrice, sur les motifs qui avaient poussé celui qui était devenu son amant à venir jusqu'à Denfert et jusqu'à son lit, il laissa courir un silence qu'elle ne brisa pas, revenant au vent qui caressait le sable, qui emportait loin d'eux le dernier souffle de leurs proies puis, sans violence cette fois, il reprit la parole, pour énoncer avec une franchise qui ne l'étonna pas – elle était faite de la même eau vive, sans détours et sans ornements – mais dont le sens s'insinua avec lenteur en elle, tant elle était peu coutumière de ces aveux d'intérêt vif. On avait déjà, vaguement, vainement, tenté de la séduire, quelques pauvres erres avaient déjà érodé diatribes et poèmes envers elle, le plus souvent sans trop d'insistance tant elle pouvait les moquer – le plus tenace ayant été Asafa qui, malgré ses moqueries, ses violences et même celles de son père, n'avait encore de cesse jusqu'il y avait peu de lui lancer quelques mots doux qu'elle aurait voulu pouvoir déchiqueter à même l'air. Mais après cette violence, après cette étreinte, après cette chasse, cette tranquille déclaration s'apparentait à une mise à nu d'âme qui lui était parfaitement étrangère. Les Uller, extérieurement, n'aimaient rien ni personne, pas même les leurs ; pourtant, ils s'aimaient beaucoup. La vérité était qu'ils ne se le montraient pas, ou très peu, et assez mal. Rennifer adorait sa fille et celle-ci le lui rendait bien, toutefois ils n'avaient jamais voulu, ni eu le besoin, d'exprimer autrement leur attachement que par des incessants combats. Alors, face à elle, quelqu'un dont elle s'estimait si récemment et si parfaitement proche lui exprimant sans pudeur ni gêne apparente un sentiment si profond ne put que l'affecter. Son visage perdit en expression, gagna en gravité, la Vipère saisit les secondes que le silence revenu égrenait pour mieux comprendre, pour bien saisir ce regard qu'il lui dardait et qui la traversait de part en part. Pour finir, elle hocha la tête, en guise d'acceptation ; cette réponse était faible, mais ce mouvement était tout. Il signifiait qu'elle lui permettait d'ainsi parler, d'ainsi s'ouvrir à elle, lui présentant la chair de ses émois aussi directement sans qu'elle ne s'efforce par nature prédatrice que lui déchirer les entrailles au travers de ce flanc qu'il venait de découvrir. Elle sourit enfin, les yeux plissés, le regard suave ; elle lui accordait la réciproque, sans un mot, sans un cri, sans démonstration immense. C'était déjà bien assez clair, du moins le pensait-elle. Anissa n'était pas de celles qui se sentaient contraintes à se justifier ou à rendre clairement ce qu'on pouvait leur offrir – si elle rendait jamais quelque chose d'autre qu'un rire acide. Mais de l'aigreur, il n'y en avait aucune, aussi lorsque Daärim lui agrippa le bras pour l'attirer à lui et se pencher sur ses lèvres, elle étira le cou, ferma presque les yeux, frôlant avec un plaisir évident ses lèvres des siennes, le laissant jouer comme il l'entendait. Lorsqu'il s'écarta, elle le tira sèchement à elle à son tour, lui dérobant un baiser aussi fort que bref. Ils s'écartèrent naturellement ensuite, sans se séparer ni se refroidir, dans le même mouvement coulé, elle récupéra la lame qu'il avait nettoyée et qui était plantée entre eux deux, pour la remettre dans sa botte.

Elle écrasa le feu devenu inutile après un nouveau silence, renversant du sable sur les braises rougeoyantes qui s'étouffèrent sans autre son que le glissement soyeux du drapé ocre qu'elle aimait tant fouler. Son amant reprit la parole tandis qu'elle s'occupait de lier chair et pattes restantes de sa proie en un paquet approximatif, qui n'avait rien d'élégant, mais qu'elle voulait efficace, elle releva vers lui un visage paré d'une expression d'intérêt qui ne se cachait pas, ainsi que d'un sourire naissant au coin de ses lèvres. Sa mère Enola les aurait croisé ainsi, seulement de loin, à peine une poignée de secondes, qu'elle aurait demandé à ce qu'on dissimule le cheval du Forrest et qu'on ne le laisse repartir qu'une fois des fiançailles promises envers sa fille, tant il aurait été criant pour elle qu'une telle attitude de la part de sa fille ne pouvait signifier qu'un agrément qu'elle ne lui avait jamais vu. Mais encore une fois, elle ne lui témoigna rien de plus que ce regard légèrement plissé, velouté et rare, ainsi que cette moue à la fois amène et gourmande qui aurait fait reculer bien des lanciers appréhendant de se faire dévorer dans la seconde. Comment voyait-elle l'avenir de leur Dorne, qu'il avouait juger immédiatement comme « en perdition » ? Assurément, si le Forrest au faucon s'entendait à ce point avec son père, il devait y avoir quelques raisons ; la Vipère comprenait que celles-ci n'étaient pas que martiales et circonstanciées. Au delà du sang, elle approuvait d'elle-même, ce qu'elle trahit par un hochement de tête, avant de répondre.
    « La politique m'ennuie, les intrigues empestent l'air. Habiller les problèmes pour leur donner une gueule acceptable, c'est une manière de Bieffois. Elle découvrit un instant les crocs. Mon avenir, je le vois dans la guerre. Si notre Prince et sa maison ne veulent pas chasser les étrangers, moi, je ne les accepterais pas. Ils ne marcheront pas en paix devant moi. »

Elle tira une gorgée d'eau de l'une de ses outres, épongea son front furtivement avant de rouler son chèche autour de ses traits et de glisser.
    « Je sais que notre terre peinera à se défaire des alliances qui se nouent et qui l'entravent comme du lierre. Mais mon père ne renoncera pas, je ne renoncerai jamais et j'apprendrai à mes enfants à ne jamais le faire. Que je reste à Denfert ou non, je continuerai à respecter le désert. Donc à en chasser les indignes. »

Son sourire s'affirma. Avec naturel – ainsi qu'un ton plus léger, presque espiègle ou désinvolte – elle ajouta.
    « Où je serai, la fonction qui m'échouera... Mon père avait cherché des alliances à travers moi, mais j'ai des goûts particuliers. L'insinuation lui étira un sourire féroce sur ses lèvres encore légèrement ensanglantées. Elle reprit d'un ton plus ferme et plus plat. J'aviserai selon ce qui présentera. Je n'ai pas envie de me lancer dans le petit jeu des intrigues et des calculs. Je suis ce que je suis et je resterai Dornienne en tous points. Le reste suivra ou périra. »

Elle darda un regard à la course du soleil, aux alentours ensuite, dans ce qui sembla être une méditation longue et lente, étirant chacun de ses membres d'une façon tout aussi appliquée que pensive, pour finir, elle se laissa aller en arrière, accolant le haut de son échine et la base de sa tête contre le roc qui leur servait d'abri. Le jour serait encore long de quelques heures, ils s'étaient bien dépensés, ils étaient deux et pouvaient veiller, leur repli n'était pas terriblement inconfortable, aussi elle décréta.
    « On va rester ici, jusqu'à ce que le jour décroisse. Une fois qu'il le fera, nous pourrons rentrer. Mon père sera peut-être déjà là, dans ce cas je te laisserais à lui. Dans le cas contraire... »

Un petit éclat de rire, mauvais et amusé à la fois, fendit l'air brouillé par la chaleur battant les dunes.
    « … Ne compte pas trop rester tranquille. Je n'ai pas encore tout à fait fini de t'éprouver. En attendant. »

Elle lui darda une de ces œillades singulières et puissantes, semblant hésiter entre deux rives, dodelinant de la tête comme un bateau aurait gîté. Pour finir, elle ouvrir le bras, posant une main qui ne se voulait pas trop violente, aux ongles simplement glissés, sur la nuque de son amant, avant de l'inciter à venir contre elle, tandis qu'elle dégageait le plus gros des tissus couvrant son ventre.
    « Viens contre moi, qu'on se repose. Je veille en premier. »

Sur un dernier sourire, un peu pointu, peut-être très légèrement tendre, elle détourna le regard, posant ses yeux noir sur son désert vénéré. Pour rien au monde, pour aucune paix, n'aurait-elle abandonné ces moments qu'elle venait de vivre et celui qu'elle savourait encore. La Vipère, d'une façon sincère et sanglante, était heureuse en cet instant. Bénie soit sa mère de sables et de chaleur écrasante.
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Message Mar 23 Avr 2013 - 11:31

Le baiser échangé aussi bref qu'intense ne faisait que confirmer leur relation profonde désormais mais tout aussi subtile. Certes une déclaration s'était échappée de ses lèvres mais aussi directe que dénuée de romantisme. Pourquoi s'embarrasser d'une telle convenance alors que tous deux ne cherchaient que la brutalité et le mis à nu violent de la sincérité sans fioritures détournées. Sincère il l'était pratiquement toujours, jouer avec les sentiments était du domaine de sa jumelle et non du sien. Ses sentiments étaient non feints et pour la première fois un tel attachement considéré comme sain à ses yeux - sûrement malsain aux yeux extérieurs mais qui le serait toujours moins que cet amour haineux dévoué aux sang de son sang - ne serait que bénéfique pour lui et déjà pouvait-il juger de l'apport salvateur que ces échanges pouvaient entraîner chez lui. Une femme capable de soutenir ses pulsions belliqueuses en y répondant avec un tempérament tel que l'échange était à égalité. Bien sûr, et le hasard n'était pas un intime de sa façon de fonctionner, l'identité de la concernée n'était sûrement pas anodin au vu de sa proximité avec le géniteur. La fille de Rennifer, homme dont le rôle dans sa vie s'apparentait pratiquement à un mentor, ne pouvait que suivre les pas d'un tel parent et subir elle aussi sa propre réputation, fière et écrasante, qui s'était révélée particulièrement vraie et le plaisir d'en avoir pris connaissance était bien supérieur à ce qu'il aurait pu imaginer. Après tout cette femme n'avait été qu'une fugitive entraperçue il y a des années dans un contact ne permettant aucun jugement excepté le caractère presque animal de cet énergumène qui se tenait maintenant fièrement, femme du désert, devant ses yeux, dont l'appétit n'avait cesse de croître ne s'apaisant qu'après consommation pour un temps restreint, la dévorer sans vergogne autant par ses gestes que par ses prunelles azurées qui faisaient la caractéristique de sa maison mais aussi de son lieu d'habituation dans la contrée dornienne. Jusqu'à quand cette relation allait s'étendre n'était pas un questionnement à l'ordre du jour. S'être enflammé de la sorte n'apportait aucune fin dans l'immédiat et poussait bien davantage à réitérer aussi rapidement que le temps leur permettrait une telle intimité dont tout deux s'étaient régalés. Cependant attendre faisait également partie du jeu car se ruer constamment l'un sur l'autre ne permettrait pas de profiter pleinement de la jubilation de ces privilèges. Ainsi, la parole fut davantage reprise alors que leur éloignement corporel avait reprit le dessus comme usuellement établi.

Anissa prit la peine d'éteindre les flammes dansantes mais apaisées par une consommation de leur source avec le temps. Ses propos avaient été formulés tandis que l'observation l'emmenait vers la maîtrise de la jeune femme qu'elle imposait à l'animal désormais mort et à sa totale merci. En réalité, l'appréciation était vraiment grande de laisser son regard s'écouler le long de ses formes en mouvance pour s'atteler à des tâches barbares et dénués de toute délicatesse. Un être normal peut-être ne ressentirait-il pas une excitation à une telle façon de faire mais lui-même dont le penchant violent était bien plus présent que ce qu'il acceptait de montrer quotidiennement se laissait totalement posséder par cette attitude. Ses prunelles ne vinrent rencontrer leurs interlocutrices qu'au moment où ce faciès féminin se tourna vers lui pour exprimer un sourire qu'il apprécia à sa juste valeur dans un retour de sentiment face aux propos formulés. Un agrément consentant suivit d'une autre expression plus habituelle teintée d'un regard intéressant dont la signification était jugée interpelante et dont la clarification était attendue avec impatience. Ainsi quand son phonème s'échappa de ses lèvres, son attention fut évidente et sa curiosité sincère. Ce qu'il entendit dépassa de loin ses attentes et l'informa du caractère particulièrement commun que tous deux arboraient envers la politique de leur contrée. Un sourire discret mais étiré d'un coin de ses lèvres perça à cette entente. Anissa était comme lui et c'était bien pour ça que succomber à sa chair aurait été en réalité impossible. Oserait-il clairement dire qu'elle était son penchant féminin ? Peut-être bien plus que sa première croyance n'avait pu le faire sous-entendre. Ses pensées se jumelèrent en réalité. Face à une telle révélation, l'impression d'entendre ses propres pensées étaient d'un amusement non dissimulé. Très souvent, le jeu dans lequel sa soeur l'avait plongé lui rongeait son coeur et sa chair de l'intérieur jusqu'au plus profond de son être, simplement parce que cette façon de faire n'était pas la sienne et qu'il se voulait bien au delà de tout ça, quémandant la liberté de leur contrée face aux étrangers qui tentaient aussi vainement que promptement de s'en emparer. Mais ses désirs étaient tout aussi simples et brutes que ceux maintenant révélés par la jeune femme à ses côtés. La profondeur et la clarté de ses ambitions faisaient miroir à son être sincère et ne faisait qu'accroître la plaisance de sa personnalité. Son oeillade bleutée se délectait de ses traits, de ses lèvres qui s'exprimaient ainsi. Son regard fut peut-être plus ardent encore que précédemment, non en raison de la chaleur du désert comparé à la pression de celle qui bouillait en interne. A tout cela, rien de ce qui pourrait dire n’interpréterait la profondeur de son ressenti, le silence ainsi fut la seule réponse agrémentant bien davantage son consentement que s'il avait formulé ce dernier. Peut-être regrettait-il de ne pas avoir découvert cette Vipère plus tôt. Mais la jeunesse de leur vie lui permettrait d'en profiter ardemment et intensément pour le futur. La laisser s'échapper n'était pas permis, pas tout de suite, pas maintenant.

Un sourire en coin s'étira quand l'explication sur la suite de la journée lui fut donné. La chaleur était effectivement écrasante et cela il ne l'avait jamais oublié de son séjour dans le désert avec le paternel de la concernée. L'étirement de ses lippes s'accentua à la suite.

"Qui te dit que je souhaite être tranquille ? C'est peut-être bien moi qui n'ai pas tout à fait fini de t'endurer..."

Echange de dominance comme à l'accoutumé. Toujours est-il que le moment qui suivit fut particulier emprunté d'une certaine douceur encore pas tout à fait exprimé l'un vers l'autre. Cependant, y échapper n'était clairement point dans ses intentions. La main dans sa nuque fut directrice et la suivre s'imposa naturellement alors que son regard restait rivé dans ceux de son amante. Ses lippes se rapprochèrent d'abord assez pour frôler et mordiller ensuite leurs jumelles avant que son regard braisé ne s'attarde sur la peau découverte et dont la chaleur pouvait se ressentir sans même l'avoir touchée. Ses lèvres s'attardèrent longuement dessus avant de mordre la peau offerte lentement puis d'y poser sa tête lentement alors que sa main continuait de s'aventurer même au delà des tissus encore présents pour sentir sous sa main le reste de sa peau déjà pourtant bien manipulée par le passé. Mais le temps était au repos et l'invitation bien trop plaisante pour la refuser. Ses yeux se fermèrent sans crainte de représailles, et sans pensées négatives à l'horizon. Apaisé était le sentiment prédominant en cet instant et cela était devenu trop rare pour ne pas penser en profiter intensément. Le sommeil l'enveloppa rapidement jusqu'à ce que son tour fut venu de veiller sur la jeune femme alors que le repos l'appelait à son tour. Cette journée serait peut-être la dernière fois avant un moment qu'ils passeraient autant de temps ensemble. En profiter était primordial. Quelque chose en lui l'invitait à croire que Rennifer serait présent à leur retour. Bien sûr, le but de sa visite était de discuter avec ce dernier, mais en cet instant, son désir s'apparentait bien davantage à passer du temps avec la progéniture de ce dernier. Ainsi, quand ce fut à son tour de surveiller la belle endormie, à son tour un éloignement corporel ne fut pas permis et observer la jeune femme fut bien plus intéressant à ses yeux que scruter le désert que pourtant il affectionnait bien que son origine ne se trouvait guère dans ce dernier contrairement à l'endormie contre lui. Etrange fut de constater l'envie délicate de toucher sa peau chocolatée sans besoin de la malmener. Se priver n'était pas dans ses habitudes ainsi en profita-t-il avec douceur un bref instant sans chercher à tirer du sommeil nécessaire la propriétaire de son désir. Un sourire simple s'étira sur son faciès, peut-être emprunt lui aussi de douceur qui ne lui était connu dernièrement que pour une partie de sa fratrie et particulièrement sa petite soeur qui lui ressemblait bien plus que le reste de la fratrie.

Pourquoi les meilleurs moments étaient-ils les plus courts et rapides ? Le soleil déclina bien trop rapidement à son goût imposant un retour obligé vers la demeure Uller. Cependant, avant l'arrivée à la demeure, encore éloigné des gardes qui les repèreraient très vite, son corps réclama un rapprochement obligé de leur corps, tout aussi bref et passionné alors que ses lèvres s'aventuraient avidement sans pourtant aller aussi loin que ce qu'ils avaient pu réaliser précédemment. Juste un contact rapide sans savoir quand cela se réitèrerait terminant par un baiser ardent concluant cet instant avant que la route ne soit reprise. Comme attendu, le propriétaire des lieux était de retour et avait bien évidemment entendu parler de son arrivée car chaque événement était rapporté ce qui s'apparentait à une logique implacable. Son regard en disait long sur son envie de rester aux côtés de la jeune femme mais la séparation se fit avec naturel n'ayant guère le loisir de lui exprimer de nouveau corporellement. Les obligations usuelles reprenaient le dessus comme toujours, pour son plus grand déplaisir. Car au fond, la seule hâte en cet instant était de pouvoir retrouver l'apaisement apporté par cette femme connue récemment et dont une certaine addiction venait clairement d'être créée. Et il était bien connu que se défaire d'une dépendance était emprunt de nombreuses difficultés voire régulièrement impossible pour peu que ce n'était pas souhaité. Une chose était sûre, l'envie de s'en défaire était totalement inexistante.

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