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« Il faut à l'amitié la simplicité des gestes autant que la spontanéité des confidences. » [Lakdahr]

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Message Ven 27 Juil 2012 - 11:52

Elle détestait les nordiens.
Elle déteste d'ailleurs le monde entier, à cet instant précis.
Elyn était pleine d'une rage et d'une douleur qu'elle ne parvenait pas à canaliser, à contrôler. Elle se sentait mal dans sa peau et lorsqu'elle avait l'impression que ses introspections arrivaient à quelque chose, elle déchantait rapidement. Garder le lit et être interdite de toute activité physique n'était pas pour aider à son moral, qui était plus bas encore que le fond de mer. Elle avait envie de se battre, envie de s'emparer de Faucheuse et d'exécuter quelques mouvements face à un adversaire. Face à Urek et sa hache ou face à n'importe qui, en réalité, même une servante munie d'un bâton ferait l'affaire tant la Bonfrère était en manque d'action. Ne jamais s'arrêter, être en mouvement perpétuel, avait pour avantage de ne pouvoir trop réfléchir aux conséquences de ses actes et d'enterrer les douleurs trop profondes. Au Nord, Elyn avait tout donné...Le lord Greyjoy avait eu beau lui ordonner de surveiller la lisière de la forêt, pour prévenir d'une riposte nordienne, elle avait trouvé le moyen de se mettre en danger. Face à trois nordiens qui lui semblaient aussi grand que Lakdhar, elle était parvenue à en défaire un. Sans l'aide de sa cousine et du lord des îles, son cadavre pourrirait quelque part entre deux arbres et elle ne pouvait s'empêcher de penser que, peut-être, ç'aurait été mieux ainsi.
Son geste, Elyn ne se l'expliquait pas. Elle se revoyait encore, envoyer l'un de ses marins chercher les trois autres restés en arrière pour leurs servir de renforts. Les autres aidaient Urek à charger la Veuve Noire un maximum, de vivres bien sur. Les femmes passeraient au second plan et un sac de grain prévaudrait contre une jolie nordienne pour chauffer une couche. Ceux qui avaient protesté s'étaient vu répondre ceci: Quand tu viendras à devoir la bouffer, ta nordienne, tellement t'aura la dalle, crois moi qu'tu r'gretterais ton sac de grain. Ensuite elle était descendue de la Veuve Noire et même sauter le dernier mètre avait manqué de rouvrir sa blessure au flanc. Le regard inquiet d'Urek, pesant sur elle, l'avait enhardie plus que de raison, décidée à prouver que malgré toute blessure elle restait Elyn Bonfrère, capitaine de la Veuve Noire, et qu'elle pouvait se montrer digne de la petite réputation qu'elle commençait à se forger en tant qu'elle-même et non simplement en tant que "la soeur d'Aurane". Elle avait foncé dans le tas, soutenue par les hommes qu'elle avait et par le second du Greyjoy qui protégeait sa cousine Aaricia, plus ronde que dans son souvenir. Cette dernière lui était venue en aide quand un nordien l'avait désarmée, lui donnant sa propre épée. C'était par hasard qu'elle avait récupéré Faucheuse avant de prendre la fuite, trébuchant sur la lame, s'ouvrant la main sur une pierre. Blessure superficielle qui ressemblait à une punition faite exprès, vengeance d'une épée qu'elle avait failli oublier, dans la précipitation. Le combat, ses multiples chutes, avaient teinté l'habit qu'elle portait alors d'une jolie teinte d'abord rosée puis de plus en plus criarde. Elle avait du subir les foudres du guérisseur -qu'elle avait envoyé se faire voir- et du se résoudre à rester alitée.
Tu parles d'une capitaine.

Elle ne comprenait pas ce qui lui avait pris exactement, ou plutôt ne voulait pas le comprendre. Pourtant, cette kyrielle de sentiments, cette sensation de solitude extrême, le simple fait que son coeur ne soit plus un mur de glace mais plutôt une misérable protection d'eau, s'expliquait par cet enchaînement de pertes qu'elle subissait depuis un an. Si Gabriel n'était pas mort, il n'empêchait qu'il était perdu et la Bonfrère en souffrait plus qu'elle ne se permettrait de l'avouer, surtout à l'intéressé. Pourtant il lui suffisait d'un geste de bonne volonté, d'une explication à trouver...Il suffisait qu'elle mette sa fierté de côté, que, pendant cinq minutes ou un peu plus, elle ne soit plus vraiment Elyn Bonfrère mais juste Elyn, une femme qui avait besoin de son ami pour s'expliquer, s'épancher, qui avait besoin d'une épaule et d'un soutien. Habituée à se débrouiller seule depuis plus d'un an, à devoir porter le poids d'un monde -le sien- sur ses épaules, elle n'admettait pas avoir besoin de façon aussi vitale, de qui que ce soit. C'était comme se porter à elle-même une grave insulte. Raisonnement totalement ridicule d'une femme qui, malgré ses vingt quatre années, n'avait absolument rien compris au sens de sa vie. Encore une enfant, naïve et pleine de rêve, de désirs inavoués, de chansons louant ses exploits guerriers, elle préférait penser que la vie était simple et que la femme qu'elle se devait de devenir ne pouvait pas dépendre d'une autre personne que d'elle-même. Elle devait oublier Gabriel...Mais elle n'y parvenait pas. C'aurait été comme oublier une partie d'elle-même.
Perchée sur sa fenêtre, Elyn avait une jambe qui pendait dans le vide et l'autre, soigneusement repliée à l'intérieur. Sa tête reposait contre la pierre salée et gelée, le vent soufflait et pour une fois il semblait s'accorder au rythme de ses pensées. Il était implacable, rêche, mais doux à la fois, lui caressant la peau comme un amant attentionné cherchant à faire disparaître de son esprit les tourments qui la hantait. Ses pupilles fixées sur un horizon qui aurait du être sien, le soleil était caché par des nuages grisâtres annonçant peut-être une tempête pour les heures à venir. En inspirant l'air, un bon capitaine pouvait prévoir ce genre de choses. Il lui restait au moins cela, son extrême conscience des éléments, qui lui faisait dire qu'il faudrait attendre l'explosion encore de nombreuses heures. Déchaîne toi, déchaîne toi... Prière muette, elle voulait assister au combat des Dieux, ressentir sa mortalité et peut-être, dans ces tourbillons, trouver la réponse à son problème. Simplement vêtue d'une chemise d'homme un peu ample et de chausses foncées qui la tenait au corps, la Bonfrère semblait attendre que le temps fasse son oeuvre. Comme si observer un spectacle connu par coeur l'aiderait à trouver la solution à son problème, à comprendre comment se réconcilier avec Gabriel. Elle n'y croyait pas... Elle espérait simplement qu'il reviendrait de lui-même, qu'il essaierait, une ultime fois.
Vaut m'eux qu'tu m'oublies.
Imbécile.

Oui, Elyn pensait à de nombreuses choses, ainsi appuyées à sa fenêtre. Ainsi installée, elle avait également vue sur l'extérieur de la forteresse et sur sa Veuve Noire, à quai sur le sable, qui attendait patiemment que sa capitaine reprenne du poil de la bête. Ce spectacle, navire échoué à l'abandon, lui serra le coeur. Si bien qu'elle détourna la tête, et remarqua une grande silhouette émerger dans la cours principale de la forteresse. Gigantesque, chaque garde et homme au service de Lord Bonfrère semblait minuscule et ridicule à côté de lui. Crinière noire sauvage, difficile de ne pas reconnaître cet ami de toujours, dernier membre du trio auquel elle appartenait jadis. Elle se demandait ce que l'homme faisait ici et se dit qu'il était probable qu'Urek l'ai appelé pour qu'il use de son art afin de réarmer l'équipage de la Veuve Noire dignement. Elyn aurait du descendre le saluer, mais elle n'en avait pas le courage. Connaissant Gabriel, il avait déjà du parler à leur ami commun et elle ignorait quelle avait pu être sa réaction. Si elle le connaissait assez bien pour savoir qu'il ne prenait jamais parti dans une dispute, elle savait aussi que certains actes étaient impardonnables aux yeux d'un homme et peut-être serait-il plus enclin à l'ignorer...C'est ton ami, idiote! Elle se mordit la lèvre. Oui, Gabriel aussi était son ami...
Lakdhar l'avait toutefois souvent bien mieux comprise et ses conseils étaient précieux. Elle décida donc qu'il fallait lui parler. Si Gabriel s'était confié, et bien tant mieux. Elle pourrait ainsi en apprendre d'avantage sur son état d'esprit et savoir si torturer le sien était un mal nécessaire ou tenait du masochisme.
Sa décision prise, elle allait changer d'habits quand elle entendit des éclats de voix au bout du couloir, voir en bas des escaliers. Sortant sans plus de cérémonie de sa chambre, elle hâta le pas -un peu boitillant- jusqu'à trouver l'un des hommes de son père au sol, évanouit, le nez au sang, et un second qui essayait désespérément de ne pas finir comme son compère. « C'pas qu'on veut pas qu'tu passes c'est qu'Urek l'a dit qu'fallait pas aller voir la capitaine parc'qu'elle doit s'reposer, sinon elle guérira pas et...Fin v'voyez...Elle cherche l'moindre prétext' pour sortir, elle est têtue qui dit. Il l'a pas dit bien il méritait l'coup hein mais...Moi j'vous l'dis bien faut pas... » Jeunot terrifié, imbécile trop zélé, un duo qui avait de quoi énerver n'importe qui. Apparaissant en haut de l'escalier, elle descendit les marches aussi vite qu'elle le pu. « J'aurais le temps de me r'poser quand je serais morte, t'a qu'à dire ça à Urek quand tu le croiseras. C'est encore moi ta capitaine que j'sache! Et ajoute que je suis allée faire un tour. » Son second était, par moment, un peu trop zélé lorsqu'il s'agissait de sa santé mais elle ne pouvait lui en vouloir. Il avait fais une promesse à Aurane qu'il devait tenir coûte que coûte. Alors, pendant que l'un des anciens marins de la Veuve Noire ramassait l'un des nouveaux, Elyn se dirigea vers Lakdhar et lui adressa un sourire qui ne monta pas jusque dans ses yeux. « Ca fais longtemps qu'on s'est pas vu... Tu tombes bien, Faucheuse avait besoin de tes services. » Elle ignorait pourquoi il était la exactement et ne tarderait pas à le découvrir. En attendant, elle préférait s'éloigner et aller prendre un peu l'air, ailleurs que par sa fenêtre.
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Lakdahr l'Edenteur
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Message Dim 5 Aoû 2012 - 20:04

« T'as exactement trois secondes pour te pousser d'là avant que j't'en foute une dans la gueule ! »

Le phonème de rogomme avait bramé sa stance avec toute la prosodie que l'on connaissait à son interprète, ici, dans le bastion de Shatterstone dont les murs se souvenaient de cet illustre visiteur. Un hôte qui n'en avait point foulé la rocaille depuis trop longtemps déjà et dont, vraisemblablement, certains ignoraient la pétulance. Ce jeune quidam aussi hâve qu'inconscient tentait, en dépit de leur éloquente disproportion, de barricader le corridor avec une contrariante opiniâtreté. L'arriéré refusait vertement de le laisser vaquer à ses intentions, selon les sommations d'Urek auxquelles il refusait de déroger. L'obédience était une faculté tout bonnement honorable, le manque d'instinct de préservation était en revanche, farouchement idiot. Lakdahr avait pourtant fait preuve de débonnaireté en le prévenant de ce qui était susceptible de lui arriver s'il ne courbait pas promptement l'échine. Il s'obstinait. « L'enculé ! » Le revers partit de son propre chef, se loger en plein coeur du faciès dont il ne supportait plus les mimiques pour en faire exploser l'arrête nasale. Le heurt chanta en résonance et, dans une chorégraphie l'accompagnant, le bougre chut lourdement sur la pierre et put certainement admirer quelques astres étincelants au plafond. Le titan en rage renâcla, s'essuya le bas de la physionomie du dos de la main et guigna la seconde sentinelle restée jusqu'alors silencieuse. Sudation au front, les rotules en convulsion et la voix chevrotante, il eut suffisamment de jugeote pour ne pas tenir un discours voisé du même timbre que son comparse au risque de finir dans le même état, si ce n'était pire. Dorénavant, ils seraient au fait de la folie que représentait la tentative de s'opposer à la résolution de l'Edenteur qui, fort heureusement pour eux, avait omis ses tenailles en quittant Pyk. Dans le cas contraire, quelques marins de la Veuve Noire auraient reprit la houle avec une denture détériorée, n'en déplaise à leur capitaine, à laquelle il aurait en guise de comble offert les quenottes spoliées. Si elle en venait à le vilipender pour cette mauvaise facétie, il gouaillerait de toute sa désinvolture, car acolytes de toujours, enclins à endurer tout ou presque de l'autre avec une rare philosophie pour les ostrogoths qu'ils étaient. Franche amitié, authentique privauté, et c'était justement cette notion un peu trop dissipée à son goût qui avait mené le géant des forges à fouler cet havre de sel.

La thèse n'eut pas à faire une grande badauderie dans son esprit pour qu'il prenne la décision, quelques jours seulement, depuis sa dernière frairie en date en compagnie de Gabriel et de son nouvel arroi. La Jouvencelle avait commémoré sa virginité retrouvée, l'équipage avait été purgé des hypothétiques séides de Sargon et le mestre fêvre ne possédait plus matière à se ronger les sangs pour son homonyme. En revanche et contrairement à ce que son apathie avait suggéré lors de leurs agapes, l'algarade confessée s'était lithographiée dans l'esprit du titan qui ne cessait d'y songer. Une kyrielle d'interrogations et d'incompréhension, comment ses frère et soeur de coeur en étaient parvenus à se dilacérer mutuellement les viscères ? Happés par le vortex des responsabilités individuelles et de l'âge, l'anfractuosité s'était excavée entre eux sans que Lakdahr – il l'admettait – ne cherche fatalement à l'amoindrir. Peut-être les choses auraient-elles eu un drapé moins élimé par la corrosion des sentiments, s'il s'était appliqué à en ravauder le textile même sans réelle technique. A contrario, il déplorait la communication lacunaire qu'ils avaient toujours eu l'un avec l'autre, ils alternaient avec une ineffable versatilité la complicité qui eut toujours été la roche de leur trinité, et l'aversion innée accouchée de leur irascibilité. Lui aussi la nourrissait, cette rétive acrimonie qui lui faisait atteindre les cimes de la colère en un couplet de secondes, ce qui ne l'eut pas empêché d'être surpris de l'âpreté que témoignaient ses amis à travers leurs chicanes. Tous deux exprimaient trop de traits communs, leur profusion de similarité les rendait abscons, lui également avait parfois grand mal à décrypter leur comportement. Comme si toute cette complexité ne se suffisait pas à elle-même, l'immixtion du vil Harloi n'avait rien arrangé à une relation latente, qui n'avait guère résisté à l'implosion de ce qui lui avait été relaté. N'y avait-il, cette fois, aucune panacée à leur meurtrissure ? Le jeune homme aurait peut-être voix au chapitre, cependant, ne crier haro sur aucun des deux partis tout en s'appliquant à circonstancier l'affaire s'annonçait délicat, et ce n'était pas son rôle que de les prendre par la main pour les guider comme s'ils étaient des bambins égarés.

Un autre bambin qui commençait à le mener aux lisières du supportable, le factionnaire en pleine argumentation face à lui et dont les défunts aïeux devaient être couverts d'opprobre. Les phalanges contractées du belliqueux obélisque ne présageaient rien d'obligeant : il était venu pour s'entretenir avec Elyn et ne tournerait point les talons tant qu'il ne l'aurait pas vue. Voeu incessamment exaucé, la versification de la sylphide les interrompit alors et sauva inexorablement la tête de l'inepte qui lui faisait office de piètre cerbère. Dès l'abord lénifié par cette incursion inespérée, les épaules du guerrier s'affaissèrent dans un soupir se damnant à la décontraction. Sa risette fut accueillie d'une jumelle, d'une frêle mouvance crânienne pour la saluer dans les règles – il n'avait jamais été question de grandes cérémonies – avant qu'il ne s'ajuste à ses côtés dans une marche cruellement mesurée.

« Joli déhanché, on dirait un mataf qui s'est fait péter le cul toute la nuit avec l'manche d'un bec-de-corbin rouillé. J'aime. » Un ricanement guttural ponctua sa réplique alors qu'il lorgnait la malheureuse. Jamais épargnée de dignes galéjades, il jugea bon d'en remettre une couche pour lui proférer tout son contentement de la retrouver. « J'te proposerai bien une course jusqu'à l'extérieur, mais j'voudrais pas que tu t'doutes que j'vais gagner. »

La bêtise du colosse était à la mesure de sa charpente, et cela annonçait l'humeur de laquelle il s'était paré pour entamer ces retrouvailles, qu'il savait d'avance modulées de gaillardise et de confidences. Il en avait toujours été ainsi entre eux, qu'elle soit physiquement ou émotionnellement écorchée n'altérerait en rien leur concorde et ce qu'ils en faisaient. La lady Bonfrère était l'unique dryade à ne pas endurer l'usuelle causticité de L'Edenteur, l'harmonie de leurs essences était telle que depuis l'ère des langes, leurs différends aussi rares furent-ils n'eurent jamais été résolus à grands coups d'emplâtres, mais par la seule voie du bavardage. Une entente que Gabriel avait longuement perçue comme une collusion à son détriment – le pensait-il encore aujourd'hui ? La belle aimait tant à le taquiner qu'à lui quémander conseil, elle savait ses effusions farouchement gardées et sous aucune géhenne révélées. Quant aux boutades, il se souvenait sans mal le nombre de courses auxquelles il avait lamentablement échoué, la gazelle était aussi abrupte que véloce et en avait fait plus d'une démonstration. C'était là la raison pour laquelle il profitait de la voir clopiner pour se venger des humiliations d'antan, tout en sachant qu'elle ne prendrait nullement ombrage de sa frivolité contrairement au commun féminin. Les femmes, trop inintelligibles pour lui, Violain le lui rappelait à chaque aurore jusqu'au plus ardent crépuscule, l'hypothèse chatoyait d'autant plus véridique lorsque ladite donzelle provenait des côtes ouestriennes. Sa chafouine n'avait pas apprécié être abandonnée dans l'éponyme forteresse de Pyk et le lui avait fait savoir par son insupportable prolixité. Elle avait bougonné, presque agrichée à sa jambe pour qu'il l'emmène avec lui sur Grand Wyk, ce qu'il avait diamétralement refusé à grands rugissements, avant de l'abandonner dans cette chambre devenue sa geôle depuis plus d'une année. Son indicible faconde n'aurait fait qu'importuner la capitaine déjà éreintée, l'idole d'une souris bien cabocharde, et là n'était pas le dessein du forgeron en lui rendant visite.

« Ca fait un bail qu'on s'est pas vus, d'puis avant qu'tu partes à Port-Lannis. Ca m'étonne pas que Faucheuse ait b'soin d'mes services, elle a dû en trancher du continental. » Il la regarda tout en marchant. « 'Fin, j'm'occuperai d'elle bien sûr, mais j'suis pas là pour ça à la base. J'suis venu pour voir comment t'allais, jusque là j'ai eu d'tes nouvelles que par les autres, alors dès que j'ai su qu't'étais à Shatterstone, j'ai décidé d'me bouger. »

Son but n'était pas de la heurter à son récent démêlé pour lui soustraire la version qui serait sienne, sa priorité se situait d'avantage dans la volonté de s'assurer de sa bonne santé. Elle claudiquait, bouillonnait probablement d'être restreinte à l'inertie, esseulée dans son antre avec quelques rares compagnies, mais ne semblait pas plongée dans la prostration. Elle était de ces harpies qui préféraient manier la lame plutôt que la croupe, du moins, ce fut ce que le titan avait toujours pensé d'elle, et ce qu'il pensait toujours malgré cette incartade sybarite avec Sargon. Qui était-il pour la juger, ou la seriner sur le fait qu'il aurait été d'avantage raisonnable de demeurer alitée plutôt que s'adonner à une badauderie, comme le lui avait probablement ressassé Urek ? Il estimait que ce rôle ne lui revenait pas, tout comme il serait vain de lui extirper les mots des lippes. Si elle désirait faire de ses désagréments le sujet de leur conversation, il lui prêterait l'oreille, mais ne l'y contraindrait guère. Une réflexion subitement rompue lorsqu'un rude impact s'abattit sur le crâne de Lakdahr : qui osait donc lancer un tel assaut ? Un vieil antagoniste l'ayant reconnu ? Son amie dans une attaque incroyablement furtive ? Rien de tout ceci, mais simplement, un cadrant de porte qu'il n'avait point vu arriver.

« Putaiiiiin !! » Les deux mains appuyées sur sa pauvre tête, le géant grinçait des dents à la douleur lancinante qui lui ébaucherait inéluctablement une superbe protubérance sur le sommet du front. Cet huis, il avait omis que son niveau était aussi bas et que toutes les fois où il était venu en ces lieux, il l'avait embrassé comme il venait de le faire. Il grogna, et guigna en direction de sa comparse. « Merde, t'marres pas Elyn ! »




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Lun 13 Aoû 2012 - 19:51

Elyn avait toujours énormément apprécié le géant des îles. Derrière ses apparences frustres se cachait un ami fidèle, capable d'écouter et de bons conseils, dans toutes les situations. Lak était un homme aussi précieux que Gabriel et Elyn avait véritablement craint qu'il ne finisse par prendre parti pour l'un ou l'autre, dans cette querelle insensée qui les opposait par la faute, au fond, d'un nom malencontreusement prononcé. La fer-née savait qu'elle avait mal agis et manqué de discernement sur bien des points sans avoir d'excuses valables. Elle n'en avait d'ailleurs pas cherché, bien qu'elle en possédait quelques unes. C'était ainsi et voila tout. Elle avait découvert que Sargon était bien un être infect, un connard manipulateur, mais qu'il possédait d'autres qualités dont sa capacité à la secouer suffisamment pour lui faire ouvrir les yeux. Repasser à Kenning était une idée qui se valait mais elle ne se sentait pas la force pour le moment. Elle préférait même ne pas y penser tant que son ami était la, désireuse de profiter de sa bonne humeur et des piques lancées sur sa démarche quelque peu chaloupée. Son flanc tirait à chacun de ses pas et elle s'était sans doute foulé la cheville dans leur fuite. L'adrénaline l'avait empêché de le sentir jusqu'à être « au calme » sur sa Veuve. « Ce serait bien la première fois qu'tu traînerais ton gros tas devant moi! Même sans jambes j'irais encore plus vite! C'est pas l'édenteur qu'on doit t'appeler c'est l'escargot. Allez pour te faire plaisir j'te laisse un peu d'avance. » Elle riait bien entendu, incapable de même songer à l'idée de marcher plus rapidement que sa vitesse actuelle. Ce moment de complicité lui fit plus de bien qu'elle ne l'aurait cru, au point de sentir ses yeux la picoter quelque peu. Elyn s'était sentie isolée, depuis son retour de Port-Lannis. Solitaire. Incomprise. Rejetée. Elle avait ressenti des émotions inconnues et elle ne pouvait les gérer, puisqu'elle ne les comprenait pas. Elle avait besoin d'une lumière. Une lumière aussi géante que la taille de Lakdahr.

Il lui assura qu'il s'occuperait de Faucheuse, plus tard. Il ne doutait pas que, depuis le temps, la lame commençait à ressentir le besoin d'un petit entretient. Elle était griffée, abîmée, elle ne tranchait plus aussi bien et commençait à être trop émoussée pour être véritablement efficace. Son duel contre le nordien avait failli avoir raison de l'épée héritée et cela, Elyn ne l'aurait pas supporté. Dernier héritage d'une soeur morte trop tôt, elle avait besoin de sa fidèle compagne comme d'un point d'ancrage au coeur d'une tempête. Jamais elle n'avait été trahie par l'épée en acier de château dérobée bien des années plus tôt sur le cadavre d'un chevalier. Elyn se devait d'être tout aussi fidèle. « Un peu trop si tu veux mon avis. A la fin elle tranchait plus, elle donnait des coups bleus! » Façon de parler. Le forgeron des îles avait de toute façon le temps puisque la capitaine ne pourrait repartir où que ce soit avant d'être pleinement guérie. Et il lui faudrait encore un petit mois, selon le guérisseur. Celui de Shatterstone avait bon caractère et il valait mieux, pour soigner une patiente aussi infernale que la Bonfrère. Elle s'était jurée de le noyer dés que possible mais ce n'était la qu'une promesse d'humeur. A la fin, elle le remercierait sans doute. « Ca fais plaisir de te voir. Je suis un peu fautive de pas être venue moi mais comme tu vois...J'suis pas trop en état. Et j'ai pas le droit d'bouger normalement mais j'en peux plus d'être enfermée. Ca me rend dingue. J'ai envie de sentir la mer, j'ai envie de rire, de faire saigner les continentaux. » Elle avait envie de s'occuper l'esprit. Elyn devenait folle, ainsi enfermée seule avec elle-même. Princesse dans la tour, elle avait trop de temps pour réfléchir, se remettre en cause, arrivant à d'intolérables conclusions sur ce qu'elle était et ce qu'elle avait fais. Puis elle pensait beaucoup trop à Gabriel, ce qui n'arrangeait rien ni à son état, ni à son humeur. « Mais bon à défaut, se promener ça ira. » soupira-t-elle, mais son sourire démentait l'apparente résignation. Bonne humeur revenue dés l'instant où son ami avait lâché ses premières piques, Elyn aurait presque sautillé joyeusement.

Sans doute Lakdahr allait-il lui répondre quelque chose car son attention fut détournée du chemin emprunté et, fidèle à son habitude, le géant oublia que les portes étaient décidément trop basses pour lui. Jurant, il se tenait la tête de façon comique et Elyn éclata d'un rire qui la secoua toute entière et la fit inévitablement se plier en deux de douleur. Bras entourant son ventre, elle oscillait entre le rire et l'élancement infâme qui semblait menacer de l'éventrer à chaque seconde. « Mais merde toi! Ah putain...Ca fais dix ans que tu t'prends toujours la même porte. » Elle ne pouvait pourtant pas s'empêcher de rire, bien que la douleur la calma petit à petit. « Tu vas me tuer! » s'exclama-t-elle. La blessure avait assez cicatrisé pour ne pas se rouvrir pour si peu, mais ç'aurait même été le cas que la Bonfrère n'en aurait pas pris ombrage, trop heureuse et détendue par ces exclamations devenues étrangères pour elle depuis ce qui lui semblait être des années. Une seule, en réalité.. Jour pour jour, bientôt. « Ca fais du bien. J'ai presque l'impression que ça fais des années. » murmura-t-elle, l'hilarité s'en allant progressivement, ses traits se détendant pour ne plus laisser paraître que l'ébauche d'un sourire. Les évènements désagréables de ces derniers moi lui revenant petit à petit en mémoire à mesure qu'il se frayaient un chemin hors de la forteresse Shatterstone. Heureusement pour son ami géant, nulle autre porte ne se trouvait sur sa route ni ne risquait de tenter une agression. Aucune ne risquait, d'ailleurs, de le prendre en traître car il semblait vigilent et peu désireux d'orner son front d'une nouvelle bosse.
La capitaine ne marchait pas devant. Un peu à la traîne à côté de ses grandes foulées, elle claudiquait légèrement jusqu'à l'endroit où ils allaient le plus souvent. Sortant des murs, ils pouvaient aller s'installer sur une sorte d'excroissance rocheuse pas trop raide et suffisamment en hauteur pour être léchée par les vagues sans risquer de se noyer. L'air marin leurs caressaient le visage et le temps se rafraîchissait. La tempête qu'elle avait sentit venir annonçait ses premiers signes mais ils avaient encore bien le temps. Manquant de glisser sur un rocher, piège parmi d'innombrables autres sur ces îles, elle se rattrapa au bras de son ami qu'elle lâcha presque aussitôt. Bien que comme frère et soeur, Elyn avait toujours refusé qu'on l'aide à quoi que ce soit, ou qu'on la considère comme handicapée par une éventuelle blessure. Son sexe, dit faible, ne lui autorisait aucune exception. Stupide idiotie, quoi que force de l'habitude.

Posant son fessier sur une roche, elle se tenait le dos bien droit pour ne pas s'affaisser et appuyer sur les coutures de sa plaie. Le trajet avait été effectué dans un silence relatif quoi qu'il n'ai pas pris plus de cinq minutes, concentrée qu'elle était pour ne pas faire de mauvais pas. Relevant les yeux vers lui, elle ne savait comment entamer cette discussion qu'elle voulait avoir, sans l'oser. Alors elle partit sur un sujet plus bénin: « T'a laissé ta souris à Pyk? Déjà lassé de l'entendre piailler? » Violain avait semblé adorer Elyn dés qu'elle l'avait appris porteuse d'un nom de famille et capitaine de surcroît. La Bonfrère ne comprenait pas ce qui lui valait tant d'admiration de la part d'une petite continentale toute frêle, mais n'avait pas relevé. Chassée du revers de la main comme un insecte bruyant, dédaigné oui, mais jamais frappé comme elle l'avait fais avec d'autres, jamais insulté non plus. La fille appartenait à son ami et à sa façon il devait l'apprécier, puisqu'elle vivait encore. « Raconte moi ce qui t'es arrivé. T'entend parler de moi par je sais pas qui, mais moi j'entends rien à ton sujet. T'étais pas à Port-Lannis, t'étais pas au Nord, tu te la coules douce à te ramollir la queue dans un lit? » Sans chercher à meubler, Elyn était sincèrement intéressée par les actions de son ami. Elle se demandait aussi s'il avait vu Gabriel, ce dont elle ne doutait pas. Après tout si on avait tendance à parler d'elle, un seul aurait pu l'informer de son véritable état. Deux en réalité, mais elle doutait que le Harloi ait passé son temps à discuter avec l'Edenteur. Du moins pas sans se prendre une bonne baigne. Il avait un caractère tellement exécrable que son ami n'aurait même pas hésité une seconde.
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Lakdahr l'Edenteur
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♦ Doublons : Alrik Mallery - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 26 ans
♦ Mariage : Serenei ( Femme-sel )
♦ Lieu : Les Iles de Fer
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Message Jeu 16 Aoû 2012 - 15:45

Les impromptues embrassades, il ne les connaissait de trop et les baisers du mobilier bigarraient son pauvre crâne de meurtrissures en différents genres. De la protubérance à la plaie ouverte, il en avait les idées mal replacées et ses heurts crâniens étaient toujours des puits d'amusement pour qui assistait à la scène. Martyr des huis, un titre bien désillusionnant pour un titan dont les châtiments lui saignaient et ceignaient le front, et à force de maux, il avait appris à connaître les presque moindres poutres et cadrants qui récidivaient sans cesse depuis des années. Les pièges de Pyk et ceux de Dix-Tours étaient aujourd'hui faciles à éviter tant il y musardait, même calots clos, les réflexes étaient dorénavant ancrés et se faisaient inconsciemment... Ce qui n'était absolument point le cas pour les vilaines de Shatterstone ! Ah, il les avait côtoyé de près et à maintes reprises, ces bouts de plafond, tant férus de sa personne qu'ils ne manquaient jamais de le saluer, comme l'avait si bien souligné la sylphide à ses côtés. Elle se désopilait à n'en plus pouvoir, tiraillée par une irrésistible gouaillerie qui manqua de lui faire tourner de l'oeil. Si une once de positif devait être désignée dans ce malheureux méchef, c'était l'hilarité providentiellement retrouvée de sa bonne amie qui, même si elle en souffrait simultanément, devait aussi s'en soulager. De ce qu'il en savait, son quotidien alitée ou même à faire mille pas et plus dans sa pièce à coucher devait l'assombrir sur de nombreux points, dont l'humeur de chien – chienne ? - qu'elle avait usuellement et qui ne devait avoir qu'empirer d'avantage. Il plaignait Urek, et tous les bougres dont la tribulation était d'endurer les accès caractériels de la Bonfrère qui, dans son sillon de véhémence, n'épargnait que bien peu de gens. Une liasse d'élus dont il faisait fort heureusement partie, raison pour laquelle il pouvait s'octroyer une telle privauté envers elle sans craindre que leur conversation ne se transforme en une algarade incontrôlée. Réciproquement, il lui était ployé le droit de railler sans qu'elle ne finisse comme le mataf qui s'était essayé à l'interrompre dans ses intentions, ceci bien qu'il la lorgna d'un air aussi noir que ses agates oculaires, l'unique sanction qu'elle aurait. Ses paluches encore plaquées sur le cercle de peau où la douleur pulsait, il vérifia intuitivement que son hémoglobine ne souillait pas ses phalanges, ce qui n'était point le cas et le laissa donc subodorer que les conséquences s'arrêteraient au bel ecchymose.

Le forgeron soupira en veillant, cette fois, à se courber pour mieux passer cette maudite porte et dissiper l'incident. Il maugréa aussi, tel un bambin contrarié par l'infortune mais dont la maussaderie s'évaporerait aussi promptement qu'elle était apparue. Instinctivement et sans même en avoir réellement conscience, il prit le sentier qu'ils avaient le plus de fois parcouru ensemble et qui, outre que les rappeler à un lot de réminiscences, les ramènerait à un agglomérat de pierraille bien connu. Un juchoir sur lequel ils avaient la marotte de s'installer en s'adonnant à une activité qui, contrairement aux apparences, tenait plus de la nature humaine que de l'intellect seigneurial : la conjecture. Et ils en avaient toute une ribambelle, de sujets à soulever, avec une dialectique que même les grands mestres seraient à même de leur envier. Lakdahr n'en doutait pas, ils auraient eu leur siège au Conseil Restreint si leur naissance avait été d'un fer bien différent ! Fatalité s'il en était, cela en fit même trébucher la naïade qui le talonnait de près et qui se rattrapa à la première protubérance qu'elle eut à portée : son mestre fêvre favori. Celui-ci se contenta de la guigner pour vérifier qu'elle ne s'était pas causée plus de mal qu'elle n'en avait déjà, puis reprit leur ascension sur l'argentite que l'embrun rendait dangereusement glissante. Contrairement à son hôte, il préféra demeurer debout, en équilibre sur des roches un peu plus en aval pour ne pas d'avantage écraser la jeune femme de sa taille suffisamment colossale pour qu'il se perche en hauteurs. Mains posées sur ses hanches, il observa, quiet, cette merveilleuse houle dont l'effervescence s'était amplifiée depuis qu'il avait posé chausse sur Grand Wyk. A n'en point douter, la tempête gronderait bientôt, et leur archipel de sel entamerait cette valse élémentaire encline à forger un guerrier. Le trajet de retour jusqu'au cloaque qui lui faisait office de logis serait moins paisible que le premier voyage, mais tout comme il aurait bravé toutes intempéries pour Gabriel, la compagnie de la dame contuse lui rappelait qu'il en était aussi capable pour elle. Une preuve de considération d'atours parée qui ne faisait pas pour autant perdre la faconde de la principale concernée, vers laquelle il s'orienta à l'écoute de sa voix de sirène dévoyée.

« Violain c'est l'seul rongeur qui fait bon d'voir quitter l'navire ! D'jà que j'trouve les drôlesses bien chiantes, toi comprise, mais elle... Elle est supportable que quand elle a un truc dans la bouche, hein... » Il se gondola franchement, tant pour la fine offensive que pour l'éloquente lasciveté qu'il venait d'exhaler. « J'grossis l'trait, c'pas une mauvaise bougresse, mais j'la connais et elle nous aurait vite tapé sur les nerfs, j'sais pas lequel de nous deux aurait craqué en premier ! »

L'Edenteur avait appris à ne point faire fondre son poing sur le délicat minois de la blonde vénus qui lui servait de concubine... Ou avec d'avantage de parcimonie, au risque qu'elle ne puisse un jour pas se relever de l'un de ses accès de virulence. Aujourd'hui et grâce aux efforts communs, leur relation tenait plus de la concorde que du chaos, nonobstant quelques macules contrariantes pour lesquelles, quoi qu'il puisse advenir, il avait toujours le dernier mot. Leurs intrépides déités lui en soient témoins, inconcevable était de laisser une malingre continentale le sommer de quoi que ce soit. « Ferme ta gueule et ouvre les cuisses, pas l'inverse. » Les proses du fer-né étaient tout ce qu'il y avait de plus pédagogiques en ce bas monde, à défaut d'être particulièrement amènes, elles avaient au moins le mérite d'être exhaustives et persuasives tout à la fois. N'en déplaise au sexe procréateur, duquel il appréciait plus la pulpe que le noyau en lui-même, si ce n'était pour un chapelet de gratifiées dont Elyn était la plus couronnée. L'injure qu'il avait d'ailleurs persiflée ne s'ajoutait qu'aux accoutumées boutades qu'ils se lançaient, et à son tour, il eut à se confronter à l'humour langagier qu'il connaissait à ses homonymes des Iles-de-Fer. Une toute autre affaire qu'ils abordaient alors, avancer qu'il avait été absent des incursions menées sur les terres ouestriennes était chose juste, prétendre qu'il n'y avait aucunement participé n'était pas tant vrai, lui qui avait forgé à foison. Habituellement, le titan ne justifiait jamais ses actions et décisions, lui qui estimait ne rien devoir à quiconque, mais puisque l'échange était ourlé d'amitié, il ne voyait aucune raison de ne pas en converser.

« J'dirais plus que j'me la durcis mais chacun son avis, et si t'entends rien c'est qu'il est temps d'te sortir les doigts du cul et des oreilles en plus. » Il ricana puis croisa les bras. « Mais tu sais c'que c'est, plus j'suis loin de Dagon, mieux j'me porte. J'm'en tape de butiner le continent dans de grandes ou de petiotes rapines, c'est la même chose, et j'ai pas d'réputation de mataf à tenir moi. » Ce n'était un secret pour personne, s'il aimait les flots, il adulait sa forge, et c'était encore l'endroit dans lequel il préférait se clapir. « J'bourlingue sur différents boutres comme j'l'ai toujours fait, les capitaines viennent m'voir s'ils ont b'soin d'un coup de main... Récemment la fille Botley m'a invité sur l'Amazone, ça arrive à la Veuve Salée d'me d'mander aussi, et d'autres qu'on connait et pour qui j'cogne le fer en parallèle. Mais le pont sur lequel t'es l'plus susceptible de m'trouver c'est sur la Jouvencelle. » Il ne lui apprenait rien, et finit par conclure en haussant les épaules. « Pour l'reste j'ai pas changé, j'calme les ardeurs de ma femme-sel, j'm'enfile des fûts de gueuze avec Gab et j'mène à bien mes affaires dans mon coin. »

La discrétion, aussi dérisoire cela pouvait-il être pour un quidam de son envergure, avait toujours été son mot d'ordre. Contrairement à nombre de ses accointances même les plus proches, Lakdahr n'attisait pas de grandes ambitions, c'était un homme de peu qui adorait sa simplicité de vie. Il avait de quoi loger au sein même du bastion de Pyk, pouvait se bâfrer à volonté, entretenait un excellent répertoire de gens et ceci en ne dépendant que de lui-même. Pas de supérieur auquel obéir, si ce n'était les coercitions parfois imposées par son demi-frère de seiche, raison pour laquelle il trainait le moins possible dans ses tentacules. Etre un géant parmi les îles ne faisait pas de lui un homme d'envie démesurée et il en avait toujours été ainsi. Il s'apprêta à interroger son interlocutrice en retour, biaisant son regard de jais au hasard sur leur perchoir jusqu'à ce qu'un éclat n'attire son attention. Intrigué, le jeune homme se rehaussa tout en se dandinant de gauche à droite pour tenter d'apercevoir l'objet de sa curiosité, qu'il rejoignit finalement en veillant à ne pas choir sur les surfaces humidifiées. Quelques coudées plus loin, il ramassa un coutelas abandonné là, un manche finement taillé, mais une lame émoussée à ne plus pouvoir rien trancher, inutilisable sauf pour qui pourrait en panser la rouillure. C'était là l'une des propensions de l'Edenteur, incapable de se soustraire à la récupération quelle qu'elle soit. Véritable bibeloteur dans l'âme, il jugeait à tort que tout pouvait être sauvé et noyait donc ses espaces de vie d'un innommable fatras dont il n'usait, finalement, pas même de la moitié. Cependant et il s'en persuadait, une idée pouvait toujours l'étreindre pour telle ou telle babiole comme c'était souvent le cas. Tout en examinant sa trouvaille, il en fit l'expertise à son amie.

« Hé, r'garde ce que j'ai trouvé ! La lame est foutrement abimée, mais les gravures sont belles ! » Bambin devant son jouet, il tarda à voir une plus grande vague arriver et n'eut d'autre réflexe que se courber sur lui-même dans l'inepte espoir que cela suffirait à le protéger. L'écume glacée lui lécha le rachis, il retint une plainte dans son gosier tout en se crispant. « Gnnnn... !! Shatterstone me hait ! » Un frisson le prit puis il s'empressa de rejoindre Elyn avant qu'une seconde attaque ne le touche, puis il la lorgna. « Si tu m'dis que ça fait dix ans que j'me prends la même vague sur l'même rocher, j't'étripe ! » Et pour se venger, il fit un brusque geste de la main en direction de la jeune femme pour l'arroser de froides gouttelettes.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
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Message Mer 29 Aoû 2012 - 15:39

La fer-née était sincèrement intéressée par les nouvelles que pouvait lui apporter son ami. Elle devait avouer ne pas avoir énormément songé à lui ces derniers temps, esprit embrumé par des considérations plus terre à terre, par des maux plus pressant. Amie négligente, elle n'avait jamais été très douée lorsqu'il s'agissait d'entretenir ses relations avec les gens, du moins pas lorsque cette relation demandait un investissement positif. Avec Lak et Gabriel, deux cas particuliers, la fer-née se devait d'être elle-même et rien de plus pour continuer à être apprécier des deux. Du moins au temps jadis, lorsque son meilleur ami, son frère, ne la considérait pas comme une traîtresse, comme une catin. Elyn aurait aimé voir leurs chemins prendre une direction différente, aurait aimé pouvoir fermer sa bouche aux moments opportuns et l'ouvrir lorsqu'il le fallait. Elle aurait aimé tout simplement être différente, tout en se disant qu'alors elle n'aurait sans doute pas conservé ses deux amis. Si Lak était doué pour l'écoute il aurait vite été lassé par une pleurnicheuse qui s'épanche, quant à Gabriel...Elle l'ignorait. La Bonfrère avait l'impression de ne plus le connaître, comme si un univers entier s'effondrait pour la laisser dans l'inconnu. Elle ne parvenait plus à le cerner, ne le connaissait plus. Qui des deux avait le plus changé? Aucune réponse valable à cette question, si bien qu'elle essaya de ne plus y penser, se concentrant sur chacune des réponses données. La première concernait la souris et son utilité, ses défauts plus particulièrement comme celui de trop couiner. « J't'aurais laissé cogner d'abord, honneur à celui qui se la coltine à longueur de temps! » répondit-elle avec le sourire. Ils savaient tous les deux que, si la continentale avait sans aucun doute -connaissant son ami- ramassé pas mal de coups, elle avait tout de même survécu plus longtemps que certaines et devait posséder pas mal de qualité. Son caractère ne faisait pas d'elle une femme faible, ce qui pouvait trouver grâce aux yeux d'Elyn.
L'Edenteur lui résuma sa vie, voyageur dans l'âme, sorte de mercenaire sans le titre, il va d'un navire à un autre, visitant veuve et jouvencelle, parfois les délaissant pour des mets quelque peu plus exotique. Rien ne changeait chez son ami hormis cette femme-sel présente pourtant depuis quelques mois déjà. Elyn en aurait poussé un soupir, envieuse. La jeune femme se disait qu'elle aurait aimé, que sa vie ne change pas, que tout reste éternellement pareil, s'enfoncer dans une routine paradisiaque. Elle aurait aimé ne pas entretenir ces rêves de grandeur, ne pas tomber de si haut, ne pas souffrir et ne pas faire souffrir ses amis. Elle aurait aimé, pouvoir se joindre à leur duo, descendre de quoi s'embrumer l'esprit, avoir le rire facile, se forger d'agréables souvenirs. Elle aurait aimé pouvoir entendre le nom de Gabriel sans un pincement au coeur, bien qu'elle soit ainsi renseigné de façon certaine sur qui avait bien pu lui parler d'elle. Non pas qu'un autre nom ne lui soit jamais venu à l'esprit, connaissant les deux hommes.

Elle s'apprêtait à répondre, à poser une question peut-être au sujet de Gabriel, savoir s'il lui avait parlé, ce qu'il avait pu lui dire à son sujet, quémander un conseil, quand le regard de Lak fut attiré par quelque chose. Il s'éloigne, juste assez pour ramasser et montrer, triomphant, sa trouvaille. Il annonce une lame foutrement abîmée mais bien gravée, vestige, peut-être, d'une bataille ou trésor issu d'un raid malencontreusement tombé dans les flots. Les possibilités étaient multiples et la Bonfrère allait lui envoyer une remarque au sujet de sa passion trop dévorante pour les lames qu'il devrait songer à utiliser d'une autre manière -très fin elle le savait- quand une vague énorme, à ses yeux, percuta son ami de plein fouet. Se mordant la lèvre, son corps secoué par un rire qu'elle tentait de contenir uniquement pour la forme, elle ne pu s'empêcher de rétorquer: « Na na, ça fais pas dix ans qu'tu t'la prends...J'dirais huit, allez un peu moins! » Posant sa main sur le flanc douloureux pour le soutenir à sa façon, elle évacua petit à petit ces tremblements amusés. « J'comprend pas comment on peut être aussi maladroit, aussi tête en l'air et surtout aussi malchanceux...T'exagère! » Les portes, les plafonds, tout ce qui avait le malheur de pendre un peu trop bas trouvait un accueil plutôt dur contre le crâne de Lakdahr, et lorsqu'un oiseau devait se soulager, il y avait de grandes chances pour que ça tombe sur lui s'ils étaient en groupe, de même que la vague...« Au moins t'a un nouveau jouet. Avec une bestiole dessus c'est ptet une lame du continent! Ou ptet de plus loin...Yen a qui vont au dela. » Elle savait que son prétendu allié, Sargon Harloi, avait déjà poussé jusqu'aux lointaines îles d'été. Pour sa part, Elyn s'était toujours contentée du continent et des navires croisés en haute mer, qui recelaient parfois d'étranges trésors. Non pas que son imagination ne l'ai jamais emmené sur des contrées lointaines, anciennes, où pullulait une richesse décadente et des nouveautés à faire découvrir aux siens. Hélas, elle n'avait simplement jamais franchis ce cap. L'occasion se présenterait peut-être un jour, lorsque la rébellion lancée par Dagon aboutira et qu'ils pourront se désintéresser des côtes toutes proches pour d'autres, plus lointaine. Son regard se perdit légèrement dans le vague, quelque part un peu à côté de son ami, un sentiment étrange qui la prend. Un pincement, au coeur, alors qu'elle imagine le tableau idyllique où les trois amis sont réunis, sont heureux, rient et s'insultent, se taquinent et se battent, lors d'une grande aventure qui fera la richesse des îles de fer et la gloire de leur nom. Soupir, elle détourne le regard. Elle voit une pierre, grise, froide, humide. Glissante sans doute, peut-être tranchante. L'état de son âme, matérialisé sous ses yeux.

« Dis...J'sais pas si j'ai l'droit de demander, mais j'ai jamais attendu une autorisation pour faire quelque chose. Ptet que j'aurais du...Mais si t'a passé du temps avec Gabriel, ya pas longtemps, tu sais comment il va? J'veux dire...Il a l'air bien? » Ridicule, elle se sent. Elle bafouille, ne trouvant pas le moyen de dire simplement "comment va Gabriel"? Non, elle a besoin de tourner autour du pot, d'orienter, essayer de voir si son compagnon sait des choses. Connaissant l'impétueux fer-né, il a du se confier au géant des îles. Déverser son venin, sa bile brûlante à son encontre. Elyn sait que Lakdahr ne lui fera pas un rapport détaillé. Ce n'est pas ce qu'elle veut. Ce qui l'intéresse, c'est de savoir s'il gère mieux qu'elle les conflits, savoir s'il tient encore la route malgré leur déchirure. Prendre de ses nouvelles, voir l'étendue des dégâts provoqués par une bouche scellée, dissimulant ce qu'elle ne devrait pas. « Quand j'dis bien j'veux dire...Bien? Enfin...Tu vois, content? Il s'en sort comment? » rajoute-t-elle, sans chercher le regard du géant. Curieuse, intéressée aussi à sa façon, elle cherche le moyen d'entamer une conversation autour de ce sujet pénible mais indispensable, car les éclaircissement de cet œil extérieur pouvaient contenir la clé qui permettrait à cette sombre affaire de prendre un tournant plus agréable.
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Lakdahr l'Edenteur
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- Mestre fêvre -
Bâfreur & Guerrier

♦ Missives : 1389
♦ Missives Aventure : 121
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
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Message Dim 2 Sep 2012 - 21:36

Il maugréait dans sa barbe sculptée et avait des raisons de le faire, tragiquement tourné en ridicule par les caprices de Shatterstone, la Vile. Si la jeune femme n'avait nullement pris ombrage de la rareté de ses visites, la demeure qui l'avait vu naître ne semblait pas opiner le même avis – Ah ! Voilà qu'il jurait que leur rocaille possédait âme et intellect aptes à le mettre à mal, qu'il l'appréciait leur triste argentite de patrie, mais peut-être pas au point de lui prêter une conscience. Plus qu'un conte de grise pierraille, la houle n'avait pas son pareil pour le surprendre une fois l'échine tournée ! A défaut d'être une agréable caresse, au moins le coup du sort redonnait-il un semblant de gaité à celle dont l'humeur oscillait au gré des aubes et crépuscules. Les goguenardises étaient peu appréciées du titan des forges qui, même s'il n'était pas le moins du monde vindicatif, pouvait se montrer particulièrement susceptible en fonction de son état d'esprit et du protagoniste qui osait rire de lui. Les rares personnes enclines à porter le titre d'amis n'étaient pas de ceux qui abusaient de courtisanerie et autres attitudes de grande pompe, bien au contraire, les brimades aux bonnes ou mauvaises conséquences n'étaient plus que des banalités. Malgré tout, le jeune homme ne put s'empêcher de penser qu'Elyn avait de la chance d'être née donzelle – bien qu'elle était d'avantage devenue harpie des mers - et que leur relation soit faite de ce bois – ou plutôt de ce fer – qui les avait toujours prémuni de ce que Lakdahr aimait nommer les baffes amicales. Actes de tendresse qu'il avait marotte à échanger avec son fameux compagnon de binôme et qui ne manquaient pas de les farder de divers ecchymoses. Et à en observer une certaine Capitaine se désopiler comme elle le faisait, il aurait été prompt à s'en retourner chercher les deux drôles qui lui avaient antérieurement barré la route pour se venger sur leurs pauvres carcasses. Moue de bougon ourlant ses lèvres, il tapota une bribe de roche du bout de sa chausse et ne put réprimer un commentaire moins acerbe qu'il n'en avait l'air. « J't'emmerde... ». Comme la plupart des énergumènes qui peuplaient cet archipel, le continent ou même le reste de ce globe. Une information que la sylphide aurait loisir de classer dans la catégorie des Inutiles tant elle l'avait entendu la vociférer dans leurs innombrables années de côtoiement.

Il haussa finalement les épaules en soupirant de sa voix de mêlé-cass, puis aux dires concernant sa trouvaille, il l'observa derechef – Loin de la menace de l'écume, cette fois ! Il égara d'ailleurs une lorgnade vers l'espiègle vague qui vint lécher le récif, puis essuya la crasse accumulée du coutelas sur le textile de son pantalon. L'idée que l'arme puisse puiser ses origines d'une contrée autre que la leur était séduisante, ceci bien qu'il doutait de la qualité de son butin. Dans l'incertitude, il tenta de gratter les glyphes pour mieux les discerner et, hypothétiquement, en deviner sa provenance. Concentration et réflexion à leur paroxysme, il ne distingua point le désarroi de la Bonfrère vraisemblablement en proie au vortex de ses contrariétés. Toutefois, ces dernières ne tardèrent guère à être exprimées, tirades voisées de tergiversation et confusion à peine voilées et qui convergèrent toutes vers un récent point de rupture. Conscient que le plus délicat des sujets allait être abordé, le mestre fêvre prit le temps de songer avant de faire tonner son phonème. Il la connaissait, cette bougresse dont la fierté n'avait d'égal que sa pétulance, et elle n'avait pas besoin de lui confesser son embarras pour qu'il la sache dans cet état. Si les voies du coeur étaient impénétrables, celles de l'orgueil n'en étaient que plus absconses, les sentiments et frustrations en résultant, à eux seuls, des énigmes pour les ostrogoths qu'ils étaient.

« Si j'ai passé du temps avec Gab ? D'puis quand la question s'pose ? On est comme deux couilles d'une même paire, évidemment qu'on passe du temps ensemble. » La dryade était encore la mieux placée pour le savoir, elle qui avait partagé leurs plus belles années en tant que tierce de leur biscornue trinité. « Enfin, il aime s'plaindre quand j'ai le malheur de passer trois jours dans ma forge sans v'nir le border, mais s'passe pas une lunaison sans qu'on accumule les conneries. » Jugea t-il bon de préciser en ricanant de bon coeur, plein de désespoir face aux états d'âme de leur troisième comparse. « C'te pucelle des flots reste fidèle à lui-même, y s'venge sur les continentaux quand un truc l'fait chier... C'est-à-dire souvent ! »

Un rire aboutit simultanément à sa phrase, le Dieu Noyé savait à quel point l'Edenteur adorait honnir son camarade de toujours, que celui-ci soit présent ou non. Si ses rosseries verbales avaient toutes leur part de véracité, elles n'en demeuraient pas moins de l'ordre de la taquinerie et, tacitement, une façon d'exprimer l'estime fraternelle qu'il lui vouait. Mais au revers de sa badinerie, le forgeron camouflait quelques troubles qu'il hésitait à partager en dépit de toute la considération qu'il avait pour la sirène de la Veuve Noire. Parfois, le capitaine de la Jouvencelle était un véritable compendium de mystères, ses vicissitudes avaient le don d'éreinter Lakdahr de façon incommensurable quand bien même il finissait toujours par lui venir en aide. Parmi ses dernières lubies en date, son fol attrait pour une nymphette du continent, une certaine dornienne qu'ils avaient apparemment et furtivement croisée en infiltrant le terrain en vue d'une prochaine rapine. Le crédule s'imaginait lui plaire en lui adressant quelques vers , tant d'emportement pour une si succincte oeillade dans une bourgade égarée, et les ouestriens qui commençaient à se tirer de leur torpeur avec les nombreux assauts orchestrés par les fer-nés, il craignait que les choses se compliquent jusqu'au périlleux. Mais avant les dangers du littoral, une blanche faux risquait de s'abattre entre les omoplates de Gabriel ici-même, dans leur havre saumâtre. Les différends des deux frères s'étaient envenimés et des rumeurs somme toute fondées clamaient qu'ils avaient tous deux manqués de se passer par l'épée. Elyn était-elle au fait de cette sombre histoire qui se susurrait d'île en île ? Peut-être pas, si elle n'avait point quitté l'enceinte de son bastion depuis quelques temps. Si elle l'était, il serait curieux de recueillir son avis, dans le cas contraire, un autre viendrait lui parler de cette algarade s'il ne le faisait pas.

« Il va bien mais... J'm'inquiète pour sa gueule... » Admit le colosse, l'air incommodé, avant de se lancer dans de plus amples explications. « T'es au courant de c'qui s'est passé à Dix-Tours ? Gabriel a merdé une mission que Sargon lui avait confiée, dans le Nord... Bref, tu sais comment c'est entre eux, l'un est venu râler, l'autre l'a mal supporté, ils se sont provoqués et quand j'suis arrivé, ils s'tapaient sur la gueule. Yoren et moi on a pu les séparer, j'ai eu du mal à calmer Gab et... J't'avoue que j'sais pas ce qui se serait passé si j'avais pas réussi. »

Le jeune homme frotta l'arrière de son crâne, il abhorrait penser au dénouement qui aurait effectivement pu avoir lieu lors de cette fameuse nuitée, horrifié qu'il aurait été de voir Crépuscule empaler le buste de son ami pour de telles sottises. Si lui non plus ne sustentait aucune connivence avec son demi-frère de seiche, jamais leur relation n'avait atteint pareils cimes – Pis encore, alors que les bambins d'Harloi eurent été proches lors de leur jeune âge. Ce qui les séparait aujourd'hui n'était pas une inimitié de toujours, mais une rivalité née de nulle part et qui n'avait jamais cessé de croître. Jusqu'alors, le forgeron avait veillé à ne faire aucune incursion dans cet antagonisme nocif, cependant, plus les jours fluaient depuis l'incident, plus il en venait à la conclusion qu'il était temps pour lui d'intervenir avant qu'une catastrophe n'arrive.

« Ca prend d'trop grandes proportions si tu veux mon avis, j'espère que les choses vont pas dégénérer. J'compte garder un oeil sur c'qui se passe de toute façon. » Il humecta ses lèvres après ce récit aussi exhaustif que plausible. « Et s'tu veux savoir s'il m'a parlé de votre engueulade... Parce que c'est ça que tu t'demandes, hein ? Bah, ouais, m'en a causé, vaguement. » Ses onyx dans les prunelles de son interlocutrice, il la fixa sans prétention. « Et toi, t'veux m'en dire que'que chose ? »




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Message Sam 8 Sep 2012 - 8:03

Il avait fallu du temps à la Bonfrère évoquer Gabriel. Le sujet était tabou et elle avait tendance à s'énerver lorsqu'elle l'abordait alors qu'elle avait désespérément besoin des conseils avisés d'une personne connaissant suffisamment les deux lurons pour ne pas se laisser influencer et pour l'orienter sur la bonne voie; celle de la réconciliation. Lakdahr était cet homme, fiable et neutre, pilier qui s'élevait entre ses deux camarades pour leurs éviter de s'entre déchirer dans des moments comme celui-ci. S'il avait été présent lorsque leur dispute avait éclaté, nuls doutes qu'il serait parvenu à la régler. Sans même dire un mot ou donner une bonne paire de claque à l'un d'entre eux. Parfois il suffit d'un regard, d'une présence. Elyn avait toujours eu plus de facilité à s'ouvrir au géant bourru qu'à son autre ami, sans en connaître la raison. Elle les aimait pourtant de la même façon et serait prête à venger leur mort dans le même bain de sang, s'il le fallait, de même qu'à les aider, si elle le pouvait. Elle savait qu'elle pourrait expliquer à Lakdahr ce qui n'allait pas chez elle, lui dire comment elle en était arrivée la. Peut-être parce qu'elle était certaine qu'il ne la jugerait pas...Hypothèses. Elle secoue la tête, revient à la réalité. Son entrée en matière avait été aussi maladroite que sa façon de s'exprimer, question stupide. La seule chose capable de les empêcher de passer du temps ensemble serait de tuer l'un d'eux, et encore, le survivant parlerait aux vagues comme s'il discutait avec son ami. Elyn les savait inséparable et n'avait jamais cherché à obtenir ce degré de complicités. Ils étaient tous trois d'excellents à la vie, à la mort, mais c'est toujours moins compliqué entre deux garçons. Pas d'arrières pensées, pas de gestions sentimentales ridicules. Sûrement moins de prises de tête. Pour ce qu'elle en savait! Ah! Elyn aurait aimé être un homme. Solution de facilité...Désir d'une lâche. Il lui semblait bien que quelqu'un le lui La capitaine devait bien admettre que non, elle ignorait tout des évènements de Dix-Tours. Recluse sur le Vieux Wyk, elle soupçonnait son second d'empêcher les nouvelles croustillantes d'arriver jusqu'à elle et ce pour lui éviter la tentation de bouger. Si elle avait été au courant, blessée ou pas, en colère ou pas, mal à l'aise ou pas, elle se serait bougé le cul pour aller voir Gabriel. Il l'aurait sûrement rejetée sous prétexte qu'elle était alliée avec Sargon -sur le papier du moins- et donc par extension du côté ennemi. La situation avec le Harloi était relativement compliquée sans que la Bonfrère ai encore envie de se pencher dessus. Ils ne s'étaient pas entre-tués, la était le principal. Quoi qu'elle n'aurait pas pardonné à Sargon de tuer Gabriel alors que la réciproque n'était pas vraie. A choisir entre les deux frères, elle soutiendrait le plus âgé bien qu'il ne soit pas héritier et ne porte pas le nom d'Harloi. « Je savais pas, non...Mais je comprends que Gab' ai pété une durite. Sargon peut vraiment taper sur les nerfs comme on dit, et il le fait pour se marrer la plupart du temps. Gab...Il est un peu comme moi, il a le sang trop chaud, alors ça m'étonne pas. Vu toutes les claques que j'ai filé au Harloi, qu'il ai voulu lui arracher les tripes. » répondit-il en hochant la tête, comme un signe d'approbation. Elle venait de mettre le doigt sur son problème avec Gabriel: Ils se ressemblaient sur bien des points. Qui se ressemble, s'assemble, et se détruit...

Lak continua à lui faire part de ses inquiétudes, sans s'embarrasser de longs discours. Des phrases simples, claires, précises, évoquant ses sentiments et concluant sur le fait qu'il allait surveiller tout ça de près. « Je pense pas qu'ils en viendraient à se faire vraiment mal. Je veux dire...Des coups de poings, des bleus, ouais, mais de la à tirer l'épée...Je sais qu'ils s'aiment pas, mais...Non je crois pas. » Ou plutôt n'espérait-elle pas? Elyn haussa les épaules, secouant la tête cette fois, puisqu'elle ne possédait pas la réponse. « Ouais, c'était de ça que je parlais...Et je peux t'en dire plein de trucs, si ça peut t'permettre de m'aider. » Elle se mordilla la lèvre, consciente que le géant ne lui donnerait pas la version de Gabriel et qu'il ne valait peut-être mieux pas. Elyn se doutait que tout était honteusement exagéré ou le serait, de son point de vue, déformé par une colère qu'elle comprenait sans concevoir. « Je sais pas ce qui t'a dis alors j'vais t'expliquer en gros...Tu sais que j'étais à Port-Lannis, mais j'y étais parce que Sargon m'a invité à y aller. Sinon j'avais de bonnes chances de rester en arrière vu le Lord Capitaine...Enfin bon bref, il m'a dis de venir et comme une semaine ou deux avant on s'était mis d'accord pour être des alliés comme j'avais perdu le mien vu sa promotion et que de toute façon j'en pouvais plus de lui...Je suis venue. Il avait un plan, qui nécessitait pas mes talents de capitaine mais plutôt ceux de femme...Non mais t'imagine qu'on me demande d'aider avec mes talents de femme?! C'est comme ça que j'me suis retrouvée sur le continent avec Deirdre et que j'ai récolté mon trou dans le bide comme tu dis, pour pas que ce soit elle qui en ai un. Comme j'étais assez mal en point j'ai demandé à resté la bas à Kenning, vu que c'est la Veuve Salée qui est venue me récupérer... » Mise en contexte, elle n'avait pas besoin d'expliciter d'avantage l'histoire d'Harald puisque celle la, son ami la connaissait assez bien. Elle avait enragé dans sa forge pendant plus d'une heure en maudissant le nom de cet homme, mal qu'elle était de voir un autre morceau de sa vie s'en aller vers des hauteurs en la délaissant. « Et donc je suis restée la, comme on était allié...Mais juste allié pour razzier, pas alliés genre...Genre j'écarte les jambes quand il veut. Enfin...Si on l'a fais une fois. Et je sais c'était pas malin mais je pensais pas que je le dirais à Gabriel, même si la du coup c'est pas honnête. J'allais juste pas bien et faire ça, ça m'a aidé à aller mieux. Je sais c'est con. Sauf que quand Gabriel est venu avec son air de chien battu, malheureux au possible et en colère parce que j'étais à Kenning plutôt qu'ailleurs, j'me suis braquée et au lieu de m'ouvrir comme j'le fais avec toi je lui ai juste balancé ce qu'on a fais avec Sargon et j'ai pas pu lui expliquer le reste. C'était comme bloqué dans ma gorge...J'avais une espèce de grosse boule. Et voila... » La Bonfrère avait baissé les yeux, ou du moins les fixait sur un point lointain, au delà de Lak et de sa grande stature qui faisait ombre devant elle et la protégeait des éventuelles vagues qui pourrait avoir envie de la tremper. Le vent commençait à souffler de plus en plus fort, faisant voler ses mèches collées ensemble par le sel et l'humidité.

« Tu sais Sargon c'est un connard, c'est vrai mais...Je sais pas, il dit des trucs censés parfois, il a de bonnes idées, de bons plans, et moi j'ai besoin de ressource, j'ai besoin d'un partenaire pour les gros raids. Je pensais...Je sais pas, j'ai même pas pensé à demander à Gabriel. A ce moment là j'étais trop mal pour pouvoir le gérer en plus. Me fallait un type à utiliser, même si lui fait pareil. Me fallait un truc simple...Et avec Gab, c'est jamais simple. » Entre eux du moins. Difficile d'expliquer d'avantage cette relation un peu compliqué d'amitié. Même bien plus jeune qu'eux, Elyn s'était imposée dans leur bande de terreur avec son caractère brutal et ses manières pas du tout féminine. Ce qui avait changé, en elle? Peut-être Sargon, justement, qui la poussait à être femme en plus de capitaine et à concilier les deux pour être plus forte. Si elle commençait à comprendre le concept et à le trouver intéressant, elle devait composer avec les effets secondaires qu'on appelle sentiments et qui n'avaient rien d'agréables. Elle qui pensait ne pas avoir de coeur, juste un caractère égal à la tempête violente qui ravage sans arrêt les îles... « Me fallait un type que j'aimais pas vraiment, je me suis dis que ça marcherait, ça, vu que quand j'aime bien mon partenaire ça foire. Je sais que j'ai merdé avec Gab, j'aurais pas du lui dire ça, j'aurais pas du lui dire comme ça, j'aurais du lui expliquer, lui dire que ouais son demi-frère est un connard mais qu'il a pas tant un mauvais fond non plus...Même si parfois j'oublie ce que je dis tellement j'aimerais mieux l'étrangler pour qu'il la ferme. J'aurais du parler à coeur ouvert mais, je sais pas...J'ai bloqué. Depuis qu'on est revenu du Nord, et même avant, je me sentais comme...Je sais pas, un capitaine médiocre. Et une amie de merde. C'est Urek qui aurait du reprendre le flambeau à ma place mais j'arrive pas à me décider à laisser tomber. C'est tellement pas moi...Mais j'ai tellement changé... » Elyn poussa un soupir, lassée. « On dirait une pleurnicharde, putain je dois faire pire que ta souris. J'ai envie de me baffer dans ces moments la, j'aimerais bien que quelqu'un le fasse. Si j'étais un mec on se serait tapé dessus et hop, après ça aurait été sauf que je suis une femme en plus d'être une capitaine, et qu'être capitaine avec des sentiments ça va pas toujours bien ensemble. J'me préférais avant, quand j'avais un coeur mort ou dans le genre, mais il a fallu qu'elle parte pour qu'il se réveille cet enculé. Je sais pas ce que je dois faire avec lui, Lak...J'y réfléchis tout le temps, et quand je me dis que je vais aller lui parler je me dégonfle le temps de passer la porte et quand je me dis que j'ai qu'à attendre qu'il se rende compte de tout ça, qu'il comprenne quoi, je me sens débile parce que je sais que ça arrivera pas. »
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Lakdahr l'Edenteur
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Message Mer 19 Sep 2012 - 15:23

Parfois, il était bon d'omettre leur usuelle impulsivité pour simplement user de la force des mots, dialoguer par la parole plutôt que par les poings, une chose somme toute banale mais qui restait ardue à faire lorsque l'on vivait sur les Iles-de-Fer. Les craintes qu'il avait savamment exposées, peu de gens seraient à même de les comprendre ou n'était-ce que les considérer, si beaucoup avait vu la relation entre les deux frères se dégrader, peu pouvaient se targuer en être de véritables témoins. Il était fort délicat de traiter d'un sujet que l'on ne maîtrisait guère, et même lorsque l'on pensait tout en savoir, le différend restait particulièrement difficile à démmêler. Des années que cette futile querelle aurait dû être démembrée, Lakdahr ne cessait de le ressasser, ils n'avaient fait qu'ignorer le problème qui avait tiré tout profit de cette léthargie pour mieux croître au fil du temps. Cependant, même aux tirades d'Elyn, le jeune homme avait la fade impression qu'il était le seul à entrevoir la gravité des présentes circonstances. Même elle, qui n'était pourtant pas inconnue à tout cela, mésestimait d'une manière incroyablement quiète la situation. Etait-ce donc lui qui se rongeait les sangs pour peu de choses ? Peu plausible, il était intimement convaincu que le danger était bel et bien d'actualité et plus que jamais prompt à s'embraser. Un semblant désappointé, au fond, il renâcla, puis fit bien vite la part des choses. La donzelle était loin d'être neutre dans toute cette affaire et elle ne pourrait vraisemblablement point aider sans s'attirer quelques foudres. Le rôle d'intercesseur, lui, il ne l'avait jamais choisi, mais ce titre s'agglutinait bien volontiers à son échine. Il en avait toujours été ainsi entre ses deux meilleurs compagnons, désormais, c'était ce qu'il devait jouer entre les frangins en guerre, ce qu'il avait toujours fui jusqu'alors. Tant pis pour son habituelle tiédeur, et même si cette décision devait lui valloir les représailles du fils Harloi, il y répliquerait avec toute l'ardeur qui était sienne. Pour l'heure, il prêta toute son attention à un récit qui se promettait au moins complet, preuve que la capitaine avait le désir de tout confesser, de ne rien camoufler à la réflexion du géant qui l'accompagnait. Et quelle foutue odyssée, cette vie dans laquelle ils étaient nés.

Il ne porta aucun détail, évidemment, de ce qu'avait pu lui conter Gabriel à propos de leur algarade. Les affres qui corrodaient la Bonfrère semblaient, pourtant, bien plus lointain que cette fois où ils s'étaient houspillés l'un l'autre pour une histoire de luxure. Le forgeron s'interrogea : voulait-elle réellement lui présenter le contexte, ou, cherchait-elle seulement à justifier les actes qui étaient les siens ? Il en fut dubitatif, toutes ces allégations, pour finalement lui avouer qu'elle avait tout bonnement fauté. Le malaise était plus profondément ancré qu'il n'y paraissait, pour tout le monde certainement, déchiffrer les sentiments de chacun était une épreuve sans pareille. Cependant, tout espoir n'était guère perdu, car la sirène était au moins consciente de beaucoup de ses bévues, peut-être même prête à se remettre intègralement en question s'il le fallait. Le moindre de ses propos allait avoir un poids conséquent dans l'opinion de la belle, l'Edenteur en avait conscience, mais s'il était enclin à faire preuve d'une certaine méditation vis-à-vis de ce qui l'entourait, il n'en demeurait pas moins un ostrogoth emprunt de modalités des plus prosaïques. Si bien qu'avec toute la subtilité qui le caractérisait, il exauça, même superficiellement, l'un des voeux qui avaient été formulés. Un couplet de secondes après qu'elle ait fini de lui relater les faits, l'immense paluche du titan des forges ne se fit pas prier pour s'écraser sur le côté senestre du crâne de la fer-née en une superbe calotte. Fort heureusement – pour elle – il n'y avait pas mis la même intensité que celles qu'il octroyait au capitaine de la Jouvencelle, celle-ci lui ferait pulser le sang aux tympans et elle en rougirait éventuellement d'étonnement voire d'offense, mais elle tenait encore sur son rocher et sa tête demeurait sur ses épaules. En d'autres termes, il n'avait fait que lui remettre les idées en place physiquement parlant.

« Demande et j'te tape sur la gueule moi, c'pas un problème et ça t'ferait pas d'mal de recevoir des coups. Si y a que comme ça que tu comprends que'que chose... » Ses bras se croisèrent en de musculeuses ébauches chamarrées de coutures, puis un oeil critique se posa sur le minois de son interlocutrice. « Nan, ça arrivera pas, il viendra pas d'lui-même, pas après ça. T'as franchement été conne, j'm'en fou de c'qui s'est passé avec le Harloi, j'te parle de la façon dont tu l'as annoncé à son rival. Tu savais très bien comment il allait réagir, tu vaux pas mieux que c'connard de Gab à c'niveau, deux gros chialards. »

Lakdahr n'avait jamais été de ceux qui mâchaient leurs mots, il était authentique, et même dans le cas contraire, il doutait que son message puisse parfaitement passer sans qu'il n'ait rugi en premier lieu. Il savait, mieux que quiconque, que ses deux amis possédaient un incroyable nombre de similitudes, raison pour laquelle leur communication avait toujours été lacunaire. Cependant, pourquoi s'échinaient-ils à se faire souffrir l'un l'autre ? Ce détail lui échappait, en particulier alors qu'ils savaient que leurs actions seraient source de douleur et de regrets. Elyn se considérait comme une pleurnicharde, et il n'irait pas la contredire à ce sujet, car c'était une véracité également valable pour leur troisième membre.

« Gabriel, il est tout aussi fautif que toi, il est vraiment temps que j'lui remette les idées en place à lui aussi, ça m'pompe ses histoires avec son demi-frère. Il prend tout au premier degré, il est aussi bégueule qu'une nobliarde du continent et ça lui vaut des tonnes d'emmerdes. » Il expira un grognement irrité. « Je sais comment est Sargon, c'est un chien fini mais c'est un gars intelligent et c'est un bon capitaine, j'irai jamais dire l'contraire. C'est bien pour ça qu'il est dangereux et qu'il faut s'en méfier, j'te reproche pas de traiter avec lui alors que moi-même y m'arrive de le faire, mais ne m'dit pas que c'est par facilité, ou alors, putain, c'est que t'as rien compris au fils Harloi. Elyn... » Il prit place à côté d'elle. « Faut vraiment que tu t'poses et que tu saches où t'en es, j't'ai toujours connue forte et là tu m'fais peur. Toi aussi, t'es un bon capitaine, mais tu sais juste pas quel cap tu prends et c'est pour ça que t'as autant de vagues qui t'reviennent dans la gueule. La vie c'est comme naviguer, y t'faut une bonne connaissance des mers et un équipage sur qui compter. Ch'ui là Elyn, Gab était là aussi... » Il la regarda. « Mais faut que tu m'expliques, pourquoi tu t'es éloignée d'lui après la mort d'Aurane. »

Le sujet était épineux et son évocation pourrait surprendre la jeune femme qui se retrouvait confrontée à ses vieux démons. Le mestre fêvre en était conscient, mais peut-être que la contraindre à lui parler de ce qui la faisait souffrir l'aiderait à déceler la source du problème. Elle pourrait bien larmoyer, vociférer, le frapper hypothétiquement, qu'importait sa réaction pour se faire, il l'aiderait.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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