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Perle noire [Aïssatou]

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Général
Feuille de Personnage


Message Lun 23 Juil 2012 - 21:49

Si Violain haïssait Pyk de tout son petit cœur noir et moite, elle ne savait trop que penser de Harloi. Cette île, à ses yeux, détenait quelques trésors qui ne valaient pas tout à fait ce qu'elle imposer à endurer de lacunes et de tares, la plus grande d'entre elles étant incarnée en la personne de Gabriel. Ce jour-là était assez clair, le vent n'était pas trop présent, il faisait froid, bien entendu, mais l'air n'était pas cinglant et la Souris aurait pu se laisser aller à dire qu'il faisait beau et que c'était une charmante matinée, s'il n'y avait pas eu un certain mange-limace Fer-né pour lui dérober son géant attitré. Pire que de se réveiller seule, elle s'était couchée en solitaire après avoir veillé la porte tout un jour durant et avait trouvé un mauvais sommeil, rongeant son frein en s'efforçant de ne pas imaginer son Édenteur à elle aller s'échouer dans le lit d'une autre, ivre au possible et accompagné de celui qu'il nommait frère et qu'elle désignait comme « cloporte ». Ointe d'une humeur extraordinairement mauvaise, le museau haut, les hanches ceintes d'un tablier épais et les bras lourds de draps variés, elle s'était décidée à passer ses nerfs en dehors des murs-mêmes qui accueillaient temporairement sa souricière désertée. Le linge serait son défouloir pour l'heure, puisqu'elle avait envie de frapper, elle irait laver d'amples toiles avec toute la violence contenue dans ses petits bras et, décidée à les injurier également, elle s'était mise en tête d'éviter le lavoir commun. Ce n'était pas tant qu'elle répugnait à croiser des servantes revêches qui se feraient fort de lui faire payer d'être encore bien plus belle qu'elles ne l'avaient jamais été – douce et consolante vanité – mais surtout parce qu'elle ne s'en sentait aucunement l'envie, qu'elle voulait prendre l'air, qu'il fallait qu'elle se dégourdisse les jambes, point, voilà. Ses caprices, ces temps derniers, forcissaient comme les nuages d'une tempête, roulant et s'agglutinant entre eux jusqu'à exploser. Elle avait des envies bizarres et une faim d'ogresse qui se réveillait – mais ce n'était sans doute que l'effet de la fréquentation de son monstre attitré. L'appétit lui était venu en cuisinant, fallait-il croire.

Frappant le sol de ses petits pieds, fière en elle-même d'avoir assez hanté les lieux avec Lakdahr pour être moins inquiétée qu'une autre femme-sel qui se piquerait d'une semblable ambition d'aller voler de l'air frais, elle progressait le long des chemins aux roches acérées et à la verdure plus que timide, le nez levé vers le frêle voile luminescent qui tentait d'être un soleil. Le paysage austère, sous cette lumière peu commune, s'ornait des quelques lueurs moites d'une pluie de la veille qui n'avait pas tout à fait séché, et qui ne séchait, de toutes façons, quasiment jamais ; les transparences solaires les faisaient briller d'un éclat qui aurait été doré sur d'autres terres, mais qui avaient là l'aspect huileux de nappes de pétrole. Les quelques herbes timides mais téméraires qui s'acharnaient à pousser ça et là ponctuaient les alentours de touches hésitant entre le vert sale et l'ocre moribond. Pourtant, Violain ne parvenait plus à trouver ces terres aussi laides qu'elle avait pu les juger durant les premiers jours de sa captivité. Peut-être était-ce le temps, peut-être était-ce l'habitude, peut-être était-ce également cet étrange attachement qui commençait à pousser en elle à l'instar des plantes maladives mais impérissables de l'endroit, mais elle finissait par leur trouver un charme fier et unique. Le panier pesait sur ses mains, mais, rompue à ses tâches ordinaires, la petite demoiselle le gardait tressautant au rythme de ses pas, affectant même de chantonner tout bas un air de son pays dont elle ne remettait plus aucune parole, se contentant alors de prononcer des las, des tis et des doums. Sa colère latente ne diminuait pas, pas encore, pas avant d'avoir battu les draps jusqu'à en avoir les jointures rouges, mais elle faisait comme toujours et par réflexe admirablement bonne figure, un léger sourire flottant sur ses lèvres pâles, les narines seulement légèrement écartées et les pupilles un peu trop présentes – personne ne la regardait. Descendant une butte, elle avait repéré un chemin d'eau serpentant jusqu'à la mer, sans doute un pleur perdu d'une source alimentant les habitants de Dix-Tours, ou quelque chose de ce type, peu lui importait. Le ruisseau était tortueux, il avait l'air froid et vif, ça serait parfait pour insulter un paquet de linge sale en s'imaginant qu'il a de beaux yeux bleus. Tout à ses assassinats enjôleurs, elle ne remarqua pas aussitôt qu'elle n'était pas exactement seule, et qu'un détour de roche lui avait dévoilée une silhouette singulière. S'immobilisant brusquement, la Souris manqua de basculer, lèvres pincées, dents sur la langue et un pied levé, elle peina à maintenir son équilibre, mais parvint à ne pas se vautrer, ni même à abandonner sa charge. Après quelques secondes d'un pénible effort, elle retrouva le sol avec un certain confort et, allant épouser le décor, le museau à demi caché derrière son tas de drap – comme si les paniers poussaient parmi le lichen – elle observa.

C'était une femme – une somptueuse femme. De mémoire, jamais Violain n'avait vu peau si sombre, était-ce un curieux maquillage ? Elle n'était pas assez proche pour deviner la teinte exacte, ni s'il y avait trucage, mais, même à leur distance, elle pouvait entrevoir le délié des membres, la grâce des attaches, l'esquisse des formes ; sa peau d'ombre, sur ces terres de visages grisâtres, faisait l'effet d'une fleur rarissime. Une femme-sel, sans aucun doute possible : elle avait été cueillie pour l'éclat différent de ses pétales et amenée ici pour y flétrir. Elle lavait ses cheveux dans l'eau glaciale, passant et repassant les mains sur ses longues tresses du même ébène que sa chair, jalouse à en crever, Violain eut l'envie de lui jeter des pierres. Elle s'assit plutôt, fascinée comme mauvaise, espérant secrètement qu'une bête sauvage soit prise de l'audace d'approcher autant de la forteresse fer-née et ne désire rien de mieux que de déchiqueter cette peau-là. Rien ne vint d'autre que des étourneaux, paillant dans un nid abrité entre quelques roches plus loin, à l'opposé de la cache de la Souris. La femme redressa la tête, comme intriguée, et après ce que son envieuse observatrice estima être une hésitation méditative, elle se leva. Abandonnant quelques effets sur les rochers et enjambant le petit cours d'eau, la femme aux cheveux de nuit s'avançait vers les oiseaux. Mue par une impulsion subite, Violain agrippa ses draps et chargea son ancienne position, dans le but confus mais agréé de lui voler ses quelques apparats laissés sur les pierres et de les jeter dans la mer – ou de les garder pour soi.

Laissant choir son gros barda sans trop le faire bruisser par terre, elle se pencha sur ce qu'il y avait là, déçue aussitôt qu'elle vit ce que l'outil de sa vengeance puérile était : une étole, sans doute destinée à simplement lui réchauffer la gorge et les bras. Bah ! Une bonne toux serait toujours ça d'offert à qui était plus jolie, ça ferait l'affaire et personne ne pourrait lui reprocher – pas si on ne la voyait pas avec ce chiffon, en tous cas – et elle s'apprêtait à s'en saisir quand un petit éclat appela son œil avide. Tournant la tête vers la chose minuscule, son âme de joaillière dilettante vibra lorsqu'elle reconnut dans la perle coincée entre deux roches l'éclat de l'argent et de l'ivoire. Oublié, le foulard ! Abandonnée, la pneumonie ! Elle manqua de glapir et agrippa sa petite trouvaille, soudainement heureuse comme une souris devant la tome. Elle la roula entre ses doigts : assez large et haute, percée d'un trou plutôt grand, elle devait sans doute parer une ceinture fine, ou une tresse épaisse. Elle médita un petit instant, pas assez pour trouver l'aboutissement de ses réflexions, trop pour son instinct prudent. Relevant le nez, elle constata avec effroi que la dame d'ébène s'était retournée. Elle ne sursauta pas. Rompue aux maléfices et accompagnée de la perfidie depuis à peine moins que sa naissance, elle se redressa, se para de son plus niais sourire, agitant la main avant de montrer la perle.
    « Oh, bonjour ! C'est à vous ? Vous avez oublié ça ! »

Passer pour une aimable benête était sa façon ordinaire de camoufler ses plus perverses pulsions. Bien sûr, il fallait être bien stupide pour croire que cette femme allait simplement partir sans prendre sa mante ou ses bijoux, mais elle n'était pas pétrie d'orgueil au point de se juger au dessus de le faire croire, tirant même un malin plaisir de se faire plus futée à ses yeux que tous ceux qui la prenaient pour une sotte. Frottant son petit nez pour rajuster son sourire et camoufler sa fugace grimace, elle ajouta de sa voix trop haut perchée.
    « Je ne vous ai jamais croisée. Le vent est faible aujourd'hui, mais faites attention, il est traître, il aurait pu emporter votre manteau. »

Gardant la paume ouverte, elle s'attendait à ce que la femme s'en vienne, son œil d'azur posé droit sur elle, maquillant d'une très fausse franchise cette fixité qui n'était que scrutatrice. Elle saurait sans doute bien vite qui était cette créature, et surtout à qui elle appartenait, mais la Souris voulait surtout capter la moindre de ses expressions, le plus petit de ses soupirs, pour couvrir ses traces et se présenter sous un jour favorable ou du moins inoffensif, ainsi que d'excaver ce que cette femme si particulière pouvait savoir, ou avoir entendu. Non pas qu'elle supposait cette évidente femme-sel comme puissante – quelle hérésie – mais elle était bien placée pour savoir qu'à l'instar des fleuves, les secrets des hommes se trouvaient dans leur lit.
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