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Du sable, du sable, et encore du sable - Daärim Forrest

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Message Sam 21 Juil 2012 - 14:12

Le cœur du désert dornien, à égale distance de l’océan au Sud et des Marches au Nord, était une fournaise durant la journée avec des dunes de sable fin à perte de vue, un sol traitre et changeant où les hommes s’enfonçaient jusqu’aux chevilles et où seuls les réputés coursiers de la région pouvaient chevaucher à un bon rythme. Ici nul endroit pour se cacher du soleil, ses rayons brulaient tout, y compris l’air qui semblait onduler à l’horizon. Les nuits n’étaient pas plus charitables envers les voyageurs, la température chutait brusquement et c’est en grelottant qu’il fallait faire de son mieux pour espérer ravir quelques heures de sommeil avant de reprendre la route. Le vent était de la fête lui aussi, il s’insinuait partout, avide de recouvrir pour de bon ceux qu’il croisait et les faire rejoindre ce cimetière d’os blanchis en dessous.

C’est dans ces conditions que Rennifer et le reste de la troupe progressaient depuis bientôt une semaine, groupe de guerriers montés et emmitouflés dans d’amples vêtements foncés sous des armures légères couleur cuivre. Chaque homme devait transporter tout ce qui était nécessaire à sa propre survie et à elle seule : eau, nourriture et de quoi se protéger du froid et de la chaleur. Le Uller avait formellement interdit toute forme de partage ou d’échange entre eux, tant pour les forcer à piocher dans leurs réserves avec prudence que pour minimiser la perte d’un cavalier. Malgré leurs compétences, un trajet sans pertes était chose rare, et répartir les possessions du défunt entre les survivants une perte de temps que l’on ne pouvait se permettre lorsque l’on était en chasse.

C’était désormais une tradition depuis une dizaine d’années, à chaque lune Rennifer choisissait plusieurs soldats tout justes recrutés et formés de son seigneur pour les initier à ce qui restait pour lui le meilleur entrainement de Dorne : survivre là où des étrangers ne tiendraient que quelques heures. Le vieux Uller n’était pas réputé comme étant un tuteur tendre, loin s’en fallait, il avait déjà passé au fil de l’épée plusieurs maladroits ou incompétents durant ces expéditions, tant pour achever les mourants que faire taire les geignards. De plus, en dépit des patrouilles fréquentes, les brigands à peupler les environs étaient assez nombreux pour que la promesse d’une escarmouche ou deux soit assurée aux participants. Une formidable bénédiction de son avis, un soldat vétéran valait autant que cinq bleusailles et ces rencontres les préparaient à merveille pour le jour, proche il l’espérait, où il leur faudrait prendre part à une guerre en bonne et due forme. Malgré tout, les combattants de Denfert bataillaient ferme pour être parmi les élus à quitter l’ombre de la petite cité, c’était presque un rite de passage obligé dont ceux qui revenaient victorieux pouvaient se vanter un bon moment.

Cette fois cependant, ils comptaient parmi eux un invité de marque, Daärim Forrest de la Tombe-du-Roy s’était joint à leur expédition sur une idée de Luan. Selon ce dernier c’était une bonne chose pour resserrer les liens entre leurs deux Maisons que de faire collaborer leurs hommes d’armes dans leurs territoires respectifs, et pour une fois Rennifer n’avait pas formulé la moindre objection contre la proposition de son neveu. Pour tout dire il éprouvait à sa manière une certaine sympathie martiale pour le jeune noble qui, en tant que second-né de sa fratrie, n’avait que peu de chances de devenir lord à son tour et finirait probablement par mener une existence similaire à la sienne.

Lors de leurs rencontres précédentes ils avaient discuté, brièvement car le Uller n’avait jamais été très bavard, de ce dont étaient faits les vrais guerriers et à sa grande surprise ils se ressemblaient sur bien des points. Que la présence du garçon ne lui donne pas des idées de meurtres suffisait à le ranger dans la catégorie restreinte des gens qu’il pouvait finir par apprécier. Equipé comme un véritable patrouilleur du désert, Daärim s’était fondu dans la masse et avait accompli son devoir à ses côtés avec sérieux.

Pour l’heure Rennifer n’avait pas été déçu. Si le Dornien rocheux, comme les Targaryen s’étaient amusés à définir ceux de son peuple à habiter les montagnes, souffrait indubitablement des conditions du voyage –qui n’en souffrirait pas ?- il n’en avait pour l’heure rien laissé paraitre. L’eau était bien trop précieuse pour être gâchée avec les bavards et celui qui ne savait pas faire preuve de fierté quelle que soit sa situation ne méritait que le mépris à défaut de l’acier.

En plusieurs gestes silencieux il ordonna aux autres de se séparer en petits groupes pour quadriller la zone et se regrouper quelques heures plus tard. Si la chance était avec eux ils reviendraient avec la nouvelle de traces suspectes découvertes au détour d’une pente, ou bien en ramèneraient des effets abandonnés témoignant d’un passage de voyageurs. N’étaient tolérés sur les terres de Denfert que les Dorniens ne s’étant pas attirés la colère des Uller, c’est-à-dire ceux se contentant de passer en se faisant le plus discrets possible, ceux servant directement Denfert, et les nomades qui payaient un tribut. Les autres étaient pourchassés sans la moindre pitié et leurs dépouilles laissées à rôtir sur place. Son neveu aimait s’amuser avec les prisonniers mais ce n’était pas lui qui devaient les trainer sur des dizaines de lieues avant d’atteindre la forteresse, aussi Rennifer ne s’encombrait il plus à rapatrier ses prises.

Le vieux lancier était presque déçu de n’avoir croisé personne d’autre et c’est avec un visage fermé qu’il donna un léger coup de talon à sa monture pour aller rejoindre Daärim en haut de la dune où il se trouvait. Le vent était brusquement tombé depuis quelques minutes, signe qu’une tempête de sable ne tarderait pas à arriver. Encore une bonne chose, retrouver leur chemin en étant privés de presque tous leurs repères forgerait davantage le caractère des autres. Il attendit un moment, le regard perdu dans le ciel dénué du moindre nuage, et dit :

« Le prochain point d’eau est proche, si nous continuons à ce rythme nous l’atteindrons d’ici deux jours. Les vermines des environs viennent s’y abreuver sous le couvert de la nuit, tu pourras probablement faire ta première offrande au désert là-bas. »


Son dos le fit souffrir l’espace d’un instant, il serra les dents, maudissant son corps vieillissant. Du temps de sa jeunesse l’effort l’aurait à peine fatigué, mais à présent une journée complète sur un cheval suffisait à lui donner d’affreuses courbatures. Bien entendu il aurait préféré s’arracher la langue à mains nues plutôt de l’admettre devant quiconque mais il commençait lentement à ressentir le poids des années. Le temps lui filait entre les doigts et bientôt il n’en resterait plus rien.

Il fixa l’expression du Forrest pour tenter de déceler la moindre peur ou appréhension sur ses traits, lors de leurs entrainements communs aux armes le garçon avait fait preuve d’un certain potentiel qu’il voulait voir s’exprimer au cœur d’une mêlée. Rennifer avait connu des recrues avec une bonne technique qui finalement s’étaient effondrés dans une vraie bataille, paralysés par la peur et implorant leur mère de leur venir en aide comme des nouveau-nés. Seul l’avenir lui dirait s’il avait bien jugé le guerrier de la Tombe-du-Roy.

« Si tu comptes utiliser ton arc méfie-toi, les distances sont trompeuses et les illusions faciles à croire. J’ai déjà vu des hommes jurer avoir aperçu de gigantesques étendues d’eau là où il n’y avait que du sable et des ennemis là où ne reposaient que les rochers. »





Dernière édition par Rennifer Uller le Mar 24 Juil 2012 - 16:52, édité 2 fois
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Message Lun 23 Juil 2012 - 10:55

La chaleur écrasante d'un paysage sableux était supplice que peu de guerrier se forçait à braver. Il aurait pu faire partie de ces derniers, trop occupé à flâner dans son confort privilégié d'homme dont le destin était presque tout tracé par son nom et son éducation. Certes, lézarder sans fournir supplice martial ou effort d'un guerrier n'était guère dans ses habitudes. Se laisser languir dans un fauteuil de son humble demeure telle La-Tombe-du-Roy ne faisait pas partie de son éducation et encore moins de ses plaisirs. Elevé en homme d'armes, de terrain masculin aux pratiques combatives, il se voulait à braver constamment les limites pour acquérir fierté plus grande et pratique plus ample. Une maîtrise décuplée servirait bien davantage son dessein. Sa jumelle fort portée sur l'héritage y imposait sa marque sans cesser de lui remémorer son avantage natal, de pourtant courte durée, mais suffisant à l'extraire d'un droit naturel. Néanmoins, à l'époque où son amour n'était que privilégié pour elle et qu'il s'amusait plus que s'entêtait à lui rappeler qu'il pouvait encore prendre sa place, dans son esprit se créait le souhait de devenir le commandant des troupes paternelles et de prêter fidélité à sa jumelle une fois leur père en âge de céder ses biens. Même si à ses yeux, rien ne valait mieux qu'un homme à la tête d'un fief, il reconnaissait au sang de son sang des capacités innées à lé débrouillardise et à s'élever sur des domaines qu'il ne maîtrisait guère et ne l'intéressait pas davantage. Sa soeur avait énormément de mérite de par sa persistance à garder son rôle et il reconnaissait en elle la fierté Forrest que leur inculquait sans cesse leur parent. Sans oublier la beauté offerte qui ne cessait de muer en elle et de lui offrir prestance et charisme qu'il ne pouvait ignorer. Son instinct protecteur s'était en parallèle décuplé et était mis régulièrement à l'épreuve car sa comparse sanguine connaissait l'effet qu'elle pouvait entraîner chez les hommes qui croisaient sa route. Mais lui ne pourrait supporter main mise sur sa personne car en son fort intérieur, possessivité rimait avec le nom de son apparentée, sans pourtant que son comportement ne trahisse ce sentiment dont lui-même n'était pas conscient. Néanmoins, dans le dessein de devenir homme de bravoure et de respect des siens, la proposition d'un périple dans le désert pour forger tant l'homme que le Dornien qui vivaient en lui n'était qu'une épreuve offerte qu'il se devait de braver pour ressortir acculé d'une expérience nécessaire et privilégiée. Il serait de la sorte plus à même d'offrir à son blason la vigueur et la vitalité que son géniteur n'avait cesse d'allouer à sa maison.

Rennifer était ce qu'il espérait en réalité devenir un jour quand la maturité l'aurait envahi et que l'âge aurait apporté la vigueur qui lui était nécessaire. Malgré sa jeunesse palpable, il me manquait gère de courage, de fierté et d'hargne violente. Peut-être même que ce dernier point n'était canalisé que par son rang de noble Dornien qu'il se devait d'imposer par sa stature et son attitude, ce qui le rendait plus posé que son père. Mais son sang était chaud, mu par un besoin régulier d'user de ses armes qu'il manifestait par ce fait dans des entraînements réguliers pour évacuer toute tension belliqueuse qui l'animait constamment. En ce désert imposé, la fougue ne rayonnait guère, la chaleur imposant davantage son rythme écrasant ne permettant pas de s'investir constamment dans le combat. L'eau était à rationner, le corps à préserver, et après une semaine d'errance orientée par l'aisance géographique de Rennifer, il avait pris le pli des obligations nécessaires à sa survie. Ce périple n'était point réitéré, il s'agissait de son premier acte. Cependant, sans plainte il s'était mêlé à l'investigation qu'il comptait bien adaptée sienne pour se prouver capable de surmonter ce paysage dont Dorne pouvait se vanter d'être bénéficiaire. Mais Dornien Rocheux de naissance, l'adaptation fut rude. Il s'était préparé à de telles conditions, embourbé dans un tissu de circonstance sa tête ne subissait point les attaques directes des rayons agressifs et continus. Son corps lui-même avait suivi le pli, bien que plus accoutumé à un port d'armure ne recouvrant guère le corps entier, ici le climat imposant un port entier de parures typiques dont il ne s'était pas privé d'ajuster à lui-même. Abandonné de son rapace Dashkar, il avait préféré le laisser au domaine, ne voulant pas lui imposer un voyage dont il ne savait guère s'il aurait pu revenir en vie. Mais son absence ne lui agréait point car une partie de lui manquait ainsi à l'appel. Cependant, les caprices n'avaient jamais été dans ses cordes, ce genre de comportement s'apparentant davantage à de la faiblesse qu'à une force de caractère qui lui était davantage innée. Son attention fut rappelée à l'ordre, celle-ci souvent attirée par la complicité de cette chaleur avec Morphée mais n'ayant encore nullement succombée, par les gestes de son guide et mentor du moment qui intimaient aux troupes de se dispatcher pour répondre à ses attentes et surtout ses ordres. Il s'exécuta tout autant, la connaissance de ses différents termes langagiers lui étant accordée à la suite de l'habitude quotidienne dont il s'était instruit depuis maintenant une semaine.

La voix de Rennifer lui parvint alors que du haut de sa dune l'observation n'avait cesse d'être sa préoccupation. Son regard d'une couleur qui le différenciait grandement des autres participants par sa légèreté bleutée teintée de vert, se posa sur le visage de l'homme qu'il admirait de tenir encore en selle malgré son âge et les obligations climatiques. Du haut de sa jeunesse, le poids de l'exercice s'imposait sans chercher à offrir une once de délai et ses facultés devaient constance et rigueur pour supporter ce supplice. L'adaptation était bien meilleure que lors des premiers jours mais la difficulté ne se tarissait guère, malgré que son silence sur le sujet ne le trahissait point. Outre la couleur, les propos du Dornien l'avait poussé à se réjouir d'un combat à venir, offrant ainsi brillance dans ses pupilles trahissant un désir évident.

"Vous m'en voyez ravi. Il me tarde d'affronter ce désert dans sa rudesse qu'inflige l'effort et encore plus le combat."

Il ne serait pas contre non plus un point d'eau qui permettrait ravitaillement des gourdes presque vides. Bien que cet élément était indispensable, c'était celui qu'ils utilisaient le moins usant de parcimonie. Il ne pouvait guère imposer des quantités inexorable d'eau aux montures qui subissaient le sort calorifique tout autant qu'eux. Son regard quitta le faciès de son aîné pour investir de nouveau le désert qui les entourait. Il se souvenait de l'inquiétude qu'avait formulée son père à sa participation à ce voyage. Il comprenait désormais ses propos bien qu'en revenir serait une fierté inestimable. Son géniteur avait une confiance réelle en ses capacités mais le désert se heurtait à une connaissance de son sein exigeante et meurtrière à outrance, aussi il ne pouvait point en vouloir à son père de ne guère souhaiter voir disparaître son fils aîné, même si l'héritière était normalement déjà identifiée. Il se tourna de nouveau vers l'homme qui n'avait pas bougé et se présentait toujours à ses côtés. Les conseils d'un guerrier aguerri ne pouvaient être nié et d'un geste bref il acquiesça.

"Le désert est trompeur et rieur avec ceux qui le parcourent. Je suivrai sagement vos conseils et userai préférentiellement ma lance qui oblige un rapprochement plus sécurisant de la cible." Il marqua une pause avant de reprendre "Je tiens à vous remercier de nouveau de m'avoir emmené avec vous, Rennifer. L'austérité de cette lande m'oblige à puiser dans des réserves que l'on se targue d'avoir mais qu'on use peu. J'espère arriver à combler vos exigences d'expert car je sais que c'est un service davantage que vous me rendez plutôt qu'à vous-même."

Quelques hommes seulement faisaient acte de présence à leur côté, les autres s'étant dispersés pour patrouiller comme Rennifer l'avait ordonné. Il avait senti le vent qui s'était joint à eux depuis peu, laissant suggérer une différence qu'il n'avait pas encore cernée comme accusatrice d'une tempête à venir. Un homme ne tarda pas à les rejoindre sur la dune pour suggérer de reprendre la route. Effectivement, il leur faudrait encore deux jours pour accéder au ravitaillement libérateur de leur gosier. Retarder ce moment ne serait point salvateur.

"Nous voici de nouveau sur le départ j'imagine. Nous avons même droit à un accompagnement venteux bien que j'ai l'impression qu'il a augmenté depuis un instant. Me trompais-je ?"

Il ne cherchait pas à se faire remarquer par des observations douteuses, mais cherchait davantage l'acquisition d'informations bonnes à intégrer. L'expertise de Rennifer pouvait lui suggérer des nuances auxquelles lui-même ne pouvaient accéder seul. De plus il était là pour apprendre, fallait-il alors qu'il montre qu'il valait la peine qu'on l'instruise.
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Message Mar 24 Juil 2012 - 17:05

Le vieux Dornien sableux hocha la tête aux propos de son jeune homologue, le désert devait tout autant être respecté que craint car il ne savait tolérer le moindre moment d’inattention, et seul un imbécile se serait vanté de pouvoir lui survivre indéfiniment. Rennifer lui-même n’avait pas cette prétention, cela reviendrait à essayer de donner un nom à chaque grain de sable, le travail d’une centaine de vies. Mener une existence dans les étendues arides était un combat perdu d’avance, le seul véritable enjeu consistait à retarder autant que possible son inexorable défaite avant de devenir poussière et de ne faire qu’un le bourreau immortel qui vous avait vu naître. Sa fierté le poussait à faire durer la partie jusqu’à atteindre les cent ans même s’il savait la chose impossible. Les remerciements qui lui furent adressés ne le touchèrent que peu, sa nature profonde exigeait des actes plutôt que des mots, et Daärim ne se montrerait réellement reconnaissant pour son invitation que lorsqu’il alourdirait son paquetage avec la tête d’un brigand ou en arborant une cicatrice prouvant qu’il avait combattu et vaincu. Mais puisque le Uller avait appris à reconnaitre la moquerie ou la flatterie dans les propos de ceux qui pensaient n’avoir affaire qu’à un idiot et que, pour autant qu’il pouvait en juger, ceux-là n’en contenait aucune, il prit la peine de répondre par autre chose qu’un grognement :


« Si d’une quelconque façon j’aide à affuter la pointe d’une lance Dornienne et que cette lance est utilisée pour la gloire de ce pays alors c’est à moi que je rends service. Tes remerciements devraient être adressés à d’autres, à ce sable qui ralentit tes pas, à ce vent qui assèche ta gorge et te fait tousser, ainsi qu’à ce soleil qui brule ta peau. Ce sont eux qui te forgeront ou t’élimineront si tu n’es pas digne de leur attention. Mon seul mérite est de t’avoir amené jusqu’à eux pour qu’ils t’éprouvent, je n’avais rien à y perdre et tout à y gagner. »


Sa monture piaffa, impatiente de repartir. Rennifer l’intima à avancer d’un léger tressautement des rênes et la bête commença à dévaler la pente, parvenant à maintenir son équilibre sur ce terrain traitre grâce à la longueur de ses pattes, là où un cheval ordinaire aurait chuté. Beaucoup de cavaliers prenaient la peine de nommer leur compagnon de route, voire de le considérer comme une vraie personne. Pour sa part il en avait vu tant qu’il ne prenait plus cette peine, un coursier des sables en valait un autre, comme n’importe quel soldat. Attendant que le jeune homme arrive à son niveau, il poursuivit :


« Pour ce qui est de mes exigences, dis-toi que tu les satisfais car tu respires toujours, si je ne peux te mettre à mort en cas de faiblesse comme je le ferais avec les autres, rien ne m’empêcherait de t’abandonner à ton sort pour laisser le désert s’en charger tout en ramenant la nouvelle de ta mort malheureuse à ta famille. »
Un léger sourire en coin vint s’ajouter à sa dernière tirade, signe que le guerrier se laissait aller à ce qui se rapprochait le plus à une plaisanterie chez lui. « Pour l’heure tu ne nous as pas ralentis, pas plus que tu n'as été une source de problèmes avec ton comportement. Continue ainsi et nous verrons ce que l’avenir nous dira. »

Le fait que Daärim ait réussi à sentir cette légère variation dans le souffle du vent alors qu’il ne s’agissait là que de sa première expédition réussit à l'étonner. Tous n’étaient déjà pas capables de lire ces signes annonciateurs, même les chevaucheurs les plus aguerris se faisaient parfois surprendre par les redoutables tempêtes et y laissaient la vie par manque de préparation. Décidément le garçon avait du potentiel, à plus forte raison pour un enfant des roches, il suivrait ses progrès avec attention au fil des années.


« Ton impression est bonne, le vent ne va pas tarder à revenir en force depuis le Nord en soulevant tout ce qu’il trouvera, ce qui veut dire que nous l’aurons de face lors de son arrivée. Nos yeux ne seront alors plus fiables et c’est au son que nous devrons nous repérer les uns les autres ou la tempête aura tôt fait de nous disperser. Laisse ta monture te guider, son instinct fera le gros du travail à moins que tu ne puisses y voir plus loin qu’une longueur de bras, dans ce cas ce sera à toi de marcher devant elle pour l’aiguiller. N’oublie pas que ta survie dépend de la sienne, et réciproquement. »


Son ton restait le même, il ne laisserait pas la moindre appréhension déformer sa voix et ses pensées lorsqu’il lui fallait rester concentré et alerte. Un autre geste, un autre ordre, et lui et ses hommes lancèrent leur chevaux à toute allure, le but était de gagner du terrain, autant que possible avant que les conditions ne leur fasse perdre de précieuses minutes, voire des heures, dans leur quête de la source. Il ne doutait pas qu’ils l’atteindraient avant d’être tous déshydratés, mais la soif affaiblissait le bras et il n’avait aucune envie de combattre d’éventuels adversaires avec des malades à ses côtés, surtout quand ils n’avaient pas l’expérience pour contrebalancer leur état. Rennifer haussa le ton pour se faire entendre au-dessus du bruit de leur cavalcade :


« Protège ton visage autant que possible et assure toi que ton matériel est solidement attaché, particulièrement tes armes, tu n’auras pas la moindre chance de les retrouver un jour si elles venaient à tomber. »


Ils progressaient à un bon rythme, hommes et bêtes étaient galvanisés par la tension du danger en approche, le paysage demeurait pourtant le même, calme et figé comme chaque jour de leur périple. Nulle bête détalant aussi vite que possible pour se mettre à l’abri, nul nuage dans le ciel témoignant d’une catastrophe à venir, simplement une impression tenace, pesante de menace sous-entendue qui suffisait à rendre la troupe nerveuse.


« Une fois la source atteinte et le regroupement fait nous obliquerons à l’Est, de là il sera facile de rejoindre la Soufre et de la suivre jusqu’à Denfert. Luan tient à te voir une dernière fois avant que tu ne retournes à la Tombe-du-Roy, il a un cadeau qu’il veut que tu transmettes à ton seigneur. J’ignore de quoi il s’agit, mais ses caprices font loi sur ses terres, donc il en sera ainsi. »


Même à des lieues de sa demeure le lord Uller parvenait à lui imposer sa volonté, à lui, le guerrier des dunes, preuve que les liens du sang avait un pouvoir étrange, dénué de logique, et qui dépassait la compréhension de Rennifer. Son neveu était un piètre combattant, il l’avait toujours été aussi bien avec une lance entre les mains qu’avec une épée, un arc, ou toute arme conçue par l’homme. Il n’était pas particulièrement bien bâti non plus, sans vrais réflexes, sa vie sédentaire le ramollissait affreusement au point qu’il n’aurait pas tenu plus de quelques secondes en duel contre lui. Malgré tout cela l’oncle n’avait jamais pu se résoudre à lui faire le moindre mal et le respectait, non pas par obligation mais parce qu’il en était ainsi, le hasard des naissances avait voulu que le descendant de l’un règne pendant que l’autre combattrait. Tel était l’ordre des choses et jamais il ne tenterait de s’y opposer plus qu’il n’était nécessaire, les préceptes de sa Maison étaient respectées et leur honneur sauf, ce qui lui suffisait.

Une légère brise vint caresser son front, bientôt suivie par une bourrasque plus forte qui le força à plisser les yeux, quelque chose arrivait à l’horizon. Il remonta aussi haut que possible le tissu qui serait sa seule armure et fit rouler ses épaules, prêt à se pencher pour offrir le moins de prise possible à cette adversaire dénué de forme.
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Message Jeu 26 Juil 2012 - 15:15

Rennifer avait la sagesse du vécu et de l'homme du désert. Cette prédominance dans l'art dornien que prônait ce guerrier ne pouvait qu'apporter ravissement à sa personne. Le côtoyer serait un apanage dont Daärim ne pourrait se soustraire. Emprunt de modestie non valorisée, Rennifer ne se soumettait que les biens qui pourraient uniquement découler des actes combatifs qu'apprenti il pouvait réaliser. Certes, les lames affûtées de ses lances personnelles n'étaient point endormies et suggéraient, malgré des soins, des combats répétés, néanmoins, il n'était qu'un novice aux yeux de cet expérimenté et il n'avait guère l'opportunité ni même le souhait de contredire cette véracité. L'apprentissage serait encore long avant qu'il ne daigne oser prétendre au titre acculé depuis tant d'années par le dornien qui se trouvait à ses côtés. Mais il ne comptait s'appesantir sur ses lauriers car son jeune âge instaurait fougue et fierté qu'il avait hâte d'exhiber pour prouver que malgré son inexpérience du terrain, il savait dans le concret ce que signifiait se battre et n'avait pas peur d'emprunter les chemins du danger, mais non de l'impulsivité grotesque. Entendre qu'il se trouvait sur se sable dans le but ultime de pouvoir le tester lui retira un sourire étiré qu'il ne pouvait feindre. L'idée d'être ainsi évaluer pourrait déplaire à des jeunes hardis et peu enclin à apprendre, or lui souhaitait éprouver ses limites et ses acquis dans un but plus valorisant que pouvait lui apporter l'exploitation de ses ressources. Rennifer était assez stricte pour combler ses attentes et satisfaire ses besoins d'évolution. Il n'avait pas besoin d'être couvé, sa mère l'avait materné à l'heure où il devait l'être, mais désormais de son jeune âge il était cependant déjà homme et il ne souhaitait pas que cela change. Il ne serait peut-être jamais héritier mais la prestance de sa famille devait ressortir à travers tous les membres et non uniquement chez celle qui les représenterait officiellement. Etre un Forrest avait toujours été un mérite qu'il ne souhaitait ne posséder que par son nom, ses actes devaient également suivre et il comptait bien se forger un titre qui viendrait embellir son héritage patronymique.

Talonnant sa monture, il descendit la colline sableuse pour suivre le guide qui instaurait un nouveau déplacement. Il n'avait jamais escaladé que ses montures auparavant mais néanmoins, il pouvait se féliciter de savoir parfaitement s'imposer sur un cheval car celles-ci différentes des siennes aspiraient à la même cadence bien qu'un brin d'adaptation avait du être apporté. Mais après une semaine, pouvait-on encore se permettre de sentir de la difficulté ? Il ne l'aurait permis car sa fierté imposait qu'il sache s'accommoder. Comment pourrait-il suivre le mouvement s'il n'était même pas capable d'aborder des montures typiques de leur contrée ? Ce ne serait en rien gratifiant. Nouvellement au côté de Rennifer, ce dernier reprit la parole lui suggérant de continuer ainsi sous peine de se retrouver reléguer au rang de poids qu'il ne se compliquerait pas à traîner. Au moins pouvait-il se satisfaire de l'information que pour l'instant, il était à la hauteur. Un sourire néanmoins s'étira sur ses lèvres. Il aimait cette force de caractère chez son guide qui bien qu'il souriait ne lui avait certes pas menti à l'informant qu'il ne se priverait pas de l'abandonner la faiblesse ayant montré le bout de son nez. Il préférait de loin cette mentalité guerrière qui aspirait à se dépasser plutôt qu'à se contenter de ce que l'on croyait posséder.

"Ces propos ne peuvent que m'encourager à poursuivre sur ma lancée."

Et c'était bien vrai. Il ne comptait guère se laisser devancer par des conditions difficiles. A la suite, Rennifer lui confirma l'existence de cette brise qu'il avait sentie et qui lui avait apparu absente quelques temps plus tôt. Mais ce qu'il apprit était la signification de ce changement climatique. En réalité, l'annonce l'intimait à se préparer à des conditions plus rudes pour la route à suivre. Les conseils furent alors apporter pour le préparer au mieux à la difficulté qui allait être la sienne. Les bourrasques de vent qui allaient suivre allaient apparemment apporter désorientation de ses sens excepté peut-être l'audition qui serait seule source de renfort. Sa confiance devrait également s'investir dans sa monture dont l'instinct était plus affûté que le sien pour le désert. Il n'irait point contre cette prérogative même s'il préférait dans son fort intérieur ne compter que sur ses capacités propres. Mais là où celles-ci étaient déficientes, il fallait recourir à des stratagèmes plus rusés et ne pas se considérer comme seul expert. L'instinct pouvait se révéler bien plus utile que toute autre compétence. Et puis, l'humain ne devait pas se contenter de sa seule survie car celle-ci dépendait également de sa monture. Il avait toujours respecté les animaux obligés de servir leur dessein quel qu'il soit, aussi il n'aurait pas forcément privilégier sa vie s'il pouvait se porter également garant de celle de l'animal. Mais dans un combat, il pourrait pleurer la perte de celle-ci pour peu que sa vie ait été épargnée en échange. Les pertes étaient parfois nécessaires il ne fallait simplement pas les accroître pour rien. Toute perte des forces entraînait des dommages qu'il valait si possible restreindre autant que possible. Ils se remirent alors en route quand Rennifer le décida et d'un nouveau talonnement il instaura le galop pour son cheval qui sans rechigner suivi le reste de la troupe. Il ne s'était point éloigné de Rennifer sans pour autant le coller, mais sa cadence avait été calquée sur la sienne et tant qu'il en serait ainsi, sa chevauchée serait compatible à celle de son aîné. Il put ainsi entendre les paroles fouettées par le vent de celui-ci qui lui recommanda de bien relever le tissu qui protégeait son visage et de vérifier ses armes à ses côtés. Il ne se fit pas prier pour s'exécuter et remontant ainsi le tissu jusqu'en dessous de ses yeux, il se pencha légèrement ensuite pour vérifier l'accroche de ses lances à sa selle et confirma par la force qu'il émit qu'elles étaient bien cramponnées.

Son attention s'accentua tandis que les dernières explications étaient fournies avant que le son ne soit occis par le climat. Il apprit que le seigneur de son aîné souhaitait encore sa présence avant son retour à La-Tombe-du-Roy pour qu'un présent soit apporté à son père. Sa bouche dissimulée sous le tissu, l'inconfort verbal se faisant sentir, il ne fit qu'apporter son accord parce un mot simple pour suggérer qu'il avait intégré l'information.

"Bien !"

Le vent et l'escapade cavalière dissimulèrent en partie son phonème pourtant grave par sa masculinité sans pour autant néanmoins qu'il soit engouffré. Le temps de toute façon marqua son agressivité lorsque la brise se mua en tempête de sable les obligeant à plisser des yeux de plus en plus handicapés. Leurs corps habituellement fortifié malgré l'imposante chaleur de ce territoire ne pouvaient que se tasser sur lui-même pour faire bloc aux rafales qui tentaient indéfiniment de leur faire quitter les hauteurs pour retrouver sable. Malgré l'avance de prime abord qu'ils avaient prise, chevaucher au galop devenait impossible et le pas s'imposa de lui-même aux destriers sans qu'aucun ordre ne soit formulé physiquement. Ils durent subir un temps ce vent et ces gifles célestes et Daärim fut incapable d'évaluer la distance parcourue. Il avait tenté tant bien que mal de poursuivre la route sans perdre de vue Rennifer qui selon le vent et la quantité de sable qu'il contenait disparaissait de son panorama. Néanmoins après une durée qu'il ne put juger, le vent s'apaisa et malgré le doute et l'inquiétude de ne pas pouvoir persévérer, le contentement d'y être arrivé fut autorisé. Ils continuèrent à avancer et tout comme la brise était apparue, elle disparut totalement abandonnant leur sort à nouveau à la chaleur, au ciel d'un bleu éclatant et à la sécheresse typique d'un désert. Il put en quelques enjambées revenir aux côtés de Rennifer qui l'avait quelque peu devancé par son adaptation habituelle au changement climatique récurrent. Il descendit alors de nouveau le tissu qui avait protégé son faciès un peu plus tôt et se tourna vers l'aîné tandis que leurs montures avaient repris le plis d'une cadence de chevauchée.

"Je ne m'attendais pas à un contraste aussi imposant. Pensez vous que nous devrons encore y faire face avant d'arriver au point de rendez vous ? Ou alors ce sont des caprices que nous ne pouvons que subir sans rechigner ?"

Bien qu'il n'avait encore jamais parcouru le désert, c'était un lieu qui lui plaisait par sa rudesse, sa force de caractère et sa dureté. Sans oublier son caractère imprévisible qu'on se devait de considérer. Pour peu qu'on savait l'apprivoiser, il offrait une domination insoupçonnable, mais pour ceux qui le sillonnaient sans même se soucier de ses caractéristiques, alors la mort devait sûrement être assurée. Y vivre constamment ne pourrait lui agréer, il était un noble, un homme de tenue, un guerrier habitué à pouvoir contrôler, d'autant plus qu'il était élevé dans les roches avec un climat apparenté mais très différent à la fois. Mais cette expérience le ravissait et l'adrénaline était largement libérée. Il observa les accompagnateurs qui semblaient également tous avoir suivi le mouvement, avec ou sans mal. Expatrier cette expérience venteuse comme si de rien n'était donnerait davantage l'impression de se faire valoir pour plus assuré qu'on ne l'était. Il n'aimait guère la surestimation. Connaître ses capacités et les exposer ne pouvaient être autorisé que si l'on savait les prouver. Se vanter de ce qu'on avait point n'apportait qu'humiliation et ridicule lorsqu'il fallait faire ses preuves. Il ne supportait guère que l'on s'accule de qualités non intégrées. Ils chevauchèrent néanmoins encore un temps avant que l'astre solaire ne ternisse le paysage laissant lentement place à son acolyte lunaire qui revendiquait ses droits tout comme sa rudesse climatique. Bientôt ils devraient alors s'arrêter et prendre repos comme il l'avaient fait chaque nuit depuis leur départ, lorsque l'absence de luminosité ne pouvait permettre de continuer sa route. Observant Rennifer il se risqua à la parole.

"Devrions nous clore la chevauchée du jour ?"
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Message Dim 29 Juil 2012 - 21:17

Maintenant qu’il se trouvait déjà engagé sur la pente descendante de la vie sans la moindre possibilité de faire marche arrière, Rennifer ne pouvait que constater avec frustration que les moments d’exaltation, ou même de nervosité, ceux où il parvenait à se sentir réellement vivant, devenaient plus rares à chaque nouvelle lune. Il ne s’agissait plus là que d’impressions ténues et qui n’étaient en rien comparables à celles de ses souvenirs, par le sang Rhoynar comme il en venait presque à regretter le jeune guerrier inexpérimenté et braillard qu’il était autrefois ! Sans doute sa mémoire les avait-elle enjolivés avec le temps, mais ces instants ne cessaient de le rendre davantage nostalgique chaque fois que l’occasion de clore les yeux et de laisser les lointaines visions de son vécu revenir vers lui se présentait. Sa première tempête de sable avait fait de lui un vrai fils du désert, il avait été marqué à tel point que ni l’épuisement ni le manque de nourriture ne l’avaient empêché de rester éveillé tout au long de la nuit suivante, la tête lui en avait tourné comme si le monde lui-même s’en était trouvé remodelé, à l’image de ces dunes vouées à une éternité de naissances et de morts presque quotidiennes. Elle l’avait percuté de plein fouet, telle une vague de poussière haute de cent pieds si terrifiante que tous s’étaient arrêtés et massés épaule contre épaule, accrochés fermement les uns aux autres pour conserver leur équilibre tandis que plusieurs de leurs montures avaient tenté en vain de fuir pour mieux disparaitre entre deux rafales, littéralement dévorées par une poussière si dense qu’il en avait presque eu l’impression d’être enseveli, et ce des heures durant. Bien entendu les éléments avaient fini par s’apaiser, satisfaits de la leçon infligées à ces imprudents voyageurs, mais ils avaient a jamais laissé l’empreinte de leur passage au plus profond de son âme.

Cette tempête de son présent lui faisait l’effet d’une brise fade, non pas qu’il se permettrait d’être imprudent lors des prochaines, mais il n’y voyait plus une menace dont son expérience ne pourrait triompher. Cela l’horrifiait tout autant que cela lui laissait un gout amer dans la bouche, il en était désormais réduit à se lasser de son propre domaine, celui réputé à raison comme l’un des plus inhospitaliers au monde, les étendues de Dorne ne parvenaient presque plus à réveiller les cendres mourantes de sa rage. Traquer les brigands et les intrus ne représentaient plus un défi, trop empressés qu’ils étaient à fuir pour sauver leurs peaux miteuses de vermines au lieu de combattre. Tout cela finirait par le ramollir et le blesser en égales mesures sans jamais réussir à l’achever, il le savait, et il si les choses continuaient sur cette lancée il finirait ses jours en tant que vieillard alité qu’il faudrait nourrir et langer comme un nouveau-né… Tout comme son pays il avait besoin d’une guerre, de centaines de combattants armés et entrainés, et du jour où il pourrait prendre part à la libération du domaine où seuls les Martell devraient régner et durant lequel il trouverait une fin à sa mesure. Vivre en guerrier et mourir en guerrier, il ne voyait pas de meilleure fin pour sa personne. Et se refusait à envisager davantage les alternatives.

La question de Daärim le tira de ses sombres ruminations, anticiper les vents ? Nul homme n’en serait capable, mais il avait l’espoir de la jeunesse et une confiance traditionnelle envers l'expérience des anciens, malheureusement les compétences qu’il lui prêtait en la matière trouvaient là leurs limites.


« Deviner leur apparition au-delà de quelques heures tiendrait du miracle, et crois-moi ni la Rivière-Mère ni les sept dieux vénérés par les faibles habitants des terres vertes ne te seront d’un grand secours. Elles sont presque imprévisibles, tout ce que nous pouvons faire c’est endurer tant qu’il le faudra. »


Le soleil commençait à laisser sa place aux étoiles, l’occasion d’utiliser ses quelques notions dans ce domaine pour vérifier que leur trajectoire n’avait pas dévié à outrance de sa destination, la connaissance de la route empruntée pour atteindre la source était le seul point commun d’orientation que lui et ceux restés à ses côtés partageaient avec les cavaliers partis en éclaireur depuis un moment déjà. Ils pouvaient bien se trouver aussi bien à quelques centaines de mètres qu’à des lieues, complètement désorientés et avec le handicap de l’obscurité qui ne tarderait pas à imposer sa domination à leurs sens, sans même le réconfort d’un feu de camp allumé par les leurs pour les guider. Ils avaient atteint la frontière du domaine de Denfert, et à partir de ce point la lueur d’une flamme équivalait à inviter tous ceux désirant leur ouvrir la gorge pendant leur sommeil à laisser de côté leurs hésitations pour frapper dès que possible. Autant dire qu’il s’agissait là davantage d’un suicide que d’un pari risqué qu’il se refusait à prendre pour un peu de lumière et de chaleur.


« Nous ne trouverons pas d’emplacement qui convienne pour un campement complètement sûr, autant nous arrêter ici, oui. »


Aussitôt il mit pied à terre, tenant par la bride sa monture tout aussi éreintée que l’étaient ses vieux os, et fut bientôt imité par le reste de la troupe. Ils continuèrent à ce rythme jusqu’à atteindre le haut d’un versant d’une haute dune, elle suffirait au moins à les protéger en partie du froid, et se livrèrent mécaniquement au rituel du soir. Les bêtes étaient tout d’abord abreuvées dans des bassines de terre cuite, les coursiers des sables avaient l’habitude de ce régime mais cette fois-là c’était à peine s’ils eurent de quoi satisfaire brièvement leur soif, puis ce fut au tour des hommes de se laisser aller à ce qui s’approchait le plus d’un instant de détente. Rennifer prit malgré tout la peine, comme à son habitude en pareil endroit, d’assigner des tours de gardes et d’ordonner que les armes restent à portée de main en cas d’attaque, dans ce genre de situations chaque seconde perdue ou gagnée pouvait se traduire par un adversaire défait ou une vie alliée perdue sottement. Il s’assit en tailleur, mâchant en laissant échapper des grognements un morceau de viande séchée qui avait probablement connu l’âge de la Conquête tant il était coriace, et parla à voix basse, presque un murmure, au Forrest :


« Les tiens vivent dans les montagnes, tu les as arpentées plus d’une fois comme tous ceux de ta Maison, cela je le sais. Tu t’es rendu au Sud, au cœur de ta région, cela je le sais aussi. Mais es-tu déjà allé au nord, là où l’herbe pousse aussi facilement que nos rochers, sur ces terres qui prétendent posséder la foudre ou nourrir Westeros à elles seules ? »


La sueur du jour sur sa peau commençait à se heurter à la fraicheur de la nuit, bientôt viendraient les premiers tremblements et l’étrange envie de s’enterrer dans le sol pour y trouver un quelconque abri à l’étreinte glacée de l’air. Crépuscule et aube demeuraient les deux périodes les plus difficiles à affronter, elles déstabilisaient le peu que l’on considérait comme acquis pour le remplacer par son exact opposé. Et en prime la soif n’en demeurerait pas moins présente et menaçante vu le peu qu’il leur restait dans leurs outres.


« Là-bas l’épée remplace la lance et les plaques de cuivre sont troquées pour de l’acier fondu en une pièce, leurs soldats ne se battent pas pour la fierté de leur dirigeant mais simplement pour garder le ventre plein et un toit au-dessus de leurs têtes. Leurs chevaliers ne valent guère mieux, ils parlent avec plus d’ardeur qu’ils ne combattent, cela je leur concède sans problème, mais lorsque vient le moment où la fortune cesse de leur sourire ils fuient ou implorent. A mon sens la seule chose à apprendre d’eux reste l’étendue de leurs faiblesses, pour mieux les exploiter quand le jour de la revanche sera venu et pour que jamais nous laissions les nôtres en être affligés. Qu’en penses-tu du haut de ton jeune âge, mon garçon ? Pouvons-nous accepter d’appartenir à un royaume avec lequel nous ne partageons rien ? Je sais ce qu’en diraient tes ancêtres, le nom de ta demeure en témoigne, mais ce sont tes pensées qui m’intéressent pour l’heure. »



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Message Lun 30 Juil 2012 - 17:31

La surprise n'avait pas atteint Daärim quand Rennifer l'avait prévenu du caractère fortuit des vents. Il connaissait l'expertise et la sagesse de son aîné mais il était évident que le climat restait une science hasardeuse qui n'était pas transparente à qui le désirait. Aussi devrait-il s'apprêter à subir de nouveau les rafales venteuses lorsque la décision du désert serait prise de laisser ces dernières empiéter sur leur périple. Il n'en était guère friand mais y avoir fait face, non sans difficultés, mais sans commenter de plaintes cet évènement était une preuve pour lui d'une capacité qu'il pourrait renouveler si cela devait recommencer. Evidemment, il ne devait pas non plus s'acculer d'un talent évident après une seule confrontation. Le souvenir des difficultés visuelles et de l'impression régulière de perdre son seul point de repère trônait encore dans son esprit, aussi se valoriser sans raison ne pourrait lui apporter qu'un désavantage considérable une fois le moment venu et pourrait instaurer un danger auquel il ne serait pas préparé. Se rappeler sa place était impérieux et il ne transigerait pas cette règle. Mais cette contingence atmosphérique errait déjà dans leur passé et l'actualité était ponctuée d'un autre fait qu'ils devraient appliquer : la préparation à une nuit rude et non sans arias. Les propos engendrés par Rennifer instaurait un principe géographique qu'il avait l'air de maîtriser. Pour sa part, il était totalement désorienté et s'aider par un quelconque repère lui semblait totalement stérile dans une invasion sableuse comme pouvait prodiguer l'étendue qui se trouvait à ses pieds. Le besoin de découvrir sa terre lui semblait primordial mais il ne chercherait point à se détacher de la seule personne qui semblait totalement connaître les lieux. Se séparer de Rennifer ne lui ferait pas envisager positivement la suite des évènements mais à son plus grand soulagement, ce dernier l'avait de toute façon associé à sa suite malgré la dislocation de la troupe. Concevoir une carte mentale de la vaste contrée lui semblait impossible et pourtant il était persuadé que son aîné y était arrivé. C'était entre autre pour cela qui lui était admiratif. Après tout, encore jeune, il n'avait pas encore vraiment eu l'opportunité de parcourir son pays. Mais commencer par le désert était une bonne approche et une bonne formation. Le reste du pays suivrait naturellement, par son besoin d'en apprendre davantage. La méconnaissance ne serait pas acte à lui faciliter l'expansion de son blason comme honorable et rempli de fierté. Il souhaitait porter sa maison comme son père avant lui, mais personne n'exercerait le travail à sa place et même s'il n'était pas l'héritier légitime, il n'en restait pas moins un enfant de La-Tombe-du-Roy.

Suivant l'accord d'arrêt, il descendit également de sa monture pour signaler l'absence de continuité actuelle dans leur périple tout comme le reste des participants, et il suivit Rennifer en place décidée pour un meilleur établissement nocturne. Il avait pris l'habitude du rituel d'arrêt de la journée puisqu'il l'avait pratiqué puis réitéré depuis presque une semaine. Sans plaintes, il sentit néanmoins la tension dans son corps d'une journée achevée une fois plus pratiquée sur une monture. Après quelques mouvements d'épaules et des gestuelles d'assouplissements corporels, il caressa sa monture lentement qui encore chaude et en sueur réclamait elle aussi une détente bien mérité. A voir l'aspect de son coursier, il n'aurait jamais pu formuler de lamentations car lui n'avait nullement chevauché constamment, il ne s'était que laissé porter et l'effort avait été moindre comparé à son acolyte sur quatre pieds.

"Tu as bien travaillé." lui signifia-t-il en ajoutant quelques caresses dans sa crinière.

Chaque monture quémandait respect. Et si respect était offert, elle ne manquerait pas de le rendre. Il n'avait fait qu'un avec cette dernière toute la journée, et toutes les autres depuis que son épopée dans le désert avait commencé. S'il ne prenait guère soin d'elle, elle n'en ferait pas autant avec lui, et Rennifer lui avait bien rappelé que l'état de sa vie dépendrait conjointement de celle de son destrier. Il s'appliqua donc à verser le peu d'eau qui lui était dédié dans une bassine de terre cuite afin qu'il reprenne les seules forces disponibles dans l'immédiat. Le point de rendez vous servirait réellement de ravitaillement qui commençait à clairement mais surtout dangereusement s'amenuiser. A la suite, il put s'octroyer un peu de repos mais précédent cela, des ordres pour la nuit furent d'abord révélés. Il y avait bien évidemment un tour de surveillance auquel il participait. Son tour viendrait pendant la nuit de prendre place comme guet pendant que d'autres prendraient cette occasion pour obtenir le peu de sommeil réparateur qu'ils pourraient concéder. Il n'était pas pacha à dormir des nuits gargantuesques mais les heures de sommeil qu'il prenait était favorable à un repos complet. Il avait néanmoins appris depuis quelques jours à supporter un sommeil réduit et une fatigue lancinante. La difficulté s'était faite ressentir dans les premiers jours avant qu'il puisse s'acclimater. Désormais, il se sentait capable de réaliser son tour de garde de quelques heures sans faiblir et échouer à la tâche. Il ne souhaitait pas qu'on pallie à une faiblesse de sa part face à cet ordre qui était primordial pour la sécurité de la troupe. Néanmoins l'heure n'était pas encore à sa tâche et assis sur le sol, il prit la peine de se nourrir des quelques denrées alimentaires qui s'offraient encore à eux.

Rennifer ne tarda pas à se joindre à lui et après quelques grognements dérivés d'un combat acharné avec de la viande séchée, dont un amusement discret dessina ses lèvres, il écouta les paroles de son aîné dont la concentration lui fut obligatoire pour bien entendre ce qu'il tenait à lui dire, car celles-ci s'évadèrent des lèvres dans un presque murmure rauque. La surprise fut de mise face aux propos entendus. Rennifer le questionna-t-il sur l'éventualité d'une évasion dans les autres contrées de Westeros ? Il ne sentait pas d'animosité pure dans la question, mais sa réponse peut-être jugerait trop rapidement sa vision des choses. La prise de connaissance de l'un et l'autre s'était déjà produite à plusieurs reprises mais toujours de courte durée. Juste assez pour laisser entrevoir une appréciation mutuelle qui pourrait suggérer qu'ils retiraient un bénéfice personnel et réciproque d'un rapprochement amical. Cependant, jamais ils n'avaient encore abordés leur point de vue. Le temps était sûrement venu de le faire. Il n'eut cependant point le temps de prendre la parole car Rennifer peaufina sa question en détaillant le souhait que dessinait cette conversation. Il comprit par ces propos pourquoi son père gardait contact appuyé avec la maison Uller. En réalité, ils partageaient le même décours de pensée. Oh bien sûr, malgré qu'il était ce qu'on appelait communément un bon vivant, son père était plus virulent et encore bien plus partisan d'une bonne guerre que lui-même. Et puis, il ne s'était pas laissé simplement acculé des principes paternels, il avait créé son propre état d'esprit qui s'apparentait fortement à celui de son géniteur il était vrai. Il regarda un instant devant lui avant de prendre la parole pour répondre à l'attente de son interlocuteur.

"Vous l'avez correctement signalé, et je suis de cet avis : les guerriers de ces terres verdâtres ne peuvent guère être associées à nos capacités. L'art de la guerre mais du combat est une fortune propre à notre peuplade. Rares sont les hommes trop faibles ou trop couards pour ne pas imposer leur valeur guerrière. Nous avons notre fierté et nous ne retirons gloire que d'un combat que nous avons gagné et auquel nous avons participé avec ferveur et sérieux." Il marqua une pause et regarda Rennifer avant de reprendre la parole "Pour ma part, je n'apprécie guère ce ralliement avec ces terres du nord. Nous mériterions indépendance. Nous ne servons que notre propre royauté et ne garantissons loyauté à personne d'autres. Même si ce point de vue vient de mes ancêtres je le fais mien désormais. La-Tombe-du-Roy et son histoire prouve bien ce que nous pensons des gens du nord. " Avec une certaine fougue hargneuse, bien que mesurée, il installa des propos forts "Je n'aime point ces autres contrées et ne retirent aucun plaisir à en être lié." Un déplaisir palpable pouvait être décodé de son ton encore jeune mais assuré. "Notre loyauté n'appartient qu'aux nôtres."

Il garda le silence un moment tandis que lentement il achemina une nouvelle bouchée de viande séchée entre ses lèvres. Sa soeur malheureusement ne pensait guère la même chose et bien qu'elle était aussi fière que lui de l'histoire de leur blason, elle estimait néanmoins qu'elle devait également se noyer dans les autres contrées tout comme Maron Martell se plaisait à le faire. Cette tendance voyageuse de sa jumelle n'apportait guère satisfaction mais il ne pouvait contraindre celle-ci à rester enfermer dans un versant qui lui appartenait davantage. Ismaëlle commençait à montrer des capacités politique hors du commun pour son âge, tandis que lui s'attelait à l'art du combat de manière virulente se montrant extrêmement doué également. Il n'était pas un intellect. Bien sûr par son éducation et la noblesse du rang des Forrest, il avait acquis nombreuses bases qui lui apportait dignité et sensiblerie qui faisait défaut à son père. Savoureux mélange de ses parents lui permettaient d'investir dans une impression qui permettrait totalement son assise en tant qu'héritier. Mais sa jumelle prônait un investissement différent et d'une subtilité qu'il lui avait toujours connue mais qui ne cessait de croître avec l'âge tout comme sa beauté. Il finit par reprendre la parole.

"Comme vous le savez, mon père tient le même discours que vous, mais il nous laisse, ma jumelle et moi-même, le soin d'investir nos propres réflexion. Il s'avère que je reste d'accord avec lui. Ma Jumelle, elle par contre, semble préférer une vision plus ouverte sur Westeros. Elle s'aventure davantage dans un domaine politique, là où je préfère l'art belliqueux mais moins virulent que mon père. Notre pays n'a besoin de personne pour s'en sortir selon moi et pour ce faire, nous devons nous montrer apte à nous gérer seul, ainsi j'aspire à reprendre les troupes de mon père et à les commander avec force et autorité."

Il regarda un instant REnnifer avant de poser une question pour comprendre son fonctionnement à lui, qui était l'homme miroir de lui-même avec l'expérience de l'âge en plus.

"Vous êtes proche de Maron Martell n'est-ce pas ?" Il le regarda un instant avant de tenter la question qui lui brûlait les lèvres "Pensez-vous que sa manière de fonctionner est adéquate à nos principes ?"

Il avait besoin d'un avis éclairé et appuyé de propos justes et réfléchis. L'attente de la réponse se ponctua d'un recouvrement plus important des parties de son corps encore dévoilées. Le froid venait de s'insinuer clairement en cette nuit sombre. Ce n'était guère une nouveauté, tout un chacun connaissait la froidure qui allait les meurtrir durant les heures qui allaient se poursuivre. Chacun se préparait avec les éléments disponibles et emmenés. Ses lances ne l'avaient pas quittées, posées à ses côtés, tandis que son carquois et son arc trônait sur son échine.
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Message Mar 31 Juil 2012 - 12:50

La viande séchée en devenait plus infecte à chaque bouchée, en d’autres circonstances Rennifer aurait difficilement pu dire si cette nourriture provenait d’un quelconque animal ou de la selle de son cheval, mais il n’y avait pas matière à s’en plaindre puisqu’il s’agissait là de la seule denrée à même de satisfaire suffisamment leur faim tout en supportant les conditions de conservation ambiantes qui leur interdisait de transporter fruits, légumes, ou tout ce qui n’avait pas été convenablement conditionnée au préalable. Luan s’était amusé une fois à lui dire, l’humour de son neveu restait décidément l’une de ses pires tares, que davantage de ses hommes à participer à ses expéditions mourraient à cause de ce régime alimentaire que par la faute du désert lui-même, idée ridicule en soi mais dont son Lord avait ri tout un banquet durant, entre sa troisième ou quatrième assiette de poisson frais. Au moins Daärim ne semblait il pas être un adepte des plaisanteries, un autre point positif le concernant, son expression demeura sérieuse quand il lui répondit, le vieux Dornien pouvait même y lire une pointe de colère et d’emportement pour son plus grand plaisir. Lord Forrest avait bien éduqué son fils en dépit de la faible quantité de sang Rhoynar dans ses veines, il adhérait entièrement à cette conception d’une Dorne libre qui n’avait que faire de ses voisins et ne reconnaissait de dirigeant qu’en la personne du Prince né et élevé sur leur terre, et non en un quelconque faiblard consanguin aux pupilles violettes et qui préférait siéger sur un amas d’armes plutôt qu’en brandir une.

Le silence retomba quelques instants après la première tirade du garçon, ce dernier recommençant à ingurgiter sa part, tant pour remplir son estomac que pour prendre le temps de calmer l’emportement soudain et parfaitement légitime qui s’était fait sentir dans ses mots, supposait-il. Un guerrier sans colère ou passion ne valait presque rien, à peine plus qu’une cible de plus offerte aux traits de l’ennemi ou un bouclier fait de chair et d’os pour ses camarades, sans rage où trouver la volonté de combattre alors que tout autour de soi les corps s’accumulaient et que l’on baignait jusqu’aux chevilles dans des mares de sang encore chaud ? A son sens c’était cette détermination sauvage qui faisait les meilleurs adversaires, mais si elle accordait volonté et force à ceux qui la possédait, elle pouvait aussi brouiller les pensées et pousser un homme à se comporter comme une bête facile à éliminer tant elle devenait prévisible. Rennifer était lui aussi passé par cette étape, et ce n’était qu’avec un entrainement rigoureux qu’il devenait alors possible de canaliser ce potentiel en outil de mort. Le jeune Forrest aurait surement encore du travail devant lui avant de maitriser juste ce qu’il fallait de ses pulsions, mais si lui-même y était parvenu, pourquoi ce jeune homme qui lui ressemblait tant par certains aspects en serait-il incapable ?

La conversation prit ensuite une tournure à laquelle il ne s’attendait pas, s’il avait brièvement abordé le cas de la famille de son vis-à-vis, entendre parler de cette sœur réussit à le surprendre. Ismaëlle, celle tout juste devenue femme et qui un jour remplacerait son honorable père à la tête de sa maison, avait donc ce genre d’opinions, un grand malheur pour la prochaine génération, à son sens. Le Prince actuel était lié à vie au Trône de fer à cause de son mariage, mais ses descendants ne pourraient partir en guerre qu’avec l’appui de tous leurs vassaux, et quoiqu’on dise, la Tombe-du-Roy restait une voix majeure dans ce jeu diplomatique que le Lancier abhorrait tant. Cette Maison était située directement sur la passe principale menant au Bief, et si elle persistait à respecter la paix sur sa frontière la simple idée du handicap stratégique qui en résulterait suffirait certainement à détourner d’autres Lords de leurs idées belliqueuses, obligeant les futurs enfants de ses enfants à sentir le poids illégitime de l’autorité Targaryenne peser sur leur nuque. Une mauvaise nouvelle au premier abord, une très mauvaise nouvelle qui ne se voyait contrebalancée que par la volonté de Daärim qui souhaitait un jour mener les troupes de sa famille pour leur cause. Si Rennifer se voyait très souvent entrer en conflit avec son neveu sur les questions de dépenses militaires alors que tous deux partageaient des opinions relativement semblables, la Rivière-Mère seule savait l’intensité des frictions amenées à naître entre les jumeaux lorsqu’ils prendraient la place de leurs prédécesseurs. Peut-être le cadet réussirait-il au moins à empêcher l’ainée de pactiser au-delà de l’irréparable avec les mangeurs d’herbe, c’était là un de ses seuls espoirs.

Ah, Maron Martell, cette fois il savait que le sujet finirait par être abordé, résultat inévitable lorsque l’on s’interrogeait sur l’avenir de son pays, l’on jaugeait ses dirigeants pour essayer d’obtenir un semblant de réponse. Dans la même situation certains se seraient empressés de chanter les louanges du Prince, trop effrayés des conséquences que d’éventuelles opinions négatives pourraient avoir sur leur personne si elles venaient à s’ébruiter, d’autres se seraient peut-être montrés ouvertement critiques pour faire bonne impression et se donner des faux airs de meneur d’un hypothétique contrepouvoir. Lui n’avait plus rien et prouver et encore moins à craindre de simples mots, sa pensée sur la question était déjà gravée dans le marbre et en révéler la nature n’était en rien un problème.

« J’ai déjà rencontré le Prince en plusieurs occasions, oui, mais si par proche tu entends que nous sommes bons amis ou qu’il m’est facile d’obtenir des faveurs de sa part, il n’en est rien. Les Martell règnent depuis que Dorne est Dorne, et en tant que membre d’une Maison vassale ils sont les seuls devant qui je ploierai le genou, voilà l’étendue de notre proximité. » Non loin l’on entendait de légers mouvements dans le sable, si le périple de sa troupe touchait à sa fin pour ce jour, celui des rongeurs, scorpions et autres animaux du désert ne faisait que commencer après un repos forcé à l’abri du sable lorsque les rayons brulants du soleil recouvrait leur petit monde. Et toujours aucun signe des éclaireurs à en croire le mutisme de la sentinelle, l’aube leur en ramènerait peut-être au moins un ou deux.

« Je pense que le Prince mène un genre de bataille à laquelle je serais incapable de participer. Il doit affronter la volonté de son père qui lui a fait choisir une enfant des dragons pour porter ses descendants, de même qu’il doit combattre ces prétendus seigneurs étrangers dans des domaines où une arme ne lui serait d’aucun secours, et enfin il doit veiller à ce que l’unité de notre nation soit préservée malgré les rivalités internes qui subsistent. A mon sens notre Prince essaye de préserver ce que nous possédons déjà tandis que toi, moi, et certains autres brulent d’envie de reprendre ce qui était notre autrefois, il doit faire avec tout cela sans jamais prendre de repos. Pour l’heure il mène cette tâche à bien et pour cela il a mon respect en plus de mon obéissance, malgré tout je suis conscient que plusieurs Maisons qui partagent mes envies de liberté commencent à envisager d’autres alternatives telles qu’apporter leur soutien aux Ferboys si ces derniers venaient à se rebeller une fois encore. » Ses yeux, réduits à deux tâches sombres où venait se refléter la faible lueur des étoiles au-dessus de leurs têtes, fixèrent de toute leur intensité ceux de Daärim.

« Ceux qui prônent la dissidence lorsque nous nous devons d’être unis contre un ennemi commun n’auront jamais mon soutien, mais plutôt ma lance au plus profond de leur cœur si l’occasion m’en est donnée. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que la guerre qui nous verra de nouveau libres arrive le plus tôt possible, mais jamais je ne trahirai la volonté de Maron Martell. Comprends-tu cela ? »
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Message Mer 1 Aoû 2012 - 8:47

Daärim attendait et appréhendait les propos qui allaient percer dans la noirceur de la nuit. Le temps était totalement à l'opposé de ce qu'ils avaient subi durant la journée. La chaleur était désormais traquée pour échapper à la froideur mordante et agressive qui ankylosait leurs membres crispés. Mais trop absorbé par cette discussion importante à ses yeux, il ne prodiguait guère d'intérêt au climat. Il avait besoin de connaître les pensées de cet homme qui se tenait à ses côtés car le sujet du dornien qui trônait à leur tête était pour lui encore parsemé de doutes et commençant justement à côtoyer les Ferboys qui rejetaient totalement l'union targaryenne, il se questionnait sur l'avancement et le futur de leur contrée. Pour sa part, il n'aurait jamais accepté un tel mariage et pour peu qu'un jour il s'amourache d'une femme, elle ne pourrait appartenir à une autre peuplade que la sienne. Peut-être était-ce ce qu'on appelait un esprit fermé mais il ne s'était jamais targué d'avoir l'esprit ouvert sur le nord de Westeros. Une Dornienne lui apparaissait plus respectueuse de ses propres principes et comprendrait sa façon de voir l'avenir d'indépendance qu'il envisageait. Tout comme Rennifer avait respecté son temps de paroles, lui-même ne fit rien pour empêcher la tirade remplie de sagesse de l'aîné. Ainsi, il écouta avec curiosité les propos qui venaient d'être lancés et se rendit compte dès le premier diatribe qu'il s'était leurré sur la relation entre le Prince et son aîné. Des bribes qu'il pouvait parfois entendre des conversations que Rennifer avait avec son père, il avait cru déceler un rapprochement davantage construit qu'un lien orchestré par leurs ancêtres et hérité de génération en génération. Néanmoins, cela ne sembla pas affecter Rennifer, il tenait apparemment à remettre justement les points sur les i pour qu'il ne se fourvoie guère à l'avenir. Ainsi, il apprit de prime abord que Rennifer se soumettrait aux Martell tout comme son père qui lui avait transmis cette loi dornienne qu'il ne faudrait dénaturer. Il en avait pris pleinement conscience et l'avait intégré dans ses principes fondamentaux en tant que dornien pur souche. En s’insurgeant contre ce précepte, il mettait à défaut ce qu'il tentait d'être : un partisan de l'unification de Dorne en une contrée indépendante et autonome. Il ne souhaitait guère autre chose pour l'avenir.

Le léger silence qui suivit cette première tirade ne fut parsemé que d'effets sonores apparentés au vent ou aux différents mouvements que pouvaient réaliser les autres compagnons. Peu d'autres parlaient autour d'eux, ainsi quand le silence revenait, une oppression s'insinuait en lui lui rappelant qu'il avait froid et que son corps perdait petit à petit la chaleur accumulée durant la journée caniculaire. Seul un bout de viande séchée, coriace et difficilement mangeable lui apporta un brin de réconfort. Mais Rennifer n'avait pas fini de lui répondre et la suite se fit de nouveau ouïr. La surprise s'ajouta à l'attention. Il n'aurait pas imaginé de tels propos qui pouvaient sembler défavorables vis-à-vis du Prince mais qu'il percevait davantage comme une explication d'une torture et d'un dilemme que subissait ce dernier par l'actualité des divisions dorniennes et la pression paternelle. Il avait du mal à juger ces propos comme excuse possible du comportement Princier. Bien sûr, la jeunesse faisait en cet instant défaut et son obstination revendicatrice l'empêchait de se laisser aussi soudainement aller à une appréciation du couronné. Mais il n'était pas assez stupide pour s'insurger et se braquer face à Rennifer dont le point de vue lui semblait bien plus mesuré et réfléchi que le sien emprunt de jeunesse fougue et d'envie rebelle. Les propos avaient été écouté et assimilé dans son esprit, il ne les oublierait pas de sitôt et en tiendrait compte quand un jugement davantage construit serait envisagé. Il sentit que les liens qu'il commençait à créer avec les Ferboys ne seraient peut-être point acceptés par son aîné, mais pour l'heure, ceux-ci ne laissaient envisager aucune rébellion à laquelle il participerait. Il savait que ces derniers étaient bien moins mesurés que lui-même et leurs principes étaient plus drastiques et téméraires.

Il écouta la suite alors que le regard perçant de son aîné semblait vouloir le menacer d'un quelconque écart de sa part dans l'avenir en devenir de Dorne. Mais il était perplexe. Comment Rennifer pouvait-il penser qu'une guerre pourrait les délivrer sans se rebeller contre le Prince qui s'expatriait dans les terres nordiques ? Les idées forgées dans la tête de sa jumelle n'étaient pas apparues par magie, Maron n'était pas inconnu dans ce développement et il sentait avec le temps une fascination et un besoin du sang de son sang d'attirer la bienveillance du Prince. Il soutint ce regard imposant avant de le détourner et d'observer la contrée sableuse. Le doute s'était davantage immergé en lui alors qu'il avait espéré un éclaircissement dont il aurait pu tirer un chemin de pensée tout tracé. La facilité quêtée s'était tout simplement volatiliser. Sa jeunesse le poussait à exiger des aînés davantage d'aides pour s'édifier mais il s'était de nouveau fourvoyé. Ses pensées n'appartenaient qu'à lui-même et tout comme son père, Rennifer ne lui offrait sur un plateau que des pistes qu'il devait par lui-même explorer et faire sienne, ou alors les rejeter. Rennifer était davantage partisan des Martell que son père mais néanmoins, ce dernier ne se rebellerait jamais non plus comme le Prince. Il avait du mal à concéder ce dilemme comme personnel car la complexité d'une telle contradiction lui semblait difficile à porter. Après un silence méditatif, il regarda de nouveau le dornien et s'aventura à expliquer son point de vue.

"Je pense comprendre ce que vous tenter de me faire assimiler." Il ne mentait guère, il pensait voir ce que sous-entendait Rennifer qui au fond était très clair mais dont lui-même ne voyait pas l'exactitude par rapport à leurs principes. "Mais... Ce que je n'arrive pas à cerner, c'est comment est-il possible de réunifier et de rendre indépendante Dorne, si le Prince tente de pactiser avec le nord ? J'ai déjà entendu que le Prince tenait en amour cette Targaryenne. Vous êtes sûr qu'il l'a choisie uniquement sous pression paternelle et que ce n'est pas une façon pour lui de s'octroyer la bienveillance du nord ?"

Il n'avait pas d'avis authentique sur la question. Ces différents éléments étaient un mélange entre les bribes de conversations, ce qu'il pensait comprendre et sa propre opinion. Oh bien sûr, malgré le calme qui se dégageait de cette conversation, Rennifer pouvait palper de la rancoeur qui s'était lentement suggérée dans son timbre vocale. Cette fougue due à l'âge et ce besoin de compréhension le rendaient plus prompt à une impulsivité que la maturité pouvait apaiser ou du moins contrôler. Ici, trop d'idées se bousculaient dans ses pensées et ne pas déterminer le chemin à prendre restait propice à se perdre dans les méandres belliqueux qui étaient la seule porte de sortie à l'apaisement intellectuel. Mais réaliser des actes irréfléchis ne faisaient pas partie de ses plans. Il tenait en estime la fierté de son nom et de l'histoire de son blason. Ainsi, dénaturer ce qui faisait leur renommée ne pouvait lui plaire. Mais pouvait-il laisser impunément les choses se faire sans s’immiscer dans les affaires de son pays ? Il ne tenait pas à se comporter en autruche, il avait trop de pulsions guerrières et trop d'importance par son nom pour se donner l'illusion de pouvoir se comporter de la manière qui lui agréait sans subir de conséquences. Il voulait honorer son père, son blason et son histoire.

"Qui vous dit que Maron Martell ne souhaite pas davantage une alliance avec le nord plutôt qu'une indépendance ? Peut-être cherche-t-il simplement une paix illusoire entre nos contrées ! Si c'est le cas, nous ne serons jamais indépendant et nos actes devront prendre part aux guerres que le nord devrait mener ! Nous serons alors assimiler à ces épéistes couards et faibles, nous hommes-guerriers !"

Il sentait un grondement colérique croître en son fort intérieur. Il mordit avec férocité dans la viande séchée, enfournant à la suite le dernier vestige encore resté dans sa main et il mâcha longuement cette chair animale qui devait pouvoir apaiser son désarrois et son incompréhension manifestés par sa colère. Un bruit et un grognement féroce retentit non loin de lui et tournant la tête il aperçut vaguement dans la luminosité étoilée un compagnon une lance plantée dans le sable. Il la retira ensuite et en son bout trônait une forme encore mouvante que l'homme regarda mourir lentement à sa lame. Tournant son regard vers Daärim, ce dernier donna en explication simple, un mot grogné dans un murmure.

"Scorpion."

Daärim ne put que grimacer légèrement tandis qu'il scrutait le sol aux alentours. Il savait pertinemment que la nuit était propice aux divers animaux qui se terraient pour ne pas subir la chaleur cuisante durant la journée. Mais ses sentiments excessifs lui faisaient oublier la précaution qui était de mise quand le désert vous cernait entièrement. Main posée sur sa lance, il concentra ses sens pour rester à l'affût du moindre mouvement engendré par autre chose que leurs mouvements. Mais avant toute chose, il devait exprimé sa perte de contrôle qu'il avait pu décoder et qui n'était pas propice à des échanges intéressants.

"Veuillez m'excuser, Rennifer, pour cet emportement. Mes propos n'étaient pas mesurés et mes pensées guère structurées." Il souhaitait que son aîné ne lui en tienne pas rigueur.
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Message Sam 4 Aoû 2012 - 11:16

Ah, le doute, de loin le pire ennemi qu’un guerrier ne pourra jamais affronter. Le bras pouvait être fort et aguerri, le corps entretenu, endurant, et à même de tenir des heures en pleine mêlée, il pouvait suffire d’un instant, d’un seul instant où l’esprit se trouvait concentré ailleurs que sur le combat et c’en était fini. Aux cours de ces cinq décennies Rennifer avait croisé nombre d’excellents combattants, parfois bien meilleurs que lui selon les époques de leurs rencontres il n’avait pas peur de se l’avouer, mais à un moment ou un autre ils en étaient venus à douter et la mort les avait pris par les innombrables voies dont elle disposait. Le doute détruisait les âmes des hommes, et avec elle tout ce qu’ils auraient voulu ou auraient été amenés à accomplir si leur volonté ou leur détermination ne les avaient pas abandonnés. Pour l’heure il ne s’agissait que d’une minuscule fêlure qui pourrait paraître sans conséquences, il était parfaitement normal de s’interroger sur la légitimité d’un Prince lorsque ses actions déplaisaient, mais il ne suffirait que de quelques années pour que cette ouverture ne laisse place à davantage de préoccupations qui s’insinueraient telles le sable avant de détourner le jeune noble de ce qui était à ses yeux la seule cause à embrasser, pour se lancer dans quelque guerre fratricide qui ne ferait que renforcer la tutelle de ce prétendu roi sur son trône de métal.

A chaque nouveau mot qui sortait de la bouche du jeune Forrest Rennifer pouvait sentir davantage de colère et d’emportement transpercer dans ses intonations, il ne s’agissait pas là de paroles que l’on pouvait prononcer à la légère ou devant n’importe qui, à plus forte raison quand l’héritière désignée de sa Maison avait des vues radicalement différentes sur la question, toute cette frustration avait besoin de s’exprimer aussi le vieux lancier laissa son homologue d’une autre génération aller jusqu’au bout de sa pensée. Il ne s’en détourna que pour adresser un regard sévère au soldat qui avait jugé bon de parler pour décrire la prise au bout de sa lance. Sa réprimande fut brève et claqua comme un fouet : « Si tu es si fier d’avoir pris un simple insecte essaye donc de chasser le suivant seulement armé de ta langue, vantard. » L’homme marmonna une excuse et s’éloigna un peu plus vers le sommet de la dune, c’était là ce qu’il pourrait recevoir de plus tendre comme rappel à l’ordre, aussi tenait il probablement à mettre autant de distance que possible entre lui et son maitre si ce dernier changeait d’avis pour préférer aux mots une punition plus expéditive. Daärim lui présenta ses excuses pour ce qu’il venait de se passer, le geste ne manquait pas de signification, comme lui le Forrest avait une fierté sur laquelle on pouvait tordre de l’acier, et reconnaitre la moindre erreur s’apparentait dans sa mentalité bourrue soit à une faiblesse méprisable ou soit, dans ce cas précis, à un effort considérable qui méritait en retour le respect d’un homme d’armes à un autre. Il répondit simplement à cela, sans mièvrerie ou volonté de rassurer, ce n’était pas dans ses habitudes et jamais ce ne le serait.

« Nous autres Dorniens sommes ce que nous sommes car nous ne craignons pas d’exposer clairement ce que nous avons sur le cœur, dire ce que l’on pense n’est pas condamnable tant que l’on a la force d’assumer ce qui en ressortira. »

Pour ce qui concernait les hommes sous ses ordres, ceux de faible naissance qui n’avaient jamais réussi à monter dans son estime en s’illustrant d’une manière ou d’une autre, Rennifer préférait tracer clairement le chemin qu’ils devraient suivre toute le long de leur vie. Ils n’avaient pas la force de faire seuls une telle chose, aussi ne s’encombrait il pas à dégager le début de pistes afin qu’ils en viennent à les explorer par eux-mêmes et découvrir où ils menaient. Le cas du jeune homme était plus complexe, aussi comptait il faire de son mieux pour le laisser se forger ses propres opinions définitives en influençant indirectement son raisonnement. Mais avant d’en arriver là il se devait de rétablir la vérité crûe.

« Choisie, cette Targaryenne serait devenue l’épouse du Prince par la volonté de ce dernier ? Crois-tu réellement que les hauts seigneurs aient comme toi ou moi, descendants de second plan, une telle liberté dans le choix de leurs unions ? Maron Martell avait presque la moitié de ton âge lorsque ce mariage fut décidé, remémores toi ce que tu étais en ce temps-là et vois quel poids tes paroles auraient eu si ton seigneur avait décidé de te lier à une de ces femmes du Nord, mon garçon. Qu’il en soit venu à l’aimer ne me concerne pas ni ne m’intéresse, le mal était déjà fait sans retour possible, qu’il s’en soit accommodé de la sorte n’est qu’une des maigres consolations qu’il a pu en retirer. »

Il était difficile de deviner les pensées de son Prince au milieu des rumeurs et des paroles rapportées, mais il devait avouer pour son grand déplaisir que son dirigeant ne semblait rien faire pour accélérer le cours des choses, les plus mauvaises langues affirmaient même qu’il faisait tout pour le ralentir. Il ne pouvait parler au nom de cet homme, mais seulement s’adapter selon la tournure que prenaient les évènements et agir par la suite selon ses convictions, la vassalité demeurait préservée et sa liberté propre intacte.

« Cette prétendue autorité que le nord pense exercer sur Dorne ne peut être comparée qu’à une modeste maison de pierre installée sur le désert, si ni toi ni moi ne sommes patients notre pays l’est, tout comme le sable qui le constitue et, grain par grain, il engloutira l’œuvre de ces seigneurs imposteurs pour qu’à nouveau nous soyons libres. A défaut de savoir quand cela se produira nous avons la certitude de la finalité. Ce n’est pas une raison pour rester sans agir, bien sûr, et je compte bien mourir avec autour de moi assez d’ennemis fleuris décapités pour bâtir une muraille, mais que notre dirigeant s’affaire à assurer nos acquis pendant que nous autres, vassaux nous préparons pour ce jour me convient. D’ici à ce que la grand guerre vienne nous pouvons nous armer, éprouver les forces de l’ennemi, tester la résistance de ses frontières. Avant d’être trop vieux pour pouvoir soulever une lance je prendrai part à l’une de ces manœuvres, ce sera ensuite à ta génération et à celle de mes enfants d’assurer la victoire finale sur les bases que nous aurons construites. » Sa main vint instinctivement trouver sa lance, du bout du pouce il en éprouva la pointe toujours aussi tranchante en dépit des années, elle était à son image : usée, recouverte de cicatrices avec un long passé derrière elle, mais elle pouvait encore livrer d’autres batailles, les dernières, celles qui importeraient.

La sentinelle émit un bref sifflement pour avertir les siens que quelqu’un approchait. Dos courbé Rennifer se releva sans un bruit, arme en main, et progressa jusqu’au sommet de la butte en faisant signe aux autres de se répartir le long du versant en vue d’une éventuelle attaque. Une oreille experte n’était pas nécessaire pour entendre le bruit caractéristique d’un cheval lancé au galop et qui approchait, passant la tête il reconnut sans peine l’un des éclaireurs, un seul quand ils étaient tous partis en duo. Sa bête semblait épuisée, tout comme son cavalier qui se laissa presque tomber à terre une fois arrivé à leur niveau, hors d’haleine. Laissant aux autres le soin de vérifier son état il scruta l’horizon, si cet imprudent avait été si facile à repérer depuis leur position, d’autres auraient très bien pu en faire autant, et avec un vent nocturne aussi faible ses traces mettraient des heures à disparaitre. Ils n’avaient pas d’autre choix, rester ici devenait trop dangereux.

« Donnez à boire à cet idiot et préparez-vous, nous repartons pour plusieurs heures au moins. »
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Message Mar 7 Aoû 2012 - 16:28

Le respect que Rennifer pour son allocution fut bénéfique à l'exposition d'un point de vue dont il ne savait que faire. Un ensemble bouillonnant qui s'insinuait lentement dans son esprit au point d'offrir et d'arpenter doutes et questionnement. S'avouer perdu n'était pas dans son caractère, du moins pas ouvertement, puisque derrière le voile visible de son laïus, il était évident qu'il n'avait pas d'accroche stable pour sa ligne directrice. Bien sûr, il ne regrettait pas d'avoir parlé, mais les excuses se montraient porteuses d'un déplaisir d'une perte de contrôle non souhaitée, et non d'avoir exprimé ce qu'il ressentait. L'art et la manière avaient toujours fait partie de son éducation. Ne pas se taire bien évidemment, mais savoir comment parler. Chez un noble, cette conjoncture n'était pas simplement nécessaire, elle était obligatoire. Le combat, les armes et l'agressivité étaient davantage ce qu'il s'évertuait à maîtriser se considérant peu apte à autre chose et connaissant la finalité de son rôle à La-Tombe-du-Roy. Mais en réalité, il ne pouvait se permettre de négliger les apparences qui pesantes dans son carquois étaient l'édifice de la renommée de sa maison. Les nobles imposaient d'abord leur édifice verbale et comportemental avant d'offrir les capacités dont la louange était annoncée. Bien sûr il était nécessaire que celles-ci soient véridiques et non des paroles en l'air. Mais l'impression langagière donnait davantage de poids et cela il ne pouvait se l'occire de l'esprit et des expressions qu'il offrait lors de ses discussions. Ainsi ses excuses avaient été un rappel à son rang et à ses fonctions. Mais l'inquiétude qui aurait pu découler de son attitude fut balayées telle une bourrasque sableuse emportant tout déchet laissé sur sa mer dorée. Les paroles de son aîné l'apaisèrent en un rien de temps. Plus la conversation s'introduisait dans le temps, plus il comprenait que Rennifer était l'aîné qui partageait un même cheminement de pensées. Au travers de son discours il pouvait jauger les étapes de sa maturité où s'étaient déjà imprégnées les divers doutes et les multiples questions qui envahissaient son propre esprit. Cet homme n'était pas le juge de ses pensées, il était le guide qui pouvait apporter opinions et décors plantés où par lui-même ensuite le chemin devait se dessiner. Bien que s'opposer à cet aîné lui était possible, il ne sentait point de divergences dans l'état actuel des choses. Ce n'était pas un combat verbal où l'on s'attendait à voir débarquer un gagnant. Loin de là l'idée d'une victoire. La seule et unique victoire serait une augmentation de connaissances aptes à être interprétées et critiquées dans son esprit jeune et phrase de maturation. Son âge l'amenait à traverser un pont. Ce pont le faisait quitter l'enfance pour entrer dans l'âge adulte. Ce n'était pas un simple pont, des épreuves allaient s'aventurer sur celui-ci et une fois de l'autre côté, il devrait choisir avec assurance, le chemin parmi les multiples disponibles.

La suite des propos du Dornien lui rappelèrent pourquoi son père aspirait toujours à une fidélité sans faille à leur Prince. Bien sûr qu'il aimait son épouse mais effectivement peut-être était-ce là une moindre compensation pour avoir été destiné à ce mariage imposé. Cela lui paraissait effectivement cruel pour peu que l'on revendique les principes dorniens fondamentaux. Mais ce dont il craignait c'est que cet amour, avec le temps, n'entraîne une tolérance envers ces peuples du nord. Se croire capable de comprendre et juger un homme qu'il ne connaissait que de rumeurs ou pas les propos que sa famille avait n'était nullement envisageable. Il souhaitait simplement s'assurer que le représentant de Dorne, celui par qui leur image se répandait envisageait clairement l'indépendance de leur peuple et n'espérait point pouvoir s'allier au nord par un mariage au départ imposé mais trop facilement accommodé. Et cette crainte l'avait effleuré en entendant le discours qu'offrait sa jumelle à leur Mère abordant fièrement son entretien réalisé, n'ayant pas réalisé qu'il était derrière la porte écoutant les faits relatés. Bien sûr jamais espionner n'avait été le but de cette manoeuvre. Il s'était retrouvé à passer devant la porte entre-ouverte et leurs timbres connus l'avaient interpellé suscitant son intérêt et campant ainsi à proximité de la sonorité. Sa soeur peu encline à converser avec lui aussi facilement qu'avec leur Mère, il savait pertinemment qu'il en apprendrait davantage à écouter aux portes. Cela l'amusait parfois, suscitait l'incompréhension souvent. Sûrement qu'il la taquinait trop sur ses chances d'accéder au rang d'héritier du domaine. Toujours est-il que grâce à cette entente des questionnements sur leur prince s'étaient insinués en lui... Peut-être était-ce plus une malchance qu'autre chose mais il souhaitait davantage avancer les yeux grands ouverts qu'investir dans un comportement d'autruche.

La dernière diatribe de son interlocuteur aîné terminée il comprit alors pertinemment que l'empressement ne mènerait nul part. Peu importe que ses pensées ne soient pas encore assez affinées pour découvrir clairement la voix qu'il devait prendre. L'indépendance viendrait à point pour qui sait attendre. Mais pas se reposer sur ses lauriers et patienter sans investir dans les démarches nécessaire à cette libération face au nord. Encore une fois Rennifer avait prouvé qu'il avait atteint une sagesse et des principes mûris qui dépassaient de loin les siens. Un jour il espérait pouvoir acquérir cette autorité et cet apaisement que cet aîné pouvait se vanter d'avoir et d'apporter à son entourage.

"Je comprends."

Ses propos étaient certes maigres mais pourtant plus que sincères. Il avait compris et pour lui c'était suffisant comparé à un long discours le prouvant. Il n'y avait pas besoin de s'épandre sur le sujet alors que celui-ci était arrivé à terme. Le temps leur apporterait réponses et leurs actes se définiraient par eux-même pour autant que l'intégrité de leurs êtres restent et soient préservées. La discussion prit brusquement fin lorsqu'un sifflement arriva à leurs oreilles. Un sifflement caractéristique lorsque quelque chose approchait. Rennifer déjà debout, il ne tarda pas à l'imiter, sa lance en main. S'avançant un peu pour mieux observer ce qui se profilait à l'horizon alors que la nuit noire les entourait heureusement parsemée de petites luminosités étoilées permettant une vue au moins suffisante. Un cavalier apparemment seul atteignit leur rang et cette aura sur la défensive ainsi que l'offensive qui pouvait être perçue par le regroupement qu'ils formaient. La monture semblait avoir parcouru une distance importante et c'est davantage vers celle-ci que Daärim s'avança, agrippant les rennes pour maintenir la bête à leur côté. Il lui flatta le museau et lui apporta une infirme quantité d'eau qu'il pouvait partager, leur denrée fortement affaiblie, toisant sa parure pour déceler une blessure éventuelle. D'autres s'occupèrent du cavalier. Il regarda Rennifer qui déjà observait de nouveau l'horizon. L'observation de son expression à peine visible et infime mais compréhensible pour quelqu'un qui venait de passer une semaine à ses côtés, il comprit que le danger s'était rapproché d'eux de trop près et que le repos maigre dont ils avaient été sujet allait prendre fin. Les propos de leur aîné confirma ce qu'il craignait. Il n'était pas dépourvu de courage mais la nuit noire s'imposant à eux comme directrice des heures à venir ne lui laissait pas envisager que la chevauchée serait aisée. Il espérait que cette prévention apportée par ce départ obligé empêcherait une attaque nocturne. Dépouillé de quelques éclaireurs et peu à leur avantage par un ravitaillement qui ne s'était pas encore profilé, le combat serait plus rude. Mais l'heure n'était pas à la réflexion et sans chercher à contredire celui qui s'imposait par son autorité, il laissa le destrier à son propriétaire et retourna au sien où sa lance reprit place accrochée au flanc de ce dernier avant de reprendre la stature d'un cavalier. Il s'avança pour prendre place près de Rennifer avant que son regard se perde en arrière pour observer si cette fuite devait se faire plus rapidement qu'actuellement.

"Pensez-vous qu'ils sont sur nos traces ?"

Sa question ne s'était adressée qu'à Rennifer. Il avait besoin de savoir mais il ne tenait guère à ce que la troupe se questionne et ne s'affole inutilement. Son regard tentait une nouvelle fois l'expérience d'une prescience plus lointaine mais sa vue n'était guère aussi affûtée qu'il ne l'aurait voulue suite à l'inexpérience dont ses yeux faisaient preuve face à la nuit. Néanmoins, lorsque la trouve se mit en route, il suivit le mouvement d'une chevauchée soutenue et ralliée aux autres. Pour l'instant seule la sonorité de leurs montures ne se faisaient entendre. La nuit serait à nouveau courte et le sommeil manquerait à nouveau. Néanmoins, ce fut la première fois que durant leur périple, une cavalcade nocturne s'imposa. Il espérait que cela ne signifiait pas la mort des autres éclaireurs mais il ne pouvait de toute façon pas se permettre actuellement de s'en inquiéter. La nuit serait longue, son attention devait être jumelée à leur chevauchée. Non loin de Rennifer il se questionna sur sa capacité à s'orienter. Cette obscurité lui annonçait davantage de difficultés que de facilités. Il ne doutait pourtant pas des capacités du Dornien mais il aurait souhaité savoir comment il s'y prenait, cette curiosité le titillait bien plus qu'elle l'inquiétait. Il se demanda cependant si la question était appropriée car une autre venait de s'insinuer dans son esprit et il préféra la réponse à cette dernière en priorité.

"Etes vous inquiet ?"

Il ne pouvait le voir sur le visage de l'aîné aussi il aurait aimé justement connaître les pensées qui en cet instant pouvait apparaître dans son esprit. Peut-être ne méritait-il pas de les connaître simplement parce que l'aîné ne partageait pas ainsi ce genre de pensées. Mais la situation inhabituelle lui imposait questionnement qu'en fougueux et jeune qu'il était nécessitait réponses. En réalité, une certaine exaltation en plus de l'appréhension s'insinuait en lui et l'envie d'une démêlée combative n'était pas pour lui déplaire.
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Message Lun 13 Aoû 2012 - 21:00

Il n’était pas le genre d’hommes à croire aux prétendus pressentiments ni à l’instinct, ce genre de cheminement mental était bon pour les bêtes qui, elles, étaient contraintes d’en user car incapables de soutenir un raisonnement logique. Bien entendu le désert était vaste, même dans cette partie infestée de brigands le voyageur chanceux pouvait le traverser d’un bout à l’autre sans rencontrer de présence humaine, à plus forte raison au cours de la nuit où même les détrousseurs et autres vermines prendre un repos que la chaleur du jour leur refuserait assurément. Mais voilà, par la faute d’un seul ils se retrouvaient tous dans une situation délicate dont l'unique solution évidente ne ferait que leur apporter davantage de problèmes jusqu’à l’aube. L’éclaireur s’était conduit comme le dernier des idiots, non seulement il avait épuisé sa monture déjà éreintée par les longues heures sous le soleil en la forçant à maintenir une vitesse de course trop soutenue mais en prime le bruit causé par ces sabots s’était sans doute entendu de loin. Le premier réflexe du prédateur était de se diriger vers le moindre indice témoignant de la présence d’un être vivant, indice qui se dotait à présent d’une jolie piste toute tracée jusqu’à eux, ce n’était pas ses tripes qui lui conseillaient de déguerpir, mais les faits. Pour l’heure Rennifer se refusait à punir le fautif par soucis de temps, et surtout car une lance restait une lance, pour peu que leurs poursuivants éventuels soient deux fois plus nombreux qu’eux, s’ils bénéficiaient en prime de l’effet de surprise leur sort était scellé d’avance. Tant pis pour la discrétion il fallait qu’ils se déplacent en vitesse, ce n’était qu’une preuve de bon sens, se hâtant de remettre son barda sur la selle de son coursier avant d’y prendre place, il répondit laconiquement à Daärim :

« Je ne vais pas attendre qu’ils nous le fassent découvrir par eux-mêmes, en avant. »

Etait-ce de la préoccupation qu’il sentait dans la voix du Forrest ou au contraire de l’excitation à l’idée de se battre ? Il ne prit pas la peine de s’interroger bien longtemps sur ce point, ses pensées se tournaient vers la carte de ce désert qu’il avait mentalement construite au fil des ans, s’ils tentaient de pousser à pleine allure jusqu’à la source sans s’arrêter une bonne partie de leurs chevaux n’arriveraient pas à destination et donc leurs cavaliers non plus. Quelques malheureux hères assoiffés sur le dos de bêtes mourantes se feraient facilement cueillir même par une caravane de Bieffois égarés. Il y avait bien aussi l’éventualité de rebrousser chemin et de filer vers le Sud-Est pour quitter la partie la plus dangereuse des dunes, mais il n’y avait pas d’oasis dans cette direction et la Soufre se trouvait désespérément trop loin pour être atteinte à temps. Quoiqu’ils fassent la fuite n’appartenait donc plus aux solutions viables et à bien y réfléchir il n’en aurait pas voulu même dans le cas contraire, ce sable était celui de sa famille, le Sien, si l’on tenait à le traquer sur le domaine qu’il avait arpenté plus longtemps que personne eh bien il souhaitait bon chance à ses chasseurs ! Rennifer les imaginait sans peine se réjouir de ce qu’ils croyaient un cadeau de la Mère Rivière, un voyageur esseulé représentait déjà une proie juteuse, alors tout un groupe auquel elle appartiendrait suffirait à leur assurer des lunes de butin. Ils devaient déjà se précipiter vers leur campement tout juste abandonné, la langue pendante et leurs armures de bric et de broc copieusement aspergées de leur salive poisseuse tels des chiens ayant senti l’odeur d’une carcasse toute proche, leur faiblesse reposerait sur leur emportement. Ses hommes observaient un silence tendu qu’il approuvait de toute la détermination du sien, aucun d’entre eux n’était un des vétérans de la Garnison de Denfert, juste de simples recrues aux lances encore neuves et aux armures mal ajustées à leur silhouette restée maigre par la faute du peu de temps passé en temps qu’adulte. Certes cette première semaine avait déjà mis de côté les plus faibles et endurci les autres mais il ne leur accordait pas sa confiance pour autant, il se devait de maintenir leur loyauté en faisant en sorte que la peur qu’il leur inspirait continue à dépasser celle de coupe-jarrets. Daärim rompit finalement ce mutisme volontaire en lui posant une question simple que seul quelqu’un dans sa position pouvait se permettre de formuler sans s’attirer de représailles. Inquiet, il ne l’avait que rarement été en un demi-siècle d’existence et il s’était bien gardé de faire part de ses craintes à autrui lorsque cela se produisait. En y repensant il s’était déjà inquiété pour Dorne et le genre d’avenir qui lui serait réservé si le trône de fer continuait à essayer de consolider son emprise, pour la santé de sa femme peu de temps après la perte de leur première-née alors qu’elle s’affaiblissait davantage à chaque nouveau jour de chagrin, mais jamais il ne s’était soucié de sa survie plus que nécessaire. Ce n’était tout simplement pas sa façon de faire, la colère écrasait la peur et la détermination étouffait ce genre de mauvaises pensées, aussi il tenta de faire comprendre cela au travers de sa réponse au jeune noble, parlant assez fort pour que les autres l’entendent aussi :

« Je m’inquièterai le jour où Denfert se trouvera recouverte de fleurs parfumées, pas pour quelques moins que rien avec des armes. Ils ignorent à qui sont ces traces et savent encore moins que nous les surpassons en tous points, y compris la vitesse. S’ils tiennent tant à nous suivre nous allons les promener un moment et les perdre suffisamment pour les prendre à revers, le sang vient s’offrir à toi sur un plateau, Forrest, c’est une opportunité. »

Avec un geste silencieux il intima aux autres d’accélérer la cadence autant que pouvaient le supporter leurs pauvres compagnons à sabots, le brouhaha n’en serait que plus grand et risquait d’attirer d’autres bandes des environs mais à ce stade la furtivité ne figurait plus parmi leurs armes. Se faire repérer par des pillards supplémentaires pouvait même jouer en leur faveur, cela ajouterait davantage de confusion à ce chaos qu’il voulait créer, sans compter les inimitiés entre les différentes « tribus » incapables de coopérer.

Ce retour à une activité physique le préserva du froid mais n’arrangea ni sa fatigue ni ses courbatures, il n’en laissa rien paraître derrière son visage fermé qu’il débarrassa de son tissu protecteur pour que le vent frais lui fasse garder les idées claires. Et comme annoncé ils continuèrent à progresser des heures durant, changeant souvent de direction selon un schéma qui pouvait paraitre étrange et contradictoire pour un observateur extérieur, revenant à l’occasion sur leur pas pour s’orienter par la suite vers une direction radicalement différente. C’était à la fois un jeu de patience et de fourberie qui se déroulait entre eux et leurs poursuivants, et à plusieurs reprises Rennifer eut l’impression d’entendre le bruit de leurs propres montures juste derrière eux ou de percevoir l’éclat du métal au détour d’une dune. La défaite serait pour celui qui se fatiguerait le premier de cette étrange danse avec comme lot de consolation une mort peu glorieuse, le vieux Dornien n’avait plus l’intention de laisser repartir saufs ceux qui avaient osé le prendre pour un vulgaire fennec, en témoigna sa lance qu’il décrocha de son dos pour la tenir à une main tout en calant sa base sur l’un de ses étriers. Il n’était pas un spécialiste du combat monté, cela impliquait une trop grande confiance accordée à un simple animal et il ne combattait jamais mieux que lorsqu’il avait les deux pieds au sol, cependant en cette nuit ils ne vaincraient qu’en frappant l’adversaire avec une charge féroce pour les éparpiller avant la curée. Il se tourna vers Daärim :

« Je peux presque les entendre s’essouffler à courir après des ombres, tiens-toi prêt, si je ne me suis pas trompé les rôles viennent de s’inverser depuis plusieurs minutes ! »

Une pointe de colère vengeresse non dissimulée transparaissait dans ses paroles, bientôt justifiée par la découverte de plusieurs empreintes partant vers le Nord…
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Message Ven 17 Aoû 2012 - 13:20

La situation avait changé, les aléas du désert reprenaient le pas sur leur périple organisé. Les plans n'étaient jamais infaillibles et les éléments qui le constituaient étaient malheureusement humains. Cette race susceptible de sombrer dans les sinuosités des vices et pêchés. Un homme par peur, mu par son instinct de survie, avait dénoncé la totalité de la troupe. Leur repos mérité avait été écourté et ils y avaient des chances que certaines recrues ne revoient jamais la lumière du jour et restent profondément ancré dans les ténèbres éternelles que seule la mort octroyait. Mais Daärim comptait bien ne point en faire partie. Les propos de Rennifer à son questionnement avait exalté les prémisses d'une jouissance guerrière à venir. Fuir ne semblait guère en projet et pour être sincère, la déception aurait été une séquelle d'une telle décision. Mais Rennifer répondait parfaitement à ses attentes. La dureté, la robustesse et la cruauté de ce périple empreignaient son être et quémandaient davantage d'activité et répondant. La chevauchée sableuse n'offrait comme difficulté que le courage de pouvoir supporter son ardeur et son climat particulier et spécifique. Mais l'homme soumis à une volonté d'acier ne trouvait réticence à son rang. Il faisait partie de ce dernier cas. Oser émettre l'idée que le désert avait été dompté sans aucune difficulté serait mensonge honteux et irrespectueux. Il avait subit des désagréments et avait du se soumettre aux règles désertiques. Mais ça n'avait pas été insurmontable car ce n'était pas une option. Avancer et faire face étaient les seules prérogatives d'une telle expédition. Mais sa fougue, sa jeunesse et son aura belliqueuse le poussaient à davantage de rebondissements. Teinter de la lame, entendre le sifflement éclair d'une flèche en déplacement et surtout abattre les opposants. C'était maintenant que ça se jouait. La nuit offrait avantage et inconvénient. Dans un tel climat, combattre de nuit permettait de ne pas être déstabilisé par la chaleur ou avoir une vue embrouillée par un astre que rien ne cachait et qui éblouissait plus que n'accroissait les sens. La nuit éclaircissait donc les esprits. Mais en contre partie, les êtres étaient principalement des ombres et ces ombres pouvaient tromper l'oeil même aguerri. Il ne comptait cependant pas émettre d'objections. Le choix n'était plus à fournir, la bataille devenait une obligation, s'en priver certes pas une option.

D'une flatterie à sa monture, il suivit l'ordre gestuel d'accélérer la cadence. Il sentait l'épuisement de son camarade à quatre pattes tout comme le sien quémandait délivrance. Mais l'excitation activait l'adrénaline et celle-ci faisait office d'un parfait réveil. Le silence pesant d'une attente inévitable trônait entre les aventuriers alors qu'ils chevauchaient tous en suivant leur guide qui semblait affairé à les désorienter. Pour la peine l'inquiétude pouvait se lire sur les faciès avoisinants alors que lui-même était avide d'un mouvement guerrier. Après une semaine aux côtés de Rennifer, il avait appris à lui faire confiance et à suivre sans réfléchir ni même hésiter ses talents indiscutables d'un Dornien sableux. Dompter le désert était un art qui ne pouvait être accordé qu'avec l'expérience et la patience. L'aîné avait vu et vaincu un nombre incalculable d'éléments désertiques, il vivait même parmi les grains de sable éparpillés, ce terrain était le sien et lui faisait presque office de demeure. Croire que le juger pourrait être permis serait le comble de l'ironie. Ils savaient que ses homonymes doutaient et c'était une faiblesse qu'il ne comptait guère arborer. L'insulte lui paraissait trop grande et inadéquate. Les heures n'avaient cesse de s'écouler et à part des impressions sonores floutées au loin, il ne lui semblait guère apercevoir la moindre parcelle de cavaliers. Ils ne devaient point être loin mais à l'instant, ils ne semblaient pas apte à les retrouver. Les martèlements des sabots en bruits sourds sur le sol sablé étaient les seuls audibles à leur sens aiguisé et déployé suite à la vigilance imposée par l'idée d'être suivi par des opposants. Mais au bout de ce qui apparaissait, fatigue et impatience aidant, à une éternité, Rennifer changea de comportement et se saisissant de son arsenal combatif, il inaugura le début d'une péripétie mouvementée.

"Il était temps."

Ce n'était point un reproche qu'il formulait envers Rennifer de l'avoir fait attendre mais davantage une manifestation impatiente d'un bouillonnement guerrier qui n'avait eu cesse de croître constamment dans ses entrailles. Sa lance ne prit guère place dans sa main comme l'avait fait son aîné. Il commençait rarement par une attaque mi-frontale, mi-distancée. Il préférait d'abord l'éloignement pour peu qu'en plus ils n'avaient qu'un avantage partiel. Mais la hargne et la fougue jumelées dans une hardiesse adolescente étaient susceptible de lui fournir la bravoure et la cruauté nécessaire pour ne point faire l'impasse sur quelques morts en prévision. Les marques enfoncées dans le sable confirmèrent ce que son aîné venait de lui rapporter et un regard braisé vint parsemer son faciès d'une aura belliqueuse en demande de sang versé. La chevauchée mit encore quelques instants avant que n'apparaissent les premières échines courbées en recherche de cavaliers qui semblaient cependant s'approcher dangereusement de leurs arrières. Il ne fut point longtemps à ceux-ci pour remarquer qu'ils n'étaient plus les attaquants mais davantage les proies et détachant son arc en prenant au passage une flèche, il arqua celui-ci, et après quelques infimes secondes suffisantes pour affûter sa vue et marquer la cible, il relâcha la légère étreinte permettant au sifflement caractéristique qu'il aimait tant de frissonner à son oreille et de fuser dans la boite crânienne d'un dornien surpris. Le corps fut transbahuté encore quelques instants avant de sombrer dans l'obscurité du désert et de disparaître abandonné tandis que leur poursuite ne s'était point ralentie. Il n'était pas le seul à se manifester et les autres voyageurs de leur groupe s'armèrent également pour faire face à une tentative ennemie pour retourner la situation en leur faveur. S'octroyant déjà une seconde flèche, il la fit fuser quelques instants par après vers l'échine d'un autre adversaire mais l’omoplate transpercée fut la seule consolation de ce tir. Il avait appris à chevaucher tout en attaquant, laissant les pressions de ses jambes formuler ses désirs équestres, mais l'obscurité et le sol inhabituel avaient facilité l'échec de cette seconde fournée, bien qu'il ne regrettait guère, la cible étant au moins touchée. Il se risqua une dernière percée alors que sa monture arrivait dangereusement à leur portée et celle-ci fut malheureusement évitée n'apportant qu'une déchirure dans le tissu voilant une partie du faciès du concerné. Le temps lui manqua pour arriver à ranger son arc et éviter une attaque lancée sur son épaule, mais ses réflexes aiguisés lui apportèrent une écorchure davantage qu'une blessure véridique par un subtile mouvement de dernière minute. Une erreur stupide qu'il payait par cette marque sanguinolente. Lance désormais en main, il attaqua de front l'adversaire censé l'avoir transpercé et, rennes en main, après d'agiles mouvements et une maîtrise totale de son armement, il transperça le poitrail du dornien retirant avec une satisfaction non dissimulée la lame de la chair meurtrie. S'octroyant un regard alentour, la troupe adverse avait diminuée mais la leur n'avait pas été épargnée. L'étonnement ne fut guère de mise à voir Rennifer encore intacte sur son destrier. Son envie guerrière nullement apaisée, il ne resta pas sur sa fin et d'un talonnement bien placé, sa monture s'élança à nouveau pour rejoindre un autre combattant à désarçonner.

Le combat dura un temps où seuls les cris, les croisés lanciers et les bruits sourds de cadavres parsemés ne fit écho à cette nuit troublée. La défaillance de leur groupe fut moins importante que celle des ennemis et seul un cavalier se tenait encore en selle. Dernière tentative pour parvenir à s'échapper, la fuite fut son dernier secours. Le jeune dornien n'était malheureusement pas de ceux qui permettaient la lâcheté et malgré les meurtrissures découvrant son sang et appliquées à son corps, il décocha une dernière flèche bien placée qui mit officiellement un terme à cette péripétie mortelle. Réalisant un dernier tour d'horizon, aucune autre ombre ne fut retrouver pour intimer une nouvelle attaque forcenée. Ralentissant sa monture jusqu'à se mettre au pas, il garda son arc en main accordant davantage de crédit à sa méfiance qu'à une victoire absolue. Ils avaient subi des pertes mais lui restait en vie, tout comme Rennifer et quelques autres membres de la troupe. Haletant mais encore exalté par une telle chevauchée combative, il s'approcha de l'aîné en flattant de nouveau la crinière de son compatriote animal totalement épuisé et partiellement blessé.

" Le combat est terminé..."

Il ne savait dire s'il formulait une question ou davantage une affirmation. La nuit n'était de toute manière point encore close, il leur restait du chemin à parcourir pour estimer avoir survécu dans la définition du terme.

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Message Lun 20 Aoû 2012 - 20:41

Après presque un demi-siècle de vie Rennifer avait conscience de ne plus être un jeune homme, malgré ses entrainements quotidiens et rigoureux que son caractère entêté le poussait à s’infliger il se devait de reconnaitre qu’à chaque nouveau jour ses forces diminuaient, tout comme l’acuité de ses sens. Désormais il ressentait fréquemment des fourmis au bout des doigts et, l’avait-il remarqué avec colère, peinait à reconnaitre au toucher les entailles caractéristiques de la lance qui ne l’avait plus quitté depuis son premier adversaire abattu. Son ouïe commençait elle aussi à faire des siennes, il y a quelques décennies il se savait capable d’entendre un scorpion s’enterrer dans le sable à une dizaine de mètres, à présent ce genre de détails lui échappait petit à petit. Seule sa vue semblait épargnée par le cours du temps et c’était à son sens la moindre des choses puisqu’elle représentait son meilleur atout aussi bien en combat que pour s’orienter, lorsqu’il ne serait plus capable de prédire les mouvements d’un autre combattant en l’observant alors son ère serait révolue. Une telle chose ne se produirait pas cette nuit-là, ses yeux restaient rivés à ces traces à présent aussi précieuses pour un traqueur qu’une oasis pour le voyageur assoiffé, et comme il l’espérait ces empreintes ne devaient pas appartenir à une force qui les surpassait de beaucoup en nombre. Le plus pénible touchait à sa fin pour laisser place à la récompense recherchée par tout guerrier : l’opportunité de tuer ou d’être tué par l’un de ses semblables. Plus courroucé que ne le laissait deviner son expression neutre, le vieux Uller sentait sans peine la nervosité qui habitait ceux autour de lui, il s’agissait là d’une des étapes les plus importantes de leur transition entre le statut de simple recrue mal dégrossi et celui de membre de la garnison de Denfert reconnu par les siens. Certains devaient aussi craindre de rencontrer leur fin sous peu, et ceux-là mourraient probablement de cette appréhension qui diminuerait leurs réflexes, qu’importait, le combat écartait les faibles aussi efficacement que le désert ne le faisait. Comme il s’y attendait les sentiments de Daärim étaient tous autres, comme lui il se réjouissait de la mêlée à venir et puisait dans ses dernières réserves de patience au terme de cette infernale chevauchée, prouvant une fois encore son potentiel, tant il désirait faire preuve de ses talents martiaux. Rennifer n’avait que très peu d’amis, si peu que les doigts d’une main suffisait à les compter, même, et il ne doutait plus que le jeune Forrest finirait par en faire partie, peut-être pas de la même façon qu’avec Ygon Santagar, leur différence d’âge demeurait trop importante pour que des liens similaires ne se créent, mais comme un maitre d’armes et son disciple ou même un père de substitution à l’occasion.

Les premières silhouettes tant recherchées ne tardèrent plus à apparaître devant eux, d’abord de simples petites tâches puis des hommes en chair et en os occupés à s’invectiver les uns les autres en plein désarroi, leur proie disparue. A peine les premières têtes commencèrent-elles à se tourner dans leur direction pour réaliser avec effroi la dangerosité de leur situation qu’une flèche fusa et honora le désert du premier sang versé, conscients qu’une telle proximité rendait la fuite totalement impossible, les autres tentèrent de faire faire volte-face à leurs montures pour venir à leur rencontre. Ils n’y arriveraient pas, ils avaient manqué de prudence et négligé la surveillance de leurs arrières par excès de confiance à l’idée de mettre la main sur une victime facilement repérée, et voilà que la troupe des deux nobles venait les percuter avec toute la force de sa charge. Une fois assuré que son coursier était lancé à pleine vitesse et ne dévierait pas de sa trajectoire, le lancier lâcha complètement les brides pour empoigner son arme à deux mains et la tenir au-dessus de son épaule, son fidèle instrument n’avait pas été conçu pour le combat monté et peinait à fournir son plein potentiel entre les mains d’autre chose qu’un fantassin, il devrait donc faire en sorte que le plus gros de l’impact désarçonne son adversaire avant que la poussée inverse ne lui fasse lâcher prise. Comme le contaient les récits de bataille qu’il avait consultés dans la bibliothèque de la forteresse et comme le lui avait appris sa propre expérience, les hommes perdaient la notion du temps lorsqu’ils étaient plongés au plus gros des combats, emportés par leur fureur et des pensées primaires telles qu’ « avancer, frapper, tuer », et il ne fallut à Rennifer que quelques secondes pour rentrer à son tour dans cet état de transe sanguinaire où rien d’autre ne comptait à part lui-même.

La pointe de son arme vint cueillir un premier brigand en plein sur son flanc gauche et comme espéré l’homme bascula pour aller s’écraser à plat ventre sur le sable, malheureusement les deux chevaux entrèrent en collision et le Uller manqua de vider les étriers le temps de reprendre le contrôle, jurant à gorge déployée contre ce stupide animal incapable d’obéir correctement. Il ne prit pas la peine de voir comment s’en sortaient les autres, leur destin leur appartenait, et s’élança vers une nouvelle victime. Cette dernière lui donna plus de fil à retordre que son prédécesseur, maniant un genre de fauchon au métal terne, et réussit presque à passer sous sa garde avant d’être cognée à la tempe par le plat de la lance adverse, sonné il fut achevé proprement comme le méritait une vermine de son espèce. L’intensité des cris diminua, signe que l’escarmouche était presque terminée, Rennifer s’autorisa alors une évaluation rapide des forces en présence pour réaliser avec une légère surprise que les siens s’en étaient mieux sortis que ce qu’il avait escompté, le dernier ennemi tentait vainement de s’échapper alors qu’en plus de sa personne et de Daärim, trois soldats étaient toujours vivants et de toute évidence encore capables de combattre. Le Forrest vint le trouver avec des mots simples mais riches de sens sur leur réussite, il lui répondit d’un hochement de la tête pour marquer son approbation. Satisfait, il mit pied à terre pour faire quelques pas entre les dépouilles toutes récentes, bien sur presque aucun ne portait d’armure en dehors de quelques morceaux de cuir bouilli et épars, et beaucoup avaient cette corpulence maigre de ceux qui devaient vivre de peu, pas une victoire emplie de gloire mais tout de même le contentement de la fierté bafouée puis restaurée suite à une insulte aussi grotesque que celle-ci l’avait été. Peu de montures autres que les leurs n’avaient pas été blessées pendant cette rixe, et celles encore valides détalaient déjà de toute façon, le lancier ne donna pas l’ordre de les rattraper, plus il y aurait de traces contradictoires à suivre avant le lever du soleil, mieux ce serait. Il finit par s’asseoir en tailleur, le souffle encore lourd de l’effort fourni, puis dit :

« Ceux qui reviendront avec moi à Denfert intègreront définitivement la garnison, vous avez fait vos preuves et avez gagné le droit de servir votre seigneur jusqu’à la mort. Fouillez les corps, prenez leur eau et leur nourriture, nous repartons vers la Soufre au lever du soleil. Daärim, approche. »


Les coupe-jarrets du désert emportaient bien souvent plus de vivres que nécessaire avec eux, un examen rapide de ceux à terre lui assura que ce qui était autrefois leur suffirait à présent à la soldatesque pour rentrer sans faire de crochet par un autre point d’eau. Tous avaient été assez éprouvés pour cette fois, y compris le jeune Forrest, et il n’y avait donc plus lieu de poursuivre cette expédition. Lorsque ce dernier vint le trouver il lui parla aussi simplement que lors de leurs derniers échanges, comme si rien ne s’était passé entre temps malgré les nombreuses preuves du contraire qui jonchaient les dunes tout autour d’eux.

« Tu es le premier qui ne sert pas mon Lord de neveu à avoir survécu à cet entrainement au cœur du désert, j’espère que tu comprends pourquoi je persiste à y emmener nos hommes malgré les pertes que nous subissons à chaque fois. Ne t’y trompe pas, nous ne reverrons jamais aucun de ces éclaireurs qui ont failli en ne revenant pas vers nous, mais pas un instant je ne les regretterai. Ma Maison n’a pas besoin de faibles pour combattre en son nom, et elle est heureuse d’avoir des alliés de valeur comme ton père et toi. »


Ne voyant rien à rajouter Rennifer fouilla dans sa besace et reprit la mastication d’un morceau de viande séchée aussi coriace que devait l’être sa propre carcasse, il ne fit pas de remarque à propos de la blessure superficielle sur l’épaule de son jeune camarade mais en retira une certaine fierté en sachant que cette chair serait à jamais marquée par cette épreuve.
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Message Mar 21 Aoû 2012 - 11:58

Daärim se sentait encore frémir d'une adrénaline point encore évacuée et bouillonnant toujours dans ses veines. Le temps du combat passé lui paraissait désormais désuet et presque lointain. Les ennemis avaient été coriaces mais pris au dépourvus ce combat lui avait semblé plus facile que ceux de son imagination. Il n'était pas rassasié mais néanmoins, le poids de la victoire commençait à entraîner une exaltation non feinte de meurtres décuplés qui décoraient désormais la contrée sableuse. Il venait de vivre son premier combat de terrain. Des exercices quotidiens, des combats factices mais dotés de réelles épreuves, des assauts vaillants répétés pour prouver sa capacité, cela il en réalisait régulièrement, mais apporter réellement la mort, offrir d'une flèche bien placée de la victoire méritée à sa troupe, cela il n'avait jamais expérimenté jusqu'à présent. Grâce à son aîné, il ressentait ses premières ivresses belliqueuses. Celles qui vous confortent dans votre orientation, celles qui rappelèrent l'origine du désir d'être un homme de terrain et non un vulgaire noble. Son père représentait l'exemple type, Rennifer en était une autre, son combat lui indiquait que son chemin venait d'être approuvé avec hargne et détermination. Bien sûr, hériter du domaine aurait été une fierté qu'il aurait arborer avec puissance. Mais sa jumelle avait des qualités qu'ils savaient bénéfique à ce rang et la servir avec force était tout aussi important à ses yeux. Il était à l'effigie de sa maison qu'il en soit l'héritier direct ou non. Protéger l'héritière avait toujours été dans ses buts prioritaires. Ismaëlle n'avait pas connaissance de ce détail et ne voyait toujours qu'en lui le jeu de succession qu'il prenait plaisir à instaurer. Mais l'amusement n'était pas la réalité et la défendre ferait office de récompense quand elle accéderait à la suite de leur père. Il espérait que dans leur coeur jumeau, l'information avait été partagée. Le temps ne manquait guère pour le faire comprendre ultérieurement. En attendant, il profitait des dernières extases d'un combat rudement mené en réalisant objectivement le danger qu'avait été ses échanges forcenés. L'adrénaline avait oblitéré dans la démêlée la mort qui aurait pu être sienne, survivre n'était pas une option mais une obligation. Cette seule pensée trônait dans son esprit ne permettant pas davantage de réflexion. Mais sa volonté inébranlable n'aurait peut-être pas suffit et lui aussi aurait pu rejoindre la Mère Rivière en perdant sa jeune vie encore vierge d'expériences multiples. Mais il ne s'entraînait pas depuis son plus jeune âge pour mourir au premier combat. Celui-ci n'était qu'une prémisse d'autres à venir qu'il comptait mener et gagner avec fierté imposant le blason de sa maison, image de Dorne et de la force de son indépendance point encore acquise mais qui se devait de naître avant sa mort.

Descendant de sa monture, ne donnant aucun crédit aux meurtrissures de son corps, il s'attela à soigner sa bête alors que Rennifer prenait place. Fouillant dans les bagages minimes mais présents dont il avait du s'enquérir pour le départ, il prit un tissu qu'il abonda d'eau, celle-ci serait renouvelée par les denrées ennemies, et le passa afin de prémunir d'infections éventuelles sur les plaies superficielles mais néanmoins handicapantes si elles venaient à s'amplifier. Sentir la douleur de ses propres plaies servaient à rabaisser la croissance hormonale de son organisme et à apaiser ses pulsions guerrières. Le calme lentement reprenait le pas pour apaiser sa soif et la fatigue d'antan refit surface suggérant que le repos mérité antérieurement l'était davantage actuellement. Ecoutant les ordres assignées à la troupe, il surprit les derniers propos de lui intimer une autre démarche. Il avait cru comprendre également dans les propos précédents que leur périple prenait fin et que la prochaine étape serait un retour en milieu plus hospitalier. Abandonnant pour l'instant son destrier après quelques flatteries légères, il vint prendre place au côté de son aîné en l'observant de ses yeux désormais habitués à la noirceur étoilée de la nuit. Il décela pour la première fois chez le dornien une fatigue liée à l'âge après des extravagances meurtrières. Cela ajouta de l'admiration pour cet homme qui malgré les conditions et les contraintes d'une expérience riche mais dotée d'un prix, il arrivait encore à combattre avec autant de ferveur et d'application. Ce modèle de fermeté dans la difficulté ne faisait qu'en rajouter au respect déjà immense qu'il instituait à ce monument humain. Les paroles formulées l'emplirent de dignité. C'était une preuve de sa bravoure et d'un combat bien mené et il sentit dans cette diatribe le contentement de Rennifer de l'avoir vu survivre et s'en sortir de cette manière. Rien ne pouvait lui apporter plus d'épanouissement que de tels compliments venant d'un aîné qui n'offrait guère facilement des marques élogieuses.

"Ce n'est pas à moi qu'il vous faut expliquer les bienfaits d'un tel entraînement. Sachez que je ressens encore l'honneur de cet accompagnement que vous m'avez permis de vivre à vos côtés. Dorne ne doit pas reposer sur ses acquis et ces périples ne peuvent qu'octroyer force et courage aux troupes qui sont censées nous défendre et représenter notre contrée. Vous m'avez offert mon premier combat dans la réalité qui est la notre et même si votre but n'était nul autre que de me confronter à vos exigences pour veiller à m'évaluer, je vous remercie grandement, Rennifer. Vos propos sont pour moi un soutien sans pareille et croyez bien que vous pourrez toujours compter sur ma personne et bien sûr celle de mon père pour faire échos à vos principes."

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce périple d'une semaine lui avait fourni une maturité qui dormait en lui et n'attendait que le moment opportun pour s'épanouir et grandir dans les prémisses de la vie adulte. La confiance qu'il venait d'acquérir dans ce combat lui était parfaitement bénéfique et les sensations qui encore parcouraient chaque partie de son échine investiguaient le besoin de travailler davantage dans une voie qu'il avait en réalité déjà choisie. Ses techniques étaient bonnes, ses manoeuvres adéquates mais il devait peaufiner encore ses capacités car ce combat n'était pas le plus dangereux qu'il aurait à mener. Il était la génération qui reprendrait la suite et honorer son père et Rennifer se devaient d'être une de ses priorités dans ses limbes cognitives. Sa vigueur et sa volonté atteignaient leur paroxysme et il était peu probable que cela change dans l'immédiat. Après un instant de silence à contempler la troupe affairée autour des cadavres semés de par et d'autres, il ne put retenir cette tirade brève mais sincère qui n'était en rien une marque hypocrite ni même une quête de faveur.

"J'aurais été particulièrement fier de guerroyer à vos côtés si je n'avais pas ma propre maison à honorer."

Mais pour être sûr que cela ne soit pas perçu défavorablement, il ne s'y attarda guère et emmena les propos suivant vers un autre volet des dires que son aîné avait formulés un peu plus tôt.

"Alors notre voyage se clôture ici ?"

La sensation étrange qui le parcourut entraîna presque une nostalgie alors que le voyage n'était pas encore à son terme. Le retour étant imminent, la fin approchait forcément grandement. Il s'étonnait à percevoir l'envie d'une éventuelle suite, mais les preuves et les épreuves avaient été fournies comme promis et maintenant il se devait de retourner reprendre son rang de noble et de parfaire ses capacités guerrières pour se montrer plus fort encore par la suite. Des obligations l'attendaient dans sa maison : il devait s'occuper des ses rapaces qui attendaient son retour tout comme son homonyme privilégié qu'était Dashkar ; sa jumelle également devait être surveillée et protégée car cette donzelle avait tendance à agir comme la souris qui danse en l'absence du chat recadré constamment mais malgré leurs disputes récurrentes il adorait ça ; et sa fratrie de manière générale avait besoin de lui, aîné mais pas totalement il prenait ce rôle très à coeur et s'évertuait à offrir les mêmes chances à ses cadets. Mais ce dépaysement avait été bénéfique et s'en passer aussi rapidement le décevait légèrement. Il ne put pour la cause se priver d'une demande qui venait de prendre forme dans son esprit et dont il espérait une réponse favorable. Tournant son faciès vers Rennifer, il prit la parole avec assurance étant prêt à accepter un refus mais préférant de loin montrer une détermination octroyant une acceptation.

"Rennifer, accepteriez-vous par des échanges réguliers de parfaire mon éducation guerrière ?" Il marqua une pause avant de reprendre "Je ne sais que trop que votre temps n'est pas libre à souhait néanmoins j'ai appris en cette semaine bien davantage qu'en plusieurs années d'intenses pratiques. La fin de votre éducation à mon égard n'est pour moi pas actuelle et le pressentiment d'une connaissance infinie émanant de votre enseignement m'octroie l'effronterie de vous quémander un peu de votre temps."

Il ne pouvait savoir si sa formulation serait perçue comme sincère et non flatteuse. Néanmoins il espérait que le sérieux et le ton qu'il avait employés offriraient à Rennifer la certitude d'un besoin réel d'apprendre et une volonté claire de s'investir à outrance quitte à dépasser ses limites comme il l'avait réalisé durant cette semaine de pratique et d'adaptation.

"Il est évident que si vous acceptez je me déplacerai par le désert jusqu'à votre maison. Je respecterai votre enseignement et j'appliquerai vos exigences."

Il voulait mettre toutes les chances de son côté pour obtenir une réponse favorable. il savait que son père n'aurait aucun désaccord à se voir profiter des capacités en vigueur de son aîné. De toute manière, même si ça avait été le cas, il ne serait guère revenu sur sa demande et n'aurait permis à son paternel de refuser son souhait qui au final ne le regardait point et correspondait au choix qu'il réalisait lui-même pour sa propre évolution. Mais la finalité n'attendait que les paroles du dornien pour obtenir ou non satisfaction.
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Message Sam 25 Aoû 2012 - 20:39

Dans la bouche de n’importe quelle personne n’étant pas de son sang Rennifer se serait méfié de tels mots, derrière une reconnaissance et un respect apparents pouvait aisément se dissimuler une grossière flatterie ne visant qu’à s’attirer ses bonnes grâces. Certains de ses soldats s’étaient déjà risqués à ce jeu-là, avides de gagner en prestige ou en influence au sein de la garnison au point d’espérer obtenir par de simples paroles désuètes ce qui devait se mériter avec une grande quantité de sueur et de sang. Pourtant, à aucun moment il ne douta de la sincérité du Forrest, il était inconcevable qu’un jeune guerrier si prometteur puisse avoir la langue remplie d’un fiel assez puissant pour endormir sa vigilance, et si il arrivait que les enfants s’éloignent de leur héritage, celui dans lequel Daärim avait toujours baigné suffisait presque à justifier cette confiance. Il y a longtemps, lors de son passage à Accalmie où il avait participé à ce tournoi si frustrant puisque l’évènement venait confirmer ces temps de prétendue paix entre Dorne et le reste de Westeros, Rennifer avait entendu bon nombre de vantards se répandre en formules creuses, criant haut et fort que leurs vœux garantissaient aux chevaliers une fraternité éternelle et infaillible qu’un reître ne comprendrait jamais. Bah ! Foutaises ! Brasser de l’air est aisé, mais risquer sa propre vie aux côtés de ses camarades représente le seul et véritable moyen de tester ces beaux serments, le jeune noble avait affronté un ennemi commun aux côtés du vieux lancier sans douter un seul instant, voilà ce qui suffisait à créer des liens aussi solides que des chaines de bronze. Cela ne voulait pas dire pour autant qu’il baisserait à jamais sa garde en sa présence, bien au contraire, à présent il revenait au Uller de veiller à ce que tout ce potentiel ne se gâte pas au contact des autres nobles ramollis ou des traditions faiblardes d’au-delà des Marches, qu’une telle chose se produise l’étonnerait, mais l’espoir aveugle ne suffirait pas à garantir une génération valable pour conserver la fierté Dornienne.

« La partie la plus difficile, du moins, ce qui nous attend est un sentier tout tracé longeant notre rivière. N’importe quel voyageur en est capable, cela ne devrait pas être trop difficile pour nous. » Il désigna d’un mouvement de la tête une dépouille non loin, songeant brièvement au fait que d’ici quelques jours plus rien ne témoignerait de sa présence sous le sable. « Nous ne risquerons pas d’en croiser d’autres dans ce genre-là, les brigands s’en prennent plus souvent aux nomades du désert qui préfèrent vivre éloignés de notre influence. A cause de cela, pour chaque vermine éliminée nous augmentons le tribut qui leur est demandé, un jour ils apprendront peut-être à se défendre seuls au lieu d’attendre que nous le fassions à leur place, ou bien ils reviendront pour de bon vers nous, va savoir. » Une courte pause. « Tu as soutenu notre Maison à chaque flèche décochée, mon garçon. »

Dans le tumulte de la bataille et de la poussière soulevée de nombreux grains s’étaient insinués dans ses vêtements et son paquetage, sa viande crissait désagréablement sous la dent et laissait un arrière-gout horrible sur la langue, détail dont il ne se préoccupa guère lorsqu’il prit pleinement conscience de la demande qui lui était adressé. La formulation était humble, claire quant à la compréhension de l’engagement requis en cas de réponse positive, et sans doute permis tout ce qu’il y a de plus sérieuse. Rennifer hésita un instant, bientôt sa propre fille serait en âge pour recevoir une formation bien plus corsée que la simple observation distante dont il se contentait pour l’heure, aurait-il suffisamment de temps à accorder à un autre ? Il y avait aussi la garnison, Luan commençait enfin à concéder des dépenses supplémentaires pour renforcer les effectifs, et bientôt ses hommes dépasseraient les cent individus, cent paires de bras à faire s’exercer continuellement pour qu’elles restent au meilleur de leurs capacités, un tel nombre lui aurait donné le vertige lors de sa jeunesse. Plus que de simples enrôlés, le Uller mettait un point d’honneur à traiter les troupes sous sa responsabilité avec la même fermeté que son Lord exerçait sur ses sujets, chez eux la faiblesse demeurait la pire tare possible après la désobéissance. Si peu de temps à accorder à cause d’une mission perpétuelle, tant pis, il s’en arrangerait ! Autant abandonner son nom si l’on n’est pas capable d’assister un estimé compatriote dans son apprentissage, son savoir sur l’art de tuer ne devrait pas s’éteindre avec lui mais au contraire se diffuser jusqu’aux confins de leurs contrées désertiques, que ceux qui en soient dignes deviennent aptes à arracher les cœurs du Bief et des Terres de l’orage incarnés dans leurs lâches seigneurs, et qu’ils puissent amener la preuve sanglante de leur triomphe jusqu’aux pieds du Prince à Lancehélion !

« Ta requête me couterait beaucoup si je te considérais comme indigne de mon enseignement, car il m’est impossible de la refuser dans ces conditions, ce serait bafouer ma fierté. Heureusement tel n’est pas le cas, chaque fois que tu viendras à moi en traversant le désert depuis tes montagnes, les portes de notre demeure te seront ouvertes et je t’entrainerai. Ne crois pas que je montrerai plus tendre que je ne l’ai été durant cette semaine, ce seront de nouvelles cicatrices qui te pousseront à t’améliorer, et non une tape réconfortante sur l’épaule à chaque échec. Sache aussi que je ne t’apprendrai qu’à utiliser la lance à deux mains, tu n’as pas besoin d’un bouclier quand ton adversaire n’arrive pas à t’atteindre, de même tu poursuivras ta formation à l’arc sans mon aide, je ne tue qu’en voyant le blanc des yeux de celui face à moi. »

Les trois autres méritants s’affairaient autour d’eux, toujours nerveux alors que la tension du combat n’était pas tout à fait retombée, leurs mains fiévreuses s’emparaient de tout ce qu’elles jugeaient utiles à leur trajet de retour : outres d’eau, galettes rassies, et quelques babioles dont une broche avec une minuscule pierre précieuse en son centre, pour le plus chanceux du lot. Beaucoup de choses étaient racontées sur le compte de sa Maison, notamment le célèbre proverbe affirmant que presque tous les siens, lui y compris, étaient fous à lier, et un autre dicton, davantage une plaisanterie qui restait circonscrite aux environs de Denfert, ajoutait que tout ceux à partir dans le désert avec un Uller en revenaient aussi peu sains d’esprit que lui. Il y avait une part de vrai là-dedans, lors de ces expéditions de jeunes hommes, et un certain nombre de femmes toutes aussi méritantes, voyaient leurs rêves et une large part de ce qu’ils étaient disparaitre dans un tumulte de sang et de sable jusqu’à ce qu’il ne reste que le devoir et la haine. A en voir leurs yeux écarquillés et leur gestuelle de meurtriers méfiants qu’ils ne se connaissaient probablement pas encore, il ne faisait aucun doute que ce trio-là viendrait confirmer ces mots sitôt de retour derrière les murs de la forteresse. Brisés mais utiles, voilà le mieux qu’il pouvait retirer de personnes du commun, le Forrest donnerait un tout autre résultat.

« Il nous reste peu de temps avant les premiers rayons, prends du repos, je veillerai. L’odeur du sang m’interdit déjà tout sommeil, de toute façon, et je refuse de remettre dans leurs étriers ceux qui tomberont de leur selle après s’être endormis en pleine chevauchée demain. »

Le cœur du désert dornien, il se tenait au centre de son pays adoré dont il ne se lassait pas de voir les étoiles dans un ciel où aucun nuage ne venait souiller le spectacle par sa présence. Son dos le lançait plus que jamais, ses cuisses étaient pleines de courbatures, comme bon nombre de ses muscles à vrai dire, et pourtant alors qu’un énième vent froid venait lui fouetter le visage et le forçait à retenir un frisson, il se sentait léger.


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Du sable, du sable, et encore du sable - Daärim Forrest

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