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Le ver est dans le fruit.

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Message Mar 17 Juil 2012 - 20:50


Le mariage entre le Lion et la Rose était terminé et déjà certains invités quittaient le faste du château de lierre pour rejoindre le confort de leurs demeures respectives. Les invités de marque et les personnages clés de la grande alliance qui se travaillait entre les murs des salles de guerre étaient invités à séjourner quelques temps de plus mais les stigmates des festivités, majestueuses bien que raisonnables, s’effaçaient petit à petit sous les mains besogneuses et affairées des serviteurs du château chargés de laver, nettoyer, astiquer chaque recoin de Hautjardin pour effacer toute trace du désordre occasionné par la fête. Tristan se sentait bien peu concerné par tout ce tumulte. Lui avait joué son rôle jusqu’au bout au grand soulagement de sa famille. Il avait senti jusqu’à la prononciation des vœux des regards de l’assistance s’appuyer sur sa nuque, espérant sans doute un virement de situation, une nouvelle bourde, un énième scandale de la part de l’héritier de Hautjardin qui, non content d’avoir entaché son mariage de rumeurs indélébiles, aurait poussé l’humiliation jusqu’à quitter sa future au pied de l’autel. Mais il n’en fut rien, Tristan mit un point d’honneur à présenter un visage irréprochable lors de ses noces et s’est appliqué à faire ce que l’on attendait de lui. C’était plus compliqué qu’il n’y paraissait de rester de marbre face à certains convives dont l’hilarité et les regards lourds de sens ne laissaient pas grand doute sur ce qu’ils pensaient de ce mariage. Il espérait avoir ainsi montré sa bonne volonté et gagné quelques points vers le retour en grâce qu’il appelait de tous ses vœux. L’exigence de son père qu’il assiste aux conseils restreints avec Jasper Arryn, Tybolt et Maura Lannister était un premier signe positif dans la reconquête de la confiance de Leo. De son côté, Tristan mûrissait des idées pour se mettre au mieux au service de son seigneur et père et contrairement à d’habitude, il attendrait une entrevue avec lui pour lui exposer le fruit de ses réflexions plutôt que d’agir de son côté et de mettre toute sa famille devant le fait accompli. Mais pour l’heure, son père avait été bien trop occupé pour lui réserver une fraction de son temps. Si Tristan avait apporté sa pierre à l’édifice de l’alliance envisagée par Leo, ce dernier avait encore beaucoup de travail pour faire coïncider tout à fait les pièces de ce puzzle complexe.

Profitant d’un moment de calme, Tristan quitta l’atmosphère confinée du château pour profiter du grand air de fin d’après-midi balayant les allées verdoyantes de Hautjardin. S’arrêtant pour saluer un groupe de nobles dames invitées au mariage sans s’appesantir pour ne pas interrompre le récital d’un jeune ménestrel prometteur entonnant des refrains remaniés de « la Rose d’Or », Tristan aperçut son oncle Darion descendant les marches du parvis devant le septuaire et décida d’aller à la rencontre de son professeur.


« Bonjour, mon Oncle. C’est étonnant de te voir sortir du septuaire. Je ne te connaissais pas ce goût pour la foi. »
« Tristan, j’imagine que mes conseils ne sauront te convaincre de quoi que ce soit, comme cela a souvent été le cas par le passé mais voici comment je vois les choses. En matière de religion, que l’on soit croyant ou que l’on soit sceptique, je pense qu’il est inconsidéré de cracher ouvertement à la face des Sept de façon éhontée que ce soit par ses paroles ou son comportement. Pour ma part, j’estime qu’en ces temps de trouble et avec la menace Fer-Née sur nos côtes, il faut mettre toutes les chances de notre côté. Si jamais l’envie te prenait, une offrande au Guerrier serait la bienvenue, si ce n’est pas trop te demander. »

Le ton de Darion était resté courtois tout du long mais son regard ne trompait pas. Il était loin le temps où Darion donnait des ordres à son neveu et lui disait quoi faire. Depuis le jour de l’adoubement de Tristan, il ne s’était plus contenté que d’exprimer son point de vue et distiller ses conseils. Mais pour le coup, ce discours moralisateur était plus pénible à endurer que la plus pénible des punitions. Devant le silence de Tristan, Darion rebondit sur un autre sujet qui fâche.
« As-tu eu l’occasion de discuter avec ta mère depuis le mariage ? Je crois qu’elle se sent bien seule ces derniers temps et que s’entretenir avec son fils aîné pourrait lui apporter quelque réconfort. »
« Non, pas vraiment, j’ai été très occupé ces derniers jours. Entre les festivités et les conseils de guerre auxquels Père a tenu à me faire assister, je n’ai pas eu une seconde à moi. »
« Si jamais tu la cherches, elle se trouve au septuaire. Je l’y vois très souvent en sortir ces derniers temps, et tu sais ce que ça signifie lorsque ta mère va prier aussi souvent… Ca veut dire qu’elle en a gros sur le cœur et la conscience et je pense que tu peux imaginer quel genre de chagrin lui pèse sur les épaules en ce moment. »

Darion n’attendit pas la réponse de son neveu, qui ne savait que trop répondre de toute façon, pour s’éloigner et laisser Tristan prendre la mesure de ce qu’il venait de lui dire. Il mit quelques instants à digérer les paroles de son oncle qui avait tout juste camouflé l’avalanche de reproches qu’il venait de lui servir. Venant de son oncle, il se serait attendu à une attitude plus clémente mais cela finissait de le convaincre qu’il s’était mis à dos toute sa famille et qu’il restait certains membres qui ne lui avaient pas encore manifesté leur réprobation. Tristan connaissait la querelle entre ses parents mais il n’avait pas ignoré non plus les regards que sa mère lui lançait durant le banquet du mariage. Ce regard bien particulier en forme de blessure bien recouverte par le pansement de l’élégance et de la dignité, Tristan le connaissait entre mille. Agrémenté d’un sourire de convenance, il donnait le change à l’observateur lambda mais le fils connaissait trop sa mère pour se laisser flouer.

Une fois n’est pas coutume, Tristan pénétra par la grande porte du septuaire. Entrer dans un tel lieu de son plein gré et non contraint et forcé par une quelconque cérémonie protocolaire lui faisait l’effet d’une petite violence. Il avait l’impression de ne pas être à sa place, et les visages des Sept alignés chacun à leur autel lui donnaient l’impression d’être observé, jugé et de raviver chacune des erreurs de son passé. Une fois cette première impression dissipée, Tristan fut saisi par la solennité du lieu heptagonal construit de pierre blanche. Les longues fenêtres baignaient le lieu saint de lumière se reflétant sur la surface nacrée des autels et des longs vases emplis de fleurs d’automne fraichement cueillies, rappelant la région dans laquelle on se trouvait. Sans grande surprise, Tristan aperçut sa mère assise sur un banc de pierre blanche en face de l’autel consacré à la Mère. Priait-elle pour le salut des fils du Bief qui s’engageraient prochainement dans les conflits armés contre les Fer-Nés ? Priait-elle pour l’honneur bafoué de sa bru ayant épousé un chevalier adultère ? Priait-elle pour son propre sentiment de culpabilité d’avoir échoué en tant que mère à élever un digne successeur à son époux ? Etait-ce un peu des trois ? Il était louable de la part de sa mère de chercher à retrouver une tranquillité d’esprit par le biais de la prière et de l’élévation spirituelle, par le pardon et la transcendance des sentiments terrestres qui lui étreignaient le cœur. Mais Tristan comprenait qu’il lui fallait offrir à sa mère une autre façon d’exorciser la colère et la rancœur qu’elle pouvait ressentir. Il s’était décidé à venir lui parler pour lui permettre d’évacuer ses reproches, chemin nécessaire pour l’orienter vers le pardon. Mais Jeanne était une femme élégante et distinguée, tout le contraire de sa belle-mère Amélia qui aurait sauté sur une telle occasion pour déverser toute sa désapprobation sur son petit-fils. Tristan n’était pas persuadé que sa mère soit du genre à laisser exploser le fond de sa pensée. Il s’assit à côté d’elle, l’observant du coin de l’œil, les yeux clos, la tête baissée et les lèvres articulant des prières intérieures. Il fit remarquer sa présence en prenant l’édition de l’Etoile à Sept Branches posée à la gauche de sa mère et en feuilletant le livre sacré. Passé l’effet de surprise, Tristan articula les quelques phrases qu’il avait préparé en chemin pour exprimer au mieux ce qu’il pensait.


« Mère, j’imagine que le flot continu des rumeurs n’a pas pu épargner vos oreilles durant le mariage. Je regrette que vous ayez appris mes frasques de cette façon et je comprends tout à fait toute la colère que vous pourriez ressentir. Je ne m’attends pas à ce que vous pardonniez ma conduite, néanmoins je tiens tout de même à m’excuser auprès de vous pour le tort que je vous ai fait. »

Spoiler:
 


Dernière édition par Tristan Tyrell le Mer 15 Aoû 2012 - 22:55, édité 6 fois
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Message Mar 24 Juil 2012 - 20:10

Jeanne avait toujours été une fervente croyante et une Dame très pieuse qui s’était toujours fait un point d’honneur de respecter à la lettre tous les préceptes de la foi des Sept. Elle allait prier au moins une fois par jour, faisait la charité et avait tant bien que mal de transmettre cela à ses chers enfants. Seulement que pouvait elle leur transmettre, en passant aussi peu de temps avec eux, en tout cas les deux plus âgés, qui lui avaient été arrachés très tôt et pour Tristan, envoyé faire ses classes le plus loin possible d’elle avec son oncle. Elle regrettait de ne pas avoir été plus présente, peut-être aurait-elle dû s’opposer à Amélia sur ce point et certainement sur d’autres, mais maintenant, le mal était fait. Son fils, son ainé, l’hériter de Hautjardin, n’était pas devenu l’homme qu’elle aurait voulut qu’il soit et malgré le fait qu’elle n’y soit finalement pas pour grand-chose, vue le peu de place qu’elle avait eut dans son éducation, on n’avait pas tardé à l’en blâmer, la vieille mégère en premier. Désormais c’était devant les Dieux qu’elle demandait le pardon pour ses erreurs et des conseils pour la suite, devant les Dieux aussi qu’elle priait pour que la paix revienne en son fief comme en sa demeure. Car si elle priait régulièrement depuis toujours, ses attributions de Dame de Hautjardin ne lui permettaient pas de passer ses journées aux Septuaire. Mais comme désormais, elle n’avait plus le droit de s’occuper de qui que se soit ici, elle y passait ses journées, et parfois même ses nuits puisqu’elle n’avait plus personne pour honorer sa couche. Elle n’en sortait que pour manger, seule la plupart du temps et parfois en compagnie de ses Dames de compagnie lorsqu’elle se sentait la force de supporter leurs piailleries. Plus souvent en compagnie du mestre à qui elle demandait aussi conseil, ou encore pour dormir, ou consulter un ouvrage de la bibliothèque.

Jamais elle ne s’était sentie si inutile. Seule oui, seule elle l’avait déjà été, son époux parti en campagne et sa maison vidée de ses amours, Amélia et ses Dames pour seule distraction, bien piètre distraction, amère distraction. Mais elle avait toujours été une maitresse de maison irréprochable, commandant les intendants et les domestiques avec autorité et tact, visitant et invitant les épouses des vassaux. Elle écrivait de nombreuses missives pour celles et ceux qui, trop occupés ou trop éloignés du blanc château ne pouvaient venir ainsi que pour prendre des nouvelles des grandes familles de Westeros ou des cousins proches ou éloignés. Elle entretenait les relations de la maison Tyrell avec douceur et attention et prenait soin de ses gens et de son peuple autant que possible. Voila ce qu’était la Dam de Hautjardin avant que son époux cesse de lui faire confiance et de lui parler et ne lui retire ces attributions, et la voila qui, coupée dans son élan de perfection, n’osait plus rien faire d’autre que de prier. Combien de prière faudrait-il encore pour que Leo lui pardonne ses paroles déplacés sur les Dorniens ? Combien encore de prières pour que les Fer-Nés cessent de fouler au pied la Paix du Roi ? Combien de prières pour que son fils devienne digne de son nom et de son héritage ? Jeanne avait l’impression d’être d’avantage à sa place au sein du septuaire que dans sa propre demeure et aux cotés de son seigneur et maitre. Elle aurait prit le voile si Leo le lui avait demandé, et avec plaisir en plus, mais il refusait de lui adresser la parole.

A genoux devant la mère, Jeanne priait en silence, yeux mi-clos et mains jointes, son âme et tout son amour dirigé vers son fils et sa toute nouvelle bru. Espérant et suppliant les Dieux de faire de ce mariage une union heureuse et prolifique autant pour les futurs héritiers de Haurjardin que pour la maison Tyrell et les alliances potentielles que l’alliance de deux des maisons suzeraines de Westeros avait entrouvertes et qui restait à faire fructifier. Elle avait dors et déjà demandé au guerrier et au ferrant d’aider roturiers et vassaux à faire face à la menace Fer-Né, puis elle avait demandé au père et à l’aïeule d’aider son fils à retrouver le droit chemin de la chevalerie et de ne jamais quitter celui de la fidélité maintenant qu’il était marié et de l’aider elle à retrouver le cœur de Leo et les mots pour mieux conseiller ses enfants. Elle avait aussi prié la jouvencelle de le garder du déshonneur d’un bâtard qui aurait très certainement pour conséquence un incident diplomatique catastrophique entre la Rose et le Lion. Adultère il ne l’avait pas été, pas qu’elle sache, enfin tout dépend comment on prenait la chose, mais pour tromper sa femme, il fallait être marié, et pas uniquement promis. Elle espérait bien qu’il ne le serait jamais car les relations avec le Roc étaient déjà bien assez tendues comme cela, pour éviter ce genre de problèmes, déjà que sa ruse de se mêler anonymement à l’escorte de sa promise avait été plutôt mal prise. Mais elle avait eut la naïveté de croire qu’il n’avait jamais touché une fille avant sa nuit de noces, or elle avait appris le jour des épousailles qu’il n’en était rien et qu’une bonne partie des servantes du château étaient passées à la casserole.

N’ayant pas remarqué la présence de son fils, juste entendu résonner quelques pas dans la sérénité des lieux baigné d’une lumière mystique, elle ne leva la tête vers lui que lorsqu’elle entendit qu’on prenait le livre qu’elle avait posé sur le banc près d’elle et qu’on le feuilletait. Elle ne put sourire, trop peinée et outragée par ce qui s’était passé durant la cérémonie et le banquet et ce même s’il était loin d’être le seul responsable. Elle réservait ses sourires aux invités, mais elle ne se sentait pas obligée d’afficher son masque de suzeraine pour son fils. Elle écouta son fils attentivement, se leva et épousseta sa robe avant de répondre calmement avec une pointe de mélancolie maternelle dans le regard.

« Je ne ressens aucune colère Tristan, juste une grande tristesse et une grande déception de ne pas avoir su te guider dans les pas de ton père et au delà. » Ne l’oublions pas, le père en question n’était pas tout blanc puisqu’il avait pris sa promise avant la nuit de noces, quand au fils, il saurait lire entre les lignes et elle ne voulait pas l’accabler, ne sachant que trop bien que, déjà, Leo, Amélia et même Lord Tybolt, Lady Maura et sa propre épouse avaient tous les yeux braqués sur lui pour guetter le moindre faux pas. « J’ai toujours pensé t’avoir montré que je serais toujours disponible pour toi, et me voila contrainte de constater qu’en réalité je ne te connais pas. J’apprends des choses le jour de tes noces, et me voila mise devant le fait accomplis, et prise pour une idiote par la famille entière. Mais tu vois, ça n’est rien, je peux le supporter tant que cela reste dans notre maison et que j’en suis la seule victime. Seulement la honte et le déshonneur ne sont pas permis pour un futur Lord Suzerain, ta conduite doit être exemplaire, toujours, et pour que la paix règne avec les Lannister, tu sais que tu n’auras pas droit à une deuxième chance. »

Sans y prendre garde, elle était peu à peu passé d’un ton de mère accablée à un ton de suzeraine assurée, mais toujours transparaissait une pointe de rancœur dans ses mots, pas contre son fils mais contre sa belle mère et de plus en plus contre son époux. Elle sourit et passa une main sur la joue de son fils avant de reprendre avec tendresse.

« Je t’aime de tout mon cœur, tu ne l’ignore pas, mais même si tu es mon fils chéri, je n’oublie pas que tu es aussi l’hériter de Hautjardin et que tu dois te conduire comme tel sans quoi tu perdras tes plus précieux alliés à commencé par ton père. En tant que fils, lui comme moi, nous t’aimerons toujours, mais en tant que futur Lord, tu ne dois pas perdre de vue que pour obtenir l’obéissance et la loyauté de tes vassaux tu dois avant tout gagner leur respect en te montrant sage et intelligent que se soit dans tes décisions ou dans ton comportement. »

Elle soupira, il devait déjà avoir eut son lot de reproches et de discours moralisateurs, inutile d’en rajouter encore. Elle voulait lui faire comprendre que ce qu’il avait fait aurait pu avoir des conséquences bien plus graves si le Long Dard n’avait pas pris les chose sen mains tout de suite et si Tybolt avait découvert le pot aux roses, mais le fait qu’il vienne s’excuser n’était il pas la preuve qu’il avait compris ? Et tellement bien compris qu’il avait aussi vu que l’erreur du fils avait fait beaucoup de tort à la mère ? Elle le prit par les épaules le plus fermement possible pour une dame de son rang.

« J’ai toujours voulut le meilleur pour toi, je pensais que ma présence et mes conseils étaient inutiles, c’est pour cela que je ne me suis pas immiscée dans ton éducation. Je constate aujourd’hui que j’ai fait une erreur, j’espère que tu me pardonneras pour cela. En tout cas, je serais toujours là pour te conseiller, et ton père encore plus. Il vaut mieux passer pour un idiot auprès de lui et apprendre de sa longue expérience du pouvoir plutôt que de te décrédibiliser auprès d’un noble d’une autre famille en croyant tout savoir. »

Elle lui présenta son bras pour qu’il le prenne et commença à se diriger vers la sortie avant de lever de nouveau le regard vers lui et de dire avec un doux sourire :

« Néanmoins, tes excuses sont les bienvenues et me réchauffent le cœur en ces temps difficiles. Je les accepte volontiers et je prends ce premier pas comme une manière de me dire que désormais tu feras en sorte d’honorer ton nom. Ais-je tort ? »

Une fois hors du Septuaire et assez loin dans les jardins pour éviter les oreilles indiscrètes, Jeanne reprit sur un ton faussement détaché.

« Dis-moi, quel est ton sentiment à propos d’Aliénor. Moi je l’ai trouvé absolument magnifique et tout à fait à la hauteur de la tache qui sera la sienne, j’espère ne pas me tromper, mais j’aimerais avoir tes impressions. »
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Message Dim 12 Aoû 2012 - 2:18

     Tristan écoutait attentivement ce que lui disait sa mère pour tenter de déceler le fond du message que Jeanne lui adressait. Ils étaient dans un septuaire, un lieu de prières et où toutes les confidences se faisaient en silence, de l’esprit des croyants adressés directement aux Dieux, et comme tout lieu ouvert au public, c’était le dernier endroit pour s’entretenir d’affaires capitales. Les murs ont des oreilles, même ceux des septuaires aussi blancs et immaculés soient-ils. Tristan le comprenait bien et essayait de lire entre les lignes et néanmoins, ce qu’il entendait n’excédait ni ses craintes, ni ses espérances. Tristan s’attendait à une gifle, des cris, une colère froide, des reproches, l’un des quatre ou les quatre ensembles… Mais c’était Jeanne qui se tenait devant lui, pas Amélia. Deux femmes bien différentes, deux styles antagonistes en tout point, partageant les mêmes objectifs mais se divisant sur la façon d’y parvenir. Tristan imaginait sans peine la même conversation avec sa grand-mère. Pour commencer, Amélia aurait fait mine de l’ignorer et aurait posé ce regard d’indifférence froide que Tristan surprenait chez sa grand-mère les rares fois où leurs regards s’étaient croisés durant ces dernières semaines. Après de longues minutes, elle aurait rompu le silence d’un monologue où chaque mot, chaque phrase aurait été savamment soupesé et agencé pour couper à jamais toute envie à son petit-fils de fouler au pied l’honneur de sa famille comme il a pu le faire par le passé. Jeanne préférait la manière douce et pourtant, ses paroles plongeaient Tristan dans l’embarras bien plus que tout ce qu’aurait pu lui dire sa grand-mère. A bien y réfléchir, Jeanne s’était toujours comportée de cette façon face aux dérapages de son fils : son mécontentement et ses remontrances étaient toujours affaiblis par son bon cœur et sa nature indulgente. Enfant, sa mère lui trouvait des excuses et cherchait à minimiser l’impact de ses écarts. Qu’il brise un vase et c’était la faute à celui qui l’avait placé là. Qu’il bouscule une servante et elle n’avait qu’à pas se trouver là. Peut-être était-ce une façon de ne pas en rajouter sur les punitions qui ne tarderaient pas à tomber de la part de son père ou de sa grand-mère.

   Jeanne venait de découvrir que Tristan avait non seulement couché dans d’autres draps et visité tous les placards à balai du château, la plupart du temps accompagné, mais en plus s’en était caché et elle ne ressentait pas de colère, l’excusait, s’en sentait elle-même coupable et lui priait d’accepter ses excuses et l’expression de son amour maternel. Avait-elle servi le même discours à son mari lors de leur conflit, quel qu’il puisse être ? Si tel était le cas, il semblerait que cette réponse n’ait pas plus convenu à son père qu’à lui-même. Tristan se sentait mal à l’aise face à cette posture que lui affichait sa mère et surtout il n’en croyait pas un mot. Ce ne pouvait être là tout ce qu’elle ressentait, Jeanne devait avoir au fond d’elle l’envie de s’affranchir de toute responsabilité dans le sabordage de son fils mais deux décennies en tant que Dame de Hautjardin devaient étouffer toute la spontanéité et les élans instinctifs qu’une femme pouvait ressentir pour le cacher derrière un masque de convenance et de bonnes manières. C’était à la fois regrettable et une incroyable force. Malgré toutes les difficultés traversées, Jeanne apparaissait aux yeux du monde aussi sublime que d’ordinaire comme si de rien n’était. Cette faculté à faire abstraction des souffrances du quotidien, le conflit avec son époux, la disgrâce de son fils, la cohabitation avec une belle-mère qui ne lui passait rien, était admirable mais jusqu’à quand pourrait-elle tenir sans exploser ? Avait-elle seulement une oreille attentive à laquelle confier sa détresse et son chagrin ?


   « Mère, je vous en prie, vous n’avez pas à vous excuser de quoi que ce soit. Je sais bien qu’à vos yeux, je serai toujours un enfant, du moins votre enfant, mais la réalité du temps qui passe veut que j’ai atteint l’âge adulte et que je sois jugé comme tel. Vous dites ne pas ressentir de colère mais vous devriez en ressentir. Du moins, si c’est le cas, vous n’avez pas à vous en cacher de moi car derrière le masque de honte qui m’a poussé à camoufler la vérité sur mes actes, et tout particulièrement à vous, se cache une colère profonde et bien présente envers moi-même. Cette colère m’habite depuis bien longtemps et bien que j’ai eu tendance à la rejeter sur les autres, à en tenir d’autres pour responsables, je me rends compte à présent que c’est bien contre moi-même et mon comportement qu’elle est dirigée et qu’elle trouve sa source. J’apprécie votre geste et votre générosité de ne pas m’accabler un peu plus mais je pense que j’ai encore beaucoup à apprendre et j’apprécie que vous désiriez jouer ce rôle de guide pour m’épauler et me montrer la bonne direction. A ce titre, j’apprécie vos conseils et je pense que la bonne direction à me montrer est de condamner mes actes, sans chercher à les justifier ou les excuser, histoire que nous soyons tous bien d’accord sur ce qu’il faut penser de ce chapitre peu honorable de ma vie que je souhaite à présent fermer, je vous le confirme. »

   Tristan accepta de bonne grâce l’étreinte de sa mère bien qu’il ne se sentait pas vraiment méritant d’une telle marque d’affection. Son pardon lui semblait à la fois prématuré, car Tristan n’estimait pas avoir encore fait ce qu’il fallait pour se racheter, mais avait également quelque chose de réconfortant dont il voulait tirer une force. « Je crois que j’ai longtemps fui le destin qui m’attend. Je me rends compte à présent qu’il n’ira nulle part et que j’endosserai le rôle de seigneur suzerain du Bief quoi qu’il arrive malgré tous mes efforts pour me débattre et échapper à cette éventualité. Succéder à Père… Cette tâche semble tellement insurmontable. Mais plutôt que de fuir, je crois que je ferais mieux de profiter de tout le temps qu’il reste pour apprendre de lui le plus possible et qui sait, me révéler à la hauteur de la tâche en fin de compte. Je promets de tout faire pour aller dans ce sens en tout cas et apporter honneur et satisfaction à notre famille. »

   Ils traversèrent ensemble les portes du septuaire pour se retrouver dans les jardins bercés par la lumière de fin d’après-midi transperçant la frondaison des arbres et le bal des feuilles mortes. Les allées n’étaient plus arpentées que par les assauts du vent, des rangées de fourmis besogneuses et les frottements des balais à brosse des jardiniers chargés de dompter l’installation imperceptible mais bien prégnante de l’Automne. Leurs pas les menaient en bordure d’un petit lac dont on pouvait voir les alentours et s’assurer de parler sans être entendu. A l’évocation de sa récente épouse, Tristan ne put dissimuler un sourire.

   « Aliénor a de la ressource, ça ne fait aucun doute. J’ai l’impression qu’elle s’épanouit sur nos terres en même temps qu’elle prend ses marques. J’ai été surpris de constater que le changement n’était pas une menace pour elle. Elle semble avoir été suffisamment secouée par la vie et par les revirements de situation pour savoir trouver un équilibre sur un sol apparemment glissant et toujours retomber sur ses pattes. Quant à notre relation, je lui suis reconnaissant de m’avoir laissé une seconde chance pour prendre un nouveau départ. Je veux qu’elle se sente à l’aise dans sa nouvelle demeure, auprès de sa nouvelle famille et j’espère pouvoir devenir le point de repère nécessaire à son bien-être. Je sais que nous n’avons pas eu la chance de nous connaître vraiment avant de nous marier ni d’éprouver des sentiments l’un pour l’autre, mais je ne considère pas notre mariage comme une cause perdue. Je pense au contraire qu’une fois fait abstraction de la contrainte et du fait que la décision nous a échappé, il est possible de jouir pleinement de ce que l’on a et de ce qui nous a été offert plutôt que de se morfondre sur ce qui aurait pu être et ne sera jamais. »

   Tristan ne put résister à poser la question qui lui brûlait les lèvres et qu’il s’était retenu de poser en des lieux incertains. Il sentait bien que sa mère souffrait et souhaitait lui offrir la possibilité de se confier, de crever cet abcès de douleur. Il lui devait bien ça. « Maman, comment te sens-tu ? Je sais que tu fais face à des moments difficiles et je me fais du souci pour toi. Il n’est pas bon de garder tout cela pour soi, j’ai peur du mal que de contenir tout ce chagrin pourrait t’infliger. Nous sommes seuls, hormis quelques canards rieurs, je ne suis plus l’héritier du Bief, tu n’es plus la Dame de Hautjardin, en cet instant nous sommes une mère et son fils qui peuvent tout se dire, qui peuvent parler à cœur ouvert, n’est-ce pas ? Cette querelle entre Père et toi est-elle si grave ? Il ne te regarde plus de la même façon depuis quelques temps. J’ai même entendu dire que vous faisiez chambre à part… »

   Le jeune homme ignorait si sa mère pourrait lui révéler quoi que ce soit ne serait-ce que par pudeur ou par habitude de contenir ses émotions. Néanmoins, il espérait pouvoir apaiser la souffrance de sa mère, à défaut de pouvoir y apporter une quelconque solution, juste être là, l’épaule sur laquelle s’épancher, le témoin de l’expression de ces sentiments refoulés en même temps qu’il en saurait un peu plus sur le spectre sinistre qui semblait peser sur le couple formé par ses parents et dont il s’inquiétait que la survie soit mise à mal.
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Message Mer 5 Sep 2012 - 17:17

Alors que Tristan reprenait la parole, elle se tourna vers lui et lui sourit avec dans les yeux la même expression que lorsqu’elle l’avait regardé pour la première fois, voyant en lui tous les espoirs de la famille Tyrell. Il avait raison, elle le verrait toujours comme ce petit bout d’homme tout fripé et gluant qu’elle avait tenu dans ses bras et dont la vie débordante lui avait fait instantanément oublié les souffrances de l’enfantement. L’amour qui l’avait submergée à ce moment là et les larmes de joies qui remplacèrent les cris de douleurs n’avait jamais cessé de faire battre son cœur, et, peut-être parfois trop, peut-être effectivement qu’elle lui avait tout laissé passé, mais alors pourquoi, si son laxisme était responsable du comportement de son fils, le fait de l’avoir éloigné d’elle n’avait rien changé ? Peut-être que c’était d’être héritier du Long Dard qui était un poids trop lourd pour ses épaules d’enfants et dont le malaise ressurgissait désormais sur sa vie d’adulte ? Lui cherchait-elle encore des excuses ? Certainement, et se faisant elle s’en cherchait à elle aussi. Tristan avait été conçus dans le pécher et de ce sentiment de culpabilité elle ne pourrait jamais se défaire.

« Ne crois pas que je ne condamne pas tes actes, mais ton père m’a dis une chose que je trouve assez juste avec le recule. Les excuses ne sont que de belles paroles, c’est dans les actions, dans ta capacité à réfléchir avant d’agir que tu prouve ta valeur, et là aussi que tu retrouveras la confiance de ton père. Tu es désormais un homme fait et un époux, mais tu as prouvé par tes ignominies que tu n’étais rien de plus qu’un gamin égoïste, et quelque soit la raison de tout cela, quelque soit le responsable, toi ou n’importe qui d’autre, ton rang ne te permet pas de te comporter ainsi. Je sais combien ce poids peut peser lourd, n’oublies pas que j’étais très jeune quand j’ai été mariée à Leo, pour moi aussi, malgré mon éducation et mon amour, cela a été un long et difficile apprentissage, et j’ai bien peur de ne pas encore l’avoir achevé d’ailleurs. Tu dois comprendre que les privilèges qui vont avec ton nom ne sont que les dorures de devoirs plus grands encore, cela peut-être dur à accepter, mais tu verras que le jeu en vaut la chandelle lorsque tu auras conquis la loyauté et le respect de tes vassaux et de ton peuple. Quand tu les verras vivre en paix et que tu sauras que c’est grâce à toi, tu trouveras plus léger ce fardeau et tu seras convaincu de devoir le transmettre à tes enfants. Il en est de même pour Aliénor, tu dois gagner son cœur et sa confiance pour être certain d’avoir une véritable alliée à tes côtés et auprès de tes héritiers, la vindicte d’une femme n’est jamais de bonne augure, il n’y a qu’à voir ta grand-mère. »

Elle rit doucement en levant un sourcil presque effronté en direction de Tristan, ici ils pouvaient parler sans peur d’oreilles indiscrètes ou presque, et de toute façon personne n’ignorait que l’aïeule avait bien du mal à supporter sa bru même si cette dernière aurait préféré qu’il en, soit autrement. Jeanne était une suzeraine, mais aussi une mère et rien de ce que pouvais faire ses enfants ne l’empêcherait de les aimer tous de tout son cœur. Après tout elle continuait à aimer son époux malgré ce qu’il lui faisait subir depuis quelques semaines, et il avait fallut bien des années avant qu’elle ne renonce à aimer et à se faire aimer d’Amelia, comprenant enfin que c’était peine perdue. Quoi qu’il en soit, son visage était plus détendu, ses traits plus souriants, car elle percevait à travers les mots de son fils que celui-ci était décidé à changer, et elle ne doutait pas un seul instant qu’il n’y parvienne pas.

« Je suis heureuse que tu ais compris que tu ne pouvais pas fuir ton destin et que tu sois décidé à l’embrasser avec honneur, rien ne pouvait me faire plus plaisir. Et désormais, lorsque tu t’apercevras que les choix qui s’offrent à toi sont limités, tu sauras que le chemin à adopter, est celui du devoir d’un suzerain, aussi difficile soit il à arpenter. Je regrette que tu l’aies compris un peu tard, mais je ne doute pas de ta capacité à succéder à ton père, toute ton éducation a été faite dans ce but et tu as la chance de l’avoir encore à tes côtés pour la parfaire. »

Dans les jardins les feuilles des arbres commençaient à roussir et les rosiers ne donnaient plus comme en pleine saison, mais grâce au travail des jardiniers, l’ensemble restait encore d’une beauté époustouflante. Jeanne avait tant de souvenirs dans ses allées, les années où Leo lui avait fait la cour, la naissance de ses enfants, les années heureuse ou l’amour et l’harmonie régnaient à Hautjardin. Désormais, elle déclinait vers le crépuscule de ses jours et ressentait une immense nostalgie de tout ce bonheur qui avait disparut depuis que Leo ne lui adressait plus la parole. Elle n’arrivait pas à s’imaginer vivre encore longtemps sans que les sentiments qui les unissaient jusqu’ici ne reviennent, et pourtant, elle devait rester forte, plus que jamais. Pour Tristan et Aliénor, pour Leo, pour la guerre et la famine qui ne manquerait pas de surgir si l’hiver s’avérait trop long pour des greniers si peu remplis à cause de la sécheresse. Comme se fane la rose, leur amour s’était-il flétri au point que les doux pétales en tombent n’en laissant que le fruit qui n’était même pas aussi beau que prévu ? Cela ne pouvait être, pas sans qu’elle ne s’en aperçoive avant, non ! Elle regarda le lac en soupirant, les yeux mouillant, laissant échapper une larme qui roula sur sa joue, car son fils pouvait les voir, lui et lui seul désormais, puisqu’il n’était plus question de les montrer au Long Dard et qu’il n’avait jamais été question de les montrer à qui que se soit d’autre. Elle fixa quelques instants les eaux ondoyantes ou se reflétaient branches et nuages sous la lumière rasante de cette fin d’après midi, essuya gracieusement sa larme avec un mouchoir brodé et soupira de nouveau comme pour se donner un relent de courage, puis elle s’assit sur un banc de marbre blanc et invita Tristan à faire de même alors qu’il lui donnait ses premières impression sur Aliénor.

« Personne n’a cette chance, enfin si, ton père et moi l’avons eut, et c’est une chance immense, mais rarissime, ni Emilia ni certainement tes frères ne l’auront, à vous de faire naitre ces sentiments par l’attention et l’écoute. Je connais un tas de femmes qui n’ont jamais aimé leurs maris, parfois cela a des conséquences désastreuses, mais pour celles qui sont conscientes de leur devoir d’épouses, c’est un mal pour un bien. L’amour est une passion dévorante qui peut vous rendre aveugle et vous détourner de certaines obligations, un mariage sans amour peut tout à fait être aussi solide qu’un mariage d’amour, si tant est que tout le monde fasse ce qu’il se doit. Sans amour, il n peut y avoir de haut ou de bas, de moments de doutes, de disputes houleuses, de longues périodes où l’un en veut à l’autre pour ce qui a été dit ou fait, où le dialogue est rompu. Sans tout l’amour que nous avons partagés ton père et moi durant toutes ces années, il ne me haïrait pas autant aujourd’hui de l’avoir déçu. Néanmoins, j’espère que vous vous aimerez toi et Aliénor, mais je veux que tu gardes à l’esprit que ça n’est pas une obligation, et qu’un échec en ce sens serait bien moins grave qu’un mariage stérile ou toute autre chose de ce genre. »

Elle l’espérait car l’amour était le meilleur moyen de garantir la fidélité et la loyauté, ça ou la peur, mais elle ne croyait pas au bénéfice de la peur sur le long terme, pas plus pour une peuple que pour un mariage. Elle savait que de la peur nait souvent la haine et que de la haine naissent les rebellions, tôt ou tard, peut-être même que c’est ce qu’elle avait vécu avec son père autrefois.

« Cependant, n’oublies pas que tu as épousé une Lionne et que si elle peut te pardonner une éventuelle infidélité - qui j’espère n’arrivera jamais quoi qu’il se passe entre vous parce que ça n’est pas comme ça que nous t’avons élevé – son frère ne pardonnera pas que tu déshonore sa sœur, et si une telle chose devait advenir, non seulement l’alliance de la rose et du Lion n’aurait plus court, mais cela pourrait fort bien se transformer en haine sanglante. Alors si un jour tu as envie d’aller… hum… voir ailleurs. » Elle avait faillit utiliser une expression bien plus imagée et crue, et d’ailleurs son ton s’en tait ressenti. « Penses à tous les hommes, simples soldats ou chevaliers qui mourront, aux femmes violées et aux enfants tués pour quelques minutes de bonheur avec une autre. »

Elle regarda dans le vague une seconde avant de se reprendre et de continuer. Elle craignait tellement les conséquences d’un tel acte, et si Tristan avait déjà connu les plaisirs de la chair avec d’autres, il fallait absolument lui en faire passer l’envie. Et si Leo s’était laissé allé à faire de même ? Non… impossible…

« Aliénor semble être heureuse d’être parmi nous, elle est forte et intelligente, assez pour s’attirer les bonnes grâces d’Amélia. Elle a encore des choses à apprendre sur la façon dont doit se comporter la Dame de Hautjardin, mais, je suis certaine qu’elle sera à l’a hauteur, peut-être mieux que moi, parce qu’elle a plus de caractère, avec un peu de chance elle saura s’imposer. Prends tout de même garde à ce qu’elle ne prenne pas le pas sur toi, que dirait-on si ton épouse avait plus d’influence que toi sur tes propres vassaux. Tu connais mon sentiment à cet égard, une femme doit rester en retrait, elle n’a pas à interférer dans les affaires des hommes. Ses devoirs en tant qu’épouse sont d’enfanter, de satisfaire son mari, de tenir sa maisonnée et de recevoir ses hôtes et d’entretenir avec les épouses des alliés des relations cordiales. La défense et la politique est l’apanage des mâles, même si elle se doit d’en connaître les rouages pour être à même d’en discuter avec qui le souhaite, de conseiller son mari le cas échéant, car tous n’ont pas la sagesse de ton père, et de défendre les intérêts de sa famille. Mais sur ce point, Amélia est d’un tout autre avis, et j’ai parfois l’impression que ma position me fait passé pour une faible et une idiote selon les cas. Enfin, évidement pour mener toutes ses missions à bien, encore faut il qu’elle soit tenue au courant des événements par ceux qui sont sensés être de son côté, mais à priori on ne peut plus compter sur les siens, même à Hautjardin. »

Alors qu’elle pensait à cette triple alliance tombée à l’eau qui tenait tant à cœur à son cher époux, c’était comme si elle avait oublié combien elle souffrait de la manière dont il l’avait traitée au mariage et de leur querelle qui s’éternisait comme jamais auparavant. Une question surgit alors de la bouche de son fils, comme le spectre de son chagrin enfouis. Une question à laquelle elle ne se serait pas attendue et à laquelle elle ne se savait pas vraiment quoi répondre, aussi prit-elle quelques instants de réflexion et elle répondit d’une voix plus assurée que jamais.

« Je souffre effectivement du silence de ton père, mais c’est mon devoir que de souffrir en silence, personne ne doit savoir que notre maison connaît des dissensions sans quoi nos ennemis pourraient les utiliser à leur profit. Je suis la Dame de Hautjardin et je tiens à garder l’unité de cette famille même si je dois le faire seule. Tu m’as dit tout à l’heure que tu étais en colère contre ton destin mais que tu étais prêt à tourner cette page, et je t’ai dis que quelque soit la force de cette colère tu devais honorer ton rang. Je suis moi-même en colère contre ton père et contre mes erreurs plus que tout, mais je n’ai pas le droit pour autant de jeter le discrédit sur la Maison Tyrell en montrant mon ressentiment. Comprends tu ? Toute ma vie m’a préparé à ça, mon éducation, mon enfance, mon père, dur et froid, les remontrances d’Amélia, les critiques des uns et des autres, les moqueries, je sais que je peux le supporter. Si je dois prouver que je suis digne de l’amour de ton père et de notre union, ça n’est pas le moment de flancher, parce que ça n’est pas lorsque tout est facile et beau que nous révélons nos véritables qualités. Perdre la confiance de Leo est probablement ce qui pouvait m’arriver de pire après la mort d’un enfant qui heureusement m’a été jusqu’ici épargné, et j’en rand grâce à la Mère d’en Haut. Mais là encore je dois tenir, lui montrer que je suis un pilier de cette famille qui reste solide même lorsque la passion s’effrite, alors seulement il saura qu’il n’a pas fait d’erreur en m’épousant contrairement à ce que d’aucun disent. Je te remercie néanmoins de t’en inquiéter, mais je suis plus forte que tu ne l’imagine, tout ce que j’espère c’est que ce conflit ne ternira pas l’admiration que j’ai pour Leo et que je saurais trouver la force de surmonter cela qu’il me revienne ou non. »

Au fur et à mesure de son monologue, sa voix s’était peu à peu brisée même si ses mots étaient restés aussi tranchants qu’une lame en Acier Valyrien tant elle était certaine de ce qu’elle disait. Mais la souffrance était trop forte, car elle sentait que de plus en plus, la situation lui échappait et qu’elle avait de moins en moins d’espoir de reconquérir le cœur de son époux. Elle ne pouvait se le cacher, toutes les tentatives de réconciliation avaient été des échecs cuisants, il lui semblait que plus elle essayait plus elle s’enfonçait, qu’à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche elle faisait une gaffe de plus qui éloignait encore d’avantage son cher et tendre. Et malgré toutes ses prières et ses réflexions, elle ne parvenait à trouver le moyen de se sortir de cette situation et de faire que tout ne redevienne comme avant. Peut-être que ça n’était pas ce qu’elle devait chercher peut-être que ça ne serait plus jamais comme avant, soit, mais alors comment retrouver la confiance de son époux si ce n’est son amour ? Un labyrinthe dont chaque couloir obscur se terminait par un cul-de-sac, la brume froide de la discorde l’enveloppant elle et les siens, la fin d’un monde, la fin de Hautjardin ? Elle espérait que non, elle en venait à espérer mourir vite pour ne plus être le vilain petit canard, c’était un rôle bien désagréable à porter et dont elle ne savait même plus pourquoi on l’avait revêtu. Elle sanglota et se mit à déverser en même temps que ses larmes un flot de paroles emprunt d’une profonde tristesse, elle était désespérée, mais il avait fallut que son fils le lui demande pour qu’elle se rende compte à quel point.

« Il ne me fait plus confiance, je l’ai déçu, je lui ai montré une Jeanne qu’il ne connaissait pas je crois, il ne l’a pas supporté. J’ai essayé de me faire pardonner mais j’ai l’impression qu’il refuse le dialogue et avec tout ce qui se passe en ce moment, il n’a ni le temps ni l’envie de régler ce conflit et je le comprends, il a tant à faire et à penser. J’aimerais pouvoir alléger son fardeau mais il ne me laisse plus rien toucher, plus rien faire, je me sens inutile et c’est un sentiment que j’exècre, je brode à merveille, mais cela ne veut pas dire que c’est ce qu’il me plait de faire de mes journées. Il ne dort plus avec moi, il ne me parle même plus, avant il se confiait à moi, désormais c’est comme si j’étais devenue invisible. »

Elle leva des yeux pleins de larmes, des joues trempées vers son ainé, une face déconfite qui n’avait plus rien de son masque souriant et hautain de Première Dame du Bief.

« Je l’aime, je l’aime de tout mon cœur, je ne veux pas le voir partir, il s’éloigne de jours en jours et je n’arrive pas à lui montrer que je suis toujours sa femme qu’il a aimé et en qui il avait toute confiance. Mais ça n’est pas le pire, il est trop bon pour me faire du tort, et résultat, il se retrouve seul face à ses devoirs, Amélia est là, mais elle ne peut incarner la douceur d’une demeure chaleureuse, le calme après la tempête. Il a besoin de ça, il m’a choisie pour ça, et j’ai peur que sans moi, il dépérisse. C’est bien présomptueux de ma part, mais je sais que lui aussi souffre en silence depuis tout ce temps, et cela ne fait que démultiplier ma propre douleur qui n’a aucune importance comparée à la sienne. »

Elle mit quelques minutes à se calmer et reprit avec la voix cassée, mais sans pleurer en même temps :

« Cette histoire nous fait du tort tu sais, Tybolt m’a posé des questions sur ma relation avec Leo et Amélia, évidement je n’ai rien révélé du conflit qui nous oppose, mais j’ai cru comprendre qu’il n’avait pas apprécié la façon dont elle me parlait, craignant que sa sœur en fasse les frais. Si cette rumeur se propage, nous pourrions bien voir arriver bon nombre de comploteurs pour finir de briser notre maison, et ce qui en faisait le ciment, ton père, s’il ne m’aime plus tout s’effrite. Mais comme je t’ai dis, tant que je suis là seule à en faire les frais, peu m’importe, ce que je refuse c’est de voir que toi, ton père ou tes frères et sœurs pourraient en pâtir. »
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