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Les Dangers de la Chasse au Sanglier (Alliser)

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Message Sam 14 Juil 2012 - 3:15




Les Dangers de la

Chasse au Sanglier





Alliser & Jeanne Tyrell




Une chasse avait été organisée par Hautjardin pour occuper les premiers invités arrivés pour le mariage de Tristan et Aliénor et comme Leo ne pouvait y participer car il avait trop à faire, et que Tristan n’était pas là, c’était Jeanne qui était contrainte d’y représenter la maison Tyrell avec les jumeaux. Ce qu’elle pouvait détester la chasse, évidement elle aimait déguster une bonne pièce de gibier rôti, sanglier ou biche, faisan ou même lièvre, mais de là à se salir les mains de leur sang ! C’était une activité d’hommes et elle n’était là que pour faire bonne figure ce qui n’était pas le cas d’Arthur et Mathias qui s’amusaient comme des fous. Il est vrai que cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas eut le loisir de galoper après les fins limiers de Hautjardin, avec la sécheresse et la guerre, ils n’avaient pas eut beaucoup d’occasion de se réjouir dans l’insouciance d’une matinée d’automne plutôt douce. Les pauvres petits, si jeunes et déjà jeté dans le grand bain des obligations auquel leur nom les soumettaient. Jeanne les couvait d’un doux regard attendri et même amusé pendant que les limiers, les garçons et les invités se jetaient sur la piste d’une proie. Elle suivit au petit galop sans pour autant se laisser distancer et bientôt, Mathias, le plus doué des deux avec les armes envoya une lance dans le flanc d’un jeune sanglier. Pendant que Mathias offrait l’honneur de la mise à mort à un des glorieux invités, Arthur remarqua :

« Il n’est pas très gros mais se sera toujours ça ! »

Bien qu’ayant déjà perdu ses rayures et sa robe claire, il s’agissait très certainement d’un marcassin. Mais où diable était la mère ? Le noble qui s’était vu offrir la mise à mort s’exécuta et le sang épais de la bête gicla de sa carotide tranchée par l’épée de l’hôte dans des hurlements effarés atrocement humains. Jeanne eut un haut le cœur mais ne se détourna pas, elle ne le pouvait point, mais elle avait envie de vomir et se serait bien pire que de s’éloigner du groupe, et il fallait qu’elle fasse passer cette nausée au plus vite ! Elle ravala tant bien que mal ses spasmes et prit une grande inspiration, son visage était blanc comme un linge et elle se sentait faible, mais elle était toujours aussi droite et fière sur son cheval. Avec un sourire elle dit :

« Très chers invités, nous voila dans de beaux draps ! Nous avons la viande mais point d’accompagnement. Je me propose d’aller chercher des champignons avec quelques serviteurs, continuez à apprécier la richesse de ses bois avec mes fils qui les connaissent mieux que moi, nous nous retrouverons à la clairière prévue pour le pique-nique. »

Avec un dernier sourire et après avoir désigné quelques serviteurs qui la suivraient à pied elle fit demi-tour pour dérober à son regard le cadavre de l’animal qu’on était en train de charger sur une mule. Une fois éloignée au petit galop, elle ne put étouffer un soupir de soulagement, le fait de ne plus voir le sang et entendre les cris du cochon sauvage suffit à lui redonner quelques couleurs, mais elle se sentait encore bien faible.

- Vous vous sentez bien Ma Lady ? C’était Elea sa Dame de compagnie favorite qui s’était approchée et qui, connaissant bien sa maitresse se doutait que quelques chose n’allait pas et se doutait même de la cause de ce malaise.
- Oui, très bien Dame Elea, mieux… Allez surveiller mes fils je vous prie, qu’ils n’oublient pas leur rang et leurs manières en mon absence. Restez avec le groupe.
- Bien Ma Lady. Répondit Elea avant de prendre congé
- Joffrey, vous qui connaissez bien cet endroit, apportez moi rapidement de l’eau. Les autres trouvez moi des champignons et rapportez les ici même d'ici une heure.
- Bien Dame Tyrell. Répondirent ceux qui avaient été chargés d’aller chercher les champignons avant de s’éloigner à leur tours pendant que le dénommé Joffrey partait chercher de l’eau au ruisseau le plus proche.

Avant que les uns et les autres soient en mesure de revenir, la mère du marcassin abattu un peu plus loin fit son apparition, elle était plus qu’énervée et Jeanne plus qu’effrayée par cette énorme bête puissante qui grattait el sol et regardait dans sa direction. Comptait-elle charger ? La Dame du Bief n’eut pas même le temps de se poser la question que la laie lui fonça dessus effrayant la jument pourtant docile qui fit demi tour sur les jarrets et partit au triple galop. L’épouse du suzerain du Bif était bonne cavalière et même ainsi montée en amazone, donc dans la position la moins stable possible sur un cheval, elle résista au demi-tour sec du palefroi gracieux. Elle fut néanmoins déséquilibrée et alors que la blanche monture ne pensait qu’à échapper à son abominable poursuivant, elle appela au secours tout en accompagnant les mouvements de son cheval pour ne pas entraver sa fuite qu’elle savait salutaire. Il fallait absolument rester en selle et Jeanne s’y employait mieux encore qu’on eut pu le penser. Même avec l’allure que toutes deux avaient atteinte et dont elle n’aurait jamais cru Justesse capable. Même avec les changements de direction brutaux dus au terrain aux arbres, aux ronces, et à l’envie de la haquenée de semer sa prédatrice qui ne semblait pas commode. Malgré quelques troncs sautés à pleine vitesse un ruisseau passé à grand renfort d’éclaboussures et quelques branches basses évitées de justesse, la Suzeraine à l’assiette sûre restait en selle et gardait même une certaine prestance. Mais un trou camouflé par l’épais tapis d’humus automnal eut raison de l’équilibre de la jument et de celui de Jeanne. Le cheval fit un soleil et tomba lourdement sur le flanc et sa maitresse fut projeté en avant et atterrit sur le sol à quelques mètres de là. Les feuilles mortes amortir le choc et sauvèrent certainement la vie de la Dame de Hautjardin, mais elle perdit malgré tout connaissance sous la violence de la chute. Quand à la jument, quelques secondes plus tard, complètement terrorisée, elle était debout et après s’être cabré car le sanglier était sur elle, elle prit de nouveau la fuite à toutes jambes. La laie, aussi rageuse qu’essoufflée hésita quelques instants sur le lièvre à courir et dû se dire que celui qui était par terre et ne bougeait pas serait bien moins fatiguant à charger et à piétiner…

Les hommes qui avaient suivis les limiers sur la piste d’un cerf majestueux étaient bien trop loin pour entendre les appels de la Dame en détresse et les serviteurs qui étaient allés chercher des champignons ou de l’eau étaient revenus sur le chemin paniqués et n’y avaient rien trouvés de plus que les traces d’un sanglier. Ils cherchaient à présent leur maitresse sans se douter que la course folle de Justesse l’avait éloigné du chemin de plusieurs kilomètres ! Le salut de l’épouse du Long Dard ne tenait à présent qu’à un fil…


Dernière édition par Jeanne Tyrell le Dim 15 Juil 2012 - 16:40, édité 1 fois
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Message Sam 14 Juil 2012 - 18:13

Qu'à une ombre, en vérité.
Alliser entendit les aboiements des chien dans le bois. Il fronça légèrement les sourcils et accrocha son arc dans son dos avant de sauter sous un gros chêne pour agripper la branche la plus basse et se hisser dessus à la seule force de ses bras. Une fois debout dessus, il renouvela l'exercice avec la suivante et encore, jusqu'à ce qu'il se trouve à un peu plus de quatre mètres du sol. Là, il s'assit à califourchon et attendit, immobile et silencieux. Ses yeux étaient entravés par l'épais feuillage mais le vent lui rapportait les odeurs et les sons. Il y avait une chasse en cours à quelques kilomètres à l'ouest de sa position. Comme il dénombra un grand nombre d'aboiements différents, il se dit que pour être aussi importante, elle devait avoir été lancée par les suzerains du Bief. Bien sûr, il n'avait rien à se reprocher qui justifie le fait qu'il préfère se dissimuler à leurs vues. C'était plus une habitude qui avait la vie dure. Même si son maître pouvait justifier de sa présence partout, être invisible aux yeux du monde était bien plus dans son caractère. Ainsi personne ne ferait le parallèle entre un serviteur obscur se promenant à pied dans le pays vert et la disparition d'un document dans l'une des bibliothèques alentour. Enfin, même dans la folle hypothèse où il serait pris et fouillé, on ne trouverait rien, car sa mission consistait à le faire disparaître et non à le rapporter. Les mots étaient importants. Son maître était toujours extrêmement précis dans ses attentes. Alliser s'était assuré personnellement qu'il brûle tout entier jusqu'à tomber en cendres. Ni preuve, ni témoin.
L'agent avait escompté rentrer rapidement à La Treille mais cette chasse allait le retarder et cela le mettait presque de mauvaise humeur. Les bras croisés sur son torse et les jambes pendues dans le vide, il attendait patiemment que le convoi au loin choisisse une direction pour savoir s'il pouvait redescendre et poursuivre son chemin ou non. Il voulait retrouver Jace au plus tôt. Sans mission et loin de son maître, il s'ennuyait. La présence du Redwyne était la seule qui pouvait le consoler d'un manque d'action. Et puis, il avait envie de voir son sourire quand il paraîtrait devant lui, alors certain que son ombre avait fait son office. Il voudrait savoir les détails et, même si Alliser n'était pas bavard, il les lui dirait. Parce que le plaisir de l'ombre était le plaisir du maître. Entendant que les aboiements s'éloignaient, le dornien se souvint qu'on l'avait traité de chien lui aussi. Un chien de chasse. Exactement comme ceux qui menaient les chevaux sur le gibier en ce moment même. L'image n'était flatteuse mais elle n'était pas très éloignée de la réalité. Les caresses sur la tête en moins. Alliser se considérait plutôt comme un oiseau cela dit. Peut-être un petit faucon ou une petite buse. Un épervier pourquoi pas. Rapide et précis.
Les rumeurs diminuaient, signe que les chasseurs ne venaient pas dans sa direction. Impassible mais intérieurement ravi, le jeune homme descendit souplement de branche en branche jusqu'à sauter sur le sol. Restant accroupi quelques secondes, il huma l'atmosphère et gratta un peu dans les feuilles mortes pour toucher le sol du bout des doigts. Il se redressa finalement et détacha son arc pour le reprendre dans sa main gauche avant de reprendre son chemin vers l'île qui l'avait généreusement adopté il y a quatre ans.

Ce fut les oiseaux qui lui rapportèrent en premier que quelque chose n'allait pas. L'agent interrompit sa course athlétique pour lever le nez au ciel. Une nuée de petits volatiles fuyait d'arbre en arbre en gazouillant avec une agitation évidente. Le bruit d'une cavalcade ne tarda pas à s'élever non loin. Quelqu'un venait droit dans sa direction. Alliser s'accroupit derrière un tronc couvert de mousse et rabattit sa capuche sur sa tête. Vêtu entièrement de nuance de vert et de marron, il se fondait très bien dans le décor. Quant bien même il aurait été en rouge et or, la vitesse à laquelle le cheval semblait débouler n'aurait sans doute pas permis à son cavalier de voir plus qu'un flash de lumière étrange dans le bois. Il entendit les appels à l'aide avant de voir qui les lançait. Une voix de femme, sans erreur possible. Mais il n'identifiait le galop que d'un seul cheval alors de quoi avait-elle peur ? Certes, il y avait quelque chose de lourd qui courrait aussi mais pas suffisamment pour qu'il s'agisse également d'une monture chargée d'un second cavalier. Le mystère demeurerait entier car Alliser n'avait nulle raison d'intervenir. Ne pas se mêler des affaires des autres était à peu près aussi basique pour son métier qu'être silencieux et affûté comme une lame. Moins on le voyait, mieux il pouvait agir à sa guise et en secret. Seulement, sa belle résolution s'éroda lorsque le galop de l'animal faiblit et que, lorsqu'il passa à sa hauteur, l'agent reconnut sans trop de peine le visage effrayé de Jeanne Tyrell. Il ne lui avait évidemment jamais été présenté mais il connaissait tous les visages des notables du Royaume afin d'être en mesure d'identifier leurs présences partout où ils les apercevaient pour en référer à son maître. Ce fut d'ailleurs à cause ou grâce à ce dernier qu'Alliser s'obligea à intervenir cette fois-ci. Il savait la bonne entente que Jace avait avec les Tyrell et il ne voulait pas voir son seigneur attristé par la nouvelle d'un chagrin ayant frappé leur famille. Le poursuivant du cheval se révéla bien assez tôt. Il s'agissait visiblement d'un sanglier, ou plutôt d'une laie, très en colère. Sans doute que la chasse avait été bonne pour l'un des deux camps et mauvaise pour l'autre. Sans perdre de temps, le dornien s'élança en courant à la perpendiculaire des marathoniens. Inspiré par le dénivelé du terrain, il savait que, ce faisant, il arriverait en bas de la butte avant eux. Hélas, alors qu'il ne les avait pas encore rejoint, la monture chuta en éjectant sa cavalière plus loin sur un tapis de feuilles mortes. Plus affolée que meurtrie apparemment, la bête se releva derechef et reprit sa folle course en abandonnant lâchement la suzeraine qui ne bougeait plus. Alliser craignait que le pire ne se soit déjà produit mais il dut réagir très vite en voyant que la laie avait décidé d'achever le travail en fonçant sur la plus belle rose de Hautjardin. L'agent glissa une main dans son dos pour déloger une flèche dans son carquois et l'encorda immédiatement tout en continuant à courir. Il tendit la corde et la lâcha en expirant. La flèche fendit l'air pour transpercer le haut de la tête du bestiau de profil. Cinq centimètres plus bas et il empalait ses yeux. Folle de colère, son adversaire braqua brusquement sur la droite pour le charger lui. Toujours impassible, Alliser laissa tomber son arc devant lui et s'empara de ses poignards pour un affrontement au corps à corps. Il savait son corps d'humain moins rapide que celui d'une laie furieuse alors il se fit plus malin. Il attendit le dernier moment et sauta par dessus en enfonçant profondément l'une de ses lames dans son flanc. La bête fit encore quelques pas dans l'emportement et finit par s'écrouler. L'agent attendit de l'entendre expirer bruyamment avant de s'en approcher pour récupérer son bien. Il la regarda avec un air sincèrement désolé. Il détestait tuer un animal si ce n'était pas pour le manger et celui-ci était trop lourd pour qu'il l'emporte avec lui. Les prédateurs de la nature se chargeraient de son corps sans doute. Revenant sur ses pas, il récupéra son arc pour s'apercevoir que les puissantes pattes de la laie avait fendu le bois. C'est en soupirant qu'il acheva de le casser en deux et le mit dans son carquois avec les flèches à présent inutilisables. Nul doute que son seigneur lui en offrirait un nouveau s'il lui racontait dans quelles circonstances la perte de celui-ci était survenue.

Avisant Jeanne toujours étendue dans les feuilles, Alliser hésita avant de s'approcher à pas de loup pour mettre une main à quelques centimètres de ses lèvres entrouvertes. Lorsqu'il sentit un souffle venir chatouiller sa paume, il sut qu'elle vivait. Pouvait-il la laisser là ? Ses serviteurs finiraient bien par la retrouver, non ? Oui mais si elle était d'abord découverte par des personnes peu recommandables ? Concluant finalement qu'il ne pouvait pas s'en aller avant de s'être assuré que la suzeraine ne risquait plus rien, il s'agenouilla près d'elle et sortit une petite fiole de sa besace contenant du sel de mer et la plaça sous son nez. Ses effluves pouvaient presque réveiller les morts, lui avait dit son mentor en lui apprenant le tour. Quand il vit les premiers signes qu'elle reprenait connaissance, il rangea la fiole et s'écarta de quelques pas pour ne pas l'effrayer mais resta à genoux. Il parlait rarement et n'avait pas l'intention de le faire, même pour une rose d'or, mais il fallait qu'il dise tout de même quelques mots pour qu'elle comprenne la situation. Aussi, il s'éclaircit de la gorge pour glisser de sa voix très douce et claire :

_ Je crains que votre cheval ait fui mais la bête ne vous nuira plus.

D'un signe de tête, il désigna le corps inerte de la laie quelques mètres derrière son dos. Sa capuche dissimulait toujours son visage et ses yeux rivés au sol n'arrangeait rien. Puisqu'il avait décidé de rester, il allait lui falloir la raccompagner à son convoi.

_ Êtes-vous blessée ?

C'était moins une inquiétude humaine qu'une inquiétude pratique. Alliser n'éprouvait pas de compassion. Cependant, il la porterait si l'une de ses chevilles avait été touchée dans sa chute, pas pour l'empêcher de souffrir mais seulement pour que leur progression soit plus rapide.
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Message Dim 15 Juil 2012 - 16:21

Jeanne avait bien d’autres préoccupations que de regarder le paysage alors que Justesse, la belle jument blanche qui lui avait été offerte par son époux à la mort de la précédente, une haquenée à la robe dorée et aux crins blancs. Elle s’appelait Rose d’Or et ses allures n’avaient rien à envier à celles de Justesse ou encore de Tour d’Argent, le palefroi gris que Jeanne avait monté jusqu’à son mariage. Elle avait été offerte à la toute jeune Dame de Hautjardin comme présent de mariage vingt ans auparavant et avait bien vécu, mais les années faisant leur ouvre, elle avait perdu de sa noblesse et avait donc été remplacée. La suzeraine du Bief ne pouvait décemment pas monter un vieux cheval ensellé et boiteux dont la robe et la démarche avaient perdus tout éclat ! Rose d’Or avait donc connu le même sort que bien d’autres, elle avait été rendue à l’éleveur qui pourrait la faire pouliner ou la vendre au prix de la viande. Prix de la viande qui reviendrait de droit à Hautjardin mais qui serait très probablement rendu au maquignon et premier poulain réservé pour la maison Tyrell s’il avait les qualités de sa mère. Considérations bien terre à terre, mais Jeanne aimait ses chevaux un peu plus que de raison, ils n’étaient pourtant que des moyens de transports, mais elle s’attachait à eux sans même s’en rendre compte. Ils étaient nettement moins ingrats que ses enfants, plus affectueux et doux que sa belle mère et puis eux avaient toujours le temps de passer du temps avec la Lady contrairement à Leo qui était un Lord très occupé. Et Justesse, qui partageait la vie de la Première Dame depuis quelques années déjà ne dérogeait pas à la règle d’autant qu’elle avait son petit caractère qui la rendait encore plus attachante.

Elle essayait donc de rester sur le dos du palefroi et ne regardait que devant elle pour éviter les branches et la surprise d’un changement de direction, elle ne vit donc absolument rien de suspect dans les fourrés. La peur au ventre, elle ne regardait même pas derrière elle le sanglier qui faisait preuve dans sa rage d’une grande vélocité, elle ne faisait que l’entendre courir et grogner et il lui semblait qu’il était toujours plus proche. Elle n’avait pas plus remarqué les nuées d’oiseaux effrayés par la course folle, non plus que les lièvres qui fuyaient en tout sens, elle ne vit même pas une belle biche sauter par-dessus un amas de ronces pour s’écarter de la scène. La forêt était plus que jamais vivante en cet automne qui avait enfin ramené la pluie dans les verte contrées mises à mal par la canicule, elle s’en réjouissait, mais pas en cet instant où sa mort risquait de gâcher le mariage de son ainé. Les pans de sa robe de velours vert ornée d’une grosse rose brodée de fil d’or sur le devant ainsi que son manteau assorti et portant lui aussi le symbole des suzerains de Bief voletaient dans le vent dû à la vitesse de la fuite et s’accrochaient aux branches et aux épines. Ils furent un peu déchirés malgré la grande conscience qu’avait la jument de sa largeur avec les jambes de sa maitresse sur un coté ce qui évita à la brune de se retrouver par terre avec le genou droit brisé. Mais une fois la jument et la Lady tombées, la jument s’enfuit et la Lady n’entendit ni ne vit plus rien pendant plusieurs minutes. Justesse, une fois le danger écarté, s’arrêta et se mit à gratter le sol pour trouver quelques brins d’herbe ou autre chose à manger. Elle ne bougeait pas, mais elle était toujours vivante et respirait bien, elle n’avait rien, peut-être quelques bleus mais rien de plus grave, une bonne nouvelle pour le Bief. Il aurait suffit d’une pierre mal placée ou d’une saison où le sol aurait été moins meuble pour que cette chute impressionnante ne soit mortelle. Et encore même un angle différent aurait pu être fatale à la Rose, elle avait eut la chance de rouler malgré un atterrissage en partie sur la tête, d’où sa perte de connaissance.

Elle commençait déjà à reprendre conscience de ce qui l’entourait, sentant le vent sur son visage, entendant les bruits du sous bois, le sol humide sous sa main et l’odeur de l’humus qui laissa bientôt place à une odeur de… sel marin ? Elle n’eut pas le temps d’analyser, le souvenir de Villevieille seul lui revint en mémoire. Elle se réveilla en sursaut, ouvrant les yeux se redressant brusquement tout en prenant une grande inspiration comme si elle avait cessé de respirer un instant. Cela lui fit tourner la tête. Heureusement que l’agent c’était écarté, mais malgré cette précaution, elle resta quelques secondes sans savoir si elle devait se méfier ou pas. Un homme près d’une femme sans défense est toujours suspect. Et puis comment avait elle atterrit ici ? Seule dans une forêt ? La bête ? Mais de quelle bête parle-t-il ? Sa mémoire lui jouait des tours. Cette odeur de grand large qu’elle venait de sentir. Elle se revoyait dans sa cité natale en tant que jouvencelle éprise de l’héritier de Hautjardin assise à sa fenêtre et regardant les navires au loin oscillant entre romantisme et désir d’évasion. Il lui fallut regarder ses mains pour se rendre compte qu’elle n’avait plus seize ans. Et lorsqu’elle vit le sanglier étendu un peu plus loin elle su enfin de quoi il parlait. Quelques secondes de pour remettre les pièces du puzzle en place et redevenir la Première Dame de la Maison Tyrell, épouse du Long Dard et Suzeraine du Bief et un léger sourire s’afficha sur son visage.

« C’est donc à vous que je dois la vie ? Qui que vous soyez, je ne saurais assez vous récompenser mais vous avez dors et déjà toute ma reconnaissance. »

Elle se passa la main sur la nuque qui avait bien faillit se briser dans la chute mais qui n’avait finalement fait que se plier bienheureusement. Elle avait mal là, mais nulle part ailleurs contre toute attente, même sa tête avait cessé de lui tourner assez rapidement après qu’elle se soit redressée brutalement et elle n’avait rien de cassé à priori. Elle répondit donc à la question du jeune homme, elle-même rassurée sur son état et sur sa situation ainsi que sur les intentions de son sauveur se disant que s’il avait voulut profiter de la situation, il l’aurait déjà fait pendant qu’elle dormait.

« J’ai un peu mal au cou mais ça passera, je n’ai rien et c’est grâce à vous. J’aimerais connaître le nom de mon bienfaiteur… et voir son visage. »

Elle se rendit compte à ce moment là que sa robe dans la chute et avec les déchirures qui avaient abimé l’ourlet était remontée jusqu’au milieu du mollet au moins ! Elle recouvrit au plus vite ses chevilles en rougissant un peu gênée d’avoir montré à un inconnu ce que personne à part son époux n’avait jamais vu. Un doute la traversa, était-ce lui qui avait relevé ses jupons ? Non, c’était dû à la chute, en tout cas, c’était plus probable, car il ne semblait pas lui vouloir du mal et il aurait pourtant eut les moyens, les armes et la force pour faire ce qu’il voulait, la voler. Elle n’avait bien évidement pas d’argent sur elle mais quelques bijoux et pourquoi soulever les robes seulement de quelques centimètres et ne pas profiter de sa faiblesse pour la maintenir au sol et abuser d’elle ? Non c’était idiot, le jeune homme n’y était pour rien. Elle était mortifiée, mais elle n’était pas en mesure de faire preuve de pudeur, il fallait qu’elle se lève, qu’elle retrouve sa jument et ses serviteurs et qu’elle soit à la clairière pour le pique nique et avec les champignons, et que faire pour sa mise ? Elle soupira, il lui fallait une solution et vite, mais la première chose à faire était de récupérer Justesse, elle ne pouvait pas être bien loin ! Elle plia les jambes tout en tendant la main avec grâce à son sauveur pour qu’il l’aide à se relever.

« Il faut que je retrouve ma jument, ensuite vous viendrez avec moi à Hautjardin pour recevoir quelques dragons d’or pour votre geste… Vous allez me dire que c’était de votre devoir en tant qu’habitant du Bief, mais c’était néanmoins courageux et fort à propos. Je ne voudrais pas vous donner matière à regretter d’aimer vos Suzerains et de vouloir les protéger au péril de votre vie... Vous êtes Bieffois au moins ? »

Elle s’approcha du sanglier mort et le considéra avec une perplexité hautaine, un tel animal, et aussi puant pouvait donc avoir raison d’une Rose ? C’était la dure loi de l’existence, les rois eux même peuvent mourir d’un coup de sabot ou de défenses lors d’une chasse. La peur retombait peu à peu, mais la tension était encore bien présente dans ses veines et la rendait plus loquace qu’à l’habituée, laissant peu de loisir à son sauver de répliquer.

« La laie vous revient de droit, enfin en tout cas j’en décide ainsi puisque vous ne l’avez tuée que pour me sauver, mais je ne sais pas comment vous pourriez la transporter. Si vous voulez bien, elle sera mise à la broche tout à l’heure et nus la partagerons, vous ne l’aurez pas pour vous seul mais je pourrais vous présenter comme le héro du jour. Quoi qu’il en soit, vous êtes mon invité pour le pique-nique. Comprenez que je ne puis vous laisser manger avec mes hôtes de marque sans quoi ils le prendraient pour une insulte, mais vous pourrez vous régaler avec les serviteurs et je vous ferais garder quelques bons morceaux. »

Jeanne était à mille lieues de se douter du métier de son interlocuteur, si elle avait su qu’il était un espion à la solde d'un fidèle vassal de Leo, elle ne lui aurait pas fait toutes ses offres de récompense publique. Mais elle n’imaginait pas qu’il n’avait aucune envie de se faire remarquer et encore moins d’être vu en société au pique-nique ou à Hautjardin. Seulement pouvait-on refuser l’invitation de la Suzeraine du Bief sans lui donner une bonne explication ?
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Message Dim 15 Juil 2012 - 19:57

Le coup reçu lors de la chute devait être important car la Dame de Hautjardin sembla mettre plusieurs secondes à retrouver ses esprits. Patient, Alliser était toujours à genoux à quelques pas. Il cligna des yeux sous sa capuche, ennuyé, lorsqu'en retrouvant l'usage de la parole elle mentionna le mot « récompenser ». Voilà. Il savait bien qu'il n'aurait pas du intervenir et qu'à chercher le mieux on va souvent au pire. Sa plus grande crainte survint à peine la minute suivante quand la suzeraine demanda à connaître son nom et à voir son visage. Deux choses qu'il ne révélait que rarement. Son instinct d'ombre le poussait de plus en plus à fuir mais il avait déjà décidé de raccompagner la noble dame à son convoi. Tous dangers n'étaient pas écartés pour elle dans un bois aussi dense que celui-ci. Retenant un soupir, Alliser fit glisser sa capuche en arrière pour révéler ses cheveux d'ange châtains clairs. Avec prudence, il releva légèrement le menton vers Jeanne afin qu'elle puisse voir ses petits yeux gris bleuté. Il n'y avait pas dans leurs éclats le sentiment de victoire qui aurait certainement du s'y trouver suite à ce qui venait de se passer. Ils dégageaient plutôt l'expression craintive d'un animal pris au piège. Son visage n'était pas rasé de près mais on pouvait deviner à la symétrie de sa légère barbe qu'il la tenait soignée.
L'agent ne comprit pas le trouble qui saisit la suzeraine à propos de son vêtement déchiré. Il n'était pas émoustillé par les corps. Qu'ils soient féminins ou masculins. Pour lui, il ne s'agissait que d'os et de chair, égaux à ceux des animaux, et voir une cuisse de pucelle n'aurait provoqué la moindre envie chez lui. Comme il n'éprouvait pas de compassion, il n'éprouvait pas de désir. Cependant, pour tranquilliser la dame, il détourna poliment la tête pour montrer qu'il ne regardait pas. Ce malaise eut le mérite peut-être de dissimuler le fait qu'il avait montré son visage sans dire son nom. Il se doutait bien que la chose serait remise à plus tard mais tout répit était bon à prendre. Quoi qu'il en soit, la frayeur avait rendue la rose d'or bavarde et elle enchaînait les phrases tout en lui tendant sa main à présent. Alliser la regarda avec étonnement pendant plusieurs secondes avant de réaliser qu'elle voulait de l'aide pour se remettre sur ses pieds. Il avait autant envie de toucher sa suzeraine que de s'immoler par le feu, parce qu'il ne se sentait pas le droit de poser sa main de meurtrier et de voleur sur une personne de sa qualité, mais il se leva pour essuyer furtivement ses doigts sur ses braies et les joindre aux siens. Au prix d'une contraction de biceps discrète, la dame put se relever et l'ombre la lâcha aussitôt comme si on l'avait piqué. Il fit un pas en arrière, l'échine courbée en signe de soumission.
Il l'écouta parler et dut batailler contre ses lèvres qui voulaient se mettre à sourire pour garder une expression impassible. Toutes les présomptions de la biefoise à son sujet étaient fausses. En tous cas, Jeanne semblait déterminer à retrouver sa jument et à la manière dont elle avait annoncé la suite, un refus de la part de l'ombre n'était même pas envisageable. Pourtant, il allait devoir lui dire qu'il n'avait aucune envie de pénétrer à Hautjardin par la grande porte et encore moins pour recevoir des pièces pour la simple raison que les Sept s'étaient amusés à faire leurs routes se croiser. Mais déjà la dame s'approchait du sanglier mort. Alliser se retourna pour la voir faire. Le bruit de ses pas étaient à peine perceptibles sur le sol jonché de feuilles mortes. Le jeune homme fut surpris mais ravi d'entendre qu'elle non plus, malgré l'abondance de ses ressources, n'aimait pas gâcher la nourriture. Il ne put s'empêcher de se demander ce qu'elle devait penser qu'une personne capable d'abattre une laie de cette taille et à ce point en colère avec une dague sans sortir blessé du duel. Peut-être n'imaginait-elle pas bien l'habilité qu'il fallait pour accomplir cet exploit. Tant mieux pour lui. Cela ferait toujours une chose de moins à justifier. Il fronça doucement les sourcils en entendant le mot « héros » dont elle voulait le qualifier. C'était presque douloureux d'avoir à supporter ce compliment pour lui alors qu'il s'éloignait tellement de cette figure chevaleresque. Lui se glissait dans l'ombre et exploitait les faiblesses des gens et des lieux pour parvenir à son but. La meilleure preuve de son non-héroïsme était d'ailleurs son hésitation au moment d'intervenir. Il s'en était même fallu de peu pour qu'il décide de ne pas agir, suzeraine ou pas suzeraine.

_ Je vous remercie pour la générosité dont vous croyez devoir faire preuve envers moi en m'invitant à Hautjardin mais je vous assure que vous ne me devez rien. Ou, en tous cas, rien de plus que les mots sincères et le sourire que vous m'avez adressé il y a quelques minutes.

Alliser savait qu'il allait devoir se montrer plus explicite pour ne pas manquer de politesse en refusant l'offre qu'on lui avait faite. Aussi poursuivit-il ainsi :

_ Pour répondre à votre question, Lady Tyrell, je ne suis pas tout à fait biefois mais l'île de La Treille m'a accueilli quand même et j'y vis au service de Lord Jace Redwyne. Tel que vous me voyez là, je rentrais justement à son chevet avec les informations qu'il m'avait envoyé chercher et je serais en peine de le faire attendre.

Cela lui avait coûté mais il avait laissé son affection débordante pour son maître percer exprès ses propos, afin que la dame voit bien qu'il se hâtait moins par crainte d'être réprimandé pour son retard que par envie de le retrouver tout simplement. Ainsi, il fallait l'espérer, elle n'aurait pas le cœur d'obliger son sauveur à rester dans les abords de Hautjardin plus de temps que nécessaire. Quand bien même Jeanne était la suzeraine du Bief et donc la supérieure en autorité du seigneur de la La Treille, Alliser considérait qu'il n'avait d'allégeance qu'avec le Redwyne et il n'aurait pas éprouvé le moindre remord s'il avait du désobéir à un ordre donné par un membre de la Maison Tyrell, le fut-il de Lord Leo en personne.
L'agent se tourna dans la direction qu'avait pris le cheval pour s'enfuir et mit les poings sur les hanches. Il tendit l'oreille pour essayer de repérer quelques sons qui auraient pu le renseigner sur la distance qui les séparaient de Justesse mais aucun de ceux qu'il perçut ne put le renseigner. Il abandonna en silence sont carquois au pied d'un arbre et grimpa souplement dedans, comme l'aurait fait un chat, jusqu'à se tenir debout à bonne hauteur sur une branche. Ainsi perché, il fit un tour d'horizon pour essayer d'apercevoir la bête mais ne la vit pas. Il redescendit avec la même aisance et sauta sur le sol pour reprendre ses affaires et s'équiper de nouveau avant de déclarer de sa voix égale mais toujours douce :

_ Navré mais votre équidé est hors de nos moyens pour le moment. Je ne saurais que trop vous conseiller de rejoindre votre convoi à pieds et d'envoyer des hommes le chercher à cheval. Toutefois, sachez que, que vous choisissiez de suivre mon conseil ou non, je vous accompagnerai jusqu'à ce que vous ayez retrouvé votre escorte. La mienne sera certes de moins bonne qualité en attendant mais je ne peux décemment pas vous abandonner à cette forêt qui, je le crains, ne vous a pas encore montré tous ses mauvais cotés.

Alliser avait trop parlé. Il se sentait bizarre. Il fallait s'appeler Jace Redwyne pour lui tirer autant de mots en une seule fois. Cependant, la situation était particulière cette fois-ci. Il savait qu'il ne pouvait pas faire l'économie des tournures polies chargées de mots avec une interlocutrice comme Jeanne Tyrell. Même si l'avis qu'elle pouvait porter sur lui n'avait absolument aucune sorte d'importance, il ne voulait pas que soit dit qu'un serviteur du Maître des navires avait manqué de courtoisie envers la suzeraine du Bief. Ce qu'il ne voulait pas, en vérité, c'était que Jace ait à entendre un mauvais écho de son comportement, si écho il devait y avoir. Le satisfaire et l'honorer était son but. Il voulait continuer à le rendre fier.
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Message Dim 19 Aoû 2012 - 4:25

Jeanne, était, contrairement à ce que beaucoup pensaient, loin d’être idiote, elle avait une certaine naïveté de prime abord, mais ne vous y trompez pas elle était tout à fait consciente de la nature de l’homme. Elle ne se méfiait pas toujours de tout le monde tant son cœur était porté sur l’amour de son prochain plus que sur la trahison et le complot, mais elle connaissait trop bien les arcanes du pouvoir pour être dupe. Ingénue, elle l’avait été dans sa jeunesse, du temps où elle tombait peu à peu amoureuse de Leo, mais il l’avait déniaisée et la vie à Hautjardin avait achevé de la rendre moins crédule. Cela lui collait désormais à la peau et personne ne prenait la peine de l’informer de rien, aussi devait elle avoir l’esprit vif pour comprendre ce qui se tramait chez elle et comme elle se refusait à espionner les siens, il arrivait qu’elle soit à côté de la plaque. Mais qu’importait, elle ne céderait pas à la tentation de manquer à ses devoirs et de devenir une fouineuse sans foi ni loi, car si les hommes la jugeait mal, c’était le père d’en haut qui la jugerais à l’heure de sa mort, pas ses bourreaux. Elle pardonnait qu’on la prenne pour une idiote, elle ne jugeait pas les choix faits par son époux, elle protégeait ses enfants et l’honneur de sa maison, elle tâchait d’être équitable avec tous et en toute circonstance, elle soutenait son époux pour qu’il ait la force d’accomplir sa tâche et traitait les domestiques comme il se doit pour qu’ils aient toujours le cœur de servir avec loyauté. Une seule chose la guidait, la volonté de faire le bien autour d’elle et d’honorer sa famille, sa contrée et son peuple dans chacune de ses paroles et chacun de ses gestes. Elle avait toujours refusé de tomber dans les travers des Dames de haute naissance et ce quelque soit le prix à payer pour son égo et la finesse de son esprit, elle ne voulait pas que la perversité l’entache.

Elle releva donc que l’homme ne lui avait toujours pas donné son nom, mais ne voulut pas user de son autorité pour l’obtenir et se contenta de ce qu’elle avait à savoir un visage. C’était celui d’un jeune homme dont la mère qu’elle était avait envie de pincer les joues recouvertes de duvet et dont la femme ne pouvait que reconnaître le charme juvénile. En réalité il lui faisait penser à ses jumeaux adorés, mais elle se serait bien gardée de lui faire sa réflexion car il devait être un peu plus âgé et les hommes n’aiment pas qu’on les infantilise. Elle lui sourit et fit sortir de sa tête toutes ses pensées idiotes. Mais en observant bien, elle se rendit compte qu’il ne souriait pas, qu’il semblait même être gêné de devoir se dévoiler, la demande de la Lady n’était pourtant pas déplacée. A moins qu’il ne sache pas trop se comporter face à une noble Dame, ça ne serait pas la première fois que son rang mettait quelqu'un mal à l’aise. Cela prouvait qu’il n’habitait pas dans les environs, car tous ceux qui étaient assez proche de Hautjardin pour croiser assez souvent Jeanne lorsqu’elle allait faire la charité ou qu’elle se promenait savaient qu’il n’y avait aucune raison de se sentir mal à l’aise, tant, évidement, qu’on respectait l’usage et les convenances. Mais cela il semblait le faire à merveille. A part cet oubli de prénom dont elle commençait à soupçonner qu’il ne soit pas fortuit.

Le jeune homme avait un comportement très étrange, poli et respectueux, mais étrange tout de même, laissant la Suzeraine dans l’expectative.

« L’ile de La Treille… je vois, Lord Jace, un fidèle de la maison Tyrell et un ami même si cela fait bien longtemps que je n’ai pas eut l’occasion de le voir hélas, avec tous les drames qui nous touchent. » Il sevrait donc la Maison à la grappe, et il ne voulait pas révéler son nom, et il rapportait des informations au Redwyne, un espion ? Elle ne pouvait en être certaine, mais en son fort intérieur elle savait qu’elle était sur la bonne voie. Un petit sourire entendu accompagna un plissement de paupières alors qu’elle dévisageait à nouveau son sauveur. « Je vous dirais bien de lui transmettre mes sincères salutations, mais j’ai bien peur que cette information ne se glisse que difficilement dans celles que vous devez lui donner. » Un petit rire suivit cette réflexion, elle n’était pas dupe et elle savait que le jour où elle verrait ce mystérieux jeune homme trainer dans les couloirs de Hautjardin, il y aurait de quoi s’inquiéter, mais elle n’avait aucune raison de ne pas faire confiance à Jace. Elle soupira en hochant la tête avec un léger sourire et reprit. « Très bien, j’imagine que vous n’êtes pas de ceux qui cherchent d’avantage que la reconnaissance pour leurs actes de bravoure aussi importants soient-ils et c’est tout à votre honneur. Sachez que la Suzeraine du Bief vous sera toujours reconnaissante et que si un jour vous avez besoin d’elle pour une raison ou une autre, elle fera en sorte de vous aider en souvenir du service rendu. A mon avis, pour cela il faudrait que vous me donniez votre nom. » Elle souleva un sourcil amusé avant de reprendre. « Mais si vous pensez qu’il ne vaut mieux pas, alors je veux bien respecter votre anonymat, car si j’aime donner corps à une identité, j’aime encore plus la loyauté dont vous faites preuve. »

Le problème du cheval n’était pas réglé et l’espion grimpa lestement en haut d’un arbre pour essayer de repérer la belle Justesse, en vain hélas. C’était bien fâcheux, elle devait la retrouver sans quoi elle n’arriverait jamais au lieu du pique nique pas plus qu’elle ne pourrait rentrer à Hautjardin. De toute façon, elle ne pouvait pas laisser la jument courir la campagne, elle était trop belle et trop richement harnachée pour être laissée en liberté, et puis Leo avait d’autre chat à fouetter et d’autres dépenses à faire que de chercher un nouveau palefroi pour son épouse.

« Un homme capable de tuer une laie sans dommage est une escorte qui me sied parfaitement, ne vous en faites pas pour ça. Par contre, pour mon cheval c’est très ennuyeux. Les hommes et les invités montés sont parti en avant pour continuer la chasse, mes gens sont à pieds et je ne saurais gâcher la fête à cause de cet incident, il faut que je la retrouve, et le plus tôt sera le mieux. Je ne veux pas vous retarder dans votre mission, mais j’ai véritablement besoin de vous pour cela. Vous savez pister ? »

Elle se mit à marcher en direction du chemin, enfin le pensait elle en tout cas. Elle entendait des cris, c’était Joffrey qui l’appelait. Avec toutes ses aventures, elle avait oublié qu’elle lui avait demandé de l’eau et qu’il avait dû craindre pour sa Dame lorsqu’il avait découvert le chemin vide en revenant. Depuis combien de temps devait-il la chercher ? C’était-elle tant éloignée du chemin que cela ? Elle lui répondit.

« Je suis par ici ! »

Le puissant quadragénaire déboula des fourrés, paniqué et lorsqu’il aperçut Alliser, il se précipita sur lui armé de son seul bâton.

- MA DAME ! Ecartez vous !
- Joffrey ! Arrêtez !

Il s’arrêta net et baissa son bâton, mais il continuait à observer le jeune homme avec suspicion.

- Cessez vos enfantillages, cet homme ne me veut aucun mal, au contraire, il m’a sauvé la vie.
- Comment ? Que vous est-il arrivé ? Que… Vous allez bien Dame Jeanne ? Vous n’avez rien ? Asseyez vous, laissez moi regarder.
- Ne voyez vous pas ? Je me tiens sur mes deux pieds, je vais parfaitement bien Joffrey, n’ayez crainte. J’ai besoin de vous, c’est important, je suis tombée de cheval et ma jument est partie je ne sais où, il me faut la retrouver rapidement pour aller à la clairière en temps et en heure. Tu vas rattraper le groupe et demander à l’un des limiers de venir, j’ai besoin d’un chien et d’un homme monté, en attendant ce jeune homme veillera sur moi, ne te souci que d’une chose, aller vite et ne pas inquiéter les invités, tu leur diras qu’en cherchant des champignons, vous avez trouvé une piste et que je vous ai demandé d’aller querir un cavalier et un chien pour vérifier avant de faire faire demi tour à tout le monde.
- Je ne peux pas vous laisser seule avec un inconnu. Répliqua le serviteur sur un ton bourru et mal assuré mais qui reflétait son attachement à sa suzeraine et la crainte qu’il éprouve pour elle plus qu’une véritable insubordination. Mais Jeanne n’était pas femme à accepter qu’on réplique à un ordre direct, même par amour.
- Faites ce que je vous demande Joffrey.

Elle avait parlé d’un ton plus fort et sec que celui qu’elle employait d’habitude, sans réplique, et Joffrey s’exécuta. Quand il fut parti, elle se tourna de nouveau vers son sauveur et plongea un regard sévère dans les yeux gris de l’espion comme pour sonder son âme. A quel point pouvait-elle lui faire confiance ? A quel point était-il loyale envers la Maison Tyrell ? A quel point savait-il se taire ? Son choix était hélas limité, elle allait devoir lui faire confiance, mais ce regard perçant lui en disait plus long sur la nature du jeune homme que tous les beaux discours.

« Auriez-vous vu un ruisseau du haut de votre arbre, il faut que je me débarbouille un peu. »
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Message Dim 16 Sep 2012 - 20:22

Alliser n'avait jamais eu les nobles personnes en très haute estime. En fait, il avait trouvé la majorité de ceux qu'il avait déjà rencontré creux sinon pleins de vanité. Aussi aimait-il son maître pour l'intelligence brillante qu'il pouvait lire tous les jours au fond de ses yeux et le respectait encore davantage pour ce fait. Jusqu'à présent, il avait pensé que le Redwyne était le seul noble capable d'une acuité de ce genre mais il pouvait dire, à la manière dont elle était en train de l'observer, que la suzeraine du Bief comptait tout aussi certainement dans le clan des malins. Elle l'étudiait en silence et disait des choses dans le but de le faire réagir, d'une manière ou d'une autre, pour en tirer des conclusions. Ses manœuvres lui plaisaient beaucoup et, même si elle n'était pas assez discrète pour parvenir à les cacher, Alliser pouvait deviner que cette Jeanne Tyrell était un être humain qu'il aimerait bien également. Un discret sourire étira ses lèvres quand il l'entendit réessayer d'obtenir son nom. Ainsi avait-elle remarqué qu'il s'était bien gardé de lui donner jusqu'à présent. Tandis qu'un autre suzerain s'en serait probablement fichu comme d'une guigne, elle, insistait. Était-ce dans le souci de ne pas l'embarrasser qu'elle n'attendit pas sa réponse avant d'enchaîner sur la fuite de son cheval ? Il n'aurait su le dire. En tous cas, l'agent profita de ce répit en la laissant parler. La disparition de sa monture lui faisait apparemment se faire du souci. C'était difficile à comprendre pour lui. Son maître lui avait déjà proposé d'en choisir une qui serait rien qu'à lui dans les écuries de La Treille. Alliser avait décliné son offre. Il ne voulait être propriétaire de rien. Surtout pas d'un être vivant et pensant. En comprendre la raison n'était pas aisé car il aimait être lui-même sous les ordres du Redwyne. S'il ne l'avait pas été, il serait perdu. Il savait seulement qu'il ne pourrait pas se servir d'un cheval avec autant d'aisance qu'il se servait de son arc ou de ses poignards. Ses armes ne pouvaient pas remettre en cause ses mouvements car elles étaient inanimées. Elles étaient donc fiables à 100%. Un animal était un être animé et donc laissé au gré de caprices personnels. Même très bien dressé, il était faillible. Posséder quelque chose d'incertain n'intéressait pas l'espion qui avait bien souvent trop de responsabilités pour pouvoir se reposer sur le hasard.

« Je sais pister » confirma-t-il d'une voix assurée et claire lorsque Jeanne lui posa la question. C'était même le moindre de ses talents mais, cela, la lady n'avait pas besoin de le savoir. Il entendit les appels de Joffrey de longues secondes avant la principale concernée. Il l'observa néanmoins se diriger, d'instinct sans doute, dans la bonne direction. Ils virent bientôt un grand gaillard se précipiter vers eux, armé d'un bâton. Alliser plissa les yeux et porta une main sereine à sa ceinture en devinant que les pas du serviteur le conduisait plus sûrement sur lui que sur la suzeraine. Il n'avait aucun doute sur le fait qu'il pouvait l'épingler comme un papillon avec ses couteaux au lancer. S'il ne le faisait pas encore c'est parce qu'il savait que Jeanne interviendrait bientôt pour le faire s'arrêter. Lorsque se fut fait, l'ombre desserra doucement les dents et fit quelques pas de coté pour s'écarter du quadragénaire hébété. Curieusement, entendre l'homme protester en refusant de la laisser avec une inconnue accrut son estime pour la Tyrell. Être aimée de ses serviteurs n'était pas chose aisée. Il fallait l'avoir par bien des occasions mérité. Cela tendait donc à prouver sa valeur. Alliser croisa lentement ses bras sur son torse et grimpa sur un petit rocher pour faire mine de se désintéresser de la conversation. L'homme partit et le chien du Redwyne sentit bientôt la regard insistant de la dame sur lui. Même si c'était contre sa nature, il confronta ses yeux gris aux siens en silence. Il ne savait pas ce qu'elle pouvait y lire. Sans doute de bonnes choses car elle avait décidé de lui faire confiance, pour le moment. Il ne se sentait pas honorer, même s'il savait qu'il aurait probablement du. Il se moquait des nobles, aussi puissants soient-ils. Seul comptait le sien. Tous les autres étaient aussi insignifiants que le dernier des garçons de champ.

« Je n'ai pas vu de ruisseau » déclara-t-il quand elle le lui demanda avant d'ajouter sans aucune malice dans la voix : « En revanche, j'en entends un. Il n'est pas très loin, je peux vous y conduire ». Bien sûr, les oreilles de la dame n'entendaient rien. Comment auraient-elles pu saisir la discrète caresse de l'eau sur la roche ? Alliser n'y parvenait que grâce à la prédisposition extraordinaire dont le sort l'avait doté et à son entraînement avec le maître dornien. Il avait dit cela sans parade. Il ne considérait jamais les exploits dont il était capable comme des faits admirables et était même toujours gêné quand Jace les faisait remarquer. C'était tout ce qu'il connaissait. Pour lui, c'était la norme et il n'y avait pas de quoi pavaner. « De ce coté » dit-il simplement à sa compagne en commençant à se diriger vers le nord. Il monta souplement sur un petit talus dont la pente progressive permettant l'escalade à tout le monde et fit encore une cinquantaine de mètres entre les arbres. Plusieurs fois, il s'accroupit pour toucher le sol et ainsi s'assurer qu'ils approchaient. Enfin, il repoussa quelques feuilles mortes du pied pour découvrir un gentil filet d'eau qui ruisselait sur des pierres en ligne presque droite, d'ouest en est. Il se surprit en sortant un petit bout de tissu propre de son carquois et le posa à coté de l'eau avant de s'écarter pour laisser voir le tout à la suzeraine.
Promenant son regard sur les environs, comme une sentinelle qui monte scrupuleusement la garde, Alliser huma discrètement l'air pour s'assurer de leur sécurité. Sachant que la question sur son nom ne tarderait pas à resurgir quand la conversation serait relancée – et elle risquait de durer longtemps si les serviteurs de la rose d'or mettaient trop de temps à récupérer le cheval fugueur – l'agent choisi de clore le sujet avant qu'il ne tourne en sa défaveur. « Quant à mon nom, ma dame, sachez que je ne le tiens pas pour sûr. J'ai cru m'en souvenir il y a longtemps mais il est peut-être tout aussi vrai qu'un autre inventé. D'ailleurs, pourquoi ne m'en choisiriez-vous pas un, puisque vous semblez tant tenir à me nommer ? » Ce serait un secret entre eux. Puisqu'elle avait dit lui être redevable. En citant ce nom à la cour, la lady saura qu'il s'agira de cet homme venant la faire s'acquitter de sa dette.
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Message Sam 6 Oct 2012 - 17:02

Spoiler:
 

Jeanne sourit, elle se serait doutée qu’il savait pister, l’inverse l’aurait même étonnée, cela ne faisait que confirmer ses soupçons, et si cela pouvait servir à retrouver sa jument, se serait parfait. En attendant, ça n’était pas vraiment rassurant en soi, les espions de base ne savaient pas toujours pister, les assassins oui, capacité nécessaire pour trouver sa proie et l’abattre. Vu la dextérité dont il pouvait faire preuve avec des couteaux, il était probable qu’il fasse autant partie de la seconde catégorie et connaissant la proximité du Redwyne avec la Main et leur gout à tous pour les services d’information, il était certainement aussi espion. Mais la Dame de Hautjardin savait qu’il n’était pas là pour la tuer, si tel était le cas, elle serait déjà morte une bonne douzaine de fois, alors il n’y avait pas de raisons de s’inquiéter et finalement, elle était plutôt curieuse voir intéressée tant elle aurait aimé avoir un tel homme à son service pour éviter les malentendus dont elle avait été victime. Elle avait envie d’en savoir plus, comment avait-il appris son métier si étrange, comment était il entré au service de Lord Jace, d’où venait-il exactement, où avait-il grandit. Bref comment devient-on espion et comment choisir quelqu’un pour cette tâche le cas échéant. Mais évidement, il ne lui répondrait jamais, déjà qu’il refusait de lui dire son nom, alors lui raconter sa vie, c’était exclu de le lui demander frontalement. Cela dit, cette histoire était bien trop excitante pour qu’elle ne veuille pas tout savoir quitte à ce que se soit des mensonges d‘ailleurs, car finalement, son désir d’en apprendre d’avantage venait autant du fait qu’elle s’intéressait aux autres que du fait que le silence qui régnait dans cette foret l’effrayait quelque peu. Elle préférait la vérité, mais elle ne pouvait de toute façon pas attacher trop de crédit à ce qui sortait de la bouche de cet homme étrange et silencieux. Mais il n’était pas encore temps d’avoir une longue discussion à ce sujet…

« Vous ne cesserez de m’étonner. » Effectivement Jeanne n’aurait pu entendre le ruisseau, mais lui pouvait, preuve d’une acuité auditive hors du commun. Elle n’en fit pas la remarque, se serait inutile, elle avait compris que le jeune homme était imperméable aux flatteries, mais elle n’en pensait pas moins. Elle suivit donc Alliser avec confiance, après tout si elle s’était méfiée elle ne serait pas restée seule avec lui. Ce ne fut pas long, mais lorsque la Suzeraine découvrit le cours d’eau elle fut d’autant plus étonnée que le jeune homme ait pu le repérer. Il était absolument minuscule et elle resta quelques secondes plantée devant perplexe autant de la performance du jeune homme que de la manière dont elle allait pouvoir se contenter de ce mince filet d’eau passant entre les feuilles roussies par l’automne.

« Hum… Bien, comme vous voudrez, alors pour moi vous serez… » Elle réfléchit, bien des noms lui venaient à l’esprit, tels Mainleste ou Criston, mais toutes évoquaient la trop récente rébellion Fenoyr et cela pourrait être mal pris par Alliser comme par ceux à qui il dirait ce nom. Elle opta donc pour quelque chose de plus neutre. « Hum… Maximilien, c’est ainsi que j’aurais nommé mon quatrième fils si les Dieux m’avait offert de être au monde un enfant supplémentaire. Vous devez vous-même avoir l’âge de mon ainé »

Elle prit le linge propre humide que l’agent avait mis à côté du cours d’eau le mouilla et se nettoya le visage et les mains avec soin avant d’enlever tant bien que mal les feuilles et autres brindilles accrochées à sa robe et à ses cheveux. Se fut rapidement terminé mais hélas pour les dommages causés à sa robe par la longue cavalcade, elle ne pouvait rien, et changer de robe ne passerait pas inaperçu. Elle soupira et sortit son propre mouchoir brodé pour s'essuyer.

« Si seulement j’avais pris mon nécessaire de broderie, j’aurais pu faire recoudre tout ça, mais évidement ça n’est pas le genre de chose qu’on prend pour aller chasser… »

Elle s’assit sur un rocher lissa sa robe et resta un moment silencieuse à observer la foret, mais n’y tenant bientôt plus, elle se mit à observer Alliser en silence et finit par sortir la question fatidique.

« J’aimerais en savoir plus sur votre parcours et votre vie, je me doute que vous ne pourrez pas tout me dire, mais peut-être est-il des choses que vous pouvez me dévoiler ne serait-ce que pour nous occuper le temps que Joffrey revienne avec le limier et le cavalier, qu’en pensez vous ? Bien sûr, nous pouvons commencer à chercher ma jument si vous préférez… »

***

L’attente fut longue, le groupe était parti bien loin au gré des pistes du gibier, mais Joffrey avait fait aussi vite que possible au vue de sa carrure, et finalement, Jeanne put entendre le galop d’un cheval qui approchait et le souffle rauque du serviteur qui souffrait de le suivre depuis tout ce temps. Elle les appela pour leur indiquer leur nouvelle position et très vite elle les vit apparaître, un chien, un cheval bai et Ser Warryl dessus suivis de près par Joffrey. Le chevalier parut à son tour étonné par la situation, mais devant le calme de sa Dame, il ne broncha pas, se contentant de mettre pied à terre, de saluer Jeanne, de jeter un coup d’œil méfiant à Alliser et de demander comment elle allait et ce qui s’était passé. Pendant que Joffrey reprenait son souffle, la Suzeraine fit un court résumé de la situation et enfin, donna ses ordres.

- Ser, Maximilien ici présent a prouvé par son geste qu’il était un loyal serviteur de la Maison Tyrell et du Bief, or, il s’avère qu’il est aussi un excellent pisteur, nous pourront donc coupler ses talents à ceux du limier pour retrouver Justesse. Moi je vais rejoindre le chemin avec Joffrey pour ne pas vous ralentir. Faites vite, il faut que nous soyons au lieu du pique nique dans moins d’une heure.
- Ma Dame, si vous me permettez, montez avec moi, se serait trop dangereux de vous laisser seule en forêt avec pour seule protection un simple serviteur désarmé. Je sais qu’il est capable de faire grand mal avec son bâton, mais il est de mon devoir de veiller sur vous et je ne saurais déléguer cette tache plus longtemps vu ce qui vous est arrivé. Je m’en veux de vous avoir laissée seule une fois, je ne le referais point.
- Mon cher Warryl, vous n’avez fait qu’obéir à mes ordres, ne vous reprochez pas ce qui m’est arrivé, ça n’est en rien votre faute. Néanmoins, je ne puis vous détourner de vos vœux par simple caprice, aussi Joffrey retournera seul au chemin et il rassemblera les serviteurs partis chercher des champignons. Ils commenceront à avancer vers le lieu du rendez-vous. Ainsi nous pourrons nous y rejoindre tous dès que j’aurais retrouvé ma monture et cela prendra effectivement moins de temps.

Joffrey avait un peu grogné lorsque le Chevalier avait mis en doute sa capacité à protéger sa maitresse, mais il acquiesça néanmoins et Jeanne s’approcha du cheval et y monta derrière le chevalier avec l’aide du serviteur et de l’homme lige. Des années de retenues étaient difficiles à oublier, elle s’accrocha donc à Warryl avec timidité trouvant cette position indigne d’une Suzeraine, sauf évidement si le cavalier avait été Leo lui-même. Mais la pudeur n’était plus de mise, il fallait absolument se hâter de manière à sauver les apparences pour les invités, sa fierté d’épouse n’avait rien à voir là-dedans et ne devait pas mettre à mal la mission qu’elle s’était donnée. La seule chose importante alors était de ne pas leur donner de raison de s’inquiéter ou de compatir, il fallait qu’ils s’amusent, qu’ils oublient les tensions du moment. Elle s’accrocha plus fermement et du pas ils purent passer au petit galop, allure plus confortable pour elle que le trot vu sa position, en amazone sur la croupe. Elle espérait que son sauveur pourrait suivre et que lui et le chien formeraient une fameuse équipe

« Maximilien, nous vous suivons ! Menez nous à Justesse et je ne vous obligerais pas à rester avec nous pour le pique nique. » Elle rit doucement avant de reprendre en hâte et un peu gênée par sa promptitude à porter un jugement sur les désirs du jeune homme. « A moins que vous n’ayez faim évidement ! »
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Message Mar 4 Déc 2012 - 15:05

Lorsque sa suzeraine lui donna le nom qu'elle aurait fait porté à son fils, Alliser ne se sentit pas autant flatté qu'il aurait du l'être. C'était une belle preuve de confiance et d'estime qu'il recevait là mais il ne pouvait pas s'en douter car il ne se souvenait pas du tout de sa propre mère ni de l'amour qu'elle lui avait sûrement prodigué par le passé. Il ne savait pas que ce genre de choses, aussi simple qu'un nom, était important dans un cœur maternel. « Maximilien », répéta-t-il plusieurs fois dans sa tête pour en savourer la sonorité. Jeanne estima son âge par rapport à celui de son aîné et il se rendit compte qu'il aurait bien été en peine de confirmer ou d'infirmer son hypothèse. En effet, il n'avait jamais tenu le compte. Il était même incapable de se souvenir à quel saison il était né. Cependant, quelque fut la réponse, sa vie était déjà tellement pleine de rebondissements qu'il avait l'impression de vivre depuis longtemps. Avec un pincement affectueux au cœur, il se dit qu'il vivrait encore, tant que Jace voudrait de lui dans son ombre.

Alliser passa les minutes suivantes à feindre de ne pas s'intéresser aux mouvements de la suzeraine qui essayait de se donner bonne figure en retirer les brindilles de ses cheveux. Il y parvint avec brio, les bras croisés sur son torse mince mais finement musclé, la tête à demi détournée. Tout en luttant contre l'envie de lui dire qu'elle en avait encore une au dessus de l'oreille gauche, il se demanda si c'était la coquetterie des femmes qui la faisait agir ainsi ou simplement la dignité des nobles. Lui revenait souvent de mission dans des états impossibles. Couvert de boue ou de sang. Parfois, seuls ses délicats petits yeux gris se discernaient dans la crasse de son visage. Son aspect ne le faisait toutefois jamais rougir. Ce qui comptait, c'était son office fut fait selon le désir de son maître. Pour y parvenir, tous les moyens étaient bons. Tous.

Le silence de Jeanne ne dura qu'un temps et, quand la lady recommença à faire montre de son intérêt pour l'agent, ce dernier s'écarta d'un pas en décroisant rapidement les bras, comme si elle venait de le brûler. L'échine courbée, il l'observa à la dérobée. Plus elle voulait en savoir plus sur lui et plus Alliser la trouvait intéressante. D'ordinaire, les gens qui le croisaient comprenaient rapidement qu'il ne valait mieux pas se frotter à lui et passait simplement leur chemin. Certains étaient trop bêtes pour le comprendre mais Jeanne n'était pas de ceux-là. Le dornien lui prêtait même une certaine intelligence. Il n'en était pas encore au point de la comparer avec celle de Jace qui l'impressionnait plus que tout mais il ne pouvait nier que cette femme semblait avoir un certain discernement. Elle remarquait des choses. Elle en tirait des conclusions. Il était pratiquement sûr qu'elle avait compris quelles étaient ses fonctions pour La Treille. Pourtant, elle voulait le connaître, ce qui était absurde. Ce serait comme voir du beurre et un couteau discuter. Qu'une main saisisse le couteau et rien ne saurait sauver le beurre si l'intention était de se faire une tartine.

Alliser fit un moment mine d'ignorer la dame pour observer de plus près la brisure sur son arc et essayer de réfléchir à un moment de le réparer. Seulement, le regard appuyé de la suzeraine ne lui permit pas de se concentrer suffisamment pour faire aboutir sa réflexion et il abandonna en rangeant les deux morceaux dans son carquois et en les empêchant d'en tomber au moyen d'un savant nœud qu'il avait appris sur le bateau du Redwyne. A cet instant, il aurait d'ailleurs tout donné pour être à ses cotés au château de La Treille, loin de cette illustre personne à qui la politesse lui commandait de parler et la méfiance de se taire. Brusquement, il desserra les lèvres pour souffler : « Il n'y a rien à dire sur moi. Je ne suis que la volonté de celui qui est mon maître et ses désirs sont mes ordres. »
Il ne savait pas que, si Jeanne se demandait à quoi on reconnaissait un bon agent, il venait d'illustrer la réponse pour elle. Récolter des informations, ne jamais en donner, même sous la torture. Et la torture, il connaissait par cœur.

*

L'attente fut longue. Alliser ne pouvait pas s'empêcher de se faire qu'il aurait déjà retrouvé la jument s'il avait pu agir seul. Il s'étonnait toujours de voir à quel point les hommes étaient faibles et lents. Il avait l'impression de faire deux mouvements chaque fois que les autres en faisaient un et que les siens étaient précis quand ceux des autres étaient maladroits. Il ne tirait cependant aucune fierté de son excellence. En revanche, il tirait un certain mépris de ses congénères.
Joffrey réapparut tardivement donc, précédé sans mal par un chien et un chevalier. L'oeillade méfiante que ce dernier lança à Alliser en mettant pieds à terre ne fut pas ni pour l'étonner ni pour le vexer. S'il avait su qui était réellement l'agent, sans doute aurait-il tiré l'épée et aurait-il intimé à sa suzeraine de s'écarter. Le dornien prit le parti de l'ignorer pour fixer son regard sur le chien qui vint renifler ses chausses. Comme s'il avait senti le spectre de la mort planant constamment au dessus de lui, le canidé se hâta de poursuivre son inspection loin de lui et courrata jusqu'au ruisseau où la lady s'était rafraîchie pour bousculer les feuilles de sa truffe. Pensif, Alliser se souvint du surnom que certains serviteurs de La Treille lui donnaient dans son dos, le chien du Redwyne, et il se surprit à se demander s'il faisait un meilleur chien que ce chien-là. Il essaya de s'imaginer sous la forme d'un véritable chien, dormant paisiblement aux pieds du lit de Jace et mangeant à même l'écuelle, sans les mains. Il voyait pourquoi l'appellation était dégradante maintenant.

Ses oreilles captèrent les ordres que la suzeraine donna à son chevalier et attirèrent son attention sur la situation présente. Lui, un loyal serviteur de la Maison Tyrell et du Bief ? Il avait manqué de sourire d'ironie et de corriger l'erreur faite. Il n'avait que faire des Tyrell et de leur Bief. Tout ce qui comptait pour lui était la personne de Jace Redwyne. Si ce dernier lui demandait de protéger les roses d'or alors il le ferait sans hésiter. Mais cela n'était pas à confondre avec une quelconque fidélité. Il ne le ferait que parce que son maître lui en avait donné l'ordre. D'ailleurs, le cas présent illustrait assez bien cette vérité. Il n'avait évité la mort à Jeanne que parce qu'il avait pensé que son maître serait peiné de l'apprendre. Mais, au fond, le fait qu'elle vive ou qu'elle meure n'avait aucune sorte d'importance pour lui. Ce n'était qu'un cœur de plus qui aurait cessé de battre. Un cœur auquel il ne devait rien, quelque soit le nom de son porteur et son rang.
Une fois Jeanne montée sur le cheval derrière ser Warryl, Alliser se sentit un peu plus léger. Comme s'il sentait déjà sa liberté revenir. Il aurait pu tourner les talons et les abandonner tous les trois avec leur bête. Après tout, il avait fait exactement ce qu'il avait dit : accompagner la suzeraine jusqu'à ce qu'elle retrouve une escorte digne de ce nom. Il ne lui devait rien de plus. Il comptait réellement disparaître entre les arbres quand la voix de la dame fit évanouir ses intentions. Apparemment, elle comptait encore sur lui. C'était stupide mais... Il aurait pu fuir mais... Le jeune homme hocha lentement la tête, resserra la sangle de son carquois autour de lui, s'assura que ses poignards étaient solidement attachés dans ses vêtements et, sans crier gare, il détala comme un lapin.

Ses foulées étaient si lestes et rapides qu'il faisait à peine décoller les feuilles mortes du sol. Qu'il franchisse des descentes ou des montées, son rythme était régulier. Il ne ralentissait même pas à l'approche des passages plus délicats et, quand il glissait sur la roche moite, il se rattrapait toujours avec une souplesse animale stupéfiante. Plusieurs fois, il dut arrêter sa course pour se hisser au sommet d'un arbre afin d'observer les environs. Il grimpait à la force des bras avec une aisance déconcertante. Accroupi sur les hautes branches, il se penchait pour écarter le feuillage sans craindre de tomber tellement il était rompu à cet exercice. Au sol, il humait aussi souvent l'air que le chien avec qui il était sensé faire équipe. Malheureusement, le canidé était trop absorbé par les multiples odeurs de gibier que par celle qu'ils traquaient. D'ailleurs, comment aurait-il pu savoir qu'ils cherchaient un cheval et non un lapin ? Il n'avait jamais mangé de cheval après tout.
Tout en suivant la piste, Alliser grinçait des dents. Le maudit animal avait-il fait exprès d'aller vers le nord quand lui voulait se rendre au sud, l'éloignant toujours plus de sa destination ? A ce rythme, il n'atteindrait pas La Treille avant le lendemain et il détestait cette idée. Non pas que Jace s'attende à le voir arriver à une heure précise. C'était juste qu'il n'aimait pas être loin de lui plus longtemps que nécessaire.

Il fallut une bonne demi-heure de traque avant qu'il puisse finalement repérer Justesse du haut d'un arbre. Trop enthousiaste en imaginant déjà fausser compagnie au chevalier et à la Rose des roses, Alliser descendit avec moins de précaution que d'habitude, rata la dernière branche et fut précipité vers le sol. Il n'eut d'autres choix que de se réceptionner sur les mains et de finir l'enchaînement par une roulade périlleuse pour ne pas se briser le dos. D'un bond, il se remit sur ses deux jambes, l'air de rien, et repartit en courant.
Ne voulant pas risquer que le chien trop agité remette la jument en fuite, il l'attrapa par le collier et cloua un des petits poignards dans son collier contre une racine qui sortait du sol. Le limier protesta en essayant de le mordre et gigota pour tenter de se libérer de l'entrave mais n'y parvint pas. L'agent fit alors un signe de la main aux cavaliers pour leur indiquer de rester là où ils se trouvaient et il progressa seul vers l'animal qui broutait la mousse des roches avec indifférence, une centaine de mètres plus loin. Il parvint à déjouer sa vigilance et, quand sa main se referma sur les rennes qui pendaient librement le long de son encolure, c'était trop tard pour fuir. La bête se laissa ramener jusqu'à sa propriétaire, légèrement agacée d'avoir été dérangé dans son festin. Alliser noua la bride à la racine qui retenait le chien avant de récupérer son arme, le libérant par la même occasion. Le canidé rancunier lui donna un coup de tête mais, comme poussé par l'instinct de préservation, n'osa pas faire plus.

« Je n'ai pas faim, merci » lâcha le jeune homme comme pour achever une conversation commencée plus tôt. Il releva la tête vers Jeanne et on put voir l'ébauche d'un sourire entendu passer furtivement sur ses lèvres. Son office était fait. A présent, il pouvait rentrer.
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Les Dangers de la Chasse au Sanglier (Alliser)

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