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Ivresse et Culpabilité

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Message Ven 13 Juil 2012 - 9:39

Côte est de Dorne, Bourg-Cabanes, An 207


Le crépuscule tardait à tomber sur Bourg-Cabanes. Et c'est sans la moindre hâte que Dorion poussait sa monture vers une taverne aux lueurs enchanteresses. La chaleur du jour, insupportable, n'avait eu de cesse de le confiner aux ombres des bâtiments de Lancehélion, alors qu'il tentait vainement de retrouver un seigneur qui, selon la rumeur, aurait des épées à prendre à son service.

Abandonnant ses recherches pour aller jusqu'au port proche, et son air rafraîchissant, espérait-il; Dorion n'avait découvert qu'une succession de bordels aux hôtes aguicheuses, d'auberges à la salubrité douteuse et de débits de boisson bruyants et odorants. Et c'est vers l'un de ses bâtiments au charme relatif que le chevalier se dirigeait, bride en main. Les chants de marins emplissaient l'air proche et jusqu'au dehors, certains d'entre eux hissaient leurs verres vers le ciel, félicitant un mousse pour la perte de son pucelage, un équipage pour leur retour ou une serveuse qui était tombée dans les bras d'un homme. Une ambiance que le jeune ser affectionnait particulièrement.

Se contentant d'attacher sa monture à la longe située devant l'établissement, il examina l'enseigne. Bout de bois flotté, peint à la va-vite, elle représentait une amphore... ou un navire; le tout porté sur un tas de pièces grossièrement jaunes orangées. Le tout jurait avec le nom de la taverne qui se nommait... la Sirène Lubrique. Le Bieffois éclata de rire, attirant à peine l'attention des ivrognes proches.

Poussant la porte rafistolée à plusieurs reprises – que Dorion assimilait plutôt à un tas de planches vaguement liées –, le chevalier put alors voir l'intérieur et la salle commune. Divisée en trois espaces, celle-ci était noire de monde. Par ailleurs, beaucoup d'étrangers s'y trouvaient; davantage que des Dorniens.

La scène où un troubadour se produisait n'était qu'une vulgaire estrade rapidement montée; branlante à tel point que les simples vibrations de l'instrument semblaient pouvoir faire s'écrouler l'assortiment de tonnelets, caisses et autres objets qui soutenait le jeune musicien. Ce dernier jouait d'un rythme rapide et bruyant; mais il n'arrivait pas à couvrir les acclamations et cris du public, ainsi que du reste des clients.

L'ensemble de la salle contenait une vingtaine de tables, rondes, rectangles ou carrées. Chacune avait en guise de sièges divers objets; allant du tabouret classique au... tas de détritus; en passant par d'autres clients endormis et soûls. L'état en était déjà bien dégradé en ce début de soirée, ce qui ne laissait présager qu'une dure nuit.
Le bar, long et courbé, se révéla être la moitié d'une chaloupe installée et calée près du mur du fond. Le tavernier s'inscrivait dans une tradition générationnelle de grands gaillards à la stature colossale. Son faciès n'inspira qu'une vague sympathie au ser qui commanda une bière. Le liquide tiède lui fit penser que ce serait un mauvais breuvage, mais certes alcoolisé.

Après avoir reniflé pendant quelques instants le contenu ambré sombre, il partit vers une table; évitant les femmes de peu de vertu, dont l'activité semblait tout à fait prolifique en ces lieux. Certaines montaient à l'étage avec des clients; gratifiant le reste des clients de sourires charmeurs.

Prenant son courage à deux mains, le chevalier trempa les lèvres dans le liquide. Une grimace orna quelques instants son visage alors qu'il déglutissait douloureusement. Il toussota un moment en reprenant un souffle coupé par l'âpreté de la bière, frelatée certainement.

- Immonde ! Mais y a pas mieux sur toute la côte, c'est dire !

Dorion se tourna vers l'individu qui se trouvait à sa droite. Légèrement plus petit, vêtu de cuir et de fer, une masse au côté; celui-ci avait tout du mercenaire typique. Son teint légèrement hâlé le désignait soit comme un autochtone, soit comme un voyageur. Les deux hypothèses s'effacèrent toutefois rapidement de l'esprit du jeune homme, qui se contenta simplement de répondre.

- Et bien si nous n'avons pas le choix... Cul sec !

Soulevant sa chope, le ser vit son compagnon de tablée faire de même et lui sourit. Ils vidèrent de concert leurs verres, et, les abattirent sur le bois en un claquement sec. Ce qui leur attira un regard noir de la part des buveurs proches, dérangés dans leur monde. Les deux rigolèrent de bon cœur à cette vue.

- Alors, que faites-vous dans l'coin l'ami ?

- Normalement, j'offre mon épée à un grand seigneur ! Mais comme je ne vois pas de grand seigneur ici, je suppose que je vais boire jusqu'à en rouler sous la table !

- Bonne idée, gars ! Allez, tavernier, une autre pour mon copain et moi !

- Tu es Dornien non ?

- Ouais ! Et toi, tu viens d'où mon gars ?

- Le Bief ! Ce pays charmant !

- Ah, y parait que les filles y sont prudes et vertueuses.

- Pas tant qu'elles voudraient bien le faire croire... éclata-t-il de rire.

L'hilarité dura le temps que l'alcool coulait à flots. Et après encore. Jusqu'à ce qu'un groupe de trois marins bouscula Dorion. Ce dernier se leva, pas tout à fait sûr de ses mouvements, et menaça les navigateurs. Ils se retournèrent et l'un d'eux, éméché, leva le poing. Le ser ne lui laissa pas le temps, lançant le sien dans le ventre de l'ivrogne.
Se joignant au chevalier, Lotar assomma un autre et, ensemble, ils jetèrent hors de la taverne le troisième. Malheureusement, ce débordement n'avait guère plu au tenancier qui sortit une arbalète qui, malgré son aspect rustique, semblait capable de percer une armure... tout comme un homme.

Poursuivant leur fou rire, les deux comparses s'éloignèrent le plus vite possible de l'établissement; passant par venelles et rues parfois bondées, parfois désertes. Discutant de tout et de rien au fil de leur course, puis de leur marche; ils atteignirent une autre taverne, dont la façade avait une meilleure apparence et où la clientèle paraissait plus calme. Pour preuve, deux gardes en cotte lamellaire portaient chacun des gourdins et scrutaient les allées et venues.

Malgré une froideur évidente, ils laissèrent entrer les deux trublions qui, pour l'occasion, tentaient de garder le plus grand sérieux possible. En dépit de quelques rires étouffés, ils surent garder un semblant de convenance dans un lieu plus raffiné que le précédent.

À la limite entre un salon et une taverne, l'intérieur était richement décoré; quoique respectant un style assez léger. Des tentures aux couleurs chaudes recouvraient des murs de pierre nue, les meubles semblaient être faits dans un bois de qualité. Ils s'accoudèrent au bar et continuèrent leur ivresse.

Le soleil avait depuis longtemps quitté le ciel; laissant place à une lune brillante. Cependant, l'heure avancée dans la nuit laissait présager une heure qui avoisinait la mi-nuit passée. Aussi les rues se vidaient-elles peu à peu des honnêtes gens. Et c'en fut ainsi pour l'établissement correct.
Après une vingtaine de pintes, ils furent invités à quitter les lieux et firent cela; la présence intimidante des deux vigiles les y incita, et ce le plus rapidement possible. Arrivés dans la rue, ils titubèrent jusqu'à parvenir à une suivante. Puis une autre. Et ce rythme continua ainsi, longtemps après que les esprits furent embrumés.

Le réveil le lendemain fut difficile. L'alcool avait continué à couler la nuit durant et les bagarres s'étaient succédées, aux résultats parfois divers. Les ecchymoses attestaient d'une violence particulièrement poussée dans certains de ces affrontements. Dorion se tourna difficilement sur lui en avisant qu'ils étaient au sol, face à une devanture. Il se rappelait vaguement avoir été jeté dehors par des hommes, sans plus de précisions.

Se relevant à demi, Lotar allongé près de lui, il vit l'aubergiste appeler... la garde. Essayant tant bien que mal de se lever, sa vision se voila alors qu'un choc sourd retentissait. Tandis qu'il sombrait dans l'inconscience, il aperçut une tenancière furieuse, petite et maigre, poêle à la main; tout en percevant un bruit de pas cadencé arriver.

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Message Ven 20 Juil 2012 - 20:08

Cela faisait désormais un mois que, malgré son statut de bâtarde qui en avait fait râler plus d’un, que Sarya dirigeait tant bien que mal la Garde du prince. Qu’il était dur d’être une jeune femme, et mal-née de surcroît, dans sa position ; elle pouvait sentir ces regards malveillants dans son dos qui guettaient le moindre faux pas, souhaitant surement que les éclairs qui étincelaient dans leurs prunelles accusatrices prennent forme et aillent foudroyer leur nouvelle Némésis. Qui se contentait de serrer les dents, le plus souvent. Le nombre de mises à l’épreuve, d’attitudes de défi et d’insubordination auxquelles la guerrière s’était vu confronter était tout simplement mirobolant. Et sa patience s’en trouvait mise à rude épreuve.

La jeune femme restait avant toute autre chose une guerrière, une combattante d’élite, personne ne l’avait jamais formé au commandement, et plus d’un officier des troupes Martell remettait en question ses capacités à les diriger, et si beaucoup le faisaient par pure jalousie et parce qu’ils pensaient être bien mieux qualifiés et expérimentés que la Sand et que la guerrière préférait voir dans leurs calomnies une preuve de leur envie, il lui était impossible de nier que ces dires recelaient peut-être un fond de vérité…

Car si on ne pouvait nier que la demoiselle savait se battre aussi bien que n’importe quel garde et même mieux que la majorité, la gérance des tours de garde, l’intendance des armes, la supervision des plus jeunes recrues… Autant de choses que personne ne s’était jamais donné la peine de lui apprendre. Et tous semblaient compter sur ses presque mythiques éclats de colère, tournant autour d’elle comme des vautours au-dessus d’une carcasse, attendant qu’elle perde patience et démontre son incapacité à gérer la tension qui allait de pair avec ce poste. Et même si la Sand voyait clair dans leur jeu, elle se sentait à fleur de peau et savait qu’il lui fallait évacuer cette colère rageuse et impuissante qui menaçait d’exploser à tout moment. Ses coups de sang lui avaient toujours jouaient de mauvais tour et pourtant, jamais la belliqueuse jeune femme n’avait réussi à se débarrasser de ce travers.

Il lui arrivait parfois de réellement penser que le prince lui avait fait là un beau cadeau empoisonné, même si, que la Rivière-Mère en soit remerciée, elle n’avait encore entendu aucune plainte de la part de son désormais unique supérieur. Cependant elle était certaine que le prince avait eu vent de ses difficultés, mais ce dernier n’était pas du genre à s’en mêler, fort heureusement d’ailleurs ; une intervention de leur suzerain pour conforter dans sa position la nouvelle capitaine lui aurait aussitôt quitté le peu de respect qu’elle avait réussi à glaner auprès de ses hommes.

Enfin, que tous les dieux existants soient loués, cette exténuante journée qui avait semblé se donner un malin plaisir de traîner en longueur s’était enfin terminée, et c’est d’un pas las que le jeune femme regagna ses nouveaux quartiers, presque trop fatiguée pour aller chercher quoi que ce soit aux cuisines. Avisant une coupe de fruit ainsi qu’une assiette de pain et de viande posée en une délicate attention sur le bord de son bureau, Sarya s’arracha le premier sourire de cette longue journée bénissant intérieurement le vieil intendant de Maron, qui en plus de la guider de son mieux dans ses nouvelles tâches et d’être son seul allié, la choyait de ce genre de délicates intentions. Après tout il se murmurait que la mère du vieil homme était une bâtarde… Ceci expliquait peut-être cela.

Toujours est-il que ce fut l’estomac plein mais l’esprit encore préoccupé par tous les soucis qui l’accablai que la fraîchement promue capitaine s’enfonça dans les draps fins de sa nouvelles couches. Au moins, niveau confort, ses anciens appartements ne tenaient pas la comparaison avec le luxe, discret mais bien présents, des nouveaux, contingents à son bureau et situés dans l’une des ailes les plus fraîches du Palais-Vieux.
Et ce fut avec cette dernière pensée en tête que la Sand s’endormit d’un sommeil de plomb heureuse du répit qui lui était enfin accordé.

Le lendemain ce ne fut ni le chaud soleil de Dorne, ni les petits coups discrets que cet insomniaque d’intendant qui la réveillèrent, mais une irruption fracassante alors que le soleil commençait à peine à rosir un ciel sans nuages qui annonçait une journée d’une chaleur suffocante.

-Capitaine, l’une des amantes du prince Doran, vous savez l'aubergiste de Bourg-Cabane, réclame le guet à corps et à cris…


Sans lui laisser le temps de finir, la jeune guerrière se leva d’un bond de son lit si confortable et qui semblait vouloir la retenir entre ses draps, incendiant de ses prunelles de chats, un tic de colère déformant sa lèvre supérieure, le jeune soldat à l’air peu finaud qui venait de troubler son repos. Venant se camper sous le nez du malheureux, elle lui enfonça un doigt accusateur dans le plastron avant de cracher d’une voix furieuse :

-Et que me chaut ! Ceci relève de la responsabilité de Hulin, le lieutenant du Guet, pas des miennes pauvre imbécile !


Se dandinant d’une manière tout bonnement ridicule, le garçon répondit en baissant les yeux avec une moue terriblement gênée sur le visage :

-C’est que… Je n’ai pas réussi à le réveiller M’da… Capitaine ! Je n’ai pas su qui venir voir
!
D’humeur assez peu conciliante, la jeune femme foudroya de nouveau le pauvre benêt qui lui faisait face, se retenant pour ne pas cracher le fiel qui lui venait aux lèvres. Devinant que cet ivrogne d’Hulin avait encore dû tâter de la bouteille, elle se promit, alors que la rage déformait son beau visage en une grimace effrayante, faisant prudemment battre en retrait le nigaud qui l’avait réveillé, que cette fois-ci cet incapable ne s’en tirerait pas si facilement ; elle ferait en sorte que cet imbécile fasse le planton devant les portes de la ville jusqu’à la fin de ses jours ou elle ne s’appelait pas Sand !

Rejoignant d’un pas saccadé sa couchette, elle enfila son plastron, se saisissant également de ses armes alors que le gamin suant au visage ingrat que quelqu’un avait eu la mauvaise idée de doter d’une armure un jour demandait en balbutiant qui ils devaient envoyer pour régler le problème. Se retournant vers lui avec une brutalité sous-jacente et une rage toujours aussi présente, elle cracha, sa mauvaise humeur aussi forte qu’à son arrivée :

-Eh bien idiot, maintenant que tu as eu la bonne idée d’écourter ma nuit, je vais m’en charger moi-même.
Une idée, nourrie par son ressentiment datant de plus d’un mois, vint déformer ses lèvres en un sourire de mauvais augure pareil au rictus d'un fauve montrant les dents. Et tu vas me faire le plaisir de dire au lieutenant Deron et au lieutenant Garin qu’ils vont m’accompagner voir ce qui a tant déranger cette chère dame…

Malgré l’ironie éclatante de son ton, le garçon comprit qu’il n’avait pas intérêt à remettre en question les ordres du capitaine et d’aller bel et bien réveiller également deux des plus anciens et éminents membres de la Garde et de leur annoncer que leur chère supérieure les envoyer accomplir une mission qui . En voilà un pour qui les dieux avaient prévu une journée des plus dangereuses…

Deron et Garin. Les deux bouledogues qui s’ingéniaient du mieux qu’ils le pouvaient à faire de sa vie un enfer, redoublant de coups bas et de vilaines petites machinations. Eh bien soit. Sarya aussi pouvait jouer ; et même si elle répugnait d’ordinaire user de ses stratagèmes, si petits et mesquins, elle comprit que ce n’était qu’en suivant leurs règles du jeu qu’elle parviendrait enfin à rabattre leur caquet. Elle finit donc de s’habiller et fila dans la cours, prenant volontairement tout son temps pour que ses deux ennemis aient tout le loisir de l’attendre. Ce fut un sarcastique « Pour quelle mission si vitale nous avez-vous réveillée de si bon matin… Capitaine ? », elle leur adressa un sourire féroce avant d’enfourcher sa monture sans même leur répondre, sachant pertinemment qu’ils devaient déjà bien être au courant.

Au terme d’une rapide chevauchée ils arrivèrent chez la harpie, tombant sur un innommable capharnaüm de denrées éparpillées, d’épices en suspension dans l’air, de tonneaux et de chases brisés et au milieu de ce superbe désordre, deux loques aux airs vaguement humains surplombés par une jolie matrone à la poitrine développée et dont les mains nerveuses tenaient encore un lourd poêlon en fonte. Riant intérieurement de cette scène cocasse la Capitaine n’en embarqua pas moins les deux évanouis, écoutant avec un air faussement compréhensif les plaintes et jérémiades de le donzelle la rassurant sur le fait que ses pertes seraient remboursées… De tout façon elle n’a qu’à demander au prince Doran, je suis sûre qu’il se fera un plaisir de la consoler de la perte de ses marchandises… pensa la jeune femme, amusée malgré son réveil mouvementé.

Sans même un regard pour leurs prisonniers en sale état, puants et crasseux comme s’ils avaient passé leur nuit à se rouler dans de la fange et du vin, elle reprit la route de Palais-Vieux, les grommellements et les plaintes de ses chers camarades raisonnant comme une douce musique à ses oreilles. Une fois arrivée elle fit jeter le deux ivrognes en cellule, avant de se saisir elle-même d’un seau d’eau et de leur jeter, les réveillant brutalement de leur coma forcé, toussant et crachant. L’un d’eux avait des traits typiquement dorniens, mais le deuxième ne semblait pas de Lancehélion ni même de la région et ceci intrigua la Sand. Surplombant leurs deux masses avachies sur le sol dégoûtant de la cellule, la guerrière les fusilla du regard mais avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche, le plus mat des deux s’exclama :

-Bah si c’est pas la plus jolie v’sion qu’je vois d’puis des jours que j’sois dam’é ! Z’êtes qui mam’zelle qu’on fass’ plus ample co…

Un coup de bottes cloutées entre les côtes chargea de faire taire le délire de l’ivrogne à l'haleine fétide, alors que la jeune femme, lasse et indignée, sa mauvaise humeur refaisant surface avec encore plus de force qu’auparavant, crachait d’une voix sourde, écumante de rage :

-Eh bien mes cochons ! Vous êtes dans de beaux draps, c’est moi qui vous le dis ! Ça vous amuse peut-être de venir mettre le bordel dans ma ville ? Venir troubler mon sommeil avec vos conneries ? Eh bien moi pas ! Et je peux vous le dire que vous allez me le payer mes agneaux, d’une manière ou d’une autre !


Un soldat l’appelant d’un timide « Capitaine » à l’entrée de la geôle la détourna de ses victimes quelques instants. L’écoutant en penchant légèrement la tête, elle finit par se retourner, un sourire mauvais sur le visage :

-On vient de m’informer que l’ensemble de vos dégâts, ajouté à l’amende pour trouble de la voie publique, atteinte aux bonnes mœurs et entrée par effraction, vous ne devez pas moins, à vous deux, un dragon d’or et vingt cerfs au prince Martell. Et je présume que deux traine-misère dans votre genre n’ont même pas quelques pièces de cuivre pour rembourser cette dette ?

Un rictus mauvais sur le visage, les bras croisés sur son plastron, la Capitaine de la Garde Princière attendit tranquillement la réponse de ses deux prisonniers qui avaient vraiment, mais alors vraiment mal choisi leur journée pour venir l’emmerder…
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Message Dim 29 Juil 2012 - 23:52

Le soleil brûlait sans répit aucun les yeux du jeune homme. Quel imbécile avait doté cette terre damnée d'un astre aussi lumineux et chaud comme un brasier rougeoyant ? Un idiot doublé d'un malsain personnage à n'en pas douter. La puanteur ambiante agressait de la même façon l'odorat du chevalier, relents d'urine, de déjections et d'autres vomissures. S'éveillant soudain, Dorion eut besoin de quelques instants pour recouvrer ses esprits entièrement. Ensuite, il avisa d'une femme équipée de pied en cap en guerrière. Mauvais pressentiment.

Partagé par Lotar qui, à ses côtés, le regarda d'un air qu'il connaissait bien. Un peu osé, mais cela pouvait fonctionner. Les méninges en proie au chaos consécutif à l'ivresse, le ser n'en oubliait pas moins les réflexes élémentaires de la survie. Mais ne put s'empêcher de pouffer de rire devant le magistral coup de pied que reçut le reître. Et se calma bien rapidement face au faciès fermé et furieux de la Dornienne.

Le discours enflammé de la garde intrigua le chevalier, qui ne s'attendait certainement pas à être ainsi traité; noble qu'il était. Après tout, pensa-t-il, vu son état, cela était tout à fait logique. Mais, si ce n'était qu'une question d'argent... Dorion avait de quoi payer les dommages. Quoique ne souhaitait pas s'abaisser à donner toute sa fortune pour une taverne. Aussi se leva-t-il en tentant de prendre appui sur le mur. Sur lequel sa main glissa, du fait de la moiteur matinale.

Chutant à terre, heurtant le sol de son fondement, le comique de la situation fit éclater Lotar de rire. Suivi de Dorion lui-même qui avait délaissé son air sérieux pour la grimace de douleur; à laquelle succède désormais un grand sourire. Cependant, la glaciale capitaine de la garde les fit se taire; et Dorion en profita pour parler avant toute fureur.

- Écoutez, très chère. Je ne sais pas comment s'est déroulée cette nuit, mais je puis vous assurer que nous ne sommes en rien responsables des crimes dont vous nous accusez. Vous devez faire erreur, nous sommes de simples ivrognes; et nous avons tenté de protéger, au péril de notre vie, la taverne d'une bande de fauteurs de troubles !

Les mots prononcés par le ser le surprirent lui-même par leur force et leur calme. Sans doute était-ce le fait de ne dire que la vérité. Au moins pour la grande majorité. Dorion ne souhaitait pas, ô Dieux non, être puni pour un crime qu'il n'avait pas commis. Encore s'il l'avait réellement commis...

En l'occurrence, il espérait avoir convaincu la garde, qui pourtant semblait un réel défi quant au charme des hommes. Lotar avait pourtant une certaine expérience dans la séduction et avait été récompensé de ses efforts par une sévère rouste. Un public difficile. Mais si la vérité ne triomphait pas. Alors il demanderai la justice. Quitte à tuer pour cela.

- Quoiqu'il en soit, si vous souhaitez toujours accuser des innocents, je réclame la justice du roi. Je demande à vous combattre en duel, vous ou votre champion si vous préférez, afin de prouver nos dires. Et je ne reculerai devant aucun effort pour se faire. Nous n'avons fait que boire et nous bagarrer aimablement; nous ne sommes pas des hors-la-loi.

Se relevant, cette fois forçant sur son genou, il fit face à la jeune femme. Et il remarqua une beauté que la colère rendait floue. Pensant avec regrets à la possibilité morte et enterrée de pouvoir charmer cette tornade, Dorion tenta d'imaginer quel visage elle pouvait revêtir en dehors de la fureur. Il fut troublé par cette vision, mais ne départit pas de ses positions. Il demeura stoïque, attendant une réponse quant à ses demandes. Espérant secrètement de ne pas devoir tuer.

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Message Dim 12 Aoû 2012 - 2:59

Toisant de son regard vert emplis d’un mépris bien visible, la jeune femme contemplait les deux ivrognes puants et crasseux qui tentaient de se remettre bien maladroitement sur leurs pieds, une moue de pur dégoût faisant froncer son nez délicat en une grimace qui lui donnait un air des plus pincés et qui ne lui allait pas du tout. Regard ferme, bras croisés sur son plastron de haut gradé richement décoré, elle fixait d’un air peu amène le plus grand de ses deux prisonniers qui semblait enfin près à réagir à ses paroles, malgré l’air harassé de cette outre à vin de pacotille qui avait trouvé bon de venir s’acoquiner dans saville.

Ce fut méfiante et s’attendant à un discours encore bien trop imbibé de vin et de bière pour être logique que la Capitaine écouta, lasse par avance, les mots que prononçait le jeune homme qui lui faisait face. Au fond, elle n’espérait bien entendu pas que ces deux roturiers, sales comme des porchers et qui avaient dû réduire à néant leur maigre paye dans leur buverie de la veille, réussissent à rembourser la somme incroyable qu’elle venait de leur demander. Non, mais elle comptait bien les garder au chaud dans une cellule pendant quelques jours, histoire de leur mettre du plomb dans la tête et de leur apprendre qu’on ne troublait pas, volontairement ou non, le sommeil et la tranquillité de la capitaine de la Garde Princière !

Cependant qu’elle ne fut sa surprise en entendant la diction éduquée de l’homme à l’aspect étranger qui venait de prendre la parole. Cherchant à voir sous la crasse un quelconque signe de noblesse sur ce loqueteux, elle ne put s’empêcher de noter que ses habits, bien que sales et crottés, semblaient de bonne facture, et son maintien ainsi que ce verbiage mielleux qu’elle ne connaissait que des nobles lui mirent la puce à l’oreille. Peut-être qu’elle pourrait se faire payer son amende finalement…

Ce fut le visage fermé, mais un tic nerveux déformant ses lèvres en un sourire ironique à l’écoute de ce « très chère » plus que mal placé et qui ne faisait pas remonter l’étranger dans l’estime de la Sand qui avait toujours vu ce genre de politesses réservées aux dames comme une hypocrisie flagrante et flagorneuse quand elles lui étaient adressées. Non mais franchement, est-ce qu’elle avait une tête à ce qu’on la traite comme une dame ?

Cependant si le début lui avait soutiré un sourire sarcastique la fin de cette minable justification la fit éclater d’un rire incrédule ! Eh bien, qu’est-ce qu’il ne fallait pas entendre ! Protéger la taverne hein ? La gérante des lieux n’avait pas l’air très d’accord avec cette version des faits. Au moins on pouvait dire que cet outre à vin n'avait pas froid aux yeux ! Son hilarité calmée, elle continua d’écouter poliment le jeune homme sans mot dire, un air franchement amusé et railleur sur le visage, démontrant de manière on ne peut plus claire ce qu'elle pensait de cette manoeuvre osée, attendant de voir combien d’autres monceaux de conneries incroyables ce drôle d’hurluberlu allait bien pouvoir lui sortir désormais ! Et avec visiblement la ferme croyance qu’elle le croire en plus ! Son ton calme et son air sérieux ne faisait de son point de vu que rajouter à l'aspect comique de la scène.

La suite cependant effaça son sourire ironique. Ignorant sciemment les interrogations muettes et les justifications maladroites contenues dans cette lamentable plaidoirie, la jeune femme prit la parole d’un ton froid et calme, contrastant étrangement avec ses accès de fureur passés.

-Qui êtes-vous ? Vous vous comportez comme le dernier des gueux en vous roulant dans la vinasse et la fange, mais vos paroles puent la noblesse à plein nez, étranger !
S’étant rapprochée lors de cette phrase introductrice qui n’avait à première vue rien à voir avec le thème actuel, la jeune femme dévisagea froidement de ses yeux verts le mince noble qui osait venir lui parler de justice de roi.

-Ainsi donc, vous protégiez cette taverne hein,
reprit-elle d’un ton goguenard, tournant autour du jeune godelureau comme un chat le ferait avec sa proie, ses bottes martelant le sol d’une manière on ne peut plus énervante. Je me demande ce que la propriétaire, la dame qui vous a assommé soit dit en passant, dirait de cela… Elle n’avait pas l’air très d’accord toujours ! Le ton ironique de sa voix était on ne peut plus audible.

Arrêtant ses tours elle vint se planter face à l’ivrogne, enfonçant un doigt ganté et accusateur dans sa tunique avant de siffler comme une vipère du désert, les yeux plissés en deux étroites fentes menaçantes :

-Et sache étranger que nous sommes ici à Dorne et que la seule autorité que nous reconnaissons est celle du prince Martell ! Ne t’avise plus jamais de parler d’une quelconque justice royale en ces lieux !

Cela faisait longtemps que Dorne était rallié aux Sept-Couronnes mais cela prendrait bien plus de temps encore avant que les Dorniens de laissent tomber leurs principes de sable et de sang pour adopter des pleutreries telle que cette soi-disant justice du Roi ! Du moins pas tant qu’elle serait Capitaine de Lancehelion ! Reprenant son souffle, elle s’éloigna de la puanteur qu’émanait l’étranger avant de reprendre d’une voix doucereuse, comme calmée:

-Cependant ton insolence m’amuse… Tu n’as beau être qu’un de ces misérables gorgés de sucre et de sève et dont regorgent nos frontières, tu ne dois pas ignorer que nous autres Dorniens aimons la fierté. Et même si la tienne s’apparente plus à de l’arrogance, je vais te laisser une chance de me démontrer que ta version de l'histoire est la bonne.

Reprenons son souffle, elle laissa un silence plein d’expectatives planer dans l’étroite cellule alors qu’un sourire amusé vint tordre la commissure de ses lèvres en un rictus félin.

-Je vais donc, comme je viens de le dire, te laisser une opportunité, arrogant étranger. Toi et moi, un duel au premier sang. Tu gagnes toi et ton… compagnon, êtes libres. Tu perds vous serez les invités de cette jolie cellule pendant encore trois jours, histoire de faire entrer dans vos cervelles de piafs qu’on ne fout pas impunément le bordel dans cette ville ! Alors ?

Il allait sans dire que la Sand ne doutait pas une minute de ses chances. Bien entendu, elle enlèverait son armure histoire de rester équitable et s'adapterait à la protection de son adversaire pour savoir combien de ses lames user... Oui elle resterait un minimum juste dans cette histoire, mais elle était reposée et entraînée, et elle était certaine que le jeune homme, bon bretteur ou non, ne lui poserait pas de difficultés au vu de la nuit que ce dernier venait de passer… Mais qui sait, l’excitant d’un combat, c’est que tout peut arriver…
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Message Jeu 30 Aoû 2012 - 15:36

Le rire de la Dornienne n'avait rien de charmant, ni même de mélodieux. Il était empli de mépris, d'un mépris hautain; qui confinait presque à la haine dédaigneuse. Courant chez certains Dorniens, le sentiment d'une indépendance farouche les poussait à détester sans bornes – et sans réelle raison – tout ce qui venait d'ailleurs en Westeros. Fallait-il leur rappeler qu'ils en étaient partie, pour le meilleur ou pour le pire ? Sans doute pas, au vu du climat ambiant. Si le soleil et le désert étaient d'une chaleur insoutenable, les autochtones pour quelques-uns d'entre eux semblaient plus glacés que les Marcheurs Blancs eux-mêmes. Et un frisson parcourut l'échine du jeune Bieffois. Qui sait ce qui pouvait arriver dès lors que la capitaine de la garde souhaitait sa mort ? Aussi allait-il combattre... Tuer ou être tué. Cependant, Dorion était loin d'être idiot. Combattre dans un tel état était absolument proscrit... Mais les paroles de la demoiselle le poussèrent dans une fureur comparable. Froide et calculatrice. Elle allait regretter ses paroles, garde ou non.

- Sachez que je suis Dorion de la maison Varnier, seigneurs d'un majestueux domaine du Bief ! Dès lors, roturière, je vous serai gré de me traiter avec tous les égards dus à mon rang et de me libérer sur l'instant. Les réparations seront payées par mes fonds; et, sachant que nul n'a été blessé durant les échauffourées de la nuit, il n'y a plus aucun motif pour nous garder en cette cellule. De plus, ...

- Dorion, on devrait p...

- Un instant, que je termine. De plus, disais-je, votre manque de respect est digne d'être puni. Devant un honorable représentant de la noblesse, vous devriez mettre genou à terre et présenter vos respects; est-ce bien compris ou dois-je me plaindre de vous au prince qui, j'en suis sûr, ne souhaiterait pas qu'une misérable déclenche un incident diplomatique en son domaine. Pauvre sotte, vous ignorez sans doute tout de la politique des classes supérieures; mais cela n'est pas étonnant, votre rôle se limitant à jouer les dures face aux poivrots.

La colère aveuglait le chevalier, mais il restait dans celle-ci intelligent et, avant tout, arrogant. Aussi, quand bien même poussait-il la bâtarde dans une rage indicible, il savait pertinemment qu'il avait fait mouche. Nul roturier, aussi gradé soit-il, ne pouvait se permettre d'agresser et d'insulter un noble, étranger ou non. Le prince Martell serait forcé d'emprisonner son capitaine, voire de la pendre. Rien ne protégeait les petites gens des familles du grand monde. Le contraire pourtant était moins vrai. Dans ce bas monde, qu'importe quelle folie ils souhaitaient les grands de ce monde pouvaient agir en toute impunité.

La proposition, si tant est que cela en soit une, semblait tenir du plus mauvais goût. Un duel pour substituer à la justice royale, sous prétexte que Dorne était "libre". Peu importe quelle circonstance, peu importe les désirs sanguinaires de la capitaine; Dorion savait qu'un combat dans son état était proscrit... sous peine de perdre la liberté durant quelques jours. Et le ser n'aimait pas le moins du monde les cellules. D'autant qu'il n'en avait guère l'habitude. Aussi tenta-t-il la carte de la fierté, du moins de la sensibilité que peuvent avoir les Dorniens.

- Vous dites que vous respectez la fierté, mais vous voulez combattre un homme éreinté, encore passablement éméché et qui n'est certainement pas au mieux de sa forme ? Je me demande quel genre de courage il faut pour oser s'attaquer à tel adversaire... Enfin, si vous me permettez, je profiterai d'une journée et une nuit de repos; afin d'être prêt pour ce combat. Je m'en voudrai de vous forcer à affronter un adversaire si diminué qu'il serait plus ardu de croiser le fer avec ma grand-mère, les Sept aient pitié de son âme.

Lotar, qui pouffait doucement aux côtés de Dorion, ne cessait d'avoir une petite angoisse au ventre. Lui n'était qu'un mercenaire roturier; il ne pouvait partager la folie orgueilleuse de son compagnon de beuverie... Mais comprenait l'utilisation de la situation sociale supérieure du ser. Lorsque le Bieffois s'avança d'un pas, il le suivit en faisant attention à ne pas regarder dans les yeux la capitaine.

- Je vous prierai de vous écarter, de nous laisser passer. Nous allons nous retirer dans un établissement un peu plus... salubre que celui-ci. Et, ne vous inquiétez pas, nous ne causerons plus aucun trouble. Ensuite, demain, à l'heure que vous choisirez, nous nous battrons.
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Ivresse et Culpabilité

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