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Nulle amie ne vaut une soeur ▬ Valencia

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Message Mer 11 Juil 2012 - 13:30

     La discussion entre Clarence et Virginia remontait à une journée environ, mais la jeune femme avait eu le temps de réfléchir à la proposition qui lui avait été faite. L'accompagner à Port-Réal où elle pourrait avoir le plaisir de le voir à l'œuvre et bien évidemment, de rencontrer des personnages intéressants et de se lier avec eux. Il était évident que si Villevieille était un carrefour aux voyageurs, la capitale de Westeros était bien différente de la cité des Hightower. Il devait y avoir énormément de choses à découvrir là-bas, sans compter que de surcroit, changer d'air ne lui était pas offert tous les jours. Virginia ne goûtait pas particulièrement aux longs voyages à cheval, elle n'était pas une cavalière très adroite pour être sincère, mais elle trouvait plaisant de pouvoir de temps en temps changer de décors. Depuis les quelques tournois auxquels la famille Hightower avait assisté, les pas de la jeune femme ne s'étaient jamais éloignés bien longtemps de sa ville natale. Grand-Tour était sa maison, mais comme elle le disait souvent à Calvin, il était bon de pouvoir de temps en temps permettre à ses yeux de découvrir de nouveaux paysages ou de nouveaux visages. C'était donc pour cette raison qu'elle s'était brièvement entretenue avec Charles afin de savoir si elle avait la possibilité de s'éloigner de Villevieille en lui laissant le soin d'assurer les affaires de la maison. Le jeune homme était parfaitement capable d'assumer ce rôle, tout le monde le savait bien, mais s'il avait demandé à sa sœur de rester à ses côtés pour l'appuyer, elle l'aurait fait. Seulement Charles lui fit savoir qu'elle pouvait profiter de l'occasion offerte par Clarence. Ce fut donc décidé, elle l'accompagnerait à Port-Réal !
     Après avoir fait part de sa décision à son aîné, la demoiselle avait brièvement discuté avec lui et il en était sorti qu'il serait certainement agréable pour elle qu'elle propose à Victoria ou Valencia de l'accompagner. L'idée était intéressante en effet, les deux plus jeunes filles de la fratrie Hightower devaient certainement avoir autant envie que Virginia de quitter un peu la demeure familiale pour se rendre à la capitale. Mais qui choisir ? Tout d'abord, la jeune dame pensa à Victoria avec qui elle partageait une complicité différente d'avec Valencia, mais après réflexion, ce fut justement ce point qui lui fit choisir Valencia. Elles s'entendaient bien évidemment très bien, comme deux sœurs devaient s'apprécier, mais au fond d'elle Virginia voyait là l'occasion de se retrouver seules toutes les deux, pouvant ainsi permettre à leur lien de s'approfondir. Peut-être qu'un changement de décors aiderait encore davantage ? C'était une idée qui méritait d'être vérifiée. De plus, Port-Réal possédait un septuaire plus digne qu'aucun autre d'être visité et par conséquent, vu le côté pieu de Valencia, Virginia était persuadée que sa sœur serait enchantée à l'idée de pouvoir s'y rendre.

     Virginia avait donc cherché à trouver sa sœur qui devait être occupée quelque part dans l'un des nombreux étages de Grand-Tour et après s'être renseignée auprès de quelques domestiques, la jeune femme réussi enfin à la localiser. Entrant dans un salon meublé avec goût - comme toutes les pièces de la forteresse d'ailleurs - la demoiselle s'approcha du siège où était installée Valencia. Elle était toujours aussi présentable et soignée au grand plaisir de sa sœur aînée. Alors qu'elle se glissait aux côtés de la jeune dame, les effluves du parfum qu'elle avait utilisé pour ajouter une touche de délicatesse à sa coiffure, arrivèrent aux narines de Virginia qui laissa un sourire naître sur ses lèvres. La pieuse dame n'avait pas hérité d'un physique à faire pâmer tous les hommes devant elle, mais comme toutes les femmes de la maison Hightower, elles étaient plus que capable de tenir un discours digne de ce nom face à n'importe qui et il était évident que cela valait largement plus qu'un physique digne de Shaïra Seastar. Toutefois, Valencia veillait toujours avec autant de soin à présenter une toilette parfaite, chose qui était inhérente au statut de dame de la maison Hightower selon Virginia. Elle était donc toujours rassurée et heureuse de voir que ses deux sœurs cadettes partageaient son opinion. Glissant sa main sur l'épaule de Valencia pour la frôler et attirer son attention, elle la salua. « Bonjour Valencia, comment vas-tu aujourd'hui ? » C'était une question sincère. La plus âgée des deux sœurs s'inquiétait réellement de savoir comment se portait les membres de sa famille - même si son inquiétude la plus prononcée allait à Clarence - et elle attendait donc la réponse de Valencia avec attention.
     Elle s'installa sur un siège face à celui occupée par la jeune dame pieuse et laissa ses yeux verts se promener sur son visage quelques instants. Depuis que Clarence et Calvin étaient occupés et mandés par la moitié des seigneurs de Westeros, Grand-Tour était devenue très calme. La présence rassurante de ses frères lui manquait, même si elle ne le manifestait pas forcément. Une dame devait avoir de la retenue et Virginia savait bien que Clarence était conscient du vide qu'il laissait chaque fois qu'il quittait Villevieille. La jeune femme se demanda alors si Valencia ressentait la même chose. Il était de notoriété publique que la demoiselle avait toujours été plus proche de leur frère défunt, l'héritier « légitime » de Grand-Tour. Est-ce que cette proximité lui faisait voir les choses sous un autre angle ? C'était une discussion intéressante, mais malheureusement bien trop morbide pour en converser en temps de guerre. Virginia voulait mettre du baume au cœur de sa cadette et espérait que sa surprise allait lui plaire. Affichant un léger sourire, la jeune femme ne tarda pas davantage à lui révéler la raison de sa présence ici. « Je te cherchais justement, je voulais te faire part de quelque chose. » Elle parlait d'un ton très calme et sans se presser comme à son habitude. « Tu n'es pas sans savoir que Clarence va repartir prochainement pour des affaires importantes, il m'a proposé de l'accompagner à Port-Réal quelques temps. » La jeune femme observa une légère pause, ses yeux ne quittant pas le minois de sa jeune sœur comme si elle guettait la moindre réaction. « J'ai accepté et il m'a proposé de demander à l'une de vous deux de m'accompagner. » Vous deux qualifiait bien évidemment Valencia et Victoria. « J'ai pensé à toi. Je me suis dit que ce serait là l'occasion de nous retrouver un peu seules toutes les deux. De plus je connais ton côté pieu et je pensais que tu serais heureuse de pouvoir te rendre au septuaire de Baelor. » Bien évidemment, le dernier mot revenait à Valencia et c'était à elle seule de décider si elle avait effectivement envie de voyager aussi loin pour profiter de quelques temps seule avec sa sœur. Clarence serait certainement trop occupé pour passer beaucoup de temps en leur compagnie, elles seraient donc très indépendantes.
     Après une légère pause, la jeune dame continua. « J'imagine que Clarence et Calvin seront très occupés, Victoria et Charles resteront à Villevieille pour s'occuper des affaires et nous pourrons donc profiter de ce temps pour apprendre à connaître d'autres lieux et d'autres personnes. » Comme Clarence l'avait dit, d'ici quelques lunes elle serait peut-être l'épouse du seigneur de La Treille et se forger des liens avec des contacts intéressants pouvait donc être un réel plus pour eux. Puis si le mariage ne se faisait pas, les Hightower avaient toujours besoin de soutiens divers après tout. Remettant une mèche bouclée de ses cheveux en place, Virginia ne quittait pas sa sœur cadette du regard avant de l'interroger une dernière fois. « Qu'en penses-tu ? » Si Valencia refusait, elle pourrait toujours le proposer à Victoria après tout, mais il était vrai que l'idée de se retrouver tranquille avec sa pieuse sœur lui plaisait beaucoup.
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Message Jeu 12 Juil 2012 - 19:30

Le murmure de la page tournée froissa le silence de la pièce sans le briser. Posant le bout de ses doigts sur la page découverte, la jeune lady décrivit du regard une gravure reproduite à l'encre bleue sombre et jaune or, représentant deux constellations capricieuses, dont la vue était rare. Elle cilla alors que le souffle des gonds de la porte gardant son étude l'avertit qu'on venait d'entrer dans la pièce, le chuchotement des tissus fins et des jupons brassés lui indiquèrent qu'il s'agissait d'une dame. La main de la jeune femme se retira à regrets du vélin riche et coloré et, glissant la figurine d'ivoire plane qui lui servait de marque-page au creux de son livre, elle le referma alors que son épaule était frôlée. Levant le visage, elle croisa les yeux de sa sœur aînée, à laquelle elle adressa le regard doux et voilé de brumes qu'elle affichait toujours, lorsqu'elle se perdait dans les lointaines contrées de savoirs qu'elle ne maîtrisait pas et qu'elle brûlait de découvrir, en aventurière armurée de taffetas et armée d'une plume. Redressant la nuque et ouvrant légèrement les bras qu'elle avait eus fermés sur son étude, elle offrit à Virginia un sourire dont la retenue n'était que le reflet de sa sobriété naturelle et non celui d'une quelconque froideur, ce dont son sang avait coutume et qui tendait à repousser tout étranger à leur clan. Le salut ourla ses lèvres d'un pli un instant plus prononcé.
    « A merveille, je lisais. Quant à toi ? »

L'aînée s'installa, ainsi qu'un rien de silence de nouveau. L'absence de paroles n'était que rarement pesante en ces lieux : les longues années à affronter les heurts ensemble avaient forgé au feu du malheur une fratrie unie, soudée, liée par la confiance et l'affection, ce qui n'était que trop rare en Westeros ; la seule personne qui alourdissait l'air aux yeux de Valencia était leur mère, mais elle ne le disait pas et s'autorisait tout juste à le penser. Elle l'écoutait lorsqu'il le fallait, elle l'évitait lorsque c'était possible et séant et c'était avec un plaisir inconscient qu'elle retrouvait dans le visage de sa sœur quelques traits venant davantage de leur père, défunt et estimé – l'un des drames de la Pieuse était sans doute d'adresser trop de tendresse aux morts. Joignant ses mains devant elle, sans pression ni nervosité, elle écouta le phrasé délicat et délié de Virginia, hochant légèrement la tête à sa question induite – leur lord et frère Clarence s'apprêtait pour un voyage vers Port-Réal et elle avait, bien entendu, connaissance du fait. Une bribe du parfum dont elle avait oint sa chevelure au matin s'échappa et une volute paresseuse se porta entre les deux jeunes femmes. Rose, miel et essence légère d'un fruit que le parfumeur avait refusé de définir, sans doute un agrume, teintèrent l'air un instant d'un voile d'hespéride, évoquant un été qui refusait de revenir, chassé qu'il était par l'automne conquérant. Valencia aimait cette saison pour ses pluies enjoignant à la retenue, son appel à la maturation évoqué dans les cultures, ses teintes riches et boisées, mais elle appréhendait ses orages fréquents et les senteurs dont elle s'entourait étaient une façon discrète de les exorciser.

Virginia poursuivait ; elle lui déclarait qu'elle était en partance pour suivre leur frère et qu'elle serait accompagnée – d'elle-même, au demeurant. Bien entendu, Valencia n'ignorait pas que sa sœur ne la contraindrait nullement et qu'elle pouvait refuser si son cœur répugnait au voyage, mais la pieuse dame n'était pas âme à repousser le choix de ses aînés pour un dégoût qui, du reste, n'existait pas. Elle était simplement un peu surprise et ce sentiment put se sentir au léger mouvement de son bras, qui chassa le livre d'entre elles deux pour s'appuyer au rebord de la table et la laisser se pencher un peu. Être préférée à Victoria l'intrigua un instant. Nullement jalouse de la relation liant Virginia à leur cadette à tous, elle avait pris coutume de les observer l'une avec l'autre sans s'impliquer autrement que par sa bienveillante et songeuse bénédiction, que le choix fut cette fois différent piqua sa raison de l'envie de percer cette énigme modeste. Son aînée n'avait-elle pas déclaré qu'elle seraient seules, toutes deux ? Avait-elle quelque confidence à lui glisser, ou désirait-elle s'entretenir de choses qui ne pouvaient s'évoquer que sous un ciel différent ? Il y avait eu des rumeurs de mariage, peut-être était-ce cela – peut-être était-ce même le sien propre ? Peut-être également était-ce seulement la visite du septuaire de Baelor, dont l'évocation fit naître une roseur d'aise à ses joues et une lueur plus claire dans ses yeux d'absinthe. En tous cas, toute guerre entraînait des changements et elles n'étaient plus des enfants, contrairement au temps de la révolte Feunoyr, ce qui impliquait qu'elles devaient accomplir leur tâche de dames et se lancer dans le jeu des alliances et des démonstrations feutrées. Elles n'étaient pas encore mariées et étaient plus qu'en âge et si leur défunt grand-père avait été distrait de certaines réalités par sa tournure d'esprit tardive, Clarence ne l'était absolument pas. Loin de s'en offusquer, Valencia s'était préparée depuis longtemps déjà à l'entremise bienveillante de son nouveau lord et accueillait cette proposition comme telle. Elle se laissa penser également que laisser Victoria en dehors de l'abri de son aînée ne pourrait que lui permettre d'ouvrir ses ailes et d'appréhender mieux ce qui serait bientôt sa tâche, en temps que Hightower. Avec la simplicité délicate qui était la sienne, elle répliqua.
    « Je n'en pense que du bien, Vina. »

Elle appuya son approbation du surnom affectueux qu'elle lui avait attribué durant l'enfance et qu'elle avait peu usé depuis la mort d'Abelar, en une volonté assez inconsciente de lui prouver qu'elle acceptait également, en transparence, la complicité qui serait la leur dans ce périple vers la capitale. Haussant ses sourcils fins, elle posa un ongle sur la couverture du livre clos qu'elle avait parcouru jusque là.
    « Sais-tu, je pensais à toi moi de même. Tu l'as sans doute déjà lu, il parle des étoiles qu'on peut chasser en cette saison. J'ignorais qu'il y avait tant de choses à voir. C'est fascinant, tous ces domaines qu'on peut ignorer alors qu'il n'y a qu'à lever son nez... Ah, l'Aïeule sait que j'ai le mien souvent penché. »

Penchant brièvement la tête sur son épaule, elle souligna sa pensée dérivante d'un autre battement de cils, avant de se redresser tout à fait et de poser sa main incriminante sur la broche étoilée qui ne la quittait jamais – des esprits chagrins allaient jusqu'à ironiser qu'elle devait aller au bain en la serrant encore. Elle n'était pas une bigote bornée, pas plus qu'une acharnée de la prière léchant son étoile à chaque mot se rapprochant du nom des Sept, mais l'idée de visiter le septuaire le plus réputé restait à danser en filigrane devant ses yeux et elle se figurait déjà aller et venir entre les autels, en ayant le privilège de pouvoir exprimer pleinement sa gratitude et sa foi. Le simple fait de prier était, pour elle, une récompense à sa dévotion en soi. Valencia tirait une sérénité rare et une force vive de la certitude de Leur présence et de Leurs regards, qui lui permettait d'envisager son destin avec l'impression que chacune de ses tâches à accomplir n'était pas un devoir, mais un privilège, ce qui repoussait loin d'elle la pesanteur qui semblait saisir certains ou certaines devant le carcan de l'étiquette et de la politique. Le jeu des intrigues lui revint en mémoire et, d'une voix plus aiguisée mais pas moins douce, elle poursuivit sur le sujet qui trottait en son esprit.
    « Le septuaire, oui, j'en brûle déjà. Mais, dis-moi, Vina, tu as sans doute pensé à d'autres visites, n'est-ce pas ? »

Assurément oui et, docile tout autant que curieuse, elle restait penchée, les yeux ancrés dans ceux de son aînée, qui les avait plus clairs que les siens. Leur vert était de la même eau, toutefois, et on pouvait reconnaître leur lignage à cette teinte assez particulière, quand bien même Valencia les avait moins limpides et plus orageux, ironiquement, que ceux dans lesquels elle perdait ses songes. Le temps judicieux de se rendre aux Terres de la Couronne était venu. Si la guerre se voyait dans ce qu'elle avait de sanglante et de ferreuse sur les fronts, la jeune lady savait parfaitement qu'elle se jouait là où ceux plaçant les pions étaient, et Port-Réal incarnait à ce sujet un fameux damier – si ce n'était pas un dédale. S'y rendre pouvait insuffler à bien des cœurs une saine nervosité et une méfiance de bon ton, mais Valencia était abritée de ces perfides effets de part sa foi d'une part, et de la présence des siens d'autre part. Il lui faudrait parler, lier, nouer, paraître, ce qui n'était pas rien lorsqu'on allait au pied du Trône, mais si elle doutait, elle savait qu'elle pourrait se fier tant à la prière qu'à ses précieux aînés. C'était sans hâte, mais avec résolution, qu'une part de sa psyché se penchait déjà sur que prendre et que laisser pour pareil voyage : des toilettes sobres, mais les plus raffinées, afin de rendre justice à son blason, des parfums discrets mais tenaces, pouvant supporter les effluves des cités peuplées qui, lorsqu'on n'était pas chez soi et donc davantage contraints aux mouvements et aux dérangements, pouvaient singulièrement incommoder, enfin, son nécessaire et ses piliers, comme son coffret fétiche contenant les lettres déjà reçues et celles encore à écrire. Il faudrait également pallier au voyage en soi, qui serait fatalement inconfortable : piètre élève en tout ce qui tenait du domaine du corps, Valencia chevauchait comme elle dansait, c'est à dire sans grâce et souvent étreinte de l'impression de bientôt chuter. Contre mauvaise fortune bon cœur : tout au pire, elle prendrait quelques sels et une journée pour se reposer.


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:39, édité 2 fois
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Message Ven 13 Juil 2012 - 13:31

     Valencia semblait accueillir très positivement la proposition de sa sœur. C'était une bonne nouvelle, bien entendu Virginia n'aurait pas obligé sa cadette à l'accompagner à Port-Réal si elle avait désiré séjourner à Villevieille. L'obligation n'entrait pas dans leur relation, pas plus qu'il n'avait de place dans leur devoir. C'était peut-être pour cette raison que la maison Hightower gagnait en influence depuis quelques temps, là où certaines femmes voyaient une obligation du fait de devoir obéir aux règles de savoir-vivre ou aux mariages arrangés, les sœurs de Clarence agissaient avec plaisir pour se montrer digne de leur rang et de leur nom. La jeune femme observait sa pieuse sœur, occupée à repousser le livre qu'elle consultait avant son arrivée et l'utilisation du surnom auquel elle ne faisait plus appel depuis quelques temps, accentua le sourire de l'intéressée. Devant le silence de sa sœur, Valencia continua en lui déclarant qu'elle pensait elle aussi à son interlocutrice pour lui parler de l'ouvrage qu'elle venait de consulter. En effet, Virginia l'avait déjà lu, tant et tant de fois qu'elle aurait presque pu le conter à voix haute sans trou de mémoire. Les étoiles apparaissaient différemment durant les saisons et le temps, la jeune femme avait donc tenté de trouver tel ou tel point brillant à l'aide de sa lunette sans se soucier du froid parfois mordant qui pouvait venir lui tenir compagnie. La passion était prenante à un point tel qu'il arrivait que la Bieffoise doive se faire force pour abandonner sa contemplation du ciel afin d'aller se reposer. L'idée qu'elle puisse profiter de ce voyage pour partager cette passion avec Valencia lui effleura l'esprit. À Port-Réal la vision du ciel devait être bien différente et il y avait des chances pour qu'elles se découvrent un intérêt commun.

     Le mouvement de la main de Valencia vers sa broche n'échappa pas à Virginia qui resta muette, habituée à voir sans pour autant devoir souligner ce qu'elle pensait si cela pouvait attrister sa soeur. La jeune femme lui demanda alors si elle avait songé à d'autres visites tout en sachant très bien que c'était le cas. Question rhétorique, l'esprit cartésien et pragmatique de la plus âgée des deux dames la poussait à toujours prévoir suffisamment loin pour ne pas encourir le risque de tomber sur un os. Hochant la tête d'un air affirmatif, Virginia répondit donc à cette question. « En effet, je me disais aussi que ce serait l'occasion idéale pour rencontrer d'autres personnes. Même si Villevieille est une ville très vivante, nous n'avons que très peu de visites de personnes influentes. » De plus, si des seigneurs des fiefs voisins devaient leur rendre visite, il était évident qu'ils n'allaient pas venir discuter de la pluie et du beau temps avec les sœurs du seigneur de la ville. Virginia désirait pouvoir se forger de nouvelles relations qui viendraient non parce qu'elle était « la sœur de », mais bel et bien en raison de ses actions. Que de noms dignes d'intérêt, il fallait avouer que la jeune femme était particulièrement intéressée par celui de Shaïra de Lys, cette femme réputée pour être une sorcière et pour sa beauté qui avait poussé au suicide bon nombre de prétendants. Mais là n'était pas la raison de cette attirance, qui était en réalité liée au savoir qu'une telle femme possédait. Elle parlait un nombre impressionnant de langue et possédait une culture avec qui bien peu de dames – ou même de nobles seigneurs – pouvaient rivaliser. Oui, elle était fortement attirée par ce savoir au point de se moquer éperdument de la rumeur qu'elle traînait à propos de sa beauté intacte malgré les années qui avançaient. « Clarence sera fort occupé et je doute qu'il puisse avoir beaucoup de temps pour tenter de rencontrer d'autres personnes, je considérais donc qu'il était de notre devoir de pouvoir le faire à sa place. » Même si Virginia était amenée à se marier – chose qui risquait de se produire très prochainement vu l'avancement du projet de Clarence – elle resterait un soutien inflexible pour son frère.
     Avec un léger sourire, elle ajouta quelques mots. « Et si tu es amenée à te marier d'ici quelques années, chose dont je ne doute pas, tu représenteras un parti encore plus intéressant de part les contacts que tu pourrais posséder. » Ce n'était pas dans le but de pouvoir espérer décrocher le meilleur époux qui soit qu'elle formulait ces mots. Non, c'était plutôt en raison de leur statut. Elles étaient les deux sœurs aînées de la fratrie, Clarence aura tôt ou tard de projets pour elles - même si le cas de Virginia était déjà presque réglé - et plus les jeunes femmes posséderaient de talents et de relations, plus elles pourraient lui faciliter la tâche. « Comme je le dis souvent à Victoria, une bonne épouse ne doit pas être une potiche ou un pion dans le jeu de son époux, mais bel et bien la Reine sur laquelle s'appuyer pour avancer. » Les Hightower n'étaient peut-être pas réputés pour leur beauté, mais ils avaient toujours su s'en tirer au mieux. Virginia considérait qu'une femme devait avoir de l'esprit pour ne pas finir par ennuyer son époux après quelques mois de mariage. Certaines femmes considéraient qu'elles n'étaient là que pour donner des enfants à leur mari, mais du point de vue de la Bieffoise les choses étaient bien différentes, une bonne dame devait pouvoir conseiller l'homme qui partageait sa vie et lui servir de secours s'il avait besoin de leur aide. Une femme d'esprit et débrouillarde serait donc bien évidemment un meilleur parti qu'une incapable de faire autre chose que de parler des dernières robes arrivées de Lys ou Braavos.

     Est-ce que Valencia avait une vision différente à ce niveau ? Pour le moment les rares fois où les demoiselles avaient abordé le sujet des mariages, Virginia avait eu le sentiment qu'elles partageaient la même pensée. La demoiselle était une femme pieuse et même si son esprit était plus enclin à croire au désir des Sept qu'à une réaction logique entraînée par des faits mis bout à bout, elle savait comprendre là où était leur intérêt. Appuyant son dos contre le dossier du siège où elle était installée, Virginia laissa ses mains lisser le tissu de sa robe avant de reprendre la parole. « Si tu t'intéresses à l'astronomie, nous pourrons profiter de notre passage à Port-Réal pour observer les étoiles avant de nous reposer. Je n'ai jamais eu l'occasion de le contempler d'un autre endroit que de Villevieille, nous pourrions bien y découvrir des surprises. » Sans compter qu'elle avait eu le grand honneur de recevoir un cadeau aussi délicat qu'attentionné de la part de lord Jace. Mais la Bieffoise ne comptait pas le mettre dans ses affaires lors de son prochain voyage, la lunette était bien trop précieuse pour pouvoir être trimballée sur une autre longue distance, elle séjournerait donc à Grand-Tour en sécurité. Plus elle y pensait, plus ce séjour lui apparaissait comme l'occasion idéale de partager des activités avec Valencia. Elle avait d'ores et déjà décidé que si sa sœur le voulait bien, elle l'accompagnerait au septuaire pour le visiter en sa compagnie. Même si elle n'était pas aussi pieuse de sa cadette, il arrivait que Virginia puisse se rendre au septuaire afin d'y prier. Un sujet en entraînant un autre, la jeune femme continua leur discussion. « Un conseil restreint se prépare à Port-Réal vois-tu, je pense que ce sera l'occasion idéale pour pouvoir apercevoir et peut-être même rencontrer des personnages intéressants. » Même si elles connaissaient déjà quelques personnes qui y siégeaient comme Clarence et lord Redwyne. Après une brève pause elle conclut avec un sourire. « Et je suis persuadée que les gens verront là que la famille Hightower est une famille unie, sur laquelle l'on peut s'appuyer sans prendre le risque d'être trahi. Ne le crois-tu pas ? » Il était vrai qu'elle avait toujours considéré qu'il était important pour une maison comme la leur de présenter un front uni. Les choses étaient encore plus intéressantes lorsqu'elles étaient réelles et non feintes comme chez eux.
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Message Sam 14 Juil 2012 - 9:36

Un hochement de tête, léger et entendu, ponctua la première réponse de son aînée : il faudrait effectivement lier connaissance au delà des blasons avec les personnes qu'elles pourraient rencontrer. C'était une évidence, mais l'absence de nom cité laissa Valencia dans une certaine expectative intriguée. Sa sœur était particulièrement méthodique et avisée, sans doute avait-elle déjà songé à quelques individus en particulier, individus dont elle lui faisait encore mystère. Sa puînée ne lui suspectait pas la moindre malveillance, mais elle s'interrogea succinctement sur la raison de ce détour : était-ce par jeu, distraction, ou parce tous ne seraient pas au goût de la Pieuse ? En effet, si Valencia avait une haute estime de la noblesse de sang, elle n'était pas pour autant naïve et savait qu'il y avait, elle le déplorait, des biens nés ne se conformant pas à ce qui était le canon des comportements attendus des leurs. Il n'eut tenu qu'à elle, ceux outrepassant leurs devoirs se verraient privés de leurs privilèges et mis au ban mais, hélas, ou peut-être heureusement, elle n'avait rien de ce pouvoir et devait concéder qu'une faute commise ne retirait pas tout à fait tout l'intérêt à porter à un nom. Quant à leurs vies recluses, là encore, elle devait admettre que sa sœur avait raison et, même si ce retrait ne lui déplaisait pas, loin s'en fallait, il était de leur devoir d'aller au devant des pivots d'influence et de provoquer les situations qui seraient favorables à leur clan. La seconde fille de la fratrie Hightower aimait ce recueillement précieux, au milieu d'une ville si vivante. Observer le peuple depuis leur posture plus haute, tant socialement qu'architecturalement, était une grande source d'inspiration, que ce soit dans ses peintures ou dans ses méditations au propos des Sept, et elle ne doutait pas qu'il en soit de même pour leur lord et frère. D'autant plus que ce calme apaisant était un soulagement au milieu des guerres et des intrigues, formant le cocon protecteur de leur aimante famille. Elle leur voyait un avenir à l'instar de ces pierres : ils seraient soudés et unis à jamais. Lorsque Virginia évoqua cette tache qui leur incombait de remplacer et représenter Clarence dans ce labeur de diplomate, Valencia appuya.
    « Oui. Ni le savoir ni la fortune n'ont de jambes. C'est à nous d'avancer le long de l'âpre chemin qui y mène. »

La fortune, entre ses lèvres, désignait davantage le destin favorable que la simple richesse, mais, bieffoise et éduquée, elle savait que l'argent était une chose dont on avait rarement trop et souvent pas assez, quand bien même on en aurait déjà beaucoup. Les conflits coûtaient énormément, des impôts trop lourds brisaient le dos des paysans et ternissait le pays d'un âcre mécontentement ; que le Bief soit une province opulente ne retirait rien de la nécessité d'une gestion prudente, au contraire, même, elle la rendait plus compliquée. L'allusion au mariage qui s'ensuivit presque aussitôt tira une petite pointe d'un sourire plus complice à ses lèvres étroites, qui ne venait pas tant de l'évocation de son propre hymen que de celui de son aînée, que les murmures disaient possiblement proche. Les iris de jade scrutèrent un temps le visage de Virginia avec acuité, cherchant à percer les inflexions de ses expressions, voulant deviner l'impatience ou, au contraire, la nervosité. Sa sœur semblait sereine, voilà qui la comblait et lui permit d'envisager d'assouvir la curiosité naturelle qui l'avait piquée aux premières évocations de l'union, ouverture que le temps ne lui avait pas autorisé à ménager avant cette discussion. Des noms de blason lui étaient parvenus ça et là, mais elle avait refusé de leur prêter oreille et préférait recueillir le savoir à sa source la plus fidèle. Toutefois, elle ménagea sa très petite impatience, confirmant, une nouvelle fois, les propos de Virginia.
    « Une bonne épouse est telle les fondations d'une forteresse. Lorsque se présente l'étranger, on ne doit pas la voir, mais la soupçonner solide. Elle doit accompagner son mari toujours, le soutenir et lui permettre de garder toute la maison installée sur des bases saines, appuyées sur les piliers de la raison et de la compassion. »

Voilà qui signifiait tout, du moins surgit de ses lèvres, Valencia chérissant sa franchise pleine de distinction. Elle n'envisageait pas d'être une sorte de meuble de chair, offert avec la dot et le prestige, mais ne se voulait pas davantage devenir l'une de ces matrones pensant pouvoir outrepasser l'autorité patriarcale que la pieuse lady avait intégrée comme la plus légitime et la meilleure des coutumes pour diriger. Il y avait des exceptions, quelques maisons étaient dominées par des femmes, veuves ou jouissant d'un privilège venant d'une coutume particulière dans une autre région, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'un homme solitaire pouvait toujours être un chevalier, tandis qu'une femme seule finissait presque toujours désœuvrée. Il n'y avait rien de fataliste ni de résigné dans cette tournure d'esprit : les choses avaient été faites et désirées ainsi et contrarier les Sept ne menait vers rien d'autre que la désolation. Avant qu'elle ne trouve à glisser sa question au propos du futur nom que Virginia porterait peut-être, cette dernière reprit parole, changeant de sujet, préférant s'ouvrir au propos de l'astronomie. Si elle ne partageait pas la passion de son aînée envers les étoiles, chaque science fascinait en soi la jeune lady, comme tout Hightower, et partager la fougue d'un réel attachement envers l'un de ses domaines était un ravissement toujours renouvelé à ses yeux. Qui de mieux placé, en effet, pour présenter un savoir, que celui qui s'y était attaché de son âme en sus de sa raison ? Acquiesçant à la proposition à laquelle elle était plus que favorable, elle souffla en réponse.
    « Si tu veux bien instruire une néophyte, ce serait avec joie que je m'y ouvrirais. Quant à Baélor, voudras-tu m'accompagner ? Tout dépendra du temps et de qui nous pourrons croiser, il s'entend. »

Ménageant une discrète sortie à Virginia si elle n'était pas intéressée, Valencia garda toutefois le sourire tendre, menu et avenant qui ne voulait plus la quitter. Elle se savait armée d'une foi que quelques uns pouvaient juger excessive et elle concevait, malgré sa passion brûlante pour les Sept, que tous ne partagent pas sa dévotion de chaque instant. Si elle considérait comme tout à fait déplorable de passer au côté de ce Septuaire sans s'y rendre pour y prier, elle acceptait, de loin, à regrets, que la précipitation politique distraie ses proches de leurs plus religieuses pensées et, avec délicatesse, offrait-elle à sa sœur de se soustraire à la gène qu'elle aurait pu ressentir à refuser. Passant sur l'instant, le conseil restreint fut évoqué et son vis-à-vis appuya son propos sur les personnes à rencontrer. Il était évident qu'il y aurait là nombre de piliers du royaume, assurément il faudrait faire ; le voyage était, au delà du devoir, un véritable honneur. A l'évocation de la famille, le cœur de la jeune femme se serra, non pas de douleur, mais de douce confiance. Elle posa l'extrémité de ses doigts soyeux sur la main osseuse, mais fine, de Virginia.
    « Plus que le croire, comme toi, j'en suis persuadée. Nous avons su nous relever des épreuves récentes, il est temps maintenant de les dépasser, de prouver quel atout nous pouvons être comme appui, et quelles forces nous avons en nous-mêmes. Je nous sais très capables, il faut le démontrer. »

Scellant ses dires d'une fugace pression de main, elle se pencha à nouveau après l'avoir retirée, son sourire se soulignant davantage. Avait-elle là le visage d'une conspiratrice ? Il était temps qu'elle assaille son aînée du sujet de son mariage. Elle l'abordait avec une sensible tranquillité, mais elles étaient des femmes, des sœurs, encore jeunes ; le souvenir des jeux où elles s'inventaient des hymens variés revint à sa mémoire. Leurs jardins avait résonné de leurs rires et de leurs grandes manières de petites filles, quand, à trois, elles jouaient septon, chevalier et fiancée, échangeant les rôles, imaginant des frasques. Valencia était souvent vue dans la figure du prêtre, sans étonnement. Elles s'étaient figuré bien des robes, bien des invités, bien des scènes et l'éclat d'une nostalgie attendrie brûlait vaguement dans ses iris sombres, trahissant pour qui savait y lire ses évocations affectueuses. Elle se souvint qu'une fois, même, elle avait convaincu Abelar de jouer le rôle de son fiancé à elle et il s'était prêté au jeu, souriant à demi, soupirant un peu ; elle comptait ce jour comme l'un des plus heureux de sa vie. Elle murmura d'une voix où la chaleur pointait.
    « Si tu parlais d'années, il me semble que pour toi, le mariage est un peu plus proche que cela. Voudrais-tu m'en parler ? Ce qu'il est convenable d'en dire, je ne voudrais pas t'importuner. »

Elle s'interrogea brièvement au sujet de leur mère. Était-elle plus au courant ? S'en étaient-ils ouverts ? Si Clarence avait conçu ce projet, c'était probable, puisqu'il lui faisait souvent la grâce et l'honneur de s'ouvrir à elle et de lui garder une belle place, dignité qu'elle ne lui rendait pas, ce qui faisait bouillir intérieurement Valencia d'une colère que son éducation lui faisait cacher en tout point, mais qui l'empêchait de feindre davantage qu'un agacement lointain lorsque sa génitrice l'approchait elle. Ce que la jeune lady espérait surtout était que leur mère ne se rende pas désagréable lors de l'union. Elle avait encore toute sa raison, elle n'irait pas nuire au lord Hightower en public, tout de même – mais Valencia appréhendait l'incident. Ce serait une indélicatesse affreuse si elle s'autorisait à pareil comportement et elle-même se saurait préjuger de sa propre conduite en retour, ni de si elle arriverait à contenir son emportement. Elle était navrée de devoir songer à pareille situation, mais préférait rester lucide et préparer une stratégie ad hoc, le cas échéant. Pour l'instant, en tous cas, elle scrutait Virginia.


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:40, édité 1 fois
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Message Sam 14 Juil 2012 - 18:19

     Elles partageaient la même vision de la place d'une femme dans un couple, mais c'était quelque chose d'assez normal vu l'éducation qu'elles avaient eu. Virginia restait persuadée que leur manière de voir les choses ne découlait pas uniquement de leur caractère, mais en très grande partie de leur éducation. Les dames de la maison Hightower savaient rattraper le manque de beauté qu'elles avaient pas une vivacité d'esprit que la jeune femme espérait être rare. Jusqu'à ce jour, ses discussions avec d'autres nobles l'avaient poussé à considérer que les demoiselles en âge de se marier n'étaient pas toutes très éveillées. C'était peut-être un discours rude ou méchant à tenir, mais Virginia avait suffisamment considéré la question pour en tirer cette conclusion. Jusqu'à ce jour, les quelques dames de son âge avec qui la Bieffoise avait été amenée à discuter - excepté ses sœurs évidemment - avaient presque toutes mené la discussion sur un sujet sans intérêt particulier. Ou alors uniquement pour meubler un silence, mais certainement pas se rendre intéressante auprès de nobles seigneurs. Bien entendu, le comportement de la jeune femme n'était pas dirigé dans cette direction dans le but de trouver un époux le plus rapidement possible, pour être sincère elle n'avait jamais franchement pensé à ce point de son existence mis à part dans ses jeux d'enfant. Elle laissait Clarence s'occuper de cette partie de sa vie et avait totale confiance en lui. Non, si Virginia souhaitait marquer les esprits des seigneurs qu'elle pouvait rencontrer, c'était justement pour montrer qu'une femme qui savait « rester à sa place » pouvait aussi parfaitement savoir conseiller et épauler son époux. Elle souhaitait simplement ne pas devenir une femme sans intérêt qui ne serait même pas capable de pallier à son manque de savoir par une beauté à se damner.

     Quoi qu'il en soit, à la proposition de Virginia concernant l'observation des étoiles, Valencia répondit par l'affirmative tout en lui proposant de pouvoir l'accompagner au septuaire. La jeune femme remarqua la délicate attention de sa cadette qui lui permettait de décliner son offre si jamais elle ne souhaitait pas se joindre à elle à ce moment. Il était vrai que Virginia pouvait apparaître comme une personne trop pragmatique pour être pieuse, mais elle savait aussi laisser une part de son esprit croire à l'existence des Sept. La preuve, l'observation des étoiles n'était pas tellement « scientifique » que cela et il arrivait souvent que les gens soient étonnés en apprenant que la cartésienne Bieffoise passait beaucoup de temps les nez en l'air, les yeux dans les étoiles. À défaut d'y avoir la tête. Hochant la tête, la jeune femme répondit. « Ce sera avec plaisir que je t'y accompagnerai. Je suis persuadée que nous saurons nous aménager quelques instants de libre pour pouvoir nous y rendre. » Une manière de lui faire savoir qu'elle ne comptait certainement pas se soustraire à cette proposition. « Et je suis persuadée que tu seras une parfaite élève. Qui sait, tu sauras peut-être même t'en sortir mieux que moi. » Repérer des étoiles n'était pas très difficile en soit, les observer non plus. En réalité, la jeune femme appréciait cela sans raison particulière. Une sorte de sensation de bien-être et de calme qui la prenait lorsqu'elle s'accordait ce petit plaisir. Certains montaient à cheval pour se vider l'esprit, elle de son côté se contentait d'admirer le ciel lorsqu'il avait revêtu sa cape d'obscurité. Chacun ses loisirs et Virginia était toujours heureuse de pouvoir partager cette passion avec quelqu'un. D'autant plus lorsqu'il s'agissait d'une personne qui lui était proche et qu'elle chérissait.

     La main de Valencia frôlant alors celle de sa sœur qui posa ses yeux verts sur le visage de son interlocutrice qui confirma être en accord avec ce qu'elle venait de dire. C'était une bonne chose, mais d'un côté Virginia ne s'était pas attendue à ce qu'elle lui dise le contraire. Si les deux sœurs avaient été en désaccord, la chose aurait été assez surprenante, même si elle n'était pas exclue pour autant. Après tout, même deux personnes très proches ne pouvaient pas s'entendre parfaitement sur tous les sujets ! Mais celui-ci était important aux yeux de Bieffoise qui espérait pouvoir prouver une fois de plus à Clarence qu'il pouvait compter sur elles. Ainsi donc, l'appui qu'elle ressentait du côté de sa sœur était une chose qui lui permettrait de ne pas faillir, même si elle savait parfaitement qu'il existait plus malheureux qu'elles. Le fait que leur tâche n'était pas comparable à celle de la Reine par exemple ne signifiait pas qu'elles ne devaient pas le faire sérieusement. Valencia enchaîna ensuite d'un ton chaleureux qui rappelait souvent à Virginia pour quelle raison elle aimait discuter avec ses sœurs. Le sujet était assez amusant lorsque l'on savait qu'elles en avaient souvent parlé durant leur enfance, sauf que cette fois-ci le « sort » de Virginia était en effet presque décidé. Il ne dépendrait que de son entente avec l'homme que Clarence souhaitait lui voir épouser. Soutenant le regard de Valencia, la jeune femme répondit finalement. « Il semblerait en effet que d'ici quelques lunes je puisse me dire l'épouse d'un ami de Clarence. Mais tout n'est pas encore joué et tu sais bien que je ne vends jamais la peau de l'ours avant de l'avoir tué. » Il était vrai que la demoiselle n'aimait pas se réjouir d'une chose qui n'était pas encore à sa portée. L'amitié qui unissait Clarence et lord Redwyne ne signifiait pas que le mariage se ferait obligatoirement. Leur aîné lui avait bien fait savoir que tout dépendrait de l'entente des deux jeunes gens.

     Elle ne voyait aucune raison de camoufler ce qu'elle savait à sa soeur, en parler à d'autres n'aurait pas été possible, mais Valencia était du nombre des personnes en qui Virginia avait parfaitement confiance. « J'ai rencontré lord Jace hier. Clarence m'a fait savoir qu'il souhaitait que nous puissions nous parler et apprendre à nous connaître pour savoir si nos caractères sont compatibles. » Même si les mariages d'amour n'existaient généralement pas entre nobles, avoir une bonne entente était tout à fait normal. « Je dois avouer que j'ai une excellente impression de lui. Visiblement il est comme un frère pour Clarence et je ne te cache pas que la manière dont ils s'entendent me fait chaud au coeur. » Il était vrai que le bonheur de son frère aîné avait beaucoup d'importance à ses yeux, savoir qu'il avait donc un ami aussi fidèle et proche de lui, lui remontait le moral. L'épouser en sachant qu'il ne lui demanderait pas de couper totalement les ponts avec sa famille la rassura aussi énormément. C'était une crainte qu'elle avait toujours éprouvée : épouser un homme qui ne la laisserait pas rendre des visites à sa famille et qu'elle finisse par devenir une étrangère pour les siens. « Lord Redwyne est un homme très cultivé et très bien élevé, mais j'ignore si je lui conviendrai et j'attends donc de savoir ce que notre première conversation en tête-à-tête à donné avant d'y penser davantage. » Chaque chose en son temps comme toujours. « Je suis certaine que tu t'entendrais très bien avec lui. » Sans raison particulière, simplement parce que son caractère semblait proche de celui qui pouvait plaire à la fratrie Hightower. La discussion au sujet du mariage entraîna d'ailleurs Virginia sur un sujet presque similaire, mais concernant sa cadette. « Et te concernant, j'imagine que Clarence voudra très certainement pouvoir discuter de ton mariage prochainement. Nous sommes en temps de guerre et les choses sont grandement compliquées, mais peut-être t'as-t-il déjà parlé d'une possibilité ? » Elles laissaient à leur seigneur le soin de trouver le meilleur parti pour elles, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il faisait tout dans leur dos sans leur parler de quoi que ce soit. Une chose était certaine dans l'esprit de Virginia : Clarence les aimait et jamais il ne choisirait un époux qui ne puisse pas les rendre heureuses, même pour son bon. C'était une chose qui n'était pas forcément véridique dans toutes les familles malheureusement.
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Message Lun 16 Juil 2012 - 4:03

La docilité de son aînée face aux sept divins, et ce au delà de l'empressement politique qui eut été peut-être compréhensible en pareille époque, piqua la Pieuse d'une pointe de satisfaction. Politesse pour politesse, elle lui renvoyait même son esquisse de permission quant à s'absoudre de cette tache ; Valencia hocha la tête avec approbation, mimique à laquelle s'ajouta un pli de lèvres modeste, ainsi qu'un léger haussement de sourcils, lorsque Virginia lui souffla l'air de rien qu'elle pourrait se trouver plus habile chasseresse d'étoiles qu'elle. La cadette des deux sœurs connaissait celle qui l'avait précédée pour aimer sincèrement lever les yeux au ciel, bravant froidure ou vents pour s'adonner à ses contemplations, quant à elle, elle ignorait si elle saurait distinguer deux constellations. Il fallait de l'habitude et de la maîtrise pour associer les lueurs emperlées de la tapisserie nocturne et pouvoir excaver des ténèbres ce qui était un assemblage pérenne d'une simple réunion éphémère. Son intérêt envers l'astronomie n'était ni récent ni mu par une quelconque flagornerie envers son aînée, mais elle n'avait jamais eu l'occasion de la pratiquer autrement qu'en embuant la fenêtre de sa chambre, mains en coupole au dessus du front, pour distinguer quelques éclats brillants dont certains poèmes faisaient mention. Souvent distraite de son désir de cartographier les cieux par tout ce qu'on avait pu conter ou peindre au préalable à propos d'eux, elle n'avait eu le loisir de se pencher sur leur essence seule. Voilà qui serait fait, et d'une bien charmante façon.

Levant la dextre pour tendre deux doigts sous son menton en un frôlement pensif alors que Virginia poursuivait, elle l'écouta attentivement ôter un à un les voiles qui entouraient le supposé fiancé. Un soulagement sincère vint libérer ses reins d'une angoisse qu'elle ne se savait pourtant pas nourrir jusqu'à en être défaite, alors qu'elle lui confiait que leur frère et le beau en devenir étaient liés d'amitié. Ainsi donc, elle ne rejoindrait pas la cohorte des épouses recluses, contraintes d'abandonner leur clan en même temps que leur nom, de couper toutes racines et d'aller flétrir dans un vase portant un autre blason. Le cœur prudent de Valencia avait du cette fois prendre de court sa raison et se pencher avant elle sur l'hypothèse regrettable de se voir dépouillée d'un fragment des siens, non pas par la mort, mais par l'union et si elle savait bien qu'une femme épousée quittait la demeure de ses parents, il y avait tout un monde de nuance entre avoir une sœur mariée et regretter une femme inconnue qui avait un jour porté le même nom. Du reste, à songer au patronyme, elle venait de se voir confier celui du fiancé en devenir : lord Jace Redwyne, le Grand Amiral, rien que cela ; la puînée pensait l'avoir entrevu quelques fois et n'avait aucun avis précis à son propos – ce qui, en règle générale, était un assez bon point la concernant, compte tenu de la rudesse proverbiale de son jugement. La prévenance de leur frère quant à leur entente préalable n'étonna pas la jeune lady, qui approuva du chef sans réellement y songer. Il était évident que leur Clarence ne serait pas inutilement cruel envers elles et, si l'intérêt prévalait sur les tourments amoureux qui n'étaient jamais qu'éphémères passions, leur bien à tous, mariés comme figure d'autorité, siégeait sur des hymens qui évitaient d'être tempétueux. Virginia insista sur le lien qui semblait s'être noué entre les deux lords et sa cadette ne put que s'en sentir davantage réconfortée. Non, elle n'aimait pas l'idée de voir moins que de coutume l'une de ses sœurs, bien sûr, mais elle était déjà bien assez mature pour ne pas en éprouver de frustration et comptait déjà sur leurs plumes pour entretenir leur affection. Toutefois, être assurée d'un respect venant également de liens profonds et préalables apaisait jusqu'à ses tréfonds, aussi, tuée dans l’œuf, cette angoisse infantile n'avait plus à s'exprimer en rien. Valencia savait également ô combien son aînée chérissait leur lord, avec la même éminente préférence dont elle avait elle-même aimé Abelar – de façon sans doute moins passionnelle toutefois – et elle ne pouvait que comprendre et adouber le sentiment de sa sœur quant à sûrement épouser un homme non seulement utile à ses yeux, mais également estimé. Du plus profond de son âme, Valencia aurait aimé qu'il en soit ainsi pour elle si son frère n'avait pas péri déjà : ne pouvant l'épouser lui – quelle idée saugrenue – elle aurait été honorée de s'unir à un être que son frère aurait considéré comme l'un des leurs – sentiment qui, toutefois, ne s'exprimait pas aussi clairement en elle. Elle se contentait d'approuver avec naturel et ce, d'un nouvel acquiescement, alors que Virginia lui affirmait qu'elle saurait s'entendre avec le seigneur de l'île de la Treille. Évidemment ! Si deux de ses tendres frère et sœur lui accordaient de la valeur et de l'agrément, elle ne ferait de même sans s'interroger plus avant. Ainsi s'exprimait sa confiance. Sa prévoyante compagne évitait d'être trop affirmative quant à l'effective union et, quand bien même Valencia ne doutait guère de cette fin devant le tableau immaculé de ce remarquable personnage, elle respectait sa retenue par sa pudeur, et commenta pour sceller cette entente tacite.
    « Les prochaines lunes sauront nous le dire. Attendons donc son sentiment avant de prendre tes mesures et de lancer les corbeaux pour annoncer tout cela. Je n'ai guère de craintes, ni dans un sens, ni dans l'autre, si Clarence l'a suggéré, il t'ira bien ; s'il ne va pas et qu'il l'a vu, rien ne sera gâché. La Jouvencelle ne sera pas chagrinée. »

Qu'il était bon d'être au milieu d'âmes si calmes et résolues ! Ah, elle avait bien quelques craintes quant à leur cadette à tous, qui pourrait peut-être, comme il prenait certaines demoiselles même de haute lignée, être piquée par le fol esprit de l'amour déraisonnable et poursuivre de romanesques intentions ; elle ne lui en avait pas trouvé le caractère pour l'heure. Il faudrait qu'elle y veille, si le mariage était célébré rapidement – Virginia ne serait plus présente jour après jour pour couver la dernière née et le rôle lui incomberait tacitement. Sans doute serait-elle une présence plus rude et moins complice car, bien que pas moins aimante, elle se savait peu démonstrative. C'était ainsi. Malgré ses efforts, quelque chose en elle s'était enrayé depuis la perte de son frère, quelque chose qui se refusait à guérir et qui avait fermé la porte de l'enthousiasme et de l'allant qu'elle avait toujours montré jusqu'alors. Peut-être n'avait-elle pas tout à fait envie de retrouver cette ouverture d'âme et d'esprit. C'était quelque chose qui appartenait à un mort et dont elle fleurissait la tombe qu'elle lui gardait en son cœur, ainsi que d'une certaine façon une part de sa dévotion à l'Étranger, qu'elle priait ainsi, en silence et en acceptant la césure.

La question au propos de son avenir la fit sortir de ses sombres pensées, lesquelles avaient fugacement ombragé ses prunelles. Elle cilla, sourit, croisant les mains sans pression ni peur sur le taffetas couvrant ses genoux. Sa virginité n'avait été encore promise à personne et Clarence ne lui avait pas encore demandé quoi que ce fut à ce sujet, ni le prix qu'elle y accordait, ni les goûts éventuels qu'elle aurait pu avoir ; à la fois appuyée sur la destinée et la raison, elle attendait que le temps se charge d'amener le sujet ou de proposer une opportunité. Elle-même ne s'était guère posé la question au delà de ses jeux d'enfants et de son affection excessive envers son défunt aîné, elle s'imaginait bien mariée à l'avenir, évidemment, mais son époux était une silhouette floue, sans voix ni couleur. Elle ne s'en moquait pas, au contraire, mais c'était une affaire de diplomatie et pas des contours d'un visage. Rendant à son aînée sa tranquille franchise, elle répondit avec sérénité.
    « Nullement. Je peux bien attendre que la situation soit éclaircie ou, le cas échéant, que les événements nous dévoilent une belle alliance à établir... »

Son regard orageux dériva vers le ciel limpide que la fenêtre montrait, pensive, elle leva une main dans une esquisse de geste qui s'estompa, laissant ses doigts étirés et suspendus vers le lointain.
    « J'admets ne pas y avoir songé moi-même. C'est une bonne chose que ce voyage, non pas pour revenir avec un fiancé dans mes bagages, mais pour me tenir plus au fait des royaumes et de leurs mouvements. Il ne faudrait pas que je troque la patience contre la passivité. »

Elle replia la main et la posa sur le rebord de la table avec légèreté. Être une femme de valeur était tout sauf attentiste, malgré les apparences et garder la subtile nuance entre docilité et impotence était l'enjeu de leur éducation. Elle savait que les choses sauraient se présenter bien si elle restait digne et forte, puisque servir les Sept avec ardeur était toujours récompensé et l'unité même de leur famille en était, à ses yeux, une preuve plus qu'éclatante : malgré les épreuves et même grâce à elles, ils étaient toujours plus forts, montrant la voie à l'instar de la Tour qu'ils représentaient. Suivant le courant de ses réflexions, elle enchaîna.
    « Mais peut-être t'en a-t-il évoqué, à toi ? »

Que son frère et lord se fut ouvert d'abord à Virginia de son propre hymen plutôt qu'à elle directement ne la choquerait en rien. Ils étaient très complices et il lui semblait même bienveillant qu'ils échangent leurs idées entre eux afin de les affiner les unes contre les autres avant de lui toucher un mot de ce délicat sujet, plutôt que de l'amener un peu brutalement et sans avoir dégrossi le trait, aussi posait-elle la question sans une once de malice, ni même de scrutation. Illustrant l'innocence de sa question, Valencia conclut sur un ton un rien absent, son esprit se projetant déjà au delà des maintes portes de la capitale.
    « Que crois-tu qu'il serait apprécié que nous emportions ? Et, sais-tu déjà où et auprès de qui nous logerons ? Il faudrait choisir un petit remerciement venu d'ici, c'est toujours apprécié. Des étoffes, peut-être... Le bleu est vibrant, cette année, le vert tendre également. »

Son âme d'artiste la rendait plus sensible aux pigments qu'aux modes vestimentaires et elle tenait en haute estime les teintures si typiques du Bief, au point de troquer sa réserve contre les couleurs vives qu'elle savait arborer. Elle avait fondu devant les teintes froides de l'année, lesquelles étaient, à son regard, particulièrement précieuses. Au glissement de sa main sur le bois, il était aisé de comprendre qu'elle caressait déjà les plis d'un tissu précieux dont faire l'offrande. Oui, du vert, du printanier, peut-être serait-ce ce qu'elle porterait. Sa dernière peinture était toute entière composée de ces harmonies riches et apaisantes à ses yeux, peut-être glaciales pour d'autres regards plus impatients et moins contemplatifs. Reposant les yeux sur Virginia, elle se dit qu'elle n'avait plus composé de portraits depuis longtemps déjà. Le voyage pourrait sans doute être l'occasion de saisir l'essence de sa sœur, si elle s'y prêtait.


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:41, édité 1 fois
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Message Lun 16 Juil 2012 - 14:36

     Le sujet était quelque chose d'assez important et pourtant en discuter avec Valencia lui donnait le sentiment d'une certaine légèreté. C'était comme lors de ses conversations avec Clarence, il semblait que de pouvoir bavarder avec des membres de sa famille rendait tout plus aisé. C'était une bonne chose au fond, Virginia s'en serait sincèrement voulu si elle avait un jour dû ressentir un semblant de gêne vis-à-vis de sa fratrie. Ils étaient certainement les personnes les plus précieuses qu'elle avait et par conséquent, se sentir gênée ou devoir passer sous silence certains points l'aurait grandement troublée. Les paroles de sa jeune sœur lui faisaient plaisir. C'était une manière de voir les choses qui se révélait très pragmatique après tout, il était vrai que leur aîné n'aurait jamais proposé lord Redwyne en épousailles si sa sœur n'avait pas été en mesure de lui plaire. Clarence n'était pas homme à brasser inutilement du vent et il aurait été fort étrange que cette négociation soit avortée. Elle n'oubliait d'ailleurs pas que comme le seigneur de Grand-Tour le lui avait dit, ils discutaient d'une potentielle alliance entre leurs deux familles depuis plusieurs années, ce qui signifiait que les deux amis avaient eu plus de temps que nécessaire pour réfléchir et mûrir ce projet. Virginia hocha donc la tête en souriant. Il était vrai que si ce mariage ne se faisait pas, ce ne serait pas pour autant la fin de la vie de la jeune dame, bien que cette dernière s'avouerait extrêmement honteuse de ne pas avoir été à la hauteur des espérances de Clarence. Au-delà de l'idée qu'elle appréciait le caractère du seigneur de La Treille, la Bieffoise voyait surtout la perspective de pouvoir faire plaisir à son frère afin qu'il soit fier d'elle. Une manière de le remercier de ces années de service pour la maison Hightower. Trouver un époux ou une épouse pour chaque membre de sa nombreuse fratrie n'était pas de tout repos après tout. Elle inspira légèrement, au final si le mariage ne se faisait pas, elle souhaitait simplement à lord Jace de trouver une femme plus apte qu'elle de lui convenir. Elle n'aurait aucune inimitié à son égard. « Tu as parfaitement raison. D'autant plus que Clarence m'a fait savoir qu'ils prévoyaient une alliance entre nos deux maisons depuis un bon moment. Je suis persuadée qu'il sait ce qu'il fait. Nous verrons bien comment les choses se passent. » Il faudrait de toute manière attendre la fin de la guerre, tout le monde savait bien que les Bieffois – surtout deux hommes aussi importants qu'eux – avaient d'autres choses à faire que de préparer un mariage alors que les Fer-nés menaçaient la paix de Westeros.

     Virginia n'était pas femme à se monter la tête de toute manière et elle ne préparerait rien avant que l'affaire ne soit officiellement réglée. Il était évident qu'elle ne comptait pas non plus se remplir l'esprit de questionnements à ce propos, les choses avanceraient d'elles-mêmes et la demoiselle n'allait pas perdre son temps en de vaines discussions. Son attention se portait toujours sur Valencia qui lui répondit avec sincérité qu'elle n'avait encore jamais abordé le sujet de son mariage avec Clarence. Il devait certainement être fort occupé par l'alliance qu'il souhaitait avec la maison Redwyne. Après tout, il avait bien dit ne pas avoir décidé dès le départ quelle sœur finirait par épouser – ou tenter d'épouser – son plus sincère ami. L'heureuse élue aurait aussi bien pu être Valencia, il était donc tout à fait normal que leur sort ne soit pas encore décidé. Elle-même n'y avait guère songé, ce qui n'était pas si surprenant au final, elles n'avaient jamais été particulièrement hâtives de changer de patronyme et patientaient le temps que leur frère décide de ce dont il aurait besoin. Servir les intérêts de la maison Hightower, voilà leur but et Virginia espérait que ce soit aussi celui de Victoria qui se montrait un peu plus libre au niveau de son attachement à leur famille. Du moins légèrement, bien que cela n'était pas comparable à d'autres demoiselles de son âge. La plus âgée des deux sœurs acquiesça aux paroles de sa cadette concernant la passivité et la patience. Se tenir au courant de telles informations n'était pas une mauvaise chose et Virginia voyait aussi cet avantage. Après une légère pause, Valencia se renseigna finalement sur ce que son interlocutrice pouvait bien savoir concernant son éventuel mariage. Un léger sourire se peignit sur les lèvres de l'aînée qui secoua la tête en signe de dénégation. « Non pas pour le moment. Il m'avait dit songer te faire épouser un septon, mais c'était bien évidemment sur le ton de la plaisanterie. » Cette boutade avait été glissée lors de leur dernière entrevue en effet. « Mais je crois qu'il n'était pas encore fixé sur le mariage qu'il prépare pour le moment, ce qui doit expliquer qu'il n'avait encore fait de projets pour aucune d'entre nous. Je suis persuadée que dès que les temps se seront apaisés, il s'occupera de tout ceci. » Elle ne disait pas cela juste pour rassurer ou apaiser sa sœur – qui de toute manière n'était pas particulièrement inquiète à ce propos – mais bel et bien parce qu'elle le pensait.

     Au final, lorsque le sujet de leur voyage à Port-Réal fut abordé, Virginia détourna légèrement son regard du visage de sa sœur pour prendre quelques instants afin de réfléchir. Qu'est-ce qui se prêtait donc le mieux à une telle rencontre ? Des étoffes étaient en effet toujours très prisées, surtout que Villevieille commerçait avec les cités libres et qu'elles pouvaient donc proposer de bien intéressants présents. Les possibilités étaient nombreuses, peut-être que Virginia devrait demander conseil à Clarence ? Non, il fallait qu'elles y songent entre elles de manière à lui montrer qu'elles étaient parfaitement aptes à assurer le rôle d'accompagnatrices. Après une légère pause, la jeune femme répondit. « Je sais que nous serons tous logés au Donjon Rouge, il y a une partie réservée aux invités, ce que nous serons. Nous pourrons donc nous considérer plus en sécurité que n'importe qui à Port-Réal. Excepté le Roi et son épouse bien évidemment. » En effet, le Donjon Rouge étant gardé par les Dents de Freux, les gardes de la Main du Roi, Brynden Rivers, ils seraient relativement tranquilles. C'était aussi une bonne chose puisqu'ils n'auront pas à avoir peur de devoir traverser la ville avec des présents pouvant valoir très cher. Même s'il était peu probable que les deux femmes se retrouvent sans sécurité, Virginia préférait ne pas tenter le diable, ne serait-ce que pour sa sœur. « Concernant les présents, je t'avoue y réfléchir encore maintenant. Peut-être quelques étoffes de Villevieille agrémentées de celles que nous achetons aux Cités Libres ? » Les femmes de la maison étaient réputées pour leur tenue propre et présentable en permanence, il était donc plus que bienvenu qu'elles démontrent leurs talents en la matière en apportant les bonnes teintes. « Le vert me semble être une bonne idée en effet, avec la venue de l'hiver le bleu pourrait bien paraître glacial. Au moins le vert permettra de rappeler les belles contrées du Bief. » Il était vrai que le froid avait déjà commencé à venir jusqu'à chez eux et que Port-Réal devait aussi avoir été touché par ce changement de température. Virginia songea alors à la fameuse Shaïra Seastar, se disant qu'une telle femme devait certainement apprécier des ouvrages de qualité, mais elle était tellement instruite qu'il était évident qu'elle devait posséder bon nombre de précieux trésors. Réfléchissant une fois de plus, la Bieffoise porta son attention sur sa sœur pour lancer le sujet. « J'imagine que tu dois connaître Shaïra de Lys ? Elle séjourne aussi au Donjon Rouge, même si c'est dans une partie plus privée que celle où nous serons. Je me disais simplement qu'il devait être intéressant de rencontrer une femme aussi cultivée. » Sans compter qu'elle connaissait beaucoup de choses concernant les cités libres. « Un bel ouvrage pourrait lui faire plaisir, mais je me disais qu'elle devait en posséder énormément, un livre commun fera donc fort mauvais goût. Qu'en penses-tu ? » Son regard vert se posa dans celui de sa sœur, cherchant à savoir si elle allait émettre une certaine réticence étant donné que des rumeurs plutôt sombres circulaient aussi sur celle que l'on disait être la plus belle femme de Westeros.
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Message Mer 18 Juil 2012 - 18:13

Sa curiosité assouvie, Valencia savourait avec sérénité une pointe de satisfaction tiède. Elle n'était pas plus empressée que son aînée pour ce qui était de tirer des conclusions, mais elle ne jugeait en rien hâtif de songer qu'elle porterait bientôt le nom de Virginia Redwyne. Ce que Clarence prévoyait de longue date était rarement déjoué et, si comme tout homme il rencontrait quelques écueils, elle caressait la tranquille certitude que cette alliance serait menée à bien. Certes, le maître des navires était sans conteste un parti prisé, mais il devait également être un homme aux capacités mentales singulièrement aiguisées pour porter une telle charge, aussi, Valencia supputait qu'il ne fut pas de ceux qui se laissaient distraire par des manœuvres de séduction trop simples ou mal appuyées. La chair était faible mais la beauté éphémère et si sa sœur, tout comme elle – et toute leur fratrie par ailleurs – n'avait rien qui ne puisse ravir les cœurs par la seule force du regard, Virginia avait tous les dons du clan Hightower : une position appuyée offrant une alliance intéressante, une richesse convenablement gérée, une sapience redoutable et une éducation raffinée. Somme toute, c'était de quoi peiner à séduire, mais parvenir à garder : n'était-ce pas ainsi que pouvaient se lire les aspirations de leur lord et frère ? Elle souriait doucement, paisible et confiante, avant qu'un mot glissé sur le même ton de conversation lente et appliquée qu'elles avaient entretenu jusqu'alors ne sonne à ses oreilles comme tout à fait incongru. Son sourire, invariant jusque là, s'affirma soudain et ses yeux d'orage pétillèrent d'une étincelle aussi subite que rare à la plaisanterie transmise. Clarence avait-il réellement osé proférer cette boutade, que de l'unir à un septon ? La petite main blanche de la lady vint couvrir ses lèvres alors qu'elle retenait en sa gorge un éclat de rire et de voix entremêlés, préférant feindre de tousser plutôt que de lâcher un glapissement à la fois outré et affectueux, qui eut été lui digne d'une grenouille de septuaire. Elle battit plusieurs fois des cils pour en chasser l'amusement et, après avoir porté la main à son cœur – non à son étoile – elle reprit contenance, inspirant et soupirant brièvement par le nez pour clore l'événement. Ca n'aurait pas été eux, elle en aurait pris ombrage, y lisant une injure, mais de ces êtres si chers et si précieux, elle n'y voyait qu'une pichenette joueuse. Elle nota distraitement de rendre l'allusion à son frère, un jour prochain, peut-être durant le voyage.

Sa très faible distraction s’effaça sitôt que le sujet revint frôler le thème de la guerre. Elles échangeaient comme si le conflit allait finir bientôt et de façon favorable – et de cela, effectivement, Valencia ne doutait pas un instant – mais que la guerre s'éteigne bientôt n'était pas le point le plus crucial des prochaines saisons : il n'était pas question de quand, mais de comment. Qui en tirerait un bénéfice majeur ? Qui saurait placer ses pions ? Qui aurait perdu trop de fortune, concédé trop souvent ? Elle vouait à Clarence très volontiers sa confiance comme son destin, mais il lui faudrait garder les yeux ouverts et l'âme close une fois les portes de la capitale passées. Dans ces intrigues, on pouvait parfois fauter simplement en ignorant. Il y avait des vies en jeu, ainsi que le poids de celles qui avaient déjà été sacrifiées pendant toutes ces batailles. La question n'était pas uniquement politique : faire de son mieux était un devoir sacré. Sagesse et prudence seraient son arme et son bouclier. Elle irait prier l'Aïeule. Cillant, alors que Virginia reprenait au sujet de leur logement, Valencia redressa le dos, l'expression un peu plus close, car concentrée. Ainsi logeraient-elles au Donjon Rouge, directement ; elles seraient au plus près des pivots du pouvoir. Loin d'être oppressée par ses conclusions, la jeune lady s'en sentait sourdement galvanisée, apprêtée qu'elle était à éprouver le résultat de ses longues années d'apprentissage tout comme l'aurait été un écuyer à la veille d'une bataille. Le terme de sécurité noté par son aînée lui rappela, si besoin l'était, que l'instant serait crucial, propice aux profits comme aux dangers. Si la Pieuse était de celles qui avaient une certaine foi en tout, y compris en la grandeur d'âme accompagnant celle de la naissance, elle était dépourvue de naïveté. Ce n'étaient pas parce qu'ils étaient des alliés que la moindre faiblesse ne serait exploitée. C'était ainsi que la noblesse en elle-même gardait sa supériorité, toujours exposée aux défis des conflits internes, donc toujours apte à les relever. Elle acquiesça, gardant pour elle le fruit de ses brèves méditations alors que revenait le débat plus léger – mais pas moins dénué de subtilité ou de sens – qu'était celui des présents à apporter. Fruit de ses réflexions, une pensée lui vint à ce propos, qu'elle exposa en réplique.
    « Oui, j'y ai pensé juste à l'instant, du vert pour le Bief, mais il ne faudrait pas qu'il n'y ai que de cette teinte, ou nous aurions l'air de venir les habiller de notre drapeau. Elle sourit de nouveau. Ce serait donner une bien mauvaise idée de nos intentions. Quant aux étoffes des Cités Libres, oui, c'est judicieux. Ça rappellerait notre ouverture, la vivacité de notre commerce... Prenons quelques touches d'un bel orangé, il réchauffera la vue, ce sera une belle peinture pour la prochaine saison. »

La métaphore picturale était décrite avec naturel et quelques mouvements de doigts, illustrant, tout comme son regard porté sur le lointain, sa façon de jeter les couleurs sur les tableaux dressés par son imagination. Elle-même s'était assez décidée à porter des jaunes assez tendres, peut-être un peu de safran, mais rien de plus voyant toutefois – elle était mal à l'aise dans des coloris trop criards, tout comme elle pouvait l'être dans des atours trop sombres. Ils ne la reflétaient pas, quand bien même elle était assez sévère aux premiers contacts.

Ses camaïeux cédèrent devant la dernière proposition de son aînée, devenant une brume plus sobre et plus fermée. Ses yeux s'étrécirent légèrement alors que Valencia se redressait un peu, l'échine tirée par un vague désagrément. Shaïra de Lys avait une réputation aussi sulfureuse que sa naissance et la jeune lady ne pouvait, en son for intérieur, concevoir quelque sorte d'approbation envers celle qui n'était qu'une Bâtarde – reconnue et royale, certes, mais une Bâtarde toutefois, sorcière qui plus était. Ne cherchant nullement à dissimuler son déplaisir à sa confidente, elle lui darda un regard toujours calme, mais plus aiguisé, alors que la raideur s'était emparée de ses membres. Elle ne doutait pas que la sublime dame fut une source impressionnante de savoirs et de secrets, mais cette dite source était souillée de sa nature et de son aura et elle ne pouvait s'imaginer y boire sans s'en empoisonner. Répondant au regard avec clarté, la puîné suggéra.
    « Loin de moi l'idée de vouloir tempérer ta soif de connaissance, mais nous devrions choisir avec soin nos fréquentations. Oui, assurément, si elle est proche de nous, il serait inconvenant de l'ignorer de front, admit-elle avec un pli de lèvre qui n'avait rien d'avenant, mais n'allons pas outrepasser la courtoisie et risquer de prêter le flanc à de mauvaises conclusions quant à nos occupations. »

La franchise digne de la jeune femme confinait au proverbial. Si elle n'était pas méfiante de nature, elle était loin d'être ouverte à tout et la figure qu'elle présentait au monde était assez semblable à la façade de leur maison : haute, solide, avec quelques fenêtres mais peu de portes. Toutefois, sa docilité aimable se fit sentir et elle se pencha sur le sujet avec résolution.
    « Pour ce qui est de l'étiquette donc, peut-être pourrions-nous, plutôt qu'un ouvrage, lui proposer un tableau ? Il y a quelques âmes qui ont cédé de belles toiles récemment, le lot de la guerre, et certaines sont très intéressantes. Ne sachant pas ce qu'elle peut déjà savoir ou avoir déjà compulsé, je ne voudrais pas que nous soyons redondantes par malchance... Et il y a des images qui contiennent mille pages. Elle se frôla la lèvre d'un index. Resterait à déterminer le sujet. Quelque chose d'historique ? Une illustration trop florale paraîtrait trop mièvre. »

Taisant la suite de ses réflexions par respect et par affection, elle gardait l’œil posé sur son aînée, attentive, sans la scruter. Elle ne cherchait pas en elle une quelconque faute déjà consommée, pas plus qu'elle ne souhaitait l'abandonner à une trop confiante inclinaison envers la science, qui pourrait ternir leur réputation. Si leur maison était respectable, Valencia avait déjà pu constater qu'il y avait tout de même des langues pour siffler à l'encontre de leur blason. L'un de leurs frères était victime de quolibets alors qu'il ne souffrait que d'une trop grande galanterie et non pas d'une faiblesse pour la bagatelle. La Pieuse serait marrie d'entendre au bout d'un couloir qu'on insinuerait que les Hightower s'intéressaient, même de loin, à la sorcellerie. Ça n'était pas convenable, encore moins souhaitable, et la répugnance instinctive de Valencia envers tout ce qui pouvait avoir le moindre relent de scandale caressait sa raison de mille arguments en défaveur de la dame de Lys. Sa piété avait parfois cette conséquence : elle ne suivait pas toujours le même courant que son clan. Mais, de tout son cœur, elle estimait tout à fait sincèrement que c'était là pour leur bien à tous, ainsi que son devoir le plus sain et le plus sacré. Et s'il fallait convenir, à contre cœur, plutôt que d'obéir, elle se tairait. Leur mère à tous faisait déjà les frais de cette tournure de caractère plus rigide encore que celle de bien des septons.


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:43, édité 3 fois
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Message Jeu 19 Juil 2012 - 12:43

     Virginia acquiesça en entendant sa cadette avancer le fait qu'il vaudrait mieux ne pas se concentrer trop sur du vert. Il était vrai que cela pourrait dégager l'impression que les demoiselles tenaient à tout prix à imposer les teintes de leur région d'origine. Il y avait encore énormément d'autres couleurs qui pourraient faire l'affaire tout en étant aussi belles, par exemple les couleurs chaudes des tissus de Dorne ? La Hightower avait souvent admiré ses teintes lors des visites de son amie lady Ismaëlle, il était vrai que c'était quelque chose de très original tout en changeant du Bief. Même si à ce jour Dorne n'était pas encore très apprécié du grenier de Westeros, Virginia elle ne nourrissait aucune rancœur à leur égard, bien au contraire. Les quelques Dorniens qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer lui avaient tous semblé très avenant, même si certains semblaient se méfier du fait qu'elle était issue du Bief. Les anciennes rivalités avaient la vie dure apparemment ! Comme si elle faisait écho à ses pensées, Valencia parla alors d'un orangé qui ferait certainement beaucoup de bien. Avec la venue de l'hiver c'était un fait, puis ce serait une manière de montrer aux autres qu'ils ne se bornaient pas qu'aux teintes de leur région ! Avec un sourire convaincu, la jeune femme répondit. « C'est une excellente idée en effet. Je crois qu'il y a un jeune tailleur originaire de Dorne qui s'est installé en ville, du moins j'ai entendu Clarence en parler. Je suis persuadée que nous devons pouvoir trouver notre bonheur là-bas. » Elle observa une légère pause comme si elle réfléchissait. « Lors des visites de lady Ismaëlle, j'ai eu l'occasion d'admirer les étoffes de Dorne et je pense qu'elles feront un excellent présent. » Légères et douces à la fois, leur texture semblait sans pareil. Même si Virginia n'avait pas pour habitude de parler chiffon pendant des heures, elle avait abordé ce sujet avec sa jeune amie et en était arrivée à la conclusion que cette région savait produire de bien belles choses.

     Lorsque la question de Shaïra de Lys fut abordée, Virginia resta attentive aux mouvements et aux réactions de sa sœur. Elle se doutait pertinemment que Valencia n'apprécierait pas franchement de voir une telle chose se profiler à l'horizon et ce fut effectivement le cas. Sans chercher à masquer son manque de plaisir quant à cette nouvelle, la plus jeune des deux sœurs répondit à l'aide d'un discours modéré. Il était vrai que les rumeurs circulaient rapidement en ce bas-monde et le simple fait de voir Shaïra en présence de Virginia ou Valencia pourrait suffire à en faire naître de nouvelles. D'un autre côté, la sorcellerie que la bâtarde légitimée était censée pouvoir maîtriser, devait permettre de conserver une beauté intacte, hors il était plus qu'évident que la Hightower ne possédait rien qui puisse se rapprocher de cette définition. Mais les choses n'étaient pas aussi simples, Virginia imaginait aisément que des mauvaises langues peu satisfaites de sa position vis-à-vis du seigneur de La Treille, pourraient chercher à la discréditer en disant qu'elle cherchait un moyen d'affirmer sa poigne sur lui. En tant que femme « de science », la demoiselle ne croyait pas en la magie et était persuadée que les bains de sang de vierges dont Shaïra était censé se servir pour entretenir sa beauté, n'étaient rien de plus que des fadaises. Une femme aussi cultivée qu'elle ne s'abaisserait pas à de pareilles bassesses ! Cela dit, la Bieffoise pouvait parfaitement comprendre les craintes de sa cadette et si Valencia lui en faisait la demande, elle tirerait un trait sur ce projet. Avant cela, elle tenta toutefois d'essayer de trouver un compromis. « Je ne souhaite pas nous placer dans une position délicate Valencia, je ne désire pas davantage que notre nom soit associé à de la sorcellerie, c'est pour cette raison que je réfléchissais sérieusement à ce souhait. » Et qu'elle n'en avait pas parlé au début de leur discussion. « Si tu préfères, nous pouvons toujours la rencontrer en public de manière à ce que notre discussion soit audible de tous et que personne ne puisse se demander si nous ne désirons pas quelque chose de contraire à la foi des Sept ? » Virginia ne souhaitait pas forcer la main de sa soeur, elle se renseignait simplement sur ce qu'elle pouvait tolérer. « Mais si même cette solution te semble mauvaise Valencia, il suffit que tu m'en fasses état et j'annulerai mes projets concernant Shaïra Seastar. » Une preuve supplémentaire que jamais l'aînée des filles de la fratrie ne pourrait faire quelque chose qui embarrasserait ou contrarierait ses frères et sœurs.

     Elles auraient encore du temps pour décider de tout cela de toute manière, la seule chose qu'elles devaient préparer pour le moment étant de trouver quelques cadeaux à apporter avec elles, le reste pourrait se faire sur place. Valencia avança alors une idée plus qu'intéressante, un tableau pouvait effectivement se révéler être une bonne idée, ou alors une tapisserie de très bon goût. Le thème traité resterait important, il était évident qu'elles n'allaient pas apporter une œuvre sur la bataille dont lord Jace avait parlé à Virginia, celle qui opposa Westeros aux Lysiens sur les flots. La question serait donc assez épineuse. Adoptant un air de réflexion, Virginia lâcha finalement quelques idées. « Je sais qu'elle semble avoir une grande affection pour sa mère, Serenei de Lys, la maîtresse du roi Aegon IV. » Celle qui avait donné naissance au dernier des Grands Bâtards et qui était morte en couche. Sa fille n'avait donc jamais pu la connaître, mais on la disait d'une très grande beauté, bien qu'elle était réputée comme étant aussi froide que la pierre. « Je suis certaine qu'il doit exister des tapisseries ou des tableaux la représentant, tu sais comme les artistes aiment représenter les grandes beautés. » Il y avait un léger ton de reproche dans la voix de la Bieffoise, elle n'avait jamais compris cette passion que les artistes avaient pour les créatures dotées d'une grande beauté. Encore avec Shaïra Seastar, c'était acceptable étant donné qu'elle semblait fort intelligente, mais pour le reste, c'était différent. Se posait toutefois une question non négligeable. « Cela dit, je crains aussi qu'un tel cadeau ne puisse être mal interprété. Il est vrai que Serenei était réputée pour être une sorcière, acquérir un tel tableau pourrait donc soulever quelques questions. » Elle soupira légèrement. « Je sais que le meilleur moyen de ne pas paraître suspect est de tout faire à la vue de tous, mais je ne veux rien faire sans ton approbation. Après tout, nous serons toutes les deux à Port-Réal. » Si elles cherchaient à dissimuler leur achat, c'était là que la question de leur intérêt pourrait être soulevée, mais en l'acquérant pour une simple offrande, les choses pouvaient changer. Le dernier mot en revenait à Valencia.

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Message Sam 21 Juil 2012 - 3:54

Le déplaisir qu'elle avait conçu à évoquer l'éventuelle fréquentation de la Bâtarde légitimée restait à flotter, non dans l'atmosphère somme toute encore très détendue et presque légère, mais devant ses yeux assombris, ainsi que son humeur superficielle. N'étant ni capricieuse, ni revêche – quoi que certains aient pu en dire – Valencia ne se laissa pas affecter outre mesure par la chose, gardant sa raison comme seule maîtresse de ses propos jusqu'alors ; ainsi, lorsque la discussion revint au sujet des tissus, ménageant une pause dans le traitement du cas litigieux de Shaïra Seastar, la jeune lady ne put s'empêcher de sourire légèrement à l'évocation des origines de l'intéressant tailleur récemment installé. Un dornien, vraiment – ne manquait plus qu'un tonnerre pour faire la somme de ce qui pouvait faire frémir sa peau blanche de dégoût ou de peur avant que son esprit ne reprenne les rênes de sa conscience. Si l'idée d'un orage la faisait fuir comme une enfant dans le premier abri illusoire venu, le spectre du désert ne lui tirait plus guère qu'une raideur plus prononcée que d'ordinaire et un soupçon de méfiance supplémentaire, suffisante, toutefois, pour lui faire naturellement éviter tout contact qui n'aurait pas été nécessaire avec les membres de ce peuple à l'antagonisme ancestral. Les derniers conflits n'étaient, après tout, pas encore assez vieux pour être profondément enterrés et Valencia caressait quelques préjugés à leur propos, les considérant non pas comme une faute de jugement, mais comme une expression de la sagesse populaire. Lady Ismaëlle Forrest était une exception en soi, car adoubée par son lord comme son aînée ; elle n'était pas pour autant prête à abandonner ses défenses et à laisser choir les barrières qui la tenaient éloignée des hommes des terres ensablées. Elle n'en dit rien pour l'heure, préférant simplement acquiescer au propos de sa sœur – un commerçant était un commerçant. S'il s'installait et qu'il taillait bien, soit, elle pourrait mettre de côté le fait qu'il fut dornien et le tolérer le temps de juger son travail – sans doute, et un peu malgré elle, avec une sévérité exemplaire. Un léger silence attentif s'ensuivit, puis l'ombre de Shaïra revint esquisser ses contours. Croisant les doigts au devant de son ventre, Valencia écouta son aînée.

La douceur répondait toujours à la tendresse et, cette fois, le tact recevait la tempérance en récompense. Sa pragmatique sœur avait sans doute déjà considéré avant ses propos à elle les réactions diverses que pouvait entraîner une discussion, même simple, avec une femme telle que cette beauté-là, mais le retrait de son aînée surprit légèrement la plus jeune d'entre elles. Elle allait jusqu'à lui affirmer qu'il lui suffisait de quelques mots pour annuler le projet, ce qui consola la bribe d'humeur pincée qu'elle avait ressentie depuis l'évocation de la pécheresse – un enfant qui avait été illégitime n'était pas réellement autre chose qu'une marque d'infamie aux yeux de la Pieuse, comme aux regards de beaucoup, et ce même si la politique et la reconnaissance royale de sa filiation faisait qu'il était de bon ton de faire mine de ne pas en avoir trop mémoire. Hochant la tête, décroisant les mains pour esquisser un geste d'apaisement de la dextre, elle concéda une fois que cette dernière eut parlé.
    « Comme je disais, si elle est proche de nous, nous ne pourrons l'ignorer sans écorner l'étiquette ; alors, plutôt que d'attendre d'y être confrontées et de ne savoir qu'en faire, autant aller au devant des désagréments éventuels, afin de les affronter comme nous nous devons de le faire. Oui, en public, ce sera très bien, que nul ne nous prétende dédaigneux, pas plus que concupiscents. Comme tu le dis, trop éviter peut faire le même mal qu'embrasser franchement, restons prudemment entre deux. De plus, je ne veux pas te priver d'une discussion qui pourrait s'avérer passionnante. »

La raideur de la ligne de ses épaules trahissait par avance celle qui serait la sienne à partager la présence de cette femme avec son aînée, mais elle s'efforça de sourire. Son pli de lèvres était mince, mais sincère : après tout, Port-Réal comptait quelques individus déplaisants avec lesquels il lui faudrait composer, hélas et chacun des mots prononcé était pesé et déposé avec cette franchise qui ne quittait pas sa langue. Il n'y avait pas que de belles choses aisées à accomplir et l'aspect parfois sinistre de la réalité imposait de savoir se tenir et garder son jugement pour soi – bien que le sien filtrait assez aisément face à ce qu'elle considérait comme un manquement. Éprouver tant de sécheresse envers un individu au nom de sa naissance pouvait paraître injuste à une poignée d'âmes tendres, mais Valencia voyait dans l'indulgence envers les Bâtards une brèche béante dans la morale de tous, qui laisserait à coup sûr la liqueur fétide de l’obscénité noyer les âmes des bonnes gens. Qu'elle fut taxée de sorcellerie était, au final, secondaire – elle était l'incarnation d'une infamie. Que pouvait-elle être de bon ?

Son regard s'évada alors qu'elle se penchait sur la question du présent, maintenant que celle de la rencontre était à peu près convenue. La remarque à propos de la beauté tira à peu près le même sentiment à l'aînée qu'à la puînée, à savoir un vague désagrément – qu'y avait-il de plus élevé à représenter sur une toile une femme agréable plutôt qu'une autre, peut-être mieux née ou plus instruite ? Jamais le pinceau ne pouvait saisir tout à fait l'exactitude des traits, les peintres pouvaient mentir et, quand bien même l'image serait parfaite, on ne pouvait passer le vernis d'une toile pour s'en aller courtiser une femme faite de pigments, même avec toute l'admiration du monde pour ses formes dessinées ou ce qu'on croyait lire dans un regard figé. Elle comprenait la magnificence inspirante des paysages ou des batailles, mais l'apparat pour l'apparat la laissait froide. Beaucoup auraient pu y lire une bien naturelle jalousie de femme sans charme et peut-être n'auraient-ils pas si mal interprété, mais il y avait là, surtout, l'habitude de chercher dans les personnes alentours un esprit prompt plutôt qu'un minois harmonieux. L'amour des siens l'y avait rompue, puisqu'ils partageaient tous une vivacité d'esprit payée par le manque de grâce. Gardant un silence concentré, elle offrit après quelques secondes le fruit de ses réflexions.
    « Pourquoi pas une scène imagée ? Un motif dévot m'aurait plu, mais pourrait passer pour de la mauvaise ironie, ce que je ne pourrais souffrir, mettons alors... Peut-être une vue de la Mander, pour le symbole reliant Port-Réal au Bief ; je crois me souvenir d'une toile entrevue, la construction d'un navire sur ses berges. La scène était plaisante, le propos intéressant et détaillé, si on s'intéresse à la navigation ou à l'architecture et, ma foi, je ne saurais trop dire pourquoi, mais j'aurais plutôt envie de lui offrir quelque chose avec un thème d'eau. C'est assez neutre sans trop l'être et nous évitons tout ce qui pourrait être... Équivoque. »

Avisant Virginia, elle reposa ses mains entrelacées au devant de son corsage, sensiblement plus détendue mais la nuque toujours roide, alors qu'elle revenait considérer un propos déjà échangé une poignée de minutes auparavant. Elle lui réserva une figure plus claire, glissant pour teindre l'atmosphère de pointes plus colorées et moins austères.
    « Quant au dornien – au tailleur, veux-je dire, outre les étoffes, nous pourrions peut-être lui demander des petites choses, rien de trop ostentatoire, mais des idées différentes, afin de ne pas offrir des choses trop semblables. Que nous montrions penser à chacun, sans pour autant faire croire que nous voulons les éblouir tous, ou que nous les considérons comme une masse indifférenciée à flatter globalement. J'ignore si ce serait faisable, mais je crois que ça pourrait être une bonne idée. A ton jugement ? »

Les questions sensibles étaient parfois, et regrettablement, très proches des questions de sensibilité et l’exercice du pouvoir et de la diplomatie exigeait de considérer les unes avec les autres, ensemble, et non confrontées ou différées. C'était là chose bien délicate à laquelle Valencia était encore peu faite mais, attentive à ses leçons et aux remarques saisies dans ses quelques vues du grand monde, elle connaissait la chose au moins en théorie. Aussi s'en inquiétait-elle. Serait-il possible pour autant de confectionner tout ceci en si peu de temps ? N'aurait-ce pas l'air trop affecté ? Et, pour finir – combien de choses aussi importantes que ce qui allait se négocier pouvaient tenir à une simple écharpe de tissu raffiné ?


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:44, édité 2 fois
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Message Sam 21 Juil 2012 - 16:17

     La réplique de Virginia au sujet de la bâtarde de la Lysienne était sincère. Elle aurait sans hésité mis ses désirs de côté si l'idée ne séduisait pas sa cadette. Après tout, la Bieffoise ne serait amenée à rencontrer Shaïra Seastar qu'une fois dans sa vie - sauf si le hasard en décidait autrement - alors que Valencia partageait son quotidien depuis sa naissance. Comment aurait-il donc pu faire passer le souhait de découvrir quelques autres sciences avant l'affection qu'elle ressentait pour sa sœur ? De plus, Virginia savait être pragmatique, elle comprenait parfaitement ce qu'une telle rencontre pourrait éveiller dans l'esprit des autres et lorsqu'une famille était dirigée par un lord aussi jeune que Clarence qui n'était pas réputé pour ses faits d'armes, elle savait aussi qu'ils étaient doublement surveillés. Encore une fois, l'injustice que ressentait la jeune femme était forte. Les guerriers et les chevaliers semblaient toujours avoir plus de facilité dans la vie que les hommes d'esprit, surtout lorsqu'ils étaient comme Clarence et ne possédaient pas le titre de mestre. C'était navrant, il y avait - selon elle - bien plus de mérite à maîtriser plusieurs langues que savoir se servir d'une épée ou d'une lance. Mais à chacun sa manière de percevoir les choses. Pour cette raison, Virginia ne souhaitait pas que la moindre rumeur déplacée puisse flotter au-dessus de leur nom et si pour éviter cela elle devait tirer un trait sur sa rencontre avec la cultivée bâtarde et bien, elle le ferait. Sans hésiter.

     Ses yeux verts posés sur le minois de sa sœur, Virginia l'écouta donc avec attention tandis qu'elle avançait avec logique le fait qu'il serait préférable qu'elles aillent au devant d'une telle rencontre. Ignorer une femme comme Shaïra Seastar pouvait être risqué, d'une part parce qu'elles manqueraient de respect à cette femme et qu'il était de notoriété publique que la Main du Roi se consumait d'amour pour elle, d'autre part parce qu'elle était réputée comme étant une sorcière. Encourir le risque que Brynden Rivers décide de leur mettre des bâtons dans les roues parce qu'elles avaient manqué de respect à son aimée était déjà dangereux, mais subir le sort d'une sorcière pouvait faire bien plus de dégâts. Dans l'ensemble, la Bieffoise ne croyait absolument pas à cette prétendue magie, son esprit cartésien l'empêchait de le concevoir, mais il suffisait que d'autres s'imaginent que les Hightower avaient provoqué la colère d'une sorcière pour que tout s'écroule. Non, ce n'était définitivement pas conseillé ! Un sourire se dessina sur les lèvres de Virginia alors qu'elle entendait la fin de la réponse de Valencia, bien que la jeune femme se doutait qu'endurer la présence d'une femme comme la bâtarde serait une rude épreuve pour sa sœur. « Tu as parfaitement raison, autant éviter de froisser une prétendue sorcière. Nous ferons donc comme tu le dis Valencia et je m'arrangerai pour que notre discussion soit assez brève pour ne pas paraître suspecte. » Et bien évidemment, pour éviter à la malheureuse de devoir subir trop longtemps cette entrevue. Si Virginia avait désiré que sa sœur l'accompagne à Port-Réal, ce n'était certainement pas pour lui rendre la vie impossible après tout ! Leur entente passait avant tout le reste, possibilité de tisser des liens avec une personne cultivée ou non.

     Arriva alors le sujet du tableau, Valencia fit une fois de plus preuve de son esprit de réflexion très développé en avançant une idée qui charma aussitôt sa sœur. Une vue de la Mander avec quelques bateaux, de quoi plaire à n'importe qui, tout en se montrant personnalisé avec le lien des Terres de la Couronne au Bief. Oui, c'était un bon compromis, ne pas trop s'aventurer dans les méandres d'un cadeau personnalisé qui pouvait avoir l'effet contraire à celui escompté. Elles ne connaissaient pas assez cette femme pour se permettre un tel luxe qui plus est, sans compter que comme Valencia venait de le souligner, il valait mieux trouver le juste milieu entre l'ignorance et l'intérêt trop développé. Hochant la tête d'un air convaincu, la plus âgée des deux sœurs répliqua d'un ton de réflexion. « Je crois que c'est une excellente idée, un sujet neutre tout en restant lié à nos deux régions. De plus qui n'apprécie pas la peinture ? Je suis certaine qu'elle saura apprécier. » La peinture et tout ce qui tournait autour de l'art intéressait généralement beaucoup de monde, principalement les nobles vu que les roturiers n'avaient pas énormément de temps pour s'y adonner bien évidemment. « Puis si tu as remarqué cette œuvre, je suis certaine que son créateur doit être doué. » Peut-être en raison de leur physique « commun » les jeunes femmes semblaient plus sensibles au talent de l'artiste qu'à la beauté de la toile en elle-même. Vu ce qu'elle avait entendu au sujet de la bâtarde légitimée, la jeune femme considérait que Shaïra Seastar devait être du même avis qu'elles. Puis si elle n'aimait pas le cadeau qui lui était fait et bien tant pis. Virginia n'allait pas non plus chercher à lui faire la cour à tout prix pour avoir le plaisir – ou la chance ? – de discuter avec elle. « Nous enverrons quelqu'un chercher cette toile dans ce cas. » C'était réglé et le ton de la jeune femme montrait qu'elle en était satisfaite.

     Arrachant Virginia à ses pensées, Valencia aborda alors le sujet du tailleur et la première appellation qu'elle utilisa n'échappa pas à sa sœur qui esquissa un léger sourire. La jeune femme était plus difficilement agréable ou avenante à l'égard de leurs anciens adversaires. C'était compréhensible vu la manière dont certains Bieffois parlaient des Dorniens et même si l'aînée n'approuvait pas cela, elle ne le condamnait pas non plus. L'idée qu'elle avança lui sembla en effet plus avisée, sans compter que vu le temps qu'il restait avant le conseil, le tailleur – aussi doué soit-il – ne pourrait certainement pas réaliser autre chose que des petites attentions. « En effet, sans compter que le temps nous manquera aussi je pense et que ce tailleur ne pourra pas réaliser autant de grosses commandes que de petites. » Elle adopta une légère moue qu'elle affichait toujours lorsqu'elle réfléchissait. « Je pense aussi qu'offrir des présents trop personnalisés comme des robes ou des tuniques risque davantage de déplaire que si nous nous contentons d'un accessoire comme un foulard par exemple. » En effet, la coupe d'un habit était bien plus sujet à discussion que celle d'un simple accessoire. De plus, il pourrait davantage être utilisé qu'une robe qui serait changée fréquemment. C'était certainement la solution la plus avisée. « Et après tout, le Bief est réputé pour ses accessoires et tout ce qui se situe dans ce domaine, autant nous démarquer des autres non ? » Un léger sourire se peignit sur ses lèvres comme elle continuait. « J'irai rendre visite à ce tailleur si tu le souhaites, tu pourras te concentrer sur autre chose pendant ce temps. » En réalité, c'était surtout pour éviter à Valencia de devoir discuter avec le Dornien si elle n'en éprouvait pas le désir. Mais Virginia laissait à sa sœur la possibilité de se joindre à elle si elle le désirait tout de même. Après un bref moment de silence, elle relança un autre sujet. « Pense-tu qu'apporter quelques essences et parfums pourrait être intéressant ? Tu es tellement douée pour sélectionner les tiens, je me disais que ce serait aussi une délicate attention. Cela permettrait de les offrir à ceux qui ne sont pas trop amateurs de chiffons, qu'en pense-tu ? » En effet, Valencia était bien plus douée que sa sœur en matière de parfum et c'était un point que Virginia reconnaissait volontiers. Lorsque quelqu'un était plus qualifié que vous dans un domaine, mieux valait le laisser décider, après tout, les chances de réussite étaient alors plus élevées.
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Message Lun 23 Juil 2012 - 9:53

La satisfaction de Virginia trouvait écho en sa puînée, dont les lèvres se parèrent d'un sourire qui, s'il n'était pas plus prononcé, était plus sûr et confiant. Elle hocha légèrement la tête à ses derniers propos, agréant à l’ultime sentence quant au sujet de la Bâtarde royale : la toile peignant la Mander ferait office d'offrande publique. Le reste dépendrait de la situation ainsi que des propos qui s'échangeraient et, quand bien même elle se faisait déjà une fort basse opinion de la dame en question, Valencia n'était pas butée au point d'aviser par avance de ce qu'elle pourrait répondre à la présentation de ce cadeau poli et mesuré, pas plus que de sa capacité à soutenir une conversation à la fois digne et captivante. Peut-être serait-ce simplement protocolaire, ce qui ravirait la jeune lady, mais qui décevrait sans doute son aînée, peut-être qu'au contraire serait-elle assez habile et raffinée pour que Valencia accepte de laisser de côté sa naissance le temps d'une conversation. Elle ne doutait pas de la prévenance de sa sœur : si le moment devenait trop désagréable ou si le propos portait sur des sujets trop litigieux à ses yeux à elle, Virginia saurait le sentir et, elle en avait l'assurance renouvelée, mettrait un terme courtois à la rencontre. La pieuse demoiselle n'avait plus qu'à s'y préparer mentalement, afin d'être aussi à l'aise que faire se peut à l'instant dit et de se comporter en parfaite lady, ni méprisante, ni trop familière – le risque était faible. On la disait très volontiers trop froide, voire dédaigneuse, considération qui la chagrinait parfois un peu : sa piété l'obligeait à toujours avoir le souci de son entourage, qu'il fut sa famille, le peuple de Villevieille ou, à moindre mesure, les êtres mêmes inconnus qui se tenaient simplement auprès d'elle. Toutefois, ce ne serait pas devant une femme à la naissance illégitime qu'elle allait s'autoriser des élans de chaleur, aussi se tiendrait elle à l'étiquette la plus irréprochable, sans s'imaginer pouvoir paraître en sus aimable et délicieuse. Sur les points qui étaient à leur portée, le problème était clos. Toute tension s’évapora de sa nuque et le discret pli de son front s'effaça alors que ses pensées s'éloignèrent de l'évocation d'infamie.

S'inclinant une seconde fois favorablement sur sa suggestion, Virginia adoubait l'idée qu'elle avait émise précédemment quant à faire réaliser de petites pièces au dornien. Elle glissa une nouvelle fois une permission de dérobade, la laissant libre de s'esquiver de cette tâche si rencontrer un tailleur venu des sables l’insupportait, ce qui donna une teinte attendrie à la pointe de son sourire. Ce jeu fait de délicatesses était un signe limpide pour qui saurait le voir de la profondeur de leur attachement et de la sincérité de leur complicité. Elles se connaissaient si bien qu'elles savaient prévenir les réactions l'une de l'autre, sans pour autant toujours partager les mêmes jugements. N'était-ce pas là l'essence du véritable amour, que d'accepter et de comprendre l'autre sans chercher à s'imposer soi-même ? C'était, en tous cas, ce que Valencia estimait comme son bien le plus précieux, ce lien puissant et profond, sans heurt ni brusquerie, qui était l'exact opposé de la passion que certains livres décrivaient. Si, comme nombre de jeunes filles, elle avait parfois rêvé à des transports amoureux qui tempêteraient en son âme, elle avait rapidement repoussé ces songes que son jeune âge trouvait dangereux et déraisonnables. Se concentrant sur la personne de l'artisan dornien, Valencia se pencha avec sérieux sur la question de lui rendre ou non visite en compagnie de Virginia. Spontanément, elle avait le désir de saisir l'insinuation de son aînée et de s'abstenir, mais elle se savait curieuse, autant qu'elle était concernée. S'il y avait plus d'une décade que Dorne avait cédé devant la couronne, il n'y avait pas encore eu tout à fait une génération de passée et nombre de personnes que cet homme serait amené à fréquenter quotidiennement se souviendraient de l'époque des pillages et des inimitiés pour l'avoir vécue elles-mêmes ; il faudrait s'attendre à des comportements désagréables. Villevieille était paisible et Valencia, comme tout Hightower, tenait ce calme en haute estime. Peut-être que rendre visite à ce tailleur gommerait ses origines par le prestige de la famille, tout comme la chose montrerait aux bonnes gens que ceux qui veillent sur eux depuis la Tour savent en descendre et aviser de leurs yeux propres ce qu'il se trame et pourrait être l'origine d'un petit scandale. Peut-être s'inquiétait-elle trop, peut-être que beaucoup passeraient sur ses origines au nom de la vassalité commune des deux territoires, mais l'implication de la pieuse jeune femme refusait de laisser une chance à la discorde de s'installer alors qu'elle avait eu connaissance de ce risque et l'occasion de s'y pencher, même de façon mineure, aussi répliqua-t-elle.
    « Allons-y toutes deux, nous avons de bonnes idées ensemble ces jours-ci. Ce ne sera pas de trop pour trouver de quoi faire pour tous ceux que nous irons visiter. »

Elle jugerait de la personne et du travail par elle-même ainsi. Elle ne dénigrait pas l'avis de son aînée, loin de là, mais elle ne désirait pas lui faire accomplir seule cette tâche qui les regardait, à son avis du moins, toutes les deux. Après un petit silence, Virginia évoqua des essences parfumées et le regard de sa jeune sœur s'aiguisa tout autant qu'elle se piquait d'un intérêt vif et renouvelé. Le sujet était l'une de ses passions et elle était intarissable. Très fine connaisseuse, elle pouvait presque réciter l'origine de nombre d'essences pures et de la plupart des heureux mélanges de fragrances qu'il était possible de faire, ainsi que ce qu'elles pouvaient évoquer. Malheureusement pour elle, elle n'avait pas le nez exigé pour espérer pouvoir se lancer dans la création en elle-même, bien qu'elle eût essayé dans son adolescence. La concentration poussée et la saturation de ses sens lui avaient clamé l'amère vérité en accouchant d'une très violente migraine : elle ne peindrait jamais les odeurs comme elle pourrait poser des huiles sur une toile. Condamnée à n'être qu'observatrice et non artiste, elle s'était faite, en réaction, historienne et experte et elle avait rencontré peu d'âmes plus intéressées que la sienne sur ce sujet. Ce fut donc d'une voix vibrante, et sans temps de réflexion, qu'elle répondit à sa sœur après s'être redressée.
    « Oh ! Les dernières roses ont été assez particulières. Presque surprenantes, oui, ne t'ai-je pas fait sentir ? Elles sont charnues, presque liquoreuses, très sucrées... Féminines jusqu'au dernier pétale, avec un sillage assez prononcé. Ce n'est pas pour tous les goûts, avec un caractère pareil, c'est bien l'inconvénient des récoltes sortant un peu de l'ordinaire. Mais une femme affirmée saurait bien le porter. D'ailleurs, j'en porte un peu, mais le parfumeur les a allégées avec une touche plus acidulée, qui rend l'odeur plus jeune, mais plus diffuse et moins imposante... »

Ses joues étaient presque rougies du plaisir évident qu'elle avait à parler de sa marotte. Si Virginia passait des heures nocturnes à scruter les cieux, elle passait quant à elle ses jours le nez posé sur des boites et des flacons. Posant sa dextre sur sa chevelure, elle la souleva dans un mouvement élégant, illustrant par le geste sa coutume d'oindre ses longues mèches brunes d'un luxe différent chaque jour. Le parfum décrit s'éleva, posant dans l'air ambiant une touche estivale.
    « Les autres essences pèchent légèrement, par contre. Avec la guerre, il y a peu d'odeurs fruités, évidemment, quant aux épices, je les ai trouvées un peu fades. Bien sûr, nous pourrions choisir des cires pour ce qui serait de parfumer un homme, les années précédentes avaient des trouvailles quant aux alliances d'odeurs. C'est parfois ardu de trouver quelque chose d'adéquat, il faut que ce soit assez viril sans être capiteux, ce qui est le problème majeur des essences de bois. D'ailleurs, j'y songe, oui, il faudrait opter pour des cires plutôt que des huiles ou des flacons, ne serait-ce que pour le voyage. Resterait à voir s'il y a de beaux ouvrages quant aux boites où les ranger... »

Elle arrondit légèrement les yeux et entrouvrit les lèvres. Le son très rare de son petit rire – qui n'était encore là qu'un soupir plus appuyé et heureux que la moyenne – s'échappa.
    « Mes dieux, que je dois t’ennuyer. Elle s'apaisa d'un rien. Oui. C'est une bonne idée. »

Repliant les mains au devant de son ventre, les doigts sagement croisés, elle prit une petite inspiration, gardant une étincelle rieuse dans le regard, tardant à s'effacer. Nul doute que ce voyage leur ferait du bien à toutes deux : en étant l'une seule avec l'autre, elles se redécouvriraient un peu et, avant la perspective de son mariage et de l'éloignement qui s'ensuivrait, l'idée la réchauffait. Après tout, ce n'était pas parce que leurs jours seraient plus distants qu'elles ne pouvaient pas davantage se rapprocher.


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:46, édité 1 fois
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Message Lun 23 Juil 2012 - 16:01

     Virginia fut heureuse d'entendre Valencia lui déclarer qu'elle l'accompagnerait lors de sa visite auprès du jeune tailleur Dornien. C'était une bonne chose, même si jamais la jeune femme n'aurait obligé sa sœur à le faire si elle avait manifesté le souhait de rester à Grand-Tour. Aller au devant des problèmes que l'on pouvait avoir – et cette méfiance que Valencia avait vis-à-vis des Dorniens en faisait partie – permettait de ne pas se laisser handicaper par eux s'ils s'imposaient d'eux-mêmes sur le chemin emprunté. Cette pensée éveilla d'ailleurs autre chose dans l'esprit de la Bieffoise, elle savait qu'au nombre des nobles qui siégeaient au conseil restreint se trouvait un Dornien puisqu'il en était en famille avec les Targaryen. Inutile de dire qu'il était donc fort probable que les deux jeunes femmes croisent des habitants de cette région lorsqu'elles séjourneraient au Donjon Rouge, à moins que leurs quartiers ne se trouvent pas dans la même zone que ceux des membres de la famille proche du Roi ? Elle croyait que non, mais son assurance à ce propos n'était plus aussi prononcée qu'à l'accoutumée. Après un bref instant de silence, la jeune femme hocha la tête. « Très bien, c'est une bonne chose nous pourrons croiser nos avis et nous inspirer mutuellement comme tu le suggères. Nous nous y rendrons sûrement demain. » Elle décida de placer le sujet des Dorniens de côté pour le moment. Valencia était une femme intelligente et elle devait sans aucun doute savoir qu'elles risquaient fort de croiser de telles personnes à Port-Réal. Mais sachant que sa jeune sœur semblait tolérer lady Ismaëlle, peut-être qu'elle ne percevait pas les choses sous le même angle ? Les relations entre nobles étaient teintées d'hypocrisie et il était difficile de savoir ce que pensait la personne face à vous si vous n'étiez pas capable de lire dans ses pensées. En somme, converser avec des nobles Dorniens était peut-être plus simple qu'avec des roturiers. Mais la question était réglée, les deux sœurs se rendraient à l'atelier du jeune tailleur dans la journée de demain certainement !

     Lorsque le sujet des parfums fut abordé, comme Virginia s'y attendait, Valencia fut soudain prise d'une passion qui lui était propre. La voix qu'elle adopta dessina un sourire plus amusé sur les lèvres de la Bieffoise qui regardait sa cadette tandis qu'elle lui expliquait quelques points en adoptant une attitude éveillée. Ce sujet semblait autant l'intéresser que lorsque Virginia parlait de l'astronomie, à croire que seules ces passions pouvaient réellement éveiller le caractère caché des demoiselles. Valencia parla alors des roses qui offraient un parfum unique en son genre et en effet, la plus âgée des deux se souvint d'avoir sentit une telle odeur. Son nez n'était pas aussi doué que celui de sa sœur pour détecter les odeurs, mais là il avait été évident que les roses utilisées pour cette décoction n'étaient pas aussi basiques que les autres. Heureuse de voir que ce simple sujet enjoué littéralement sa cadette, Virginia la laissa parler encore et encore, détaillant la manière dont les autres essences étaient plus fades en raison des problèmes que le Bief avait subis. La sécheresse devait avoir gâté les fruits et les fleurs c'était évident, sachant que même le bétail avait souffert de tout cela, les priorités avaient dû être revues et les matières premières utilisées pour les parfums n'étaient sans aucun doute pas en premières sur la liste. C'était bien dommage, même si Virginia usait rarement de ces artifices, savoir que le passe-temps de sa cadette risquait d'être gâté la gênait grandement. Après avoir soliloqué un petit moment, Valencia ria légèrement ce qui dessina une furtive expression de surprise sur le visage de Virginia avant qu'elle n'avance l'idée qu'elle devait l'ennuyer. Cette fois-ci, ce fut le tour de l'aînée de rire légèrement. « Tu dois certainement plaisanter, j'aime discuter de choses et d'autres avec toi et lorsque je vois la joie que ce sujet provoque chez toi, je suis prête à m'entretenir à ce propos pendant des heures ! » C'était sincère. Le sourire de Valencia c'était atténué avec la perte de leurs aînés et un regret restait toujours implanté dans l'esprit de l'aînée des filles qui se sentait quelque peu coupable de ne pas réussir à redonner plus de joie à sa sœur.

     Après un petit moment de silence elle continua. « Je peux toujours me renseigner pour savoir si nous avons suffisamment de coffrets pour abriter tous ces trésors, dans le cas contraire il suffira de nous renseigner sur ce qu'il manque et de compléter le reste. » Les finances n'étaient pas réellement un problème pour leur maison, mais elles étaient attentives à ce niveau toutefois. Après tout, une femme dépensière n'était pas vraiment une affaire pour son époux et sachant que les Hightower n'étaient pas réputés dépensiers, c'était assez simple de comprendre qu'ils ne peinaient pas à garder leurs pièces. Sans être radins, ils étaient économes voilà tout. « Quel dommage que cette sécheresse pose tant de soucis. Il est vrai que jusqu'à présent je songeais surtout au bétail et aux cultures, mais je n'ai jamais songé aux fleurs et au reste. » Un léger regret se faisant entendre dans sa voix, elle avait le sentiment de ne pas veiller à ce que sa sœur aimait, même si dans le fond Valencia aimait surtout les parfums et leur composition et non les cultures en elles-même. Les parfums permettraient d'avoir des cadeaux qui ne prendraient pas trop de place qui plus est, mieux valait ne pas se surcharger inutilement ! « Je me suis toujours dit que tu ferais une excellente herboriste. » C'était un compliment, le savoir qu'il fallait posséder pour un tel métier était pointu et Valencia était une femme dotée d'une grande intelligence. Penchant légèrement la tête sur le côté, la Bieffoise se renseigna à ce propos. « Tu sais tellement de choses à ce propos, je me suis toujours demandée pourquoi est-ce que tu n'avais jamais tenté de confectionner tes propres parfums et tes propres créations. » Il suffisait de posséder un établi avec le matériel nécessaire et elle pourrait parfaitement occuper ses journées à travailler ce côté. Après tout, Virginia pouvait vivre pleinement sa passion en observant les étoiles, pour quelle raison est-ce que Valencia ne le pourrait pas ? Comme pour tenter de la persuader, la jeune femme ajouta quelques mots d'un air sincère. « Tu es tellement heureuse lorsque tu parles de tout cela, mon cœur s'en réjouit à chaque fois. Ton rire me manque bien souvent. » Le véritable rire, pas ce léger bruit qui n'exprimait qu'une partie de sa joie. Un petit sourire se glissa sur les lèvres de Virginia.
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Message Mar 24 Juil 2012 - 23:07

Le sujet de Dorne et toute la vague contrariété qui y était associée s'éloignait, s'effaçant derrière un rideau parfumé de pensées vagabondes. Derrière ses atours de froideur rigide, Valencia était une femme passionnée et bien que ne ressentant nullement le besoin de s'exprimer de façon bruyante ou désordonnée, elle cultivait avec un amour généreux chacun des arts et des sciences particuliers ayant trouvé racine en elle. L'histoire du Bief la fascinait, et ce que le mot fut orné d'une majuscule ou non, se piquant de connaître les récits les plus grands dans leurs moindres détails avec la même ardeur qu'elle éprouvait lorsqu'elle compulsait d'antiques livres mal conservés, rapportant les vies plus anecdotiques de roturiers. Ces derniers ouvrages étaient rares, parce que le sujet n'était pas considéré comme important et parce que les lettrés étaient plus rares à mesure que l'argent manquait dans les foyers. Les existences de petites gens étaient dépourvues des questionnements typiques des grands et l'impact des événements critiques se reflétait de façon singulièrement différente. Des bouleversements politiques majeurs pouvaient passer inaperçus ou presque tant qu'ils ne changeaient ni le prix du pain ni le poids des taxes, comme d'autres, plus mineurs, pouvaient prendre la mesure de séismes insoupçonnés. L'imagination de la jeune lady flambait lorsqu'elle se plongeait dans les méandres historiques et elle ne parvenait jamais au bout de ses interrogations : quelle figure aurait le Bief si telle bataille avait été remportée ? Si tel seigneur avait été vivant plus tard, n'avait pas échappé à la mort plus tôt, ou avait convolé avec une autre dame ? Ces méditations instruites rejoignaient un second domaine, celui de l'Art, mais global, pour ce qui était de son commerce, de ses mouvements, de ses échanges et de son rayonnement. Sujet rare et pointu s'il en était, Valencia aimait à prendre de la distance pour observer ce qui faisait qu'une technique plaisait dans une contrée et était décrié ailleurs, ou plus tard ; apposer en transparence les événements graves et l'expression des âmes poètes lui donnaient une seconde lecture des émotions du peuple et, quelque part, la jeune femme aimait à voir la caresse des Sept dans ces moments de grâce surgissant des tourments les plus tragiques. Toujours, avec une foi sereine, elle trouvait des indices, elle pointait les petits miracles, aussi dignes que difficilement dévoilés, mais limpides – à son sens – une fois qu'on les avait excavés de leurs drapés de mystère. Au final, il n'y avait qu'un domaine qui ne se rattachait pas à sa foi : les parfums. Elle les aimait sans raison ni conséquence. Elle s'enivrait avec ces essences parce qu'elle les appréciait d'instinct.

Elle était brumeuse, comme si elle avait bu un peu de vin, savourant la liqueur de ce plaisir qui, s'il n'était pas bien pieu, était tout sauf coupable ; si la cadette de Virginia s'était parfois interrogée sur la place à accorder à la futilité dans une vie dévote, elle avait fini par s'accorder le droit de s'adonner à cette marotte sans arrière pensée qui en aurait gâché la saveur – quelques encouragements de la part d'Abelar y étaient peut-être bien pour quelque chose au départ. La remarque de sa sœur, répondant à sa pudeur avec aménité, accentua son sourire et sa rougeur. La teinte de ses joues était loin d'être honteuse, elle incarnait plutôt une fraîche vigueur, une force vitale qui s'était renfrognée, sans vraiment s'amoindrir – un peu comme un arbre qui aurait cessé de fleurir mais non de pousser. Elle retrouvait un peu de l'allant naturel qui avait fait d'elle une demoiselle au rire délicat mais franc, dotée d'une audace rare quoique jamais vulgaire, et répondit une nouvelle fois aussitôt.
    « Des heures ! Je t'en assommerais. Peut-être que je ne me rendrais pas compte tout de suite que tu te serais endormie et voguerais-tu en rêve sur des fleuves d'eau de toilette... »

Une esquisse de rire plus franc et plus sonore lui échappa, qu'elle cacha d'une main ; revenant au sujet des coffrets de métal qu'il leur faudrait trouver pour les garnir de leurs cires à offrir, elle acquiesça d'un air entendu, sans commenter. Valencia comme Virginia partageaient toutes deux une certaine retenue au propos des questions financières, ce qui pouvait se sentir dans leur habitudes de vie comme dans leurs tenues, qui évitaient d'être outrancières – et qui, chez la puînée, étaient parfois même jugées un rien austères pour leur contrée. Elles n'étaient pas pingres, mais prudentes : il était inutile de gâcher de l'or pour se procurer quelque chose qu'elles pouvaient déjà avoir et qui resterait à traîner dans quelque réserve tristement inutile. La remarque de son aînée à propos de la sécheresse la fit tiquer, non pas dans son sujet, mais dans le timbre employé. Valencia n'éprouvait pas le même regret que sa sœur au propos de cet été ravageur. Son souci s'était porté sur le peuple et les souffrances, laissant de côté les récoltes d'essences rares pour s'enquérir surtout des vies en danger – sans compter qu'une terre plus sèche donnait des parfums différents, donc avec leur propre intérêt. Elle ne comprit pas tout à fait cette inflexion de voix, mais ses pensées ne l'accrochèrent pas au delà d'une légère inclinaison de tête intriguée ; l'effet n'avait pas été très ample et la conversation se poursuivait. Si elle n'avait jamais étudié les plantes qu'en dilettante, surtout au travers du spectre de leurs odeurs, elle n'avait jamais songé à en devenir experte. Le domaine était respectable et plein d’intrigantes questions, tout comme il recelait de beautés, que ce fut en fleurs séchées ou en décoctions purifiantes ; mais il n'était pas son domaine de choix. Le compliment la toucha, toutefois, bien qu'elle ne le montra que peu : la question suivante capta toute son attention. Levant les mains, inspirant de l'air, elle avait de nouveau les yeux vifs et brillants d'une femme profondément éprise. Revenant à sa malheureuse frustration qui l'avait entraînée sur des chemins plus modestes, mais dont elle tirait toutefois quelques satisfactions, elle révéla ses déboires d'apprentie parfumeuse.
    « Ah ! Si, j'ai tenté, l'Aïeule me pardonne d'avoir échoué comme j'ai échoué à le faire. Elle appuya son sourire, hochant légèrement la tête, voulant prouver par là qu'elle ne ressentait plus le moindre pincement à évoquer cette scène. Abelar m'avait emmenée avec lui dans le laboratoire d'un parfumeur, pour me faire la surprise de me laisser m'y essayer moi-même. Ah, crois bien que j'étais heureuse ! Toutes ces odeurs, ces couleurs, ces huiles, ces flacons ! C'était lumineux, c'était beau, c'était intense et assez capiteux... J'étais transportée. L'admirable artisan m'expliqua brièvement comment faire et me laissa procéder avec quelques uns de ses onguents, me guidant alors que je faisais... Il était très prudent, ne cessait de me rassurer, ce qu'au départ je n'avais pas compris : il essayait de me prévenir de ce qui risquait de se passer. C'est-à-dire, confectionner des parfums semble facile, mais ça ne l'est pas, et c'est pénible, ce qu'on ne soupçonnerait pas. Je n'irais pas jusqu'à le comparer au labeur des champs, mais c'est un métier qui exige d'avoir le nez très fin, réellement très fin, de pouvoir séparer les odeurs, se concentrer très longuement et, surtout, surtout, quelque chose que tous n'ont pas... De supporter la saturation des sens. »

Elle ouvrit des yeux plus grands, écartant les mains, toute entière adonnée à ce récit pourtant paisible qui l'animait.
    « Tu as déjà senti un seul parfum, Vina, mais as-tu déjà senti deux parfums, coup sur coup ? Le nez ne départage pas bien, il faut revenir sur l'un, sur l'autre, respirer profondément, s'en emplir tout entier. C'est, sincèrement, très vite écœurant, ce qui ne serait pas encore grand chose, si ça n'aboutissait pas en migraine. Et, oh, quel mal m'a pris ! J'avais des vertiges, j'ai cru tomber, me sentir mal, j'étais affreusement gênée. Ah, quel homme bon il était, ce parfumeur. Il m'a gentiment pris la main et entraînée vers la fenêtre pour me laisser respirer l'air du dehors et je me souviens avoir été marquée par le fait que, malgré les récoltes récentes, je ne sentais plus dans l'air ni l'odeur du foin ni celle des pavés. Il m'a expliqué que je n'avais pas mal fait, que c'était ainsi, qu'il y avait des nez capables d'endurer autant d'odeurs comme il y avait des hommes faits pour la guerre et d'autres pour les lettres. Je n'en possédais pas un, c'était ainsi. Il m'a offert un parfum qu'Abelar avait demandé pour moi et nous sommes repartis. »

Abelar, Abelar, Abelar ! Il fallait croire qu'elle était revenue quelques années en arrière à évoquer ce souvenir, parlant de son frère trop aimé avec le même timbre tendre et chaud que de son vivant, comme s'il allait franchir la porte bientôt et saluer ses sœurs, s'excusant de son absence un peu longue. Un peu surprise elle-même de cette agitation, elle rabaissa une main sur la table, l'autre effleurant son nez, cherchant ou chassant le fantôme des parfums d'antan. Elle cilla alors que la dernière remarque de Virginia la frappa, soulignant non pas l'absence de son frère, mais ce visage plus froid et fermé qu'elle arborait depuis le Fléau de Printemps. Ce n'était pas bon. Ce n'était pas pieu que d'infliger à ses proches ce comportement alors qu'ils étaient aussi affligés qu'elle. Ils souffraient de son retrait, c'était un manquement à son devoir envers eux. La joie qu'elle avait éprouvée ne s'effondra pas, mais le goût amer des regrets ne s'en trouva que plus contrasté. Elle baissa les yeux, sans blêmir, ni grimacer, mais dans ses iris orageux traînait une lueur peinée.
    « Je sais, murmura-t-elle bas. Je le sais bien, et sois sûre que je vous aime. C'est juste – je n'y arrive pas. Je voudrais, mais... »

Elle déglutit, surprise par une émotion montante, qui nouait sa gorge et alourdissait ses cils. Elle posa la main à son cœur, redressa le dos comme le visage et, après une inspiration, adressa un sourire franc et un regard éploré à sa sœur. D'une voix un peu tremblante, elle laissa tomber.
    « Je ne sais pas trop ce qui me prend, Vina. Je suis désolée. »

Un frémissement de sa main indiqua qu'elle voulait prendre la sienne, mais elle préféra la reculer, saisie par sa pudeur et le poids du carcan qu'elle s'était elle-même imposé, croyant que ce scellé abriterait les siens de ce deuil avec lequel elle vivait, sans jamais avoir su s'en défaire.


Dernière édition par Valencia Hightower le Ven 27 Juil 2012 - 18:47, édité 1 fois
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Message Mer 25 Juil 2012 - 13:09

     Ainsi donc Valencia avait-elle tenté de devenir une apprentie alchimiste ? La confection de parfums était quelque chose d'extrêmement difficile aux yeux de Virginia, mais elle considérait qu'à condition de s'y appliquer, il était possible d'apprendre beaucoup de choses. La jeune sœur était certainement la personne la plus passionnée par ces parfums, qu'il lui ait été donné de voir ! Par conséquent l'aînée imaginait aisément que quelques apothicaires seraient juste ravis de pouvoir lui enseigner leur savoir. Valencia était une femme intelligente et éveillée et par conséquent, elle était certainement l'apprentie rêvée. Peut-être que si elles n'étaient pas nées nobles, les Sept auraient décider de faire d'elle une alchimiste ou une apothicaire renommée ! La cadette fit alors le récit de sa mésaventure, expliquant qu'Abelar l'avait menée dans l'atelier d'un parfumeur qui l'avait aidée à pouvoir confectionner ses premières créations. Lorsque la demoiselle parlait du fait qu'elle trouvait ce métier très dur, Virginia la croyait sur parole. Un nez exercé n'était pas donné à tout le monde ! Il fallait savoir jauger la quantité de tel ingrédient ou encore combien de temps il fallait laisser macérer tel autre ingrédient. En somme, tout était question d'application, c'était pour cette raison que la jeune femme était persuadée que sa sœur ferait une parfaite apprentie. Valencia était quelqu'un d'assez carré tout en possédant un goût pour les odeurs, n'était-ce pas là les deux qualités principales pour ce métier ? Virginia n'y arriverait pas, son nez n'était pas assez fin et il était trop risqué de se lancer là-dedans sans talent naturel. Une odeur délicieuse pouvait rapidement revenir écœurante si elle était trop saturée.

     Écoutant avec attention les paroles de sa cadette, Virginia restait muette, amusée de voir Valencia aussi enjouée et passionnée par quelque chose. C'était dans de pareils moments qu'elle se souvenait de l'ancienne Valencia, celle qui était avec eux avant le départ d'Abelar et des autres. Poursuivant son explication, Valencia expliqua qu'elle avait manqué de tourner de l'œil en sentant successivement plusieurs parfums. L'image se dessinait parfaitement dans l'esprit de l'aînée qui esquissa un sourire amusée en visionnant la scène. L'homme devait certainement être habitué à ce genre d'incidents, après tout, si vous n'aviez pas l'habitude de sentir autant d'odeurs, quoi de plus normal ? L'aînée comprenait parfaitement ce résultat, les parfums de Valencia étaient les seuls qui ne la rendait pas à moitié malade. Les autres nobles dames avaient la mauvaise habitude d'abuser de cet artifice et passer à côté d'elles revenaient à traverser un champ de fleurs trop odorantes. En somme, cela vous rendait rapidement indisposée. C'était principalement pour cette raison que la brune essayait de ne pas trop côtoyer les femmes qui abusaient de parfums, si c'était pour récolter une migraine, sans façon ! Au fond, cela la rassurait un peu qu'elle ne soit pas la seule à être aussi sensible aux fortes odeurs. Elle hocha la tête d'un air compréhensif. « Je comprends mieux désormais. Quel dommage ! Mais je peux t'assurer que nous avons hérité du même nez, tes parfums sont les seuls qui ne me rendent pas indisposée ! Je croyais être la seule à sa souffrir de cette sensibilité aux fortes odeurs. » D'un côté, c'était agréable de se trouver un nouveau point commun avec sa sœur. Elles étaient proches et pourtant différentes sur bien des points. Mais c'était de détails de ce genre qui montraient que finalement, elles étaient bel et bien sœurs et proches l'une de l'autre.

     Le fait qu'elle parle d'Abelar avait donc mené vers une discussion plus sensible et Virginia remarqua assez facilement que sa question avait troublée Valencia. Au fond, la demoiselle s'en voulait de toucher un point aussi sensible, mais d'un autre côté elle considérait que sa sœur devait savoir qu'elle avait encore d'autres personnes sur qui compter. Oh, la jeune femme n'avait jamais manqué d'affection ou d'attention pour ses frères et sœurs, non, mais disons simplement qu'elle ne vivait plus autant les joies de tous les jours depuis la disparition de leur aîné. C'était une chose qu'elle comprenait aisément. Comment aurait-elle réagi si Clarence avait trouvé la mort à la place d'Abelar ? Sans aucun doute très mal. Même si Virginia aimait bien évidemment tous ses frères aînés, elle nourrissait une plus grande affection pour le lord en place, tout comme Valencia était plus proche d'Abelar à l'époque. C'était justement parce qu'elle savait ce qu'elle devait ressentir que Virginia voulait lui « venir en aide », même si au fond la demoiselle ne pouvait offrir que des mots et de gestes tendres. Pas assez pour faire s'envoler cette tristesse et cette souffrance. Apercevant le geste de sa sœur lorsqu'elle baissa les yeux, l'aînée eut un geste dans sa direction, mais se retint comme Valencia prenait la parole. Elle abordait un sujet sur lequel Virginia n'avait pas le moindre doute, mais son cœur se serra lorsqu'elle vit la manière dont sa sœur était touchée par cette discussion. Même plusieurs années après, la douleur restait la même. Comme elle s'excusait, la Bieffoise sembla esquisser un geste en direction de son aînée avant de se retenir à la dernière seconde. Virginia elle se laissa guider par ce qu'elle avait sur le cœur.

     Se redressant pour se glisser vers sa sœur, la jeune femme s'agenouilla à ses côtés avant de poser ses mains sur les siennes en la regardant d'un air qui se voulait rassurant. « Je ne doute pas une seule seconde de ton amour pour nous tu sais. En réalité, je crois que je comprends parfaitement ce que tu peux ressentir. » C'était peut-être dur à comprendre, ainsi donc la jeune femme s'expliqua. « Toi et Abelar, c'est un peu comme moi et Clarence, tu te sens plus proche de lui que des autres garçons. Je crois que si Clarence venait à disparaître, je serais certainement aussi perdue que toi. Si ce n'est plus. » Être une dame ne signifiait pas être dénuée de sentiments. C'était plutôt de ne pas les étaler en public. Mais là c'était différent, Virginia était en compagnie de sa sœur et elle n'envisageait pas une seule seconde de pouvoir se taire simplement pour ne pas énoncer à voix haute ce qui lui triturait le cerveau. « C'est normal que cette difficulté te semble insurmontable, en réalité je trouve que tu t'en sors très bien. » Virginia avait parlé au présent, elle ne disait pas « qui te liait à Abelar », car elle considérait simplement que la mort d'une personne ne signifiait pas pour autant que les sentiments que l'on éprouvait pour eux disparaissaient en même temps. C'était une situation bien compliquée, mais la jeune femme ne souhaitait pas laisser sa sœur dans cette difficulté. S'il y avait bien un moment où deux sœurs – ou même le reste d'une même famille – se devaient être proches et là pour se soutenir, c'était dans ce genre de moment. Inspirant légèrement en laissant sa main serrer doucement celle de Valencia, Virginia continua. « Tu sais Valencia, Abelar était aussi mon frère et si tu veux parler de lui, je serais ravie d'être là pour t'écouter. Je sais que lui et moi n'avons jamais eu la même relation que vous deux, mais je connais ce sentiment et je peux le comprendre. » Elles n'étaient pas du genre à s'épancher sans réfléchir, mais là, la situation était différente et la demoiselle voulait que ce point soit clair entre elles. « Je ne veux pas t'obliger à faire quoi que ce soit, mais sache que des fois pouvoir parler aide à beaucoup de choses. Je suis là, nous sommes tous là. C'est à cela que sert la famille non ? » Après une légère pause elle rigola légèrement, ne relâchant pas la main de Valencia pour autant. « Écoute-moi, on dirait que je parle comme une prêcheuse. » C'était vrai en effet, cela dit elle était tout de même sincère. Même si ce n'était pas aujourd'hui, cette proposition n'avait pas de date de péremption.
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Message Ven 27 Juil 2012 - 20:55

Les parfums et leurs enivrants domaines paraissaient bien dérisoires dans l'instant. Un frémissement de cils trahit le réflexe que Valencia eut de vouloir détourner le regard mais, trop fière pour s'autoriser cette lâcheté et trop confiante pour oser se dérober devant son aînée, elle fit front face à elle-même et laissa à Virginia une rare fenêtre ouverte sur ses propres émotions. Ses iris de jade abritaient le tremblement de larmes qui ne tomberaient pas, mais qui affleuraient, rendant son regard brillant et ses cils plus sombres. Au contact des mains de Virginia sur celle qu'elle avait rétractée, elle détendit le bras, pressa les doigts de sa sœur, laissant échapper un très léger soupir, un peu étranglé. Aux premières paroles de sa confidente, la pieuse lady sentit son cœur se gonfler d'affection, tout comme elle le sentait en tressaillir davantage sur ses appuis. Ce n'était pas qu'elle avait jamais douté de la force des siens ni de leur volonté de la soutenir, mais ils avaient perdu un frère tout autant qu'elle, aussi estimait-elle qu'il était de son devoir de ne pas leur en peser – ce qui était s'aveugler. Ils savaient tous ô combien elle avait aimé celui qui avait été l'héritier et à quel point les fondations de son propre être avaient trouvé appui sur l'existence d'Abelar, qu'elle avait eu le tort de se figurer éternel. Comment lui en vouloir ? Les étoiles ne mouraient pas dans le firmament, leur lueur guidait toujours, inlassable, inaccessible mais présente ; ainsi était son frère aux yeux de Valencia. Elle ne pouvait décrire dans quel état elle s'était retrouvée, dans quelles abysses elle avait plongé lorsqu'une servante, tremblante, éplorée, lui avait murmuré du bout des lèvres sans la regarder : « C'est fini. Je suis désolée. » Les mots avaient été trop communs pour un être comme lui, le ciel était resté clair et le soleil avait continué à luire – comment avait-il pu seulement encore tenir et ne pas tomber à terre ? Elle n'avait pas crié, elle ne s'était pas évanouie, elle n'avait même pas pleuré le jour-même. Elle s'était juste assise, statufiée, et avait contemplé toute sa vie disparaître à la façon de la fumée d'une bougie mouchée. Un peu de cendres, de vapeurs, rien de plus : à l'échelle du monde, ses tourments étaient dérisoires et quelque part, à ses yeux même, ils l'avaient été. En comparaison de ce décès, rien n'avait de poids, de forme ni de couleur.

Déglutissant le fantôme de cette impression atroce qu'elle avait eue de ne plus exister mais de demeurer encore, comme un oubli, une poussière que le vent avait négligé de chasser, elle frôla de sa main libre l'étoile piquée à son col, avant de joindre sa senestre au nœud des mains des femmes. La façon de Virginia de parler du mort que sa cadette refusait d'enterrer pansa cette plaie qui n'avait pas été ravivée, mais seulement découverte. Inconsciemment, savoir qu'il vivait encore pour d'autres lui importait, même si ça n'était peut-être qu'une formule délicate pour ménager sa susceptibilité. Valencia n'analysa ni les propos ni sa réaction en retour et, si elle s'était devinée, elle se serait sans doute morigénée, mais son âme se drapa de cette rassurante formulation et la peine en fut moins piquante, puisque plus habillée. Elle étira les lèvres, sans sourire nullement à l'évocation de la mort éventuelle de leur lord et frère : effectivement, s'il lui arrivait malheur, toute la fratrie serait affligée et il ne ferait aucun doute que Virginia en serait terriblement affectée. Toutefois, son aveu de perdition marqua la jeune femme, tempérant la colère qu'elle ressentait envers elle de ne parvenir à rester une lady modèle et à ne rien laisser transpirer, aussi trouva-t-elle la force de sourire alors que ses larmes gonflaient, se suspendant à ses longs cils, quand son aînée l'assura de son jugement favorable. Ainsi, trouvait-elle qu'elle s'en sortait très bien ? Peut-être, oui, mais elle ne s'en sortait pas parfaitement, et cette petite faille lui était insupportable. Elle était en quelque sorte la mémoire de cet accroc à sa foi, de cet instant où aucune prière, aucune supplique, aucune dévotion n'a rien pu faire contre une mort inique, indigne d'un tel chevalier – nulle guerre, nulle bataille, seulement la souffrance de la maladie et la défaillance du corps.

Un silence flotta, que Valencia, toute à ses pensées envers l'Étranger, ne rompit pas. Ce fut sa compagne qui le brisa avec douceur, tout en lui pressant les mains davantage, geste qu'elle rendit du bout des doigts avant de retirer sa senestre et d'effacer la rosée de douleur qui s'était déposée devant ses prunelles. Elle resta encore muette quelques instants, l'émotion lui nouant la gorge, bien qu'entamant la descente et revenant se loger dans ses tréfonds. Le rire de Virginia accentua son sourire, lui donnant l'allant pour redresser le menton. Un éclat lumineux chassa l'orage de ses yeux.
    « Mais tu prêches bien. Tu aurais fait une fabuleuse septa. »

Elle soupira une ombre de ce rire silencieux qui semblait craindre de froisser l'air ou d'être irrévérencieux, fermant brièvement ses yeux maintenant plus secs, bien qu'encore assez luisants, sur cette signature d'humour très faible, voulant lui affirmer sans devoir le dire tout à fait que la tempête était passée. Jamais rien n'effacerait Abelar, c'était une certitude, mais elle aurait encore du chemin à faire pour n'avoir plus que joie à évoquer son souvenir. Elle le savait, mais s'entendre dire tous ces mots-là était comme mirer une blessure dans un miroir : pénible, mais nécessaire pour savoir comment en guérir, plutôt que feindre d'omettre et laisser pourrir. La putréfaction ne lui allait pas, ni dans le caractère ni dans la foi. Elles seraient assez fortes ensemble, si elles faisaient les efforts qu'il fallait. Mais ne venait-elle pas de lui démontrer qu'elle le voulait ?
    « Merci, souffla-t-elle simplement, avec toute la sincérité du monde. Merci, vraiment. Je... J'y viendrai. J'ai encore besoin de temps, ou peut-être... »

Elle leva les yeux, considérant soudain l'endroit différemment. Ces murs familiers, ce décor qu'elle connaissait par cœur, l'air même, chargé d'odeurs connues, tout était imprégné de l'essence du passé et de son défunt frère. Elle ne pouvait regarder les plaines sans se souvenir du dessin de la silhouette de son cavalier favori, elle ne pouvait caresser la couverture d'un livre sans se rappeler l'avoir lu en attendant son retour, elle ne pouvait passer ces couloirs sans guetter malgré elle le bruit de son pas ; en somme, elle était hantée. Elle ouvrit de grands yeux à le réaliser, chassa une impression dérangeante en frôlant son épaule, ne sachant guère si elle voulait exorciser cette présence encore si imposante ou la cultiver et dérangée par la question en elle-même. Battant des cils, elle revint vers Virginia, prenant une longue inspiration pour souffler d'une voix plus sereine, signant la fermeture des grandes portes de sa maîtrise.
    « Le voyage me fera du bien, oui. Il nous fera du bien à tous. Les Sept soient loués, il arrive à point nommé... Et je nous crois prêts. Elle se pencha légèrement, les yeux cherchant l'âme de sa sœur au delà de ses prunelles. Je suis tout autant là pour toi, Vina. Sois-en certaine. »

C'était une promesse, voire un serment, et sa figure illustrait tout ce que l'instant pouvait avoir de solennel dans la gravité tendre de son expression. Elle pressa une dernière fois la main de sa sœur de la sienne et, la lui laissant sans plus y peser, dessina dans l'air un bref mouvement de la senestre.
    « Il n'y a plus que les boîtes à chercher et les écharpes à quérir. Ah. Quel temps fait-il, vers la capitale ? J'ai assez hâte d'y être. Et d'y prier. »

Ni tout à fait légère, ni tout à fait pesante, sa nouvelle expression était proche de celle qui lui était coutumière, digne et sereine, peut-être un peu distante. Mais ses iris brillaient encore, témoins muets mais francs des passions qui se dissimulaient derrière cette façade blanche et lisse qu'elle présentait au monde.
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Message Dim 29 Juil 2012 - 15:44

     La discussion qu'elle avait avec sa sœur était certes très inhabituelle, mais aucunement gênante du point de vue de Virginia. Bien que la mort ne soit pas un sujet de conversation particulièrement prisé, la demoiselle n'éprouvait qu'une légère difficulté à parler des êtres aimés qui n'étaient plus de ce monde. Les sentiments qu'elle éprouvait à l'égard des membres de la famille Hightower qui étaient décédés se révélaient toujours aussi présents, le temps ne les effaçait en rien. Peut-être était-ce le fait de vivre encore dans le même environnement où l'on pouvait se souvenir qu'untel avait l'habitude de rester dans tel endroit à admirer telle chose. C'était un moyen de garder contact avec eux, même si les yeux ne pouvaient plus apercevoir leur silhouette.
     Pourtant, la jeune femme restait inquiète de la manière dont Valencia allait réagir, après tout, le sujet la touchait plus directement que son aînée en raison du lien qui l'unissait à Abelar, mais quelque chose lui disait que ce serait peut-être justement l'occasion idéale pour la Bieffoise d'aborder ce sujet. Virginia fut rassurée en voyant un sourire se peindre sur les lèvres de sa cadette, même s'il était évident qu'elle n'allait pas se mettre à éclater de rire en entendant ce que son aînée avait à lui dire. La situation ne se prêtait guère à ce genre de démonstrations. Alors que la voix de Virginia continuait doucement, Valencia manifesta un nouveau signe qui fit comprendre à sa sœur qu'elle n'était pas en colère contre elle, du moins pas de la manière que les dames avaient l'habitude d'employer. Cela dit, la pieuse jeune femme n'était pas vraiment du type à sortir de ses gongs en hurlant sur la personne qui avait osé lui parler d'une manière qui ne lui convenait pas. Non, elles étaient bien trop polies et posées pour agir de la sorte. Mais au moins pouvait-elle considérer que la frustration que Valencia avait dû ressentir en entendant sa sœur aborder ce point, n'était pas celle qu'elle avait craint. Il était normal de se sentir blessé lorsqu'un sujet douloureux était touché, mais ce n'était heureusement pas trop le cas, ou alors Virginia avait tout simplement trouvé les bonnes paroles pour apaiser sa sœur.

     Après le léger rire de Virginia, la plus jeune des deux Hightower sourit davantage en rétorquant à sa sœur qu'elle aurait fait une bonne septa. L'idée fit sourire la concernée qui se voyait bien mal dans un tel rôle, mais elle comprenait ce que Valencia voulait dire par là et venant d'elle, c'était un compliment qu'elle acceptait volontiers. Alors que les yeux verts de la jeune femme étaient posés sur le minois de sa cadette, elle patientait tranquillement en attendant de voir ce qui allait suivre. Les gestes de Valencia exprimaient beaucoup, mais la Bieffoise ne souhaitait pas décrypter chaque geste de sa vis-à-vis, elle trouvait que c'était grossier et surtout que ce serait comme d'imaginer que Valencia ne pourrait pas lui dire de vive voix ce qu'elle pensait. Or, Virginia était certaine qu'en cas de besoin, sa sœur lui dirait clairement ce qu'elle avait sur le cœur. Devant les remerciements de sa sœur, la jeune femme se contenta de rester silencieuse, persuadée que la demoiselle parviendrait effectivement à s'y faire, même s'il fallait encore plusieurs années avant d'y arriver. Ce n'était pas le genre d'exercice qui se faisait aussi facilement après tout, il y avait beaucoup de choses qui entraient et entreraient en ligne de compte.
     Reprenant d'une voix plus sereine, Valencia avança que le voyage ferait certainement beaucoup de bien et Virginia se salua d'avoir eu l'idée de lui proposer à elle et non à Victoria de l'accompagner. Au fond, ce voyage ferait peut-être bien plus que simplement les rapprocher où leur permettre de bouger un peu, elle en était désormais persuadée. Un sourire se peignit sur les lèvres de la plus âgée lorsque son homologue lui fit savoir qu'elle serait aussi là pour elle. Ce n'était pas comme si elle avait le moindre doute à ce sujet, c'était justement ce qui faisait d'elles des sœurs et qui permettait à leur famille d'être aussi unie. « Je n'en doute pas une seule seconde. » Il n'y avait pas besoin de mentir lorsqu'elles parlaient ensemble, contrairement à certaines maisons où les membres d'une même famille se devaient d'user de mensonges et autres stratagèmes pour camoufler leur manque de sincérité. Cela n'avait pas sa place à Grand-Tour.

     Le sujet de discussion changea alors comme Valencia lui demandait quel temps est-ce qu'il ferait à Port-Réal, il fallut quelques secondes à Virginia pour réfléchir avant de fournir une réponse correcte à sa sœur. « Je crois que l'hiver arrive aussi, j'aurais tendance à dire qu'il doit faire plus froid qu'ici, mais j'avoue ne pas en être convaincue. Mieux vaut prévenir que guérir au fond. » Il serait fort regrettable d'arriver à la capitale avec seulement quelques robes légères et être frigorifiées jusqu'aux os en découvrant que le froid du Val venait jusqu'à Port-Réal ! La jeune femme soupira légèrement en réfléchissant, remettant machinalement ses jupes en place avant de reprendre la parole. « Il va donc falloir préparer tout cela, je vais déjà aller demander à quelques domestiques de vérifier les coffres dont nous disposons avant de voir ce que nous allons devoir acheter pour compléter. » Ce n'était pas une mince affaire vu la grandeur de leur demeure, mais la jeune dame ne se faisait pas d'inquiétudes, elles parvenaient toujours à mener à bout ce qu'elles avaient en tête ! Se redressant, puisque leur discussion était arrivée à son terme, la Bieffoise approcha encore un peu de sa sœur pour passer sa main sur son épaule dans un geste rassurant, puis ajouta quelques mots. « Si nous avons le temps pour certaines choses, d'autres malheureusement doivent être réglées avant notre départ ! Je vais m'empresser d'aller voir tout ceci pour que nous puissions nous organiser pour la suite. » Elle voulait lui faire savoir qu'elle disposait encore de tout le temps qu'elle désirait pour pouvoir considérer que tous ses démons étaient oubliés ou dépassés. Après un salut tendre à sa sœur, Virginia quitta finalement la pièce pour aller vaquer à ses occupations et commencer à préparer ce voyage qui s'annonçait prometteur.
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