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Au coeur du désert la méfiance règne. [Aarseth]

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Message Jeu 5 Juil 2012 - 18:03

(Précisions: ce RP se déroule trois mois avant les évènements de A vaurien, vaurien et demi !)


Sarya avançait la peur au ventre. Une peur tenace qui lui nouait les entrailles, conséquence directe de cette mission désastreuse et de ce mauvais pressentiment qui ne semblait pas vouloir la quitter. Ce genre d’impression n’était habituellement pas son lot ; il était même bien rare que la Sand se laisse envahir par ces sentiments dévastateurs à l’exception des batailles où là, la peur devenait au contraire un moteur de survie. Pourtant dans cette immensité désertique faite de cailloux et de roches sur lequel le crépuscule tombait enfin tout paraissait tranquille. Nulle armée hurlante ne se tenait là menaçant leur sécurité, il n’y avait pas trace de bandits à leurs trousses ; et pourtant la capitaine de la Garde princière ne parvenait pas à se tranquilliser.

Agacée, elle poussa un soupir passant une main moite sur son front recouvert de sueur sous le heaume qui l’abritait, tout en se tortillant sur la selle inconfortable de son coursier des sables qui si en d’autres temps on n’aurait pu qualifier de fier mais qui paraissait désormais bien amorphe après cette journée de voyage en plein désert. Normalement la Sand aurait préféré attendre le crépuscule pour continuer sa route et rejoindre Lancehelion, mais la Rivière-Mère en avait visiblement décidé autrement. Des cinq hommes qui l’avaient accompagné transmettre cette missive de la plus haute importance à cet arrogant et pusillanime seigneur des Marches il n’en restait plus que deux, preuve suffisante s’il en était du fiasco totale qu’avait été leur voyage. Etrangement, alors qu’elle s’attendait à d’éventuels problèmes à l’aller alors qu’ils étaient toujours chargés de leur précieuse missive que le Prince de Dorne lui avait confié en mains propres, ce fut au retour que leur voyage devint un périple à travers les Sept Enfers.

Alors qu’ils venaient de quitter ce poltron de petit seigneur qui n’avait visiblement pas apprécié leur visite, leur convoi se fit attaquer jours après. Simple coïncidence ? Sarya ne le pensait pas, si cinq chevaux et un mulet chargé avait de quoi attiser la convoitise des voleurs, la plupart de temps cinq cavaliers en armure complète frappée aux couleurs Martell suffisaient à ce que les bandits se cherchent une proie bien plus facile et moins dangereuse, sans compter qu’un convoi marchand leur apporterait bien plus de bénéfices. Non, décidemment cela n’avait rien avoir d’une coïncidence. Ces hommes qui les avaient attaqué possédaient des armures de bonnes factures et paraissaient bien nourris, sans compter qu’ils maniaient les célèbres lances dorniennes et non des armes plus vulgaires mais bien plus faciles à se procurer lorsque l’on est de basses ressources. Sarya, respectant comme toujours ses engagements, ne savait rien de la teneur de la missive, mais cela devait être suffisamment inquiétant pour que ce petit seigneur cherche à ce qu’ils n’atteignent jamais leur destination afin de pouvoir prétendre que le message s’était perdu, gagnant ainsi un considérable répit.

Elle avait perdu deux hommes pendant l’escarmouche, des flèches ayant mis fin de manière terriblement abrupte à leurs vies, leur mulet chargé de leurs réserves d’eau et de nourriture afin de pouvoir coupé par le désert et rejoindre Lancehelion au plus vite s’était enfui durant la bataille, loin d’être aussi discipliné que ses lointains cousins qui servaient de destrier aux soldat, et il s’était avéré impossible de le retrouver. Cela faisait deux nuits et deux journées accablantes de chaleur qu’ils voyageaient, dans l’espoir de rejoindre le plus rapidement possible la Sang-Vert et de suivre son cours jusqu’à Lancehelion, ne manquant pas de profiter de la réserve d’eau illimitée que la rivière leur offrirait.

Passant une langue sèche sur ses lèvres gercées la jeune guerrière ne put s’empêcher de penser que le pire ennemi que l’on pouvait s’attendre à rencontrer dans le désert était le désert lui-même. Des trois qui lui restaient après l’attaque un guerrier s’était écroulé à la fin de la première journée passée en plein sous l’ardent et impitoyable soleil de Dorne avec pour seul ressource de la viande séchée et leurs outres. Ils avaient tenté de le trainer, de le sauver en sacrifiant un peu de cette eau si précieuse mais il mourut dans la nuit qui suivit. Et là depuis quelques heures venaient de s’écrouler l’un des deux derniers hommes qui lui restaient. Il était couché en travers de la selle, inconscient, semblable à un paquetage balloté en tous sens par le pas las de son cheval, et Sarya était certaine que s’ils n’atteignaient pas la Sang-Vert cette nuit, il ne tiendrait pas longtemps lui non plus.

Elle-même se sentait encore assez vigoureuse pour continuer, mais savait qu’une autre ardente journée aurait raison de sa résistance opiniâtre, tout comme celle de son dernier compagnon de route. Mais ce désert plat, gris et rocailleux lui minait le moral même si une rare végétation d’arbustes rabougris contribuait à lui redonner espoir, étant le signe qu’il foulait un sol peut-être plus humide.

Mais ils continuaient à avancer et rien ne se profilait dans cette horizon morne alors la nuit se faisait de plus en plus présente et que la froideur commençait à tomber. Soudain au détour d’une roche particulièrement imposante, une silhouette masculine armée d’une lance la fit violemment sursauter sur sa selle et ses mains trouvèrent tout naturellement ses poignards en un réflexe crispé, sans les dégainer toutefois. Sarya eut peur que ce soit là un éclaireur d’un autre groupe de bandits ou de gens payés par ce pleutre des Marches se faisant passer pour des voleurs.
Lançant son cheval au galop elle alla se planter violemment devant le marcheur solitaire, son armure rutilante qui dissimulait son corps de femme et le heaume qui cachait ses traits et la faisait paraître plus grande et plus masculine que ce qu’elle était devaient sûrement impressionner le jeune homme devant qui elle se trouvait présentement. En effet, si au sein du Palais-Vieux Sarya préférait l’usage de sa vieille et confortable armure de cuir usée, elle se devait de revêtir son armure officielle de capitaine pour les missions tout aussi officielles. Un superbe travail d’armurier, en cuivre et en cuir, très légère mais richement ornée des symboles de Lancehelion, le heaume protégé par un riche tissu du même rouge éclatant que le soleil Martell, assorti à la cape qui drapait ses épaules pour l’empêcher de cuire sous son armure.

Cependant, elle avait à faire à un guerrier, de cela elle en était certaine, l’expression de ses yeux clairs et froids ne lui laissant aucuns doute et elle n’était pour le coup pas certaine que sa manœuvre d’intimidation ait porté ses fruits. Sans dire un mot elle le toisa du haut de son cheval, ses yeux verts, seule partie visible sous sa protection de cuir et d’écailles, cherchant une quelconque marque qui lui permettrait de le relier à une maison et ainsi faire retomber ses soupçons. N’en trouvant aucune elle le somma, de sa voix rauque et grave pour une femme d’autant plus déformée par la maille métallique qui cachait son visage :

-Qui es-tu guerrier ? Devons-nous nous attendre à quelque mauvaise surprise de ta part ?

Son ton rude et sec, la franchise étonnante et la formulation réellement mal éduquée de la question était bien la preuve que la Dornienne se trouvait au bout du rouleau, et même à elle le « nous » dont elle avait affublé la phrase lui semblait bien pompeux au regard de la maigre escorte en bien piètre état qui lui restait. Mais elle était trop lasse, trop épuisée pour faire dans la dentelle et elle espérait sincèrement ne pas avoir à combattre le guerrier impressionnant qui lui faisait face ; c’était là d’ailleurs la seule raison pour laquelle ses précieuses lames ne se trouvaient pas encore entre ses mains. Elle voulait paraître sur ses gardes, pas menaçante… Et qui sait, peut-être que le jeune homme lui pourrait être utile au final, enfin s’il réussissait à convaincre l’intraitable guerrière qu’il n’était pas un danger pour eux.
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Message Ven 6 Juil 2012 - 7:51

    Le jour était encore jeune lorsqu’Aarseth reprit la route. Il avait passé la nuit dans une auberge miteuse, où il y avait encore plus d’insectes que d’ivrognes, et la qualité misérable du souper, de l’alcool, des filles et du coucher l’avait rendu de mauvaise humeur. Voilà la quatrième nuit qu’il devait jeter son dévolu sur des tavernes crasseuses où il passait plus son temps à pester contre les badauds ivres qui se battaient sans cesse qu’à boire et à manger. Le jeune homme avait même du coller son poing dans la figure de quelques mécréants désireux de lui soutirer sa longue lance noire. Mauvaise idée, lorsque l’on connaissait l’attachement du Dornien pour sa si précieuse arme et, à peine réveillé, il avait décidé de quitter l’auberge sans payer afin de poursuivre son périple vers Lancehélion, bien décidé à empocher quelques pièces cette fois. Au vu de l’état de ses finances, il allait devoir se dépêcher pour aller titiller quelques nobles désireux d’embaucher des seconds couteaux pour accomplir leurs basses besognes, il en avait assez de parcourir ce foutu désert sans rien d’autre que la promesse de l’or qui l’attendait au bastion des Martell. Des mois, des mois qu’il traversait ce désert en long, en large et en travers dans l’espoir de louer ses services ! Il était fatigué de ce sable qui lui brûlait la plante des pieds, fatigué de ces dunes interminables, de ce sirocco qui irradiait sa peau et de ces roches fourbes qui dissimulaient parfois des bandes entières de criminels n’attendant qu’un relâchement de la part de leur proie pour bondir et la désosser. Tous les déserts avaient leurs propres charognards, après tout.

    Aarseth avançait, s’appuyant sur son indéfectible lance pour surmonter les passages les plus ardus. Le tissu de soie rouge noué à la hampe virevoltait au vent comme une tâche de sang s’élançant vers le ciel. Cette distinction particulière, mêlée à sa carrure imposante le rendait visite à des lieux et le mercenaire le savait bien. Il ne désirait pas se cacher, trop confiant en la force qui animait ses bras et connaissait suffisamment les méthodes de chasse des brigands pour savoir que ces derniers étaient parfois capables de pister leur cible pendant des jours. Il les savait assez fourbes pour s’en prendre à des familles égarées dans le désert alors, un colosse tel que lui, cela devait faire belle lurette qu’ils auraient pu le remarquer. Alors qu’il gravissait une nouvelle dune, le bruit lointain d’un cheval galopant le tira de ses pensées. Instinctivement, il resserra sa prise sur la hampe de sa lance, prêt à frapper. Relevant la tête, il vit au loin la course folle d’un cheval dont les sabots soulevaient de lourds nuages de poussières, monté par un fin cavalier en armure. Surpris, le jeune homme cru d’abord à une attaque, avant de remarquer le blason sur le poitrail du soldat : un soleil rouge transpercé par une lance dorée. Le blason des Martell. Venait-on l’arrêter pour ne pas avoir payé son du à l’auberge de la veille ? Non, jamais la garde princière ne se déplacerait pour un délit aussi mineur. Le chevalier pilla juste devant lui, sous le regard surpris d’Aarseth qui recula de quelques pas, étonné de la violence avec laquelle le cavalier venait de s’arrêter.

    Lorsque le soldat le héla, le jeune homme comprit qu’il n’avait pas à faire à un homme, mais à une femme. Levant les yeux vers le heaume d’acier, il croisa un regard vert comme l’émeraude sous des sourcils froncés par la colère et, il pouvait le sentir d’ici, une tension certaine. L’interrogeant sur ses intentions, le garçon ne sut d’abord pas quoi réponde. Il était seul et, bien que belliqueux, guère du genre à attaquer un ennemi à vu. Surtout quand cet ennemi portait les armoiries de la famille royale de Dorne et qu’il était vêtu d’une armure telle que celle-là. Baissant légèrement sa lance pour montrer qu’il ne désirait pas combattre la femme en armure, il jeta un coup d’œil pour voir si une escorte suivait la jeune femme mais il ne vit que deux autres cavaliers, très mal en point, harassés par l’impitoyable soleil de la région. Il fallait admettre que porter une armure aussi lourde sous une une canicule pareille tenait de la ténacité, surtout quand le mercenaire songeait que lui-même, à peine vêtu de vêtements de toile, était quasiment brûlé par les rayons de l’astre, il ne voulait même pas songer à ce que devaient ressentir les soldats dans leur prison en métal.

    « Mon nom est Aarseth, je suis seul, je ne suis pas là pour m’en prendre à la garde du Prince Martell. »

    C
    e qui était vrai. Bien que mercenaire, il n’était pas suffisamment fou pour accepter de charger une escorte guerrière qui, bien que réduite et affaiblie, n’hésiterait pas à le réduire en charpie si elle le pouvait. Et, malgré son physique, il ne donnait pas cher de sa peau dans un affrontement direct avec la cavalière et ses compagnons. Abaissant de nouveau sa lance, il ne quitta pas des yeux le visage camouflé de la jeune femme, peu désireux de se prendre un coup de lance dans le poitrail…
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Message Sam 7 Juil 2012 - 19:58

Dire que la Sand se trouvait sous tension, voilà qui était un bel euphémisme. Tendue comme la corde d’un arc s’approchait déjà un peu plus de son actuel état d’esprit. Tous ses sens étaient aux aguets et le sang lui battait aux oreilles comme avant un combat, prête à détendre ses muscles en un réflexe fulgurant si cela s’avérait nécessaire, ce qu’elle n’espérait vraiment pas. L’homme, ou plutôt le garçon, qu’elle avait sous les yeux était réellement impressionnant ; elle était certain qu’une fois mis pied à terre elle devait atteindre avec peine le haut de sa poitrine. Sans compter que les muscles comme le faciès de l’inconnue laissaient deviner une personnalité guerrière et farouche, et Sarya ne doutait pas que la longue lance noire tenue d’une main ferme, étrangement ornée d’un tissus rouge, n’était pas à son côté pour son aspect esthétique.

Bien sûr elle était presque sûre qu’avec l’aide de son subordonné elle arriverait à vaincre ce jeune homme, mais pour peu qu’il ne soit pas seul et s’en était fait d’eux. Sans compter que l’énergie leur était désormais terriblement précieuse et le temps compté. Aussi ce fut avec des yeux vigilants et les mains sur la garde de ses poignards, prête à n’importe quelle action, qu’elle attendit avec impatience la réponse du guerrier à son interrogation grossière. Et elle ne cacha pas son soulagement à la réponse, certes laconique mais pas hostile, du jeune homme.
Bien entendu ce n’était pas pour autant que la guerrière n’était pas sur ses gardes ; après tout elle ne connaissait absolument rien de cet homme à l’aspect rude. Ses grossiers vêtements en toile épaisse et le sac d’une facture très simple qu’il portait à l’épaule le désignaient comme un homme du peuple, mais cette lance noire d’excellente qualité visiblement qu’il tenait d’une main ferme alliée à son regard calme balayait toute possibilité que la Sand ait à faire à un quelconque marchand ou autre voyageur. Un mercenaire ou un reître peut-être ? Voilà qui était tout à fait possible et n’était pas fait pour la rassurer, même si pour le moment elle préféra le croire quand il affirmait ne pas vouloir leur chercher noise.

Avec un soupir clairement audible, elle éloigna ses mains de ses chères armes avant d’ôter son heaume jolimment décoré mais ô combien encombrant, autant pour que le jeune homme puisse voir ses traits comme signe qu’ils ne l’attaqueraient pas non plus sans provocations de sa part que parce que cette encombrante pièce de lui servait plus à grand-chose maintenant que le soleil était presque couché. Chassant les mèches noires gênantes qui lui retombèrent devant les yeux et passant une main agacée sur son front pour en essuyer la sueur elle plongea ses grands yeux verts dans ceux de son vis-à-vis avant de faire raisonner de nouveau sa voix rauque :

-Je suis Sarya Sand, capitaine de la garde princière.

Comme à son habitude malgré cette situation peu commune elle n’avait pas hésité à assener son nom de bâtarde sans la moindre gêne tout en sachant pertinemment qu’un tel patronyme sonnait plus qu’étrange accompagné d’un titre si honorifique.

-Comme tu peux le voir Aarseth,
commença-t-elle en détachant bien les syllabes du nom de son vis-à-vis, mes compagnons et moi-même sommes bien loin de notre citéet avons subis quelques escarmouches sur la route ; nous cherchons à atteindre la Sang-Vert. Je ne sais si tu as une quelconque connaissance de la région mais j’ai un marché à te proposer.

Voilà qui pouvait paraître bien imprudent sachant que la guerrière ne savait rien de lui, mais un vieux dicton prétend qu’il faut garder ses amis près de soi et ses ennemis bien plus encore… Et cela lui paraissait d’autant plus vrai en l’occurrence car elle ne savait pas si elle avait devant elle un ennemi ou un allié… Et elle ne voulait pas, dans le cas où ce dénommé Aarseth lui ait menti, se retrouver face à une dizaine de ses hypothétique compères cachés un peu plus loin au creux des roches, comme les serpents vicieux qu’ils étaient sans doute. Cependant son compagnon ne semblait pas d’accord et n’hésita pas à lui faire savoir :

-Capitaine, êtes-vous sûr que ce soit bien rai…

Elle n’eut besoin que d’un regard noir pour le faire taire. Si les hommes qu’elle avait emporté avec elle dans ce périple ne brillaient pas par leur intelligence du moins étaient-ils obéissants et facilement impressionnables, et Lärim, car tel était son nom, se renferma dans un silence maussade, non sans exprimer ses états d’âmes par un reniflement méprisant à l’encontre du garçon à la lance. Reportant toute son attention sur ce presque inconnu qui lui faisait toujours face elle reprit comme si rien ne venait de se passer :

-Donc, si comme je le pense, cette belle arme à ton côté n’est pas là uniquement pour intimider ceux qui voudraient t’approcher, je te propose de te joindre à mon groupe au moins jusqu’à la Sang-Vert, et si le cœur t’en dis jusqu’à la ville Ombreuse même.
Se doutant que si son intuition était bonne et qu’elle avait bel et bien à faire à un mercenaire il ne ferait pas ça gratuitement, elle ajouta. Bien entendu nous te payerons pour tes services. Cinq cerfs jusqu’à la Sang-Vert, dix de plus si tu nous accompagnes jusqu’à Lancehelion et tu pourras garder l’un des deux chevaux sans cavaliers que tu vois là ; et ce n’est pas négociable mon gars.

De toute manière elle venait de lui proposer là une somme plus que coquette puisant sans remord dans la bourse que lui avait confié le prince pour qu’ils puissent mener leur mission à bien et qui, comme d’habitude, contenait bien plus que nécessaire. Quant aux chevaux mentionnés, ils appartenaient aux soldats morts et ne manqueraient à personne, sans compter que c’était des belles bêtes robustes, de purs produits dorniens et elle était certaine que même si le jeune homme n’était pas cavalier, il pourrait toujours les revendre à bon prix. Bien sûr, proposer une telle somme à cet inconnu qui n’avait rien à voir avec eux pourrait peut-être réveiller sa cupidité ce qui le conduirait à commettre un acte inconsidéré pour se rendre propriétaire de l’intégralité de leur bourse, mais Sarya ne comptait pas relâcher sa vigilance, sans compter que cela lui permettrait de jauger l’homme. Ou plutôt le garçon comme elle tendait à l’oublier, il devait avoir quoi ? Dans la vingtaine ? Bien quinze ans de moins qu’elle donc, et elle comptait sur son expérience et celle de son compagnon pour le neutraliser au premier signe de danger.
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Message Mar 10 Juil 2012 - 11:41

    Il y avait une tension dans l’air, une odeur de soufre mêlée au crissement d’une lame sur une armure. Le jeune homme, lance abaissée, sentait la cavalière face à lui aussi tendue qu’une corde prête à se briser, sans savoir pour quelle raison la jeune femme semblait aussi suspicieuse et méfiante. Certes, il n’était pas du genre sympathique, avec son visage fermé et son regard noir mais voir ainsi une garde le considéré comme une menace potentielle était quelque chose de nouveau pour lui. S’il avait l’habitude d’impressionner les rares mercenaires qui accomplissaient les missions à ses côtés, il avait toujours veillé à ne pas attirer l’attention des gardes, préférant rester éloigné de tout signe visible d’autorité militaire. Reportant son attention sur les deux hommes qui accompagnaient la cavalière, qui les rejoignaient au petit trot, visiblement inquiets de voir leur chef en compagnie de ce qui semblait être pour eux un individu peu recommandable. La jeune femme retira alors son heaume, dévoilant un visage qu’Aarseth aurait qualifié de particulièrement charmant s’il n’était pas dans une telle situation. Au moins avait-elle relâché son emprise sur la garde de ses armes, ce qui était le gage que le jeune homme n’allait pas mourir dans les minutes qui suivaient. Aussitôt son casque retiré, elle se désigna sous le nom Sarya Sand.
    Sand.
    Le nom des enfants cachés, des petits lézards que les grands scorpions cachaient sous le sable pour ne pas les montrer au grand jour. Le nom des bâtards. Sand, le sable. Des grains de sable éparpillés par milliers pour former un désert. Rares étaient ceux qui dévoilaient leur nom avec autant de naturel que cette femme, tant le fait d’être l’enfant illégitime était vu comme un fardeau honteux. Une chose qu’Aarseth n’avait jamais réellement comprise d’ailleurs. Pour un enfant du peuple tel que lui, le concept de bâtardise était chose qui n’appartenait qu’aux nobles et autres suzerains peu désireux de porter le déshonneur sur leur couche légitime – même si cela ne les empêchaient pas de rendre visite à des amants ou des maîtresses potentiels.


    Ainsi donc, cette femme était capitaine de la garde princière… un titre au combien honorifique, surtout pour une bâtarde mais, au vu de la confiance dégagée par la jeune femme et l’autorité qu’elle semblait exercée sur ceux qui la suivaient, Aarseth ne doutait pas un seul instant qu’elle n’avait pas volé son poste. Cette dame était une guerrière, une vraie. Il le sentait dans la tension qui courait le long de ses muscles, il voyait lui dans ses yeux verts cette lueur qui caractérise les combattants. Quel âge avait-elle ? Vingt-cinq ou trente ans, il ne serait dire, même s’il était persuadé que Sarya était plus vieille que lui et avait certainement plus d’expérience que lui en bien des domaines même si, en l’occurrence, elle semblait avoir besoin de son aide. Alors que ses deux compagnons les rejoignaient, la capitaine proposa alors un marché au garçon, elle lui expliqua son ennui, perdue avec ses hommes dans ce désert impitoyable alors qu’une mission les attendait. Le fait qu’elle lui expose ainsi son embarras alors qu’elle ne le connaissait ni d’Eve ni d’Adam laissait présager au mercenaire que sa situation était des plus critiques. Passant une main sur son visage couvert de sueur, il laissa la jeune femme remettre son second à sa place lorsque ce dernier exprima son inquiétude quant à voir un parfait inconnu rejoindre leur rang alors que rien ne les assurait que le garçon n’allait pas les tuer dans la seconde ou les trahir à un moment ou à un autre. Malgré lui, Aarseth eu un léger sourire. Il semblerait que la chance ait enfin décidée de se pencher sur lui, après des mois de disette, en le faisant rencontrer une capitaine en détresse prête à lui lâcher une belle somme pour se payer ses services.

    « Votre offre me convient, capitaine. Je suis votre homme, je ne peux me permettre de refuser une demande telle que la vôtre. »

    I
    l jeta un coup d’œil aux chevaux proposés par la dame. De belles bêtes, robustes et habituées aux longues foulées, il pourra en tirer un bon prix s’il ne décidait pas de garder la monture histoire de soulager ses pieds. Le jeune homme n’avait de toute manière pas les moyens de rejeter la proposition de Sarya après des jours et des jours passés avec seulement quelques piécettes en poche, à peine suffisante pour acheter une miche de pain. Ce qui le surprenait le plus en revanche, c’était la facilité avec laquelle la guerrière avait compris qui il était et ce qu’elle pouvait bien attendre de lui. Certes, avec ses vêtements de fortune, sa lance et son gabarit, il n’avait pas l’allure d’un marchand du désert et encore moins d’un simple fermier, sans oublier que rien ne garantissait la capitaine de la garde qu’il n’était pas un bandit ou un contrebandier, elle jouait là la carte du hasard mais avec brio. Jetant un coup d’œil au plastron des soldats, il contempla le blason des Martell, songeant que, aussi désagréable que pouvait être ces boîtes de métal en plein soleil, les armures des combattants étaient superbes, exactement le genre de celles des légendes et des contes de son enfance. Scintillantes et cabossées par les escarmouches, sans oublier les armes, même si Aarseth doutait pouvoir jamais porter tels habits. On ne passait pas de mercenaire à soldat en un claquement de doigt et, solitaire et indépendant comme l’était le Dornien, il aurait fait un bien piètre troupier. Ecartant ces pensées de son esprit, il rejoignit la troupe, toujours sous le regard vigilant de la femme et de ses hommes. Un regard qui, il le savait pas avance, allait le suivre jusqu’à la toute fin de ce périple. Il était un inconnu, un mercenaire sans foi ni honneur et qui n’était attiré que par l’attrait de l’or, un ennemi naturel des soldats, en sorte. Faisant mine de ne pas remarquer les yeux accusateurs de ses nouveaux compagnons de route, le jeune homme se retourna vers la capitaine, attendant silencieusement ses ordres.
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Message Lun 16 Juil 2012 - 5:11

Au plus profond du désert le silence prend une tout autre dimension. Composé du sable crissant au rythme des sabots de leurs chevaux, du vent soufflant entre les roches, c’était une perpétuelle expiration, pesante, semblable à la respiration sifflante d’un serpent. Le désert est hostile à toute vie et seuls les humains sont assez fous pour le défier. Et ce monstre composé de sable et de roches brunes se charge de rappeler à tout homme sa mortalité.

Ce fut au bout de l’un de ces silences plein de menaces propre à l’endroit, uniquement troublé par le renâclement des chevaux, que la Sand consentit répondre au mercenaire qui lui faisait face. On pouvait se permettre de douter du jugement de la guerrière ; elle-même avait beau se targuer d’avoir de l’instinct pour jauger les gens, personne n’est à l’abri d’une erreur, et elle devait bien admettre que ce coup-ci, elle jouait gros, vraiment gros. Non seulement elle pariait sa vie sur cet individu antipathique mais également celles du peu de soldats qui lui restait. Ou comment une situation désespérée peut conduire à des choix tout aussi désespérés…

Se contentant d’un simple signe de tête pour indique au reître de les suivre, elle attrapa la bride d’un des destriers pour lui tendre, lui intimant par ce simple geste à se joindre à eux d’une manière on ne peut plus claire. Puis d’un geste preste elle dégaina un de ses sabres courts le pointant en un geste sans équivoque et à la vivacité saisissante vers la gorge du guerrier. Plongeant deux yeux froids à la fixité inquiétante dans le regard du reître elle prononça d’une voix glaciale et étrangement calme :

-Une dernière chose mon garçon… Je suis une femme de parole, aussi longtemps que tu tiendras tes engagements je respecterais les miens.
Les muscles tendus et la tête relevée, une grimace menaçante déformant ses traits fins elle siffla alors avec hargne. Je te fais également une autre promesse. Met la vie de mes compagnons ou celle de ma propre personne en danger, essaye de nous doubler d’une quelconque manière, et je te jure sur tout ce qui m’est cher que tu connaitras le goût de cet acier d’une manière bien plus intime… Clair ?

Se détournant sans même un regard pour l'homme qu'elle venait de menacer, elle laissa le guerrier derrière elle, confiant en les deux hommes restant pour surveiller ses arrières ; il suffisait de voir le regard qu’adressaient ses compagnons au garçon pour comprendre qu’un geste un peu brusque lui serait fatal.

Le crépuscule était désormais bien tombé, pareil à un voile sanglant peignant le désert du même rouge sombre que le flux courant dans les veines des guerriers le traversant, le soleil couchant s’en allait et avec lui la chaleur intenable du jour laissant place à une froideur sèche et désagréable digne d’un linceul, et malgré les lieux parcourues, malgré la poussière de moins en moins fréquente parmi les roches et des arbustes clairement plus fournis, pas un signe de rivière à l’horizon.

Sarya, la nuque douloureuse de tension accumulée, mordait ses lèvres pourtant déjà bien abimées par la sécheresse, prise d’une inquiétude qui nouait sa gorge, râpeuse du manque d’eau. Discrètement, du moins l’espéra-t-elle, elle prit la gourde de cuir épais qui battait le flanc de sa monture, l’agitant, désespérée par sa légèreté et le clapotis à peine audible du peu d’eau saumâtre et tiède qui en tapissait encore le fond. Elle savait que ses compagnons n’en avait plus guère.

Il était dangereux de continuer dans ce désert traître et perfide dont toutes les roches se ressemblaient, alors que le soleil les abandonnait et que les étoiles ne se décidaient point encore à se lever. Se rangeant pour une fois à la raison, autant poussée par la logique la plus élémentaire que par ses jambes et son fondement douloureux d’avoir chevauché toute la journée ainsi que les légères blessures récoltées lors de l’escarmouche deux jours plus tôt. Dieux… Qu’est-ce qu’elle était fatiguée. Ils devraient pourtant repartir dès que les étoiles apparaitraient pour les guider ; le temps était autant leur ennemi que la chaleur de four du jour. Avisant un amas de rocher au loin qui leur permettrait de s’abriter du vent perpétuel qui balayait le désert, la capitaine annonça la halte, au soulagement visible de ses deux subordonnés, aussi épuisés qu’elle.

Leurs silhouettes semblables à des ombres se découpant sur le ciel mauve de cette obscurité troublante existant uniquement en ce lieu, ils finirent par arriver à leur destination qui s’était révélée bien plus lointaine qu’au premier abord, les distances étant toujours aussi trompeuses dans le pays des sables. Poussant un léger grognement lorsque ses jambes endolories et tremblantes touchèrent enfin terre après cette interminable journée, la jeune femme s’attela aux tâches de desseller les chevaux et de rassembler de quoi faire un feu comme le dernier des soldats du rang ; les temps étaient bien trop durs pour se permettre de jouer les princesses, et voilà qui n’était de toute manière pas le genre de la Sand. Elle se permettait d’exiger beaucoup de ses hommes mais jamais plus qu’elle ne serait capable d’accomplir elle-même. Ce qui selon certains étaient encore trop durs… Semblable à une machinerie bien rôdée, leur petit groupe ne mit pas plus de dix minutes à dresser le camp, un feu discret permettant aux hommes d’échapper au froid de plus en plus présent qui était l’apanage des nuits passées dans le désert, alors que les soldats sortaient leurs rations de viande séchée et de pain sans levain qui leur laisseraient la bouche encore plus sèche mais l’estomac plein.

Assise, fixant un Aarseth immobile par-delà les flammes qui les séparaient, la guerrière se leva soudain allant chercher dans son bagage une nouvelle ration de cette nourriture basique avant de contourner le feu, la démarche circonspecte, pour venir tendre de quoi manger au jeune guerrier. Puis s’asseyant à ses côtés elle prononça d’une voix prudente et un brin bourrue, une moue gênée venant déformer ses lèvres, sa menace semblant encore raisonner entre eux comme un non dit :

-Je n’ai pas l’habitude de laisser mes hommes mourir de faim… Le fait que je ne fais que louer tes services ne change rien à ce fait ; si on nous attaque je préfère que tu ais l’estomac plein, gamin.

Certes, le « gamin » était peut-être en trop, surtout pour désigner cet homme fait bien plus grand qu'elle et devant peser le double de son poids, mais non seulement il apparaissait clairement que la capitaine était son aînée mais elle se trouvait surtout être son supérieur directe ; et ce surnom qui pouvait sonner presque méprisant pour certaines oreilles n’étaient en réalité qu’une façon d’asseoir de manière bien inconsciente sa condition de supériorité hiérarchique. Autre preuve indirecte que le jeune homme la mettait suffisamment mal à l’aise pour qu’elle éprouve le besoin inconscient d’exprimer son autorité.

Quittant alors son armure pesante sans un mot de plus, autant pour pouvoir s'installer d'une manière plus commode que pour montrer à Aarseth qu’elle ne le craignait pas comme pour bouleverser ses petites habitudes. Dévoilant une tunique de toile collée à son corps par la sueur et surtout encroûtée de sang au niveau du bras droit, en silence elle se saisit d’un couteau et en déchira la manche sans hésitation, laissant à découvert la peau arrachée d’une plaie sans danger mais douloureuse et à l’aspect assez laid. Déchirant une nouvelle bande de sa tunique qu’elle ne pouvait se permettre de mouiller au vu du peu d’eau qui leur restait, elle la serra fortement autour de la blessure, adressant une rapide prière à la Rivière-Mère pour éviter l’infection.

Soupirant, elle s’enroula dans sa cape écarlate avant de se tourner de nouveau vers le reître, l’air terriblement las.

-Est-ce que tu connais la région mercenaire ? Sommes-nous encore loin de la Sang-Vert ? Notre petite troupe ne tiendra pas beaucoup plus longtemps sans eau fraîche et nouvelles réserves de nourriture.

Voilà qui était un euphémisme, leurs traits fatigués et leur muscles tremblants exprimant bien plus la faiblesse qui les gagnait peu à peu bien plus que Sarya ne le souhaiterait et bien mieux que n’importe quel discours. Prenant une bouchée de viande dure et sans saveur qui lui laissait un goût de sang et de sel dans la bouche, la bâtarde attendit patiemment la réponse du guerrier, apparentant une tranquillité d’esprit qu’elle était bien loin de ressentir.

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Message Mar 17 Juil 2012 - 9:04

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    Avoir dardé sur soi trois regards suspicieux, étincelants de méfiance, était un peu comme si des archers vous menaçaient de leur flèche, arcs bandés. La tension dans leur bras était certaine, la corde emmenée jusqu’à leur jour suppliait en crissant pour libérer le mortel projectile, sans savoir ni quand ni où elle allait frapper la cible. Le jeune homme observa un à un ceux avec qui il allait partager les prochains jours de son existence : le premier homme, harassé, semblait néanmoins avoir encore suffisamment de ressources pour abattre le garçon si ce dernier se montrait menaçant. Le second, celui qui semblait être le second de Sarya Sand, ne lui était pas des plus amicaux non plus et la main posée sur la garde de son sabre en disait long quant à son avis sur le mercenaire. Enfin, il y avait la capitaine. Malgré son sexe, elle était la plus dangereuse, la plus expérimentée, Aarseth le sentait. Il avait tant côtoyé de guerriers et de reîtres qu’il distinguait maintenant sans mal ceux qui se targuaient de savoir manier les armes. Le mercenaire ne craignait pas la jeune femme mais il devait admettre qu’elle dégageait une aura assez rare, même pour les bouillonnantes femmes du désert de Dorne. Lorsqu’elle lui tendit les rênes de l’un des chevaux sans cavalier, il hésita l’espace de quelques secondes, se demandant si l’un des soldats n’allait pas lui planter sa lame dans le dos pendant qu’il monterait le destrier. Après un court instant, il attrapa la bride du cheval.

    A peine sa main posée sur l’encolure de la bête, il sentit le contact froid et tranchant d’un poignard pointé vers sa gorge. Avec une vivacité exceptionnelle, la Sand avait dégainée l’un des couteaux accrochés à son ceinturon et l’avait dirigé sans le moindre doute vers le jeune homme. Plantant ses yeux verts dans ceux de la capitaine, Aarseth ne bougea pas d’un pouce, devinant bien que le moindre mouvement, même infime, lui vaudrait une mort nette et rapide. Être menacé n’était jamais chose agréable, mais être ainsi sous la coupe de soldats de la garde princière lui procurait un goût désagréable sur les papilles, presque écœurant. Fallait-il donc qu’il se noue les poignets avec ses propres tripes pour ne pas avoir à supporter la méfiance de ces gardes ? Ou bien qu’il s’enchaîne tout entier avant de se jeter dans une malle pour que la capitaine soit sûre qu’il n’allait pas les égorger les uns après les autres ? Ravalant une pique coléreuse qui lui aurait value, si ce n’est le trépas, une bien vilaine correction, il se contenta de dire :

    « Je suis seul, vous êtres trois. J’ai besoin d’or, vous avez besoin d’un guide, je n’ai aucune raison de vouloir du mal aux hommes du Prince. »

    F
    eindre la loyauté envers la famille princière de Dorne n’était pas des plus avisé, surtout de la part d’un homme qui vivait de la discorde entre les nobles du territoire, mais il ne voyait pas quel autre prétexte donné à la Sand pour qu’elle ne s’essaie pas à jouer de son poignard sur sa virilité. Malgré la maladresse de son esquive verbale, la capitaine de la garde retira sa lame de sa gorge et se détourna sans un mot, permettant au mercenaire de pouvoir enfin monter le destrier qui lui avait été confié, sans toutefois que le jeune homme se sente accepté de ces camarades. Coincé entre les deux autres soldats, Aarseth fit mine de ne pas se sentir concerné par leurs yeux accusateurs, même si le fait de devoir parcourir plusieurs kilomètres avec cette tension sur les épaules allait vite le pousser dans les derniers retranchements que la patience lui avait donné.

    Suivant silencieusement la silhouette de la jeune femme, ils parcoururent le désert jusqu’à ce que le soleil à l’horizon leur indique qu’il s’en allait rejoindre l’autre versant du monde. Sur l’ordre de la Sand, le groupe se posa aux alentours de roches suffisamment hautes pour les protéger d’éventuels raids nocturnes ou du brûlant soleil matinal. Conciliant, Aarseth aida à monter le camp, espérant que les gardes comprendraient un jour que, malgré son statut de mercenaire, il pouvait bien venir en aide à quelques âmes égarées – surtout contre une telle récompense – sans pour autant leur enfoncer sa lance dans les entrailles. Une fois le bivouac mis en place, il s’assit face au feu, son sac et sa lance posés à ses côtés. Jetant un coup d’œil à sa besace, il songea avec déception qu’il n’allait pas pouvoir écrire ce soir, même si sa rencontre avec une escouade de la garde princière menée par une bâtarde dornienne aurait value un beau paragraphe dans le Livre, mais il ne pouvait se permettre de montrer l’ouvrage, sans que le Sand ne vienne y jeter un coup d’œil suspicieux. L’idée que la femme ne découvre ses écrits étaient assez humiliante pour qu’il ne songe même pas à le sortir de son sac de toile.

    Observant les va et vient des soldats qui accomplissaient leur tâche avec l’assurance que confère l’habitude, le regard du Dornien croisa une nouvelle fois celui de la capitaine qui ne le quittait pas des yeux. Par les Sept enfers, si cette femme ne requérait pas ses services, il aurait juré qu’elle en pinçait pour lui, au vu du nombre d’heures qu’elle devait passer à l’observer. Certes, son regard était méfiant et froid, autrement dit loin d’une expression langoureuse mais tout de même. Quelque peu agacé par le manège de la Sand, Aarseth la regarda quitter sa place pour s’avancer vers lui pour lui tendre quelques mets à se mettre sous la dent, prétextant qu’elle ne désirait qu’il se batte le ventre vide si jamais un combat s’annonçait. Toutefois, la délicate attention de la jeune femme fut balayée de l’esprit du garçon lorsque le mot « gamin » franchit ses lèvres. Retenant un grognement sourd, il se contenta de plonger le nez dans son assiette. Cette bâtarde était certes bien plus âgée et expérimentée que lui mais il était un homme fait – et bien fait ! – et il n’appréciait guère de se voir rabroué en raison de sa jeunesse alors que la dame avait besoin de ses connaissances du désert. Sans omettre le fait que le jeune homme était bien plus grand et puissamment bâti que la plupart des hommes qu’il avait connu, et être ainsi nommé comme un enfant ne lui plaisait pas mais il ne pouvait se permettre de montrer sa colère aux soldats.

    Vidant son assiette sans un mot, histoire de ne pas s’attirer les foudres de la capitaine et de ses hommes, Aarseth espérait intérieurement que cette balade allait vite se terminer. Il avait besoin urgent d’or, et devoir subir la pression que les gardes mettaient sur ses épaules risquait de le rendre réellement de mauvaise humeur, ce qui était une chose dangereuse quand on connaissait le tempérament emporté du mercenaire. Néanmoins, au vu de l’état pitoyable des deux seconds et celui de leur capitaine qui n’était guère mieux, ils n’auront bientôt peut-être plus assez d’énergie pour menacer le reître. En cas d’escarmouche, il y avait à espérer que tous puissent tenir debout, sans quoi, il ne donnait pas cher de leur peau et, malgré son instinct de survie exacerbé, le jeune homme ne pouvait se permettre de laisser sa paye s’envoler à cause d’infirmes. Posant son assiette vide sur le sol, Aarseth étendit ses longues jambes, avant de s’intéresser à la question posée par la Sand. Rechercher des vivres était en effet leur priorité s’ils ne voulaient pas crever de faim et de soif avant les deux prochains jours…

    « Pour Sang-Vert, il vous faudra attendre encore trois jours de marche. Mais je connais un point d’eau à quelques heures d’ici, vous pourrez y remplir vos gourdes et, avec un peu de chance, quelques mammifères à chasser. »

    M
    ême s’il était ce que l’on appelait communément un Dornien des Montagnes, Aarseth avait suffisamment parcouru le désert pour en connaître certains secrets, des secrets qui lui avaient souvent la vie. Connaître certains points d’eau ou les zones traversées par quelques bêtes sauvages était nécessaire si l’on désirait survivre dans des contrées aussi hostiles que celles-ci. Toutefois, le jeune homme devait admettre être assez surpris qu’une capitaine apparemment aussi expérimentée de la Sand ait pu se laissée surprendre par quelques brigands des dunes mais il était assez connaisseur du désert pour savoir qu’il était impossible de prévoir les pièges de ces lieux, même pour le marcheur le plus averti.

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Message Dim 12 Aoû 2012 - 1:24

Sarya avait beau sentir son corps terriblement las lui hurler sa fatigue, elle n’en laissait rien paraître, concentré sur la réponse que lui donnerait le jeune homme priant intérieurement tous les dieux existants que la Sang-Vert se trouve aussi près qu’elle le pensait… Et retint une exclamation en entendant les trois jours de marche qu’il leur restait ; paniquée elle se mordit les lèvres, douloureusement sèches, sachant que jamais ils ne réussiraient à tenir trois jours de plus dans cette impitoyable fournaise. Mais alors qu’elle poussait un soupir de lassitude le point d’eau que mentionna le mercenaire ranima son espoir. A seulement quelques heures d’ici.

Pour la première fois depuis le début de ce voyage éreintant, la Sand se détendit vraiment et permis même un sourire sincère venir étirer ses lèvres maltraitées, et la méfiance qu’elle ressentait toujours envers le jeune mercenaire baissa d’un cran. Se levant pour lui faire face, ses bottes de cuir souple foulant une poussière qui ne lui paraissait plus si intenable, elle sourit au mercenaire de toutes ses dents avant de prononcer d’un ton enthousiaste mais d’indéniable commandement :

-Bien, c’est une excellente nouvelle. Nous nous reposerons ici une petite heure, puis toi et moi iront renouveler ces réserves d’eau.
Sachant que ce revirement pouvait paraître des plus étonnants au vu de la manière dont elle avait traité le guerrier jusque là, elle ajouta, en guise de justification. J’ai bien peur d’être avec toi,, la personne qui possède le plus d’énergie sur ce camp. Alors qu’une légère protestation s’éleva du côté de son second, elle se tourna vers lui avant de continuer d’un ton ironique. Oui Lärim, en effet s’il le voulait ce mercenaire pourrait me transpercer de sa lance et s’enfuir… Mais je pense que depuis le temps si c’était ce qu’il voulait, cela ferait longtemps que nos tripes seraient éparpillées dans ce fichu désert ! Alors je prends le risque de bon cœur !

Se rasseyant après ce petit discours qui elle l’espérait aiderait peut-être à aplanir un peu la tension terrible qui vibrait toujours dans l’air en plus d'informer tout à chacun qu'ils pourraient enfin renouveler le précieux liquide qui leur manquait tant. Se saisissant de sa gourde, elle but avidement les trois minuscules gorgées que l’outre de cuir pouvait encore lui offrir sans le moindre remord, savourant sa fraicheur et la douceur qui se répandait dans sa gorge meurtrie par la poussière, sachant qu'elle pourrait bientôt, de nouveau, boire tout son saoul.
Du coin de l’œil elle continua à dévisager le taciturne guerrier, un peu embarrassée malgré tout de son attitude envers celui qui risquait fort de leur sauver la vie de par ses connaissances de la région. Laissant ses yeux verts scruter ce visage fermé, elle se dit que malgré ces traits durs et taillés à la serpe, sa taille impressionnante et la dureté de ses yeux couleurs de roche, elle ne s’était pas trompée sur l’âge du garçon. Quelque chose dans ses traits, une expérience qui ne s’acquérait qu’avec les années et qui n’était pas encore trop présente sur ce visage-là.

Et pourtant, la jeune femme ne doutait pas d’avoir à faire à une guerrier-né, qui devait passer sa vie à combattre, pour l’argent ? Pour la gloire ? Ou parce que, tout comme la Sand, il ne savait rien faire aussi bien que manier les armes ? Se décidant enfin de rompre ce silence contemplatif et légèrement pesant, sans compter que ses yeux clairs ne s’étaient pas détachés une seule seconde du visage de son vis-à-vis durant ces quelques minutes, désignant d’un signe de menton la lance noire aux côtés du reître, la guerrière demanda sur un ton un peu trop affecté pour être totalement naturel :

-C’est une bien belle arme que tu as là. D’excellente qualité ça se voit. Comment est-elle entrée en ta possession ? Est-ce un cadeau d’un de tes employeurs ? L’as-tu acquis lors d’un combat ?
Se rendant soudain compte que sa question, ressemblant même plutôt à un interrogatoire à cause de sa fichue nervosité, surtout venant d’une garde comme elle, pouvait être interprétée comme une accusation de vol déguisé. La Sand écarquilla les yeux devant sa gaffe, levant une main vive à sa bouche qui s’arrondit autant que ses yeux devant son impolitesse involontaire. Relevant des yeux contrits et un peu affolés vers son interlocuteur, elle reprit d’une voix bégayante dans laquelle perçait sa légère panique :

-Oh par la Rivière-Mère ! Je.. Je ne voulais pas sous-entendre que tu ne l’avais pas acquis par de bons moyens… Je... Je veux dire… Je ne t’accuse de rien… Je… Merde, je veux dire excuse-moi, c’était très mal exprimé et ne nous aide pas du tout à repartir du bon pied tout ça…

Rougissante de manière imperceptible la Sand se maudit de sa stupidité, décidemment, il semblait que tien ne semblait capable de la faire repartir sur de meilleures bases avec le mercenaire. Poussant un soupir d’exaspération et de gêne, elle reprit sur un ton beaucoup plus calme, plongeant ses yeux verts dans les prunelles d’acier qui lui faisaient face pour que le jeune homme ne doute pas de sa sincérité :

-Je suis désolée. La tension me fait me comporter comme une véritable imbécile parfois. J’espère que… Que j’arriverais à te faire oublier ce mauvais départ parmi nous.
Tendant une main ferme au mercenaire elle continua. Je te remercie sincèrement d’avoir accepté notre offre et de nous guider au cœur de cet infernal et interminable désert.

La Sand était sincère. Elle avait beau se méfier encore de lui malgré tout, l’animosité dont leur petite troupe avait fait preuve lors de son arrivée parmi eux n’avait pas du faciliter les choses, et le sang-froid du jeune guerrier à cet égard était des plus impressionnants. Après tout personne ne l’avait forcé à accepter leur offre, et si ce qu’il disait sur la Sang-Vert était vrai, Sarya et ses soldats se seraient retrouvés bien mal loti quand les vents du désert auraient eu balayé toute trace de leur passage et de leur vie. Oui, il était grand temps de se comporter… Eh bien, comme des gens civilisés...
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Message Lun 20 Aoû 2012 - 11:41

    Le feu crépitait, arrachant quelques étincelles jaunâtres envoyées vers le ciel. Les yeux rivés sur le ballet orange des flammes, Aarseth sentait toute la tension présente dans le corps de ses nouveaux compagnons. Il les savait harassés, désireux de trouver le repos après une journée qui leur a parue interminable mais ils ne voulaient pas dormir. Pas avec lui, un parfait inconnu, si près d’eux. Pas avec un mercenaire qui pourrait les égorger pendant leur sommeil pour les délester de leurs bien et fuir en abandonnant leur dépouille aux charognes. Peut-être était-ce ce que le garçon aurait fait s’il n’avait pas face à lui des soldats de la garde Martell. Il avait déjà tué des gardes, avant, pour éviter d’être poursuivi et de finir sa vie dans une geôle mais il s’était toujours assuré à ce que sa victime soit seule. Là, face à trois combattants, il ne se risquerait pas à tenter quelque folie et n’était guère désireux d’avoir toute la garde princière sur le dos. Il se contentait donc de baisser la tête et de laisser passer l’orage, même si l’envie d’abandonner ces malheureux à leur sort pour leur faire payer leur prétention lui brûlait les entrailles. La promesse de la récompense de la Sand et l’impossibilité de tourner le dos dans risquer une attaque sournoise suffisaient à tenir le Dornien tranquille. L’annonce d’une source d’eau proche raviva l’enthousiasme des soldats et particulièrement de leur capitaine qui adressa au mercenaire un sourire de franche gratitude avant de déclarer qu’elle accompagnera Aarseth à la recherche de ce point vital, avouant qu’elle était prête à prendre le risque de se faire éventrée si cela signifiait atteindre leur oasis si désiré. Quelque peu surpris de ce revirement de situation, Aarseth ne su quoi répondre, se disant qu’il allait avoir des choses à raconter au Livre Noir lorsqu’il sera suffisamment tranquille pour ne pas risquer d’être vu. Le caractère des hommes était vraiment versatile, surtout quand leur survie était en jeu.

    Même si l’annonce du jeune homme avait fait baissée de quelques degrés la tension, il sentait toujours une pointe de méfiance dans les yeux de ses camarades mais elle n’avait plus la même vivacité que tout à l’heure. Le garçon venait certainement de leur sauver la vie, ils le comprenaient, mais ils ne pouvaient se laisser aller à des excès de gentillesse envers lui. Après tout, malgré son aide, il restait à leurs yeux un être peu recommandable. Pas un criminel, même si son passé était des plus sanglants mais au moins un personnage dont ils étaient désireux de se débarrasser le plus vite possible. Après tout, les chiens bien éduqués n’aimaient pas traîner avec leurs semblables qui, contrairement à eux, errent sur la terre sans but. Ils n’ont pas de collier, leur poil est sale et ébouriffé tandis que leurs crocs et leurs griffes sont imprégnés de sang et de chair ennemis. Relevant la tête, il croisa le regard scrutateur de Sarya Sand posé sur lui. Qu’essayait-elle de deviner de lui, au juste ? Essayait-elle de découvrir ses méfaits par le biais de sa rétine ou bien voulait savoir si ce jeune homme face à elle pouvait la vaincre en combat singulier ? Alors qu’il s’apprêtait à lui demander pourquoi elle le fixait avec une telle intensité, la guerrière remarqua la surprenante qualité de sa lance, Sombraurore. Il fallait admettre que l’arme était magnifique, et qu’elle semblait même faire trop éclatant comparée à l’homme qui la maniait. Lui, bougon et toujours mal vêtu, portant une si belle lance sur laquelle beaucoup posaient leur regard, surpris de voir une telle chose entre les mains d’un garçon d’apparence si roturière.

    Même si on lui avait souvent fait remarquer la beauté de son arme, jamais personne ne lui avait fait de remarque aussi mal placée que celle de la Sand. Visiblement, cette dernière semblait sous entendre que la lance n’était qu’un larcin en plus, une autre facette de l’existence chaotique d’Aarseth qui fronça les sourcils, appréciant peu de se voir ainsi traîner dans la boue par quelques gardes. A peine avait-il rejoint leur troupe qu’on l’avait catalogué comme un criminel alors qu’il avait accepté de leur venir en aide. Contre salaire, certes mais le Dornien avait certainement mieux à faire que de se voir insulté et humilié par des gardes vaniteux et à moitié morts de soif. Remarquant sa misérable bourde, la capitaine balbutia une série d’excuse, prétextant que la fatigue et la pression lui avaient fait dire de mauvaises choses, auxquelles elle ne pensait pas. Bien que quelque peu blessé, le jeune homme leva une main apaisante pour montrer à la combattante qu’il lui pardonnait son erreur. Il voyait bien qu’elle était une femme attachée à son devoir et à ses hommes et qu’elle tenait à mener sa mission à bien. Elle avait sous-estimé les dangers du désert et, épuisée, ne comptait que sur sa volonté de fer pour avancer. Une attitude honorable, même pour un guerrier aussi peu noble qu’Aarseth.

    « C’est un cadeau de famille. L’aîné de la fratrie doit le porter et, à sa mort, le donner à son cadet et ainsi de suite. Lorsque je suis partie de chez moi, j’ai emportée cette arme avec moi car elle était le seul symbole de ma lignée que je voulais garder. Elle s’appelle Sombraurore. Même si je n’ai pas votre sens de l’honneur et du devoir, je sais me montrer respectueux de certaines choses. Vous m’avez demandé mon aide et j’ai accepté car je ne désirais pas avoir la garde princière sur le dos, rien de plus. Nous avons tous déjà failli mourir une fois à cause de ce désert. »

    L
    e jeune homme saisit son arme et la présenta à la capitaine, voulant lui montrer sa bonne foi, même si cette dernière valait peu de chose, il fallait l’admettre. Il n’était pas un menteur, ni un hypocrite mais il n’était pas non plus le type le plus recommandable du coin, surtout pour un groupe de la garde de Prince et nul doute que son intervention dans la survie de la troupe sera passée sous silence dans le rapport de la capitaine. Avoir été sauvé par un mercenaire du désert n’était pas le genre de chose que l’on disait en tout honnêteté.
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Message Sam 25 Aoû 2012 - 4:29

Il existe bien des choses intimidantes en ce monde ; le bruit des tambours de guerre qui raisonne jusqu’aux tréfonds, le vrombissement d’un vol de flèches pareil à celui d’une nuée d’abeilles furieuses, l’immensité de la mer, l’infini horizon du désert… Ou bien encore le regard d’un véritable guerrier. De ce genre d’hommes qui a déjà tué et qui n’hésitera pas à recommencer. Mais il existe un nombre incalculable de motifs qui pousse un homme à tuer l’un des siens ; l’honneur à venger, des ordres à suivre, de l’argent à gagner, de la douleur à faire payer… Et parfois même le plaisir de semer la terreur et la mort. Sarya aimait à penser qu’elle était bonne juge de la nature humaine, et pourtant face à l’inexpressif regard vert du mercenaire, elle ne savait dans quelle catégorie le ranger. C’était cette incertitude qui depuis leur rencontre l’avait poussé à se comporter de cette manière, qui avait exacerbé sa méfiance naturelle plus encore que de coutume, d’autant plus avec la fatigue et la peur qui taraudaient le petit groupe depuis plusieurs jours.

Et malgré ses efforts pour rasséréner ses hommes et détendre l’atmosphère, Sarya n’arrivait pas à laisser cet a priori de côté ; elle avait besoin de parler à Aarseth, de jauger le mercenaire et surtout de se faire une idée de l’homme qu’ils seraient amenés à côtoyer jusqu’à la fin de ce rude périple. Et voilà que sa maladresse la faisait commencer d’un bien mauvais pied. Elle remarqua sans peine à l’éclair noir de colère qui traversa ces prunelles fixes et troublantes qui lui faisaient face que l’insulte involontaire avait été comprise et interprétée comme elle le craignait. D’un geste machinal et d’autant plus maladroit, la jeune femme ne put s’empêcher de vérifier la présence de ses lames à sa ceinture. Il est de ces élans maladroits que la nature humaine ne peut s’empêcher de commettre ; de ces actes automatiques qui loin d’aider leur instigateur ne fait que révéler le trouble intense qui prend place au sein de leur cœur. Et malgré sa figure rigide, l’impassibilité mortifère de ses traits et la fixité étrange et douloureuse du faux sourire qui lui étirait ses lèvres, ce geste si anodin en révélait plus sur l’état d’esprit de la bâtarde que de longs discours.

Car, malgré la gêne et la honte sincère qu’elle ressentait à avoir insulté celui qui risquait fort de leur sauver la vie, cette maudite méfiance, cette peur irraisonnée de voir soudainement s’élever la somptueuse lance noire contre sa propre personne, l’empêchait de se détendre et ce fut avec des yeux vifs et des muscles tendues qu’elle écouta les paroles du reître. Avant de se sentir très bête. Le reître avait parfaitement contrôlé la furie qu’elle avait cru lire en lui et venait de lui répondre de la plus aimable des manières. Le rouge aux joues, la Sand ne put que hocher mécaniquement la tête d’un air stupide, se mordant les lèvres de ses dents aigües, réfléchissant à ce qu’elle pourrait bien dire pour tenter de faire plus ample connaissance avec le garçon sans faire plus de bourdes qu’elle n’en avait déjà commises. Tâche difficile s’il en était au vu de ses piètres débuts. Elle commença donc comme déjà décrit, par hocher la tête mécaniquement aux dires du mercenaire, semblable à un stupide volatile, vue qui l’aurait sûrement faite se crisper de rage si elle s’en était rendu compte. Avec un respect non feint, elle se saisit de Sombraurore, un nom bien trouvé s’il en était. Elle laissa courir des yeux scrutateurs sur le somptueux ouvrage sans prendre pourtant réellement garde à ce qu’elle voyait, ses pensées s’étant envolées bien plus loin qu’elle ne l’aurait cru.

Avec un soupir sonore, elle laissa courir un doigt inquisiteur sur la lame, testant le tranchant de la lance. Vivement elle le retira en sentant une douleur aigüe à son extrémité ; le tranchant de l’arme aurait été capable de couper un fin parchemin sans forcer, révélant le soin maniaque avec lequel l’arme était entretenue. Il se disait qu’il suffisait de regarder le soin que porter un guerrier à son équipement pour deviner sa valeur ; si cela était vrai, il ne faisait aucun doute que le reître était un homme à redouter. Enfin, il restait à espérer que les seules personnes qui seraient menacées par la sombre beauté de cette arme seraient leurs ennemis, enfin s’ils s’en présentaient. Suçotant le bout de son doigt duquel perlaient quelques gouttes de sang sombre, la bâtarde prit le temps de rassembler son esprit que les évènements, la fatigue et le manque d’eau rendaient bien confus, ne souhaitant pour rien au monde renouveler une offense bien involontaire au jeune guerrier qui faisait visiblement tout son possible pour lui prouver sa bonne foi.

Enfin, après un pesant silence, la Sand dit d’une voix douce, les yeux perdus dans le vague :

-C’est en tout cas une bien belle arme, même si je me révèlerai bien incapable de la manier j’en ai peur… Je me débrouille mieux avec des lames courtes. Etonnant pour un capitaine de la garde n’est-ce pas ?
la jeune femme cherchait avant tout à entamer la conversation, voulant pouvoir se faire une idée plus précise du jeune homme avant que les étoiles ne soient assez hautes pour les guider jusqu’au point d’eau dont il leur avait révélé l’existence.

Sans vraiment regarder le reître, Sarya se mit à parler, tout bas pour ne pas troubler le repos de ses hommes sur qui l’épuisement avait triomphé de la méfiance et de la peur. Adossée à un rocher, l’air parfaitement relâchée dans l’air nocturne, jonglant par automatisme avec l’un de ses couteaux de lancer.

-Tu sais, j’ai toujours pensé que si je n’avais pas eu la chance d’être acceptée au sein de la Garde de Lancehélion, j’aurais moi-même terminée sur les routes, à la recherche d’un maître pour mes lames, vivotant des petites querelles entre les nombreux seigneurs si vindicatifs qui peuplent notre terre. Finalement j’ai revêtu l’armure Lance et Soleil et j’ai suivi les ordres que me l’on donnait. Je ne crois pas que toi et moi soyons si différents au fond. Tu parles de devoir et d’honneur pour moi, je te dis survie et sang dans ton cas. Mais là où je pense que nous nous ressemblons reître, c’est que si nous manions les armes et faisons couler le sang, c’est pour la simple et bonne raison que… Que nous ne savons rien faire d’autre. Ais-je tort Aarseth ?
termina-t-elle en plongeant des yeux interrogateurs dans ceux de son vis-à-vis.

La jeune capitaine ressentait le besoin d’en savoir plus sur l’homme qui serait sous ces ordres jusqu’à la fin du voyage. C’était pour elle un devoir que de connaître ce que valait chaque personne placée sous son commandement, que ce soit de manière temporaire ou non. Et de plus, elle devait bien l’avouer, le mercenaire l’intriguait, de par son silence, sa jeunesse et l’aura de violence et de force contenue qui irradiait de sa personne.

Par ailleurs, quoi que celui-ci réponde à cette question toute rhétorique, cela ne ferait pas changer d’avis la Sand qui ruminait ce genre d’idées depuis bien longtemps. Certains hommes et certaines femmes étaient nés pour manier la plume ou le verbe ; d’autre pour créer des objets et d’autres encore, comme le mercenaire ou sa propre personne avait tout simplement la violence dans le sang, et rien ne pourrait changer cet état des faits. Cependant les guerriers-nés étaient bien plus rares que ce que la plupart des gens croyaient. La grande majorité des soldats répugnent en réalité à faire couler le sang, tandis que d’autres n’engagent qu’à reculons une bataille. Et Sarya savait au plus profond d’elle-même que le regard froid du jeune mercenaire était un reflet du sien propre et de ce qu’elle serait devenue si elle n’était pas entrée au service des Martell.

Enfin, perdue au milieu de toutes ces conjectures, cela faisait bien une heure de passée, et la jeune femme se remit lentement sur pied avant de réveiller Lärim pour qu’il veille sur le camp le temps que durerait leur absence. Puis se saisissant de toutes les outres qu’ils possédaient elle s’avança de nouveau vers le taciturne guerrier qui lui servirait de guide. Repassant ses poignards à sa ceinture et arrimant les gourdes à sa personne, elle souffla par-dessus son épaule au jeune homme :

-Allons-y, puis nous nous reposerons ce qui reste de nuit avant de reprendre la route jusqu’à la Sang-Vert ; je ne me sentirais pas tranquille tant que nous n’aurons pas renouveler nos réserves d’eau.

Puis s’étirant pour réchauffer ses muscles raidis et fatigués, elle fit signe au guerrier de lui montrer la route, bien plus tranquille qu’il y a quelques heures malgré le reste de méfiance qui continuait de lui dicter une certaine prudence.
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Message Lun 27 Aoû 2012 - 16:17

    Avait-il l’air d’un monstre, avec son visage hermétique et ses yeux perçants ? Faisait-il naître un sentiment de peur, d’inquiétude dans le cœur de ceux qui croisaient son regard ? Longtemps, Aarseth avait espéré que oui, espéré que les gens le craignent et se reculent à chaque fois qu’il se tournait vers eux mais, en cet instant, il avait plutôt la sensation d’être un paria effrayant et criminel, une sorte de déité maléfique que tout le monde fuyait. Le regard exorbité et paniqué de Sarya lui renvoyait une image de lui qu’il ne parvenait pas à comprendre. Il voyait un jeune homme imposant au visage barbouillé de sang, le regard fou et les lèvres retroussées en un rictus cruel, avant que la vision fugace ne disparaisse de la prunelle de la capitaine qui reporta son attention sur la lance qu’Aarseth lui tendait. Elle prit l’objet avec un délicat respect avant de l’examiner d’un œil connaisseur, tout en faisant glisser son doigt sur le manche d’ébène puis sur la lame aiguisée. Le Dornien entretenait son héritage avec un soin frénétique et cela se ressentait car, malgré les innombrables combats auxquels elle avait participé, Sombraurore était aussi belle que le jour où elle a quittée la forge. Si le jeune homme rechignait à dépenser ses dragons si durement acquis en frais de taverne, en habits ou encore en fournitures pour ses longues routes, il n’hésitait nullement à jeter sa bourse sur la table pour que son arme soit toujours parfaitement entretenue, pour le plus grand plaisir des forgerons à qui il avait accepté de confier son précieux présent. Et gare à celui qui ne se montrait pas à la hauteur de sa tâche !

    Observant la femme qui lui faisait face, il remarqua avec une certaine fierté le tranchant de sa lame lorsqu’elle suçota un doigt tâché de sang, avant de reprendre Sombraurore des mains de la capitaine. Rangeant son arme à ses côtés, il écouta la jeune femme avoué son incapacité à manier la lance. Pour lui, pur Dornien, il lui était surprenant de voir une compatriote peinant à manier ce qu’il considérait comme l’arme symbolique de son peuple. Même les étrangers voyaient la lance comme l’outil premier du Dornien, l’arme avec laquelle il transperçait chacun de ses adversaires. Néanmoins, Aarseth connaissait suffisamment la difficulté que pouvait représenter le maniement de la lance pour ne pas se montrer condescendant à l’égard de la capitaine de la garde. Lui-même n’était pas encore un maître en la matière et les longues heures d’entraînement auxquelles il s’astreignait chaque jour étaient nécessaires pour que le garçon puisse continuer d’occire ses ennemis avec la force qui était la sienne. Seul un idiot prétentieux se considérerait comme une référence en matière de lances.

    « C’est l’arme de ma famille, je la manipule depuis que je suis gosse. Je m’entraîne tous les jours pour m’améliorer mais je ne progresse réellement que lorsque je suis dans un vrai combat. »

    Ê
    tre un véritable guerrier signifiait que l’on ne cessait de s’améliorer de combat en combat, qu’il n’y avait pas de trêve, seule la mort décidait d’achever le chemin d’un reître tel que lui. Il avait toujours été un mercenaire dans l’âme, c’était cette raison qui l’a poussée à quitter les siens, alors qu’il était à peine un homme fait pour parcourir les déserts en quête de fortune et de combats. Les états d’âme de Sarya lui étaient familiers, lui qui avait longtemps rêvé de brandir un étendard ou de se battre comme les chevaliers de son enfance mais il se savait trop indépendant et trop rustre pour ce genre de fonction qui exigeait une obéissance et une discipline de tous les instants. Il préfère son existence décousue, à courir les sables et à rester un chien solitaire sans maître ni foyer où reposer ses pattes griffues. Il ne savait guère quoi répondre aux aveux de la jeune femme, lui qui était habituellement fermé à tout type de conversation et encore plus à celles évoquant tout ressentis ou tout sentiment intime. Lui, il était un homme d’action qui laissait ses actes parler à la place de ses lèvres et il devinait bien que la capitaine de la garde ne cherchait qu’à se faire pardonne le début catastrophique de leur alliance même s’il sentait que ses paroles étaient sincères. Il n’y avait que le Livre Noire à qui Aarseth confiait ses sentiments, mais il voulait bien, pour une fois, aller dans un autre sens que le sien, ne serait-ce que pour ne pas que la Sand n’ait une excuse pour ne pas obtenir sa solde à la fin de ce périple.

    « Je suis un mercenaire, je l’ai toujours été. La seule chose que je sais faire, c’est tuer et me battre et je ne suis bon qu’à ça. Je ne suis pas un meneur d’hommes, ni un stratège et encore moins un chef de guerre. Je me moque des combines des nantis et des rois du moment que l’on me paie pour que ma lance s’agite. Vous, vous avez la chance de vous battre pour une cause, ces hommes vous suivent parce qu’ils ont confiance en vous, même au plus profond de ce désert alors que la mort vous guettait déjà il y a quelques heures. »

    I
    l est vrai qu’il était rare de voir des hommes apparemment aussi fidèles que ceux qui suivaient Sarya, son second n’avait cessé de le fixer avec méfiance jusqu’à ce que le sommeil ne l’arrache à sa garde silencieuse, et l’autre soldat n’avait jamais réfuté le moindre ordre de sa capitaine. Tout deux la suivaient comme son ombre et obéissaient à chacune de ses directives avec cette discipline toute militaire qui était la leur. Estimant que la discussion était close, le jeune homme suivit l’exemple de Sarya et s’allongea sur le sol, nullement gêné par cette inconfortable position. Il avait tant de fois dormi à même la terre qu’il ne connaissait même plus la douceur d’un lit sous son dos.
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Message Dim 2 Sep 2012 - 1:21

S’enroulant dans sa cape d’écarlate alors qu’un silence bienfaisant tombait sur le campement, seulement rompu par le craquement du bois maltraité par la flamme, Sarya ferma les yeux, la tête posée à même le sol rocailleux. Sa fatigue était telle que ce fut à peine si elle y prêta attention. Et alors que ses pensées divaguaient, méditant les dernières paroles du jeune mercenaire, cherchant à analyser derrière la prudence de ces réponses l’étrange personnage qui avait croisé leur route. Ses paroles montraient qu’il était bel et bien ce qu’il prétendait être : un mercenaire, et un guerrier-né. Au final, malgré la paye mirobolante que la Sand lui avait promise, le jeune homme se présentait comme une bonne acquisition, du moins si son talent à la lance était moitié aussi bon que ce qu’elle imaginait. Et ce fut sur ses pensées qu’elle glissa dans un profond sommeil sans même s’en rendre compte, le dos merveilleusement réchauffé par la chaleur du brasier, l’une de ses mains tenant sa cape fermement enroulée autour de son corps las alors que l’autre serrait en une étreinte féroce la poignée d’une de ses armes.

Tourbillons de couleurs aux vives teintes pourpres, sanguines ou encore d’un jaune douloureux à l’œil ; vivacité de tons presque répugnante, anormale, alors qu’à l’intérieur de ce rêve étrange aux couleurs du désert, il lui semblait entendre raisonner le cri de chacals à sa poursuite. Hurlements aux éclats moqueurs, à l’intensité gênante qui lui hérissait la peau, toujours plus forts, toujours plus près… La main qui se posa sur son bras pour la tirer d’un sommeil agité la fit se lever en sursaut, alors même que s’effaçait le douloureux cauchemar de sa mémoire, se retrouvant face à son second qui la fixait d’un air surpris. Désorientée elle le fixa.

-C’est votre tour de garde Capitaine….
chuchota le vétéran en la regardant d’un air légèrement inquiet, se rendant sans doute compte que la nuit de sa supérieure avait été tout sauf tranquille. Il lui avait bien semblé entendre quelques sourd grognements lors de sa garde, mais homme fidèle et d’une discrétion touchante, il ne fit aucune remarque, se contentant de regagner sa couche avec un coup d’œil réconfortant pour la jeune femme.

Poussant un soupir, le corps moite de sueur, la jeune femme s’adossa à un rocher, écoutant le silence de la nuit et attendant que l’aube se lève, les yeux perdus dans les flammes que l’on avait pris soin de nourrir pendant la nuit. Malgré les recommandations expresses qu’elle lui avait faites, elle doutait sérieusement que Lärim ait réveillé le mercenaire, préférant sans nul doute veiller lui-même sur le camp. La jeune femme soupira de nouveau, lasse de cette animosité ; avec un peu de chance cette méfiance sous-jacente finirait par s’atténuer les jours passants, ou du moins l’espérait-elle.
Lentement le ciel nocturne commença à s’éclaircir prenant une charmante teinte violine, alors que l’astre ardent frôlait l’horizon. Se relevant, les membres raides de par cette longue immobilité, la jeune femme s’approcha du reître, secouant bien inconsidérément son épaule, au risque possible d’une vive réaction. Une fois le jeune homme réveillé, elle expliqua :

-Allons-y, je préfère partir tant qu’il nous reste un peu de fraîcheur…


Réveillant également le reste de la troupe, il fut clair que le deuxième soldat, déjà très faible la veille, serait incapable de chevaucher à leurs côtés pour aller chercher le liquide vital dont ils avaient si grand besoin. Son second resterait à ses côtés comme il était prévu, malgré le fait que l’air renfrogné qu’il affichait annonçait clairement ce qu’il pensait de cette idée. Ce fut donc avec l’unique compagnie d’Aarseth que la jeune femme s’en alla pour recueillir l’eau qui leur avait fait si cruellement défaut ces jours-ci, tirant à leur suite le reste des chevaux que le manque d’eau semblait gravement affecter également. Avec un sourire pour son accompagnateur elle demanda :

-Bien, ouvre la marche ! Dans combien de temps serons-nous de retour à peu près ? J’ai bien peur que le pauvre homme que nous venons de quitter ne puisse pas tenir beaucoup plus longtemps sans eau…

La jeune femme était sincèrement inquiète ; elle avait déjà perdu suffisamment d’hommes comme cela, elle se refusait à devoir annoncer une nouvelle perte au Prince, à qui elle devrait déjà expliquer leur retard. Elle se jura que ce sale petit seigneur des Marches payerait ce coup bas ! Cependant sa haine ardente n’en masquait pas moins l’inquiétude qui la taraudait. Et si les mercenaires que ce goret avait engagés n’avaient pas abandonné ? Et s’ils étaient sur leur trace à cet instant même. C’était une interrogation terrible et qui la taraudait depuis qu’elle suivait Aarseth dans ce désert ; plus elle s’éloignait de ses hommes moins la jeune capitaine se sentait tranquille.
Ce n’était pas de la méfiance envers le reître, rien à voir. C’était le fait de peut-être revenir au campement et ne retrouver que le cadavre de ses hommes qui faisait naître en elle une peur terrible. Jamais elle ne serait capable de se pardonner un tel manquement à ses devoirs, aux espoirs et à la confiance aveugle que ces hommes avaient placé en elle, sans se poser de question.

Finalement au bout de quelques heures à pousser leurs chevaux aux plus extrêmes limites de leur endurance, ils finirent par arriver à la source en question. Sarya eut du mal à ne pas croire en un mirage en voyant ce puits construit en plein milieu du désert, à peine abrité par quelques roches, sûrement foré il y a des siècles de cela par un peuple nomade. Mettant pied à terre avec un enthousiasme sincère, elle jeta avec empressement le seau dans la structure de pierre, ne pouvant retenir un sourire en entendant un bruit d’éclaboussure la faisant saliver. Le remontant elle but à longues gorgées, se retenant tout de fois d’exagérer sachant qu’il serait dangereux dans son état de déshydratation avancée de satisfaire les envies de sa gorge sèche d’un seul coup. Se retournant vers le mercenaire elle lui adressa un sourire sincère. Finalement ils firent boire les chevaux et remplirent les gourdes ; et si la Sand ne vit pas trace de gibier autour du site, ce fut plus que satisfaite qu’elle enfourcha de nouveau une monture bien plus pimpante qu’à l’aller.

Ils repartirent donc en direction du camp, le jeune femme satisfaisant de temps à autre sa gorge sèche, détendue et d’agréable compagnie, même avec un jeune homme aussi taciturne et renfermé que celui qui l’accompagnait. Cependant alors que l’amas rocheux où ils avaient laissé leurs camarades commençaient à se profiler au loin, des cris et un fracas d’acier portés sur de longues distances par le vent du désert la fit se renfermer. Décochant un regard plein d’urgence au reître elle se précipita au galop en direction du camp, sans même vérifier que le mercenaire la suivait ou voir s’il tentait de l’arrêter, car il était bête de foncer tête baissée sans même savoir à combien d’hommes les deux guerriers allaient devoir se mesurer.
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Message Mer 3 Oct 2012 - 9:54

[ Pardon pour le retard :x ]


    Tout en étendant son corps massif sur le sable encore chaud de Dorne, Aarseth ferma les yeux, ressassant les événements de la journée. Il était de ceux qui ne dormaient que d’un œil une fois la nuit tombée, se refusant aux bienfaits d’un long et lourd sommeil pour mieux se protéger des dangers dissimulés derrière les dunes. Il parcourait les déserts de ces contrées depuis suffisamment longtemps pour savoir que chaque pierre, même la plus menue, pouvait cacher une horde de pillards prêt à fondre sur vous pour vous délester de vos biens les plus précieux avant d’abandonner votre cadavre aux rapaces qui survolaient le ciel indigo de Dorne. Et Aarseth avait bien l’intention de ne pas mourir aussi bêtement. Il savait que le sommeil ne le prendra qu’à moitié, d’ici quelques minutes, ce qui lui laissait le temps de songer à la rencontre de la journée. Généralement, il évitait de croiser la route de soldats, du moins, autant que faire se peut. Il avait trop de sang sur les mains, trop de crimes à payer aussi sans doute pour espérer recevoir un accueil chaleureux de la part de ceux qui veillaient à la stabilité dans les rues. De plus, le mercenaire savait également que certains de ses anciens employés apprécieraient grandement de voir sa tête plantée au bout d’une pique. Il faisait partie de ces personnages qui dérangent, qui sont toujours dans l’ombre des autres, menaçants et imposants. C’était un choix de vie dangereux et semé d’embûches, mais que le jeune homme ne regrettait nullement. Qu’aurait-il été s’il n’avait quitté la demeure familiale à treize ans ? Un humble chasseur de lézard comme son père, uniquement destiné à subvenir aux besoins de la famille et à rester cloîtré dans leur baraque. Non, jamais il n’avait regretté d’avoir prit Sombraurore et le Livre Noir pour partir à l’aventure, malgré son jeune âge, et d’avoir combattu si ardemment pour survivre. C’était une existence décousue qui était la sienne mais il ne la regrettait pas et, en voyant le piteux état de Sarya Sand et de ses troupes, il se disait que la vie de soldat n’était décidément pas faite pour lui.

    Le garçon se laissa peu à peu emporté par un demi-sommeil bientôt brisé par la capitaine de la garde princière, désireuse de trouver au plus vite la source d’eau fraîche promise par le reître. Aarseth quitta sa couche et s’arma de sa lance. Il remarqua que le second était lui aussi éveillé et dardait sur le mercenaire un regard suspicieux et mauvais. Visiblement, la capitaine avait décidé de partir à l’instant à la rechercher de la source d’eau promise accompagnée d’Aarseth seul et cela ne semblait guère du goût du soldat que seules la loyauté et la discipline empêchaient d’empêcher sa supérieure de partir chevaucher aux côtés d’un reître dangereux. Sans se soucier de l’avis du garde, le jeune homme se hissa sur le destrier que lui avait gracieusement offert Sarya et ouvrit la marche, suivit de près par la guerrière qui semblait aussi inquiète que pressée d’achever cette vitale commission. Même s’il n’avait jamais été un meneur d’hommes, le garçon devinait assez bien les tourments qui devaient agiter l’esprit de la soldate à ce moment précis. Une unité décimée, les survivants à peine capables de tenir correctement leur lance, même les destriers étaient sur le point de déclarer forfait tant la traversée avait minée leurs forces.

    « Normalement, nous devrions revenir d’ici quelques heures, je pense que vos hommes tiendront. »

    S
    ur ce, ils se mirent en route, puisant dans les dernières ressources de leurs chevaux. En grand connaisseur du désert, Aarseth se repéra rapidement, guidant la capitaine à travers le labyrinthe brûlant et immense des déserts de Dorne. Ils arrivèrent finalement à l’oasis tant désiré où une eau claire reposait dans le creux d’un fin vallon. Un endroit perdu au milieu des dunes que seuls les plus aguerris des coureurs des sables pouvaient connaître. Aarseth l’avait découvert alors qu’il était dans le même état que les hommes de la Sand : épuisé et aux portes de la déshydratation. Être tombé sur cette source en cet instant précis lui avait paru comme un signe des Sept eux-mêmes, une aubaine pour celui qui n’avait jamais été un véritable croyant. Laissant la jeune femme profiter de l’eau, il remplit lui-même sa gourde jusqu’au goulot et laissa les bêtes étancher leur soif. Le sourire de profonde gratitude de la guerrière le laissa froid mais il était rassuré de voir certaines personnes encore capable d’exprimer de la bienveillance à son égard, lui qui attirait si souvent les regards méfiants et suspicieux.

    Le ravitaillement avait levé le voile de la mauvaise humeur de Sarya et les deux compagnons retournèrent au camp, toujours en silence, mais avec une épée de Damoclès en moins au dessus du cou. La fougue retrouvée de leurs destriers leur permit d’arriver rapidement aux alentours du camp où ils avaient laissés les hommes de la capitaine mais, alors que les contours des roches étaient à portée de vue, les bruits d’un lointain combat parvinrent à leurs oreilles, accompagnés de cris et de hurlements. Sarya et Aarseth échangèrent le même regard surpris et inquiet et tout deux s’élancèrent à l’assaut, sans se soucier de savoir combien d’ennemis les attendaient peut-être de l’autre côté de la dune. En combat, la tactique du Dornien avait toujours été la même : user de sa force et de son gabarit pour renverser ses adversaires et elle avait suffisamment portée ses fruits pour qu’il l’utilise à chaque affrontement. Le campement était assailli par une bande de pillards – moins d’une dizaine d’hommes - vêtus de vêtements ocres et armés de sabres que l’on devinait enlevé à un cadavre et peu soignés. Les deux hommes de Sarya étaient trop faibles et ils étaient à deux doigts de sombrer sous les coups de leurs ennemis. Poussant un puissant cri, Aarseth parvint à attirer l’attention de trois gaillards. Il espérait éloigner le plus possible le gros du groupe de la capitaine et de ses soldats, afin de leur permettre de lutter à armes égales. Mettant pied à terre, le mercenaire frappa d’un large mouvement avec sa lance, pourfendant deux des trois assaillants qui s’étaient avancés trop près. Le dernier, un cimeterre en main, tenta de frapper le reître d’un coup sournois que le garçon para de la hampe de sa lance avant de lui asséner un violent coup de tête. Profitant de la déroute provisoire de son adversaire, le jeune homme jeta un coup d’œil sur ce qui était devenu un champ de bataille, espérant que ses compagnons n’étaient pas en mauvaise posture.
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Au coeur du désert la méfiance règne. [Aarseth]

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