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Pas de rat dans le navire, mais peut-être une souris [Sargon]

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Message Mar 3 Juil 2012 - 23:26

La nuit tombait presque et la Souris avait le museau posé à la petite fenêtre crasseuse des lieux qui lui servaient de terrier. Soufflant sur le verre poussiéreux, elle dessinait du bout du doigt des formes absconses, soupirant de plus belle et sans but précis entre deux œuvres discutables. Elle figurait un soleil, puis un arbre, puis, avisant la forme d'un homme un peu plus loin, elle lui gribouilla du bout d'un ongle des cornes et une queue de bouc, avant qu'il ne se déplace et ne lui vole son grimage. Elle lâcha un souffle long et pénible, guettant avec désespoir le ciel qui s'embrasait au dessus des terres maritimes. Son homme ne rentrait pas. Ce n'était pas comme si elle n'y était pas rompue, ce n'était pas comme s'il lui arrivait de découcher, même si, contrairement aux tous premiers temps, il ne l'oubliait plus, mais chaque fois nouvelle lui donnait l'impression très pénible et très vraie d'être un petit objet qu'on range dans un coin en attendant son office. Elle se sentait une âme de cuiller, en ces moments-là, mais, aussi grotesque que ça puisse paraître, jamais elle n'avait trouvé meilleure comparaison dans ces moments d'abandon : elle servait d'ordinaire tous les jours, elle était la favorite, faite à la main, bien rodée, donnait un goût appréciable, mais il n'était pas dit que son gourmet habituel ne se satisfasse pas d'autres couverts devant un banquet, ni ne la déplore s'il venait à la briser. Et si elle devenait sèche et fendue, elle serait jetée. Elle avait beau se dire qu'elle valait bien mieux que ça, que son Édenteur ne saurait se débrouiller sans elle, quoiqu'il arrive, que quand bien même il la congédierait, il devrait admettre ne pouvoir trouver meilleure qu'elle, aussi loin qu'il pousse ses pillages, une pointe de tristesse se frayait toujours un chemin en son âme quand son bourreau tardait à venir se faire tourmenter par ses soins.

Il devait avoir trouvé une femme. Sans aucun doute ! Ici comme ailleurs, le monde était plein de gourgandines prêtes à tout pour voler un homme à celle qui l'avait entretenu et gâté jusque là et, son Fer-né avait beau être d'une naissance peu glorieux, Violain s'était persuadée d'avoir été d'un grand bénéfice pour lui et de l'avoir rendu plus beau, plus raffiné, plus fier, en somme, meilleur en tout, donc désirable. Ah, oui, il y en aurait, des vilaines et des jalouses, si ça se trouvait, il était au lit avec l'une d'elles ? Elle se redressa, poings serrés. Elle allait le trouver ! Guidée par toute la force de sa fureur légitime, elle allait découvrir les amants impudents et par sa seule présence faire se rompre le cœur fétide de la gougnafière qui avait attiré son quasi-mari par l'odeur de son entre-cuisse ! Elle se rassit. Ah, pauvre fille, qu'elle était bête, parfois. Il était inutile de se mettre dans pareils émois, après tout, cet homme, elle le détestait, évidemment, c'était du bon sens ; elle n'avait pas à être jalouse, seulement à tenter, par charité, de lui inculquer quelques manières et de lui faire payer son attente. Contemplant ses orteils qu'elle remuait, elle s'interrogeait sur quel prix donner à son attente, tout en reniant toute pensée qui la narguait avec son propre attachement. Fi de ces battements de cœur, il n'y avait que les idiotes pour s'enticher d'un homme sans terre et sans esprit chevaleresque et, ici, si elle avait bien compris, les chevaux étaient les boutres, à peu près. Elle se laissa retomber sur la paillasse qu'elle avait retapée avec la ferme intention de contempler sagement le plafond sans bouger et sans l'attendre, feignant de savoir ces instants où elle n'avait pas à se charger des envies de son ogre attitré.

Sept minutes après avoir posé cette belle résolution, elle était dehors, enroulée dans une vieille laine et les yeux jetant des éclairs. Fichu Lakdahr, il allait manger de la soupe à la grimace, et finir le plat, s'il vous plaît ! Ah, lui et sa gueuse n'allaient pas s'en tirer ainsi, elle allait les voir et les incriminer ! En tous cas les voir et les guetter ! Voilà, elle allait les voir, les observer, rentrer et dire à son Fer-né : « Je t'ai vu, soudard ! Je t'ai vu ! » et il baisserait la tête de honte avant d'implorer... Ou se rire, encore une fois, devant sa souris en colère, paillant à s'en percer les poumons devant sa masse indifférente à sa force dérisoire. Bon, elle trouverait bien de quoi lui faire quelques allusions acides et saboterait les coutures de ses pantalons aux endroits les plus malséants pour lui faire passer le message de ce qu'il en coûtait de mésuser de ses fesses, si viriles soient-elles. Violain était déjà triomphante, quand après trois pas se posait le premier obstacle à sa soif de justice expiatoire : elle ne savait pas où aller. Reniflant les embruns et une pointe de frustration, elle tâcha de se remémorer ce qu'il lui avait dit faire. Il n'avait pas été précis et elle avait beau creuser sa mémoire en avançant au hasard, et de plus en plus effrayée par les ombres et la nuit, qu'elle ne se souvenait du voyage et des rares palabres que d'avoir surtout causé à ses entrailles et vomi. Qu'avait-elle donc ces derniers jours, à avoir le ventre chamboulé ? Cet écœurement qui la prenait, à chaque odeur, à chaque secousse et quoi qu'elle fasse tous les matins s'améliorait bien un peu, mais trop lentement. A y repenser, une légère nausée la reprit et, échaudée par la soirée dure à ses nerfs, elle eut grand besoin d'air, de beaucoup d'air, du plus qu'il fallait ; abandonnant son urgence légitime pour une autre plus charnelle, elle se précipita vers le port, dans l'espoir de trouver dans la mer un peu de soulagement ou de quoi vider sa bile moins salement.

Toussant et crachant des filets aigres, appuyée sur un rebord de mur, elle était presque arrivée à destination quand son estomac décida qu'était venue la fin du voyage pour son maigre repas. Adieu, petit pain noir, bien meilleure était leur rencontre que les au-revoirs ! Elle s'éventa, tourneboulée, se sentant toujours plus faible et à présent puante par dessus le marché. Le manque de grâce était la touche finale à ce qu'elle qualifiait intérieurement comme la pire soirée de sa vie, du moins jusqu'à la prochaine contrariété. La mer clapotait et elle se dit que sentir l'eau saline était toujours mieux que de refluer de l'amertume au moindre soupir, aussi elle s'approcha de l'onde murmurante. La plage basse et rocailleuse qui servait de quai n'était pas peuplés et, s'il y avait des auberges par là, elle ne le savait pas et personne n'y chantait. Des bruits de métal et de couverts sonnaient ça et là, étouffés, on devait manger, mais certainement pas fêter. Triste soir : il y aurait eu un peu de cris signifiant une beuverie, elle aurait pu au moins y trouver son propriétaire, ou quelqu'un pour l'agripper aux cheveux et la lui ramener ; elle aurait pu ainsi oublier dans sa colère ses propres égarements. Parfois, elle préférait risquer une bonne rouste plutôt qu'un peu de solitude, ce qui était curieux de sa part, mais à quoi elle évitait de penser. Elle avait été seule, toujours, s'en était accommodée ; maintenant qu'elle avait connu le fait d'être unie, même à un maître, la solitude avait la saveur pesante de la vacuité. Mieux valait fuir et laver sa gorge ainsi que ses idées noires. Les eaux des quais étaient toujours un peu plus sales que la moyenne, mais celles où accostaient les boutres étaient faites de galets et avaient l'avantage d'être rendues plus dociles que les plages escarpées et coupantes des alentours rocheux. Elle chercha, vainement, un bâton ou quelque chose pour dépouiller l'eau des résidus qu'elle y trouverait. Ne trouvant trop rien, elle avisa la mer presque silencieuse, que l'ombre avait privée de ses éclats de sang pour lui laisser l'apparence d'un drap de pétrole. Il s'y tenait un boutre, un seul, immobile et ancré.

Elle s'en approcha, mue par cette curiosité qui l'avait toujours poussée en avant, fusse dans des abysses et, tête penchée, avisa le bâtiment, s'interrogeant comme toujours devant ces navires sur le fait qu'il puisse être l'un de ceux ayant ravagé sa ville et son destin. Ah, s'il n'y avait pas eu cette attaque ! Elle avait plu à quelques chevaliers, elle commençait à faire oublier ses origines crasseuses, qui sait ? Elle aurait peut-être déjà fait un bon mariage et serait grosse d'un petit qui pourrait devenir quelqu'un, ou de demoiselles aussi blondes et futées qu'elles, qui lui assureraient une vieillesse pleine d'intrigues et de confort. Au lieu de ça, elle servait et, souillée, personne ne voudrait d'un ventre déjà visité par un pirate, barbare qui ne lui faisait pas même l'insigne honneur de rentrer avant qu'il ne soit tard. Maroufle. Pensive, elle s'agenouilla sur des pierres plates et pas trop humides, sans cesser de contempler le navire. Du bout des doigts, elle tâta l'onde clapotante, n'y trouva guère de vase, ni de rats crevés. Trempant un bout de manche, elle s'en essuya les lèvres et la langues, avant de se racler la gorge et de cracher une petite glaire peu élégante, mais qui la soulageait.

Ce boutre, dans la nuit, paraissait l'appeler et son beau dessin se confondait avec plusieurs de ceux qui s'étaient gravés en son esprit, ce jour funeste où le ciel bleu s'était changé en suie. Était-ce celui qui avait abattu les murailles vers l'est ? Était-ce plutôt celui dont les hommes avaient enflammé en premier les maisons, non sans en piéger les portes et les personnes en dedans. Par les Sept, comme ça pouvait crier, avant de mourir, un enfant ! Elle se pinça un lobe d'oreille pour chasser le fantôme du son et se redressa devant le monstre que la nuit rendait terrible et vivant. Les infidélités imaginées de Lakdahr se faisaient plus lointaine, la Souris faisait face à la gueule d'un monstre et le lent mouvement du navire que les vaguelettes lui imprimaient lui faisaient l'effet d'une respiration pleine d'attente. Est-ce que le boutre la défiait ? Est-ce qu'il était habité par les spectres de ceux qui étaient morts sur sa terre, qui lui réclamaient de venir les délivrer ? Est-ce que son imagination allait la laisser en paix un jour ? Ah, si ce simple bateau osait se tenir là, devant elle, et la défier, soit ! La Souris se dit qu'elle allait le vaincre à simplement le toucher, là, sur sa coque : alors, elle n'a pas peur, maudit bout de bois, que tous le constatent ! C'était une lutte digne d'être contée par les troubadours les plus talentueux de Westeros, mais, comme toutes les véritables héroïnes, c'était bien seule qu'elle affrontait ses plus terribles ennemis. Il n'y avait qu'elle, la vorace créature des mers et l'oeil de la nuit pour les juger. C'était épique, dantesque, peu importait le relent de bile à ses lèvres et sa coiffure défaite !

Elle tendit la main, couverte du secret vespéral ; une voix soudaine la fit sursauter, manquant de l'envoyer embrasser l'eau salée. Elle se retourna subitement, les talons glissant sur les galets trempés et les genoux serrés : la voix était celle d'un homme et le ton n'était pas spécialement heureux. Le cœur de la Souris se serra de la plus prompte des angoisses et ses yeux clairs scrutèrent l'apparition accusatrice. Voyait-elle bien ? S'esquissait-elle encore quelques figures de cauchemars pour tromper sa conscience de ses véritables tourments ? Non, il était bien plus réel, ce Fer-né, que les dents qu'elle avait ajouté au boutre derrière elle, dont l'ombre pourtant lui sembler sur son échine comme s'il s'y appuyait tout entier. Sa physionomie réputée, son habit, sa tenue, son allure, tout comme les terres où ils se tenaient tous deux ne laissèrent guère de doutes à son esprit certes fiévreux, mais affûté : devant elle se tenait l'être dont on lui avait dit le plus d'horreur au monde. Elle aurait aimé s'évanouir, ç'eut été convenable si elle avait pu choir avec délicatesse. Elle ne fit que glapir, blême et terrifiée. Le bateau avait gagné. C'était le Harloi qui venait de parler.


Dernière édition par Violain la Souris le Mer 4 Juil 2012 - 19:16, édité 2 fois
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
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♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Mer 4 Juil 2012 - 14:31

     Le retour du raid lancé sur le Nord n'avait pas été extrêmement joyeux, pourtant les Fer-nés avaient réussi à piller ce dont ils avaient besoin : de la nourriture pour passer l'hiver. Un regret s'était installé dans l'esprit du capitaine de la Veuve Salée, il se désolait de ne pas avoir eu l'occasion de faire plus de dégâts et de laisser à Crépuscule, son épée Valyrienne, le plaisir de pouvoir trancher du Nordien. L'arrivée de la guerre il y a plus d'un an, avait permis aux pirates comme le Harloi de profiter de la proximité avec le continent pour assouvir leur soif de batailles et de pillages. Les ressources de la maison à la faux n'avaient jamais été aussi élevées et Sargon travaillait sérieusement à ce qu'elles gagnent encore en gallons. Pourtant les raids de groupe ne semblaient pas être à leur avantage, ils avaient perdu de nombreux hommes à Motte-la-Forêt et l'arrivée inattendue des Glover accompagnés d'autres hommes avait pris les Fer-nés de surprise. Les pertes auraient été bien plus mineures s'il ne s'étaient retrouvés que face à des Nordiens tout juste bons à lever une hache pour couper du bois. Le Dieu Noyé savait que fendre un tronc ou le crâne d'un ennemi n'était pas du tout comparable, bien au contraire. Jusqu'à ce jour, le jeune homme n'avait jamais trouvé de sensation comparable à celle de l'épée qui s'enfonçait dans la chair d'un adversaire incompétent. Même une nuit dans les bras d'une jolie femme n'arrivait pas à détrôner ce sentiment de domination dont il se délectait à chaque attaque. Pourtant cette joie avait été altérée par la rapidité du raid, la retraite avait été sonnée dès que les Nordiens étaient devenus trop nombreux et même si Sargon n'était pas suicidaire, il aurait apprécié de se confronter un peu plus à des adversaires dignes de ce nom. Trancher dans du paysan devenait rapidement lassant, il était préférable que la cible ait un peu de mordant. Mais c'était comme cela et le Fer-né avait été contraint de rentrer avec des regrets qui ne s'envoleraient certainement pas avant le prochain raid. Encore faudrait-il que le Harloi souhaite s'associer à nouveau avec d'autres capitaines, la solitude rapportait plus au final. C'était l'expérience qui parlait.

     Peu de temps après son retour à Harloi, Sargon avait fait savoir à son oncle, le seigneur de la maison, qu'il allait lui rendre une petite visite afin de pouvoir discuter des éventuelles possibilités qui s'offraient à eux. Bien entendu, le jeune homme pouvait parfaitement décider lui-même de ce qu'il voudrait faire sans attendre l'aval de Igon Harloi, mais c'était une manière comme une autre de lui faire croire qu'il avait de l'importance et que son neveu le respectait. Personne ne se leurrait, Sargon était un être vénale et égoïste et se contrefichait de son oncle comme du guigne, tout ce qui l'intéressait c'était la place d'héritier voilà tout.
     C'est donc à cette occasion qu'il avait quitté Kenning pour se rendre à Dix-Tours afin de discuter avec son oncle, même si l'idée de passer une bonne partie de sa journée en sa compagnie ne l'emballait pas, bien au contraire. L'entrevue avait donc durée plusieurs heures et Yoren, le second du Harloi, se trouvait avec eux puisqu'il participait à chaque réunion que le capitaine de la Veuve Salée pouvait faire. Son avis pesait dans la balance et l'expérience qu'il avait n'était pas négligeable. Ce ne fut que lorsque la nuit approchait à grands pas qu'Igon décida qu'ils avaient suffisamment discuté et les deux jeunes gens furent donc congédiés. Sargon, accompagné de son second, se dirigea vers la sortie de la forteresse sans trouver Gabriel sur leur chemin. Les relations entre les deux « frères » s'étaient très clairement détériorées depuis quelques temps et l'humeur du plus jeune des deux était suffisamment mauvaise pour qu'il ne soit pas confronté une fois de plus à l'égo blessé d'un simple roturier. C'était donc clairement soulagé qu'ils débouchèrent hors de Dix-Tours alors que l'obscurité n'allait pas tarder à investir complètement les lieux, mais comme à son habitude, avant de regagner la chambre qu'il occupait à Kenning, Sargon ressentait le besoin d'aller jeter un coup d'œil à sa précieuse Veuve Salée. L'affection que le jeune homme éprouvait à l'égard de son boutre pouvait surprendre certaines personnes, mais lorsque l'on connaissait l'état des relations qu'il avait avec les autres habitants des Iles de Fer, les choses devenaient plus limpides. Un boutre ne trahissait pas, un boutre ne mentait pas et ne se laissait pas appâter par un plus offrant, c'était la seule « chose » digne de confiance. Enfin, excepté Yoren qui était certainement plus proche d'un boutre que d'un humain vu le manque de réactivité qu'il avait face aux boutades de son capitaine.

     Ce fut lorsqu'ils étaient à quelques dizaines de mètres de la Veuve Salée que les yeux mordorés du capitaine se posèrent sur une silhouette qui se tenait juste à côté du boutre. Désagréable surprise pour Sargon qui n'avait pas franchement envie de voir un rat visiter son navire. Sentant déjà l'irritation pointer le bout de son nez dans l'esprit de son capitaine, Yoren déclara simplement qu'il devait s'agir d'un marin du coin. Mais le Harloi savait que ce n'était pas le cas ou alors les rameurs étaient devenus sacrément efféminés. Même si la silhouette était enveloppée dans des couches de tissus qui ne mettaient pas forcément ses formes en valeur – au contraire même – il aurait été difficile de la confondre avec celle des hommes musclés qui peuplaient les îles. Sargon étant bien entendu l'exception vu la carrure de continental qu'il arborait. Aoife, sa femme-sel le lui avait bien fait remarquer, en se débarrassant de ses frusques il pourrait sans peine se faire passer pour un habitant des contrées exotiques ou du continent. Passablement contrarié, le jeun homme intervint avant que la silhouette ne puisse ne serait-ce que frôler la coque de son boutre.

     ▬ N'approche pas de ce boutre ou je te tranche le main sur-le-champ ! »

     Le ton était autoritaire et surtout sincère. Sargon n'hésiterait pas une seule seconde à se débarrasser de quelqu'un qui viendrait l'incommoder, couper une main qui aurait touché son précieux boutre lui semblait donc bien peu. Yoren resta en retrait alors que le jeune homme approchait de la silhouette pour distinguer plus clairement que c'était bel et bien une femme qu'il n'avait d'ailleurs jamais rencontrée. Elle émit un glapissement qui lui rappela désagréablement les couinements qu'émettait sa dernière femme-sel chaque fois qu'elle le croisait. Cela ne fit évidemment qu'ajouter à son irritation. Un peu comme les animaux qui se montraient agressifs dès qu'un autre animal démontrait un signe de faiblesse, Sargon sentait la colère monter en lui au premier signe de peur qu'affichait son interlocuteur. Les yeux du capitaine dardèrent le visage de la malheureuse qui avait eu la stupidité d'approcher de la Veuve Salée, elle n'était pas repoussante, mais ce n'était pas le type de visage qui attirait particulièrement l'attention de Sargon. La beauté était une chose relative et le Fer-né était davantage intéressé par le caractère des femmes que par leur joli minois. Sans compter que le Harloi avait une très nette préférence pour « l'exotisme », chose qui n'était pas difficile à vérifier lorsque l'on voyait le physique de ses deux femmes-sel. Il arbora une expression clairement contrariée pour s'adresser à la jeune femme d'un ton rogue.

     ▬ Qu'est-ce que tu fiches ici, tu n'as pas appris que ta place n'était pas autour des boutres ? Peut-être que je devrais te le faire comprendre moi-même histoire d'être sûr que je ne risque plus de trouver de rat autour de ma Veuve Salée ? »

     Il ne savait pas qui elle était, pas plus qu'il ne savait si c'était une simple domestique ou encore une quelconque femme-sel. Pour tout dire, cela lui était pas mal égal, tout ce que le Fer-né savait c'était qu'aucune femme qui ne soit pas capitaine de la flotte de fer n'avait à traîner dans le coin. Son regard mordoré était fixé sur le minois de la jeune femme alors qu'il détaillait ses traits sans aucune gêne, la regardant de haut en bas comme il aurait inspecté un cheval pour en estimer le prix. Vu le physique qu'elle avait, il était peu probable qu'elle soit native des Iles de Fer, depuis le temps qu'il fréquentait les domestiques et les roturiers de ces îles, Sargon savait faire la différence entre eux et des continentales. Sans compter que son couinement soumit prouvait plus que tout qu'elle ne devait pas être habituée à fréquenter des « barbares » Fer-nés. Le Harloi reporta finalement son regard sur le visage de la jeune femme histoire de savoir ce qu'elle pouvait bien chercher dans un tel endroit, puis surtout à une heure aussi avancée.

     ▬ J'espère pour toi que tu as une bonne réponse à me fournir, sinon je crains que ma patience ne me fasse défaut. »

     Avançant d'un pas, le capitaine se débrouilla pour que la jeune femme ne puisse pas décider de s'enfuir en se glissant à ses côtés comme une anguille, puis c'était sans compter qu'il savait bien que la présence d'un Fer-né mettait toujours les femmes captives mal à l'aise. S'il ne s'était pas trompé, celle-ci en était bien une et il y avait donc de fortes chances pour que la promiscuité ne lui fasse perdre ses moyens. Lui, il s'en contrefichait pas mal, lorsque Sargon tenait les rênes il n'avait aucun problème pour s'adapter à toutes les situations et il espérait sérieusement que cette donzelle allait lui donner l'occasion de se défouler un peu.


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Message Mer 4 Juil 2012 - 20:45

La Souris n'était pas dévote, on ne pouvait le nier. Ayant une considération toute pragmatique de la vie, de la mort et de leurs applications respectives, Violain ne priait que lorsque son esprit ne parvenait pas à trouver une fuite plus rapide vers une solution plus palpable. Hors donc, à mesure que le Harloi parlait – ou plutôt rugissait – toutes les portes de sa ruse s'étaient fermées tour à tour. Que pouvait-elle donc trouver à répliquer à cet homme ? Il venait de confirmer ce que ses craintes avaient relevé : il était bel et bien le capitaine de ce boutre et ce dernier n'était autre que la Veuve Salée. Combien de récits étaient venus à ses petites oreilles à propos de ce fameux Sargon ? Somme toute, assez peu, mais ils s'accordaient tous sur quelques désagréables détails : il était particulièrement orgueilleux, il était tout à fait irrespectueux des traditions et il était un bretteur redoutable. L'ensemble ne donnait rien de bon pour une petite souris entre ses pattes de lion noir. Il devait bel et bien considérer comme une injure qu'elle puisse avoir approché sa propriété, il pourrait l’abîmer sans prendre le temps de demander à son maître de le faire lui-même, ne serait-ce que par la courtoisie la plus élémentaire – ne demandait-on pas au maître-chien d'abattre lui-même son cabot enragé ? – et, évidemment, il pourrait le faire vite, bien et même avec un talent suffisant pour lui décoller le nez du visage sans lui couper les lèvres et la regarder saigner comme un petit goret dont elle aurait le faciès enfoncé. Ainsi, Violain priait de tout son soûl, cherchant dans les Six un secours providentiel et voulant inviter le Septième à revenir quelques années plus tard.

Derrière le Harloi se tenait un autre homme, mais la Souris n'avait guère le loisir de le décrire du regard qui, après l'avoir pressée davantage et jaugée une nouvelle fois, usait de sa stature étrangement modeste pour lui interdire de s'enfuir par les quais. Bien que le Capitaine ne fut pas trop épais, voire même, lui semblait-il, un peu fluet par rapport à ceux des Îles, il ne faisait aucun doute qu'il avait amplement la force et cent fois la souplesse de contenir un petit animal bruyant comme l'était la jeune fille, dont les doigts crispés maltraitaient la laine de la mante serrée à ses épaules. Qu'avait-elle donc à dire, pour sa défense ? Ah, pourquoi n'était-elle plus sur les Terres de l'Ouest ? Là, avec ces bonnes gens, de bonne composition, elle aurait pu sourire, minauder, affirmer qu'elle avait été fascinée par le bâtiment et elle aura davantage flatté qu'outragé alors et, comme elle en avait pris coutume, elle en aurait été quitte pour une fausse réprimande et une petite tape sur la croupe tout au pire. Las, elle soupçonnait Sargon d’être plutôt homme à lui attendrir l'échine avec du fer et de l'élan, il lui fallait opter pour une approche plus subtile. Elle n'avait guère que le temps des prières muettes pour tempérer sa panique et celui de s'humecter les lèvres pour ce qui était de la patience de son vis-à-vis, aussi appuya-t-elle son geste en redressant la tête, mais pas trop, pas assez pour oser paraître effrontée. Devant une telle adversité, elle ne pouvait pas même compter sur ce qu'elle savait faire de mieux : l'idiote.

C'était une fourberie basse et veule mais, ici plus qu'ailleurs, les femmes n'étaient rien et les femmes-sel encore moins. Il lui était aisé de passer pour un peu simple, voire tout à fait illuminée et la moyenne des individus tendaient à mettre ses petits débordements sur le compte d'une faiblesse congénitale et haussaient les épaules plutôt que de tenter de faire rentrer de force une leçon dans sa petite tête étroite. Le danger était d'agacer davantage et l'équilibre était délicat à obtenir, il lui était plus aisé de jouer la charmante gourde lorsque la faute n'était pas grave ou lorsqu'elle reposait sur un trait d'esprit acide qui lui avait échappé ; devant un outrage plus conséquent l’imbécillité passait plutôt pour une raison de plus de mettre un terme à sa pathétique existence. Son seul appui était qu'elle avait entendu qu'il était trop fier pour son propre bien parfois, c'était peu, mais c'était tout ce qu'elle avait ; terminant de passer sa petite langue rose sur ses lippes un peu sèches, elle se composa un visage neutre, appuyant pour mieux se dominer sur regard non pas sur celui du terrible Capitaine, mais sur un point flottant au dessus de son épaule droite. Après une seconde à inspirer de l'air un peu vivement, elle lança d'une voix qu'elle s'efforça de maîtriser, afin de ne pas la laisser sonner dans l'air comme un sac de grelots.
    « Des raisons valables ? Hé, hésita-t-elle malgré tout, avant de lâcher une ombre de rire. Non, non, elles ne sont pas valables. Qu'est-ce qui justifierait que je me trouve là ? Rien d'assez bon pour votre Veuve. »

Elle souriait, la petite Souris, elle osait le faire. A quoi bon pleurnicher ? Elle ne l'avait pas fait encore sur les Îles de Fer et ne comptait pas commencer devant cet homme qui n'était pas le sien. Petit résidu de fierté farouche qui était l'une des assises de sa volonté. Ses grands yeux bleus hurlaient encore de peur sans qu'elle ne puisse les voiler, mais son visage, lui, feignait la détente, voire le détachement serein ou amusé. Elle baissa les yeux dans une attitude humble et arrondit les épaules, dénouant ses doigts crispés pour joindre ses mains devant son ventre. Si blanches sur le gris sale de la mante, elles paraissaient spectrales.
    « J'ai bien compris qui vous êtes, il ne faut pas longtemps pour ça, même pour une fille comme moi, ajouta-t-elle avec une petite moue sucrée et un regard par dessous. Je cherchais mon maître, il n'était pas par là, je l'ai perdu, honte à moi. Mais j'ai vu la silhouette de ce boutre et, je ne sais pas, je l'ai trouvé si beau, et si puissant, même immobile... »

Ne mentait-on jamais mieux que lorsqu'on disait la vérité ? Elle serra mains et épaules, rendant d'un rien son menton dans son ébauche de poitrine qui s'était faite plus épaisse dernièrement, mais qui restait peu dessinée sous l'épaisseur du vêtement. Elle arrondissait le dos, cachait ses reins par réflexe ; si ce capitaine était bien l'homme qu'on décrivait, elle n'avait qu'à être soumise, docile, il la battrait sans doute, mais ça serait vite fini. Avec un peu de chance, elle n'aurait qu'à prétendre devant Lakdahr qu'elle avait fait une très mauvaise chute, elle était parfois assez distraite pour ça. Le mépris, une fois rentré et bien caché, faisait une formidable armure et elle savait que parfois, être oubliée valait mieux qu'être pardonnée. Fi de son orgueil ordinaire, ce n'était pas l'heure de se faire remarquer et surtout pas de lui. Voilà sa sûreté, la seule voie qui lui restait à emprunter : devenir transparente et ne valoir rien, ni n'opposer de résistance. Pas de jeu, donc pas d'enjeu, juste de la mollesse. Sa rébellion et son mordant étaient destinés à celui qui avait le droit de les savourer. Hélas ! Un être comme Sargon, en d'autres circonstances, elle aurait sans doute adoré lui plaire, tant on crachait sur lui. La Souris avait toujours trouvé de la valeur dans ce qui était remarqué plutôt que dans ce qui était remarquable. Son pied chercha un appui meilleur, il ne trouvait que de l'eau affleurante. Soit elle reculait et risquait fort de tomber dans l'eau glaciale et malpropre, soit elle le percutait, lui et toute sa légitimité pour disposer de sa vie ; elle resta donc à peu près immobile, balançant seulement les hanches pour s'équilibrer mieux. Elle ferma à demi les yeux.
    « Il n'y a rien qui ne puisse excuser ma sottise et je ne voudrais pas alourdir ma faute en osant vous en demander pardon. Je ne peux que vous demander en quoi puis-je vous servir, ou comment vous désirez me châtier. »

Elle souriait encore et, avec davantage de lumière un fin observateur aurait sans doute décelé dans le pli de ses lèvres ce que sa mimique avait d'acide, voire de hautaine. Elle espérait que la laine soit assez épaisse pour faire en sorte qu'elle n'ai pas de cicatrices. Elle détesterait l'idée d'une marque et espérait son petit tour suffisamment mièvre et fade pour que ni le juge ni le marteau de son choix ne soient trop appliqués. Peut-être même en perdrait-il le goût du sang, quand bien même elle n'y croyait pas, ou en omettrait-il de lui réclamer le nom de son propriétaire, ce qui l'ennuierait un peu, mais au fond, pas tant que beaucoup auraient pu l'estimer. L'Édenteur savait qu'il ne fallait pas laisser mariner sa souricette, il lui arrivait toujours malheur à la pauvrette. Il serait en colère, son colosse, sans le moindre petit doute, mais au moins aurait-elle réussi à faire revenir toute son attention à lui sur sa peau pâle et marquée. Ah, Lakdahr. Tout était sa faute. Un petit tic de lèvre lui échappa alors qu'elle s'apprêtait à se faire battre et à en finir. Voilà où il l'entraînait avec ses bêtises ! Toujours à hue et à dia, jamais tranquille, jamais posé et surtout, jamais sûr de quand rentrer, de s'il allait le faire même, ce n'était pas raisonnable ! Fallait-il saigner pour lui inculquer un peu de sens des responsabilités ? S'il osait être en colère après elle, elle allait lui montrer ! La peste soit des hommes, ils ne sont jamais qu'un tas de soucis, pire que des enfants ! A cette idée, sans qu'elle n'en saisisse un sens, sa nausée revint en elle, conquérante, elle plaqua une main sur ses lèvres pour retenir un hoquet encore assez discret, mais qui lui agrandissait les yeux. Il ne manquait plus à son malheur que de rendre tripes sur les bottes de l'un des seigneurs des lieux.


Dernière édition par Violain la Souris le Sam 7 Juil 2012 - 15:55, édité 1 fois
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Sargon Harloi
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Message Jeu 5 Juil 2012 - 12:24

     Petite chose, elle avait l'air aussi fragile que certains vases précieux qu'il avait ramassé lors de pillages sur des navires des Cités Libres. Il n'aimait pas les femmes aussi délicates, elles donnaient l'impression qu'elles allaient se briser à chaque geste un peu trop brusque de son propriétaire et le Dieu Noyé savait que les Fer-nés n'étaient pas les hommes les plus délicats de Westeros. Sargon faisait peut-être exception, il n'était pas aussi violent que ses homologues et préférait les mots aux gestes, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il se montrait aussi répugné qu'un continental devant d'usage d'un peu de force. La fouineuse adoptait une attitude plutôt contrite comme si elle savait pertinemment qu'elle était en faut, mais alors là se posait une question légitime : pourquoi venir mettre son nez dans ce qui ne la concernait pas ? Ce n'était pas le Harloi qui lui jetterait la pierre en raison de sa curiosité, lui il suffisait que quelqu'un lui dise de ne pas aller à un endroit pour qu'il prenne aussitôt la mer histoire de s'y rendre. Non, peut-être que si la petite fouineuse avait fourré son nez sur le boutre d'un autre, le Harloi l'aurait vivement encouragée à poursuivre, ne serait-ce que pour voir jusqu'à où elle oserait aller, mais là c'était différent. Personne ne touchait à sa précieuse Veuve. Il attendait donc une explication, qu'elle soit valable ou non sa réaction se baserait surtout sur la manière qu'elle avait de présenter les choses. Il n'y avait pas de « bonne » ou de « mauvaise » réponse, juste une attitude qui donnerait envie au capitaine de se montrer aimable ou plutôt irritable. Yoren l'avait bien compris, son capitaine était comme un enfant, lunatique et versatile et il avait opté pour un comportement neutre qui laissait couler les provocations sur lui comme de l'eau sur les plumes d'un canard.

     Elle ne le regardait pas dans les yeux et il n'appréciait pas franchement, c'était l'attitude que Gabriel adoptait lorsqu'il n'avait pas envie de l'entendre protester et c'était particulièrement irritable. Enfin, beaucoup de choses irritaient Sargon il fallait l'avouer. Sa voix retentit alors qu'elle déclarait que rien qu'elle puisse dire ne justifierait sa présence ici. Ça, c'était le moins que l'on puisse dire, sa Veuve était bien trop précieuse pour qu'une petite donzelle trop curieuse vienne la tripoter. Le Harloi restait silencieux alors qu'elle souriait avant de baisser les yeux en adoptant une attitude qui lui rappelait étrangement celle des crustacés qui refusaient de sortir de leur coquille pour se faire manger. Pas très glamour ou agréable comme comparaison, mais Sargon n'était pas un amateur de poésie et il préférait les images plus parlantes qu'enjolivées. Devant le silence obstiné de son interlocuteur, la jeune femme continua pour lui faire savoir qu'elle savait très bien qui il était, ce qui l'étonna assez d'un côté. Même avec toute l'arrogance et la vanité qu'il possédait, le jeune homme savait très bien que sa personne était tout sauf appréciée sur les Iles de Fer et qu'en général les gens changeaient de sujet lorsque quelqu'un parlait de lui. Ignorer un être vaniteux était plus efficace que de flatter son égo en parlant sans cesse de lui. Est-ce que son maître l'aurait mise en garde contre lui ? Il était vrai qu'il se traînait une réputation injustifiée de coureur de jupons. Pour une fois que l'on parlait de lui, le Harloi aurait apprécié que ce soit sur quelque chose de véridique, or il n'était pas du tout de ce genre. Chassant ces tribulations de son esprit, le Fer-né se concentra sur les dires de la petite blonde qui faisait les éloges de son boutre. Est-ce que c'était sincère ou juste destiné à le flatter ? Puisqu'elle venait de dire qu'elle le connaissait, il était inévitable qu'elle sachant qu'il avait un énorme égo. Seulement Sargon n'avait guère besoin de l'admiration d'autrui, il savait ce qu'il valait et se fichait de ce que les autres pensaient de lui.

     Elle gesticulait devant lui comme si elle avait une envie pressante et les yeux mordorés du capitaine se posèrent sur son visage d'un air impatient. Ce qu'elle déclara alors l'amusa autant qu'il l'étonna, elle lui proposait ouvertement de la châtier ? Étrangement cette offre eut l'effet contraire, maintenant qu'elle lui en donnait la permission, il n'était plus intéressé. Logique purement dirigée dans un esprit de contradiction. Il s'apprêtait à lui répondre lorsqu'elle eut une réaction qui lui fit se demander si elle n'allait pas lui renvoyer tout son repas en plein visage. Autant dire qu'il aurait assez peu apprécié l'attention, mais surtout cela le ramenait à l'époque où Aaricia ne cessait de dégobiller tripes et boyaux, chose qu'il avait mise sur le mal de mer, mais qui était en fait lié au marmot qui lui poussait dans le ventre. Bien évidemment, il n'imagina pas une seule seconde que ce puisse être le cas de sa vis-à-vis et pour être franc, il s'en fichait. Qu'elle se fasse retrousser la jupe par son propriétaire ne regardait qu'elle. Il soupira d'un air agacé avant de rétorquer d'un ton pas très commode.

     ▬ Parce que tu crois que j'ai du temps à perdre à chercher une idée pour te châtier ? Il se contredisait sachant qu'il avait menacé la jeune femme de lui couper la main juste avant, mais son « autorisation » avait gâché tout le plaisir qu'il pouvait éprouver à ce niveau. Mais tu as raison, il n'y a rien qui puisse excuser ta présence ici. Même si je dois au moins t'accorder que tu as bon goût, c'est certainement le plus beau boutre du coin j'en conviens. La Sirène Noire de Dagon Greyjoy était beaucoup plus imposante que la Veuve Salée, mais l'arrogance du Harloi le persuadait que son boutre était plus intéressant que celui de son cousin. Et si je ne t'avais pas arrêtée, qu'est-ce que tu aurais fait ? »

     Question un peu inutile, la blonde n'allait certainement pas lui avouer qu'elle comptait aller se promener sur le pont pour admirer les rames ou la manière dont étaient disposées les affaires. Encore aurait-il fallu qu'elle soit capable de monter à bord du boutre, c'était une autre affaire. Il fallait réussir à se hisser par-dessus le bastingage en ayant au préalable escaladé le côté de la Veuve pour se hisser à la bonne hauteur. C'était un exercice physique « normal » pour les Fer-nés qui faisaient cela une dizaine de fois par jour, mais pour une gamine aussi fluette, ce n'était pas une affaire aussi aisée. Il aurait bien ri à l'idée de la voir essayer d'escalader cela dit... Une idée émergea alors dans son esprit tandis qu'il se disait que sa soirée serait peut-être plus intéressante qu'il ne le pensait. Derrière lui, Yoren restait parfaitement immobile alors que son capitaine fixait la jeune femme d'un regard inquisiteur qui détaillait le moindre de ses traits. Il se fichait pas mal d'avoir l'air grossier ou mal-élevé, au final il restait bien plus « poli » que ses congénères. D'un ton où se mêlaient l'amusement et la vanité, il reprit la parole en la regardant de haut comme si elle n'était qu'une misérable souris cachée sur son pont.

     ▬ Non tout compte fait, tu vas me dire qui est ton propriétaire. Je suis persuadé qu'il sera ravi de savoir que sa femme-sel vient traîner autour du boutre d'un capitaine et qu'elle ne se gêne pas pour fourrer son nez partout. Elle avait eu l'air craintive et du coup, le Fer-né envisageait qu'elle soit du genre à prendre peur à l'idée de se faire sermonner par son maître. Sur sa lancée, il enchaîna. D'ailleurs, tu m'as reconnu et je me demande bien comment, peut-être que ton propriétaire s'amuse à médire sur moi ? Il faudrait que je surveille tout cela de plus près, je suis certain qu'on pourra régler cette affaire tous les deux. »

     Il savait bien qu'en lui demandant de but-en-blanc qui est-ce qui lui avait dit des idioties sur lui, la blonde ne répondrait pas sincèrement. Enfin c'était une chose qui arrivait rarement et pour être franc, il ne croyait pas sur parole une femme soumise. Elles étaient prêtes à mentir pour dire ce que vous vouliez entendre et c'était une chose qui irritait particulièrement le capitaine - encore une oui - il préférait donc obtenir ces informations autrement. À côté de cela, il savait aussi qu'il était rare qu'une captive s'amourache de son propriétaire, elles étaient plutôt du genre à avoir envie de lui planter une dague dans le dos dès qu'elles en auraient l'occasion, c'était du moins le cas des précédents femmes-sel du Harloi et il s'en était débarrassé pour cette raison. Il était donc fort probable que la blonde se satisfasse de l'idée que Sargon puisse avoir envie d'en découdre avec son propriétaire. Mais quelque chose dans son attitude - le fait qu'elle le cherchait par exemple - semblait dénoter qu'elle avait une sorte « d'affection » pour son maître. Il pouvait donc espérer qu'elle dénonce la personne qui médisait sur son compte. Après ces quelques paroles, le jeune homme leva les yeux vers son boutre en repensant à l'idée qui lui avait traversée la tête juste avant. Pas sûr qu'elle plaise à la demoiselle, mais il s'en contrefichait, lui s'amuserait bien. Seulement avant, il devait surtout voir si la belle avait peur que son propriétaire puisse apprendre qu'elle allait vadrouiller partout sur les Iles. Reportant son attention sur la captive, il reprit.

     ▬ Pourquoi tu le cherches au lieu de profiter de ton temps libre ? Tu es tellement paumée que tu n'es capable de te passer de lui une seule seconde ? À moins qu'il ne soit si bon amant qu'il te tarde de le retrouver dans ta couche ? »

     Oh, cette information ne l'intéressait pas franchement, pas du tout même, mais disons simplement qu'il avait remarqué que ce sujet avait tendance à gêner les jeunes donzelles en fleur et c'était une chose dont il ne se lassait jamais.


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Message Jeu 5 Juil 2012 - 23:45

La tension avait quitté les épaules du Harloi et la Souris, attentive à ces détails et ce d'autant plus qu'elle y avait le regard vagabond, s'agrippa à l'idée qu'elle avait remporté la petite victoire tant espérée d’écœurer cet homme en lui offrant ce qu'il avait voulu prendre de force, à savoir ses cris et sa douleur. Les Fer-nés n'avaient pas l'apanage de ce trait de caractère confinant au vice, mais cette sorte de sadisme renfrogné était particulièrement marqué chez eux. Leur culture glorifiant le pillage et la force n'y était pas pour rien et Violain, toujours à guetter les failles dans les forteresses qu'étaient ses geôliers, s'était bien vite rendue compte qu'elle détenait dans cette certitude de quoi survivre plus aisément sur les roches dures des Îles de Fer. Évidemment, elle n'était pas à l'abri d'un coup porté par gourmandise, motivé seulement parce qu'il pouvait le faire et que le pouvoir plaisait, mais au moins était-elle parvenue à reculer la peine de quelques minutes, tout comme, de fait, elle n'allait pas souffrir de l'impulsivité. Il aurait pu, par colère, la briser comme la brindille qu'elle était. Elle abaissa la main qui avait couvert ses lèvres pour répondre, prudemment, mais il poursuivit de lui-même sans trop attendre ; elle mit cet instant à profit pour tempérer les relents aigres de son ventre. Non, décidément, quelque chose clochait ces derniers jours, ça ne pouvait être un dîner mal passé, encore moins une résurgence de son manque d'affinité envers l'onde : elle avait aussi peu le pied marin que le mal de mer et si elle voguait sur les boutres avec l'élégance d'un goéland dont on aurait coupé les ailes, elle n'avait jamais eu les sangs retournés par le roulis. Était-elle donc malade ? Allait-elle périr des affres d'un mal bubonique, elle qui était une incarnation de peste ? Elle n'avait pas souvenir d'avoir croisé la route d'un souffreteux et encore moins celui de s'être approchée de quelque cracheur de miasmes, qui plus est, son enfance à nager dans la fange des bas-fonds d'une ville lui avait laissé un corps moins fragile qu'on aurait pu le penser face aux petits maux et aux grands poisons. C'était une énigme, décidément, mais elle se fit la réflexion, dans l'un des recoins sombres de sa psyché, que si elle était effectivement porteuse d'un mal terrible, il lui fallait le cacher. Non seulement pour sa sécurité, puisqu'on se débarrasserait plus aisément d'une femme-sel infectée que d'un rat pestiféré, mais aussi dans le noir dessein de ne pas partir seule et d'accomplir une sorte de vengeance dans le trépas, en offrant une mort sans combat et dans des humeurs honteuses à ces fiers guerriers qui crèveraient dans leurs lits, et non dans le fond des eaux. L'idée lui plaisait presque, en tous cas, elle en trouva la force de déglutir et de se tempérer.

Il la scrutait toujours et encore et ce qu'elle avait pu ressentir de crainte à se propos commençait à se fondre dans une certaine vanité. Elle en était sûre, peu de femmes devaient pouvoir se targuer d'autant capter le regard du très fameux Sargon et, malgré la raison peu glorieuse de cette attention déguisée, son esprit mesquin s'était décidé à en savourer la primeur. Peut-être même en tendit-elle un peu le cou, en ferma-t-elle un peu les yeux, mais alors à peine ; la main pudique qui avait couvert ses lippes finit par venir se poser à sa propre gorge dans une mimique plutôt précieuse, mettant en valeur sa petite moue mi curieuse, mi rêveuse et tout à fait hors de propos. Son malaise dominé, elle n'avait plus qu'une vague odeur de bile dans le nez qu'une brève inspiration un peu vive chassa à moitié. Il l'avisait avec une sorte de mépris et parlait avec une distraction fière. Est-ce qu'elle l'amusait ? C'était un nouveau biais par lequel filer et elle n'était pas souris à refuser une façon d'esquiver. Ainsi donc, il voulait savoir de qui elle était la propriété ? Une ombre de défaite pour Violain, vite balayée par l'enthousiasme que le début des échanges entre le Capitaine et son petit rat des villes commençait à faire naître en elle. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas croisé le fer avec les armes de l'esprit et, si le Harloi paraissait bel et bien aussi gonflé de prétention qu'on voulait bien le dépeindre, il lui semblait être doté d'un caractère vif et acerbe sur lequel on insistait moins. Il avait l'air d'aimer le son de sa propre voix et, occupée qu'elle était à soigner son équilibre maintenant que ses entrailles avaient daigné s'apaiser, elle préféra attendre qu'il ménage un silence suffisant dans sa diatribe pour répondre sans laisser peser la plus petite impression de s'imposer ou de vouloir l'interrompre. Elle se contentait de lui rendre son regard du sien, limpide, clair et dans lequel luisait malgré elle un petit éclat de ruse affamée, que la brume de rêves sots et de douceur inoffensive qu'elle y avait jeté ne dissimulait pas parfaitement. Elle avait encore peur. Mais la Souris était appâtée.

Sargon parla encore et, cette fois, il semblait vouloir la déstabiliser. Une petite injure, si modeste qu'elle ne passait pour presque rien, et une allusion sur ce que faisait son maître de ses jupons. Qu'un Fer-né dise d'une femme-sel qu'elle était « paumée » n'était pas même une bribe de soufflet, ces dernières étaient si déconsidérées que la formule aurait pu passer pour compatissante. Il n'en était rien, mais le sourire de Violain s'en affirma légèrement davantage. C'est qu'elle le trouvait presque mignon, ce Harloi, à lui donner des petites piques joueuses. Quant à l'allusion à sa couche, ah ! Elle en était quasiment flattée. Bien sûr qu'il était bon amant, quelle question ! C'était son propriétaire, elle était la meilleure des femmes-sel, comment aurait-il pu passer à côté de son lit sans s'y glisser ? Elle n'en rougit alors pas le moins du monde : quelque part, il venait presque de lui demander si ses noces s'étaient bien déroulées. Le silence revint et le Capitaine avait quelque chose dans sa physionomie qui semblait lui indiquer qu'il était prêt à la voir se débattre avec sa prose comme seule arme ; ce fut avec un sens de l'a-propos très particulier qu'elle souffla d'une voix emplie d'une douceur savoureuse, qui était presque sensuelle.
    « Toucher sa coque. »

Elle cilla, fit mine de surgir d'un songe admirable, et reprit.
    « C'était ce que j'aurais fait, si vous ne m'aviez pas arrêtée. Je voulais frôler sa coque, juste poser le bout de mes doigts sur son bois. Pourquoi, je ne saurais pas même vous le dire, je l'ai vu et, ah, il était si magistral, là, si noir dans la nuit, sans bouger, sans aucun bruit ! C'était comme voir un lion endormi. »

Elle affirma son sourire et, bien qu'elle étirait son cou pour dénouer ses épaules à son tour, maintenant que son pied avait enfin trouvé un galet qui ne dérape pas trop et que sa posture était moins difficile, elle abaissa les yeux, comme par un pudeur d'autant plus étrange qu'elle n'avait pas rougi plus tôt. Son propriétaire, maintenant. Elle chercha brièvement comment formuler au mieux l'annonce : devait-elle paraître craintive ? Devait-elle appuyer son détachement pensif ? Devait-elle, au contraire, montrer une dévotion sensible à celui qui lui avait arraché vertu et vie ? Quant à la façon qu'elle avait eu de le reconnaître, une phrase lui brûlait les lèvres depuis qu'il avait soulevé ce point particulier et, quand bien même elle savait sa situation particulièrement délicate, l'envie lui crevait la langue et ne voulait que surgir d'entre ses lèvres en un flot plus acide que ce qui serait venu de son ventre.
    « Mon maître est, hm, de passage sur votre île, il forge, il n'aime pas trop que je reste dans ses jambes lorsqu'il travaille le fer. Il se nomme Lakdahr, vous le connaissez peut-être ? L'Édenteur, insista-t-elle en souriant de nouveau pour appuyer la particularité charmante de sa dentition blanche. Il est assez réputé, je crois bien... »

Si Sargon n'était pas le seigneur de cette partie des Îles, il ne faisait aucun doute pour Violain qu'il ne demandait qu'à en porter le titre, pour la simple raison qu'elle-même, dans sa position, aurait sans nul doute déjà lorgné sur une succession assaisonnée au poison et que rien, dans ce qu'on lui avait décrit comme dans ce qu'elle voyait, ne lui indiquait que ce Capitaine était un homme affecté par le caractère singulièrement lumineux – et sot, à l'avis de la Souris – qu'il fallait avoir pour souhaiter à ceux qui détenaient un pouvoir dont on pouvait hériter une vie longue et prospère. Aussi, espérait-elle que cette approximation engraisse un peu l'ego de son vis-à-vis, sans piquer sa méfiance par une flatterie trop directe. « Votre île » était une formulation assez commune pour ne pas passer pour grossière. Quant à l'autre part de ses interrogations... Elle découvrit de nouveau ses petites dents rondes dans un sourire plus appuyé, qu'elle voulait rendre plus niais, essayant de donner à son aspect quelque chose d'encore plus dépourvu d'agressivité.
    « Médire ? Je ne crois pas. C'est que parfois, nous parlons, ou il parle, et j'écoute, et il me décrit quelques personnes. Comme nous nous rendions ici, il m'a évoqué les individus notables et, entre vos propos et votre, oh, allure, je n'avais plus guère de doutes. »

Elle avait fait mine de tiquer sur les derniers mots, comme si elle s'était aperçue trop tard de la bêtise qu'elle s'apprêtait à proférer. En vérité, on le lui avait décrit bien avant, au hasard de quelques soirs où Gabriel avait décidé d'imposer sa présence dans son harmonie avec l'Édenteur. Il lui était venu aux oreilles que ce fameux Sargon sur le dos duquel se comptaient nombre de crachats ressemblait bien un peu à l'indésirable ami de Lakdahr, mais en beaucoup plus... Fluet, et soigné, ce qui n'était pas une qualité aux yeux de certains Fer-nés. Violain n'avait pas capté davantage l'origine de cette ressemblance, pas plus qu'elle ne savait si elle était davantage qu'une coïncidence, mais elle en avait gardé mémoire, pour ce que ce détail supposément efféminé l'avait amusée. Ce murmure, ajouté à son maintien, à son suivant, à sa posture, l'avait convaincue qu'elle avait eu suffisamment de malchance pour aller gratter le mauvais boutre au mauvais moment. Elle arrondit légèrement ses yeux pour les reposer sur ceux du Harloi, assez directement, comme si elle guettait une mauvaise réaction à son allusion maladroite ; ses mains serrèrent son étole sur ses épaules, en un geste fragile de défense contre le froid qu'elle ne sentait pourtant pas trop.
    « Si je le cherchais, c'était pour les vivres, j'avais peur qu'ils ne se gâtent avant son retour, et... Enfin, rien qui ne soit digne de votre intérêt. Je ne voudrais pas vous ennuyer plus que je ne l'ai déjà fait. »

Elle fit mine de s'incliner, pour ponctuer ses propos derniers, affectant de reprendre son air rêveur ou benêt, qui signifiait tout et ne voulait rien dire à la fois. L'avantage de cette transparence était qu'on y peignait ce qu'on désirait y voir et, si elle était plutôt curieuse de ce que pouvait être l'individu le plus mal aimé de ce bout de rocher, elle n'avait aucune envie d'en être la victime plus que de raison et plus qu'elle ne l'était déjà. Elle se rognait un bout de langue pour son audace récente, qui était sans doute un peu excessive devant pareil personnage. Si seulement elle l'avait rencontré sous de meilleurs auspices ! Leur joute aurait été plus confortable, plus feutrée, peut-être même suave – ce n'était pas qu'elle était avide de chair, mais les échanges affûtes lui procuraient depuis toujours un plaisir que les caresses ne lui conféraient jamais, trait qui expliquait pour moitié son abominable caractère. Mais aurait-il seulement daigné lui adresser un autre mot que « dégage du passage » s'ils s'étaient croisés sur un terrain neutre ? Sans doute pas. Ah, capricieuse destinée qu'était celle de la Souris, toujours prise dans une tempête dans laquelle elle n'avait ni place, ni puissance, juste la force de ronger les fils qui étaient jetés à sa portée.
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Sargon Harloi
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Message Ven 6 Juil 2012 - 14:15

     La femme-sel semblait reprendre confiance en elle alors que la conversation avançait, Sargon remarqua le léger sourire qui allait en s'accentuant au fil de la discussion et nota que cette demoiselle ne devait pas être aussi sage qu'elle voulait y paraître. Sans être un amateur des femmes-sel, le Fer-né en avait déjà côtoyé beaucoup, ne serait-ce que celles de son père lorsque celui-ci était encore de ce monde. S'il y avait bien une chose commune aux femmes qui « refusaient » le sort qui s'était joué d'elles, c'était qu'elles avaient un regard fuyant ou haineux, mais aucune ne souriait. Ou alors d'une risette qui indiquait clairement qu'elles pensaient plus au jour où elles étriperaient leur propriétaire qu'à ce dont elle parlait avec lui. Cette petite blonde semblait différente, peut-être s'était-elle adaptée malgré elle à la vie sur les Iles de Fer ? Il ignorait depuis combien de temps est-ce qu'elle était là et pour être sincère, il s'en fichait. Les affaires des autres ne l'intéressaient pas du moment qu'il n'avait rien à en tirer et il ne comptait pas lui poser des questions sur sa vie pour savoir si elle se plaisait chez eux. Au pire des cas dans quelques semaines il apprendrait que cette gamine avait contrarié son propriétaire et qu'il s'était débarrassé d'elle, tout le temps passé à la connaître serait donc perdu. Un peu comme les gens qui ne s'attachaient pas aux animaux, Sargon ne voyait pas l'intérêt de se lier avec une femme-sel qui ne lui appartiendrait pas.

     Comme elle avouait avoir voulu toucher la coque du boutre avant de comparer sa Veuve à un stupide animal soit-disant royal. C'était le blason des Lannister, bouffis d'orgueil et incapables de naviguer correctement ! La flotte du Lion avait été bien belle, les Fer-nés n'avaient eu aucune difficulté à s'en défaire et le jeune homme voyait surtout cet animal comme quelque chose de profondément ridicule, mais il se tut, attendant le bon moment pour glisser cette remarque et troubler la demoiselle. C'était ce qu'il cherchait depuis le début, essayer de la déstabiliser pour qu'elle s'en retourne en pleurant chez son maître. Il la dévisageait toujours avec autant d'attention, captant le moindre de ses gestes pour essayer de l'interpréter. Généralement les femmes n'aimaient pas être dévisagées de la sorte, mais Sargon avait toujours eu cette habitude, c'était une manière de s'approprier la « chose » qu'il regardait. Jusqu'à présent les quelques femmes à qui il avait adressé ce genre de regard avaient soit apprécié et lui avait fait savoir, soit s'étaient senties humiliées et s'étaient aussi débrouillées pour qu'il en soit informée. Il n'était plus à une gifle près de toute manière vu le nombre qu'il avait déjà récolté, puis si une femme-sel levait la main sur lui, il ne donnait pas cher de sa peau. La réponse concernant l'identité de son propriétaire arriva enfin, il s'agissait donc de Lakdahr. Bien évidemment le Harloi le connaissait, il était d'ailleurs arrivé que l'Edenteur puisse servir de marin sur son boutre, mais c'était pour une autre raison qu'ils se connaissaient. Gabriel était un « ami » de Lakdahr et forcément, lorsqu'ils étaient enfants ils avaient été amenés à se côtoyer. Cela dit, Sargon n'était pas particulièrement proche de cet homme, la manière qu'il avait de le dévisager chaque fois que le capitaine de la Veuve Salée dévoilait ses dents était des plus étranges et n'encourageait pas le jeune homme à se rapprocher de cet homme. Puis de toute manière, il était ami avec Gabriel alors cela réduisait encore les raisons qui pourraient le pousser vers l'Edenteur.

     Il la regarda sourire, tout muet comme elle poursuivait sa réplique afin de lui faire savoir qu'ils ne médisaient pas sur son dos, mais se contentaient de parler. Ainsi donc il faisait partie des individus « notables » ? De toute manière, si mauvaises paroles il devait y avoir sur son compte, Sargon savait pertinemment que cela ne viendrait pas de Lakdahr. L'homme n'était du type à s'amuser à casser du sucre sur le dos des autres, il se fichait des relations que ses amis pouvaient avoir avec les autres et le Fer-né ne pensait donc pas que ses occupations favorites étaient de parler dans le dos des autres. Non, si quelqu'un choisirait ce rôle, ce serait obligatoirement Gabriel, ce dernier était très lié à l'Edenteur et par conséquent, il devait forcément avoir été amené à se joindre aux discussions que la demoiselle partageait avec son propriétaire. Quelle sale charogne, le souvenir de leur dernière rencontre lui revint à l'esprit, ils en avaient été jusqu'aux mains cette fois-ci et le jeune homme était persuadé que les choses n'iraient pas en s'améliorant. Ils étaient allés trop loin. Habitué à être raillé pour son physique de « galant », le Harloi s'imaginait parfaitement que la femme-sel devait faire référence à ce point, puis aussi au fait qu'il était loin de posséder la carrure de ses homologues. Il était évident qu'il n'existait pas énormément de Fer-nés correspondant à cette description, il aurait pu se sentir vexé, mais se contenta de rester muet face à l'expression visiblement contrite de la demoiselle. Avait-elle peur d'en avoir trop dit ? Ce fut à ce moment qu'elle décida de répondre à sa dernière question, expliquant qu'elle cherchait simplement Lakdahr pour les vivres et qu'en gros, il ne serait certainement pas intéressé par tout cela. C'était un fait, il s'en contrefichait, mais pourtant rien que le fait qu'elle lui dise qu'il ne voulait pas savoir le poussait à lui prouver le contraire. Il approcha encore avant de poser sa main sur la coque de la Veuve en dardant son regard dans celui de la jeune femme.

     ▬ Et qu'est-ce qui te fait croire que tu sais ce qui peut m'intéresser ou non ? Sargon la dévisageait toujours avec autant d'insistance. Tu crois peut-être que parce que tu as entendu quelques conneries à mon sujet, tu me connais sur le bout des ongles ? Laisse-moi te détromper ma jolie, tout ce qui ce raconte sur moi, ce n'est que du vent, des crétins jaloux qui cherchent à me discréditer. Alors ne te fatigue pas à écouter ces idioties, tout ce qui ne sort pas de ma bouche, c'est de la connerie. Il faisait référence aux choses le concernant bien évidemment. Le Harloi savait bien que de nombreux marins médisaient à son sujet, Qalen par exemple, mais surtout Gabriel qui ne reculait devant rien. Il était persuadé que ce crétin était allé parler à cette blondinette. Les sentiments, c'était son truc, à tous les coups il avait voulu devenir ami avec la femme que son meilleur ami cuissait. Quel abruti. On ne me qualifie pas simplement en quelques mots, alors sors-toi de la tête tout ce que tu as entendu à mon sujet. Il esquissa un léger sourire avant d'ajouter. Je suis en face de toi, tu peux en apprendre plus que jamais alors profite-en. Cela dit, il doutait que cette femme-sel s'intéresse réellement à sa personne, il pensait surtout qu'elle essayait de le flatter voilà tout. Mais même si je suis vaniteux, je sais aussi que vous autre les femmes-sel vous ne pensez qu'à vous échapper, alors ne me fais pas croire que tu t'intéresses à ce qui se dit sur moi ou je pourrais très bien mal interpréter ton intérêt pour ma personne. »

     Il eut un léger rire et se pencha dans sa direction pour rapprocher son visage du sien, bien évidemment Sargon ne comptait absolument pas aller « s'amuser » avec la femme-sel d'un autre homme. C'était contraire à l'Antique Voie, mais vu qu'il ne la respectait pas, ce n'était pas le genre de choses qui pourrait le déranger, disons simplement qu'il n'avait pour le moment qu'une envie au sujet de la blonde : voir s'il pouvait réussir à la gêner ou à l'embêter. De plus, il n'avait rien à reprocher à Lakdahr et ne voyait donc aucune raison de l'humilier en retroussant la jupe de sa propriété. Après un bref instant de silence, le jeune homme reprit.

     ▬ Je connais Lakdahr oui, il a déjà été plusieurs fois sur la Veuve Salée, puis c'est une ancienne connaissance dirons-nous. J'ignorais qu'il goûtait aux femmes-sel, vu comme il est lié avec Deirdre, je pensais qu'il préférait les Fer-nées.... »

     S'il y avait aussi une chose que le Fer-né avait appris avec les femmes, c'était qu'elles étaient profondément jalouses. Il suffisait de voir la manière dont Deirdre sortait de ses gongs lorsqu'il parlait d'une autre femme et il restait persuadé qu'une femme-sel qui cherchait à remettre la main sur son propriétaire n'accepterait pas qu'il soulève d'autres jupons que le sien. Oh, il n'y avait jamais rien eu entre Deirdre et l'Edenteur, c'était du moins ce qu'il avait entendu dire et il le croyait, lui n'avait pas l'air de goûter aux femmes aussi volages que la bâtarde. Contemplant le minois de la jolie femme-sel, le Harloi attendait d'y voir une quelconque réaction, puis recula finalement d'un pas pour la « libérer » de sa proximité avant de lever les yeux vers son boutre. Elle avait voulu la toucher ? Soit, ils allaient s'amuser un peu ! Souriant d'un air amusé, il reporta ses yeux mordorés sur le visage de la jeune femme avant de reprendre la parole.

     ▬ Parce que tu me fais pitié, je vais t'accorder une chance de ne pas être dénoncée. Laisse-moi te dire que ton propriétaire n'appréciera pas d'apprendre que tu fourres ton nez partout, surtout chez moi. Puisque tu aimes les rumeurs, tu sais que ma réputation n'est pas forcément bonne. Il s'écarta un peu avant de lever le bras pour désigner le pont de la Veuve, puis le laissa retomber le long de son corps avant d'enchaîner. Si tu arrives à monter là-haut sans tomber une seule fois, je pourrais envisager de te laisser partir sans te sanctionner. Je me suis toujours demandé si les femmes-sel étaient plus douées pour escalader vu le nombre de fois où elles se faisaient monter. C'était délicat, mais il n'avait pas la langue d'un septon après tout. Si tu te plantes par contre, je pense qu'on s'amusera bien à te trouver une bonne raison pour que tu ne remettes plus jamais les pieds chez moi. »

     C'était évident, ils étaient « chez lui » et celui lui apparaissait si naturel qu'il n'avait pas tiqué au « compliment » de la jeune femme lorsqu'elle lui parlait avant. Est-ce qu'elle se lancerait dans ce pari stupide ? En réalité le Harloi voulait surtout voir jusqu'à où elle était prête à aller, ce n'était pas tant le résultat que la décision qui l'intéressait. Amusé, souriant toujours autant, le jeune homme posa ses yeux sur le visage de la continentale et attendit sa réponse.


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Message Sam 7 Juil 2012 - 1:30

Le poing qui se posa sur la coque au dessus de sa tête ne l'effraya pas plus qu'elle ne l'était déjà, mais elle le suivit du regard, comme l'aurait fait un petit animal curieux, laissant la langue tranquille avant de la mordiller de trop. Si elle se coupait, elle allait avoir une haleine sanguine et Violain était persuadée qu'il était d'assez mauvaise augure devant d'aussi meurtriers personnages de leur souffler l'odeur de la proie blessée directement aux narines. Alors qu'elle sentait le regard du Harloi peser sur son visage et ses épaules, sans doute pour la faire ployer, elle remonta des yeux la ligne de son bras, décrivant ses effets et sa musculature avec l'intérêt vague de quelqu'un placé devant un paysage peu familier, mais sans nouveauté particulière. Elle en arrivait à ses traits, qu'elle distinguait maintenant très bien malgré les ténèbres et se dit qu'il voulait sans doute, quelque part, qu'elle recule ou couine derechef, elle n'en fit rien. Elle suivait ses propos, montrant une expression invariablement aimable que beaucoup auraient jurée stupide. Il fallait bien l'être, pour être esclave et sereine. Sous sa chemise, son cœur battait pourtant à tout rompre à mesure de l'avancée de Sargon – non par désir mais, bien au contraire, par terreur effrayée. Sa raison avait beau lui souffler qu'il n'allait pas la noyer entre deux galets ni lui fracasser le crâne sur la si jolie coque de son boutre, puisqu'il aurait déjà été violent sans doute, mais son instinct, lui, s'époumonait à lui affirmer qu'elle était face à un assassin de la pire espèce et qu'il fallait qu'elle agite promptement ses jambes dans la direction de son choix, mais si possible différente de celle de ce mangeur de demoiselle-là. C'était, justement, en grande partie sa terreur froide qui la gardait de la panique incontrôlée : l'urgence motivait son être à donner son meilleur et à se dominer. Depuis sa posture faussement désinvolte, il lui exposait avec une haine tranquille ses soupçons au sujet des dires entendus, se défendait d'être comme annoncé et confirmait les rumeurs dans la foulée. Singulier personnage, elle commençait à l'apprécier, oui, vraiment ; tout de malice malsaine, elle approuvait son comportement. Il faisait mine de lui proposer de poser ses questions et de venir chercher la vérité, elle n'en fit rien, du moins sur l'instant ; à l'instar de leurs premiers échanges, elle attendait qu'il se retire de la scène du théâtre qu'ils avaient improvisé avant de jouter à son tour. N'avait-il pas adoubé cette façon en gardant silence lui-même, sans trop se mouvoir, avant de palabrer ? Ses provocations verbales, comme ses prétendues velléités d'évasions, faisaient partie des règles non dites de leur duel et, loin d'en prendre ombrage, elle commençait presque à les trouver charmantes.

Il approcha son visage, elle tendit le sien, ouvrant de grands yeux dans lesquels elle aurait voulu effacer toute trace d'intelligence, pour ne lui renvoyer que son reflet pâle, elle n'y parvint pas. Elles étaient plissées de malice, ses mirettes, et malgré son expression d'enfant simplette le simple pli de ses yeux trahissait ô combien elle était attentive et concentrée. Elle s'efforça de ne pas ciller tant qu'il voulait garder cette proximité, pinçant de nouveau le côté de sa langue pour s'aider, par la douleur, à ne pas perdre une once de sa maîtrise rare. Il allait sans doute porter un coup acéré et profiter de la tension rendue palpable par les rapprochements de leurs souffles : les attentes de la Souris ne furent pas déçues et même comblées au delà de ce qu'elle avait eu le temps de suspecter. La remarque au propos des éventuelles amoures de Lakdahr la percuta de plein fouet, mais, rompue aux bassesses glissées sur un ton faussement mielleux, elle trouva de quoi retenir la vigueur de son ébullition interne. Elle baissa légèrement la main qui gardait sa gorge et se pinça vigoureusement un bout de sa peau blanche, feignant de redresser chastement sa laine à son épaule pour couvrir cette soupape toute personnelle à sa rage galopante. Ouh, le petit fourbe, ah, le sale serpent. Elle devait reconnaître que l'estocade était fort bien ajustée, tout comme elle ne put s'empêcher de prendre note, quelque part, du nom qu'il venait de citer. Il ne ferait pas bon s'appeler « Deirdre » et se tenir près d'une souricière dans les semaines à venir. Sa seule réaction visible, outre son pudique mouvement, fut de sourire à peine d'avantage, avec un pli affecté, comme si elle trouvait le propos mignon ou qu'elle considérait avec un bienveillant sens du sacrifice que l'homme auquel elle était liée parte trousser à loisir, ainsi que le détail d'une pupille plus dilatée.

Il recula, elle tapota la laine à sa gorge pour l'y plaquer et, quelque part, applaudir la passade. Sargon avait un sens de la représentation que Violain jugeait élégant, ce qui était tout sauf fréquent sur ces Îles et qu'elle se devait donc de saluer. Elle crut son instant venu et, alors qu'elle obéissait à son tic léger consistant à laper rapidement ses lèvres abîmées mais encore roses, pour se donner une contenance brève, il lâcha une dernière semonce. Elle cilla cette fois, perdant un peu de la neutralité de sa mine pour arborer un instant un visage intrigué, avant de se reprendre, digérant lentement le défi lancé. Allons bon ! Qu'attendait-il cette fois ? Lui, Sargon Harloi, voulait qu'elle, la femme-sel d'un homme dépourvu de boutre et de patronyme parte à l'assaut des flancs de son bateau ? Ridicule. Autant lui déclarer qu'elle ne serait pas pourchassée si elle partait rejoindre les rives de Belcastel à la nage dès à présent. Non, ce n'était pas sa souplesse qu'il voulait estimer, c'était son choix entre deux autorités : la sienne même et celle de son maître. Qui préférait-elle frustrer ? Celui des Fer-nés qui se tenait devant elle, ou celui qui l'avait capturée ? Légitimement, le second avait tous droits sur elle et elle était censée craindre plus que tout son courroux, mais le premier était juste devant elle, ce qui pesait dans la balance hiérarchique d'un fameux poids. Quelle malveillance admirable ! Quelle formulation adaptée ! Sans le moindre doute, si les caprices de la Destinée avait fait de Violain sa sœur plutôt qu'une esclave, les Îles de Fer auraient souffert des jeux délicieux de deux quasi-démons. Mais hélas, le venin ne se distillait pas seulement dans les gorges bien nées. Elle posa l'ongle de l'index qui l'avait maltraitée contre sa lèvre inférieure, dans une moue aussi fausse qu'adorable de réflexion, avant de prendre une inspiration lente et d'entamer sa nouvelle danse.
    « Je ne peux que louer la générosité naturelle dont vous faites preuve à mon encontre. Vraiment ! M'offrir de me permettre, à moi, d'oser vous poser des questions à votre sujet, de couvrir ma faute, voire, ah ! D'aller au delà de mes désirs de caresse sur votre Veuve et d'y grimper... Vous êtes trop bon, monsieur, trop bon. »

Elle aurait presque pu entendre les rochers se fendre d'un rire tonitruant tant sa déclaration, au ton pourtant ciselé avec art pour ne paraître que naïve, était à l'opposée de la vérité la plus évidente. Le contraste n'en était que plus délectable. Penchant légèrement la tête de côté et levant le doigt un instant avant de nouer ses mains sur son giron, elle décrit l'horizon du regard, passant brièvement sur l'homme resté silencieux et en retrait, témoin muet et atone de leurs échanges au poison parfumé. Tant mieux, tant mieux, il était presque triste de ne pas avoir quelques fois au moins une âme pour témoigner d'à quel point on était talentueux dans les arts mésestimés de la perfidie.
    « Si bon que je ne peux accepter. Je n'ose plus rien préjuger de vous, si ce n'est de votre grandeur d'âme, mais, poser le pied, en plus de la main, sur votre boutre ! Si vous me le redemandez encore, oui, je m'exécuterais, ce sera pour vous obéir, comme il vous revient d'être obéi par une femme comme moi, mais comme vous m'obligez ! Comme je suis émue ! J'en suis bouleversée. »

Elle appuya sans force sa petite main blanche à sa poitrine, fugacement, les genoux serrés sous ses jupons sous la contrainte extrême que sa discipline imposait à son corps impatient et à ses émois exaltés. Intérieurement, elle était aussi hilare que terrorisée. Qu'est-ce qu'il ne lui faisait pas dire ! S'efforçant de garder son regard flou et son front détendu pour ne pas abîmer son masque de dévotion crétine, elle poursuivit, la voix appliquée et très légèrement froissée.
    « Je n'ai pas le sentiment de mériter telle proposition et je sens que je ne pourrais, quoiqu'il arrive, me contenir auprès de mon maître. Il faudra que je me confesse de pareille exaction envers un homme si droit. Je ne parviens pas à croire qu'on puisse médire sur un homme tel que celui devant moi. »

Elle hocha la tête et prit une petite inspiration, avant de reposer son regard dans le sien et d'attendre, avidement, l'effet de son petit tour. Elle jouait gros et de plus en plus, mais, après tout, elle frôlait la mort à l'effleurer lui, alors, pourquoi se retenir ? Elle imagina brièvement son quasi-mari entendre le récit de son escapade et était presque incapable de deviner ce qui remporterait la primeur de sa voix : hurlerait-il de rire ou de rage ? Se contenterait-il d'un soupir désabusé devant l'incroyable ressource de sa petite souris pour trouver de nouvelles bêtises à commettre ? Irait-il jusqu'à la gifler ? Ah, pour ce coup-ci, peut-être ; après tout il n'était tout de même pas n'importe qui et, si Sargon était tout sauf loué, une femme-sel restait indubitablement moins que lui et aucun Fer-né, du point de vue de Violain, ne déclarerait approuver le rongeur à l'avide curiosité. Tout dépendait de la façon dont la rumeur, si rumeur il y avait, se répandrait autour de ce soir, ce qui revenait entièrement au Capitaine – son âme damnée en retrait ne paraissait pas douée du don de parole ou d’une formidable capacité d'initiative. A voir s'il y trouvait réellement avantage : la chose était trop nébuleuse pour la femme-sel, aussi abandonna-t-elle l'idée d'excaver cette voie et riva entièrement son attention aux yeux du Harloi.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

♦ Missives : 5377
♦ Missives Aventure : 401
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
♦ Liens Utiles :
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Message Sam 7 Juil 2012 - 14:46

     Elle n'avait pas vraiment réagit au rapprochement physique du Harloi et celui-ci ne savait s'il devait s'en montrer amusé ou contrarié. Passer pour un barbare repoussant aux yeux des femmes-sel l'amusait grandement pour être sincère et il appréciait de voir l'inquiétude ou la peur se dessiner dans leurs yeux alors qu'il réduisait la distance qui pouvait les séparer. Est-ce qu'elle était trop sotte ou trop confiante pour croire qu'il pouvait représenter le moindre danger pour elle ? À moins qu'il ne soit tout simplement pas assez impressionnant pour l'inquiéter ? Les possibilités étaient nombreuses et Sargon n'arrivait pas à choisir. D'un côté, elle arborait un air des plus niais – pour ne pas dire stupide – mais il aurait été fort étonnant que Lakdahr s'embarrasse d'une idiote sans cervelle. Même si le Fer-né n'était pas du genre très bavard ou du type à disserter pendant des heures à propos d'un sujet, il n'était pas aussi abruti que bon nombre des habitants des Iles de Fer. Ainsi donc, au-delà de la surprise de savoir qu'il appréciait la compagnie des femmes-sel, le Harloi avait du mal à croire à cette stupidité, du moins aussi prononcée qu'elle semblait l'être. Le geste que la demoiselle avait eu pour recouvrir pudiquement sa gorge le laissait penser qu'elle n'appréciait peut-être pas énormément d'être détaillée de la sorte, à moins que ce ne soit que lié au froid qui sévissait sur les Iles ? Même s'ils n'étaient pas comme dans le Nord, le vent salé n'épargnait pas les insulaires et les façades rongées par le sel témoignaient d'elles-mêmes.

     Après le défi qu'il lui avait lancé, le jeune homme s'attendait à une réaction plutôt vive, mais ce ne fut pas l'effet escompté qui se manifesta et la blonde se contenta de l'encenser d'une manière qui n'avait rien de... Naturelle ou même sincère. Sargon était suffisamment habitué à l'ironie pour comprendre lorsque quelqu'un n'était pas sincère avec lui et cette femme-sel avait plutôt l'air de se moquer de lui. Arborant une expression à la fois hautaine et inquisitrice, le Harloi la laissa toutefois débiter tout ce qu'elle avait en tête, patientant même lorsque son regard clair s'égara sur Yoren, toujours debout droit comme un piquet et muet comme une carpe. Il n'interviendrait pas. Témoin muet de toutes les « discussions » de son capitaine. La confiance que ce dernier avait en son second était à la fois son malheur et sa chance. Le malheureux Fer-né devait endurer le caractère assez particulier de son capitaine, mais il avait aussi la chance d'avoir certains avantages en raison de la position de son employeur. Peu importait, il n'était qu'un spectateur muet et Sargon le chassa rapidement de ses pensées alors que la femme-sel – dont il ne connaissait toujours pas le nom d'ailleurs – reprit la parole pour lui faire savoir une fois de plus qu'elle lui obéissait et en rajouter encore une couche. Un fin sourire se dessina sur les lèvres du Fer-né alors qu'il se demandait si elle le pensait suffisamment abruti pour se laisser abuser par une femme esclave. Il la laissa encore ajouter à sa prose, affichant un air qui lui donnait autant d'intelligence qu'une vache ou que les poneys qui servaient à acheminer le fer extrait des mines jusqu'aux entrepôts. Au fond, elle n'était rien de plus. Comme elle poursuivait sur son chemin de flagorneries, le capitaine finit par répliquer lorsqu'elle se tut en le fixant dans les yeux comme si elle attendait quelque chose.

     ▬ Est-ce que tu me prends pour un imbécile ? Même si son discours disait le contraire, le jeune homme n'avait pas interprété ses paroles dans leur sens premier. Je suis peut-être arrogant et vaniteux, mais je ne me laisse pas abuser par les jolies petites continentales trop curieuses. Même s'il y avait beaucoup de vanité dans son comportement, il était vrai que le Fer-né avait appris à connaître les femmes et leur fonctionnement. C'était la seule chose à faire lorsque vous étiez raillé par les autres hommes des Iles, essayer de vous mettre leurs épouses dans la poche pour qu'elles soient de votre côté. Son exercice lui avait donc été assez utile puisqu'il connaissait certains bons filons avec le sexe dit faible. Peut-être que j'aurais pu croire à tes flatteries si tu avais été moins forte sur le dosage. Ou alors tu es tellement stupide que tu ne penses pas que je puisse comprendre que tu te fiches de moi ? À je dois me demander si tu me prends vraiment pour un retardé ou si c'est toi qui l'es. Vu l'attitude qu'elle adoptait depuis le début, c'était le plus probable, mais sait-on jamais. Cela dit, je ne crois pas que Lakdahr va s'embarrasser d'une idiote, même si elle sait écarter les cuisses comme personne. Je pense le connaître assez pour savoir qu'il n'endurera pas la stupidité d'une continentale alors qu'il a des femmes pleines d'esprit à foison sur ces Iles. Un nouveau sourire se peignit sur ses lèvres. Mais peut-être que c'est ta technique pour qu'il se désintéresse de toi et aille voir ailleurs ? Vu qu'il n'est pas en ta compagnie ma chère, je peux déjà te dire que tu es sur la bonne voie, il a dû aller chercher un peu d'intelligence ailleurs. »

     Mignonne petite donzelle, elle avait du plomb dans la cervelle ou du vent comme Gabriel ? Pour être sincère, elle était une très bonne comédienne si c'était la première possibilité, pour le coup le Harloi ne savait pas vraiment démêler le vrai du faux et il était donc fort probable qu'elle soit aussi sotte. Il espérait simplement que sa provocation concernant la possibilité que Lakdahr puisse aller voir ailleurs si jamais elle se montrait trop stupide, la pousserait à révéler sa véritable nature. Ma foi si elle continuait, peut-être qu'il faudra réellement imaginer que le Dieu Noyé l'ait privée d'intelligence au moment de sa naissance. Si tel était le cas, l'intérêt qu'il éprouvait pour elle retomberait aussitôt. Le Harloi aimait les femmes d'esprit et celles qui ne se laissaient pas marcher sur les pieds, il suffisait de voir le caractère des femmes qu'il « fréquentait ». Peut-être était-ce là le but de la donzelle, se débarrasser du capitaine de la Veuve Salée en jouant les imbéciles ? Elle était sur la bonne voie, comme le chat qui se lasse de la souris morte, lui se désintéressait rapidement des femmes comparables à des bovins. Il scrutait les traits de son visage avant de reprendre la parole, toujours sur le même ton vaniteux.

     ▬ Je me demande bien ce qu'il peut te trouver... Tu es aussi soumise qu'une épouse du continent, mais d'un autre côté tu viens de contrées où les hommes sont plus faibles que nos femmes, je ne suis pas très étonné de voir que ça donne des filles aussi passives que toi. Peut-être que c'est pour ça qu'il te garde, une femme qui ne rechigne pas à écarter les cuisses parce qu'au fond, c'est la seule chose qu'elle sait faire. Il réduisait grandement l'utilité qu'elle pouvait avoir, même si malheureusement c'était bien souvent l'utilité première d'une esclave au final. Haussant les épaules, le capitaine recula d'un nouveau pas, comme si la proximité d'une fille possédant aussi peu de caractère le dégoûtait tout simplement. Si tu es juste bonne à débiter des compliments sans en comprendre le sens, autant me le dire tout de suite. Si j'avais voulu me faire flatter par une femme je me serais trouvé une femme-sel de ton style, mais je n'ai pas besoin de la parole d'une continentale pour connaître ma valeur. »

     Oui, c'était tout ce qu'elle représentait, une simple continentale qui avait été enlevée et qui ne valait pas plus qu'un chien. Sargon n'avait pas besoin que des personnes le complimentent pour qu'il sache qu'il était un excellent capitaine et un très bon combattant. OH, la vérité était peut-être bien différente, mais c'était ce que l'esprit du jeune homme pensait et lorsque vous étiez aussi plein de vanité et d'assurance que le Harloi, vous n'aviez aucunement besoin de preuves pour vous le confirmer. Immobile à quelques mètres de la femme-sel, Yoren derrière lui qui suivait l'échange en silence, le Fer-né attendant une dernière réaction de la blonde pour savoir s'il pouvait s'en-aller et oublier cette femme sans caractère, ou s'ils enchaînaient sur une discussion plus... Intéressante.


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Message Sam 7 Juil 2012 - 21:44

Parade, riposte : les bretteurs poursuivaient. Sargon dressait le bouclier de la méfiance face à la fallacieuse louange que la souris avait déclamée à son égard, mais elle avait réussi à lui porter un coup sévère de la pique de sa sottise factice. Il la provoquait encore mais, à appuyer le propos sur son manque d'intelligence, il lui flattait l'échine du plaisir d'avoir donné une représentation formidable. La peur bien naturelle qu'elle éprouvait à se tenir devant lui, nez levé pour le regarder, se noyait dans un bain de satisfaction et n'était plus qu'une saveur lointaine sur l'arrière de sa langue, donnant du piquant à la situation. Si elle se mordait la langue encore avec une moue très peu prononcée de contrition, c'était, à présent, pour retenir un rire plutôt que ses tremblements. Ses joues en rosirent mais, encore une fois, la chose pouvait être confondue avec une expression d'excuse maladroite. Pauvre benête qui se rendait compte qu'elle avait déplu en faisant acte de son admiration malhabile, comme il devait la mépriser, persuadé qu'il était d'avoir perdu son temps. Ah, si seulement quelqu'un qui la connaissait ne serait-ce qu'un peu pouvait l'admirer dans sa belle œuvre ! Quelque part, alors qu'elle affectait d'abaisser ses longs cils presque roux, elle était presque déçue que l'échange se termine. Le poison qu'elle instillait en prétextant d'être incurablement inepte était parfois trop puissant et tuait le danger très vite. C'était sans doute signe qu'elle devenait fine, mais si elle gouttait fort peu le danger dans l'idée, elle en appréciait démesurément la saveur dans les faits. Le Harloi en revenait à Lakdahr, complimentant malgré lui Violain. Bien sûr qu'il ne s'encombrerait pas d'une idiote, mais, puisqu'elle était toujours avec lui et n'avait pas de femme-roc, c'était bel et bien parce qu'elle était assise sur la certitude de valoir davantage que toutes les femelles qui avaient été enfantées par ces roches, pour qui du moins savait voir au delà de sa fourrure grise de souris commune. Quant à l'attrait de ses draps, elle s'en faisait une fierté intime, toujours plus forte avec chaque lendemain de coton où, s'éveillant dans des draps moites, elle frôlait du bout des doigts le géant endormi, épuisé et bienheureux. La remarque lui rappela, brièvement, ce jour où des femmes d'une autre île avaient pris à parti la demoiselle et, par jeu ou par ennui, l'avaient pétrie de questions qui étaient des injures et de remarques qui étaient des coups, se moquant de sa petite stature, feignant de s'interroger sur, comment, au juste, un homme aussi robuste que le forgeron pouvait se glisser en elle sans l'estropier – une finesse d'esprit rarement égalée. Violain, restée mutique, en avait été quitte pour des cheveux tirés et des vêtements malmenés et les Fer-nées l'avaient relâchée sur la certitude qu'elle était encore pucelle et que le grand modeleur d'acier devait être impotent. Si elle l'avait été en débarquant sur ces rocs maudits, elle ne l'était plus et, si elle avait éprouvé la timidité tremblante des vierges, il y avait un certain temps aussi où son esprit mesquin et retors avait trouvé quelques applications lubriques. Oui : elle écartait les cuisses comme personne. Mais c'était un secret bien gardé et réservé à un seul homme.

Il poursuivit après un silence ; elle crut bon de baisser la tête à mesure, jusqu'à contempler les galets à ses pieds comme une enfant punie sur le point de pleurer. Le dédain de plus en plus franc glissait sur elle, flattait ses oreilles, lui donnait du mordant. Elle avait remporté cette joute-là, pas encore la bataille, certes, mais elle avait entamé la lutte avec de si misérables armes qu'elle aurait incarné la modestie même si elle n'en avait pas été un peu fière, et Violain n'était pas de ces femmes-là. Que non ! Elle se gonflait d'importance, devant à présent retenir son souffle d'être trop ample pour ne pas laisser voir qu'elle était presque à l'aise et, surtout, triomphante. Il était temps de hocher la tête, de lâcher une dernière énormité et de regarder son adversaire rendre les armes et partir après avoir abdiqué sans le savoir ; toutefois, elle se retint, gardant silence et posture humble alors que ses prunelles rivées au sol dardaient à ses pieds une œillade illuminée de malveillance. Oh, oui, la belle idée qui venait de naître en son cœur aussi chaud que noir ! Oh, la belle réplique qu'elle avait trouvé là ! Elle ne pouvait la laisser filer, elle se devait de parachever son œuvre – non. Si elle piquait le Harloi en pleine fierté, soulevant, même d'un pouce, le rideau couvrant sa fourbe vivacité, elle se dévêtirait de son armure devant lui et prêterait flanc à son impulsivité. Certes, elle était la propriété d'un autre et son vis-à-vis devait, selon les lois qu'elle avait apprises à force de les voir s'appliquer, se garder de la frapper et, à fortiori, de l'égorger. Le problème étant qu'en y contrevenant, Sargon ne risquait quelques ennuis que si et seulement si quelqu'un allait dire quel gros chat avait piégé la Souris et la mer, juste derrière elle, était une tombe bien pratique. Sans omettre qu'elle risquait rien de moins que sa vie et que, bah ! Sans ça, elle ne saurait guère que faire, comme la plupart des cadavres. S'occuper à moisir ne la séduisait pas.

Elle releva lentement le visage, s'efforçant d'y peindre une figure entre le doute, l'incompréhension et la tristesse mignarde, ce qui serait un tableau si mièvre et si faible que le Capitaine ne pourrait souffrir de contempler longtemps, pas plus que d'y porter la main, de peur d'en être contaminer et de se mettre dès le lendemain à parcourir des écrits romantiques en pleurnichant devant leur beauté. Elle serait libre, sans punition, sans culpabilité et aurait passé un instant amplement suffisant à combler son infect caractère ; mais voilà, son idée tourmentait ses lèvres et l'agaçait à force de tourner autour de sa tresse blonde. Son cœur, qui avait cessé de battre des tambours de guerre, relança une chamade bourdonnant à ses tempes, non plus de terreur, mais sous l'effet d'une excitation aussi puérile que malsaine. Elle pouvait faire mieux que détourner son ennemi du soir : elle pouvait lui faire mal. Elle pouvait le déstabiliser, peut-être, comme il avait tant cherché à le faire, adressant à l'ego du Harloi un soufflet magistral – être vaincu par une femme-sel sur ses terres ! Oh, elle n'était pas aveugle au point de penser qu'elle l'en jetterait à terre : elle relancerait la lutte, que ce soit dans l'immédiat où à leur prochaine entrevue, qui serait moins fortuite et sans conteste plus acide. Ne lui devait-elle pas, après tout ? Il avait eu beau jeu jusque là, il lui fallait le reconnaître, ce serait dénigrer la valeur de sa prose que de lui refuser la défaite et donc l'occasion de la revanche. Le ventre noué par l'impériosité de ce désir qui lui pesait sur les dents et lui donnait l'étrange envie de mordre la peau tannée de Sargon, elle entama la réplique doucereuse et fade qui devait achever leur rencontre en voilant tout éclat à la jeune femme.
    « Je ne sais plus que dire pour couvrir ma honte... Vous avez sans doute raison et je devrais me taire. »

Elle ouvrit et ferma la bouche, comme si elle avait cherché quelque argument pour paraître moins incapable et qu'elle y renonçait, ajoutant dans un pli de lèvre une touche douloureuse à sa pathétique expression. Il reculait, il était temps de faire comme dit et de se taire, il partirait ; ce serait tout. Si la souris pouvait être sage une seule fois, et encore, pour un bref instant après une audace incroyable. Pour sa propre sauvegarde ! Devait-elle donc toujours provoquer le Destin, qui l'avait déjà accablée de maints revers ? Elle leva le talon gauche, entama un tout petit pas timide et pataud, car hésitant, vers le refuge de son maître et de biais par rapport à Sargon et à sa vigie immobile. Elle ne put s'empêcher de relever les yeux, en coin et sous le couvert de ses paupières à demi closes, présentant une figure précieuse pour capter le moindre frémissement dans les épaules et les traits du Capitaine de la Veuve. Alors qu'elle reposait le bout de ses orteils humides d'être mal chaussés et d'avoir séjourné près du rivage, elle murmura, d'un ton mièvre et insignifiant qui couvrait la très faible insinuation qu'elle laissait glisser presque malgré elle d'un doute encore largement permis quant à sa bêtise crasse.
    « Je vais même rentrer promptement. Je ne voudrais pas qu'on confonde votre générosité à mon égard avec quoi que ce soit qui pourrait être honteux... Ce serait si méchant de ma part. »

Sa raison frappait sa poitrine de battements de cœur toujours plus puissants. Elle devait s'arrêter là ! Ça suffisait largement, pourquoi provoquer un Fer-né sur son domaine alors qu'il vous quittait sans même un geste malséant ? Elle leva son autre pied, esquissant un pas plus ample mais non moins lent, alors que sa mignonne petite bouille se penchait, yeux de nouveau grands et les joues conquises par un sourire ample. Son souffle lui paraissait encombré par son propre venin, lequel lui semblait se collecter à ses lèvres, les rendre pesantes, les rétractant trop sur ses petites dents rondes, changeant ce que sa mimique avait de tendre pour y plaquer un rictus de serpent. Silence ! Silence, maintenant !
    « Mais, en tous cas, je ne serai pas ingrate. Je suis certaine que Lakdahr voudra vous remercier, quand je lui dirai que vous avez été si aimable avec moi que vous m'avez invité, moi seule ! A grimper sur votre boutre. Oh oui. Il sera ravi. »

Ah, que la saveur du fiel était délicate, comme le goût de la discorde était unique ! Si son instinct de préservation rendait gorge en son for intérieur, son esprit plein de malice et de vilenie se gaussait de sa dernière déclaration. Comme si un Fer-né pouvait considérer d'un œil favorable qu'on promène sa femme-sel dans ce qui, présenté de la sorte, ne pouvait être qu'une manœuvre de séduction. Déclaration d'autant plus injurieuse que la Souris se montrait sotte et dépouillée de tout ce qu'un homme de ces îles pouvait trouver à convoiter plutôt qu'à simplement prendre. Déglutissant sa verve fougueuse, appuyant de ses mains sur son giron son plaisir plus qu'intense, Violain sentait le feu lui monter aux jambes et, tendue comme la vipère dont elle avait montré quelques traits, elle s’apprêtait à fuir avec le même élan qu'elle avait imprimé à sa noirceur révérencieuse. A crevure, crevure et demi, l'ami.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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Message Dim 8 Juil 2012 - 18:02

     Sargon s'était préparé à laisser la jeune fille où elle était et à la quitter sans s'intéresser plus en avant à son sort. Il ne se doutait pas qu'elle prenait ce départ pour une victoire qu'elle avait acquise et pour être sincère, s'il l'avait su le Fer-né s'en serait moqué. L'égo d'une petite femme-sel n'était pas son souci premier et si elle souhaitait crier sur toutes les Iles qu'elle avait réussi à dominer Sargon Harloi, ma foi, cela ne changerait pas grand-chose. Les rumeurs étaient si nombreuses sur son compte qu'il n'était plus à une près, puis comme il le lui avait si bien fait savoir l'estime que les autres pouvaient éprouver pour lui ne l'intéressait absolument pas. Cette affaire était donc « classée » pour lui et elle l'aurait aussi été pour elle si la femme-sel n'avait pas jugé bon de lancer quelques dernières paroles. Lorsqu'elle se mit à parler, le Harloi ne lui accorda tout d'abord pas le moindre regard, désintéressé par ce qu'elle pouvait encore lui servir comme excuse passable ou comme compliment débordant d'ironie. Il ne perdait pas son temps inutilement et comme la demoiselle l'avait dit au début de leur « conversation » elle ne souhaitait pas le monopoliser. Pourtant, lorsqu'elle avait la possibilité que Lakdahr puisse venir lui rendre visite pour le remercier de sa « gentillesse », le jeune homme stoppa et pivota sur lui-même pour darder son regard sur le minois de la femme-sel. Est-ce qu'elle essayait de le provoquer ? La manière dont elle présentait les choses pouvait laisser entendre qu'elle sous-entendrait qu'il avait été un peu trop « gentil » à son égard justement et vu la réputation que le Harloi se trimballait, il était aisé de croire sur parole cette continentale trop provocatrice.

     Elle avait adopté une attitude qui pouvait laisser penser qu'elle allait partir aussitôt après ces paroles, mais c'était bien mal connaître le capitaine de la Veuve Salée si elle s'imaginait qu'il allait la laisser filer après cette déclaration. Sargon assumait parfaitement ses ébats, il ne rougissait pas ou ne cherchait pas à nier les relations qu'il pouvait avoir. Si Dagon en personne lui demandait s'il s'intéressait réellement à Aaricia, le Harloi n'hésiterait pas et lui dire l'entière vérité. Ainsi donc, s'il avait eu le moindre geste déplacé ou la moindre idée « honteuse » à l'égard de la petite blonde, il ne le nierait pas. Mais là, ce n'était pas le cas. Pas encore tout du moins, mais vu la manière dont elle semblait orienter leur discussion, les choses pouvaient rapidement évoluer.
     Réagissant promptement, à peine quelques secondes après les derniers mots de la jeune femme, Sargon réduisant à néant la distance qui les séparait en parcourant les quelques mètres qu'il venait d'effectuer en sens inverse. Arrivé devant la demoiselle, sans gêne et avec fermeté, il leva la main pour lui attraper le menton et le serrer juste assez fort pour qu'elle ne puisse pas s'envoler. Il était hors de question qu'il la laisse filer aussi facilement alors qu'elle venait clairement de le provoquer. Derrière lui Yoren s'était rapproché, premier mouvement depuis leur arrivée à côté du boutre, il se doutait que les choses risquaient de déraper et veillait toujours au grain. Nullement pour la demoiselle, après tout, si elle était trop sotte pour comprendre où était son intérêt, tant pis pour elle, mais il ne souhaitait simplement pas que son capitaine s'enfonce dans des ennuis qu'il pourrait facilement éviter. Ignorant l'approche de son second, Sargon obligea la femme-sel sans nom à la regarder dans les yeux, tenant fermement sa mâchoire dans sa poigne, puis lâcha quelques mots à son attention.

     ▬ Tu veux raconter à Lakdahr que j'ai été aimable avec toi au point de t'inviter seule sur mon boutre ? Ne me fais pas croire que tu es trop stupide pour comprendre ce que tes paroles sous-entendent. »

     Oh, elle pourrait toujours lui dire qu'elle parlait de la sorte, mais sans penser à mal. En réalité, ses premiers mots axés sur ce sujet pouvaient même confirmer cette thèse. Elle avait l'air d'effectivement vouloir éviter que des rumeurs sur leur rencontre ne ternissent la réputation du Harloi, mais quelque chose lui disait pourtant que la manière dont elle présentait les choses pouvait laisser penser qu'il y avait anguille sous roche. Sans mauvais jeu de mots. Il ne servirait pas dans le jeu d'une petite femme-sel, ça non. Est-ce qu'elle voulait rendre son Lakdahr jaloux en lui faisant croire que le capitaine de la Veuve Salée avait été trop entreprenant avec elle ? C'était une possibilité à ne pas exclure, les femmes étaient si stupides lorsqu'elles échafaudaient des plans concernant leurs « amours », il s'attendait au pire. Approchant de nouveau son visage de celui de la continentale, le Fer-né reprit la parole d'un ton qui montrait sérieusement qu'il ne plaisantait pas.

     ▬ Je n'ai aucun problème à assumer les rumeurs qui sont justifiées, mais il est hors de question qu'une petite femme-sel se serve de moi pour essayer de rendre son propriétaire jaloux, ou que sais-je d'autre. Il ne relâchait toujours pas sa poigne sur la mâchoire de la demoiselle et elle pouvait bientôt la sentir s'endolorir s'ils continuaient longtemps sur ce chemin. Mais puisque tu as visiblement l'air de vouloir que ce genre de rumeurs circulent sur nous, je devrais peut-être me montrer plus aimable avec toi. Après tout, tu dis que tu admires ma gentillesse et mon amabilité depuis le début de notre discussion, je ne voudrais pas avoir l'air grossier en te laissant partir sans preuve réelle. Un léger sourire s'était dessiné sur ses lèvres alors qu'il conservait son ton plus que sérieux. Je crois donc que je vais bel et bien t'emmener sur mon boutre pour te montrer à quel point je peux être aimable avec toi, après quoi tu auras quelque chose de véridique et de palpable à raconter à ton propriétaire. Tu pourras même donner des détails, si avec ça il ne te croit pas, je veux bien me faire damner. »

     Il n'y avait pas besoin d'être un génie pour comprendre que Sargon était en train de lui suggérer de montrer sur le pont de la Veuve pour qu'il puisse lui soulever le jupon. Bien évidemment, le Harloi n'avait absolument pas l'intention de le faire. Comme il l'avait songé plus tôt, Lakdahr était un Fer-né qu'il respectait et il n'avait aucun grief contre lui, de plus il savait qu'en s'amusant avec la femme-sel d'un autre il ouvrirait la porte aux critiques de son oncle, Harlon le Rouge. Déjà qu'il supportait ses « conseils » à longueur de temps, ce n'était pas pour lui donner le fouet pour le battre. C'était sans compter qu'il avait déjà suffisamment de femmes à portée de main et qu'en dehors de cela, même si la blonde était loin d'être repoussante il préférait les femmes plus « affirmées » et moins potiches que celle-ci semblait l'être. Au final, il n'avait aucune raison d'avoir réellement envie de devenir plus intime avec elle, mais c'était une provocation uniquement destinée à effrayer la petite et à lui faire comprendre que sur ces Iles de Fer, tous les hommes n'étaient pas des lavettes comme sur le continent. Il se débrouilla d'ailleurs pour le lui faire savoir clairement.

     ▬ Tu es peut-être habituée à ce que les hommes reculent devant toi après de telles paroles, mais note bien dans ta petite tête que sur ces Iles, ce n'est pas les esclaves qui font la loi. Tu es remplaçable ma jolie et si tu te frottes à la mauvaise personne, tu risques plus gros qu'une simple tape sur le bout des doigts. En l'occurrence, provoquer le Harloi alors qu'il avait déjà une réputation « sulfureuse » n'était pas forcément la meilleure chose à faire. Même si au final, il appréciait de voir qu'elle avait un peu de mordant. Il rigola légèrement avant de continuer. Tu crois que ton cher Lakdahr voudra encore de toi si un autre Fer-né profite de tes charmes ? La réponse la plus logique aurait été non, mais elle était peut-être trop sûre d'elle pour tomber dans le panneau allez savoir. Au final, il conclut. Et bien ? Dois-je en conclure que finalement tu ne sais pas si bien te servir de ta langue que cela ? »

     Mauvais jeu de mots il fallait en convenir, mais la balle était dans son camp. Peut-être qu'il ne comptait pas la laisser filer aussi facilement même si elle s'excusait, rien n'était encore décidé, il attendait surtout de voir ce qu'elle lui réservait comme excuse cette fois-ci.


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Message Lun 9 Juil 2012 - 16:59

Le crissement du gravier sous le pied du Harloi l'avait découragée de tenter de s'enfuir plus vite que lui n'allait la rejoindre. Ce réflexe aurait été idiot, une provocation inutile tout comme un symbole de peur, puis d'échec, étant donné qu'elle était assurée malgré sa finesse de ne pouvoir jamais rivaliser avec la course d'un de ces êtres nés par et pour la guerre, aussi se contenta-t-elle de ployer les genoux et de fermer les yeux, se protégeant par instinct de ce qu'elle devinait être un coup. Le Fer-né fondit sur elle, mais certes pas pour la frapper ; au juste, obéissant à une tradition des Îles que la Souris avait vue plusieurs fois s'appliquer à son encontre, il lui agrippa la mâchoire pour y serrer sa poigne fortement. Elle eut un petit pli de nez, lèvres légèrement entrouvertes d'être déformées et se souvint avec émoi de la première fois où son Lakdahr avait eu à entendre sa voix et qu'il avait, lui, préféré lui mirer les molaires. Peut-être quelque prêtre du dieu-noyé parcourait-il ces terres désolées pour prétendre que tenir une femelle par les quenottes instillait en elle un amour immodéré du mutisme et que, même sans y croire, ils en étaient réduits devant son débit mortifère à se laisser séduire par les adages les plus imbéciles. Peut-être était-ce là une façon de chasser un esprit malin, qui se serait décidé à posséder la seule langue d'une demoiselle, et qu'on impressionnait en faisant mine d'être prêt à la saisir et l'arracher ? Sorcellerie ou exorcisme, la manœuvre ne fonctionnait que le temps où Violain devait choisir entre garder le silence et sa salive. Peu enthousiaste à l'idée de lui baver sur le pouce et nez frémissant d'être caressé trop fermement en retour de cette petite attention humide, elle s'occupait à déglutir, regardant par en dessous ce Sargon méprisant, d'abord sans autre expression. Elle dodelinait de la tête en suivant ses inflexions de bras, sans chercher à lutter contre sa force bien supérieure à la sienne. Son cou était celui d'une poupée de chiffon, son regard, lui, commençait à dévoiler qui elle était vraiment. Oh ! Bien sûr, elle n'était pas en sécurité, mais que ce fut le geste ou les questions que le Harloi posait et reprenait pour lui jeter des réponses, Violain flottait entre flatterie et excitation, tout comme elle se savait risquer de flotter de façon plus littérale dans cette mer là derrière, dont une vaguelette vint lui laper les talons. Non, vraiment, il était trop mignon. Trop gentil ! Bien trop gentil ! Comme on se trompait sur cet homme, c'était l'un des individus les plus charmants qu'elle ai pu rencontrer sur cette rocaille d'argent et de poussière, sincèrement. Il continuait sur son terrain, il lui offrait un peu de longe, quand bien même sa posture agressive et menaçante voulait la mettre au pied du mur. Il proposait de l'emmener sur son boutre, et de lui montrer toute l'expression de son amabilité – et de la lui faire palper, il s'entend – pour avoir plus de matière à décrire ! Oh, la Souris se doutait bien qu'il brandissait ces propos comme un satyre sa verge, guettant dans les yeux de la demoiselle qu'il tenait une peur virginale, ou du moins vertueuse, voulant plus cueillir la fleur de sa terreur que celle de sa féminité. Les mains de Violain ne tremblaient pas, ses yeux, eux, brillaient d'amusement.

Les dires de Sargon se firent plus sombres et plus sincères, alors qu'il lui déclamait ce qu'il pensait avoir percé de ses habitudes et de ses intentions, lui montrant en demie teinte ce qu'elle pouvait espérer d'une mauvaise parole prononcée à la mauvaise personne. Ah, certes oui, son Édenteur ne serait pas heureux et loin de là, si un autre que lui venait lui cajoler les hanches, mais ç'aurait été parfaitement idiot de la part du Capitaine de s'en vanter également. Il y avait des lois morales et, comme partout, il y avait une façon de louvoyer avec elles, de se tenir toujours sur le fil, voire de dépasser la barrière et de goûter, au vu et au su de tous, à l'herbe bien plus verte et savoureuse des pâtures interdites, mais là, ce serait aller trop loin, trop vite et sans la moindre grâce. Même ici, ça ne passerait pas, à moins encore une fois qu'il ne la tue et ne la cache. C'était sa vie qui, une nouvelle fois, était dans la balance et ici elle ne pesait guère. La souris n'en pouvait plus de jubiler intérieurement. Devant une si belle farce, à ses quatorze ans, elle ne se serait plus contenue et en aurait dansé en se moquant – c'était, en partie, ce qui avait convaincu le tavernier qui avait été le gardien de ses années d'enfant de pousser la demoiselle hors de chez lui. Le Harloi rit, elle en fit presque de même, souriant sous la poigne, les iris pétillants. Elle avait la certitude parfaite, à présent, qu'ils chérissaient tous deux le même attachement envers l'art méconnu et dénigré de la délicate malveillance. Ils aimaient faire semblant, tromper et faire souffrir, lui sans doute parce qu'il en avait le pouvoir, elle parce qu'elle n'avait que celui-là. Il devait se baser sur la méchanceté, elle sur sa propre frustration, mais la chose n'était pas importante. Qu'importait leurs outils, ils étaient tous deux peintres de sensations et de mensonges ! Elle s'efforça de chasser la salive de sa bouche, pour ne pas en crachoter sur le visage du Capitaine encore penché sur elle. Passant la langue sur ses dents pour effacer tout relent bileux, elle déglutit, deux petites fois, tâcha de remuer un peu la gorge pour dégager ses lèvres d'un pli indélicat qui aurait pu rendre sa prononciation hasardeuse, sans nullement chercher à se défaire de la poigne du Harloi. D'un ton qu'elle voulait faire sonner entre l'humilité caressante et l'espièglerie voilée, elle murmura, profitant de leur proximité.
    « Capitaine, vous êtes beaucoup de choses, mais parmi celle-là, je ne vous crois ni stupide, ni lâche, bien loin de là. Je suis très remplaçable, je le sais, mentit-elle avec aplomb et un petit hochement de tête, peu appuyé de par sa position, je sais également que je suis trop peu de chose pour vous nuire. En vérité... »

Elle déglutit de nouveau, ferma brièvement les yeux. Une nouvelle vague lui avait léché le bout des pieds et, si la sensation glacée n'était, étrangement, pas désagréable et rafraîchissait son ventre comme ses idées, elle n'avait aucune envie de baignade et risquait de glisser sur les galets humides. Se hissant avec lenteur sur la pointe des pieds, serrant ses jupes pour les relever un peu et ne pas risquer de les tremper sans pour autant faire le moindre mouvement brusque – elle faisait face à un prédateur échaudé, après tout – elle hésitait une nouvelle fois sur la conduite à tenir devant le fier Harloi.

Il lui avait donné si belle réplique, devait-elle pour autant dévoiler son jeu ? Et pour quoi faire ? Lui prouver qu'elle était assez maline pour le faire tourner en bourrique ? Il n'était pas un chevalier quarantenaire, dont le goût pour la jeunesse aurait passé la saveur rance de l'humiliation et qui saluerait son caprice comme une façon courtoise, dans le sens galant, de faire se rapprocher un instant deux mondes. Elle l'avait déjà fait, ç'avait été ses premiers émois de la jeune femme qui avait remplacé la grande fille, mais, non, Sargon n'avait rien du caractère qu'il fallait pour chérir assez l'affrontement pour ne pas rugir devant ce qui pouvait être une défaite. Tant qu'elle restait intérieure, la souris ne doutait pas qu'elle puisse encore la ronger en sa mémoire pour la savourer à distance, mais si elle lui exposait son triomphe, elle forçait le Harloi à y réagir. Ça n'était pas trop bon. Pour autant, là, elle risquait d’écœurer beaucoup trop à feindre de nouveau la sottise, et ce, d'autant plus qu'elle avait fait preuve de ruse, si ça n'était de malveillance : d'imbécile inoffensive, elle devenait bête nuisible. Elle n'avait guère de temps pour réfléchir et, si sa joie mauvaise étouffait sa crainte naturelle, les deux s’empressaient de répondre et elle n'avait pas le loisir de ciseler finement ses répliques comme s'ils avaient été à un bal, dans une cour où les nobles ne se respectent pas au nombre de têtes coupées sur lesquelles ils ont bâti leur demeure. Elle s'interrogea fugacement, tiens, ces Îles pouvaient-elles, finalement, être en réalité un immense charnier sur lequel la mer aurait jeté quelques pierres noires, ce qui, avec le blanc des os, leur aurait donné tout leur gris ? Elle cilla, abaissa de nouveau les paupières sans plus les rouvrir cette fois, pour chasser son imagination hors propos. Résolue et l'esprit clair, elle enchaîna sans plus faire attendre l'homme à l'héraldique faucheuse – triste gravure dont elle refusait qu'elle fut une prémonition.
    « En vérité, oui, laissons mon maître et ma valeur de côté un bref instant. Je vais être honnête ! Si je n'ai rien espéré d'autre que frôler votre beau boutre aux premiers instants, et de ça je vous assure, à vous voir, j'avais envie, tout comme face au navire, de me mesurer à la légende qu'on m'avait décrite. Je sais, je sais, Capitaine, je sais bien que ce n'est ni mon intérêt, ni ma place, murmura-t-elle en ajustant justement ses pieds au sol et en déglutissant derechef, mais c'était irrésistible. On vous décrit de façon vraiment terrible, de plusieurs manières, et pour autant que j'en ai vu, je dirais qu'on appuie trop sur votre sourire fier et pas assez sur votre vivacité. »

Sur ces dires, elle appuya le sien, de sourire, avec un air chafouin que beaucoup avaient trouvé irrésistible, et encore davantage arrogant. Ah, fichue petite souris qui ne savait se taire, suspendue au bras d'un Capitaine comme si elle avait été un appât à poisson ! Décidément, les plus robustes et remarquables des Fer-nés partageaient une singulière communauté de manières qui tendaient à se répéter. Elle se trouvait, d'une certaine façon, dans une situation familière, mais avec plus d'expérience qu'au premier temps où elle avait été confrontée à ces gens. Elle rouvrit les yeux, battit encore des cils, regardait le ciel au dessus des maisons. Il était beau et clair, il y avait quelques étoiles, un soir assurément trop beau pour crever. Il y avait mieux à en faire. Posant ses prunelles animées qui n'avaient plus rien de vides ni de floues sur celles de l'homme qui se faisait harpon et présentoir, elle acheva en un souffle où perçaient quelques pointes admirablement ciselées d'une sincérité factice.
    « Je ne veux en rien vous injurier, mais je n'avais aucune autre façon de vous voir à l’œuvre que de vous mentir et de m'y prêter. Et, non, Capitaine, les hommes ne reculent pas devant moi après de telles paroles. Devant d'autres, je ne les dis pas, et ils m'oublient. »

Et de fait, ensuite, ils ignoraient tout à fait d'où venait leur infortune et qui pouvait l'avoir causée, mais elle se garderait bien d'aller jusqu'à lui confesser la longue litanie des petits malheurs qui incombaient à une souris minuscule et non à une mauvaise fortune. Il n'y avait guère que Gabriel pour être une victime assez récurrente pour faire davantage que se douter, et encore, elle était assez vive pour ne pas avoir eu la nuque brisée sur un coup de colère. Peut-être que Sargon s'en occuperait, il avait une bonne prise pour ce faire. Étonnamment, elle ne s'accrocha pas à l'espoir de vie dans l'instant et la pensée incongrue, mais pleine de véritable sincérité cette fois, se glissa à son esprit : qui nourrirait son homme, si elle était jetée à la mer ? Il devait travailler tard – ou besogner une autre, mais elle dénia la possibilité. Ça l'affamait, quand il ne dormait pas et forgeait de tout son soûl, déjà que son appétit était peu commode d'ordinaire. Son pauvre géant ! Il serait bien grognon s'il ne la trouvait pas.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Mar 10 Juil 2012 - 13:34

     Lakdahr avait-il choisi une femme-sel à la hauteur de son caractère ? Il fallait avouer que pour le moment, le Harloi en était à se demander ce qu'il pouvait bien trouver à cette continentale juste bonne à rougir lorsque son propriétaire lui soulevait la jupe. Une chose était certaine : Sargon avait beau aimer se démarquer de ses comparses avec son comportement plus « noble » qu'eux, il n'en aimait pas moins les femmes caractérielles ! Autant dire qu'une demoiselle qui disait oui à chaque mot qui sortait de sa bouche avait tôt fait de le lasser. Étrangement, jusqu'à ce jour la femme-sel sans nom était la seule à voir agi de la sorte, c'était peut-être pour cette raison que le capitaine avait du mal à imaginer qu'elle ne soit pas totalement sotte. Les femmes avaient une certaine fierté et tout au long des années qu'il avait vécues, Sargon avait pu confirmer le fait qu'elles n'acceptaient que très rarement de se faire passer pour moins bien qu'elles n'étaient. Ou qu'elles n'imaginaient être. L'idée que la blondinette puisse donc être moins idiote qu'elle ne le laissait croire était une possibilité perdue loin dans son esprit, quelque chose d'aussi obscur que la fin de la guerre, une possibilité, mais qu'il n'envisageait pas pour autant.
     Il resta donc silencieux, laissant seulement le bruit réconfortant des vagues qui venaient mourir à leurs pieds, briser le silence. Elle sembla réfléchir à la meilleure réponse qu'elle pourrait offrir, puis se laissa enfin aller, déclarant qu'elle ne le pensait pas stupide ou lâche et qu'elle se savait parfaitement remplaçable. Une femme qui avait au moins conscience que son statut de femme-sel faisait d'elle une chose aussi remplaçable qu'un vase brisé ? C'était peut-être pour cette raison que l'Edenteur la gardait avec lui, une femme stupide, mais qui comprenait les choses basiques, contrairement aux femmes-sel que le Harloi avait côtoyé jusqu'à ce jour. Elles s'imaginaient toutes valoir mieux que leurs homologues, les nobles étaient les pires dans ce cas, elles pensaient encore avoir leur titre de lady alors qu'elles n'étaient rien de plus que de simples esclaves. L'idée qu'un simple marin puisse donner du « ma dame » à sa femme-sel en la besognant amusait assez le capitaine, c'était amusant de voir que sur les Iles de Fer les conventions sociales n'étaient absolument plus les mêmes que sur le continent.

     Elle continua après un bref silence, ajoutant le fait qu'elle n'avait pas réellement espérer pouvoir seulement profiter de la Veuve Salée en arrivant ici. La « révélation » qu'elle fit dessina une expression d'amusement sur le visage de son interlocuteur. Une « légende » ? Le mot était aussi hilarant que déplacé, ce n'était pas réellement être une légende que d'avoir la réputation d'être aussi délicat qu'une femme du continent et aussi précieux qu'un chevalier du Bief. Non, c'était plutôt une tentative d'humiliation de la part de ses homologues, mais peut-être que la femme-sel appréciait les personnes qui sortaient de l'ordinaire ? C'était une possibilité à envisager, elle n'aurait pas été la première par ailleurs, Sargon avait déjà eu la visite de la petite Salfalaise qui était venue le rencontrer parce qu'elle refusait de croire tout ce qui se disait sur lui. Il était amusant de constater que les racontars de ses comparses lui apportaient la visite de jolies demoiselles. Même si pour le coup, celle-ci avait l'air aussi débrouillarde qu'une étoile de mer. Une fois de plus l'idée qu'il puisse interpréter ses paroles sous un angle plus flatteur pour lui, lui traversa l'esprit, mais il savait bien que ce n'était certainement pas le cas. Les trois-quarts des filles que les Fer-nés ramenaient n'étaient que des petites pucelles intimidées et il y avait fort à parier que celle-ci l'était encore avant son arrivée sur les Iles de Fer. Elle n'était certainement pas du genre à pouvoir sous-entendre quoi que ce soit à un autre Fer-né et malgré l'arrogance du capitaine, ce dernier savait qu'il n'était que très rarement du goût des précieuses continentales. Elle le flattait, mais au fond ce n'était certainement qu'un instinct de survie qui lui dictait d'essayer de l'apaiser et de le complimenter pour qu'il la laisse filer en vie en remerciement. Ce n'était pas le type de comportement qui marchait forcément avec le Harloi, mais il y avait de quoi applaudir la tentative. Au moins ne pleurait-elle pas en implorant sa pitié et rien que pour cette raison, Sargon avait envie de la laisser s'en tirer sans dommage.

     Il fixait ses lèvres alors qu'elle souriait comme si elle venait de lui faire la meilleure blague du siècle. C'était un comportement plutôt inhabituel il fallait en convenir. Posant ses yeux sur le minois de la blonde alors qu'elle continuait en arborant un air sincère, le capitaine l'écouta en silence tandis qu'elle tentait une fois de plus de le persuader qu'elle n'était venue ici que pour le voir « à l'œuvre », c'était un discours des plus étranges et auquel il ne s'attendait absolument pas. Avait-il une admiratrice ? Il n'y croyait pas une seule seconde, sa vanité ne le rendait pas pour autant aveugle et il se méfiait de la langue des femmes comme des crocs d'un requin. Elles pouvaient être aussi sournoises et dangereuses qu'eux. Ne se méfiait-il pas de sa femme-sel Lysienne ? Elle sauterait sur l'occasion de lui planter une dague dans le dos dès qu'elle pourrait espérer s'enfuir et au fond, celle-ci devait être la même. Tentative adroite pour essayer de se libérer d'une situation où elle sentait sa misérable existence en danger. Mais il allait lui laisser croire qu'elle l'avait berné. Comment agirait-elle en s'imaginant qu'elle avait réussi à faire croire à un Fer-né qu'elle l'admirait sincèrement ? Irait-elle le raconter partout les Iles ? Que les autres Fer-nés puissent la croire sur parole lui était égal, être humilié par une femme-sel ne le touchait pas davantage que par Qalen ou Gabriel. Quoique ce dernier était une exception à la règle. Il esquissa un sourire amusé et faussement charmé avant de reprendre la parole, sa main plus habituée à tenir Crépuscule qu'un frêle menton de femme-sel, toujours posé sur la peau salée de la continentale.

     ▬ Aurais-je donc une admiratrice sans que je ne m'en sois rendu compte ? Question rhétorique, elle venait de lui lui annoncer après tout. J'espère ne pas avoir déçu tes espérances, je m'en voudrais amèrement de briser le cœur d'une petite femme-sel trop curieuse. Comme si les sentiments d'autrui avaient une quelconque importance à ses yeux, non, il n'y avait que les siens qui l'intéressaient. Mais tu prends bien des risques juste pour avoir le plaisir de pouvoir vérifier une rumeur, je ne suis pas dans un bon jour, j'aurais aussi bien pu décider de me débarrasser de toi sans même prendre la peine de te parler. »

     Seulement ce n'était pas son style. Le Harloi aimait discuter, voir comment son interlocuteur réagirait à ses paroles et pourquoi pas même, réussir à le déstabiliser ? Avec Gabriel il y a quelques semaines de cela, il avait réussi comme jamais. Le roturier avait été sérieusement ébranlé par les paroles de son demi-frère et tout cela s'était terminé sur une lutte au corps-à-corps. Même après ce laps de temps, Sargon ressentait encore de temps en temps des élancements liés aux coups qu'il avait récoltés. C'était certain que jouer à ce petit jeu avec une gamine plus frêle que lui était clairement moins risqué. La main du Fer-né lâcha finalement le visage de la jeune femme avant qu'il ne recule d'un pas. Il ne lui ferait aucun mal, pas cette fois-ci. Si elle n'avait pas été à Lakdahr, les choses auraient peut-être été différentes, mais pour une fois qu'il entretenait une relation « paisible » avec un autre Fer-né, Sargon n'avait pas envie de le gâcher pour quelque chose d'aussi sot.

     ▬ Tu as la langue bien pendue pour une femme-sel. Je te conseille de surveiller tes paroles, raconter ce genre de choses à d'autres Fer-nés ne risque pas forcément de t'attirer leurs bonnes grâces, bien au contraire. C'était une sorte de « conseil d'ami », les personnes qui côtoyaient ou connaissaient Sargon n'étaient pas forcément très appréciées. La réputation était comme un poison, elle touchait tout le monde sans distinction. Il sourit doucement avant de reprendre. Tu me fais l'effet d'une fouine qui cherche à obtenir des informations à n'importe quel prix. Je suis certain que tu as les oreilles qui traînent et que tu sais bien plus de choses qu'on ne pourrait le penser. Ce n'était qu'une hypothèse liée au fait qu'elle avait vérifié par elle-même cette « légende » au risque d'en payer le prix fort. Est-ce que tu es certaine que ce soit une bonne chose à faire ici ? Les Fer-nés ne font pas dans la dentelle, les rats des navires ne font pas long feu et finissent toujours par nourrir les poissons. Il rigola légèrement, tournant le tête vers Yoren, stoïque comme à son habitude. Je tendrai l'oreille à l'avenir histoire de m'assurer qu'une fouine ne traine pas dans les parages. Sinon tu peux être persuadée que je serai bien moins aimable que cette fois-ci. Son ton était devenu plus sérieux et pour le coup, il ne parlait pas dans le vent. Entre s'amuser et protéger ses intérêts, il n'y avait pas d'hésitation permise. Mais cette fois-ci je te laisse t'en-aller en toute quiétude, parce que j'ai une certaine estime pour Lakdahr, tu pourras lui remercier de t'avoir sauvé les fesses. »

     Encore faudrait-il qu'elle en parle avec lui ce qui n'était pas forcément une excellente idée. Mais Sargon n'avait que faire des affaires de famille des autres, il avait bien assez de soucis avec la sienne pour le moment !

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Message Mar 10 Juil 2012 - 21:37

Et la sirène fut relâchée. Le marin avait-il cru à son chant ? Son beau sourire semblait le dire, alors que ses yeux, eux, étaient les miroirs des siens comme des abysses : sombres et avides, secrets comme mauvais. Elle rendit la politesse en même temps que le sourire, le sien se faisant plus humble et plus piquant à la fois, ourlant ses lèvres aux pointes, lui donnant un air mutin. Ses paupières parurent soudainement lourdes, tout comme sa tête, et elle baissa tant les yeux que le menton, levant ses petites mains pour masser ses joues. Il avait reculé, il était temps pour elle de faire de même. Le plaisir que ce jeu dangereux lui avait procuré lui faisait un effet semblables aux vagues ; elle se sentait un peu froide, un peu moite, assez lasse. Prenant une longue inspiration ressemblant à un soupir inversé, elle fit un pas en arrière, une révérence esquissée.
    « Ne vous en faites pas. Si vous trouviez une fouine dans vos parages, ça ne sera pas moi. »

Il était trop aimable, ce garçon, décidément. Des conseils, une permission, une faveur, presque : comme il savait s'y prendre, comme il savait y faire. Elle n'avait pas été parfaite dans son jeu mais savait y être convaincante, surtout pour cette île de rustauds aussi pourvus en finesse qu'en élégance, mais lui, malgré ce contexte, était largement au dessus du lot. Ils le haïssaient pour ça, et à raison : la malice couplée à une seule épée faisait souvent bien plus de massacres qu'une simple armée. Elle était encore un peu admirative, mais surtout approbatrice et critique. Voyons, qu'aurait-elle pu déclamer de plus élégant ? Qu'aurait-elle pu feindre de plus marquant ? Et quant à lui, à sa place, comment aurait-elle placé ses pions, manœuvré pour forcer l'ennemi à se découvrir et se livrer ? Elle restait sur sa sensation de victoire. Elle en avait appris un peu, elle avait pu saluer un noble – si Fer-né soit-il, il restait un bien né – et le seul prix qu'elle avait eu à en payer était celui d'un amusement certain et d'une petite pression sur les pommettes. Était-ce leur façon à eux de tirer les joues, comme les vieilles dames séniles le faisaient en essayant de persuader les bambins que c'était une caresse agréable ? L'image était cocasse. La Souris recula d'un rien, les mains toujours au drapé de ses jupons lourds d'eau et de ses rapines, terrées au fond de ses poches intérieures.
    « Toutefois, s'il nous arrivait de nous revoir, je ne serais pas contre votre oreille tendue. J'entends des choses parfois et, selon comment on me gratte, je puis en confier une ou deux. Je réserve ceci à ceux qui ont été, comme vous, très gentils, je sais que vous n'en ferez rien de mal, jamais ! Pas vous. La bonne nuit. »

Avec une révérence plus marquée et le rire suspendu aux lèvres, dont le poids était si grand qu'il lui fallut les pincer pour ne pas que sa gorge en éclate, elle fit volte-face, cette fois sans ajouter de provocation à sa proposition esquissée. Peut-être ne l'avait-il pas entendue, peut-être ne l'intéresserait-elle pas, peut-être n'aurait-elle simplement rien de croustillant à lui faire goûter dans d'éventuelles retrouvailles – peu lui importait. Elle s'était prise pour une grande espionne, ce soir-là, ça lui plaisait. Elle s'y était essayée plus d'une fois, écoutant ici, répétant là, mais alors principalement pour ses œuvres à elle, soit égoïstes, soit mesquines. Celles qu'elle envisageait ne l'étaient pas moins mais, au moins voyait-elle en ce Capitaine un mécène valable, puisqu'au moins aussi fourbe qu'elle. A quoi bon approcher des eaux troubles, si ce n'était pas pour commercer avec les murènes ? Elle jeta un regard au ciel, alors qu'elle passait le coin de mur devant lequel elle avait lâché toute sa bile : un soir réellement magnifique. Toute sa pression se relâcha, brisant, étrangement, la lassitude qui l'avait prise après toute cette pression et, alors que ses petits pieds moites avalaient le pavé et que ses poumons brûlaient de l'air glacé qu'ils brassaient vite, elle eut l'envie sotte de sauter, de danser et de dire ça et là comme elle était triomphante, comme elle était fière, comme elle parvenait à trouver de la joie sur ces terres tandis que eux, natifs, étaient aussi sinistres que leurs pierres. Assez de bêtises pour ce soir : elle rentra, presque sagement, sans trop de bruit ni de rires, bien qu'elle pouffa de temps en temps. Poussant la porte de son repaire dernier, prêté par un débiteur de l'Édenteur, la Souris retint son souffle, guettant le couperet : Lakdahr n'était pas encore là.


Mi déçue, mi soulagée, elle fila vers le sac de lin qui recelait tout ce qu'elle avait pu grappiller et qu'elle osait appeler ses « effets », comme une grande dame – caprice qu'on lui passait surtout parce qu'on n'y prenait pas garde. Se défaisant de sa robe humide, elle la roula au plus profond du sac après en avoir vidé les jupons, se promettant dès le lendemain de faire sécher aux pâles rayons du petit jour cette laine, sous peine de la trouvée blanchie de sel et déformée. Elle passa sa tunique de nuit, longue et large chemise retaillée de son maître, feignant, s'il devait rentrer, d'avoir agi tout le jour et la nuit comme si elle avait été sereine, sage et docile – il n'y croirait sans doute pas trop. Soufflant sur les braises de l'âtre de la chambre humide, elle secoua les braises pour faire croire à un feu mourant, y replaça les restes de soupe et, saisissant un linge, elle se glissa sous le couvert des draps. Frottant son visage, des chevilles et ses mains du tissu froid, elle effaçait de sa peau l'odeur faible, mais caractéristique des embruns, qui perçait au milieu des odeurs de poussière comme une aiguille dans un coussin. Tâtant, pour finir, ses joues avec une vague grimace, appréhendant que la ligne des doigts du Harloi ne s'y lise, elle soupira, se mordit la lèvre, hésita, maugréa et, enfin, se donna deux gifles appuyées, l'une près de la lèvre, l'autre sur la ligne de la mâchoire. Elle dira simplement qu'elle est encore tombée en s'emberlificotant dans les draps qu'elle voulait laver.

Une heure après, peut-être deux, peut-être moins, la porte s'ouvrit sur une silhouette massive et un souffle tendu. Laissant retomber le coin de duvet qu'elle tenait au dessus de son œil, Violain ferma les yeux, resta immobile le temps que le bruit familier du sac jeté à terre résonne, afin de faire mine d'en être réveillée. Repoussa largement le draps, elle s'étira, sourit, la mine faussement embuée. Lakdahr s'approcha, elle fourra son visage contre son torse massif. Il sentait la sueur, le feu et aucunement la femme. Contre le tissu de sa chemise, alors qu'elle passait ses mains par dessous, elle sourit. Que les Sept en fussent témoins : elle était maudite à leurs yeux, mais elle était heureuse aux siens.
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Pas de rat dans le navire, mais peut-être une souris [Sargon]

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