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Game of Knights [PV. Ervin]

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Message Dim 24 Juin 2012 - 22:34

Tournoi de Port-Réal, An 205


Brouhaha. Cliquetis d'armes et d'armures. Hennissements. Cris de foule. Gargouillis de vomissures.

Lothar soupira. Décidément, toute cette agitation n'était vraiment pas son fort. Il aimait l'atmosphère des villes, même si elle était bruyante et étouffante, mais celle des tournois et des événements sportifs en général, il n'appréciait que moyennement. La différence entre les deux était ce sorte d'engouement sauvage des pécores pour ces joutes, un enthousiasme gratuit et extraordinaire devant le spectacle de chevaliers nobliaux se foutre sur la gueule. Pour une bonne partie de la population de Port-Réal, les tournois étaient source de loisirs et l'occasion de voir les chevaliers qu'ils n'appréciaient guère se faire écrabouiller la tronche.

Mais le Celtigar ne venait pas pour l'ambiance, mais pour le tournoi en lui-même. Il avait apprécié le tournoi d'Accalmie, six ans auparavant, auquel il avait participé. Malgré qu'il ait été éliminé à la Joute, il avait combattu honorablement et avait fait la connaissance de plusieurs confrères et chevaliers autour de quelques pintes. Il en avait de très bons souvenirs, d'autant plus que cela l’entraînait contre des hommes expérimentés, et non pas contre les pathétiques bandits qui se farcissait depuis plusieurs mois. Mathis n'ayant pas souhaité l'accompagner – préférant la compagnie de charmantes courtisanes – il se retrouvait donc seul à mener son cheval et celui de bât, sur lequel bringuebalait son équipement de jouteur. Pour l'occasion, il avait ressortit le vieil écu de sa famille – semis de crabes rouges sur champ blanc – et le heaume familial que lui avait transmis son père – équipé d'une large visière et gravé d'un kraken stylisé sur la moitié gauche du casque.

Trottant dans le terrain envahit de centaines de tentes et de pavillons bariolés, il repéra l'abri de toile lui étant réservé. Devant son seuil attendait un jeune garçonnet – âgé tout au plus d'une dizaine d'année – qui vint immédiatement à la rencontre de Lothar, le visage excité.

    « B'jour messer ! J'me prénomme Sigy et j'suis votre aid' de camp ! Messer Mathis m'a dit qu'vous auriez b'soin d'moi alors, j'suis là ! »

Lothar sourit et descendit de sa monture.

    « Bien le bonjour Sigy. Merci d'être venu parce, qu'en effet, j'aurai bien besoin de ton aide ! Sais-tu attaché l'armure d'un chevalier et préparer le caparaçon du destrier ? »

    « Bien-sûr messer ! »

    « Alors je te laisse préparer mon cheval. Son caparaçon est sur la monture de bât. Viens me retrouver dans la tente quand ce sera prêt. »

    « Bien messer, tout d'suite ! »

Lothar sourit de nouveau devant l'excitation et la frénésie du gosse. Un futur chevalier, sait-on jamais. Il coupa le fil de sa pensée, prit ses pièces d 'armures et s'engouffra dans son petit pavillon de toile. Mathis lui avait dit qu'il l'avait déjà inscrit et qu'il n'avait plus qu'à attendre son tour. Maintenant qu'il y pensait, son compagnon d'armes avait tout bien préparé pour qu'il puisse prendre du bon temps sans soucis.

    « Saligaud va... » souffla Lothar, un rictus cynique sur les lèvres.

Il sortit une outre en cuir de ses paquetages et s'en but une gorgée. Le liquide ambré lui brûla la gorge, avant de lui conférer une agréable sensation de fraîcheur fruitée. Le chevalier se délecta de cet extraordinaire nectar qu'il avait ramené de Dorne. Il avait d'ailleurs la particularité de mettre le ser Celtigar de joyeuse humeur – en tout cas plus que d'habitude – et le rendre plus énergique. Enfin, c'est ce qu'il disait. Mathis n'arrêtait pas de le sermonner sur le fait que ça tenait sûrement plus d'une sensation psychologique que physique. Mais bon, que voulez-vous ? Lothar avait le don d'être têtu quand il voulait.

Rabattant une partie de la toile de sa tente, il jeta un œil alentour. Partout autour de lui, des chevaliers et leurs écuyers se préparaient – tantôt allaient demander une dernière retouche au forgeron du coin, tantôt ajustaient leurs armures. L'agitation qui en résultait était assez burlesque à observer, notamment les grands nobliaux bouffis d'arrogance qui criaient sur leur tripotée de serviteurs quand l'un avait le malheur de le décoiffer ou de ne pas assez serrer une sangle. Pathétiques, qu'ils étaient. Mais voir ce spectacle avait le don d'exaspérer Lothar, qui ne voyait pas d'un même œil l'attitude du Chevalier, avec un grand C. L'honneur et la dignité devait être le leitmotiv de tout chevalier, avant d'affirmer tout signe de noblesse, de fortune ou de talent martial. Malheureusement, Lothar trouvait que ces éléments étaient trop peu mis en avant aujourd'hui.

Les cors sonnèrent soudain le quart d'heure qui précédait le début des hostilités. Lothar haussa les sourcils et prit conscience de sa tenue.

    « Merde ! Sigy ! Sigy ! »

Le jeune accourut essoufflé, manquant de s'étaler par terre.

    « Me v'la messer ! J'viens à peine d'finir de préparer vot' ch'val ! »

    « Parfait Sigy. Je veux bien que tu m'aides à me vêtir de mon barda de ferraille, il est bientôt l'heure du Tournoi. »

Le jeune garçon acquiesça et encouru l'aider. En l'espace de dix minutes, Lothar était habillé de pied en cape de son armure, gorgerin compris – même s'il n'apprécier guère en porter, car trop lourd et encombrant mais malheureusement quasiment indispensable pour la joute, s'il ne voulait pas se retrouver avec une moitié de visage en moins. Lothar remercia le garçonnet, lui offrant un cerf d'argent, et lui intima de le suivre.

Tenant sa monture par la bribe, ses lances de cavalerie pendant de chaque côté de la selle, il se dirigea en hâte vers la lice. Sigy l'accompagnait en trottinant et portant l'écu et le heaume de ser Lothar. Son sourire rayonnant en disait long sur son état d'esprit. Lothar s'amusa de l'air guilleret du garçon et c'est un chevalier tout sourire qui débarqua au milieu des autres participants. Une atmosphère de tension et d'impatience planait autour des chevaliers et de leurs écuyers. Lothar jeta un large coup d'oeil, repérant quelques têtes connues, mais surtout beaucoup de jeunots et d'inconnus. Cela faisait quand même six ans qu'il n'avait pas participé à un tournoi, c'était parfaitement logique de se retrouver face à de nombreux inconnus.

    « Ser Lothar Celtigar, Chevalier-aux-Crabes, de la Maison Celtigar de Pince-Isle va affronter Ser Ervin Cirley, Chevalier du Val, de la Maison Cirley de Combemèche à la lance. Messers, mettez-vous en place. »

Sans paraître le moins du monde étonné de passer en premier, il prit le chemin de la lice. Il croisa le chevalier qu'il allait affronter et lui lança, en souriant, un léger signe de tête. Il s'arrêta sur son emplacement et, aider de Sigy, monta sur son destrier caparaçonné. Le Chevalier-aux-Crabes ajusta son casque, et attrapa la lance et l'écu que lui tendait son jeune aide. Le remerciant d'un clin d'oeil, il l'intima de reculer et de se mettre à l'abri. Ce dernier effectua une pirouette joyeuse et se rendit sous une tourelle en bois.

Voilà. On y était. La Joute. Cette fois-ci, il comptait s'en sortir mieux que la fois précédente. En effet, au dernier tournoi, c'était l'épreuve de Joute qui l'avait déstabilisé et éliminé, malgré ses performances à l'épée. Mais cette fois-ci, il le sentait plus sereinement. Il fit de nouveau un signe de tête à son adversaire, jeune homme à la crinière ébène qui devait être de dix ans son cadet, et rabattit sa visière.

Avant que la trompette de départ ne se fasse entendre, il prit le temps d'observer plus en détail le chevalier qu'il avait en face de lui. A l'instar de Lothar, il était équipé d'une armure complète, mais qu'on sentait abîmée par le temps, marque d'errance ou de peu de moyens. Sur son écu, un aigle de sable sur champ d'argent, entouré de lauriers et lambrequins d'argent. Un emblème qu'il lui disait vaguement quelque chose, semblant l'avoir aperçu dans le Val d'Arryn. Lothar se souvint être passé dans le coin, quelques années auparavant. Il y avait séjourné quelques jours, alors qu'il réglait les maux qui touchait un village voisin. Soudain, la forte voix du héraut éparpilla ses pensées.

    « Messers, que les Sept vous gardent et veillent sur vous. Et que la Joute commence ! »

Les trompettes retentirent et les deux chevaliers s'élançèrent...


Dernière édition par Lothar Celtigar le Mar 10 Juil 2012 - 19:06, édité 3 fois
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Message Lun 25 Juin 2012 - 15:37

Le voyage jusqu'à Port-Réal m'avait pris de longues journées qui m'avaient semblé durer des semaines entières -peut-être qu'il s'était vraiment s'agi de semaines? Je ne comptais plus- dans la mesure où je devais ménager mon unique monture, avec laquelle je commençais à peine à me familiariser : un étalon nommé Alundra, que mon père m'avait offert à l'occasion de ce premier tournoi sous mes propres couleurs. Je les avais en effet adoptées quelques années plus tôt, et ce cadeau m'avait surpris autant qu'il m'avait ravi. L'animal étant grand, un poitrail large et des jambes robustes, et sa robe louvet aux reflets cuivrés contrastaient agréablement avec l'argent poli du caparaçon qu'il me faudrait lui passer faute d'écuyer ou d'aide de camp -non que la bonté de ma famille n'ait pas poussé jusque là, mais j'avais exprimé le désir de voler de mes propres ailes, souhait qui avait été respecté.
Même si j'avais rencontré de nombreuses difficultés inhérentes à ce choix, je devais reconnaître que je me complaisais dans l'errance. Mais peu importe: ce qui m'intéressait aujourd'hui, bien plus que le pourquoi du comment de mes choix de vie, était le tournoi auquel je venais d'arriver. L'alcool coulait à flots sous certaines tentes, et chevaliers, francs-coureurs et écuyers s'y retrouvaient. Pour ma part, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas bu d'alcool -et j'ignorais encore que l'on pourrait un jour m'affubler du terrible titre de Chevalier à la Chope-, et je préférai donc me tenir à l'écart de ces beuveries qui me seraient tout, sauf bénéfiques, si jamais je décidais d'y prendre part.
Je finis par trouver la tente qui m'échyait le temps du tournoi, et entrai sans attendre. Il fallait que je me décrasse rapidement, que je harnache ma monture, que je me prépare... Avec un soupir, j'attachai mon cheval devant la tente. Presque tous les combattants des environs étant plus riches que moi, je nourrissais même le soupçon qu'il n'aurait pas été moins sûr de le laisser gambader en liberté.
Retirant mon tabard de voyage, je me dirigeais vers le présentoir où reposait tranquillement mon armure intégrale. Passant avec du respect pouvant s'y méprendre avec de la timidité le revers de ma main sur le métal patiné par le temps et les voyages, je me sentais presque mal à l'aise à l'idée de la revêtir à nouveau mais pour défendre cette fois mes seuls intérêts.
J'avisai alors l'écu reposant au sol. Contrairement à l'armure, son métal était luisant, et avait été frappé de mes armes personnelles. L'aigle qui déployait fièrement ses ailes me rappela pourquoi j'étais là et, dans un regain de fierté, je m'emparai du bouclier et le levai, admirant le reflet de la lumière jouant sur l'acier poli. M'imaginant en train de tenir ma lance, j'ajustai la protection sur le côté, ce qui me fit me souvenir des jours insouciants où Averton et moi jouions aux chevaliers, nous imaginant déjà vivre maintes aventures à travers le Val pour lui, l'intégralité des Sept Couronnes pour moi. Au final, penser que nous avions tous deux atteint notre objectif -enfin, pour moi j'en étais sûr, pour lui je ne pouvais que le supposer- provoqua un large sourire.
Mais je n'eus pas le loisir de m'attarder sur les souvenirs d'enfance. Le temps qu'il me restait avant mon tour continuait de s'écouler inexorablement, peu importe que je sois plongé en pleine mélancolie ou non.

Et c'était parti pour m'équiper.
Je commençai par les membres inférieurs: cuissardes, jambières, et ces fichus solerets qui me donnaient l'impression de sembler parfaitement stupide. Puis vinrent s'ajouter haubert et cuirasse, et dès ce moment, j'avais déjà le sentiment de m'enfoncer dans le sol, même en restant immobile. Je me souvenais maintenant pourquoi j'avais ressenti ce mélange d'appréhension et d'excitation en arrivant: car si le vacarme des conversations mêlées aux bruits de pas, aux martèlements de sabots et au fracas lointain des armes de ceux qui étaient déjà en train de se battre rappelait en moi le souvenir des anciens tournois, auxquels j'avais participé en tant qu'écuyer de ser Bris. Ser Bris... il commençait à me manquer, et en toute honnêteté, j'aurais été très amusé de devoir affronter Bris, ou Averton, ou même mon père qui participait certainement au tournoi. Me mirant dans mon bouclier -décidément, je me demandais quelle technique permettait d'obtenir un rendu si parfait-, je me décidais à protéger mes bras, laissant seulement les spallières pour la fin. Rien que ça m'avait facilement pris trois quarts d'heure -fort heureusement, j'étais arrivé très en avance, fidèle à mon habitude- et je commençais à transpirer avant même le début de la joute. Ajustant le gorgerin et le heaume, j'eus néanmoins le désagréable sentiment que la plaque dorsale n'était pas correctement ajustée, ce qui me déplaisait hautement; mais je n'avais pas trop le choix, il me faudrait soit faire avec, soit demander de l'aide à une personne aléatoire. Faisant demi-tour, je me dis qu'il serait grand temps que je m'occupe de mon destrier.
En sortant de la tente, la première chose qui me frappa fut le vide. Enfin, le presque-vide. Car si ma monture s'était volatilisée, un gamin de pas plus de douze ans à vue de nez se tenait planté devant moi. De surprise, je clignais des yeux, me demandant si la fatigue pouvait jouer des tours si extravagants ou si je n'étais pas en train de rêver. Bien trop surpris pour relever ce que je m'apprêtais à dire -d'ailleurs, je doute que ça aie pu faire une différence-, je dis:


A... Alundra?

Mais bien entendu, ce n'était pas ma monture sous forme humaine qui se tenait devant moi. Le petit, placide comme pas deux, me regarda et demanda comme par réflexe:

Vous êtes ser Ervin?
Pardon?
Vous êtes ser Ervin?

Comme par réflexe, vraiment. C'était particulièrement surprenant; si surprenant d'ailleurs que je cillai à trois reprises avant de parvenir à formuler une réponse.

Ma foi, oui, c'est bien moi. Où est ma monture?

Ignorant parfaitement ma question, le gamin reprit sa litanie -décidément il devait l'avoir apprise par coeur et répétée pendant des semaines pour en arriver là.

Je suis Chett, écuyer au service de ser Patter Wydman, son frère m'a chargé de venir vous voir une fois ma mission auprès de ser Patter terminée. J'ai mené votre cheval à l'enclos, il est prêt et harnaché.

Alors ça pour une surprise... Je considérai le gamin encore quelques longues secondes, me disant que décidément, ser Bris n'avait pas changé. Il n'y avait bien que lui pour me coller un écuyer dans les pattes sans me demander mon avis. Mais son choix avait visiblement été judicieux dans la mesure où le gosse s'affairait déjà à resserrer l'intégralité des jointures de mon armure, poussant le vice jusqu'à tenter de polir le plastron. Je lui fis gentiment signe que c'était inutile, et il retrouva sa place et sa posture initiale.
J'avais désormais le sentiment très hautement désagréable que mon barda cherchait à m'étouffer par tout moyen, mais au moins cela me garantissait une protection optimale, et c'est bien tout ce que je pouvais souhaiter. Je m'apprêtais à le remercier lorsqu'il pivota brusquement et se mit presque à courir en direction du corral. Après quelques dizaines de mètres parcourus à pas pesants, je trouvais ma monture prête à l'assaut; j'aurais même poussé jusqu'à dire qu'elle semblait ressentir l'excitation inhérente au tournoi et, malgré la ferraille qui la recouvrait, piaffait d'impatience. Deux hommes puissamment bâtis se proposèrent de m'aider à monter, et j'acceptai volontiers ce coup de main providentiel -celui qui n'a jamais tenté de monter sur un cheval en plates intégrales ne peut pas savoir de quoi je parle.
Puis, menant au pas Alundra vers les champs de joute, je parvins l'exploit d'arriver au moment précis où l'un des organisateurs annonçait d'une voix puissante:


Ser Lothar Celtigar, Chevalier-aux-Crabes, de la Maison Celtigar de Pince-Isle va affronter Ser Ervin Cirley, Chevalier du Val, de la Maison Cirley de Combemèche à la lance. Messers, mettez-vous en place.

Je détaillai brièvement mon adversaire: même si, monté, il était difficile d'estimer cela avec précision, il semblait grand -peut-être même autant que moi- et portait l'écu de sa famille, et l'un des casques les plus élégants que j'aie pu voir -après le mien bien sûr! Je rabattis ma visière, passant une main gantée de faire sur l'une des ailes ornant les côtés de mon casque, et agrippai avec fermeté ma lance de tournoi et mon bouclier flambant neuf, qui allait subir l'épreuve du feu. Et le héraut annonça :

Messers, que les Sept vous gardent et veillent sur vous. Et que la Joute commence !

Je lançai sans attendre Alundra à vive allure, visant soigneusement l'épaule d'arme de mon adversaire. Du peu que j'avais pu voir de lui, il semblait au moins aussi déterminé que moi, et j'espérais être tombé sur un adversaire valeureux. Car ne dit-on pas que c'est à la valeur de ses adversaires que l'on connaît celle d'un homme?


Dernière édition par Ervin Cirley le Mar 3 Juil 2012 - 11:13, édité 2 fois
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Message Mar 26 Juin 2012 - 16:45

Vous savez ce qu'on dit de ces moments intenses, où notre but est en jeu ? C'était comme si le temps ne s'écoulait plus, comme figé, où les secondes apparaissent comme des minutes. Où tout nous apparaît au ralenti, comme un courant paresseux et tranquille qui s'écoule devant nos yeux. Où l'importance de ce moment précis est accentuée, jusqu'à tendre tous nos muscles et affiner notre concentration. Eh ben, c'est des conneries.

Il semblait pour Lothar qu'il venait à peine de lancer au galop sa monture, quand le choc avec son adversaire fut déjà là, violent et puissant. Les deux lances éclatèrent en morceaux, tandis que les deux chevaliers amortissaient péniblement le choc. Aucuns des deux n'avaient chu de leur monture, et le public hurla de plaisir. Lothar, légèrement sonné, jeta un œil sur son bout de lance explosé qui pendait dans sa main. Rompu pour moitié, il releva sa visière et contempla celui de son adversaire. Le ser Cirley avait l'avantage, sa lance étant entamée jusqu'au tiers.

Reprenant sa respiration, Lothar cracha par terre et quémanda au jeune Sigy une seconde lance. Il fit un signe de tête respectueux à ser Ervin avant de rabattre de nouveau sa visière et s'élancer sur la lice. En face, son adversaire fit de même. Second choc, second fracas et seconde coupure de souffle. Cette fois-ci, le chevalier du Val venait de le toucher sur son plexus solaire et avait faillit désarçonner ser Lothar. Pourtant, ce dernier ne restait pas en reste, ayant explosé sa lance sur le gorgerin de ser Ervin, la pièce de cou s'étant légèrement enfoncée à cause de l'impact.

Lothar, se remettant du choc à l'estomac, recracha au sol. Les lances de tournoi étaient normalement étudiées et fabriquées pour se rompre plus facilement, le but étant de désarçonner l'adversaire et non de le blesser – même si cela arrivait régulièrement. « Connerie » pensa le Chevalier-aux-Crabes. Il jeta un regard vers son protagoniste qui reprenait une lance. Tout en faisant de même, il lui adressa un sourire bienveillant, de nouveau un signe de tête, et se plaça face à la lice. Coup d’œil vers sa gauche : les drapeaux représentant les lances brisées flottaient, annonçant deux lances contre deux. Cette joute s'annonçait serrée.

Les cors retentirent, et les deux protagonistes s’élancèrent de nouveau. Cette fois-ci, Lothar s'appliqua pour viser l'écu de ser Ervin. Les deux lances se rapprochèrent de plus en plus, jusqu'au moment où les chevaliers se rejoignirent. Lothar réussit à percuter l'écu qu'il visait, laissant une large marque sur l'acier et manquant de faire chavirer le jeune Ervin. Ce dernier réussit à se cramponner aux rênes de sa monture à temps. Lothar fut d'ailleurs très chanceux sur ce coup-là car son adversaire effleura seulement sa spallière, ne rompant point sa lance.

    « Avantage pour ser Lothar, trois lances contre deux. » héla bien fort le héraut du tournoi, entraînant de nouveau un déferlement de cris de la foule.

Soupirant, le chevalier de Pince-Isle demanda à boire au jeune Sigy, qui lui amena une outre d'eau. Lothar but avidement et se prépara pour le quatrième assaut. Il ne s'agissait pas de se relâcher. Il regarda dans les yeux le jeune Ervin. La même détermination s'y voyait. Pas une détermination rageuse, hautaine. Non. Juste une envie de prouver sa valeur, son honneur et son courage. Et ça, c'était les véritables valeurs d'un chevalier. Lothar appréciait de se battre contre un homme comme Ervin. Malgré leur différence d'âge, leurs convictions semblaient les mêmes. En tout cas, c'était l'impression que s'en faisait le Celtigar. Sa monture piaffant d'impatience, il lui flatta l'encolure et se prépara au prochain engagement.

Il leva sa lance pour signaler qu'il était prêt à son adversaire, et le cor retentit. De nouveau, la concentration était de mise. Il repéra la jointure entre la spallière et le gorgerin, et décida de pointer sa lance sur ce point précis. Malheureusement, il rata sa cible et sa lance s'éclata contre l'écu du chevalier. Mais à ce moment précis, Lothar n'en avait que faire ; il venait d'être violemment touché au casque, ce qui eu pour effet de le coucher sur le dos de son cheval et de perdre sa lance et son écu. Malgré qu'il ne ce soit pas étalé sur le sol, le gardant dans la compétition, une bonne partie de son casque était emboutit. C'était plutôt impressionnant, mais il n'était que légèrement blessé à l'intérieur. Le point noir c'est qu'il ne pouvait continuer la Joute avec son casque, le champ de vision étant considérablement réduit. Grimaçant de douleur, il demande l'aide de Sigy et d'un palefrenier pour qu'ils retirent son heaume abîmé. Un filet de sang coulait de sa joue, de l'estafilade provoquée par le casque enfoncé. Le héraut se mêla de l'affaire et vint retrouver Lothar sur la lice.

    « Messer, souhaitez-vous déclarer forfait ? »

Lothar lui lança un regard surprit, où une pointe de folie douce s'y percevait.

    « Absolument pas mon cher. » Lothar fixa son regard sur le ser Ervin qui s'était rapproché sur sa monture, visière relevée. « Ser Ervin, je continuerai la Joute dans les règles, jusqu'à que l'un de nous soit désarçonné de son destrier. Et ne soyez-donc pas indulgent, voire prudent, avec moi, cela me blesserait profondément. »

Le Chevalier-aux-Crabes ponctua sa tirade par un regard sincère et décidé envers Ervin. Un chevalier ne renonce jamais à son honneur, peu importe la situation. Jamais. Adressant de nouveau un clin d'oeil amical envers le ser Ervin Cirley, il revint au trot se placer de son côté de du terrain.

    « M'sser, vous prenez des risques là ! Vot' tête, elle s'ra pas... »

    « Merci Sigy, je sais ce que je fais. »
    Il ébouriffa la tête de petiot. « Un bon chevalier ne se détourne jamais de son honneur et de son but, qu'importe le nombre d'embûches. N'oublie pas ça. Le chevalier vit dans l'honneur et meurt dans l'honneur parce que c'est ce dont il se soucie le plus, Sigy, davantage que de sa vie. Si son honneur exige de lui qu'il se batte, alors il se bat. »

Le jeune garçon, le regard brillant, tendit une lance à Lothar et s'en alla se mettre à couvert. Lothar réajusta son bouclier et sa lance, avant de fixer son protagoniste. Sans casque, la vision était plus qu'optimale et il fallait compter sur cet avantage certain. Il risquait bien-sûr d'y passer, sans protection de visage, mais c'était ce qu'il devait faire. Et le Celtigar n'en éprouvait aucun remord.

Le score était de quatres lances contre trois, l'avantage étant toujours pour Lothar. Le regard décidé, il attendit le cor annonçant le cinquième assaut. Cette Joute était loin d'être finie...


Dernière édition par Lothar Celtigar le Mar 10 Juil 2012 - 19:05, édité 2 fois
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Message Mer 27 Juin 2012 - 7:39

Le martèlement incessant des sabots, les hurlements de la foule étouffés par mon casque et ma respiration sourde, synchrone avec le sang qui battait dans mes tempes: à cette heure, c'était cela, mon univers. Mon premier assaut avait fonctionné à la perfection, et le deuxième aurait pu me porter chance si ser Lothar n'avait pas tenté de me décapiter. Mon gorgerin appuyait douloureusement près de ma glotte, mais heureusement, je ne ressentais aucune coupure ou autre blessure, même bénigne. La joute continuait.
Mon troisième assaut me satisfit bien moins: ma lance rata complètement l'épaule de mon adversaire pour venir délicatement effleurer sa spallière; quant à lui, il m'atteignit en plein dans l'estomac, et ce n'est que sur un quelconque miracle que je parvins à ne pas vider les étriers. Reprenant tant bien que mal ma respiration, visière relevée pour m'asperger d'eau -tant qu'à faire, autant cuire comme il se doit plutôt que de s'assécher-, je lançai un rapide sourire au Chevalier-aux-Crabes; il affichait un air assez bienveillant et, depuis le début de la joute, s'était montré respectueux. Aussi, je lui rendais chaque signe de tête avec courtoisie, car il fallait reconnaître qu'il ne déméritait pas.
De fait, à y repenser, celui qui vraiment ne déméritait pas, c'était mon cheval. Pour son premier tournoi, il se montrait d'une valeur rare, gardant son sang-froid sans se dérober. Je doutais que les contre-lices y soient même pour quelque chose! A l'image de Lothar, je ne me privais pas de le féliciter après chaque tour, lui parlant tranquillement. Et bien que mon heaume semblait étouffer mes paroles, ses oreilles se tournaient dans ma direction quand je parlais, comme s'il comprenait. Et comme disait le philosophe, "Un bon cheval ne devient jamais une rosse": pour peu qu'il survive longtemps, Alundra me serait un compagnon précieux. Je lui découvrais de bons réflexes, et une sacrée endurance. J'avais entendu un soir un homme dire dans un bar: "Faute d'une bonne femme, trouve toi un bon cheval". Et tout portait à croire que je suivais son conseil.
Le temps que je me fasse ces réflexions -à perte, bien entendu-, ser Lothar me faisait signe qu'il était prêt pour la suite. Il avait donc l'avantage d'une lance, mais ce n'était pas fini. Saisissant mon arme avec fermeté, je pointais à nouveau son plexus. Déjà touché ici auparavant, j'avais quelque chance qu'un second coup à cet endroit précis le fasse choir. Seulement... Seulement voilà. Le tonnerre des sabots de mon étalon martelant la terre battue m'assourdissait et, au moment précis de l'impact, le temps sembla se cristalliser à peine l'espace d'un battement de coeur, avant de s'accélérer comme pour se rattraper. Ma lance avait ripé contre le plastron et avait enfoncé le heaume de ser Lothar, que je vis du coin de l'oeil partir à la renverse. Parvenu en bout de lice, je jetais ma lance brisée et, sans prendre le temps de reprendre mon souffle ou de me réarmer, je fis volter ma monture et, relevant ma visière d'un revers de main, m'approchais de mon adversaire au petit trot. Il venait de retirer son casque, un mince filet de sang coulant le long de sa joue, et venait de refuser l'abandon que lui proposait le héraut. Semblant m'apercevoir, il me fixa brièvement.


Ser Ervin, je continuerai la Joute dans les règles, jusqu'à que l'un de nous soit désarçonné de son destrier. Et ne soyez-donc pas indulgent, voire prudent, avec moi, cela me blesserait profondément.

J'opinai rapidement, presque ému par la détermination et la sincérité qui faisaient briller son regard, et ne pus retenir un immense sourire en réponse à son clin d'oeil. Je ne pris pas en revanche le temps de lui répondre, car déjà il se tournait vers son écuyer. Je fis aussitôt demi-tour, songeant que mon écuyer à moi n'avait pas pipé mot depuis que la joute avait commencé. Probablement que ser Bris ne lui avait pas appris ses répliques... Néanmoins, il remplissait fort bien son rôle, et je ne pouvais pas me plaindre de cette compagnie, même muette.
Attrapant une nouvelle lance, je me demandais quel comportement tenir. Si jamais ma lance ripait encore, c'en était fini du valeureux ser Lothar, et faire perdre un homme qui me semblait de cette qualité à Westeros ressemblait à mes yeux à un crime plus qu'autre chose. Car même s'il y avait des morts durant les joutes, je ne considérais pas que tuer mon adversaire m'amènerait une victoire honorable, bien au contraire. Et quand bien même, je n'aimais pas viser la tête lors des joutes, je trouvais ça assez lâche... et puis surtout, je n'étais pas assez doué à la lance pour pouvoir atteindre à coup sûr une cible si restreinte. De toutes façons, le frapper au plexus ou à l'épaule malgré sa tête nue tenait du réflexe plus que de la compassion, et j'étais convaincu que Lothar le comprendrait fort bien. A cette heure, il ébouriffait gentiment son écuyer, et je n'eus pas à m'interroger longtemps pour deviner leur sujet de conversation: l'air et l'attitude inquiète, presque paniquée du gamin en disaient déjà très long.
Nous nous élançâmes donc à nouveau, dans le tonnerre du galop et le fracas métallique des armures: ma lance percuta l'épaule de Lothar, qui ne se déroba pas malgré la proximité entre mon arme et son visage. Quand à lui, il explosa littéralement sa propre lance contre mon écu. Ce dernier n'avait d'ailleurs plus très fière allure, déjà écorché et ripé de partout, donnant l'impression que les ailes de l'oiseau avaient été sauvagement déchiquetées. Mais au moins il tenait bon, et c'est bien tout ce que je pouvais lui demander. L'assaut suivant me fit revenir à égalité avec ser Lothar, dont la lance sembla glisser le long de mon flanc plus qu'autre chose tandis que la mienne éclatait contre son bouclier. Inlassablement, les tours se poursuivaient, sous les rayons ardents du soleil, qui nous forçait désormais à nous abreuver après chaque passage, et les coups me semblaient de plus en plus violents jusqu'au moment où, ajustant parfaitement son coup au milieu de mon torse, ser Lothar parvint à me faire déchausser les étriers.
Etrange impression s'il en est que celle de rester sur place quand vous voyez votre monture s'éloigner au triple galop et, le souffle coupé, douloureuse sensation que celle de rouler dans la poussière dans un cliquetis d'armure. Néanmoins, ce n'était pas ma première chute, ni certainement ma dernière; aussi, ne perdant pas de vue mes objectifs, je me relevais, péniblement, certes, engoncé que j'étais dans mon armure, mais je me relevais tout de même. Là bas, mon écuyer d'emprunt trépignait d'un air inquiet, retenant tant bien que mal ma monture. Cette dernière finit même par lui échapper, et me rejoignit au petit trop, frottant sa tête harnachée de métal contre mon bras, comme pour s'assurer que j'étais bel et bien vivant. Par réflexe, je portais la main à ma taille, avant de constater l'absence de mon épée. Avec un sourire presque amer, je me souvins que la règle était stricte: le premier tombé perdait.
Après tout, ça n'avait pas non plus une importance capitale à mes yeux: c'était mon premier tournoi en tant que chevalier, je ne pouvais pas non plus m'attendre à gagner contre un chevalier plus expérimenté que moi comme ser Lothar qui, je le voyais plus clairement maintenant que mon champ de vision, bien que flouté par la transpiration qui perlait de mon front, était revenu à la normale, me rendait facilement une dizaine d'années. Il démonta, visiblement fier de sa victoire -et il y avait de quoi, le duel avait été serré-, tandis que je m'avançais vers lui dans l'idée de le saluer en bonne et due forme, Alundra me suivant comme si sa vie en dépendait.
Tous sourires, j'arrivais à son niveau. Je réalisais que j'avais correctement estimé sa taille, car il faisait à peine quelques centimètres de plus que moi, et j'avais l'impression que nous étions deux géants dans cette véritable marée humaine qu'était le tournoi. Je lui lançais un regard direct et franc, avant d'entamer la conversation:


J'ai rarement croisé un adversaire si valeureux que vous, ser Lothar, alors croyez-moi, cette joute fut un plaisir autant qu'un honneur. Alors peut-être pourrions nous fêter dignement cette rencontre autour d'un verre, si vous avez le temps?

Puis, cédant à une pulsion plus qu'autre chose, je retins un petit rire, et tendis la main à celui qui avait été mon adversaire:

Et je vous prie d'excuser par avance le terrible jeu de mots que je m'apprête à faire messer mais... soyons bons joueurs, et serrons-nous la pince!
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Message Mer 4 Juil 2012 - 22:04

...Le souffle puissant du cor résonna dans la lice et les deux chevaliers s'élancèrent de nouveau.

Son cheval lancé au galop, Lothar se prit un instant à trouver agréable la brise de vent qui lui fouettait le visage, maintenant qu'il était tête nue. Mais les cris de la foule, le choc des sabots contre le sol et le fracas des armures en mouvement – et accessoirement le danger planant d'avoir le crâne percé par une lance – le ramena à la réalité.

Son regard acéré et méticuleux repéra l'écu cabossé de ser Ervin, et il visa avec toute la précision que lui permettait le galop du cheval et la « légèreté » de la lance. Il vit cette dernière véritablement exploser sur sa cible, tandis qu'au même instant il encaissait durement un choc dans l'épaule. Mais par chance, le coup qu'il reçu était bénin et c'est avec le sourire et le regard étincelant de volonté qu'il se prépara à la prochaine charge.

Les assauts se succédèrent, encore et encore, rendant la foule et les spectateurs de plus en plus hystériques. Il était relativement rare que les combats durent si longtemps, mais les deux adversaires semblaient être infatigables et de forces égales. Tantôt l'un prenait l'avantage, tantôt l'autre reprenait le dessus. Si la dure réalité de la Joute n'existait pas, on aurait presque dit qu'ils s'amusaient et riaient du public, tant leurs assauts semblaient inlassables.

Comme dans ce genre de situations intenses, le visage de Lothar s'était déformé, laissant place à une expression de farouche détermination, rehaussée d'un léger regard de folie douce et bienveillante. Ajouter un petit sourire en coin, et vous aurez une idée de ce que voyait inlassablement ser Ervin à chacune des charges. D'ailleurs, ce dernier ne mesurait pas ces coups, comme le lui avait demandé Lothar, et il l'en remercia intérieurement. Que serait les défis sans piment pour les égayer ? Le Chevalier-aux-Crabes prenait plaisir à combattre un adversaire aussi têtu que lui, mais surtout respectueux des règles et de l'éthique. Il ne combattait pas pour la gloire, ni l'argent : il combattait pour lui-même. Cela, il le respectait énormément.

Soudain, lors de l'énième assaut – Lothar avait abandonné le compte depuis plusieurs charges –, sa lance rencontra le poitrail de ser Ervin avec plus de force que les coups précédents. Le chevalier Cirley accusa durement le choc et fut désarçonné en l'espace de quelques instants – assez violemment d'ailleurs. En même temps, le fait d'être éjecté de son cheval, vêtu de la tête aux pieds d'un barda de métal qui pèse pas moins de quinze kilos, ne ressemble en rien à une bataille d'oreillers. Surtout la chute. Avec fracas, ser Ervin roula quelques mètres sur le sol, avant de s'immobiliser, les sens sans dessus-dessous et le regard hagard. Une roulotte lui serait passée sur le corps qu'il n'en aurait pas moins fait moindre figure.

Ralentissant sa monture, ser Lothar leva victorieusement le pathétique morceau de bois – qui avait la prétention de ressembler à une lance quelques secondes auparavant – seul reste de son assaut brutal. Acclamé bruyamment par la foule, il jeta nonchalamment son bout de bois sur ses compères brisés précédemment, participant à grossir la pile déjà conséquente de débris de lances. Sigy s'élança tout sourire au devant du Chevalier-aux-Crabes, bondissant et applaudissant comme un très jeune bambin.

    « Ohlala ! Ca s'était d'la joute messer ! Roooh vous l'avez envoyé valser l'messer d'en face. Sur l'cul qui s'est r'trouvé et... »

    « Hop hop hop, on se calme Sigy ! »
    déclara, riant, Lothar amusé de la réaction du jeune garçon. « Merci de ta reconnaissance, mais sache garder un minimum ta langue. N'oublie pas que tu dois témoigner du respect aussi bien à moi, mais aussi à mes adversaires. Compris ? »

Le chevalier fit un clin d’œil au jeune garçon qui s'empressa de poser ses deux mains sur sa bouche, tout en secouant la tête d'acquiescement. Toujours souriant, Lothar adressa un grand geste à la foule, qui l'acclama de plus belle. Avant d'aller vers la tribune des nobliaux, il marcha d'un pas assuré et bienveillant vers ser Ervin qui s'était tant bien que mal remis debout. Ce dernier d'ailleurs venait à lui, un grand sourire étalé sur sa face sympathique.

    « J'ai rarement croisé un adversaire si valeureux que vous, ser Lothar, alors croyez-moi, cette joute fut un plaisir autant qu'un honneur. Alors peut-être pourrions nous fêter dignement cette rencontre autour d'un verre, si vous avez le temps ? »

Lothar lui rendit son sourire et lui donna une tape affectueuse sur son épaule, avant de prendre la parole.

    « C'était un honneur et un plaisir pour moi aussi ser Ervin. Je suis heureux d'avoir rencontré un adversaire tel que vous, valeureux et digne. Et au moins aussi têtu que moi ha ha ! J'accepte bien entendu votre offre, cette Joute m'a asséché le gosier ! Et puis, cela nous donnera l'occasion d'échanger quelques peu, j'avoue être d'un naturel curieux et avide d'histoires. Peut-être en aurez vous quelques unes à me conter. »

Ser Ervin acquiesça, avant d'afficher un léger rictus mutin. Lothar le vit hésiter quelques instants, avant de relever la tête vers lui, un grand sourire aux lèvres et la main tendue.

    « Et je vous prie d'excuser par avance le terrible jeu de mots que je m'apprête à faire messer mais... Soyons bons joueurs, et serrons-nous la pince ! »

Lothar resta une poignée de secondes figé par l'affligeant jeu de mot de son protagoniste, avant d'éclater d'un rire rauque et chaleureux. Il lui serra vigoureusement la main, toujours riant et expressif.

    « Aha ! Cela fait longtemps que l'on ne me l'a pas sortie celle-là ! En temps normal, ce sont mes cousins ou proches de la famille qui me l'a font. Content de voir que vous n'avez pas peur de sortir ce genre de boutades, même si au premier abord elles peuvent paraître de mauvais goût. Je vous en remercie mon cher Ervin – je pense que l'on peut oublier pour un temps nos titres, qu'en dites-vous ? »

Ervin acquiesça et les deux chevaliers se dirigèrent vers la tribune royale. Ils saluèrent avec dignité, déclamant les formules d'usage, avant de s'éclipser de la lice, laissant la place aux prochains jouteurs. Après être sortit de l'enceinte des tribunes, Lothar se tourna vers le jeune Cirley.

    « Nous devrions nous changer, si ça continue je vais littéralement cuire dans mon armure. Nous avons beau avoir l'habitude, l'armure complète reste perpétuellement un fardeau. Cela vous convient-il si nous nous retrouvons dans une petite demi-heure aux portes du tournoi ? Nous trouverions bien un endroit pour se poser, discuter et trinquer. D'ailleurs, j'ai en mes bagages un breuvage de Dorne dont vous me direz des nouvelles. »

Après avoir convenu du point de rendez-vous, les deux hommes se retirèrent dans leurs tentes pour se rafraîchir et se vêtir plus simplement. Rejoint par Sigy peu de temps après, Lothar opta pour une tunique en toile beige et écarlate, et un pantalon en cuir sombre. Ajustant ses épées, il embarqua un panier de fruits et son alcool de Dorne.

Il rejoignit ser Ervin aux portes de l'enceinte du tournoi, qui l'attendait déjà. Il fallait dire que Lothar n'avait pas la réputation d'arriver régulièrement à l'heure, mais passons. Échangeant quelques banalités, Lothar et Ervin longèrent les barrières en bois épais délimitant l'enceinte et trouvèrent la tente qui faisait office de taverne le temps des festivités. Repérant une des tables les plus éloignées du brouhaha latent des poivrots aguerris, les deux chevaliers s'y installèrent, se laissant plutôt tomber qu'autre chose, les muscles et les membres endoloris par la Joute qu'ils venaient de mener. Lothar, souriant, sortit deux coupe en métal de son sac, et servit le liquide exotique joliment ambré. Le soleil donnait à l'ensemble une explosion de couleurs vives et chatoyantes, le liquide brillant de mille feux sur le métal poli par l'usure. Lothar leva son verre, le regard brillant et franc.

    « Levons nos verres Ervin Cirley. Nous avons bien mérité notre coupette après ce rude combat. Je félicite votre détermination, votre courage et vos prouesses. Il en fallu de peu que vous me désarçonniez l'ami ! Allez, à la nôtre ! »
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Message Jeu 12 Juil 2012 - 22:40

J'éprouvai un immense soulagement -et encore, le terme était faible- lorsqu'il rit à mon jeu de mot. "De mauvais goût au premier abord", disait-il? Décidément, il me plaisait bien. Au final, je me retrouvais à attendre dans le vacarme environnant, presque submergé par la bière qui coulait à flot dans les tentes près de l'entrée. Bizarrement, la fatigue aidant sans aucun doute, cette courte attente me sembla durer une éternité lorsqu'elle ne prit en fait qu'une poignée de minutes. Néanmoins, cela m'avait laissé le temps de réfléchir à la conduite à tenir -en l'occurrence, la même qu'avec n'importe qui me sembla parfaitement convenir.
Fidèle à moi même, j'étais arrivé pile à l'heure, et avais fait le choix de congédier mon écuyer d'un jour, qui se serait probablement ennuyé à mourir et serait bien mieux auprès de ses maîtres. En attendant Lothar, j'avais fait un petit tour des environs, gardant un oeil sur le lieu de rendez-vous; et je m'étais fait accompagner sur quelques mètres par une harpiste aussi virtuose qu'enjouée, ce qui après ma défaite avait achevé de me remettre d'humeur radieuse. Aussi, c'est avec un entrain renouvelé que je saluai une nouvelle fois le Chevalier aux Crabes lorsqu'il arriva sur place. Il semblait lui aussi plutôt heureux d'être là, et la mélodie entêtante de la musicienne me trottait encore dans la tête lorsque nous pûmes finalement nous installer sous la tente.




"Nous pouvons oublier nos titres", avait-il déclaré; et cela me convenait parfaitement, dans la mesure où je n'avais que trop peu envie de me fendre de tous les efforts que demandaient les codes de la bienséance, et même si je n'oubliais pas le respect que je devais à mes pairs, et à plus forte raison à mes aînés, il fallait dire que l'heure était à la détente plus qu'aux prises de tête, du moins à mes yeux. Une fois assis au fond de la tente, là où nous pouvions nous entendre penser malgré le brouhaha des ivrognes, il tira une paire de coupes de son sac, accompagnées d'un liquide -probablement ce fameux breuvage de Dorne dont il avait parlé. Maintenant que j'étais posé comme un sac sur ce banc, je réalisais à quel point la Joute m'avait vidée de mes forces, et je me sentais aussi fourbu que l'aurait été un des vieillards ventrus dont on me parlait quand j'étais encore enfant et que je feintais pour ne pas m'entraîner. Il fut le premier à prendre la parole.

-Levons nos verres Ervin Cirley. Nous avons bien mérité notre coupette après ce rude combat. Je félicite votre détermination, votre courage et vos prouesses. Il en fallu de peu que vous me désarçonniez l'ami ! Allez, à la nôtre !

Avec un sourire aussi honnête que large, je repris le toast de bon coeur, et fis descendre une bonne gorgée de boisson qui me remua les tripes juste comme il faut. Le liquide dévalant mon oesophage donna un coup de fouet à mon organisme qui vieillissait à vue de nez, songeai-je avant de réaliser que cette pensée était purement dénuée de sens. Je ne pus que retenir un frisson qui me secoua de bout en bout, songeant qu'il fallait bien que je tienne un minimum l'alcool face à ce fameux Lothar, au moins pour la forme. Aidé par la boisson, je lançai gaiement:

-Sacré tord-boyaux que ce dornien... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il remplit plus que bien ses fonctions premières !

Je fis descendre encore un peu du breuvage, tout en observant attentivement l'homme qui me faisait face. On devinait dans son regard la même franchise, peut-être même une satisfaction identique à celle que j'éprouvais d'être assis en face d'un de mes semblables, dans une ambiance joyeuse et conviviale. Avec un temps de retard -excusable, je l'espérais- probablement dû à la fatigue, je songeai à répondre au compliment qu'il m'avait adressé.

-Peut-être s'en est-il fallu de peu pour que je vous désarçonne, mais toujours est-il qu'au final, cette victoire durement arrachée vous revient, et je le reconnais de bonne grâce. Au risque de me répéter, ce n'est pas souvent qu'on voit un adversaire tel que vous. Et en parlant de prouesse... Je lui adressais un nouveau sourire, dans lequel se lisait encore la forte impression qu'il m'avait faite en décidant de poursuivre la joute malgré son casque arraché. Je pense que votre courage mérite au moins autant que mon combat d'être honoré.

Comme pour souligner mes paroles, et plus par automatisme qu'autre chose, je levai mon verre, admirant la lumière se refléter sur le liquide et faire miroiter sur le bois de la table salie par nos prédécesseurs les reflets pâles du métal, provenant des quelques rayons de soleil qui traversaient timidement la toile usée de la tente. L'espace d'un instant, il me sembla que je pouvais choisir de traverser ce rai de lumière pour aller saluer les Sept, trinquer avec eux et revenir ici, assis à cette même table -était-ce du chêne gris? ou du hêtre ayant tant subi les outrages du temps qu'il s'en retrouvait dépourvu de toute couleur? soudain, la question me semblait de la plus haute importance, mais sa réponse m'échappait, et je n'avais pas franchement envie d'interroger Lothar sur le sujet- comme si de rien n'était.
Tout en faisant tournoyer le liquide ambré dans la coupe de mon nouveau camarade de boisson, je me souvenais que ce-dernier avait eu une attitude remarquable face à la foule après sa victoire, et me trouvai pris d'une soudaine envie de lui faire part du respect que j'avais pour son comportement, mais je me ravisais une fois de plus à temps, songeant que je l'incommoderais peut-être. En jetant un coup d'oeil circulaire à la salle, je réalisai que tout me semblait merveilleusement bien, merveilleusement beau, et Lothar en rayonnait presque. La douce harmonie des choeurs d'ivrognes mêlés aux cris de rage des perdants de parties de dés ou de bras de fer aux tables les plus proches formaient une mélodie aussi improbable qu'exquise. Songeant que je méritais une bonne beigne histoire de me remettre les idées en place, je fis descendre encore un peu d'alcool -c'est ce que l'on appelle soigner le mal par le mal, non? J'eus un nouvel instant de lucidité durant lequel je décidai de cesser le tir un petit moment sur la boisson. Cette décision fut oubliée à peu près aussi vite qu'elle fut prise, dans la mesure où je vis comme un message divin du Guerrier dans le fait que la couleur ambrée du liquide était sensiblement la même que celle des yeux de mon irréprochable monture. Pour moi, il coulait de source que les yeux, étant le siège de l'âme, reflétaient une fougue que la divinité me transmettant maintenant par cet alcool dornien. Bien sûr, avec du recul, ce raisonnement me serait apparu comme absolument bancal, mais pour l'heure il me semblait détenir la Vérité; et pour cela je devais bien remercier Lothar. D'une voix étonnement mesurée et assurée pour quelqu'un dans mon état, je lançai avec un air aussi aimable que je le pouvais:


-Ce qui est sûr c'est que c'est... plutôt une boisson d'homme, pour sûr.

À l'instant où j'achevais ce début de phrase, un type qui passait par là demanda: "Y a d'la pomme?" avant de se faire trainer sur quelques mètres par un de ses compagnons qui râla en guise de réponse "Mais oui, c'est fort en pomme!". Une fois de plus l'échange me sembla tout à fait normal, même si j'avais au fond de moi un doute quant à sa réalité.

-Toujours est-il que je me dois de vous remercier non seulement pour la superbe Joute que vous m'avez offerte aujourd'hui et qui fut ma première en tant qu'errant, mais également pour cette boisson exquise -je j'avais jamais goûté quoique ce soit de semblable.

Je comprenais mieux maintenant pourquoi Père donnait toujours le sentiment, lors des grands repas à Combemèche, d'être parfaitement sobre quand bien même il aurait descendu un tonnelet de bière. Quant à moi, eh bien, j'aurais fait un bien piteux tonnelet, aucun doute n'était permis.
Quoiqu'il en soit, il me sembla subitement inconvenant de parler tonneaux avec Lothar, et je gardais bien en vue que j'étais assis face à mon vainqueur, mon aîné de facilement dix ans, et à ce qu'on m'avait dit, un chevalier errant, tout comme moi -ou plutôt, tout comme je voulais devenir. Réfrénant une soudaine envie de chanter "Père Lothar, raconte nous une histoire" -même s'il fallait avouer que je me sentais particulièrement fier de la trouvaille que constituait cette rime-, force était néanmoins de reconnaître que j'étais très curieux de savoir comment le Ser Lothar en était arrivé là, ce qui constituaila vie d'un errant, ses joies et ses peines. Dans l'idée de réprimer une excitation quasi-enfantine, je m'ébrouais aussi discrètement que possible -autant parler d'un échec critique tout de suite. Je parvins enfin à me ressaisir; en tout ce trouble n'avait duré que quelques brèves secondes, et j'espérais seulement qu'il n'aurait rien remarqué. Au pire, je n'avais pas grand chose à perdre. Me redressant tant bien que mal, je constatai d'une part que j'avais retrouvé une musculature digne d'un vénérable ancêtre, et d'autre part que j'avais entamé sans m'en rendre compte une glissade sur ma chaise, ce qui m'ennuya au plus haut point -ça manquait singulièrement de classe. Mais n'importe; je devais reprendre la conversation avant qu'il ne s'ennuie ou pire, qu'il ne pense m'ennuyer.


-Mon cher Lothar, si je peux me permettre, j'ai toujours été friand d'histoires. Et je suis sûr qu'un homme comme vous doit en avoir à revendre!

À y repenser, j'avais probablement fait preuve d'un peu trop d'emphase sur la fin, mais peu importait, tant qu'il apparaissait clairement que je ne disais pas cela uniquement dans le but de meubler le silence. Dans le doute, j'avais également reposé ma coupe, de peur de ne pas tenir jusqu'au bout de sa réponse... au rythme où ça allait, et vu comme l'alcool semblait me réussir, en même temps, cela me semblait plus que justifié.
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Message Dim 22 Juil 2012 - 1:54

    « Sacré tord-boyaux que ce dornien... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il remplit plus que bien ses fonctions premières ! »

Venant de liquider près de la moitié de son gobelet en une lampée, Lothar eut un sourire de connivence. Dans ses yeux brillait une légère lueur de folie douce, dans laquelle s'apercevait pourtant cette douce bienveillance, sorte de bonhomie qui entourait continuellement le personnage. Mais la question n'est pas là. Malgré ses pérégrinations à travers le monde et ses serments, Lothar était quelqu'un que l'on pouvait qualifier de bon vivant. Il ne rechignait donc jamais à faire la fête et boire un bon coup, même si cela devait le conduire à vomir ses tripes dans les caniveaux. Savourant le nectar brillant resté sur ses lèvres, en passant un coup de langue rapide, il fixa de nouveau son regard sur son interlocuteur qui semblait être du même acabit que lui.

    « Aha en effet, faut admettre qu'il tape celui-là ! D'ailleurs, on raconte même que dans certaines régions, il a été interdit, soit-disant qu'ils y'en avait qui devenaient aveugles ! Vous vous rendez compte ? Aveugles, ha ha ! » Le Chevalier-aux-Crabes éclata d'un grand rire rauque avant de boire une nouvelle gorgée, qui le fit frissonner de la tête aux pieds. « En tout cas, pour moi ça reste des racontars de superstitieux. J'connaissais une Dornienne qu'en prenait au p'tit déjeuner, c'est pour dire... »

Lui glissant un de ses clins d’œil complices dont il était friand, le Celtigar jeta un œil alentour. Malgré leur abri sous un léger auvent, les deux sers avaient une vue admirable sur la taverne et les consommateurs présents. En majorité roturiers, ces derniers s'amusaient à parler fort, rire à gorges déployées, s'exciter aux dès, picoler comme des tonnelets ou encore se bastonner comme des porcinets en rute. Tableau sympathique qui fit de nouveau sourire ser Lothar. Un bon peintre aurait pu capturer ce moment si simple, si banal, mais pourtant si plein de vie, de rires et d'action. Sa contemplation fut interrompue par ser Ervin, qui reprit la parole d'une voix moins assurée qu'auparavant.

    « Peut-être s'en est-il fallu de peu pour que je vous désarçonne, mais toujours est-il qu'au final, cette victoire durement arrachée vous revient, et je le reconnais de bonne grâce. Au risque de me répéter, ce n'est pas souvent qu'on voit un adversaire tel que vous. Et en parlant de prouesse... Je pense que votre courage mérite au moins autant que mon combat d'être honoré. »

Honoré de la remarque de ser Ervin, Lothar abaissa légèrement la tête, mais s'amusa à examiner plus en détail ce jeune ser si sympathique et qui, au demeurant, semblait déjà subir les affres de l'alcool dornien. Commençant légèrement à s'avachir, le Chevalier du Val était habillé sobrement : une simple tunique en toile d'un bleu sombre, avec un pantalon noir tenu par une ceinture en cuir qui semblait avoir été mise à la va-vite. Il avait ceint son épée, comme tout bon chevalier qui se respecte, et semblait ne portait aucuns autres objets à sa ceinture. Tout en finissant sa coupette, Lothar détailla le visage d'Ervin. Des yeux rieurs, une expression affable, en somme une figure de quelqu'un de jovial, tout comme lui. Même s'il l'avait entraperçu durant la Joute, il en avait la confirmation désormais. Malgré leur différence d'âge, les deux chevaliers avaient sûrement plus de points communs que de particularités.

Lothar se resservit une chaleureuse coupe du délicieux liquide ambrée, et en profita pour resservir une rasade à Ervin qui marmonna un bref remerciement. Le jeunot semblait ressentir plus vite les effets du bon alcool du sud que le crabe mûr qu'il était. Cela ne pouvait qu'être plus sympathique et convivial. D'ailleurs, n'est-ce pas le but premier de l'eau-de-vie ? Rendre l'instant plus simple, plus vivant, plus décalé. Et, après un dur combat comme le leur, et avec un temps aussi agréable que celui-là, ce genre de moment était vraiment apprécié.

    « Ce qui est sûr c'est que c'est... plutôt une boisson d'homme, pour sûr. »

    « Ca, y'a pas à dire mon cher ! Du brandevin qui pourrait assommer un bœuf, si l'on se risquait à le lamper d'une seule traite ! »

Lothar remarqua l'homme ivre qui passait par-là, sans comprendre véritablement ce qu'il baragouinait. Il était question de... Pommes ? Hmmm, les gens de Port-Réal semblaient avoir perdu leur vigueur à tenir l'alcool dis-donc. Mais ser Ervin le ramena de nouveau dans la réalité.

    « Toujours est-il que je me dois de vous remercier non seulement pour la superbe Joute que vous m'avez offerte aujourd'hui et qui fut ma première en tant qu'errant, mais également pour cette boisson exquise -je j'avais jamais goûté quoique ce soit de semblable. »

Reposant son verre, Lothar sourit et fit de nouveau une légère révérence, la main sur le cœur.

    « De rien mon cher. Et je vous retourne le compliment. Cette Joute était vraiment comme je les aiment : longue, passionnée, épique. Je serai tombé sur quelqu'un qui m'aurait rendu seulement deux-trois lances, j'aurais eu l'impression d'avoir perdu ma journée. Et, je pensais bien que vous apprécieriez mon breuvage du sud ! Ha ha ! »

Reprenant une lampée, Lothar commençait seulement à ressentir les effets puissants de l'alcool. Une sensation de chaleur de plus en plus présente l'envahissait, et ses sens semblaient ralentir. Enfin, semblaient... Le Chevalier-aux-Crabes savait pertinemment que ses sens en pâtissaient, mais cela l'importait peu. Il était là pour se détendre et profiter, et le breuvage dornien était parfait pour cela. Alors qu'il méditait sur les effets naissants de l'alcool, il tourna de nouveau son regard vers ser Ervin. Avant même qu'il ne se retienne, un rire gras et soudain le prit, le faisant exploser devant les yeux plutôt interloqués du Chevalier du Val.

En même temps, on ne pouvait en vouloir au pauvre Chevalier-aux-Crabes. Perdu dans ses divagations alcooliques, ser Ervin avait – sans s'en rendre compte – entamé une magnifique, mais lente, glissade sur le côté, faisant légèrement chuinter le bois du banc. Ajoutez à ce tableau un faciès des plus grotesques – mélange de joie et d'incompréhension, avec une pointe de balourdise – et vous obtiendrez le ser Ervin dans tout son éclat et son panache. Son caractère jovial, et l'alcool aidant, Lothar n'avait pu s'empêcher de rire devant ce spectacle qui lui semblait tellement incongru pour un chevalier, mais si hilarant. Après avoir rit pendant quelques instants, Lothar s'accouda à la table en s'essuyant les yeux, et présenta un visage à l'aspect contrit à ser Ervin – mais auquel quelques rides rieuses s'y percevaient encore.

    « Vraiment désolé cher Ervin, je ne voulais point vous offenser mais... J'ai vraiment l'impression de me revoir il y a de ça quelques années. Encore insouciant et bon vivant. 'Fin, pas forcément plus qu'aujourd'hui mais je me comprend. » Lothar échangea un sourire désolé à Ervin. « Ne m'en veuillez donc pas et puis... On est là pour nous amuser aussi ! »

Voyant que le ser ne lui en voulait pas, Lothar trinqua de nouveau avec lui et lui lança une tape amicale sur l'épaule, qui eut pour effet de déséquilibrer un peu plus le malheureux Chevalier du Val, qui pourtant ne broncha pas et se redressa, tout sourire. Ce dernier en profita pour poser une nouvelle question, qui ravit l'esprit du chevalier errant et féru d'histoire du Celtigar.

    « Mon cher Lothar, si je peux me permettre, j'ai toujours été friand d'histoires. Et je suis sûr qu'un homme comme vous doit en avoir à revendre ! »

    « Ah ça, pour sûr ! Je suis, de plus, un adepte des histoires anci... »

Le Chevalier-aux-Crabes fut violemment interrompu par l'arrivée brutale de deux hommes éméchés, vêtu de cuir et de peaux. Ils semblaient en pleine crise hallucinatoire, vu les faces paniquées et angoissées qu'ils tiraient. Sans s'apercevoir de suite de la présence des deux chevaliers, ils prirent la parole tout fort.

    « V'la ! Là, on est à l'abri ! 'Fin pour l'moment ! P'tain, t'as vu c'ke c'qu'ils étaient Mors ? On aurait dit des monstres genre scorpions ! Y'avait du poil aussi j'crois ! »

    « Ouep' ! On aurait dit qu'ils étaient mi-ours, mi-scorpions, mais re-mi-ours derrière ! Affreux p'tain de chiotte ! »

    « T'sais c'k'on devrait faire ? Faut faire comme avec les scorpions qui se suicident quand ils sont entourés par le feu, faut faire un feu en forme de cercle, autour d’eux, comme ça ils se suicident, pendant que nous on fait le tour et on lance de la caillasse de l’autre côté pour brouiller… Non ?… »

    « Téééh, pas bête Patou ! Mais, ça t'dis quand s'jette un cornet avant ? Pour s'donner du cœur à l'ouvrage ! »

    « C'pas d'refus Mors ! »

Les deux sortirent aussi vite qu'ils étaient restés. Lothar et Ervin, interloqués et abrutis par l'alcool, restaient figés. La scène avait été si brève mais les deux chevaliers doutaient de sa réalité. Tout doucement, comme au ralenti, le Chevalier-aux-Crabes se retourna vers Ervin, puis vers son verre, puis de nouveau vers le Chevalier du Val. Il se racla la gorge avant de demander d'un air pâteux.

    « Hum... Vous... Vous avez vu comme moi ce qui vient de se passer rassurez-moi ? »

Secouant la tête de façon lothargique, le Celtigar soupira et but une longue goulée du liquide dornien. Le choc qui en résultat le surprit qu'à moitié, mais tout de même suffisamment pour qu'il se mette à tousser brutalement, faisant sursauter le Cirley. Se reprenant rapidement, le regard dans le vague, Lothar se leva difficilement. D'un geste plutôt fluide, pour quelqu'un ayant presque absorbé deux gobelets complets d'un liquide explosif, il fit valser son bras vers l'extérieur (enfin c'est ce qu'il pensait, il montrait en fait le sol). D'un air jovial, il déclara de vive voix :

    « Cher Ervin à la chope remplie, ça vous direz de faire un tour ? Histoire de nous dégourdir les arpions et les... Sens... »

Attendant la réponse, un sourire niais sur le visage, Lothar penchait doucement d'avant en arrière, tenant fermement son gobelet et son outre d'alcool. L'aventure était loin d'être terminée...
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Game of Knights [PV. Ervin]

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