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Dilemme éthique

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Message Ven 22 Juin 2012 - 23:45

La tranquillité marquait ce voyage vers Port-Réal et la côte orientale de Westeros. Un climat doux et chaleureux avait accompagné les pèlerins sur toute la durée de leur trajet, quoiqu'entrecoupé de quelques averses et journées au ciel nuageux. Toutefois, la pluie exceptée, aucune difficulté ne les avait attendue au détour de quelque butte. Les bandits n'avaient pas fait acte de leur présence, sans doute occupés par un pillage ou un détroussage... A moins que la vue des quelques hommes armés ne leur ait coupés toute envie de risquer leurs vies, dernière de leurs possessions s'il en est.
Le convoi, composé en tout de six carrioles, toutes en mauvais état ou au mieux correct, avait avancé lentement. Cette lenteur toutefois avait permis à Dorion de se resituer, de comprendre sa nouvelle position dans le monde. Un emplacement plus que précaire. Sans famille sur laquelle se reposer, sans revenu qui puisse l'entretenir, sans allié avec qui comploter... Il avait pris une attention toute particulière à n'emporter aucun symbole de sa famille par ailleurs. Et dans l'agitation du départ, son bouclier demeurait accroché au mur de sa chambre au manoir familial... Quelle tristesse.

Le chef des pèlerins, un tanneur au faciès ravagé par quelque maladie, aimait discuter avec Dorion. Outre sa présence sécurisante, le chevalier réussissait à éclairer les visages des enfants par ses traits d'humour, et même parfois déridait la rudesse des manants. Sans aucune condescendance, le jeune homme n'hésitait pas à mettre les pieds dans la boue lorsque les roues des chariots y étaient empêtrées.
Cela avait mis en confiance les paysans et roturiers, qui se plaisaient à la compagnie du ser. Peu le connaissaient, peu savaient quel était son nom. Cependant, parmi tous, l'un d'eux tenta de fuir avec l'information. Une nuit, à la faveur du sommeil de la plupart des pèlerins, le traître se faufila jusqu'aux chevaux et s'empara d'un hongre de trait. Le bruit de la soudaine chevauchée attira l'attention des veilleurs, qui choisirent de réveiller le ser.
Dorion ne réfléchit qu'un instant avant de se ruer vers sa monture; épée au fourreau battant sur les cuisses. Ne prenant pas le temps de seller son destrier, il se contenta de passer une couverture en travers et monta ainsi. La lune n'éclairait pas assez pour que Dorion n'aperçoive le fuyard; cependant, il songea que celui-ci ne quitterait certainement pas la Route de la Rose à cheval dans l'obscurité.
Le doute l'étreignit alors qu'il continuait à pousser sa monture sans rattraper le traître. Il ralentit puis stoppa son cheval. Tentant de percevoir les bruits alentour, Dorion entendit un juron percer le silence relatif de la campagne. Mettant pied à terre, il dégaina lentement sa lame en s'assurant de faire le moins de bruit possible. Il aperçut à la lueur pâle de l'astre lunaire la silhouette pliée de l'individu.
À ses côtés, gisait le hongre, mort. Contrairement à ce qu'avait pensé le chevalier, l'homme n'avait pas fait attention à rester dans les limites de la voie et avait tenté de s'en éloigner. Le seul résultat fut une chute violente qui brisa net les cervicales de l'animal et mit à bas son cavalier. Dorion approcha en douceur et piqua légèrement le dos du fuyard.
Celui-ci réagit en se penchant en avant et se retournant. Couteau en main, les rayons nocturnes ne révélaient qu'un visage blafard et effrayé. Un pauvre hère, un vilain sans le sou. Mais déterminé à s'enrichir le plus possible. Aussi tenta-t-il le pire : il se plongea en avant, lame en avant. Mais l'épée de Dorion lui donnait une meilleure allonge. Et l'acier perça sans mal le torse du traître.
Le chevalier resta interdit un moment, regardant la vie quitter peu à peu sa victime. Le sang assombrissait la tunique beige, à tel point qu'au final le corps semblait se fondre avec les ombres. Le froid de la nuit ne rappela pas de suite le ser à la réalité, perdu qu'il était dans ses pensées. Et lorsque ce fut le cas, il nettoya son épée et la rangea.

Le reste du voyage fut plus mouvementé. Légèrement plus calme, Dorion restait affable; mais le temps se dégradait. Des pluies intenses se succédèrent jour après jour, parfois accompagnées d'orages et même de grêle. Et, au tournant d'un bosquet, plusieurs bandits dépenaillés les attendaient.
Bien qu'il n'y ait pas eu d'affrontement, le simple nombre ayant fait fuir cette bande de rustres, le ser avait ressenti une grande appréhension. Et ce à l'idée de faire à nouveau couler le sang. Si cela était nécessaire, il le referait. Mais rien en ce geste qu'est le meurtre ne lui plaisait. Il préférait de loin les joutes, les duels; qui n'allaient que rarement jusqu'à la mort.
La guerre ne l'avait pas encore touché. Son seul véritable combat avant sa première victime avait été le jour où Lotar était mort dans ses bras. Et alors il n'avait qu'au mieux blesser ses adversaires. Lotar. Ce brave hédoniste au grand cœur. Mort pour des raisons triviales. Il avait promis de devenir seigneur à cet homme qui n'avait jamais connu que la pauvreté et l'anonymat.
Alors qu'ils buvaient, guillerets, le mercenaire lui avait confié son rêve : que les grands se souviennent d'hommes et de femmes du commun, qu'ils se souviennent des gens qui n'ont jamais comptés. C'est sans doute en ce sens qu'il avait demandé à Dorion de devenir seigneur. Car le chevalier n'avait jamais détourné le regard devant les roturiers. Chacun trouvait une sorte d'importance dans son esprit. Le peuple était une force selon lui; une force puissante. Qui sinon le commun constituait les armées ? Qui sinon le commun produisait toute la nourriture ? Qui sinon le commun faisait d'un roi un roi et d'un seigneur un seigneur ?
En cela, Lotar avait vu juste. Il demeurerait toujours dans le cœur du ser; resterait dans ses pensées. Et ses derniers mots, Dorion fera tout pour les accomplir.

Le temps s'était dégagé durant la matinée, et, peu après le zénith, ils aperçurent enfin Port-Réal, capitale des Sept Couronnes et de tout Westeros. Vaste cité, immense ville, sa démesure aveuglait presque Dorion autant que ses compagnons de voyage. S'il avait déjà été aux alentours de la cité à l'occasion d'un tournoi, il n'en avait jamais pénétré son enceinte. Et cela allait sans doute lui plaire au plus haut point.
Le bruit et l'agitation ne le dérangeaient pas, au contraire ils semblaient l'entourer de vie. Les rues bouillonnantes ravissaient le jeune homme, qui s'intéressait à tout et à tous. Parfois, à travers ces inconnus et inconnues, il voyait des personnes originaires des Cités Libres ou des Îles d'Été. L'exotisme existait en ces lieux pourtant similaires à la terre natale de Dorion.
Les quelques étals proposaient des produits traditionnels, des poteries jusqu'aux étoffes. Un boulanger vendait là du pain, qui n'inspira pas le chevalier; deux bouchers rivalisaient de leurs voix pour vanter leur marchandise suspecte. Tout cela était assez déroutant pour le chevalier. Mais pas dérangeant. Plutôt enivrant.

Le groupe, ou plutôt la colonne, prit la Route de l'Acier vers le Grand Septuaire; qui surplombait cette partie de la ville du haut de la Colline de Visenya. Magnifique ouvrage, bâtisse splendide, haut-lieu de culte, le Septuaire de Baelor était le seul but actuel de Dorion. Il avait toujours été fidèle aux enseignements des Sept; à l'exception de quelques occasions bien sûr.
Cependant, toujours il les avait prié, toujours il les avait imploré. Et depuis qu'il avait quitté sa famille, plus que jamais. La Mère pour la sienne, pour ses oncles. Le Guerrier, chaque matin, avant de nettoyer machinalement son épée. L'Aïeule pour savoir quel chemin à prendre.
Contournant le Septuaire, ils parvinrent à la petite place devant l'entrée où se tenait une statue de Baelor le Bienheureux, roi qui avait intrigué Dorion dans lesquels livres qui en faisaient mention. Tout au long de l'étang de l'Arc-en-ciel, s'étaient dispersés des dévots, profitant des apparitions du soleil bienvenu d'été.
Les chariots, laissés plus loin, avaient été pour la grande partie vidés. Le ser lui avait mis pied à terre et menait sa monture par la bride. Pour l'entrée en ville et la visite au Grand Septuaire, Dorion avait revêtu son armure entière. D'autant que les rues n'étaient pas toutes sûres. Et que celle-ci le démarquait des simples hommes d'armes ou reîtres. Avait-il fier allure le chevalier du Bief !

Lorsqu'ils entrèrent au sein du Grand Septuaire, sous le dôme majestueux, la beauté les paralysa tous quelques instants. La lumière chatoyante envahissait la salle de toutes parts, illuminant le marbre déjà blanc de pureté. La foule de nouveaux arrivants se dispersa peu à peu; et Dorion fit ses adieux – chaleureux – au chef des pèlerins; qui le remercia de sa protection.
Priant les Sept pour leur demander de veiller sur sa famille, y compris son frère; le chevalier repensa au chemin qu'il aurait à parcourir avant d'atteindre le rêve qu'il s'était fixé. Qu'il s'était fixé pour Lotar. Et pour lui-même. Il avait les capacités, le talent. Il ne lui manquait que l'argent, l'influence. Et ces choses, ils pourraient les obtenir. Il le voulait, il ferait tout pour. En se relevant, une lueur déterminée brillait dans ses yeux.

Descendant la Rue des Sœurs vers la place centrale, Dorion répondit aux appels d'un saltimbanque quémandant quelques pièces pour un spectacle médiocre de jonglerie. Déposant l'argent demandé aux pieds de l'artiste, il fut récompensé par une révérence et sourit de tout son saoul. Qu'il était bon de se sentir bon et généreux !
Il traversa avec difficulté la place centrale, noire de monde; et s'aperçut qu'il devait veiller à tout moment sur ses fontes lorsqu'un jeune miséreux tendit sa main vers elles. Du plat de la lame, il donna un coup sec sur les doigts et le garçon recula et s'enfuit. Secouant la tête, il soupira devant les extrémités auxquelles étaient réduits les pauvres gens pour se nourrir. Le petit mendiant n'avait rien d'autre que des fripes souillés sur lui.
S'engageant vers les quais, où il trouverait sans doute un établissement de beuverie digne de ce nom et des compagnons agréables – ou moins agréables –, Dorion profita de la proximité de Culpucier pour comprendre que Port-Réal n'est certainement pas épargnée par la misère dévorante des gens du commun.
Il croisa une foule de vagabonds, de mendiants et catins. Celles-ci par ailleurs lançaient nombre d'avances aux passants qui, pour la plupart les ignoraient. Dorion au contraire s'arrêta pour discuter aimablement avec les demoiselles, jeunes ou moins jeunes, parlant de tout et de rien; allant parfois jusqu'à blaguer sur leur profession. Le jeune chevalier y trouva une certaine douceur, pensant qu'au final – même s'il avait du payer quelques cerfs d'argent à l'assemblée pour capter son attention – ce monde n'était pas que mal et corruption.
Bifurquant vers les quais, il fut bloqué par cinq individus à l'air patibulaire, placés ostensiblement pour empêcher tout passage. Mimant une petite révérence, Dorion tenta de forcer les gueux à se disperser. Mais ils ne firent pas un geste, sauf celui de prendre en main divers pièces de bois et autres objets métalliques.

- Messers, voyons, que voulez-vous de moi ? Je ne suis qu'un humble pèlerin, et, ne fait que passer.
- On veut tout c'que t'as ! Tout ! Maintenant !
- Tut-tut-tut, ce ne serait pas correct de ma part... Ni de la vôtre, mes chers amis !
- Ah ouais ? Les gars, 'llez !

Le ser recula et fit claquer la bride pour éloigner son destrier un peu. Il posa la main sur la garde de son épée, prêt à dégainer mais ne voulant pas engager les hostilités. Derrière les cinq gaillards relativement charpentés, une silhouette se discernait dans la lueur du soleil. Peut-être de l'aide ? Ou pire...
Quoiqu'il en soit, Dorion n'allait certainement pas fuir mais il ne souhaitait pas non plus se battre face à des pauvres gars désœuvrés et sans le sou. Son armure allait être un atout face à un armement grotesque et dans une rue étroite. Contrairement à son habitude, il allait donc à coup sûr devoir batailler sans difficulté. Difficulté belliqueuse et physique du moins.
Concernant la difficulté morale, cela allait être tout autre. S'il devait en venir à tuer l'un d'eux... Il se rappelait de l'incrédulité qui marquait le visage de l'homme qui avait souhaité le dénoncer contre une récompense. Et ces rustres, face à lui, n'étaient pas différents. Ils devaient sans doute manquer de nourriture, de vêtements propres et chauds. Leurs familles importaient sans doute plus que tout. Et ils volaient pour survivre... Triste sort.
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Message Sam 23 Juin 2012 - 16:00

    « Port-Réal est en vu cap'taine ! »

Le capitaine Tarne, fier gaillard à la barbe fournie, aux favoris touffus, et à la bedaine rebondie fit un signe de tête au timonier. L'instant d'après, il aboyait ses ordres à son équipage, et réduisit la voilure à l'approche du port. Comme faisant abstraction de toute l'agitation qui secoua l'embarcation, une silhouette, vêtue de cuir et ceinte d'épées, se tenait là, sur la proue de la galère de bois clair, observant la cité qui se découpait dans un ciel pâle.

Ah. Port-Réal. La Cité des Rois. Formidable héritage de la maison Targaryen régnant sur la ville depuis sa création, plus de deux cent ans auparavant. Le liseré de remparts de teinte écarlate entourant l'agglomération était réputé pour être infranchissable et indestructible, participant à sa renommée. L'entrelacs d'habitations en briques, bois ou grès qui composait la cité lui donnait un certain cachet, mélangeant de nombreux styles d'architectures. Trois monuments particulièrement imposants et exceptionnels surplombaient la ville du haut de leurs collines respectives, renforçant le contraste entre la ville haute et les bas-quartiers. Malgré cet étonnant mélange de toutes les strates sociales du continent, des différences palpables entre les quartiers se faisait voir. Le cas du Culpucier était le plus marquant, la misère et le miasme social flottant dans le quartier comme une chape de brume étouffante et âcre, rendant les habitants mornes, sombres et aigris.

Le navire tangua plus vivement, faisant sortir de ses pensées l'homme présent à la proue. Ce dernier passa sa main dans ses courts cheveux châtains tirant sur le gris, et jeta un œil derrière lui, sur l'équipage frénétique. Souplement, il sauta sur le pont et vint se poster à côté du capitaine Tarne, qui inclina aussitôt légèrement la tête.

    « Messer Lothar, nous devrions débarquer d'ici une bonne demi-heure. L'vent est avec nous et les gars souquent ferme. »

Le ser Lothar acquiesça du chef et donna une claque amicale dans le dos du marin. Reprenant sa marche sur le pont, le chevalier salua de nombreuses têtes, souriant et encourageant l'équipage. Il rejoignit un homme qui, assit sur un tonneau, aiguisait une longue épée de piètre facture. Lothar posa un regard amusé sur la vieille lame, regard que surprit son compagnon.

    « Allez bon, quoi encore Lothar ? Non en fait, ne dit rien. Je sais ce que tu vas me dire et je te le répète : c'est non. »

Un sourire apparut sur le visage de Lothar, accentuant ses rides de visage. Après un moment de silence, ponctué par le frottement régulier de la pierre à aiguiser sur le fer, le chevalier éclata d'un rire rauque.

    « Non mais sérieusement Mathis, quand est-ce que tu décideras d'abandonner cette vieille barre de fer ? Elle n'est plus bonne qu'à découper du beurre, et encore. Tu vas me faire le plaisir de t'en acheter une nouvelle. »

    « Voilà, tu recommences ! Tu sais que tu peux être plus têtu qu'un sanglier ? Est-ce un héritage de la maison Celtigar ? »

    « En effet, mais c'est surtout de... »
    Lothar détourna le regard, plongeant son regard bleu-gris vers les falaises bordant la cité royale. « De mon père que je tiens ça. Plus têtu que lui, je n'en ai pas encore trouvé. »


La douleur l'assaillit un court instant, qu'il parvint à refouler. Mathis, connaissait ces moments qui apparaissaient lorsque l'on évoquait le père de Lothar, Lord Humphrey Celtigar. Ce dernier était en effet atteint d'une maladie grave, l'ayant rendu fou et obsessionnel, et ne reconnaissait quasiment plus ses proches et ses enfants. Lothar avait été profondément touché et en gardait encore les séquelles aujourd'hui. Il cligna des yeux et afficha de nouveau un léger sourire.

    « Tu pourras dire ce que tu veux, je te convaincrai d'acheter une nouvelle épée. »

    « Causes toujours vieux bougon ! »
    lança Mathis d'un air ronchon.

La complicité qui unissait les deux chevaliers était peu commune. Très familiers entre eux vis-à-vis de leur statut, il n'en avait que faire. Âgés de la quarantaine tous les deux et excellents amis depuis l'enfance, Lothar Celtigar et Mathis Brune faisait un duo atypique dans le cercle restreint des chevaliers. Errants là où l'aventure et le mystère étaient présents, parcourant des étendues de continent pour parfois juste dénicher une babiole un peu antique, ils se battaient aussi pour un monde meilleur – ou du moins, un monde un peu plus égalitaire. Très à cheval sur l'Honneur, Lothar n'hésitait pas à mettre sa lame au service de ceux qui en avait besoin – qu'ils soient seigneurs, nobles, paysans ou simples manants. Accompagné de ser Mathis, il avait bonne réputation dans la populace, mais était plutôt brimé par certains chevaliers et seigneurs.

    « Messers, nous arrivons ! »

    « Merci Tarne. Préparez nos chevaux et dites aux hommes qu'ils sont libres d'aller où il leur entend une fois sur terre. Nous partons ser Mathis et moi pour un voyage qui va durer plusieurs mois. Ne nous attends donc pas Tarne. Prends-donc ceci. »
    Lothar tendit une bourse bien remplie au capitaine de la galère. « Je te charge comme habituellement d'en prendre grand soin Tarne. »

Le capitaine s'inclina, remercia Lothar et repartit donner ses derniers ordres pour l'accostage. Le chevalier jeta un œil par-dessus le pont. Actuellement en train de remonter la Nera pour accéder aux quais, les majestueux murs du Donjon Rouge les contemplaient d'un air supérieur sur leur imposante colline. Peu à peu, les rumeurs des docks et du Marché aux poissons se firent entendre, jusqu'à devenir un incroyable brouhaha quand ils ne furent plus qu'à quelques dizaines de mètres de leur point d'amarrage. Devant l'ampleur du chari-vari, Mathis glissa d'une voix cynique :

    « Bienvenue à Port-Réal messer. »

Les deux chevaliers rassemblèrent leurs affaires et équipements et mirent pieds sur les quais. Leurs montures, déjà présentes, piaffaient devant tant de bruit et d'agitation. Lothar dut tapoter le flanc de la sienne pour la calmer avant de se tourner vers Mathis.

    « Tu as moyen de nous trouver un établissement un peu à l'écart des quais pour quelques nuits ? Peut-être la Maison Bleue a encore des places. J'aimerai passer un peu de temps en ville, cela fait trop longtemps que je n'ai pas parcourut ses rues étroites et rencontrer ce brassage de peuples. »

Ser Mathis sourit, acquiesça et prit la bride de son cheval et de la monture de bât. Lothar quant à lui salua le capitaine Tarne, jeta un dernier coup d’œil à sa galère, La Fulgurante, et prit le chemin de la Porte de la Rivière (ou Porte de la Gadoue comme l'appellait les habitants des quais). La foule épaisse et bruyante fut plus étiolée une fois la porte dépassée, permettant au chevalier quadragénaire de souffler un peu. S'essuyant son visage en sueur avec un morceau de tissu, son attention fut attirée par un petit regroupement de personne à quelques pieds de lui. Des éclats de voix se firent entendre, Lothar ne réussissant qu'à comprendre quelques bribes de conversations.

    « … tout c'que t'as ! Tout ! Maintenant ! »

    « Tut-tut-tut, ce... Pas correct de ma part... Ni de la vôtre... »

    « Les gars, 'llez ! »

Plissant les yeux à cause de la lumière, Lothar vit un homme en armure, la main sur la garde de son épée, entourait d'une bande de bougres aux allures patibulaires qui semblait en vouloir à son argent. Le Celtigar observa quelques instants les différents protagonistes : les roturiers étaient équipés de bric-et-de-broc – tantôt un morceau de bois, tantôt une barre de fer – et se retrouvaient face à un chevalier, tout de plates vêtu, qui pourtant tardait à dégainer. Lothar se rapprocha doucement et perçut le doute, mais aussi une lueur de compassion dans les yeux du jeune chevalier. Cela lui suffit pour se décider à intervenir. Affichant un agréable sourire, il s'approcha de deux hommes et leur empoigna les épaules, du haut de son mètre quatre-vingt-sept.

    « Bien le bonjour messers. Quelle belle journée ne trouvez-vous pas ? Alors, est-il vraiment l'heure de se battre et tomber sur le risque de se faire tuer pour quelques bouts de pièces métalliques ? »

Faisant sursauter la petite troupe, les deux hommes qu'il avait agrippé tentèrent de se dégager mais l'emprise de Lothar se fut plus pressante. Les autres grognèrent mais hésitèrent. Ils étaient pris entre deux feux : d'un côté un chevalier en armure complète ; de l'autre un homme porteur d'armes qui semblait expérimenté et habile au combat. Resserrant sa pression sur les épaules des deux hommes, qui grimacèrent légèrement, le visage de Lothar se fit plus froid, tout en gardant cet air affable.

    « Il vaut mieux en rester là non ? Votre conduite ne vous mènera à rien. »

Les apprentis bandits se regardèrent interloqués, hésitants et soupçonneux. Devant leur indécision et leur agressivité revenir, Lothar dégaina d'un geste son épée courte et frappa du plat de l'épée sur tous ceux portant un semblant d'arme. En deux-temps-trois-mouvements, ils se retrouvèrent tous sans rien dans les mains. Ils allaient en venir aux poings quand Lothar leur jeta une petite bourse en peau.

    « Tenez. Voilà une somme qui vous permettras de subsister pendant un moment, tous autant que vous êtes. N'oubliez surtout pas : la violence ne mène qu'à un seul chemin : la mort. J'ai conscience de votre condition mais vous perdrai tout à vouloir dépouiller les gens, surtout par la force. Soyez honnêtes avec vous-même pour protéger et nourrir votre famille de manière honorable. »

Les six hommes contemplèrent le contenu de la bourse, et se sentir tout penaud. S'excusant en bafouillant à moitié au chevalier inconnu et à Lothar, ils partirent en courant, en abandonnant leur semblant d'armes. Lothar, un léger sourire aux lèvres mais inquiet de leur devenir, se retourna vers le chevalier inconnu. Ce dernier, les bras ballants, semblait ne pas avoir réalisé tout ce qui s'était déroulé sous ses yeux. Jeune, les cheveux bruns mi-longs, et le regard rieur, il semblait être un joyeux luron. Lothar lui adressa un sourire bienveillant et lui tendit une main burinée par l'âge.

    « Enchanté ser. Ser Lothar Celtigar de Pince-Isle. Vous ne m'en voulez pas d'être intervenu ? Je vous sentez en piteuse position. »

Il jeta un œil dans la rue, repérant une échoppe toute proche.

    « Seriez-vous intéressé par un verre ser ? Cette agitation et cette chaleur m'ont asséché le gosier. »

Attendant la réponse, Lothar rengaina son épée courte et observa fixement le jeune chevalier, son éternel petit sourire affable sur le visage.


Dernière édition par Lothar Celtigar le Mar 10 Juil 2012 - 12:46, édité 1 fois
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Message Mer 27 Juin 2012 - 17:41

La surprise n'était pas suffisante pour la situation présente. Loin de là. Bien que les cinq marauds auraient pu être écartés au prix de palabres longues et fastidieuses, l'arrivée inopinée d'un autre chevalier les décida du trop grand danger de l'embuscade. Pourtant, ce fait n'avait pas étonné outre mesure Dorion, qui comprenait tout à fait la présence d'un ser dans les rues de Port-Réal; quoi de plus anodin au final ? Et bien, peu de choses.
Au contraire, la diplomatie et le tact employés par le nouveau-venu avaient tout pour surprendre le jeune homme. Habituellement, sans faire preuve de réel goût pour la violence, les chevaliers ne respectaient pas pour autant à la lettre les commandements des Sept. Ils répugnaient généralement à s'abaisser à discuter d'égal à égal avec le commun. Et plus encore lui accorder le moindre intérêt... ou la moindre compassion.

Cependant, c'était certainement ce sentiment qui venait de pousser le ser inconnu à faire don d'une partie de sa fortune pour, outre éviter un combat, permettre à des hommes désespérés de vivre plus confortablement... Quoique le confort soit relatif pour ces gens.
Le nouveau-venu l'intriguait plus qu'il ne le voulait. Qui était donc cette belle âme, ce bon chevalier à la générosité expressive ? Peut-être ses armes aideraient-elles à l'identifier... Un écu pendait aux fontes de la monture du chevalier, dont Dorion entrapercevait quelque aperçu rapide. Du rouge... sur du blanc... Des symboles... Forme ovale... Un crabe ? Oui, cela doit être cela. Mais quelle maison avait-elle ce blason ?
Lorsqu'il se présenta, le jeune homme se souvint soudain de ces leçons de géographie et de héraldique. À l'est de Port-Réal, se dresse une île où siègent depuis des décennies la famille Celtigar. Mais il en savait peu sur cette maison. Trop peu pour juger de la personnalité du membre éminent de cette famille qu'il avait face à lui. Aussi préféra-t-il rester affable, comme à son habitude.

- Le bonjour, messer ! salua-t-il avec emphase, mimant une petite révérence, rendue difficile par le port de l'armure. Je suis enchanté de rencontrer un chevalier si illustre en un lieu si pittoresque. Je suis pour ma part un humble serviteur des Sept qui peine à trouver sa place en notre beau royaume. Dorion est mon nom et votre est ma gratitude !

Il se redressa et lâcha le pommeau de son épée, pour attraper la longe de sa monture; restée tranquille grâce à l'absence de combats et de bruits. Souriant de toutes ses dents, le ser écouta la proposition et hocha doucement la tête.

- Je serai ravi de vous accompagner, et, je l'espère de vous rendre l'argent que vous avez donné pour m'épargner cet affrontement... en vous offrant à boire, bien sûr !

Invitant en tentant à nouveau une référence le ser Lothar à avancer, il marcha de concert tandis qu'il déblatérait sur le temps et le paysage. Dans son esprit toutefois, s'imposaient de nombreuses questions; la plus importante étant : ce chevalier est-il un simple voyageur ? Ou est-il un allié de son frère, envoyé avec l'ordre de faire disparaître Dorion... Ou encore un homme avide d'une fortune, quoique réduite, mais toujours bienvenue...

- Et la vision du Grand Septuaire ! Je vous le dis, mon cher ! Il faut le visiter ! La grandeur de Baelor le Bienheureux transparait par cet ouvrage majestueux...

Dorion en vint à penser à une éventualité... Une éventualité d'alliance. Un chevalier d'une maison renommée pourrait être un soutien idéal, un ami fidèle... Ou même un employeur potentiel. Bien que le ser ait caressé l'espoir de prendre la tête de la famille Varnier, bien qu'il souhaite plus que tout devenir seigneur, sa préoccupation récente était de trouver une place pour échapper à son frère.
En effet, en tant que chevalier errant, Dorion pouvait disparaître lors d'une promenade nocturne ou autre sans que personne ne s'en formalise. Mais si le chevalier était employé par une personne d'importance... Alors là, il serait en sécurité. Nul ne pouvait l'accuser d'aucun crime qui justifierait son arrestation, d'autant que lord Varnier était loin de souhaiter une telle issue.
Et, bien entendu, le contraire était loin d'être différent. Qui pouvait soupçonner un seigneur du Bief de souhaiter la mort de son frère, chevalier par la grâce des Sept, parti sur les routes des Sept Couronnes ? Le prouver serait difficile pour Dorion, mais pas impossible.

- ... Pensez-donc au temps et à l'ingéniosité qu'il a fallu déployer pour bâtir le Donjon Rouge ! Ah, mais nous sommes déjà arrivés. Et moi qui parle sans vous laisser me dire ce que vous pensez de la capitale, quel rustre je fais... Mais entrez-donc, je m'occupe d'amener nos montures à l'écurie et vous rejoint vite !

Espérant ne pas avoir froissé le chevalier, Dorion tendit la main pour qu'il puisse lui confier – ou non – la bride de son destrier. Une sorte d'épreuve de confiance...
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Message Lun 9 Juil 2012 - 21:18

Peu après son intervention, le jeune chevalier resta coi quelques instants. Mais un sourire empreint de respect fit surface sur son visage. Ponctuant ses mots par une légère révérence, comme il était d'usage dans les Sept Couronnes, il prit la parole.

    « Le bonjour, messer ! Je suis enchanté de rencontrer un chevalier si illustre en un lieu si pittoresque. Je suis pour ma part un humble serviteur des Sept qui peine à trouver sa place en notre beau royaume. Dorion est mon nom et votre est ma gratitude ! »

Le regard rieur et bienveillant, Lothar abaissa légèrement la tête, rendant par-là même son salut à ser Dorion. En observateur consciencieux, c'est le moment qu'il choisit pour examiner plus en détail son interlocuteur. C'était d'ailleurs là une manière qu'affectionnait le Chevalier-aux-Crabes, appréciant découvrir les détails qui pouvaient le renseigner plus profondément sur la nature et les origines de ses protagonistes.

L'éclat de l'armure complète – au premier abord reluisant – apparaissait comme terni, comme pour marquer l'ancienneté de la plate, ou d'un manque évident d'entretien. Cela ne signifiait peut-être pas grand-chose, mais Lothar aimait s'attarder sur la moindre broutille pouvant le renseigner. Il s'aperçut d'ailleurs que le chevalier n'arborait aucunes armoiries ni armes d'une quelconque maison ou famille, ce qui était plutôt étrange. Même les chevaliers errants arboraient quelques emblèmes personnels ou non, les distinguant de ses pairs. Comme pour confirmer cette singularité, Lothar se rendit compte que lors de sa présentation, le chevalier avait prit soin de ne donner aucun nom de famille. Il jeta un œil à la monture du jeune chevalier : aucun écu ni signes distinctifs ne pendaient de la selle et des sacoches en cuir. Un chevalier en exil ? En fuite ? En quête ? Le naturel curieux du chevalier quarantenaire le fit froncer les sourcils un court instant, avant que le masque bienveillant de son visage réapparaisse. Si ser Dorion daigne lui accorder sa confiance et lui confier ses secrets, la curiosité de Lothar en sera comblée. Dans le cas contraire, le Chevalier-aux-Crabes n'en avait cure : chacun avait ses propres secrets, pénibles pour la plupart, et il n'était pas homme à insister grossièrement pour obtenir ce genre d'aveux.

    « Je serai ravi de vous accompagner, et, je l'espère de vous rendre l'argent que vous avez donné pour m'épargner cet affrontement... en vous offrant à boire, bien sûr ! »

    « A la bonheur mon cher ! Après vous, je vous en prie. »

Se retournant pour attraper la bribe de son destrier, Lothar ne put s'empêcher de jeter un dernier coup d’œil à l'équipement de ser Dorion. Les rayons du soleil, se réfléchissant sur l'armure dépolie du jeune chevalier, s'attardèrent un instant sur la lame que portait ce dernier. Son regard perçant glissa sur la garde et sur l'hermine y étant gravée. Une hermine. Cela ne le renseignait pas davantage, plusieurs maisons portaient cet insigne, et Lothar n'avait pas la prétention de connaître l'ensemble des héraldiques usuels. Cela pouvait être aussi bien un Florent, un Rosby ou même un Prestre. Cela interpellait plus le Chevalier-aux-Crabes qui ne voudrait se l'avouer. Il aimait savoir à qui il avait affaire, mais il pouvait s'en passer.

Lui adressant un clin d’œil amical, il le rejoignit et, de concert, ils se dirigèrent lentement vers le débit de boissons le plus proche. S'échangeant quelques banalités d'usage, nourrissant la conversation – abordant notamment des sujets tels que l'architecture ou les actualités diverses de la cité – les deux chevaliers se rapprochèrent de l'échoppe, de laquelle s'échappait des rires gras et des tintements de chopines.

    « ... Pensez-donc au temps et à l'ingéniosité qu'il a fallu déployer pour bâtir le Donjon Rouge ! Ah, mais nous sommes déjà arrivés. Et moi qui parle sans vous laisser me dire ce que vous pensez de la capitale, quel rustre je fais... Mais entrez-donc, je m'occupe d'amener nos montures à l'écurie et vous rejoint vite ! »

    « Aha, merci l'ami ! Et ne vous formalisez donc pas pour moi. J'ai suffisamment rouler ma bosse pour connaître le bon moment où les convenances et les obligations sont inutiles. Appelez-moi donc Lothar, ça me suffit. De toute façon, sommes-nous pas égaux dans ce vaste monde ? »

Le Chevalier-aux-Crabes lui décocha un sourire, et lui confia la bribe de sa monture après l'avoir déchargé de quelques sacoches. Après un bref salut à Dorion, il s'empressa de rentrer dans l'établissement devant lequel ils se trouvaient. Ce dernier, à la dénomination engageante – « A la Bonne Nera » – était un établissement de pierres brutes claires, mais percé d'une multitude d'ouvertures aux verres colorés. Ainsi, il y régnait une ambiance chatoyante et chaude, aux innombrables reflets et aux teintes éclatantes. Dedans, l'ambiance y était aussi exaltante que les couleurs bariolées recouvrant les murs, les banquettes et les tables. Marins, marchands, travailleurs et chevaliers y étaient attablés, quelques courtisanes étant présentes ici et là, dans un concert de rires, d'éructations et de discussions endiablées. Le regard perçant et avisé de Lothar repéra rapidement une table libre, près d'une fenêtre ouverte donnant sur cour, non loin d'une table semblant réunir une demi-douzaine de joueurs de dès. Se faufilant à travers les clients de la guinguette, il héla une serveuse, un joli brin de fille d'une trentaine d'années qui lui jeta un regard mutin.

    « Qu'est-ce que ce s'ra pour vous messer ? Vous savez que nous ne servons pas que des boissons... » rajouta-t-elle, un sourire qui en disait long sur ses lèvres.

    « Merci bien ma chère, mais apportez-moi donc deux pintes de votre meilleure bière pour commencer. Pour la suite, je penserai à vous si besoin. » glissa Lothar, avec son éternel clin d’œil malicieux mais bienveillant.

Alors que la serveuse repartait, Lothar s'installa sur l'une des larges banquettes entourant la table basse en bois massif qui leur servait de table. Décrochant son baudrier de cuir afin de le poser à ses côtés, il se mit à son aise en attendant le retour de Dorion. Cet étrange chevalier à l'allure sympathique l'intriguait, et était pressé de le connaître un peu plus. Étant lui-même considéré comme un chevalier atypique, peu adepte des conventions sociales et des fioritures, il aimait trouver cette originalité chez d'autres confrères, trop peu nombreux à son goût.

Pendant sa pseudo-réflexion philosophique, il capta l'arrivée de ser Dorion et lui fit un large signe de sa place. Ce dernier l'aperçut rapidement et se fraya un chemin jusqu'à Lothar. L'accueillant à bras ouvert, le Celtigar lui lança :

    « Cela vous convient-il mon cher Dorion ? N'est-ce pas un endroit tout-à-fait sympathique pour se rafraîchir et faire connaissance ? » Lothar vit arriver du coin de l’œil la charmante serveuse leur apportant leur commande. Après l'avoir remercié d'un signe de tête respectueux, il ajouta avec un sourire espiègle. « On y fait d'ailleurs de charmantes rencontres. »

Dorion entreprit de s'installer en face de Lothar, mais la chose ne fut pas si aisée. Encore vêtu de son armure complète, la banquette basse n'était pas si facile d'accès, malgré l'habitude du chevalier. Lothar ne put s'empêcher de rire et de se moquer doucement du pauvre hère.

    « Ha ha ! Avant de tomber sur le dos comme une tortue sur sa carapace, vous voulez p'tet un coup de main ? Au moins, enlevez votre plastron, vous y serez plus à votre aise. Attendez. »

Lothar contourna la table et aida le malheureux ser à se débarrasser du haut de son armure. Quelques minutes plus tard, les deux chevaliers étaient enfin attablés, confortablement installés. Lothar leva sa chope en métal remplit du précieux breuvage frais et fixa Dorion, une expression affable sur le visage.

    « Santé ser Dorion ! A notre rencontre et à cette belle journée ensoleillée qui ne fait que commencer ! »

Les deux gobelets tintèrent, et Lothar vida d'une traite la moitié de sa coupette. Le liquide frais et légèrement pétillant avait de quoi rafraîchir, surtout par la chaleur ambiante qui régnait dans la taverne. S'essuyant la mousse qui avait perlé sur ses lèvres, Lothar s'affala un peu plus dans sa confortable banquette, tripotant machinalement sa bague familiale. Après avoir jetait un regard circulaire aux clients du débit de boisson et à l'ambiance festive, il reporta de nouveau son regard sur le jeune chevalier attablé à ses côtés. Après une nouvelle gorgée de bière, le Chevalier-aux-Crabes reprit la parole.

    « Dites-moi Dorion, que faites-vous donc à Port-Réal ? Je vous soupçonne d'être un chevalier errant, mais ce ne sont que des suppositions d'un vieux crabe qui à pas mal voyager. Mais j'aime penser que je suis loin d'être gâteux, même si nombre de mauvaises langues n'hésites pas à le colporter. »

A cette pensée, Lothar eut un rire jaune. Il n'en avait que faire de ces on-dits et autres rumeurs. Il faisait ce qui lui paraissait juste et bon, pas seulement pour lui mais pour les peuples de Westeros. Une autre gorgée de bière vint apaiser sa soif et il fixa de nouveau le jeune chevalier inconnu, attendant sa réponse.
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Message Jeu 12 Juil 2012 - 14:09

Guidant les deux montures vers l'écurie proche – qui, au demeurant, n'était qu'un appentis puant longeant la bâtisse –, Dorion repensa au sourire décoché l'instant d'avant par le chevalier. Tant de sympathie le dérangeait. Nul doute qu'il n'y avait que sincérité et amabilité dans les gestes et les mots du ser; cependant, le danger restait omniprésent. Le jeune pouilleux qui servait visiblement de palefrenier se précipita vers Dorion et bafouilla quelques paroles incompréhensibles mais le jeune homme devina le contenu et donna un cerf d'argent au gamin. Il posa une main sur son épée et l'autre sur l'épaule de l'enfant, lui conseillant de ne "perdre" aucune affaire qui soit sur les montures. L'autre déglutit et acquiesça vigoureusement, complètement gagné par la peur.

Dorion rejoint ensuite son compagnon du moment à l'intérieur de la taverne qu'il jugea sympathique et bien entretenue. L'assemblée paraissait commune à tout débit de boisson, avec ses habitués tranquilles, ses habitués ivres et ses voyageurs de passage. Le ser ne regarda pas avec attention les clients, de crainte d'attirer l'attention par-là même. Il passa donc les premières tables et chercha le Celtigar du regard, profitant pour L'ambiance y semblait chaleureuse. Peut-être un peu trop au goût du ser qui se sentit au final mal à l'aise quand une serveuse l'effleura avec soin au passage. Il resta droit et stoïque et lança un regard qui fit hausser les épaules à la demoiselle. "Vulgaire", marmonna-t-il en reprenant le chemin vers la table où Lothar lui faisait signe.

- Charmante, charmante; sans doute, mais je préfèrerai un peu plus de raffinement. Enfin, faisons avec !

S'approchant de la table, il sentit le plastron de son armure bloquer au niveau de la table. Levant les yeux au ciel, il apprécia l'aide de Lothar pour le débarrasser de son poids encombrant. Toutes ses histoires sur les chevaliers héroïques en armure étaient surfaites. Quelle propagande que les contes romancés !
Une fois libéré de l'étreinte, il garda cependant non loin son bien; peu confiant quant à la populace de Port-Réal. Ainsi qu'à la sécurité de tels lieux. Saisissant la chope, il se prit à repenser à la dernière fois qu'il avait bu de l'alcool. C'était à Bourg-Cabanes. Ah ! Un temps révolu pour Dorion.

- Santé, ser Lothar ! Espérons que ce soleil ne nous quitte jamais !

Lotar. C'était le dernier à avoir partagé un verre d'alcool avec lui. Il en était mort. Un frisson parcourut l'échine du chevalier, qui vida d'un trait son verre. Nul trépas ne devrait toucher les braves hommes. Mais ils étaient les seuls à mourir; les autres, sans honneur, n'hésitaient pas à s'en prendre à d'honnêtes gens. Pitoyable. La colère prit racine dans le cœur de Dorion.
Lorsque la question fatidique lui fut posée, le ser n'hésita pas longtemps. Après tout, il ne mentirait pas et, moins encore, ne tromperait son monde. Quiconque l'avait espionné aurait pu vérifié la véracité de ses dires.

- J'étais venu à Port-Réal en pèlerinage au Grand Septuaire de Baelor. Maintenant que cela est fait, je ne sais pas quelle direction prendre. Peut-être rester ici quelques temps. Car, bien sûr, vous avez raison; je suis bien un chevalier qui parcourt les routes de Westeros, du mieux possible. Les paysages y sont si différents et magnifiques; ce serait une tristesse de ne pas découvrir toutes les merveilles que ce monde nous offre.

Il passa bien entendu sous silence sa fuite nécessaire de son foyer. Après tout, qui pouvait se douter qu'il avait une maison quelque part au Bief ? Lui-même commençait à douter. Si jamais il retournait là-bas, ce serait pour combattre. Et sans doute devrait-il se résoudre à tuer son frère. Ce qui le répugnait au plus haut point. Wesley, malgré tous ses défauts évidents, restait son sang.
Une ombre voila et glaça son cœur. Le destin le rattrapait. Curieuse ironie pour un homme aux talents divers de finir exilé, loin de toute attache. Un homme qui ne souhaitait pas combattre plus que de raison confiné à la dernière solution de devoir tuer. Encore et toujours du sang et la Mort.

- Et vous, cher Lothar ? Baroudez-vous sur la route comme vous dites ? Ou êtes-vous décidé à vous installer durablement ?
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Message Lun 30 Juil 2012 - 0:17

    « J'étais venu à Port-Réal en pèlerinage au Grand Septuaire de Baelor. Maintenant que cela est fait, je ne sais pas quelle direction prendre. Peut-être rester ici quelques temps. Car, bien sûr, vous avez raison; je suis bien un chevalier qui parcourt les routes de Westeros, du mieux possible. Les paysages y sont si différents et magnifiques; ce serait une tristesse de ne pas découvrir toutes les merveilles que ce monde nous offre. »

Lothar se para d'un léger sourire qui, malgré l'absence de réaction, trahissait une certaine joie d'avoir vu juste. Le Chevalier-aux-Crabes, pourtant pas fier pour un sou, aimait tellement décrypter ses interlocuteurs, qu'il ne pouvait s'empêcher d'esquisser un léger rictus lorsque ces derniers lui donnait raison. Reprenant une lampée du gouleyant liquide, le chevalier à la récente quarantaine observa de plus belle le visage de ser Dorion. Il crut apercevoir un instant une sombre lueur s'abattre sur son regard, ainsi qu'une légère tension des traits de son museau. Mais cet instant fut si prompt que Lothar eut un doute sur ce qu'il avait aperçu. Ne préférant pas continuer son examen, le Chevalier-aux-Crabes finit d'un trait sa chope, au moment même où son interlocuteur le fixait de nouveau.

    « Et vous, cher Lothar ? Baroudez-vous sur la route comme vous dites ? Ou êtes-vous décidé à vous installer durablement ? »

Les prunelles de Lothar brillèrent un instant, illuminant son visage. Quant on évoquait le sujet des voyages et autres pérégrinations que le chevalier de Pince-Isle avait réalisé, son regard et son expression trahissaient sa fierté et son contentement. Passant machinalement sa langue sur les quelques gouttes de bières perlant de ses lèvres, il se tourna vers son homologue chevalier.

    « Eh bien cher Dorion, pour la petite histoire, je suis possédé par l'esprit de l'aventure et de la curiosité depuis mon plus jeune âge. M'installer durablement dans un endroit quelconque, même dans une ville aussi hétéroclite que Port-Réal, je préfère même pas y pensez, voyez-vous ? Et puis, l'exaltation de l'inconnu, le frisson de la découverte, et la douce frénésie des nouvelles rencontres... Je ne l'échangerai pour aucune chose qui existe en ce bas-monde. »

Le visage de Lothar n'exprimait plus qu'une douce joie qui exhalait de lui, comme les senteurs suaves et fragantes d'un parfum de caractère. Cette félicité latente entourait si puissamment le personnage, que toute personne extérieure à la discussion aurait pu sourire de cette euphorie clairement affichée. Reprenant soudainement conscience qu'il affichait un air que l'on pourrait qualifier de béât, Lothar se ressaisit et fit brusquement un signe vers la serveuse la plus proche. Malgré que Dorion n'ait pas encore terminée sa première consommation, le Chevalier-aux-Crabes commanda deux autres bières. Après avoir échangé de nouveau un clin d'oeil mutin à la serveuse, plus jeune que la précédente cette fois-ci, il reporta son attention sur le chevalier assis face à lui.

    « Bref, tout ça pour vous dire que ma vie me convient tout-à-fait. L'Aventure, c'est ma Vie. Je sais que plusieurs médisent sur mon compte, notamment sur mon âge, mes responsabilités, etc... Mais, parcourir les routes, à la recherche de pauvres hères en détresse ou de somptueuses reliques, c'est vraiment quelque chose d'unique. »

Attiré par un une clameur proche, le Celtigar tourna la tête légèrement, pour voir de quoi il en retournait. Apparemment, les joueurs de dès, assis à une table proche des deux chevaliers, semblaient avoir quelques différents qui se manifestèrent vivement par un haussement général de ton. Les mots « Tricheur ! », « Sottard ! » et « Enculé ! » fusèrent rapidement, créant une certaine attention autour de la demi-douzaine de protagonistes. Amusé, Lothar se préparait pourtant à intervenir si la situation tournait véritablement au vinaigre. Se penchant vers Dorion, il lui glissa :

    « Mais assez parlé de moi pour le moment. Vous avez vu comme moi ce qui se trame à quelques mètres de nous et je doute qu'aucuns des nobliaux ici présents ne bougeront le moindre petit arpion pour calmer la situation. Je sais que notre rôle n'est pas celui d'un garde-taverne, mais calmer les tensions et éviter les effusions de sang, cela fait partie de notre devoir. »

Le Chevalier-aux-Crabes venait à peine de souffler ses derniers mots qu'une clameur formidable retentit, suivit d'un grand fracas. Les six protagonistes aux dès venaient de se lever et de renverser la table, faisant par-là même valser chopines, dès et plateau de jeu. Le chuintement si particulier d'une épée sortant de son fourreau se fit entendre, précipitant les cris et la panique alentour. La baston semblait peu courante dans l'établissement en question, car le maître des lieux semblait lui-même pétrifié devant le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Lothar se pencha de nouveau vers Dorion.

    « Qu'en pensez-vous mon cher ? Ne serait-il pas temps que nous préparions nos armes ? »

Un sourire aux lèvres, le Celtigar mit la main à sa garde.
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Message Mar 31 Juil 2012 - 0:42

Le Chevalier-aux-Crabes semblait être un joyeux luron. Prêt à rire, toujours plein d'entrain, il faisait un compagnon tout à fait appréciable. D'autant qu'il avait un goût plus que passionné pour la boisson... et les jeunes filles. Quelque peu dérangeant venant d'une personne de cet âge, mais après tout, il y a bien pire en ce monde; pensait Dorion. Aimant les compères affables, il fit de suite le rapprochement entre le ser ici présent et... Lotar, l'aimable reître avec qui il avait passé un temps à s'enivrer et à se bagarrer à Bourg-Cabanes. La coïncidence qu'était la ressemblance entre les deux hommes frappait de plus en plus le Bieffois. Il y avait en eux une certaine légèreté, un certain plaisir de vivre qui faisait regretter au jeune homme ses propres ambitions... Mais si peu qu'il préféra en sourire et ne pas s'en soucier outre mesure.
Visiblement, le chevalier de la maison Celtigar voyageait et aimer cela. Une passion digne de respect, Dorion lui-même ayant parcouru plusieurs routes dans sa vie; mais renoncer à un foyer n'était pas dans la perspective du ser. Après tout, lorsque l'hiver vient, comme disent si bien les Stark, et que le froid s'insinue en toute terre; il fait bon se réfugier chez soi auprès d'un âtre ronronnant. Mais qu'importe ! Voyant son compère commander à nouveau, il haussa les épaules et se reprit à penser à ses jours heureux à Dorne. Vidant sa chope, il écouta les mots de Lothar et secoua la tête, affirmatif.

- Vous avez raison, il faut très certainement que nous intervenions pour rétablir l'ordre !

Joignant le geste à la parole, il posa sa main sur son épée. Libéré qu'il était de son carcan d'acier, Dorion serait bien plus à l'aise pour combattre. Se rapprochant peu à peu du groupe, il analysa la situation. Trois groupes s'étaient formés. D'un côté, les supposés tricheurs au nombre de deux dont l'un avait dégainé une épée abimée et l'autre une massue de bois. De l'autre côté, leurs accusateurs, trois hommes équipés de couteaux. Et enfin un seul individu qui avait l'air plus perdu que méchant, reculant lentement. L'air effrayé de ce dernier laissait penser que l'affrontement n'aurait rien d'amical. Ce qui fut prouvé par la blessure qu'infligea soudain l'un des tricheurs à un de ses adversaires, lui tailladant le torse; désormais orné d'un balafre sanglante. Il tomba en arrière, hurlant et portant les mains à sa blessure. Dorion leva une main et s'adressa aux bagarreurs.

- Du calme ! Du calme ! Pourquoi ne pas vous rasseoir et nous parler à mon confrère chevalier et à moi-même afin que nous puissions vous aider à régler ce problème sans effusions de sang... Enfin, exceptée la vôtre, cher ami, ajouta-t-il à l'adresse du blessé.

- Casse-toi, gars, c'pas tes affaires ! Menaça l'un des dénonciateurs, en s'avançant et en tentant de repousser Dorion avec son couteau.

- Ca, c'est pas malin.

Le chevalier esquiva sans peine le coup malhabile et donna un vigoureux uppercut dans les côtes de son assaillant, ce qui lui coupa le souffle et le fit reculer. Ayant lâché son arme, le ser l'envoya en arrière du pied et dégaina la sienne. Se faisant le plus menaçant possible – en pure perte assurément, l'acier y pourvoyant à lui seul –, Dorion se mit en position afin de menacer les deux groupes; le dernier joueur détalant depuis le premier sang.

- Bien. Désormais, j'espère que la situation est claire pour vous autres. Si vous souhaitez vous battre comme des chiffonniers, il faudra nous passer sur le corps. Enfin, surtout sur celui de mon comparse, rit Dorion avec un clin d'oeil à l'adresse du Celtigar.

Cependant, les compétences en matière de diplomatie du ser semblaient défier toute mesure. En effet, réussir à allier deux ennemis contre soi, c'est faire montre d'une capacité inédite et sans commune mesure. Aussi les cinq joueurs restants se tournèrent-ils vers les deux chevaliers, avec une sorte de détermination dans le regard qui faisait douter de leur lâcheté présumée.

- Hum. Voilà qui s'annonce mouvementé.
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Message Lun 6 Aoû 2012 - 0:20

    « Vous avez raison, il faut très certainement que nous intervenions pour rétablir l'ordre ! »

Lothar, qui s'était levé à l'instant où ser Dorion avait prononcé les mots « Vous avez raison », attrapa son baudrier de cuir, sur lequel pendait ses deux lames, et entreprit de l'attacher consciencieusement. Resserrant les dernières sangles en cuir, il jeta un œil aux protagonistes : la tension était à son comble, et les rictus et grimaces que s'échangeaient les deux bords n'avait rien d'encourageant pour la suite des événements. Seul un des joueurs s'écarta du point de tension, une expression inquiète sur le visage. Du coin de l’œil, il capta le mouvement de Dorion, et le vit s'approcher de quelques pas, avant de prendre la parole.

    « Du calme ! Du calme ! Pourquoi ne pas vous rasseoir et nous parler à mon confrère chevalier et à moi-même afin que nous puissions vous aider à régler ce problème sans effusions de sang... Enfin, exceptée la vôtre, cher ami... »

La réponse cinglante d'un des hommes fusa, sèche et concise, comme un fouet qui claque. Lothar constata que les talents de diplomatie du ser Dorion étaient bien piètres, précipitant la situation en leur défaveur. D'ailleurs, cette dernière s’envenimait de seconde en seconde, quand l'un des malandrins – sot qu'il était – se précipita, couteau levé, sur Dorion. La main sur la garde de son épée, et un coup d’œil sur les autres protagonistes, le Chevalier-aux-Crabes assista à l'action de désarmement de son pair. Avec un sourire, il ne put s'empêcher de susurrer :

    « Pas mal pour un jeunôt... »

Dégainant son épée, Dorion refit face aux balourds, qui semblaient plus agressifs et méfiants que jamais. Amusé de la situation, Lothar examina de plus belle les malandrins. Malgré l'inquiétude palpable de se mesurer aux deux chevaliers, ces guignols ne laissaient rien paraître, et affichaient chacun une expression qu'ils essayaient de rendre menaçante. En pure perte pour trois d'entre-eux, qui semblaient plutôt souffrir des affres d'une constipation avancée. Pendant que Dorion déblatérait une fois encore, Lothar repéra les éléments alentours qui pourraient lui être utile par la suite. Chaises, bouteilles, dès... Son ancien mentor lui sermonnait toujours que parfois, quelques éléments tout simples pouvaient changer la donne d'un combat et éviter un massacre inutile. Quand il releva la tête, il entendit juste les dernière bribes de paroles du chevalier-sans-blasons, qui ponctua ses dires par un léger rire.

    « ...il faudra nous passer sur le corps. Enfin, surtout sur celui de mon comparse ! »

Après un rictus et un reniflement de dédain, Lothar se dit que le ser Dorion n'avait véritablement aucun talent pour la diplomatie. D'ailleurs, il faudrait qu'il écrive quelques manuscrits là-dessus. « Comment convaincre des fauteurs-de-troubles de se retourner contre soi ? ». Ou encore, « Le Guide du Parfait Incompris. ». Oui, le ser pourrait se recycler dans l'écriture s'il le voulait.

Cessant ses pensées frivoles et décalées, le Chevalier-aux-Crabes se tourna vers ses assaillants. Un sourire aux lèvres, il dégaina sa lame courte et refit un point sur la situation. Tel qu'il était placé, il faisait face aux trois antagonistes armés de larges couteaux. Sans jeter un regard à Dorion, Lothar enchaîna.

    « Bien, l'heure de la parlotte est terminée mon cher. Je vous laisse les deux de votre côté, je me charge de ces trois-là. »

Redressant sa lame, une lueur de défi dans les yeux, il attendit l'action des trois pignoufs. Pourtant, ces derniers ne bougèrent pas d'un pouce malgré leur attitude belliqueuse. Ils se regardaient, comme s'ils attendaient l'action d'un d'entre-eux pour y aller. Soupirant, Lothar se redressa et apostropha le groupe.

    « Allez en garde mes lapinous ! C'est l'heure d'se faire bichonner ! »

La réaction fut vive. Après un court instant de choc, les trois adversaires hurlèrent et invectivèrent le chevalier, tout en s'élançant sur lui. A l'instar de leur soudaine action, Lothar réagit promptement. D'un geste sec et précis, il lança son pied contre un tabouret proche, qui s'envola avant d'atterrir brutalement dans les jambes de l'un d'entre-eux. Ce dernier s'écroula de tout son long, en embarquant au passage le contenu d'une table – soit un service à tasses et plusieurs couverts. Le gémissement qui en découla fit sourire Lothar. Les deux autres adversaires tombèrent sur lui, chacun faisant de grands moulinets avec leurs lames courtes. Esquivant les coups, Lothar cherchait la meilleure façon de les désarmer sans pour autant les blesser – parce qu'en fin de compte, ses gredins n'étaient sûrement pas de mauvais bougres. Faisant virevolter son épée pour les faire reculer, le Chevalier-aux-Crabes eut le temps de choper une nappe qui traînait sur le sol et, d'un geste souple et prompt, le fit claquer vers les deux protagonistes. Son coup fit mouche, et l'un des deux hommes lâcha son couteau avec un grognement. Mais, voyant le regain d'agressivité du second, Lothar préféra vivement abandonner le drap sur l'autre homme – qui le reçut sur le crâne et l'obligea à se dépatouiller pendant quelques instants – pour s'élancer contre l'excité au couteau.

Une simili-danse martiale débuta entre Lothar et le bougre. Quand l'un s'avançait, l'autre reculait, et inversement. Leurs armes sifflaient dans les airs au rythme des coups effrénés et rageurs. Malgré ses esquives, Lothar reçut une blessure sur le poignet qui le fit grogner légèrement. En retour, son adversaire eut droit à une sérieuse estafilade sur la jambe gauche, qui le fit poser un genou à terre. Lothar en profita d'ailleurs pour lui administrer une droite fulgurante, qui acheva de le mettre au sol.

Mais Lothar eut à peine le temps de souffler qu'il reçut un formidable coup dans les côtes qui le fit tomber dans un souffle. Le roturier au drap, plus énervé que jamais, rouait de coups le ser Lothar qui avait beaucoup de peine à parer. Son adversaire, presque aussi grand que lui, mais bien plus fournit en muscles, ne lui laissait aucunes fenêtres d'action. Sentant sa tension augmenter, il réussit pourtant à balancer son coude dans le bas-ventre de son opposant, qui lui permit de rouler sur le côté et l'envoyer au tapis d'un coup de garde d'épée.

    « Pfeu... Sacré morceau... » grogna le Chevalier-aux-Crabes.

Il lança un regard au ser Dorion qui semblait ne s'en sortir guère mieux. Apparemment, les deux hommes avait réussit à le faire trébucher sur le comptoir du tenancier, ce qui avait eu pour effet de renverser plusieurs rangées de spiritueux sur les trois combattants. A moitié sonnés et couverts de vinasses, les trois protagonistes se relevaient difficilement pour en découdre à nouveau, malgré leur état plutôt pitoyable. Alors que le combat débutait à nouveau, Lothar glissa auprès d'un des adversaires de Dorion, celui à la masse.

    « Ha ha ma mignonne ! Montre-moi c'que tu as dans le slibard ! »

L'homme, décontenancé et vexé, se retourna brutalement... Et se reçut un poing magistral dans le visage. Le choc l'envoya paître sur le comptoir, ayant pour effet un instant de flottement entre Dorion et son adversaire. D'ailleurs, le dernier combat se termina rapidement, Dorion virevoltant devant son antagoniste, malgré les relents d'alcool qu'il soulevait à chaque passa d'arme. Après un mouvement rapide, il mit à terre son adversaire qui, apeuré, déguerpit de l'auberge en se frayant un chemin à travers la foule qui observait tout ce remue-ménage depuis la rue.

Après avoir fait un clin d’œil à Dorion, le Chevalier-aux-Crabes observa le théâtre de leur échauffourée. L'établissement, qui était encore respectable et agréable quelques minutes auparavant, était sans-dessus-dessous, donnant une impression apocalyptique. Entre les rayons d'alcools déversés, les tables fracassées et les corps gisants des roublards, la mine déconfite du tenancier était parfaitement compréhensive. Alors que Lothar aller féliciter Dorion de leur combat, un léger bruit se fit entendre non loin d'eux. Le premier homme que Lothar avait fait trébucher se relevait péniblement. La mine ahurie et le visage niais, il observa la scène d'un air de mollusque. Son regard se posa sur les corps de ses camarades, puis sur les deux chevaliers. Une lueur d'hésitation fit durcir ses traits, et sa main se crispa sur sa lame. Lothar l'aida dans son choix.

    « Hé toi ! Pourquoi tu n'vas pas pisser un peu contre le vent hein, ça te rafraîchirait les idées.  »

Le Celtigar pouvait être plutôt cru quand il le voulait, notamment dans ce genre de situation. Mais il fallait avouer que, généralement, ce genre de tirades chocs étaient plutôt efficaces. Le gaillard hésita quelques instants, puis finit par se décider à sortir piteusement de la guinguette, une main sur le crâne. Lothar dissimula un sourire et se tourna de nouveau vers le Chevalier-sans-blasons.

    « Beau combat mon cher ! Mais la prochaine fois, laissez-moi parler. On aurait peut-être pu éviter ce carnage... » Lothar jeta un œil à la tunique dégoulinante de Dorion. « ...Ainsi que ce genre de désagréments. »

Avec un rictus, Lothar tapota le dos du chevalier. Pourtant, une fois encore, avant même que les deux chevaliers ne réagissent, un groupe de soldats de la ville débarqua, avec à leur tête un homme de haute stature, au visage sévère et aux traits durcis. Ce dernier, qui semblait être le sergent, observa le carnage et s'approcha des deux hommes.

    « Salutations messers. Pouvez-vous me dire ce qu'il s'est passé ici ? »

Les deux chevaliers se regardèrent en soupirant.
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Message Ven 24 Aoû 2012 - 19:37

Après un affrontement mouvementé, risqué même, Dorion souffla et put constater les dégâts que cet affrontement avait causé. Assez triste que tant de destruction soit la conséquence d'une altercation qu'il avait souhaité éviter. Quoiqu'il en soit, il allait payer royalement et grassement le tenancier, afin qu'il puisse réparer les dégâts... et s'offrir de plus jolis meubles. La sobriété passagère due à l'alcool s'estompa, permettant au chevalier de réfléchir à son esprit de chercher une solution.

Une mélancolie passagère l'effleura, car il se prenait à se souvenir d'un voyage à Dorne. Lorsqu'il eut des démêlés avec les autorités locales. Avec un dénommé Lotar. Après beuveries et chants. Les bagarres. Triste sort que celui réservé au reître. L'Aiglon volait pour la dernière fois au-dessus de Bourg-Cabanes. Lui qui avait souhaité s'élever au rang de noble. Être un seigneur. Être bon avec les pauvres. Mort. Dorion soupira légèrement et regarda les alentours.

Alors que Lothar se débarrassait du dernier des joueurs, le Bieffois s'approcha de l'aubergiste et lui donna quatre dragons d'or, en s'excusant platement auprès du quinquagénaire grisonnant. Celui-ci dissipa les craintes du ser, avec son sourire aimable, en évoquant les fréquentes dévastations commises par telle ou telle bande d'ivrognes. Lorsque Dorion fut de retour auprès de son compère chevalier, quelques instants à peine plus tard, des Manteaux d'Or pénétrèrent dans l'établissement avec à leur tête un homme à l'air dur, qui dépassait d'une bonne tête Dorion. Le ton de cette question ne semblait pas accordé à celui du tavernier; et cela n'augurait rien de bon.

- Et bien, honorable membre du Guet, nous avons quelques malandrins, des fauteurs de troubles à vous remettre, l'un d'eux s'étant enfui il y a quelques instants à peine par la porte. Ces gens ont commencé à en venir aux mains et, dès que j'ai entrepris de les raisonner, ils nous ont sauvagement agressés. Bien heureusement, l'adresse du ser Lothar ici présent a permis de mettre hors-combat la plupart. Enfin, tous, à vrai dire. Voyez-vous, je ne tiens pas vraiment la boisson, je me souviens d'un repas où lord Tyrell, dont j'étais encore l'écuyer à l'époque, rencontrait pour la pr...

- Oui, oui, histoire intéressante sans doute, mais il va falloir que vous veniez pour qu'on sache ce qui s'est passé durant la bagarre. Allez, suivez-nous.

- Bien, bien, j'obtempère... Et je suppose que vous aussi, cher compagnon ?

La question n'avait été lancée que par pure courtoisie, tant les regards des gardes ne laissaient d'autre issue possible. De surcroit, si l'histoire contée l'avait été sur le ton de la naïveté, de l'emphase et du récit; elle n'en restait pas moins un indice sur l'identité du chevalier. Il ne pouvait se départir de la crainte que quelqu'un dans cette salle soit à la solde de son frère honni. Et précisément, ses maladresses et coups pris durant l'affrontement étaient essentiellement dues aux trois individus louches qui n'avaient cessé de le dévisager. Dont deux qu'ils connaissaient. Des manants d'un village proche du domaine de sa famille. Ils les avaient vus, armés, lorsque Wesley les avaient envoyés le chercher dans sa chambre. Dès lors, il n'avait pas été concentré. Mais peu importait, grâce au Celtigar qui s'était débarrassé des adversaires.

L'intervention des manteaux d'or lui permit au final de se défaire de ses poursuivants, du moins un temps durant. À l'extérieur, cinq autres membres du Guet les attendaient, les chevaux des deux nobles tenus par la longe. Encadrés par les militaires, les deux sers furent à un poste vaguement fortifié. L'ancienne habitation avait simplement ses fenêtres clôturées; et quelques gardes restaient auprès du bâtiment.

Entrant, ils furent rejoints peu après par les joueurs dont un seul semblait en état de parler; les autres gisant assez pitoyablement ou étant en état de semi-ébriété. Le sergent leur posa quelques questions, auxquelles ils répondirent vaguement en expliquant le déroulement de leur partie. Comprenant rapidement que la bagarre aurait eu lieu même sans l'intervention des chevaliers. D'autant que le tenancier avait insisté devant le manteau d'or sur le fait qu'il avait plus que largement remboursé pour les dégâts occasionnés. Aussi fit-il enfermer pour quelques jours les joueurs, avant de s'adresser aux chevaliers.

- Messers, vous êtes libres. Z'êtes nobles en même temps. Donc je vous laisse partir. Mais évitez de vous battre à nouveau, appelez plutôt le Guet.

- Bien, sergent ! Je vous souhaite une bonne journée.

Sortant à l'extérieur, Dorion retourna à son cheval et vit l'un de ses poursuivants dans une rue adjacente. Il soupira et comprit qu'il devait désormais quitter Port-Réal. Peut-être avait-il encore un peu de temps, mais il ne devrait pas traîner. Il se retourna et attendit Lothar, qui venait vers lui.

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Message Dim 14 Oct 2012 - 22:03

Contemplant le désastre que la bagarre avait entrainé, le Chevalier-aux-Crabes se sentit légèrement coupable. Le capharnaüm que les protagonistes avaient semé était digne d’une bagarre généralisée dans un des tripots infâmes du port. La plupart des tables étaient renversées, voire abimées ; le comptoir du bar et ses alentours étaient inondés d’alcools de toutes sortes, auquel s’ajoutait une quantité impressionnante de tessons de bouteille ; les tapis épais et autres tentures de décorations avaient été laminés par la baston, mais aussi par quelques lampes à huile qui avaient répandus leur contenu inflammable… Bref, un carnage.

L’arrivée des Manteaux d’Or avait sonné le glas de la bagarre, et Lothar observa l’échange qui se déroula entre le sergent du Guet et le ser Dorion. Comme il avait pu le constater tantôt, ce dernier avait tendance à parlotter beaucoup – et c’était d’ailleurs ce qui avait déclenché la rixe précédente. Alors le chevalier de Pince-Isle fronça légèrement le nez quand Dorion commença à déblatérer vivement. Pourtant, il fallait avouer que sur ce coup-là, le jeune chevalier se débrouillait plutôt bien. Mais, la chance continuait à se gausser des deux malheureux chevaliers, et c’est avec une lassitude non dissimulée que le Chevalier-aux-Crabes accepta de suivre le sergent et ses hommes.

Les deux chevaliers sortirent de l’établissement, sous les regards curieux de dizaines de personnes. Les réactions de la foule allaient de l’admiration béate, au dégoût à peine camouflé, en passant par une indifférence totale. Lorsque des nobles se mêlaient des affaires des petites gens, cela était plus ou moins bien accueilli par les roturiers. Sans se départir de faciès si jovial, le Chevalier-aux-Crabes accompagnait la petite troupe du Guet jusqu’à quelques baraquements à l’allure plutôt sordide.

Constatant que ses poings gardaient les séquelles du combat, il profita de l’attente que les deux chevaliers durent subir pour nettoyer le sang séché qui maculait ses phalanges dans l’eau d’une fontaine proche. Lothar en profita pour y tremper son visage, afin de remettre ses idées en place. Son retour à Port-Réal se faisait en fanfare, c’était le moins qu’on puisse dire ! A peine débarqué dans la fière capitale de Westeros que le Celtigar se retrouvait dans une bagarre qui dégénéra et qui commit des dégâts plutôt importants… Cela semblait dire : Bienvenue à Westeros !

Alors qu’un Lothar débarbouillait revenait auprès de ser Dorion – ce dernier affichant une expression patiente, d’où laquelle perlait un soupçon d’inquiétude, matérialisait pas ses regards alentours – un des gardes sortit de la masure, et leur fit signe d’entrer. Les deux chevaliers échangèrent des regards curieux avant de suivre l’homme au sein de qui était sans doute l’un des repères du Guet. A l’intérieur, se trouvait déjà les malandrins qui les avaient agressés. Ils étaient tous en bien mauvais état, à l’exception d’un qui semblait presque conscient de ce qui se passait autour de lui. Le sergent fit signe aux deux chevaliers de s’asseoir à ses côtés et, sans aucun préambule, commença l’interrogatoire des pourceaux. Ou plutôt, du pourceau, car il ne sortait rien des borborygmes et autres gémissements des autres loques qui étaient presque à moitié sur le sol. Pour le coup, Lothar n’avait pas lésiné sur la force de ces coups, l’un des seuls moyens de couper court à toute tentative de récidive.

Le questionnaire dura une bonne demi-heure, et Lothar commençait sérieusement à trouver le temps long. Le sergent était un personnage pragmatique, très rigoureux sur la procédure, et préférait confirmer les versions des joueurs. Au bout de ce temps, le sergent raccompagna les deux chevaliers à la porte. Les voilà blanchi de toutes accusations, et aussi libre que l’air. Encore heureux, alors qu’ils n’avaient fait que se défendre. Lothar était encore persuadé qu’ils auraient pu éviter ce carnage en prenant plus de pincettes avec les joueurs concernés, encore que leurs états d’esprit fussent plutôt vindicatifs sur le moment… Le chevalier de Pince-Isle rejoignit son compère qui venait de récupérer leurs montures.

    « Bien, bien, sacrée histoire n’est-ce pas mon cher ? » Lothar lui adressa un de ses clins d’œil dont il avait le secret. Observant les alentours, il repéra le chemin qu’ils avaient précédemment empruntés. « Nous devrions retourner à l’auberge, afin de nous excuser en bonne et due forme au propriétaire. Notre sortie fut plutôt… Cavalière, dirons-nous. Nous devons saluer ce brave homme qui a témoigné en notre faveur. »

Alors que le ser Dorion acquiesçait, Lothar mit les pieds aux étriers et mit au trot sa monture. Les sabots résonnaient sur les pavés tâchés de poussière, et le duo arriva en vue de la guinguette en l’espace de quelques minutes. L’attroupement qui avait accompagné leur sortie n’existait plus, malgré que quelques groupes ici et là stagnaient et lorgnaient sur les bouteilles d’alcools et autres spiritueux qui avaient roulés jusqu’aux abords de la devanture. Mais trois hommes du Guet étaient restés pour faire régner l’ordre autour de l’établissement amoché, et aucun quidam ne tentait de s’approcher.

Lothar descendit le premier de son destrier, et serra la bride sur un anneau prévu à cet effet qui ornait la façade de l’auberge. Faisant un signe de tête aux Manteaux d’Or pour passer, le Chevalier-aux-Crabes pénétra de nouveau dans la gargotte en désordre. Le tavernier, aidés par une dizaine d’hommes et de femmes, tentait tant bien que mal de remettre en état ce qui pouvait l’être, et de réparer les fauteuils et tables brisés. Quand les deux chevaliers firent irruption dans la salle, le propriétaire alla rapidement à leur rencontre. Avant même qu’il n’esquisse un mot, Lothar lui sourit et lui asséna une tape amicale sur l’épaule.

    « Nous revenons nous excuser une fois encore du dérangement et du fatras que nous avons malheureusement engendré… Ser Dorion ici présent m’a dit qu’il vous avait dédommagé. Est-ce suffisant ? » Le commerçant, tout sourire et pas rancunier pour un sou, lui répondit avec une voix chaleureuse. « Ne vous inquiétez point messer, vous m’avez rendu un fier service à bouter ces malandrins hors de mon établissement ! Cela faisait plusieurs fois qu’ils m’posaient quelques soucis et des bagarres mineures… J’pense qu’ils ont compris la leçon et r’mettront pas les pieds ici avant un bout d’temps ! Et pour les dégâts… J’devais rénover un peu la boutique donc bon, laissez-donc ! » L’aubergiste, bonhomme, salua les deux chevaliers et s’en repartit superviser ses hommes.

Lothar se retourna avec le sourire vers Dorion, haussa les épaules, et lui proposa de repartir. Après avoir salué une dernière fois le tenancier, les deux hommes sortirent du tripot, une humeur affable sur le visage. Il était plutôt rare de tomber en ces jours sur une personne aussi débonnaire, et cela avait de quoi réchauffer le cœur du chevalier quarantenaire.

    « Quel début de journée ser Dorion ! Nous mériterions bien une autre chopine après ça, mais je pense que pour vous, ce n’est pas pour tout d’suite n’est-ce pas ? » Lothar faisait référence à la formidable odeur de vinasse qui se dégageait encore du pauvre ser Dorion. L’odeur l’embaumait tel un tonnelet de rouge, et avait de quoi être légèrement écœurante. Souriant, il lui lança une grande claque amicale sur le dos, une façon pour lui de montrer son côté taquin. Mais alors que le chevalier de Pince-Isle allait enchaîner, un jeune garçonnet accourut vers lui, coupant net la conversation entre les deux chevaliers. « Scusez’-moi m'ssers ! Mais m’sser Mathis a b’soin d’vous ser Lothar ! Il a parlé d’une missive importante de la part d’un certain C. S., et qu’c’est pour vous ! Il m’a dit qu’c’était urgent ! »

C.S. C.S… Caleb Storm. Son fils. Ou plutôt, son bâtard. S’il recevait une lettre de sa part, c’est qu’il avait des informations sur un quelconque site antique, ou une relique intéressante. Et ça, le Chevalier-aux-Crabes n’y était pas insensible. Après avoir remercié le garçonnet, Lothar se tourna vers Dorion.

    « Veuillez m’excusez ser Dorion, mais comme vous avez pu l’entendre, une affaire urgente m’attend. Je ne peux malheureusement pas la faire attendre, et je vais devoir vous abandonner. » Le chevalier de Pince-Isle lui tendit sa paluche. « C’était un plaisir de vous rencontrer ser Dorion… Même si vous avez préféré garder le secret sur votre nom de famille. J’espère que nous nous recroiserons un jour, au détour d’une route, d’une ville ou même d’une auberge de passage. Et j’espère que lors de nos retrouvailles nous n’aurons pas à faire face à ce même genre de… Désagréments. » Lothar éclata d’un rire rauque, et salua de la tête ser Dorion.

Alors qu’il s’éloignait, il balança nonchalamment un « Au revoir ser Dorion ! A la revoyure cher ami ! ».


[ RP terminé, sous réserve de l'accord de Dorion Wink ]
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