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Toute lumière peut être éteinte [Ashlee]

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Message Dim 17 Juin 2012 - 9:28


_ Gawain... Un mot de plus et je t'attache au prochain arbre que nous croiserons, maugréa Lord Prestre de sa voix rauque que les dernières minutes écoulées avaient rendue lasse.

Le chevalier auquel il adressait la menace n'en prit pas ombrage mais pressa les flancs de sa monture pour venir à la hauteur de son seigneur. Gawain était un fort bel homme dans la vingtaine d'années, doué pour les arts de la guerre pratiquement autant que pour l'art de la séduction. Ce qui, si on connaissait l'oiseau, n'était vraiment pas peu dire. Son gros défaut, s'il ne fallait en choisir qu'un, était le débit constant de paroles qui sortaient de sa bouche.

_ Mais vous ne voulez pas savoir ce qui est arrivé ensuite ? Demanda-t-il comme s'il trouvait cela hautement improbable que la fin de l'histoire qu'il avait commencé à raconter il y a déjà dix minutes n'intéresse pas son auditoire.

_ Tout le monde s'en fiche, confirma Ser Malkior qui allait derrière lui, bien heureux que leur maître soit intervenu pour lui couper la chique.

Ser Gawain se tourna vers les autres chevaliers qui les accompagnaient et tous hochèrent vigoureusement la tête pour approuver. Loin d'être vexé toutefois, le bavard s'appesantit sur sa selle et parvint à garder le silence jusqu'à ce que la petite troupe n'émerge du couvert des arbres pour faire face à un village que La Coquelle qu'ils avaient suivi un temps coupait en deux.

_ Hey ! C'est mignon ici ! S'exclama celui qui ne pouvait tenir sa langue bien longtemps.

Sa déclaration eut accueilli par un murmure de consternation parmi les chevaliers. Presque inconsciemment, Fedric tira sur les rennes de son percheron qui arrêta docilement sa marche et son regard se fixa sur les tours de la forteresse en forme de triangle qui se dessinait à moins d'une lieue. Le village était agrippé sur la rive sud. Il n'était pas de très grande taille mais, comme toutes choses dans le Bief, il dégageait une impression de douce sérénité. Comme si la nature réagissait à l'intrusion du rustre Lord Prestre dans ce lieu verdoyant et joyeux, un petit vent se leva et vint lui fouetter le visage, transportant avec lui mille odeurs plaisantes en provenance des champs et des bois.

_ Cendregué, murmura le Bœuf Écarlate.

Il était déjà venu ici. Il y avait peut-être trois ans maintenant... La famille qui possédait le fief avait donné un tournoi auquel il avait participé. Sa vie alors était bien plus heureuse qu'aujourd'hui. Il se souvenait s'être amusé avec son frère dans le champ de l'autre coté de La Coquelle. Il se souvenait avec dansé avec Alivianne à la fête lors de la veillée. Il avait souri et il avait ri avec tout un chacun, fait des connaissances et noué des amitiés. A présent, tout cela n'était plus que des souvenirs douloureux qui s'effaçaient peu à peu de sa mémoire. Un jour, ils les oublieraient complètement, s'il avait de la chance.

_ Trouvons une autre route, déclara-t-il d'une voix sans appel, faisant bien comprendre qu'il ne tenait absolument pas à traverser ce village.

Cependant, alors qu'il avait déjà détourné son cheval, Ser Gawain jugea le moment propice à une de ses fameuses interventions surjouées :

_ Attendez, mon seigneur. Le jour est en train de tomber. Ne pourrait-on pas y passer la nuit et manger un bon repas en taverne ? Je ne sais pas vous mais j'en ai marre de manger les lapins de Ser Malkior. Ils ont un goût bizarre.

Le chevalier concerné lui lança un regard noir et marmotta une insulte inaudible. Les deux hommes s'adoraient mais cela n'empêchait pas leurs petits combats quotidiens.

_ En plus, j'ai un cousin qui travaille pour Lord Cendregué que j'aimerais beaucoup revoir.

_ Je serais étonné qu'il ait lui aussi envie de te revoir
, lança un des hommes, faisant rire les autres.

Fedric n'avait pas la moindre envie de s'arrêter dans cet endroit qui était chargé de jolis souvenirs en train de mourir. Toutefois, il n'était pas un monstre. Jusqu'à présent, la petite troupe avait dormi plus souvent dans la nature que dans ses auberges et les corps humains avaient leur limite. Il aurait pu se laisser attendrir par la vision d'un vrai lit, d'une cuisse de dinde et d'un godet de bière. Mais c'était Cendregué. Impatient, son cheval se mit à piaffer comme pour lui demander de prendre une décision. Un coup d'oeil vers le regard suppliant de Gawain le fit céder. Il leva les yeux au ciel et soupira très fort.

_ Une nuit. Nous partirons à l'aube. Et vous avez intérêt à tous tenir en selle demain sinon je vous mets à l'eau et au pain sec pendant une semaine.

Pour une fois, les chevaliers - qui rêvaient tous d'une vraie nourriture et d'une boisson forte - bénirent intérieurement leur collègue de n'avoir pas tenu sa langue. Fedric tira sur les rennes de sa monture pour la remettre dans le sens de la marche et il battit doucement ses flancs pour la faire reprendre la route qui menait au village de Cendregué. Une fois passées les premières maisons, ils tombèrent bien vite sur une auberge. Les hommes de l'Ouest ne s'étonnèrent pas que leur seigneur veille dormir avec eux sur une paillasse grasse plutôt qu'à la forteresse où son rang lui permettrait sans peine de se faire inviter. Il voulait passer inaperçu, ce qui n'était pas choses aisée avec sa grande taille qui le faisait dépassé tout le monde d'une tête au moins. La nuit était tombée à présent. Le lord dîna avec ses chevaliers dans l'établissement pendant que les chevaux étaient nourris à l'écurie. Gawain avait retrouvé son cousin et tous parlaient avec animation autour de la table. Parfois, le bavard essayait d'inclure son seigneur dans une conversation mais ses efforts pour le faire sourire étaient vains. Il ne renonçait jamais pourtant.

Le lendemain, lorsqu'ils rejoignirent l'écurie, il y avait un petit attroupement autour de la porte. Voyant par dessus la foule que le centre d'intérêt semblait être son cheval, Fedric se traça un chemin parmi les badauds pour le rejoindre. Deux types étaient en train de jeter un oeil à son sabot antérieur gauche.

_ Que se passe-t-il ? Demanda-t-il de sa voix rauque qui faisait trembler les hommes les plus valeureux.

_ Bonjour, mon seigneur. C'est vot' bête ?

Le Prestre hocha gravement la tête alors son interlocuteur poursuivit :

_ Elle a un p'tit abcès sous la patte. Rien de grave mais faudrait voir à pas trop la bouger avant quelques jours, histoire que ça se soigne tout seul. J'vais aller voir si le chimiste du seigneur peut quelqu'chose. C'est qu'ça fait souffrir ces machins-là.

Les poings sur les hanches, les chevaliers de l'Ouest se regardaient, incertains de la décision qu'allait prendre le Bœuf Écarlate vis à vis de la nouvelle. Ils savaient pertinemment que leur lord ne supportait viscéralement pas d'être loin de son fief qu'il se faisait un devoir de surveiller nuits et jours. Toutefois, ils n'ignoraient pas non plus qu'il portait une grande affection à son cheval, Merlys, et qu'il prenait toujours soin des bêtes qu'il possédait, à l'instar de ses quatre chiens de chasse restés à Feux-de-Joie. Le coeur de Fedric mettait en balance deux choses qu'il aimait : sa monture et sa forteresse. Il était néanmoins conscients que l'un vivait tandis que l'autre n'était qu'un amas de pierre. Aussi se détourna-t-il pour sortir furieusement des écuries et retourner dans la cour où il donna un violent coup dans un abreuvoir creusé dans une souche morte. Ce dernier se retourna comme une crêpe en sortant de son support et déversa son eau sale sur le sol de terre qui se changea vite en boue. Pas un mot n'avait franchi ses lèvres mais on pouvait lire la frustration dans ses yeux. Les villageois témoins de la scène se ratatinèrent sur eux-mêmes et dégagèrent de la rue le plus rapidement possible. Seul un fou serait intervenu devant ce monstre de muscles et de colère. Alors qu'il s'éloignait à la recherche d'un meilleur moyen de passer sa frustration, deux de ses hommes remirent l'abreuvoir en place à souriant aux badauds comme si rien ne s'était passé. Gawain et Malkior emboitèrent rapidement le pas à leur maître, histoire de minimiser sa crise s'ils le pouvaient. La précaution bien que louable fut inutile, car leurs chemins croisèrent celui du seigneur des lieux qui reconnus sans peine le Bœuf à cause de sa taille impressionnante et du fait qu'il s'était bien illustré durant le tournoi qui s'était tenu chez lui en 209.

Lord Cendregué était un homme chaleureux. Fedric s'excusa de ne pas avoir fait annoncer son arrivée la veille en disant qu'il n'avait pas souhaité le déranger puisqu'il n'était que de passage. Le fait qu'il ait du dormir à l'auberge du village comme n'importe quel visiteur horrifia presque le bon seigneur. Aussi insista-t-il pour que ses hommes et lui séjournent au château lorsqu'il apprit que son cheval nécessitait un repos de quelques jours avant de reprendre la route vers l'Ouest. Devant sa gentillesse, le dernier Lord Prestre n'eut pas le coeur à refuser son offre.
Au cours du déjeuner qu'il prit seul avec le lord, ce dernier lui présenta ses condoléances pour le décès de sa femme et de son frère. Un ménestrel qui était venu joué pour lui il y a quelques mois avait chanté Les larmes de Feux-de-Joie, lui apprenant ainsi le massacre de la plage. Dans son souvenir, Fedric était un jeune homme plein de vie qui aimait rire et manger. Le seigneur qu'il avait aujourd'hui face à lui était bien loin de cette image. Il semblait aussi froid et indifférent que les pierres de la forteresse. Il n'y avait plus la moindre étincelle de joie dans ses yeux. Clairement, son coeur était mort avec les êtres qu'il avait autrefois chéri.

Au début de l'après-midi, Lord Prestre était installé autour d'une table avec ses chevaliers ainsi que des hommes de la garde du château. Tous parlaient avec animation, de faits d'armes, de contrées éloignées et de femmes peu farouches. Ils riraient fort en se donnant des coups de coude. Comme la veille, Gawain essayait désespérément d'attirer son seigneur dans une de ses discussions mais rien n'y faisait. Les yeux de Fedric était rivé sur le bois de la table. Plus il essayait d'oublier qu'il avait dansé avec Alivianne dans la salle juste attenante et plus la musique revenait à ses oreilles. Le rire de son frère le hantait. Il l'entendait encore. En fait, à tout moment il s'attendait à le voir apparaître par l'encadrement de la porte et l'enjoindre à le suivre dehors où le soleil brillait. Un soleil en tout point semblable à celui qui se trouvait en ce moment même dans le ciel dégagé. Sauf que sous ce soleil-là, Alberic Prestre n'était plus.

Il sortit de ses pensées lorsque le silence se fut autour de lui. Distraitement, il se demanda si c'était à cause de lui, s'il leur avait dit de la fermer sans s'en rendre compte, par réflexe. Mais non. Toutes les têtes étaient tournées dans la même direction et fixaient quelque chose dans son dos. Piqué par la curiosité, le seigneur tourna la tête pour voir ce dont il s'agissait et découvrit une petite poupée immobile près de la porte. D'un mouvement brusque, il se leva et, comme si c'était un signal, tous les hommes de la pièce firent de même. Comme la demoiselle ne partait pas, il prit sur lui de faire quelques pas vers elle. Son visage poupin lui rappelait vaguement quelque chose et quand il ne fut plus qu'à quelques mètres d'elle, il en identifia soudain la propriétaire. Aussi plaça-t-il une main sur son coeur avant de se fendre d'une révérence tout ce qu'il avait de plus solennel et rigide. Se redressant, il dit :

_ Mes hommages, Lady Ashlee.

Il avait généralement une bonne mémoire pour les noms. De plus, il avait entendu Lord Cendregué mentionner le prénom de ses enfants durant la matinée qu'ils avaient passée ensemble.
La demoiselle mesurait au moins cinquante centimètres de moins que lui, si bien qu'elle avait l'air d'une naine ou lui d'un géant. Elle était toute en douceur et légèreté, il était tout en muscles et cicatrices. La belle et la bête.

_ Lord Fedric Prestre, ajouta-t-il, au cas où elle ne se souvienne pas de lui aussi clairement qu'il se souvenait d'elle, comme d'une enfant déjà charmante et curieuse qui aimait suivre son frère pendant le tournoi de Cendregué il y a trois ans.
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Message Mar 3 Juil 2012 - 7:46

Depuis que ses robes avaient été apprêtées par le tailleur étranger qu’avait fait venir son père pour qu’elle soit une des plus belles jeunes filles du tournoi de ces anciens traitres de Murs-Blancs, Ashlee Cendregué n’avait plus qu’une obsession : partir de Cendregué, assister au tournoi qu’allaient probablement fréquenter une foule de ses pairs. Mais il fallait encore attendre, hélas ! Car tout n’était pas près encore. Sa mère était occupée à préparer le voyage qui se préparait et s’occupait d’intendance avec Père ; et elle-même était au lit depuis trois jours, à cause d’un rhume contracté par un courant d’air. C’était véritablement dans ses moments-là que ses frères lui manquaient le plus, en réalité – car, désormais, à défaut de l’intégrer pleinement en leur compagnie, ils ne manquaient jamais de venir égayer de leur présence la sombre monotonie des jours où elle se voyait confinée chez elle, dans sa chambre. Oh, comme leur bonne humeur, leurs plaisanteries toujours respectueuses, les récits qu’ils lui prodiguaient lui manquait ! Mais aujourd’hui encore, ils étaient partis au loin, à la guerre, partis peut-être pour ne jamais revenir, bien que l’aîné ait juré par les Sept qu’il ne faisait qu’escorter son frère.

Un pincement au cœur fit grimacer la jeune fille qui regardait pensivement le soleil resplendir de toutes ses forces par la fenêtre et se répandre en une flaque dorée sur les boiseries du plancher. Un feu flambait dans sa cheminée, rendant l’atmosphère étouffante, à tel point qu’elle n’y tint plus. Cela faisait trop longtemps que le septon se déplaçait dans sa chambre pour l’aider à faire ses oraisons et elle avait besoin, tellement besoin d’air frais ! La demoiselle écarta ses couvertures et, pieds nus, enveloppée dans une longue chemise de lin qui balayait le sol, se dirigea vers la fenêtre pour l’ouvrir très grand. Elle inspira profondément, en savourant l’agréable fraicheur qui lui fouetta le visage après avoir tant transpiré dans sa couche. La bonne humeur revint aussitôt dans cette âme positive et pieuse ; et elle résolut aussitôt de se préparer pour sortir. Bien que le mestre ne soit pas passé l’autoriser à se lever, il fallait vraiment qu’elle sorte, qu’elle arrête de penser aux rêveries sans fin qui l’empêchait de se concentrer pour coudre ou pour chanter. Quoi de mieux qu’une promenade à cheval pour se préparer au voyage qui l’attendait dans un futur très proche, de toute façon ? Sa septa ne pourrait lui refuser un plaisir aussi innocent, et un peu d’exercice était recommandé lorsque l’on était sur la voie de la guérison.
Le sourire revenu sur ses lèvres pâles, elle appela sa servante, puis ôta sa chemise de nuit derrière le paravent de toile coloré attenant à son lit pour commencer à enfiler une robe de dessous d’un beige crémeux. La domestique l’aida à lacer un corsage de velours sombre entrelacé de fils couleur d’aurore – il s’agissait de ne pas attraper froid malgré la chaleur moite de cette fin d’été - et à passer une longue jupe assortie par-dessus ses deux jupons qui devait protéger sa pudeur une fois en selle. Mais elle se faisait coiffer qu’une voix sévère la fit légèrement sursauter.

- « Puis-je savoir ce que vous faites, demoiselle ? Mestre Kredmin vous avait dit de rester au lit, il me semble. Votre père ne sera pas content de savoir que lui avez désobéi… »


Ashlee soupira avec ennui, visiblement ennuyée de l’irruption de sa septa dans ses projets. Elle était guérie, et jamais elle ne pourrait mourir en étant habillée si chaudement. C’était si dur de garder la chambre par une chaleur pareille ! Ne pouvait-elle pas comprendre qu’il lui tardait de partir, de voyager, de voir autre chose que les murailles de la forteresse, enfin ?
La jeune fille se retourna pour jeter un regard suppliant à la vieille femme.

- « Oh, je t’en prie, ne dis rien ! Je voudrais sortir un peu. Il fait aussi chaud qu’aux cuisines ici, et je suis parfaitement guérie. Pour peu que Mestre Kredmin soit occupé avec Mère, il ne pensera à venir qu’en fin de journée. Il fait un temps superbe, et le déjeuner est passé depuis longtemps. Je voudrais vraiment sortir un peu. Je t’assure que je ne courrais aucun risque de me rendre malade à nouveau. Tu viendras avec moi, et si tu vas demander à Karl et Hans de nous escorter… je sais qu’ils accepteront. S’il te plait ! »


La cadette des enfants Cendregué regarda son chaperon avec espoir. Oui, à cet instant précis, elle ne désirait rien tant qu’une simple promenade à cheval, et elle espérait vraiment que la vieille femme ne dirait rien à son père. En ce qui concernait les chevaliers du château, la jeune fille savait également qu’ils ne refuseraient pas sa demande. Ils ne savaient rien lui refuser de toute façon – sauf si son père ou ses frères leurs avaient donné des tâches, devoir prioritaire sur les désirs d’une simple enfant devenue femme tout récemment, ce qui était somme toute entièrement naturel.
Quant à la septa, cette dernière hésitait. D’un côté, elle avait toujours pensé qu’un peu d’air frais ne tuait pas une enfant, même à la santé aussi chancelante que celle de sa maitresse, et qu’au contraire, il renforçait le corps qui devenait ainsi plus solide. D’un autre côté, elle risquait de subir les conséquences de son indulgence pour les désidératas d’une jeune lady capricieuse et passablement étourdie en se passant de l’accord d’un mestre…
La vieille femme opta pour couper la poire en deux.

- « Si vous trouvez le mestre et qu’il vous donne son accord, je vais aller de mon côté chercher votre escorte, mon enfant. Finissez de vous coiffer, nous nous retrouverons ici. Mais sans l’accord du mestre, vous reprendrez le lit ! »


Un plus grand sourire se dessina sur les lèvres de la jeune bieffoise, qui se rassit aussitôt en faisant signe à sa camériste de reprendre son office, en trépignant presque d’impatience. Elle eut le sentiment que cette dernière mettait un temps infini à simplement natter ses cheveux blonds, en les agrémentant d’un ruban assorti aux fils qui brodaient sa robe de dessins harmonieux ; aussi, sitôt que la servante eut terminé de lui fixer une coiffe de coton sur sa tête, l’impatiente damoiselle se mit-elle en devoir de parcourir les couloirs à la recherche du Mestre de Cendregué.
Elle le trouva dans sa tour, très occupé à lire un long parchemin mais n’eut pas la patience d’attendre qu’il eut fini. Elle était si pressée de prendre l’air qu’elle le coupa dans sa lecture sans aucune pitié, et se contenta d’essayer de l’attendrir du regard en lui demandant si elle était assez guérie pour faire une promenade. Une moue indulgente se dessina sur la figure mâle de l’homme dont les tempes grisonnaient ; et au grand bonheur d’Ashlee Cendregué, donna son accord pour que celle-ci sorte prendre l’air, sans excès néanmoins.

L’insouciante jeune dame repartit, la joie au cœur. Peut-être devrait-elle se mettre elle-même à la recherche des deux chevaliers qui sauraient égayer sa ballade. De toute façon, sa septa mettrait encore des heures à les trouver – et il serait trop tard pour se mettre alors en route. Et tout serait gâché. Non, mieux valait faire les choses soi-même, décidément !
Avec enthousiasme, l’écervelée demoiselle se dirigea vers une des salles de garde. Elle savait que ces deux chevaliers-là avaient l’habitude de se reposer là-bas pour jouer aux cartes lorsqu’ils n’étaient pas de service, aussi, entendant des voix derrière la porte, se réjouit-elle un peu plus. Les Sept étaient avec elle, en ce beau jour ! Sans hésitation aucune, elle poussa la porte… pour s’immobiliser. Ce n’était pas les chevaliers dont elle connaissait chaque visage qui se dressaient devant elle, à discuter un peu plus loin autour de la table sur lequel des victuailles étaient posés. Non ; c’étaient des inconnus, dont un géant en armure. Sa silhouette lui rappelait vaguement quelque chose, et Ashlee fronça légèrement les yeux en tâchant de les reconnaitre.

Alors qu’elle s’était arrêtée devant la porte, les chevaliers firent le silence petit à petit, jusqu’à ce que le géant – qui devait être celui qui les dirigeait – ne tourne la tête, et se lève devant elle. Les mains enlacées sur le devant de sa robe sombre, très droite, la noble le regarda s’approcha d’un pas martial. Elle se reprocha intérieurement de n’être pas en compagnie d’un des gardes du château de pierre, mais se morigéna aussitôt. Elle était chez elle. Et elle n’avait rien à craindre dans sa propre demeure. Malgré tout, l’étranger restait effrayant, avec sa taille si haute et sa carrure imposante ; et elle se força à garder une moue altière, pour ne pas montrer qu’elle avait peur, malgré tout.
Il s’inclina devant elle. Bien sûr, il devait avoir reconnu en elle une des dames du château, à fortiori la plus jeune… il était vrai qu’elle ne devait pas vraiment ressembler à une servante ! Elle s’inclina légèrement à son tour, haussant les yeux sans pouvoir dissimuler sa surprise lorsqu’il déclina enfin son identité. Lord Fredric Preste, l’un des seigneurs des terres de l’Ouest qui était venu trois années plus tôt au tournoi. Par les Sept, comment avait-elle pu oublier son visage ? Avec sa taille de géant, il n’était pas de ceux que l’on oublie. Sans compter que feu son épouse était charmante et qu’elle l’avait beaucoup admiré lorsqu’elle était plus jeune.

- « Lord Prestre, quel plaisir de vous revoir à Cendregué ! Père ne m’a pas dit que vous veniez au château, sans quoi je vous aurais fait meilleur accueil. J’ai été malade et j’ai dû garder le lit, mais je me ferai une joie de remplir désormais mes devoirs d’hôtesse. »

La demoiselle lui offrit un sourire chaleureux. Oh oui, décidément, c’était une excellente journée. Elle avait bien fait de sortir de sa chambre, et sans doute les dieux l’avaient-ils envoyé pour qu’ils fassent la route ensemble jusqu’au tournoi de Murs-Blancs… ou en tout cas, pour qu’ils puissent se remémorer les jours merveilleux qui avaient marqués son anniversaire. A moins qu’il ne soit venu en ville pour une affaire importante ?

- « Sans doute êtes-vous très occupé, mais je m’apprêtais à partir faire une promenade à cheval. Peut-être désirez-vous m’accompagner ? La campagne est splendide au début de l’automne et vous pourriez vous reposer ainsi des rigueurs de votre voyage. Je vous assure que le spectacle est vraiment charmant, qui plus est à cette heure-ci. La lumière sera parfaite. »

A vrai dire, Ashlee Cendregué était pleine d’enthousiasme de cette visite inattendue. Elle avait une compagnie toute trouvée, et bien autrement divertissante que les deux chevaliers Karl et Hans.
Comme elle désirait qu’il fût d’accord !
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Message Lun 16 Juil 2012 - 20:11

Fedric aurait voulu sourire à cette charmante enfant mais il n'y parvint pas. Il lui assura tout de même être heureux d'apprendre de sa bouche qu'elle s'était remise d'une mauvaise santé. Autrefois, il aurait enchaîné sur le fait qu'il avait lui-même couvé un rhume il y a peu de temps et il lui aurait conseillé d'éviter les promenades en fin de journée mais il ne dit rien aujourd'hui. Avec son épouse et son frère était parti son goût pour la discussion triviale et les plaisanteries. Au fond de lui, il espérait qu'Ashlee n'ait pas le souvenir de l'homme jovial qu'il avait été jadis. Jadis... comme si cela remontait à une époque immémoriale alors que cela ne faisait qu'une année. Une longue et douloureuse année. Il ne savait pas encore qu'en parler allait lui faire du bien. Il croyait même le contraire à vrai dire.
La proposition de la balade à cheval le surprit et il ne sut d'abord que dire. Et puis, se rappelant que son percheron était immobilisé à cause d'une blessure, il s'apprêta à refuser. Fortuitement, un de ses chevaliers trop bavards saisit l'occasion d'intervenir en proposant son propre cheval – animal qui était en fait la propriété de la Maison Prestre mais passons. N'ayant plus aucune raison de refuser ce divertissement, Fedric hocha donc gravement la tête en assurant que ce serait un plaisir pour lui de l'accompagner en promenade. C'était pas réellement un mensonge. Plaisir était un mot trop fort pour refléter ce qu'il ressentait mais ce n'était pas une punition non plus. A force de passer des heures devant la fenêtre de sa salle de réunion à fixer la mer, il avait oublié à quel point il aimait être dehors à l'air libre. Autrefois, Alberic et lui passaient des journées entières à courir sur la péninsule de Feux-de-Joie en riant.
Le colosse accompagna donc la fille de son hôte jusqu'aux écuries. Avant qu'il n'ait le temps de réagir, homme travaillant aux écuries harnacha un cheval pour lui. Quand Fedric prit les brides de ses mains, il lui lança un regard noir avant de le remercier d'un ton qui n'avait justement rien de joyeux. Il détestait que l'on fasse à sa place les taches dont il pouvait très bien s'acquitter. Peut-être que les seigneurs du Bief étaient incapables de sangler une selle convenablement mais lui savait ; il l'avait toujours fait.
Une fois dans la cour du château, il proposa courtoisement à Ashlee de l'aider à monter sur le cheval qu'on avait préparé pour elle. La demoiselle était si petite de son point de vue de géant que même la marche de bois semblait insuffisante pour lui permettre d'atteindre la selle. Un sourire tendre voulait tordre ses lèvres mais il resta impassible. Le colosse fit totalement abstraction de la présence de leurs accompagnateurs, septa et chevaliers. Au moment où ils les avaient vu d'abord, il s'était interrogé sérieusement sur les raisons de leur présence avant de se souvenir que c'était ainsi que devait être entourées les nobles figures féminines. Précaution ridicule. Peu d'hommes respectaient les femmes autant que Fedric. S'il n'avait pas du diriger sa Maison, il aurait fait un excellent chevalier, pieux et toujours tourné vers les dames et les enfants. C'était sans doute la raison pour laquelle il avait tant de mal à accepter son échec concernant la protection des deux êtres qui comptaient le plus pour lui.
Le lord amena sa monture sur la droite d'Ashlee et ils passèrent sous la herse ensemble pour emprunter un petit chemin de terre qui semblait sillonner à travers champs en direction d'un bois. L'escorte suivait derrière, silencieuse et attentive. Le Bœuf Écarlate prit une profonde inspiration et ferma les yeux quelques secondes pour mieux sentir les rayons du soleil sur son visage aux traits tirés par le souci et la fatigue.

_ Vous aviez raison, Lady Ashlee, dit-il de sa voix rauque si caractéristique. Le paysage est charmant. Je dois avouer que je vous l'envie. Tout ici semble léger et reposant.

Point de mer à surveiller sans cesse, songea-t-il sans le dire. Il avait beaucoup d'ennuis en tête mais il ne voulait pas en accabler la jeune fille. Sans doute avait-elle à l'esprit des choses bien plus douces et lumineuses qu'il aurait détesté ternir par les vérités sanglantes trop connues sur son fief.
Le géant de muscles tourna la tête vers elle et esquissa un sourire difficile. Comme rouillé.

_ Trouvez-vous donc toujours quelque chose à faire pour occuper vos journées ? Demanda-t-il ensuite par simple curiosité.

N'ayant pas eu de sœur, il connaissait mal les enseignements qu'on dispensait aux dames de noble lignage. Qu'étaient-elles sensées faire pendant que leurs frères apprenaient le maniement de l'épée, l'économie, la diplomatie et les affaires politiques ?
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