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Le charme des auberges de campagne ... [Jace Redwyne]

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Message Lun 7 Mai 2012 - 14:10

Voilà quelques jours que Lotho avait repris la route depuis Vieilleville pour rejoindre ses habitudes à Port-Réal. D'un point de vue purement pratique, il était donc plus facile pour lui de rebrousser chemin et entamer le trajet de retour via la route de la rose. Ce voyage n'avait peut être pas été très fourni en aventures, cependant les rencontres qu'il avait fait étaient assez inattendues. Ainsi avait il fait la rencontre de Lady Edarra Ferboys et de sa suite, notamment la naturellement curieuse et agréable Lyra. Toute cette histoire ne s'était pas terminée de fort belle façon, le spadassin espérait néanmoins que la lettre qu'il lui avait laissé en excuse soit comprise de la meilleure façon possible. Il devrait cependant attendre quelques temps avant la réponse pensait-il, ce qui était au final une très bonne chose, ainsi la situation serait bien plus calme par la suite.

Resserrant les bords de sa cape pour entraver le coup de froid qui tombait sur cette route durant les fins de journée. Ayant tout d'abord escorté un négociant en pierres de taille entre Vieilleville et Hautjardin, l'argent récolté lui avait permis de se louer un cheval pour au moins la moitié du trajet entre la capitale du Bief et Port-Réal. Remontant le cours de la Bleuseaux, la route laissait découvrir au loin les lueurs d'un relais qui devait se trouver sur les terres de la famille Cockshaw. Un point parfait pour s'arrêter ce soir, surtout que la fatigue du voyage commençait légèrement à peser sur les épaules de Lotho. N'ayant pas envie de fatiguer inutilement sa monture sur la dernière partie du trajet, le brave spadassin prit son temps et profita avec une certaine délectation des premiers rayons dorés qui auguraient un coucher de soleil fort agréable pour la soirée.

La bâtisse en elle même restait très semblable à tous les grands relais que l'on pouvait trouver sur une route fortement fréquentée. Un grand bâtiment principal sur deux étages, auquel était accolé un bâtiment rectangulaire de plain pied servant d'étable et de réserve à fournitures. Grand habitué des voyages, Lotho mit prestement pied à terre et confia les rênes de sa monture au garçon d'écurie, avant de récupérer ses affaires attachées à la selle de son animal de locomotion. Grand bien lui ferait de trouver ici chaleur, boisson, ripaille et un lit plus douillet que le plancher dont il avait du s’accommoder la veille, étant arrivé tard dans le dernier relais possible avant que la nuit tombe. Poussant donc l'épaisse porte d'entrée, Lotho apprécia le doux fumet qui émoustilla directement ses narines, celui d'un porcelet en train de rôtir dans la large cheminée de l'édifice. Instantanément l'air fermé qu'il avait arboré durant la journée sur les routes se dérida pour laisser apparaître un grand sourire contenté, après avoir lâché un bon soupir, le Braavosi referma la porte, notant du coin de l’œil qu'une forme frêle lui barrait le passage vers la cheminée. L’œil interrogateur, il dévisagea donc la serveuse, au port convivial, qui s'adressa à lui d'une voix quelque peu guillerette :


- Le bonsoir monsieur ! Je suppose que vous prendrez une chambre ainsi qu'un repas ? Votre cheval sera bien traité mais si vous voulez le panser vous même, libre à vous.

D'un ton courtois et légèrement amusé par l'aspect direct de cet accueil, Lotho répondit donc :


- Eh bien voilà présentation de votre établissement rondement menée et ma foi tout à fait complète ! Ainsi donc je n'ai qu'à vous répondre que vous avez tout à fait deviné les intentions qui étaient miennes en franchissant le seuil de cet établissement. Quand à mon cheval, je fais confiance à votre garçon d'écurie, l'odeur du porcelet et la chaleur de votre salle à vivre me coupent la moindre envie de remettre un pied dehors ce soir !


La serveuse eut un léger sourire de circonstance mais il semblait en tout cas que soit l'accent de Lotho, soit sa rapidité d'élocution, voire même les deux, l'ait légèrement perdu. Habitué à ce genre de petites contrariétés le Braavosi n'en retint aucun ombrage tout en avançant dans la grande salle de vie de ce relais apparemment extrêmement accueillant, chose qui ne faisait qu'augmenter la quiétude du spadassin fourbu qu'il était. La serveuse lui montra l'escalier qui menait plus que certainement à l'étage, le laissant certainement choisir sa chambre comme il l'entendait. Après avoir acquiescé avec un léger sourire à ce geste, Lotho traversa la salle principale et gravit les escaliers pour se retrouver entre deux couloirs chacun orné de plusieurs portes. Manifestement l'auberge ne disposait pas de lits en dortoirs mais bel et bien de chambres individuelles, ce qui était loin de déplaire au voyageur fourbu qu'il était. Les grandes chambrées de voyageurs ne pouvaient généralement pas garantir la qualité d'un sommeil optimal, aussi quand il pouvait se trouver une chambre juste pour lui, Lotho en était d'autant plus heureux. Posant ses fontes dans la dernière chambre au bout d'un des couloirs, il souffla un peu avant s'enlever sa cape de voyage et de se rendre avec son nécessaire d'écriture au rez de chaussée. Après une journée de voyage comme celle qu'il avait connu, soit sans compagnons de route à qui parler, son âme d'écrivain avait eu grand temps de réfléchir et de trouver son inspiration dans les méandres de ses réflexions. Tout cela était fort plaisant, mais il fallait maintenant qu'il note tout cela sur un parchemin, les idées se chevauchaient dans sa tête et il risquait d'en perdre la spontanéité si il ne les fixaient pas dorénavant ailleurs que dans son esprit.

Après avoir commandé un pichet de vin accompagné d'un peu de fromage et de pain, pour se mettre en appétit tout en grattant le parchemin. Retourner à Port-Réal était en soi quelque chose qu'il avait attendu avec une certaine impatience, jugulé par la légère amertume des derniers moments passés à Vieilleville. Après une première gorgée de vin, le voyageur laissa place à son envie d'écrire et commença peu à peu à se couper du monde, tout à son ouvrage. Les mots filaient et décrivaient peu à peu son voyage, détails après détails, toujours attentionné qu'il était au fait de transmettre à sa famille à Braavos ses carnets de voyage. Les derniers évènements manquaient de passages héroïques ou de combats aventureux, mais le spadassin ne se permettrait pas d'enjoliver la réalité de sa situation pour faire rêver sa famille. Ces derniers, si tant est qu'ils recevaient bien les carnets qu'il leur envoyait, devaient déjà avoir bien assez de souci à se faire pour lui, alors inutile d'en inventer d'autres.

Alors que le spadassin se resservait un verre du nectar carmin que la serveuse lui avait servi, Lotho jeta un œil sur la salle qui commençait peu à peu à se remplir. L'affluence du soir ne promettait pas d'être grandiose pour les finances de l'auberge, mais au moins pourraient-ils avoir des chances de rentrer dans leurs frais, ce qui n'était déjà pas si mal en cette période creuse. L'approche de l'automne avait toujours eu tendance à doucher l'envie de voyage des plus riches marchands, qui prenaient souvent le temps de préparer plus efficacement leurs caravanes. Cela signifiait que pour quelques temps, aubergistes comme escorteurs risquaient de vivre une petite période de vache maigre. Qu'à cela ne tienne, une fois à Port-Réal, Lotho aurait tout loisir d'embêter son aubergiste préféré et de retomber sur ses pattes financièrement. Quelques poèmes, une ou deux leçons de littérature, des bourgeois à escorter dans la ville, le spadassin était quelqu'un de flexible en matière d'emploi et cela faisait tout autant sa fierté que cela remplissait sa bourse.

Tandis qu'il avalait une nouvelle gorgée de vin, profitant pleinement de la délicieuse sensation sur son palais avant de replonger vers ses écrits, il entendit une chevauchée importante en dehors de l'auberge, qui venait manifestement de s'arrêter. Des rires que l'on aurait pu qualifier de gras, des voix fortes, une troupe que l'aubergiste et la serveuse semblaient regarder d'un œil méfiant, légèrement teinté d'inquiétude. Fronçant légèrement les sourcils également le Braavosi replongea le plus nonchalamment possible sur sa feuille, tout en gardant l'ouïe alerte pour mieux cerner la nature de l'équipée qui allait bientôt se joindre à eux. La porte s'ouvrit avec fracas, tout du moins Lotho dut-il le penser tant le bruit que faisaient ces hommes en parlant et en riant était tonitruant. Dorénavant c'était sur et certain : écrire ne serait plus d'actualité au vu du marasme auditif ambiant, aussi Lotho referma t-il sa bouteille d'encre après avoir essuyé sa plume dans un mouchoir dédié à cet usage.

Relevant dès lors la tête il pu apercevoir la bande de joyeux lurons dont les paroles semblaient avoir dérangé l'ensemble de la salle au vu des regards en coin que leurs jetaient les autres clients. Il s'agissait de cinq hommes, tous vêtus d'un ensemble de sable et d'azur, pas forcément très propres sur eux. Assis à une table ils avaient commandés, ou plutôt suggéré d'un aboiement, des bières pour leur table ainsi que la meilleure pièce de viande qui se trouvait en cuisine. Prétentieux de vêture et d'esprit, voilà qui étaient deux qualités de moins en moins rare dans la caste dont faisaient plus que certainement partie ces hommes armés d'épées longues. La même caste que celle dans laquelle l'usage le plus commun voulait que l'on range également le spadassin, à savoir les mercenaires. Certes ceux la paraissaient assez turbulents, mais pour autant il ne s'expliquait pas le regard inquiet des tenanciers. Un groupe de mercenaires d'une ampleur assez réduite, portants les mêmes couleurs par volonté d'assimilation, armés et plus orgueilleux qu'une cour royale un jour de fête ... Certes à bien y réfléchir ils avaient des raisons d'être anxieux, mais bien qu'ils parlent fort, rien ne semblait augurer d'une réelle dispute qui puisse éclater entre eux.

Se perdre en conjectures n'aiderait en rien le spadassin à se changer les idées et bien qu'agacé de ne pouvoir se trouver à écrire tranquillement dans la salle principale de cette auberge, il préférait passer outre et attendre tranquillement que son repas lui soit servi. Oui, voilà un plan tout à fait intéressant pour cette soirée et qui lui permettrait de reprendre la route tôt demain matin, oubliant ainsi le trouble ambiant dans cette auberge. Arrachant un morceau de pain à la miche qu'on lui avait amené et la mâchant calmement avec un bout de fromage, tout en regardant le feu qui crépitait, faisant abstraction des soudards qui beuglaient à qui voulaient l'entendre qu'ils était bien plus connus que dans la région, une sorte de compagnie de mercenaires dont Lotho n'avait jamais entendu parler. Il ne sut trop combien de minutes passèrent avant que la porte ne s'ouvrit à nouveau pour dévoiler une nouvelle clientèle pour la nuit, levant les yeux distraitement le Braavosi espéra juste que cela ne soit pas un nouveau groupe d'huluberlus.
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Message Mer 9 Mai 2012 - 21:45

Quitter Villevieille pour rejoindre Port-Réal n'avait rien pour plaire à Jace. La cité des Hightower était autrement plus propre, autrement plus agréablement, autrement moins puante, autrement moins fétide. Il avait l'impression d'abandonner l'huître pour manger la coquille, de quitter l'herbe pour aller se coucher dans le purin, d'abandonner le confort d'un délicieux fauteuil pour aller sur s'asseoir un tabouret bancal. L'homme de rang qu'il était, malheureusement, n'avait que peu de choix et s'il aurait préféré rentrer chez lui pour préparer la venue de l'hiver, il n'avait pu s'y résoudre, poussé par le devoir autant que par la nécessité, car il y avait une guerre à mener et des batailles à préparer. Il lui était déjà bien difficile de préparer les forces navales du Bief à répondre efficacement à la menace Fer-née, maigre consolation de ne pouvoir conduire déjà la Flotte royale à l'assaut des Îles de Fer, car il fallait encore protéger la Baie de la Néra d'un possible retour des Feunoyr exilés. Tant de facteurs venaient contraindre le Grand Amiral dans son œuvre, et nombre de ces facteurs venaient contraindre également le Conseil Restreint et la Main du Roi, il le savait, et c'est sans doute pour cela qu'il n'avait pas pour Freuxsanglant cette haine morose qui semblait répandue dans toutes les couches de la population. Depuis le plus petit des mineurs de l'Ouest jusqu'au noble le plus éminent des Terres de l'Orage, on trouvait des gens pour se plaindre du bâtard albinos, comme ils l'appelaient, ceux-là même qui, en 196, n'avaient parfois pas hésité à prendre les armes pour renverser les dragons rouges et porter leurs frères noirs au pouvoir. À la triste vérité, Jace comprenait, sans les partager, ces impressions, car elles étaient le fruit d'une méconnaissance, d'un malentendu, d'une erreur. Mais son œuvre dans la cité des Hightower était désormais achevée et, avec l'accord de Clarence Hightower, il avait mis fin à son séjour, tout en réfléchissant à ce qu'il avait accompli. Avec les instructions qu'il avait laissées entre les mains des capitaines du port, ce dernier était en sécurité. Plein de ces mornes pensées, il franchit les murs de Villevieille à la tête d'une petite troupe de ces mêmes hommes qui l'avaient accompagné depuis la capitale du royaume. Ceux-là n'étaient pas tous chevaliers, mais ils étaient tous les loyaux soldats qui défendraient leur seigneur au péril de leur propre vie. Sur les plastrons, on pouvait voir martelé l'emblème sigillaire de la maison Redwyne, un pampre pourpre, et tous étaient fiers d'être ainsi les porteurs du blason de lord Jace. Ils filèrent sans tarder et très vite gagnèrent Hautjardin où Jace ne fit point l'économie d'une visite courtoise et intéressée auprès de son suzerain, Leo Tyrell, afin de discuter avec lui des derniers événements mais aussi de confirmer les bonnes nouvelles que ce dernier avait peut-être déjà entendues sans pour autant pouvoir les confirmer.

Après Hautjardin, il ferait une autre halte à Pont-l'Amer, où il s'entretiendrait avec lord Caswell d'un sujet qui lui tenait à cœur. Mais avant cela, il fallait longer la route de la Rose, et sa chevauchée le conduisit naturellement, car il connaissait sa géographie, sur les terres de la maison Cockshaw. Là, les sens de Jace s'éveillèrent, car il se savait sur les terres d'un des seigneurs qui furent parmi les partisans de Daemon Feunoyr lors de la première rébellion éponyme. En tant que membre du Conseil Restreint d'Aerys Ier, il n'était point sûr d'être bien accueilli par lord Alyn Cockshaw, cet homme à l'arrogance grassouillette et aux cheveux frisés de miel. Autant de raisons pour lui de ne point trop s'attarder en ces lieux, alors Jace décida qu'il s'arrêterait un peu plus loin, de sorte à éviter les mauvaises rencontres. Il ne craignait pas d'être attaqué, fait prisonnier puis rançonné, mais il n'avait aucune confiance en cet homme traître à son roi, traître à son suzerain, et traître à sa terre. Bientôt sur la route, le château des Cockshaw fut en vue et Jace ordonna qu'on s'arrête. Ses hommes lui obéirent à l’œil, et la chevauchée s'interrompit. Il contemplait la bâtisse, mais de si loin, impossible de dire ce qu'il s'y passait. La soirée était là, posant sur eux son ciel de marbre rosé. Le château allait-il doucement sombrer dans le sommeil ? C'était probable, mais à bien y réfléchir, cela ne revêtait aucune espèce d'importance. Il avait pris sa décision, il ne se présenterait pas au château. C'était faire un honneur trop grand à ce cloporte qu'était lord Alyn, et insulter la mémoire de son père qui avait toujours eu beaucoup de mépris pour ces parvenus sans fortune saisissant la moindre occasion pour élever leur rang et leur statut. Jace avait grandi loin de l'homme auquel il devait d'être né, mais il avait gardé de lui ce même mépris pour les arrivistes effrontés.


« Vous, poursuivez la route jusqu'à nous trouver un endroit tranquille pour une halte de quelques heures. Une clairière dégagée et à l'abri des regards fera l'affaire, je veux que notre camp soit à couvert des tours de ce château. Quand vous aurez trouvé l'endroit, vous enverrez l'un d'entre vous pour nous chercher. Vous deux, venez avec moi, nous allons descendre à l'auberge dont le toit fume, là-bas, afin d'acheter le nécessaire pour nous restaurer. Tournez vos capes, je ne veux pas qu'on puisse reconnaître nos identités. »

Joignant le geste à la parole, Jace déploya sa cape de voyage de sorte qu'elle lui tombe sur le torse, dissimulant ses couleurs, et il fut bientôt imité par les deux hommes qui l'accompagneraient jusqu'à l'auberge. En effet, le pampre rouge sur champ bleu des Redwyne était trop bien connu dans le Bief et Jace, en plus de n'avoir aucun désir d'attirer l'attention sur lui, ne souhaitait pas être reconnu par les gens du crus qui auraient alors pu insister pour le conduire jusqu'au seuil du domicile du gras Cockshaw. La troupe se sépara, et Jace, flanqué de deux de ses hommes, trotta en toute tranquillité jusqu'aux abords de l'auberge où il arrêta sa monture. Une fois à terre, il confia les rênes de son cheval à l'un de ses hommes qui les attachèrent à la barre de bois prévue à cet effet, ce qu'il fit d'ailleurs pour les deux autres chevaux. Ainsi accompagné, Jace contempla le bâtiment qui ne payait pas de mine, mais qui était-il pour juger d'après les apparences, lui-même qui excellait dans l'art des faux semblants et des mensonges ? Poussant la porte, il fut bientôt à l'intérieur, et ce qu'il vit n'arrangea point l'opinion déjà mauvaise qu'il avait de l'établissement. Certes, l'ambiance avait l'air festive, et malgré le brouhaha des conversations on devinait à l'odeur que l'auberge était propre, dans la mesure du possible, et la cuisine plus qu'honnête, dans la limite des arrivages disponibles. Ce qu'on servait ici n'avait sans doute rien à voir avec la nourriture qu'il avait goûté à la Grand-Tour de Villevieille, mais il décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur et d'accorder le bénéfice du doute à cette serveuse potelée qui s'approcha de lui pour l'accueillir. Elle lui demanda, d'une voix à faire pâlir d'envie les charognards, s'il y avait quoi que ce soit pour le plaisir de ces messieurs. Voulait-il une ou plusieurs chambres ? Non, il n'était pas là dormir. Voulait-il manger ? Oui, il souhaitait boire un peu et emporter avec lui de la nourriture car un long voyage l'attendait. Et où allait-il ? Cela, la demoiselle ne le saurait qu'à la condition d'accepter de venir à la table de Jace pour partager les délices d'une conversation amicale. Malheureusement pour elle, la serveuse avait du travail, mais elle accompagna les trois hommes jusqu'à une table ronde qui jouxtait celle d'un groupes d'individus particulièrement bruyants. Ceux-là étaient colorés d'azur et de sable, coiffés de visage hirsutes et flanqués d'un comportement des plus vulgaires. Jace décida que les ignorer était la meilleure des choses à faire, considérant qu'il ne voulait guère attirer l'attention sur lui. Malheureusement, les Sept en avaient décidé autrement.

 « Dis-donc, l'nouveau v'nu, t'veux pas m'payer un verre ? T'as l'air plutôt nanti ! »

C'était l'un des cinq hommes qui, de sa voix avinée autant qu'avilie par des années d'un régime trop gras et trop alcoolisé, venait d'apostropher Jace quand il s'était assis à sa table. Les deux chevaliers qui accompagnaient le Grand Amiral n'auraient fait qu'un bond à l'assaut du malotrus si leur maître ne les avait pas cloué sur leur chaise d'un regard. Jace se contenta d'ignorer l'harange, sans même adresser un regard à cet imbécile qui, pourtant, semblait décidé à ne pas lâcher le morceau, malgré les protestations à mi-voix de l'aubergiste qui tentait vainement d'apaiser les humeurs de ce groupe insipide.

 « T'es sourd ou quoi ? J't'ai causé l'mi-portion ! »

Quoique Jace fût d'une taille et d'un gabarie plus que respectable, il était bien obligé de concéder qu'il ne faisait pas le poids face à l'éléphant fait homme qui l’interpellait. Comment ce rustre énorme en était-il arrivé là ? Il n'était pas très haut, ni très gros, mais il était épais comme un chêne avec son cou inexistant et ses deux joues comme celles d'un dindon. Loin de se taire, cette fois-ci, Jace le regarda droit dans les yeux et décocha, impassiblement narquois :

« Je vous offrirai volontiers à boire, l'ami, si le vin ne vous coulait déjà par tous les orifices. »

Dans la salle, on entendit quelques rires, notamment à la table de Jace où les deux hommes qui l'accompagnaient ne se priver pas de rire à gorge déployée. L'aubergiste lui-même y allait de son petit commentaire, et la serveuse, qui approchait avec les boissons, riait de toutes ses dents avariées. Le gros bonhomme, mouché, s'était rassis, penaud, ruminant son orgueil bafoué, et s'il ne caressait point l'idée de répliquer, ce ne fut pas le cas d'un de ses camarades bicolores qui quitta sa place et se ficha tout droit près de Jace en le pointant d'un doigt où l'on voyait luire un résidu de gras. Lui aussi était particulièrement excité, mais il n'était pas tout à fait ivre, et il ne semblait pas du genre à plaisanter, ni même à menacer à la légère. Cependant là encore, Jace refusa de s'abaisser et ne daigna pas même tourner la tête vers lui.

« Tu t'excuses tout de suite, hein ! Et tu me regardes quand je te cause ! »

Le ton sans équivoque n'inquiéta point le Grand Amiral qui n'envisageait pas une seconde que la situation puisse aller au-delà d'un vif échange d'insultes. Il était loin de se douter, cependant, que son obstination à ne pas regarder ce nouvel importun déclencherait d'autres colères et d'autres mouvements d'humeur parmi ses camarades. L'un d'eux se leva à son tour, et l'on put rapidement deviner que le ton monterait très vite si quelqu'un n'intervenait pas pour calmer le jeu.
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Message Mar 29 Mai 2012 - 14:22

Avec une attention modérée par la légère lassitude qui étreignait l'écrivain bafoué dans son art par la bande de trublions qui était précédemment entrée dans l'auberge ; le danseur d'eau de Braavos jeta donc un œil notoirement las vers la porte d'entrée de l'auberge. Il y vit paraître trois hommes doté d'une vêture sophistiquée, surtout pour l'un d'eux dont le port altier dénotait franchement de l'ambiance de cette salle à vivre. La curiosité de Lotho se réveilla tout d'un coup en regardant ces trois hommes sans qu'il ne s'en cache aucunement. Des vêtements d'un tissu bien mieux traité que la vêture de qui que ce soit dans l'auberge, un soupçon de suspicion moyennement dissimulée ornait les deux hommes qui entrèrent à la suite de leur chef, ou de leur maître peut être. Toujours était-il qu'ils ne semblaient pas vouloir être reconnus ou tout du moins purement identifié par les clients de cette auberge. Lotho, habitué aux stratagèmes et aux tromperies dont il lui arrivait souvent d'user pour ne pas se faire reconnaître de ses bailleurs ou autres gardes de cités se demanda alors que conclure sur l'origine de ces trois inconnus. Pendant que le plus élégant d'entre eux semblait refuser presque toutes les propositions de chambres ou autres repas, le spadassin émettait des hypothèses concernant leur identité. Au delà du fait qu'il n'avait pas de grandes chances d'arriver à un résultat probant, cela lui servait surtout à focaliser son attention sur autre chose que le groupe de mercenaires qui continuaient à rire fort bruyamment, jetant parfois des regards autour d'eux et surtout en vue des nouveaux arrivants.

Manifestement ces derniers avaient également remarqué l'entrée de ces nouveaux venus, au vu des discussions qu'ils entretenaient tout en regardant l'équipée avec une lueur dans les yeux que Lotho n'aimait pas le moins du monde. L'envie, ou plus exactement l'une de ses faces les plus perverses. A savoir la cupidité. Ce que pouvait provoquer chez les personnes à la vie tournée vers la malhonnête l'arrivée de voyageurs mieux soignés que la moyenne laissait toujours le spadassin fortement mal à l'aise. N'y avait-il donc aucun savoir vivre sur les routes de ce continent ? Cette question n'en finissait jamais de se retrouver ancrée dans l'esprit de Lotho, qui parcourait pourtant ces chemins depuis presque deux décennies. En homme rompu aux us et coutumes de ce mode de vie, il avait tendance à faire profil bas face aux équipées de mercenaires en vadrouille, restant attentif à ce que le semblant d'absence d'opposition à leurs égos ne donne pas envie aux soudards de trouver meilleure fortune dans la rapine des auberges.

Ainsi donc le spadassin gardait un œil furtif et scrutateur vers la tablée des mercenaires tandis que les nouveaux venus s'installaient à une table voisine. Des voyageurs tentant de faire profil bas qui se trouvaient à moins de deux mètres des turbulents du soir, voilà un mélange qui risquait bien de faire des étincelles. Conscient que l'attention des deux tables ne se reporterait pas sur lui, Lotho en profita pour oublier l'aspect furtif de son observation et ainsi continuer sa surveillance avec plus d'application. Il n'eut pas à attendre longtemps avant de pouvoir assister à la demande d'un verre de la part d'un des mercenaires, question totalement dénuée de savoir-vivre mais qui pourrait peut être mettre le feu aux poudres en fonction de la réponse du "nanti". Cette dernière semblait tarder un peu, un temps de latence idéal pour observer la table des soudards qui affichaient une mine légèrement narquoise. Ce faux-semblant tranchait avec l'éclat qui illuminait le fond de leurs regards avinés, la cupidité en suintait avec une lourdeur inquiétante pour la suite de la soirée.

Le mercenaire ayant demandé un verre, homme fort au sens physique du terme, coupa les demies protestations de l'aubergiste d'une voix bien plus forte et autoritaire, sommant celui qui semblait être le chef des derniers arrivants de répondre. Comme pour prouver que la politesse était une vertu cardinale, cet homme répondit en notant avec une certaine ironie l'état d'ébriété déjà manifeste de son interlocuteur. Dans une pièce mieux garnie en personnes d'un certain niveau social cette répartie aurait certainement eut bien plus d'efficacité, peu de personnes riaient de ce trait d'esprit. Lotho, un fin sourire aux lèvres la considéra avec amusement tout en scrutant le reste de la tablée, l'un d'entre eux semblait vouloir se lever pour aller moucher l'insolent d'un trait d'esprit certainement bien moins élevé, tandis qu'un de ses camarades présentait la faculté bien plus inquiétante d'agripper le manche d'une dague qu'il portait à la ceinture. Celui d'entre eux qui se trouvait debout sommait désormais le nanti de s'excuser, demande faite avec la finesse d'un troupeau de vaches cherchant à fuir le tonnerre.

Lotho sentait bien que le vent tournait et que cela ne serait plus qu'une question de minutes avant que la soirée tourne au règlement de compte en bonne et due forme. Le regard inquiet de l'aubergiste ainsi que le mouvement de la serveuse pour gagner la protection du comptoir le confortait dans cette idée. Jouant une dernière fois avec son verre de vin, le spadassin soupira lentement avant de remplir à nouveau ce récipient. D'un geste félin il s'extirpa de sa chaise avant de finir le verre d'un trait et d'empoigner sa carafe encore à moitié pleine. Faisant mine de se diriger vers le comptoir il sifflotait un chant braavosi, déchirant ainsi le silence de la salle avec un semblant d'insouciance désarmant. D'un pas toujours aussi félin, le facétieux spadassin se planta à coté de la table des nouveaux arrivants, faisant également face aux mercenaires en affichant un sourire jovial. Le soudard qui s'était levé de sa chaise pour invectiver ses proies du soir tourna les yeux avant de lui aboyer au visage ces quelques mots énervés :


- Qu'est-ce que t'as toi ? Cherche pas les emmerdes également fils de chienne, c'est pas toi qui va nous faire peur !

Écoutant cette répartie pleine de candeur avec un air intéressé et un regard concentré, Lotho acquiesça d'un mouvement de tête avant de s'humecter les lèvres tout en faisant mine de réfléchir. Un doigt sur son menton, il soupira une nouvelle fois, faisant mine de considérer avec un sérieux démesuré les paroles de son interlocuteur. Ce dernier allait certainement lui demander de répéter quand le braavosi lui intima l'ordre de se taire de son doigt pointé vers lui, avant de dire d'une voix polie et au débit élevé :

- A vrai dire monsieur, ma mère n'est point une chienne. Elle tient plus des braves paysans qui amenaient certainement vos augustes parents brouter dans les verdoyants pâturages de la région. Quand à savoir ce que j'ai c'est très simple : une cruche presque vide, la malheureuse. Et, étant donné que vous sembliez vouloir du vin je venais me proposer de vous céder le fond de ma cruche et sa sœur jumelle pour la suite de votre soirée.

L'homme semblait ne rien avoir écouté de ce qu'il venait de dire ou bien alors devait peut être encore se demander qu'est-ce qu'il avait bien pu vouloir dire en usant d'une comparaison semblait-il bien plus agricole que prévu. Il fallait certes avouer que le visage rubicond et déformé par des années de ripailles de cet être n'aidait pas à l'empathie. Pour lui rafraîchir les idées et surtout ne pas lui laisser le temps de s'énerver, Lotho lui jeta le fond de vin que contenait sa cruche au visage avant de dire d'une voix froide ne trahissant rien du fond de sa pensée :

- Du vin pour l’assoiffé, en guise de remerciements pour le vacarme que votre troupeau nous fait subir depuis votre arrivée.

Les autres mercenaires semblaient partagés entre la surprise et l'action, deux d'entre eux se levant de leur chaise, main sur la poignée de leurs armes. Les cris de surprise et le semblant d'agitation que son geste semblait provoquer profita à Lotho qui écrasa la cruche sur le visage de son interlocuteur et de le pousser sur la table des mercenaires. Dégainant prestement repentance et la dague qui ceignait son autre hanche, Lotho eut ces derniers mots :

- Et cela pour m'avoir empêché d'écrire, vous autres animaux ! Et maintenant venons en directement à croiser le fer, vu que vous n'attendez que cela depuis tout à l'heure !


Sans réfléchir le premier des mercenaires qui avait parlé chargea avec lourdeur et épée au clair le Braavosi, qui fit demi tour et sauta de l'autre coté d'une table pour le laisser s'empêtrer les pieds dans une paire de tabourets et abattre sa lourde épée sur le bois de la table. Revenant en garde, Lotho espérait que l'environnement encombré lui permettrait d'user de voltige et d'ainsi gérer comme toujours au compte-goutte le flot des assaillants. A moins que quiconque en vienne également à l'aider un tant soit peu, il aurait cinq soudards à gérer, une routine mortelle et habituelle pour le danseur d'eau qu'il était.
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Message Dim 10 Juin 2012 - 10:17

Un sourire en coin ornait les lèvres rosâtres du Grand Amiral, à mesure qu'il observait évoluer la scène qui se jouait autour de lui. La tablée de mercenaires était la preuve vivante que la cupidité est le brasier du cœur qui se nourrit du bois de la sottise. Et plus on y jette sa bûche, plus il brûle. La spirale infernale ne pouvait dès lors qu'être prompte à les bousculer dans une situation qui aurait pu être évitée si, à l'origine, certaines mères avaient mieux éduqué leurs enfants, et tel crétin aurait préféré la bêche ou la binette plutôt que l'épée ou l’arbalète. Jace n'avait que peu d'estime pour les soudards en tout genre, il n'avait que peu de goût pour le mercenariat en définitive, car ce dernier n'était à Westeros une parodie de ce qui se faisait dans les Cités-libres, où les reîtres savaient bien mieux se présenter et s'organiser. Il existait à Myr, à Tyrosh et à Pentos de véritables compagnies de mercenaires autrement plus respectables, dans la limite de l'imaginable, que cette tablée d'imbéciles aux oreilles cafardeuses. Il ne fit strictement rien quand l'homme bicolore au doigt graisseux exigea de lui qu'il s'excuse et même s'il songea un instant se lever et dévoiler le blason qui ornait sa poitrine, révélant ainsi à tous que l'auberge accueillait une personne de grande marque, il s'en abstint et se contenta d'intimer d'un regard un ordre simple aux deux chevaliers qui l'accompagnaient, l'ordre de ne rien faire, car Jace avait à cœur de laisser les choses basses mourir de leur propre poison et avec un peu de chance, le soudard qui les ennuyait irait lavait sa langue et son doigt couvert de gras après avoir compris qu'il l'obtiendrait rien du Grand Amiral. Malheureusement, c'était un excès d'optimisme voire d'imprudence que de croire qu'il y avait du bon sens dans le cœur de cet homme tout entier dévoré par la convoitise. Dans le silence bientôt pesant et presque sépulcral de l'auberge, car Jace, un brin provocateur, gardait obstinément les lèvres scellées, on put voir et entendre un homme qui s'était levé et qui siffloter en direction du comptoir un air qui n'était pas tout à fait étranger à l'oreille du seigneur de la Treille, bien qu'il ne sût déjà se souvenir de l'occasion qui lui fit découvrir cette musique entraînante qui, malgré la nébuleuse de souvenirs insaisissables qui l'entourait, lui disait bien quelque chose sans qu'il ne sût dire quoi. Il n'avait point entendu cet air à Westeros, car cela n'avait rien de commun avec les chants du cru, et de fait il songeait davantage à une ritournelle populaire des Cités-libres, mais il n'aurait pu l'affirmer avec certitude, d'autant plus qu'il avait bien d'autres chats à fouetter à cet instant, et le premier d'entre eux n'était autre que l'homme qui le pointait toujours du doigt, impatient d'obtenir de lui une réponse et surtout des excuses que les Sept pourtant jamais ne lui accorderaient, car déjà l'homme au charmant sifflet s'invitait dans le semblant de conversation muette qu'ils se donnaient.

Naturellement excédé par l'interruption inopinée, le soudard en livrée d'azur et de sable qui avait porté ses réclamations aux oreilles de Jace qui les maintenait sourde se fit immédiatement menaçant à l'égard de ce qui n'était peut-être qu'un rossignol égaré à la porte de cette soirée déjà trop agitée pour être tout à fait agréable. L'insulte du mercenaire sembla glisser sur les plumes du drôle d'oiseau comme en témoignait la réponse de celui-ci et Jace, en tendant l'oreille, fit d'une pierre deux coups : il reconnut sans peine l'accent étranger du volatile et, de fil en aiguille, se souvint des origines du chant qu'il sifflait quelques instants plutôt. Ainsi, il aurait parié son domaine tout entier qu'il y avait dans cette auberge un rossignol de Braavos, la plus formidale de toutes les Cités-libres. Jace n'eut cependant point le temps de se laisser aller aux caresse chatoyantes des souvenirs qu'il s'était fait lors de ses séjours dans la cité des poètes-spadassins, car quelques petites éclaboussures de vin tachèrent rapidement le revers de sa cape qu'il avait passé sur son torse tantôt pour dissimuler ses couleurs. Il avait vu du coin de l’œil la manœuvre du rossignol et comme il fallait s'y attendre, les crétins attablés réagirent difficilement, tant leur surprise devait être grande, au moins à la mesure de leur ébriété. Les deux hommes assis à ses côtés semblèrent désirer se lever pour intervenir mais Jace leva une main ferme pour leur donner l'ordre de demeurer assis, car le seigneur de la Treille n'avait ici aucune autorité particulière, il ne pouvait donc se prévaloir de son titre, sauf peut-être à intervenir pour apaiser la situation avant d'envoyer quelques mauvais bougres devant le baronnet local pour qu'il exerce son droit de potence et de cul-de-basse-fosse sur eux en condamnant leur excès de violence. Toutefois, Jace n'était là ni pour faire de l’esbroufe, ni pour se montrer au grand jour. Il avait choisi volontairement de dissimuler son identité, ce n'était donc pas pour la révéler à la première occasion. Il ne pouvait cependant pas non plus ne rien faire et laisser la situation dégénérer plus encore. Si les mots du rossignol avaient été des étincelles, le grabuge présent n'était que le brasier qu'il s'agissait d'éteindre rapidement ; Jace aurait pu prendre le parti de n'en rien faire et de laisser l'oiseau chanteur aux prises avec les chiens qui aboyaient après lui, mais il s'estimait en partie responsable, et de plus il n'était pas homme à laisser ces choses-là survenir sans intervenir. Il n'en fit rien cependant tout de suite. En effet, il remarqua bien assez tôt que le rossignol ne se battait point comme la plupart des hommes de Westeros, mais plutôt comme les spadassins qu'il avait pu observer lors de ses séjours à Braavos. Tout allait très vite, mais quelques instants lui suffirent à reconnaître les traits et les caractères du style de combat propre aux danseurs d'eau de la cité au Colosse et naturellement, cela éveilla grandement son intérêt, car Jace n'avait rien oublié des leçons reçues d'Illyrio, illustre danseurs d'eau de Braavos en son temps. Il patienta encore quelques instants afin d'être bien sûr de ce qu'il observait et quand ses derniers doutes s'effacèrent derrière l'airain de la certitude, il décida qu'il était temps d'intervenir, car déjà le rossignol lui inspirait, par contagion, de la sympathie, d'autant plus qu'il était seul et en nette infériorité numérique, et que les chiens devenaient de plus en plus voraces à mesure qu'ils gagnaient du terrain sur lui.

D'un coup d’œil rapide à l'aubergiste, Jace comprit que celui-ci était dépassé par la situation : terrifié derrière le comptoir de son établissement, il semblait ne savoir que faire. Le pauvre homme craignait pour son commerce, duquel il tirait toute sa subsistance et qui pourrait pâtir d'une telle pagaille, chose dont ces reîtres semblaient se laver effrontément les mains, même si c'était là une chose qui n'aurait jamais lieu qu'au sens figuré. Jace se leva et fut aussitôt imité par les deux chevaliers chargés de le protéger. Ils portèrent instinctivement la main à la garde de leur épée mais Jace les interrompit d'un double claquement de sa langue sur son palais.


« Nenni messers, il est inutile d'en arriver là. Croisons le fer avec des ivrognes incontinents et nous serons la risée de Westeros. Gardons nos épées dans leur fourreau et distribuons quelques coups de poing s'ils refusent d'entendre raison, l'alcool fera le reste. »

Ce n'était point de la naïveté, mais Jace ne souhaitait absolument pas que, par accident, ses hommes se rendent coupables d'un meurtre, car quand bien même ce dernier s'expliquerait par l'impérieuse nécessité de se défendre soi-même, le Grand Amiral savait que le seigneur local n'irait pas chercher loin pour condamner ce qui ne serait en définitive rien de moins qu'un meurtre, fût-il légitimé par l'instinct de survie. De plus, Jace n'était pas d'humeur à voir couler le sang, et il ne voulait pas attirer plus d'ennuis au rossignol que ce dernier n'en avait déjà. Il s'approcha donc, flanqué de ses deux hommes, des mercenaires qui attaquaient sans honte ni retenue leur adversaire et tenta d'abord de les raisonner, mais il aurait eu plus de succès en pissant sur une lyre pour faire quelque musique. Aux arguments parlés devaient donc succéder les arguments cognés, et Jace, le premier, s'y essaya. Il tapota de ses doigts l'épaule de l'un des soudards, celui qui lui semblait le plus aviné et donc le moins dangereux, et quand ce dernier se tourna vers lui, Jace esquiva le coup de poignard et envoya son poing frapper la mâchoire du réître qui tomba sur la table avant de rouler par terre. Il sourit en pensant qu'il avait eu raison de croire que « l'alcool ferait le reste », mais il se rendit rapidement compte que si celui-ci avait été facilement maîtrisé, ce ne serait point le cas des autres qui tournaient autour de l'insaisissable rossignol. Jace aurait pu rester là à l'observer se battre avec grâce et talent malgré l'infériorité de sa position, mais c'eût été somme toute assez cruel, comme s'il avait enfermé dans une cage un chat maladroit et un rossignol agile. Par chance, les deux chevaliers qui l'accompagnaient, en pleine possession de leurs moyens car il n'avait pas eu l'occasion ni le temps de boire une seule goutte d'alcool, étaient là pour l'aider à secourir l'oiseau en péril. Ils ne le feraient pas avec autant de grâce et de style que celui qu'il sauverait, mais au moins tenterait-il d'agir, sous les ordres de messire Redwyne, avec grande efficacité. De son côté, le seigneur de la Treille n'avait point dégainé son épée qui ressemblait à s'y méprendre à celle du rossignol, pour ne point donner l'impression aux spectateurs de la comédie qui se jouait là que tout Braavos s'était réuni dans le bâtiment.

« Allez, débarrassons l'auberge de cette vermine. Assommez-les, qu'on en finisse. »
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Message Lun 11 Juin 2012 - 17:12

Manifestement Lotho avait débuté une vraie marée humaine dont il était la principale ire, ce qui semblait somme toute bel et bien logique au vu de ses derniers gestes et autres mots. Cinq hommes pouvaient être une véritable plaie à combattre en terrain dégagé, là où ils auraient tôt fait de vous encercler. Si cette situation avait eu une chance de se produire ce soir le spadassin n'aurait certainement pas fanfaronné de pareilles manières mais aurait cherché un moyen moins physique de venger son inspiration bafouée. Mais ici, au sein d'une auberge dont les clients abandonnaient les tables pour se réfugier dans les coins de la pièce, à l'étage où bien encore derrière le comptoir, un combattant rapide et agile pouvait allègrement tirer parti de l'environnement. Cette optique permettait donc à Lotho d'aborder ces duels avec une certaine détente tant nerveuse que musculaire, un des points les plus importants pour la danse de l'eau étant de ne surtout pas se braquer. Contrairement aux mouvements de l'escrime brutale et expéditive telle qu'on la pratiquait dans les sept couronnes, sa variante braavienne nécessitait avant tout rapidité et souplesse pour être utilisée conjointement avec les capacités acrobatiques dont disposaient les danseurs d'eau. Les cinq soudards ne se semblaient pas connaître ce fait, comme le démontrait les rires de trois d'entre eux au vu de la finesse de Repentance ou bien encore de la dague qui lui tenait compagnie.

Le poête spadassin aurait bien aimé leur renfoncer leur erreur profondément dans l'estomac d'un trait parfaitement exécuté, mais malheureusement les convenances le sommaient de les mettre simplement hors de combat. Cela devenait de fait bien plus délicat qu'un vrai combat, d'autant plus que toute sa formation de danseur d'eau n'avait pas eu pour but de lui enseigner autre chose que l'art de donner la mort rapière au poing. Plusieurs années d'expertise lui avait permis de modifier son comportement à cet endroit, même si ses armes n'étaient pas parmi les plus pratiques pour mettre seulement hors de combat ses adversaires. Ainsi donc se retrouvait-il présentement de l'autre coté d'une table qui le séparait de son premier ennemi dont la large lame s'était coincé dans le bois du meuble sous la force du coup qu'il avait donné. Derrière lui arrivait deux de ses compagnons, dont l'homme au visage maintenant ruisselant de vin, tous deux semblaient vouloir contourner la table pour piéger le danseur d'eau dans une tenaille potentiellement mortelle.

N'ayant pas la courtoisie de leur laisser le temps d’exécuter ce plan, Lotho monta à nouveau sur la table, donnant un coup de pied dans la mâchoire de l'homme qui tentait de retrouver l'usage de son arme. Les autres, tentèrent pour l'un l'estoc et l'autre la tranche vers leur adversaire surélevé qui bloqua rapidement le coup de taille avant d'effectuer un léger décalage sur le coté droit pour éviter l'estoc. Rompant le fer qu'il avait croisé en parade, il effectua une volte avant pour se retrouver dans le dos de ses trois adversaires, face à l'un de leurs amis, médusé par la prouesse acrobatique. Profitant de l'instant, Lotho coupa d'un coup de dague la sangle qui maintenait le fourreau de son épée (la dite arme étant encore à l'intérieur) à sa ceinture. Derrière lui des pas rapides accompagnés de plusieurs cris laissaient penser qu'une triple charge allait le faucher. Plutôt que de tenter de ferrailler ou bien encore de passer au travers de cette masse, l'aérien spadassin y référa une solution bien plus enfantine, la roulade sur le coté. Accroupi après s'être rétabli, il put voir que ses trois poursuivants avaient tenté de stopper leur charge pour ne pas estropier gravement leur ami, produisant ainsi un conglomérat de bras, jambes et autres parties humaines agrémentées de couverts et autres tabourets.

Mais il n'était pas temps pour lui de se reposer ou même d'en rire, le dernier larron, sa hache en main beuglait déjà des insanités en lui fonçant dessus. L'homme était doué d'une vitesse plus élevée que ses bovins amis, sans compter le léger effet de surprise dont il bénéficiait. Pour assurer sa survie, Lotho n'avait plus beaucoup d'autre choix que de faire couler un peu de sang. Ainsi accroupi il donna un estoc rapide dans le genou de son adversaire, la lame traversa le tissu et les chairs en étant accompagnée d'un cri de douleur de la part du propriétaire de cette jambe meurtrie. Loin d'être un spécialiste en anatomie, Lotho avait néanmoins pu remarquer à quel point l'association d'une rapière et d'une articulation pouvait s'avérer incapacitant, parfois même à vie. C'était là une blessure cruelle mais qui peut être permettrait à cet homme de ne plus être un danger physique pour autrui, une cruelle mais bonne action pour l'ensemble de la foule.

Après avoir retiré son épée du genou de l'homme, Lotho se releva dans un grand silence ambiant. Le geste rapide et précis avait envoyé l'homme au sol et ses quatre compagnons semblaient quand à eux partagés entre l'envie de revanche et un frisson d'appréhension. Tout spadassin qu'il était, Lotho en profita pour reprendre une inspiration tout en observant ses assaillants pour tenter de deviner les mouvements qu'ils allaient entamer ... Prudent, il reconstitua sa garde, épée en avant et dague ramenée en défense, se doutant qu'ils ne s'en remettraient encore une fois qu'à la charge en rangs serrés, technique intéressante mais contre laquelle il était tout à fait possible de trouver certaines feintes. Derrière eux il pouvait apercevoir les trois mystérieux voyageurs dont la présence avait fini par convaincre Lotho de faire taire les soudards. Ces personnes restaient assises et observaient bel et bien la scène, mais pourquoi donc ? Attendaient-ils de voir un beau spectacle, pensaient-ils peut être qu'un bretteur agile s'en sortirait forcément ?

Celui qui semblait être en quelque sorte leur chef donnait l'impression d'avoir vu son intérêt redoublé depuis le début du combat, mais pour quelles raisons ? Très honnêtement Lotho se demandait si le fait d'avoir le plaisir d'observer un danseur d'eau se battre n'allait pas finir lui coûter la vie, non point qu'il eut peur de la perdre, mais force était d'admettre que cette fascination pour l'exotisme n'était pas toujours en sa faveur. Mais il n'était pas temps de s'apitoyer tristement sur son sort, l'heure était en effet à l'action. Profitant de son effet de surprise, il jeta d'un ton intimidant quelques mots à la figure de ses assaillants :


- Quelle déception. Les bœufs, même blessés, n'ont généralement aucun mal à marcher ou à agir en troupeau. Vous semblez tout faire pour que les génisses qui auraient peut être fini par vous céder leurs faveurs se tournent vers bestiau mieux membré ...


L'homme maculé de vin lui beugla à nouveau au visage, avec une agressivité certainement renouvelée par la colère de voir l'un des siens à terre alors qu'ils n'avaient même pas encore réussis à toucher une seule fois leur cible :

- Épargne nous tes paroles espèce de bouffon à la manque ! Je sais pas d'où tu viens mais je vais te montrer comment qu'on se bat, nous les hommes du Bief, contre les gêneurs ! A l'attaque mes gars ! Pas de quartiers !

Et l'équipée bovine de s'élancer comme un seul homme contre le braavosi qui resta immobile. La feinte qu'il voulait exécuter demandant un rythme et une observation ne laissant que peu de place à l'erreur, il attendit le dernier moment pour esquisser une tentative de fuite sur la gauche. Suivant le mouvement, les hommes tentèrent de se déporter également, permettant à Lotho de se déplacer sur leur droite en tournant sur lui même. Une fois rétabli en position de garde, il siffla ses adversaires. Celui qui était le plus proche de lui fit volte-face et tenta un coup de tranche que Lotho bloqua de sa rapière avant de lui envoyer la garde en panier de sa dague dans le visage, suivit d'un coup de botte dans l'entrejambe. Des mouvements maintes fois répétés au fur et à mesure de sa vie, qui se déroulaient maintenant sans difficultés, mus par des réflexes tout aussi affutés. Un autre de ses adversaires risquait donc de demeurer hors du combat pour un moment, mais il ne devait pas laisser le temps aux autres de se réorganiser.

Aussi se retourna t-il pour grimper à nouveau sur une table, suivi dans cette entreprise par l'un de ses assaillants qui agrippa la veste du danseur d'eau pour l'empêcher de fuir à nouveau. Ce dernier se retourna pour gratifier la main qui le retenait d'une magnifique lacération faite à la dague, arrachant surprise et douleur à son adversaire qui lâcha sa veste. Se retrouvant face à un seul adversaire désorienté, Lotho lui asséna un coup de botte dans le thorax, ce qui eut pour effet de le faire tomber de la table et s'écraser lourdement sur le sol. Regardant autour de lui, il vit que les voyageurs mystérieux avaient commencé à assainir la place à grands renforts de giroflées. Lotho devait avouer que cette intervention tardive mais efficace le soulageait grandement, ramenant le regard vers son adversaire, il le vit essayer de s'aider de la table pour se remettre sur pied et mit fin à leur confrontation d'un dernier coup de botte dans le visage.

Après avoir lâché un soupir de contentement, il descendit de son estrade improvisée et posa sa dague dessus. Sortant un linge de son pourpoint, il épongea le sang qui perlait sur Repentance, la remit au fourreau et en fit de même avec sa dague. Ses armes enfin propres, il se tourna vers celui qui semblaient diriger les voyageurs et s'inclina avec élégance tout en énonçant d'une voix teintée de son accent et pleine de gratitude :


- Merci beaucoup chers compagnons d'escarmouche, vous m'avez sortis là d'une longue rixe dont l'issue était je l'espère bien déjà trouvée. La route m'a fourbu et vous m'avez épargné un surplus de travail qui m'aurait empêché de profiter pleinement de la suite de cette soirée. Si je peux me faire ce soir votre débiteur d'une manière ou d'une autre, n'hésitez aucunement.

Après s'être relevé il s'approcha un peu plus de son interlocuteur principal, l'air amical, tout en continuant sa diatribe courtoise.

- L'abondance de violence et de crasse que ce moment nous a montré ne doit cependant pas planter un poignard dans le dos des convenances, aussi dois-je de me présenter. Je me nomme Lotho Volentin, danseur d'eau de Braavos, rimeur, bretteur, hâbleur et paraît-il charmeur ... Avant que nous ne débarrassions cette salle de nos lourdauds amis, permettez que je les déleste de leur pécule pour rembourser leur rudesse auprès de l'honnête aubergiste qui nous accueille ce soir ... A moins que vous ne préfériez vous charger vous même de cette tâche ? La décision vous revient.
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Message Lun 11 Juin 2012 - 23:26

Observer le spadassin exercer son art sur ces cinq imbéciles était un véritable plaisir pour les yeux. Moins plaisant était en revanche de constater l'obstination crasseuse des adversaires du danseur d'eau qui semblaient plus entêtés encore qu'un pêcheur du Conflans un jour sans prises... Mais à leur inexorable et stupide résolution, le rossignol opposait une grâce et une adresse digne de louanges et Jace ne put s'empêcher d'admirer le spectacle qui s'offrait à lui, quand bien même il saisissait les dangers qui menaçaient le danseur d'eau, car il aurait suffi d'un faux mouvement ou d'une mauvaise chute pour que la danse cesse et cède la place à une bastonnade en règle. Mais la musique que jouait la rapière torsadée de l'homme à l'accent de Braavos, en duo avec sa consœur la dague, rythmait ses pas avec le brio des artistes, et ses pirouettes ajoutaient à l'éclat de la prestation. Pris de nostalgie, Jace goûta l'instant avec plaisir, sans pour autant oublier qu'il ne pouvait abandonner le rossignol à son triste sort ; attendre trop longtemps, c'était l'exposer à la sale morsure des chiens qui en avaient décidément et résolument après lui. À observer ainsi le rossignol qui dansait, les armes à la main, le courage aux tripes, la grâce dans le cœur et l'agilité dans les membres, il lui revint les souvenirs des enseignements d'Illyrio, le danseur d'eau qui s'était chargé de l'éduquer à cet art de combattre qu'on ne trouvait qu'à Braavos. Le rossignol était « léger comme une plume », « souple comme une anguille », « intrépide comme une louve » et semblait « voir avec tous ses sens ». Les axiomes lui revenaient par vagues, mais hélas Jace ne pouvait point se permettre de perdre du temps et il donna d'une phrase le signal pour l'entrée en scène, et les deux chevaliers qui n'obéissaient qu'à ses ordres intervinrent pour soutenir et venir en aide au danseur d'eau qui fut bientôt débarrassé de l'odieuse compagnie des soudards. Les cinq mercenaires gisaient sur le sol et n'étaient plus un péril pour quiconque. Jace observa le rossignol qui, après avoir nettoyé et rengainé ses armes, s'approcha d'eux pour parler de sa voix chantante où l'on entendait très distinctement l'accent de la cité du Colosse. Pour peu qu'on tendit l'oreille avec minutie, on aurait pu ouïr sous les mots très distingués l'écho des vagues battant le flanc des navires de la flotte du Seigneur de la Mer de Braavos. D'autres auraient pu se laisser surprendre par la touche d'exotisme dont se colorait la conversation de celui qui bientôt se présenta, mais point Jace qui, plus qu'aucun autre peut-être dans l'auberge, avait suffisamment fréquenté les Cités-libres pour ne plus s'étonner d'aucune musique verbale. L'entrée en matière du rossignol, de la même façon, avait de quoi dérouter. Dire qu'il parlait bien relevait de l'euphémisme le plus naïf, considérant qu'il n'était point sûr qu'aucun des roturiers qui peuplaient cette auberge ne sut formuler des phrases de plus de quelques mots. Jace demeura silencieux cependant, préférant observer cet interlocuteur si original qui s'approchait en parlant toujours de sa voix mélodieuse qui fleurait bon l'orient.

Jace s'étonnait un peu de voir qu'il était capable, après la rixe, d'enchaîner sur une conversation au débotté comme s'ils se rencontraient au beau milieu d'une foire ou d'un marché dans quelque grande cité du vaste monde. Il affichait une expression parfaitement neutre et hocha la tête quand le rossignol mentionna son identité, son statut et son origine, car Jace voyait ses déductions directement confortées, ce dont il savait gré son interlocuteur qui, ce faisant, lui épargnait de s'occuper de poser de bien délicates questions. Le Grand Amiral finit par sourire quand Lotho l'investit du droit de choisir ce qu'il convenait de faire à propos des soudards dont les corps assommés et inertes polluaient le sol poussiéreux de l'auberge.


« Votre générosité est un exemple pour nous tous. » Jace eut un regard pour les deux chevaliers qui l'escortaient et ceux-ci comprirent immédiatement ce qu'ils avaient à faire. Ils s'affairèrent donc auprès des mercenaires atterrés, les délestèrent de tout argent qu'ils trouvèrent sur eux pour le donner au fur et à mesure à leur seigneur, avant de s'occuper de traîner les corps à l'extérieur de la bâtisse, pour nettoyer l'auberge de leur puante présence. « N'oubliez pas de les désarmer. » Ce qu'ils ne manquèrent point de faire, toujours pendant que Jace continuait de parler pour répondre au rossignol, tout en recueillant les sous de cuivre et les cerfs d'argent dans ses mains réunis en coupe. Mais sa première phrase, il la déclama à l'attention de l'aubergiste qui avait refait surface derrière son comptoir, et l'on pouvait voir sur son visage toute la grandeur de son soulagement. « Cet argent ne paiera pas leur stupidité mais il vous dédommagera de la nuisance. » Enfin son attention se porta sur Lotho. « Vous vous présentez comme mon débiteur, mais il n'en est rien. Je n'ai fait qu'achever, sans grâce ni panache, ce que vous conduisiez avec virtuosité et maestria. Voir de ses yeux la danse de l'eau est toujours un spectacle saisissant et je n'ai qu'un regret, d'être intervenu trop tôt et ne pas en avoir vu davantage. C'est à mon tour de manquer à mes devoirs, car j'oublie de me présenter. Je suis Jace, voyageur fatigué, et j'ai bien peur que là s'arrête la liste des adjectifs dont je pourrais m'affubler. »

Jace se déporta sur le côté pour laisser le champ libre à ses chevaliers qui avaient besoin d'espace pour transporter les reîtres toujours inanimés. Certains d'entre eux avaient repris conscience, mais ils étaient tellement accablés par la sévérité du traitement infligé par le danseur d'eau qu'ils n'osaient rien faire de plus que geindre et soupirer, trouvant dans la complainte un refuge et un remède à ces douleurs qui les brûlaient dans tout le corps. Ils se laissaient faire et n'avaient même pas protester quand ils s'étaient vus délestés de leur argent. Jace avait réuni une copieuse somme, et ce n'est pas sans fierté qu'il s'approcha de l’aubergiste pour la lui confier, avec un sourire et un coup d’œil bienveillant. Le brave homme dut très certainement être enchanté d'un tel présent, mais il était si choqué par tout ce qui était arrivé qu'il ne put que balbutier de vagues remerciements avant de s'empresser de mettre ce petit trésor en lieu sûr, là où les soudards, quand ils auraient retrouvé la pleine possession de leurs moyens le lendemain, ne pourraient le débusquer. Après avoir décoché un sourire volontairement charmeur à l'attention de la serveuse qui craignait de reprendre le travail après l'événement, Jace se tourna vers Lotho et lui dit ces quelques phrases d'un ton qui se voulait sympathique. Le seigneur de la Treille était d'humeur assez égale, mais éprouvait comme par contagion déjà une forme d'estime pour ce rossignol braavosi, ce qui peut-être modulait ses propos autant que les intonations de sa voix. De plus, il ne pouvait ignorer qu'un peu de compassion se distillait dans ses pensées à mesure qu'il constatait qu'un peu comme lui, Lotho se trouvait bien loin de sa terre natale, et dans le cœur d'un homme qui avait grandi et vécu loin du berceau qui l'avait vu naître, cela ne pouvait que résonner d'un écho formidable.

« Un danseur d'eau, avez-vous dit ? Ce n'est pas quelque chose que l'on rencontre fréquemment à Westeros. Et cet air que vous sifflotiez, il me semble également l'avoir reconnu. N'était-ce pas les premières mesures de la Folle du Canal ? Je ne saurais l'affirmer. Il y a bien longtemps que je n'ai vu la rade de Braavos, cela dit, et la mémoire est si cruelle quand elle est sœur de la distance. Vous êtes vous-même bien loin de vos foyers, mais j'imagine que si vous n'aviez pas quitté Braavos pour notre continent, ces mercenaires auraient fait ce soir bien plus de dégâts sous ce toit. J'aimerais vous dédommager. Là d'où je viens, on dit qu'un verre de vin rapproche de chez soi, alors je dois vous offrir au moins une carafe. Je suis féru de récits de voyage, peut-être pourrions-nous partager les nôtres ? Ou nous pourrions boire à la santé de l'aubergiste en rimant votre victoire ? Vous êtes mon débiteur, vous l'avez dit vous-même, et c'est tout ce que j'exige de vous. »

La plaisanterie était assumée, et ce n'était pas les yeux rieurs du Grand Amiral qui allaient contredire ses paroles. Jace ne voulait en rien contraindre son interlocuteur et c'est pourquoi il avait ajouté ces dernières phrases en souriant et en marquant le point final d'une révérence. Il avait salué la prestation du rossignol, mais il ne désespérait pas d'en apprendre davantage : longtemps, il avait connu l'exotisme des Cités-libres, et Jace n'était pas le « héros » de la Bataille des Trente voiles pour des nèfles. Converser avec un natif de Braavos constituait pour lui une nouveauté qu'il s'agissait de ne pas laisser filer, car ce n'était pas souvent que l'occasion se présenter. D'un regard, il désigna la table d'où s'était levé Lotho et se tenait prêt, d'après ce que ce dernier lui répondrait, à ordonner à l'aubergiste qu'on leur porte du vin à la table. Le Grand Amiral regrettait un peu d'avoir tu les spécificités de son identité, mais il ne voulait pas attirer l'attention sur lui, et le héros de ce soir devait rester le rossignol. D'une certaine façon, il goûtait les joies de cet anonymat volontaire, et il n'avait aucun intérêt à déchirer le voile entourant son nom et son origine. Pour l'heure, passer pour un voyageur fortuné et éduqué lui suffisait.
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Message Lun 25 Juin 2012 - 14:25

La tension du combat qui avait envahi le corps et l'esprit du danseur d'eau retombait peu à peu, non sans difficultés. La maîtrise des gestes et la concentration qui étaient nécessaires à l’exécution d'une danse de l'eau laissaient toujours les pratiquants dans un état non pas second, mais légèrement plus alerte, observateur. Bien que capable de courtoisie et autres bavardages, Lotho devait attendre un peu que son corps quand à lui ne réclame plus de gestes brusques et autres cabrioles. Ainsi garda t-il un certain port statique, bras croisés et fixant son nouvel interlocuteur, mystérieux voyageur accompagné de deux personnes sachant bien mieux frapper que n'importe quel paysan. La curiosité du spadassin ne pouvait que s'en trouver renforcée, encore et toujours, par le voile que ces trois personnes posaient sur leur identité réelle. Pendant que les deux gardes, à défaut d'une dénomination plus juste, se chargeaient des poids morts qui encombraient maintenant le sol, leur maître quand à lui prit la parole.

Ce dernier loua la générosité du spadassin, qui acquiesça avec gratitude. Le compliment était appréciable mais en son fort intérieur Lotho ne voyait pas en quoi il était généreux de simplement dédommager l'aubergiste. Il s'agissait là d'un geste qu'il estimait tout à fait logique et non négociable, mais si l'étranger voulait y voir là une quelconque générosité, il n'allait pas le contredire. Ce dernier précisa à ses gardes d'également oter leurs armes aux soudards, ce qui n'était pas une mauvaise idée loin de là, même si l'on pouvait douter du fait qu'ils reviendraient chercher rapidement querelle. Quoiqu'au vu de leur stupidité, mieux valait prévenir que guérir. Après avoir rassuré l'aubergiste qui venait d'émerger à nouveau de son comptoir, l'homme se retourna vers le spadassin qui à présent s'était à moitié assis sur une des tables de la salle, décompressant peu à peu tout en observant la scène. Le maître des deux gardes lui assurait que se présenter comme étant son débiteur semblait bien erroné au vu de la teneur du combat, qu'il n'avait achevé sans une once de style. Et de préciser qu'avoir vu la danse de l'eau en action lui avait ravi les yeux, lui faisant admettre qu'il aurait bien voulu laisser Lotho ferrailler plus longtemps pour avoir un second rappel de cet art martial.

Le compliment était encore une fois sincère, à n'en pas douter, mais le danseur d'eau quand à lui se trouvait bien dubitatif devant cet aveu. En effet même si il était certain que son interlocuteur aurait fini par intervenir, ce dernier n'aurait donc pas forcément eu de remords à laisser la rixe continuer. C'était agréable de sa part d'être sincère, mais le fait qu'il puisse l'avoir laissé dans cette situation en se comportant comme un bedeau laissait Lotho perplexe. Le fait qu'il ait par contre cité la danse de l'eau, reconnaissant donc ce style de combat était un indice de plus, agréable de surcroît, pour le spadassin sur la recherche de l'identité de cet homme. Il se présenta enfin, ne dévoilant pour simple identité que son prénom : Jace. L'homme semblait vraiment ne pas vouloir faire étalage de sa vie et de ce qui la composait, une attitude que Lotho pouvait tout à fait respecter, même si cela frustrait grandement sa curiosité. Courtois et diligent comme à son habitude, le Braavosi lui répondit d'un ton calme :


- Eh bien Jace, vu que c'est ainsi que vous avez été nommé, vous me voyez ravi à deux titres de cette rencontre martiale mais bienvenue. Le premier est d'avoir le plaisir de pouvoir parler avec un habitant des sept couronnes ayant l’œil assez acéré pour reconnaître la danse de l'eau. Il est toujours agréable de ne pas avoir à nouveau à expliquer ce qu'est ce style de combat, vous m'en voyez positivement soulagé. Le deuxième est cependant que vous n'ayez pas trop hésité avant de rentrer dans la danse, la journée fut longue et j'avoue ne pas avoir assez le cœur à l'ouvrage pour continuer à escrimer ainsi la nuit durant. Ravi donc, de vous rencontrer.

Après cette réponse, Lotho suivit le mouvement, libérant également de l'espace pour que les deux gardes puissent faire le ménage sans être dérangés outre mesure. En ayant ainsi l'occasion, le spadassin regarda donc autour de lui pour estimer à quel point la rixe avait pu affecter les lieux. Quelques tables et tabourets loin de leur emplacement d'origine, une belle mare de sang entourant le genou estropié de l'un de ces hommes. Décidément les choses semblaient avoir étés assez peu violentes, pas de feu déclaré, aucune victime secondaire ... Décidément le danseur d'eau était heureux de voir que les choses s'étaient bien déroulées cette fois-ci, il y reconnaissait indéniablement un rôle, mais savait pour autant que si la bataille avait continué son impatience l'aurait emporté. Il n'y aurait pas eu qu'un seul blessé grave, des morts peut être ... La danse de l'eau demandait patience et concentration pour son exécution, mais sa rapidité innée permettait à ce style de compenser le long apprentissage par une finalité rapide du geste. Cela n'était pas un art de maintien de l'ordre, mais bien un style mortel à part entière.

Les gens qui remplissaient l'auberge ce soir sortaient quand à eux de leurs abris, l'air médusé pour la plupart. Il semblait bien que la majorité n'auraient pas pensé qu'un seul homme face à cinq autres puisse ne serait-ce qu'espérer survivre. Que le faquin en question le fasse en plus sans subir une seule blessure devait relever pour eux du miracle. Loin de s'en tenir à ces considérations spirituelles, le danseur d'eau préférait néanmoins éviter leurs regards, pour écarter toute possibilité de question ou de demandes crédules sur les faits qui l'avaient amené à savoir se battre ainsi. Il s'agissait là d'explications qu'il n'aimait pas donner, tant elles étaient souvent demandées. Las de s'expliquer à tout bout de chant, il espérait plutôt pouvoir à nouveau converser avec Jace, qui semblait quand à lui être bien plus au fait des réponses que des questions à l'égard du Braavosi. Le cherchant du regard, il vit que l'honnête homme s'était dirigé vers le comptoir pour confier à l'aubergiste la fortune des soudards qui avaient importunés l'assemblée ce soir.

Ne pouvant s'empêcher de sourire en constatant le regard charmeur qu'il lançait à la serveuse, Lotho ne put s'empêcher de noter la façon qu'avait de se mouvoir le voyageur. Son port était altier, il se déplaçait avec une maîtrise et une fluidité peu commune dans une auberge. L'homme semblait receler de nombreux mystères que ses réflexes ne permettaient pas de tous cacher ... La curiosité du spadassin ne cessait de croître tandis que son mystérieux interlocuteur s'adressait à nouveau à lui. Revenant sur son statut de danseur d'eau, Jace reconnut également l'air qu'avait sifflé lotho pour le plus grand ravissement de ce dernier. La surprise ne fut pas totale lorsque Jace reconnu avoir déjà visité Braavos, l'abondance de détails qu'il énonçait sur la Cité Libre depuis le début de leur discussion rendait l'hypothèse du voyage tout à fait plausible.

Jace nota ensuite le fait que Lotho se retrouvait bien loin de ses terres d'origines, précisant également que les souvenirs qu'il pouvait évoquer de la cité au Titan pouvaient être altérés par le temps et la distance. Il félicita ensuite le destin d'avoir mis le danseur d'eau sur la route des cinq soudards, précisant qu'ils auraient sinon pu rendre la situation bien plus dangereuse pour tous. A cela Lotho eut un sourire aigre, au vu de la compétence de ses gardes et certainement de celle de Jace ... Rien n'était moins sûr, les cinq hommes auraient tout à fait pu encore se retrouver au tapis, cela aurait certainement été le même résultat. Enfin Jace avisa la table où Lotho était auparavant assis et l'invita à boire un verre pour faire plus ample connaissance, tout en arguant que cela libérerait le danseur d'eau de sa dette. De dernier ne put empêcher un nouveau sourire, amusé cette fois-ci avant de répondre :


- L'offre est alléchante je vous l'accorde amplement Jace. "Un verre de vin rapproche de chez soi" dites vous ? Soit pour la carafe en l'honneur du Titan, même si mes voyages font de Port-Réal un pied à terre bien plus commun et pratique il me faut vous l'avouer.

Se rapprochant de sa table, il continua son soliloque avec entrain. La soirée allait receler du joyau qu'il estimait le plus. Une discussion. Une rencontre, avec une personne envers laquelle il se posait de nombreuses questions. Tout semblait être réuni pour une très bonne soirée.

- Donc soit pour les voyages, les légendes, les anecdotes, les hypothèses, les rumeurs, tout ce qui pourra bien permettre l'échange de la parole ! Si en plus, le vin se joint à la fête ... Attention mon cher, nous ne savons trop où tout cela finira. Simple précision, n'allez pas imaginer que je vais détailler par le menu l'ensemble de conquêtes gracieusement cueillies dans les quatre coins du monde par exemple. Bien qu'à vrai les mauvaises langues pensent que c'est plus la façon dont on fuit époux et parents en rogne qui est amusante ...

Arrivé à sa table, il détacha la sangle qui retenaient les fourreaux de Repentance et de sa dague pour les poser sur le meuble, avant de refermer son encrier, replier ses parchemins et les ranger sur un coté. Faire de la place pour éviter que le vin ne tache les mots alors qu'il devait simplement en sublimer certains autres, énoncés de façon orale. Après s'être assis il reprit la parole avec le même ton enjoué dont il faisait preuve depuis le début de son monologue :

- Les voyages ... ah les voyages ... Le plaisir perpétuel de la découverte, de la rencontre, du risque, un condensé de vie qui se déguste au hasard de chaque route. C'est je dois bien l'avouer le principal plaisir de ma vie. Mais vous cher Jace, comment en êtes vous arrivés à visiter Braavos ? Un voyage pour affaires ? Le vin du Bief y sera toujours très prisé, fort heureusement.

Intérieurement, Lotho se régalait du fait de pouvoir questionner quelqu'un sur Braavos et ne pas simplement répondre à des questions sur cette cité. Même si il n'avait pas en face de lui un compatriote, il pourrait quand même ressentir un peu du soleil de sa cité, de ce qui pouvait lui en manquer. Enfermant sa nostalgie au plus profond de lui même, il accepta le verre de vin que lui amena la serveuse et constata avec surprise qu'on leur offrait également une assiette de charcuterie en guise de remerciements. Goûtant au nectar carmin, manifestement sorti des meilleurs tonneaux de l'aubergiste, il attendit la réponse de son interlocuteur du soir, ses yeux ne cachant rien de son amusement comme de sa curiosité.
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Message Mar 17 Juil 2012 - 22:28

Reconnaître la danse de l'eau est chose facile pour qui maîtrise quelques uns de ses secrets, car s'il est vrai que chaque danseur a sa manière et ses méthodes propres, les lois fondamentales de cet art sont universelles et les mêmes pour tous, condensées en maximes que l’apprenti danseur doit connaître sur le bout des doigts s'il veut prétendre un jour rivaliser avec ses maîtres. Dans le temps, Jace les avait appris avec autant d'assiduité et d'application qu'une jeune septa apprend ses litanies, et il les récitait le soir avec autant d'implication que cette même septa chantonne ses prières en pressant contre son cœur l'étoile à sept branches qui symbolise sa foi. Ce Lotho Volentin les connaissait certainement lui aussi et peut-être même mieux que lui, car il fallait sans doute être né à Braavos pour vivre la danse de l'eau comme d'autres respirent. Entendre les paroles de son interlocuteur qui parlait avec l'accent typique de sa terre natale ouvrait l'esprit de Jace sur les souvenirs des leçons de son maître qui lui martelait le crâne de ces axiomes encore frais à sa mémoire. Il fallait être « silencieux comme une ombre », « vif comme un daim », « souple comme la soie d'été », « preste comme un serpent », « léger comme une plume », et il fallait savoir qu'un « danseur d'eau voit avec tous ses sens ». Tout cela lui était revenu plus tôt et tout lui revenait encore, par vagues successives, à l'écoute de Lotho. Comme un vieux refrain qui ne vous quitte plus à l'orée d'un voyage, il s'entendait réciter ces bravades et ne pouvait que s'en émouvoir, car elles ouvraient en lui des fenêtres immenses sur un ciel tempétueux, mouvementé, jaculatoire. Quand le natif d'Essos lui exposa les deux motifs de son ravissement, Jace ne sut guère réprimer les sourires qui se portèrent à ses lèvres comme deux papillons s'élèvent jusqu'à la bouche florale qu'il s'agit de butiner quand le printemps revient. Le Grand Amiral avait bien conscience d'avoir quelque peu tardé à intervenir en faveur de l'escrimeur, mais Jace n'était pas un homme pétri de bons sentiments et d'ailleurs ceux-ci faisaient de bien piètres histoires. Il ne se sentait guère redevable et s'il prétendait se sentir quelque peu responsable, ce n'était pas sans dessein derrière la tête. Ses hommes poursuivaient leur œuvre et débarrassaient l'auberge des gêneurs inertes et laids. Piqué dans sa vanité par la remarque du danseur d'eau comme s'il l'eût été par le dard acéré d'un frelon ou d'un pipirit des lointaines îles d'Été, il ne répliqua rien et se contenta d'accomplir l'invitation qu'il avait lui-même lancé plus tôt. Lotho l'avait d'ailleurs accepté, et Jace en fut très satisfait. Il était peu commun de rencontrer un tel personnage sur les routes du Bief, et il était moins habituel encore d'en trouver un qui fut assez sociable pour accepter de bonnes grâces la société d'un camarade de voyage. L'occasion était trop belle pour la laisser filer entre les doigts comme le sable des plages dorniennes. Assis non loin du danseur d'eau, il l'entendit qui commençait déjà, toujours avec ce panache et ce brio caractéristiques, en lui précisant qu'il n'allait point lui détailler la frise chronologique de ses idylles. Ce n'était certes pas ce que Jace avait en tête, et il savait gré son interlocuteur de ne point l'affliger du récit de ses exploits amoureux.

« Faut-il croire qu'une femme siège en chaque port, attendant notre retour pour nous couvrir de ses tendresses et de ses voluptés ? Dans le temps, voyager était toute ma vie, de Lys à Pentos, Tyrosh et jusqu'à Braavos, la cité des danseurs d'eau. Dans les Cités-libres, la vie semble susseyer comme un de ces fleuves du Conflans qui n'en finit pas de nous étonner. On y fait de si curieuses rencontres ! De la noble courtisane qui vous envoûte d'un regard au vil prince marchand qui vous appète de ses mille trésors, tout y semble possible, et c'est peut-être cette myriade de formes, de couleurs, de parfums et de possibilités qui font les voyages à mes yeux si plaisants, si essentiels, si primordiaux. Vous avez bien raison de dire que le plaisir est dans la découverte. Plus que les trésors que l'on découvre et trouve à destination, n'est-ce pas dans la chasse, dans la traque qu'on se sent vivre et respirer ? »

Il n'y avait guère besoin d'en rajouter pour exprimer toute la jouissance qu'évoquait en lui le plaisir du voyage. C'était comme un tourbillon qui lui saisissait les entrailles, comme le puissant cri du salpicon qui pénètre les oreilles d'un auditoire captivé par la musique magistrale et orgueilleuse. Chaque fois qu'il y repensait, foudroyé par la nostalgie nictitante que lui inspiraient ces mélodieuses pensées, il ne pouvait non plus s'empêcher songer aux malheureux et autres ratapoils de toutes les sortes qui, mal nés ou malchanceux, n'ont jamais la possibilité de quitter la terre où ils ont vu le jour. Quelle tristesse d'être ainsi rattaché au sol par les chaînes impitoyables de la naissance ! C'est une drôle de balance qui nous jette dans l'arène de la vie et qui nous abandonne au bon vouloir des dieux, comme la lune veille sur les nycthantes et le soleil sur l'alouette. Goûtant le vin qu'on leur servit, il en apprécia les arômes avant d'en humer les vapeurs. Le vin venait bien de chez lui, les exhalaisons fruitées qu'il reconnaissait n'auraient pu le tromper.

« J'ai connu Braavos avant même d'y poser les pieds, vous savez. Comme vous avez pu le voir à l'épée que je porte, je pratique moi-même la danse de l'eau, avec bien moins d'aplomb et d'adresse que vous cependant. Dans le passé, j'ai été l'élève d'un danseur d'eau, et j'ai suivi ses enseignements au fil de mes voyages dans le Détroit, chaque Cité-libre étant l'occasion d'une nouvelle leçon du maître. Lys et ses alchimistes, Myr et ses mercenaires, Tyrosh et ses politiciens, Braavos et ses spadassins... Ainsi ce n'était point les affaires qui m'y ont conduit, mais l'aventure, cette maîtresse inconstante et sulfureuse.Il me faudrait plus d'une nuit pour vous conter dans les détails l'ensemble de ces périples et à vrai dire, cela ne représenterait jamais qu'une strophe à l'ode au voyage que j'aimerais écrire, tant il me semble important pour l'homme et l'âme de se laisser porter par les flots vers les rivages lointains où les doigts croient pouvoir toucher le soleil. Avez-vous connu cet endroit où tout n'est que luxe, calme et volupté ? Braavos fut pour moi, un temps au moins, ce paradis où la fièvre des sens épouse l'osmose de l'âme. »

Jace songeait bien sûr à Braavos, à son colosse, à ses canaux, à ses vaisseaux, à ses palais d'hyacinthe et d'or, d'ordre et de beauté. Qu'est-ce d'ailleurs qui avait conduit le danseur d'eau si loin de sa patrie originelle ? Il avait décrit les voyages comme « toute sa vie », mais que n'était-il devenu marin avec pour point d'ancrage la ville de sa naissance ? Jace était bien curieux de connaître toute la vérité de l'histoire du braavien, mais il se voyait mal le questionner directement et avec toute la hardiesse d'un soldat du Guet de Port-Réal interrogeant un coupable avant de le soumettre à la question. Il ne lui appartenait pas d'être inquisiteur et pourtant, sa curiosité l'invitait vivement à se pencher davantage sur ce sujet pour en apprendre plus. Il pouvait bien repousser leur départ pour Port-Réal, quand bien même le voyage était une priorité qu'il devait assumer avec diligence et assiduité. De toute façon, tant que n'arrivaient point ses hommes partis devant établir un lieu pour s'arrêter et profiter d'un peu de repos, il avait tout le temps qu'il lui fallait. Mystérieux danseur d'eau, que dissimulent donc tes sourires et ton assurance, tes gestes précis et ton enthousiasme ?
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Message Sam 22 Sep 2012 - 9:55

Garder un sourire du plus bel acabit et une mine enjouée n'était pas forcément des plus simples pour le danseur d'eau, qui bouillonnait intérieurement. Son cerveau encore empaté par le combat qu'il avait du mener aspirait non point au calme mais à la plus tenace de ses errances : la curiosité. Cet homme qui était maintenant assis en face de lui ne collait pas avec le décor, il en aurait parié sa main avec un Lannister. Un coup d'oeil rapide alors que l'homme s'était assis lui avait permis de repérer la délicate rapière qu'il portait au coté, même pour un spadassin elle était de loin une arme de qualité que tous ne pouvaient s'offrir. Excentricité de son porteur à la volonté de rester modeste en cette auberge, cadeau d'un maître d'armes pour l'un de ses élèves ... Quelque chose n'était pas tout à fait logique dans l'ensemble de ce schéma.

Et puis il y avait les deux molosses en livrée coordonnée qui l'accompagnait, certes la bande de soudards qu'ils avaient vaincus ensemble était en livrée coordonnée, mais ce n'était pour autant pas comparable. Les tenues de ces deux hommes étaient par bien trop soignées, soumises certainement à la rigueur d'une charge honorable et reconnue comme telle. Si cela était bel et bien le cas, cela voulait dire qu'ils escortaient un individu de marque, principalement pour ce coin de campagne. Jace était-il leur sergent d'armes ou bien avait-il une position bien plus élevée dans la hiérarchie militaire ? Le danseur d'eau aurait bien volontiers parié sa deuxième main avec le même Lannister que la deuxième hypothèse était bien plus proche de la réalité. Mais qu'importe, il fallait maintenant éluder ce mystère avant qu'ils s'en aillent ... Et à ce jeu là, son interlocuteur allait pouvoir lui prouver sa retenue face à la boisson. Lampant une gorgée de vin, il écouta soigneusement la réponse de ce mystérieux bienfaiteur.

Ce dernier confessa avant tout que dans un autre temps, une vie de voyages constituait son quotidien. Il aurait même entrepris, fait rare pour un habitant des sept couronnes, un voyage au sein des Cités Libres. Il avait donc visité la cité natale de Lotho, qui ne put empêcher un sourire mi-figue mi-raisin à l'appréciation que faisait Jace de la vie dans ces terres qui lui était exotiques. Un fleuve du Conflans ... Si tant est que les glaces d'un hiver long et rude soient toutes en train d'être emportées dans un flot tumultueux dans lequel même un saumon hésiterait à s'engager pour aller frayer. Cependant le récit qui lui était ainsi compté donnait à Lotho un nouvel indice sur cet interlocuteur à la langue aussi pendue que lui : la façon de voir, de ressentir les Cités Libres qu'était la sienne, cette passion du voyage ...

Cette tendre naïveté, terme que le danseur d'eau ne pensa qu'à défaut d'en trouver un autre, assurait que ce voyage avait été fait durant les vertes années de Jace. Ni plus, ni moins, il n'avait pas mûri dans ces cités ou le lustre nacré s'effrite rapidement aux abords de la première placette un peu au delà des artères principales. Quand bien même, outre un nouvel indice sur Jace, Lotho ne le blamaît point de ces clichés scandés avec un amour certain. Il avait même, en un sens, bien de la chance de garder cette vision des lieux. Heureux sont les ignorants, grand bien leur en fasse. Lotho se contenta d'hocher du chef à cette vision, levant son verre pour trinquer avec Jace, sans se rendre compte que malgré ses tristes pensées, c'était bien un regard nostalgique qu'il entretint lorsque les verres s'entrechoquèrent. Chassez le naturel, il revient au galop ...

Que de proverbes en si peu de temps, le fil de la pensée du spadassin manquerait-il d'imagination ou bien le simple fait de rencontrer une personne ayant connu ses terres natales le troublait grandement ? Préférant s'en remettre à la promesse de nouveaux indices, Lotho avala une nouvelle gorgée et garda le silence, attendant que son interlocuteur lui parle de Braavos. Jace lui signifia qu'il avait connu Braavos avant même d'y poser un pied, ce qui était assez pratique pour pouvoir s'y rendre pensa le danseur d'eau dans un accès de cynisme tout aussi soudain que sans grand intérêt par rapport à la situation actuelle. Reprenant le fil de la discussion il comprit que Jace pratiquait également la danse de l'eau, avec bien moins d'agilité cependant, mais il avait de ses dires suivi les enseignements d'un des siens au fur et à mesure de la découverte de chaque cité libre.

Cette explication ne manqua pas de rendre perplexe le spadassin, ainsi donc il avait visité les cités libres en compagnie d'un combattant du même rand que Lotho ... Etrange pourtant que l'information n'ait pas circulée à l'époque au sein de la Cité, un Braavien suivi d'un petit des sept couronnes, à qui il avait appris. L'information aurait fait grand bruit tant certains intégristes de la lame n'aimaient pas l'idée que ce style d'escrime si particulier puisse se retrouver ainsi enseigné à tout un chacun. Lotho n'avait pas le même avis sur la chose, mais les personnes osant ainsi prendre apprenti étranger étaient généralement connues de tous ou presque ... Le sourire de convenance qu'il arborait était retombé avec cette singulière information, de nombreuses choses chez cet homme semblait quelque peu trop éloignées les unes des autres pour qu'un connecteur logique n'ait pas été oublié dans l'affaire. Quelque chose manquait donc pour parfaire le tableau en un portrait certes juste ébauché, mais néanmoins ressemblant de ce mystérieux Jace.

Ce dernier, continuant son récit, assura qu'il lui aurait fallu plus d'une nuit pour arriver à conter l'ensemble de ce voyage, qui serait même une fois amplement déclamé, une simple goutte d'eau dans l'océan pour lui. Lotho devait en tous cas reconnaître que cet homme savait user des mots avec une fort belle adresse, si sa lame avait la même alacrité, il devait être un bretteur on ne peut plus dangereux pour les hommes d'armes de ces terres. Il finit son monologue en vantant les mérites reposants de cet endroit, tel un adolescent qui pourrait vanter sa première amourette dument accompli tant dans les paroles que dans les actes. Un léger sourire compatissant naquit sur le visage du danseur d'eau, qui reprit une gorgée de vin avant de répondre à son interlocuteur d'une voix quelque peu distante :


- À vrai dire j'ai connu de nombreux endroits correspondants à cette description, tous plus volupteux et calmes les uns que les autres. Evidemment Braavos reste pour moi un exemple en la matière, lointain, mais un exemple quand même. Je connais néanmoins une petite rivière aux abords du Conflans et des Terres de l'Orage, et ce en égale mesure. Une rivière donc, à la clarté et au calme le disputant à l'apaisement profond que seule la nature sait donner au coeur.

Faisant tourner le vin dans son verre, cherchant ses mots, rassemblant les quelques indices qu'il avait pu glaner pour les stocker dans un coin de sa tête avant de reprendre la discussion, il finit par dire :

- Mais au fond, qu'importe la beauté de l'ensemble de ces lieux, la vérité est bien souvent par trop aigre et sirupeuse pour se laisser savourer pleinement. C'est ainsi que pour moi, si vous préférez, le voyage n'en est réellement un que si l'on apprend à pleinement reconnaître les qualités et les défauts intrinsèques à chaque lieu, chaque personne. Faire l'effort de mieux comprendre l'autre et les lieux qu'il arpente ... Si j'avais fait cela avant de m'aventurer près de cette rivière, j'aurais su que son eau n'était pas potable et n'aurait pas tué mon cheval de l'époque par un aveuglement tout aussi manifeste que juvénile. Un bel animal ce hongre, brave et ne rechignant pas à la tâche ... Ah ! Il doit certainement être mieux de l'autre coté qu'ici.

Lampant une nouvelle gorgée et trouvant ainsi son verre vide, Lotho se resservit, proposant de même à son interlocuteur avant de poser question en ces termes, d'une voix malicieuse accompagné d'un air du même acabit :

- Mais si vous êtes là aujourd'hui c'est bien que vous avez dû finir par vous en rendre compte ... Quel parcours cependant, je ne peux m'enorgeuillir d'une telle réussite, étant jeune il a du vous falloir beaucoup de courage pour prendre seul la mer. Vous êtes nés dans les Sept Couronnes j'en suis certain, vous n'avez pas les manières d'un habitant des lointaines îles dont vous faites, à juste titre, l'éloge ... Vous n'êtes pas non plus un fils de marin, les mains calleuses de ces derniers en font de très mauvais escrimeurs, jamais un danseur d'eau ne vous aurait prit en apprentissage. A ce sujet je suis surpris de ne pas connaître son nom, les apprentis étrangers sont une chose fort rare ...

Voilà cependant dix ans qu'il était parti de Braavos et l'homme qui lui faisait face ne semblait pas être des plus agés également. Peut être avait-il été apprenti après que Lotho eut été banni ? Non, cela ne serait pas logique, de plus si cela avait été le cas ce serait certainement le danseur d'eau qui aurait plus à s'en faire, tant sa réputation aurait pu lui parvenir. Ne perdant pas pour autant le fil de la conversation, Lotho continua avec son ton malicieux ce jeu qui l'amusait tant :

- Dans tous les cas il vous a bien formé, assez pour qu'une fois revnu au pays on vous confie de hautes responsabilités militaires, comme le suggère votre escorte et la qualité de votre vêture ... Ce qui in extenso, de par la hiérarchie militaire de ces contrées, vous n'êtes rien d'autre qu'un noble assez influent pour se voir escorter par deux hommes dont les qualités martiales ne me donneraient pas envie de les affronter ... Voilà bien une de ces rencontres singulières que seul le fait de voyager permet ... Je ne vous cacherais pas que je m'amuse follement !Ainsi, je me vois obligé de vous tirer mon chapeau, par remerciement pour ce délicat jeu d'esprit que vous m'avez forcé à pratiquer. Chose dont je raffole, merci encore !

Non point qu'il soit persuadé d'avoir tout à fait raison, Lotho avait fini par jouer carte sur table, espérant se tromper sur certains points, notamment la noblesse. Ainsi, cela forcerait Jace à justifier d'une autre condition, permettant ainsi au danseur d'eau de mieux cerner encore son compagnon de beuverie. Son regard état celui d'un enfant, un jeune enfant qui s'émerveillait d'un nouveau jeu comme s'il venait de le découvrir pour la première fois !
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Message Sam 13 Oct 2012 - 19:35

L'attitude pour le moins sympathique du rossignol qui, dans le temps, avait passé et dépassé l'entrejambe du titan de Braavos, lui était devenu pénible. D'une part, parce qu'il blessait sa vanité en lui démontrant par l'exemple que toute la discrétion dont Jace avait prétendu faire preuve n'avait pas suffi à le faire passer pour un voyageur des plus honnêtement simples. D'autre part, parce qu'elle le plaçait dans un état d'incertitude qui lui était insupportable. Fort de ses conclusions, le danseur d'eau ne semblait toutefois point désireux d'en user d'une façon ou d'une autre et à la vérité, il semblait se contenter et se satisfaire du seul plaisir de la découverte sans nourrir l'ambition d'en dénaturer l'objet ou d'en utiliser le contenu. Jace goûtait les jeux d'esprits, mais il n'appréciait guère d'en être la cible à un moment critique, et d'entendre Lotho qui étalait pour lui toutes ses réflexions, toutes ses déductions et même ses anathèmes l'ennuyait franchement, car il avait véritablement l'impression d'être passer à la question et pour la noble et orgueilleuse personne qu'il était, cela demeurait inconcevable. Même s'il avait toujours cherché à vivre dans le respect des vertus de la Foi que sont l'humilité et la charité, Jace n'en demeurait pas moins un natif des fières contrées du Bief et par conséquent, son sang abritait les huiles chaudes de la hauteur et de la suffisance. Malgré cette aspiration instinctive vers la morgue et le dédain, Jace se mesura avec patience et abnégation, soucieux dans un premier temps de garder sur lui parfait contrôle. Lotho semblait d'ailleurs plus soucieux d'affiner ses découvertes que de ménager ses effets. Se souciait-il seulement de la portée de ses suppositions, de ses déceptions, de ses accusations ? Un esprit susceptible aurait pu s'ombrager de l'audace de cet étranger plus bavard que sérieux, mais fort heureusement Jace avait la patience de la vigne qui sait toujours que l'heure vient inéluctablement de croître et de décroître selon un rythme que nul homme n'altérerait jamais. Tel un enfant, Lotho pourtant agitait sa torche dans la caverne, trop heureux d'y voir de plus en plus clair, mais sans craindre d'enflammer les lieux. L'aigle se pare-t-il sans raison des plumes du moineau ? Un mauvais insigne, sur un tonneau de vin, n'est jamais fortuit, sauf à dire que le régisseur est un idiot. Jace lui concédait volontiers la perspicacité la plus habile, mais si Lotho était aussi généreux de son cœur qu'il l'était de son esprit, il aurait d'avance compris et aurait choisi de ne point ébruiter ses découvertes. La discrétion du Redwyne servait un but, car nul ne se cache sans raison.

« Il y a du vrai dans ce que vous dîtes, mais gardez cependant votre chapeau pour les grands jours. Vous m'avez démasqué, la raison exige votre suppression, mais nous sommes tous deux plus amoureux de la poésie du moment que du bon sens, il me semble. L'hérédité m'a fait noble, l'affection filiale m'a poussé au service d'un danseur d'eau et le goût de l'aventure m'a fait le suivre plus loin qu'il n'était nécessaire. Et mon caractère sérieux m'a fait accorder beaucoup d'application et de soin et ses enseignements. Si vous ignorez le nom du maître qui fut le mien, peut-être est-ce parce que lui-même était un inconnu ? Ou peut-être est-ce qu'à l'époque déjà les spadassins de Braavos avaient des secrets les uns pour les autres ? Je l'ignore. Mais plus encore j'ignore ce qui a pu vous faire quitter votre terre natale. J'entends dans vos paroles les mots du dépit et les chants de la résignation, comme si quelque malédiction vous poursuivait qui vous couperait la route du retour. Pourtant la mer est comme une sœur pour les natifs de Braavos, alors quelle tempête peut être assez violente pour vous maintenir chez nous ? C'est une question qu'il vaut mieux garder sans réponse, à mon humble avis. Le mystère qui vous entoure n'en est que plus intéressant. »

Si Jace gardait toujours en lui cette curiosité pétillante qui l'avait dans un premier temps poussé vers le rossignol, il était à présent bien plus réservé quant à lui : l'audace de ce dernier l'avait quelque peu refroidi, quelque peu inquiété. Et s'il ne craignait plus vraiment d'être révélé au grand jour, il ne souhaitait pas donner à cet amateur de spectacle empanaché une occasion d'ameuter autour d'eux la foule des curieux et des voyeurs de tous les environs. Pour ce voyage, Jace souhaitait du calme et de la discrétion. Fort heureusement, les Sept l'avaient pour le moment préserver d'un coup de théâtre trop tonitruant pour ne pas être vu de tous. Il pouvait très bien sacrifier un peu de son temps à la bonne compagnie de Lotho quand bien même ce dernier l'avait quelque peu inquiété...

« Toutefois, je ne peux retenir ma curiosité plus longtemps. Quelles affaires passionnantes vous ont conduit jusque dans le cœur du Bief ? Vos semblables d'ordinaire ne quittent point les environs de Port-Réal ou de Villevieille et pourtant je vous trouve au cœur des terres de la chevalerie... c'est j'en suis sûr un récit palpitant. Je me rends compte d'ailleurs de votre singularité à mesure que je vous parle ! Vous êtes peut-être le seul danseur d'eau à parcourir la lande de notre continent. La future coqueluche de ces dames, à n'en point douter. »

Les nobles dames du sud et plus particulièrement du Bief étaient si légères de cœur, sans doute pour compenser la dévotion dont elles s'affligeaient le corps. Elles aiment en silence et se flagellent à grand cris. Un sourire se dessina sur les lèvres de Jace alors qu'il s'imaginait très bien présenter à sa petite sœur ce Lotho Volentin qui aurait, par ses manières et son talent, su impressionner la demoiselle qui, de son côté, aurait très certainement eu la faiblesse de s'en amouracher. Les femmes de haut rang du Bief n'ont d'yeux que pour les chevaliers, mais la chaude et rare nouveauté d'un danseur d'eau sait attirer leurs faveurs et désarmer leurs réserves. C'est un peu comme quitter la douceur de l'étoffe dont on a fait sa robe pour pénétrer, nue, dans l'eau capiteuse d'un bain chaud : on s'y prélasse avec volupté, on s'y extasie sans hâte, mais on finit toujours par en revenir pour se sécher, puis s'habiller. Avec sa fougue, son adresse et son verbe, nul doute que Lotho aurait été l'amant parfait de bien des femmes du monde. Le genre d'homme que tout mari honnête se doit de cordialement détester, mais fort heureusement pour Lotho, Jace n'était point marié encore, pas plus qu'il ne se sentait menacer dans sa virilité. Déjà les inquiétudes nées de l'audace du rossignol s'effaçaient.
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Message Mar 16 Oct 2012 - 11:43

Au sein de la conscience collective, l'idée d'un enfant découvrant un nouveau jouet la première fois est chargée d'émotion, de joie et d'un peu de crainte. Ces petites personnes ont une tendance plus qu'avérée à s'exciter et courir partout avec le dit jouet nouvellement acquis, sans prendre garde aux risques du quotidien finissant ainsi avec une redondance prompte à être méditée, par se blesser. Voilà donc un fait acquis de la vie humaine dans son entièreté, tomber, se blesser et finir par se relever dans sa plus première expression après l'apprentissage de la marche.

Cependant, lorsque l'enfant en question est un danseur d'eau qui n'est mu dans une conversation avec un étranger que par la curiosité et le défi de le comprendre ... Les conséquences peuvent être toutes autres comme le trouble que cet inconnu s'empressa de cacher lui confirma. Il avait en effet vu juste mais certainement un peu trop pour que l'exercice soit apprécié par son vis-à-vis, comme ce dernier s'appliqua à lui faire comprendre avec une subtilité linguistique fortement appréciable. Jace avoua donc sa naissance aristocratique, découvrant quelque peu son parcours sous formes de demies vérités que Lotho se ferait pour une fois violence de ne pas éclairer de son jeu d'esprit. Enfin, cet homme qu'il avait blessé dans sa fierté fit justement remarquer au danseur d'eau que sa présence dans les terres des sept couronnes était étrange. Il avait noté les rares marques de dépit qui s'étaient frayées un passage dans le discours qu'il avait tenu au tout début de leur échange, voilà bien une chose qui rassurait le danseur : il n'était pas le seul observateur assis à cet table. Enfin, l'éloignement de la mer qui restait la deuxième maison de nombre des siens lorsqu'ils étaient loin de l'ombre du Titan.

Le spadassin ne put s'empêcher malgré les reproches que lui faisait Ser Jace un sourire malicieux impérissable, qui s'était renforcé lorsque les mystères que lui même recelait étaient pudiquement soulignés. Voilà ce qu'il aimait dans ce jeu d'esprit, la complémentarité des observations, ce petit jeu d'échanges de demies-vérités. En effet il était allé bien trop vite dans cette partie et en avait épuisé toutes les alternatives, se retrouvant malheureusement seul joueur de part le retrait d'un adversaire dépité. Après un léger rire aigre-doux, Lotho se redressa contre le dossier de sa chaise avant de répondre de cette voix malicieuse, le regard plongé dans le carmin de son verre :


- Vous me voyez désolé d'avoir outrepassé les limites de la bienséance, je vous assure qu'il ne s'agissait dans mon esprit que d'une petite gymnastique à laquelle nous allions nous forcer. M'est avis que vous n'aviez pas les mêmes attentes quand à notre discussion, vous m'en voyez sincèrement navré.

Relevant son regard vert aux tâches d'or pour le planter dans celui de son interlocuteur, il savoura une gorgée de son breuvage, il laissa traîner quelques secondes de silence comme pour mieux choisir ses mots. D'une voix toujours amusée mais bien plus posée, il reprit :

- J'ai en effet également mon lot de secret qu'il me serait fort préjudiciable de voir ébruités, c'est un fait on ne peut plus acquis. Je vous suis gré de ne pas être aussi avare en tact et en doigté que mon esprit à la curiosité bien trop vorace. A la vôtre l'ami, si vous me pardonnez telle familiarité.

Chassez un corbeau par la porte, il revient par la fenêtre, sur cette dernière phrase toute la malice du personnage qu'était Lotho Volentin revint en un seul coup. Cet accès de légère insolence sembla l'avoir surpris également, les sourcils haussés par la surprise accompagnés d'un regard du même calibre, il finit par adresser un sourire contrit à son interlocuteur. Un jour on lui avait certifié que sa langue trop bien pendue lui coûterait la vie, surtout dans les sept couronnes. Dire qu'il avait déjà fait un lourd travail sur lui même pour s'empêcher de proférer ces petites phrases à tout bout de champ. Manifestement il serait encore bon pour revoir sa copie concernant les demies-vérités et autres marques de respect feintes sans en sentir le poids.

Jace quand à lui avait reprit la parole, en venant enfin à poser une question qui semblait-il le taraudait grandement, il était amusant de l'entendre dire qu'il ne pouvait retenir sa curiosité plus longtemps ... Voilà donc un homme bien patient quand il rencontre des étrangers, pensa le danseur d'eau en l'écoutant avec un sourire courtois et en remplissant leurs verres. Le noble homme se demandait donc ce qui avait bien pu pousser un natif de Braavos aussi loin dans les terres d'un royaume étranger, arguant qu'il s'agissait là d'une originalité importante, voire même d'une grande première. Le sourire du principal intéressé par cette question se mua de la courtoisie à l'amusement, sans pour autant dissimuler un voile de tristesse dans son regard il laissa traîner quelques secondes avant de se décider à répondre.

Il y avait en effet de bonnes raisons qui l'avait forcé à se retirer de sa terre natale et de s'éloigner quelque peu des ports, lieux de villégiature très appréciés par ses semblables. Mais l'homme qui lui faisait face tenait à garder une part de mystère dans cette discussion, tout comme il venait de l'informer qu'il n'avait certainement pas rencontré Silvian Thoscan. Quoique. Peut être jouait-il avec Lotho pour l'amadouer ... Cette dernière idée semblait étrangement sotte aux yeux du danseur d'eau qui prit la parole d'une voix pensive :


- Ma foi comme tout protégé du Titan qui se respecte, je rejoins un port. Mais point pour rentrer dans la cité qui m'a vue naître, il me faut bien l'avouer. A vrai dire voilà bientôt une dizaine d'années que je ne suis pas rentré à Braavos, y préférant les sept couronnes que j'ai appris à connaître au fur et à mesure de l'escorte des convois marchands depuis ma cité natale.

Loin de cacher la vérité le danseur d'eau ne faisait que la simplifier sans grossièretés malvenues, restant même plus que proche de la réalité de sa vie dans ces terres qui ne lui étaient plus étrangères depuis longtemps. Après avoir avalé une gorgée de vin, il reprit son récit :

- Quand à la mer ... Il est vrai que si j'en apprécie la majesté et les caprices comme tout fidèle du Père des Eaux se doit de le faire, il n'en reste pas moins que j'y ai toujours préféré les milles merveilles que peuvent receler les terres. Notamment les bibliothèques et les théâtres, qui dans mon esprit revêtent une importance particulière. Ainsi vis-je le plus souvent sur les routes, à Port-Réal le reste du temps, apprenant à découvrir vos cultures et vos histoires, à rencontrer les gens qui peuplent ces lieux ... Avec un plaisir et une curiosité vorace comme vous aurez pu le constater.

Fit-il remarquer à son interlocuteur avec un clin d'oeil entendu agrémenté d'un sourire en coin. En effet il aimait profondément Westeros et ses disparités tant environnementales que sociales, c'était un terrain de jeu totalement différent de sa cité natale. Un endroit où le fait d'être un esprit libre semblait aux yeux de la plupart des gens une telle impossibilité qu'on ne vous questionnait jamais ou presque sur vos moeurs, mais également sur le fond de votre pensée.

Une terre bénie pour les fugitifs qui, en faisant preuve d'intelligence pouvaient espérer se fondre dans le décor jusqu'à ne devenir qu'un souvenir certes tenace, mais sur lequel il peut être difficile de poser un nom ou une localisation précise. En guise de conclusion à son exposé, le spadassin énonça d'une voix plus basse et sérieuse :


- Et présentement, je me rends de Vieilleville à Port-Réal, après avoir escorté un convoi jusque dans cette ancienne cité. Sachez sans vouloir paraître impoli, que si vous avez besoin d'un éclaireur ou d'une escorte sur votre route ... Enfin, vous devez sans doute vous rappeler que nous autres habitants de Braavos connaissons notre affaire. Ainsi donc je me propose jusqu'à ce que nos routes bifurquent, moi à Port-Réal et vous ... ailleurs, peut être.
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Message Dim 18 Nov 2012 - 13:27

La repentance factice de Lotho Volentin acheva de convaincre Jace qu'il avait devant lui plus un joueur qu'un génie. L'air frais qui émanait des premiers instants de leur rencontre semblait avoir laissé la place à une atmosphère plus lourde, faite de gêne, de suspicion, tout autant que d'amusement et d'intérêt. Lotho l'amusait toujours, mais l'intéressait moins, et ses propos le gênait en éveillant ses doutes. Il était audacieux mais manquait de prudence, et ces temps de troubles ne se prêtaient guère à tant de fatuité. Car à chercher les poux sur les autres, ils finissent par vous démanger vous-même, et pourtant le danseur d'eau continuait, agitant devant lui les cloches rhétoriques comme d'autres en agitent pour aider les troupeaux à se déplacer d'un point à l'autre. Cependant Jace n'était ni un mouton, ni une chèvre, ni un bœuf, et ce n'était certes pas les belles paroles de Lotho qui allaient le mener à la baguette. Ces jolies phrases, ce miel empoisonné, il en connaissait le goût et l'odeur, assez pour savoir s'en méfier et s'en prémunir.


«  Il ne m'étonne pas que vous soyez amateur de théâtre, et j'irai même jusqu'à dire que vous êtes probablement de ceux qui jubilent quand la scène se mêle au public, et réciproquement. Mais chercher l'opportunité n'est pas la brusquer, n'est-ce pas ? Vous avez de l'esprit, c'est indéniable et en d'autres circonstances, j'apprécierais très volontairement cette conversation... mais il semble que vous préfériez la voltige à l'échange, et sur ce point je crains d'être moins enthousiaste que vous. Si vous vous confortez dans l'idée qu'ici bas nous avons tous un rôle à jouer, alors je crains de vous décevoir en refusant le masque du patricien qui saute à corps perdu dans le piège tendu par la provocation. Rassurez-vous, il y en aura toujours pour goûter vos acrobaties, mais vos petites révolutions m'irritent le palais, si je puis dire.  »

Car Lotho était là devant lui, moitié cigale, moitié guêpe, sa langue claquant comme un dard et ses yeux caressant comme la mélodie estivale. Que cherchait-il, en fin de compte ? À présent qu'il avait découvert et dévoilé l'idée qu'il se faisait de l'identité de Jace, sans pour autant pouvoir apposer sur son interlocuteur le nom qui lui manquait, que lui restait-il, sinon ce verre d'alcool qui se vidait, et ce siège inconfortable qui supporterait ad nauseam ses contorsions intellectuelles ? Jace n'avait malheureusement pas la patience du bois ou la tolérance du vin. Il était sur certains points noueux comme la vigne – ce qui, d'une certaine manière, trahissait poétiquement ses origines. Sur d'autres, en revanche, il était très aquatique mais, sans peut-être le savoir, Lotho avait asséché l'empire marin de sa patience. Mais en homme poli – policé serait plus juste – et bien élevé qu'il était, jamais il n'aurait eu un mot ou un geste de nature à envenimer une situation qui n'était pas fondamentalement épineuse, mais qui l'avait, par la force des choses, lassé plus que de raison. En d'autres circonstances, sans doute aurait-il apprécié les jeux malsains du natif de Braavos...


« Vous m'en direz tant. Je reste persuadé que votre insolence cache l'essentiel, et toujours bien plus que l'amour d'une terre qui ne vous a pas vu naître. Mais comme je l'ai dit, vous avez de l'esprit, bien assez pour offrir une conversation intéressante, en tout cas. Gardez-vous cependant d'en abusez, car l'esprit sert à tout sans mener à rien. Il faut lier la subtilité au brio, sinon l'incendie guette. Westeros a sa propre façon d'éliminer ceux qui jouent avec le feu. Souvenez-vous, si vous la connaissez, de l'histoire des dragons ?  »

Jace leva son verre sans y goûter. Il aurait pu saisir cette occasion pour se lever et partir, car il avait remarqué sans y prêter ouvertement attention le retour des deux hommes qui l'escortaient ainsi que l'arrivée de celui qui venait sans doute annoncer qu'un endroit avait été trouvé pour dresser leur campement. Mais il ne voulait pas donner à croire à son rossignol d'interlocuteur qu'il manquait à ses manières autant qu'à ses dispositions. Jace n'était pas homme à céder si facilement aux sirènes de la facilité, et la fuite n'était pas dans sa nature – d'autant qu'il n'avait rien à craindre, à présent qu'il n'avait plus à se cacher d'être ce qu'il était. Ce surcroît de liberté, finalement, lui servait sur un plateau le droit d'être plus honnête et plus direct que jamais.

« Le regard maquille la parole et celle-ci déguise la pensée, comme le dit la maxime. Si vous êtes capable d'identifier vos interlocuteurs avec brio, que n'êtes-vous tout à la fois capable d'adapter votre discours ? Les Sept couronnes sont un théâtre – puisque ce lieu vous enchante – bien particulier, et chaque rôle a ses travers que vous feriez mieux de retenir, pour le futur, ou alors vous découvrirez qu'ici, ce n'est pas l'exil qui attend les trublions, mais la potence, ou le gibet, ou l'échafaud. Quelle estrade choisirez-vous pour votre dernier acte ? Je rectifie : vous aurez peut-être assez de chance et de charme pour convaincre votre interlocuteur blessé de votre repentance, alors vous vous en tirerez avec la langue tranchée. Quel dommage, n'est-ce pas ? Voici donc les poncifs qui, si vous les retenez, vous sauveront la vie : le noble en tapinois doit le rester ; le noble à sa cour et à sa table punit les insultes et les outrages.Vous n'êtes ni à ma table, ni à ma cour, vous en serez donc quitte pour ces quelques conseils. »

S'il est une activité qui n'aurait jamais aucun avenir dans les Sept couronnes, c'était bien celle de charlatan ; le talent ne suffit point s'il n'est soutenu par quelque discipline, par quelque réserve et prévoyance. Nombreux eurent la langue trancher pour en avoir trop usé et abusé, et Lotho serait bien avisé de ne pas l'oublier.

« Je connais la route qui mène à Port-Réal et, comme vous avez pu le voir, s'agissant de ma sécurité, je n'ai pas trop à craindre, l'honnêteté m'oblige à refuser votre offre, car ce serait faire insulte à ces hommes qu'un serment lie à ma protection. Mais si vous êtes dans l'indigence au point de monnayer vos services au premier venu, j'imagine que la charité m'impose de vous offrir l'opportunité que vous recherchez. Si tel est votre besoin, alors nous vous conduirons jusqu'à Port-Réal où nos routes se sépareront. Mais vous préférez certainement voyager libre ou pour un certain prix, aussi vous laissé-je le choix. Sachez toutefois que si vous devez nous suivre, c'est tout de suite. Je ne peux rester plus longtemps sous ce toit. »
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Le charme des auberges de campagne ... [Jace Redwyne]

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