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Coeur de fer & coût d'épées

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Message Ven 13 Avr 2012 - 19:34


Il y eut une oscillation sur l'eau et soudain, ce fut comme si tout l'horizon prenait feu. Planté au bord de la falaise qui portait fièrement sa forteresse, Fedric regardait avec un émerveillement quotidien le soleil s'éteindre dans la mer. Le ciel sans nuage se teintait peu à peu de rose, comme une tache de sang qui s'élargissait sur un vêtement cachant une blessure. Aucun oiseau n'y volait plus. On entendait à peine le doux fracas des vagues sur les rochers en contrebas.
Encore une journée passée sans que la moindre voile n'émerge au large. Les Fer-nés se faisaient discrets de ce coté du continent ces derniers temps. Ils avaient livré trop de batailles et perdu trop de marins. La plupart des hommes de l'Ouest étaient ravis de ce répit sans doute, mais Fedric maudissait cette trêve qui ne lui apportait pas ce dont il avait besoin : du sang sur sa lame et des têtes sur les piques plantées le long du rivage en guise d'avertissement.
Il posa une main sur la pierre tombale de son frère, Alberic. A sa mort, il l'avait installé à coté de leur père afin que tous deux surveillent l'horizon en son absence. C'était symbolique bien sûr. Il ne s'attendait pas à ce que ses pairs se relèvent et viennent l'avertir d'une attaque. De toutes manières, ses yeux ne quittaient que rarement la mer maintenant que les envahisseurs qu'elle avait emmenée sur ses terres avaient causé la perte de son épouse et de son frère. Des mois et des orages étaient passés depuis cette tragédie mais elle était encore très fraîche dans l'esprit du Lord. Il se souvenait de son arrivée sur la plage, épée en main, pour découvrir Lady Alivianne et toute sa garde allongés sur les galets, inertes. Il se souvenait de cette servante lui annonçant le regard noyé de larmes que l'enfant que portait sa maîtresse était mort. Il se souvenait n'avait jamais eu aussi mal et il savait à présent qu'il n'aurait plus jamais aussi mal. Parce qu'à la seconde où il avait perdu les deux personnes qui comptaient le plus pour lui, il s'était perdu lui-même, sans doute à tout jamais, dans les méandres de la colère et du désir de vengeance.

L'un de ses épagneuls, inquiet de voir son maître immobile aussi longtemps, vint pousser du bout de sa truffe la main qu'il avait abandonné contre sa cuisse. Sortant de ses sombres pensées, Fedric lui donna une caresse sur la tête avant de s'éloigner de la falaise pour longer la muraille de la forteresse et en faire le tour pour atteindre la herse encore levée à cette heure. Les gardes inclinèrent légèrement la tête sur son passage. Dans la cour, il croisa quelques uns des soixante-dix hommes qui composaient sa garde. Tous se frappèrent le coeur d'un coup de poing en guise de salut. C'était une manière de réaffirmer leur loyauté à ce seigneur dont ils craignaient les excès de colère tout autant qu'ils admiraient les exploits guerriers. Ils avaient tous été personnellement choisi pour leur aptitude remarquable au combat. Bien sûr, certains de ses hommes étaient de vrais bouchers mais Fedric aimait cette folie berserk. Il savait que la peur rendait les hommes lâches et les coups moins précis. Il savait se servir de celle de ses adversaires pour quadrupler sa force.

_ Des nouvelles du messager envoyé dans le Nord ? Demanda-t-il à un de ses conseillers qui quittait la forteresse, sans doute pour rentrer chez lui.

_ Non, mon seigneur. Pas encore.

Lord Prestre passa son chemin en soupirant et entra dans son château. Ses pas résonnaient sur le dallage. Le bâtiment était quasiment vide depuis l'attaque qui avait coûté la vie d'Alivianne et d'Alberic. Il avait renvoyé toutes les femmes qui y travaillaient vers l'intérieur des terres, s'assurant de leur trouver à chacune une occupation suffisante pour gagner de quoi vivre. Il ne supportait plus de présence féminine à Feux-de-Joie. C'était dangereux selon lui. Il n'était qu'à moitié conscient de l'irrationalité de cette mesure mais personne ne voulait prendre le risque d'en discuter avec lui maintenant qu'il n'était plus que rancune et haine. Ça aurait été comme essayer de faire entendre raison à un bœuf en train de charger.
Que pouvait bien faire son messager ? Était-il au moins parvenu jusqu'à destination ? C'est vrai que Winterfell n'était pas exactement la porte à coté mais il s'y était déjà rendu auparavant et avait accompli sa mission sans encombre. Il fallait espérer que le froid n'ait pas eu raison de lui cette fois-ci.

Une heure plus tard, Fedric s'était débarrassé de sa cote de maille et s'était étendu sur son lit froid. De là où il se trouvait, il pouvait voir la grande armoire de chêne renfermant la plupart des robes de Lady Alivianne qu'il n'avait pas pu jeter. Pas encore. C'était ridicule. Il n'était pas un homme de sentiments mais un homme d'actions, un homme taillé pour les batailles. Il n'avait jamais fait de sensibleries pour rien. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui apporter de garder ces bouts de tissus empreints de la mémoire de sa défunte épouse ? Les serviteurs pensaient à une frasque romantique. Ils avaient tord. En réalité, ces robes étaient la pierre sur laquelle il aiguisait son épée. Elles lui rappelaient jour après jour pourquoi il fallait qu'il mène ce combat.
On donna un coup sur le battant de la porte. Le seigneur autorisa de sa voix rauque la personne à entrer. Son visiteur nocturne était le jeune garçon qu'il avait installé dans ce qu'il appelait « la Tour Noire » en raison du fait qu'elle servait de volière aux corbeaux-messagers.

_ Une lettre vient d'arriver pour vous, mon seigneur.

Fedric, qui s'était déjà redressé dans son lit s'en extirpa complètement pour avancer vers lui. Il le dominait de presque quatre têtes. Sa main gigantesque saisit le pli qu'il décacheta en hochant la tête pour dispenser le serviteur qui ne demanda pas son reste pour filer. L'expéditeur du message avait écrit ceci :


Hommages, Lord Prestre.

Je suis arrivé trop tard. Le forgeron m'a dit que son apprenti avait quitté Winterfell depuis plusieurs pleines lunes. Ses pieds l'auraient emmené jusque dans les Terres de l'Orage.
Que voulez-vous que je fasse ?

Elyam



Le seigneur jura très fort en se retenant d'envoyer son poing dans l'armoire avec rage. La dernière qu'il l'avait fait, il s'était cassé deux phalanges. Un autre serviteur qui passait à ce moment-là dans le couloir se mit à trottiner pour disparaître le plus vite possible du périmètre. Fedric attrapa le fourreau où dormait son épée et sortit de sa chambre pour se diriger vers la pièce qui lui servait de bureau, un étage plus bas. Sans prendre la peine de s'asseoir dans son fauteuil, il attrapa sa plume – renversant dans sa hâte la moitié de l'encrier sur la taille de pierre – et un morceau de parchemin sur lequel il griffonna de son écriture quasiment illisible ces mots :


Elyam,

Repartez à l'aube pour Feux-de-Joie.
Je chargerai quelqu'un de se rendre à Accalmie dès demain.

Lord Prestre





Il laissa tout en plein en embarquant la lettre et monta lui-même jusqu'à la Tour Noire. Il aurait pu rester en bas et ordonner au premier serviteur venu d'aller la portait, mais Fedric n'était pas ce genre de seigneur. Comme son père avant lui, il aimait faire les choses par lui-même. Cela évitait de devenir un empoté gras et incapable, comme beaucoup de lords dans Westeros. Il gravit même les escaliers en enjambant les marches trois par trois. Sa condition physique et ses grands membres lui permettaient cet exercice sans trop de sueur. Le jeune garçon sursauta en le voyant arriver. Son maître lui tendit le pli cacheté de son sceau avant de lui commander de l'envoyer dans le Nord. Il ne connaissait rien aux oiseaux. Il y en avait six actuellement dans la volière. Ils croassaient d'une manière lugubre. Le serviteur se dirigea vers un corbeau et sifflota doucement pour que celui-ci restait tranquille le temps qu'il lui attache la lettre sur le coté de sa serre gauche. Fedric resta pour le voir s'envoler lorsqu'il fut lancé dans le vide. Il le suivit des yeux jusqu'à ce que la nuit l'engloutisse dans ses ténèbres. Un mestre lui avait appris par quel miracle ces messagers ailés trouvaient toujours leurs destinataires mais il avait oublié depuis.

C'est pensif qu'il redescendit jusque dans la cour de sa forteresse. Les quelques membres de la garde qui se trouvaient encore là se redressèrent instinctivement en le voyant passer. C'était rare de voir le seigneur de Feux-de-Joie sans sa cote de maille. Le jeune maître traversa la cour simplement vêtu d'un pantalon, de sa part de chausses d'équitation et d'une chemise légère. Malgré l'absence de son armure, sa carrure était toujours bien supérieure à celle de ses hommes.
Apostrophant un des gardes, il s'enquit d'une voix forte en utilisant son prénom – comme il la faisait toujours :

_ Melwyn, y a-t-il un messager qui ne soit pas à la taverne ce soir ?

Son interlocuteur se rapprocha de lui tout en réfléchissant.

_ Je ne crois pas, sire. Mais Demethor vient juste de partir pour s'y rendre. Vous pouvez peut-être le rattraper en allant à cheval.

Voyant justement un garde qui revenait avec sa monture d'une patrouille sur la plage, il se dirigea droit vers lui. En bouclant autour de sa taille la ceinture qui tenait son fourreau, il le fit descendre pour le remplacer sur le dos de la jolie jument qui sembla un peu lasse en comprenant que les écuries devraient encore attendre un peu. Bien sûr, les étriers n'étaient absolument pas à la bonne taille. Le garde se chargea de les abaisser puis s'écarta pour laisser filer le cavalier dans la nuit. Fedric tendit la main à un de ses hommes près de la herse afin qu'il lui lance sa torche. Il s'en saisit en passant et enfonça ses talons dans les flancs de sa monture pour la faire bondir hors de la forteresse. La torche dans sa main gauche, les rênes dans sa main droite, le seigneur appréciait l'air frais qui fouettait son visage. Dans ces moments-là, la cicatrice qui barrait son front lui faisait toujours un peu mal mais il aimait cette douleur. En fait, elle le faisait presque sourire. Elle lui rappelait le jour où il avait commis l'erreur de sous-estimer une Fer-née. Il ne l'avait plus jamais refaite depuis et bien des têtes de femmes ornaient les piques installés le long de la côte.
Il n'était plus qu'à une demie-lieue du village le plus proche lorsqu'il aperçut une silhouette émerger de la nuit devant lui. Il ralentit l'allure de sa monture jusqu'à l'arrêter à sa hauteur. L'autre se retourna, surpris de représenter un objet d'intérêt, et leva la tête. En reconnaissant le visage de son seigneur éclairé par la lumière de la torche, il manqua de s'affaler dans le fossé.

_ J'ai besoin de ta vélocité, Demethor. Tu pars pour les Terres d'Orage, demain à l'aube. Accalmie est à moins de deux semaines à cheval.

Une fois la surprise passée, le serviteur retrouva son aplomb ainsi que l'usage de la parole.

_ Si vite, mon seigneur ? A qui devrais-je porter votre message ?

Fedric descendit de sa monture avec autant de souplesse que sa taille lui permettait (c'est-à-dire pas beaucoup) et flatta l'encolure de l'animal qui agita sa tête de haut en bas comme pour le remercier de l'avoir déchargé du fardeau de son poing. Il est vrai que la cheval 'officiel' du jeune homme ressemblait plus en largeur et en robustesse à un percheron. Il fallait cela pour supporter sa carrure.

_ Il n'y aura pas de message. Je recherche un forgeron du nom de Duncan. Elyam était parti dans le Nord pour aller le chercher mais il vient de découvrir qu'il avait quitté Winterfell pour se rendre dans l'Orage il y a plus d'un mois. Il a du y parvenir s'il a fait bonne route.

Le messager fronça les sourcils. Il hésita à poser la question mais voyant que le Lord n'avait pas l'air de trop mauvaise humeur ce soir, il s'y risqua :

_ Pourquoi avez-vous besoin de ce Duncan ? Feux-de-Joie a déjà un forgeron.

Fedric secouait déjà la tête de gauche à droite avant qu'il n'ait fini de parler.

_ Pas un forgeron comme celui-là. Il y a quelques semaines, j'ai engagé un chevalier qui portait une de ses lames. Elle fendait l'air comme si elle était faite de vent mais elle tranchait les têtes comme de l'acier valyrien. Tu n'as jamais vu d'épée comme celle-ci, je te le garantie.

_ Oh. Et vous voulez lui en commander une ? S'enquit le serviteur en pensant enfoncer une porte ouverte.

_ Pas une, mon cher Demethor. Dix. Vingt. Peut-être une pour chacun de mes gardes. Ces derniers temps, je n'arrive à penser à rien d'autre. Voilà pourquoi il faudra te hâter. Je compte sur toi pour rejoindre Accalmie le plus vite possible. Là-bas, tu donnera son nom aux artisans et tu suivras toutes les pistes qu'ils voudront te donner. Une fois que tu l'aura trouvé, installe-toi à l'auberge et envoie-moi le nom de sa ville par corbeau. Je viendrai.

_ V-Vous vous rendrez jusque sur les Terres de l'Orage, mon seigneur ? Bégaya l'autre complètement abasourdi par la nouvelle.

_ Oui. Je tiens à le rencontrer pour lui passer commande.

Le messager n'en revenait pas. Fedric rechignait même à quitter Feux-de-Joie pour aller à la chasse, de peur qu'une boutre pointe à l'horizon juste quand il aurait le dos tourné à la mer, et le voilà qui voulait traverser Westeros pour une malheureuse épée. Enfin, mieux valait ne pas lui faire la remarque. Et puis, quelque part, Demethor était heureux de voir que son maître reprenait un peu goût à la vie, même si les épées serviraient sans aucun doute à tailler dans le gras des fer-nés. Fedric était un bon seigneur et, autrefois, il avait été un bon vivant. Tous ses subordonnées l'aimaient et voulaient qu'il redevienne l'homme qu'il était autrefois.

_ Est-ce que je peux quand même aller festoyer à la taverne ? Couina-t-il sans véritables espoirs.

Lord Prestre haussa un sourcil en se tournant vers lui et lui lança un regard qui voulait tout dire. Puis il remonta sur sa monture, la manoeuvra pour lui faire prendre la direction du château et la lança au trot puis au galop dans la nuit.

_ Mouais. J'en étais sûr, soupira le messager en rebroussant chemin.



***


Une semaine s'écoula et puis une seconde. Il fallut attendre le milieu de la troisième pour que Fedric reçoive des nouvelles de Demethor.
Il était en train d'entraîner à l'épée les hommes de sa garde quand le corbeau porteur du message s'engouffra dans la Tour Noire. Le bruissement de ses ailes réveillèrent le garçon assoupi qui s'empressa de le délivrer de son poids pour dévaler les escaliers avec le pli cacheté. Sa mère lui avait pourtant dit cent fois de ne pas courir dans les marches. Néanmoins, il arriva en bas indemne et s'élança hors du bâtiment comme un lièvre pris en chasse par un renard.

_ Mon seigneur ! Mon seigneur ! S'écria-t-il en l'apercevant. Vous avez une lettre de l'Est !

Fedric s'écarta du groupe en rengainant son épée pour venir vers lui.

_ Hé là, personne n'est sourd. Donne un peu, que je lise.

Il prit le parchemin, brisa le sceau verge de cire rouge pour déplier le papier et vit :


Salutations, Lord Prestre.

Je l'ai trouvé. Enfin. Il est au service de la Maison Estremont de Vertepierre.
Comme vous l'avez dit, je suis installé à l'Auberge de la Tortue et ne le quitte pas des yeux d'ici votre venue.
Faîtes bon voyage, sire.

Demethor



Et là, il se passa quelque chose de si rare depuis un an que tous les spectateurs de la scène pensèrent immédiatement avoir abusé du vin servi au déjeuner : Fedric esquissa un sourire. Quand il releva la tête, il avait disparu et son visage avait retrouvé le masque d'impassibilité que tout le monde lui connaissait désormais.
Tout alla très vite ensuite. Il fit confirmer la réception de la nouvelle ainsi que sa venue à son courageux messager expatrié puis ordonna qu'on prévienne le capitaine de sa garde de le rejoindre dans la salle du conseil. Là-bas, il lui expliqua les raisons de son départ et lui donna les mêmes directives que d'ordinaire concernant la tenue de son fief en son absence. N'ayant plus ni frère ni famille, c'était à Ser Aeris que revenait l'intendance de Feux-de-Joie. Il s'agissait d'un vieux chevalier qu'il considérait comme son oncle tellement son père et lui avait été proche. Il avait confiance en lui. Il rédigea ensuite une courte missive à l'attention de son suzerain pour l'informer de son départ au cas où ce dernier chercherait à le joindre. Le matin suivant, il s'entourait de six hommes et ils quittèrent la forteresse d'un même galop.

Fedric n'avait pas particulièrement envie d'aller dans les Terres de l'Orage. Il aurait même préféré monter jusqu'au Mur plutôt que d'aller là-bas. La raison était simple : la Maison Swann, celle de sa défunte femme, avait son fief là-bas. Il comptait passer aussi loin de Pierheaume qu'il le pouvait mais il n'empêche qu'il était encore mal à l'aise. Il n'avait pas parlé à un Swann depuis la mort d'Alivianne. Au fond, il avait un peu peur qu'on lui reproche de n'avoir pas suffisamment bien veillé sur elle. Il se faisait assez souvent lui-même ce reproche pour avoir à le souffrir de la part de quelqu'un d'autre.
Le voyage s'accomplit sans réel accroc. Il prit beaucoup de plaisir à chasser un groupe de voleurs qui avaient cru bon d'essayer de le détrousser. Comparés aux fer-nés, ils ne valaient rien. Les mettre en fuite était un jeu d'enfant. En somme, il suffisait de tirer l'épée et de pousser des cris guerriers de sa voix rauque pour voir les voyous faire demi-tour. Ils dormirent rarement dans des auberges, Fedric préférant avancer le plus vite possible, ils s'arrêtaient souvent seulement lorsqu'il ne faisait plus suffisamment jour pour avancer et dormaient dans la nature. Les gardes qu'il avait emmené avec lui ne s'en plaignirent pas une fois. Il les avait choisi soigneusement et savait qu'ils n'étaient pas du genre à se damner pour un oreiller. Ils passèrent même du bon temps à plaisanter autour du feu. Le seigneur ne riait pas bien sûr mais, bien que son visage ne trahisse pas le plaisir qu'il avait à les entendre raconter des histoires, il appréciait ces moments. Il avait à peu près le même âge que ses hommes et se sentait proche d'eux. Pas comme avec son frère évidemment mais quelque chose comme ça. Ils étaient conscience qu'ils avaient de la chance d'avoir un seigneur comme Fedric, qui ne les traitait pas comme de vulgaires pions mais comme des êtres humains qui méritaient sa considération. Cela leur donnait envie de le servir avec encore plus d'assiduité, de se battre pour lui avec encore plus de fougue.

_ Alors on va chercher un faiseur d'épées, hein, sire ? Demanda Ser Gawain en s'excluant d'une discussion sur les filles de Port Lannis pour s'adresser à son seigneur. Seraient-elles magiques ? Est-ce qu'on pourra en avoir une ?

Fedric releva la tête vers lui et, avant qu'il ne puisse répondre quoi que ce soit, Ser Malkior railla en bourrant gentiment de l'épaule son collègue :

_ Épée magique ou pas, tu seras toujours incapable d'abattre un nourrisson des Iles de Fer.

Gawain lui donna la chasse par jeu autour du feu de camp pendant plusieurs minutes sous les rires des autres chevaliers et gardes avant d'abandonner pour retourner s'asseoir sur le tronc d'arbre tombé, à coté de son seigneur. Les rires diminuèrent peu à peu et le silence revint. Tous les regards étaient tournés vers le dernier des Prestre.

_ L'homme que nous allons voir a forgé l'épée de Ser Ophrys qui est resté avec nous quelques temps. C'était une bonne lame. Moins que Corne de Bœuf peut-être mais sans aucun doute meilleure que celles que vous possédez. Je compte en acquérir un bon nombre pour la garde de Feux-de-Joie.

Ils n'avaient pas besoin de lui demander pourquoi il dépenserait son argent pour fournir à ses subordonnées de meilleures épées. Ils connaissaient déjà la réponse. Une meilleure lame signifiait une meilleure chance de rester en vie, si tant est qu'on savait s'en servir – ce qu'ils étaient en mesure de faire bien sûr. Plus longtemps la garde resterait en vie, plus elle trancherait de têtes fer-nées. Plus elle trancherait de têtes fer-nées, moins il y en aurait à trancher. Et moins il y en aurait à trancher, plus cela voudrait dire que Fedric approche du but, du jour où tous les habitants des Iles de Fer seront passer de vie à trépas.


Quand la compagnie arriva enfin sur la côte Est, le jour se levait tout juste. Ils la longèrent sur plusieurs lieues avant d'apercevoir une masse sombre dans la mer. La masse se précisa avec le soleil montant et la distance qui diminua entre elle et ses observateurs. Vertepierre, enfin. Lord Prestre ne pouvait nier que sa forteresse lui manquait. L'air de l'Ouest lui manquait. Le large lui manquait. Celui-ci n'avait rien de comparable. Fedric le regardait tout aussi attentivement mais c'était comme s'il savait qu'aucune menace ne pouvait en surgir. Tout était paisible. Il songea à ce qu'aurait été sa vie s'il avait été le fils d'un seigneur vivant de ce coté-ci de Westeros. Son frère serait en vie probablement. Son épouse aussi et leur fils aurait pratiquement un an. La vie aurait été belle...
Relevant le menton pour chasser cette pensée destructrice de son esprit, il manœuvra son cheval pour le faire descendre le talus et se diriger vers la plage. Il y avait un passeur un peu plus loin. L'homme les embarqua avec leurs montures pour un prix exagérément élevé. Lord Prestre s'en acquitta pourtant sans ciller.

Vertepierre était une jolie ville bien que son château fasse un peu triste figure. Comme son nom l'indiquait, la végétation bien verte et la mousse abondante trahissait une humidité qui devait être fort désagréable la nuit.
La petite troupe se rendit à l'auberge que Demethor avait cité dans sa lettre. L'Auberge de la Tortue. Drôle de nom avait d'abord pensé Fedric avant de voir que l'animal figurait sur le blason des Estremont auquel appartenait le fief. Le messager fut plus que ravi de voir enfin des visages connus. Il voulut leur organiser un repas collectif mais son maître insista pour qu'il lui montre d'abord le forgeron. N'ayant d'autres choix que de se plier à cette volonté, Demethor le guida à travers la cité jusqu'à une bâtisse d'où s'échappait vers le ciel une épaisse fumée grise. Quand il fit mine de le précéder vers la porte, le seigneur attrapa son messager par le col de son pourpoint et le renvoya à l'auberge avec sa garde.

Ayant à peu près une idée de ce qu'il allait trouver derrière la porte, le Bœuf Écarlate la poussa, le cœur légèrement battant d'être si près du but après un si long voyage. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un jeune homme qui semblait plus jeune que lui – ou en tous cas était de beaucoup plus frêle – s'activer autour de la forge. Il resta un instant interdit sur le seuil avant d'entrer, sans oublier de baisser la tête pour ne pas la cogner à la poutre qui était désespérément basse. Il ne fallait pas maudire les constructeurs ; personne n'était aussi grand que le seigneur de Feux-de-Joie. Tout à coup, il comprit. Il devait s'agir de l'apprenti de Duncan, bien sûr.
S'éclaircissant la gorge pour signaler sa présence, il salua d'un signe de tête le forgeron lorsqu'il se retourna pas.

_ Bonjour, jeune homme. Je suis Lord Fedric Prestre. J'aimerais m'entretenir avec ton maître. Un dénommé Duncan, à ce que l'on m'a dit. Il ne m'attend pas. Serais-tu assez aimable pour lui rapporter ma présence ?

Fedric s'était exprimé avec son habituelle politesse. Il ne pensait pas valoir mieux que les roturiers. Il avait tutoyé celui qu'il prenait pour l'apprenti sans savoir qu'il s'agissait en fait de l'homme qu'il cherchait. Comment aurait-il pu imaginer qu'un forgeron aussi talentueux était aussi jeune ?
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Message Dim 22 Avr 2012 - 15:43

L'eau était certes un peu fraîche, mais il était toujours bon de retrouver s région, son petit îlot, comme on l'avait connu autre fois. Il sortit de la mer, s'enveloppant d'une couverture. Sa chemise était toujours sur le gros rocher où il venait de se percher, admirant l'océan devant lui. Il gratta un peu d'algue qui était accrochée sur ses pieds lorsqu'il grimpa sur son perchoir. Il se pencha sur sa gauche, approchant son visage d'un autre. Ses mèches gouttèrent doucement sur les yeux clos d'une demoiselle qui ne manquait pas de charme. Elle sursauta et pesta en frappant l'épaule de Duncan, sans aucune force. A la suite, elle l'agrippa et lui arracha un baiser. Elle lui en avait voulu qu'il la sorte de sa somnolence avec tant de surprise.

- Tu n'as pas froid ?
- Pas encore. Cela ne saurait tarder. Tu aurais du te baigner avec moi ... J'aurais tué pour te voir dans ta robe mouillée, épousant tes magnifiques formes, cadeaux des dieux. Puis j'aurais eu une excuse pour te réchauffer, dit-il, esquissant un sourire carnassier.
- Hm. Tu ne préférais pas me voir nue ?
- Ca c'est pour tout à l'heure...
- Qu'en sais-tu ?
- Je le sais. Tu viendras.
- J'en doute, tu n'as fait que parler de ta dulcinée de Dorne... Je n'ai point envie d'être une paire de jambe pour la remplacer.
- Je ne suis pas marié, tu n'es donc pas une vulgaire courtisane pour calmer mes immenses frustrations. Puis, j'ai aucunement envie de te payer tes services.

La jeune femme se redressa et embrassa sa joue, avant de lui décoller une gifle. Duncan sourit en se frottant la partie rougie sur son visage. Il enfila sa chemise alors que ses yeux appréciaient de voir la robe voler au vent. Elle était debout, prête à partir, ses jambes se découvrant timidement alors qu'elle retenait le tissus de ses petites mains. Il sourirait. Joli avant goût. Elle remonta la partie rocheuses, alors qu'il finissait de se préparer pour rentrer à Vestepierre.

Son retour ne se fit pas sans nostalgie, ni une certaine morosité. l était passé dans l'ancienne petite maison de ses parents.

Certes, il fut retardé par une halte à Villevieille où il rencontra la jeune Lyra, sa nouvelle lubie, sa petite divinité du moment. Grand dragueur, profiteur, séducteur, il jouait avec cette fille de Dorne, mais il était vrai que pour une fois, il prenait son temps, perdait même son temps, repoussant le moment fatidique de la pousser dans un lit... Il voulait profiter de ce doux moment un peu béat que provoquait ce genre de rencontre. Non, elle n'était pas comme les autres et sa petite domestique qu'il venait de quitter, le sentait tant il en parlait. Il avait bien fait demi-tour, alors qu'il regagnait l'Orage, à deux jours de cette grande ville du Bief, et aller la revoir, incapable d'attendre plusieurs mois... De plus, il était vrai, qu'il repoussait l'échéance. Il regrettait déjà le Nord...

Il avait prit un petite navette maritime pour gagner l'île. Il était resté contre la proue, mais appuyé de dos, ne quittant pas des yeux, la terre qui s'éloignait de lui, qu'il quittait doucement mais sûrement pour gagner Rocvert. Il ferma les yeux, alors que la chaloupe tanguait. Il y avait de moins en moins de fond et les vagues les ballottaient joyeusement. Cette odeur de verdure et de mer à la fois, lui faisait faire un bon de tant d'année en arrière. Pourquoi avait-il décidé de revenir ? Juste pour les beaux yeux d'Edric ? Non, il fallait qu'il se prenne en main. Il n'allait pas être assistant toute sa vie, et il devait marcher dans les pas de son pères, il devait cesser de fuir son passé, toutes ces blessures encore ouvertes en son coeur. Il allait être son propre patron, au titre de forgeron et c'est lui qui aurait peut-être, rapidement des forgerons assistants. C'était une très belle offre que lui offrait Edric, une belle occasion de comprendre ce que put vivre son père, au début tout petit forgeron de Vestepierre, avant d'être à son propre compte, non loin du château.

Ses pieds trainaient dans le sol à la fois boueux et sableux, quelques petites touches d'herbes ici et là ... Il aurait encore aimé faire demi-tour, revoir Lyra. Elle lui changeait les idée, l'aidait à se voiler la face, à oublier tout les maux qu'il était incapable d'assumer, d'une légèreté d'esprit qui pouvait parfois énerver. Il n'était pas le plus à plaindre, mais à force de nier le mal qui pouvait l'envahir, il accumulait et se montrait bien plus versatile. Il avait un peu fui l'Orage pour faire le deuil de sa mère, connaitre la région dont sa maman était native... Quand il revint et retrouva son père mort. Il repartit presque aussitôt dans le Nord, n'ayant même pas l'épaule d'Edric pour pleurer, simplement un petit mot. Là, il quittait le Nord, à grand pas à l'idée de travailler pour les Estremont, oubliant cette douce jeune femme un peu abrupte, mais charmante à sa façon, qu'il savait perdu pour toujours ... Il n'y avait pas de place pour eux pour une quelconque relation, malgré les sentiments qui les liaient, aussi forts pouvaient-ils êtres.

Il ne s'était pas directement rendu dans Vestepierre, espérant y voir Edric, et montrer ses politesses à la jeune Jeyne Estremont. Non, il fallait qu'il affronte son passé qu'il ignorait consciemment, qu'il ne voulait plus voir. Il était revenu, il allait avoir un très bon et vrai emplois. Une fois tout mis en ordre, sa culpabilité et sa peine expié, sa vie prise en main, il serait temps qu'il pense à trouver une petite femme et faire une famille, non ? Edric ! Quelle idée, encore une affection cachée, secrète et jamais officialisée... Destin cruel qui entourait les amourettes de Duncan. Il y avait toujours un obstacle, souvent insurmontable.

La maison et l'atelier était condamné. Il ne restait plus rien. Il n'y avait même plus un seul habitant, ou peut-être quelques nuisibles, de joli petit rongeur, ayant établi un nid dans la faune sauvage qui avait commencer à ronger l'habitation. On se serait cru chez un herboriste, qui avait décider de se faire ses propres plantations. Ou alors, était-ce la maison d'un esprit malin de la forêt ? Il y avait un trou dans la toiture, laissant apparaitre les maigres planches, qui elle laissait entrer un tout petit chemin de lumière dans l'immense pièce à vivre, si sombre, totalement barricadée. Il enjamba la table, dévorer par la mousse, comme le lierre qui tapissaient les mur, et dont deux pieds manquait. Il s'accroupit vers un lit, où les insectes avaient fait un nid. Il repoussa quelques feuilles et mauvaise herbes, pour en sortir un petit cheval taillé dans du bois brut. Il sourit, puis il finit par se frotter le front. Il se laissa tomber sur son fessier, avant de pleurer, silencieusement. Il le tertre non loin de la maison, lorsqu'il revint du Nord, des étranger dans la maison qui s'en servait comme un abris. L'image horrible de la mort de son père insulté, d'un père oubliée par pur égoïsme. Il s'en voulait tellement d'avoir eu une si belle vie dans le Nord, alors que son défunt père, était seul, ayant perdu sa femme, et son fils en quelques sortes. Tout ce qu'il souhaitait, c'était le revoir avant de mourir. Il aurait du passer le voir de temps en temps. Il lui avait tout appris...

Un dernier salut à la tombe, qui était toujours là. Défrichée et nettoyée, il l'avait mis en valeur et alla à Vestepierre. Une seule promesse : être fier de son fils.

Après cette petite trempette en bord de l'île, non loin de la demeure des Estremonts, il vaqua à ses occupations. Il retourna dans son petit atelier rien qu'à lui, lui seul étant le patron de son repère, de son palais du fer. Il s'étira en voyant la salle assez spacieuse, mais surtout très haute de plafond. Il était au dernier niveau, une porte qui donnait sur l'extérieur. Cela pouvait énormément servir, quand il faisait trop chaud, quand il avait besoin de stocker quelques matériaux ou encore quelques création, sécher le bois, laisser reposer ses lames sans s'encombrer, faire une pause.

Il n'allait pas se mettre au travail, car dans le fond, il n'en avait pas tellement, voire pas du tout. Quelques armes à réparer, mais les combattant avaient de quoi les remplacer en attendant. Il dégagea avec précaution une surface de travail, déplaçant arme, finies ou non, le marteau de son père, une cruche de bière à peine entamée. Cette dernière, il ne la changea pas de place, mais la décala lentement sur le côté avec un petit sourire. Il plaqua sa main sur la table et d'un petit bond, y prit place. Il balaya l'atelier de ses yeux verts avant d'attraper la cruche et d'en boire au moins la moitié, à plusieurs grande gorgée. La mer l'avait déshydraté et il n'avait aucunement la force d'aller chercher un peu d'eau claire. Puis bon, il fallait bien qu'il se prépare pour cette petite domestique qui allait venir. Il en était certain !

Il s'était doucement assoupi, la cruche contre lui, comme s'il étreignait une belle et douce demoiselle dont son coeur était totalement emporté. Il ouvrit lentement les yeux et s'étira de nouveau. Il avait bien trop chômé ces derniers jours. Il bondit de nouveau, mais cette fois-ci en dehors de la surface de travail. Bientôt, l'atelier laissait résonner la douce mélodie que seul un forgeron pourrait jouer et qu'il jouerait jusqu'à la fin de ses jours. Les tintements du fer, le changement de température quand le feu rencontrait l'eau froide, l'enclume qui se faisait tout aussi frappé du marteau.

Quand le jeune homme, Ser Pestre pénétra dans la forge de Duncan, le plus jeune était plié en deux sur une table en bois, une épée qui la barrait de toute son immense grandeur. Il était penché sur le haut de la lame, la partie collée à la garde. Il avait un petit pic et lentement, un chiffon dans l'autre main, quelques entrelacs se gravaient doucement, mais sûrement. Il était sur les finitions d'une commande qu'on lui avait donné. Il l'avait fait en une nuit, n'ayant que très peu dormi, hors, il l'avait mis de côté. Il était temps de la finir, que l'homme qui la souhaitait puisse enfin la porter fièrement à son fourreau.

Il n'entendit pas du tout le bruit des pas qui pénétrèrent dans la salle. Rien du tout, juste concentré sur ce qu'il faisait, sur le doux bruit du fer qui arrivait à l'état de poussière sur la lame, cédant sous son pic. Il gavait sans relâche, le geste précis et confiant. Il sortait quelques compas aussi, pour faire quelques arcs parfait. Les pointes étaient si aiguisée qu'on n'entendait aucun bruit agressif et c'était comme fendre du beurre.

Soudain, une voix apparut dans la pièce. Duncan sursauta légèrement. Enfaite, Fredric eut cette chance de parler alors qu'il abandonnait légèrement son attention de son dessein, pensant à la bière qui lui restait et aussi parce qu'il était assez joyeux de part ce qu'il avait ingurgité un peu plus tôt. Il n'était pas entièrement dans son travail. Il lâcha doucement ses instruments en dévisageant l'homme dans la pièce, avec bien sûr que de la curiosité. Il ne l'avait jamais vu auparavant, alors il était étonné.

Il lui sourit en coin, quittant son poste de travail, avalant quelques grosses goulées de bière. Il s'essuya la bouche avec sa manche et se racla la gorge.

- Je vais l'appeler tout de suite Ser... Duncaaaan, cria t-il, tendant l'oreille, Attendez, je vais le chercher, quittant la salle et revenant, l'air de rien. Oui, on m'a demandé ? Que puis-je faire pour vu, je me présente, Duncan, forgeron de Vestepierre.

Il lui fit un petit sourire. Non pas qu'il était sûr qu'il allait bien réagir à sa mauvaise blague, il n'en savait même strictement rien, mais il s'en moquait surtout. Qu'il le prenne mal, tant pis ! Il était comme ça Duncan, sans complexe et toujours le premiers à faire des impolitesses ou mettre les pieds dans le plats. Il ne fallait pas s'étonner qu'il avait mauvaise réputation, celui d'un jeune homme désinvolte en plus d'être un coureur de jupon. Il restait là, croisant les bras. Il n'avait pas fini. Il avait ce petit rictus au coin de la bouche.

- Ne prenez pas mal ce que je viens de faire ... C'est tout aussi insultant que de penser que je suis incapable d'être forgeron à mon propre compte Lord Prestre. Puis-je donc vous aidez dans votre quête qui vous à mener jusqu'à moi ? Vous a t-on reçu au château ? Sinon, il ne me reste que de la bière chaude et éventée ... Je n'ai point d'eau non plus. Si vous insistez, j'essaierai de trainer ma carcasse en cuisine vous en rapporter.

Puis doucement, il reprit sa gravure, attendant de savoir pour quelle raison cette homme était venu jusqu'à lui. Encore une chance qu'il ne connaissait pas son nom, venant des terres de l'Ouest, sinon, il n'aurait pas prit la peine de reprendre le travail, bien trop choqué à le fixer.
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Message Dim 6 Mai 2012 - 14:27

L'apprenti abandonna son travail pour se concentrer sur son visiteur. Ce dernier aurait pu remarquer le sourire plein de malice esquissé par Duncan s'il l'avait regardé au bon moment mais il le manqua. De toutes manières, il n'avait jamais été fin psychologue. Pour lui, la seule manière d'appréhender quelqu'un était de lui confier une épée et de voir la manière dont il attaquait et se défendait. Sachant cela, pas étonnant qu'il ne comprenne rien aux femmes... mais ceci est une autre histoire.
Fedric hocha la tête avec gratitude quand le forgeron s'excusa pour aller chercher son maître et sortit de la pièce. L'homme de l'Ouest fit glisser son regard sur le feu qui crépitait dans la vasque de pierre. Il y avait des instruments posés tout autour. Forger était la seule forme d'art qu'il reconnaissait. Les tentures, les broderies... quelles utilités pouvaient avoir ces choses ? Permettaient-elles de tuer le gibier qui le nourrissait ? Non. Permettaient-elles d'abattre un ennemi qui le menaçait ? Non plus. Elle n'avait pas de but pratique, sinon celui d'être joli. Mais les jolies choses étaient fragiles, trop fragiles. Les jolies choses se brisaient souvent. Les jolies choses mourraient les premières. Alors que le visage de sa défunte naissait peu à peu dans son esprit, Fedric se força le chasser en se concentrant de nouveau sur les chaudrons, les rapières et les œuvres en tous genres entassées un peu partout dans la pièce. Au moment où il fit un pas vers une table sur laquelle reposait un travail minutieux de confection de chaîne, le jeune homme qu'il avait vu reparut.

Après sa déclaration, Lord Prestre le regarda longuement, immobile et muet. Il n'était pas totalement certain d'avoir compris sa plaisanterie – d'avoir même compris qu'il s'agissait bien d'une plaisanterie – pour la simple et bonne raison que plus personne à Feux-de-Joie ne se risquait à faire de l'humour en face de lui. Depuis la mort de sa femme et de son frère, il se disait dans son fief et même dans tout l'Ouest que le Bœuf Écarlate avait piétiné son sens de l'humour et qu'il ne souriait plus que si un Lannister le lui en donnait l'ordre. Ce n'était pas tellement éloigné de la vérité. Fedric serait bien en peine d'expliquer pourquoi ce qui le faisait rire avant ne lui arrachait même plus un sourire à présent. Peut-être que sa peine trop grande avait chassé la joie de son coeur pour être moins à l'étroit. Quoi qu'il en soit, il ne dit rien avant que le forgeron reprenne la parole.
Le sourire malicieux du jeune homme avait quelque chose de rafraichissant et de réconfortant. Comme Fedric ne quittait pratiquement plus sa forteresse depuis un an, passant ses journées à scruter le large, il avait presque oublié ce que c'était de voyager et de rencontrer des gens qui ne le connaissaient pas. A l'inverse des habitants de l'Ouest, Duncan n'avait pas connaissance de ce qui lui était arrivé. Il ne prenait donc pas de précaution en lui parlant. Il s'adressait à lui comme à n'importe quel Lord sans doute. Le réalisant, Fedric réalisa que ce genre de relations lui avait manqué. Il détestait l'idée que l'on pleure sur son sort, que l'on s'apitoie sur lui. Il réalisa aussi que si Duncan ignorait les ombres de son coeur, il n'avait aucune excuse pour ne pas lui sourire en retour.
Comme si ses lèvres étaient rouillées, il les étira lentement en un sourire :

_ Vous m'avez bien eu, concéda-t-il avant de secouer la tête. Je suis navré d'avoir tiré les mauvaises conclusions de votre apparence. J'avais oublié que le talent n'attend pas le nombre des années.

Son maître d'armes lui avait souvent dit cela lorsqu'ils s'entraînaient dans la cour.
Comme s'il voulait garder la place qu'il avait mis si longtemps à reconquérir, le sourire de Fedric refusa de se faire chasser de ses lèvres.

_ A vrai dire, je ne compte pas visiter les Estremont durant ce court séjour. Mes chevaliers et moi-même séjournerons quelques jours à l'Auberge de la Tortue avant de repartir pour mon fief, dans l'Ouest. Je suis venu pour vous passer une commande et après ce long voyage, j'avoue que je ne dirais pas non à un peu de bière chaude et éventée puisque vous le proposez si généreusement.

Il sourit encore, avec une pointe d'amusement inconsciente, et désigna un tabouret de bois du doigt comme pour demander la permission au propriétaire des lieux de s'asseoir. C'est vrai qu'il avait passé beaucoup de temps à dos de cheval mais ce n'était pas la même chose. Et puis, sa grande taille le faisait voir le plafond de la chaumière de près et il détestait ça.
Il détacha la ceinture de cuir qui maintenait son fourreau contre son flanc et posa le tout juste devant lui sur la table à coté de laquelle il s'installa. Duncan avait repris son travail de gravure.

_ J'ai engagé Ser Ophrys il y a quelques temps, pour la défense des côtes. Il dit que vous lui avez forgé l'épée qu'il tenait, lorsque vous étiez à Winterfell. Peut-être vous en souvenez-vous. Un grand homme borgne avec une barbe hirsute. C'était un bon travail. Très bon, en fait, puisque j'ai laissé mes gens pour traverser Westeros d'Ouest en Est afin de venir vous trouver.

Fedric marqua une pause. Il voulait voir s'il avait piqué la curiosité du forgeron alors il ne dit plus un mot jusqu'à le voir se retourner vers lui. Il le fixa droit dans les yeux pour lâcher avec le plus grand sérieux :

_ Je voudrais que vous en forgiez pour moi.

Il n'avait pas dit combien mais il se doutait que le chiffre aurait de quoi impressionner le forgeron. Personne ne commandait toute une cargaison de lames en une seule fois. Pas même en temps de guerre. Pas même le Donjon Rouge pour sa garde. En même temps, il était à considérer que peu de gens prenaient aussi sérieusement la défense du territoire. La vendetta contre les Fer-nés était la priorité du Bœuf Écarlate depuis qu'il était le dernier membre de la Maison Prestre encore en vie.
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Message Mar 8 Mai 2012 - 15:51

Duncan l'avait longuement regardé avant de reprendre entièrement sa gravure. Il lui avait sourit en coin, amusé. Il avait bien aimé ce qu'il avait dit. Il haussa les épaules avant de se pencher sur la lame, reprenant son petit picot.

- Je vous excuse, je dois bien imaginer que vu mon âge, mon apparence et mon humour désolant, on doute que je puisse être mon seul patron.

Il ne l'avait pas regardé durant toute sa phrase, trop occupé à finir ses liserés. Il finit par relever la tête, étonné de savoir que ce cher lord Prestre ne comptait pas aller saluer et faire des politesses à la famille pour laquelle il travaillait désormais. Il lui parla d'une commande. Il ne l'écoutait même plus tout compte fait, pensant qu'il venait lui faire perdre son temps. Mais finalement, on arriva à la stopper dans son travail. Seul les mots "Ouest" et "Commande" résonnait dans sa tête. C'est alors que le jeune forgeron lâcha enfin son ouvrage et ses outils pour lui faire face, tout en s'appuyant sur la surface de travail. Il croisa les bras, bien curieux d'en entendre plus. Cet homme venait de si loin. Il n'avait point bougé, toujours bras croisé, debout, mes les yeux aussi rond que ceux d'un poisson cuit au feu. Il n'y croyait pas. Il y avait-il une disparition de forgeron dans l'Ouest ? Etait-il fou et excentrique ? Pourquoi venir jusque sur une petite île de l'Orage ? Pourquoi lui ? Il aurait bien aimé lui voler le tabouret que le lord lui vola à l'instant en demandant la permission. Il finit par secouer la tête, comme pour effacer ce sentiment totalement abasourdi qui était plaqué sur son visage. Il lui conta l'histoire de son compagnon, un certain Ser Orphys. A sa description, oui, il s'en rappelait vaguement. Il n'avait pas tant de client que cela, mais il en voyait du monde, surtout à Winterfell : simple assistant, il passait son temps à livrer les commandes et recevoir les guerriers dans le besoin. Il était coi. Il finit par le grand final : forger pour lui. Il n'en revenait vraiment pas.

- Oui, asseyez vous, bien sûr, dit-il absent, alors que l'homme était déjà installé. Bière ! Forcément !

Il avait perdu son côté désinvolte et son humour, encore sous le choque. Il parcourut sa forge, soulevant tout ce qui se trouvait sur les table, des croquis sur du vieux papier, dessins de lame au charbon, des outils, des pièces de cuir, des morceau de fer brisé, des boules de métal à faire fondre. Il était perdu. Il finit par trouver un gobelet en bois. Il l'essuya de sa chemise et servit un bon verre à l'homme qui avait traversé Westeros à l'horizontal pour venir le voir. Il lui tendit le verre et écouta la suite. Non, il n'y en avait pas. C'était donc à lui de parler, qui s'était plongé dans un silence de surprise, presque handicapant. Il bondit de l'endroit où il était appuyé et le fixa longuement, un air si sceptique qui arquait un de ses sourcils.

- Je... Vous vous riez de moi, c'est cela ? Vous vous vengez de la petite boutade que je viens de vous faire... Vous venez vraiment de l'Ouest ? Etes vous fou ? mes lames ne sont pas les plus fortes et les plus puissantes qui existent, ni même les... Les plus résistantes. Je ne vous comprends. Vous êtes venu jusqu'ici pour mon travail ? Je...

Il poussa les lame brisée ou émoussée sur la table et s'assit dessus, en face de lord Prestre. Il le jaugeait toujours, la voix qui se coupait au fond de sa gorge.

- Si vous êtes sincère, je suis plus qu'honoré de répondre à vos attentes. Juste, laissez moi le temps de réaliser. Je ne suis qu'un petit forgeron perdu sur une île. Vous venez d'où exactement ? Et que souhaitez vous exactement ? Je suis très bon en épée, par contre les masse et hache, je souffre encore à leur donner autant de vitalité que de beauté. Je m'en sors très bien toute petite lame aussi. Ce serait pour vous ? Il en faudrait une grande, assez large, mais je saurais la rendre plus légère. J'ai la appris la technique du nord, elle sera très résistante, je vous assure. Au plus tôt, je peux vous faire un bijou en deux jours et une nuit...

Les idées grouillaient dans son esprit. Il était si excité à l'idée de forger une épée à un lord de l'Ouest, qui s'était déplacé rien que pour lui. En plus, s'il comprenait bien, il était à la tête de plusieurs hommes, à cet instant délaissé pour qu'il puisse passer une commande. Il était venu en personne. Fredric avait tout fait pour réchauffer le coeur et l'égo du petit forgeron encore peu connu que pouvait être Duncan. Pauvre enfant, s'il savait le nombre de lame qu'il allait devoir faire pour cet homme, encore inconnu au bataillon. Il ne le connaissait réellement pas, ni de nom, ni de réputation. Il avait les yeux brillants. Il se voyait déjà se vanter d'avoir répondu à la demande d'un homme de l'ouest, alors qu'il se trouvait dans les Terres de l'Orage.

Il s'allongea un peu sur la table, pour en atteindre le bout et alors, il attrapa une tige de charbon qui trainait. Étalant l'immense parchemin sur ses cuisses, épais et pleine d'impureté, il tendit l'oreille et le fixait, prêt à dessiner ce qu'il attendait de lui et comme il le voyait.

- C'est sûr hein ! Ce n'est pas une boutade ? Si oui, je vous écoute, je suis votre plus grand serviteur à cet instant même. Je crois que mon travail et les heures que j'y passerait pour que ce soit parfait ne vaudra jamais tout l'honneur que vous me faite d'avoir traverser Westeros pour mes travaux à moi. Oui, juste les miens, dit-il, la dernière phrase, plus à sa propre intention.

Alors qu'il le dévisageait de ses grands yeux verts, attendant un peu plus d'information, quelqu'un d'autre entra dans la forge. Le nom de Duncan fut appelée d'une voix mielleuse et douce. C'était la demoiselle qu'il avait vu plus tôt dans la journée. Il avait eu raison, elle viendrait. La pauvre domestique à l'attitude aguichante contre le chambranle de la porte, se reprit lorsqu'elle vit le Lord. Elle se sentit si bête. Elle le salua d'une petite courbette et Duncan, sans même la regarder, lui fit un grand signe de bras pour qu'elle le laisse tranquille.

- Reviens plus tard ! cracha t-il.

La demoiselle, encore honteuse de son attitude sans vertu face à un autre homme, pensant Duncan seul, ne perdit pas de temps avant de partir. Il sourit à a Prestre, avec un clin d'oeil.

- Désolé, je suis tellement demandé. Les femmes ne me résistent pas... Malheureusement, je ne peux être partout. Je vous écoute donc...
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Message Mar 5 Juin 2012 - 13:03

Fedric but une gorgée de bière. Comme l'avait dit son hôte, elle était un peu chaude. Cependant, cela ne l'empêcha pas d'en boire une seconde. Il n'avait jamais été un de ces seigneurs à l'estomac délicat et capricieux. Lui mangeait tout ce qui était comestible, quelque soit sa couleur, son odeur et son goût, et, à voir sa forte carrure, ça ne lui avait jamais porté préjudice.
Les sourcils arqués de Duncan traduisait son scepticisme. Quand il entendit le forgeron demander s'il se moquait de lui, Fedric ne put s'empêcher d'esquisser un nouveau sourire. C'était étrange de sourire avec cette facilité alors qu'il ne l'avait plus fait depuis une année mais c'était plus fort que lui. L'incrédulité de Duncan était trop amusante et touchante à la fois. Il demanda s'il était fou. Oui, certainement. Il avait tout de même laissé sa forteresse sacrée pour accomplir ce voyage et, même si les Fer-Nés ne s'étaient plus montrés depuis des mois, cela ne voulait pas dire que le danger était écarté. A vrai dire, il s'était demandé chaque jour comment était la mer depuis qu'il l'avait quittée des yeux. Feux-de-Joie lui manquait. Son ami Tybolt lui manquait. Même les hommes de la garde lui manquaient – il ne le leur avaient jamais dit bien sûr. Il aurait cru que fixer l'horizon lui manquerait aussi mais c'était tout l'inverse. Il se sentait plus libre et détendu qu'il ne l'avait encore jamais été.

Duncan avait déjà attrapé un bout de parchemin ainsi qu'une tige de charbon pour gribouiller un modèle. Se faisant, il avait parlé avec animation, comme s'il était déjà complètement concentré sur son travail à venir et plein d'enthousiasme à son propos. C'était heureux à voir. Fedric était vraiment amusé de voir toute l'énergie que la nouvelle de cette commande avait insufflé à ce jeune homme si simple mais si passionné. Il se rappela qu'il avait été ainsi autrefois, quand il avait encore un frère et une épouse, quand il avait encore des êtres à aimer.
Le lord allait répondre au forgeron lorsque le bruit de la porte qui s'ouvrait lui fit tourner la tête pour découvrir une jeune femme appuyée nonchalamment contre la chambranle. Elle perdit son attitude aguicheuse en s'apercevant que la personne qu'elle venait voir n'était pas seule et se fit chasser comme un chat pour le forgeron qui en plaisanta après son départ. Comme il répondait à la plaisanterie de Duncan par un hochement de tête, il se demanda si ses chevaliers avaient su résister à l'appel du vin et des femmes en taverne où s'ils étaient déjà complètement pleins et vides à la fois.

_ Il est bien possible que je sois fou mais je suis toujours sérieux en ce qui concerne les arts de la guerre. On perd trop à les sous-estimer. Mon fief est celui de Feu-de-Joie. J'ignore si ce nom sonne de manière familière à vos oreilles. Il se trouve à une journée de cheval de Castral Roc, au bout du morceau de terre le plus avancé dans la mer.

Si Duncan avait séjourné quelques temps dans l'Ouest, il y avait fort à parier qu'il ait entendu parler de Feux-de-Joie et de son sanglant seigneur. Beaucoup de gens connaissaient la chanson qui racontait la mort de Lady Prestre. C'était une longue balade lancinante chantée par les bardes en fin de soirées, pour calmer les esprits enivrés par les danses et l'alcool juste avant d'aller se coucher et pour rappeler que, s'ils avaient ri aujourd'hui, leurs frères avaient pleuré hier.

_ Ce ne serait pas pour moi, dit Fedric en prenant le fourreau sur lequel était griffé le blason de sa maison, un boeuf sur un champ d'hermines, pour en extraire son épée. Coeur-de-boeuf, c'était son nom, était la lame ancestrale des seigneurs de Feux-de-Joie et l'actuel seigneur ne comptait pas s'en départir. Il rengaina après l'avoir montrée au forgeron et enchaîna : C'est une commande que je souhaite passer pour mes chevaliers ainsi que pour les gardes de la forteresse. J'espère que vous êtes bien assis parce que vous risqueriez de tomber de votre tabouret lorsque je vous aurais dit combien de lames de guerre je voudrais que vous forgiez pour mes hommes.

Voilà qu'il souriait encore malgré lui. Duncan était un jeune homme trop sympathique. Considérablement plus que le forgeron actuel de Feux-de-Joie. Accepterait-il de prendre sa place dans l'Ouest si le lord le lui demandait ? Une chose était certaine : il ne perdrait rien à lui proposer.

_ Et ne parlez pas d'honneur. L'honneur, vous vous le faîtes à vous-même car vous ne devez ma présence qu'à votre talent. J'ai d'abord montré l'épée de Ser Ophrys à mon forgeron afin qu'il trouve un moyen d'imiter votre art mais j'ai vite compris, devant ses multiples échecs, qu'il n'appartenait qu'à vous. Et me voilà.

Fedric détacha la lourde bourse à sa ceinture et la posa sur la table. Les pièces qu'elle contenait teintèrent joyeusement.

_ Pour vous prouver mon sérieux, je suis disposé à vous payer d'avance. Quant au nombre, il dépendra du prix que vous mettrez sur chaque lame car, comme vous vous en doutez, je n'ai pas emporté toute ma fortune avec moi.

En admettant que Duncan lui fasse payer son travail au prix le plus haut du marché, il devrait au moins obtenir douze épées avec les trente-trois dragons d'or que contenaient sa bourse. Fedric n'avait jamais été du genre à négocier ce genre de choses. Il payait généralement ce qu'on lui demandait mais il achetait peu. Rien de superflu. Seulement des choses pratiques comme des armes, des cotes de maille, de la nourriture... Tentures et ornements ? Qu'en avait-il à faire ?! Feux-de-Joie était sûrement la forteresse la plus austère de tout Westeros mais ça n'avait pas d'importance aux yeux de son propriétaire. Ce qui importait, c'était de protéger et servir. Il avait donné, vendu ou fait brûler de rage toutes les jolies choses à la mort d'Alivianne. A présent, ses murs étaient sinistres et froids.
Jetant un coup d'oeil au parchemin toujours vierge, le jeune lord réfléchit.

_ Il doit s'agir de lames légères et maniables, capables de trancher des têtes fer-nées avec autant de facilité que du beurre.

Spoiler:
 
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Message Mar 19 Juin 2012 - 14:53

La jeune femme était partit et Duncan n'avait point bouger d'un pouce, si ce n'était que pour ramener son bras qui avait congédier la demoiselle sèchement. Ses yeux bleus verts étaient toujours aussi attaché à la personne de Fredric. Il avait presque la bouche entrouverte, ses doigts étaient totalement sellés au bout de charbon, qui heureusement de sa petite taille, ne craquait pas sous la force de l'excitation qui envahissait tout le corps du jeune forgeron. Il n'y croyait toujours pas. Son bras était si frustré, ayant tant envie de recouvrir la feuille d'une lame si raffinée, travaillée et exceptionnelle pour une personne qui était exceptionnelle. Malheureusement pour lui, le lord tardait à lui dire exactement ce qu'il voulait et a main se cramponnait que plus à la brindille de charbon.

Il lui annonçait qu'il était de Feux-de-Joie et surtout qu'il ne riait pas de lui, de part sa venu et une éventuelle commande. Il ne fit que le regarder plus intensément, non pas seulement par la réalité de ce qui se passait dans son petit atelier, mais aussi de sa provenance. Il avait fait un petit tournois dans l'Ouest, montrant ses œuvres, offrant quelques services à certains chevaliers qui allaient jouter et il avait bien sûr entendu parlé des grands endroit de cette région, les plus importants, insolites, les mieux placés, ceux à la forte réputation. Or, il ne se rappelait plus si on avait parlé de Lord Prestre. Sûrement, mais il n'avait que souvenir du nom de ce fort en bordure de mer. Incroyable et une prise de vu sur les fer-nés intéressantes d'après ce qu'on disait. Il n'eut malheureusement pas le temps ni l'occasion d'aller y voir de plus près.

Ensuite, il précisa qu'il ne venait pas pour lui même. Cet homme avait l'art pour affûté l'esprit de Duncan autant que l'était son épée qu'il sortit. Un magnifique ouvrage qu'il lui présentait. Duncan l'avait enfin lâcher du regard, pour laisser ses yeux glisser sur la lame imposante et le travail fin qui la finissait. Il avait presque eu envie de tendre la main pour la sentir, le fer sous ses doigts, les décorations et ses relief, son poids, la sensation du manche entre ses doigts. Il bougeait la tête en même temps que la lame qui se pavanait fièrement devant lui, puis ensuite se rangeait pudiquement dans son fourreau.

- Pourquoi me demander mes services, votre forgeron est un artisan de renom. Rien qu'à en voir son allure, j'en suis ému. Et d'après ce que je comprends, un homme tel que vous, qui ne rit pas de l'art de la guerre, doit avoir une épée aussi vigoureuse et impartiale qu'une personne de votre importance. Très sincèrement, je ne sais si mon coeur va résister à tout ce que vous m'annoncer.

Il continua à parler, sur l'honneur et la dextérité avec laquelle le forgeron fabriquait ses lames. Il ne cessait de le couvrir d'éloge et le plus jeune ne pouvait le cacher, il aimait beaucoup cela. Or, il restait quelque peu modeste devant un lord et surtout de ceux qui venaient de loin rien que pour lui. C'était si rare. Il était tellement heureux de cette rencontre, de cette demande. Il ne tenait plus en place. La bourse tomba sur la table alors que l'homme parlait encore, mais il ne l'écoutait plus que d'une oreille. Voilà la preuve de son franchise, elle était là dans une bouse en cuir, le métal précieux chantant la douce mélodie de la récompense. Il l'ouvrit doucement, les yeux qui brillaient autant que les petites pièces.

Il la soupesa et se mit à réfléchir. Il n'avait jamais eu autant d'argent entre les mains. C'était impressionnant, un rêve.

- Vous savez, j'ai presque envie de vous dire qu'avec ce que vous m'avez donner, je viens moi même vous les livrer chez vous ! Et ne serai-ce que pour vous remercier de l'intérêt que vous me portez ! Juste, il se leva, marquant une pause et attrapa la cruche de bière, en vidant son fond d'une traite. D'accord, concentrons nous. Tout dépend de ce que vous demandez mon seigneur. Des lames légères et efficace, c'est ce que je préfère, cela me demande un peu de temps pour bien les équilibrer par contre, marier le problème de poids et la résistance, car plus c'est léger et fin, pour une épée, moins c'est résistant, or elles seront plus aptes en s'enfoncer dans la peau, comme si vous traversiez un ru avec une brindille. Après, si vous voulez aussi travailler leur allure, des pierres, semi-précieuse ou précieuse, ou alors qu'elles soient simples, quelques entrelacs, des gravures, cela vous reviendra moins cher et je pourrais vous en faire plus. Disons qu'avec ce que vous avez donné, je peux vous en faire au moins quinze. Après, tout dépend de la matière que vous voulez, ne serai-ce que pour le manche, je peux peut-être en faire 17, mais ... Pour la qualité du fer, qu'elles soient comme vous l'aviez demandé, je pense quinze. Enfin, vous en voulez combien exactement, je peux bien vous faire un prix.

Il était prit d'un certain sérieux si soudainement, mais ses yeux pétillaient. Il était comme un petit enfant qui allait recevoir un nouveau jouet. Il finit par sauter de sa table et se pencha dans le couloir. Il interpella un domestique et demanda deux assiettes du repas de ce soir et une nouvelle cruche de bière bien fraîche. Il revint, informant le lord qu'on rapportait à manger, il devait sûrement avoir faim après un tel voyage. Sur le chemin qui le rapprochait de Lord Prestre, il attrapa son marteau, qu'il fit tourner autour de son poignet, jonglant avec. L'envie de forger le démanger tellement.

- Je devrais m'y mettre maintenant, dans la moitié du mois, vous pourriez les avoir, je ne pourrais pas faire plus vite, je suis désolé. Je ne dormirai pas s'il le faut. Je vous l'ai dis, je suis votre plus fidèle serviteur et encore plus avec ce que vous venez de déposer sur la table ! N'hésitez pas à vous montrer plus précis sur vos exigences. Je vous dirai si je peux humainement le faire où si je dois demander la force de mes dieux pour y arriver.

Quelques secondes après, on arriva avec une cruche de bière bien fraîche et on leur communiqua que le ragout de poisson allait bientôt arriver.
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Message Mer 20 Juin 2012 - 13:35

Les yeux de Duncan se mirent à briller lorsque ses doigts délassèrent la bourse de cuir pour voir ce qu'elle contenait. Cette vision attendrit momentanément le coeur du seigneur. Il ne savait pas combien coûtait le pain et la viande mais il imaginait sans peine qu'avec cette fortune, le forgeron pouvait vivre plusieurs années sans travailler s'il l'utilisait avec raison.
Fedric posa ses deux immenses avant-bras sur la table pendant que Duncan entamait un monologue sur les épées comme il les imaginait. En parlant, il semblait possédé tant il mettait d'entrain dans ses phrases. Une telle passion était plaisante à entendre comme à voir. Le Prestre n'y connaissait rien en forge. Il prenait une épée en main, portait quelques coups avec et jugeait après de sa qualité. Si elle ne lui convenait pas, il passait à la suivante. Il n'avait pas cette philosophie du fer. Une fois, il avait engagé un chevalier pour la défense des cotes qui avait au contraire de lui un oeil excellent pour ce genre de choses. Il connaissait toutes les étapes de forge et se permettait d'embêter les forgerons avec ses instructions quand il en commandait une. Fedric ignorait si Corne-de-Boeuf, l'épée qu'il portait, était techniquement une bonne épée. Cependant, c'était celle des seigneurs de Feux-de-Joie depuis des générations et ne pas la porter aurait été une insulte à ses pairs.

Le lord sortit de ses pensées pile au moment où Duncan lui annonça qu'il pourrait certainement lui faire quinze épées pour le prix qu'il comptait mettre dans la commande, alors il hocha la tête, visiblement satisfait. Se remémorant la passage du monologue concernant les gravures, les pierreries et toutes les fioritures que l'on pouvait trouver sur les épées de leurs jours, Fedric esquissa un mince sourire sombre pour répondre :

_ Vous savez, les épées dans mon fief ne sont pas décoratives. Elles servent à couper des têtes de fer-nés. Elles n'ont donc nul besoin de joailleries. Il ne manquerait plus que ces barbares les volent sur les cadavres de mes hommes...

Évoquer le peuple des Iles de Fer était toujours délicat pour lui. Il sentait déjà le colère grandir en lui. Il baissa la tête et ferma les yeux quelques secondes pour se reprendre. Ses grands poings se desserrèrent lentement. Son hôte ne s'en aperçut probablement pas puisqu'il était occupé à héler quelqu'un dans le couloir pour demander une pitance et de la bière. Comme s'il avait tout compris, l'estomac de Fedric se mit à remuer furieusement. Ses chevaliers et gardes devaient être en train de ripailler à la taverne. Ser Gawain avait sans doute engagé la conversation avec la moitié des personnes présentes – qui en avaient déjà marre de lui – et Ser Malkior devait essayé d'avertir l'autre moitié de la lourdeur de son collègue afin qu'ils en prennent gare. Les autres riraient en les voyant faire. Parfois, c'était tellement étrange pour Fedric de se rendre compte que la vie brillait tout autour de lui mais que cela ne suffisait pas à réchauffer son coeur.
Lord Prestre remercia le forgeron lorsqu'il lui apprit sa commande de nourriture. Il avait en effet faim. C'était si drôle que le jeune jeune prenne l'initiative de l'inviter de cette manière à manger à sa table. Un autre seigneur que Fedric en aurait probablement été offensé. Mais le Bœuf Écarlate, lui, n'en avait pas grand chose à faire du protocole. Bien sûr, il s'acquittait de sa courbette devant les mieux nés que lui, mais jamais il ne prenait ombrage qu'un roturier veille se mettre à sa hauteur, ni littéralement ni métaphoriquement d'ailleurs, quoi que pour le premier il faille un tabouret vraiment très haut.
L'ouestien regarda Duncan faire faire des acrobaties à son marteau avec une aisance qui trahissait la pratique. Autant d'enthousiasme était absolument revigorant. Quand il lui dit de ne surtout pas hésiter à se montrer plus exigeant, le noble réfléchit un instant. Il repensa alors à une histoire que lui avait raconté son père quand il était petit... Relevant les yeux vers Duncan, il hésita, trouvant l'idée stupide, avant de se lancer :

_ Mon grand-père faisait graver une phrase sur les lames des gardes de la forteresse. Il disait que cela les investissait d'une forme de... force un peu mystique... Hmm... Peut-être que vous pourriez faire de même sur celles que je vous commande. La phrase était « Si je brille, le Boeuf charge ».

Il marqua une pause avant de demander :

_ Sauriez-vous graver cette phrase sur quinze lames, dans la meilleure qualité de fer que vous trouverez, avec le manche que vous jugerez le mieux adapté, pour le prix que je vous offre ? Vous aurez le temps qu'il faut pour un travail bien fait. Deux de mes hommes resteront à Vertepierre afin de les emporter dans l'Ouest lorsque l'oeuvre sera achevée. Je ne peux malheureusement pas rester en personne. La mer jamais ne dort.

Il faisait référence aux potentielles attaques fer-nées bien sûr. Les premiers jours du voyage, il avait été presque malade de ne pas pouvoir surveiller le large et guetter les voiles de boutres. Le temps avait passé et avec lui sa crainte d'une attaque pendant que ses yeux étaient sur d'autres horizons. Cependant, subsistait toujours cette drôle de sensation, comme si où qu'il soit dans Westeros, il pourrait revoir le large de Feux-de-Joie rien qu'en se retournant.
Quelqu'un arriva avec une cruche de bière. Celle-ci était fraiche, on le sentait à l'odeur. Fedric attendit patiemment qu'on le serve et il but une grande gorgée pour se désaltérer. Plusieurs questions lui brûlaient les lèvres mais il attendrait qu'ils soient attablés de manger et qu'ils aient fini de parler d'épées pour les lui poser, sur son travail dans le Nord, sur ses projets d'avenir...
A l'extérieur de la chaumière, il crut entendre la voix légèrement éméchée de Ser Gawain qui courrait manifestement après quelque chose pour l'attraper. Sans doute une poule ou un porcin. Le seigneur se retint de lever les yeux au ciel mais il promit de pendre son chevalier par les pieds jusqu'à ce qu'il ait dessaoulé quand il retournerait à l'auberge.
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Message Dim 24 Juin 2012 - 13:52

La réplique de lord Prestre à propos de la décoration que Duncan pouvait mettre sur les armes, ne le refroidit pas du tout. Il comprenait même énormément. Le forgeron adorait bien se concentrer sur des œuvres qui lui demander du travail, comme le sertissage, la gravure propre et imposante, tailler le bois, etc, mais c'était souvent le travail pour une seule arme, qu'on donnait à un noble quelque peu fantaisiste ou pour faire un cadeau. Par exemple, des poignards pour des femmes. Elles appréciaient énormément qu'ils se rapprochent de bijoux. Il en avait souvent fait et préférait de loin travailler avec minutie sur les petites lames. C'était plus méticuleux, plus raffiné et détaillé. Il était vrai que dans cette situation, c'était une grosse commande, qui encore après l'avoir annoncer, faisait fortement battre son coeur dans son poitrail. Il le lui avait aussi demander, ne sachant pas si Lord Prestre pouvait être aussi excentrique que certain noble qu'il aurait pu croiser. Cela ne l'aurait pas étonné qu'on lui demande une douzaine d'épées, décorées et aussi maniables au combat. Non, Fedric cherchait surtout l'utilité et à faire couler le sang. Qui plus est, elles seraient dédiée aux fer-nés si Duncan avait bien compris. Oui, valait mieux qu'elles soient simplement forte et légère pour venir les annihiler rapidement, sans éveiller leur curiosité. Duncan lui fit un sourire en coin.

- Comme les pies, si elles brillaient, qui sait si cela ne peut les perturber ! Les yeux qui brillent sur le travail, et là, un coup, dit-il en le mimant, comme s'il avait une épée en main. Plus de tête, roulant dans le sable, dernière vision, ce qu'ils n'auront plus jamais.

Bien sûr, c'était une blague. Il le taquinait, car déjà il avait gratté sur un bout du parchemin le nombre de lame qu'il souhaitait et aucune autre information, sauf légère et tranchante. Il en profita ensuite pour attraper un domestique dans les couloirs et demander des vivres. Oui, il manquait de tact et aurait pu amener Fedric à manger dans la grand salle avec les autres nobles. Mais non, ils fallait qu'ils parlent et que c'était Duncan. Il oubliait un peu trop souvent le protocole de politesse qui s'imposait face à quelqu'un d'une meilleure situation que lui. Cela lui avait valut pas mal de problème. Là, il n'avait pas à s'en inquiéter, car Lord Prestre n'avait pas l'air de s'en soucier. C'était une bonne chose. Il allait sûrement faire un très bon marché avec l'homme de l'Ouest, ce serait bête que tout s'envole à cause de son manque de politesse. Quoi qu'il pourrait faire plus attention. S'il râlait, il s'excuserait platement et puis c'est tout. Il ne disait rien, bonne chose, continuons. Duncan avait quand même attendu, pour voir s'il lui avait fait un certain affront. Il préférait en être sûr. Non, il s'en offusquait vraiment pas. Il pouvait quand même réfléchir avant d'agir avec autant de désinvolture. Après, il s'étonnait qu'il s'embrouillait avec beaucoup de monde...

Puis doucement, il revint vers lui, jonglant avec son marteau. Cette manie s'était imposé à lui, alors que parfois, il sentait son poignet ankyloser et trop lourd, cela lui faisait travailler sa souplesse et lui détendait muscle et tendon. Depuis, il le faisait par habitude. Il lui demanda par la même occasion de se montrer plus exigeant s'il le voulait. Il était très sincère. Il aimait les défi, surtout quand il était question du fer. Il n'avait pas peur des demandes précises et parfois compliquées. Au contraire, il s'en donnerait même à cœur joie. C'est alors que la demande de Fedric ne montrait aucune lacune dans son art. Il hochait la tête, pour lui donner son accord. Il fouilla un peu sur la table, tâtonnant entre toutes cette poussière de bois et de fer, le morceau de charbon, qui bêtement se trouvait sur le parchemin. Il l'attrapa rapidement, puis griffonna la phrase que venait de lui dicter celui de l'Ouest. Il s'appuya contre le bord de la table pour regarder l'homme à l'allure si imposante et charismatique.

- Mystique, peut-être... En tout cas, je sais que quand un homme à une phrase ou une chose à laquelle se rapprocher, cela l'aspire au courage, son esprit n'est pas seul pour brandir son épée. Je n'oublierai aucune gravure sur les épées, je vous en donne ma parole. Puis, c'est bien ce que je préfère travailler après le polissage et l'affûtage... Vous me faite plaisir de me demander ce genre de détail. Puis, pour vos hommes, aucun problème. Je peux très bien comprendre. Déjà, je m'en étonne encore qu'un homme de votre importance vienne jusqu'à moi pour une simple commande. Je ne vais pas vous retenir trop longtemps alors, vous avez du travail. J'ai toujours eu cette chance d'éviter les fer-nés, mais il faut savoir se soutenir d'une région à l'autre.

Ca oui, il avait raison, il les évitaient. Ils attaquaient le Nord, alors qu'il avait enfin décidé de le quitter. Il pouvait bien toucher du bois.

- On compte sur des hommes comme vous pour conserver nos terres. Je n'accepte pas qu'on se saigne et que d'autre vienne tout nous prendre sans faire le moindre effort.

On arriva, les coupant, pour venir déposer des bons bols de ragout de poisson et une grande cruche de bière fraîche. On avait même penser aux godets. La domestique versa à rebord la liquide doré à Fedric Prestre puis après une petite courbette, s'en alla. Duncan attrapa son bol, et attendit que le lord enfile sa première bouchée pour le suivre. Il était assit à moitié sur le bord de l'enclume, qui était en face de la table, à un demi mètre. Il le fixait et enfin, pu se remplir le gosier. La domestique, une toute jeune demoiselle, d'à peine 15 ans revint en trottinant dans l'atelier et déposa un pain bien imposant sur la table, avant de disparaitre à nouveau, laissant les deux hommes seuls. Duncan la suivait du regard avec un petit sourire. Il adorait cette jeune fille. C'était réciproque. Elle passait beaucoup de temps à la forge pour venir l'observer lorsqu'il travaillait. Il s'en rendait compte parfois une demi-heure plus tard, alors qu'il quittait enfin sa lame rouge des yeux, pour faire une pause. Elle pensait toujours à lui ramener à boire ou à manger, alors à la fin, il avait fini par lui faire un cadeau. Deux anneaux qu'elle portait au bras et qui ne cessait de tinter dans les couloirs quand elle courait. En parlant de vacarme, un bruit étrange d'un homme sûrement dans une situation délicate, passa non loin. Duncan leva un sourcil, surpris, en regardant la porte entrouverte de la forge qui donnait dans les couloirs de la demeure. Fedric avait l'air de savoir de qui il était question.

- Je pense qu'il n'y a rien d'autre à ajouter, à moins que vous ayez d'autre demande particulière pour les armes.
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Message Dim 24 Juin 2012 - 16:29

Tout forgeron qu'il soit, Duncan semblait avoir compris l'importance d'une phrase en temps de guerre. La magie était effectivement dans le réconfort qu'elle provoquait chez les hommes et non dans les mots qui la composaient. C'était quelque chose à quoi se raccrocher. Quelque chose qui ne nous laissait jamais seul. C'était la lumière dans le noir. C'était... l'espoir, tout simplement. Et là où il y a de l'espoir, nul homme ne manquera de courage, même si la situation semble des plus désespérées.
Fedric esquissa un petit sourire lorsqu'il entendait l'Orageux le qualifier d'homme d'importance. Il était bien loin de valoir ce terme à son avis. Certes, il accomplissait des choses importantes, des choses que peut-être lui seul pouvaient accomplir avec cette force et cette détermination, mais il n'était rien de plus qu'un homme abandonné à sa colère et à son désir de vengeance. Il n'était pas suffisamment grand pour se montrer miséricordieux et pardonner. Il aurait détesté l'être d'ailleurs. Seul le bruit des crânes fracassés et des lames déchirant les chairs pouvait apaiser son mal. Hélas, ce n'était jamais assez. Escarmouche après escarmouche, le besoin de faire couler le sang et les larmes de ses ennemis ne se satisfaisait pas. Il en fallait toujours plus. Non, vraiment, il n'y avait aucune grandeur à voir en lui.
La remarque du forgeron concernant le fait de défendre les terres qui leur appartenaient fit hocher gravement la tête du Bœuf Écarlate. C'était à son avis également le motif essentiel de cette guerre de longue haleine. Les rafles devaient cesser. Si les fer-nés voulaient des vivres, ils n'avaient qu'à en faire pousser sur leurs maudites îles ou se contenter du poisson des mers. De quel droit venaient-ils ripailler sur la terre des hommes qui les avaient obtenus à la sueur de leurs fronts ? Il en allait de même pour les femmes.

Duncan était donc disposé à lui forger quinze épées de son meilleur art et de les graver de la phrase énoncée par son grand-père. L'un et l'autre n'auraient pu être davantage ravis.
Une jeune demoiselle arriva les grands chargés d'un plateau sur lequel reposaient deux grands bols d'une mixture à l'odeur forte que Fedric reconnaissait sans peine puisqu'il vivant lui aussi en bord de mer, ainsi qu'une cruche de bière. Elle servit les godets et le sourire brillant qu'elle lui adressa en posant le sien devant lui le laissa sans voix. Il dut se retenir de lui demander ce qu'elle trouvait de réjouissant pour être capable de sourire avec autant de simplicité. Il avait depuis longtemps oublié qu'on n'avait pas toujours besoin de raisons. La petite courbette qu'elle eut avant de retenir le poussa presque à rire. Était-ce les Terres de l'Orage ou simplement le changement d'air qui jouait ainsi que le caractère du balafré qui n'avait même pas une ébauche de sourire lorsqu'il se trouvait chez lui.
Il attrapa la cuillère qu'on avait mise à sa disposition et enfourna de la soupe de poisson dans sa bouche sans aucune méfiance. Comme elle avait très bon goût, il engloutit encore deux ou trois cuillères rapides avant de prendre une gorgée de bière, fraîche cette fois-ci. Le géant eut tôt fini de venir à bout de sa soupe, sa bière et quelques gros morceaux de pain. Alors quand le jeune homme dit qu'ils en avaient manifestement fini, il acquiesça et se leva du tabouret. Le plafond redevint dramatiquement près de son crâne. Il attendit que le forgeron imite son mouvement pour saisir son avant-bras et le serrer.

_ Mes hommes seront à l'Auberge de la Tortue tout le temps qu'il vous faudra pour réaliser ma commande. Il s'agira de Demethor et de Ser Amalric, un de mes plus fidèles chevaliers. N'hésitez pas à demander leur concours si vous souhaitez me joindre dans l'Ouest, pour quelque raison que se soit. Je vous remercie, Duncan. Puissent les Sept vous être toujours favorables.

Le seigneur rendit à son hôte la disposition de son membre et s'empara du fourreau qui gardait son épée pour rattacher l'ensemble à sa ceinture. Il laissa sa bourse de cuir sur la table pour s'éloigner en direction de la porte. Il l'ouvrait déjà pour commencer à sortir quand finalement il arrêta son mouvement et se tourna de nouveau vers le forgeron.

_ Je suppose que je n'ai aucun moyen de vous convaincre de quitter ce paradis de calme pour venir dans une contrée dangereuse de Westeros mais sachez que si un jour vous vouliez changer d'air et de pays, la forge de Feux-de-Joie serait ravie de vous accueillir.

Après les derniers adieux, Fedric sortit de la chaumière. Il vit Ser Gawain passer en courant derrière ce qui lui sembla être une oie. Ser Malkior courait derrière, plus pour le rattraper lui que l'oiseau qui cacardait comme si c'était la fin du monde. Et brusquement, le géant de muscles et de cicatrices eut envie de rire. Oui, parce qu'il ignorait qu'au même moment, les fer-nés attaquaient Port-Lannis, prenant tout l'Ouest par surprise et sa forteresse aussi.


Citation :
Inventaire :
- 33 dragons d'or
+ 15 épées de guerre (futur)
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Message Jeu 28 Juin 2012 - 2:06

Oui, la jeune demoiselle était si souriante, toujours très serviable et de bonne humeur. Vraiment, Duncan l'appréciait beaucoup et sa présence ne le dérangeait point du tout. Un vrai petit bout de femme, qui ne manquait pas d'énergie et d'un halo si chaleureux qui ne la quittait jamais. Il y avait tellement de quoi rendre ses doux sourires qu'elle vous faisait. Or, Fedric restait de marbre. On pouvait sincèrement sentir cette douleur au fond de lui, ce coeur complètement scellé dans la pierre. Il fallait être idiote, même sans connaitre son histoire, d'ignorer qu'un mal le rongeait de l'intérieur. Enfin, s'il restait un bon guerrier, c'était ce qui comptait. Le pire de tout était que votre humeur en tâche ce en quoi vous étiez doué. Quand Duncan allait trop mal, il lui était incapable rien que de fondre et frapper correctement le fer.

Il entama lentement son ragout, après avoir poliment attendu que le lord, en mangeant sa première bouchée, laisse enfin le droit au forgeron de se remplir un ventre qui grondait d'excitation. On entendait presque plus que la cuillère qui frappait dans le fond des assiettes creuses, puis les godets qui cognait sur les tables. La bière était si fraiche et enivrante. Le ragoût et ses quelques herbes parfumait le délicieux poisson qui le composait. Le cuisinier était quelqu'un qui aimait manger et qui savait marier les ingrédients avec passion. Ils n'avaient pas à se plaindre à Vestepierre. Il n'était pas le plus grand des cuisiniers, mais il était si amoureux des saveurs qu'il prenait toujours soin à ce que ses plats aient bon goût. Les assiettes rapidement terminée, comme la cruche, finalement, Fedric était bien d'accord avec le forgeron, pour dire qu'il n'y avait plus rien à ajouter sur sa commande, ni même modifier un détail de sa demande.

Le lord de se leva de son tabouret et Duncan fit de même, un geste bref de son manche qui frottait sa bouche pour s'essuyer, ainsi que sa main sur le pantalon, pour être sûr d'être assez propre lorsqu'il tendit la main, pour scellé leur petit marché et surtout la fin d'une si étonnante rencontre. Oui, elle l'était de chaque côté : Fedric face à un si jeune et excentrique forgeron, puis ce dernier qui faisait face à un "admirateur" qui venait de bien loin rien que pour lui. Il en avait toujours le palpitant qui lui soulevait la poitrine. Il en profita pour l'information des dernières directive, lorsque sa commande sera fini. Duncan restait silencieux, ne cessant de hocher la tête, chuchotant les noms et les points importants des informations qu'il lui donnait. Ainsi, il lui faisait comprendre qu'il avait bien tout gravé dans sa mémoire.

- Merci, vous aussi Lord Prestre et faîte bonne route. Je ferai au plus vite pour vous satisfaire, je suis sincère.

Sa poigne de fer le libéra enfin et alors la masse imposante de l'homme se dirigea vers la sortie de la forge. Duncan emboitait son pas pour l'accompagner. L'ombre colossale s'arrêta brusquement pour lui faire face. Le forgeron sursauta levant haut la tête pour voir les yeux de son nouveau et étonnant client. Il finit par esquisser un large sourire sur son jeune visage.

- Ecoutez, j'y penserai. On ne sait ce que les Septs nous préparent... Mais je ne pense pas. Vous savez, je ne suis pas venu ici pour le succès, ni l'argent, mais pour une chose indétrônable ! Même le trône n'me f'rai pas changer d'avis. C'est l'offre d'un grand ami, même je pourrai presque dire, comme une famille qui me prend sous son aile. C'n'a pas d'prix.

Il était vrai que lorsque Edric lui avait proposé cette place, il avait longuement hésité. Et en perdant de vu sa grande amie, sa moitié du Nord, il ne voulait plus perdre qui que ce soit et surtout pas Edric, qui lui aussi avait éveillé plus que la flamme d'une amitié en son sein, mais bien plus. Il était venu, car il était comme son frère, mais aussi pour ses beaux yeux, il devait bien l'avouer.

Il laissa donc l'homme reprendre la route du retour. Il lui fit un signe de tête pour le saluer une dernière fois, puis alors, un bruit l'attira. La masse s'en allait pour le rejoindre et Duncan pencha simplement la tête, lâchant un rire bruyant, mais bref. Image bien comique de cette couse poursuite dans les couloirs de Vestepierre. Il se disait que Fedric devait bien avoir le sourire bas de part l'idiotie de ses hommes.

Il ferma doucement la porte, jetant un dernier regard à cet homme de l'Ouest qui se devait de faire ce long chemin de retour, après avoir fait un petit caprice pour ses hommes et son dessein. Il fit quelques dessins toute la soirée des lames et déjà le lendemain, il fit un inventaire des matières première, le soir même, il en avait déjà commencé une et au petit matin, il ne lui restait plus que la gravure et l'affûtage.
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