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Dans les roseraies de Hautjardin

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Message Sam 31 Mar 2012 - 20:43

Il dodelinait de la tête au son du clopinement des chevaux, quand derrière lui le grincement des volets du carrosse le tira de ses rêvasseries. Ralentissant l’allure de sa monture, il laissa l’attelage le rattraper.
Le visage d’Onylia et ses longues boucles brunes vinrent lentement flotter à sa hauteur, remplissant presqu’entièrement l’ouverture dans la portière, les doigts de la dame de compagnie s’accrochant au rebord pour éviter de se cogner le crâne à chaque soubresaut. Il renvoya à son air mutin un simple sourcil arqué.

« Votre épouse et moi avions une question. » L’expression de Gowen ne changea pas d’un pouce. « Nous nous demandions si à cette allure nous arriverions à temps pour la naissance de leur premier enfant… »

Le chevalier roula des yeux, mais le coin de sa lèvre s'étira. L’impatience de Tya grandissait à mesure que la distance avec les membres de sa famille diminuait, et elle ne se privait pas de le faire savoir. D'ordinaire elle perdait rarement son aplomb, mais d'ordinaire, aussi, elle n'était pas brinqueballée pendant des jours sur des routes cabossée par l'alternance des pluies et du soleil, avec un enfant dans le ventre pour jouer sur son état. Et le fait que ses sautes d'humeurs étaient facilement secondées par sa dame de compagnie n'arrangeait rien.
Gowen en était donc à prier que le temps entre chaque mélopée n'aille pas en se réduisant, où les derniers jours de voyage allaient être intenables pour tout le monde. Il porta le regard au loin.

« Sans mot d’Aliénor à quatre journées de Hautjardin, je doute qu'elle porte enfant. »
Le sourire d’Onylia s’étira à l’occasion de pouvoir appuyer dans l’effronterie
« Et par quel miracle, noble ser, pourrait-on nous faire parvenir un seul mot quand on nous croit sur la Mander et non la route de la Rose ?»
Il tourna un visage espiègle vers la suivante.
« Oh mais nul besoin de corbeau ni coursier, ma lady: clairement, quand une Lannister est enceinte ses complaintes font échos jusqu’au Mur. »

Les traits de la suivante devinrent pour un moment un mélange d'amusement et de défiance, puis quelque chose la fit se retourner avant de disparaitre dans l’habitacle. Peu de temps après le visage de Tya remplaçait le sien dans l’ouverture. Le couple était trop habitué aux petites piques amicales pour les relever toutes, aussi sa femme passa la dernière goujaterie.

« Vous dîtes que nous sommes à quatre journées, pourtant vous nous donniez le même nombre hier. Mon aimé, admettez-le: un cul-de-jatte marcherait plus vite que nous. »
Gowen prit une mine désolée.
« Une fois encore, vous me prenez en défaut, ma mie. Mais n'ayez crainte. Si un essieu devait se briser de nouveau comme hier, nous tacherons de procéder aux réparations avec moins de soins et plus de hâte. Ainsi le carrosse pourra plus vite repartir, et s'écraser dans l'ornière suivante.»
Les paupières de Tya tombèrent à demi en fermant la mâchoire, goutant peu le cynisme mais reconnaissant la stérilité de la discussion.
« Vous nous moquez, Gowen, mais vous avez la chance, vous, de voir les paysages changer et passer le temps. En comparaison, depuis dix jours que je suis cloitrée dans cette carriole à n’entendre que le grincement des planches, j'en viens à me demander s'il existe bien des oiseaux pour chanter dans le Bief !»

Un court silence s'installa durant lequel Gowen renvoya à l'expression déterminée et combattante de son épouse un regard quelque peu fasciné. Peut-être était-ce une étrange perversion, mais il n'était jamais autant amoureux de sa femme que quand elle affichait son tempérament félin. Quand elle choisissait de se dévêtir de son calme usuel et qu’elle montrait ainsi sa fougue, que les contestations soient justifiées ou non, un étrange désir physique naissait en lui. Il voulait la prendre par la taille pour la maintenir contre un mur et boire ses lèvres avec passion. D'ailleurs dans l'intimité nombre de leurs disputes s'étaient soudain muées en ébats vigoureux. Sur plusieurs aspects, leur relation avait quelque chose de foncièrement animal, au meilleur sens du terme. En plus de l'attraction physique, il y avait entre Gowen Baratheon et Tya Lannister une forme de compréhension instinctive, un enchâssement naturel de leurs égos.
Il savait que son épouse pouvait sentir son désir naissant. Le changement d’intensité du regard de Tya lui en donnait la preuve. Mais avant de laisser son agacement se faire désarmer, elle roula des yeux en claquant la langue et referma les volets.
Le petit ricanement de Ser Arban, qui chevauchait à deux longueurs derrière Gowen le fit se retourner. Les deux Orageux échangèrent un de ces sourires riche d’une complicité virile, comme ceux que la complexité des femmes sait générer. Puis il reporta le regard au ciel. D’une main gantée il réajusta la cape qui le gardait confortablement chaud ; elle couvrait la croupe de sa monture depuis ses épaules, et sur ces dernières étaient brodés en noir des bois de cerf sur le tissu jaune d’or. L’humidité amplifiait l’effet de froid du fond de l’air mais le ciel était dégagé et les rayons de soleil tentaient de rappeler que l’été ne les avait pas quitté depuis si longtemps. Si le temps voulait bien rester encore un peu clément, ils arriveraient peut-être moins en retard que prévu.

La route de Port-Réal à Pont l’Amer avait été avalée en cinq jours, mais la suite du voyage fût moins auspicieuse. Gowen avait fait les arrangements à pour rejoindre Hautjardin en galère de rivière une fois la Mander gagnée, permettant un trajet certes plus onéreux, mais plus rapide et bien plus supportable pour Tya. Seulement les trombes d’eau qui sonnèrent l’automne et le glas de la sécheresse avaient gonflé d’un seul coup les affluents du fleuve, emportant tous les arbres riverains desséchés quand ce n’était pas purement des bouts de maisons. Le volume de la Mander et les débris charriés rendaient un voyage par bateau plus dangereux qu’autre chose, et ils avaient du continuer le trajet sur la route de la Rose.

C’est donc plus fourbue qu’anticipé que, quatre jours plus tard, l’équipée arriva en vue de la capitale officieuse de la chevalerie. Il fallait l’admettre, la vision faisait honneur à toutes les chansons sur la beauté enchanteresse de l’ancienne demeure des rois Jardiniers. Au point que Tya passa l’heure qui précéda l’arrivée la tête passée par la fenêtre, avec un sourire retrouvé. Les champs de fleurs et les vergers longeant la route ravissaient les sens, et pouvait presque faire oublier la pénibilité de deux semaines passées les fesses rivées sur une selle. Depuis la distance, le siège des Tyrell et ses belvédères, ses fontaines, ses alcôves et ses roseraies au couleur du soleil donnait l’effet d’un diamant végétal dans un écrin de pierre.
A deux jours du mariage, il devait aussi y avoir au château une éclosion d’hommes et de femmes d’importance. Il y aurait surement à souffrir les concours qui-pissera-le-plus-loin et les pavanages usuels. Mais il y avait une certaine excitation à l’idée de retrouver d’autres jouteurs émérites, comme son hôte ou son beau-frère, pour rappeler à Gowen un temps meilleur, où un autre roi s’asseyait sur le trône de fer.
Ils passèrent enfin sous les herses de l’enceinte extérieure, pour être accueilli dans la cour par Emilia et Mathias Tyrell, l’Intendant et trois autres gens de petite noblesse -résidents ou invités du château, honorés de la rencontre, et bien évidemment sans arrière pensée aucune -. Suivirent les politesses d’usage quand on vous reçoit quelque part. Tya, irascible au possible la veille, était ce jour un parangon de charme et de bonne humeur, recevant les baisemains avec grâce et maniant les menus propos avec esprit. En tant que soeur de la mariée, et qui plus est portant enfant, Tya captait naturellement plus l'attention que le chevalier. Lui n'en prenait pas ombrage, au contraire il était amusé et fier de voir les regards tournés vers la femme qui était sienne. Vous pouvez tomber sous ses charmes et vous flatter de ses sourires, mais ce n'est pas vous qu'elle veut voir, c’est sa famille.
Il donna ses instructions au palefrenier, et transmis quelques ordres à ses hommes avant qu’ils ne partent monter leur tente dans le campement établi pour les suivants de moindre rang. Puis en bon mari il prit les devants pour permettre à son épouse de céder à son envie.

« Loin de moi l’idée d’outrepasser cet accueil chaleureux, mes seigneurs, mais le voyage a été éprouvant pour mon épouse… J’aimerais lui donner l’opportunité de sauvegarder ses forces tandis que je présente mes respects à notre hôte, Lord Tyrell. »
Tya joua le jeu et pris soudain une mine un peu plus lasse. Après une toilette elle filerait probablement retrouver Aliénor.

Le cadet Tyrell intercéda, visiblement à l’aise, à seulement seize ans, avec ce genre de situation.
« Naturellement. Emilia va conduire lady Tya à la chambre qui vous a été réservé. Notre père s’entretien actuellement avec les Lord Lannister, Arryn et Tully, mais il a été prévenu de votre arrivée. Tous sont heureux que vous ayez pu faire le déplacement et mon père vous invite à profiter du château en attendant qu’ils se libèrent. »
Le Cerfcoeur eut un blanc, le temps de se demander s’il avait entendu correctement.
« Edwyn est à Hautjardin ? »
Mathias opina du chef et anticipa la question suivante.
« Le jeune Lord Edwyn a fait le déplacement avec notre cousin, Lord Jasper.
Depuis que Lady Tully l’a envoyé au Val, les deux semblent inséparables. »

« Heureux de l’entendre ».
Sa sœur elle, l’aurait probablement été beaucoup moins. Il lui avait fallu quelques éléments pour comprendre le geste de lady Tully, mais il avait fini par estimer qu’elle craignait réellement pour la sécurité de son fils. Gowen était d’avis que claquemurer le futur seigneur de Vivesaigues loin de son fief ne ferait que lui perdre la confiance de ses bannerets et sans pour autant améliorer les relations avec tous ses voisins. En revanche, qu’il voyage et rencontre à un jeune âge d’autres seigneurs suzerains avant de retourner au Conflans pourrait lui donner une aura d’expérience dont il aurait très tôt besoin.
Il se promit de faire parvenir un corbeau à Charissa à la première occasion.

Emilia pris la parole :
« Vous arrivez à point Lady Tya, une soirée va être organisée pour les dames de nos deux maisons, nous pourrons compter sur votre présence, n’est-ce pas ? »
« Avec grand plaisir. A-t-on prévenu Aliénor de ma venue? »
Les Tyrell se regardèrent.
« Non, ma lady. L’éclaireur que vous avez envoyé pour nous prévenir de votre retard nous a relayé l’instruction de laisser Aliénor dans le secret à votre arrivée. Lady Maura est au fait de votre présence, cependant. Avons-nous mal fait ? »
« Oh au contraire, je suis heureuse que vous ayez agréé à ma demande car je voulais lui faire la surprise. Et je suis ravie de la présence de Lady Maura. » A Port-Réal Gowen avait relayé à son épouse tout ce qu’il avait pu apprendre sur la situation dans l’Ouest en secondant le Commandant des Armées. Elle s’était inquiétée des rumeurs des épreuves que la dame du Val avait essuyées avec les Fer-Nés. «L’a-t-on invitée à nous rejoindre pour cette soirée ? »
« Evidemment ! Elle et votre frère ont révélé au grand jour leur union dès leur arrivée. La nouvelle Dame de Castral Roc sera donc parmi nous. »
Cela ne dura que le temps d’un battement de cil, mais Gowen lança un regard en acier Valyrien à Tya. Pourquoi ne m’as-tu rien dit, femme ?

La jeune dame du Bief n’avait probablement rien remarqué.
« Mais venez, je vous prie. Je vais vous conduire à votre chambre. »

Tya affichait toujours une expression réjouie. Elle se tourna vers Gowen pour poser sa main sur son bras.
« Je vais me reposer. Je vous retrouverai plus tard, mon aimé… » . Elle lui effleura la barbe de ses doigts délicats, posa ses lèvres sur sa joue, et glissant un murmure à son oreille « …je découvre ce mariage tout autant que toi». Plus ostensiblement, elle ajouta « Dîtes à Tybolt qu’il me tarde de passer un peu de temps avec lui. » Gowen commençait à trop bien la connaitre pour ignorer son intention. Il sourit.
« Je n’y manquerai pas, ma mie. » Nul doute le seigneur du Roc avait quelques explications à donner à sa cadette.
Un Lannister paye toujours ses dettes.

Gowen regarda un long moment sa Tya s’en aller en emboitant le pas de la jeune Emilia, au bras de sa dame de compagnie.

« Vous êtiez l’écuyer du Prince Baelor, n'est-ce pas? ... »
Il posa les yeux sur Mathis avec une expression absente et détachée.
« Mon père dit qu’il était l’un des plus grands chevaliers qu’il ait connu. » Pour la première fois le puisné du Bief au protocole impeccable paraissait parler comme un garçon de seize ans, avec ses rêves de gloires, de chansons et de chevalerie.
« Votre père dit vrai. »
Le Tyrell voulait clairement en savoir plus, mais il hésita sur la manière de continuer.
« Je vous ai vu à Cendregué. Vous l’aviez presque emporté contre Ser Humphrey. »
Les yeux du chevalier partirent au loin. Il ne savait jamais vraiment comment il allait réagir à l’évocation du tournoi. Il inclina la tête sur le coté puis haussa les épaules.
« ‘Presque l’emporter’ ne veut pas dire grand-chose. On gagne ou on perd. Dans un véritable affrontement, un ‘presque-vainqueur’ meurt quand même. ». La Prince de Lestival sera ravi d'apprendre que Briselance n’a pas été tué par sa main, mais qu'il a simplement presque-survécu. Gowen ricana involontairement à sa propre ineptie, ce qui rendit Mathias perplexe. Ce dernier décida de changer de sujet.
« Je peux vous faire visiter Hautjardin, si c’est votre première venue. A moins que vous ne préfériez qu’on vous laisse seul…? »
La bonhomie caractéristique du Baratheon refit surface.
« Non point, et je pourrais profiter de vos lumières. J’ai ouï dire que les bains de la citadelle étaient particulièrement remarquables. Or, tout à fait fortuitement, il se trouve que je viens de faire un long voyage… »

Un peu plus tard, ser Gowen Baratheon arborait un pourpoint d’un violet sombre, presque marron, sous un gilet de cuir noir boutonné jusqu’au col. Entre les rabats droits et raides dudit colt il portait un fermoir en forme de ramures de cerf dorées. Son pantalon sombre s’enfonçait dans des bottes noires elles-aussi. Il avait noué l’avant de ses cheveux derrière son crâne, sa barbe était taillée, et il ne sentait plus la sueur, la poussière ni le cheval mouillé, mais presque littéralement la rose. L’ablution dans un bassin d’eau chaude avec des pétales de fleurs avait presqu’autant été par curiosité envers les mœurs du Bief que par un certain souci des apparences. Dans tous les cas l’expérience avait été largement agréable.
Après une visite sommaire et un passage fort instructif en cuisines –pour un Baratheon, à tout le moins- il avait remercié Mathias et déambulait nonchalamment dans les couloirs, un cornet de la Treille à la main, fredonnant « la biche au pelage d’argent », pour aller explorer les jardins en attendant que les seigneurs suzerains daignent l’inclure dans leurs jeux politiques. Nul doute que les noms « Maekar » ou « Lyonel » parviendrait alors à s’immiscer dans la conversation, mais en cet instant il n’était pas pressé de vérifier l’hypothèse.
Quand il mit pied sur l’immense belvédère qui donnait sur les jardins sud, réputés les plus beaux en cette saison, il s’arrêta net.
Elle se tenait debout à une centaine de pieds de lui, les mains jointes contre l’élégante rambarde de marbre, entre une sculpture de la Mère et de la Jouvencelle, et lui tournait le dos. Quelque chose, ou quelqu’un, semblait avoir son attention près de la fontaine qu’on pouvait entendre couler en contrebas. Non loin d’elle, des rafraichissements, des grapes de raisins, du pain et des fruits secs étaient disposés sur une table. Elle aurait pu avoir été à cet endroit depuis un court instant comme depuis l’aube.
Sans même voir son visage, son identité ne laissait aucun doute. Cette silhouette, ce port empreint de noblesse, cette aura d’autorité et cette force de caractère émanant avec l’évidence de ce qui est, il ne les avait rencontrés que chez peu de femmes, au final. L’une d’entre elle lui avait donné la vie. Une des autres l’avait épousé.

Il n’avait même pas dix-huit ans, quand il l’avait vu pour la première fois. Elle tout juste quatorze. Il ne portait pas encore le titre de ser, ni la barbe qui lui assombrissait le visage. Elle, arborait fièrement les couleurs du Val. Il avait des amis de son âge qu’on appelait « prince ». Elle avait alors encore son père. L’avenir était à la fois concret et incertain. Incertain par le champ des possibles et concret par les certitudes de jeunesse. Une autre époque.
Depuis des choix ont été faits et des épreuves imposées, qui les ont placés pendant longtemps sur des routes bien séparées. Elle dans le Val et dans l’Ouest. Lui dans les Terres de l’Orage et de la Couronne.
Et voilà que leur sillon se croisait à nouveau, pour la raison qu’ils étaient entrés, par alliance, dans la même famille. Ils étaient probablement devenus des personnes si différentes que cette rencontre pouvait bien compter comme une nouvelle première.
Alors que le flot de pensées et d’images du passée se bousculaient, elle dût sentir le regard de l’homme dans son dos, tournant la tête sur le côté.
En réflexe il reprit sa marche sur la grande terrasse avant qu’elle ne se retourne complètement, donnant l’impression qu’il ne s’était jamais arrêté.

« Lady Maura… » Il réduisit la distance qui les séparait avec son assurance coutumière, redécouvrant dans le même temps les traits de la jeune femme. Il nota mentalement les changements de son physique sans pour autant la dévisager ostensiblement - ce qui aurait été d’une balourdise mufle. Elle avait désormais plus de courbes qu’il n’en avait le souvenir, et qui ajoutait clairement à ses charmes.
A mi chemin il inclina respectueusement la tête. Si elle faisait signe de lui tendre la main, il poserait volontiers sa coupe sur la table pour porter délicatement ses doigts à ses lèvres, mais n’en ferait rien dans le cas contraire. Il préférait paraitre trop sobre plutôt que trop obséquieux.
« La moitié de la citadelle est accaparée dans les réunions et les préparatifs, tandis que l’autre fuit la première pour sauver quelques moments de tranquillité. J’espère que je n’interromps rien ? »


Dernière édition par Gowen Baratheon le Mer 4 Avr 2012 - 23:48, édité 2 fois
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Message Dim 1 Avr 2012 - 16:29

N’aurait été le sentiment d’excitation à l’idée de revoir Hautjardin et le lieu où avait grandi sa mère, le voyage aurait été un peu longuet voire absolument ennuyeux. Heureusement, allongée dans sa litière, la jeune femme avait pu compter sur son époux pour venir la distraire de temps à autre par ses réflexions sur les vassaux qu’ils rencontraient. Ils avaient depuis longtemps délaissé les paysages rocailleux de l’Ouest, quand débouchant hors de la grande forêt, ils furent enfin en vue de Crakehall où ils furent reçus par le seigneur des lieux, banneret du clan Lannister. Pour l’occasion, Maura avait soigné son apparence, arrêtant le convoi une longue heure malgré les récriminations d’un Tybolt malgré tout amusé, afin de faire honneur à sa première rencontre avec un vassal en tant que Dame du Roc et de l’Ouest. Passées les discussions et le banquet, ils purent enfin reprendre la route au grand soulagement d’Aliénor et de Tristan sans doute pressés de voir se dénouer l’épisode un tantinet longuet de leurs fiançailles quelques peu chaotiques. Continuant de suivre la sinueuse route du Front de Mer, il leur fallut une bonne semaine afin d’atteindre la demeure de la famille Tyrell sous une pluie agaçante ou des nuages sombres et menaçants. Leur arrivée prochaine avait été annoncée par des messagers prévenant Lord Tyrell de l’arrivée de Lord et Lady Lannister, de Messire Gerold, ainsi que des deux fiancés. Une certaine effervescence s’était emparée du cortège tandis que chacun se préparait pour l’entrée. Quittant avec soulagement certain, l’enclos molletonné qui avait été le sien durant toute la durée de leur trajet, elle put enfin monter en selle et chevaucher son coursier des sables, Poussière, plutôt que de faire une entrée allongée digne d’une parturiente. Une fois que toutes les bannières eurent été levées, le seigneur, sa dame, son frère et sa sœur et le fiancé prodigue purent enfin passer les portes de la citadelle des Roses.

L’accueil fut à l’égal de la réputation de la rose d’Or et de son oncle, le Long Dard, et, passées les mines surprises plus ou moins bien jouées des uns et des autres, Maura put enfin saluer sa famille avec les effusions de rigueur. Elle serra longuement sa petite sœur et son frère contre elle avec un soulagement et une joie qui allaient au-delà des mots. Heureusement, malgré la grossesse mais peut-être aussi à cause du regard de Tybolt, elle réussit à ne pas se laisser aller aux larmes. Délaissant avec un peu de peine ses deux cadets, elle salua son oncle et le reste des Tyrell avec amabilité et délicatesse à la suite des autres Lannister. Malgré la réserve initiale, elle était très heureuse de retrouver ainsi sa famille maternelle dont il lui semblait bien qu’elle ne les avait pas vu depuis des siècles. Elle ne put que remarquer la brusque poussée de croissance de sa cousine, l’état décrépi de sa vieille aïeule, l’air toujours serein et assuré de son oncle et la mine calme quoique un peu triste de lady Jeanne. Elle fut un peu désolée pour Aliénor de savoir que lady Tya et son époux, le sémillant Gowen, n’avaient pas encore atteint le lieu de la cérémonie mais lui conseilla de continuer à s’enterrer sous les préparatifs de sa tenue de mariée afin de calmer son impatience grandissante. Finalement, ils purent tous goûter un repos bien mérité et se rafraîchir autant qu’ils le souhaitaient. Après une bonne heure passée dans un bain en compagnie d’un Tybolt remuant qu’elle arrosa copieusement et d’une étreinte rapide sur le sol de leur salle de bains, la jeune femme, d’humeur réjouie, put retrouver sa petite famille afin d’écouter et raconter ce qu’ils avaient vu ou fait durant leur séparation. Les journées suivantes se passèrent à leur tour tranquillement et elle put passer du temps avec sa jeune sœur et sa cousine pendant que les hommes s’enfermaient dans des discussions interminables dont Tybolt lui touchait deux mots une fois les courtines de leur lit à baldaquins tirées.

Quand, finalement, elle put goûter un peu de tranquillité bien méritée, loin des tracas de robes et des histoires de famille, elle se décida à profiter d’un temps relativement clément pour faire quelques pas sur les terrasses et apprécier la vue sur les roseraies et les paysages qu’elle redécouvrait dix années après sa dernière venue chez les Tyrell. Finalement, après avoir déambulé longuement dans les jardins, évité de se perdre dans le labyrinthe, elle remonta sur l’immense belvédère qui surplombait une partie des jardins. Dans le lointain, elle croyait voir la masse sombre des Montagnes Rouges si il s’agissait bien d’elles mais sans pouvoir l’assurer. Une partie du Bief s’étalait à ses pieds. Le paysage qui avait vu grandir sa mère, une mère dont elle ne réussissait même plus à se représenter le visage autrement que par les traits glacés et figés d’un portrait réalisé longtemps avant sa mort lors de la naissance de Maeve. Dire qu’elle avait oublié lady Rohanna aurait été mentir cependant mais elle ne restait plus qu’un vague souvenir, teinté d’amertume et effacé par les années. Etrangement, elle se faisait souvent la réflexion de se rappeler bien mieux le visage de son père, sans doute parce que son frère lui ressemblait et que leurs deux visages devenaient, pour elle, les mêmes. Il n’en restait pas moins que sa mère avait dû aimer ses haies et ses futaies garnies de fleurs et d’arbres odorants puisqu’elle se rappelait par contre très bien les longues descriptions du Bief et de Hautjardin que lui avaient faites feue lady Arryn dans son enfance.

Elle en était là dans ses souvenirs et ses observations quand un léger frisson le long de sa nuque l’avertit du poids d’un regard. Elle tournait encore légèrement la tête pour accueillir l’intrus quand la voix la salua alors qu’elle se retournait tout à fait. Gowen. Gowen Baratheon. Malgré qu’on lui ai dit et redit qu’il accompagnerait son épouse aux noces d’Aliénor par la force des choses, son arrivée ne la prit pas moins par surprise. A vrai dire, elle ne partageait pas grand-chose avec le chevalier époux de Tya Lannister si ce n’était des souvenirs et l’intime conviction qu’ils avaient été l’un et l’autre jeunes et inconscients lors des mêmes grands événements du Royaume. Ces retrouvailles avaient malgré tout un goût amer. Tant de temps s’était écoulé et revivre, atténués par la maturité, les images du passé n’étaient pas vraiment du goût de Maura. Sans compter que son désormais beau-frère la salua d’une façon si formelle qu’elle ne put manquer de hausser les sourcils. Certes, elle ne s’était pas attendue aux grandes effusions de rigueur mais peut-être à un tout petit peu plus d’enthousiasme que dans un simple « Lady Maura ». Enfin, vu ce qu’elle savait de Gareth Baratheon, l’exquise courtoisie du Bief n’avait encore pas fait des émules jusque dans les Terres de l’Orage. Elle sourit légèrement en voyant sa barbe de jeune homme mais, affable et accueillante, lui tendit la main pour l’accueillir.


 « Ser Gowen. » répondit-elle de la même façon formelle avant de continuer en s’appuyant allègrement sur la bienséance.  « Vous voilà enfin arrivés. Cette pauvre Aliénor se lamentait du retard de sa sœur aînée. Elle va être aux anges de vous revoir tous les deux. Elle était si impatiente et ces quelques jours sont un tel événement pour elle. » Voilà, conventionnel et courtois. Bref, ennuyeux sans aucun doute. « Rien qui ne mérite d’être mentionné. Vous me prenez en flagrant délit de lâcheté. Je n’en pouvais plus d’entendre les dames parler de leurs tenues et les hommes discutent encore et toujours de la guerre depuis des heures. Vous m’accompagnerez bien dans ma fuite ? Un galant chevalier comme vous… » Elle ne put s’empêcher de rire en disant ses mots souriant beaucoup plus franchement qu’au départ avant d’aller jusqu’à la table pour récupérer sa coupe et se désaltérer rapidement. L’arrivée de sa belle-sœur et de son mari serait sans doute l’occasion de s’extirper du petit train-train qui s’était établi depuis leur arrivée.  « Je suis vraiment contente de vous savoir présent. J’ai l’impression de n’avoir quasiment plus jeté les yeux sur vous depuis Cendregué. »

Autant dire une éternité après ce qu’ils avaient vécu depuis la mort de Baelor puis celle de Daeron. Il y avait sans doute perdu un protecteur et un patronage important mais tous s’étaient vu refuser la sécurité dont ils avaient toujours joui depuis leur enfance. Elle finit par se tourner vers lui, le dévisageant carrément avant de se remettre à rire.

 « Par la Mère, il me semble que cela fait des siècles. Vous avez un peu forci en tant d’années. Est-ce le mariage ? Ou le manque d’exercice ? » Le ton s’était fait résolument moqueur mais la jeune femme avait la plaisanterie légère et il ne fallait pas venir de la Citadelle de Vieilleville pour comprendre qu’elle cachait son émotion causée par ses retrouvailles amicales derrière un bon mot. Pour la dame du Roc, c’était un tel retour en arrière que se souvenir du tournoi de 205 était presque un trop douloureux effort. Non que ce souvenir lui cause un quelconque chagrin mais elle n‘avait jamais été femme à s‘appesantir sur le passé au risque de le regretter du fond de son lit.
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Message Lun 2 Avr 2012 - 5:40

Il posa sa coupe sur la table en chemin et vint prendre ses doigts entre les siens pour y déposer délicatement les lèvres. Il garda sa main amicalement entre les siennes en écoutant ses mots de bienvenus, essayant d’y déceler sans succès sa véritable humeur, puis la relâcha. Sa réponse à sa question, en revanche, lui ôta tout doute, et lui tira un sourire franc.

« Et moi qui me faisait une joie de parler de guerre et de chiffons ! » plaisanta-il avec une mine de déception feinte en la regardant marcher jusqu’à la table. « Mais la galanterie m’oblige, en effet. Une gente dame telle que vous… » ajouta-t-il en l’imitant pour récupérer son cornet.

Cette rencontre impromptue n’était vraiment pas pour lui déplaire. Des partenaires de conversation avec autant d’esprit que d’humour se faisaient rares, ces temps-ci. Il se rendit compte, également, qu’il avait oublié à quel point il avait eu envie de revoir Maura avant que son mariage avec Tya ne soit annoncé. Mais le souvenir de cette envie était on-ne-peut-plus déplacé, dans le contexte de la situation. Surtout que les pensées ne sont pas toujours pieuses envers les femmes bien faites, quand on a la fougue des dix-huit ans.

« Ce n’est probablement pas qu’une impression, et je m’en excuse. Toute occasion manquée de jeter les yeux sur moi est parfaitement regrettable. » dit-il avec aplomb sans se prendre le moins du monde au sérieux. Il la regarda un court moment, durant lequel il veilla à ce que certains désirs restent dans les limbes du passé avant de pouvoir ajouter, « En toute sincérité, quand j’ai appris votre présence ici, il m’a tardé de vous revoir. »

Il prit une gorgée de vin, le fit tourner sur sa langue avant de l’avaler, son esprit tentant rapidement de mettre le doigt sur la raison de cette impatience à la retrouver. A l'époque il ne lui avait pas fallu longtemps pour passer à autre chose, quand il a été clair que rien ne pourrait réellement se passer entre eux. Pourquoi cette curiosité, après tout ce temps ?

Il soutint son regard de sa hauteur quand elle le dévisagea, puis éclata de rire à sa remarque, d’un rire qui faisait honneur à son géniteur. Le mariage ou le manque d’exercice ? Il eut un regard pour son cornet, le pencha légèrement sur le côté avec un sourire comme pour designer un coupable potentiel, puis se passa la main sur ses joues comme pour en vérifier la rondeur.
« La remarque devrait plaire à mon épouse, elle qui trouvait injuste de devoir être la seule à s’engrossir. »

La réplique était donnée sur le même ton, prenant la taquinerie pour ce qu’elle était. Il n’avait pas complètement menti, cependant. En exerçant la charge confiée par son père aux Dis-Cors, Tya l’avait vu s’amaigrir un peu plus à chacune de leurs retrouvailles : il avait pris sur lui de participer à l’effort de rationnement. Ce à quoi son épouse avait remarqué que ce n’était pas parqu’elle doublait de volume qu’il devait s’amincir autant. « Quand à notre mariage le Septon a déclaré que les époux sont les facettes d’un même corps tout comme les Septs sont les facettes d’un même Dieu, je ne pense pas qu’il fallait le prendre littéralement, Gowen » . Après avoir ri tous les deux, il lui avait fait l’amour de longues heures.

Il se força à revenir à la conversation avant que son esprit ne s’égare avec ses ébats conjugaux.
« Beaucoup de temps a passé, en effet. »

Derrière la plaisanterie, peut-être avait-il plus que retrouvé son poids d’avant la sécheresse. Mais on ne pouvait pas dire que Maura était un modèle de minceur non plus. Où serait-ce un début de grossesse ? Cela expliquerait la nécessité d’un mariage secret et expéditif. Gowen n’allait en aucun cas s’aventurer à poser la question. Si l’embonpoint était bien la conséquence d’un enfant, son sens de l’observation pourrait en être félicité, mais si ce n’était pas le cas, il recevrait au mieux une gifle pour la muflerie.

Avant qu’ils ne deviennent mal à l’aise en restant tout les deux plantés là à se dévisager, il se tourna vers l’un des deux escaliers qui descendaient du belvédère pour donner sur la fontaine, puis derrière, les jardins.
« Je serais curieux d’entendre ce que votre oncle vous a raconté sur Hautjardin, ses roseraies et ses secrets… » il avait failli mentionner la mère de Maura plutôt que le Long Dard, mais s’était repris de justesse. Coupe toujours à la main il présenta son autre bras, replié. « Me feriez-vous l’honneur ? »

Que leur dernière entrevue paraisse si loin faisait un effet bizarre. Même si tout n’était que plaisanterie légère, à vingt-cinq et vingt-et-un an, ils pouvaient encore se considérer comme jeune. Ils n’étaient pas même pas encore parents, les canons de beauté étaient définis par des gens de leur âge, et ils avaient probablement suffisamment d’années devant eux pour nourrir plus de souhaits que de regrets. Les muscles de Gowen étaient encore saillants et il s’enorgueillissait qu’une lavandière puisse utiliser son ventre comme planche à laver. Mais voilà que le souvenir semblait si vieux, et d’une époque si différente, qu’il donnait un avant goût de ce qu’on ressent quand les cheveux blanchissent, les dents tombent, qu’on se lève trois fois la nuit pour aller au pot de chambre et qu’on commence la plupart de ses phrases par « à l’époque ».
En route, il décida de ramener temporairement la conversation à un sujet plus actuel.

« Sans vouloir gâcher ce moment par un sujet fâcheux, j’aimerais profiter de l’occasion pour présenter mes excuses, en mon nom et celui de ma maison, pour les désagréments rencontrés avec mon frère Gareth. Il… comment dire. » Gowen pinça les lèvres, cherchant les bons mots. « Le monde se divise pour lui entre ceux qui admirent sa personne et ceux qu’il méprise. D’où le talent pour la diplomatie que vous avez dû lui trouver. »

En vérité, Gowen reconnaissait de grandes qualités chez son frère, il fallait simplement savoir leur retirer la gangue de balourdise qui venait avec. En particulier il s’était toujours demandé comment quelqu’un pouvait comprendre l’esprit des chevaux aussi bien et celui des hommes aussi mal. Au moins on devait lui reconnaitre qu’il était intègre, jamais il n’a vu Gareth faire entorse à ses principes. Peut-être était-il trop entier pour son propre bien, d’ailleurs. Son frère avait également fait l’erreur de vouloir commander sans avoir vraiment appris à respecter des ordres d’abord. Toutefois, à ce sujet, le comportement de leur père à son égard y était peut-être pour beaucoup. Enfin Gareth avait tout simplement un incroyable don pour mettre les gens hors d’eux.

Gowen leva un doigt, prenant une mine faussement impressionnée, tout de sarcasme. « Mais il faut apprécier son incroyable tour de force. En voulant se montrer utile aux problèmes de l’Ouest, il a réussi à vous insulter, ainsi que votre époux, sa maison et par la même, mon épouse.»
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Message Mar 3 Avr 2012 - 13:17

Emboîtant le pas à un Gowen qui s’était décidé à faire de l’humour avec plus ou moins de succès, la jeune femme répondit d’un sourire équivoque avant de hausser les épaules. Elle avait espéré, sans le croire vraiment, que ce voyage jusqu’à Hautjardin serait l’occasion de se changer les idées. Il n’en était rien aussi préféra-t-elle faire contre mauvaise fortune bon cœur.

 « Je suis au fait des deux et je pourrais sans doute vous en parler longuement. Au choix, les Fer-nés ou la robe d’Aliénor ? Les détails sur la meilleure façon de les repousser et de leur faire rendre gorge ou bien ceux sur le plus joli motif à broder sur les ourlets et les plus belles étoffes à porter cette saison ? J’essaierai de ne pas paraître trop ennuyeuse mais je vous avouer volontiers commencer à en avoir soupé de ces discussions. Cela m’ennuie… » Si de tels mots étaient étranges chez Maura, ils n’auraient pas déparé dans la bouche d’une princesse Targaryen et le ton était une parfaite imitation de la reine Aelinor jusque dans l’accent typique de Port-Réal qui pourtant était bien loin du sien et de celui du Val. Heureusement, Gowen n’avait pas l’air de vouloir épiloguer sur ces sujets. Il trouverait de toutes façons des interlocuteurs plus au fait des événements à l’intérieur du château que ce soit sur la guerre ou sur les robes. Elle rit à le voir jouer ainsi les fats mais fut touchée de sa sincérité aussi soudaine que bienvenue.  « J’étais impatiente également. Avec vous, c’est un peu de mon innocence de jeune fille que je retrouve et je vous avoue volontiers qu‘il s‘agit là d‘un sentiment plaisant. » La mention de son impatience était peut-être de trop de la part d’une dame de Castral Roc. D’autant que ce sentiment était quelque peu déçu, elle avait changé et lui aussi sans doute. Elle s’était éloignée de l’image de la jeune vierge du Val pour les couleurs de laquelle le dernier de la fratrie Baratheon avait jadis combattu. Même si l’image du chevalier auréolé de victoires en tournoi restait prégnante, ses aspirations de femme avaient grandi et surtout s’étaient épanouies depuis son mariage.  « Même si je vois dans vos yeux que je ne suis plus tout à fait la même, » ajouta-t-elle avec un rire léger, amusée malgré elle de cette constatation inopinée.

Sa réflexion sur le poids qu’il aurait pris depuis son mariage amena un rire que n’aurait pas renié le vieux Lyonel lui-même. Si elle l’avait pu, elle aurait volontiers asséné que ces brusques éclats d’hilarité lui rappelaient trop Sorbier pour qu’ils lui demeurent agréables mais elle n’osa pas faire cette peine au chevalier. Aussi resta-t-elle sur la même note légère malgré le brusque nuage dans ses prunelles céruléennes :


 « Je suis certaine que nous trouverons toujours un terrain d’entente à discuter de nos époux respectifs. Peut-être pas de leur poids néanmoins ! De leur barbe peut-être ? Vous devriez savoir que cela irrite les lèvres et les joues et gâte notre pimplochement. Et elle vous vieillit, cette barbe…On vous prendra bientôt pour mon père à ce rythme. » termina-t-elle en riant tout en posant une main légère sur son bras pour lui indiquer que les taquineries arrivaient à sa fin.

Mais, malgré leur ironie, il était évident que de l’eau avait coulé sous les ponts depuis le tournoi de Port-Réal.
 « Cela fait sept années. Je ne compte pas Viergétang et encore moins Cendregué où nous n’étions plus qu’une ombre aux yeux de l’autre. Au regard de ma jeune vie, cela correspond au tiers de mon âge, ce qui n‘est pas peu. On pourrait même dire que nous nous sommes ingéniés à nous éviter. Toutefois, je n’ai jamais été à même de comprendre la décision soudaine de mon père. » La remarque sonnait comme une évidence. Et il fallait dire que l’interdiction émise par l’autorité paternelle y avait été pour beaucoup. Avec un sourire, elle reposa délicatement sa main sur son bras ne s’aventurant même pas à tâter un biceps dont elle avait remarqué la vigueur. Elle se laissa entrainer dans les escaliers en lançant, malgré tout, un regard prudent en arrière. Une de ses suivantes les observerait de loin pour éviter toute insinuation malencontreuse qui aurait pu provoquer la colère de Tybolt.

 « Peu de choses en vérité. Je ne suis ici que depuis peu, nous vous avons à peine devancé et mon oncle n’a pas eu le temps de me faire partager les secrets de sa demeure. Je me souviens de quelques endroits qui datent de mon enfance mais rien de plus à mon grand regret. » Au pied des marches, elle tendit la main vers la gauche et le début du dédale végétal.  « Par là, il y a le départ du labyrinthe où l’on pourrait se perdre et de l’autre côté, le chemin qui descend jusqu’à la Mander où les barges attendent les invités à la belle saison. Je ne sais pas si il y en a encore à cette époque et je crois savoir que lord Leo a tout mis en œuvre pour empêcher les mauvaises surprises donc nous avons peu de chances d‘en trouver une prête à nous accueillir. En face, ce sont les bosquets et derrière les immenses champs de roses. » A vrai dire, elle ne savait pas dans quelle direction elle aurait aimé se perdre ni même si elle appréciait l’idée d’être perdue aux côtés de Gowen. Sans doute que cela ne l’aurait pas dérangé à une autre époque mais était-ce encore une possibilité pour lady Lannister ? Elle en doutait.  « Promenons-nous dans la roseraie, ce sera plus convenable. Je ne voudrais pas que l’on vienne obscurcir nos tardives retrouvailles de méchants ragots. » Et elle préférait s’en prémunir. D’autant que son époux devait avoir eu connaissance de leurs vieilles histoires de tournoi.

Alors qu’elle allait lui demander de quelle façon il avait occupé les années qui s’étaient écoulées depuis la mort du prince Baelor, son beau-frère prit sur lui de lui transmettre les excuses de la maison au Cerf à propos de l’attitude passée du fameux Gareth. Elle haussa les épaules marquant combien elle était loin d’être prédisposée à laisser la conversation suivre cette fâcheuse direction. La Main Rouge restait pour elle un sujet assez trivial pour ne pas dire abscons.


 « C’est aimable de la part de votre maison, Gowen, mais gardez vos excuses diplomatiques pour mon époux, cela vous sera plus utile. Rassurez-vous, nous n’en tenons pas rigueur à votre père. Pour ma part, j’estime que votre frère a payé sa dette à mon égard après avoir passé quelques temps dans les geôles du Roc et, finalement, je ne lui en garde point trop grande rancune. Le pauvre ne savait pas à qui il était en train de se frotter… » N’aurait-elle pas été l’épouse de Tybolt qu’il en aurait sans doute été quitte pour un coup de semonce sans grandes conséquences mais là…Il s’était tout simplement heurté aux sentiments de Lord Lannister pour la jeune femme. Et le seigneur du Roc avait, en l’occurrence, vu rouge, ce qui était un comble pour un Lannister au blason écarlate. Maura, pour sa part, était un peu plus complaisante pour ne pas dire charitable envers le puîné Baratheon.  « Non, pas très diplomate et j’ai bien peur que cela ne lui joue des tours pires que ce qui est déjà advenu. Mais je ne serai pas aussi dure que vous à son égard. Il suit simplement un chemin qui n’est pas le nôtre et qui se heurte forcément à certains. Un gâchis si vous voulez mon avis, il m’a l’air très capable sur les sujets qu’il maîtrise. Sans sa volonté affichée de mépriser tout un chacun, et moi en particulier, il aurait pu rester au Roc et jouir de la confiance de votre beau-frère. Je pense que c’est dommage, vraiment… »

Pour le coup, elle était d’une franchise à toute épreuve. Elle avait eu le temps de méditer sur ce point. Gareth Baratheon gâchait sa vie et ses talents en vivant cette vie d’aventures auprès de reîtres et de mercenaires. Était-ce parce qu’il avait été trop gâté qu’il ne supportait pas qu’on mette quelques obstacles sur le chemin qu’il s’était fixé ? Elle n’en savait rien mais avait remarqué combien il était prompt à s’agacer dès lors que le moindre désaccord surgissait agissant dès lors comme un enfant à qui l’on aurait refusé une tartine. La suite la fit sourire mais elle trouvait finalement tout cela plus désolant et pathétique que drôle ou amusant. Pour un peu, elle en serait venue à plaindre le frère de son compagnon.

 « Croyez-le ou non, cela demande un véritable talent à mon sens. Se mettre ainsi les gens à dos en quelques phrases est un don ni plus ni moins…Lady Tya ne lui en veut pas trop ? Ou du moins sa rancune s’est-elle apaisée ? J’ose à peine imaginer l’ambiance du prochain repas de famille à Accalmie maintenant. L’Orage Moqueur aura tout intérêt à remplir allègrement les choppes si il veut conserver un soupçon de légèreté lors d’une éventuelle réunion familiale. » Cela devrait être à la hauteur d’un éventuel retour de son cousin Tristan dans la demeure des Lions. Elle esquissa un geste de la main montrant qu’elle souhaitant clore une question qui ne l’intéressait que peu. Il méditerait peut-être sur ses paroles mais elle doutait que cela ne change jamais la haine du déshérité pour sa noble famille.  « Mais laissons cela pour le moment. J’ai lu que vous seriez bientôt père. Voilà une nouvelle qui mérite qu’on la fête. Je suppose que mon oncle Maekar vous a déjà félicité de son côté ? Si je ne me trompe pas, vous avez pris du service de son côté, n’est-ce pas ?  Cela fait bien longtemps que je n‘ai plus reçu de lettres de ma tante et que je m‘en tiens aux récits colorés de ses princières bouderies.» Tout y était et elle ne faillait pas à jouer la partition des intérêts familiaux à la perfection. L’intérêt pour la sœur de son père n’était pas feint mais elle aurait été bien en peine de ressentir une ferveur familiale autre que de bon ton pour la famille de Maekar. Le mariage d’Alanna avait été un moyen de se réintroduire au sein de la famille royale de la part de son père et compte tenu de l’absence d’héritier du côté du roi bibliothécaire, il convenait d’obtenir quelques fraîches nouvelles des rangs du Fratricide, d‘autant que la nièce était, selon certains, l‘alliée naturelle de l‘oncle pourvu du blason tricéphal.
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Message Jeu 5 Avr 2012 - 17:37

Gowen fut un peu surpris, voire peut-être un brin déçu, que Maura relève son entame sur les sujets de conversation. Il n'avait cure d'évoquer ni les conflits ni les pomponneries, et voulait lui aussi aborder des thèmes plus originaux. Il se détendit toutefois rapidement quand la suite de la conversation prit une tournure beaucoup plus légère.
Les répliques de la Lady tiraient un sourire franc sur son visage. La conversation promettait un divertissement bienvenu avant le jeu annoncé des ronds de jambes et des coups politiques avec les autres invités. Une seule ombre passa brièvement sur son regard, quand il se rendit compte que Jon Arryn n'avait jamais révélé à sa fille la raison de son refus. Ombre qui fut remplacée aussi vite qu'elle était arrivée par deux yeux pétillants.

Avant de descendre les escaliers, la Dame du Val se retourna. L’imitant pour découvrir l’objet de son attention, il marqua une pause. Il salua la dame de compagnie de la tête, sourire bienveillant en coin, montrant qu'il avait lui aussi conscience de ce que la bienséance demandait. Il ne comptait rien faire qui n’entache de réputation.
Les prémices naïves et inconscientes de l'attraction de jeunesse n'étaient d'ailleurs plus. Ou ne pouvait plus être, à tout le moins. Néanmoins, les restes d'une connivence étaient libres de revenir. Si l’idée avait été permise, il se serait bien vu passer tout le reste de la journée à s'échanger récits, anecdotes et commentaires croquants sur leurs parcours respectifs, assis quelque part avec de quoi boire et diner. Rien qui ne soit teinté par l'envie de séduire ou un quelconque désir inavouable, ou à tout le moins le pensait-il. Simplement le besoin de profiter le plus possible d'un moment de répit dans la série morne des conversations usuelles. Quelque chose de différent de toutes les discussions imbibées, des joutes oratoires, des pavanages politiques et autres débats sur la nature du monde. Il aurait apprécié de s'entretenir avec quelqu'un qui sache parler avec humour et sans langue de bois, sans avoir à s'imbiber la cervelle pour pouvoir discourir avec franchise, et qui pour une fois ne sois pas son épouse.
Si l’idée avait été permise...

Il suivit des yeux les endroits indiqués de la main par Maura, tentant de s'imaginer l'effet donné par de tels lieux dans des temps plus chauds et plus colorés. Le choix de la roseraie lui allait très bien.
« On ne peut plus d'accord. Inutile de ruiner le moment en éveillant par la suite des soupçons infondés. » Il pouvait faire fi de ce que Tya pensait quand il voulait, mais il savait aussi s'épargner des peines inutiles. Il lança à Maura un regard en coin qui en disait long sur les traits communs des Lions qui partageaient leur couches.
Quand il fit passer la conversation sur le sujet de son frère, Gowen ne fut pas surpris quand elle l'invita à rediriger ses excuses vers Tybolt. En revanche il ne s’était pas attendu à une analyse aussi juste. Que le chevalier fusse au fait des qualités cachées sous les abords d’ours bourru de son frère n’était pas si extraordinaire, avec toute une enfance à le côtoyer. Mais que Maura ait percé à jour le potentiel de son cadet dans un lapse de temps aussi court témoignait d'un don remarquable pour juger les caractères. Il opina du chef à chacune des remarques.
« En effet, c’est dommage. Il faut espérer que ses pérégrinations lui apporteront assez d’enseignements pour lui éviter l'irréparable. » Puis il fronça les sourcils «Cela dit il est tellement pugnace qu’il serait bien capable d’atteindre ses objectifs, le bougre… Et très franchement, c'est bien tout le mal que je lui souhaite. » Gareth rendait la tâche de l’aimer difficile, mais Gowen ne détestait pas son frère non plus.

Quand elle évoqua le talent pour énerver dont il s'était fait le commentaire in petto, il ne put que lever les sourcils en acquiesçant de plus belle. « Oui, il a vraiment un don… »
Gowen illustra son assentiment par une anecdote.
« Il n’a pas attendu deux jours pour se mettre Tya à dos après nos noces. Vous ne devriez pas avoir de mal à me croire si je vous dis qu’il a eu le bon goût de l’apostropher comme une tavernière au diner qui suivit le départ des invités. »
Depuis, son épouse et son frère avaient pratiqué un évitement poli. Un ragot courait que peu de temps après l’échange mentionné, une courante soudaine avait étreint son frère. Son épouse avait toujours clamé ne rien savoir des insinuations d’empoisonnement, mais Gowen n’en pensait pas moins.
« Elle ne s’est pas privée de rire quand elle a entendu les déboires de Gareth au Roc, car si elle connait Gareth, elle connait son frère encore mieux. Mais comme vous, elle a estimé qu’il avait eu son compte et n’en as pas pris plus ombrage.» En dépit du mépris mutuel, elle avait connaissance de la relation avec leur père et autres circonstances atténuantes expliquant le comportement du fils cadet.

Flânant dans la roseraie, Gowen se retourna pour s’assurer qu’ils étaient toujours bien en vue d’éventuels chaperons. Il rebondit sur la remarque des réunions familales, et eut un court rire.
« Mon seigneur et père a une propension pour remplir les choppes, souci de la légèreté ou non. » il prit un faux air pédant « Et puis nous autres Baratheons avons une réputation à tenir, dès qu’il s’agit de festivité. » Le cynisme dans la noblesse du ton indiquait clairement qu’il prenait avec humour l’image que le reste de Westeros se faisait parfois de sa Maison.
«Mais quand est-il de votre famille? J'ai cru comprendre que votre frère était aussi présent. J'avoue ignorer beaucoup à son sujet, je n'ai pas eu la chance de pouvoir vraiment le rencontrer.»

Il suivit ensuite le changement de sujet initié par Maura. Quand celle-ci évoqua sa paternité, les yeux azurs du chevalier partirent au loin, embrassant sans vraiment le voir le paysage du bief derrière les rangées de rosiers. Un sourire mêlé d’impatience et de fierté se dessinait malgré lui sur son visage.
« La naissance de l’enfant est prévue avant trois lunes. J’aurais préféré que l’enfant prenne ses premières bouffées avec l’air vivifiant d’Accalmie plutôt que la puanteur viciée de la capitale, mais je n’en ai cure désormais. J’ai tout simplement hâte que ce cadeau que les Dieux nous ont promis arrive enfin. » Son regard se reposa sur Maura. « Mon père parle déjà du tournoi qu’il organisera à son premier anniversaire… Quand à votre oncle, vous le connaissez. Il est homme qui ne donne louanges qui ne soient méritées. Il me fera surement part de ses félicitations dans une vingtaine d’année, quand l’enfant aura déjà prouvé qu’il les vaut. » Son ton se fit gentiment railleur. « Et qui pourrait le blâmer, quand on connait les expériences parentales du prince de Lestival ? » Il prit une gorgée de la coupe qu’il tenait à la main. « Et il m’a bien demandé d’entrer à son service après sa nomination au Conseil Restreint, ce que j’ai accepté, comme vous le savez. Je crois que l'offre tombait à point. Mon père m'avait confié une charge qui avait son importance pour les Terres de l'Orage, mais qui n'avait plus vraiment lieu d'être avec les temps plus cléments.» Il s'interrompit avant de discourir plus avant de ses amibitions personelles, pour revenir à la conversation. «Toutefois je crains que sa famille ne fasse toujours pas partie de ses sujets de conversation préférés, je ne suis pas sûr d’avoir beaucoup à partager avec vous. Vous m’en voyez navré, d’ailleurs. Si j’avais su que vous seriez présente, je me serai enquis avant mon départ de messages de la part de votre oncle et tante. »

Ils prirent un virage au détour d’un bosquet pour éviter de trop s’éloigner de leur point de départ. « Je dois moi aussi vous féliciter pour votre mariage avec Tybolt, et j'espère qu'il se déroule au mieux, en ces temps tumultueux. Mon épouse et moi avons été surpris mais heureux d’apprendre la nouvelle. Cela dit, puis-je m’enquérir des raisons d’une telle discrétion ? » . Gowen trouvait ce mariage secret foncièrement étrange. Il y avait forcément des causes majeures pour avoir passé l’union sous silence. Probablement en rapport à la situation dans l’Ouest. Mais pourquoi ne pas attendre que les choses reviennent dans l’ordre pour des célébrations en grandes pompes ? Pourquoi cette urgence ? Une union à la sauvette ne seyait pas vraiment le prestige et le rang de la maison qui aimait à se voir comme la plus puissante de tout de Westeros, qui plus est pour le seigneur suzerain. En tout cas il serait intéressant de comparer ce que Maura lui dirait, et ce qu’Aliénor saurait raconter à Tya. « Les Lannister sont en tout cas chanceux de vous avoir comme nouvelle Dame du Roc. ». Lorsque la conversation sur ce sujet toucha à sa fin, il laissa un silence, puis mit les pieds dans un plat qu’il lui occupait l’esprit depuis un moment.
« Vous avez dit plus tôt de pas avoir pu comprendre les raisons de la décision de votre père quant à nos fréquentations. Mais vous ne devez pas ignorer que ma mère était allée le retrouver, peu après le banquet de clôture du tournoi. Votre père n’a jamais partagé ce que sa cousine et lui s’étaient dit ?»

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Message Ven 6 Avr 2012 - 12:49

Elle se contenta d'un vague signe de tête pour accorder raison à son beau-frère. A vrai dire, elle se moquait assez que Gareth réussisse ou non. Elle espérait surtout qu'il resterait sur ses deux jambes. « Du moment qu‘il ne s‘égare pas en route, ce serait sans doute le seul de nos souhaits qui pourrait lui plaire. Encore qu‘il trouverait sans doute en dessous de sa valeur de voir des gens souhaiter son éventuel succès. Un drôle d‘oiseau, ce Gareth… » ajouta-t-elle pensivement avant de reprendre gentiment. « J’espère que votre père ne s’en est pas trop inquiété. De toutes façons, nous ne le regardons en rien comme responsable de l’attitude de votre frère." L'Orage Moqueur lui semblait avoir cette odeur étrange qui entourait les personnes d'un autre âge. Surrané mais honorable, il restait un grand personnage même si il allait en vieillissant. Elle n'aimait pas vraiment ses manières, sa voix forte, cette propension à hurler mais elle l'appréciait pour son côté brut et franc. Un trait normalement typique des Baratheon. Tout comme les Arryn étaient reconnus par d'autres facettes de leur caractère.

 « De ma famille ? Hé bien, pour commencer, nous buvons beaucoup moins ! Enfin, nous sommes réputés pour préférer l’épée à la chopine, ce qui est, ma foi, une réputation comme une autre. Et mon frère rit moins fort que notre bon Orage Moqueur, c’est certain. Mais c’est un homme bon et droit. Et un seigneur plus capable que beaucoup d’autres même des plus éminents à mon sens. Quant à Maeve…Elle est encore un peu trop jeune pour vraiment se faire une idée. Une fillette agréable et intelligente. Comme nous tous, elle voudrait voler sans encore avoir d’ailes. Ah…Et mon frère est désormais le célibataire le plus en vue des Sept Couronnes maintenant que Tybolt est mien. Vous n’auriez pas un tendron qui vient de faire ses premiers sangs à lui présenter ? Bien née et point trop stupide…Enfin le tout serait qu’elle soit rapidement prête à être déflorée et à pondre des héritiers. » répondit-elle avec cynisme affecté mais peut-être un peu trop surjoué pour être pris au sérieux. Du reste, sa situation personnelle était suffisamment différente pour qu’elle ne souhaite pas pareille épouse à son frère.  « Je sais, je sais…Tybolt me dit toujours que je suis toujours trop prompte à évoquer la place vide dans le lit de lord Arryn. Et pas de plaisanteries scabreuses sur une quelconque catin sinon je griffe ! J‘ai le blason qui va avec désormais.» Elle remarqua que le visage du chevalier était tordu entre l'envie de rire et le besoin de feindre la surprise avec la crudité des propos pour maintenir un semblant de bienséance et lui adressa un regard moqueur. « Pas la peine de me lancer un regard de septa offensée, je n’ai plus l’âge de croire que les preux chevaliers sont aussi saints que le disent les légendes. » D'autant que son père, à l'époque, lui avait glissé que le beau chevalier était un fameux coureur tout en ajoutant qu'il fallait bien que jeunesse se fasse.


 « On pourrait croire que le même genre d’expériences parentales aurait pu retenir votre père de parler de tournoi avant vingt ans. Enfin, ce n’est pas moi qui m’en plaindrait, vous me réserverez une place en tribune, mon cher beau-frère ? Ah… Et je me dois vous prévenir. Si c’est un fils, son oncle voudra le garçon comme écuyer au Roc. Commencez déjà à préparer vos arguments si il vous était venu l’idée saugrenue de l’envoyer ailleurs, vous aurez un beau-frère enthousiaste avec lequel négocier ! Et je m’en lave les mains. Je ne mets pas entre Tybolt et ses longues histoires de tournois. » Elle avait terminé en levant les mains, joignant ainsi le geste au mot. En coin, le regard pétillant de Gowen parti au loin, des chevaliers en armures et tenues d'apparats galopant probablement devant ses yeux, le son des lances se brisant sous les acclamations de la foule résonnant à ses oreilles. Reposant son regard sur elle avec un soupçon de défiance et d'espièglerie. "Oh mais si votre époux prouve qu'il peut me battre en lice, ca serait un honneur, ma lady." La réplique la fit sourire légèrement mais elle souleva un sourire appréciateur avant de rétorquer sur le même ton : « Voyez vous donc…Un nouveau coq dans cette basse-cour parfumée ? Enfin si vous éprouvez encore le besoin de mesurer votre épée à celle de Tybolt à votre âge… » Voilà qui aurait été consternant pour la jeune femme.

Toutefois, la mention de Port-Réal retînt son attention et elle reprit plus sérieusement. Sans s’attarder trop longuement sur l’idée de laisser cette pauvre Tya accoucher dans la capitale, elle y alla tout de même de son petit conseil.
 « Votre premier instinct semblait pourtant être le bon. L’air est plus sain à Accalmie et Tya se relèvera mieux de ses couches si elle n’est pas l’hôte du Donjon Rouge. Je crois que je n’aimerai pas accoucher à la Cour. Trop de monde, peu de repos…Enfin, le service du prince Maekar n’attend pas je suppose. » Il était d’ailleurs plus que temps de revenir à ses moutons ou plutôt à ses dragons. Cette simple pensée, ridicule si il en était, lui arracha tout de même un nouveau sourire dont elle ne souhaitait pas donner la cause à son acolyte. Privilège de femme. « Que voilà un portrait bien froid de mon pauvre oncle…Le pire étant qu’il est sans doute juste. Pauvre Alanna…Déjà dotée de l’Ivrogne et de cet abruti d’Aerion, il faut en plus qu’elle en supporte la honte. Toutefois…Si par hasard vous le voyiez avant moi, dîtes-lui bien de ma part que lady Lannister souhaiterait grandement lire quelques mots de sa plume. » Elle avait usé de son titre à dessein et sans doute Gowen, s’il était assez fin, comprendrait-il l’intention de la jeune femme. D’ailleurs, la mine enjouée du Baratheon se fit plus effacé alors qu'il marqua un temps en la dévisageant, avant de répondre avec un regard de connivence qu’il s’acquitterait avec plaisir de cette tâche. Ce qu’on lui avait rapporté de l’attitude de Maekar lui donnait froid dans le dos et, pour le moment, elle ne trouvait pas qu’il se présente en alternative au pouvoir du bâtard à l’œil crevé mais il était désormais Commandant des Armées du Royaume et les Lannister avaient besoin du soutien militaire du Trône de Fer.  « J’espère que la voix de sa nièce lui fera comprendre l’impérieuse nécessité de défendre une action royale contre ces chiens de Fer-nés…Je ne sais ce que Tya vous a laissé à entendre à ce sujet mais l’attente devient longue, un peu trop longue. » Et Tybolt se laissait. Elle aussi d’ailleurs se demandait quand le Roi aurait à cœur de défendre les premiers de ses sujets.  « Toutefois, c’est une belle promotion pour un chevalier de tournois. Avouez-moi tout, vous l’avez saoulé avec lord Lyonel, c’est ça ? » termina-t-elle en se moquant gentiment avant de mettre un coup d’épaule taquin et amical au grand dadais de chevalier à qui elle tenait toujours le bras en avançant sous les ombrages des bosquets et des hautes haies fleuries et parfumées.

Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que l’insinuation contenue dans la mention du secret la dérangeait profondément mais elle s’était préparée longuement à ces petites attaques. Elle gardait avec elle la certitude d’avoir agi pour le meilleur. Et, quoiqu’il en soit, on n’attaquait point une fille des Eyrié sur son supposé manque de vertu. Son nom et l’honneur de sa famille répondaient seule à ces accusations larvées.


 « La guerre tout simplement. Mais il est vrai que ces vérités vous sont éloignés à vous autres qui ne faîtes que regarder de l’autre côté du Détroit… » lâcha-t-elle se faisant un peu plus froide alors qu’elle évoquait la relative tranquillité de ceux de l’Est. Pour sa part, elle pouvait entendre le tocsin depuis sa terrasse dès lors qu’une voile fer-née apparaissait au large. Ce n’était pas le cas de ceux qui n’avaient jamais vu l’ombre d’une voile Feunoyr à l’embouchure de la Nera.  « Nous pensions que lady Lannister serait une cible trop tentante. Il s’est avéré que lady Maura Arryn l’était tout autant si ce n’est plus. Nul besoin n’était alors de continuer à nous imposer un secret trop lourd pour chacun de nous deux. Mais le masque du secret a son charme et les dernières lunes ont été une aventure digne des contes. Pour le reste…Vous avez épousé une Lannister, vous savez ce qu’il en est. Je passe la majorité de mon temps à empêcher ma main frémissante d’aller s’étaler sur son doux visage. » Elle lui lança un clin d’œil ironique qui n’en prouvait pas moins les capacités véritablement surhumaines de Tybolt à parvenir à la faire sortir si facilement de ses gonds. Sans doute était-ce ce qu’elle aimait tant chez lui. Qu’il la défie. Elle avait trouvé chaussure à son pied et un homme à sa mesure chez les Lions.

Pour répondre à l‘évocation de la chance des Lannister, elle fit de son mieux pour prendre sn air le plus hautain, ce qui, pour elle au moins, n‘était pas très difficile, il fallait bien le reconnaître. De toutes façons, elle considérait que ce n‘était pas si loin de la vérité. Elle était bien née, bien élevée et fidèle à son époux. Bon nombre de maris ne pouvaient pas en dire autant. « Voilà qui est absolument vrai. J’apprécierai d’ailleurs grandement qu’ils organisent une procession jusqu’à un septuaire pour remercier la Mère et la Jouvencelle de ma venue dans l’Ouest. Surtout, répétez-le bien à Tybolt des fois qu’il en vienne à l’oublier à force d’humer de trop près le parfum des roses. » Pas une fois, elle n’avait cité la chance qu’elle-même avait eu. Aussi haute que l’honneur après tout. Gowen s'amusait visiblement de la boutade, mais il lâcha un commentaire dans le même registre, nonchalamment, mais non moins chargé de beaucoup d'insinuations. « Une procession serait le minimum, et je veillerai avec soin à ce que les égards qui vous sont dus vous soient rendus. Une statue à l'effigie de votre coulpe sur Pyke serait du plus bel effet. » Elle éclata de rire avant de poursuivre avec affabilité et humour dans la même veine. « Ah non, non, non…Moi tout seule, j’y tiens. Histoire que mon cher et tendre remâche un peu sa chance et son plaisir de m’avoir à son bras. Par contre, Pyke est trop lointaine. Ma statue, je la veux sous mes fenêtres, rien de moins. A quoi sert d’être honorée de la sorte si on ne peut pas s’en satisfaire tous les jours au lever ? C’est bien pour ça que le Bienheureux a sa statue au Grand Septuaire, il y passait sa vie ! » termina-t-elle en riant aux éclats maintenant. Certes, ce n’était pas très charitable mais la jeune femme n’aimait guère les dévots. A toutes ces manifestations, elle préférait une piété tranquille et non moins profonde.

Elle haussa brièvement les épaules. Pour dire le vrai, elle ne s’y était jamais intéressé à l’époque étant trop jeune et étourdie. Que les vieux, Neassa et Jon avaient l’âge d’être des ancêtres, s’entretiennent autant qu’ils le voulaient du moment qu’elle pouvait danser.
 « Mon père partageait rarement ce genre d’entretiens avec ses enfants. Du moins pas quand elles les concernaient au premier chef. Tout ce qu’il m’a dit tient en peu de mots : l’aînée de lord Arryn n’est pas faite pour un simple cadet. Même Baratheon et beau garçon. Et pour tout dire, à quatorze ans, il me suffisait d’en voir passer un avec une armure un peu splendide pour vouloir directement mourir pour lui. Quelle petite idiote je faisais alors…Puis, mon père est mort et l’histoire n’est jamais revenue sur le tapis. Il y avait le Val…et tout avait changé. Mais je voulais te voir à Viergétang enfin avant que tes fiançailles avec Tya n‘aient été annoncées.» ajouta-t-elle, passant brusquement du vouvoiement mondain à un tutoiement plus familier.  « J’avais besoin d’un chevalier pour défendre les couleurs de la régente du Val, vois-tu. Mais tu m’avais abandonnée pour l’or sur son lit d’écarlate…C’est amusant quand on y pense que j’ai épousé le frère de ta femme. Les Sept ont parfois de ces idées ! »
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Message Dim 15 Avr 2012 - 5:59

Le portrait du Seigneur des Eyriés dressé par Maura était élogieux, et aiguisa l’intérêt du Baratheon. Certes, il devait surement être un peu plus flatteur que la réalité ne l'était, mais en contraste, la manière avec laquelle la Dame du Roc dépeint sa sœur Maeve témoignait d’une certaine objectivité. Et puis si son neveu Edwyn appréciait Jasper, il devait forcément y avoir du bon chez le jeune homme. Cela dit, Gowen mettait toujours un point d’honneur à ne se faire un véritable avis sur quiconque qu’avec ses propres impressions.
Il goûtait toujours la fraicheur de la conversation et son ambiance bonne enfant. Le sujet en vint sur l’age et l’innocence, il pencha la tête en avant et leva une paume de main en signe d’acceptation de l’argument.
« Je ne peux nier que peu d’entre nous peuvent souffrir la comparaison avec Baelor le Bienheureux ou le Chevalier-Dragon. » Entre deux bosquets impeccablement taillés Ils découvrirent une statue blanchâtre au visage presque entièrement érodé, dont seuls les restes d’une couronne de rose permettaient d’identifier comme un roi Jardinier. La posture était empreinte de grâce et de sagesse. « Ah, si seulement les mots couardise, pillage et vérole rimaient aussi bien avec Chevalerie que galanterie et flagornerie... Les chansons épargneraient des mauvaises surprises à bien des jouvencelles. » Il désigna la statue du menton. « Tenez. Prenez notre royal ami. Sous ses airs vertueux de sage à la main verte, combien de maitresses devrait-on lui prêter ? » La devinette était absurde mais Gowen ne pouvait se priver de railler l’image béate de sainte chevalerie dont le Bief se donnait l’apanage. Son regard s’étrécit, pinçant les lèvres, en se donnant l’air de songer à la question. « Hm, trois. » « Ah non, Garth en aurait eu au moins sept, en honneur aux Dieux. » « Vous avez raison. Oui, sept semble plus approprié. Et je gage aussi quelque oblongue végétal qu’il aura fait poussé avec autant amour que ledit végétal lui aura rendu. », ajouta-t-il, pince-sans-rire.

Quand Maura décrivit l’intention de Tybolt de prendre un futur fils comme écuyer, il ne put que se sentir un peu flatté. Lord Lannister estimait peut-être également qu’il n’y avait qu’au Roc que l’enfant pourrait suivre une formation digne de ce nom, aussi Gowen répondit par une taquinerie. La réplique de Maura ne se fit pas attendre, et fit bien entendu mouche. Mais la raison pour laquelle le chevalier se permettait autant de moqueries était qu’il était d’abord capable de se moquer de lui-même. « Nouveau coq ? Vous m’offensez, ma lady. Je cours dans les lices depuis mes douze ans. Coq, soit… mais nouveau, non !» Après une pause il ajouta, « Mais c’est moins par besoin de rassurer mon égo que pour le simple sport qu’il me plairait de jouter contre Lord Tybolt. Avec le Long Dard, il reste le seul grand compétiteur que je n’ai jamais eu la chance d’affronter. Aussi votre époux reconnaitra surement le même défi que son père lança au mien, quand il fût question de marier sa fille. »

Elle vint ensuite commenter la comparaison d’Accalmie et Port-Réal pour l’accouchement de Tya, rejoignant sa préférence initiale. « Pour être tout à fait franc, le choix est de Tya. S’il ne tenait qu’à moi, elle délivrerait l’enfant dans le calme de notre forteresse éponyme, comme ma mère et les mères de mes ancêtres avant-elle. Mais Tya est d’un entêtement sur ce sujet…» Le chevalier souffla par le nez en secouant la tête. La dernière fois que le couple en avait parlé, elle en était venue à dire que si Gowen n’était pas là pour prendre l’enfant des bras de son épouse à la naissance, ce serait le premier et le dernier qu’il aurait d’elle. Il avait fait l’erreur de rire à la menace. «…mais elle est aussi d’une témérité à toute épreuve, il faut le reconnaitre. Elle possède un cran qu’on trouve chez peu de femmes.» C’était aussi ce qu’il faisait qu’il l’aimait tant. Puis le sujet passa à Maekar, dont Maura profita pour placer une requête en s’avançant subtilement mais sans équivoques en tant que Dame du Roc. Pour un temps l’image de la jeune lady d’à peine plus de vingt-ans s’effaça derrière le portrait plus froid de celle la jeune régente du Val, celle qui avait fait preuve d’une maturité peu commune dans sa gestion du Fléau. Mais elle aurait aussi bien pu dire « nièce » que « dame du roc », cela n’aurait pas changé grand-chose. Nul besoin d’être archimestre pour se douter du genre d’espoirs entretenus auprès du Grand Commandant des Armées dans le conflit avec les Fer-Nés. De plus passer par un tiers plutôt qu’un corbeau pour initier une correspondance pouvait sembler un brun absurde, ou d’une rare fainéantise, mais s’expliquait par un besoin de discrétion propre à un certain genre de missives. Maura confirma son analyse, se plaignant d’une intervention qui commençait à se faire longue. « Le délai n’est pas entièrement du fait de votre Oncle. Vous aurez surement la chance d’en parler plus amplement lors d’un entretien que j’espère proche, mais vous devez savoir qu’il ne goûte pas plus cette attente que vous, et pour les mêmes raisons. Amener des soldats dans l’Ouest pourrait se faire des aujourd’hui, mais les trois-cents dragons d’or promis par la main à quiconque reviendrait du conflit a attiré beaucoup de monde, et pas que des hommes de vertus. Le but est de mettre fin aux razzias, pas d'en provoquer. S’ils venaient à faire le pied de grue dans l’Ouest sans moyens de traverser la mer, même encadré par des vétérans –dont feront surement parti les hommes de mes terres d’ailleurs- et même sous la poigne de Maekar, le problème du ravitaillement d’un tel ost entrainerait à la longue quelques désagréments pour vos paysans. Mais je sais que je ne vous apprends rien. Tout ça pour dire que nous sommes donc dans l’attente que les milles yeux de notre très chère Main cessent de voir les signes d’une invasion Feunoyr à chaque fois qu’Aigracier va au pot, et nous pourront enfin dépêcher une part de la flotte de Peyrdragon, et frapper d’un seul coup. » Une pause. « Mais voilà que je vous parle de la guerre quand nous nous étions promis d’éviter le sujet…»

Gowen reçut ensuite une petite pique ponctuée d’un gentil coup d’épaule au sujet de sa « promotion ». Le chevalier était loin d’en être à la première moquerie reçue, et s’il les prenait toujours avec humour, il ne se privait pas non plus de riposter par d’autres badinages. « Vous plaisantez, mais c’est exactement ça. Il était si saoul qu’il commençait à voir en moi un homme avec de ‘grandes qualités’, et quelqu’un qui serait capable ‘de le conseiller avec franchise’… Non mais vous imaginez ? » il secoua la tête, jouant toujours la comédie. « J’ai presque honte de lui avoir tiré ce poste par une telle supercherie. »

Puis il en vînt à demander à Maura la raison de son union secrète, et la réponse fît brièvement descendre la température de la conversation de quelques degrés. Apparemment, il avait touché un nerf sensible. Un trépané aurait subodoré que la guerre était l’une des raisons, ce n’était donc pas vraiment une information. Mais quelque chose dans la réplique de Maura laissait penser qu’elle n’avait pas eu d’autre choix que de se marier dans ces temps troublés, et donc de taire son nouveau patronyme. Comme s’il y avait eut une impérieuse nécessité de s’unir sans attendre que la situation redevienne plus propice. Le couple aurait pu se promettre l’un l’autre, chose bien plus facile à cacher, sans se précipiter ainsi devant le septon. Aussi, la lady lui laissa savoir, surement à dessein, que le mariage remontait à plusieurs lunes. Même si Maura portait enfant, elle n’était surement pas tombée enceinte avant l’union. Soit c’était un fin et habile mensonge, soit elle disait vrai, et dans ce cas là quelque chose clochait toujours. Gowen avait cette impression tenace qu’il y avait une omission dans le discours, mais il était aussi patient que têtu. Nul besoin de s’attarder sur cette question. S’il avait raison d’être curieux à ce sujet, il finirait bien par l’apprendre par Tya, quand bien même trop tard. Et dans tous les cas il n’en prit pas ombrage, après tout sa question venait avec une insinuation sur la vertue de la Dame de rang qui marchait à son bras. C’était donc de bonne guerre. Une boutade de Maura sur le mariage avec son Lannister vint ensuite radoucir le ton de la discussion.

Il eut un court rire. « Je sais trop bien ce qu’il en est, à mon grand dam. J’aimerais bien pouvoir vous dire que cela s’arrange avec le temps, mais je pense que vous perceriez mon mensonge à jour. » Il secoua la tête comme pour lui-même, un sourire désolé aux lèvres. « Mais la manière dont vous évoquez ces dernières lunes laisse penser que vous avez su, vous aussi, y trouver votre bonheur. C’est assez incroyable, quand on y pense, que des personnes si exaspérantes puissent se faire si attachantes. », ajouta-t-il avec un regard en coin. « Parcontre il est fort probable que Tya ait à vous imiter dans votre besoin de retenue face à votre époux. Je sais qu’elle n’aurait manqué le mariage de son ainé pour rien au monde, guerre ou non.»

Puis il la complimenta sur son nouveau titre de Dame du Roc. Quand elle y répondit en se donnant des airs d’égocentriques, il ne put que se prendre au jeu. L’entendre ainsi rire était loin d’être désagréable. L’expression enjouée se teinta de quelque chose d’autre. Peut-être pas tout à fait de nostalgie, mais pourtant quelque chose dans la conversation le renvoyait à un certain banquet d’un certain tournoi d’un certain an 205.

Un passereau blanc à dos azur vînt se poser dans un bosquet à côté d’eux, ses fines pates agrippant deux branches épineuses, écartant deux roses jaunes qui commençaient à manquer de fraicheur. L’oiseau regardait les deux promeneurs avec un air confondu, la tête penchée sur le côté. Peut-être qu’il n’était pas le seul à observer la scène, et à s’interroger ainsi sur les motifs animant les deux jeunes gens se tenant compagnie. Même si, en toute honnêteté, il n’y avait aucun doute à avoir.

La conversation passa naturellement, pour Gowen au moins, à cette mystérieuse discussion entre Jon Arryn et Neassa Baratheon. Elle lui avoua avoir été jeune, et il fût peut-être un peu piqué d’être réduit à un lieu-commun, un engouement qui se rangeait entre le précédent damoiseau en armure clinquante et le suivant. Mais l’image du Gowen de l’époque n’était peut-être pas loin de la vérité. Et puis, après tout, Maura avait quand même dit avoir cherché à le revoir, à Viergétang.

Gowen mit un temps avant de s’apercevoir qu’elle était passée au tutoiement, tant la transition avait été aisée. Il hocha la tête en assentiment à l’écoute de son récit. « Et bien m’a pris de défendre tes couleurs, peu d’autres m’auront autant porté chance ! » En vérité Gowen était fort peu superstitieux, à ce sujet. Toutefois il n’avait jamais aussi bien jouté qu’avec les couleurs des Arryns sur sa lance, ni autant joué de malchance que quand il prit comme adversaire le regretté ser Hardyng, du Val. « Mais le fait est que ma mère m’a elle aussi défendu de chercher à te fréquenter. Quand je lui en ai demandé la raison, elle m’a rapporté les mots de ton père, après avoir émis l’idée d’unir nos maisons. » Gowen s’accorda une pause, scrutant le regard de Maura avec soin. « Sa réponse fût que sa fille avait été élevée pour seconder un époux à des charges aussi importantes que celles qui reviendraient un jour à ton frère. Ma mère commenta qu’il était probable que d’importantes positions me soit confiées par Baelor à son accession au trône, peut-être même une place au Conseil sous Valarr. » Une nouvelle pause. Pour Gowen il y avait comme l’aveu d’une faiblesse à l’évocation de ce souvenir. « Mais ton père rétorqua qu’il ne pouvait marier sa fille à un chevalier encore vert sur une hypothétique position sous la couronne, alors qu’il pouvait d’ores et déjà te donner l’héritier d’un des sept royaumes. Il ajouta que de toute manière, seul un homme d’honneur et de droit te méritait. Il ne me blâmait pas de vouloir courir les jupons, mais pour lui, il n'y avait que les terres natales de ma mère pour prétendre partager les valeurs du Val. Il termina en disant qu’il était prévu que tu deviennes la dame de Winterfell. » Gowen laissa ces derniers mots résonner, avant d’ajouter « Tya ne m’a été officiellement promise qu’après ma victoire en lice contre le Lion Gris. Même si je savais qu’il en était question avant le tournoi, la bienséance ne m’aurait pas interdit d’échanger au moins un mot avec toi avant le début des joutes. Je devrais peut-être m’excuser. Mais je ne suis pas certain que j’aurais su quoi vous dire. Pour être franc, j’ai toujours fait les choses en suivant mon jugement et mes envies, et il y a peu de mes actes que je sois venu à regretter. Avant ce fameux soir à Port-Réal, aucun des revers rencontrés dans ma vie n’avait valu que j’y foule mon orgueil. Je n’étais pas préparé à l’idée que ce que je ne suis pas puisse un jour me blesser.» Quand il eût fini de discourir, il se rendit compte qu'il avait peut-être blessé Maura en rapportant les mots de Jon Arryn, et se sentit idiot. Il se fit le plus sincère possible, en reprenant le dernier commentaire de la Lady. «Mais c'est vrai, il est amusant que nous soyons finalement entré dans la même famille. Et soyons honnête, tu dois te réjouir d'avoir au final épousé un parti comme le tiens. Lord Lannister a déjà prouvé sa valeur à tout Westeros. Ton père n'aurait pu qu'approuver l'union.»
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Message Lun 16 Avr 2012 - 22:06

Un éclat de rire tout à tract, rond mais chaleureux résonna sous les arbres encore verts des grands jardins des Tyrell. Pour quelqu’un qui s’efforçait de paraître rigide voire glaciale, il fallait reconnaître que Maura conservait toutefois une touche d’humour assez potache. En cela, elle n’était guère différente de ses contemporains qui préféraient une plaisanterie égrillarde à un couplet bien rimé d’un troubadour. Elle posa son doigt sur la bouche du Baratheon pour le faire taire dans un geste sans doute équivoque pour un regard extérieur mais dénué de toutes pensées libidineuses de sa part. Sans doute parce qu’elle avait toujours considéré que sa naissance et son grand nom l’empêchaient de subir les aiguillons de la chair. D’autant plus avec un homme qui n’avait pas l’honneur d’être son époux et preux protecteur.  « Parler ainsi des courgettes préférées des Tyrell…Si ce n’est pas malheureux ! Mon oncle vous haïrait et je suis sûre que ma pauvre tante rougirait de vous entendre brocarder ses préférences végétales avec autant de crudité. »

Faisant mine d’examiner la barbe puis les tempes du chevalier, Maura mit les poings sur les hanches en bonne matrone qui se respectait.  « L’envie de vous taquiner m’aura emporté trop loin, beau sire. Douze ans…Je crois déjà apercevoir les premiers fils blancs dans vos sombres cheveux de Baratheon, mon pauvre Gowen. Enfin…Comme dit un des vieux chevaliers du Val, vous serez comme l’asperge. Tête blanche mais queue encore bien verte. » Le tout sur un air de ne pas y toucher qui annonçait bien la grande dame mais qui ne dura pas longtemps. Elle ne put s’empêcher de rapidement s’esclaffer comme une gamine retrouvant, l’espace d’un instant, l’éclat primesautier de ses quinze ans. Elle secoua la tête alors qu’il continuait de lui parler de briser quelques lances avec Tybolt. Elle aurait pu gager tout son or, ce qui n’était pas peu, que son mari accourait avec empressement dès que l’idée serait lancée. « Il reconnaîtra sans peine le précédent et accourra rien qu’à l’idée de parcourir les lices sous les acclamations des pucelles. Voilà bien nos hommes ! Nul doute qu’il frétillera comme un gardon dès lors que vous lui lancerez votre défi. Tybolt…Il est un bon seigneur mais, au fond de lui, il est encore un chevalier. Ses années à courir les tournois lui manquent. Si…Quand nous viendrons à bout des Fer-nés, je vous organiserai vos joutes dans la plaine du Roc. Mais, si je perds ma couronne de dame de beauté, je vous préviens que je serais exécrable pendant tout le banquet. » Elle fronça le nez pour bien indiquer qu’ils n’avaient pas intérêt à lui faire perdre la face lors de ses propres festivités, ce serait…trop triste. Ne pas pouvoir être reconnue comme la plus belle à l’endroit même où elle se trouvait être la reine. Même son miroir ne pourrait rien face à cette cruelle et douloureuse déception. Quoique, à tout prendre, elle ne peinait pas à se mirer dans les yeux des hommes, hommes qui, pour elle, avait les yeux de Jonquil.

Elle laissa de côté les évocations chevaleresques pour revenir à leurs observations concernant un accouchement à Port-Réal.
 « Oui…C’est une Lannister, pas besoin de se répandre longtemps sur le sujet pour savoir qu’elle est parfois obtuse. C’est qu’il est bien délicat de leur faire entendre raison parfois à ces animaux-là… » lâcha-t-elle d’un ton pince-sans-rire mais un agréable pétillement de la prunelle presque coquine dont l’éclat bleuté était dirigé vers son compagnon de balade. Pourtant, malgré son humeur légère et ses sourires, la suite ne lui plut guère. Elle ne pouvait en vouloir à Gowen de se faire le porte-parole des mille et unes excuses du Trône de Fer mais elle était plus que lassée de se les entendre rabâchée dans la bouche de tout un chacun. Quand y en aurait-il un d’asser franc pour lâcher la vérité crue et nue ? Pourquoi n’intervenaient-ils pas ? Peur…ou simple calcul politique. Les fer-nés bafouaient allègrement la Paix du Roi, par les Sept ! La Paix du Roi ! Elle aurait bien été le hurler aux oreilles d’Aerys en le secouant pour qu’il bouge enfin ses énormes fesses sans doute pleines d’escarres et se souvienne de son serment. Cela aurait été un…soulagement.

 « Encore quelques mots sur le sujet et je vous en ferai grâce, Gowen. » répondit-elle d’une voix calme. Un calme inquiétant ? Il n’en demeurait pas moins que ces quelques mots rappelaient comment Maura traitait ce genre de sujets au temps de sa régence. Brutalement si il le fallait et généralement sans prendre de gants.  «  Les excuses du Bâtard sont les siennes et, si fumeuse qu’elles soient, elles restent celles de la Main du Roi. Je n’ai pas besoin en prime de celles de Maekar, nous les connaissons tous. Que serions-nous sans quelques pauvres paysans et leurs bottes de foin… Foutaises ! Il n‘en reste pas moins vrai que nous n’avons pas besoin d’une armée sur nos terres alors que celle de mon Val y campe. Il nous faut la flotte. Vous le savez autant que moi, aussi puissante que soit notre Main, mon oncle siège au Conseil Restreint et un homme tel que lui ne saurait oublier les plus puissants vassaux d‘un Trône qu‘il lorgne comme un affamé. Nul doute non plus que le fait que les Fer-nés occupent l’attention de l’Ouest arrange bien du monde, n’est-ce pas de bonne guerre après tout, mais d’aucuns pourraient commencer à y voir une connivence inopportune sous l‘influence de quelques piécettes. » Et des piécettes, ils en avaient dans leurs coffres !  « Et comme dit Tybolt, nous savons payer nos dettes. Lady Tya a du vous le rappeler.» Quand Gowen ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose qui se voulait sans doute être sanglant, elle le coupa en levant la main signe qu’elle n’avait pas envie que la discussion s’envenime.  « Rompons-là, je n’ai pas envie d’une dispute pour des histoires d’influence. Ni l’un ni l’autre n’avons de pouvoir en cette affaire si ce n’est celui d’attendre. Plus ou moins patiemment…J’en conviens. » ajouta-t-elle, charmeuse et presque mutine, avec un sourire propre à faire fondre jusqu’au glorieux mais sévère Tybolt. Puis sautant du coq à l’âne, usant en cela du privilège des belles femmes à qui on ne pouvait en vouloir bien longtemps, elle sourit en réponse aux histoires de saoulerie de son oncle.

 « J’avoue que j’ai surtout du mal à imaginer le prince vantant les « grandes qualités » d’un tiers…C’est là que votre fable pèche, mon cher beau-frère. » ajouta-t-elle en riant tout en considérant ses propos sur les Lannister. Était-elle heureuse à proprement parler ? Elle doutait pouvoir trouver le bonheur dans un simple mariage fut-il avec l’homme le plus parfait de Westeros. Et parfait, Tybolt ne l’était pas.

 « Qu’elle s’amuse alors…Mais je doute que Tya s’attire l’affection de son frère en venant lui faire des reproches que je lui ai déjà fait. L’indulgence dont il fait preuve envers son épouse ne s’étend pas à ses sœurs, Aliénor peut en témoigner. Ma sécurité a été son seul souci dans cette histoire et je doute que les envies de festivités de sa sœur l’aient fait changer d’avis. » Ce n’était qu’une remarque mais elle commençait à suffisamment connaître son époux pour savoir qu’il risquait fort de ne pas goûter ce qu’il prendrait comme une remise en cause de ses choix et de ses actes.

La suite laissa Maura silencieuse pour la première fois de leur petite joute amicale. Ce n’était pas tant l’idée qu’elle eût été utilisée comme un outil diplomatique. Combien de fois sa main avait-elle été proposée ou demandée ? Elle ne comptait plus vraiment. Les filles des Grandes Maisons en particulier, et de la noblesse en général, savaient toutes qu’elles étaient une partie de l’éventail diplomatique et faisaient mieux d’en prendre le pli le plus rapidement possible. Cela évitait bien des larmes et des craintes. Mais le Nord…Rien à voir avec leur volonté de développer des liens de parenté avec l’Ouest. Et la politique du Val en aurait été complètement différente. Et ils seraient restés à l’abri derrière leurs montagnes.


 « Lady Stark…Rien que ça ? » Elle ne trouva rien à répondre de plus tranchant sur le coup et se rempara derrière ses bonnes manières et le rôle traditionnelle de ses semblables.  « Je suis vraiment désolée que ton orgueil ait été blessée par quelques paroles de mon père, Gowen. Enfin, tu sais comment les choses se passent et à quel prix se monnaye la main d’une fille aînée. Je suis certaine que mon père t’estimait et voyait en toi un…bon garçon ? Je pense que c’est ce qu’il aurait dit. N’importe quelle femme bien née et au cœur bien placé aurait été heureuse de devenir ton épouse. Je ne suis pas certaine que tu aurais pu dire la même chose à mon sujet. Rassure-toi de toutes façons, j’aurai été extatique si mon père avait annoncé nos fiançailles ce soir-là. L’épouse de Gowen Cerfcoeur… » Plus que l’amusement, c’était avant tout la nostalgie qui perçait dans son sourire lointain. Elle avait tant perdu, manqué tant de choses à la suite de ce tounoi que s’y rattacher lui laissait toujours un goût amer dans la bouche. Elle finit par réagir au sujet de l’annonce d’éventuelles tractations.  « Je n’en ai jamais rien su. Les choses auraient été…différentes. Tu m’imagines en Stark ? Moi pas du tout. Six pieds dans la neige jusqu’à l’été…Brrr ! J’en ai froid dans le dos. » ajouta-t-elle tentant de plaisanter vaillamment pour faire passer l’impression d’avoir trahi son père en allant épouser un autre homme que celui qu’il lui destinait.  « Tybolt m’est un bon époux, c’est certain, et nous sommes…très attachés l‘un à l‘autre. Mais je ne l’ai pas épousé pour ses airs de beau garçon ou sa valeur à la joute, ni lui pour ma supposée beauté. Il aurait pu être vieux, podagre et sans dents que cela n’aurait rien changé. Je l’ai épousé pour sa richesse, l’Ouest et sa puissance. Peu me chaut ce que pourrait en penser mon père de là où il se trouve, il n’avait qu’à pas aller se faire bêtement tuer par les clans. » Le ton s'était fait un peu plus sec, non pas triste mais encolèré. Après tout, la faute à qui si elle n'avait pas été mariée à quinze ans comme toutes les jeunes femmes de son rang et avait du attendre de longues années. Oh ! Elle avait aimé diriger le Val, aider Jasper de son mieux, élever Maeve...Il n'y avait pas à dire. Mais elle y avait aussi beaucoup et peut-être même trop perdu.
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Message Jeu 24 Mai 2012 - 0:37

Gowen eut le plaisir de voir Maura receptive à sa pique libidineuse sur les Jardiniers. Non pas qu’il avait explicitement cherché à la faire rire, mais il est toujours plus agréable d’avoir un partenaire de conversation avec de l’humour quand on pratique le cynisme comme langue maternelle. Le contact physique aussi bref que soudain le surpris. Il était clair, par la gestuelle de la dame, qu’il n’y avait aucun sous-entendu, mais la familiarité engageait une proximité rafraichissante, et il ne rétorqua rien à la suite du petit sermon que la bienséance obligeait.

Quand elle prit sa posture de matrone pour l’observer, il passa de surpris à passablement confondu, s’efforçant de ne pas trop le laisser paraitre. Il était bien en mal de deviner ce qui s’échapperait des lèvres de la lady. Mais quand elle enchaina de l’appeler beau sire en le comparant à une asperge, il la rejoint tout à trac dans son esclaffement, avec un rire à gorge déployé qui fît s’envoler les passereaux. Cela leur valu aussi le regard suspicieux de leur lointaine chaperonne, mais il n’en avait cure. Se remettant de la boutade qui l’avait complètement pris au dépourvu, il secoua la tête, sourire en coin, laissant son dernier éclat de rire s’éteindre en soupirant. « HA !… Ma lady, il va falloir me laisser reprendre la citation de votre chevalier à mon compte, elle est décidemment impayable …». En cet instant simple, un petit quelque chose de ce qu’ils avaient partagés adolescent semblait être brièvement remonté à la surface, sans que Gowen n’eusse pu y mettre plus de mots.

Quand la conversation en vint à effleurer la politique, le chevalier fixa des yeux chacun de ses pas. Il laissa la Dame du Roc discourir en réponse, écoutant avec soin le ton et mots employés. L’exaspération palpable dans son analyse laissa à Gowen l’impression que Maura, comme il s’en était douté, était activement impliquée dans la politique et les plans de son époux. Elle devait probablement même siéger à ses conseils de guerre. Pour le reste, il n’y avait pas lieu de prendre ombrage des remontrances faites aux Targaryen, même celui qu’il servait. Elles étaient partagées par tous. Gowen allait quand même, pour la forme, rétorquer aux critiques faites à Maekar, mais elle l’interrompit d’un geste avant qu’ils ne s’étendent sur le sujet. C’était probablement au mieux, plutôt que de bêtement gâcher le moment. Gowen se para donc d’un sourire en réponse à celui, décidément charmant, de la Dame, et accepta volontiers le changement de conversation.

A la remarque sur la probable sévérité de Tybolt à l’égard de sa sœur, Gowen porta le regard au loin en soupesant l’image évoquée, incurva les lèvres vers le bas et pencha momentanément la tête sur le côté. Il connaissait la pugnacité dont Tya était capable avec la plupart des gens, mais au demeurant il n’avait eu que peu d’occasion de voir le comportement de son épouse avec les siens. Le petit entretien qu’il contait avoir avec elle cette nuit allait surement être riche d’enseignements à ce sujet.

Puis cette charmante promenade suivant son court, Gowen en arriva à exposer la véritable raison pour laquelle on leur avait interdit de se revoir. Il pût sentir dans le mutisme passager de Maura que pour elle aussi, la conversation venait d’effleurer quelque chose de personnel. Mais pour elle comme pour lui, ce quelque chose d’enfoui retomba bien vite dans les limbes de la jeunesse, s’effaçant derrière les adultes qu’ils étaient devenus.
Maura lui afficha toute sa sympathie, ce qu’il eut presque prit pour de la condescendance s’il n’avait pas perçu dans les propos une candeur sincère. Le chevalier accepta ces derniers avec un sourire pincé mais un regard bienveillant. En vérité l’avis de Jon Arryn sur le genre de garçon qu’il avait été lui aurait importé peu. Ce qui l’avait véritablement blessé dans les mots du défunt avait été autre : Gowen aurait put être le plus bon et le plus brave des gendres, un puisné ne pouvait apporter ni terres, ni or. On ne pouvait changer son ordre de naissance. Voilà ce qui l’avait affecté. Le Baratheon assumait pleinement ses choix de vie, et peu de personnes pouvaient s’enorgueillir que Gowen prenne en compte leurs commentaires. En revanche, qu’il soit tenu pour compte de quelque chose d’inné, dont il ne pouvait rien, l’animait d’un sentiment d’injustice. Pour cette raison, d’ailleurs, Gowen ne jugeait jamais personne par leur naissance, qu’ils soient bâtards, étrangers ou petite-gens.
Cela dit, avec le recul, il comprenait entièrement la décision du précédent seigneur des Eyriés. Chercher le meilleur parti possible pour les intérêts ou le prestige de la maison était tout naturel. D’ailleurs, a quand remontait le dernier mariage noble qui n’eût été un calcul politique ? L’union-même pour laquelle Maura et Gowen était présents à Hautjardin ne dérogeait pas à cette règle ...

Il finit par hausser les épaules en souriant
« Oh, il n’y a pas de raison de te désoler pour mon orgueil, bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Et même si l’idée d’être mariés nous aurait plu à l’époque, je suis à peu près sûr qu’à l’heure actuelle tu serais plus exaspérée qu’extatique. C’est une sorte de don, chez moi. »

Il rétorqua à sa plaisanterie sur les Starks par une grimace de connivance en imaginant l’hiver au-delà du Neck. « Oui, je dois avouer que pour toutes les descriptions passionnées que ma mère a pu me faire de son château natal, ses charmes m’ont moi aussi toujours laissé un peu froid, sans mauvais jeu de mot. »

Gowen autant que Maura avaient plaisanté sur les choses passées, mais toutes leurs boutades n’avaient pu totalement couvrir le parfum des relents amers associés. Le ton de Maura se fit d’ailleurs plus sec en évoquant son père. Mais avant qu’il ne puissent commenter quoi que ce soit, voilà que leurs pas les avaient ramené près du belvédère, d’où une dame de compagnie aux couleurs du Lion était descendue les retrouver.
« Ma Dame, le soir sera bientôt là et il faut penser à vous preparer pour la soirée de la petite fiancée. » Maura réplica immédiatement après « Je ne t'ai pas engagée pour que tu vienne me deranger. La prochaine fois, je te fais arracher la langue. » . Gowen fut quelque peu surpris, et la jeune demoiselle passablement effrayée, balbutiant des excuses. Le chevalier en était venu à se demander, au fil de cette charmante promenade, si le surnom « la Sanglante » était entièrement justifié. Il s’avérait que oui. Il retrouva un air serein et souriant juste avant que Maura se tourne vers lui.
« Gowen, vous m'excuserez, on ne trouve plus de petit personnel capable avec cette guerre. Elles n'arrêtent pas de m'obliger a vouloir me préparer. » .
Gowen répondit-il avec un vouvoiement de circonstance retrouvé en présence d’un tiers. « Nul besoin de vous excuser, ma Lady, bien pire a été pardonné.» Il eût un regard pour la jeune fille aux yeux rivés au sol, les mains jointes et les oreilles aussi rouges que sa robe. Bien pire….
Il posa sa coupe vide sur le guéridon, prit la main de la Dame du Roc et la monta à ses lèvres. « Bien que court, cet entretien fût un plaisir. » Ses doigts toujours dans ses mains, près de son visage souriant, il eût un regard en dessous amical. «Encore toutes mes félicitations pour votre mariage, lady Maura. C’est un honneur que les liens de la famille nous unissent. »

Gowen resta ensuite sur le belvédère, regardant la Dame s’en aller. Il alla à la petite table remplir sa coupe, l’apporta aux lèvres, les yeux perdus dans le vague. Puis comme revenant à la réalité, il haussa les épaules, vida son verre d’un trait, et repartit vers le château en sifflotant.

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