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Pour une histoire de plumes | pv Alrik

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Message Mar 27 Mar 2012 - 15:40

L'on nourrissait à l'égard des courtisanes de luxe d'étranges préjugés. Messenda avait pu en entendre quelques uns au cours de sa carrière et ils la surprenaient toujours autant. Le mythe de la demoiselle en détresse était le premier d'entre eux. Il prétendait que les femmes qui offraient leurs charmes dans les maisons de plaisir réservées aux aristocrates étaient prisonnières de leur condition, de leur tenanciers et souffraient plus généralement de la privation de leur liberté. Le point de vue en vogue au sein de ces dernières était en réalité autrement plus pragmatique. Issues des marchés aux esclaves et plus généralementde basse extraction, les courtisanes savaient qu'en ce bas-monde, il y avait pire qu'être considérée comme un produit de luxe et traitée en conséquence. Vêtues des étoffes les plus rares, parées des bijoux les plus honéreux, elles étaient éduquées selon les codes de la noblesse dans laquelle elles devaient évoluer. La plupart d'entre elles se savaient jouïr d'une meilleure situations que la plupart de leurs semblables. Elles n'étaient inféodées à aucun mari, ne connaissaient pas les rigueurs du travail paysan et se trouvaient globalement à l'abri du besoin. Aussi la majorité s'estimait satisfaite de son sort. Messenda en faisait partie...

Ce matin-là, l'une de ses compagnes avait fait une apparition échevelée dans sa chambre en la suppliant de lui rendre un service. L'un de ses clients réguliers lui avait fait parvenir une parure issue des Contrées Exotiques ornée de plumes rares et précieuses. Un accident était arrivé et pour résumer le panache duveteux n'avait pas réussi à survivre à l'épreuve du feu au sens littéral du terme. La jeune femme devait voir cet homme dans la semaine aussi les rémiges abîmées nécessitaient d'être remplacées dans les plus brefs délais. Elle n'avait cependant pas la moindre idée de l'espèce du volatile en question. Elle espérait que Messenda pourrait lui prêter main-forte en faisant l'acquisition de la matière première sur le marché pour elle...

Voilà qui expliquait la raison pour laquelle la jeune courtisane avait quitté séance tenante la maison de plaisir pour diriger ses pas vers le marché à vive allure. Elle se devait de rentrer avant l'horaire de son prochain rendez-vous aussi la tentation de musarder était-elle exclue d'office. C'était sans compter sur la masse compacte, bruyante et affairée grouillant en permanence dans les artères commerciales de Port-Réal. Un flot ininterrompu de personnes, une marée humaine dont les vagues inexorables venaient se briser contre les bâtiments en éclaboussant au passage l'une ou l'autre des échoppes. L'effet produit par la vision de ce fleuve indiscipliné avait de quoi impressionner l'observateur non averti. Ou décourager celui qui espérait ne pas perdre de temps. Face à ce torrent de corps en mouvement, Messenda sentit un instant sa motivation vaciller. Pourtant on comptait sur elle... Mobilisant tout son courage, la courtisane plongea dans la foule.

Elle eut soudainement l'impression l'impression d'avoir été heurtée par un cheval au galop. Eut-elle été véritablement noble, la présence de la foule n'eut pas été un tel problème. Des soldats auraient dégagé le chemin. Mais elle n'était rien de plus qu'une catin de luxe et même vêtue comme une aristocrate, elle devait partager le sort des gens du commun. Bousculée, elle était projetée d'un côté puis de l'autre sans le moindre égard, agressée de toutes parts par les cris des commerçants, les invectives des passants, ses sens submergée par les odeurs de sueur, de crasse sous lesquels se profilait l'arôme toujours présent de la misère. Trouver le Maître de l'Harmonie en ces lieux tenait du miracle. Messenda domina pourtant ses angoisses pour cesser de lutter contre le courant pour se laisser porter par lui. Le voyage ne se transforma pas pour autant en partie de plaisir mais du moins la jeune femme atteint-elle sa destination sans que ses orteils fussent les innocentes victimes de son expédition matinale.

Sortant tant bien que mal de la foule pressée, la jeune femme se réfugia dans la boutique comme si il s'était agi d'un asile. Tenue par un exilé des Cités Libres, cette échoppe représentait une enclave appréciée des étrangers comme une oasis familière dans le tumulte de Westeros. Son propriétaire toujours ravi d'échanger quelques mots dans sa langue natale avec un compatriote aussi acceuillit-il la visite de Messenda avec un large sourire. Se mettant à sa disposition, il lui fit gagner un temps précieux en lui fournissant non seulement les plumes mais également de précieux conseils sur la façon de réparer la parure endommagée. Voyant qu'elle n'avait de toute évidence pas le temps de partager une collation avec lui, il se contenta de lui souhaiter une bonne journée, avant de la rendre au tumulte de la rue bondée.

Elle regarda avec une certaine lassitude le flot ininterrompu de piétons, réalisant avec une certaine inquiétude qu'il lui faudrait traverser la colonne pour pouvoir remonter la rue qu'elle venait de descendre. Port-Réal, cité capitale de l'empire Targaryen, lui fit l'effet d'une hydre monstrueuse prête à l'engloutir et elle se mit à souhaiter ne pas avoir quitté la maison de plaisir quelques temps plus tôt. Messenda ruminait encore cette sombre pensée lorsqu'elle aperçut soudain un visage connu au milieu de cette mer de figures. Aborder certains de ses clients dans la rue en dehors du cadre strict de leurs relations professionnelles eut été pour eux le comble de l'impolitesse aussi la jeune femme ne s'y serait pas risquée. Mais la personne qu'elle voyait se rapprocher ne lui semblait pas être de ceux qui lui feraient remarquer qu'elle ne devait pas lui adresser la parole. Il serait probablement gêné mais elle n'avait pas décelé chez lui l'hypocrisie traditionnelle de ces aristocrates bigots qui se vautraient sur son lit pendant des heures avant de lui jeter des regards méprisants. De tous c'était encore leur attitude qu'elle comprenait le moins et ces individus étaient sans doute les rares personnes pour qui la jeune femme devait forcer sa sensualité. Alrik Mallery néanmoins n'était pas fait de ce bois-là. Elle ne l'avait vu qu'une fois mais il avait réussi à lui inspirer une certaine sympathie pour sa douleur, pour la façon dans laquelle il s'était drapé dans son deuil. Il se sentirait sans doute gêné mais il ne lui ferait certainement pas l'offense de lui refuser ce service. Rassemblant son courage, elle se fraya un passage au milieu de la foule. Feignant d'avoir été bousculée, elle émit un charmant petit cri de détresse avant de se pendre à son bras pour se rattraper. Faisant mine de se recomposer, elle réussit également à parfaitement simuler la surprise la plus pure.

"Seigneur Mallery ! Quelle bonne surprise ! Je suis désolée mais aujourd'hui il y a tellement de monde..."
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Alrik Mallery
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Message Ven 30 Mar 2012 - 18:46

L'effervescence citadine, elle avait de quoi décourager les plus ambitieux de se risquer à sortir de leurs couvertures. Port-Réal s'était éveillé avant même les premières nitescences de l'aurore, et s'il était encore agréable de musarder dans les venelles presque dénuées de vie, la condensation de la plèbe s'amplifiait graduellement avec les heures. Dès lors que le soleil eut l'occasion de poindre dans le ciel, les citoyens s'affairèrent à leurs activités communes diurnes non sans envahir toute la cité d'une indicible cacophonie. Participant lui-même à ce concert de bruitages, Alrik était en pleine conversation avec un petit escadron de soldats tous vêtus de cape dorée. Les Manteaux d'Or, la garde civile avec laquelle il collaborait de près et entretenait des relations basées sur la déontologie de leurs rôles respectifs. S'il avait été en mesure de trouver le sommeil la nuit passée, les rapports de ses sentinelles l'avaient rattrapé dès son arrivée matinale, assailli dès lors qu'il outrepassa l'huis de son office privée. Il semblait qu'un essaim de malandrins aimait à côtoyer les abords du Donjon Rouge de façon régulière, bien trop pour que les autorités ne s'en méfient pas. Suite à maints faits et conjectures allant jusqu'à évoquer la récente agression d'une courtisane des hauts quartiers – dont le témoignage faisait étrangement référence à une troupe de forbans similaire à celle dont il était ici question – le capitaine des Dents de Freux prit la décision d'enquêter auprès des autres corps martiaux. Ce soir, il savait d'ores et déjà qu'il n'aurait guère l'opportunité de se reposer à son bon grès tant qu'il n'aurait pas lui-même mis la main sur ces individus. Nul ne parviendrait à pénétrer l'enceinte du palais tant qu'il serait le héraut de sa sécurité, car au-delà des responsabilités inhérentes à son titre, sa dignité était tout aussi concernée. Si tout incident était impossible à prophétiser, il ferait en sorte que tout avantage soit de son côté quitte à se ronger d'appréhension futilement. N'était-ce point sa prudence emphatique qui lui avait permis de préserver son poste après seize années de bons et loyaux services ? Même si pour cela, il était parfois considéré tel un psychotique par sa jeune soeur et sa fille.

Résolu à faire la lumière sur toute cette histoire, le chevalier songeait à interroger ses accointances parmi la populace des bas-fonds. Ces derniers seraient les plus à même de le renseigner sur d'hypothétiques nouveaux venus tapageurs en ville. Ses racines de roturier lui étaient plus utiles que toute l'opulence d'un noble seigneur, c'était encore tout ce qui lui remémorait sa vie passée, à l'antipode de ce qu'il avait su se construire. Peut-être certains commerçants seraient-ils également enclins à lui apporter quel que renseignement que ce soit, puis, il avait foi aux légendaires acquis des taverniers qui en faisaient des sources intarissables d'informations. La réelle question était : par où commencerait-il ? Après avoir gratifié l'un des soldats d'une tape amicale sur l'épaule, il les abandonné à leur besogne pour entreprendre la sienne. Habitué aux flux torrentiels qui parcouraient les différentes ruelles, il se laissa entrainer par le courant avec une dextérité et une présence corporelle suffisante à l'épargner d'accablants ballotements. Les effluves qui couvaient l'air ambiant chatouillèrent son sens olfactif, si elles demeuraient toujours plus agréables que dans les allées de Culpucier, elles lui rappelaient que le surplus d'épices était aussi néfaste pour l'estomac que pour le nez. Il contourna donc l'étale responsable de ces émanations culinaires pour s'engouffrer dans un autre pan de rues boursouflées de monde. A nouveau, il s'amusa à serpenter entre les individus jusqu'à entendre un éclat de voix plus haut que les autres, puis un second venant répliquer au premier. Un couplet d'artisans étaient en pleine algarade, mais quand bien même leurs phonèmes tonitruants couvraient la quasi totalité de la ruelle, les gens ne semblèrent pas y prêter attention plus que de raison. Rattrapé par sa fonction de défenseur de l'ordre, Alrik craignait que la situation ne s'envenime jusqu'à arriver à l'échange des poings. Alors, par souci d'éthique, il s'extirpa de la masse pour se positionner quelque peu à l'écart non loin de la scène, de là où il serait en mesure d'intervenir en cas de rixe impromptue.

Bras croisés sur son torse, il observa consciencieusement l'altercation sans faire plus attention aux alentours. Ce fut ce même instant qu'une sylphide choisit de lui faire remarquer son manque de vigilance sur le reste de la zone, alliant pour cela la finesse d'une adorable simulation à sa vénusté naturelle. Ainsi, le commandant soubresauta presque en sentant un poids s'abattre sur son côté dextre et l'agricher pour éviter la culbute. Intuitivement, il chercha à retenir celle qui venait de subir les désagréments de la foule en vérifiant furtivement si aucun mal ne lui avait été fait. Puis alors, il croisa ces deux gemmes d'azur éthéré qui l'ankylosèrent d'une même stupéfaction qu'elles n'en témoignèrent. Mis face à une réalité qu'il préférait désavouer, quelques secondes lui furent nécessaires pour rassembler ses esprits et ne pas rester abasourdi devant la jeune femme. Tout comme elle, il reprit une certaine contenance avant de lui adresser une risette, encore sertie d'étonnement malgré lui.


« Messenda, quelle surprise en effet. Si je m'étais attendu à vous croiser au beau milieu de la ville... Enfin, inutile de vous confondre en excuses, il y a à peine de quoi respirer convenablement avec ce monde. »

Et c'était peu dire, la venelle dans laquelle ils se trouvaient n'était certes pas des plus étriquées, mais elle n'était pas large pour deux pécules. Néanmoins, ce détail lui parut soudainement subsidiaire alors qu'il était à présent en compagnie d'une fille de joie dont il avait fait connaissance de façon bien peu élogieuse. Les réminiscences qui lui vinrent instinctivement en mémoire lui dévorèrent le peu de tenue qu'il avait su se préserver, le laissant quelque peu désarçonné et incapable de soutenir son regard plus longuement. Furetant la population tout en se rongeant inconsciemment la lèvre inférieure, il épargna finalement cette dernière en se raclant la gorge sans savoir par où commencer, ni même s'il devait se plier à l'exercice. Du peu de discussion qu'ils avaient eu, la dryade lui avait semblé tout à fait amicale et réfléchie. De plus, il n'était pas homme à juger les individus sur leurs moeurs ou professions, il n'y avait là que l'embarras d'un stupre partagé qui l'empêchait d'être aussi avenant qu'à l'accoutumé. S'il ne réfutait absolument pas sa beauté tropicale, unique et enjôleuse comme il en avait rarement connu, il se décevait de n'être que faible face à la volupté dans laquelle elle l'avait entrainé cette nuit là. Il avait maudit ses amis pour cette délicieuse facétie, ce cadeau qu'avait été la courtisane et pour laquelle il n'avait pas moins de respect malgré tout. Puis, il se souvint de la raison de sa présence en ce lieu et pivota en direction du binôme d'artisans qui avaient – pour le plus grand bonheur de tous – cessé leurs hurlements. Cette affaire-ci réglée sans besoin d'intervention, il considéra derechef l'îlienne à laquelle il s'apprêta à s'adresser. Cependant, il aperçut un quidam trapu et à l'épaule chargée d'une caisse de colifichets arriver en leur direction. Il ne lui fallut que peu de temps pour comprendre qu'il piétinerait la belle sans prendre le soin de l'éviter, car celle-ci avait le malheur de se situer au centre de sa trajectoire. Le chevalier la saisit donc, l'agglomérant quelque peu précipitamment à son armure pour l'épargner d'une énième bousculade qui aurait, cette fois, certainement eu raison de son équilibre. Logée au creux de son héroïque étreinte, la nymphe à la peau d'or se trouvait prémunie contre les dangers de la masse populaire qui naviguait non loin d'eux. Mais pour combien de temps ?

« Laissez moi vous escorter jusqu'à l'autre bout de la rue, là où vous aurez moins de risques de vous faire violenter par cette sortie de bétail. »

Alliant le geste à la parole, Alrik posa une main préventive dans l'échine de Messenda, ceci dans le but de ne pas la perdre parmi la plèbe. Se gonflant d'un orgueil typiquement martial, il usa de son bras libre pour écarter les individus qui se trouvait sur leur passage. Si un tel procédé n'aurait – d'ordinaire – pas été véritablement fructueux, le grade et la notoriété dont il jouissait furent d'un véritable secours. Faites place au Capitaine des Dents de Freux ! Telles furent ses déclamations, qui ne manquèrent pas de résonner dans les oreilles et esprits. Qui oserait donc entraver la route du factotum de la Main du Roi lui-même ? Nulle âme un tant soit peu intelligente. Ainsi, les gens s'immobilisèrent ou s'appliquèrent à les contourner, mais ils n'eurent pas à souffrir d'une indésirable mitoyenneté physique. Son armure personnalisée pour miroiter son rang aurait, de toutes les manières, dissuadé quelques fous de leur manquer de respect, tout comme l'arme parfaitement visible à sa ceinture. Plus prestement que la jeune femme n'aurait pu l'escompter, ils parvinrent à leur destination, là où la foule semblait bien moins dense. Il relâcha ensuite sa protégée du moment, observant le sillon de stupeur qu'ils avaient laissé derrière eux non sans un certain amusement. Que la naïade soit une femme de basse distinction n'était pas prétexte à la considérer comme la dernière de son genre, tous avait le droit à un minimum d'estime et les règles de savoir-vivre s'appliquaient à tout le monde. D'ailleurs, il ne se priva pas pour lui dispenser un conseil amical tout en pointant une direction du doigt.

« Si vous passez par le quartier des apothicaires, vous ferez un petit détour mais il y aura bien moins de passants et vous pourrez rentrer en vie. » Il reprit presque immédiatement en la regardant. « Enfin, je dis ça, en supposant que vous rentriez... Chez vous... »

Ses derniers mots furent hésitants. Pouvait-on qualifier un lupanar de foyer ? Il n'en était pas convaincu et s'avouait pris d'un soudain malaise face à cette éventuelle bévue.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Dim 8 Avr 2012 - 21:33

Sous ses doigts délicats, Messenda sentait crisser la poussière des rues de Port-Réal qui maculait l'armure du beau capitaine. D'où elle était, elle avait un point de vue exceptionnel sur ses traits altiers, son profil d'aigle et son visage si définitivement Westerosii. Un visage de guerrier, celui d'un soldat habitué à se battre pour chaque pouce de terrain gagné. Un être de métal, de chair et de sang. Un charme auquel la jeune femme s'était habituée doucement et qu'elle savait désormais apprécier, comme elle avait appris à aimer la sophistication des hommes des Cités-Libres ou le parfum capiteux d'un bon vin. Elle observa le balais des émotions sur son visage, le passage de son expression autoritaire, celle du gardien des bonnes moeurs, à une surprise sincère, celle de l'individu qui se cachait sous cette carapace d'acier. Elle entendit sa voix grave, masculine, un son amical, agréable à ses oreilles, qui n'était pas celui d'un commerçant tentant de fidéliser le client. Elle écouta sans un mot l'expression de son sentiment d'étonnement aux conditions de leur rencontre imprévue se contentant d'un doux sourire. Observatrice silencieuse de ses moindres réactions, elle regarda l'embarras gagner son esprit alors que les souvenirs de leur dernière rencontre semblaient remonter à la surface de son esprit, érodant rapidement son assurance pour laisser place à la honte qu'elle connaissait si bien. Cette honte qui semblait hanter les pas des courtisanes à chaque fois qu'elles rencontraient l'un de leurs clients. Peu d'hommes assumaient ouvertement le fait d'avoir recours à leur compagnie, à ses étreintes furtives qui se soldaient par le versement de quelques pièces sonnantes et trébuchantes. Alrik Mallery moins que les autres. Un instant, Messenda éprouva la crainte qu'il se détourne avec un mot poli pour retourner à ses occupations. La seconde d'après, elle se retrouvait collée à son plastron alors qu'à la limite de son champ de vision passait un homme lourdement chargé à l'endroit où s'était tenue sa pauvre tête un moment plus tôt. Elle murmura un merci, son nez saturé par l'odeur de métal sous laquelle se devinait à peine perceptible celle du sang et de la sueur. Ou peut-être était-ce son imagination qui saturait ses sens d'arômes qu'elle avait toujours associé à ses coques de métal froides et impersonnelles dont se revêtaient avec tant de plaisir la plupart des hommes... Lorsqu'enfin, le couple enlacé improbable qu'ils formaient se sépara, la jeune femme s'éclaircit la gorge pour le remercier dans les règles de l'art. Elle l'entendit indistinctement parler d'escorte et de bétails mais elle n'y prêta tout d'abord pas la moindre attention.

"Je vous suis très reconnaissante, Sire Mallery. De vous montrer si prévenant à mon égard. Je n'en espérais pas tant..." Elle s'apprêtait à ajouter autre chose lorsqu'il se saisit de sa taille pour l'entraîner vers le bout de l'artère. Sous ses yeux ébahis, Messenda vit les flots incessants de passants s'ouvrir sur un mot, un geste de son compagnon. Observant le veuf sous un jour nouveau, elle ne vit non pas l'homme qu'elle avait rencontré, ce malheureux à ce point drapé dans son deuil qu'il en paraissait statufié mais le capitaine des Dents de Freux, un commandant. Elle s'étonna soudain que les aristocrates de Port-Réal ne se combattissent pas ainsi qu'ils le faisaient si bien pour qu'il épouse l'une des multiples filles à marier de la bonne société. Alrik Mallery était intègre, gentil et, elle était bien renseignée sur ce dernier point, relativement doué pour les choses de la chair. Selon les critères de la plupart des femmes de ces terres étrangères et d'ailleurs, il était un candidat aux épousailles tout ce qu'il y avait de respectable, n'eut été son origine roturière. Un détail aux yeux de Messenda qui ne comprenait toujours pas pour quelle raison certains paraissaient si obsédés par des notions de généalogie. Pour peu qu'elle se souvienne de son propre pays, les Naathiens ne s'en étaient jamais formalisés. Les enfants poussaient comme de la mauvaise herbe au milieu d'une communauté soudée par l'amour de son prochain protégé par les soldats éphémères du Maître de l'Harmonie à côté desquels les quelques papillons des jardins de la maison de passe paraissaient bien ternes. Finalement, l'océan de la rue laissa place à une venelle presque déserte. Ou du moins le semblait-elle après la cohue dont ils venaient d'émerger. Légèrement étourdie par cette plongée déconcertante dans la foule du royaume, la courtisane écouta son interlocuteur buter sur la qualification de la maison de passe dans laquelle elle vivait. Comme la plupart des gens, il ne parvenait pas à concevoir qu'à ces lieux de débauche on put attacher la notion de foyer. Pourtant depuis son plus jeune âge, Messenda n'en connaissait pas d'autre.

"Ne soyez pas décontenancé, sire Mallery. C'est bel et bien mon foyer, là où mon coeur réside. Mon île de naissance est bien loin. Nous sommes séparées par les océans insondables. Eussé-je les moyens d'y retourner que je ne le choisirai probablement pas. Le Maître de l'Harmonie avait d'autres plans pour moi et je ne les regrette pas."

Elle envisagea un instant une traversée solitaire des ruelles de Port-Réal. Avant de réaliser que malgré ses deux années de séjour, elle restait une étrangère à cette ville tortueuse, faites de détours, de cul-de-sac et de coupe-gorge. Les frayeurs de ses premières expéditions en ville revinrent brusquement danser devant ses grands yeux azurs et elle se tourna vers le capitaine. Elle s'apprêtait à lui demander son aide lorsque la phrase mourut sur ses lèvres. Accepterait-il de l'escorter jusqu'à ce bâtiment auquel il déniait le caractère familier ? Accepterait-il d'être vu avec une courtisane ? N'avait-il pas mieux à faire ? Qu'avait-elle à lui offrir en échange de cette escorte sinon une nouvelle étreinte qu'il n'accepterait certainement pas ? Elle se tint là quelques minutes, frêle et indécise, n'osant demander son chemin, n'osant abuser de sa gentillesse. La nécessité d'être ponctuelle reprit le dessus, douloureux aiguillon sur son esprit. Elle fit un pas en avant puis se retourna pour accrocher une nouvelle fois ses mains au bras de l'homme dans un geste de détresse qui n'avait rien de feint.

"Pardonnez-moi Sire. Mais je ne connais pas ce chemin et..." Elle marqua une pause, mordillant ses lèvres. "Port-Réal me fait un peu peur." Elle lâcha l'aveu dans un souffle, la voix basse, essayant de ne pas prononcer trop haut cette honteuse évidence. La capitale de Westeros et ses avenues tortueuses, traîtres, perturbaient son sens de l'orientation et elle n'osait s'aventurer seule en dehors des axes bien connus, en dehors des routes où se pressaient la foule. Une femme seule était une tentation bien trop grande pour les coupe-jarrets de cette cité cosmopolite et si ses croyances personnelles n'avaient pas été ébranlées, elle avait appris que se fier à l'humanité des autres n'était pas un gage de sagesse. Elle reporta ses yeux clairs, implorants, sur Alrik Mallery avant de demander. "Pourriez-vous me raccompagner, je vous prie ? Si vous en avez le loisir..."
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Alrik Mallery
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Message Sam 14 Avr 2012 - 7:43

Il oscillait entre le réconfort que la belle n'ait point pris ombrage de ses paroles ou la tristesse qu'elle les ait justement confirmées. Quand bien même elle semblait certaine de ce qu'était aujourd'hui son foyer, le capitaine ne put s'empêcher de déplorer cette réalité. Ce qui n'était qu'un antre de volupté éphémère pour certains, pouvait également être un domicile constant pour d'autres. Un lupanar imprégné des effluves âcres et grisantes du sexe, d'incessantes visites de stupre, des réminiscences nées de fantasmes masculins, un quotidien enchainé à la basse besogne inhérente au statut de fille de joie. Ainsi contée, l'existence de Messenda lui semblait des plus hideuses et insipides, qu'il n'aurait souhaitée à nulle personne sur cette terre. Pourtant, il avait conscience que sa préconception était fallacieuse, du moins l'était-elle dans le cas de l'îlienne présente à ses abords, car elle respirait l'aise et la bonhomie. Se cachait-elle réellement au revers des volontés d'une déité pour justifier ce qu'elle était devenue ? Le Maître de l'Harmonie, il aurait certainement été fort malvenu de lui avouer qu'il ignorait qui était cet être, mais il repensa étrangement à Cassana et R'hllor auquel elle s'était dévouée corps et âme. Sans doute n'y avait-il là aucune jonction à faire, l'aurait-on même injurié d'oser entreprendre une quelconque analogie entre deux idôlatries distinctes. Le sujet méritait d'être approfondi, il était curieux de connaitre les raisons qui déracinaient tant la sylphide de son archipel, eut-il été à sa place que la dorure de retrouver ses racines aurait été immanquable. C'était ce qu'il faisait chaque jour durant, dès lors qu'il foulait la fange de Port-Réal, et il se félicitait alors de ne point omettre un passé qui avait bel et bien existé. Néanmoins, il ne connaissait pour ainsi dire rien de la courtisane, il se refusait ainsi à la considérer sur de simples spéculations. De plus, qu'était-il si ce n'était un client parmi une pléiade ? Absolument rien qui ne l'aurait distingué de ses congénères masculins, il n'était pasmême convaincu que son opinion lui soit d'un intérêt quelconque. Et quand bien même n'était-elle " qu'une fille de joie ", ce titre ne lui ployait point le droit de l'affubler d'une conjecture désuète voire insultante. Le silence était parfois la plus sauve des alternatives, il fit donc risette en expirant un frêle souffle d'amusement qui lui servit à éluder la conversation. Ses calots mirèrent évasivement l'endroit où ils se trouvaient, sans qu'il n'ose prendre congé avant que la demoiselle ne le lui ait autorisé et ceci par pu accès chevaleresque.

S'il pensait que ce n'était qu'une question d'instants avant qu'elle n'aille emprunter l'itinéraire qu'il lui avait indiqué, il sut se fourvoyer lorsqu'en venant contempler son doux faciès, il perçut un voile de détresse. Interloqué par cet impromptu désarroi, il scruta la muse des îles en escomptant à ce qu'elle lui confesse ses maux, ce qu'elle fit en alliant le geste à la parole. A nouveau, elle lui agricha le bras comme s'il était son seul espoir en pleine mer, son unique accroche dans les tumultes océaniques infestés de dangers. Il posa sur son minois un regard interrogatif, jusqu'à comprendre le bien fondé de sa crainte. La capitale recelaient de forbans aptent à porter préjudice à une donzelle si précaire, il n'osait même songer à la fertilité qui les animerait si ce genre de quidams avait effectivement l'occasion de se repaitre d'elle sans que quiconque n'agisse. Il était parfaitement conscient des menaces enfouies dans la pénombre des venelles et dont il protégeait sa soeur et sa fille, ceci bien que la foule du jour serait éventuellement suffisante pour dissuader tout méfait supposé. Mentir aurait-été d'affirmer qu'il n'était pas un homme embesogné, les responsabilités qui l'incombaient ne sommeillaient jamais qu'il soit couvé par l'astre diurne ou celui nocturne. La monotonie était une notion qu'il n'avait pas loisir de connaitre - ce qu'il regrettait paradoxalement parfois - mais vérité dans laquelle il avait appris à se complaire après plus de deux décades de service parmi les Dents de Freux. Entre autre, aujourd'hui ne serait pas une sinécure s'il désirait avancer dans son enquête et prévenir le Donjon Rouge d'une hypothétique mesquinerie, il avait nombre d'interrogatoires à mener de front. A l'antipode de ce programme, l'enjôleuse vénusté d'une jouvencelle qui quémandait son aide, deux lacs de saphirs infinis scintillant de mille éclats qui le prirent en étau. N'était-ce pas le lot de tout chevalier que de louer son obligeance à qui le demandait ? Il n'était pas l'archétype du bon samaritain volant à la rescousse de la veuve et de l'orphelin, mais il savait redéfinir ses priorités lorsque les circonstances l'exigeaient. En l'occurrence, il se sentait bien incapable d'opposer son véto, n'eusse été que par disposition innée à se montrer affable envers son prochain. Il n'avait cure de s'imposer un détour si cela permettait à Messenda de regagner son domicile en vie, au moins aurait-il l'assurance qu'aucun malheur ne lui soit arrivé. S'il laissa un moment de suspension, il finit par déposer sa main sur celle de la jeune femme, celle présente à son bras.


" Bien, bien. Je pense que vous escorter est une tâche à la mesure de mes capacités, mais chassez moi cet air implorant de votre visage voulez-vous. " Il lui offrit un sourire emprunt de chaleur. " Je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce puisse être par ma simple négligence. "

Il fit en sorte qu'elle resserre son étreinte à son bras, ainsi assuré par son contact, il était certain de ne pas égarer sa protégée entre deux bifurcations. L'avantage que lui léguait sa jeunesse dans les rues de la ville était qu'il en connaissait parfaitement la grande majorité, et il se remémorait toujours avec amusement cette époque où il les parcourait tel le fripon vêtu de haillons qu'il fut autrefois. A présent paré d'une armure fondue pour son usage personnel et ses courbes anatomiques uniquement, les choses avaient bien changé, tout comme sa façon d'appréhender chaque intersection. Un fait d'autant plus avéré lorsqu'il était accompagné, compagnie qu'il emporta dans sa marche une fois qu'elle fut prête à entreprendre leur périple citadin. Comme il le lui avait suggéré, il les mena jusqu'au quartier qui était l'habitacle des apothicaires, certains notoires, d'autres plus officieux. Si les premiers mètres furent aisés à franchir, la populace s'intensifia graduellement à leur avancée. Il semblait que les autochtones se soient rassemblés plus qu'à l'accoutumée et l'aient fait mentir sur la quiétude de ces ruelles, si bien qu'il fut contraint de s'immobiliser non loin de l'étalage d'un marchand ambulant. Veillant à garder la nymphe au plus proche de lui, il observa furtivement les possibilités qui s'offraient à son oeil aiguisé avant de s'engouffrer dans une autre venelle. Ce qu'il avait pensé être un trajet des plus élémentaires se transforma en une kyrielle d'improvisations qui les contraignirent à réviser leur itinéraire à plusieurs reprises. Comme précédemment, Alrik congloméra également la belle à sa structure pour mieux lui éviter des désagréments, trop concentré dans l'esquive des incommodités de la plèbe pour entretenir une conversation avec la demoiselle. Un détail dont il prit tardivement conscience, et auquel il tenta de remédier dès lors que son phonème put couvrir la cacophonie globale.

" Alors Messenda, comment allez vous depuis la dern... " Le chevalier se sentit soudainement et particulièrement seul dans son embarras, dans l'ineptie de sa réplique qui les ramenait à leur première et dernière rencontre peu protocolaire. " ... Depuis... Comment allez-vous... Tout court ? " Il ricana de sa propre bévue. " Hum... Avançons avant que je ne passe pour un idiot, si ce n'est pas déjà fait... "

" Commandant ! "

Lui coupa t-on presque la parole alors que le binôme parvenait enfin à une petite esplanade plus dégagée. Une trinité de sentinelles se présenta à eux dans un ballet de salutations martiales, avant de solliciter le jeune noble pour un entretien vraisemblablement important. S'il n'avait guère l'intention de délaisser son actuelle mission, il ne pouvait décemment pas remettre cette brève audience à plus tard. Il s'orienta en direction de la naïade pour lui demander de ne point mouvoir de sa position jusqu'à son rapide retour. Alors qu'il s'éloigna de quelques pas, il remarqua que l'un des gardes ne les suivait pas, mais semblait ankylosé d'admiration face à Messenda qu'il contemplait avec de rondes prunelles. Exaspéré par l'attitude déplacée de la recrue, le capitaine rebroussa chemin pour lui asséner une calotte qui résonna sur la ferraille de son heaume. Désarçonné, le jeune homme se tint droit tel un piquet avant de rejoindre ses camarades, talonné par son supérieur hiérarchique. La discussion fut sommaire, quelques informations sur la cohorte de malandrin qu'il traquait en ce jour, des renseignements non vérifiés mais qui ne présageaient rien de bon pour la sécurité des seigneurs. Alrik réapparut aux côtés de la donzelle non sans un air songeur, qu'il préserva durant quelques secondes de réflexion avant de considérer la sylphide.

" Excusez-moi. Le travail. " Se sentit-il obligé de préciser malgré le truisme de la situation, avant de reprendre d'une lorgnade intéressée. " Dites-moi, pourriez-vous répondre à une question ? J'ai ouï-dire qu'une courtisane des hauts quartiers s'était récemment faite agresser. Avez-vous eu vent de quelque chose ? "

Il n'était pas même sûr que la dite victime faisait partie de la même maison de passe que l'îlienne, ni même si l'incident s'était ébruité parmi les différentes courtisanes de la cité, mais si tel était le cas alors peut-être Messenda pourrait-elle lui apprendre certaines choses qui mériteraient son attention. Dans le cas contraire, encore pourrait-il interroger la responsable du lupanar dans lequel ils se rendaient, laquelle serait probablement au fait de la mésaventure.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Mer 18 Avr 2012 - 8:09

...Chassez moi cet air implorant de votre visage voulez-vous. Les mots se répercutèrent dans son esprit alors que son interlocuteur les prononçait, sa main sur la sienne, un sourire chaleureux sur ses traits virils. Alrik Mallery incarnait tout le paradoxe de ces terres. Messenda se rappelait encore du jour où elle avait appris qu'elle était vendue à une tenancière de Port-Réal, que les courtisanes surnommaient entre elles la cité cannibale en raison de sa sinistre réputation et de la barbarie qu'on imputait à ses habitants, pour éponger une dette. Au début, la rumeur avait couru dans le lupanar qu'une visiteuse Westerosii, maquerelle elle-même s'était présentée pour jouir de l'hospitalité de leur propre taulière. Puis le but de son long voyage s'était révélé. Il y avait eu des complications dans son propre royaume et pour une raison ou une autre, la maison de plaisir qu'elle administrait avait perdu une grande partie des courtisanes qui faisaient sa renommée. Elle avait donc entrepris de rappeler à tous ses débiteurs que le temps était venu de s'acquitter de leurs dettes. Les filles s'étaient rassemblées derrière la porte, anxieuses à l'idée d'entendre leur nom être prononcé comme prix ultime de cette transaction humaine. Lorsque finalement c'était celui de la Naathienne qui était parvenu aux oreilles de cette assistance, la jeune femme avait senti s’appesantir sur elle des regards lourds de compassion. De son nouveau royaume d'adoption on lui avait dressé un portrait sans concession, pleins des préjugés qu'entretenaient les Cités Libres à son égard. Messenda s'était imaginé une terre immaculée, recouverte de glace, hantée par le souvenir des dragons Valyriens pour laquelle s'affrontaient des seigneurs barbares engoncées dans d'épaisses fourrures puantes. Inutile de dire la surprise qui s'était emparée d'elle lorsqu'elle avait découvert au terme de son voyage en mer que sa terre adoptive n'était pas si différente de celles où elle avait été élevée. Accrochant le regard clair de son interlocuteur, elle surmonta sans mal la panique passagère qu'une randonnée solitaire dans des ruelles inconnues pour lui adresser un sourire rassuré. "Voilà une promesse dont je peux sans mal m'acquitter."

Ce service qu'elle lui avait demandé, mendié pour être tout à fait réaliste, ne semblait pas avoir entaché ses manières aussi prit-elle avec joie le bras qu'il lui offrait si galamment. La plupart de ses clients réguliers n'en aurait pas fait autant et elle ne voulait même pas évoquer, fut-ce en pensée, ce qui se servait d'elle comme d'un bâton pour soutenir leur poids parfois conséquent. Elle ne leur en voulait pas, sa nature ne l'aurait pas permis. Pour autant, elle ne pouvait considérer agréablement la perspective d'être bousculée et malmenée, généralement sans méchanceté, par un homme au pas rendu chancelant par l'ivresse ou l'âge dont la corpulence représentait souvent le double de la sienne. Le capitaine la guidait sans hésitation ni violence à travers le dédale de Port-Réal, son pas sûr et cadencé de militaire ne laissant pas le temps à Messenda de mémoriser leur itinéraire perturbé par de multiples circonvolutions. L'eut-il laissée là qu'elle n'aurait pu retrouver le chemin de son foyer. Elle fut reconnaissante qu'il tente de leur épargner l'essentiel du désagrément que constituait les rues bondées, se contentant d'adopter un silence respectueux alors qu'il les menait avec professionnalisme et célérité. Elle fut presque surprise de l'entendre rompre cette absence totale de parole dans ce qu'elle comprit être une tentative pour entamer un dialogue courtois. Encore une fois, le spectre des conditions de leur première rencontre vint planer entre eux, semblant voler sa contenance et ses mots au valeureux soldat. Elle eut un nouveau sourire amusé qu'elle tâcha tant bien que mal de dissimuler derrière un rideau de cheveux bruns et s'apprêtait à lui donner une réponse lorsqu'ils furent interrompus par l'irruption d'un trio de gardes. Messenda s'effaça. Ou plus exactement tenta de le faire.

Elle ne le remarqua pas avant qu'Alrik ne lui demande de rester où elle se trouvait le temps pour lui d'expédier ce qui semblait être une affaire courante et ce fut seulement lorsqu'il s'éloigna qu'elle réalisa qu'elle était observée. Elle en avait l'habitude. Ses traits étrangers suscitaient généralement l'étonnement de ses interlocuteurs mais les aristocrates avaient appris à dissimuler leur stupéfaction sous un masque de politesse. Ce qui n'était pas le cas de ce jeune homme en armes qui la dévisageait, la bouche ouverte, dans une attitude qu'elle trouva franchement comique. Ne pouvant retenir un petit rire amusé, Messenda observa son escorte revenir sur ses pas pour ramener son subordonné à la réalité puis s'entretenir quelques minutes avec eux. Il revint finalement vers elle à l'issue de cet entretien. Son pas pourtant semblait moins leste et à son front, Messenda ne put manquer de remarquer la présence d'une nouvelle ombre. Cette escouade était-elle porteuse de si mauvaises nouvelles ? Le spectre des complots et des intrigues de cour toujours présent revint la hanter alors qu'elle se rappelait les confidences sur l'oreiller de certains de ses plus influents clients. Port Réal malgré ses airs de cité commerçante, sous son apparence d'opulence, abritait en son sein une poudrière toujours prête à exploser. Sa Noblesse. Les propos d'Alrik lui apportèrent un début de réponse... Ainsi donc une de ses collègues avait été agressée... La jeune femme fouilla dans sa mémoire, cherchant un indice qui aurait pu lui rappeler cet évènement. Mais rien dans sa mémoire ne lui apporta le moindre élément à ce sujet. Il fallait également dire que par égard pour elle, pour une fragilité qu'elles lui prêtaient sans raison, la plupart des femmes dont elle partageait le quotidien évitait de lui faire part de tels évènements. Non, définitivement Messenda ne se rappelait pas qu'une telle histoire fut parvenue à ses oreilles. Mais les rumeurs allaient et venaient et tout le monde dans la maison de plaisir n'était pas au courant en même temps de ce qui se déroulait à Port Réal. D'autant qu'elle-même n'avait jamais montré un grand intérêt pour les ragots. Propager des rumeurs et des on-dit pouvaient être dangereux pour celles qui les colportaient aussi les plus expérimentées des courtisanes évitaient de se livrer à de pareilles pratiques. Mais les jeunes... certaines faisaient preuve d'une imprudence dangereuse. Sûres de leur propre valeur, elles ne se considéraient pas comme de la marchandise remplaçable. Dans leur orgueil, elles ignoraient, volontairement ou pas, que d'autres avaient tenu ce rôle avant elles et que d'autres le tiendraient bien après qu'elles fussent sorties de la mémoire de leurs compagnes et de leurs clients. Messenda, elle, se gardait bien de ce genre d’errements. Elle ne bavardait pas et effectuait son travail avec diligence et application, gardant toujours à l'esprit que seules son utilité et la sympathie qu'éprouvaient pour elle certains de ses clients garantissaient sa sécurité. Une catin même de luxe qui ne savait pas tenir sa langue était une catin morte.

"Je suis navrée, sire Mallery mais je crains de ne pouvoir vous aider en la matière. Par délicatesse, mes compagnes évitent soigneusement de me faire part de ce genre d'évènements. Je pense qu'elles cherchent à m'épargner les vicissitudes de notre condition... Je pense qu'elles essayent d'ignorer très fort que j'ai été formée à Lys et que je sais depuis longtemps ce que réserve cette existence. Leur gentillesse est touchante." Elle réalisa qu'elle avait sans le vouloir dévier du sujet duquel son accompagnateur semblait vouloir l'entretenir. "Je ne sais rien de cet évènement. Néanmoins vous pourrez certainement trouver une fille au fait des détails lorsque nous serons parvenus chez moi... Notre..." Elle chercha un instant un terme qui ne choquerait pas l'âme valeureuse d'Alrik et qui refléterait également la réalité de la fonction de leur propriétaire. "Notre tenancière sera ravie de vous prêter main-forte. Si elle le peut évidemment."

Elle passa volontairement sous silence qu'il était possible que personne ne puisse lui venir en aide. Alrik devait savoir qu'il n'était pas inhabituel pour un noble de faire supprimer une prostituée indiscrète. Ou enceinte. Certaines croyaient encore qu'il était possible de s'arracher à une condition de courtisane de luxe en se faisant engrosser par le premier venu. Si la chose marchait parfois, la plupart du temps, l'enfant était laissé avec sa mère qui ne quittait pas plus le lupanar que d'ordinaire. Les maisons de plaisir cachaient ses descendances involontaires avec application pour éviter aux pères de croiser leur encombrante progéniture. Parfois, ces derniers se manifestaient pour fournir à leurs rejetons une éducation qui leur permettait d'espérer s'en sortir dans le vaste monde. Et puis il y avait les autres. Ceux qui ne supportaient de voir leur nom entaché même par l'existence d'un être qu'ils ne croiseraient jamais. Ceux-là éliminaient, empoisonnaient, faisaient disparaître, souvent avec le concours du propriétaire de la maison de passe. Par chance, Messenda ne s'était jamais retrouvée dans cette délicate situation et pour l'éviter, elle continuait à prendre les potions contraceptives sans faillir. Elle voulut néanmoins en savoir plus...

"Peut-être trouverez-vous ma question indiscrète ou peut-être ne pourrez-vous même pas y répondre à cause de votre fonction mais que s'est-il passé ? Doit-on craindre pour notre sécurité ou s'agit-il d'un évènement isolé ?"
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Alrik Mallery
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Message Mar 24 Avr 2012 - 5:15

Il avait sincèrement espéré qu'elle soit encline à lui léguer n'eusse été qu'un unique indice, un frêle ouï-dire qui aurait pu lui donner d'avantage d'informations. Mais malgré l'incapacité de la belle à étoffer son enquête, il avait l'intime conviction que cette cohorte de forbans n'était inexorablement pas anodine. Sa longue expérience de gérance au sein de l'une des plus importantes gardes de Westeros lui permettait presque d'affirmer avec opiniâtreté qu'il aurait à se confronter à ces bas mécréants bien suffisamment tôt. En revanche, il souhaitait que nul être de la Cour ou même de la cité de façon globale ne subisse leur ineptie caustique par la même opportunité. Chaque victime l'ombrageait d'autant de désappointement que d'acerbité, quand bien même il lui était impossible de veiller à la sûreté de tous et qu'il ne s'agissait pas même là de son rôle. La présente traque aux avilis nrelevait de son autorité dans le seul essor où le Donjon Rouge était hypothétiquement la cible de complots, une prochaine destination à l'ingérence délictueuse. S'il prenait toujours les rênes de ces problématiques avec une fielleuse volonté, il était au fait que cette besogne n'était pas la sienne, et que d'autres responsabilités inhérentes à son titre quémandaient toute son attention. Délaisser ses suspicions investigatrices pour mieux oeuvrer à la gestion du domaine royal lui était ainsi parfois contraint, abrasant son utopique désir d'être aussi bien au chevet de la composition mondaine que de la plèbe. Une simple rétrospection de l'indigent qu'il avait longtemps été, une réalité qu'il parvenait fort heureusement - ou non - à dissiper si tôt drapé de ses apparats de commandant et apostrophé par les sollicitations de ces dames et seigneurs. Cependant, Messenda faisait partie de ces personnes qui - par une requête similaire à ce qu'elle eut formulée - lui rappeler que s'édifier à l'image de ceux qu'il servait, altiers, ne lui seyait point du tout. Il était encore apte, en dépit de ce qu'il était devenu, à rendre service à qui le lui demandait quand bien même c'eut été pour le dernier des lépreux. Ceci, dans une mesure somme tout raisonnable, il n'était pas emprunt de miséricorde emphatique au point d'affectionner le premier loqueux venu se présenter à lui. Il demeurait un quidam au rigorisme notoire, écrouant les individus à un lent trépas dans les geôles suzeraines s'il le fallait, sans remord aucun. Devait-on le craindre ? En d'autres circonstances que celles actuelles, éventuellement, mais au côtoiement de la jeune femme, ce n'était point le cas. Il montrerait son imposant faciès martial dans le seul cas où il y serait contraint, ce dont ils avaient, jusqu'alors, étaient plus ou moins épargnés.

Ainsi, Alrik se contenta d'opiner positivement du chef lorsque la dryade des îles lui présenta ses excuses pour son ignorance sur le sujet. Il ne doutait pas qu'être au fait de tout ou presque pouvait être mal perçu, puisque preuve d'une curiosité immodérée. La discrétion des courtisanes était intrinsèque à leur condition, elles qui coudoyaient presque autant de noblesse que lui, certes sous une tout autre forme de bienveillance. L'on connaissait la condescendance propre aux seigneurs quand bien même ils venaient à visiter les lupanars. Combien d'esclandres d'épouses éplorées à leurs déloyaux maris avaient point à même la grand place de la Cour ? Les bâtards représentaient plus que des plaies pour la plupart des pères inconscients, ils étaient synonymes d'une perte de prestige et d'estime. Malgré toute sa bonne volonté, il ne pouvait que plaindre ces nymphes dont les corps n'étaient que les égaux de réceptacles dont on faisait aussitôt fi, dont on se débarrassait sans scrupule aucun si la nécessité se faisait. Mais après tout, chacun tenait les rênes de son propre destin, lui était de ceux qui s'étaient insurgés sur leurs conditions d'existence, ce que tous ne pouvaient ou ne désirait point faire.


« Ce n'est rien, je vous remercie d'y avoir tout de même réfléchi. »

Puis, il crut percevoir le trouble sur son joli minois. Son impuissance face à l'interrogation qu'il lui avait posée la laissait-elle amère ? Non, il venait de soulever une angoisse somme toute légitime lorsque l'on était de la même condition sociale que la victime. Cependant, il n'avait pas souvenir que cet acte soit le chiffre d'une macabre série sur des cibles prédéfinies, à moins que l'éventualité de la chose lui eut échappé. Il ne relevait pourtant pas d'avantage d'attentats sur les muses de maisons de passe, du moins, pas qui soient les offices des affranchis des lois dont il était là question. Qui plus est, il aurait été superflu d'effaroucher la donzelle avec des conjectures qui tendraient à ne jamais se réaliser.

« En toute honnêteté, je ne pense pas qu'il y ait crainte à avoir. Cette exaction n'était qu'à but... Lucratif dirons-nous. » Il hésita un instant sur la convenance de ce terme. « Les forbans responsables ne cherchent qu'à s'enrichir, peu importe la classe sociale de leur victime. Cette courtisane était hors de sa maison lorsque l'agression s'est produite, elle a simplement eu l'infortune de croiser leur chemin, je ne suis pas même certain qu'ils savaient ce qu'elle était. Au demeurant, restez tout de même prudente. » Ne voulant guère l'apeurer, il reprit. « Les différentes gardes civiles et privées juxtaposent leurs efforts pour que tout se passe au mieux. Nous sommes tous enjoints à faire prospérer la sécurité, qu'il s'agisse d'une menace seigneuriale ou populaire. Aussi les Manteaux d'Or sont-ils au fait également. »

Il ignorait si le bien-fondé de ses répliques aurait raison d'une quelconque appréhension chez Messenda, mais au moins saurait-elle que la garde civile n'était pas ignorante de la menace. Et si les autres factions de protection n'étaient point encore informées, elles le seraient très prochainement, dès lors qu'il enverrait quelques pages leur porter des épîtres. Si ces quidams représentaient un réel danger pour la cité, alors veillerait-il à ce que tous soient au courant de leurs méfaits et intentions de récidive. Au reste, il jugea plus judicieux de mettre un terme à cette conversation pour mieux se concentrer sur la tâche qui lui avait été confiée : escorter la sylphide jusqu'à son domicile. Il représenta son bras à cette dernière, patienta qu'elle s'en saisisse pour ensuite reprendre leur traversée des venelles envahies. Comme précédemment, il la garda auprès d'elle tout en poursuivant l'itinéraire né dans son esprit. A plusieurs reprises, ils furent contraints de subir les désagréments d'une foule compacte ou d'une réorientation de leur route. Lui qui eut osé penser qu'elle n'aurait aucun mal à retrouver sa sente se voyait bien obligé de se résigner, la population s'était déplacée en nombre en ces prémisses de journée pourtant usuelles à toutes les autres. Lui-même se devrait de guerroyer contre l'encombrement des rues pour rallier ses quartiers, mais au moins serait-il serein d'esprit d'avoir évité ce déplaisir à la jeune femme. A la kyrielle de longues minutes, le binôme parvint enfin jusqu'aux abords du lupanar. Si son devoir d'enquêteur ne lui prévoyait pas de pénétrer dans ce lieu de lubricité, alors le commandant l'aurait délaissée aux devants des huis. Non adepte de ces résidences de volupté, l'atmosphère qui y régnait le laissait gauche et particulièrement démuni. Contrairement à ce que nombre de gens imaginaient, il n'était nullement question d'un deuil inachevé, son épouse n'était plus de ce monde depuis bien trop longtemps pour qu'il en subisse encore les tribulations. Il n'était pas homme harassé par la rétrospection, mais compenser des services licencieux contre un pécule n'avait, selon lui, rien d'enjôlant. S'il ne dénigrait en aucun cas les courtisanes, il préférait ne pas avoir recours à leurs faveurs.

Inexorablement, Messenda était l'exception à la règle. Exception qu'il eut pu éviter si la belle l'avait laissé se dérober à l'affaire. Il gardait en mémoire la sensualité et la saveur de cette sorgue, et ne doutait pas que l'on avait mille fois vanté ses mérites à l'îlienne. Il tint la porte pour que celle-ci puisse d'ailleurs entrer dans la demeure qui était en partie sienne. A l'intérieur, il osa quelques pas presque timorées, s'évertuant à faire fi des divers éléments qui en composaient tout l'intérêt – ces splendides femmes qui auraient pu, d'une simple oeillade, le convier à bien plus qu'une contemplation silencieuse. Heureusement, camouflé au revers de son rang de capitaine des freux, il lui était plus à même de préserver son adéquation. Il se plut à porter sa concentration sur celle qu'il avait accompagné jusqu'ici.


« Eh bien, nous y sommes. » Il lui accorda une risette entendue. « Navré que cela ait pris autant de temps. »


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Mer 25 Avr 2012 - 15:44

Pas après pas, mètre après mètre, le couple se rapprochait du but de son périple. Messenda déjà reconnaissait certains des éléments de son paysage coutumier et le sentiment d'être perdue dans une grande cité où elle était étrangère s'estompa peu à peu. Serrant contre elle son précieux paquet, ces plumes duveteuses destinées à la parure d'une autre, elle écouta attentivement le récit que voulut bien lui faire le capitaine des évènements qui s'étaient déroulés. Visiblement il s'agissait en substances d'une 'simple' agression opportuniste ainsi que les subissaient parfois les courtisanes. Certaines n'étaient pas prudentes. Parées de tous les cadeaux de leurs clients, elles traversaient des quartiers sensibles à des heures indues pour des rendez-vous professionnels ou par simple amour de l'air extérieur sans se soucier une seconde des risques qui pesaient sur elles. Les femmes de Port-Réal étaient des cibles faciles pour les voyous et les affamés que la misère poussait à des extrémités regrettables. Les aristocrates avaient leurs gardes, leurs mercenaires, ombres serviles qui hantaient leurs pas alors qu'elles profitaient de la liberté dont elles jouissaient, du luxe de leur vie. Personne n'aurait songé agresser une femme noble lorsque celles-ci sortaient accompagnées de leur Cerbère en armes. Mais les courtisanes. Les courtisanes portaient certes un nom flatteur pour leur fonction réelle mais elles restaient des catins fardées aux yeux de la population. Elles ne pouvaient se retrancher derrière la protection rassurante d'hommes en armes et devaient assurer leurs défenses par leurs propres moyens. Certaines portaient des dagues mais elles étaient rares celles qui savaient véritablement s'en servir. Messenda pour sa part y avait renoncé. Elle n'avait pas fréquenté avec assez d'assiduité le danger pour considérer comme réconfortant la présence d'une lame avec son acier froid au baiser mortel. Plus encore, ses conceptions ne la prédisposait pas à recourir à de tels expédients. Elle supportait sans mal la vue du sang lorsque, par accident, elle ou l'une de ses compagnes se coupaient. Mais la violence la révulsait. Elle refusait d'infliger la moindre douleur à ses clients quelles que fussent leurs exigences et ne supportait pas de la voir infliger à un être vivant. À cause, ou peut-être grâce, à la qualité de ses connaissances dans les arts du plaisir, la patronne du lupanar avait totalement proscrit qu'on imposa à l'îlienne, ce genre de pratiques. Elle lui en était particulièrement reconnaissante. Elle savait en outre que dans la plupart des cas, une fille qui essayait de riposter se retrouvait généralement transpercée par l'arme dont elle espérait se servir. Mieux valait subir une agression et voir disparaître quelques bijoux clinquants que de perdre la vie inutilement.

Elle jeta un regard critique à sa propre tenue. Hormis la qualité du tissu utilisé pour coudre sa robe et les perles en pâte de verre et en pierre qu'elle portait dans les cheveux, rien sur elle n'attirait l'attention. Tout au plus aurait été probablement pu passer pour la domestique d'une riche excentrique. Son précieux fardeau lui-même n'entrait pas dans la catégorie des choses qu'une bande de ruffiants eut pu vouloir dérober. Elle était assez fière d'avoir si rapidement appris les codes de son nouveau foyer et de pouvoir passer inaperçue ou presque dans le dédale des rues de la Cité Targaryen. Elle était fière de pouvoir discuter avec un homme comme Alrik Mallery sans sentir en permanence peser sur sa personne le poids des préjugés.

"Je ne crains point de sortir seule par peur des coupe-jarrets. Les Cités Libres en regorgeaient aussi et les personnes qui m'ont eu à leur charge m'ont très vite inculqué les règles élémentaires de prudence. J'espère que cette pauvre fille n'a pas été trop durement touchée. Je crains essentiellement de me perdre et de mettre les pieds sur des territoires interdits. Rassurez-vous, je redoublerai néanmoins de prudence lors de mes prochaines excursions à l'extérieur."

Cette déclaration n'avait rien d'un pieux mensonge. Messenda était quelqu'un de discipliné qui écoutait les conseils et suivait à la lettre les directives. Plus spécialement lorsque quelqu'un comme un militaire de carrière lui en prodiguait. Elle ferait plus attention et limiterait probablement ses sorties à quelques commissions indispensables comme celle qu'elle venait de faire. Ou alors elle chargerait un des gamins de de la maison de plaisir de s'en occuper pour elle. Ils étaient toujours ravis de pouvoir sortir et de pouvoir s'occuper à autre chose que d'être discrets et de surtout ne pas se faire remarquer. Et d'un autre côté, leurs mères étaient comblées de ne pas s'inquiéter de leurs bêtises éventuelles. Finalement, ils arrivèrent en vue de la porte et du bâtiment qui abritaient la jeune femme et ses consoeurs. Un bloc brut d'architecture massive qui dissimulait derrière ses baies aux vitraux opaques, un lieu voué aux étreintes secrètes et à la dissimulation. D'où elle se trouvait pourtant, la bâtisse lui évoquait plus une caserne militaire ou un couvent qu'un lieu où officiait des courtisanes. Alrik lui fit l'honneur de lui tenir la porte la laissant entrer la première dans ce lieu qui semblait le mettre si mal à l'aise. Elle réalisa avec soulagement qu'elle avait réussi à faire le trajet dans le temps imparti. Elle s'apprêtait à saluer et à remercier dignement Alrik lorsqu'elle vit surgir du fond du couloir la jeune femme qui l'avait envoyée dans les rues ce matin. Elle paraissait impatiente et visiblement agitée. Leur patronne lui avait probablement fait un sermon sur le fait de ne pas traiter les cadeaux des clients avec tant de désinvolture. Messenda décida donc d'écourter ses adieux pour mettre un terme à son attente plus vite. Elle s'inclina face à son accompagnateur.

"Je vous remercie de votre sollicitude envers moi. J'aurais aimé que nous ayons plus le temps de bavarder mais le devoir m'appelle et une de mes collègues risque un désaveu de la part d'un client si je ne me dépêche pas. Merci encore, Sire Mallery. Si vous avez besoin de voir notre tenancière l'une des filles ici présentes se fera une joie de vous conduire jusqu'à elle.

Elle s'inclina une nouvelle fois dans un bruissement de tissu et de perles, un large sourire aux lèvres puis se détourna pour rallier en toute hâte la jeune femme qui l'attendait en se tordant les mains.
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