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Avec de la prudence, on peut faire toute espèce d'imprudences. [Alrik]

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Shaïra Seastar
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Général
« En languissant définiront mes jours »

♦ Missives : 1507
♦ Missives Aventure : 63
♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 25/02/1992
♦ Arrivée à Westeros : 17/01/2012
♦ Célébrité : Charlize Theron
♦ Copyright : Luchadora & Tumblr
♦ Doublons : Maël, Gabriel, Velanna Vance
♦ Age du Personnage : 35 ans
♦ Mariage : Aucun, jamais ?
♦ Lieu : Donjon Rouge, Port-Réal
♦ Liens Utiles :
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Message Mar 20 Mar 2012 - 17:11

Assise à sa majestueuse coiffeuse et proche de la fenêtre par laquelle elle regardait avec lassitude le monde à leurs pieds, la scène ne laissait pas le moindre doute sur l’état présent de la lady : Shaïra s’ennuyait autant qu’il était possible de le faire. Oh, elle avait bien mille parchemins abandonnés çà et là dans ses appartements et qui n’attendaient que d’être dévorés, mais elle les connaissait pour la plupart et n’était pas d’humeur à se lancer dans un autre sujet. Et puis, à quoi bon ? Elle n’avait personne à ses côtés pour disserter sur ses découvertes. Elle se souvenait de la compagnie passionnante des mestres de la Citadelle de Villevieille, de leurs discussions enflammées sur tel ou tel traité d’herboriste. A mille lieux des rumeurs courant sur sa prétendue sorcellerie. Elle avait été libre de s’appesantir sur des remèdes et autres concoctions méprisés par les sages de la capitale, et avait beaucoup appris. Sur le monde et ses mystères bien sûr, mais également sur elle. Cette liberté lui manquait. Mais l’errance n’est rien sans la solitude qui lui échoie, et il n’y avait peut-être pas plus seule en tout Port-Réal que la Seastar ce jour-là. Elle n’était pas femme à réclamer une foultitude de suivantes à ses pieds, tout au plus demandait-elle de l’aide certains matins pour se parer d’une robe aux entremêlements complexes, le reste du temps elle préférait s’en charger elle-même. Non pas qu’elle ait honte, mais les regards la troublaient. Surtout les regards accusateurs ou pernicieux de femmes. Pourtant, parfois, quand elle croisait son reflet nu dans le miroir du secret de sa chambre, Shaïra n’y voyait rien de méchant, de troublant, ni de beau également. Elle se contentait de voir le corps dans son plus simple apparat, et d’en constater les défaillances qui s’amoncelaient avec les années passant. Souvent, on la contredisait. On lui assurait qu’elle ne faisait pas ses trente-cinq ans, et qu’elle arborait tout au plus l’apparence d’une jouvencelle. Les ménestrels continuaient de chanter ses louanges, et de la vanter du titre de plus belle femme de Westeros. C’était flatteur, nul doute, mais était-ce vrai ? Certains jours elle aimait le croire, et souriait à son reflet. D’autres jours, elle détournait ses yeux vairons du miroir et soupirait, s’enfermant dans des réflexions sur la vanité de ses préoccupations. Oh certes, il est futile de se tourmenter autant pour son apparence. Sans doute était-ce juste pour la plupart des gens des Terres de la Couronne, mais c’était un cas différent que celui de Shaïra de Lys. Bâtarde, quoique légitimée, il avait fallu lutter dès le plus jeune âge pour être acceptée. Femme, il lui était d’autant plus ardu de se détourner de ce pourquoi elle était née, selon l’usage : pour se marier et enfanter. La beauté était devenue, consciemment ou non, son seul moyen de pérennité. Parce qu’on la jugeait comme un trésor, on lui pardonnait ses excès, et ce que quelques-uns nomment « caprices ». Si elle perdait ce don, ou si elle consentait à le marchander dans une union liberticide, elle perdrait finalement tout. Et elle serait à jamais seule, trophée négligemment abandonné dans un coin de château par un mari victorieux. Même Brynden Rivers, finirait par se détourner. Nous finissons toujours par laisser de côté ce qui nous appartient, alors que les choses belles qui nous échappent restent désirables. Et si cette conception restait ancrée dans les convictions intimes de Shaïra, il y avait des jours de solitude où elle s’effritait et où elle aurait aimée avoir quelqu’un près d’elle. Des jours comme celui-ci, où le ciel était gris et le Donjon Rouge désert. Evidemment, il y avait toujours bien du monde dans ces couloirs… Mais aucun qui ne pouvait réchauffer le cœur de la lady. Brynden était ailleurs, les Sept seuls savent où, Alrik était occupé par ses fonctions et quant à sa fille elle devait s’évertuer à lui troubler l’esprit. Les Targaryen n’avaient pour la plupart – tous ? – nullement envie d’être en sa compagnie, et Shaïra leur rendait aimablement la courtoisie. Dans de tels moments, il lui arrivait de sortir dans les rues de Port-Réal, accompagnée d’une escorte… Irrémédiablement on la reconnaissait, et l’escapade discrète devenait fanfaronnade abjecte. En dernier recours, elle usait de son influence, parfois de son argent, pour faire venir quelques artistes itinérants en ses murs. C’était inconvenant et imprudent, mais la lady avait depuis toujours vécu dans l’illusion de n’appartenir à personne, de n’avoir des comptes à rendre à aucun et, quoi qu’il en soit, de n’être pas indispensable. Ainsi, qui lui voudrait du mal ?

Elle avait envoyé son serviteur quérir l’un de ces intrigants. Aaron, sorti directement de la boue de Culpucier, était entièrement redevable et dévoué à la lady qui le nourrissait, bien qu’il s’en défende fortement face à ses amis d’antan. Il exécutait avec application et était sa main dans les basses et nauséabondes ruelles de la capitale, mais à son grand regret, il ne lui avait jamais été demandé de faire du mal à quiconque. Le plus souvent, sa dame lui demandait de ramener des bas fonds un artiste méritant, disait-elle, un peu de lumière… Mais pour Aaron, ils se valaient tous. Des moins que rien tous juste bon à lancer des balles en l’air et à déclamer quelques mots creux, alors il se contentait de les choisir plutôt propres sur eux pour ne pas empuantir les appartements de Shaïra. La plupart du temps elle s’en satisfaisait, tout étant bon pour tromper la lassitude. Il y avait même parfois quelques bonnes surprises, telle la rumeur d’un Braavosi dans une auberge qui lui permit de rencontrer le charmant Lotho Volentin. Autrement s’enchainaient les numéros sans âme et les discussions banales, qu’elle ne manquait jamais pourtant de récompenser. Elle avait besoin de ce contact avec une certaine réalité, qui n’était autre que celle des roturiers. Bien souvent, elle se blâmait ensuite de se plaindre de sa propre condition. Elle n’était pas malheureuse. Presque toujours, on la voyait un fin et discret sourire aux lèvres… Même si les observateurs n’étaient pas dupes. Shaïra transportait avec elle un fond opaque de mélancolie, et il était rare, si ce n’est exceptionnel, d’entendre son rire résonner. Elle ne leur enviait pas leur place, non, cela dit… Les roturiers, dans leur malheur, riaient.

    « Ma Dame, j’en ai trouvé un de ménestrel impatient de vous voir. Aaron avait fait d’immenses progrès en langue, il fallait l’avouer. S’il cessait cette furieuse manie de renifler à tout va, il en serait même agréable. Toutefois elle le gratifia d’un sourire puis souffla d’une voix douce. Merci… Fais-le entrer et laisse la porte ouverte derrière toi. »

Sa témérité avait quelques limites, elle ne couperait pas toute possibilité de fuite avec un inconnu. Après une révérence maladroite Aaron se retira promptement et poussa le freluquet chanteur à l’intérieur des appartements de la lady. Il parut intimidé par les dizaines et les dizaines de parchemins qui encombraient la pièce, et Shaïra comprit aisément qu’il ne s’attendait pas à cela d’une femme, aussi noble fut-elle, et aurait plutôt pensé trouver fils et autres quenouilles en tel lieu. Elle n’en tint pas rigueur et se redressa dans un geste lent, sa robe se déroulant jusqu’à ses pieds dans un même mouvement. C’était une pièce d’un grand raffinement, gracieuse au possible. Le tissu, d’un argent pur et aussi fluide que de l’eau, épousait ses formes puis s’évasait à mi-cuisses pour former une légère traine. Les manches étaient longues et largement évasées, brodées de fils d’argent quasiment invisibles à l’œil nu. Malgré la richesse de ses atours Shaïra était simple, ainsi elle ne portait aucune pièce de joaillerie si ce n’est un diadème discret qui coiffait la longue cascade d’argent et d’or dévalant son dos. L’étranger parut décontenancé, et bredouilla quelques mots que la lady ne put saisir. « Ne soyez pas si inquiet, vous ne risquez rien. » Il sembla s’apaiser légèrement et serra contre lui son instrument, une flute de bois sans prétention. « Voulez-vous jouer quelque chose pour moi ? » Il acquiesça d’un signe de tête précipité, mais un sourire illuminait son visage. Elle ne pouvait deviner les sentiments qui l’habitaient, mais elle crut comprendre qu’il s’attendait à bien pire. Sorceresse, disait-on d’elle… Shaïra reprit place dans son confortable fauteuil et lui fit signe de commencer. Puis elle écouta d’une oreille attentive, son regard enfin arraché à la contemplation de sa fenêtre. Les notes étaient quelques fois hasardeuses, mais toujours pleine d’émotions, et la lady se surprit à véritablement apprécier ce petit récital privé que lui offrait cet inconnu. Ce dernier semblait y mettre tout son cœur, transporté par son art… N’était-ce pas à cela qu’on reconnaît les passionnés ? Le tout fut assez court mais intense, si bien qu’elle se fendit d’un applaudissement à la fin de la prestation. Mais le pauvre paraissait si mal une fois sa musique finie qu’elle prit l’initiative de ne pas faire perdurer le supplice. « C’était très agréable, merci. Comment vous appelez-vous ? Merci à vous M’dame. Antonin. Encore une ? » Avec un sourire, elle secoua délicatement la tête et se remit debout. « Attendez-moi ici, Antonin. » Elle se retira dans la suite jouxtant celle-ci avec dans l’idée de récupérer une pièce, mais elle eût tôt fait de tourner le dos qu’elle le sentit s’agiter nerveusement. Calmement, elle ne donna pas le moindre signe et s’éloigna en silence… Quand elle refit apparition, Antonin basculait d’avant en arrière mais n’avait pas bougé d’un pouce, seulement le regard acéré de la lady ne pouvait avoir raté ce qui manquait sur sa coiffeuse… En douceur, elle glissa dans la main du garçon pas moins d’un cerf d’argent. Tout troublé, il le fit rouler dans ses doigts, comme s’il n’en avait jamais tenu auparavant. « C’est bien gentil M’dame. Je peux partir ? Oui… Mais avant, rends-moi ce que tu as pris. » Ce fut rapide et à peine perceptible, mais il trembla. Puis de la sueur perla instantanément sur son front… Elle aurait pu se laisser attendrir. La faim avait rongé de nombreux foyers, mais ce vol-là, elle ne pouvait le permettre. Antonin aurait pu dérober n’importe quel bijou rangé dans cette commode, Shaïra ne s’en saurait sans doute pas aperçu. Mais il avait choisi celui qu’elle chérissait le plus, toujours à portée de main sur le dessus même de ma coiffeuse : le collier d’émeraudes et de saphirs. Ce n’était pas le plus riche qu’elle possédait, loin de là, mais sa valeur sentimentale dépassait celle de tous ses biens car il avait appartenu à Serenei de Lys, sa mère morte en couche. Elle ne pouvait permettre qu’il la quitte. « Je comprends pas M’dame. Le collier, Antonin. » Elle tendit délicatement sa main, et lui, malheureux pris de panique, extirpa d’elle ne savait où un poignard usé, mais encore suffisamment tranchant pour causer du tord. Il tremblait maintenant de tout son corps et éructa « Ne m’y forçait pas ! Ne fais pas l’idiot. Je te laisserai partir sans te faire pourchasser si tu me rends ce collier. » Mais il l’écoutait à peine, ses yeux étaient obsédés par la porte d’entrée, toujours béante et ouvrant sur de longs couloirs plus sombres les uns que les autres… Il fit un pas, mais Shaïra avait déjà reculé, face à lui, pour lui barrer la route. « Ne m’oblige pas à appeler les gardes… Ecartez-vous ! » Il fonça alors sur elle, la main secouée de spasmes mais le poignard bien en avant, puis se pétrifia subitement à quelques centimètres du but. Son regard, plein de terreur et de folie, se fixa sur quelque chose derrière elle. Non, quelqu’un. Shaïra reconnut l’armure dans l’onyx de ses yeux, sans même avoir besoin de se retourner. Pas un cri n’avait franchit la barrière de ses lèvres, même quand la lame s’était trouvée si proche de son ventre, et à présent elle s’empêcha de soupirer de soulagement. Alrik. Dans une chute qui parut durer des heures pour Antonin et un tintement sonore, la flute de bois s’écrasa sur le sol, et se fendit en deux morceaux à leurs pieds. « Pitié monseigneur..! »


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Alrik Mallery
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Message Mer 21 Mar 2012 - 1:08

« Etes-vous absolument certain de vos dires, soldat ? C'est de Dame Shaïra dont nous parlons là. »

« Si fait, Commandant. Nous étions en ronde lorsque nous avons aperçu son factotum en compagnie d'un indigent, qu'il menait vraisemblablement aux appartements de la Dame. J'ignore si cela vous est d'une quelconque importance, mais j'ai préféré vous en informer sitôt les avoir vus. »

« Vous faites bien, mon brave. Rejoignez votre patrouille et continuez à ouvrir l'oeil, je me charge personnellement de cette affaire. »

Le quidam fit un salut réglementaire avant de disparaître de l'office de son supérieur. Alrik lança presque la bribe de vélin – qu'il eut été en train d'étudier avant d'être importuné – à l'autre bout de son écritoire, visiblement contrarié. Ses phalanges vinrent frotter la pilosité de son menton dans une résonance rugueuse alors qu'il se plongea en pleine réflexion. Il n'appréciait guère savoir sa précieuse amie en compagnie du premier mélomane rencontré dans les bas-fonds de la cité, car s'il ne jugeait pas tous ces ménestrels comme des aigrefins à lyncher, tous n'étaient pas dotés des meilleures intentions. Pénétrer dans l'enceinte du Donjon Rouge n'était pas une opportunité que l'on offrait deux fois à qui n'était pas accoutumé à fréquenter la Cour - ou à avoir des accointances hautement placées – ainsi, la tentation de spolier les nobles de leurs biens pouvait occulter tout semblant de raison. Lui-même n'avait que trop vu ces pauvres fous à l'oeuvre, des escamoteurs qu'il n'épargnait pas de son rigorisme martial et qui venaient toujours à regretter d'avoir croisé son chemin. Outre cette prudence emphatique avec laquelle il veillait sur le territoire des seigneurs, il ne désavouait pas goûter une saveur amère dû au dernier convive de Shaïra, présence duquel il n'avait été informé que trop tard. Ses suspicions sur l'identité du dit invité le tarabustaient, il n'avait qu'un seul et unique danseur d'eau dans sa palette de connaissances même éloignées : Lotho. L'espiègle trouvait grâce à ses yeux seulement pour la part d'altruisme qu'il manifestait envers la plèbe, bien que cela ne puisse être suffisant pour omettre les frasques qu'il se plaisait à faire parallèlement. Savoir que ce dernier ait pu musarder en totale liberté dans le domaine sans que lui n'en soit mis au courant – sans qu'il ne soit même présent ce jour-ci – était loin de lui plaire. Par ailleurs, il n'avait point l'intention que cela se reproduise avec son acolyte de duels casuels, s'il aimait à parfois le rencontrer dans les venelles de Port-Réal, il refusait qu'il se pavane dans la demeure royale. Bien qu'intimement persuadé du bien fondé de ses soupçons, il lui faudrait encore demander confirmation auprès de la principale concernée qu'il s'en allait trouver de ce pas.

Peut-être médirait-on encore sur sa vigilance exacerbée, mais l'on était jamais trop prudent lorsque la vie d'êtres chers étaient en jeu. Le chevalier investissait d'indicibles efforts dans ses responsabilités, c'était cette résolution qui lui avait permis de siéger à l'apogée de la pyramide hiérarchique depuis plus d'une quinzaine d'années et il ne modifierait ses marottes sous aucun prétexte, pas même pour les plus somptueuses prunelles de la contrée. Hardi, il quitta le confort de son siège et réajusta l'épée présente à sa ceinture par simple mesure de précautions. Il ne prit pas même la peine de verrouiller l'huis de son office qu'il retrouverait bien assez tôt après cette petite escapade inopinée. Fièrement vêtu de son armure aux fins ornements, il fureta évasivement dans le corridor pour constater la présence de quelques-uns de ses hommes postés en faction. Ces derniers prirent le soin de s'immobiliser – poitrail gonflé et menton redressé – avant que leur capitaine ne leur adresse un signe distinctif de la tête pour les lénifier. Il prit ensuite la route vers les quartiers de la sylphide qu'il avait l'intention de semoncer pour sa témérité. La fatigue et la préoccupation semblaient maquiller ses traits physionomiques, les affaires intestines du quotidien seigneurial n'étaient pas de tout repos et lui léguaient bien peu de temps pour penser à autre chose, du moins officiellement. En réalité, son essence était tant impliquée dans sa déontologie qu'il oubliait volontairement son propre bien-être en faveur des celui des autres. Seules les personnes de son entourage proche étaient aptes à le tirer de l'univers dans lequel il s'isolait et qui lui coûtait d'innombrables heures de sommeil et divertissements. Cette sorgue ne ferait pas exception, il avait d'ores et déjà prévenu sa soeur et sa fille qu'il ne rentrerait pas avant l'aurore prochain, voire certainement plus tard. L'amertume de ses précieuses femmes avait depuis longtemps laissé place à la résignation, réaction illusoire qui ne faisait que camoufler une désillusion récurrente.

Soudain, à l'aboutissement d'un tournant, il perçut le sifflement symptomatique d'Aaron, cette vieille connaissance originaire de Culpucier. Les deux hommes s'étaient effectivement rencontrés il y avait plus de deux décades de cela, alors que le plus jeune des deux n'était encore qu'un enfant. S'il leur arrivait de se croiser en ville, le chevalier eut été pleinement surpris de le voir entrer au service de la noble naïade, celle-ci avait décidément le don de s'entourer d'étranges personnages emprunts de bien trop peu de vraisemblance. S'ils n'étaient donc pas les meilleurs amis du royaume, ils ne répugnaient pas à l'idée de converser autour d'une délicieuse chope lorsque l'occasion se présentait. Dans son élan – et son ignorance de la situation qui se profilait – le serviteur salua Alrik d'un simple geste manuel, aussitôt arrêté par une poigne amicale mais péremptoire qui lui saisit le bras. L'échange fut succinct, il l'interrogea sur la venue d'un disetteux et le laissa vaquer à ses occupations une fois qu'il eut sa réponse. Le fait ne fut pas démenti, ce qui ne fut pas un réel étonnement mais plutôt une certaine source d'anxiété qu'il ne pouvait réprimer malgré lui. Instinctivement, il pressa le pas jusqu'à parvenir à sa destination, porte qu'il constata ouverte et dans laquelle il hésita à s'engouffrer avant qu'un éclat de voix ne l'apostrophe. La sommation lancée par un phonème qu'il ne reconnaissait pas n'était pas de bonne augure, pourquoi diable demandait-on de s'écarter et à qui, de quoi ? Ce n'était pas là la manifestation d'une discussion usuelle, et à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles ! Le soldat pénétra dans la pièce sans annoncer sa présence auparavant, se faisant le témoin d'une scène particulièrement improbable. Tout d'abord sidéré par ce qui se déroulait sous ses yeux – à savoir l'imminente agression de Shaïra – il eut tôt fait de transcender sa stupéfaction en une rage sourde qui embrasa ses prunelles de bleu smalt. Sa mimique littéralement assassine sembla trouver écho chez le gredin qui en fut ankylosé d'effroi, lâchant même son instrument sous le tiraillement de la peur. A peine sa requête de clémence balbutiée, le chevalier écarta délicatement la nymphe qui se trouvait juste devant lui et ravala la distance qui le séparait de son antagoniste. Il lui exprima toute sa mansuétude par l'intermédiaire de son poing qui s'écrasa en plein coeur de son faciès, lui explosant l'arrête nasale sous la violence du heurt. Antonin fut projeté en arrière jusqu'à s'aliter de tout son long sur la coiffeuse présente un peu plus loin, créant ainsi une cataracte de richesses – les bijoux allant s'éparpiller sur le sol dans un tapage de tintements. Le capitaine l'observa avec furie, puis pivota en direction de l'inconsciente dont il vérifia furtivement la santé, constatant avec soulagement qu'elle n'était affublée d'aucune meurtrissure.


« As-tu perdu l'esprit ?! »

La questionna t-il avec autant d'incompréhension que d'acrimonie. Sa vénusté et toute l'estime qu'il lui portait n'étaient à l'instant que futilité à côté de l'âcreté qui le consumait de voir qu'elle mettait sa vie en péril avec si peu de perspicacité. Il l'aurait injuriée de folle, d'immature et de tant d'autres adjectifs pour la raisonner sur la dangerosité de ses agissements. Comment pouvait-on ouvrir son huis au loup affamé sous l'unique envie de se délasser de sa compagnie le temps d'une danse ou d'une mélodie ? Même s'il l'eut désiré, Alrik aurait été incapable de comprendre ce qui l'encourageait à abattre les barricades de la sagesse comme elle aimait à le faire, inapte de concevoir cet amour inconditionnel pour le prohibé ou le peu recommandé. Un facteur épidémique chez les damoiselles et dont il commençait sérieusement à se lasser, Shaïra rejoignant la condition d'Aaliyah et Yevana. S'il attendait des justifications de la part de la nymphe, celle-ci sembla d'avantage intéressée par ce qui s'orchestrait dans son échine : la contre-offensive du musicien encore engourdi par le revers précédent. Il fut d'ailleurs si lent et malhabile que le commandant eut amplement le loisir de prévoir son attaque, qui se manifesta par une tentative de lui poignarder la hanche dans un élan de vésanie et de désespoir. Après avoir esquivé l'assaut, il lui saisit l'avant-bras et le sanctionna d'une action qui lui disloqua l'épaule dans une symphonie de craquements osseux. Antonin rugit de douleur et s'élança de lui-même sur le sol, sous le regard furibond de son tyran. Le chevalier l'empoigna ensuite, le trainant vulgairement jusque dans le corridor où un cortège de gardes se rassembla, alerté par les hurlements du blessé. Il le lança telle une triviale immondice aux pieds des sentinelles qui se chargèrent de le récupérer.

« Offrez notre plus belle geôle à ce scélérat, enfoncez lui un torchon dans la gorge s'il refuse de se taire ou tranchez lui la langue je n'en ai cure. Mais veillez à ce qu'il apprécie chaque seconde de son très, très long séjour parmi nous. »

Il gratifia le condamné d'une gifle derrière le crâne avant que celui-ci ne soit emmené vers ce qui serait inéluctablement sa dernière demeure. Alrik échangea quelques mots avec les recrues encore présentes, puis s'affaira à un tout autre cas qui méritait son intention. Ordonnant à ses hommes de patienter ici même jusqu'à ce qu'il réapparaisse, il rejoignit Shaïra dont il saisit le bras pour la contraindre – sans objection possible – à rallier ses appartements. Une fois qu'ils furent tous deux à l'intérieur de ses quartiers, il s'en retourna clore la porte pour leur octroyer l'intimité nécessaire aux sermons qu'il s'apprêtait à professer. Mais avant, il s'approcha à nouveau d'elle et l'observa minutieusement, sous toutes les coutures pour s'assurer qu'elle ne souffrait d'aucun mal quand bien même il l'eut déjà vérifié auparavant. Si sa façon de faire était alors fort peu protocolaire, il n'en avait cure, elle pourrait s'en ombrager si elle le souhaitait, c'était cependant en sa qualité d'ami qu'il agissait maintenant. Une fois qu'il eut terminé son expertise, il se retrouva face à elle, pris en étau par ce regard polychrome et scintillant de singularité. Le temps lui avait néanmoins permis de ne pas céder à cette magnificence oculaire à laquelle il était – actuellement – insensible, et qu'il n'hésiterait pas à affronter de ses propres calots accusateurs. Il la regarda de toute sa hauteur, comme il l'aurait fait avec Yevana après l'une de ses incartades, brûlant d'un alliage d'irascibilité et d'une inquiétude encore effervescente. Il était futile qu'il pose des mots sur ses pensées, la jeune femme le connaissait suffisamment pour constater qu'il était en proie à des sentiments qui ne feraient point ses éloges. S'il se contenta durant d'interminables secondes à soutenir la splendeur de ses yeux, son baryton brisa le silence pesant pour l'invectiver sans ménagements.

« Puis-je savoir ce qui t'est passé par la tête ? Est-ce que tu sais ce qui aurait pu se produire si je n'étais pas miraculeusement arrivé au même instant ? Inconsciente ! » Il avait ponctué d'un haussement de ton, aussi prit-il une grande inspiration dans le dessein de recouvrir ses esprits. « Dois-je te faire consigner chaque soir dans tes appartements et sous la surveillance de mes hommes pour être certain de ne pas retrouver ton macchabée éventré ou tiens-tu réellement à m'achever en poursuivant tes lubies de femme esseulée ?! »

Son discours aussi légitime eut-il été n'était alors qu'inspiré de la frayeur qu'elle lui avait causée, de l'épouvante de cette scène qu'il ne cessait de se relater: celle de cette lame qui fut si proche de son abdomen lorsqu'il était arrivé. Une fois ces ressentis digérés, serait-il éventuellement apte à se pacifier. Pour le moment, la belle était priée de se justifier.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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Message Sam 31 Mar 2012 - 16:34

Si elle avait eu peur ? Elle ne pouvait décemment nier la présence de l’étau qui avait enserré son âme et saisi son cœur dans un battement précipité et désespéré, néanmoins Shaïra était restée d’apparence d’une étonnante impassibilité. Céder à la panique la plus folle n’aurait fait qu’inquiéter un peu plus le ménestrel or il était dans leur intérêt à tous les deux qu’il quitte la tour du Donjon Rouge le plus discrètement possible… Toutefois Antonin ne l’entendit pas de cette oreille et fit, dans son angoisse de condamné, la plus stupide des folies. Le simple fait de la menacer lui faisait risquer la geôle, mais le fait de brandir une arme à son encontre était bien pire… Ne serait-ce que la frôler de la pointe lui promettait un tranchage de tête dans les règles, et sans sommation. Mais le malheureux n’en avait cure, et persista à s’enfoncer et s’engouffrer dans l’irréparable de son acte. La lady n’aurait pas donné chère de la virginité céleste de son ventre si elle n’avait pas senti dans son dos se mouvoir une présence rassurante… Qui irradiait littéralement par sa puissance et sa prestance. Antonin ne s’y trompa pas, et elle vit au fond de ses prunelles agitées toute la terreur du monde. Comme il devait regretter son audace, le pauvre homme… Et dans un même élan sinistre, Shaïra comprit que son invitation irréfléchie le mènerait tout droit à la mort, car finir ses jours dans un obscur et humide cachot ne signifie rien de plus, rien de moins. L’intervention fut des plus vives et bruyantes, si bien que la Seastar eut du mal à en saisir le déroulement. Après l’avoir décalé avec la délicatesse qui était sienne, le poing d’Alrik écrasa le nez du roturier avec une force stupéfiante. Celui-ci vint s’étaler contre son imposante commode dans un grand fracas puis cette dernière déversa son précieux contenu dans la chambre. Pourtant Shaïra ne s’en préoccupa pas, toute son attention fut captée par l’éclat bleu et vert qui après avoir quitté la poche d’Antonin, scintilla de mille feux près du visage sanguinolent gisant à même le sol. Elle entendit alors distinctement les mots que lui adressaient Alrik, mais elle préféra pour le moment se réfugier dans un silence prudent et avisé. Ceci ne l’empêcha pas de saisir la tentative du malheureux qui se tramait dans le dos de son ami… Elle posa vivement sa main sur son bras pour l’en avertir à temps. Dans un dernier sursaut de désespoir, Antonin lança donc un nouvel assaut contre le Capitaine des Dents de Freux, qui n’eut absolument aucune difficulté à se défaire de son opposant. Le craquement sinistre qui s’échappa de l’articulation broyée arracha un léger sursaut à Shaïra qui, posant doucement ses doigts sur ses lèvres pleines, constata l’amère paiement de quelques minutes de détente… Quelle tristesse… Quel gâchis ! Ejectant l’imprudent hors de ses appartements, Alrik prononça la terrible sentence qui attendait le musicien. Dans les hurlements de douleur qui raisonnaient dans tout le couloir se distinguaient des supplications et des excuses, prononcées vainement dans les larmes et le sang. S’arrachant à ce spectacle désolant et difficile à supporter Shaïra s’était agenouillée au milieu du carnage pour recueillir le collier de sa mère, qu’elle enroula avec délicatesse autour de son poignet gauche. Elle savait très bien quelles remontrances l’attendaient, aussi était-il plus sage de se préoccuper de ce genre de choses maintenant… Il aurait été fort ironique que les bottes du Capitaine broient malencontreusement le joyau qu’elle avait ardemment défendu. Son bien récupéré elle se redressa dans un mouvement calme et emprunt de dignité car elle ne voulait pas donner l’impression d’avoir été une damoiselle en détresse… Bien que concrètement, cela avait été sa posture.

D’un geste, elle repoussa ses longues mèches d’or et d’argent puis elle se laissa emmener par Alrik sans opposer la moindre résistance… Le contrarier serait une idée particulièrement idiote. Une fois à l’intérieur, la chaleur rassurante apaisa quelque peu ses angoisses… Et malgré les regards insistants de son ami, qui semblait vouloir analyser la moindre parcelle de sa personne pour s’assurer de son intégrité, elle rejoignit son lit et se posa sur le rebord, joignant ses mains sur ses cuisses et inclinant légèrement la tête dans une attitude d’écoute et de soumission tout à fait à propos. Elle méritait les critiques, et ne comptait pas les réfuter farouchement. Du moins, pas comme le ferait une jeune fille… Elle n’avait plus l’âge de Yevana, et ce depuis longtemps. Le temps qui passe lui avait appris à concéder et à embrasser les critiques pour mieux se relever, et épouser ses désirs comme il lui plaisait de le faire. Son regard rejoignit celui d’azur d’Alrik et bien qu’assise et plus petite de toute manière, elle en soutint l’intensité. Une fois posée face à lui, elle put saisir la teneur de toute son inquiétude et son état d’extrême fatigue. Souvent elle l’incitait à lâcher un peu du lest et à s’accorder quelques instants de détente tandis que sa sœur et sa fille faisaient de même de leurs côtés. Malheureusement toutes trois agissaient la plupart du temps en vain, et Alrik persistait à s’infliger des déficiences de sommeil et de loisirs. Elle se sentait un peu coupable de lui rajouter un nouveau sujet provocateur de douloureuses céphalées. Aussi, quand enfin il la rudoya verbalement sans se soucier de son rang – après tout, ils étaient amis, et elle serait la dernière à jouer de sa soi-disant supériorité – elle se mordit légèrement la lèvre inférieure. Beaucoup invoquerait là une tentative de déstabilisation, un jeu de dame effarouchée, mais Shaïra n’abusait jamais le Capitaine avec un jeu aussi bas et futile.

    « Oui, je le sais. Lui donner raison était la moindre des choses… Tout comme le remercier, même si elle craignait qu’il rejette cela d’un revers de main négligent. Merci. Son regard balaya la pièce puis vint se plonger dans celui de son ami. Sans ciller, elle exprima une pensée qui lui colora les joues d’un doux rose d’abnégation. Je n’aurais pas dû, je te prie de me pardonner Alrik. Je dois le concéder… Le poids de certains jours écrase ma raison. »

Sans doute ne considérait-il pas cela comme une excuse légitime, lui qui était si pris, si occupé, si indispensable. Elle ne pouvait pas se vanter de la même existence… Voilà qui était un songe de nobliau et prétentieux au possible, mais elle ne pouvait taire les envies de liberté qui l’étreignaient… Des « lubies de femme esseulée », jugeait-il. Peut-être. Mais au moins avait-elle le courage de l’avouer humblement.

    « Tu es en droit de me juger, et tu as tous les pouvoirs pour m’enfermer dans ma tour, il est vrai… Néanmoins, au nom de notre amitié Elle se redressa dans un léger froissement de tissu, élégante et droite, dans un panaché de dignité affligée. Je te demanderai de ne pas le faire. »

De son côté elle ne lui avait pas promis de cesser ces rencontres que la morale de Cour réprouvait. Si elle pouvait ne pas s’infliger le poids de cette prière, elle le ferait. Plutôt deux fois qu’une. Désormais debout, et écrasée par la haute aura d’Alrik, elle se sentit terriblement minuscule et vulnérable. Le prestige de la maison Targaryen et le traitement privilégié qui avait été le sien, malgré l’infamie de sa bâtardise, lui avait toujours fait considérer qu’elle se trouvait en parfaite sécurité. Où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse. Et même si elle prenait toujours mille précautions pour sortir dans les rues de Port-Réal, elle se sentait intouchable une fois derrière les murs majestueux du Donjon. De fait, elle n’avait jamais eu à faire face à une agression contre sa personne… Le bon regard du destin qui avait jusqu’alors illuminé ses pas, et qui lui paraissait tout bonnement naturel, n’était-il en vérité qu’une chance inouïe ? Voilà qui remettait en cause nombre de ses comportements… Risquait-elle réellement sa vie à chaque rencontre, avec une impudence de folle ? Ou bien était-ce le caractère de son ami qui était trop porté sur la protection à tout prix ? Elle ne saurait le dire. Plus maintenant. Il y a peu elle riait des précautions qu’il prenait avec sa chère Yevana, le considérant alors comme un papa bien trop inquiet. Avait-elle vraiment vu juste ? Elle n’en était plus certaine… Et cette possibilité aggravait son sentiment d’isolement. Etait-elle condamnée à patienter du haut de sa tour ? A quémander l’attention de Brynden Rivers ? A sourire obligeamment aux seigneurs et dames invités ? A réclamer l’estime de sa « famille » ? Elle sentit monter, du fond de son ventre, des sanglots tapis depuis des années. Si le rire de la Seastar ne résonnait que trop rarement, ses larmes ne s’écoulaient plus depuis des lustres. Vivement, sans lui laisser la chance d’esquisser le moindre geste de défense, elle approcha dans un bruissement de voiles et vint se nicher contre son armure dans un soupir avorté. Ses jambes sveltes resserrées entre celles d’Alrik et ses mains liées contre sa poitrine, elle frissonna un instant puis inspira très profondément. Soulagée, rassurée contre lui. Elle se sentait un peu faible, un rien jouvencelle, mais pour une fois… Lui en tiendrait-il rigueur ? Il avait tant à faire… Il devait s’agacer de sa présence, et avoir l’impression qu’elle cherchait à le retenir à tout prix. Ses doigts discrètement recueillirent les esquisses de larmes au coin de ses yeux tandis qu’elle lâcha, dans un murmure à peine inaudible mais teinté d’une grande douceur.

    « Je t’ai déjà trop dérangé, avec mes… Problèmes de femme esseulée. Cela ne se reproduira plus. Ne m’en veux pas trop. »

Un sourire ourla brièvement ses lèvres puis disparut, tel un mirage.


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Alrik Mallery
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Message Dim 8 Avr 2012 - 5:06

Quand bien même il aurait pu la semoncer, la sermoner jusqu'à ce que trépas s'en suive, que son âme s'embrase d'opprobre d'avoir agi avec tant d'inconscience, jamais il n'aurait été apte à la spolier de sa noblesse. Il la connaissait - tel le divin opuscule du plus zélé des lecteurs - il l'avait tant de fois admirée dans ses plus somptueux apparats qu'il savait que tout n'était, justement, qu'une réalité emphatique et fallacieuse. Comme tous, la dryade se camouflait au revers de son sentiment le plus légitime, pour mieux esseuler sa quintessence et s'épargner les dangers usuels de l'existence. C'était ainsi qu'il l'avait toujours connue, drapée dans une magnificence qui l'intriguait presque autant qu'elle le subjuguait. Puis il avait appris à ne point s'y fier, à la considérer bien outre ces apparences et les médisances qu'elles nourrissaient parmi la population mondaine. Une sorcière ? Pire encore, une succube impie, simple vorace de quidams ? Comment était-ce seulement plausible de songer ainsi, il se le demandait lorsque son regard croisait ses deux gemmes hétérochromes. Ou peut-être n'était-ce qu'un simple privilège dont il jouissait, qu'elle lui ait octroyé le droit de la voir comme elle était réellement. La réciprocité était une notion qu'ils avaient entretenue, aussi, si le capitaine des Dents de Freux pouvait se vanter de la sorte, la belle aurait également tout loisir de le faire en ce qui le concernait. Si tel n'avait pas été le cas, alors peut-être n'aurait-il point été tant sentimentalement tenaillé par l'hypothétique et tragique dénouement qui s'était apprêté à frapper avant son intervention casuelle. Ce simple fait suffisait à faire vrombir en lui une rage tonitruante, qui ne parvenait à se lénifier malgré les maux qu'elle lui infligeait en s'affichant ainsi à lui. Désarçonnée, écorchée vive dans son orgueil et recouvrant seulement une raison qui lui susurrait toute l'ineptie de ses agissements. Si cette lippe mordue le fut avec une sensualité innée et prompte à terrasser l'âcreté de tout homme, elle ne fut - pour Alrik - que l'allégorie même de sa fierté torsadée, sans trouver d'avantage écho en son être. La gravité des circonstances lui faisait échapper à toute réelle compassion, un comportement éventuellement emphatique mais dont il ne pouvait se défaire dans l'instant. Son abnégation n'en fut pas plus pacifiante, se surprit-il même à se faire sceptique quant à l'authenticité de sa déclamation. Il sût alors que son désappointement les ombrageait, son sens des réalités et lui.

L'affubler de ses maux de protecteur obsessionnel n'adoucirait en rien la situation, ni ne pourrait la modifier. Il avait cette ingrate sensation que ses efforts étaient parfois vains, non ceux concernant la gérance du domaine royal, mais ceux destinés à prémunir les âmes qui lui étaient chères d'un quelconque désagrément. Sa trinité de dames - Yevana, Aaliyah et Shaïra - pour laquelle il se damnerait semblait néanmoins se complaire dans l'imprudence et la volonté de lui faire passer l'arme à gauche avant l'heure. Contraint et affligé d'être en devoir d'user de toute son autorité, il n'appréciait que peu faire usage de sa physionomie martiale en dehors de ses responsabilités professionnelles. Mais il s'interrogeait : serait-il véritablement en mesure de prendre des dispositions susceptibles d'ébranler le quotidien de la sylphide ? Ce serait de rigorisme dont il ferait preuve s'il estimait cela inévitable, le coeur lourd de vifs remords, mais l'esprit allégé de craintes mortifères. Ainsi, il n'était pas convaincu que sa mansuétude accordée soit d'un probant intérêt, si ce n'était la rassurer sur les sentiments avenants qu'il lui vouait de façon pérenne. Les commissures de ses lèvres se contractèrent en une esquisse à la fois indécise et contrariée, laissant ses yeux s'égarer un furtif instant sur le décors cossu des appartements avant de retrouver le faciès sérapique de leur propriétaire, lorsque le clairon cristallin de cette dernière s'éleva à nouveau. Cependant, ses répliques et sa demande ne furent que les sources d'un accès d'agacement, manifesté sous un râle étouffé et un soudain besoin de se déplacer dans la pièce comme si c'eut été compulsif. Un couplet de pas inutiles suffit pourtant à ce que cette fois, il lui réponde de vive voix, après que ses doigts eurent feint d'essuyer le pourtour de sa bouche comme preuve de son indécision.


" C'est trop simple. Il n'est pas uniquement question d'amitié, et sûrement pas de jugement."

S'il l'avait désiré, il aurait eu mille et une allégations pour justifier l'omniprésence de sentinelles auprès d'elle, la Main du Roi ne lui en aurait certainement pas tenu rigueur, bien au contraire. Malgré cette véracité, jamais le chevalier ne s'était ployé le droit de conquérir son intime territoire de ses factions et ce, par pure amènité. Elle ne pouvait désavouer cette chance de liberté qu'il daignait encore lui offrir en faisait fi de ce qu'il voyait, ou plus généralement, de ce qu'on lui rapportait. Ami était un adjectif encore trop caduc pour miroiter ce qu'elle valait à son coeur, elle n'était rien de moins qu'à la même estime portée à sa soeur ou sa fille, un membre de cette famille désunie dont il restait si peu de représentants. Peu à sa place auraient accepté les foucades intrépides de Shaïra, qu'importait son degré de distinction seigneuriale, mais il les lui avait toujours léguées sous cette même influence qu'elle implorait alors : leur amitié. Combien de gredins camouflés sous leur art musical ou de saltimbanque avait outrepassé les bonnes lisières du Donjon Rouge sans qu'il n'en soit informé, sans qu'il n'ait n'eusse été que la légitimité d'y apporter son opinion ? Lotho Volentin faisait partie de ces fortunés qui n'avaient point eu le malheur de croiser la route du capitaine au sein même de son territoire, à y réfléchir, peut-être était-ce mieux ainsi. Il n'était pas certain de vouloir tout connaitre des accointances et délassements de la belle, au risque que ses constatations n'aboutissent qu'à l'ineffable envie de la réfréner. Il ne clamait pourtant aucun droit sur elle, si ce n'était celui d'éternellement appréhender ses lubies qui faisaient pénétrer le fauve dans la cage dorée de la gazelle. Elle le savait, inexorablement, mais ne semblait guère s'attarder plus que le temps d'un papillonnement mutin sur les conséquences de ses désirs. Ce sujet était irrémédiablement voué à l'incompréhension, voire l'algarade s'ils décidaient tous deux d'arguer en leur sens. Il crut cela plausible quand bien même il n'en avait aucune envie, mais cette hypothèse fut ardemment mise à mal lorsqu'une anatomie délicieusement redondante vint se conglomérer à son armure. Dans un irréfutable élan de grâce satiné de désespoir, la divine créature s'était jetée à même son étreinte, en quête de présence et réconfort. Quelque peu déconcerté par cette embrassade inopinée, la contrition à peine susurrée qu'elle lui confia en guise de tomber de rideaux eut raison de tout ce qui l'avait jusqu'alors animé. Vile stratégie qu'était celle-ci, marquer au fer incandescent sa faiblesse la plus manifeste. Il lui était inconcevable de résister plus longuement à cette insolente sollicitation, de ne pas pouvoir réagir face à cette détresse qui lui opprimait les organes pulmonaires. Ses calots s'exercèrent à scruter la crinière flavescente de la jeune femme adjointe à son torse, puis, dans le désemparement le plus intégral, il se laissa aller à son sentiment le plus spontané. L'un de ses bras s'en alla entourer les épaules de la sylphide, conjointement, son autre main, elle, se logea à mi chemin de son échine. Il ne réprima guère de chastes caresses tout en posant son menton sur le sommet de son crâne. Il lui était impossible de la voir ainsi, cette vision en devenait insoutenable.

" Shaïra... " Il l'étreignit avec une subtile intensité. " Tu n'as pas le droit de faire ça... " Ses lèvres se déposèrent dans sa chevelure, il se tût durant de longues secondes, avant de reprendre d'une suave intonation. " Je ne t'enfermerai pas, et ce n'est pas que mon travail de veiller sur toi, c'est aussi un devoir personnel. Je ne désire rien de plus que de te voir épanouie, mais pas au détriment de ta vie. Je ne peux pas te protéger si tu ne m'en donnes pas l'opportunité, les concessions doivent se faire dans les deux sens. "

Lui concéder la liberté qu'elle quémandait en échange de plus de conscience, d'incartades raisonnables et qui ne l'obligeraient pas à condamner le premier quidam venu à une mort certaine. Il ne l'avait jamais privée de ses envies et il n'avait aucune intention de le faire à moins que cela ne devienne inéluctable. Vain aurait été de l'arrêter dans sa fougue, elle n'était pas femme à rompre sa détermination, il le savait mieux que quiconque. Dangereuse dans son genre, elle n'en demeurait pas moins d'une compagnie délectable, l'enivrante fragrance qui émanait de sa personne lui rappelait à quel point la fortune lui avait sourit, l'avait béni en lui permettant d'être à son chevet constant. Cela n'avait fait que trop longtemps depuis la dernière fois où il l'avait serrée dans ses bras, où ils s'étaient adonnés à une réelle conversation. Elle aurait tout loisir de le lui reprocher, d'avouer qu'il ne prenait que trop peu de temps pour ses proches et lui-même. Une rengaine qu'il avait marotte d'entendre, qu'il savait vérité, mais de laquelle il ne parvenait à s'extirper. Il finirait par s'égarer dans le dédale de ses responsabilités - ou plus généralement, dans celui de ses angoisses. Il aurait ainsi été judicieux de demeurer aux abords de sa douce amie pour cette nuit, omettre un frêle instant ce qui les faisait diverger, pour simplement se consacrer à leur concorde, à ce qu'ils étaient l'un pour l'autre. Pourtant, il ne se le permettrait pas, et déjà songeait-il à rallier ses troupes pour les honorer de nouvelles directives et s'assurer qu'il n'y aurait point d'autres anicroches à déplorer. Néanmoins, il ne pouvait décemment pas se dérober tel le premier des malotrus, aussi amorcerait-il son départ avec parcimonie, et un certain remord. Lentement, après avoir abusivement profité de leur étreinte, il recula d'un pas sans la lâcher, simplement pour pouvoir l'observer. Il se perdit dans la contemplation de ses prunelles, comme tant d'hommes avant lui, sans doute permis. Si proches, et pourtant, il avait la sensation de s'être injustement éloigné de la belle. Lénifié, Alrik lui adressa un mince sourire navré, sans joie palpable. Son index vint caresser le menton de la naïade, puis, son phonème s'éleva derechef.

" Je t'en prie, fais un effort. " Il lui effleura le bout du nez dans un élan taquin, puis recula à nouveau. Cependant, il marcha sur quelque chose, la flûte de bois disloquée du ménestrel, qu'il ramassa ensuite. " Tout ceci, pour un peu de musique... "

Cette éloquence lui parut aussi dérisoire que malheureuse, et créa un furtif rire presque inaudible chez le capitaine. Son regard navigua sur l'instrument et il se demanda, jusqu'où le genre humain serait prompt à se rendre pour une simple question de délassement. Ce qui s'était produit ce soir là n'était qu'une kyrielle d'évènements hasardeux, à l'origine d'une simple mélodie. Les gens devenaient insensés et cela l'effrayait. Il ne voyait que trop souvent les méfaits de cette vésanie, ces fous qu'il condamnait à croupir dans des geôles pour le restant de leur existence. Combien d'âmes l'avaient certainement maudit son nom et lui, à brûler dans le brasier de l'infamie pour avoir été peut-êtretrop dur. Il opina négativement du chef, comme résigné, puis reporta ses mirettes en direction de la coiffeuse dévastée. Le sol recelait de richesses scintillantes, éparpillées par sa faute après son féroce assaut. S'il n'avait guère remarqué la parure récupérée par Shaïra, les raisons qui avaient poussé le musicien à l'agression l'importaient peu. Il aurait tout loisir de payer pour sa sottise, sans avoir l'occasion de la réitérer ou de s'en repentir. Aucune miséricorde ne lui serait accordée. Le commandant se frotta alors l'arrière du crâne en esquissant une moue, laissant une mèche dorée s'égarer en travers de son faciès.

" Je ferais mieux de ranger ce désordre avant de partir. "

Se disant, il entreprit de récupérer quelques pierres précieuses qui trainaient non loin de lui, c'était après tout, la moindre des choses.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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Message Sam 5 Mai 2012 - 3:09

Le visage niché au creux de l’épaule large et rassurante, un subtil frisson vint à franchir les lèvres roses de Shaïra. Il lui apparut alors que ces instants de tendresse n’étaient pas – plus ? – aussi nombreux qu’elle l’aurait souhaité et que pourtant, ils lui manquaient plus que de raison. Séparée de sa mère morte en couche, entourée de frères qu’elle avait peu côtoyé, rien de moins qu’Aegon l’Indigne comme père, la Seastar n’avait jamais baigné dans un amour plein et rassurant. La solitude était de coutume et malgré ce que l’on pourrait croire, si l’on louait son apparence la morsure de l’isolement ne l’avait pas épargné. Toutefois, par fierté ou par pudeur, elle ne faisait jamais part de ce genre d’inquiétudes et ce même en présence de quelqu’un comme Alrik. Leur proximité était réelle, profonde, mais elle respectait et estimait trop le Capitaine pour lui infliger ce rôle. Elle préférait mille fois qu’ils se côtoient dans les rires plutôt que dans les larmes… Certains jugeront que les amis doivent tout partager, et que la confiance inclue de se livrer corps et âme à l’autre. Peut-être, sans doute ont-ils raison. Toutefois Shaïra n’était pas de ces femmes qui s’épanchent et pleurent contre la nuque du confident, cherchant réconfort et mots mielleux. Elle savourait chaque seconde de l’étreinte et ne la gâcherait pas par des murmures de chagrin regretté. Au contraire, la majesté s’enveloppe du manteau de la tristesse et pas une créature céleste ne paraît pas s’avancer sur le chemin de la mélancolie. Tout à son songe, les mains fines glissèrent en douceur sur le plat de l’armure d’Alrik tandis que les yeux d’émeraude et de saphir embrassaient ceux d’un azur diaphane. Il avait de beaux yeux, il aurait été facile de s’y perdre pour éviter de s’appesantir sur ses mots. Pourtant elle n’aurait pas la bassesse de lui infliger cette offense, certainement pas après tout cela. Dans un geste délicat elle rejoignit sa main la plus proche, celle protectrice qui logeait sur son échine, mêla ses doigts aux siens puis approcha sa paume, si large et forte surtout comparée à la sienne, de sa joue tiédie par l’émotion. Elle l’effleura des lèvres et parût même y déposer un subtil baiser, si léger, si suave qu’il aurait pu s’agir de la caresse d’un papillon.

    « Ce jour me servira de leçon… Et je suis désolée qu’un homme en ait aujourd’hui payé le prix. L’avouer était difficile. Mais que valait un orgueil blessé face à la vie brisée d’un être humain, quelle que soit sa condition ? Ses yeux se fermèrent un court instant alors que, lentement, ses mains libérèrent leur captive. Je te supplie de croire que je n’ignore pas tout ce que tu fais, pour ma tranquillité et mon bonheur, au contraire cela m’est très précieux. Elle marqua une pause courte puis acheva avec un léger sourire. A l’avenir, je tâcherai de te le montrer par mes actes. »

Il rompit finalement l’étreinte sans pour autant la priver de son regard, Shaïra s’interrogea alors rapidement sur la suite des évènements. L’incident étant désormais clos, le Capitaine allait à présent sans doute prendre le pas sur l’homme… Elle le regrettait, elle qui aurait tant souhaité que l’instant se prolonge – malgré la tragédie qui en avait teinté l’éclat – et se reproduise plus souvent. La Seastar ne manquait pas de temps mais cela n’était pas un privilège dont Alrik pouvait se vanter. Et quand bien même on lui accordait du temps libre, il n’en usait jamais, ou presque jamais comme telle. Elle avait souvent recueilli les plaintes de Yevana à ce sujet et l’en avait consolé, surtout quand la jeune femme n’était alors qu’une petite fille. Shaïra pour sa part n’avait pas pour habitude de souligner ses absences et se contenter de savourer sa présence, tout en usant effrontément de son influence pour qu’il daigne parfois lever le pied et accorder davantage de temps à son bien-être et à ses proches. Néanmoins il lui semblait qu’avec le temps, les moments de répit se faisaient plus rares… L’effleurement espiègle d’Alrik la sortit de ses songes et lui fit froncer le nez de surprise dans un léger rire, cristallin, avant que le crissement du bois sur le sol de ses appartements ne la ramène à des pensées plus sombres. A la remarque elle se détourna à demi pour porter son regard sur la commode, elle se garda toutefois de murmurer un « je sais » malvenu. Il lui semblait plus avisé sur le moment de se taire, ce qu’elle fit prudemment. Alrik lui offrit alors un spectacle étonnant. Il n’y avait qu’un seul noble dans tout le Donjon Rouge pour s’abaisser à ramasser ce qui était répandu sur le sol… Ce noble, cet homme qui voulait « ranger ce désordre », elle l’avait sous les yeux. Dans un léger flottement de voiles elle releva en douceur les pans de sa robe pour s’agenouiller près de lui.

    « N’en fais rien, mon très cher Capitaine… Cette histoire t’a déjà assez ennuyé et volé ton temps. Elle posa une main douce sur son bras. Je m’en voudrais si par cela je retardais ton travail et donc les instants précieux que tu peux passer auprès de ta fille. Elle opina légèrement en direction des quelques pierres abandonnées à leurs pieds. Tout cela n’a pas le droit de spolier Yevana de son père. Dernière abaissée elle fut la première à se relever, et elle profita d’être pour une fois plus grande que lui pour débarrasser son front de l’une de ses mèches dorées pour enfin y déposer les lèvres. Encore merci Alrik. »

Elle n’était pas en mesure de le garder plus longtemps aussi le laissa-t-elle ensuite retourner à ses devoirs de Capitaine des Dents de Freux. Après son départ un soupir de regrets passa la barrière de ses lèvres et elle rejoignit sa pièce privée pour s’abandonner quelques heures dans ses draps de soie. La commode attendrait… Une idée plus intéressante germait déjà dans son esprit.


La nuit tombait sur le Donjon Rouge et l’activité effervescente ne semblait plus être qu’un souvenir… Des torches allumées dans les grands couloirs donnaient péniblement un peu de vie à ces murs froids mais les ténèbres seraient bientôt plus épaisses et inquiétantes. Après un sommeil plus léger et agité qu’elle ne l’aurait voulu Shaïra s’était éveillée avec une pensée fixe en tête. C’est sans mal qu’elle avait remarqué la fatigue de son ami, son harassement, et il n’était pas difficile de l’imaginer encore dans son armure penché sur son office… Néanmoins, ce soir, c’était elle qui allait le sauver. Bien décidée à lui offrir un moment plus doux en sa compagnie elle avait chargé quelques servantes de lui préparer un panier garni de nombreux mets ainsi que de quelques bouteilles capables de charmer les palais les plus exigeants. Pendant ce temps elle avait entrepris de prendre un bain, brûlant et laiteux comme elle les aimait. Elle espérait se délasser et se débarrasser de toute la tension emmagasinée durant cette journée particulière… Le résultat ne fut pas aussi probant qu’elle ne l’avait espéré mais en sortant de l’eau, elle se sentit malgré tout plus sereine et prête à passer une douce et joyeuse soirée. Elle avait choisi une tenue plus simple sans pour autant se départir de sa grâce : une légère robe argentée d’un tissu limpide et flatteur, aux manches évasées, seulement cintrée au niveau de la poitrine. Le vêtement libre laissait deviner ses formes plus qu’il ne les exhibait, épousant seulement la chute de ses reins soulignée par la cascade de sa chevelure. Elle n’était parée d’aucun bijou, si ce n’est le collier de sa mère, objet qu’elle avait défendu plus tôt… Il étincelait à son cou et rappelait la dichotomie troublante de son regard. Ainsi prête elle partit la première à l’office du Capitaine Mallery, où comme elle l’avait deviné son propriétaire s’échinait encore. Les servantes la rattrapèrent rapidement pour déposer devant la porte ce qu’elle avait demandé puis s’éclipsèrent aussi discrètement que possible. Le moment choisi par Shaïra pour tapoter de l’index sur la porte du cloître de son ami. Elle la poussa lentement pour apparaître à ses yeux sans la moindre brusquerie et resta sur le pallier, un sourire ornant ses lèvres.

    « Peut-être aurais-je dû te laisser ramasser ces pierres finalement. Nulle méchanceté, aucun reproche dans l’intonation de sa voix. Elle paraissait au contraire plutôt malicieuse et cherchant à l’arracher à ses préoccupations, aux angoisses qui devaient étreindre un homme de sa stature. Notre conversation de tout à l’heure m’a rappelé à quel point cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus plus que le temps d’un échange dans un couloir… Elle s’avança alors de quelques pas, aérienne. Tu me manques Alrik. Et tu m’as paru fatigué. Brynden et toi êtes faits du même bois, vous n’êtes pas capables de vous arrêter avant de rompre. Elle s’écarta alors légèrement pour qu’il puisse voir les victuailles qui les attendaient sur le pas de la porte. Le panier était fourni par de nombreuses variétés de fruits, dont certains avaient été cuisinés. On retrouvait ainsi des beignets de pommes, des pêches au miel, des veloutés de fruits glacés, des tartelettes aux mûres… Les boissons avaient également la part belle : le vin de la Treille en était le plus savoureux, il était également accompagné par du vin sucré et de la bière brune notamment. Toutefois, peut-être pourrions-nous partager quelques heures tous les deux, pour me faire plaisir ? »

Si elle le croyait largement prompt à refuser s’il s’agissait de sa seule santé, elle pensait qu’il accepterait plus volontiers si c’était une demande claire émanant d’elle. Cela pouvait paraître présomptueux mais cela venait plutôt de sa confiance totale dans le dévouement d’Alrik. Bien qu’il s’infligeait les pires traitements il avait à cœur le bonheur et l’épanouissement de ses proches… Elle pouvait également lui dire que s’il la gardait dans son office pour la soirée, il pouvait être certain que cette fois elle ne manquerait pas de prudence. Pas sûr que cet argument fasse mouche cela dit..!


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Alrik Mallery
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Message Mar 8 Mai 2012 - 13:32

Il la connaissait suffisamment pour savoir que non, elle ne surjouait nullement. Chacun de ses mimesis étaient emprunts de véracité, du brasier d'une prostration véritable tout comme d'une sincère estime à son égard. Les mystifications d'usage n'avaient guère plus cours entre eux, qui se coudoyaient depuis, ainsi dire, toujours. Il avait envie d'avoir foi en ses propos, de croire que pour le coût d'une vie humaine, elle y songerait par deux fois avant d'entreprendre tout acte inconsidéré. Que faire pour combler cette monotonie usuelle et sempiternelle qui foudroyait nombre de dames de la cour, et plus généralement, de la noblesse ? Il n'en avait pas la moindre idée, lui qui était bien inapte à dénicher des délassements adéquats pour sa tendre enfant, serait tout autant incapable de le faire pour sa précieuse amie. Il déplorait la situation, mais ne pouvait y pallier à moins de faillir dans sa délégation et – pire encore – de risquer qu'un revers de fortune ne les heurte. Ainsi, à défaut d'avoir offert un agréable moment à la dryade, lui avait-il évité un trépas certain, ce qui était probant à satiété. Ne lui restait plus qu'à briquer le sol de son passage et de la violence qui eut été inéluctable, une besogne ordinairement réservée à ceux qui ne jouissaient d'aucun autre titre que celui de domestique. Des roturiers. Mais son essence n'était-elle point toujours drapée dans ses basses origines ? En dépit de son récent anoblissement, il était à une galaxie d'atteindre la précellence des hommes de rang tel que Brynden. Auréolé d'humilité, les serviteurs qui peuplaient son fief étaient d'avantage de vieilles accointances de Culpucier et ses environs que d'authentiques subordonnés. Qui plus est, il ne se considérait pas tant éclopé par sa noblesse au point de ne pouvoir ramasser quelques objets qui jonchaient le par terre, toute notion possédait ses lisières entre la légitimité et l'absurdité. Une théorie qui aurait été bien incongrue pour le commun seigneurial et qu'il avait encore l'intelligence de garder pour lui, si ce n'était lorsqu'il se trouvait en compagnie de proches tel qu'actuellement. S'il crut candidement que Shaïra ferait fi de ce comportement, il n'en fut rien. Elle vint poser ses rotules à même les tapis pour mieux le distinguer et, réciproquement, attirer une attention qu'il lui légua aussitôt. Il ignorait s'il s'agissait là de l'embarras de le voir ainsi accroupi ou celui d'avoir été l'investigatrice de tant de tumultes au sein du palais. Que lui importait, à dire vrai, il apprécia sans incommodité le baiser qui sanctifia son front dégagé de ses houppettes. Il se garda cependant de tout commentaire sur Yevana, qui devait certainement le maudire après le dernier abandon qu'il eut été contraint de lui infliger. Le temps n'était pas aux geignements, mais à celui des au revoir. Congédiée par la belle, le capitaine effectua une succincte courbette avant de quitter les appartements partiellement dévastés.

Une fois les corridors retrouvés, Alrik somma à certaines de ses recrues présentes non loin de là de demeurer dans les environs, et ce, jusqu'à nouvel ordre. Prudent était celui qui prenait les devants, et bien qu'il ne soupçonnait pas la jeune femme d'ourdir de nouveaux complots pour ce soir, lui pourrait retourner à ses occupations avec l'esprit lénifié. Ce qu'il fit d'ailleurs en ralliant son office, dans lequel il recouvrit une certaine sérénité. Cependant et soudainement éreinté par son intervention, il se laissa basculer sur son siège en s'y affaissant de façon négligée. Le poids des années n'arrangeait rien à l'acharnement continuel qu'il mettait dans son travail, zélé de toutes parts depuis qu'il avait accédé à ce poste seize ans auparavant. Pourtant, ce sacrifice faisait – selon lui – partie intégrante de son serment de protection, et les Sept savaient que ce voeu était un synopsis de son existence. Fort heureusement, il n'était pas homme à s'attarder sur des faits passés ou à conjecturer sur de dramatiques conséquences qui ne pouvaient plus s'illustrer que par sa pensée. Les monticules de vélins et cartographies qui dissimulaient son écritoire le rappelèrent à ses devoirs. Avant toute chose, se devait-il de rédiger un rapport détaillé sur la réclusion du ménestrel, sans doute d'ores et déjà installé dans sa geôle. Cet écrou aurait dû faire mention de l'implication de la Seastar par pur bien-fondé, ce que le commandant ne fit pourtant pas. S'il l'épargnait de sanctions pour cette fois, la prochaine incartade serait lourde de châtiments, tout aussi bien moraux que liberticides et la Main du Roi serait avertie. Sévir n'était pas un choix, mais une obligation lorsque les règles étaient incessamment bafouées. Pour autant, le chevalier préféra s'acquitter de sa tâche plutôt que de spéculer sur la contingence d'un avenir pénal, à la clarté de flambeaux et d'un cierge proche de l'agonie.

Maintes heures s'étaient écoulées depuis l'incident et la pénombre céleste s'était précisée. Le trentenaire n'avait quitté sa chaise qu'une seule et unique fois lorsque l'un de ses subalternes s'était présenté à lui pour un entretien martial. Plume en main, encrier à portée, la moitié de sa feuille était déjà calligraphiée de son écriture sur un sujet dépendant du corps militaire. Si l'on faisait fi du précédent accroc, cette nuit semblait quiète, la plupart des habitants du Donjon Rouge s'en étaient allés dans leurs appartements et ne se manifesteraient qu'aux premières nitescences de l'aurore. Ainsi, il ne soupçonna pas un instant l'identité du visiteur qui venait d'asséner une trinité de coups pour annoncer sa venue. Il crut rationnellement qu'il s'agissait de l'un des hommes qui étaient sous sa coupe, avant de conclure à l'apparition de la muse astrale que non, aucune de ses recrues ne se vêtait de la sorte. Le contraire l'aurait laissé pantois.


« Ma Dame ? » Interrogea t-il, intrigué, craignant un instant qu'elle ne soit victime d'un nouveau péril. Il ne comprit qu'ensuite que sa visite n'avait rien d'officiel et était même agrémentée de trésors culinaires et vineux qui l'interloquèrent lorsqu'il les aperçut. « Oh... Euhm... » Fut-il seulement capable de répondre, manifestement embarrassé. Il alterna les regards entre sa paperasse et la nymphe qui lui faisait face. « C'est une magnifique attention, j'en suis véritablement touché... Mais... J'étais dans la rédaction d'une importante épître, puis il y a du courrier que je n'ai... »Un silence s'écoula avant qu'il ne reprenne, martyr d'une vénusté léthifère. « … Pas ces yeux là, Shaïra... »

Elle n'ignorait rien de la façon dont il fallait s'y prendre pour le faire abdiquer. Comment aurait-il pu en être autrement ? C'était d'elle que Yevana tenait ses oeillades emmiellées, celles auxquelles il ne pouvait opposer une résistance à moins que le situation ne l'exige réellement. La Seastar était une parfaite pédagogue en la matière, une autodidacte de renom dans le charme et les appâts à mâles. Il l'avait toujours trouvée magnifique, digne de la notoriété qui faisait d'elle la plus belle femme de tout Westeros. Il se souvenait sans mal que même Kaithlin, servante attitrée de la Dame, n'avait de cesse de lui louer la superbe de sa maîtresse. Tous étaient unanimes sur ce fait, si ce n'était qu'Alrik, lui, avait le privilège de l'estimer pour ce qu'elle était vraiment, pour cette physionomie qu'elle ne révélait qu'aux yeux de quelques élus de confiance. Elle n'avait rien d'une sorcière, ceci bien qu'il l'imaginait savamment se gausser des délations que cela entrainait. Lui-même avait d'ores et déjà été la cible de questionnements indiscrets sur sa tendre amie, des furetages qu'il lui était impossible de tolérer. Néanmoins, elle n'avait en cet instant pas tort, il ne parvenait à se remémorer la dernière fois qu'ils s'étaient octroyés un véritable moment d'intimité et d'amitié. Sa petite soeur et son enfant pourraient aisément l'accuser du même grief, ce qui le plongeait inextricablement dans un profond trouble. Opprimé par les somptueuses mirettes polychromes qui n'apprécieraient pas l'ombre d'un refus, il observa les documents disséminés sur son écritoire en tentant de se persuader qu'ils pourraient patienter quelques heures. Après tout, aucune de ses épistoles n'avait l'intention de disparaître dès qu'il aurait l'échine tournée... N'est-ce pas ? Qui plus est, nul ne le blâmerait de finir sa missive en fin de matinée... Par bleu ! Quel fruste faisait-il, ainsi en proie à l'indécision. Soudain, un coup du sort vint abolir le reste de sa crédibilité en un hurlement stomacal tapageur. Consterné par le grognement de sa panse en famine, le sieur posa intuitivement sa main sur son ventre dans l'espoir de le faire taire, avant de redresser les calots en direction de la naïade. Affublé d'un appétit qu'il n'avait jusque là pas remarqué et de la requête aphone de son amie, il rendit les armes en un rire clair.

« Bien, bien, mon estomac et toi avez gagné. » Il déposa sa plume et se leva. « Après tout, il n'y a pas mort d'homme à se divertir un peu en bonne compagnie. »

En sublime compagnie. Vêtue plus modestement qu'antérieurement, elle n'en demeurait pas moins attractive ainsi drapée dans sa robe opaline. Le freux aurait été tenté d'affirmer que c'était elle qui donnait toute sa valeur à son vêtement plutôt que l'inverse, mais il préserva cette vérité pour son seul esprit. Qu'importait son habit et sa coiffure, il n'aurait jamais pu être d'avantage objectif la concernant. La chevalier contourna le meuble pour rejoindre le pas de la porte, y récupérant le lourd panier dans le dessein de l'emporter à l'intérieur. Laissant le soin à Shaïra de fermer l'huis derrière lui, il se dirigea derechef jusqu'à son écritoire en songeant y déposer les mets. Cependant, les nombreuses affaires s'y étant déjà installées l'en empêchèrent et il se souvint que son office n'était absolument pas aménagé pour ce genre d'évènement. Pris de court, il observa l'ensemble de la pièce avant de reposer les denrées à leurs pieds. Il avait des sièges, mais point de table, comment faire ? L'idée de se poser à même le sol n'était pas pour l'importuner, cependant, il n'était pas accompagné d'une vulgaire femme de la plèbe éduquée sans guère de manières. Peut-être qu'en faisant usage de son légendaire humour, parviendrait-il à lui faire accepter cette éventualité ? Quoi qu'il puisse entreprendre, il doutait que la damoiselle ne s'offusque de sa légèreté, ils n'étaient pas amis pour rien.

« Quand j'étais enfant, nous n'avions pas de quoi nous attabler et nous mangions toujours à même le par terre. Je me souviens que nous n'avions qu'une couverture rapiécée pour protéger notre nourriture de la poussière. » Il haussa les épaules. « Même si les choses ont changé aujourd'hui... Je peux toujours t'initier à mes vieilles marottes d'indigent, avec la couverture et la poussière en moins. »

L'invitation se ponctua d'un ricanement, le ser se frictionnant l'arrière du crâne en simultané. Il était impatient de goûter à toutes ces merveilles culinaires et au succulent breuvage qui l'accompagnait. Néanmoins, l'aise de la Dame était prioritaire.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Sam 26 Mai 2012 - 0:21

Le Capitaine n’attendait manifestement pas sa venue ce qui fit se réjouir la lady de la discrétion dont avaient su faire preuve ses servantes dans leurs préparatifs. Shaïra avait en effet craint que la surprise ne s’épande avant son entrée, ce qui l’aurait cruellement déçue. Elle avait conscience du côté quelque peu enfantin de sa pensée mais elle ne saurait comment retenir ces rares élans de naïveté qui transparaissaient le plus souvent dans son envie de surprendre et de ravir. L’idée de ne devenir qu’une créature belle à l’œil et terriblement ennuyeuse lui était insupportable, elle attachait donc de l’importance au principe du mystère et de l’évasion, et ce même avec ses amis les plus proches. Y avait-il à ce titre plus proche en son cœur qu’Alrik Mallery au Donjon Rouge, non, dans tout Westeros? Il y a peu de temps au final elle aurait pu songer à son demi-frère, actuel Main du Roi, le célèbre Freuxsanglant. Cependant ses obligations l’éloignaient inexorablement et douloureusement d’elle, si bien qu’elle pouvait désormais compter sur le doigt d’une seule main leurs entrevues au cours de la dernière lune. Bien que Yevana et Aaliyah aient toute légitimité à se plaindre et regretter l’absence de l’homme de la famille, la Seastar louait sa présence rassurante lorsqu’elle souffrait de la séparation perpétuelle qu’elle devait endurer avec Brynden. Alrik était peut-être un homme très pris par ses obligations, il n’en restait pas moins aimant, attentif et soucieux avant tout autre préoccupation du bonheur des autres. C’était une générosité qu’elle admirait et qui lui était infiniment précieuse. Toutefois elle ignorait le plus souvent comment lui rendre la pareille. Leurs histoires, leurs origines étaient très différentes et elle avait peur de commettre un impair, de l’offusquer ou de l’ennuyer. Sa vie avait été ponctuée de malheurs mais elle était également trépidante et riche de rencontres et d’expériences… Qu’avait dont à apporter une femme comme elle, une noble bâtarde, à un courageux guerrier tel que lui ? La réponse était peut-être bien plus simple qu’elle ne l’avait cru : un peu de douceur, de tendresse, d’apaisement. De la convivialité, des moments simples et reposants à partager, d’amour qui n’avait pas à être expliqué. Voilà. C’était la quintessence de la raison de sa présence entre les quatre murs de l’office d’Alrik Mallery.

Pour autant elle se doutait qu’il pouvait y opposer une forme de résistance mais face à lui elle n’en montra rien. Parée de son plus regard le plus attendrissant elle ne lui accordait pas le moindre répit, les lèvres de Shaïra quant à elles affichaient une moue mutine tandis que le Capitaine « osait », ou tentait d’oser de se soustraire à son invitation. Vaine et futile résistante, elle se sentait largement les épaules de s’imposer dans la soirée de son ami. Heureusement elle n’eut pas à le faire et ce grâce au secours de l’estomac d’Alrik lui-même ! A ce son tonitruant, un petit air victorieux s’afficha sur le visage de la lady qui leva légèrement et avec fierté le menton, dans une attitude qui se voulait proche de celle qu’arborait parfois le freux et qu’elle trouvait si charmante. Enfin un rire cristallin s’échappa de sa bouche puis elle approcha de l’écritoire pour refermer d’un geste précis l’encrier, scellant symboliquement l’affaire. C’est dans un même mouvement qu’il avoua sa « défaite », affirmant alors qu’il n’y avait pas de mal à prendre un peu de congé. Jetant un œil à la paperasse qui attendrait dès lors bien sagement, Shaïra ajouta non sans malice.

    « Heureuse que tu m’ais choisi mon cher Capitaine. Tu verras, je peux être bien plus douce et distrayante que tes épîtres… »

Une fois le panier richement garni amené à l’intérieur, elle rejoignit la lourde porte pour la pousser et gagner une toute nouvelle intimité. Se retournant, elle comprit rapidement le léger trouble d’Alrik qui ne semblait pas savoir que faire du repas de cette nuit, qui échoua alors au sol. Il serait relativement aisé d’héler une servante du Donjon pour obtenir le nécessaire mais avant même qu’elle n’en évoque l’idée, son ami proposa sa propre solution. La Seastar ne pu s’empêcher de sourire en reconnaissant une nouvelle fois la modestie de cet homme qui n’oublierait sans doute jamais d’où il était issu. Ce n’était pas pour lui déplaire… Dans un autre registre, elle avait appris qu’il ne servait à rien de fuir son passé et son ascendance : elle n’avait jamais pu faire oublié l’ignominie de sa naissance, fille bâtarde d’Aegon l’Indigne, et ce malgré tous ses efforts. L’adolescente avait compris la leçon pour devenir la femme qu’elle était aujourd’hui, bien que toujours éloignée du sang des Targaryen elle n’en souffrait plus. Ou du moins cette souffrance ne transparaissait plus si aisément. Alrik était intelligent, humble, noble de cœur. Il n’oublierait pas Culpucier et ne serait pas frappé du syndrome du nobliau vaseux et impertinent. Shaïra en était certaine.

    « Ton humilité me surprendra toujours, au même titre que ta bonté. Le son de sa voix ne laissait pas le moindre doute sur la nature de ses paroles, il s’agissait bien d’un compliment à son intention. Ses yeux se baissèrent alors sur le sol qu’elle examina furtivement. Seule, l’idée de s’y installer ne lui serait jamais, ô grand jamais venue. Cependant, elle devait bien avouer que la situation l’amusait plus qu’autre chose… Tu as présenté l’idée de manière si séduisante, je suis incapable de refuser désormais. Sans se faire prier et avant même qu’Alrik puisse l’en empêcher elle releva les pans de sa robe puis s’agenouilla tout en douceur et volupté. Epoussetant du bout des doigts autour d’elle, c’est avec un sourire en coin qu’elle murmura en désignant le panier. Toutefois il va me falloir quelques verres de vin pour m’y habituer complètement. A vous l’honneur, messire Mallery. »


Cela faisait déjà un moment qu’ils étaient tous deux confortablement installés dans l’office du Capitaine des Dents de Freux. Combien de temps la lady ne saurait le dire, elle n’avait plus vraiment conscience des minutes qui s’écoulent, comme dans un rêve… Il est vrai elle avait bu quelques verres, bien que là aussi elle ne sache pas le nombre exact elle se sentait encore tout à fait lucide. Elle était juste… Plus légère, rieuse et détendue qu’à l’accoutumée. Débridée de certaines normes de conduite qu’elle s’imposait pour paraître à la Cour. Sans doute le fait qu’elle soit installée à même le par terre favorisait cette décontraction, cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas autant ri. Saisissant délicatement une tartelette aux mûres, elle la porta à sa bouche sans paraître se soucier des gouttelettes de jus qui colorèrent ses lèvres. Bientôt celles-ci susurrèrent près de l’oreille d’Alrik, sur le ton de la confidence teintée d’un amusement non feint.

    « Tu dois avoir si chaud dans cette armure, et elle est bien trop solennelle pour cette soirée ne crois-tu ? S’appuyant sur ses genoux elle se hissa et se mit face à lui. Laisse-moi t’aider à la retirer. Lentement ses doigts glissèrent sur le haut de son armure, du long de ses épaules jusqu’à rejoindre les attaches latérales qu’elle défit avec soin. La vie est amusante tu ne trouves pas ? Il y a quelques années déjà, tu étais plus souvent disponible et Yevana, oh Yevana… Une si adorable petite fille. Un sourire tendre orna bientôt ses lèvres en se remémorant les moments partagés avec cette délicieuse et facétieuse enfant. Je me souviendrais toujours du jour où Brynden m’a présenté son « plus fidèle ami »… Je t’avais déjà entraperçu de loin, quand tu étais palefrenier et que tu venais lui rendre visite. Mais ce n’est qu’après Herberouge que nous avons véritablement fait connaissance. Seize ans déjà… Un soupir lointain s’échappa d’entre ses lèvres qu’elle mordilla un bref instant avant de poursuivre, ses doigts s’affairant ensuite sur les attaches de l’autre côté du buste d’Alrik. Brynden m’avait un peu parlé de toi et je t’imaginais déjà sorti tout droit de Culpucier, encore rustre et abimé par une vie dans la boue…. Puis je t’ai vu. Ses yeux vinrent se plonger dans l’azur et sa main effleura avec tendresse la joue du freux. Je n’aurais jamais cru me trouver face à un homme aussi beau, authentique et attentif. Quel âge avais-tu alors ? Vingt-trois ans, n’est-ce pas ? Et quant à moi, je n’avais que vingt ans. J’étais gênée, un peu perdue, j’ignorais quelle devait être ma posture en ta compagnie. Tu ne portais pas encore ton nom, avais-je alors le droit de te traiter en égal ? Et si non, n’était-il pas terriblement injuste de te traiter comme un vulgaire quidam ? Une lady pouvait-elle te sourire sans craindre de représailles ? Pourtant… C’est avec une incroyable facilité que tu as balayé ces doutes et dès le premier jour, j’ai ri à tes côtés. Oui… Se souvenait-il aussi bien qu’elle de ce jour ? Shaïra était alors une jeune femme empêtrée dans son image de bâtarde, de belle célibataire un peu étrange, intéressée par des arts interdits, bien peu fréquentable… Au fond de lui, qu’avait pensé Alrik ? Les attaches finalement défaites, elle souleva lentement le plastron de l’armure pour l’en débarrasser totalement. Elle déposa le tout sur un fauteuil près d’eux puis après un court instant d’hésitation elle vint se lover contre lui, le visage niché au creux de son épaule. Bien que lointains ces souvenirs sont toujours bien vivaces. Il m’arrive parfois de regretter de ne pas avoir fait ce qu’il fallait à l’époque… Tu aurais eu un fils, et je serais alors plus heureuse, moins seule. »

Peut-être. Qui pouvait le savoir ? Alrik pouvait prendre mal ces quelques mots, la Seastar n’avait pas l’habitude de se confier ainsi. Sa langue un peu déliée, elle se laissait aller à des confidences tout en sachant pertinemment qu’elles tombaient dans une oreille aimante. Elle avait confiance.


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Alrik Mallery
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Message Mer 30 Mai 2012 - 18:20

L'inconvenance n'aurait pas été un terme adéquat pour qualifier sa proposition – à cela, il préférait l'adjectif « insolite ». Une suggestion qu'il n'aurait – par tous les Sept ! - jamais ô grand jamais osé soumettre à une dame d'une telle stature s'il n'en était pas outrageusement proche. Aujourd'hui accoutumée à ses accès de rusticité qui s'étaient néanmoins raréfiés avec le temps, Shaïra ne s'en offusqua nullement, jugeant la situation des plus surprenantes et amusantes. Sa risette ne le leurrait pas, elle appréciait cette simplicité dont il faisait preuve lors de leurs conciliabules et, en tout réciprocité, il aimait à délaisser le poids des simagrées et à agir de façon plus authentique. Se prêtant à rire, il fit soubresauter ses épaules, le faciès drapé d'une mimique innocente alors que sa panse maugréait de famine. Puis, il l'accompagna jusqu'au sol en veillant à ce que ses désirs soient comblés : les deux coupes encore vacantes furent aussitôt remplies par le somptueux breuvage vineux d'excellente effluence. Leurs verres s'entre-heurtèrent dans un tintement suraigu, puis à la kyrielle des gorgées, ils perdirent leur sens des réalités. Une heure, peut-être deux – ou même trois – sans qu'ils ne sachent, sans qu'ils n'y prêtent une quelconque attention. Echines logés contre l'écritoire du capitaine, l'office revêtait des allures de boudoir plus que celles d'un cabinet martial, au plus grand agrément de son propriétaire qui imaginait le trouble occasionné si l'un de ses factionnaires arrivait inopinément. Il ne se tarabusta même pas de cette éventualité son alanguissement était savoureux, tant par les denrées dont il se sustentait que par les discussions alambiquées qu'il partageait avec la Seastar. Des propos, des opinions, des controverses et même quelques racontars, se disputaient la place entre leurs indénombrables boutades et quolibets. Maints éclats d'hilarité eurent l'opportunité de se répercuter jusque dans le corridor mitoyen où les sentinelles s'interrogeaient mutuellement du regard. Tant d'incurie volontaire était d'un délice sans appellation, une indicible bouffée d'oxygène qui lui fit regretter de ne pas s'y être abandonné plus avant. En eut-il presque omis à quel point il chérissait ces instants de pure complicité, durant lesquels il ne devenait plus que le quidam emprunt de frivolité et de répartie qu'il dissimulait au revers de son costume de plates. Le persuader de tomber les masques n'avait pas été chose aisée, mais à présent, il se prêtait au jeu avec un plaisir non feint et un appétit de bon vivant.

Il fit couler le vin dans sa coupe dont ne demeurait plus qu'un piètre fond, guignant furtivement la sylphide en train de se repaître d'une tartelette. Puis, alors qu'il imprégnait ses lèvres de l'hypocras, il sentit le souffle chaud de sa compagne de soirée lui cajoler l'oreille, pour lui faire part de son impression quant à l'inopportunité de sa tenue. N'eut-il pas le loisir d'en prendre conscience que déjà, elle lui faisait face et s'attelait à se débarrasser de ce qu'elle estimait être de trop. Pris de cours par cette initiative, il se fit coi et la laissa cependant délier ses attaches scapulaires sans mot dire. Il savait combien elle abhorrait qu'il agisse avec cérémonial lorsque la situation ne s'y prêtait point, sans doute désirait-elle le garder plus longuement pour elle en oubliant qu'il était le commandant des Dents de Freux, mais simplement son ami. Elle-même n'était pas fardée d'artifices, alors, il comprenait que les gravures de son armure ne l'incommodent par leur caractère pompeux. Le temps des réminiscences et confidences arriva alors, inspirant un sourire conquis au sieur Mallery lorsque sa chère enfant fut évoquée. Elle lui conta ensuite, naguère, où ils ne faisaient qu'ouïr les hauts faits l'un de l'autre en ne se ployant qu'une courtoisie symétrique mais superficielle. Les images s'illustrèrent dans son esprit simultanément à sa narration, sa physionomie fut contemplée, cajolée – son bon sens empoigné par ces gemmes hétérochromes qui le sondaient. Sa vénusté enchanteresse le spolia de sa raison, congloméré à la mouvance de ses plantureuses lippes, partiellement absorbé par les souvenirs qui le prenaient en étau. Bien vite, il fut dispensé de son plastron, puis vit la plus belle muse de Westeros se lover au creux de ses bras. S'il était habitué à ces embrassades, ses paroles l'avaient néanmoins désarçonné par la mélancolie qu'elles exprimaient. Comme certainement tout quidam ayant eu l'illustre honneur de la rencontrer, il l'avait admirée, lui avait louangé sa beauté, mais pas seulement. Il lui reconnaissait l'ensemble de ses acabits, tout comme ses travers qui parsemaient sa quintessence. Tous dotés de défauts à leur genèse, nul n'était immaculé, pas même lui, pas même elle. En dépit de la prompte familiarité qui s'était ingérée dans leur relation, jamais ne s'était-il hasardé à lui faire la cour et ce pour diverses raisons. La première d'entre toutes restait sa déférence envers son lord, lutiner avec celle qu'il aimait aurait été ébranler son serment de loyauté, avec cela, elle n'occupait point n'importe quelle place dans la société. Sa noblesse, dans tous les sens du terme, faisait d'elle un idéal inaccessible : une simple utopie pour laquelle il s'émerveillait de loin. Ce fait lui inspira un soudain trait d'esprit.


« La Grande Bâtarde et l'Infâme Indigent que l'on incrimine d'avoir gagné ses éperons par sa seule contiguïté avec la Main du Roi... Je vois cela d'ici, effectivement. » Il se prêta à rire. « La notoriété de notre maison aurait littéralement rivalisé avec celle des Targaryen. Et pour pousser le vice, nous aurions même pu choisir un dragon tricéphale azuré sur fond opalin comme écusson. Subtilité et originalité, ma douce. »

Sa réplique se jalonna par une franche rigolade alors que sa main libre se positionna au centre de l'épine dorsale de la belle. Son humour faisait à lui seul état de son aise actuelle, et une fois encore, il savait que Shaïra ne s'ombragerait pas qu'il ait pointé sa bâtardise du doigt. Lui qui était issu de la roture, peu lui importait les conditions natales d'autrui dans la mesure où ses propres origines n'étaient pas des meilleures racines qui soient. Cependant, au revers de sa légèreté apparente, il n'en demeurait pas moins turlupiné. Il était dans la nature de la dryade que d'agir avec érotisme envers la gente masculine, elle charmait sans même le savoir, ce trait était immanent à sa personnalité. Ainsi, s'il recevait ses compliments, il jugeait n'être qu'un de plus à cela parmi tant d'autres – bien que tout de même gratifié de plus d'égard amical que la plupart. C'était la première fois qu'elle faisait référence à une improbable idylle, à ce qui aurait pu naître de leur estime de chacun. Pensait-elle réellement ce qu'elle lui confiait là ? Il était dubitatif, la vision d'une bouteille dépourvue de son contenu vineux posée un peu plus loin ne l'aida pas à se persuader – car oui ! Ils en avaient d'ores et déjà bu une. Contrairement à lui, la nymphe n'avait guère aucune marotte à la boisson, si ce n'était se gargariser d'un verre de temps à autre. Alrik l'admettait, dans l'euphorie de leur récréation, peut-être l'avait-il trop servie en alcool. Lui-même était affligé d'un sensible flottement, suffisant pour réchauffer l'ensemble de sa musculature, mais pas assez pour lui faire perdre son sens commun. Ils avaient tous deux besoin de se soulager de leur quotidienne pression, il subodorait donc que l'excès était permis pour cette nuitée. Dans l'intention de symboliser cette pensée, il reprit même une gorgée de vin, avant de reprendre la parole d'un phonème serein.

« Tu te serais bien vite lassée de m'avoir comme époux. Prête moi foi, je ne suis pas un homme qui te conviendrait. Je n'aurais pas pu d'avantage pallier à cette solitude dont tu parles que je ne tente de le faire aujourd'hui, j'en suis bien navré... » Si une femme il avait eue, celle-ci n'aurait pas été épargnée de ses absences et au fond, il estimait que la Seastar était – avec Aaliyah – la mère que Yevana n'avait jamais connue. Alors, les circonstances auraient-elles été différentes s'ils s'étaient voués plus qu'une sympathie désintéressée ? Il l'ignorait... Il en doutait. Les sentiments n'auraient rendu ceci que plus compliqué. Cependant, il culpabilisait désormais de ne pas être digne, car si elle se disait seule, c'est qu'il ne l'était pas, tout comme pour les deux damoiselles Mallery. Il en était sincèrement désolé, mais préféra passer outre. « Je me souviens aussi de nos présentations officielles, Brynden ne cessait de me faire tes éloges avant ce jour. Même après cinq ans au Donjon Rouge, j'étais encore peu dégourdi en matière de conformités sociales, particulièrement envers toi. Alors, j'ai laissé ma nigauderie roturière faire à ma place. » Il eut un instant d'évasion, puis ricana. « Te rappelles-tu de nos leçons ? Lorsque tu m'apprenais à lire et à écrire. J'étais tant perdu devant tes opuscules que je préférais passer mon temps à te taquiner, et toi, tu passais le tien à me bosseler le crâne en espérant que je me concentre. Quelle époque ! » Il s'esclaffa de bon coeur. « Au fil des moments passés en ta compagnie, j'ai compris pourquoi Kaithlin t'admirait tant. Elle aussi me parlait souvent de toi, je vois encore les étoiles scintiller dans ses prunelles d'ambre. »

Sa risette prit subitement un élan de chagrin, alors qu'il se remémorait le doux visage de celle qu'il avait aimée et qui lui avait été bien trop tôt arrachée. Shaïra et elle avaient grandi ensemble, quand bien même l'une eut toujours servi l'autre. Sa défunte épouse avait toujours nourri une ineffable fascination pour sa maîtresse, elle confessait à son mari vouloir lui ressembler bien que cela n'était qu'impossible. Tant de plénitude, puis d'affliction, alliée à ce simple prénom, qu'il n'était plus apte à articuler sans souffrance. Il n'était pas un quidam rétrospectif et affirmait que, ne pouvant modifier le passé, il fallait apprendre à exister avec. Cela faisait des lustres que son alliance avait quitté le pourtour de son annulaire gauche, pourtant, il n'avait offert son coeur à aucune autre muse depuis le trépas de sa dulcinée. Presque deux décades plus tard, elle lui manquait toujours, et il osait se demander ce qu'elle aurait bien pu penser de l'homme qu'il était aujourd'hui devenu. Les yeux du chevalier, luisants de peine et tournés sur le côté, reflétèrent une certaine détresse dont il ne faisait jamais part. Présentement, l'alcool le rendait moins circonspect qu'à l'accoutumée, raison pour laquelle il semblait si vulnérable. Malgré cela, le freux se reprit, chassant presque instantanément sa torpeur d'un léger sursaut, supplanté par un frêle ricanement.

« C'est lorsque je commence à parler ainsi que ma soeur me confisque la bouteille. » Il prit une nouvelle gorgée de breuvage, avant qu'un détail ne le frappe. « Mh ! Tu ne l'as pas vue ces derniers temps ? Elle ne t'a donc pas dit qu'elle s'essaie à la danse, et qu'elle n'a trouvé d'autre cavalier que son vieux frère ! »

Un éclair lui traversa alors l'esprit, puis, avec une risette emplie d'espièglerie et tout aussi destinée à lui faire omettre leur précédent sujet de conversation, il déposa sa coupe sur le sol. Il se redressa ensuite et invita la belle à le suivre, lui prenant galamment la main pour l'entrainer un peu plus loin, là où la place ne manquait pas. Délicatement, il la rapprocha de lui et disposa son autre main au niveau de ses reins. Il se racla alors la gorge, comme s'il eut été en train de quémander l'attention d'une assemblée – attitude par laquelle il espérait amuser la jeune femme. Puis, après quelques secondes de concentration surjouée, il entama les premiers pas de danse tout en leur fredonnant une mélodie, réprimant par la même occasion son désir de s'esclaffer de la situation. Se morfondre n'était pas une notion qui avait sa place dans ses moeurs, qui plus est, il savait que rien ne pourrait jamais lui ramener Kaithlin. Shaïra avait suffisamment de tourments pour qu'il ne l'affuble en plus de ses vieux démons, il préférait tant entendre le clairon de son rire, si rare, si suave.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

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Message Mer 6 Juin 2012 - 2:17

Une émancipation progressive, la douce délivrance de l’esprit et de ses hautes barrières, le goût et le caractère du nectar filant entre les lèvres, le sourire d’un ami se mêlant au mirage de ne plus être isolée dans sa thébaïde… Tout ceci s’enchevêtrait, se mariait dans les pensées de l’enivrée lady accotée au buste puissant et rassurant du Capitaine des Dents de Freux. Elle n’avait pas encore la tête lourde mais son cœur était léger, éthéré, vaporeux telle une mousseline de soie dans laquelle elle aimait à se blottir lorsque la lune était haute et sa couche désespérément vide. Bien qu’au fond elle n’avait jamais souhaité camoufler quelques vérités à son complice depuis près de vingt ans, il était dans sa nature de craindre de déplaire. Souvent elle se jouait des racontars, des rumeurs et des vilenies qui courraient sur la Grande Bâtarde, cette sorcière aux cheveux argentés qui n’avait même pas eu la décence de naître dotée de deux yeux bien communs. D’autres fois, plus rares mais également plus douloureuses, elle souffrait de la punition imputable à sa venue au monde comme fille de Serenei de Lys, maîtresse de l’Indigne. Ce châtiment avait poussé l’enfant d’autrefois a inventé mille stratagèmes afin de se garder de l’animosité du commun et de ses propres angoisses. De ces artifices d’antan, certains subsistaient toujours tels de vieux démons agrippés à sa nuque, lui chuchotant au creux de l’oreille quelques tours pour que jamais personne ne puisse blesser sa sensibilité. Etait-ce eux qui lui intimaient de se refuser à l’union sacrée ? Possible mais difficile à prouver, son tempérament et ses inclinations lui semblaient inhérents à sa personne depuis toujours, et quand bien même ils ne le seraient pas, ils faisaient maintenant corps avec son être, et nul ne devait la connaître autrement. Cependant Alrik savait tant sur elle, il ne devait pas même ignorer ses efforts pour se préserver. La différence avec le quorum résidait dans le fait simple, et pourtant si important et beau, qu’il ne la jugeait pas pour cela. Il la prenait elle, toute entière, avec ses charmes et ses maux, sans lui imposer de changements, sans lui réclamer d’échanges. Il n’y avait pas d’équivalent pour Shaïra à cette relation précieuse qu’elle espérait ne jamais perdre dans les dédales de l’existence. Toutefois ces considérations se trouvaient quelque peu secouées par la réalité présente où la Seastar paraissait toute dévouée à leur bon plaisir. Buvant et mangeant plus qu’elle n’en avait l’habitude, son effigie de dame semblait perdue quelque part dans l’office tandis que l’enjôleuse prenait ses aises, ne se refusant aucune caresse le long des épaules et du torse du Capitaine. Nonobstant l’hypocras qui se déversait généreusement dans sa gorge, le mettre seul en cause demeurait une hypocrisie simplette. L’alcool ne faisant peut-être, finalement, que lever les freins d’un désir enfoui. Il permit en tout cas à la lady, dont les yeux pétillèrent à l’évocation de l’écusson forgé pour eux seuls, de glisser ses bras autour de la nuque d’Alrik. Dragon tricéphale Targaryen, azuré comme les prunelles de l’adonis, sur fond opalin, symbole de pureté – voilà qui ferait ricaner. C’est non sans ravissement qu’elle s’imaginait ce blason, un véritable pied de nez aux origines de son ami et à sa propre bâtardise moqué par sa « famille » siégeant au Donjon Rouge, ou plutôt à Lestival dernièrement. Elle accompagna le rire clair du freux d’un éclat conquis et rapprocha dangereusement son visage du sien.

    « Tu n’as rien perdu de ton style et de cette fougue qui t’est propre… Avec de tels mots, même une septa mettrait en avant ses charmes pour convoler amoureusement pendue à ton bras. En douceur, dans un battement d’ailes, son nez frôla le sien. Et que dirais-tu de notre devise « La vraie noblesse s’acquiert en vivant, et non en naissant. » ? Ce serait délicieux. »

Avec un sourire elle s’écarta finalement, ou plutôt, se laissa choir légèrement sur le côté pour chevaucher sa jambe gauche, profitant de sa main large dans son dos pour se stabiliser confortablement. Tout à fait fière de sa nouvelle place elle s’en félicita par une nouvelle gorgée de vin avant d’écouter, non sans une certaine surprise, l’aveu de son ami. Plutôt que de décrédibiliser l’idée d’une idylle entre eux, il avait choisit de dire que ce mariage ne lui apporterait pas ce qu’elle cherche et renforcerait au contraire son sentiment oppressant de solitude. C’était une réponse tout à fait… Altruiste. Pleine d’égards. Et du coup, un peu déconcertante. Etait-elle pour autant véridique ? Alrik serait-il réellement un époux brillant par son absence ? Lorsque l’on s’attardait sur les sollicitations répétées de Yevana ou d’Aaliyah il pouvait être difficile d’en douter sur le long terme… Pour autant, Shaïra se souvenait fort bien de la défunte épouse d’Alrik, la si douce Kaithlin. Et en son fort intérieur elle était persuadée que si la belle avait vécu et vu grandir son enfant, elle n’aurait jamais permis à son mari de s’éloigner comme il l’avait fait et de se laisse absorber autant par son rôle de Capitaine des Dents de Freux. Elle se serait battue pour garder des moments de calme, en famille, loin des affaires et des tracas. Oui… Kaithlin aurait pris soin de son homme, comme elle avait choyé tous les êtres croisant sa route. Même grisée Shaïra ne s’imaginait pas réellement dans les habits d’une épouse, pourtant même là elle voulait croire, intimement, qu’avec une femme dans leur maison les choses auraient été différentes pour les Mallery. Pour elle également, mais là n’était pas le sujet de sa réflexion. Néanmoins elle se garda pour le moment de faire part de ses impressions, préférant écouter attentivement Alrik se livrer sans fards et avec un tintement de chagrin qu’elle ne lui connaissait que rarement, lui qui avait tant à cœur d’être positif et solide. Si elle essaya de le cacher du mieux qu’elle le put elle en fut véritablement bouleversée, il était déjà exceptionnel qu’un noble de haut rang fasse fi de sa carapace, alors se retrouver devant un homme comme lui, souvent prudent et avisé dans l’affichage de ses émois, montrant des signes de trouble, c’était particulièrement émouvant. Il la fit alors se remémorer des instants magiques et lointains, quand ils étaient encore si jeunes et perdus. Leurs leçons ! Alrik en élève scribouillard et Shaïra en institutrice consciencieuse, c’était une scène tout à fait étonnante pour le premier quidam venu. Elle s’en souvenait parfaitement car ces leçons marquaient le début d’un acoquinement qui n’avait fait que s’accroître et prospérer avec les années.

    « Bien sûr que je m’en souviens, tu étais un tel diablotin ! Nous passions des heures penchés sur ton ouvrage et tu t’évertuais à laisser s’échapper ce qu’on peinait à apprendre. En souvenir de ce bon vieux temps, elle lui tapota la tête avec tendresse. Mais… C’est toujours quand je doutais que tu apparaissais, le plus naturellement du monde et avec ton sourire de crapule, pour me démontrer que tu avais tout à fait compris. Je ne sais pas si tu étudiais en cachette ou si tu t’amusais à me taquiner mais c’était une époque… Elle se perdit un court instant dans ses réminiscences avant de murmurer, dans un sourire. …Jalonnée de rires. »

Il avait aussi prononcé le prénom de Kaithlin, et ceci la rappela également dans d’agréables contrées de sa mémoire, précieusement conservées au sein de son esprit et de son cœur. Un amour de femme partie trop tôt, trop promptement, laissant derrière elle une enfant à son image et un homme plus brisé qu’il ne souhaitait l’admettre, c’est du moins ce que Shaïra avait toujours ressenti. Délicatement elle s’était encore rapprochée, le soutenant en silence dans l’évocation de cet amour perdu. La lady songea un instant qu’il ne s’agissait sans doute pas d’un hasard si, depuis la mort de Kaithlin, elle n’avait plus eu réellement de suivante attitrée. Elle avait toujours préféré faire les choses seule, c’était son tempérament et cela lui épargnait le désagrément des rumeurs émanant de servantes indiscrètes, mais elle avait trouvé en la jeune Kaithlin une compagnie bienveillante et intelligente, généreuse et amusante. Une demoiselle qui avait à cœur de prendre soin des autres et de partager, un petit bijou parmi les poissonnières à foison traînant aux abords de Culpucier. Si elle avait pu être d’un quelconque secours pour elle, il était en revanche évident que Kaithlin avait beaucoup apporté et donné à sa maîtresse, notamment une certaine ouverture au monde roturier qui lui était jusqu’alors inconnu, et qu’elle se figurait uniquement comme malsain et dangereux. Si Alrik se disait autrefois gauche dans ses rapports à la noblesse, son épouse avait très vite eu un certain doigté pour exprimer sa pensée sans offense. Elle serait sans doute aujourd’hui une lady particulièrement habile.

    « J’adorais Kaithlin, elle était différente. Elle me racontait des histoires, des histoires de vie que personne ne m’avait jamais contée. Son premier élan était toujours de chérir l’autre, même lorsqu’il ne le méritait pas, et sans jamais rien attendre en retour. Elle m’a rendu moins hautaine, un peu plus humble… C’était une personne qui méritait d’être heureuse, et elle l’était, avec toi. Elle t’aimait tant. Un doux sourire fleurit sur ses lèvres et du bout des doigts elle traça le contour de son visage. Pour elle tu aurais été plus présent, parce que c’était quelqu’un d’entier, elle donnait tout. Et… Un rire cristallin s’échappa d’entre ses lèvres. Elle ne t’aurait jamais, au grand jamais laissé t’absenter autant. Elle avait du caractère, elle aurait été capable de te ramener en te tirant par l’oreille. Malicieuse, elle ajouta. C’est peut-être ce qu’il faudrait à dire vrai, je vais passer le mot à tes deux princesses. »

Elle ne doutait pas qu’il prendrait bien cette légère boutade car rien dans son discours n’était prononcé avec la moindre méchanceté. Un bref instant elle songea que si un jour il choisissait de se lancer dans un nouveau mariage, il était possible que sa moitié parvienne à lui faire changer ses habitudes. Peut-être. Mais alors qu’elle terminait son verre sur cette pensée, voilà que le Capitaine eut une idée lumineuse et déroutante ! Elle se remettait à peine de ses émotions – car il fallait bien l’avouer, leur discussion la mettait dans un état d’euphorie particulière – qu’il la fit se redresser sur ses jambes. Bien qu’elle ne titubait pas, elle jugea prudent de se déchausser : il avait parlé de danse et elle comptait bien virevolter avec légèreté ! Ses talons ayant rejoints un coin de la salle elle se laissa caler entre ses bras et ne manqua aucune de ses mimiques, chacune la faisant encore plus rire que l’autre, si bien qu’une fois la mélodie entamée et les premiers pas déroulés ses joues étaient déjà brûlantes et des larmes perlaient au coin de ses yeux pétillants. Une main sur son épaule et l’autre dans la sienne, elle suivait ce ballet cocasse mais si agréable.

    « Quelque chose me dit qu’Aaliyah ne peut se concentrer sur les pas et finit la danse perchée sur tes pieds ! Elle imaginait très bien la scène, la sœur installée sur son ainé et retenant son rire jusqu’à la fin de la danse. Sous ton armure tu resteras toujours ce diablotin… Et je souhaite qu’il en soit toujours ainsi. Tournant avec lui dans une valse entrainante et stimulante elle ne prit pas garde au croisement de ses jambes et trébucha, oscilla un court instant sur ses appuis pour finalement se rattraper à lui. Là où dans d’autres lieux la situation l’aurait humilié elle la prêta ici à rire de bon cœur alors qu’elle lui fit remarquer l’évidence. Me serais-je trop… Désaltérée ? Et sans crier gare elle se hissa dans un petit saut au niveau de ses hanches et bientôt ses jambes fuselées se lovèrent autour de sa taille. Suave, elle chuchota. Je pourrais danser encore des heures ainsi, c’est très agréable. Un baiser déposé au coin de ses lèvres scella ses paroles, puis elle se blottit doucement, au creux de son cou. Après le crescendo, elle accusait l’excès dans un gracieux soupir. Cette soirée va me manquer… Mais il suffira de me la remémorer pour avoir le sourire aux lèvres. »


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Alrik Mallery
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Message Mer 6 Juin 2012 - 23:48

Une pléiade de réminiscences, une cataracte de bons souvenirs et de mauvais songes. Il lui semblait même sentir ses effleurements, humer sa délicieuse fragrance et méditer au tintement de son timbre cristallin. Kaithlin, oui, avait été une femme exceptionnelle et le serait à jamais dans l'esprit de son époux et de bien d'autres encore. Sa sollicitude innée l'avait conduite à veiller sur nombre de personnes, un acabit qui l'avait séduit en plus de l'humble vénusté qu'il lui avait trouvée. S'il l'avait désiré, Alrik aurait eu de quoi discourir sur la défunte, conter tant d'anecdotes que ses éloges se seraient allongées sur le reste de la sorgue. Il aurait pu, mais savait cette peine vaine et prompte à le plonger dans une mélancolie qu'il abhorrait. Or, il estimait que son existence et les biens qui étaient siens ne lui octroyaient pas le droit de se lamenter – comment le pourrait-il, alors qu'il avait connu la profonde misère ? Il avait conscience de la fange de laquelle il s'était extirpé, comme de ce qu'il avait perdu durant toutes ces années. Les cierges demeuraient sempiternels dans les méandres de son esprit, de ce fait, il jugeait futile de converser sur un sujet qui finirait par l'ensevelir sous les regrets. Alors, il s'était tût, n'avait pas poursuivi sur la lancée de sa douce amie bien qu'il ne désavouait pas la véracité de ses propos. Sa femme ne l'aurait effectivement pas laissé s'embourber dans de telles marottes martiales pour délaisser, même involontairement, sa famille. Elle l'aurait inéluctablement invectivé tel un bambin en faute, avant de le reconduire en leur demeure. A cela, il avait ri, songeant combien sa vie aurait été différente avec son premier amour à ses côtés. Fort heureusement pour son ego, le chevalier avait appris à passer outre son émotivité pour mieux suivre le fil de ses idées, qui s'étaient alors manifestées sous l'apparence d'une valse menée par ses soins. Connaissant la Seastar, il la savait ravie par cette initiative qu'il n'avait que trop rarement eu envers elle – ou envers une quelconque dame de façon générale. Il n'était pas à démentir qu'Aaliyah lui avait permis d'exprimer quelques talents de danseur insoupçonnés, il était par ailleurs le premier à s'en étonner. Mais le breuvage aviné faisant, il n'avait en tête que l'étreinte de complicité dans laquelle ils gravaient le sol de leurs cercles itératifs. L'essor de leurs contrariétés quotidiennes, rien de plus simple, de plus sain, que la présence d'une aura amicale.

Bien qu'emporté par la redondance de ses vocalises, il prêtait une oreille attentive à la sylphide qui prenait au moins autant de plaisir que lui. Elle n'avait guère tort, quoi qu'il puisse faire, il serait éternellement vêtu de sa pèlerine d'indigent, n'eusse-été que par son attitude – informelle pour qui le connaissait et savait observer. Triste réalité, peut-être, de ne jamais entièrement refléter cette noblesse qu'il avait lui-même édifiée. Qu'importait, Shaïra n'était pas une âme lambda, elle était bien plus que ce que la dialectique aurait été encline à décrire. Au fond, qu'elle ne le mire tel le roturier qu'il fut ou comme le Capitaine des Dents de Freux n'était pas un détail substantiel, tant que cela pouvait lui inspirer une authentique risette. Ce qui était présentement le cas, un enchantement pour les yeux, la divine hilarité de cette femme tant lapidée par les circonstances de sa genèse – dans un sens, plus ou moins similaire, au sien. Cependant, tous deux furent tant absorbés par leur réjouissance que la belle fut trahie par son jeu de jambes, interrompant l'harmonie de leurs pas en frôlant la culbute. Non dénué de ses réflexes en dépit de la légère évasion de son sens commun, le sieur s'immobilisa pour la rattraper au creux de ses bras, le cœur succinctement soulevé par l'impromptu caractère de l'action. Si tôt rassuré par la bénignité de l'incident, il mêla son rire au sien, attestant également ses paroles.


« Je ne suis pas innocent à cela, peut-être t-- »

Sa tirade tronquée, pris de cours la gazelle qui lui bondit littéralement dessus. Une fois encore, il dut faire appel à son plus vif instinct pour ne pas chuter en arrière, puis rattraper la dryade pour lui assurer un meilleur maintien. Ses mains n'eurent d'autre choix que se loger aux cambrures de ses hanches et lui, d'épouser ses plantureuses formes de son propre corps. Assailli de toute part, tant par la volupté évoquée dans leur position que par le mielleux poème qui lui chatouilla l'ouïe, enjôleur, le susurre d'une sirène qui ne se contenta pas de ces quelques assauts. Il sentit une bénédiction papillonner à la commissure de ses lèvres, une saveur sucrée si éphémère qu'il eut à peine le temps de comprendre – de croire à – ce qui venait de se produire. N'était-ce là qu'une utopie à laquelle une myriade de quidams rêvait, la faveur d'un archange pas tout à fait immaculé ? Le zéphyr qui caressait l'épiderme de son cou ne l'aidait pas à recouvrir un semblant de lucidité, tant de contiguïté le désarçonnait. Evidemment, fou, aurait-il été de ne pas être intérieurement éprouvé par cette ineffable sensualité qui lui rappelait, bien abjectement, qu'il restait un homme avec les désirs s'y affiliant. D'autres si ce ne fut lui auraient inexorablement tiré parti de cette succulente situation, là où notre cher chevalier servant s'interrogeait encore sur la manière dont ils en étaient arrivés jusqu'ici. Il jurerait que la muse de beauté aurait été apte à s'assoupir à même son épaule s'il continuait à la bercer de la sorte – et il n'était pas à exclure un embarras certain quant à leur remarquable enchâssement.

« Tu ne te souviendras pas de grand chose si nous continuons à boire, plus de vin pour ce soir. Je crois avoir eu la main un peu lourde. » Il était vrai que si elle fut celle à l'origine de cette soirée, il avait intuitivement rempli sa coupe lorsqu'il la voyait vacante, omettant qu'elle n'était pas l'un de ses acolytes de comptoir. Le mal étant fait, il ne pouvait qu'espérer réparer les pots fissurés plus que cassés. Puis, à l'aide de simples et chastes mouvances, il lui fit comprendre de desserrer sa constriction pour mieux retrouver l'appui du par terre. Lorsqu'elle fut à nouveau sur ses pieds, face à lui, elle lui sembla plus évaporée – désinhibée. « Est-ce que ça va ? » Il lui releva délicatement le menton. « Je vais te raccompagner à tes appartements, je ne voudrais pas te retrouver endormie dans un coin du Donjon Rouge parce que tu n'as pas su retrouver ton chemin. »

Il se prêta à rire bien que cette perspective lui apparut comme tout à fait plausible. Il n'osait imaginer l'aigreur de son lord, même envers lui, s'il apprenait que le capitaine de sa garde avait failli dans sa délégation en abandonnant la Seastar à une errance alcoolisée. A dire vrai, il préférait ne pas s'imaginer les éventuelles conséquences d'une telle bévue, il tenait autant à son grade qu'à sa tête encore parfaitement vissée à ses épaules. Leur nuit avait été chamarrée de franches marrades mais comme à toute bonne chose, il y avait une fin. Lors d'un instant, le freux fureta l'état de son office dans laquelle agonisait quelques denrées oubliées, le macchabée de l'une de leurs bouteilles et la seconde à demi soulagée de son contenu. Le panier naguère débordant de présents n'était plus qu'un vaste souvenir, le binôme n'avait guère lésiné sur leur plaisir gustatif autant qu'éthylique. Il ferait fi du désordre occasionné – lui qui était d'une telle essence rigoureuse – jusqu'à ce que des domestiques ne viennent récupérer les objets en trop. Pour l'heure, il se devait d'escorter sa douce amie jusqu'à sa couche où elle prendrait un repos mérité après tant de tumultes vécus. Avant cela, il la quitta le temps de remettre son habit de plates – après tout, ils croiseraient plus que fatalement la route de certaines de ses troupes en faction, et il lui était inenvisageable de leur apparaître autrement qu'avec conformité. Peut-être Shaïra y verrait-elle un retour à son apparat de commandant, celui-ci même qu'elle était non sans mal parvenue à chasser pour quelques instants. Puis, une fois qu'il fut paré de son armure, fin prêt à quitter la pièce, il vint saisir la main de la jeune femme. Sa main encore libre, quant à elle, se posa sur l'épaule la plus éloignée qu'elle lui présenta, la gardant ainsi contre lui si par mégarde elle perdait l'équilibre. Si sa prévoyance pouvait paraître emphatique, il lui semblait plus prudent de les prémunir contre tout revers de fortune. Qui plus est, maintenant que ses responsabilités le ramenaient à la décence, il prenait conscience de la quantité de vin qu'ils avaient partagé – et donc, qui fluait dans les marbrures veineuses de la nymphe. Ce n'était point là la première fois qu'il était le témoin d'un abus de boisson, pour autant, ceux-ci furent rares et jamais sources de quelconques déboires. Même si cela avait été le cas, il n'aurait pas été le mieux placer pour la sermonner sur cette faiblesse – épicurien qu'il était.

Non mécontent de s'être forgé une éloquente endurance en la matière, celle-ci lui permettait d'être maître de ses sens même en de telles circonstances. Ainsi, ils passèrent l'huis close depuis une bonne kyrielle d'heures, alertant les factionnaires qui ne firent que discrètement les guigner. Noble malgré tout – une notion inhérente à la naïade – tous deux entamèrent leur traversée des corridors. Il se soulagea de ne rencontrer aucune figure seigneuriale importante, car il savait que quelques-unes, tout comme lui, étaient parfois prises d'insomnie. A cela ils substituaient une flânerie nocturne – pour l'occasion, Shaïra et lui n'en étaient pas épargnés. Ainsi, les couloirs furent seulement jalonnés de discrets rires et chuchotements, jusqu'à ce qu'ils parviennent jusqu'à l'aile des plus somptueux appartements. Cette même aile qui, quelques heures plus tôt, fut victime de l'intervention musclée d'un certain capitaine. Le pauvre mais coupable ménestrel croupissait alors dans la plus immonde de leur geôle, remis entre les mains du Guet qui saurait parfaitement le choyer selon les bonnes recommandations des freux. La quiétude avait retrouvé sa place – et la Seastar, bientôt la sienne, au cœur de ses draps de soie. Néanmoins, si Alrik crut ingénument qu'elle obtempérerait sans y mettre son veto, il se fourvoyait et fut surpris de sentir son poids s'alourdir dans ses bras. Contraint de s'immobiliser – ou d'avancer à pas comptés – il s'avisa de la situation.


« Eh bien Shaïra ? Aurais-tu oublié comment marcher ? Un pied devant l'autre. » En dépit de ses conseils qui n'en étaient pas réellement, elle fut bien peu résolue à remédier au problème. S'était-elle meurtrie ? La fatigue l'avait-elle finalement affublée de sa pesanteur ? Le truisme eut tôt fait de se frayer un chemin dans les méninges du chevalier, qui ricana en hissant le pavillon blanc. « D'accord, d'accord... »

Il haussa les épaules en faisant rouler ses calots, abdiquant à la soudaine lubie de la belle qui n'hésiterait pas à jouer de ses charmes s'il y avait opposé sa résistance. Elle aimait à jouer de ses innocents caprices lorsqu'elle savait qu'il ne pourrait sciemment point refuser, finaude et probablement dotée de plus de bon sens qu'elle ne voulait bien l'admettre. Jamais une opportunité de perdue pour le taquiner et se manifester à lui, son incursion dans son bureau en était exemple des plus louables et duquel elle sortait irréfutablement gagnante. Dans un gracieux mouvement, il la récupéra dans ses bras tel le sieur portant sa dulcinée à l'alcôve nuptiale. Il parcourut le peu de distance qui les séparait de leur destination, puis une fois arrivé, pénétra dans la fastueuse pièce qui patientait pour le retour de sa propriétaire. Il visa naturellement la couche princière ornementée de nombreux duvets et traversins, puis, consciencieusement, y déposa celle qui revêtait le rôle de princesse. Elle l'était véritablement, au fond, pour lui. Plus encore, une reine, qu'il reconnaissait à travers cette espièglerie qui, elle, ne perdait jamais son sens de l'orientation.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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Message Mar 26 Juin 2012 - 19:31

L’huis close du Capitaine des Dents de Freux avait cette nuit été le témoin silencieux et bienveillant d’une scène tout à fait particulière et charmante qui réunissait deux amis de longue date, cruellement séparés par des circonstances accablantes. Des amis qui peut-être en d’autres temps, et en d’autres lieux, auraient vécu une histoire digne des plus beaux contes ensorceleurs qui ont coutume d’embaumer le cœur des jeunes jouvencelles du Bief. La légende de la Belle et du Chevalier, voilà un récit qui aurait mérité d’être tissé mais le destin est farceur, il fournit les meilleurs ingrédients mais en prohibe injustement l’usage. Les deux âmes demeuraient donc liées, se tournaient autour, s’enlaçaient avec tendresse, parfois même elles s’embrassaient mais elles subsistaient également dans un état d’incomplétude frustrant, condamnées à observer l’évolution de l’autre dans la plus réservée des circonspections. L’esprit désinhibé de Shaïra se rebellait férocement contre cette fatalité qui endiguait ses envies les plus spontanées. Elle désirait davantage de cet homme admiré et attentif à ses besoins comme nul autre, tout en ignorant pas qu’inéluctablement elle se heurterait à sa réserve. Alrik était un homme d’honneurs, avec toutes les qualités et les empêchements qu’un tel tempérament pouvait provoquer. Toutefois la contingence n’avait jamais empêché la Seastar d’user de sa blandice, elle s’était toujours octroyée les moyens de posséder l’objet de sa concupiscence. Sa relative ébriété ne lui interdisait point de révéler à nouveau cette facette inhérente à sa personnalité, elle aurait même au contraire tendance à la dévoiler avec moins de prudence. C’est ainsi que la frugalement vertueuse lady se hissa contre le corps de l’homme innocent pour le submerger de son être, et ressentir au plus près sa rassurante présence. Les mains déposées sur ses hanches eurent le don de la faire se sentir vulnérable, fragile femme au regard plongé dans celui d’azur de l’homme. Elle ne se priva pas d’un rire cristallin à son aveu et lui cajola la joue du bout des doigts.

    « Bien monseigneur, plus de vin. Cette obligeance vous servira pour votre défense, je saurai m’en souvenir quand on nous aura capturés dans une obscure galerie du Donjon. »

L’idée de les imaginer perdus dans les dédales du Donjon Rouge l’amusait beaucoup, bien qu’elle sache cela strictement impossible. Alrik connaissait la demeure dans ses moindres retranchements et son entendement paraissait bien moins atteint par l’alcool que le sien. C’est sans mal qu’il les guiderait à bon port en faisant figure sérieuse auprès de ses hommes, une obligation morale parmi d’autres pour ne pas mettre à mal son autorité. Toutefois elle ne se montrerait pas indigne de son côté, si ses joues risquaient d’être plus joliment teintées qu’à l’accoutumée elle gardait en toute circonstance sa démarche céleste et évaporée. Obéissante ses pieds rejoignirent finalement le sol, une main posée par prudence sur le bras de son ami. Il lui sembla soudainement que tout était plus froid, vide et elle dût résister à l’envie de retourner prestement se lover contre le Capitaine. Les cloches de la fin de cette délicieuse soirée tintèrent quand après avoir capté son attention, il lui annonça qu’il allait veiller à la raccompagner saine et sauve jusqu’à ses appartements. Cruelle imminence ! Les instants magiques étaient toujours bien trop courts tandis que l’ennui et la solitude s’installaient sans cesse dans son quotidien, avec une régularité assommante. Un soupir désenchanté perça la barrière de ses lèvres et elle le contempla les yeux brillants et la mine éplorée.

    « Tout va bien. La clarté du mensonge était d’une telle évidence qu’elle secoua doucement la tête, sa longue crinière argentée dissimula alors en partie son visage attristé. N’aie crainte je ne m’égarerai pas dans ces corridors que j’arpente continuellement, même si tu as eu la main lourde. Un sourire traversa ses lèvres roses. Raccompagne-moi seulement pour me faire plaisir. »

Ses paroles s’achevèrent sur un effleurement fugitif le long de ses épaules et de son échine puis elle le dépassa pour retrouver ses chaussures abandonnées un peu plus loin, afin de lui permettre de valser avec aisance. Tout en les nouant avec application elle guigna dans la direction d’Alrik pour le voir revêtir son armure. Le prestige de l’uniforme avait rarement paru si palpable et les pensées de Shaïra s’égarèrent un temps dans des méandres troubles. La difficulté avait été présente pour le faire abdiquer à son caprice d’amie, il était donc assurément frustrant de voir la situation repartir naturellement et si promptement à son point initial, comme si rien ne s’était produit cette soirée-là. En dépit de ses sombres pensées la Seastar abdiqua sans opposer de résistance apparente et chemina aux côtés du chevalier à pas aériens, mais mesurés. Elle adressa de doux sourires aux quelques gardes curieux qui les lorgnèrent sur le trajet et échangea de plaisantes badineries avec Alrik. Ce dernier prenait grand soin d’elle, notamment en s’assurant qu’elle n’allait pas chuter en route ou se fatiguer excessivement. Cette abondance de protection, de soutien, était une des premières vertus qu’elle lui attribuait sans même y réfléchir, talonnée de près par la gentillesse, la sincérité et le sérieux. Bien qu’elle aurait désirée un soupçon de folie présentement afin de raviver l’éclat de leur moment privilégié… S’emparant de la mission de faire survenir l’extravagance, elle freina volontairement ses pas et se fit plus vaporeuse dans sa gestuelle jusqu’à ne presque plus tenir debout sur ses appuis sans son aide. Un faible « hum… » répondit aux conseils et explications gracieusement prodigués puis elle lui jeta une éloquente œillade. Elle espérait alors que l’âme chevaleresque d’Alrik atteigne la quintessence… Et ne fut pas le moins du monde déçue par son interprétation. Avec une facilité déconcertante il la souleva dans ses bras et la soutint telle une princesse endormie, cette dernière ne se faisant pas prier pour prendre ses aises.

    « Allons-y mon Prince. »

Un sourire mutin ponctua son indication à poursuivre la maigre distance les séparant encore de ses prestigieux appartements. Sans doute Alrik partirait-il une fois son chargement déposé pour aller à son tour rejoindre sa couche ou bien pour reprendre ses épitres délaissées, mais les deux options ne convenaient pas à la lady, qui tenait tant à le garder encore un peu au cœur de leur étreinte. Ainsi nichée dans ses bras forts, ses doigts galvanisés par l’absence exceptionnelle de l’armure de plates s’aventuraient à le caresser et glissaient le long du col ouvert, rejoignant le torse bâti du chevalier. Des cajoleries qui pourraient se camoufler dans un habit de frivolité mais revêtaient tout leur caractère voluptueux et charnel quand les lèvres de la délicate créature s’égarèrent à se déposer sur la nuque qui lui était offerte. Elle était si dévouée à son objectif que même une fois confiée à la finesse de la soie et au velouté de son lit, elle refusa de libérer la nuque et les épaules du Capitaine, le forçant à suivre son mouvement s’il ne voulait pas la brutaliser en s’extirpant. Ses yeux espiègles se noyaient dans le regard céruléen et cherchaient à y déceler la moindre de ses émotions. Elle ne lui demandait pas de l’aimer, ni même de la désirer, mais sans être capable de l’expliquer elle souhaitait savoir ce qu’il pensait. Dans une subtile mouvance de jambes elle effleura son flanc et lui adressa ses prunelles les plus ensorceleuses et implorantes.

    « Tu veux bien rester un peu avec moi ? Je n’ai pas envie d’être toute seule maintenant… Les mains glissées dans ses cheveux puis dans sa nuque, elles le massèrent délicatement. Le temps que je m’endorme… Tu te doutes que ce ne sera pas bien long. »

Veiller son sommeil n’était probablement pas l’activité dont il rêvait, elle n’ignorait pas non plus ses importantes obligations. Pourtant elle osait avec insistance, elle récidivait. Ils se voyaient peu, bien trop rarement à son goût, et aujourd’hui c’était leur journée, leur soirée, leur nuit… Rien que pendant ces malheureuses heures les séparant de l’aurore, elle voulait plus que tout profiter de cet être qui ne serait jamais à elle et à qui elle ne pouvait se vouer. Elle ne souhaitait pas être confrontée à cette réalité illégitime et, l’alcool aidant à alimenter ses rêves, elle ambitionnait de se dresser contre elle. Délicatement une main rejoignit la taille du bel homme et, ses doigts faufilés sous sa ceinture, elle l’incita à chuter sur la place vacante à ses côtés. La confusion engendrée par cette intense promiscuité l’autorisa tacitement à outrepasser encore un peu plus les limites du raisonnable pour une lady de son rang en compagnie d’un ami cher. C’est ainsi qu’elle s’insinua lascivement contre son buste et le surplomba avec un fin sourire.

    « Allume ta prunelle à la flamme des bougies,
    Allume le désir dans les regards des impies,
    Tout de toi m’est plaisir, morbide ou séduisant…
    »

Une pluie d’argent chavira des hanches de la Seastar pour venir lécher le visage du Capitaine, telle une cascade étincelante et opaline sa chevelure les protégeait des regards de la luxueuse chambre et leur offrait une confidence intime et voluptueuse. De sa bouche en cœur un rire chantant s’échappa et vint, peut-être, chatouiller et flatter l’oreille attentive d’Alrik.

    « Sois ce que tu voudras, nuit noire, rouge aurore ;
    Il n’est pas une fibre en tout mon corps tremblant
    Qui ne crie : Ô mon cher chevalier, je t’adore !
    »

Un poème que voilà, qu’elle n’eut aucun mal à enfanter en hommage au tambourinement accru dans sa poitrine et en faisant de ses yeux azurés sa muse. De sa voix cristalline et mélodieuse elle acheva son ode inspirée tout près de lui, si près que lorsque l’ultime note carillonna il lui parut que leurs lèvres se caressaient.


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Alrik Mallery
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Message Jeu 28 Juin 2012 - 19:56

S'il s'était gardé de commentaire, il n'en pensait pas moins quant aux importunes chatteries dont elle était l'interprète – une tortionnaire à en devenir, car elle était de ceux qui pouvaient extraire une faiblesse du tout d'une personnalité. Qu'il soit accoutumé à ses accès de tendresse ne signifiait pas qu'elle devait l'en faire le sempiternel martyr, car même si elle ne lui voudrait jamais aucun mal, il savait que ses cajoleries couvaient un abysse de sybaritisme. Prétendre qu'il n'était gère appréciatif de tant d'attention aurait été un abject mensonge – affirmer qu'il n'avait aucun droit à la recevoir, en revanche, n'était que pure véracité, ou aux yeux de la sylphide, une pure spéculation. Quand bien même s'était-elle toujours évertuée à le respecter pour l'homme et le chevalier qu'il était, la résistance à l'érotisme – son péché véniel - semblait être chose ardue pour celle qui alimentait les fantasmes au susurre de son seul prénom. La vie lui avait insufflé une telle vénusté, qu'elle ne pouvait s'empêcher d'en faire l'excessif usage, même involontaire. Il était, irréfutablement, l'une de ses victimes, parmi ces fortunés qui étaient parvenus à attirer l'oeil de cette muse de volupté sans même avoir prétendu à ce titre. Et pourtant, une telle kyrielle d'années de côtoiement, de complicité et de tribulations ensemble traversées, sans que jamais plus que leurs oeillades et risettes n'expriment l'ineffable. Aucun d'entre eux n'avait jamais oser mettre de mot sur ce qui les conjuguait, dans la simple mesure qu'ils se contentaient de leur connivence telle qu'elle était. Il lui semblait néanmoins que ce mutisme réciproque pesait au coeur de son amie, certainement plus inspirée qu'il ne l'était par l'excès de bon vin et partie en quête de ce qu'il n'avait jamais été apte à lui offrir faute de le pouvoir. Cet étau étréci à sa nuque ne le surprit nullement – l'inverse l'aurait fait – tant il connaissait sa propension à vouloir abuser de sa présence. Il ne pouvait décemment lui en tenir rigueur, alors même que cette sorgue en sa compagnie avait été une panacée, même éphémère, qui l'avait soulagé. Ainsi, il n'essaya pas de s'arracher à son étreinte, simultanément capturé par la magnificence de ses gemmes, étincelantes d'hétérochromie, grisantes d'envoûtement. Comme à chaque fois, il s'égara dans les méandres de son âme dragonne avec humilité et respect, tel un dévot face à une sainteté inviolable. Puis, il crut sentir sa hanche taquinée, guignant sur le côté avant de furtivement revenir à ses prunelles, lorsque la facétieuse princesse lui présenta sa requête. Ce n'était guère la première fois qu'elle lui demandait de veiller sur son assoupissement, sur l'instant où elle rejoindrait ses plus belles chimères. Mais ici, l'intuition du commandant tempêtait, alliée à un truisme qui ne faisait que croître de gourmandise. Son sixième sens lui vociférait de ne pas accéder à son caprice, de se prémunir de l'« Inéluctable » vers lequel il glissait mortellement et de retourner vers de plus saines occupations. La sécurité du Donjon Rouge ne sommeillait jamais, elle, et ne patientait non plus. Il lui était impossible de rester auprès d'elle.

« Evidemment, je reste. Je doute aussi que tes paupières ne résistent fort longtemps avant de t'emporter, tu m'as l'air épuisée. » Il l'était également, à dire vrai, mais se voilait de contenance. « Mais il va falloir songer à me laisser me redresser si tu veux que je te borde. »

Et surtout s'il voulait disposer de la pleine capacité de ses muscles dorsaux, qui finiraient par se froisser à force qu'il ne soit ainsi penché. Il posa d'ailleurs une rotule sur la couche pour se soulager de sa position, coupable et conscient de la faiblesse dont il faisait preuve en préférant rester. Si ce n'était à cas d'exception, les nymphes qui lui étaient proches savaient parfaitement et outrageusement user de leur minois, viles félines aux mirettes de biche, à la fois proies et prédatrices du sieur qui voyait son opiniâtreté bafouée. Il était persuadé que Shaïra avait été une pédagogue des plus probantes pour Yevana, chez laquelle il lui semblait parfois entrevoir des mimiques similaires. Rien d'étonnant à cela, lorsque l'on savait que la jouvencelle divinisait son aînée, à tel point que chacune de ses mouvances lui apparaissait comme un zéphyr de sublimité. Elle n'avait certainement pas tort, mais alors, quelle dangereuse créature coudoyaient-ils là.

Naïf ou simplement dans le déni de ce qui pouvait hypothétiquement se produire, il ne vit rien venir du « retournement » de situation. Son équilibre fut mis à mal, sa masse alla s'enfoncer dans la moelle du lit et fut bien vite surplombée de l'anatomie rivale. La succincte désorientation engendrée ne permit pas à Alrik de se heurter à la réalité, encore abêti de cette offensive pas le moins du monde soupçonnée. Les cambrures ondoyant tout contre lui ne l'aidèrent pas à reprendre son sens commun, lascivement décontenancé à tel point qu'un frémissement parcourut l'ensemble de son épine dorsale jusqu'à lui faire expirer un souffle pourtant coupé. Il lui sembla entrevoir toute l'essence de la Sorcière, couronnée d'un halo sibyllin et incoercible, reine d'un jeu de vésanie tant spirituelle que sensorielle. Le sirocco venta sur le corps du chevalier, pointa la fièvre en ses reins, son sang devenu lave et répondant avec privauté au stupre de la Seastar. Elle l'incanta plus encore par ses quelques proses, installant une tenture argentine pour que plus rien alentour ne compte. Et plus rien ne comptait. Le ser n'eut ni l'opportunité ni la volonté de donner un sens à sa poésie, une saveur prohibée maculant ses lèvres et ses papilles, il devenait fou à lier. Un seuil devant lequel ils s'étaient souvent immobilisés sans jamais l'outrepasser, une barricade d'abstention finement ébranlée au cours des deux dernières décades, aujourd'hui anéantie en une poussière d'étoiles venue sertir leur désir. Pourtant, en un spasme de lucidité, les phalanges du freux empoignèrent les hanches de la lady, lui infligeant une inconsciente pression qui, à défaut de lui faire mal, pourrait tout de même la surprendre. Cependant, il ne fit rien de plus en dépit de l'aspect résolu qu'empruntait sa poigne, subjugué par ce mets labial qu'ils partageaient dans la plus grande hérésie. Puis, il lui sembla qu'elle s'était sensiblement redressée pour mettre fin à leur embrassade – ou peut-être était-ce lui qui l'avait faite cesser ? Il l'ignorait, et s'en moquait éperdument.


« Tu as perdu l'esprit, Shaïra... »

Un susurre égaré dans son soupir, incapable de rouvrir les yeux, inapte à faire fi de ce délice encore en bouche et qui était encore à portée de lippes. Mutinerie, il ne put réprimer son avidité de réclamer la suite de ce baiser, allant le cueillir de son propre chef n'en déplaise à la fautive. Ses mains adoucirent leur constriction pour voguer à leur grès dans l'échine de celle qui devint sa captive, retenue à la suave mais envieuse cavité de ses bras. Faiblesse d'homme s'il en était, la chair appelait la chair, le souvenir d'une incartade licencieuse ne lui paraissait que trop lointaine pour que son corps ne réclame pas son dû primaire. Après plus de vingt ans de frugalité, il obtempérait désormais, inexorablement aidé par le breuvage aviné qui n'en retirait pas plus à sa responsabilité. A peu de choses près, il aurait été convaincu qu'elle l'avait usé de sorcellerie, même si cela n'était point nécessaire pour être féru de la plus belle femme de Westeros. Qui n'était autre que la demi-soeur et l'éternel amour du lord Brynden Rivers.

Lui-même n'aurait pu dire d'où lui vint alors la force de rebrousser chemin avant qu'il ne soit trop tard. Un éclair de clarté lui foudroya l'esprit, il se souvint que la femme qu'il embrassait avant tant de convoitise n'était pas qu'une vulgaire dame du pays. Il sentit son dos se tendre, ses viscères s'auto-digérer et l'amertume prendre le pas sur l'onctuosité. Alrik n'eut d'autre choix que de se faire plus abrupt qu'à l'accoutumé, chassant la tentation et la tentatrice en les faisant basculer à leur place initiale : de l'autre côté de la couche. Puis, sans perdre un instant, le commandant se leva avant qu'elle n'ait le loisir de le retenir à au chaud contact de sa peau d'albâtre. Tel un lion en cage doré, il se mit à faire les cent pas, arpentant la pièce en se massant le faciès, plongé dans des pensées qui se voulaient rationnelle. Depuis toujours, il considérait interdit le fait d'approcher l'élue du coeur de son meilleur ami – quoi de plus naturel, alors qu'il ne vivait que dans le but de le servir ? Ce mal de tromper, de trahir le seigneur auquel il avait voué une infaillible loyauté, un parjure qui pulsait douloureusement à ses tympans. Il sonda sa propre âme pour recouvrir ses moyens, la respiration parfois lourde, saccadée de soupir et de mots auto-persuasifs à peine articulés. Soudain, il posa inopinément les calots sur l'un des miroirs de la chambre, lui reflétant le galbe d'un quidam dépecé par la confusion. Il ne pouvait se permettre une telle bévue, lui qui s'était tant battu pour parvenir jusqu'ici, à la sueur de son front, à l'hémoglobine de ses ennemis. Il gonfla ses organes pulmonaires à n'en plus pouvoir, se bombant de son usuelle assurance car résolu à ne pas laisser le poison de la dryade s'insinuer en son coeur. Il se tourna en sa direction, les prunelles chatoyantes de caractère, de la preuve qu'il ne serait pas sien cette nuitée. Lui en voulait-il ? Peut-être bien, il lui fallait donner réflexion à tout ceci, avant de pouvoir choisir du quel d'elle ou lui, était le plus à condamner. Pourtant, il se sentait d'avantage navré, pour elle, pour lui... Pour eux. Cette fois il en était certain, il ne pouvait rester auprès d'elle, cette fois, il préférait battre sa coulpe et fuir ce combat déjà perdu. Ainsi, il rejoignit l'huis qu'il ouvrit aussitôt, se retrouvant face à une cohorte de factionnaires affairés à converser. Il s'immobilisa sur le seuil, puis, ses esprits rassemblés, donna d'une voix ferme.


« A vos postes vous autres ! » Une sommation qui s'adressait tant à ses hommes qu'à lui-même, le freux reprenait du service. « Bonne nuit, ma dame. »

Une intonation formelle, une succincte lorgnade, avant de franchir la porte en la refermant derrière lui. Il était temps que ses délégations reprennent le dessus sur le reste, car il jugeait les avoir trop longuement délaissées. Secrètement, entre deux points de confiance, il estima que cela ne devait plus jamais se reproduire. Jamais.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

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Message Dim 1 Juil 2012 - 17:50

Douce et avide créature de concupiscence elle surplombait l’homme avec l’envie brûlante de découvrir le goût de sa peau et qu’il fasse enfin d’elle l’objet de son désir. A présent plus rien ne pouvait injustement se dresser entre eux et ne les retenait dans le carcan de la décence, il suffisait de s’abandonner à leur voluptueuse embrassade. Pourquoi avoir mis aussi longtemps à céder à l’évidence ? Jamais un mot n’avait été apposé fermement sur la nature de leur relation, et celle-ci chavirait insouciamment de sentiment en sentiment sans trouver sa juste réalité : Etaient-ils de simples amis, un frère et une sœur unis pour toujours, une mère et son fils bien-aimé, un père et son enfant virevoltante ou cette nuit, fallait-il le croire, des amants enlacés ? Les draps ne demandaient qu’à être froissés par leur ébat défendu tandis que la Seastar, soupirante au creux de l’étreinte du freux, réclamait encore et encore ses attentions ainsi que la tendre caresse de ses yeux azurs. Qu’importe alors la pression ressentie sur ses hanches, qu’elle lui soit hostile ou favorable elle demeurait l’avertissement de l’abdication du valeureux Capitaine des Dents de Freux. La dragonne n’ignorait pas quelles pouvaient être les réserves d’Alrik, mais celles-ci lui paraissaient fallacieuses et prétextes pour ne pas se noyer dans le stupre. Craignait-il, en fin de compte, de se perdre dans une liaison qu’il se sentait incapable d’assumer ? L’ombre de son demi-frère planait-elle dans la pièce en ce moment-même ? L’émotion de Brynden Rivers à son égard était une évidence pour quiconque arpentant le Donjon Rouge, en effet ses demandes en mariage répétées n’étaient un mystère pour personne. Bien qu’elle lui rende son amour avec une ineffable sensualité elle avait refusé chacune de ses propositions et ne s’affichait au bras d’aucun corbeau, d’aucun homme quel qu’il soit. Ainsi, l’idée qu’on puisse la penser possédée ne l’effleurait pas, pire, elle la révulsait. Même captive de cette demeure, mise sous clé d’une prison dorée, elle était libre.

Une risette fleura sur ses lippes à l’écoute de ce murmure et ses mains, voguant suavement sur les cambrures sculptées de son torse, indiquaient peut-être que la santé de son esprit ne revêtait plus la moindre importance. En revanche nul doute qu’elle aurait d’elle-même emprisonné les lèvres du bel adonis dans une délicieuse danse s’il ne s’était pas chargé le premier d’abattre les dernières défenses. Un frémissement voyagea le long de l’échine de la Seastar qui se cambra délicatement contre le bassin qu’elle dominait et fondait au sien. Un brasier s’était installé en son bas-ventre et n’en délogeait plus, avivé par la passion inhérente à leur baiser. Elle le voulait encore plus proche, et elle le voulait maintenant, sans se soucier le moins du monde de ce qu’adviendrait demain. C’est dans la douleur que son souhait fut renversé, piétiné et réduit en miettes en un éclair funeste. Sans délicatesse la chaleur et le fantasme la quittèrent elle et sa couche pour l’abandonner dans une solitude glacée. Déstabilisée, fragilisée, elle releva ses prunelles pleines d’incompréhension et de trouble sur celui qui arpentait maintenant ses appartements comme un animal agité. « Alrik… ? » Appela-t-elle faiblement et vainement après lui. Il n’était qu’à quelques pas mais déjà, au fond de son cœur, Shaïra comprit qu’il était à des miles d’elle et du rêve qu’ils avaient manqué de partager. Elle n’eut que le temps d’esquisser un mouvement éploré en sa direction, d’à peine lever ses doigts fébriles vers lui qu’il fuyait la pièce sans demander son reste. Un tremblement saisissant lui fit refermer la main et elle assista, impuissante, à ce bonne nuit marmoréen qui la poignarda en pleine poitrine. « Tu ne peux pas nous faire ça… » Il put, et ce sans lui laisser la moindre chance d’exister et de faire entendre le tumulte cruel qui lui broyait les artères. La porte de sa cage fut refermée et elle demeura là, abandonnée encore haletante dans sa thébaïde.

Comme plongée dans le coma il fallut d’interminables minutes avant que, prudemment, Shaïra n’extirpe ses jambes de son lit et se redresse le corps tristement ankylosé. Prise dans un marasme de sombres pensées, elle progressa jusqu’à la majestueuse coiffeuse qui ne lui inspirait présentement qu’une profonde répulsion. C’est méthodiquement qu’elle analysa son reflet, sous un voile trouble et humide. Sa longue chevelure argentée encadrait un visage accablé dont les orbes ne brillaient plus que d’une faible lueur, cet affligeant et pénible spectacle aggrava encore l’image écornée qu’elle se faisait d’elle-même. Alrik l’avait rejeté. Alrik ne l’aimait pas. Même pas un peu, il n’y a nul besoin d’éprouver une affection folle pour coucher une femme et la chevaucher… Elle n’avait jamais été que la sœur de son meilleure amie, et accessoirement sa putain. Une intrigante qui le gênait dans l’exécution de son office, une amie appréciée par son épousée puis sa précieuse Yevana, qu’il se devait donc de côtoyer. Rien de moins, rien de plus, rien ! Mortifiée et poussée par une sourde colère à la vue de cette lady qui n’avait plus de céleste que le nom, elle frappa violemment de son poing délicat la surface polie et ingrate qui lui renvoyait toutes ses erreurs au visage, et cette larme fugitive qui dévalait sa joue. La glace se brisa dans un fracas de cristal et se répandit au sol dans une pluie d’argent et de gouttes vermeil, mêlé au gémissement plaintif de la Seastar. « Je n’appartiens à personne ! » C’est à cet instant précis qu’une silhouette gracile passa l’huis de son boudoir et, apercevant sa maîtresse, étouffa de ses doigts un cri effrayé.

    « Ma dame ! Vous êtes blessée ! Je vais vous soigner… A pas vifs elle se précipita vers la dragonne qui, de sa main rescapée, la stoppa en plein élan. Va-t-en, je n’ai besoin de personne. Elle se doutait qu’Alrik était l’instigateur d’une telle intrusion, qui d’autre aurait envoyé une servante à pareille heure de la nuit ? Je ne veux voir personne, tu entends ? Et je te défends de raconter ce que tu as vu à quiconque. Disparais. La domestique n’était pas une nouvelle en ces lieux, et elle connaissait Shaïra. Jamais elle ne l’avait aperçu si défaite, et malgré l’autorité de son ton, sa douleur y était plus que perceptible. Ma dame… Je ne dirai rien, mais laissez-moi nettoyer cette plaie et ranger ce désordre, il vous sera posé des questions au matin sinon. La Seastar glissa une œillade sur les dégâts que son algarade avait provoqués et poussa un soupir contrit. Fais-donc… La jeune femme du nom d’Anna l’incita alors avec délicatesse à prendre siège et s’occupa avec soin de sa main ensanglantée. Pardonne-moi, je ne voulais pas m’adresser ainsi à ton égard. Je suis… Terriblement fatiguée. Ses yeux scintillèrent et quelques gouttes y perlèrent, avant qu’elle ne baisse son regard au sol. Quand tu auras terminé, tu fermeras la porte et feras passer le mot à tes pairs. Elle s’abaissa en une gracieuse mouvance pour déposer un baiser sur le front exposé d’Anna. Que personne n’entre ici et vienne rompre mon isolement, la solitude vivifie et ne tire son essence que dans l’absence de regards. »

La pauvre Anna n’osa rien répliquer et se contenta d’acquiescer aux désirs de sa maîtresse, elle rangea les appartements en désordre de la lady puis se plia à son exigence en quittant les lieux. Les autres servantes eurent tôt de connaître l’exigence de Shaïra et s’y tinrent, personne ne souhaitait ici déclencher la fureur d’un dragon, aussi bâtard soit-il. Il faudrait du temps pour que la lady retrouve des repères et se remette de cette meurtrissure. Pardon, vengeance, rédemption se brouillaient dans son esprit, l’incitaient aux délivrances les plus douces et aux pires excès. Plus que tout elle redoutait la prochaine confrontation qu’elle aurait avec celui qui avait remis en cause en un baiser l’espoir secret qu’elle nourrissait à son encontre et plus encore, sa vie entière. Ainsi plongée dans l’obscurité, Shaïra pansa secrètement l’agonie de son cœur.


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Avec de la prudence, on peut faire toute espèce d'imprudences. [Alrik]

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