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Chacun préfère son intérêt à celui du prochain ▬ Jace

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Message Mar 20 Mar 2012 - 13:44

     Le dépaysement avait été la première chose qui avait frappé Amélyse lorsqu'elle avait posé le pied sur le port de Port-Réal. Étrange de se dire qu'une aussi grande ville qui abritait une multitude d'origines, pouvait être aussi.... Simple. La simplicité, cela semblait être le maître mot des habitants de Westeros et la Lysienne avait beau poser ses yeux clairs sur les différents bâtiments de la ville, elle n'y trouvait rien d'original. Que ce soit le Donjon Rouge, Fossedragon ou les autres endroits si réputés après des habitants de la ville, rien ne trouvait grâce aux yeux de la jeune femme qui ne pouvait s'empêcher de regretter sa terre natale. Pourtant il fallait qu'elle se fasse une raison, Lys était désormais loin derrière elle sans espoir de retour et comme son père le lui avait si bien dit, elle devait considérer Westeros comme son nouveau « chez elle ». Dure réalité qu'elle ne voulait pas encore admettre, mais cela finirait bien par arriver. Quoi qu'il en soit, si Amélyse n'était déjà pas très motivée par l'idée de s'exiler à Villevieille pour épouser un homme qu'elle ne connaissait pas, la jeune femme avait encore plus désenchanté au fil du voyage qui la menait jusqu'à sa nouvelle demeure. La sécheresse avait laissé place à un automne fade et les paysages désolés qui s'offraient aux yeux de la Lysienne, plus habituée à l'opulence qu'à la pauvreté, ne faisaient que faire grossir le nœud présent dans sa gorge. L'inconfort du voyage à cheval était d'autant plus désagréable et le père d'Amélyse qui se montrait être très prudent, avait demandé à la suite de la jeune femme de ne pas montrer les richesses qu'ils transportaient. Il aurait été idiot de mourir lors d'une attaque de brigands sur la route qui la menait à sa nouvelle vie.

     Elle avait donc vu son humeur passer par différents stades, la frustration pour commencer, puis la colère et le dégoût lorsque ses yeux se posaient sur certains habitants des petits villages qu'ils traversaient. Une chose était certaine, après avoir été élevée dans la richesse et la beauté, Amélyse allait éprouver beaucoup de difficultés à s'adapter à la manière dont les habitants de ce continent vivaient. Au final, lorsque la silhouette de Villevieille s'était enfin dressée au loin, la demoiselle avait été soulagée et presque heureuse de savoir que son calvaire prenait fin, elle pourrait se reposer et se rendre à nouveau présentable. La suite était donc arrivée devant la demeure louée par le contact de son promis et où elle allait séjourner avant de découvrir celle où elle allait devoir passer le reste de sa vie – du moins si tout se passait bien – et elle se révéla heureuse de voir que son futur époux avait pris sa demande au sérieux. Amélyse avait clairement stipulé qu'elle ne voulait pas être accueillie à son arrivée, se doutant qu'elle aurait souffert du voyage et ne ressemblerait plus à une vraie Lysienne, sa mère lui avait d'ailleurs formellement dicté de ne pas se montrer tant qu'elle ne serait pas présentable. Elle put donc prendre possession des lieux sans craindre de devoir rapidement se changer, ses gens trouvèrent leur place puis elle-même commença à visiter la demeure en songeant qu'elle aurait besoin de beaucoup d'améliorations et d'une grande touche de féminisme. Lorsque ses affaires furent installées, la demoiselle eut enfin le temps de se débarbouiller et de pouvoir détendre ses muscles endoloris par le voyage dans un bain qui n'était pas du luxe, elle se demandait comment faisaient les gens qui passaient leur vie sur les routes ! En bonne Lysienne qu'elle était, Amélyse espérait sincèrement ne plus avoir à bouger d'ici, si ce n'était pas par bateau du moins. Quelle malchance que les Fer-nés attaquent les côtes sans quoi son trajet par la mer aurait été plus rapide et moins inconfortable.

     Le souvenir des paroles de son père au sujet des pirates des Iles de Fer lui revinrent en tête, visiblement il les craignait réellement, chose qu'elle pouvait comprendre vu qu'ils attaquaient souvent les Cités Libres. Mais le Bief aussi avait été concerné et soudain la Lysienne vit une idée naître dans son esprit : et si elle allait visiter le chantier naval de cette ville pour savoir quels avaient été les dégâts subits ? Son père lui avait toujours enseigné à se renseigner sur les détails de ce genre et comme il lui avait avancé la possibilité de pouvoir envoyer des navires plus tard, la jeune femme considérait qu'il était de son devoir d'en apprendre plus sur tout cela ! Lorsque son bain fut terminé, Amélyse s'habilla rapidement dans une tenue tirée de ses affaires, elle était assez voyante et il apparaissait clairement qu'elle n'était pas Biefoise, mais cette robe était très sobre comparée à d'autres offertes par son père. Dès qu'elle fut prête, la rousse indiqua à son garde personnel qu'elle allait avoir besoin de son aide. Xhondo – puisque tel était son nom – essaya de convaincre la jeune femme qu'il valait mieux prendre plus de gardes avec elle, mais Amélyse ne tenait pas à attirer l'attention sur elle et doutait bien qu'une Lysienne puisse provoquer un mouvement de foule. Elle ne changea donc pas d'avis et ils sortirent tous deux, simplement accompagnés d'un domestique de la maison qui devait leur indiquer le chemin. Le garde était visible de loin, il faisait même de l'ombre à sa dame en ce qui concernait l'intérêt des passants. Xhondo était né sur les Iles d'Été, il avait été acheté lorsqu'il était jeune par le père d'Amélyse et depuis ce temps servait la famille Saan. De marin sur le premier navire du Prince marchand il était devenu garde pour la famille puis plus particulièrement d'Amélyse de qui il était devenu très proche, elle le considérait comme un membre de la famille par ailleurs. Sa peau noire comme l'ébène attirait donc tous les regards et ils ne passaient pas inaperçus.

     Ils arrivèrent rapidement au chantier naval et l'attention de la Lysienne se fit plus forte alors qu'elle faisait signe au domestique de les attendre à l'entrée, puis ils pénétrèrent dans le bâtiment sans éveiller une attention particulière. Elle commença par regarder ce qui s'y passait, essayant de comparer par rapport au chantier naval de Lys, mais ne trouvait rien qui différait beaucoup. Ce que la jeune femme souhaitait savoir était principalement les dégâts subits par les attaques des Fer-nés histoire de pouvoir éventuellement conseiller à son père d'attendre un moment avant d'envoyer ses navires, ou au contraire de le faire tout de suite. La rousse parcourut les environs du regard, cherchant une silhouette bien précise : celle du responsable des lieux. Mais difficile de savoir qui était qui vu les tenues qu'ils arboraient tous. Dépaysée et perdue, la jeune femme regarda Xhondo qui haussa les épaules en signe d'ignorance. La Lysienne se mordit nerveusement la lèvre avant de poser ses prunelles céruléennes sur un homme aux habits plus riches que les autres. Elle se redressa aussitôt, le détaillant du regard comme si sa fonction était indiquée quelque part sur ses habits, en vain. Comme à l'accoutumée, Amélyse décida donc de prendre le problème à bras-le-corps et approcha de l'individu pour se poster derrière lui et lever la main afin d'effleurer son épaule pour attirer son attention. Lorsqu'elle l'eut, la demoiselle prit la parole, délaissant sa langue natale pour celle de ces contrées.

     ▬ Excusez-moi, je cherche quelqu'un qui pourrait m'aider. Elle le dévisagea un bref instant avant de reprendre. Je souhaiterais savoir les pertes subies par le Bief depuis les attaques des Fer-nés, je me demandais s'il y avait eu beaucoup de navires coulés. »

     Elle empruntait une voix naturelle et sans y glisser un intérêt particulier, il était inutile de montrer qu'elle avait peut-être une idée de marchande en tête et non celle d'une noble simplement curieuse. Son père lui avait toujours enseigné de ne jamais dévoiler ses cartes avant de les avoir correctement en main. Si Amélyse ne se présentait pas, ce n'était pas par manque de politesse, mais simplement parce que son père lui avait aussi enseigné de ne jamais donner son nom avant que son interlocuteur ne le fasse.


Dernière édition par Amélyse Saan le Mar 27 Mar 2012 - 14:11, édité 1 fois
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Message Mar 20 Mar 2012 - 17:20

   Quand la mer est tranquille, tous les navires ont un bon capitaine. C'est quand les vents de la tempête soufflent et déchirent le ciel que se distingue l'excellence des vrais marins qui font les meilleurs capitaines. Dans l'esprit de Jace, à cette image poétique correspondait la situation des verdoyantes contrées du Bief que Leo Tyrell conduisaient d'une main de maître. Ces dernières avaient durement souffert de la sécheresse et malgré les pluies revenues de l'automne, elles peinaient à se remettre des caresses de l'été, cet amant brûlant et impitoyable. Importer de la nourriture avait été une nécessité pour maintenir l'indépendance agraire du Bief, mais également pour répondre aux demandes importantes qui affluaient de tout le royaume, car à l'approche de l'hiver, tous se tournaient vers Hautjardin et ses bannerets pour emplir les greniers, les grandes et les réserves de nourriture. Jace avait, de concert avec messire Tyrell et Hightower, pourvu à l'intendance et à la logistique de cette organisation qui nécessitait rigueur et pertinence et ensemble, à Hautjardin, ils étaient à nouveau parvenus au meilleur des consensus pour atteindre leurs objectifs et alors que déjà des vivres leur parvenaient des Cités-libres, d'autres commandes étaient ordonnées. Une fois les détails réglés et d'autres affaires conclues, Jace put prendre la route du sud en compagnie de son vieil ami Clarence Hightower. Les deux hommes ne voulaient guère s'attarder à Hautjardin au risque de croiser la compagnie des Lannister qui se déplaceraient pour le mariage de ser Tristan et de lady Aliénor. Il aurait été certainement très amusant de voir lord Tybolt Lannister entrer dans Hautjardin accompagné de lady Maura Arryn pour mieux révéler ensuite le secret de leur union par le mariage, qui n'était désormais plus un secret pour Jace qui tenait cette information de Clarence Hightower lui-même. Ce n'était encore qu'une forte suspicion, et ce mariage secret ne serait officiel qu'une fois proprement et publiquement annoncé, mais cette annonce solennelle n'était plus qu'une formalité pour laquelle Jace n'avait qu'un très faible intérêt et s'il avait longuement questionné Clarence durant leur périple depuis Hautjardin jusqu'à Villevieille, ce n'était que pour s'assurer du bien-fondé des conclusions de son ami. Il ne pouvait nier cependant un regain d'intérêt éveillé par la perspective de voir Tybolt Lannister dans la même posture que celle de ser Tristan quand ce dernier s'était joué de l'ambassade Lannister lors de la première venue de lady Aliénor à Hautjardin... L'ironie du sort avait une saveur des plus agréables. Malgré tous ses attraits, la curiosité coûtait souvent bien des regrets. Jace avait quitté Hautjardin quelques jours auparavant en compagnie de messire Clarence Hightower et ce dernier l'avait chargé d'une tâche de grande importance dès leur arrivée  : superviser les constructions, les réparations, le ravitaillement et l'armement des navires de la flotte de guerre protégeant le port de Villevieille et les eaux du Murmure. Il n'y avait rien de plus convenable aux capacités du Maître des navires qui ne refusaient jamais la proximité de la mer et des bateaux.

   Jace avait pris ses quartiers à la Grand-Tour sur l'invitation de messire Clarence, mais il l'avait quittée très tôt ce jour-là pour se rendre à l'arsenal de Villevieille où l'attendait bien du travail. Il devait d'abord prendre connaissance de l'état des navires gardés à quai, s'informer du nombre de bâtiments mouillant le large et patrouillant les eaux du Murmure, inspecter les navires passés en cale sèche et donner ses instructions aux manouvriers chargés de leur entretien. Il devait également s'entretenir avec plusieurs contremaître pour ordonner la construction de plusieurs navires de soutien et la réparation de plusieurs galères parmi les plus abîmées. Viendrait plus tard l'audition des messagers venus de la Treille et des Îles Boucliers qui rapportaient des nouvelles de la situation en mer et sur les côtes du Bief. Une journée très complète et très chargée qui semblait l'attendre et le soleil n'avait point encore crevé la nuit de ses rayons que le Grand Amiral pénétrait déjà dans le corps principal de l'arsenal, là où l'on trouvait les chantiers navals les plus importants. Le jour n'avait point commencé que déjà mille fourmis s'affairaient dans les chantiers avec minutie et empressement. Il régnait dans l'arsenal un grand sérieux et une grande expertise si bien que Jace se sentit aussitôt comme chez lui. Les navires étaient à lui ce que les maillons étaient aux mestres de la Citadelle : il en connaissait un rayon sur eux. Dès son arrivée, quelques personnes s'approchèrent de lui, le reconnurent et lui témoignèrent leur déférence tout en attendant de lui ses ordres et ses directives. Il prit très rapidement place dans sa nouvelle fonction et donna ses premières instructions. La matinée s'en alla ainsi et Jace n'eut guère l'occasion de s'ennuyer. Il observait avec l’œil du rapace une carte dépliée devant lui par un jeune mousse vêtu de la livrée des marins et dont les cheveux bruns se disputaient allègrement sur son crane ovale. Il la commentait pour deux autres observateurs, des capitaines de navires tout entier dévoués à la maison Hightower. C'est alors que Jace sentit quelque chose effleurer son épaule et il se retourna, bientôt imité par les deux capitaines. Une demoiselle à la chevelure rougeoyante et dont les boucles de feu ondulaient autour de sa tête comme les flammes autour du soleil demandait son attention et sans plus de cérémonie le questionna. Elle ne s'était pas présentée, ce qui suscita un ricanement grossier de la part du plus âgé des deux capitaines qui, s'il avait été moins bien élevé, aurait très certainement craché au pied de celle qu'il considérait comme une « petite péronnelle égarée ». Il lui répondit du tac au tac de sa grosse voix d'homme usé par la boisson.


« Allez secouer vos robes ailleurs, lady, c'est interdit aux bêtes aux longues oreilles ici. Et également aux femmes, alors... »

   Jace l'interrompit d'un geste furieux de la main. Il ne pouvait tolérer ce comportement, et même s'il demeurait très calme, on pouvait très certainement voir dans ses yeux s'embraser le pourpre de la colère. Posant la main qu'il avait levée pour faire taire le malotrus sur l'épaule de celui-ci, Jace appuya sans insistance et déclara avec une pointe de sécheresse dans la voix :

« Je devrais vous conduire à la potence pour avoir insulté cette personne et pour avoir ainsi souillé la réputation de bonne courtoisie des hommes du Bief, capitaine, mais étant donné que l'on a besoin de quelqu'un pour gratter la coque de l'Honneur de Villevieille... je vous retrouverai là-bas, n'est-ce pas ? »

   Le capitaine se dégagea et, maugréant, partir en direction du navire amiral de la flotte de Villevieille. Il avait de quoi être furieux : le bateau en question n'avait pas été mis en cale sèche pour un nettoyage depuis sept lunes, et voilà qu'il était assigné à la tâche la plus ingrate qui soit puisqu'il devait se joindre à la valetaille chargée d'en frotter, d'en gratter et d'en briquer la coque. Jace ne lui accorda aucun regard, et l'autre capitaine se contenta de demeurer en retrait, parfaitement silencieux, il ne tenait pas être lui aussi puni de cette façon.

« En plus d'avoir brûlé nos récoltes, l'été aurait-il échauffé nos manières ? Jace parlait à l'attention de la demoiselle devant laquelle il s'inclina poliment avant de reprendre. Cet importun ne vous ennuiera plus, veuillez excuser ce désagrément. Je suis Jace Redwyne et s'il m'est possible de vous renseigner, je le ferai avec plaisir. »

    Jace la regarda plus attentivement et l'espace d'un instant, il s'aperçut que la grande beauté de la demoiselle n'avait rien de comparable avec les standards des bonnes dames du continent. Les femmes du Bief étaient d'un charme sans pareil et sophistiqué, mais il n'était en rien semblable aux traits de cette inconnue dont les formes et les grâces fleuraient bon l'exotisme. Jace se garda cependant de n'en rien dire et risquer d'agacer celle qui était apparamment une étrangère. La demoiselle était belle, il s'agissait de ne point la mettre en colère.

« Un petit nombre de nos navires a été perdu, un plus grand nombre a été endommagé. Les pertes ont été pour la plupart remplacées, l'intérêt de Dagon Greyjoy dernièrement porté sur Salvemer et Port-Lannis nous a donné le temps nécessaire à ces corrections. Comme vous le voyez autour de nous, nous travaillons d'arrache-pied pour panser les blessures infligées par les Fer-nés à la flotte des bannerets de Hautjardin. Il s'agit de nous tenir prêts. Avez-vous d'autres questions ?Avant qu'elle n'ait pu répondre à cette question, Jace lui adressa un sourire et inclina la tête sur le côté. La question posée par la demoiselle témoignait de la précision de son intérêt : elle n'était pas une curieuse ordinaire et sans doute elle avait d'autres questions à poser. S'agissait-il d'une espionne ? La journée devenait plus intéressante que prévue.
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Message Mer 21 Mar 2012 - 13:30

     Le ricanement lâché par celui qui semblait être un acolyte de l'homme qu'Amélyse venait d'interroger provoque une vive réaction auprès du garde du corps de cette dernière. Elle sentit qu'il se tendait imperceptiblement et s'approcha légèrement d'elle afin de réduire la distance qui le séparait de ce malotru au cas où il aurait la sotte idée de l'insulter. Xhondo était un homme très dévoué et elle savait bien que les habitudes de Lys avaient la vie dure, là-bas il était autorisé de tuer un individu qui avait manqué de respect à la fille d'un Prince marchand, mais elle était parfaitement consciente que cela n'était pas le cas à Westeros et qu'agir de la sorte ferait certainement condamner son ami. Toutefois, l'individu ne s'arrêta pas là et lâcha des mots plutôt durs à l'attention de la Lysienne qui le darda de ses prunelles claires. Il l'insultait et lui parlait comme si elle n'était qu'une donzelle sans intérêt, le garde de la demoiselle esquissa un geste dans sa direction, mais cette dernière leva simplement la main pour bloquer le passage à l'esclave qui s'arrêta donc. Ce crétin ne valait pas la peine que son précieux ami prenne le risque d'aller faire connaissance avec la potence de cette ville et quelque chose disait à Amélyse que ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu'elle serait humiliée de la sorte. Son père lui avait précisé que certains individus des Sept couronnes vivaient encore dans un autre monde et traitaient les femmes comme des moins que rien. C'était visiblement le cas de ce butor. Cela dit, à la surprise de la rousse, l'homme qu'elle avait abordé réagit promptement en faisant un signe de la main à son acolyte avant de le sermonner d'une manière tout à fait originale. En entendant le titre de « capitaine », les yeux clairs de la demoiselle se posèrent sur le butor alors qu'elle se disait qu'avec de tels navigateurs il n'était pas étonnant que leurs navires coulent aussi facilement.

     Après ce petit intermède, l'individu s'écarter en protestant à voix basse, puis le galant homme s'adressa à elle pour lui demander d'excuser le manque de savoir-vivre de ce rustre avant de se présenter. Elle essaya de fouiller rapidement dans ses souvenirs pour tenter de situer la famille de cet homme, son père avait tenu à ce qu'elle sache les noms des maisons de Westeros pour pouvoir tenter de lier des alliances où des accords commerciaux, mais sur le coup la fatigue du voyage se faisait sentir et elle resta dans le flou. Impossible de savoir où elle avait déjà vu ce nom, mais restait à espérer que la politesse de ce Jace irait jusqu'à la renseigner plus en avant. Quoi qu'il en soit, Amélyse soutint le regard de son interlocuteur jusqu'à ce qu'il reprenne la parole pour expliquer que peu de navires avaient été détruits, mais beaucoup endommagés bien que tout cela se soit résolu depuis le temps. Lorsque le nom de Salvemer et Port-Lannis furent cités, elle n'en montra rien, mais fouilla avidement dans sa mémoire pour essayer de se souvenir de quelles régions il s'agissait. Par déduction elle opta pour l'Ouest et le Conflans en espérant qu'il n'était pas question d'autres villes du Bief. Lorsqu'il conclut en lui demandant si elle avait d'autres questions, la Lysienne le fixa avec attention, trouvant ce sourire à la fois avenant et très étrange, elle n'était pas trop habituée à ce que l'on puisse lui donner des informations sans rien demander en échange. A Lys tout s'achetait ou se troquait, mais visiblement les habitants de Westeros avaient moins l'âme de marchands que ceux de sa ville natale. Ce fut à son tour d'arborer un léger sourire alors qu'elle répondait d'un ton calme.

     ▬ Je crois que oui. Son attention ne le quittait pas alors qu'elle enchaînait. Je me demandais quel pouvait bien être votre rôle dans ce chantier naval pour que vous puissiez donner des ordres à des capitaines de navires. Elle le quitta alors enfin du regard pour promener ses yeux sur les quelques personnes présentes autour d'eux avant de reprendre. Il semblerait que les marins de ces contrées ne soient pas particulièrement bien élevés, alors à moins que vous ne fassiez exception j'imagine que vous devez avoir un rôle bien plus important non ? »

     Son père lui avait dit que certaines personnes recevaient des rôles qui n'étaient pas taillés pour eux, des personnes pouvaient commander des navires sans jamais avoir été capable de différencier deux éléments d'un bateau ! Cela pouvait éventuellement être le cas de cet homme, il pouvait bien avoir hérité d'un titre qu'il devait à ses bonnes manières où à sa famille et non à ses capacités, Amélyse souhaitait en savoir plus à ce niveau. La jeune femme était toutefois consciente qu'elle n'était pas noble aux yeux des habitants de Westeros, même en étant riche et en sachant que son nom était réputé à Lys, la demoiselle n'ignorait pas que les personnes de ces contrées regardaient plus sur les titres que sur le pécule. Cela dit, son interlocuteur avait fait preuve d'une amabilité qu'elle estimait sincère et la Lysienne lui devait donc bien quelques informations la concernant. Amélyse délaissa quelques instants le visage du Biefois pour accorder un regard à Xhondo qui dévisageait Jace du regard, puis elle hocha légèrement la tête lorsque son esclave croisa son regard, lui faisant comprendre qu'il pouvait se détendre un peu. Après quoi, la jeune femme en revint au galant homme pour reprendre la parole.

     ▬ Je ne me suis pas encore présentée, ce n'est nullement un manque de politesse, mais l'on m'a toujours conseillé de laisser les hommes se présenter en premier. Je me prénomme donc Amélyse Saan. »

     Elle n'en dit pas plus, même s'il était évident que l'homme allait comprendre qu'avec un tel nom de famille elle n'était pas native de ces contrées. Peu lui chalait, la jeune femme était bien décidée à en apprendre plus sur tout ce qui se passait ici. Ce n'était pas une excellente nouvelle pour elle que le Bief ait réussi à repeupler sa flotte, même si les navires du père de la jeune femme étaient des navires marchands et non des galères de combat, elle avait confiance en lui et savait parfaitement qu'il aurait été capable de se débrouiller pour tirer parti de tout cela. Dommage. Mais peut-être qu'il y avait l'espoir de pouvoir obtenir quelques informations sur l'état des finances de cette région ? La demoiselle était consciente que son interlocuteur pouvait la prendre pour quelqu'un de très curieux, voir même trop curieux, il ne tenait qu'à elle de présenter les choses sous un bon angle. Ses sœurs auraient certainement joué de leurs charmes, mais Amélyse n'était pas aussi bien lotie qu'elles et devait donc jouer sur les mots. L'homme face à elle avait un visage et des manières des plus charmantes, mais elle était trop occupée par les éventuelles bonnes choses qui pourraient sortir de cette conversation pour se laisser troubler par de tels détails. Lissant machinalement sa robe, la Lysienne poursuivit tranquillement.

     ▬ Ainsi donc je déduis que la flotte du Bief est en parfait état de fonction ? Mais j'imagine que vos échanges commerciaux doivent être au plus bas avec ces pirates qui rôdent dans les environs ? Avec la sécheresse que votre région a subi, j'imagine que vous devez pourtant dépendre de ce que les cités libres peuvent vous apporte n'est-ce pas ? »

     Peut-être que son interlocuteur n'était pas au courant de tout cela allez savoir, il lui avait parlé de Salvemer et Port-Lannis, mais la malheureuse était dans l'incapacité de situer clairement leur emplacement, les Fer-nés pouvaient donc être très loin du Bief et elle se fourvoyait certainement. La meilleure chose restait de jouer l'innocence et de chercher à ce qu'il la renseigne, cet homme avait l'air d'être très galant et elle ne douterait pas qu'il volerait au secours d'une femme en détresse. Elle arbora une expression légèrement gênée en baissant les yeux comme si son manque de savoir la rendait honteuse, puis conclut son intervention.

     ▬ Je m'excuse très sincèrement, je sais que vous m'avez situé les récentes attaques des Fer-nés, mais je ne suis pas native de ce continent et j'ignore où se trouvent ces villes. Elle releva les yeux vers lui avant d'ajouter quelques mots. Par ailleurs,, j'ignore quel titre je dois vous réserver, êtes-vous lord ? »
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Message Mer 21 Mar 2012 - 22:23

   La demoiselle n'avait pas tort : la première impression laissée le capitaine qui s'était mis en route pour aller gratter la coque du plus beau navire de la flotte de Villevieille avait été fort mauvaise, et s'il fallait juger de la bonne éducation des marins de Westeros d'après la prestation de ce grossier personnage, quelle déconfiture pour quiconque estimaut haut les bonnes manières et le savoir-vivre ! Le bon sens dictait de ne pas s'attendre à un maintien de prince de la part du plus commun des gueux, mais tous, du rat jusqu'au dragon, gagnaient à faire preuve de correction et de politesse. Combien de marins, combien de capitaines honnêtes et agréables pour un manant à la bouche pleine d'amertume et de fiel ? Le doux parler ne nuit de rien, y compris chez les hommes de mer. Jace pensait que dans le Bief, cet adage avait pignon sur rue et que même les plus pauvres et les plus mal lotis s'honoraient d'une courtoisie exemplaire. Il pensait également que dans le Bief plus qu'ailleurs un homme se serait distingué justement par de belles manières à l'égard d'une demoiselle, à l'instar de tout chevalier digne de ce nom et des vœux qu'il a prononcé. Sans doute fallait-il mettre sur le compte du mauvais climat général ce manque de politesse de la part du capitaine. À fouiller un peu dans son passé, on découvrirait qu'il avait une femme et une fille et que celles-ci furent quelques lunes auparavant les victimes d'une razzia fer-née perpétuée contre un petit village côtier au nord de Vieux Rouvre. Mais ni la demoiselle ni Jace ne pouvait le deviner, et quand bien même : nos propres malheurs ne sont jamais des prétextes à causer du malheur aux autres. Elle questionna son rôle et sembla s'étonner qu'un homme tel que lui puisse donner des ordres aux autres dans l'arsenal, et notamment à un capitaine dont le grade laissait supposer qu'il ne recevait ses instructions que des rares personnes plus élevées que lui dans la hiérarchie marine. Elle visait juste en devinant son rôle très important, mais devait-il pour autant lui révéler qui il était et ce qu'il faisait ? Elle semblait ignorer qu'il siégeait au Conseil Restreint en tant que Maître des navires, mais si l'intuition de Jace était exact, cela n'avait rien d'étonnant, et confirmait que la demoiselle était une étrangère. Il n'y avait aucun danger à lui révéler ce qu'elle pouvait comprendre à simplement l'observer.

« Construire, réparer, armer, ravitailler, entretenir, c'est le travail quotidien de tous les hommes que vous voyez autour de nous et qui sont très affairés. Je suis ici pour tout superviser, en quelque sorte, et pour conseiller les contremaîtres qui pourraient bénéficier de mon expérience et de mes connaissances. Elles n'ont rien d'exceptionnel, mais il semble qu'elles aient tapé dans l’œil de messire Hightower puisque celui-ci m'a chargé moi, son voisin de la Treille, de veiller à la bonne marche du port pendant qu'il se concentre sur d'autres affaires. Il m'a donc investi d'un rôle clef, mais je veux surtout croire que je suis utile à tous ces marins que l'expérience a aguerri. »

   Il aurait pu ajouter qu'ayant longtemps navigué entre les Cités-libres et fait la guerre dans les eaux du Détroit, il était tout à fait qualifié pour superviser toutes les activités de l'arsenal. Il aurait pu ajouter qu'il ne devait pas son siège au Conseil Restreint à son sourire, mais bien à ses capacités de tacticien naval. Toutefois, Jace n'était pas de ceux qui secouent leurs exploits par devant eux comme des drapeaux. La modestie de Jace n'était pas simulée mais bien spontanée, il n'était pas de ces arrivistes qui tirent grande gloire de l'habit dont ils se parent souvent sans grâce ni beauté. De plus, il n'y avait pas grand intérêt à se vanter auprès d'une parfaite inconnue, car Jace n'était pas sûr qu'elle soit ouverte à la vantardise. Et en galant homme, il ne souhaitait pas offenser la demoiselle plus qu'elle n'était déjà par la faute d'un grossier capitaine. Celle-ci se présenta enfin, donnant par la même occasion la raison de cette tardive introduction, et Jace estima qu'elle avait raison de faire œuvre de prudence. Amélyse était un prénom d'une grande musicalité. Saan était un nom peu commun à Westeros, il ne correspondait à aucune maison noble de la connaissance de Jace. En revanche, ce nom lui évoquait des souvenirs du temps où il vivait de l'autre côté du Détroit... il l'avait déjà entendu. Peut-être à Tyrosh ? À Myr ? À Lys ? Il était presque sûr que ce nom était celui d'une grande famille de marchands, mais il ne parvenait pas pour l'instant à localiser son origine. Elle était étrangère au continent, le doute n'était plus permis. Mais d'où venait-elle ? Des Cités-libres, c'était une évidence, mais pour plus de précisions, Jace devrait patienter. La demoiselle lui révélerait peut-être son origine exacte, mais étant donné qu'elle n'avait aucune raison de lui faire confiance a priori, il décida de s'asseoir sur ce complément d'information pour le moment.

   Cette étrangère était d'une curiosité sans borne. Jace l'avait tacitement invité à poser d'autres questions si elle en avait et elle ne se privait pas de l'interroger. Ses préoccupations étaient très étonnantes et auraient pu paraître anormales si elle avait été une femme native du continent. Elle venait des Cités-libres et avait importé avec elle les mœurs singulières des peuples de là-bas, ces gens aux us et coutumes si bizarres aux yeux de la plupart des continentaux de Westeros... De son point de vue, Jace appréciait l'exotisme des Lysiens, l'originalité des manières myriennes ou encore la superbe des tyroshis, ce qui faisait de lui un homme très tolérant et très ouvert d'esprit. Tout autre que lui aurait certainement rabroué l'impertinente curieuse et ses questions, fût-ce avec politesse. Mais Jace n'était pas n'importe qui et c'est donc très poliment qu'il répondit.


« La flotte du Bief se porte bien, en effet, mais il faut demeurer vigilant et ne pas la gaspiller. L'histoire regorge d'exemples de ces puissances navales qui se sont effondrées d'avoir trop longtemps sommeillé sur des lauriers bien mal acquis et qui n'ont jamais profité... Pour ce qui est des échanges commerciaux, vous avez vu juste. Pour ce qui est des itinéraires commerciaux vers l'est, la situation est meilleure qu'elle ne l'était il y a quelques temps, mais elle demeure bien loin de ce qu'elle est en temps de paix. Depuis quelques temps nous faisons venir des Cités-libres de la nourriture pour emplir nos greniers et nous apprêter à répondre aux demandes émanant du reste du royaume. Sans cela nous pourrions nous en sortir, mais il faudrait se serrer la ceinture et réserver nos vivres aux seules gens du Bief. Pour ce qui est des itinéraires vers l'ouest, la situation est très critique et les deux dernières attaques de Port-Lannis et de Salvemer que j'évoquais ont dissuadé les derniers capitaines marchands qui songeaient encore à mener leurs navires jusqu'à la cité des Lannister. En d'autres termes, la situation ne saurait être pire. »

   Il n'y avait pas à chercher la petite bête : aucun navire n'osait quitter Villevieille en direction de Port-Lannis. Quand la demoiselle s'excusa, Jace arbora un sourire bienveillant : il avait déjà deviné qu'elle n'était pas du continent, alors il pouvait bien lui pardonner son ignorance. Quant à lui, il se fit un plaisir sincère de lui donner les renseignements qu'elle demandait peut-être implicitement au sujet des deux villes dont elle ignorait la localisation. L'idée qu'elle puisse être une espionne s'effaçait peu à peu dans son esprit, mais l'éventualité demeurait et il ne fallait pas oublier que les temps étaient troublés.

« Il est vrai que je suis lord, mais si les titres que mes pairs arborent avec fierté vous sont inconfortables ou trop peu familiers, c'est avec plaisir que je m'en passerai. Ici, je ne suis qu'un marin parmi d'autres marins, après tout, à ceci près que je donne les ordres, bien entendu. Et pour répondre à votre question, les deux villes que je mentionnais sont assez loin au nord de Villevieille. Port-Lannis est la troisième cité du royaume et l'unique port d'envergure sur le territoire des Lannister. Vous avez entendu parler d'eux, n'est-ce pas ? Leur fief est à l'ouest du continent. Quant à Salvemer, c'est une forteresse côtière construite afin de bloquer aux Fer-nés la route du Conflans, les terres des Tully, au cœur du royaume... Mais je me rends compte que ces noms ne vous sont peut-être pas familiers... »
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Message Jeu 22 Mar 2012 - 16:45

     Amélyse écoutait avec attention les paroles de l'homme, il parlait avec beaucoup de modestie ce qui était assez rare. La demoiselle elle-même n'en possédait pas réellement, elle avait toujours trouvé cela inutile sachant qu'elle n'aurait pas été sincère. Au risque de paraître vantarde, la Lysienne préférait donc se montrer comme elle était réellement plutôt que de mimer une modestie qu'elle ne pensait pas. Lorsqu'elle contemplait le visage du Biefois, la rousse considérait qu'il avait l'air de penser ce qu'il disait, après elle ne le connaissait nullement et il pouvait bien la manipuler pour lui faire croire qu'il était doté d'une telle qualité alors qu'il n'en était rien. Sa vie à Lys lui avait enseigné que les hommes aimaient souvent se présenter sous de bons angles, mais étant donné que la demoiselle considérait qu'il n'avait rien à gagner d'elle, elle ne voyait aucune raison pour justifier ce comportement. C'est pour cette raison qu'elle décida de prendre ses déclarations sur ses connaissances « qui n'avaient rien d'exceptionnel », comme de la sincère modestie. C'était tout à son honneur, les personnes comme lui ne couraient pas les rues dans sa ville natale et elle était heureuse de pouvoir rencontrer quelqu'un qui différait des stéréotypes Lysiens. Son sourire s'élargit légèrement sur ses lèvres bien dessinées qui ne manifestaient aucune expression jusqu'alors. Amélyse souriait assez rarement, elle se contentait de donner un pli faussement amusé à ses lèvres, mais les faux-semblants ne lui seyaient pas vraiment. Elle était incapable de faire semblant. Ses paroles exprimèrent alors ses pensées.

     ▬ Tant de modestie, j'en suis étonnée. Allons, je suis persuadée que si vous avez hérité d'un tel rôle c'est que vous le méritez amplement. Il faut être fier de ce que vous avez et non le minimiser, surtout devant une femme. Ses yeux pétillaient d'amusement avant qu'elle n'ajoute quelques mots. Qui plus est, je croyais qu'à Westeros les nobles étaient très regardant sur les titres. »

     Oui, elle l'encourageait ouvertement à faire étalage de ses titres, Amélyse souhaitait savoir à qui elle avait affaire, le plus précisément possible. Souvent le fait de flatter un homme le poussait à se mouiller plus qu'il ne l'aurait envisagé. La Lysienne avait souvent agi de la sorte pour en savoir plus long sur les pensées d'un interlocuteur, jouant les femmes impressionnées pour qu'il cherche à se faire encore mieux voir et déballe le reste de ses informations. Seulement si cet exercice était aisé avec les Lysiens avides de titres et de reconnaissance, elle ne savait absolument pas si ce serait le cas avec un homme visiblement pétri de modestie. Une première, la jeune femme espérait qu'elle ne se casserait pas les dents sur cette armure de galanterie. Elle ne jouait pas de ses charmes puisqu'il n'était question que d'un sujet « professionnel » et non personnel, de plus elle doutait que ses charmes et les artifices des Lysiennes puissent avoir un quelconque effet sur cet individu.

     La réponse de Jace au sujet de la flotte du Bief était encourageante pour la région, mais pas particulièrement pour ce que la jeune femme désirait. Elle ne manifesta aucun signe de déception en l'entendant parler de puissances navales qui s'étaient remises sur pied et retrouva un peu de son allant lorsqu'il aborda le sujet des marchandages. Le tableau dépeint par le capitaine n'était pas particulièrement encourageant pour Westeros c'était un fait, mais la Lysienne savait que les cités libres étaient habituées depuis des siècles à subir les assauts de ces pirates qui ne savaient que voler et jusqu'à ce jour, ils s'en étaient toujours bien tirés. Avec une certaine satisfaction qui ne plairait certainement pas à son interlocuteur, Amélyse se fit que pour une fois, les habitants de ce continent comprendraient ce que devaient supporter ceux des cités libres et au-delà. Elle hocha la tête d'un air léger avant de faire un geste de la main comme pour balayer tout cela, prenant une fois de plus la parole d'un ton qui pouvait sembler quelque peu déplacé ou dur, mais qui était logique lorsque l'on connaissait la vie des Lysiens.

     ▬ Il n'existe aucunement des civilisations qui se soient éteintes s'il restait au moins une personne de son peuple en vie. Je suis persuadée que les habitants de ce continent sauront se remettre sur le bon chemin, dans les cités libres nous avons fréquemment des attaques de ce pirates et voyez la réputation de nos villes. Lys et Braavos entre-autre. Il était vrai que ces deux cités étaient plus particulièrement connues pour leurs richesses et leurs spécialités. Sans compter que ces Fer-nés ne sont que des chiens fous, ils doivent être un peu disciplinés par votre Roi et obéiront docilement lorsqu'ils auront été matés. Je n'ai jamais vu de chien, même enragé, pouvoir blesser gravement un Dragon. »

     Certes, elle venait d'arriver et ne pouvait pas réellement se permettre de critiquer ouvertement le Roi, surtout pour une Lysienne, mais Amélyse considérait qu'une mauvaise gestion d'un royaume ouvrait forcément la porte à de telles rébellions. Peut-être que son interlocuteur était un partisan du Roi, mais la Lysienne s'en moquait, elle n'avait pas sa langue dans sa poche et de toute manière, n'avait pas fait preuve de grossièreté. Elle disait simplement les choses comme elles étaient. Les sourire arboré par Jace donnait une expression charmante à son visage et la demoiselle imaginait facilement qu'il devait s'attirer sans aucune difficulté les faveurs du sexe opposé. Il fit une fois de plus preuve de modestie en déclarant ne point désirer que l'on use de son titre si elle n'était pas coutumière de leur utilisation. La jeune femme apprécia sincèrement l'attention, rares étaient ceux qui acceptaient de laisser une telle chose de côté pour rendre plus pratique la discussion avec une étrangère. Il lui offrit alors d'autres explications qui renseignaient assez la Lysienne sur la localisation des villes qu'il avait citées plus tôt dans la conversation et elle s'empressa de le rassurer lorsqu'il s'inquiéta du fait qu'elle n'était certainement pas plus éclairée.

     ▬ Oh, si, rassurez-vous je connais les noms de vs seigneurs suzerains. J'ai une ancêtre originaire de votre continent et j'ai donc appris quelques informations sur Westeros, mais cela remonte à longtemps et j'avoue que votre système et bien compliqué comparé au notre. Elle sourit une fois de plus. J'ajoute que je vous remercie de votre délicate attention, comment puis-je vous appeler sans vous offenser dans ce cas ? Pour ma part, mon prénom suffira amplement. Contemplant toujours le visage de Jace, la Lysienne enchaîna. Je me rends compte que ces Fer-nés s'attaquent donc uniquement aux villes côtières, j'imagine qu'ils ne doivent jamais quitter la mer, au final ils doivent être votre plus grande inquiétude étant donné que vous semblez très proche de l'océan. »

     Amélyse savait que c'était le cas de son père. Combien de fois avait-elle entendu cité le nom de ce peuple des Iles de Fer ? Son paternel avait perdu énormément de navires à cause d'eux et elle avait rapidement compris qu'ils seraient toujours une source d'inquiétude pour tous les marchands originaires de Lys. Il faudrait réellement faire quelque chose contre ces voleurs, ces brigands qui n'étaient même pas capables de faire commerce de leur fer pour s'enrichir au lui de prendre ce qui n'était pas à eux. La jeune femme chasse ces pensées sombres avant de décider de s'intéresser de plus près à l'homme debout face à elle. Il serait intéressant d'avoir déjà quelques contacts à Villevieille si jamais les choses tournaient mal avec son futur époux, elle souhaitait donc savoir dans quel bois était taillé Jace. Avec un air aussi neutre que possible, la Lysienne changea donc – subtilement ou non – de discussion.

     ▬ J'imagine que pour occuper un tel poste, vous devez certainement avoir grandi sur le pont d'un navire ? La Treille est donc le siège de votre famille ? Est-ce une île ? Si messire Hightower vous a demandé votre aide, c'est que vous devez avoir une expérience en matière de bataille navale je pense ? Elle s'interrompit, baissant légèrement les yeux avant de s'excuser. Veuillez me pardonner, je me montre d'une curiosité sans borne, mais j'ai rarement l'occasion de pouvoir apprendre de nouvelles choses... Je ne voudrais pas vous retenir si vous avez à faire. »

     Elle espérait que non.
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Message Sam 24 Mar 2012 - 21:36

La bienveillance de l'étrangère était touchante, mais elle n'avait pas tort. Si Clarence avait fait appel à lui pour gérer le port de Villevieille plutôt qu'à un laquais docile et obéissant, c'était bien par souci d'efficacité et de pertinence. Les navires étaient le quotidien de Jace depuis bien des années et il avait acquis à leur sujet une connaissance rare et très approfondie. Un tel savoir-faire, une telle connaissance ne pouvaient qu'être utiles dans une cité portuaire de l'envergure de Villevieille, il ne fallait pas être une grande lumière pour le deviner. Cependant, bien que la maestria de Jace en matière navale fût objectivement très utile mise à l’œuvre dans l'arsenal de Villevieille, cette installation très récente au poste de mandataire du Seigneur du Port n'était qu'une couverture. Elle était très habile, et Jace avait félicité la finesse d'esprit de Clarence : tout comme lui, ce dernier désirait l'entretenir d'affaires particulières qui nécessitaient la plus grande discrétion. Les discussions gagnent en relief quand les gêneurs ne viennent pas les parasiter et souvent les conclusions sont meilleures quand elles ne sont connues que des principaux intéressés. Clarence n'avait pas été spécifique, mais depuis quelques temps déjà, les conversations et les courriers allaient bon train et si rien ne venait troubler la mécanique inexorable de leur plan, ils célébreraient bientôt l'union par le mariage de la vigne et de la tour. Pris dans ces pensées mélodieuses, Jace offrit à la demoiselle un sourire gêné quand elle lui recommanda de ne pas minimiser ses accomplissements en présence d'une dame. Un conseil qu'il aurait pu prendre au pied de la lettre s'il avait eu le désir de charmer la demoiselle, mais il n'en était rien. De la même façon, il aurait pu faire l'étalage généreux de ses titres, qui n'étaient pas si nombreux, mais c'était une attitude bien loin de l'homme qu'il était, car même pour les doux yeux d'une belle, il n'aurait point déployé ses bannières. La demoiselle, manifestement de celles qui ne mâchent jamais leurs mots, eut par la suite ces phrases très intéressantes et très appropriées à la situation concernant les Fer-nés. Les comparer à des chiens fous était assez juste, mais toutefois Jace se demanda ce que l'étrangère savait de la situation du Trône de Fer pour émettre l'idée que le Roi agisse lui-même pour discipliner les Fer-nés révoltés. À cette déclaration il se contenta d'approuver d'un hochement de la tête. Il avait été ces derniers temps au plus près du pouvoir royal, et il savait que jamais le roi Aerys ne ferait quoi que ce soit : tout était entre les mains de Brynden Rivers, sur les épaules duquel reposaient le sort du royaume. Et tant que les feux de la menace Feunoyr n'auraient pas été éteints à l'Est, aucune réponse du Trône de fer ne viendrait museler définitivement le « chien fou » qu'était Dagon Greyjoy.

« Eh bien chère Amélyse, mon prénom suffira également. Certains ici s'étonneront peut-être de cette familiarité, mais qu'importe. Considérez-vous comme mon invitée et de vous à moi, il n'est nul besoin de ces formalités qui parasitent plus qu'elles ne libèrent. »

Il s'était rendu ce matin à l'arsenal pour s'occuper de la gestion du port, mais rien n'empêchait un peu de distraction. De plus, la demoiselle n'était pas d'une compagnie désagréable et sa quête de renseignements semblait trop ciblée pour ne pas attirer l'attention de Jace. Il était préférable de la garder à proximité pour éviter qu'elle ne s'aliène quelques ouvriers qui, comme le capitaine de tantôt, seraient trop mal élevés pour ne pas nourrir de mauvaises intentions à l'égard d'une belle femme comme lady Amélyse.

« C'est effectivement la méthode des Fer-nés. Ils sont rapides et mortellement efficaces, accostent à la vitesse de l'éclair, pillent et ravagent avant de repartir aussi rapidement qu'ils sont venus. Ils ne s'enfoncent jamais les terres et restent toujours à proximité d'une ouverture sur l'océan. Leurs navires sont taillés pour ces méthodes : leurs boutres sont autrement plus maniables que nos galères. Moins puissants, mais certainement plus manœuvrables. C'est la clef de leur succès, et la raison de leur prétendue suprématie navale. Peut-on parler vraiment d'hégémonie, cependant ? Leur réussite, jusqu'à présent, vient de leurs méthodes : nous n'y sommes point adaptés, d'où leur avantage. Pour battre les Fer-nés, il ne faut pas les affronter sur terre. Jamais ils ne consentiront à une bataille rangée dans les vastes plaines agricoles du Bief, ou dans les terres montagneuses de l'Ouest. Il faut porter l'assaut en mer, les coincer jusque dans les Îles de Fer et là, asséner le dernier coup, celui qui mettra leur chef à genou. »

Jace avait parlé très calmement, exposant la grille de lecture des solutions à ce conflit avec toute la patience que lui donnait les heures de réflexion qu'il avait consacrées dans un passé proche à la question, quand à Port-Réal on lui avait demandé son avis sur le sujet, en tant que Maître des Navires. Amélyse le devinait proche de l'océan, et avec une certaine pudeur, il reconnaissait volontiers son attachement aux eaux froides ou chaudes bordant les continents. L'océan était comme son foyer et la seule menace qu'il reconnaissait légitime était l'humeur changeante des dieux qui faisaient à leur gré le ciel calme ou orageux. Ainsi les Fer-nés qui troublaient cet ordre naturel étaient de fait ses ennemis premiers et sa principale préoccupation. Pendant que tous les autres fonctionnaires de Port-Réal se concentraient sur la question Feunoyr, lui portait son regard sur les Îles de Fer, sur l'Ouest, sur le Bief, et sur la mer. Depuis quelques temps, Jace avait échafaudé un certain nombre de plans stratégiques pour infliger aux rebelles la défaite écrasante qui tairait pour longtemps leurs velléités de rébellion. Aucun ne lui avait paru satisfaisant et même s'il avait fait ses preuves comme tacticien naval, il faisait face à un ennemi qui lui donnait bien du fil à retordre, d'autant plus que toutes les tactiques du monde n'étaient pas toujours, dans leur mise en œuvre, comme elles devraient être, et l'instant garde toujours pour lui cette part de spontanéité qui fait le sel des batailles et donne au présent la saveur de l'imprévu. Réfléchissant à ces considérations fort déplaisantes, Jace les chassa d'un sourire pour répondre aux questions plus personnelles que lady Amélyse lui adressait tout en s'excusant de son audace et de sa curiosité. Mais fort heureusement pour elle, ces dernières étaient rafraîchissantes pour lui qui ne refusait jamais une conversation agréable. Et les sept savaient qu'elles étaient rares en ces temps si troublés!

« Ne soyez pas gênée. Bien sûr, je m'étonne de votre intérêt pour tous ces sujets, mais ce n'est pas le genre de curiosité que je condamne, au contraire. La Treille est une île, non loin au sud-est de Villevieille. N'en avez-vous jamais entendu parler ? On y produit, dit-on, les meilleurs vins du monde. Quant à moi, j'ai grandi loin de cette île, sur une autre, pour tout dire. À vrai dire, j'ai longtemps vécu dans les Cités-libres, comme marin d'abord, puis comme capitaine. Je mentirais si je disais n'avoir jamais participé à aucune escarmouche navale, mais c'est chose courante dans les eaux du Détroit, n'est-ce pas ? La dernière en date était celle des Trente voiles, il y a cinq ans. Vous en avez peut-être entendu parler ? On a vanté mes mérites à cette occasion, parce que j'ai conduit les Tyroshis très inférieurs en nombre à la victoire sur les Lysiens. Mais depuis beaucoup d'eau a coulé dans les canaux de Braavos, et il m'est arrivé de servir certains notables de Lys sans que ce passif ne gêne mon travail. C'était avant que je ne revienne aux affaires à Westeros, bien sûr. C'était une époque où je ne faisais qu'un avec les eaux de l'est, et voilà qu'aujourd'hui je me concentre sur celles de l'ouest du continent. N'est-ce pas ironique ? »
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Message Lun 26 Mar 2012 - 14:07

     Les yeux clairs de la jeune femme étaient dirigés vers le visage de Jace alors qu'elle arborait son éternelle expression composée d'un léger sourire amusé et d'un regard intéressé. Elle sentait une certaine méfiance émaner de son garde du corps qui se contentait d'observer l'échange avec une attention difficile à ne pas remarquer. Le natif des Iles d'Été avait toujours été quelqu'un d'assez méfiant vis-à-vis des habitants de Westeros, surtout ceux qui étaient très liés aux navires puisqu'il estimait qu'ils « volaient » le travail des Princes marchands. Amélyse était bien plus souple à ce niveau et il fallait avouer que l'homme face à elle lui avait fait une très bonne première impression. Elle passait volontiers sur les préjugés qu'elle pouvait avoir avant de venir ici. Dire que la Lysienne avait craint que les habitants de ce continent ne soient que des sauvages en comparaison de ceux de sa ville natale ! Bien qu'elle devait retenir que le Bief était une exception à Westeros, la rousse considérait que finalement, les choses étaient peut-être moins dramatiques qu'elle ne le craignait. La jeune femme remercia l'attention de Jace au sujet des titres, d'un léger signe de la tête. Il était vrai que les rangs et tout ce qui en découlait posaient des barrières qui n'avaient jamais particulièrement plus à la Lysienne. Peut-être parce qu'elle-même ne possédait pas ? C'était une possibilité, malgré le fait que cela était davantage lié au fait qu'elle avait grandi sans se voir imposer de protocole à ce niveau. C'était l'une de ses craintes principales – en occultant celle de tomber dans un continent de barbares mal-élevés – de se retrouver perdue dans les titres de ses interlocuteurs. Elle en était donc redevable au jeune homme, même si elle n'en dit rien.

     La jeune femme se concentra sur les paroles de son interlocuteur tandis qu'il expliquait le mode de fonctionnement des Fer-nés. La rapidité et la maniabilité, il était évident que cela pouvait les avantager très clairement face à des navires plus lourds et moins faciles à diriger. A quoi bon avoir d'excellents combattants et des galères capables de réduire un boutre en cure-dents s'ils ne pouvaient les atteindre ? C'était surprenant d'un côté, Amélyse avait toujours imaginé que ces combattants cherchaient l'affrontement et qu'ils voudraient se confronter aux chevaliers du continent qu'ils jugeaient inférieurs à leur peuple. Du moins si elle se souvenait bien des cours de sa mère à ce sujet. Les paroles de Jace étaient pleines de réflexion et de sagesse, certainement le signe d'une profonde réflexion qui exprimait clairement le fait qu'il avait songé à tout cela dans l'espoir de pouvoir améliorer la situation de son peuple. Amélyse approuvait tout à fait ce qu'il disait, elle était une femme d'action, même si ce n'était pas son genre de prendre une épée pour aller se battre bien évidemment. Disons simplement que la Lysienne avait du mal à comprendre que les seigneurs du continent n'avaient pas attaqué les Iles de Fer avant ce jour. A quoi bon essayer de protéger ses habitants si les assaillants partaient sans être inquiétés ? Il fallait aller les écraser sur leurs Iles, après tout, la mer n'était pas à eux, même s'ils semblaient penser le contraire. Amélyse aurait éventuellement pu penser qu'ils étaient supérieurs au reste de Westeros en la matière, mais visiblement il existait d'excellents navigateurs comme Jace. Elle hocha la tête d'un air approbateur.

     ▬ Je ne peux qu'approuver vos paroles. Même si j'imagine que vous ne devez me voir que comme une jeune femme sans talent pour la guerre. Il est vrai que je n'y ai guère été habituée et que je n'ai jamais tenu d'arme autre qu'un poignard dans ma main. Elle inspira légèrement comme si elle avouait quelque chose qui l'embêtait elle-même. Mais même si mes mains sont davantage habituées aux travaux d'aiguille, je sais que rester dans l'inaction n'aide à rien. Les Fer-nés n'arrêteront certainement pas avant d'être écrasés, comme vous le dites si bien, il faut les coincer sur leurs Iles et prouver que les habitants de Westeros savent aussi se débrouiller sur le pont d'un navire. Elle esquissa un sourire avant d'ajouter d'un ton amusé. Se faire battre sur la mer qui est le temple de leur Dieu sera certainement plus humiliant que s'ils étaient vaincus à terre qui plus est. Vous avez tout à y gagner. »

     Bien évidemment, elle savait parfaitement que ses paroles n'étaient que des mots en l'air et qu'elle pourrait aussi bien conseiller de nettoyer au-delà du Mur que cela n'aurait pas plus d'effet. Sans compter que Jace n'était pas le Roi, mais un lord du Bief et que par conséquent il ne pourrait certainement pas affronter les combattants des Iles de Fer à lui tout seul. Mais en tous les cas, puisque visiblement le jeune homme avait de bons contacts avec le seigneur de cette ville, Amélyse pouvait être rassurée, il fallait avouer que savoir que les Fer-nés traînaient dans les environs ne l'avait pas particulièrement enchantée et qu'elle avait sérieusement craint de se retrouver attaquée et tuée lors d'un raid de ces pirates. Son côté imaginatif lui avait fait visionner des craintes certainement folles et qui ne pourraient jamais se réaliser, mais elle avait une certaine tendance à laisser ses émotions prendre le dessus lorsqu'elle ne connaissait pas l'endroit où elle se rendait. Qui pourrait le lui reprocher d'ailleurs ?

     Le jeune lord la rassura alors en déclarant qu'il n'était pas gêné par les multiples questions de la demoiselle et lui expliqua où se situait son île avant de parler des vins que l'on y produisait. Les yeux bleus de la jeune femme s'entrouvrirent de surprise alors qu'elle se souvint pourquoi ce nom lui disait quelque chose. Bien entendu qu'elle connaissait cette île, son père achetait fréquemment des vins provenant de cet endroit en argumentant qu'ils étaient bien meilleurs qu'ailleurs. Amélyse préférait ceux de Dorne, mais elle appréciait d'en boire un verre de temps en temps cela dit. Il parla ensuite de son expérience avant d'aborder une bataille qui avait confronté les habitants de Tyrosh à ceux de Lys. Bien évidemment qu'elle en avait entendu parler, mais son interlocuteur ignorait qu'elle était native de cette cité. Amélyse sentit Xhondo se crisper légèrement à ses côtés, il avait aussi entendu parler de cette bataille et avait regretté de ne pouvoir y prendre part, étant déjà placé en tant que garde personnel de la demoiselle, elle tourna la tête vers lui et lui offrit un léger sourire pour l'inviter à se maîtriser. Après quoi, la demoiselle tourna à nouveau son minois vers le Biefois pour répondre d'un ton toujours aussi enjoué. S'il avait commencé leur discussion par ce point, elle aurait certainement mal pris cette déclaration, mais maintenant qu'elle savait qu'il n'était pas arrogant et vaniteux, cette annonce passait beaucoup mieux.

     ▬ Oh, oui je connais cette bataille, voyez-vous je suis originaire de Lys et j'y ai donc été indirectement mêlée puisque des échos de ces combats nous venaient fréquemment. Je n'ai donc guère de raisons de m'inquiéter de votre capacité à repousser les Fer-nés puisque mon peuple a déjà testé vos compétences. Elle rigola légèrement pour manifester le fait qu'elle n'était pas agacée par cette révélation, avant de poursuivre. Vous semblez donc avoir le pied plus marin que bon nombre de personnes ici, les îles ont votre préférence, c'est une bonne chose, je suis réellement ravie que ma première discussion dans cette ville soit avec quelqu'un qui puisse comprendre ce mode de vie. Ce n'était qu'un détail, mais il était vrai que la vie sur une île différait de celle sur terre. Quoi qu'il en soit, force est de reconnaître que je connais la Treille, le nom me disait bien quelque chose, mais je n'arrivais plus à le situer. Mon père adore les vins de votre île, il en consomme dès qu'il en a l'occasion. Si cela se trouve, vous avez peut-être déjà été en contact avec ma famille sans que je ne le sache. »

     Après tout, il avait bien dit avoir été en contact avec des notables de Lys, cela pouvait comprendre son père qui était réputé dans leur ville. Elle dévisagea quelques instants le Biefois comme si elle cherchait à reconnaître ses traits, parfaitement consciente que cela n'était peut-être pas le comportement idéal d'une dame, mais c'était sans importance. Une vraie dame n'allait pas traîner dans le chantier naval et n'abordait pas les inconnus pour les soumettre à des tas de questions. Elle était Lysienne et pouvait donc se permettre ces petites excentricités. L'idée d'un éventuel échange commercial se faisait de plus en plus intéressante alors qu'elle se disait que Jace devait toutefois avoir son lot de marchands, qui ne tentait rien n'avait rien. Amélyse ne se départissait pas de son sourire alors qu'elle poursuivait la discussion.

     ▬ Cela dit, je comprends aisément votre surprise, il est vrai que je pose des questions bien étranges, mais voyez-vous, comme je me retrouve exilée dans une ville que je connais, j'avais espérer trouver quelque chose de familier dans ce bâtiment. Je suis obligée d'avouer que la déesse m'a bien guidée. Elle taisait son nom étant donné qu'elle n'avait pas le droit de le donner à un étranger. Avez-vous une famille sur une autre île pour que vous vous soyez exilé loin de chez vous ? J'ai tendance à penser que de changer d'environnement permet de se forger une meilleure expérience, même si je dois avouer ne jamais avoir appliqué ce précepte. Elle esquissa un sourire amusé avant de lâcher une dernière question. Et non des moindres. Ainsi donc vous avez beaucoup de liens à Villevieille ? Même si je sais que vous n'allez pas médire, y a-t-il certaines personnes que je devrais éviter ? Je ne tiens pas à m'attirer les foudres des notables du Bief par mon ignorance. »
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Message Lun 26 Mar 2012 - 19:13

La dureté du jugement qu'Amélyse portait sur elle-même fléchit l'inclination du Grand Amiral qui éprouva pour elle une compassion nouvelle et mesurée. Il ne la voyait pas comme une « jeune femme sans talent pour la guerre », à vrai dire il ne la connaissait pas en détail et peut-être dissimulait-elle sous sa jolie robe une épée des plus affûtées. Cependant, la condition de la femme n'était pas des plus glorieuses sur le continent et bien souvent son rôle se cantonner aux tâches domestiques et à l'enfantement, surtout pour les épouses et pour les filles de la classe noble. Les femmes guerrières, les amazones qui abandonnaient les robes pour les armes, apanage masculin par excellence, étaient rarissimes, même dans les régions ou un tel choix de vie était moins de nature à choquer les esprits. Ce n'était pas le cas dans le Bief, où toutes les petites filles naissaient avec en elle le désir de s'élever pour devenir de parfaites ladies pour le chevalier servant qui viendrait demander leur main. Mais même dans ce schéma, certaines femmes étaient aussi dangereuses qu'une épée dans les mains du chevalier le plus accompli. Jace ignorait trop de choses au sujet de lady Amélyse pour se faire déjà une opinion, mais il n'était pas homme à sous-estimer quiconque. Pour l'heure, il pouvait déjà constater que les paroles de l'étrangère était pleine de bon sens : l'inaction du Trône de fer faisait le jeu et le succès de Dagon Greyjoy, et tant que cette situation durerait, les Fer-nés seraient libres de ravager les côtes de l'Ouest, du Bief et du Conflans sans trop s'inquiéter de représailles. Mais celles-ci viendraient avec le temps, et même si les jours devenaient des lunes puis des années, Jace verrait le jour de l'écrasement de cette rébellion. Il boirait après les Fer-nés, et trinquerait volontiers à leur défaite, quand ce jour glorieux viendra. Il espérait que celui-ci ne tarderait plus, mais quand il serait là, quand le soleil se lèverait sur la fin des ambitions de la Seiche, il serait prêt pour conduire la Flotte royale jusqu'à la victoire finale, du moins s'il participait au voyage. Pour l'heure, c'était effectivement son projet, mais plus le temps passait, plus la probabilité s'allongeait qu'un événement nouveau l'oblige à revoir ses projets et à abandonner l'idée de participer à cette opération. Mais il n'y avait rien à ajouter aux paroles de la demoiselle.

Quand cette dernière lui révéla connaître la bataille des « Trente voile » et être originaire de l'île de Lys, Jace redouta quelques instants une réaction mauvaise de la part d'Amélyse, et si elle n'avait pas ri presque aussitôt, il aurait très certainement regretté d'avoir mentionné cet événement. Il n'avait eu aucune intention d'offenser la demoiselle ou son garde, et s'il avait su son origine lysienne, il aurait certainement fait preuve d'une discrétion plus grande concernant ses exploits passés. Mais Amélyse semblait le complimenter d'une certaine manière, et nul compliment n'aurait pu davantage plaire à Jace que celui qui le félicitait d'avoir un excellent « pied marin ». Il n'était pas vaniteux, mais ce genre de caresse flattait l'échine autant que l'ego, et fit paraître sur son visage un sourire radieux et bon enfant. Lui-même partageait le ravissement de la demoiselle, et il s'honorait d'avoir eu le privilège d'une première discussion à Villevieille avec elle qui devenait peu à peu le sel de cette journée qui s'était annoncée monotone et routinière.


« Votre père est assurément un homme de goût, mais j'espère qu'il ne délaisse pas pour autant les autres producteurs. Un peu de concurrence est toujours bon pour les affaires, et je connais d'excellents vins dorniens ou du Conflans qui valent le détour... Aucun toutefois n'a la saveur de notre rencontre, et je partage le plaisir de cette conversation. »Badiner un peu ne ferait pas de mal, mais il poursuivit aussitôt : « Maintenant que vous le dîtes, votre nom ne me semble pas inconnu, et peut-être effectivement votre père et moi avons-nous noué par le passé quelques affaires. S'agissant du négoce du vin, j'ai toujours eu d'excellents contacts avec les notables des Cités-libres. Ils ont un sens du commerce qui se fait très rare par chez nous, ce qui est bien dommage, si vous voulez mon avis. Les affaires iraient beaucoup mieux si le bon sens était plus répandu dans nos contrées. »

Rares étaient, effectivement, les hommes de sens dans les Sept couronnes, et quelques années passées à Port-Réal avaient tôt fait de l'en convaincre. Jace ne connaissait que peu de personnes digne de foi et d'intérêt s'agissant du négoce, parmi les nobles en place dans les plus hautes offices commerciales. Ils étaient soit trop timorés, soit trop hardis, et chaque excès dans un sens comme dans l'autre était dangereux pour les affaires. De Blancport à Port-Lannis en passant par Goëlville et Sombreval, ils étaient nombreux à occuper des postes clefs sans rien connaître de leur métier et pourtant ils y étaient, assis très confortablement dans la douceur de leur avancement, sans rien comprendre de leur rôle, agissant d'après les suggestions de conseillers aux loyautés versatiles et qui, recrutés à la sauvette, servaient leurs intérêts propres avant même ceux plus grands de leur employeur. Ces écornifleurs, trop nombreux, étaient une véritable plaie pour le commerce. La corruption existait bien sûr dans les Cités-libres, mais elle y était moins délétère, moins étouffante, moins nocive aux affaires : elle profitait de leur essor sans les parasiter. Il balaya ces pensées d'un soupir pour mieux répondre à la question de lady Amélyse.

« Pour ne rien vous cacher, ma mère est originaire de l'île d'Estremont et j'y ai passé un certain temps de mon jeune âge... Par la suite, j'ai suivi un marin dans les eaux du Détroit, puis dans les Cités-libres. J'y ai grandi, en quelque sorte, et j'y ai développé ce lien si fort que j'ai avec l'océan, les bateaux et la navigation. C'est peut-être ce qui fait de moi un homme si différent des autres sur le continent... » Il parut réfléchir un bref instant, l’œil perdu dans le vague de ses pensées.« Mais vous avez tout à fait raison, les voyages et les séjours loin du foyer forgent le caractère et le corps. Vous-même, quand vous rentrerez chez vous, vous aurez je l'espère acquis de l'expérience que vous pourrez partager avec les vôtres. Villevieille dissimule bien des trésors, les découvrir, les observer et les comprendre vous sera certainement très enrichissant. S'agissant de ses habitants je n'ai pas de mise en garde particulière à vous donner. Quoique... vous devriez peut-être éviter le capitaine du guet... C'est un homme irréprochable, mais il n'est pas d'une compagnie très agréable. De plus, son épouse est une véritable harpie. » Chaque fois qu'il passait par Villevieille, Jace entendait parler de ser Tytos Mullendore, cet homme réputé inflexible et incorruptible et qu'on surnommait « Main d'acier » pour les mêmes raisons. Comme capitaine du guet, il était indiscutablement sans défaut, mais la sécheresse et l'austérité de son train de vie lui valait les railleries de la plupart des habitants de la cité, d'autant plus que tout le monde connaissait son épouse pour être la mégère la plus fielleuse qui soit et pour avoir fait du cancan une discipline presque aussi prisée que la joute ou la mêlée en tournoi. Véritable commère de compétition, elle avait la langue plus incendiaire que la gorge des anciens dragons des Targaryen.

« S'il est une personne qu'il ne vaut mieux ne pas irriter à Villevieille, c'est bien sûr Clarence Hightower. Il faut être très imprudent pour lui chercher querelle dans sa propre cité, car ici rien n'échappe à l’œil de la Grand-Tour. Tout croît et décroît sous son regard bienveillant. À vrai dire, c'est l'homme le plus à même de vous renseigner si vous désirez des informations détaillées. » Jace songea cependant qu'il serait difficile à la demoiselle d'obtenir une entrevue avec messire Hightower si elle le désirait, sauf si quelqu'un intercédait en sa faveur.« Pardonnez-moi, mais vous dîtes avoir été exilée... J'imagine que c'est une façon de parler, mais êtes-vous de passage à Villevieille pour une longue durée ? »
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Message Mar 27 Mar 2012 - 12:14

     Amélyse fut heureuse de constater que le compliment qu'elle avait adressé au jeune homme lui avait fait plaisir. Même s'il n'y avait nulle arrière-pensée dans ces paroles et qu'elle les pensait réellement, la jeune Lysienne appréciait toujours de voir que ses paroles provoquaient une satisfaction chez ses interlocuteurs. Du moins lorsque c'était le but recherché et comme la demoiselle avait une bonne première impression de Jace, il était inutile d'expliquer que c'était le cas. La Saan avait beau être quelqu'un qui se défendait avec ses paroles et posséder un fort caractère, ce n'était pas pour autant qu'elle ne pouvait pas se montrer aimable lorsqu'elle n'avait aucune raison de provoquer la personne avec qui elle s'entretenait. Elle ne quitta donc pas le sourire qui ornait ses lèvres alors que le Biefois répondait en déclarant que son père avait de bons goûts. Il avait surtout des goûts de luxe et très exotiques, plus sa nourriture venait de loin, plus il en était ravi ! Nul doute que si les Fer-nés produisaient du vin, le père de la demoiselle aurait été leur en acheter. Mais il nourrissait la concurrence bien évidemment, en bon marchand qu'il était, le Prince marchand mettait un point d'honneur à acheter chez différents producteurs de manière à obtenir certaines fois de bons rabais. De plus, Lys produisait aussi de bons crus et il était logique qu'un natif de cette ville qui devait sa réussite au notables qui y vivaient, devait aussi acheter dans cette zone. En tous les cas, au moins s'entendaient-ils sur un point : la discussion était agréable et Amélyse espérait simplement que ce n'était pas des mots juste destinés à la flatter sans qu'il ne les pense pour autant. Il aurait été sot et surtout inutile d'agir de la sorte, mais comme ils discutaient « normalement », elle n'y voyait aucune raison. La suite des paroles de Jace ne pouvait qu'être confortée par les pensées de la Lysienne, même si d'un côté les Lysiens se frottaient les mains devant le manque de talent des habitants de Westeros en matière de commerce. Elle ne se gêna d'ailleurs pas pour faire état de ce qu'elle pensait de tout cela.

     ▬ Même si cela me navre pour vous, je dois vous avouer que tous les Lysiens voient cela comme une aubaine. Plusieurs Princes marchands profitent du manque de connaissance de vos marchands pour faire grimper les prix, ce n'est pas sans raison qu'ils apprécient autant de traiter avec les habitants de Westeros. Elle parlait d'un ton neutre, ne laissant rien paraître de son avis sur la question. Mais vous avez certainement raison, de meilleurs marchands signifieraient aussi des marchandises plus intéressantes pour nous. Malheureusement les choses ne sont pas prêtes d'évoluer vu les temps actuels, mais il est permis de rêver. »

     De toute manière, une fois de plus en discuter n'apporterait pas grand-chose, ce n'était malheureusement pas aujourd'hui qu'ils changeraient le monde. Amélyse ne s'en souciait plus réellement, il y avait belle lurette qu'elle avait compris qu'il n'était pas dans ses moyens de pouvoir peser sérieusement dans la balance lors d'une discussion, mais était bien décidée à changer cela. Elle espérait au fond d'elle-même qu'elle pourrait donner des avis plus utiles lorsqu'elle aurait rencontré son promis, tout en croisant les doigts pour qu'il ne soit pas un rustre qui considérait les femmes comme étant uniquement bonnes à faire des enfants et servir de potiche. Le soupir légère de Jace chassa les pensées de la demoiselle, bien décidée à ne pas laisser son esprit se faire parasiter par des détails de cet ordre. Même si les détails deviendraient rapidement le centre de son univers d'ici quelques temps.

     Il lui expliqua donc avoir grandi dans l'île d'Estremont qu'Amélyse connaissait comme étant l'une des Terres de l'Orage. Son père avait d'ailleurs contacté les seigneurs de l'île afin d'obtenir du marbre vert qui semblait être la spécialité de cette terre. La Lysienne connaissait donc de nom et de réputation, même si elle n'avait jamais mis les pieds là-bas. Il était effectivement amusant de constater qu'il avait quitté l'Est pour se rendre dans l'Ouest, mais rester toujours sur les îles. Continuant sur sa lancée, le jeune homme expliqua qu'elle aura certainement acquis de l'expérience le jour où ses pas la conduiront à nouveau chez elle, mais ce n'était malheureusement pas au programme et il était peu probable qu'elle revoit un jour les rivages de sa ville. Toutefois, même si cette idée la chagrinait encore, elle ne put retenir un rire amusé lorsqu'il aborda le sujet du capitaine du guet et de son épouse. Ce n'était pas comme si elle aurait éventuellement pu apparaître comme une mangeuse d'homme qui cherchait à voler les époux des autres dames. Si un de ses sœurs avait été à sa place, Amélyse n'aurait juré de rien, mais comparé aux autres habitants de la demeure des Saan, la rousse possédait un physique très commun. Cela dit elle était consciente que certaines femmes se montaient la tête pour un rien. Elle se contenta de hausser légèrement les épaules.

     ▬ Elle n'a nulle crainte à avoir de moi. Je ne suis guère une mangeuse d'homme et je ne vais pas charmer les époux déjà casés. Elle n'avait jamais essayé du moins, n'en ayant jamais éprouvé le besoin ou le désir jusqu'à ce jour. Mais je constate que vous avez toujours été dans des endroits dont j'ai entendu parler. L'île d'Estremont m'est bien connue pour son marbre vert, la demeure de mon père en est décorée depuis plusieurs années. Peut-être que vous êtes destiné à toujours l'avoir croisé qui sait. L'idée était amusante, même si elle n'apportait pas grand-chose à la discussion. En tous les cas je vous remercie de vos conseils. »

     Elle ne tenait certainement pas à Irriter le seigneur de cette ville. Après tout, Amélyse devait y passer un bon moment, peut-être le reste de sa vie, pour être franc elle n'en savait absolument rien, mais il aurait été suicidaire de se saborder de la sorte. La Lysienne doutait pouvoir obtenir un quelconque entretien avec cet homme qui devait certainement être extrêmement occupé, mais cela dit, peut-être que plus tard serait-elle amenée à devoir le rencontrer ? Elle pouvait toujours espérer. Cela dit, si cela devait arriver, Amélyse savait que ce ne serait pas en lien avec son futur époux, il n'avait pas l'air de posséder un rang social particulier, si ce n'était un nom prestigieux, mais sans promesse d'héritage derrière. Peut-être bien qu'elle pourrait arranger les choses, même si au fond la Lysienne ne connaissait rien à cette affaire. Au moins le nom de son promis n'avait pas été cité par Jace, c'était déjà une bonne chose. Puis, comme s'il lisait dans ses pensées, l'intéressé aborda le sujet de son séjour à Villevieille et elle esquissa un léger sourire avant de secouer la tête.

     ▬ Très longue même si j'en crois mon père. Puisque vous avez été sincère avec moi je vais l'être aussi. En réalité, ma main a été offerte à un noble qui séjourne à Villevieille en échange de navires qui arriveront plus tard. Je présume donc que je séjournerai dans cette ville jusqu'à ce que mon âge soit trop avancé pour me permettre de continuer. A moins que je ne sois amenée à changer de région, je n'en sais que très peu à ce sujet, mais Westeros sera bel et bien mon nouveau chez moi. »

     Elle avait donné des informations assez précises, mais sans pour autant s'avancer trop. Il ignorait encore le nom du noble en question ainsi que le but de cette « alliance » et ce n'était pas Amélyse qui comptait lui en dire plus. Son père lui avait toujours enseigné de ne rien donner sans raison valable et elle faisait donc son possible pour donner le sentiment d'en avoir dit plus que ce qu'elle avait effectivement prononcé. La Lysienne ne voulait pas berner son très aimable interlocuteur, mais simplement ne pas trop se mouiller, après tout, elle ne connaissait pas grand-chose de Jace au final. Il aurait pu lui jouer la comédie depuis le début. D'un ton toujours aussi badin, la demoiselle enchaîna sur une question.

     ▬ Et votre présence ici sera donc effective jusqu'à la fin de la guerre, ou bien au-delà ? Il est rassurant de savoir que des hommes compétents comme vous sont là pour assister le seigneur de Villevieille. J'ai toujours entendu dire que les hommes du Bief étaient l'incarnation de la galanterie, je suis à présent obligée d'avouer que ce n'était pas de simples rumeurs, mais bien des faits. »
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Message Mar 27 Mar 2012 - 20:35

« Je vous en prie, tout le plaisir est pour moi. »

Jace l'avait dit en s'inclinant poliment quand elle le remercia de ses conseils. Il ne les distribuait pas comme des marchandises, il les donnait volontiers et de bon cœur. Elle était étrangère, arrivée récemment dans la cité et séparée de ses foyers par les vastes étendues d'eau que sont la mer de Dorne et le Détroit : il aurait été bien mal élevé de ne pas l'orienter et de ne pas l'accueillir comme la courtoisie l'imposait. De plus, ses déclarations n'avaient rien d'improbable, Jace avait donc laissé de côté toutes les suspicions que lui inspiraient la curiosité très poussée de lady Amélyse. Il était clair qu'elle n'était pas naïve, mais il était également évident qu'elle n'était pas une espionne à la solde d'un seigneur concurrent de messire Hightower. Lui-même ayant été l'un des mille yeux de Brynden Rivers dans les Cités-libres, il avait acquis l'expérience nécessaire pour distinguer les agents, mouchards et autres taupes quand il en rencontrait. Un faisceau d'indices le permettait pour chaque type d'espion existant. Les plus difficiles à repérer n'étaient pas les espions qui se fraient un chemin parmi les ombres pour intercepter les informations qu'ils revendent à prix d'or. Au contraire, les plus habiles sont ceux qui usent de leur allure, de leur verbe et de leur dehors pour se fondre dans la bonne société et glaner au détour des conversations les renseignements qu'ils dérobent en douceur, de la façon la plus efficace et la plus indolore qui soit, car ils conduisent toujours leurs interlocuteurs à les délivrer de leur plein gré. Les contes et les fables ne disent-ils pas eux-mêmes que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ? Ceux-là étaient les espions les plus dangereux et sans céder à la confiance naïve, Jace voulait croire qu'Amélyse n'en était pas. Elle était bien trop élégante dans ses manières, bien trop honnête dans ses dialogues, bien trop noble dans ses convictions pour n'être qu'une moucharde à la solde d'un vil faquin de misérable comploteur. Sans doute avait-elle ses propres intérêts, sa curiosité ne pouvait être tout à fait innocente, mais elle ne cherchait pas à la dissimuler et il fallait ajouter cela à son crédit. Jace se fit la promesse de mentionner son nom auprès de Clarence Hightower. Ce dernier savait probablement déjà qu'une nouvelle venue de Lys avait élu domicile à Villevieille, mais il devait en apprendre davantage par la bouche de son « cher ami ». Ce dernier devait connaître l'opinion de Jace au sujet de cette étrangère qui, peut-être serait amené à le rencontre. Ce que lady Amélyse révéla par la suite ne fit que confirmer la décision de Jace.

Ainsi, lady Amélyse n'était pas seulement de passage à Villevieille, elle y était pour très longtemps puisque sa main avait été offerte à un noble séjournant dans la cité. Jace accueillit cette information dans un sourire agrandi par des sourcils relevés. Il ne s'y attendait guère, mais maintenant qu'elle le disait ouvertement, pour quelle autre raison la fille d'un riche notable de Lys serait-elle venue à Westeros ? Aussitôt une question se bouscula sur les lèvres closes du jeune homme : quelle était l'identité de l'heureux élu qui épouserait lady Amélyse ? Elle ne l'avait pas précisé, et n'avait pas même mentionné son nom . Il devait pourtant bien en avoir un s'il était noble et de Westeros. Elle ne délivrait que très peu d'éléments, mais c'était suffisant pour aiguiller la réflexion véloce de Jace qui fit ses premières déductions. Le futur époux devait être membre d'une puissante famille pour être ainsi susceptible d'intéresser les notables de Lys : les petits baronnets ne connaissaient rien des Cités-libres et ces dernières le leur rendaient bien. Le futur époux devait également s'intéresser aux choses de la mer, qu'il s'agisse du commerce maritime ou de la guerre navale, car s'il avait bien compris les paroles d'Amélyse, l'un des éléments de ce mariage était le transfert de propriété d'un certain nombre de navires. Ces deux indices cumulés limitaient les possibilités, malgré tout aucun nom particulier n'apparaissait clairement aux yeux de Jace. Qui, à Villevieille, pouvait correspondre à ces deux conditions ? Il y avait bien sûr le seigneur du Port, Clarence Hightower, son ami, mais il connaissait les projets matrimoniaux de ce dernier et ceux-ci ne concernaient guère lady Amélyse. Il y avait ensuite lui-même, et manifestement il n'était pas le futur époux de l'étrangère. S'agissait-il d'un seigneur des Îles boucliers ? D'un membre des grandes maisons du Bief dont le siège est côtier ? Un Florent, un du Rouvre ? Voire même un Tyrell ? Il n'avait rien entendu de tel mais peut-être n'avait-il pas été mis dans la confidence d'un tel projet, puisqu'après ce n'était en rien ses affaires. Toutefois, il aurait été mis au courant si la flotte du Bief avait dû dans un avenir proche voir ses rangs grossir de quelques bateaux supplémentaires, étant donné la position qui était la sienne.


« Il faut alors espérer que ce mariage sera à la hauteur des espérances de votre père comme de vous-même. S'il vous réussit, l'étape suivante, si j'en crois mon expérience, sera de vous faire cette nouvelle terre. Vous approprier Westeros comme votre nouveau foyer sera peut-être et difficile, mais j'ai toujours vu les Lysiens comme un peuple réputé pour sa grande souplesse. Vous vous adapterez facilement, j'en suis convaincu, d'autant que Villevieille n'est pas la pire des destinations pour un séjour prolongé. Vous allez la voir en temps de guerre, mais attendez donc de la découvrir en temps de paix. Ses rues, ses marchés et ses quartiers offrent un véritablement ravissement pour ceux qui savent apprécier les plaisirs simples et raffinés. Si je puis me permettre un brin d'humour, je crois que seule la nourriture sera peut-être ici pour vous source de contrariété... Rien dans notre cuisine locale ne peut rivaliser avec les délices de la gastronomie de votre île natale. »

Jace rit avec pudeur. Il avait le souvenir ému et enchanté des quelques séjours qu'il fit à Lys, où il découvrit la plus délicate des cuisines du monde. Il n'y avait qu'à Lys qu'il put savourer des escargots et des lamproies préparés par de véritables artistes de la pratique culinaire. L'écho du souvenir du goût de ces mets délicieux s'attarda sur sa langue quand la demoiselle lui posa une question des plus intéressantes. Il resterait à Villevieille et dans le Bief tant qu'il ne serait pas rappelé à Port-Réal pour assister aux séances du Conseil Restreint. Il s'en tiendrait quelques unes certainement avant la fin de la guerre contre les Fer-nés. Il quitterait alors Villevieille pour gagner la capitale du royaume. D'ici là, Clarence aurait certainement trouvé quelqu'un pour le suppléer. Sauf... sauf s'il désirait le garder à Villevieille pour assurer la direction du port tant que la menace fer-née planerait sur le Bief ? Ce n'était pas à exclure, à vrai dire tout semblait l'indiquer. Villevieille n'était pas loin de la Treille, et il était plus utile ici que sur son île où les autres membres de sa famille, en attendant son retour, suivaient les instructions et les ordres qu'il délivrait de loin. Jace remarqua qu'Amélyse n'avait toujours pas mentionné le nom de son fiancé. Sans doute ne désirait-elle pas donner l'impression d'être une péronnelle trop heureuse et trop sotte pour garder ses secrets. Au contraire, elle était fine et déterminée. Jace, toutefois, respecterait son choix et ne lui poserait pas la question qui pourtant lui brûlait les lèvres. Clarence Hightower était capable de tout savoir de tout ce qui se passe et se trame dans sa cité : ce serait pour lui l'occasion de le prouver quand il lui mentionnerait lady Amélyse, et peut-être qu'il savait déjà le nom de l'heureux élu qui deviendrait l'époux de cette lysienne expatriée. Les derniers compliments de lady Amélyse manquèrent de lui donner du ronge au front, mais c'est avec une certaine confiance en lui qu'il répondit sans détour à sa question.

« Selon toute vraisemblance, je m'occuperai du port de Villevieille jusqu'à la fin de la guerre et tant que messire Hightower trouvera l'usage approprié pour mes capacités. C'est un homme très perspicace, et si je ne m'abuse, il a un réel talent pour utiliser au mieux les capacités de ceux qui offrent de soutenir ses intérêts. Comme vous vous en doutez, deux seigneurs voisins ont beaucoup en commun, à plus forte raison quand il s'agit des seigneurs de la Treille et de Villevieille. Nos deux familles s'entendent pour les affaires et pour le reste depuis des temps immémoriaux et nous nous comprenons tous deux assez bien pour accroître encore la synergie de nos intérêts. Messire Clarence dirige une grande cité au commerce florissant quoique terni par la rébellion des fer-nés, je commande une vaste flotte de guerre et une plus vaste flotte commerciale encore. Comme vous le devinez, la bonne entente va de soi et par chance, lui et moi partageons depuis longtemps des liens d'amitié qui, pour tout dire, facilitent grandement les choses. Tout est beaucoup plus simple, en vérité, quand les questions se règlent spontanément et quand toutes les discussions aboutissent à de plus hautes conclusions. Le consensus n'est pas toujours souhaitable entre deux partenaires, bien sûr, car il émousse les esprits, mais force est de constater qu'un excès de contraste est nocif, car il sème les graines de la discorde. Vous conviendrez alors avec moi que les négociations les plus âpres et les plus difficiles sont celles qui s'enchevêtrent dans les ronces d'une trop grande méfiance. J'imagine que le juste milieu est toujours le meilleur. »
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Message Mer 28 Mar 2012 - 15:30

     Elle nota chacune des paroles de Jace, constatant avec satisfaction qu'il avait bel et bien gardé de bons souvenirs de Lys et qu'il pourrait éventuellement être un soutien intéressant plus tard, lorsqu'elle aurait trouvé sa place ici. Amélyse se jura d'essayer de joindre son père pour lui demander s'il connaissait un lord de La Treille qui aurait eu un fils qui avait séjourné à Lys ou avec qui il aurait été en contact pour le commerce. Il était amusant de voir ce que la Déesse lui réservait tout de même, sa première rencontre dans sa nouvelle ville était avec quelqu'un qui connaissait et appréciait son île natale. Preuve que les choses ne se déroulaient jamais sans raison précise et que Jace était peut-être le signe d'un bon départ dans cette vie nouvelle. Elle croyait beaucoup au hasard, mais le définissait davantage comme une manifestation de la divinité que son peuple priait. Une sorte de pont entre une vie passée et une vie future, au moins associerait-elle le jeune homme à un bon souvenir et une bonne sensation. Du moins, tant qu'il n'abordait pas de sujet fâcheux, mais la demoiselle doutait sincèrement qu'il puisse être aussi grossier alors qu'il avait fait preuve d'une réelle galanterie à son égard depuis le début. La Lysienne opina du chef lorsqu'elle entendit parler de la nourriture de Westeros. Lors de ses haltes dans des auberges du coin où elle avait passé la nuit lors de son voyage jusqu'à Villevieille, la jeune femme avait eu l'occasion de tester cette nourriture. Elle avait effectivement noté que son palais allait devoir s'accoutumer à des mets moins délicats que ceux de sa vie passée. Son sourire s'élargit légèrement alors qu'elle répondait.

     ▬ J'avais gardé espoir que la nourriture que j'avais consommé lors de mon voyage était simplement celle que l'on réservait aux étrangers, mais vous venez de confirmer mes craintes. Cela dit c'est un bien mince point négatif si les habitants de cette ville sont accueillants. Puis je pourrais toujours me consoler en sachant que les vins de La Treille sont plus proches que jamais. »

     La demoiselle n'avait pas abordé le sujet qui concernait la ville en temps de paix. Les paroles du jeune homme étaient rassurantes, qu'il parle de Villevieille sans guerre en fond signifiait qu'il croyait fermement que les habitants de Westeros allaient repousser et vaincre les Fer-nés. Même s'il était très peu probable que le contraire soit de mise, la Lysienne savait que la pire défaite était de renoncer ou de perdre espoir en ses chances. Ainsi donc, les mots qui étaient sortis de la bouche de Jace signifiaient plus qu'une simple politesse, du moins à ses yeux. Amélyse retint dans un coin de son esprit qu'il lui faudrait se renseigner sur cet homme lorsqu'elle aurait plus de contacts en ville, au pire elle pourrait prétendre l'avoir trouvé très charmant – ce qui n'était pas faux qui plus est – et qu'elle s'intéressait à lui pour cette raison. Les hommes avaient plus tendance à voir les femmes comme des sottes lorsqu'elles donnaient l'impression de ne s'intéresser qu'au physique ou aux manières des hommes. Amélyse avait appris depuis longtemps qu'il était souvent bien plus utile d'être considéré comme une potiche que comme une femme trop ambitieuse. Même si elle n'avait jamais obtenu autre chose que des bijoux et autres cadeaux de son père, la Lysienne était fermement décidé à monter d'un niveau. De plus, il lui faudrait se rendre utile pour son promis, ce n'était pas une chose négligeable.

     La suite de la discussion étonna assez la demoiselle, elle pouvait comprendre que deux familles nobles aussi proches puissent entretenir des liens commerciaux, ou du moins d'entente. Le contraire aurait été sot en effet, mais de là à lier une amitié, c'était surprenant. Son père lui répétait sans cesse que l'amitié née d'une affaire était une bonne chose, mais une affaire née d'une amitié offrait la proie idéale à la trahison. Peut-être que les jeunes gens avaient trouvé un terrain d'entente allez savoir ? La solution miracle pour ne pas devenir de féroces adversaires. L'humilité de Jace était certainement un point déterminant dans cette entente cordiale et pour être sincère, Amélyse était surprise qu'aucun mariage n'ait été déterminé entre leurs familles. Cela dit, que Jace ne soit pas marié – si elle avait bien compris ses dires précédents – ne signifiait pas obligatoirement que lord Clarence ne le soit pas. La jeune femme basait ses analyses sur des probabilités et ne comptait pas demander plus de choses à son interlocuteur, du moins concernant ce sujet. Cela pourrait la faire passer pour une indiscrète ou une femme trop curieuse et pourrait même laisser la porte ouverte aux questions en retour. La demoiselle ne souhaitait pas devoir glisser le nom de son promis dans la discussion et ne devait donc pas s'aventurer trop loin sur ce terrain. Bah, peu lui chalait, elle finirait par trouver quelqu'un pour satisfaire sa curiosité et son besoin d'informations. Après un bref silence, elle rétorqua donc d'un ton à la fois amusé et intéressé.

     ▬ Vous me voyez étonnée de telles paroles. Mon père m'a toujours répété que les amitiés ne devaient pas faire naître des affaires, mais le contraire, sans quoi les amis profitaient rapidement de la gentillesse de leur compagnon pour l'abuser. Peut-être avez-vous réussi à trouver la formule magique pour éviter les ronces qui bordent ce chemin ? Elle réutilisait les métaphore du jeune homme. A moins que messire Clarence ne soit un homme aussi galant et humble que vous, ce qui pourrait expliquer que vous parveniez à une telle entente. Elle observait le visage de Jace avec attention. Je vous envie d'une certaine manière, il doit être agréable d'avoir quelqu'un de proche de soi avec qui discuter de ce genre de choses. Vous êtes chanceux, certaine que la Déesse aura posé son regard sur vous lorsque vous avez séjourné à Lys, puis se serait prise d'affection pour vous. Elle soupira légèrement. Mais je ne peux que confirmer vos dires, il est vrai que la méfiance n'a jamais été l'amie des marchands et que la confiance peut faire gagner du temps comme de l'argent. »

     Son sourire était à présent sincère, elle envisageait effectivement qu'une personne comme Jace puisse avoir attiré l'attention de la Déesse et qu'il devienne chanceux depuis son passage à Lys. Cela dit, peut-être était-ce tout simplement la juste récompense d'une vie rondement menée qui promettait certainement encore de belles années devant lui. Le jeune homme l'intéressait et elle aurait bien apprécié d'en savoir plus sur lui, même s'il lui avait dit beaucoup de choses le concernant. Amélyse espérait simplement avoir à nouveau l'occasion de croiser sa route de manière à pouvoir le voir se comporter avec d'autres personnes. Peut-être usait-il de l'une de ses armes dans les discussions, à savoir la galanterie qui touchait tout le monde, même les hommes. Elle était persuadée qu'une personne comme le lord de La Treille aurait attiré l'attention de son père s'il avait été amené à croiser sa route. Qui sait. Après quelques instants de silence, elle enchaîna.

     ▬ J'ignore si vous allez prendre mes paroles comme une bonne chose, mais en fin de compte nous nous ressemblons assez, vous avez aussi été élevé dans une famille qui tourne autour de la vie de marchand et vous semblez vous en tirer à merveille. Elle quitta brièvement son visage pour regarder autour d'eux avant d'en revenir à lui. Et vous semblez aussi particulièrement doué pour éveiller l'intérêt des gens, je ne vous cache pas que plus vous parlez, plus je désire en savoir sur vous. Est-ce que tous les habitants du Bief sont comme vous ou faites-vous exception ? Si c'est général, il me tarde de rencontrer d'autres personnes dans ce cas. »

     Elle ne le manipulait pas, au contraire, elle était juste sincère.
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Message Mer 28 Mar 2012 - 23:52

Les vins de la Treille étaient « plus proches que jamais ». Lady Amélyse savait-elle à quel point ses paroles étaient dans le vrai ? D'ici peu Jace et Clarence discuterait d'un nouveau rapprochement de leurs intérêts et tout naturellement, de leurs discussions naîtraient la perspective d'un mariage qu'ils envisageaient tous deux depuis quelques années déjà. Les deux familles avaient déjà été, par le passé, unis dans les liens de l'hyménée et d'après les souvenirs des membres les plus anciens des deux clans, chaque union s'était révélée fructueuse au point d'emporter chaque fois la promesse d'une renouvellement. C'était comme une tradition et à présent, Jace voyait venir son heure d'aller planter au pied de la Grand-Tour le cep d'une vigne qu'il souhaitait voir proliférer jusqu'au sommet du phare géant. Quiconque observait d'assez près un tel mariage pouvait facilement deviner les premiers avantages que chacune des deux parties tireraient dans l'immédiat : les Redwyne profiteraient du faste et de la générosité de Villevieille et celle-ci bénéficierait du surcroît de protection assurée par la plus puissante flotte du sud du continent. Mais ces deux éléments étaient déjà réunis du seul fait de l'amitié qui liait Jace et Clarence, et contrairement à ce que laissait entendre lady Amélyse, ce n'était pas cette amitié qui avait fait naître les affaires entre les deux hommes. Ces dernières succédaient à une longue tradition d'échanges, de transactions et de dialogue qui dépassait l'individualité des deux seigneurs. Déjà leurs aïeux traitaient ensemble pour avoir la mainmise sur les eaux bordant les côtes australes du Bief, alors tous deux n'avaient que répondre aux exigences des coutumes ancestrales instaurées par des années de pratique. Ce qui est hors des gonds de la tradition est bien souvent hors des gonds de la raison, et s'il était remarquable que Jace et Clarence entretienne des relations si positivement excellentes, sans doute était-ce parce que lien qu'ils tissaient depuis des années s'accrochait au plus solide des canevas. Ainsi, loin d'être tous deux conduits par les seules affaires qu'ils conduisaient ensemble, les deux hommes se laissaient entraîner par des années de bonne entente dont l'écho se poursuivait à travers eux. S'agissant donc des deux familles parmi les plus prestigieuses du Bief, l'amitié était bien née des affaires, et non l'inverse. Jace n'était pas homme à respecter aveuglément les traditions, mais suivre et se laisser porter par celle-ci n'était pas de nature à le déranger. De la même façon, il profitait plus que de raison du confort qu'offrait la méticulosité scrupuleuse de Clarence qui poussait ce dernier à refuser de déléguer quoi que ce soit pour tout préparer et accomplir lui-même. Certes, pour les travaux et activités qui n'entraient pas dans le cadre de ses connaissances, ce dernier n'hésitait pas à distribuer les tâches, comme il l'avait fait en nommant Jace à la tête du port de Villevieille. Mais pour les questions entrant dans ce cadre, messire Hightower avait pris l'habitude de « s'occuper de tout », ce qui avait souvent permis à Jace de se concentrer sur d'autres sujets non moins importants. Il se pencha légèrement et baissa la voix pour déclarer ce qu'il confiait comme un secret.

« Je comprends que mes mots puissent vous étonner, mais c'est à mon tour de vous faire une confidence. Messire Hightower et moi-même sommes actuellement en pourparlers de mariage. L'affaire est déjà entendue, il ne reste plus qu'à discuter des modalités mais comme vous vous en doutez, ce n'est plus qu'une question de jours à présent. Il ne s'agit pas d'un secret, l'information circule probablement déjà, mais vous avez désormais des détails que d'autres achèteraient à prix d'or. Messire Hightower n'a pas que des amis, mais n'est-ce pas notre cas à tous ? Beaucoup sont les notables qui aimeraient connaître à l'avance le nom de la futur épouse du Grand Argentier du royaume. »

Immédiatement, Jace se dit que peut-être lady Amélyse ne connaissait pas ce titre et qu'il aurait très certainement mieux fait de ne pas l'employer pour ne pas embrumer ses paroles d'un voile d'incompréhension susceptible de gêner l'étrangère. Cependant, il ne voulait pas expliciter tout de suite la nature et les attributions de cette fonction, car c'était prendre le risque de faire insulte à l'érudition de lady Amélyse qui, peut-être, connaissait le rôle du Conseil Restreint et de quelques uns de ses membres. Elle lui poserait certainement la question si elle ignorait ce qu'était le titre de Grand Argentier, et alors il prendrait le temps de lui répondre. Cette décision prise, il songea qu'il n'en avait peut-être pas dit assez et que la demoiselle aurait sans doute gagné à connaître l'identité des personnes des deux familles qui se trouvaient concernées par le mariage à venir. Mais il n'avait aucun intérêt à laisser déferler des vagues de détails sur la discussion très agréable qu'il tenait avec elle : peut-être que ces affaires-là ne l'intéressaient pas, et peut-être qu'elle s'ennuierait de l'entendre parler des projets qu'ils construisaient avec le Seigneur du Port. Ensemble, Clarence et Jace avaient en tête une montagne de desseins dont le mariage à venir n'était finalement que le sommet, la partie visible dont chacun devrait se satisfaire jusqu'au jour où les autres projets mûris dans les profondeurs et les entrailles de la montagne verraient le jour et s'accompliraient. Certains d'entre eux appartenaient au domaine des ombres et sans doute personne ne les remarquerait jamais. Jace ne pouvait en parler avec l'étrangère, car elle n'était dans le cercle des personnes qu'il était nécessaire de tenir au parfum. Mais cela n'enlevait rien au charme de leur conversation et Jace estima que peut-être l'idée était bonne de convier la demoiselle à le revoir dans un cadre moins inhospitalier. Il pourrait par exemple s'arranger avec son hôte pour permettre à lady Amélyse de faire quelques rencontres intéressantes au cours d'un banquet, d'une cérémonie, ou de tout autre événement du genre. La question restait à creuser, elle n'avait sans doute pas besoin de lui pour se faire une place à Villevieille, mais Jace était un homme d'honneur et de courtoisie : il ne supportait pas l'idée qu'une femme intéressante demeure isolée trop longtemps, surtout dans une cité comme celle-ci. Jace lui accorda un sourire plein de gratitude, car les compliments de la demoiselle le touchèrent sincèrement.

« J'ai surtout eu beaucoup de chance de rencontrer aux différents carrefours de ma vie les bonnes personnes pour m'aiguiller et qui ont fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. La plupart des cordes de mon arc sont abîmées, mais il est vrai que j'ai toujours considéré la courtoisie comme une valeur suprême. C'est le cas de bon nombre d'autres gens dans le Bief, mais hélas point de tous. Avez-vous prévu de voyager dans nos vertes contrées ? Votre futur époux pourrait vous faire voir les plus beaux endroits de ce territoire ravissant. Hautjardin, par exemple, vous en avez certainement entendu parler. Les Tyrell y sont aussi agréables pour le cœur que leur citadelle l'est pour les yeux, le nez et les oreilles. Peut-être aurez-vous l'occasion de les rencontrer ? Mais sans aller bien loin, il y a à Villevieille des personnes d'une grande qualité qui croiseront peut-être votre route. Des nobles, bien sûr, mais également des personnes remarquables parmi les artisans les plus respectés de notre pays. De vrais maîtres dans leur art, qu'il est impossible de ne pas connaître après quelques temps passés dans la cité. Vous entendrez parler bien assez tôt, mais si vous le désirez, je peux vous recommander à certain d'entre eux. Rien ne me ferait plus plaisir que de vous aider à vous intégrer dans cette ville. »

Très sérieux, les yeux de Jace allaient du visage de la demoiselle à celui de son garde du corps. Il avait bien conscience qu'en dépit de toute sa sincérité, sa proposition était susceptible d'éveiller la suspicion de l'homme chargé de protéger la lysienne de toutes les agressions. C'est pourquoi il n'insista guère, espérant avoir donné assez de preuve de sa bonne volonté pour que ni lady Amélyse ni son garde ne doutent de son honnêteté.
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Message Jeu 29 Mar 2012 - 18:41

     L'attention de la Lysienne se fit bien plus présente lorsqu'elle entendit la voix du jeune homme baisser d'une octave. C'était toujours le signe de paroles qui ne devaient pas être entendues par toutes les oreilles qui pouvaient traîner. Son regard bleu se posa sur le visage de Jace alors qu'elle l'écoutait lui avouer qu'il était en discussion avec le lord de Villevieille de manière à unir leurs deux familles par les liens du mariage. Quelle drôle de coïncidence, alors qu'elle se demandait justement si ce genre de « marchandage » pouvait avoir lieu entre les deux amis. Quoi qu'il en soit, les paroles de son interlocuteur répondaient donc à la question qu'Amélyse s'était posée quelques minutes plus tôt, à savoir que ce serait donc la sœur - ou une femme de la famille du moins - de Jace qui épouserait messire Hightower. C'était toutefois une certaine surprise que le Biefois se soit laissé aller à lui offrir une telle information, son visage teinté d'une légère expression de surprise le montrait d'ailleurs. Mais peut-être mettrait-il cette expression sur un autre déclencheur. Amélyse n'était pas habituée à ce que l'on puisse lui donner aussi facilement accès à des informations qui n'étaient pas connues de tous les habitants d'une même ville, mais elle appréciait sincèrement la gentillesse dont Jace faisait preuve. Même si cela n'était pas le secret le plus caché de Westeros, elle notait là une manifestation d'une sorte de confiance qui lui faisait plaisir à voir. Il n'avait pas fauté, la Lysienne n'avait pas pour habitude de répéter les informations qu'elle avait en sa possession, pas plus qu'elle ne vendait celles qui lui avaient été données aussi gracieusement. Par conséquent, la rousse n'irait même pas se vanter d'avoir eu l'avant-première de cette révélation et se contenta d'aborder un sourire après que Jace eut terminé ses paroles. Un seul terme soulevait une surprise liée à l'incompréhension.

     ▬ Quelle drôle de coïncidence, vos paroles précédentes m'avaient justement fait me poser des questions à ce sujet. Je me disais qu'un mariage serait bénéfique entre vos deux familles, mais comme j'ignorais si vous et messire Hightower étiez célibataires, je ne pouvais échafauder que des idées très instables. Elle ne cachait pas s'être intéressée de près à ce détail. Cela dit, je suis ravie pour vous que vous soyez parvenus à une entente à ce niveau. Cela ne sera certainement qu'un moyen de plus de rapprocher vos deux maisons. Elle esquissa un léger sourire. Et je suis surprise, mais très agréablement, que vous puissiez me confier un détail qui ne soit pas connu de tous. N'ayez crainte, je ne suis pas le genre de femme à aimer semer la vie des autres aux quatre vents. De toute manière, s'il y avait une fuite il saurait aussitôt qui était responsable. Cela dit, le titre de Grand Argentier m'évoque bien quelque chose, mais je ne saurais plus comment le situer sans me fourvoyer. Est-ce en rapport avec le Roi et ses conseillers ? Un titre très important quoi qu'il en soit si je ne m'abuse. »

     Le sourire qui marquait le visage de Jace ne faisait qu'inviter à une discussion encore plus intéressante, même si Amélyse ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle était en train de monopoliser le malheureux Biefois. Elle espérait juste qu'elle n'allait pas lui causer de tracas, car même si elle aimait penser égoïstement de temps en temps, la Lysienne ne souhaitait pas plonger les gens qui étaient aimables avec elle, dans les ennuis. Quoi qu'il en soit, elle était décidée à profiter du temps qu'il voudrait bien lui accorder, ainsi lorsqu'il se proposa très aimablement – et très galamment – de la recommander à d'autres nobles de sa connaissance, elle ne put retenir une expression étonnée. C'était un geste qu'elle trouvait fort aimable, pour être sincère elle avait espéré pouvoir en arriver là, mais avait imaginé qu'il lui faudrait faire preuve de beaucoup de gentillesse à son égard et éventuellement de lui offrir des cadeaux pour avoir cette chance. C'était de la sorte que les choses marchaient à Lys, il fallait réussir à se faire apprécier d'une personne pour qu'elle daigne citer votre nom lors d'un repas avec des amis importants par exemple. Combien de fois avait-elle vu des jeunes marchands « courtiser » son père en lui offrant d'excellents vins ou autres choses de cet acabit, juste pour qu'il parle d'eux à d'autres Princes marchands ? Jace était décidément un homme plein de surprises et pétri de bonté, mais elle ne voulait pas abuser de sa gentillesse et souhaitait donc une sorte d'entente entre eux. L'on était marchand dans l'âme ou on ne l'était pas.

     ▬ Je pensais être arrivée au bout de mes surprises avec votre dernière révélation, mais je constate que ce n'était pas le cas. Je dois avouer que j'espérais pouvoir me faire connaître d'autres personnes aussi intéressantes que vous, mais je n'imaginais pas pouvoir avoir votre aide. Du moins pas avant d'avoir fait mes preuves. Elle rigola légèrement avant d'enchaîner. Mais j'en serais ravie. A la seule condition que vous me laissiez vous rendre la pareille dès que j'en aurais la possibilité. Je ne peux accepter sans avoir le sentiment de profiter de votre bonté, au moins en agissant de la sorte je me sentirais un peu moins profiteuse. Elle tourna la tête vers son garde du corps qui n'avait pas quitté Jace depuis le début de la conversation. N'es-tu pas d'accord avec moi ? » Il hocha la tête en répondant brièvement, délaissant pour la première fois Jace de son regard d'ébène.
     ▬ Je trouve que c'est très équitable. » Elle joignit ses mains comme si l'idée l'emballait avant d'en revenir au Biefois.
     ▬ J'ignore encore comment je pourrais vous remercier de toute votre amabilité, mais je trouverais bien, je suis quelqu'un de tenace. »

     C'était assez facile à imaginer lorsque l'on voyait la manière dont elle pouvait se renseigner pour savoir comment mettre son idée en place. Elle avait déjà plusieurs idées et se promettait que lors de la prochaine rencontre qu'elle pouvait avoir avec le jeune homme, elle n'arriverait pas les mains dans les poches. La rousse esquissa un sourire avant de prononcer à nouveau quelques mots.

     ▬ Je ne vous cache pas que votre offre me soulage d'un gros poids. J'ignore totalement si mon futur époux aura du temps à m'accorder comme je ne lui ai jamais parlé, mais j'étais bien décidée à apprendre à connaître Westeros, bien que le Bief soit ma priorité. Voyez-vous, j'ai simplement cru comprendre qu'il était un homme très occupé et plus souvent sur les routes. Je crains qu'elles ne soient mes plus grandes rivales. Elle rit légèrement avant de hausser les épaules. Mais je sais me débrouiller et si le quart des habitants de Westeros sont aussi aimables que vous, je ne devrais avoir aucune difficulté je pense. »

     Elle était parfaitement consciente que cette déclaration pouvait être surprenante. En réalité, son père lui avait dit que les mariages arrangés étaient légion à Westeros, mais elle avait cru comprendre que ce n'était pas souvent comme pour elle. Les époux se rencontraient généralement plusieurs fois avant que la future mariée ne vienne vivre auprès de son promis. Lys était différente et cela ne choquait absolument pas Amélyse, mais lorsqu'elle avait vu la surprise qu'avait manifesté la jeune lady qu'elle avait rencontrée dans le Conflans, la rousse se posait quelques questions. La Lysienne s'était autorisée à donner quelques informations de plus concernant le jeune homme à qui elle était promise, vu la confiance accordée par Jace elle aurait aussi pu lui donner le nom du concerné, mais elle craignait que cela ne refroidisse le Biefois puisqu'elle avait cru comprendre que son promis n'était pas très populaire en raison de quelques actes passés. Décidée à changer de sujet, elle posa une dernière question, espérant simplement ne pas paraître trop irrespectueuse.

     ▬ Vous me voyez surprise de ne pas vous entendre parler d'une lady Redwyne qui serait votre épouse. J'avoue que vos manières et votre gentille me font penser que vous devez être très populaire auprès de la gente féminine. J'espère au moins que les affaires ne vous accaparent pas au point que vous mettiez cela de côté. Quelle perte serait-ce pour les dames du Bief. »
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Message Jeu 29 Mar 2012 - 23:01

« Vivre sans prendre de risque serait d'un ennui mortel. L'information que je vous ai confiée est importante, mais je ne regrette pas une seconde de la partager avec vous. »

Était-ce qu'il était en joie de partager cette bonne nouvelle ? Y avait-il une part de satisfaction personnelle et égoïste d'exhiber ainsi ce qui s'annonçait comme une bonne affaire ? Très certainement le marchand sommeillant au fond de lui aurait très certainement approuvé, mais il s'agissait en l’occurrence davantage de l'acte de naissance de la confiance que Jace plaçait peu à peu en son interlocutrice. Elle n'était quelques instants auparavant qu'une parfaite inconnue, mais il avait la curieuse impression que leur rencontre présageait d'un avenir excellent pour les relations qu'ils entretiendraient peut-être à l'avenir. Jace avait toujours considéré la chance comme la faculté de saisir les bonnes occasions. Pourquoi ne pas tenter celle-ci ? Lady Amélyse posa la question qu'il espérait. Comme il l'avait deviné, le titre de « Grand Argentier », sans lui être tout à fait étranger, ne lui était pas familier. Quoi de plus normal pour une jeune dame de la bonne société lysienne tout juste arrivée à Villevieille pour y retrouver son futur époux ? Jace se trouvait cependant face à une alternative délicieusement fâcheuse : devait-il résumer en peu de mots ce qu'il fallait savoir de ce titre afin de ne pas ennuyer la demoiselle par des détails inutiles, ou devait-il au contraire déclamer tout ce qu'il savait d'un bout à l'autre de sorte à la renseigner au mieux ? Le Grand Argentier était le titre porté par le quatrième membre du Conseil restreint du roi des Sept Couronnes, après la Main du roi, le lord Commandant de la Garde Royale et le Grand Mestre. Chargé d'un rôle de gestion globale des finances du royaume, ses attributions très vastes l'obligeaient à des échanges et des contacts permanents avec tous les représentants des multiples corporations de commerçants et d'artisans, mais également avec les commandants de ports, les fermiers des impôts et les différents collecteurs de taxes. Véritable ministre des affaires économiques autant que des finances, son rôle pouvait se résumer en quelques mots et c'est cette formule que Jace décida d'employer pour répondre à la question qui lui était posée. Il ne voulait pas agacer la bonne compagnie de son interlocutrice qui n'avait peut-être que peu de goûts pour les longues explications monocordes et académiques qui n'intéressaient que les mestres et les érudits poussiéreux.

« Effectivement, s'agissant du Grand Argentier, il s'agit de l'un des plus proches conseillers du roi puisqu'il s'occupe de gérer les finances du royaume. Il doit veiller à la bonne santé financière du trésor royal, ajuster et contextualiser les taxes quand cela s'avère nécessaire, assurer la rémunération des fonctionnaires, garder un œil sur la circulation des trois frappes, notre monnaie. Et ce ne sont que ses attributions les plus remarquables... En vérité, pour faire simple, le Grand Argentier est un homme très occupé et qui est impliqué partout où les finances du royaume le sont. »

Et dans les faits, partout où l'argent du Trône de fer avait des intérêts, messire Hightower n'était jamais loin. De ce point de vue, Jace ne l'enviait guère et s'estimait très satisfait de son rôle de Maître des navires, bien moins contraignant que celui de Grand Argentier. Bien qu'il fût un marchand dans l'âme, il n'était pas un financier. Lady Amélyse le lui rappela d'une curieuse façon quand elle exprima qu'elle n'accepterait son offre très généreuse de l'aider à s'intégrer dans son nouvel environnement à la seule condition que ce « coup de pouce » soit la contrepartie d'une entente entre eux. Son garde du corps approuvait, et le sourire du jeune marin indiquait très clairement et sans équivoque que lui-même n'y voyait aucun inconvénient. Lady Amélyse était très certainement une femme qui sortait de l'ordinaire pour ainsi s'obliger auprès de lui, alors même qu'il offrait son aide gratuitement. Mais il n'allait pas faire preuve d'un excès de fausse galanterie et refuser sa proposition : les bons comptes font les bons amis, et refuser l'entente aurait été prendre le risque de froisser l'orgueil et l'honneur de lady Amélyse. Il déclara ainsi, tout sourire :

« Alors, l'affaire est faite ! L'avenir vous donnera bien des idées pour me rétribuer, et je ne doute pas de votre ferme volonté à y parvenir. Je ne suis guère pressé de voir ma générosité récompensée, d'ailleurs je ne considère pas vraiment que je vous fais une faveur, je pense plutôt faire ce que tout homme de bien se doit de faire en pareille circonstance. Imaginez un instant, si c'était l'autre idiot de capitaine qui vous avez accueilli en mon absence, où en seriez-vous ? Vous auriez quitté en colère l'arsenal du port avec une opinion très basse à l'égard de Villevieille et de ses habitants, ce qui n'aurait guère été de bon augure pour votre avenir dans cette ville. Heureusement, j'étais là, et si notre conversation vous laisse agréable un souvenir et l'assurance qu'il y aura toujours à Villevieille de braves gens pour vous accueillir les deux bras largement ouverts, alors je suis satisfait et déjà remboursé. » Puis il ajouta sur le ton de la plaisanterie« Toutefois, d'un honnête marchand à un autre, je suis très flatté de compter une femme aussi intéressante que vous parmi ceux qui s'estiment redevables de décisions que je prends en toute spontanéité »

Quand lady Amélyse exprima son soulagement, Jace ne put s'empêcher d'éprouver cette sensation très égoïste de satisfaction qu'on éprouve souvent quand on prête assistance et main forte à une personne dans l'embarras ou le besoin. C'est une chaleur instinctive et réconfortante qui est une caresse pour l'ego autant qu'une promesse de solidarité. Peut-être malgré elle, ou peut-être à dessein, l'étrangère venait de révéler que son futur époux était un homme « très occupé » et « souvent sur les routes ». C'était donc un noble voyageur... Peut-être un marchand, issu d'une famille dont la richesse et le prestige venait traditionnellement d'un commerce particulier, à l'image des Redwyne et de leurs vins si célèbres et si fameux. Mais en dehors de celle-ci, ces familles là étaient assez rares, et loin de Villevieille... alors, s'agissait-il plutôt d'un aventurier, d'un cadet issue d'une prestigieuse famille cherchant à se faire nom en briguant la renommée le long des routes de Westeros ? C'était probable, et lady Amélyse n'avait-elle pas mentionné qu'avec l'épouse viendraient de Lys des navires ? L'ombre de la silhouette de la personnalité de ce futur époux si mystérieux se dessinait un peu sous les yeux de Jace et même si dans le fond, l'identité de ce personnage ne l'intéressait que très peu, sa curiosité intellectuelle s'en trouvait à nouveau piquée dans le vif, comme si lady Amélyse savait parfaitement doser les informations qu'elle délivrait pour maintenir l'attention de Jace porté sur ce sujet.

« Je suis sûr que votre époux saura vous traiter comme il le faut. Dans le pire des cas, il y aura toujours dans le Bief des hommes heureux de vous rendre justice, si jamais votre promis se révélait... déplaisant, d'une façon comme d'une autre. Je me trompe peut-être, mais vous semblez savoir des choses au sujet de cet homme et en ignorer beaucoup d'autres... ma question va vous paraître étrange, voire indiscrète et dans ce cas je vous prie de me pardonner, mais... vous dîtes ne lui avoir jamais parlé. Ne l'avouez-vous jamais rencontré ? J'imagine que jamais votre père ne vous ferait épouser un homme dont il ne se serait pas préalablement assuré, mais c'est assez étonnant considérant qu'à Westeros, notre terre et celle de votre époux, ces premières rencontres sont souvent antérieures aux discussions de mariage, et déterminantes pour celles-ci... »

Sans doute ce futur époux était-il pressé de recevoir la dot de sa future épouse et les navires de son beau-père pour ainsi avoir discuter du mariage avant même de voir et de parler une première fois avec sa promise. Il ne s'agissait certainement pas d'un noble très respectueux des us et des coutumes, mais il ne fallait pas aller trop vite en besogne et juger trop d'après les apparences. Lady Amélyse ne délivrait après tout que des renseignements épars qu'il aurait été trop audacieux de relier sans précautions. Mais en y réfléchissant, la lumière se faisait peu à peu sur toute cette histoire. Jace en était là de ses réflexions quand les compliments de lady Amélyse l’interpellèrent d'une façon plutôt agréable.

« Vous me surestimez beaucoup, mais j'apprécie de voir que toutes ces personnes qui ont fait de moi l'homme que je suis ont de quoi être fiers. Hélas, il n'y a pas encore de lady Redwyne et même si je le déplore, je me réjouis de quelques propositions qui ont retenu mon attention mais que je crains de devoir décliner. Il est vrai que mes attributions me monopolisent et me laissent peu de temps à consacrer à ces questions, si bien que peut-être je passe à côté de belles opportunités, les Sept seuls peuvent le savoir... Mais dans l'absolu, vous avez parfaitement raison, il me faudra m'en occuper et régler ce problème assez rapidement si je ne veux pas m'attirer des ennuis inutiles. Discuter d'un mariage n'est pas nécessairement le plus compliqué, encore faut-il trouver une épouse potentielle. Les partis ne manquent, mais tant de considérations parasites s'ajoutent aux prémices de ce choix... c'est peut-être ce qui me désespère le plus. Mais pourtant, il me faudra bien me plier à ce jeu-là et trouver la future lady Redwyne qui viendra adoucir l'amertume des jours. » Il ajouta, à la fois plaisantin et sérieux, sa phrase s'ouvrant sur un rire léger.« Qui sait, vous pourriez peut-être m'y aider ! »
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Message Ven 30 Mar 2012 - 18:56

     C'était une vérité qu'il énonçait en déclarant que le risque mettait un peu de piment, sans compter qu'elle n'avait certainement pas l'air d'être le type de personnage qui pouvait causer de gros ennuis en imaginant qu'elle ait la langue trop pendue. Bien qu'Amélyse savait très bien que les apparences étaient trompeuses, elle voyait mal pour quelle raison un homme pourrait douter de ses intentions. Les machos donnaient un certain avantage aux femmes puisqu'ils avaient tendance à les sous-estimer d'ailleurs. Mais ce n'était pas le cas de Jace et elle était ravie d'avoir pris la décision de venir se promener ici, sans quoi elle aurait raté un bon moment avec une personne on ne peut plus agréable. Vint donc l'explication sur le rang que le seigneur de Villevieille portait. Grand Argentier, cela sonnait bien aux oreilles de la rousse qui imaginait qu'un tel titre devait certainement être en lien avec l'argent du royaume. Certainement le trésorier chargé des finances de la couronne. Les paroles du Biefois confortèrent la demoiselle dans cette idée et elle fut réellement ravie d'avoir pu deviner une partie de la tâche qui lui incombait. Ce travail ne devait pas être quelque chose de tout repos, elle savait bien qu'il était très difficile de toucher à tout ce qui avait un lien avec l'argent. Les pauvres méprisaient les riches et jugeaient toujours le gérant des finances responsable de tout cela, mais à côté les riches essayaient bien souvent de profiter de cette personne. Amélyse ne l'enviait pas c'était certain, même si elle avait toujours été très intéressée par tout ce qui touchait - de près ou de loin - à la trésorerie. Elle se débrouillait avec les chiffres, mais sans être particulièrement douée. Certainement comme toutes les filles ou fils de marchands. Elle opina du chef lorsqu'il eut terminé.

     ▬ Je vous crois bien volontiers. J'ai remarqué que tout ce qui touchait à l'argent était toujours très prenant de toute manière. Cela dit pour un homme qui dirige une ville aussi commerciale de Villevieille, je dois avouer que votre Roi a été bien inspiré de le nommer. Elle le regarda dans les yeux. Est-ce le seul titre qui est offert à des personnes qui ne sont pas liées à la famille royale ? J'imagine que le Roi se base sur les compétences et les faits passés des personnes qu'il nomme, à moins que ce ne soit à titre d'essai ? »

     Elle posait beaucoup de questions et en était parfaitement consciente, disons simplement que si elle allait être amenée à vivre ici pendant tout le reste de sa vie, Amélyse souhaitait être au courant d'un certain nombre de choses. Bien entendu, la Lysienne n'allait pas poser toutes les questions qui la taraudaient à ce malheureux Biefois, sans quoi il n'en finirait jamais et il était déjà bien assez aimable avec elle, mais c'était un début. Elle trouverait bien d'autres personnes pour répondre à ses interrogations. De plus il lui faudrait trouver un moyen pour pouvoir envoyer des missives dans le Conflans, maintenant qu'elle avait rencontrée lady Brooke Piper, Amélyse souhaitait garder contact avec elle. Malheureusement dans la maison qui était louée pour elle, la demoiselle n'avait trouvé aucune trace de corbeau messager.

     Ce fut finalement avec un sourire que Jace reprit la parole pour conclure leur « affaire » en parlant de manière tout aussi galante que jusqu'à présent. Il était amusant de constater qu'un homme qui était pourtant habitué au marchandage ne semblait pas avoir pour coutume de vendre chaque information qu'il pouvait avoir en sa possession. Amélyse se surprenant à remarquer que cela fonctionnait tout aussi bien que la manière que les Lysiens avaient d'échanger une information contre une autre. Elle se sentait redevable et avait envie de régler sa dette en parlant plus que de raison. Encore fallait-il avoir face à soi quelqu'un qui avait un certain honneur - et elle espérait que c'était son cas - sans quoi cette personne n'hésitait pas à prendre sans rendre quelque chose en retour. Lorsque Jace aborda le fait qu'elle aurait pu être reçue par le capitaine qui l'avait abordée lorsqu'elle avait parlé au Biefois, elle ne put que confirmer d'un hochement de tête affirmatif. Il était certain qu'elle les aurait considérés comme des rustres ignorants et mal-élevés. Elle ne put retenir un rire amusé lorsqu'il parla d'elle comme d'une femme intéressante. Elle n'était simplement pas originaire de cette contrée, ce qui expliquait cette « originalité » et l'intérêt qui pouvait en découler. Même s'il était apparemment coutumier des Lysiens.

     ▬ Croyez-moi, je suis bien loin d'être aussi intéressante que vous semblez le penser, j'ai presque épuisé mon originalité. Habituellement je fais croire le contraire, mais vous m'êtes sympathique et je ne souhaite nullement vous décevoir. Mais je vous remercie aussi, il est agréable d'entendre de telles paroles de votre part. »

     Amélyse n'était pas particulièrement sensible aux compliments et aux flatteries, mais Jace avait une manière de présenter les choses qui lui faisait sincèrement plaisir. Un peu comme si ses paroles venaient du cœur et non de l'esprit comme les marchands Lysiens qui essayaient de la flatter pour se faire bien voir de son père. Elle chassa ces pensées de son esprit alors que le Biefois reprenait la parole afin d'aborder le sujet de l'époux qu'elle n'avait toujours pas rencontré à ce jour. Les mots prononcés par le jeune homme étaient... Surprenants, elle avait du mal à imaginer qu'un quelconque homme puisse vouloir défendre une femme mariée, mais s'il avançait cette possibilité c'était que cela devait exister ma foi. Quand bien même aurait-ce été le cas, elle savait se débrouiller seule et n'accepterait pas d'être mal traitée par un homme. Encore moins un à qui son père aurait fait confiance. Les dernières paroles de son interlocuteur faisaient écho aux questions que Brooke Piper avait posé à la Lysienne et elle esquissa un léger sourire tout en répondant.

     ▬ Pour commencer, ne vous inquiétez pas, je ne suis pas le type de femme qui se laisse maltraiter par un homme. N'oubliez pas que Lys est réputé pour ses poisons. Elle faisait de l'humour noir, il n'était pas sûr que cela amuse son interlocuteur, mais le sourire flottant sur ses lèvres montrait qu'elle n'était pas sérieuse. Mais vous êtes la seconde personne à me poser ces questions. Habituellement à Lys les rencontres ont aussi lieu avant que le mariage ne soit accepté des deux côtés, sauf exception, mais disons que les choses étaient différentes. Il est visiblement en affaire avec de nombreuses personnes et ne pouvait s'offrir le luxe de s'éloigner de Westeros trop longtemps, c'est pour cette raison qu'il a envoyé quelqu'un à sa place. Elle baissa brièvement les yeux avant de reprendre. Et je vous avoue que mon père craignait de ne pas voir d'autre homme se présenter pour demander ma main, alors il a fait d'une pierre deux coups. Mais je connais beaucoup de choses sur mon futur époux, c'est d'ailleurs pour cette raison que je tais son nom, je crains que sans cela vous ne souhaitiez plus me parler comme j'ai cru comprendre qu'il avait une réputation discutable sur ce continent. »

     Elle ne voulait pas qu'il croit qu'elle ne souhaitait pas faire preuve de sincérité avec lui, mais pour le coup, c'était l'entière vérité. La rousse savait que Gareth Baratheon avait des tensions avec sa famille et qu'il avait séjourné dans le geôles de Port-Lannis, cela signifiait donc qu'il était plus méprisé dans certaines régions. Est-ce que Jace avait déjà été en contact avec lui ? Amélyse espérait que non, il aurait été difficile de savoir qu'à cause de cet accord elle pourrait tirer un trait sur la perspective de revoir le lord de La Treille. A sa réponse, la Lysienne fut amusée et elle ne put s'empêcher de rire légèrement dans un mimétisme inconscient, puis elle hocha brièvement la tête.

     ▬ Quel dommage que mes sœurs ne soient plus célibataires. Plaisanta-elle. Qui sait en effet, ce serait là une excellente manière de pouvoir vous montrer ma gratitude. J'espère que vous trouverez rapidement chaussure à votre pied, il serait dommage que vous vous teniez au célibat alors qu'une présence féminine attire bien souvent plus de joie que de malheurs. Mais vous avez parfaitement raison en prenant votre temps, la précipitation n'est pas le meilleur moyen pour combler un vide. Je suis certaine que votre future épouse croisera rapidement votre route, qui sait, peut-être la connaissez-vous déjà ? Elle marqua une légère pause avant de conclure. Cela dit, j'ouvrirai l'œil au cas où je viendrais à croiser la perle rare. »

     Elle n'était certainement pas une bonne conseillère en la matière et il faudrait peut-être attendre de voir comment elle s'en sortirait de son côté avant de vouloir se mêler de la vie des autres, mais Amélyse observait toujours ce qui se passait autour d'elle alors pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ? Pendant quelques secondes, le visage de lady Brooke lui vint à l'esprit, elle sourit légèrement tout en gardant ses lèvres closes. Les yeux de la demoiselle quittèrent le visage de son interlocuteur pour se poser sur quelques ouvriers qui passaient là, puis elle prit une moue dubitative pendant deux à trois secondes avant d'adopter à nouveau son expression enjouée pour reposer son regard clair sur Jace. Une légère expression se gêna passa dans ses prunelles alors qu'elle reprenait la parole.

     ▬ Je vais vous déranger une dernière fois en demandant encore votre aide. Aussi étrange que ma question puisse paraître, sauriez-vous me dire comment est-ce que je pourrais faire parvenir des missives à quelqu'un qui vit sur ce continent ? Les corbeaux ne me sont pas familiers, peut-être que les coursiers peuvent effectuer ce genre de courses ? »
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Message Dim 1 Avr 2012 - 19:18

La demoiselle parlait en véritable commerçant et c'était quelque chose qui enchantait Jace. Pour un très grand nombre de personnes à Westeros, la langue des affaires étaient parfaitement incompréhensibles, comme si elle était construite sur la base d'un tout autre alphabet, d'une toute autre grammaire, d'une toute autre syntaxe, d'une toute autre prononciation. Pour le commun des mortels établis dans les Sept Couronnes, il s'agissait d'un idiome aussi nébuleux et inintelligible que ceux qu'on trouvent aussi loin que Meereen ou Qarth. Pour Jace en revanche, il s'agissait d'un art de vivre, d'une posture et d'un véritable vade-mecum. Il vivait des affaires depuis si longtemps déjà qu'il ne considérait pas une seconde qu'un retour en arrière fût seulement possible. Cependant, d'autres considérations tempéraient chez lui cette attitude frénétique qui veut que chez beaucoup de commerçants, la recherche du profit ne suit pas d'autres voies que celles de l'obsession. Les affaires font appel à mille et un stratagèmes, mais si elles sont traitées avec empressement ou négligence, elles éparpillent vos forces et vos secrets aux quatre vents. Or, tous ces excès sont autant de défauts qui, peu à peu et insensiblement, avec le temps, deviennent comme les odeurs que nous portons : nous ne les sentons plus et elles n'incommodent plus que les autres. Elles sont tenaces et à mesure que le flacon vieillit, elles s'y attachent plus durablement encore, jusqu'à ne faire plus qu'un. D'aucuns pourtant considéreraient le commerce comme étant l'école de la tromperie, et il y avait du vrai dans cela. Jace n'était pas lui-même toujours honnête, mais il ne trompait jamais gratuitement. Il savait mieux que les autres qu'il est dangereux d'user de pièces d'or ou d'argent dans le commerce de la parole. La conversation n'échappe pourtant pas à cette règle qui veut que tous ceux qui y prennent par doivent dépenser s'ils veulent en tirer quelque chose. Or, c'était précisément ce que lady Amélyse et lui-même faisait déjà depuis un moment, et leur échange se révélait très fructueux. C'est pourquoi il n'avait aucun problème à répondre aux questions qu'elle posait : elle pourvoyait elle-même assez d'informations et de renseignements pour que Jace estime rentable de toujours lui répondre, d'autant plus que la demoiselle lui était très agréable ; pourquoi n'aurait-il pas accepté de poursuivre et de converser toujours plus avec elle, fût-ce gracieusement à certains égards ?

« Pour être tout à fait clair, de nombreux sièges au Conseil Restreint échappe aux membres de la famille royale, l'histoire nous prouve ainsi que souvent le Trône de fer préfère s'entourer de personnes loyales, qu'elles soient liées au roi par le sang, ou non. Actuellement, trois membres sur sept n'ont aucun lien de parenté avec la famille royale... ce qui fait donc une majorité de membres qui en ont un... Force est de constater que la famille semble être un critère de sélection fondamental par les temps qui courent... mais je veux croire que chaque homme siégeant à ce Conseil soit assez compétent pour mériter sa place et son titre. »

Lui-même siégeait au Conseil Restreint sans avoir aucun lien de sang avec le roi. Il ne devait sa nomination qu'à sa science de la guerre navale et de la navigation. Toutefois, il comprenait que tant de membres du Conseil soit des parents proches d'Aerys Ier. À l'heure où la menace d'une nouvelle rébellion Feunoyr n'était pas encore tout à fait éteinte, le roi devait plus que jamais s'entourer de partisans férocement loyaux et il serait terrible de constater un jour que la plus haute sphère du pouvoir abrite en vérité des admirateurs, des suivants ou des partisans du Dragon noir. Lui-même ayant traqué ces derniers dans les Cités-libres pour alimenter en information ses supérieurs de Port-Réal à l'époque et nulle autre que Freuxsanglant en personne, il le comprenait aisément. Mais déjà lady Amélyse se sous-estimait, et quand il l'entendit dire qu'elle était loin d'être intéressante, Jace lui répondit d'un sourire. Il aurait tout aussi bien pu lui répondre qu'elle ne devrait pas douter d'elle-même ou encore qu'il ne fallait pas plaisanter de ces choses-là, mais il estima préférable de ne rien dire pour ne pas verser dans la sensiblerie pathétique si nuisible à la bonne tenue d'une conversation. En effet, une fois distribuées toutes les banalités complaisantes, que reste-t-il faire, sinon remercier et saluer ? Jace n'avait désir de voir s'achever ainsi une discussion qu'il souhaitait voir durer. Il avait beaucoup appris auprès de lady Amélyse, et avait la nette impression qu'il pouvait en apprendre encore davantage. Chaque chose viendrait en son temps. Et dès cet instant il en apprit davantage, lady Amélyse n'était donc pas de ces jouvencelles qui vénèrent leur époux au point de tout leur passer. Elle savait se défendre, et si son allusion aux célèbres poisons de Lys le fit sourire, il se demanda si, à travers l'humour noir dont la demoiselle faisait preuve, elle ne témoignait pas de sa connaissance des breuvages qui donnent la mort... Serait-ce si surprenant qu'une lysienne s'y connaisse assez pour connaître les secrets de fabrication de boissons mortelles, comme les Larmes de Lys ? Peut-être plaisantait-elle, peut-être avait-elle de vagues notions d'herboristerie, peut-être était-elle plus experte que le plus expert des apothicaires ? Considérant les nombreuses surprises que réservaient encore l'étrangère, le doute était plus que permis. Bien plus encore que sur elle-même, lady Amélyse en révéla à nouveau sur son futur époux qu'elle présenta comme un homme trop occupé pour « s'offrir le luxe de s'éloigner de Westeros »... Jace s'interrogea : quelles affaires peuvent être assez prenantes pour surclasser l'importance d'une négociation prématrimoniale ? S'il était si occupé, sans doute Jace connaissait-il cet homme... ou au moins, il avait dû en entendre parler. Un tel notable toujours sur les routes et infatigablement occupé faisait nécessairement parler de lui, fût-ce par le biais d'un nom emprunté... Mais qui était-ce ? Ce qu'ajouta lady Amélyse alimenta plus encore, si c'était possible, la curiosité et la soif de Jace qui désirait plus que tout connaître l'identité de cet homme, pour une raison toute nouvelle : s'il souffrait d'une mauvaise réputation, et si cette dernière était méritée, il aurait eu bien de la peine à accepter qu'une dame d'aussi grande qualité qu'était lady Amélyse soit promise à un misérable à l'honneur plus noir que le dragon des Feunoyr. Une pensée terrible lui traversa l'esprit.

« Je ne voulais pas vous ennuyer avec ce sujet, je me rends compte que peut-être je n'ai pas mesuré jusqu'où nous conduiraient mes questions et mes remarques. Cependant, elles ne peuvent demeurer innocentes plus longtemps, car ce que vous me dîtes éveille en moi une impression alarmante... Vous venez de bien loin et peut-être ignorez-vous la situation dans laquelle se trouve les Sept couronnes. Mais même après plus de dix ans, suivre la bannière des Feunoyr est encore une trahison, un crime puni de mort... Si votre promis est un des partisans du Dragon noir, ce qui expliquerait sa mauvaise réputation... il me ferait beaucoup de peine d'imaginer que vous puissiez le suivre de trop près... »

Jace parlait avec humeur, car il était très affecté. Dans sa voix transparaissant son trouble : il avait servi le royaume des années durant dans sa lutte contre les reliquats des forces de Daemon Feunoyr. À cet instant, ce qui le peinait le plus au point d'éveiller en lui l'étincelle d'une rage qu'il ne se connaissait que très rarement, c'était de constater que peut-être lady Amélyse ignorait qu'elle avait été l'enjeu d'un mariage important entre elle-même et un partisan des héritiers du Feunoyr tombé à la bataille du Champ d'Herberouge. Curieusement, les navires qui allaient avec son mariage abondaient d'une certaine manière en ce sens... Mais de ce qu'il en avait entendu, lady Amélyse semblait tenir son père en très haute estime, ce qui éloignait cette possibilité effrayante. Mais pour autant, le doute demeurait permis, car après tout peut-être que le père d'Amélyse lui-même ignorait qui était le promis de sa fille... Cette crainte n'avait rien pour se fonder correctement, mais elle était vive et trouvait sa source au plus profond des entrailles du Grand Amiral qui se souvenait de sa première rencontre avec Aigracier, comme espion de Freuxsanglant. Heureusement la discussion revint sur un sujet plus léger et Jace soupira d'aise et de soulagement, bien qu'il n'eût rien exagéré de ses préoccupations.

« Puissiez-vous dire vrai... Prendre le temps pour ces questions matrimoniales est souvent le meilleur des conseils. » Il ne pouvait taire davantage l'angoisse sourde qui tonnait en lui. « Veuillez pardonner mon malaise. Je ne suis pas chevalier, mais je sais ce qui attend le criminel qu'on punit pour trahison. C'est un supplice pire que la mort elle-même, et au cours de ces quelques instants de discussion, vous vous êtes révélées une personne fort agréable et qu'il me plairait de revoir dans un lieu plus approprié aux intéractions sociales... Mais je ne peux taire mes instants qui s'ébranlent à l'idée qu'ils puissent vous arriver quelque chose parce que vous avez épousé un homme qui vous attirerait des problèmes... Cela vous paraît stupide ou étrange, n'est-ce pas ? Je m'en rends bien compte, mais je ne serais pas l'honnête que je veux être si je taisais mes craintes. Je préfère que vous me blâmiez pour ma franchise. »

Qu'était-ce qui l'inclinait ainsi à se préoccuper du sort d'une étrangère ? Sans doute la fragilité et la vulnérabilité de sa situation. Lui-même avait été des années durant un exilé dans les Cités-libres, sans personne pour se tenir derrière lui au cas où il aurait eu besoin d'aide ou d'assistance. Lady Amélyse se trouvait dans une situation très proche, bien qu'elle ait déjà sur le continent un point de repère, son futur époux. Mais si ce dernier avait mauvaise réputation, s'il était un homme abject et vil, jamais Jace ne trouverait la force de se pardonner s'il détournait le regard et se contentait de sourire en observait la demoiselle aller jusque dans les bras d'un individu peu recommandable.

« Il y a d'excellents services de coursiers à Villevieille et pour un bon prix, ils peuvent délivrer des messages à peu près partout dans le Bief et dans les régions voisines... pourvu que la personne que vous désiriez joindre soit bien sédentaire. Cependant pour de plus grandes distances et pour communiquer avec, par exemple, des seigneurs ou leurs épouses, il vous faudra peut-être utiliser les corbeaux de la maison Hightower. Ce serait inhabituel, mais il n'est pas impossible de vous ouvrir les portes de la Grand-Tour. »
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Message Lun 2 Avr 2012 - 15:34

     Il était bon de savoir que ce n'était pas seulement les membres de la famille royale - ou des familles alliées - qui avaient le droit de siéger au Conseil Restreint, sans quoi la politique de Westeros aurait davantage été une sorte de dictature masquée. Ayant grandi dans une ville où les marchands régnaient en rois, Amélyse avait toujours trouvé cela très étrange, elle avait eu une préférence pour les politiques qui permettaient aux autres personnes de se mêler des affaires du continent, qu'elles possèdent ou non des titres. Ainsi donc, même si les personnes qui siégeaient à ce fameux Conseil devaient être nobles et certainement riches, il était bon de savoir que tous les pouvoirs n'incombaient pas à la même personne. Cette révélation lui fit comprendre à quel point ses connaissances de Westeros étaient réduites, dire qu'elle avait toujours considéré s'y connaître plutôt bien, au final il semblait que ce n'était pas vraiment le cas. Mais ce n'était pas si grave, la Lysienne espérait bien que ses connaissances ne feraient que s'améliorer avec le temps et qu'elle apprendrait toujours davantage de détails et de particularités lors de ses discussions futures. Elle ne masquait jamais sa curiosité, même si pour le coup il fallait admettre qu'elle ne s'était pas montrée particulièrement discrète, dans les temps à venir la rousse ferait preuve de plus de retenue. Elle commençait à comprendre que l'influence de son futur époux risquait de lui faire de l'ombre et qu'en parlant en son nom, elle parlerait bientôt avec le sien. Il fallait donc encore profiter de ces quelques instants de répit et essayer de se faire des alliés en tant que Saan et non que Baratheon. La jeune femme esquissa un léger sourire en hochant la tête avec approbation, elle ne doutait pas une seule seconde que toutes les personnes qui siégeaient à ce Conseil étaient compétentes. Le contraire serait stupide et même très certainement suicidaire vu les guerres qui risquaient de se succéder si les Fer-nés n'étaient pas calmés rapidement.

     ▬ Je ne doute pas que ce soit le cas. Il serait très étrange de nommer des incapables pour des tâches aussi importantes. De plus j'imagine que si vous estimez autant messire Hightower, il doit être compétent et je doute qu'il puisse tolérer d'avoir des homologues qui ne sont pas à la hauteur de leur tâche. Je vous remercie de ces précisions quoi qu'il en soit. »

     Le jeune homme semblait être particulièrement connaisseur et elle s'estimait chanceuse d'être tombée sur lui, sans quoi les questions qu'elle se posait auraient pu rester sans réponse pendant très longtemps. Cela lui épargnerait donc de devoir faire des recherches de son côté. La suite de la discussion se présenta d'une manière plutôt inattendue, elle comprit qu'il s'inquiétait du fait que son promis puisse être une personne qui s'opposait à la couronne. Pas à sa connaissance. Son père avait demandé une recherche très approfondie au sujet de Gareth et elle n'avait rien entendu de tel, même s'il était vrai qu'il ne semblait pas particulièrement adorateur du Roi en place. Non, c'était malheureusement beaucoup plus simple, des rivalités avec sa famille, sachant que cette dernière était la maison suzeraine de sa région, il était évident qu'il n'était pas le bienvenu partout. Cela n'avait rien d'aussi gros que ce que Jace craignait et elle fut sincèrement surprise par le ton que sa voix adopta alors, il semblait réellement troublé par cette perspective. Amélyse avait bien entendu parler du fameux Dragon noir et avait appris qu'il avait essayé de se lier à l'une de ses demi-sœur, mais elle ne s'était jamais intéressée de très près à tout cela. Même si la politique l'attirait beaucoup, à l'époque elle ne s'était nullement sentie concernée et désormais elle avait d'autres priorités. Il faudrait tout de même qu'elle se penche sur la question, vu la manière dont le jeune Biefois avait réagi, ce devait être un point important à éclairer. D'un ton qui se voulait rassurant, Amélyse chasse donc ses inquiétudes, ou du moins elle tenta de le faire, sans connaître le résultat à l'avance.

     ▬ Je vous rassure, il ne s'agit nullement de quelque chose d'aussi grave. Non, il se trouve simplement que mon futur époux a des tensions avec sa famille et qu'il n'est pas en bons termes avec le seigneur suzerain de sa région. Je pense que vous comprendrez donc parfaitement que si son nom peut attirer l'appréciation des gens, son prénom a tôt fait de la faire fuir. Ne vous inquiétez pas, il n'y a aucun risque, si ce n'est de ne pas me faire apprécier en raison du caractère de mon promis. Après une brève hésitation elle ajouta quelques mots. De plus, je n'aurais pas été très aimable à votre encontre si j'avais profiter de votre gentillesse en risquant de vous attirer des ennuis si mon influence avait été néfaste. »

     Elle se voyait mal devenir une espèce de porte-poisse et attirer des ennuis à toutes les personnes à qui elle pourrait adresser la parole. Souriant légèrement, elle fut toutefois heureuse de voir que le changement de sujet sembla détendre quelque peu Jace. Mais rapidement l'inquiétude sembla poindre à nouveau le bout de son nez et elle ne saurait le blâmer de sa gentillesse. Il était surprenant de voir qu'il s'inquiétait alors qu'en fin de compte, ils ne se connaissaient pas, si ce n'était que par de brèves paroles échangées à l'instant. Mais si tel était le comportement de tous les hommes du Bief, cette région était plus ressemblante à une île de savoir-vivre qu'à un coin commercial. Quoi qu'il en soit, elle s'en voudrait que le jeune homme se demande ce qu'elle pourrait bien avoir comme surprise, c'est pour cette raison que la Lysienne décida de le rassurer une bonne fois pour toute. En espérant que cela fonctionne du moins.

     ▬ Étrange est le mot, stupide, absolument pas. Je dois avouer que je suis agréablement surprise de constater que vous vous souciez d'autrui, mais n'ayez nulle inquiétude, je puis vous assurer que si les choses tournaient aussi mal, je n'hésiterai pas à rompre le contrat. Elle marqua une légère pause avant de reprendre.Mon père a effectué des recherches poussées sur lui et si jamais je venais à lui apprendre que nous aurions omis un aussi gros détail, je suis persuadée qu'il enverra aussitôt des hommes pour venir me récupérer. Je n'ai pas pour habitude de subir, plutôt de faire subir. »

     Jusqu'à ce jour, c'était elle qui avait toujours subi sa mauvaise humeur et son mauvais caractère, mais jamais au grand jamais, la réputation d'une personne qui lui était proche ne l'avait entachée. De plus, la Lysienne était bien décidée à redorer un peu le blason de son futur époux, même si elle ne savait pas en détail tout ce qu'il pouvait avoir à son actif, mais ce n'était certainement rien d'irréparable. S'il se montrait trop peu réceptif à ses tentatives, elle opterait pour la méthode dure et pouvait se montrer assez insupportable pour qu'il ne puisse lui résister longtemps. L'idée l'amusa et elle arbora un léger sourire mutin alors que Jace lui répondait au sujet des coursiers. L'argent n'était pas vraiment un souci, elle ne demanderait rien à son promis, mais avait un petit pécule qui lui permettrait de garder suffisamment longtemps contact avec lady Brooke. La dernière phrase du jeune homme était à la fois surprenante et aimable, mais elle ne pouvait envisager s'imposer de la sorte et secoua légèrement la tête en signe de dénégation.

     ▬ Ce serait en effet une possibilité, mais j'ai pour habitude de ne compter que sur moi-même. Je ne veux donc demander ce genre de service, surtout à une maison aussi importante que celle de messire Hightower. Ma correspondante séjourne uniquement dans sa demeure, un coursier pourra donc faire l'affaire, je vous remercie une fois de plus de vos renseignements. Vous êtes un puis de science, auriez-vous comme à forger votre chaîne à la citadelle pour en savoir autant . »

     Ou peut-être était-il simplement très éveillé et intéressé à ce qui se passait autour de lui ? C'était une possibilité. Après cette déclaration, Amélyse tourna la tête vers son garde du corps, constatant que le temps avait passé vraiment très vite au cours de cette discussion. La fatigue du chemin se faisait sentir et même si le bain qu'elle avait pris à son arrivée avait soulagé les courbatures liées à une chevauchée trop longue pour elle, Amélyse apprécierait de se reposer encore un peu. Elle posa donc ses yeux clairs sur le visage de son interlocuteur avant de reprendre la parole.

     ▬ Il est si agréable de discuter avec vous que j'en avais oublié la fatigue du voyage. Mais elle se fait sentir et je pense qu'il est temps que je vous libère de ma présence, j'imagine que vous avez encore beaucoup de choses à faire. Un homme aussi occupé que vous ne doit pas avoir une minute à lui, je suis très heureuse que vous m'en ayez consacré autant. Elle repoussa une mèche rebelle avant de conclure. Je trouverai un moyen de vous remercier de votre amabilité, mais sachez que si vous pourriez avoir besoin de mon aide pour une quelconque raison, je serai à votre disposition. »

     Il y avait énormément de moyens de rendre service à quelqu'un, Amélyse n'avait jamais refusé de faire quelque chose pour une personne qui s'était montrée aimable à son encontre. Même si l'idée n'enchantait visiblement pas le garde du corps, la Lysienne était bien décidée à respecter sa parole. Elle espérait simplement que son interlocuteur n'hésiterait pas à lui faire signe le cas échéant.
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Message Ven 20 Avr 2012 - 23:12

Il n'était absolument pas dans ses intentions de retarder la demoiselle, ni de se mettre lui même en retard, si bien qu'il ne chercha point à se dérober quand elle lui fit comprendre qu'il était temps pour eux de se séparer. N'avaient-ils pas discuté suffisamment pour une première fois ? Il était inutile d'alourdir leur entrevue de paroles contraintes et creuses qui auraient terni l'excellente première impression qu'ils semblaient avoir produit l'un sur l'autre. La modestie n'a rien d'une véritable vertu, elle n'est qu'un surcroît de prudence et pour l'heure, Jace saluerait modestement la demoiselle, quand bien même il lui coûtait de se libérer de cette agréable compagnie pour ouvrir ses bras à une autre bien moins amène. Jace n'avait pas obtenu la réponse à la principale question demeurée en suspens, à savoir l'identité du promis de l'étrangère, mais il n'en tient point rigueur à son interlocutrice. Sans doute avait-elle d'excellentes raisons de maintenir un tel secret. Sans doute ce futur époux méritait-il qu'on s'intéresse à lui... mais comment en être sûr ? Jace n'était pas sur l'île de la Treille, il ne pouvait donc agir seul pour obtenir cette information qui n'avait rien de capital mais qui n'en demeurait pas moins nécessaire et primordiale s'il désirait garder un œil bienveillant et protecteur sur la demoiselle lysienne. Il s'en remettrait à messire Hightower, qui en saurait certainement beaucoup sur lady Amélyse et sur ce mystérieux époux qui, malgré tous les doutes que sa réputation terrible laissait planer, gagnait à être connu pour avoir su capter l'attention d'une maison influente de Lys. Il s'inclina devant elle avec un sourire triste. Il ne regrettait pas du tout ce bémol, car pour une première fois, ils avaient déjà bien assez partagé. La demoiselle avait fait la preuve de plusieurs choses : elle était loin d'être sotte ; elle n'était pas de celles qui se laissent faire ; elle n'avait pas le désir de s'effacer derrière les frasques de son futur époux. Trois éléments clefs qui la définissaient comme une figure qui gagnerait peut-être en importance dans l'avenir, selon ce qu'il adviendrait de son mariage, sans doute... Mais comment en être sûr ? Il était vain d'espérer déjà des certitudes, mais observer ce que deviendrait lady Amélyse dans la bonne société de Villevieille apparaissait comme un choix très intéressant. Se reverraient-ils rapidement ? La possibilité était séduisante, mais alors un tout autre cadre s'imposait pour une nouvelle rencontre, car l'arsenal de Villevieille faisait un piètre lieu de rencontre, quoiqu'il ajoutât à l'originalité de leur entrevue. Assurément, lady Amélyse lui laissait un impérissable et délicieux souvenir, mais un lieu plus confortable pour la discussion ne serait pas de refus la prochaine fois. Il avait manqué à tous ses devoirs en ne proposant point meilleur endroit à son interlocutrice, mais il n'y avait rien alentour qui leur eut permis de discuter avec tout le confort à une discussion sympathique. Une erreur de circonstances que Jace se promit de corriger à l'avenir, même s'il n'était objectivement point responsable.

« Vous avez raison, le temps s'enfuit trop vite et je crains de ne plus pouvoir vous utiliser comme prétexte pour me soustraire à mes ingrates obligations. Sachez toujours que Jace Redwyne est un homme de parole et qu'il ne faut pas hésiter à faire appel à lui s'il vous faut quoi que ce soit. Ce fut un réel plaisir de discuter avec vous et j'espère que l'occasion se présentera à nouveau. Portez-vous bien jusqu'à notre prochaine rencontre. »

Quitter lady Amélyse le chagrina beaucoup et les pas qui l'éloignèrent de la belle demoiselle furent bien lourds. Il dut pourtant maintenir son cap, et tout en repensant à leur conversation, il se laissa guider jusqu'aux quartiers des capitaines où l'attendait bien du travail. À peine arrivé, il s'assit brusquement à un bureau de vieux bois aux coins abîmés, sous la tête d'un cerf faisant trophée contre le mur. Il fit glisser sous ses mains un premier rapport mais, quand il eut le parchemin entre les doigts, il ne sut rien trouver ni rien lire, si bien que, s'appuyant sur les deux coudes, il se mit à réfléchir, copieusement. Lady Amélyse restait encore auprès de lui, bien qu'elle fût loin, bien qu'elle eût certainement à cet instant déjà quitté les chantiers pour une autre destination. Au prix d'un effort qui, en définitive, n'eut rien de surhumain, il accomplit ce qui était attendu de lui et, après plusieurs heures de travail, il en avait terminé pour ce jour. Il regagna rapidement la Grand-Tour où messire Clarence Hightower, cet homme impénétrable qu'il appelait son ami, dont il admirait les mystères et craignait les fureurs muettes. Arrivé sur place, il apprit avec déception que son hôte était absent, qu'une affaire importante l'avait conduit jusqu'à la Citadelle. Que pouvait-il bien se trouver dans cet immense clapier enfermant toutes sortes de rongeurs gris qui fût de nature à intéresser le Grand Argentier ? Disant cela, Jace oubliait presque les origines de Clarence, qui avait passé quelques unes de ses meilleures années dans ce luxueux trou à rats. Tant pis pour lui, s'il préférait la compagnie des mestres à celle d'une bouteille de vin partagée avec une vieille connaissance, Jace s'en accomoderait. Il gagna la chambre qu'il habiterait durant son séjour à Villevieille, et avec beaucoup de conviction, s'étendit sur le lit pour mieux sombrer dans le sommeil. Malheureusement, le lendemain fut, pour Jace, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur les pourtours des choses et le chagrin s'engouffrait dans son âme avec des hurlements doux, comme font les vents d'hiver dans les châteaux abandonnés. Il éprouvait cette rêverie sombre que l'on a sur ce qui ne reviendra plus, la lassitude qui vous surprend après chaque fait accompli, cette douleur, enfin, que vous apportent l'interruption de tout mouvement accoutumé, la cessation brusque d'une vibration prolongée. Comme au retour des Cités-libres, quand les chants et les contes d'ailleurs tourbillonnaient dans sa tête, il avait une mélancolie morne, un désespoir engourdi.

Pourtant, l'avenir apparaissait plus grand, plus beau, plus suave, plus vague. Il en était séparé par un présent trompeur et source de mille questionnements. Il était là, et les murailles de la tour semblaient garder pour elles les secrets du dehors. Jace ne pouvait détacher sa vue du tapis où tant d'autres avaient marché, de ces meubles pleins que tant d'autres avaient caressé de leurs mains passagères. La rivière coulait toujours, et poussait lentement ses petits flots le long de la berge glissante. Il l'observait depuis une fenêtre, cette rivière délicieuse, dont les rivages couverts de quais somptueux et dociles avaient été le théâtre de maintes promenades. Il ne connaissait pas de mélodies plus apaisantes que le murmure des ondes sur les cailloux et les galets couverts d'une mousse éternelle. Quand le soleil le permettait, l'ombre de la Grand-Tour couvrait ces berges de son ombre bienfaisante, et la ballade devenait des plus agréables. Il se souvenait de merveilleux moments passés le long de la rivière, assis à deviser, à converser en bonne compagnie, le vent frais couvrant la ville faisant trembler les mèches de cheveux des demoiselles et les capucines des tonnelles ou les glycines des haies ouvragées. Comme ces événements, ces charmes d'un instant lui semblaient loin désormais que les responsabilités pesaient sur lui comme des poignards dentés ! Ce jour ne lui appartenait pas, son devoir lui imposait mille tâches, mille accomplissements. Il ne pouvait y échapper sans faillir à son honneur, et cette seule pensée lui était insupportable. Mais il se promit de revenir un jour sur ces berges tranquilles pour une autre promenade, et prenant les Sept pour témoins, il en fit le vœu solennel. Pourquoi pas en compagnie de lady Amélyse et de son époux, pour fêter et célébrer les fins de la guerre contre les Fer-nés ?



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