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Sonnent les glas... du réveil.

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Message Sam 10 Mar 2012 - 1:06

Il n'y avait rien que la pluie et l'obscurité. Impossible de voir à plus de vingt centimètres devant lui tant le brouillard était dense, épais. L'eau battait sa peau comme un millier de d'aiguilles glacées. Ça ne l'avait jamais dérangé. Pourquoi avait-il mal, alors? Il lui semblait sentir la peau de son visage partir en lambeaux... Sa gorge émettait un long cri lancinant sans que rien ne sorte. Il avançait sans paupières, rongées par l'intempérie. L'air empestait le purin, ou quelque chose de plus fort. Il lui emplissait la gorge et il était forcé de tousser pour ne pas s'étouffer avec, comme il restait, solidifié, au fond de ses poumons. L'odeur putride était partout, jusqu'aux vomissures d'air condensé qu'il était obligé de cracher pour ne pas mourir.

Où était-il? Les formes des arbres proches qu'il pouvait à peine apercevoir lui rappelaient de vieux souvenirs... Ces ombres, il les avait vues bien souvent. Il les connaissait par cœur pour les avoir si souvent parcourues, et escaladées. Il s'agissait des bois de Karhold... Mais du même temps, ce lieu était nulle part. Ce genre de climat n'existait pas. Asher était-il encore vivant? Il trébucha sur une forme. Un animal mort. Il manqua de tomber mais continua d'avancer jusqu'à trébucher encore et s'effondrer contre un corps durci. Ses poumons emplis de goudron putride se battirent une fois de plus pour se vider. Sa voix devint un grincement. Puis elle disparut encore. Il soufflait sans émettre aucun son.

Il tenta de se relever mais sa main s'empêtra dans le corps en putréfaction. Des côtes frêles cédèrent. Il retira son bras à la hâte et le posa sur le sol. Une fois qu'il eut pris suffisamment de distance il put enfin dévisager la carcasse sous son nez, ou plutôt ce qu'il en restait... Son cœur se glaça et cessa de battre, tandis qu'il reconnaissait le visage de son frère, Aonghas. Sa mâchoire était détachée du reste de son visage en décomposition. Lui non plus n'avait plus de paupières. L'un de ses yeux s'était ratatiné et coulait d'un pus jaune et noir non-moins odorant que cette matière d'air infâme. L'œil encore valide mais béant du mort fixait Asher avec un air de reproches. Un râle échappa à la créature d'outre-tombe.

"Couaaaard..."

Asher voulut crier et pleurer d'indignation, mais c'était impossible. La culpabilité le rongeait tant et si bien qu'il se remit à se tousser de plus belle, s'étouffant dans l'air putréfié qui se transformait en ... mieux ne valait pas savoir quoi lorsqu'il l'exhalait. Il n'avait jamais voulu fuir! Il y avait été forcé! Il voulait revenir de toutes ses forces et faire honneur à son frère qu'il n'avait jamais tant mis sur un piédestal que maintenant qu'il était mort... Ah! Que ne regrettait-il pas d'avoir été en mauvais termes avec lui les dernières semaines précédant ce jour tragique... Il suffoquait vraiment. L'air lui manquait tant et si bien que ses muscles affaiblis ne purent plus le porter. Le tonnerre commença à rugir, et les éclairs de strier l'atmosphère condensée. Sentant ses forces le quitter, Asher s'effondra sur le cadavre d'Aonghas. L'odeur devenait insupportable et le força à rouler sur le dos pour échapper à cette effluve... Mais ainsi il lui était encore plus difficile de respirer, sans compter qu'il se faisait enterrer sous ses propres vomissures d'air... Des yeux dans le ciel à chaque coup de tonnerre... Des yeux cruels, qu'il ne connaissait que trop bien. Ceux de celui qu'il avait pris un jour pour un lecteur doux et passionné. La boue noire recouvrit son propre regard qu'il ne pouvait fermer. Il se perdit dans son propre hurlement de douleur... Plus d'air. La brûlure de ses poumons et de ses orbites rongées cessa lorsqu'il se réveilla en sursaut, non sans émettre un bref cri d'angoisse.

Il s'était redressé droit comme un i dans son lit... Par chance, ses blessures étaient maintenant parfaitement refermées, sans quoi ce cauchemar eut tôt fait de le tuer vraiment. Il passa une main contre son visage, grinçant des dents au souvenir du rêve horrible qu'il venait de faire... Le tonnerre continuait de gronder. En réalité, quelqu'un tambourinait à la porte. Une main de femme, à en juger par le son faible qui lui parvenait, et par la vitesse des coups frappés. Que pouvait-on lui vouloir à cette heure..? Réflexion stupide. Il ne savait même pas quelle heure il était.

Il soupira puis décida d'aller voir sans attendre. Il quitta donc son lit, sans mal puisqu'il pensait maintenant être guéri. Cela faisait quelques petites semaines qu'il était arrivé à Hawthorne. Il ne voyait quasiment personne à part le lord lui-même - occasionnellement - mais surtout Mestre Adelbert et les servants. Mestre Adelbert avait d'ailleurs cessé de le visiter régulièrement et ne venait plus qu'occasionnellement s'enquérir de son état. Bientôt il serait sur pieds... Mais pas nécessairement sauvé. Bien décidé à faire preuve d'un peu de décence, il enfila ses vêtements et passa une chemise, parce qu'il dormait quasiment nu. Ses propres habits lui manquaient mais il étaient tellement usés qu'on avait jugé bon de lui en donner d'autres. Il insisterait sans doute pour récupérer son manteau, même élimé. Quant à sa bourse d'argent on n'y avait heureusement pas touché.

"... Attendez un peu, j'arrive!"

Il s'approcha enfin de la porte qu'il ouvrit donc sans plus de cérémonie. Il était en sueurs, pâle et encore hanté par son cauchemar, ce qui se verrait indubitablement. Il était aussi perplexe... Mais il saurait bientôt de quoi il en retournait.
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Message Sam 10 Mar 2012 - 22:17

Cela faisait déjà quelques semaines que Logan était arrivé à Hawthorne, épuisé et blessé suite à l’attaque de bandits de grand chemin. Lord Magnys l’avait tiré des griffes de ses assaillants et lui avait offert soins et asile à Castel Hawthorne. Bien sûr, il avait rapidement voulu savoir qui il était, et d’où il venait comme ça, et Logan lui raconta son histoire. Elle parut étrange, et incomplète aux oreilles du Lord, mais elle réussit à le convaincre que Logan n’était pas un homme mauvais. On ne pouvait pas dire que Magnys avait un instinct exceptionnel quand il s’agissait de lire dans le cœur des gens, mais avec Logan, il n’y avait pas besoin d’avoir un tel instinct. On lisait dans ses yeux comme un livre ouvert. Et Magnys l’avait cru. Pour les incohérences - sur lesquelles il n’arrivait même pas à mettre le doigt - eh bien, elles attendront la guérison complète du roux !

Et cette dernière avait fini par arriver. Lord Hawthorne n’avait jamais cessé de visiter Logan, pas de façon appuyée, mais assez souvent pour qu’il sache qu’on continuait à le surveiller, et que Magnys ne le lâcherait pas une fois sa blessure refermée. Cela dit, il avait également d’autres chats à fouetter, et ce jour-là, comme beaucoup d’autres, il était parti en vadrouille dans les environs. Ce ne fut qu’en rentrant à Castel Hawthorne qu’il remarque Rachei traversant la cour, en direction de l’endroit où était alité Logan. Qu’allait-elle donc y faire ? Magnys fronça les sourcils, et laissa Antiva aux écuries, avant de se diriger promptement vers les bâtiments, marchant dans les pas de sa tendre mais parfois un peu stupide épouse.

Non mais c’est vrai, elle avait bien le droit de savoir ce que son époux complotait non ? Depuis qu’on avait annoncé sa grossesse, il était encore plus distant, prétextant toujours la bonne santé du bébé pour se dérober à son devoir ! Pourtant, Rachei savait de sa mère que porter un enfant n’était pas incompatible avec les plaisirs de la couche. Ca pouvait paraître insignifiant, mais cela la rendait irritable, et presque jalouse. Magnys passait tellement de temps dans la forêt, dans son bureau, et il lui semblait qu’il visitait ce mystérieux Logan plus souvent que sa propre femme ! Que pouvait-il avoir de bien spécial, ce petit éclopé que Lord Hawthorne avait ramassé, par hasard, sur la route ? Elle n’allait pas rester en retrait, et attendre que Magnys lui en parle ! D’ailleurs, s’il avait voulu le faire, il l’aurait déjà fait, n’est-ce pas ? Autant qu’elle prenne les devants !

Le ventre rond, elle était vêtue d’une longue robe de velours d’une couleur difficilement définissable, entre le rose terne, le gris-blanc légèrement cendré, et la teinte que pouvait avoir le vomi d’un nourrisson ayant mangé trop de fraises. Ses longs cheveux châtain étaient remontés en un chignon d’où s’échappaient de nombreuses et lourdes boucles, qui s’écroulaient paresseusement sur ses épaules nues. Elle avait l’air soucieuse, pressée, mais surtout hors d’elle. Quant elle arriva devant la porte de la chambre de Logan, après s’être hâté le long des couloirs, elle y tambourina vivement, bien que ses petits poings de femme n’aient rien de marteaux de guerre. Elle fut désagréablement surprise d’entendre le chasseur lui dire d’attendre, avec une voix dénuée de toute courtoisie. Pour qui la prenait-il ? Quand la porte s’ouvrit enfin, elle lança de sa voix étrange, comme un peu étranglée :

« Il vous en a fallu du temps ! »

Elle entra dans la chambre sans attendre, et jaugea Logan de pied en cap. C’était donc ça. Elle haussa un sourcil, et fronça le nez comme si on lui avait mis de la merde sous les yeux. Elle n’arrivait pas à croire que Magnys puisse se soucier davantage d’un chasseur nordien crasseux que de son épouse…

« Ne vous apprend-on pas à vous laver, là-haut dans le Nord ? Décidément mon mari… »

« ...arrive un peu trop tard. »


Magnys finit la phrase alors qu’il entrait dans la pièce. Il s’était hâté lui aussi, mais n’avait pu empêcher Rachei de parler. Oh, c’était bien le genre de femme que l’on préfère muettes, bien qu’il eut été bien discourtois de le faire remarquer. Il se tourna vers Logan, et haussa nonchalamment les épaules.

« On dirait que Lady Rachei est d’humeur curieuse aujourd’hui. Tu peux te lever maintenant ? Ca a l’air d’aller un peu mieux. »

Lord Hawthorne lui décocha un sourire, qu’il adressa ensuite à son épouse, comme pour calmer sa mauvaise humeur. Il se força à passer un bras autour des épaules de Rachei, et la serra un peu contre lui. Ah, qu’est-ce qu’il ne ferait pas pour éviter d’avoir à l’entendre hurler ! Sa voix était pire que tout ! Même un porc qu’on égorge semblait être une délicieuse mélodie à côté des hurlements de colère de Lady Hawthorne…

« Excusez-le Milady, il se remet encore de ses blessures, et a longtemps été interdit de bain, sous peine de voir ses plaies se rouvrir. Je suis certain qu’il sera ravi de se montrer sous un meilleur jour dès qu’il en aura l’occasion. »

Lady Rachei fronça légèrement les sourcils, et posa de nouveau son regard sur Logan. Il était loin d’être laid, mais quelque chose n’allait pas avec lui. Les traits de son visage étaient décalés par rapport à sa stature, comme si on avait collé une tête d’enfant sur un corps d’adulte. De plus, ses cheveux roux lui donnaient côté étrange, irréel. Oh, Lady Rachei n’ignorait pas ce qu’on disait sur les roux, mais ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle avait Magnys, et ça lui suffisait amplement. Elle était bien trop amoureuse de lui pour poser les yeux sur un autre homme avec de telles arrière-pensées. Ses yeux se durcirent, et elle répondit à son époux comme Logan n’était pas dans la même pièce, et a fortiori, devant eux.

« Je l’espère oui ! Il n’est pas question pour vous de commencer à héberger tous les vagabonds qui vous tombent sous la main, peu importe la couleur de leurs cheveux ! »

Derrière elle, Magnys essayait de faire comprendre à Logan qu’il était aussi embarrassé que lui. Il faisait des moues ressemblant vaguement à des grimaces, essayant de dire au roux qu’il allait essayer de la faire partir le plus vite possible. Hélas, Rachei ne semblait pas être de cet avis !

« Ton nom, c’est Logan c’est ça ? Un chasseur du Nord, d’après les rumeurs ? Qu’es-tu venu faire ici ? Le sud n’est pas fait pour les sauvages comme toi, et mon époux ne saurait nourrir une bouche inutile !!! »

Lord Hawthorne toussa pour interrompre le flot de stupidités de sa femme. S’entendait-elle parler ? Qui était-elle pour remettre en cause les décisions du Lord en personne… ? D’autant plus que concernant Logan, elle ne savait rien, elle venait même d’en donner la preuve ! Lord Magnys esquissa un sourire doux, mais quand il parla, sa voix était ferme, et tremblait d’une colère contenue. Il n’était pas loin d’avoir reprit sa lordface, là.

« Logan ne restera pas une bouche inutile longtemps, Lady Rachei. Je compte bien l’affecter à l’équipe de chasseurs. S’il sait chasser dans les forêts du Nord, il pourra bien chasser dans nos collines… ? »

Lady Rachei avait l’air dubitative, mais elle n’ajouta rien. Son regard passait de son mari à Logan, sans qu’elle soit convaincue. Elle haussa rapidement les épaules, dans une moue capricieuse, mais ne bougea pas de la chambre. Elle attendait des réponses à ses questions, aussi stupides avaient-elles été. Une main posée sur son ventre, elle avait pris conscience depuis quelques mois qu’elle n’était pas simplement l’épouse de Lord Hawthorne, elle était Lady Hawthorne et avait au moins autant d’autorité que lui dans le castel, et au bourg. Du moins, c’était ce qu’elle pensait. S’il n’avait pas été aussi malvenu de lui faire remarquer le contraire, Lord Magnys ne se s’en serait sûrement pas privé.
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Message Dim 11 Mar 2012 - 1:33

Asher se hâta d'ouvrir la porte. On tambourinait si fort et à un rythme si pressé qu'il se demanda un instant si le bâtiment n'était pas en feu. Lorsque ses yeux tombèrent sur ce qui se trouvait derrière le battant, il dut admettre que ce n'était pas le cas. Le seul feu qui était allumé en cet instant se trouvait dans les yeux de la femme qui lui faisait dorénavant face, et qui le fixait d'un air réprobateur. Elle se plaignit sans attendre du manque de ponctualité d'Asher, qui avait pourtant fait au plus vite. Elle l'avait tout de même réveillé... Vu le rêve duquel elle l'avait tiré il pouvait sans doute lui en être reconnaissant, mais en tous les cas dans ce contexte il aurait difficilement pu faire mieux.

Toujours aussi silencieux, le nordien leva les sourcils, montrant ainsi sa surprise. Il toisa la jeune femme de la tête aux pieds, puis inversement, sans vraiment s'attarder sur ses formes qui n'éveillaient guère son intérêt. Elle était aussi plutôt jolie mais son minois n'avait rien qui le fascina vraiment. Autant dire qu'il s'attarda juste sur la couleur de ses vêtements, qui parvenait à être terne et pourtant absolument innommable. Elle parvenait à faire pire que certains autres nobles qu'il avait vu par la fenêtre, portant des teintes suffisamment vives pour lui agresser les yeux... Était-il donc possible de mesurer le manque de goût pour la sobriété des nobles du sud..? On sentait que le Bief n'était pas loin, vraiment... Asher releva ses yeux brun clair pour perdre leur éclat direct dans celui de son interlocutrice. Qui était-elle, au fait, exactement..? Ses vêtements semblaient vouloir montrer qu'il s'agissait d'une personne importante et le ton de sa voix prouvait qu'elle se sentait dans son droit de lui donner des directives... Mais ça ne voulait rien dire. A Hawthorne, le statut hiérarchique du roux aurait difficilement pu être plus bas sans qu'il se retrouve au cachot. Patient, imperturbable, Asher décida d'essayer de la raisonner:

"... A vrai dire, je n'allais pas vous ouvrir nu... Je.. Peux faire quelque chose pour vous?"

C'est vrai ça...? Que lui voulait-elle exactement? Il s'attendait à quelque chose d'un peu sérieux... Il fut donc plutôt étonné d'entendre cette étrange visiteuse l'insulter, plutôt que de lui expliquer l'intérêt de sa venue. Car il y en avait forcément un, n'est-ce pas? Pour Asher il était inconcevable que cette femme soit ici dans le seul but de voir à quoi il ressemblait et de se moquer ouvertement de lui. Ça n'avait absolument rien de productif... Et pour Asher, ce qui n'était pas productif était par définition inutile et serait évité par la plupart des gens raisonnables. Malheureusement tout le monde ne pensait pas comme lui... Et Rachei n'était pas non plus la plupart des gens, encore moins ceux qui étaient raisonnables. Mécontent, il fronça les sourcils tandis qu'il se rendait compte de l'ampleur du préjudice qui venait d'être commis... Encore une fois on le jugeait sur des "on dit" révoltants. Ces gens n'avaient vraiment aucune notion de la vraie valeur de son pays, c'était désespérant...

Asher n'était pourtant pas SI sale... Du moins l'était-il peu par rapport à avant. Mestre Adelbert lui avait conseillé d'éviter les toilettes trop nombreuses qui risquaient de le fatiguer alors qu'il avait encore eu, jusqu'à récemment, besoin de beaucoup de repos et d'immobilité. Cela dit le jeune homme n'était plus aussi crasseux qu'à son arrivée: la saleté ne le handicapait pas, mais il se nettoyait comme il pouvait lorsqu'il en avait l'occasion, tout de même, et on lui avait apporté à de nombreuses reprises de quoi faire une toilette succincte. Il l'avait d'ailleurs fait la veille et était dans un état presque décent, n'était sa tenue négligée, et ses cheveux qui auraient bien eu besoin d'être lavés. C'était sans compter qu'il avait dû s'habiller à la hâte. La faute à qui? On se demandait bien hein... Tant pis si ça ne lui plaisait pas!

Il s'apprêtait à lui répondre quand Lord Magnys fit irruption au coin de la porte, et lui coupa son élan. Asher se tut, surpris d'apprendre qu'il était... Face à la femme du seigneur. Ah vraiment? Ils semblaient avoir si peu en commun... Il se referma comme une huître, ne laissant rien voir de ce qu'il pensait. Il n'en dévisagea pas moins Magnys, avant de lui répondre, le tout en ignorant avec superbe les remontrances de la lady auxquelles il ne pouvait de toute manière répondre que de façon désagréable:

"Bonjour... Oui ça fait plusieurs jours que je peux marcher sans mal. Pour ce que j'en sais je pense être guéri..."

Évidemment, le mestre devrait le confirmer si il ne l'avait pas déjà fait, mais Asher n'avait plus mal, et ses mouvements, même brusques, ne le blessaient plus. Il se sentait vaillant et prêt à partir au combat... Même si le seul véritable combat qu'il devait mener lui était à l'heure actuelle inaccessible, et qu'il ne savait toujours pas comment l'entamer. Le visage dur du nordien se para d'un semblant de moue contrariée lorsque Magnys s'adressa à son épouse sur un ton qui lui aurait bien donné envie de vomir... La seule qui aurait dû se faire excuser dans l'histoire était celle à laquelle on s'adressait sur un ton mielleux. A l'heure actuelle, non, contrairement à ce que Magnys voulait bien dire il n'aurait pas été ravi de grand chose à l'encontre de cette femme qu'il ressentait comme étant d'une prétention et d'un mépris détestable. Là, dans son comportement, il reconnaissait les terres de l'ouest qu'on lui avait décrites... Le lord lui aurait presque fait oublier que les gens d'ici étaient censés être absolument odieux. Sa femme semblait l'être pour deux. Et elle commençait à vraiment l'agacer. Pas à l'embarrasser comme Magnys semblait croire non... Mais à véritablement l'énerver. Il jeta un regard noir dans la direction du seigneur, mais il ne lui était pas vraiment adressé.

Il avait recommencé à froncer les sourcils, seul véritable signe de son exaspération. Voilà qu'elle lui parlait directement, comme si elle venait de se rappeler qu'il parlait la même langue qu'elle... Elle le soumettait à un nouvel interrogatoire? N'aurait-elle pas été en retard de quelques semaines, par hasard, pour s'enquérir de ce que tout le monde était déjà censé savoir? Asher finit par perdre patience. Exaspéré, il posa une main contre le chambranle de la porte et observa la frêle jeune femme au dessous de deux sourcils dont la position semblait vouloir dire qu'il la prenait pour une idiote. Asher n'était pourtant que très rarement condescendant. Elle l'avait vraiment cherché. Lorsqu'il sentait que le courant n'allait pas passer, Asher pouvait être très voire trop rapide à juger les personnes... et là, il l'avait déjà dans le nez.

"Hm... Lady Hawthorne. Vous pensez bien qu'on ne vous a pas attendue pour aborder ces sujets. J'ai déjà répondu à ces questions il y a plusieurs semaines, et je n'ai aucune envie de me répéter. Le 'sauvage', lui, ne vous a pas insultée sans raison."

.. Quand bien même il aurait pu, tant elle semblait être stéréotypée. Mais il était reconnaissant envers Magnys... Pour cette raison, il décida de ne point trop insister et de se désintéresser de la mégère pour plutôt s'adresser à son mari. Mari qui avait visiblement en tête de l'accueillir parmi ses chasseurs une fois sa guérison achevée... C'était rassurant, car Asher n'avait pas été certain qu'il ne veuille pas plutôt lui arracher les vers du nez pour ensuite voir ce qu'il allait vraiment faire de lui. Le nordien hocha la tête pour approuver, toujours sans l'ombre d'un sourire. Chasser, il savait faire... Il allait falloir qu'il trouve le temps de réfléchir - aussi incroyable que ça puisse paraître venant de lui - à une solution pour compromettre les plans d'Evander, mais en attendant de ne plus avoir à se cacher... Ça conviendrait parfaitement.

"Le contraire serait étonnant..."

Oui. C'était bizarrement formulé, mais il fallait prendre ça comme un signe d'approbation.
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Message Lun 12 Mar 2012 - 12:46

Lady Rachei n’était pas habituée à attendre, que ce soit pour une raison ou une autre. Lorsqu’elle frappait à une porte, elle estimait qu’il était normal qu’elle s’ouvre dans l’instant. Or, Logan l’avait fait attendre bien trop longtemps. Evidemment, elle houspilla le jeune homme roux, lui faisant remarquer qu’il était bien impoli de faire attendre si longtemps une Lady ! Et que fit ce petit impudent ? Il lui répondit. Outrée, Rachei fronça les sourcils, et éleva un peu plus la voix :

« Et insolent en plus de ça ! »

Magnys ne tarda pas à faire son arrivée, bien qu’un peu tard à son goût. Il se plaça un peu en retrait, derrière Lady Rachei, et posa deux mains douces sur ses épaules. Il était habillé comme à son habitude, des vêtements nobles, riches mais sobres, d’un vert foncé brodé des couronnes d’épines et de fleurs de ses armoiries. A côté de lui, le rose saumon moisi de Rachei jurait affreusement. Lord Hawthorne fit de son mieux pour essayer de calmer le fauve qui lui servait d’épouse, en vain. D’autant plus qu’elle se permettait d’en rajouter…

« Magnys, quelle mouche vous a piqué quand vous avez choisi de le faire soigner, plutôt que de l'achever, je vous le demande !!! »

Valait mieux ne rien répondre, vraiment. Lord Magnys haussa les épaules et fit une moue vaguement désolée, avant de se tourner vers Logan. Il lui demanda s’il était complètement guéri désormais : ils savaient tous les deux ce que cela signifiait. Une longue et pénible discussion sur ce qu’il allait advenir de Logan à Hawthorne. Le roux lui confirma qu’il était plus ou moins autonome, et qu’il n’avait plus tant besoin des médications du mestre. Voilà une bonne nouvelle, dont Magnys ne put se réjouir totalement : cela aurait froissé les délicats sentiments de sa chère Rachei.

« Ah… tant mieux alors… ! »

Un sourire un peu maladroit s’afficha sur le visage du Lord, toujours derrière son épouse, à la tenir - ou retenir - comme on maintiendrait un chien enragé en laisse. L’image n’était pas tout à fait dénuée de sens, comme vous pouvez aisément l’imaginer. Une Lady digne de ce nom aurait profité de l’occasion pour laisser les hommes parler entre eux, mais Rachei n’était pas ce genre de Lady. Elle avait décidé d’aller voir Logan un peu tard, et au mauvais moment. D’habitude, son époux restait bien plus longtemps dans les bois lorsqu’il partait chasser ! Ou avait-elle hésité trop longtemps avant de descendre ces maudits escaliers et de traverser la cour du castel ? Quoi qu’il en soit, il était trop tard désormais pour faire marche arrière. Elle se planta entre Magnys et Logan, droite et fière, et lança un regard déterminé au roux devant elle. Elle lui demanda confirmation de son identité, ce qui ne joua pas en sa faveur. Là-dessus, même Magnys ne pourrait pas prétendre le contraire. Elle s’était mise en difficulté toute seule, et voilà pourquoi elle était interdite de réunions importantes jusqu’à nouvel ordre.

Cela dit, la réaction de Logan était tout de même bien trop insolente et disproportionnée. Entre ses mains, Magnys sentit les épaules de Rachei se contracter, et imaginait bien quelle moue lui déformait le visage. Il décida alors de prendre les devants. Il lâcha son épouse, et vint se positionner entre elle et Logan. Son visage était dur, et ses traits tendus, mais ses yeux semblaient plutôt désolés, chagrinés presque, alors qu’il levait la main droite pour asséner un revers monumental à Logan. Qui a dit que les gifles ne pouvaient pas être viriles ? La voix de Magnys s’éleva alors dans la pièce, autoritaire, et sans appel.

« Logan ! Je ne tolérerais aucune discourtoisie envers mon épouse, ni envers qui que ce soit d'autre ici, est-ce clair ? »

Si l’homme regardait attentivement Magnys, il se rendrait facilement compte que tout cela n’était qu’une comédie destinée à calmer les nerfs de Rachei. Evidemment, Lord Hawthorne n’en pensait pas un mot, et si ça ne tenait qu’à lui, ce n’est pas Logan qu’il aurait giflé. Mais il préférait ne pas prendre de risques : si Lady Rachei demandait au bourreau de trancher le cou de Logan pendant l’absence du Lord, il y a toutes les chances pour qu’elle soit obéie. Magnys ne se l’expliquait pas, mais son idiote de femme avait tout de même de l’autorité à Hawthorne, quand bien même il s’efforçait de l’écarter des décisions importantes le plus souvent possible.

Comme celle d’intégrer le plus vite possible Logan à l’équipe de chasseurs de Hawthorne. S’il était assez guéri pour marcher et être insolent, il devait l’être pour une petite balade en forêt, non ? Et il n’avait pas l’air contre, lui-même. Magnys esquissa un petit sourire, toujours de dos à Rachei, histoire qu’elle n’aperçoive pas ce petit signe de connivence. Lord Hawthorne avait une idée pour s’entretenir avec son nouveau chasseur à l’abri des oreilles indiscrètes et de la stupidité rageuse de son épouse.

« Si tu es aussi frais que tu en as l’air, habille-toi et rejoins-moi aux écuries. Il y a peut-être encore des cerfs ou des lièvres à abattre. »

Lady Rachei aurait été capable de les suivre, si seulement elle n’était pas grosse. Magnys se tourna vers elle, et de nouveau posa ses mains sur ses épaules, se penchant doucement sur elle. Elle était bien plus petite que lui, et mis à part l’enfant qu’elle portait, sa minceur eut tôt fait de la confondre avec une enfant. Ce qu’elle était toujours un peu restée, quelque part… Elle planta ses prunelles dans les yeux de Lord Magnys, et il sentit qu’elle ne put s’empêcher d’être attendrie, quand bien même elle essayait de résister.

« Je veux qu’il me fasse des excuses ! »

Lord Hawthorne déglutit : ce qu’il allait dire ne plairait pas à Logan, pas plus qu’à lui-même d’ailleurs. Un léger sourire en place et son regard le plus doux à l’attaque, il répondit à son épouse.

« Je crains que les barbares du Nord n’ignorent tout du mot ‘excuses’. Laissons les actes parler pour lui : qu’il ramène un cerf pour notre tablée et il sera excusé. Hmm ? »

Cela ne semblait pas vraiment plaire à Rachei, mais elle hocha la tête, faisant danser ses boucles brun clair devant ses yeux. Elle gardait une moue bien peu encourageante, mais c’était le mieux que Magnys avait pu faire. Il passa une main douce sur son ventre, et se redressa.

« Vous devriez retourner vous reposer, Milady. Nous reparlerons de Logan à la brune. »

De nouveau, elle hocha la tête, et s’en alla, non sans lancer un regard incendiaire à Logan. Une fois hors de portée d’oreilles, Magnys ferma la porte de la chambre et soupira longuement. Il avait l’air fatigué, tout à coup, et Logan put le constater alors qu’il se tournait vers lui.

« Je suis désolé. C’était ça ou elle ne t’aurait pas lâché. »

Magnys ne demanda pas s’il avait frappé trop fort : Logan avait les traits fins, mais il était robuste. Ce serait une insulte à un homme du Nord tel que lui de s’inquiéter pour lui après une petite gifle de rien du tout. Las, Magnys alla s’asseoir sur le lit : il n’avait pas encore fini de parler.

« Il va quand même falloir ramener un cerf : je verrais en même temps si tu es aussi bon chasseur que tu le prétends. Et si tu as quelque chose à me dire, tu pourras me le dire en chemin. Nous ne serons pas seuls, mais qu’est-ce que des murmures, quand ils sont noyés dans les sons de la forêt ? »

Il dut se faire violence pour ne pas s’allonger sur le lit : quelle image Logan aurait-il eu de lui sinon ? Il n’empêche que Lady Rachei avait le don de l’épuiser ! Et encore, si c’était seulement mentalement mais non… même pas… Quel cauchemar… !

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Message Lun 12 Mar 2012 - 19:15

Asher n'en dit rien, car ça lui semblait inutile, mais il ne voyait vraiment pas pourquoi cette femme le trouvait insolent. Lorsqu'il l'avait informée qu'il aurait été inconvenant qu'il lui ouvre la porte alors qu'il était encore nu, il avait pensé chacun de ses mots et n'avait pas essayé d'être moqueur, et encore moins ironique. Asher faisait ce qu'il savait faire de mieux... Soit dire ce qu'il pensait crument et sans aucun artifice. Il avait vraiment du mal à comprendre ce que les gens du sud reprochaient à sa philosophie, qui consistait à dire les choses le plus clairement possible. En quoi était-ce poli de masquer la vérité pure à son interlocuteur? En quoi était-ce respectueux? Au contraire, rien ne l'était plus que de dévoiler à quelqu'un sa pensée brute. C'était là un signe d'estime. Aux gens qu'il estimait le moins, Asher n'adressait pas la parole, pour éviter de devoir s'ouvrir à eux. Lady Hawthorne n'allait très certainement pas tarder de passer dans cette catégorie, dont elle ressortirait à l'occasion, les fois où elle parviendrait à le mettre hors de lui. Elle semblait être plutôt prompte à le faire.

De quel droit parlait-elle de lui comme d'un animal..? Asher n'avait jamais été très à cheval sur sa réputation. Dans le Nord, il le savait, beaucoup de nobles le trouvaient étrange, car il passait plus de temps en compagnie des roturiers et des cadavres de sauvageon qu'en celle de ses pairs. Être considéré comme un marginal, ou même un "semi-noble", ne l'avait vraiment jamais dérangé. Il était fier de son mode de vie, qu'il assumait pleinement... Mais de là à être traité comme du bétail? Non. C'était inadmissible. Aurait-il été à la place de la lady - et il pouvait très aisément se mettre à sa place, on devinera pourquoi - qu'il n'aurait jamais osé s'adresser de la sorte à quiconque, qu'il soit paysan, noble ou mendiant. Il n'aurait pas même parlé ainsi à un chien! Cette femme était odieuse, et Asher se mit instantanément à la détester. Ça ne lui arrivait pas souvent. Il était prompt à juger les étrangers en raison de leurs étranges coutumes, mais qu'il développe une aversion aussi personnelle, en aussi peu de temps... Il fallait vraiment que Rachei n'y soit pas allée de main morte.

Alors quand elle voulut le soumettre à un interrogatoire, auquel il avait répondu il y avait déjà des semaines de ça, Asher ne parvint à retenir son exaspération, ni à lui cacher ce qu'il pensait de sa manière de s'exprimer à son égard. Avant qu'elle ne critique ses manières, encore eut-il fallu qu'elle se regarde dans un miroir! Et qu'elle s'entende, surtout. On n'aurait pu trouver pire langue de vipère. Pour la première fois peut-être depuis son départ de Karhold, sa véritable identité lui manqua vraiment. Il n'eut pas hésité à lui faire remarquer que sa naissance était très loin de l'obliger de se comporter comme une enfant gâtée. Asher n'était pas du genre à se vanter de la sienne, et si il était un fils dévoué, fier de ses origines, il n'en n'avait jamais vraiment tiré profit autrement que pour mieux aider les habitants des alentours de Karhold. Il ne s'était jamais vraiment rendu compte des privilèges que son statut lui avait accordé, jusqu'à ce qu'il en soit privé. La réaction du lord n'allait rien faire pour atténuer sa frustration... Asher le vit prendre place entre lui et la lady sans vraiment comprendre pourquoi il agissait ainsi. Son regard interrogateur ne dura guère, puisque Magnys profita de cette nouvelle proximité pour lui asséner une gifle à laquelle rien n'aurait pu le préparer.

La douleur n'était rien. Il en avait vu d'autres. Il en verrait encore. Sa joue en flamme fut donc le dernier de ses soucis. Le choc l'avait forcé à tourner la tête, et il resta un instant interdit, incapable de croire à ce qui venait d'arriver, ni aux explications que le seigneur était en train de lui donner. Et quoi. Comment, c'était donc lui qui avait été discourtois..? Après toutes les humiliations que sa femme venait de lui faire subir en l'espace d'une minute à peine? En parlant d'humiliation, se faire gifler par un autre homme comme si il n'avait encore été qu'un enfant en était une belle. D'autant plus qu'il savait qu'il avait parfaitement été dans son droit, qu'importe que cette femme soit une catin, une lady, ou même la reine. Il y avait des choses qui ne se faisaient ni ne se disaient, et elle avait clairement outrepassé la limite. Être à la tête d'une maison ne dispensait pas d'être humain, ni de faire preuve d'humilité. Asher avait fait les frais de sa propre arrogance lorsqu'il était encore jeune et que les sauvageons l'avaient attrapé... Depuis, il avait appris la modestie. Il ne voyait pas pourquoi il aurait dû en être autrement pour cette femme.

Lorsqu'il releva les yeux pour les poser dans ceux de Magnys, le jeune homme n'avait plus rien du nordien impassible dont il revêtait les traits la plupart du temps. Au cours de ces dernières semaines il s'était progressivement mis à faire confiance à Magnys, dans une certaine mesure du moins... Il avait pensé qu'il s'agissait d'un homme de valeur, honnête avec lui même comme avec les autres... Et il venait de balayer toute l'estime qu'Asher avait pu éprouver à son égard d'un seul revers de main. C'était un peu excessif comme réaction oui... Mais il y avait des comportements qu'Asher ne supportait plus bien depuis qu'Evander s'était joué de lui. Il se sentait trahi, ce que Magnys eut certainement l'occasion de lire dans son regard brun, bouillonnant de rage, de honte, et d'incompréhension. Asher n'était pas doué pour les double-jeux... Ainsi n'avait-il rien compris à celui du seigneur. Se faire ainsi frapper par un homme qui ignorait tout de sa véritable histoire était d'autant plus frustrant, d'autant plus humiliant. C'était bien la première fois de sa vie qu'il avait envie de hurler, de revendiquer son nom. Il en avait marre de ne pas être pris au sérieux... et ces gens ne semblaient jurer que par le prestige du nom de famille.

Il se retint de justesse d'injurier son bienfaiteur. A défaut, il ne répondit pas à sa question, défiant. Il préféra se fermer comme une huître suite à la blessure qui venait de lui être faite. Ses yeux perdirent lentement leur expressivité jusqu'à devenir deux puits vides et glaciaux. Puis la colère disparut de son visage, même si on pouvait la sentir, toujours belle et bien présente, froide, foudroyante. C'était très loin d'être terminé. Fier et surtout très mécontent, le roux se redressa de toute sa hauteur - qui n'était pas négligeable. Alors seulement il fut capable de répondre à nouveau, son peu d'enthousiasme, douché par ce qu'il venait de se passer. Magnys lui proposa de s'habiller et de le rejoindre aux écuries, sans doute pour improviser une partie de chasse. Asher répondit machinalement:

"Bien..."

La déception dans sa voix prouvait qu'il n'acceptait qu'à contrecoeur. Lady Hawthorne choisit ce moment pour en rajouter une couche et demander des excuses. Pour les obtenir, elle pouvait se brosser. Asher perdit ses prunelles mornes et froides dans le regard adverse, le tout sans l'ombre d'un remord bien évidemment. Ses lèvres se pincèrent. Il ne comptait pas répondre... Magnys le fit pour lui, et parvint à glacer, à figer le peu de chaleur et de sympathie qu'Asher parvenait encore à éprouver. Encore des insultes. Encore des humiliations. Le roux n'eut aucune réaction supplémentaire... Et c'était plutôt mauvais signe. Il resta figé jusqu'à ce que Rachei daigne quitter la pièce. De toute façon, on parlait à sa place... Enfin, Magnys se tourna vers lui... Et s'excusa.

Un retournement de situation auquel il ne s'était pas attendu, mais qui arrivait un peu tard. Toujours aussi froid et distant, Asher tourna la tête imperceptiblement pour plonger un regard aussi noir et bref que méfiant dans celui du lord, qu'il ne prit pas la peine de jauger. Le seigneur eut sans doute le temps de voir qu'Asher ne comprenait pas pourquoi il tentait de se faire pardonner, après tout le manège qu'il venait de faire pour donner raison à sa femme. Sans un mot, Asher entreprit de parfaire l'habillement qu'il avait entamé à la hâte afin d'être capable de recevoir ses hôtes décemment. Il repoussa ses longs cheveux d'une main tandis qu'il se penchait en avant pour enfiler ses bottes. Oui, il suivrait. Oui il chasserait si il le fallait. Mais il ne fallait pas en attendre plus de lui dorénavant. Les bêtes sauvages ne parlaient pas. Sauf évidemment pour essayer de retrouver leurs poils:

".. Puis-je récupérer mon manteau?"

Il y tenait. Même usé, il s'agissait d'un ouvrage de belle facture, et qui surtout lui rappelait son pays, lequel lui manquait déjà.
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Message Mar 13 Mar 2012 - 20:30

La gifle avait été, bien malheureusement, inévitable. Du moins de l’avis de Lord Hawthorne. Et pourtant, alors que Lady Rachei s’en allait de nouveau dans ses appartements, elle trouvait que ça n’avait pas encore été suffisant. Fulminant, elle hurla sur ses domestiques, avant de finir à geindre qu’elle avait mal à la tête. Beaucoup - si ce n’est tout le monde - savait que la cause de ses migraines n’était autre qu’elle-même. Quand elle le voulait, Rachei pouvait se mettre dans des états étonnants. Le pire étant que ce n’était même pas réellement volontaire, et que ce n’était pas vraiment un mensonge non plus. Quoi qu’il en soit, elle se changea et s’alita, et l’on prit soin d’elle : Lord Hawthorne y tenait, plus pour l’enfant à naître que pour la dame, cela dit.

Magnys, quant à lui, était resté avec Logan. Il lui devait des explications, c’était quand même le moins qu’il puisse faire. Assis sur le lit, il s’excusa et admit qu’il n’avait pas eu d’autre choix. Mais la réaction du roux le surpris : pourquoi faisait-il cette tête ? N’avait-il pas conscience de la manière dont il avait parlé à Lady Rachei ? N’avait-il aucune idée de ce qu’elle pouvait lui faire, en lançant quelques ordres malheureux ? Il enchaîna bien sûr sur la chasse, qui ne saurait être que fructueuse, mais le cœur n’y était pas. Le visage de Logan était renfrogné, et ses yeux lançaient des éclairs. Evidemment, ça ne faisait pas plaisir de se prendre une gifle, mais à ce point là… ? Magnys fronça les sourcils, et ajouta d’une voix cette fois moins désolée que franchement agacée :

« Ne me remercie pas surtout ! Tes mots auraient pu avoir raison de ta tête, et je doute d’ailleurs que tu en sois resté aux mots ! »

Lord Hawthorne se leva, et soupira… un soupir en forme de grognement, alors qu’il hélait un servant pour lui demander d’apporter le manteau de Ser Logan. Rachei avait éprouvé les nerfs de Magnys, et Logan ne comprenait rien à rien. Ca avait l’air de ne pas être grand-chose et pourtant, ça le mettait hors de lui. S’il y a bien une chose qu’il détestait, c’était qu’on ne puisse pas comprendre ses actes, et surtout, qu’on ne le remercie pas pour un sacrifice qu’il pensait avoir fait. Tarter un homme était un bien piètre sacrifice, certes, mais Magnys répugnait à devoir jouer la comédie pour que sa femme arrête de lui casser les pieds. Enfin, les pieds… Elle lui cassait autre chose aussi, et pas qu’un peu.

« Fait la tête si tu veux, mais sache que si tu recommences, elle finira par tomber ! Tu n’es qu’un chasseur du Nord, un homme que j’ai ramassé au bord de la route, et que j’ai fait soigner dans ma grande miséricorde ! » Il y avait de l’ironie dans ses propos, et on sentait bien qu’il avait fait cela parce qu’il le voulait, et pas pour se donner une contenance. « J’aurais pu te laisser crever la gueule ouverte, Logan ! Alors oui, mon épouse n’est pas une femme parfaite, elle est loin de l’être, mais jusqu’à preuve du contraire, elle reste ma femme, et tu lui dois obéissance et respect, si tu ne veux pas finir à te balancer au bout d’une corde ! »

Lord Hawthorne allait sûrement ajouter deux ou trois petites choses dans les oreilles de Logan lorsque le servant revint avec le manteau en peau de phoque d’Asher. Rageur, Magnys le prit des mains du pauvre jeune garçon qui s’en alla aussitôt sans mot dire. Il allait le lui jeter à la figure, mais il se rendit compte alors que le manteau, aussi élimé et abîmé fut-il, n’était pas de piètre fabrication. Magnys y posa les yeux plus attentivement, perplexe… Mais finalement il lança l’amas de peaux sur Asher.

« Prends donc ton manteau si tu le souhaites, et si tant est que ce soit véritablement le tien ! »

En effet, s’il avait été neuf et bien entretenu, jamais on n’aurait pensé que ce manteau puisse appartenir à un simple chasseur. Et même nordien, un simple chasseur n’aurait jamais parlé ainsi à une Lady… A moins que les coutumes du Nord soient vraiment si proches de celles des sauvageons. Mais Magnys ne voulait plus en entendre parler, et les quelques conclusions hâtives qu’il pouvait faire attendraient qu’ils soient à cheval, au milieu des bois. Même à Castel Hawthorne, les murs ont des oreilles. Ce serait fâcheux que certaines rumeurs n’atteignent celles de la douce et clémente Lady Rachei, n’est-ce pas ?

« Je t’attends aux écuries. Il me tarde de chasser, j’ai des envies de meurtre. »

Lord Hawthorne quitta la pièce, claquant la porte dans son énervement. Il n’avait pas précisé qui il avait envie de tuer, parce qu’il n’était pas sûr de savoir lui-même. Il aurait bien tordu le cou de sa chère épouse, si seulement elle ne portait pas un héritier, ce qui était inespéré. D’autant plus que Magnys était étonné de pouvoir accorder autant d’importance - et d’amour ? - à un enfant. Il avait souvent cru que, comme certaines choses ne lui plaisaient que moyennement, la paternité allait de pair. Il s’était lourdement trompé. Cela dit, il avait également envie de tordre le cou de ce Logan qui en plus de lui mentir - il ne savait toujours pas à quel niveau, mais il en était certain - était incapable de se rendre compte qu’il faisait tout pour lui sauver la peau. En lieu et place des remerciements, Magnys n’avait que des regards noirs et accusateurs… ! Et sacrebleu, il se demandait bien pourquoi ça l’agaçait autant ! Bon… il le savait, mais ça l’agaçait encore plus !

Il descendit quelques marches, et se retrouva dans la cour, où Ser Brynt faillit lui lancer quelques mots, avant de remarquer son expression rageuse. Alors, il s’abstint, et passa son chemin. Ca ne devait pas être important. Magnys alla voir le palefrenier, et fit préparer Ferelden et Orzammar, deux beaux chevaux de chasse, pour lui et Logan. Il demanda également que viennent avec eux Miles, ainsi que deux autres archers. Ils auraient bien besoin de cela si Magnys voulait apaiser la colère de Rachei. Il avait bien une autre idée, mais elle lui faisait froid dans le dos…
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Message Mar 13 Mar 2012 - 22:50

Asher ne comprenait pas. La manière dont lord Hawthorne tentait de défendre sa cause n'allait pas l'y aider. Ses propos, encore trop détournés, avaient toutes les chances d'être encore mal pris par le roux qui n'avait absolument pas assimilé la manœuvre, ni la manière de faire du seigneur, sans doute partiellement parce qu'il n'adhérait pas du tout à la méthode employée. Voilà qu'il voulait des remerciements maintenant..? Et pour quoi donc? Pour l'avoir humilié? Pour avoir donné raison à une femme qui vraisemblablement n'avait aucun respect pour personne? (Ou du moins pas pour les gens du peuple, et surtout pas ceux du sien). Pour Asher, c'était très clair: la seule personne dont dépendait le sort de sa tête et du reste de ce qui allait avec était devant lui, et essayait de lui faire prendre une injure pour une faveur. Si Magnys essayait de lui faire croire qu'il n'était pas capable de tenir en laisse le diable qui lui servait de femme, Asher n'y croyait pas. Pour une raison ou pour une autre il avait souhaité privilégier cette chienne plutôt que la justice. La fierté d'Asher avait été son premier sacrifice. Serait-il capable de jouer sa vie pour obéir aux caprices d'enfant d'une femme qui n'avait que son titre pour justifier son comportement? Eh bien si c'était le cas, c'était pitoyable. Un point c'est tout. La naissance n'excusait pas tout. Très loin de là, au contraire.

Asher sentait que si il parlait, il allait encore une fois oublier la prudence. Il craignait d'en dévoiler trop sur lui à sa manière de parler car il était incapable de masquer sa pensée véritable. Autrement dit il allait finir, à ce rythme, par se mettre en danger, et avec lui, tout Karhold. Il fut pourtant incapable de se retenir lorsque le lord en rajouta une épaisse couche, lui rappelant à quel point il était censé n'être rien par rapport à cette créature écœurante, qui ne méritait vraiment pas, selon Asher, le statut qu'elle avait obtenu. Cette pensée lui rappela Evander, et il manqua d'en avoir la nausée. Son regard resta tout aussi vide qu'il l'était devenu depuis qu'il s'était refermé sur lui-même. Seule sa bouche frémit, avant qu'un éclair éphémère ne vienne foudroyer Magnys. Cette fois-ci, on pouvait vaguement lire le mépris sur son visage. Un mépris bien vite accompagné d'une tirade qu'il cracha littéralement. Et peut-être était-elle trop confiante pour être innocente.

"Épargnez-moi votre condescendance! Vous savez tout aussi bien que moi qu'à un tel niveau, il n'est plus question de votre femme mais uniquement de vous. Si vous la laissez faire ce qu'elle entend que ça vous plaise ou non vous cautionnez son comportement. Et à vous entendre vous le faites sciemment! Je vous suis gré de m'avoir sauvé, mais ne vous attendez pas à ce que je vous remercie pour m'avoir ouvertement humilié, lord Hawthorne, ni pour considérer que je vaux moins que la boue sous ses semelles! Même aux chiens, on ne s'adresse pas comme votre épouse et vous même m'avez parlé. A l'heure actuelle vous n'agissez pas mieux qu'elle, qu'importe ce que veut bien vous raconter votre conscience pour se soulager!"

Magnys lui eut-il expliqué qu'il avait tenté de le sauver tout en préservant le petit confort et la pauvre sensibilité de son horrible femme qu'Asher lui eut sans doute déjà dit la même chose, même si moins durement. Lady Rachei ne méritait pas qu'on la ménage. Pour Asher c'était la seule vérité qui comptait, et le reste n'était qu'hypocrisies détestables. Lui-même était conscient de s'être mis en grand danger en tenant ainsi tête au seigneur... Mais Asher n'avait su retenir son tempérament flamboyant. Il récupéra le manteau que lord Magnys lui lançait, coupé dans son élan par la tirade de ce dernier qui le fit clairement hésiter. Une ombre de peur couva dans son regard, bien vite remplacée par son habituelle inexpressivité. Il passa le manteau rageusement, non sans gronder d'une voix qui prouvait bien qu'il détestait qu'on insinue qu'il put être un voleur:

"... Je vous ai déjà dit que je n'étais pas un criminel."

... Ça n'était pas la plus intelligente des répliques, mais il y tenait. Même si du coup il réduisait le nombre des explications à la présence d'un tel manteau dans ses effets personnels, et par là même les chances qu'il avait de rester sous couverture bien longtemps... Allait-il devoir quitter Hawthorne à la hâte? Ça changerait ses plans, mais d'un côté, les terres de l'Ouest n'étaient pas faites pour lui. Le lord et la lady venaient de lui en donner une preuve forte.

Si Magnys avait des envies de meurtre, c'était aussi le cas d'Asher. Pincé, il acquiesça lorsque le lord le prévint qu'il l'attendait aux écuries. Asher n'avait plus grand chose à faire pour terminer de se préparer étant donné qu'il était déjà quasi intégralement habillé. Un bain ne lui eut pas fait de mal, mais il en aurait d'autant plus l'usage suite à cette partie de chasse. Surtout si elle s'avérait être à la hauteur de l'énervement de ses deux futurs protagonistes...

Il emporta avec lui son argent, de peur qu'un servant profite de son absence pour essayer de le piller. Il en aurait peut-être besoin, et serait embêté que des rumeurs détestables se répandent. Si on le trouvait avec tant d'or sur lui, plus aucune doute ne serait permis, et il sentait déjà sa position plutôt fragile... Au moins se sentait-il frais, et parfaitement guéri. Son flanc ne lui faisait plus mal du tout, et son endurance était revenue, même si de passer quelques semaines alité l'avait un peu affaibli. Il respira par amples gorgées jusqu'à parvenir à calmer sa colère. A proximité des écuries, il avait réussi à recouvrir son sang-froid. Sa rage froide était toujours là, mais au moins n'attendait-elle plus la moindre occasion pour s'exprimer déraisonnablement. Il s'approcha en silence du seigneur, même si vu sa taille, sa stature et son poids, il aurait eu du mal à paraître discret.

"Je n'ai plus d'arc ni de flèches. Mon arme s'est brisée en chemin."

Encore un mensonge éhonté, bien piètre, et dont il n'était déjà pourtant pas fier.
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Message Mer 21 Mar 2012 - 16:49

Il fut extrêmement difficile pour Lord Magnys de ne pas simplement rosser Logan comme il se devait. Même s’il avait eu tort, même si la gifle qu’il lui avait donnée résultait de la plus pure des injustices, comment osait-il parler à un seigneur sur ce ton ? Qui plus est, le seigneur qui l’avait sauvé et accueilli sous son toit ? Et alors qu’il tentait de s’excuser, le roux en remettait une couche ? Furieux, les yeux emplis d’une colère difficilement contenue et plus glaciale que le Mur lui-même, Lord Magnys resta silencieux. L’idée d’avoir en face de lui un simple chasseur, même Nordien, devenait de plus en plus incongrue. Aveuglé par la colère, il n’arrivait pas à penser correctement, mais il était indéniable qu’il ne tarderait pas à mettre le doigt sur ce qui clochait dans les mensonges que lui avait sorti Logan. Si c’était bien son nom, d’ailleurs ! Magnys en doutait fortement.

Logan voulait son manteau en fourrure ? Magnys n’allait pas le lui voler ! Le vêtement méritait difficilement son nom de ‘manteau’ à présent, après le long et éreintant voyage que Logan lui avait fait subir. Cela dit, en regardant les peaux de plus près, on pouvait s’apercevoir qu’elles étaient de bonne qualité, excellente même, et qu’elles ne devaient leur état lamentable qu’au traitement de Logan. La grande question était bien sûr : où avait-il pu trouver un vêtement d’aussi bonne qualité s’il était le simple chasseur qu’il prétendait être ? La réponse la plus simple et cohérente avec ce qu’il lui avait raconté était bien sûr qu’il l’ait volé, que ce soit à un homme vivant ou mort. Mais là aussi, quand Lord Magnys lui fit la remarque, Logan prit la mouche, outré et blessé dans sa fierté. Il n’était pas un criminel, hein ? Mais alors, qui diable était-il, bon sang ?

La question résonnait dans la tête du seigneur, mais elle lui était pour l’instant impossible à élucider. De toute façon, il n’était pas sûr d’en avoir envie : penser à Logan lui donnait des envies de meurtre, presqu’autant que de penser à sa chère épouse… C’est dire ! Néanmoins, pour sauver sa peau, il lui avait ordonné de participer à la chasse. En espérant, du coup, qu’il soit véritablement chasseur ! Il valait mieux pour Logan qu’il n’ait pas menti à ce propos… Magnys prit congé, en ordonnant au nordien de venir de le retrouver aux écuries.

Le seigneur descendit les quelques marches rageusement, et hurla après son écuyer une fois dans la cour. Il fut bien lent à son goût, mais une fois présent, il fut plus efficace que ce qu’aurait imaginé Magnys au premier abord. Il fallait qu’il se calme… Un bon galop dans la forêt lui ferait du bien, à n’en pas douter, mais pour l’instant, il continuait à ruminer, et ce n’était pas bon. Logan ne tarda pas à montrer le bout de son nez, réclamant des armes qu’il n’avait plus. Lord Magnys soupira, et pensa un instant les lui faire payer. Cela dit, il n’avait pas envie de provoquer encore une fois une rixe, et fit un vague geste de la main.

« Va voir l’armurier, et prend ce qu’il te faut. »

Dit-il simplement d’une voix lasse, et d’un ton monotone et froid. Magnys n’était pas facile à mettre en colère, et pourtant, Logan avait réussi cet exploit. Bon, il fallait aussi dire que Rachei n’y était pas étrangère, pas plus que Magnys lui-même. Parce que oui, le seigneur Hawthorne était en rage contre lui-même, et pas qu’un peu. Il savait au fond de lui qu’il avait fait ce qu’il fallait, mais la réaction de Logan l’avait ébranlé, et pas seulement parce qu’elle avait été violente ou inattendue. Quelque part, Magnys savait que Logan avait raison. Mais voilà, il devait quand même soutenir Rachei, pour sauver les apparences, pour préserver un mariage qui n’arrivera sûrement qu’une fois. Aucun seigneur alentour ne voudrait offrir sa fille à Magnys, et il le savait. Il était obligé de prendre ce qui lui tombait sous la main, même si c’était un cadeau empoisonné.

Une fois Logan prêt, ils se mirent en route vers les bois, sous un soleil frais de fin d’après-midi. L’automne était sur eux, et déjà Magnys sentait que l’air se rafraîchissait. Les pluies ne tarderaient pas à transformer le sol laissé sec par la sécheresse en infâmes mares boueuses. Le froid envahirait le Sud, et l’hiver apporterait peut-être même de la neige, bien que Magnys ne l’espérait pas. Après un printemps et un été meurtriers, la dernière chose dont ils avaient besoin était un hiver rigoureux…

Magnys ne décrocha pas un mot sur la route, et ne parla pas plus qu’il en fallait pendant la chasse. Logan pouvait lui servir des tirades, il ne lui répondrait que par quelques mots, d’un air froid et renfrogné. Il lui faudrait un peu de temps pour avaler ce qu’il s’était passé au castel, vous imaginez bien. Rachei… tout était sa faute. Pourquoi y’avait-il fallu qu’elle aille voir Logan de ses propres yeux ? Et sans en parler à personne… ? Il y avait vraiment des moments où Magnys avait envie de la mettre à mort sans autre forme de procès, mais il était bien trop intelligent pour le faire alors qu’elle était grosse. Cela dit, il vaudrait mieux pour aller qu’elle ne lui donne pas d’héritier du premier coup…
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Message Mer 21 Mar 2012 - 20:27

Asher avait été seul un moment, dans la chambre, puis sur le chemin des écuries. Le jeune homme avait eu tout le temps de laisser sa colère glaciale et dangereuse s'estomper. Au fur et à mesure qu'elle le faisait, une impression gênante présente en lui depuis le début de sa dispute avec le lord, mais qui avait été masquée par sa rage aveugle, avait augmenté en intensité jusqu'à ce qu'il se sente très mal à l'aise... voire même, honteux. Coupable. N'allons pas croire que ses regrets étaient destinés à Lord Hawthorne, lequel avait été injuste et s'était comporté comme un seigneur inéquitable aux yeux d'Asher, dont les vues n'étaient certes pas sans être extrêmes, même pour un homme du nord.

Cela dit, rétrospectivement, Asher repensait à tout ce qu'il avait dit. Il avait plus parlé en l'espace de cinq minutes qu'il n'avait parfois dû le faire en une semaine entière, chez lui à Karhold, quand la vie n'était pas aussi mouvementée qu'elle pouvait l'être parfois... Il se rendait compte qu'il aurait mieux fait d'être aussi peu loquace qu'en temps normal. Même lui était capable de se rendre compte que ses propos étaient une véritable provocation à l'encontre du seigneur, dont il remettait à cause la politique dans son propre domaine. Ce n'était pas la première fois qu'il désapprouvait un homme de ce rang, mais jusqu'à présent, il avait su tenir sa langue et garder pour lui les commentaires trop francs, trop dangereux, qu'il aurait voulu émettre. Quand Asher ne pouvait pas dire ce qu'il pensait, il préférait se taire plutôt que de mentir. Maintenant, il s'était mis dans la panade, car il était certain que Magnys n'oublierait pas si vite son comportement.

Il s'était mis en danger, et par là-même, avait mis en danger l'héritage des Karstark et tout le peuple dépendant de sa seigneurie. Asher était persuadé qu'Evander serait un lord terrible pour Karhold, si bien qu'il sentait le poids de ses responsabilités lui écraser les épaules... Et le poids de son irresponsabilité peser sur sa conscience. Il avait été diablement stupide, et ne pouvait rien faire de plus pour y remédier que d'y réfléchir à deux fois la prochaine fois que Lord Hawthorne ferait ou dirait quelque chose qui allait à l'encontre de tous ce en quoi il croyait. Il se sentait d'autant plus mal qu'il se rendait compte qu'il ne s'était pas énervé juste parce que ses principes avaient été bafoués, mais aussi parce que Magnys avait froissé quelque chose en lui qu'il ne croyait pas posséder: une fierté qui n'était pas que noble, et qui en un sens l'était peut-être trop. Asher ne se serait pas cru comme ça, vraiment... Pourtant, les sauvageons lui avaient comprendre combien il n'était qu'humain, qu'importe son rang et sa naissance. Il n'aurait pas dû se laisser si aisément corrompre... Quand bien même il avait ses raisons d'être frustré. Evander lui avait tout volé, et il était obligé de se faire passer pour un simple chasseur alors même qu'il brûlait d'envie de venger Aonghas, et de se faire justice. Dans ces conditions il lui était difficile de faire abstraction de cette identité qu'on essayait de lui arracher...

Vêtu de son manteau usé, Asher se sentait un peu mieux. La chaleur des peaux familières le réconfortait un peu. C'était un bout de chez lui qui le suivait, malgré qu'il fut si loin... Il ne voulait pas penser à la distance qui le séparait de ses contrées de naissance. Asher y était très attaché, et il n'avait jamais voyagé si loin. Il avait l'impression de n'être plus que l'ombre de lui-même... Comme si son cœur était resté attaché à son foyer, et que seul son corps se mouvait ici et maintenant, dans cet environnement qui lui était hostile et étranger. Il se força à songer à autre chose, car ces pensées risquaient de lui faire perdre un moral qu'il n'avait déjà que de justesse. Malheureusement il s'avéra bien incapable d'invoquer aucun autre sujet pertinent... Il s'abîma donc dans la contemplation du domaine, et du paysage proche, et pourtant si éloigné de celui qui peuplait encore son for intérieur.. . Il avança jusqu'à retrouver Lord Magnys, lequel avait l'air énervé. Même Asher n'eut aucun mal à savoir pourquoi. Il devait toujours penser à ce qui était arrivé, quelques minutes plus tôt... Le roux avait envie de lui décocher un regard réprobateur supplémentaire, mais il s'en abstint, conscient qu'il s'agissait là d'une très mauvaise idée, et désireux de se rattraper. A la place, il préféra agir comme il agissait toujours: il se para de sa plus belle mine inexpressive, et posa sur un ton à peu près similaire le plus pragmatique des problèmes qu'il pouvait poser: Ils allaient à la chasse, oui, d'accord. Mais Asher n'avait pas d'armes avec lui pour chasser.

Magnys décida de faire preuve de sang-froid et lui offrit d'aller voir l'armurier afin de s'équiper correctement, ce qu'Asher fit sans broncher, suite à un simple mouvement de tête modérément reconnaissant. Il en voulait encore trop au lord pour être capable de plus de chaleur. Il s'éloigna donc le temps d'aller chercher son matériel: un carquois rempli de flèches de belle qualité - mais il y était habitué - ainsi qu'un arc de taille standard, robuste, de ceux avec lesquels il était habitué à tirer. Il revint vers Magnys, et monta sur le cheval qui avait été scellé pour l'occasion. Si pour la chasse il n'avait pas encore fait ses preuves, sa fluidité lors de la montée, et son port sur le cheval prouvaient qu'Asher était un cavalier expérimenté, ce que lord Hawthorne aurait sans doute tôt fait de remarquer si il continuait de l'analyser pour essayer de comprendre ce qui n'allait pas chez lui. Asher n'avait absolument aucune conscience du fait que de montrer l'étendue de ses capacités pouvait lui être néfaste. Après tout un roturier pouvait très bien être spécialement doué dans le domaine équestre... Restait à voir si sa tenue et sa maîtrise, propre, ne risquaient pas de trahir un peu son éducation. Lui n'avait même pas conscience de l'infime différence que pourrait éventuellement ressentir un œil averti.

En attendant, Asher avait décidé de se taire, et cette fois, il n'allait pas faillir à sa réputation d'homme sévère et silencieux. Il regardait la route et, tant que possible, évitait de croiser le regard de son protecteur, contre lequel il était encore très en colère. Il gardait les lèvres fermement closes, voire pincées, déterminé à faire ce qu'on lui demandait, et strictement rien de plus.
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Message Ven 30 Mar 2012 - 10:24

Peut-être qu’une bonne partie de chasse calmerait les nerfs de Magnys et permettrait à Logan de retrouver ses esprits. Il ne pouvait que les avoir perdus après ce qu’il avait osé dire à celui qui l’avait sauvé et lui avait offert asile, alors que rien ne l’y avait obligé. Il s’était oublié, ou alors avait oublié le mensonge qu’il avait servi à Magnys en premier lieu. Ce dernier n’était pas né de la dernière pluie, et se doutait depuis le début que Logan ne lui avait pas dit l’entière vérité. Mais jusqu’où avait-il menti ? Et qu’avait-il omis de dire ? S’être douté de quelque chose était une bien piètre consolation pour Lord Hawthorne, qui avait quand même la désagréable impression de s’être bien fait roulé dans la farine. Logan… était-ce d’ailleurs son véritable nom ? Rien que d’y penser, Magnys sentait sa peau frissonner. Il se rendait désagréablement compte qu’il n’aurait peut-être jamais du faire confiance à l’homme qu’il avait sauvé. Peut-être aurait-il du mourir sur les routes, ce soir-là, qui sait ?

Aidés de l’équipe de chasseurs du Castel, ils repérèrent un cerf. Hélas, Magnys était moins bon chasseur qu’il aurait aimé l’être, et laissa ses hommes se débrouiller avec l’animal. Il espérait bien sûr que Logan prenne part à sa mise à mort, et il comptait bien rester en retrait pour surveiller les faits et gestes de ce dernier. Peut-être aurait-il un indice sur son origine ? Peut-être la vérité finirait-elle par surgir, crue et nue devant ses yeux ? Mais apparemment, Lord Hawthorne n’était pas aussi doué en divination qu’il l’aurait voulu. Il y avait toujours ce petit je-ne-sais-quoi troublant à propos de Logan - et Magnys ne pensait pas à sa chevelure flamboyante - quelque chose qui ne collait pas, mais sur lequel il n’arrivait pas à mettre le doigt. Comment expliquer cette impression diffuse non pas de déjà vu, mais au moins familière… ?

Magnys secoua la tête distraitement. Ce n’était pas le moment de penser à ça : il suffisait que Logan ne soit pas dans le bon camp et décide de l’attaquer par surprise pour qu’il se fasse bêtement tué. Non, il fallait qu’il reste sur ses gardes, Epine au flanc. Lorsqu’ils revinrent à Castel Hawthorne, sous le soleil couchant, ils ramenèrent un cerf et plusieurs lapins avec eux. Ce n’était pas une excellente chasse, mais ça suffirait à calmer les humeurs capricieuses de Lady Rachei. Du moins, pour ce soir. En rentrant dans la cour, Magnys laissa Antiva, sa jument, aux bons soins des garçons d’écurie, et veilla à ce que les animaux soient immédiatement transférés aux cuisines. Quant à Logan... Il se tourna vers lui, le regard dur, encore courroucé visiblement, et lui lança d’un ton sans réplique :

« Une fois que tu auras dîné, et j’entends bien que tu le fasses seul et dans ta chambre, tu viendras me voir dans mon bureau. Nous avons à parler. »

C’était évident, du reste. Cela dit, un bon repas et un peu de vin ne seraient pas de refus avant de passer aux choses sérieuses. Magnys quitta Logan sur ces mots, et alla rejoindre Lady Rachei, plutôt calme, comparé à ce qu’il s’était passé plus tôt. En même temps, Magnys l’avait défendue, quand bien même elle ne le méritait pas. Elle n’avait pas la sensation de ne pas le mériter, bien sûr, mais au moins avait-elle conscience que Lord Hawthorne n’en avait pas complètement rien à faire. Il s’enquit de la santé du bébé et de sa mère, et pendant un temps leur conversation fut miraculeusement plaisante. C’était exceptionnel… Peut-être que Mestre Adelbert avait versé quelque chose dans son thé ? Quelque chose qui l’avait calmée ? Ce n’était pas impossible. Rachei ne tapait pas que sur les nerfs de Magnys : la moitié du Castel l’évitait quand c’était possible, bien qu’elle n’en sache absolument rien. Il n’y avait bien que Magnys pour être si peu hypocrite, au final. Pas que ça lui serve, non…

Le repas fut excellent, d’autant plus que cela faisait un moment que Lord Hawthorne n’avait pas ripaillé sur du gibier rôti, un de ses mets favoris. Lady Rachei elle-même ne se priva pas, d’autant plus qu’elle mangeait pour deux, rappelons-le. Cela dit, une fois la viande et le vin disparus de la table, Magnys sut que la suite allait être bien moins agréable. Il prit congé de Rachei, promettant de revenir plus tard dans la soirée - ce qu’il ne faisait quasiment jamais en fait - et traversa la cour pour rejoindre son bureau. Il espérait y trouver Logan, déjà là, telle une statue vivante. Ce serait bien lui, de se comporter ainsi… Magnys passa une main fatiguée dans ses cheveux, les remettant en arrière, histoire d’éviter de les avoir dans les yeux. Il croisa Ser Jayce dans la cour, qui s’inclina respectueusement, et se demanda soudainement ce qu’il aurait fait à sa place. Tant que l’enfant de Magnys n’était pas né, Jayce était l’héritier de Hawthorne, et aurait pu l’être bien avant si Alessi avait failli deux fois, et non pas une seule. Qu’aurait-il fait, marié à une femme comme Rachei, et ayant offert l’asile à un homme dont il ne connaissait rien ? Magnys secoua légèrement la tête. Ces questions n’avaient aucune importance. Le Lord ici s’appelait Magnys et non pas Jayce. Toutes ces décisions étaient les siennes… et s’imaginer ce que le Faux-Cerf aurait fait n’aiderait en rien.
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Message Ven 30 Mar 2012 - 20:07

Asher avait donc retrouvé son calme, son silence habituel... Un peu trop tard cela dit. Ses paroles avaient laissé d'épaisses traces et sa relation avec le lord risquait d'en être durablement affectée. Ce dernier avait baissé dans l'estime d'Asher suite à la scène qu'il avait donné face à sa femme, mais la déception était dorénavant très certainement réciproque... Le problème étant que le seigneur d'Hawthorne avait les moyens de lui faire payer ses dures paroles, tandis qu'Asher... Asher ne pouvait rien lui dire. Il n'avait pour lui que sa bonne foi, et son sens de la justice que tout le monde - visiblement - ne partageait pas. Pour le bien de Karhold, le nordien décida de ravaler son honneur blessé... et qui de toute façon avait déjà été bafoué une première fois par Evander, et une deuxième fois par ses propres soins: s'être oublié, avoir été égoïste... Tout cela n'avait rien de très glorieux. Il regrettait amèrement ses paroles, aussi juste lui aient-elles paru, et aussi justes lui paraissaient-elles encore.

Soucieux de garder son intégrité, il avait donc opté pour une absence de communication salvatrice. Le silence ne l'empêchait pas de chasser... Au contraire, il était nécessaire à la concentration, et encore plus à la discrétion qui leur permettrait de piéger les animaux oisifs. Sa maîtrise de l'équitation était excellente, ce qui n'était pas forcément commun pour un roturier, d'autant que son port gardait la trace des enseignements riches et précis donnés par ses proches et précepteurs. Asher, si observateur fut-il lorsqu'il s'agissait des gestes d'autrui - seulement dans ce qui recouvrait les pratiques martiales et équestres précisons - il ne se rendait pas compte que ses propres gestes pouvaient le trahir. Il comptait trop sur son prétendu statut de chasseur, censé justifier son expérience et l'aisance, la fluidité, dont il faisait preuve à l'heure actuelle. Le cerf tant attendu de Lady Rachei finit par pointer le bout de son museau... Le cœur n'y était pas, mais le roux s'apprêta donc à effectuer sa besogne. Celle qu'on lui avait assigné. Rien de plus simple après tout... Il lui suffisait d'oublier pour qui cette chasse était destinée, et d'effectuer le geste habituel, ni plus ni moins. Sans prendre en compte les autres chasseurs qui tenaient en joue la bête, "Logan" décida de se racheter, plus pour assurer sa survie que par véritable envie de plaire à son hôte. L'arc se tendit, puis se détendit vivement. La flèche fendit l'air en suivant une trajectoire précise. Perspicace, la tête métallique trouva son chemin jusqu'à la jugulaire de la bête, qui tomba à terre dans un cri terrible avant de se vider de son sang, et de mourir sans même avoir eu le temps de courir pour sauver sa vie. Les hommes accompagnèrent ses dernières secondes en entourant son corps, encore tremblant et gémissant. Asher lui avait infligé une blessure létale. Il avait volontairement visé le point faible qu'il avait atteint pour éviter que l'animal ne parvienne à fuir, mais malgré son expérience, il ne réussissait pas toujours d'aussi bon tirs. Il avait donc eu de la chance en plus d'être plutôt doué. Il était plus habitué à manier le marteau, avec lequel il avait plus d'affinités... Mais on ne chassait pas le cerf avec une masse d'arme ni avec un grand couteau.

La chasse dura encore un peu. Quelques lapins, pas grand chose de plus. Toujours dans le silence. Puis, ils revinrent au castel et laissèrent les servants récupérer les victuailles, butin de la journée. Le lord se tourna vers Asher, lequel lui rendit son regard. Plutôt que de garder sa rancune apparente il fit cela dit en sorte de garder son expression neutre, parfaitement inexpressive. Et il se força à la maintenir même lorsque Magnys le rabroua, d'une manière qui l'alerta pourtant, et fit battre son cœur plus fort. Si le lord était observateur, il aurait remarqué que les pupilles de son invité s'étaient étrécies faute à l'adrénaline qui coulait dans ses veines. Manger seul dans sa chambre l'arrangeait. Devoir parler à Magnys en tête à tête dans son bureau... Beaucoup moins. Asher craignait que son hôte n'ait finalement reconsidéré sa décision de le laisser vivre... Sa méfiance l'inquiétait. Il perdait progressivement la sécurité précaire qu'il avait acquise en restant sous la protection des Hawthorne... D'un coup, l'idée lui apparut clairement: A rester ici trop longtemps, il se mettait en danger. Magnys ne l'aiderait sans doute jamais, et aurait tôt fait de le livrer à la justice erronée de ses parents, ainsi qu'à la cruauté de son frère. Au mieux le bannirait-il... Et à ce compte là mieux valait qu'Asher parte de lui-même avant que cet homme n'en apprenne trop sur lui... Avant qu'il tienne sa vie entre ses mains, au sens le plus littéral du terme.

"... Compris."

Mais déjà en cet instant, Asher n'avait plus aucune intention de coopérer, ni de se présenter au rendez-vous. Il salua le lord d'un bref coup de tête, avant de s'éloigner en direction de sa chambre... Où il prit malgré tout le temps de manger la nourriture qu'on lui apporta, et de réfléchir à deux fois à sa décision. Agir dans la précipitation ne lui avait rien apporté de bon aujourd'hui... Il mâcha donc consciencieusement, accompagnant chaque mouvement de mâchoire d'une pensée. Qu'importe la manière dont il retournait la situation... Il se rendait compte que de rester chez les Hawthorne ne lui apporterait rien de bon. Il s'agissait d'une petite maison, sans grande influence... La Lady ne l'appréciait pas, et c'était réciproque. Le lord n'était pas coopératif, contrairement à ce qu'il avait pensé au premier abord. Asher devait partir... Gagner le sud. Dorne, peut-être? Ce qu'il avait entendu des gens de cette région lui avait plu et il était curieux d'en apprendre plus à son sujet. Se faire des alliés si loin au sud n'était peut-être pas la plus brillante des idées qu'il ait eu... Déjà qu'il n'était pas doué pour avoir des idées brillantes... Mais entre Dorne et l'Ouest de toute façon...

Il reposa ses couverts, et décida qu'il n'avait que trop importuné les gens d'Hawthorne. Les gardes l'empêcheraient de sortir de la chambre... Mais on avait omis de bloquer les fenêtres, peut-être parce qu'on avait oublié qu'il était guéri et parfaitement capable de prendre ce raccourci. Enfin, espérait-il... Car il était tout de même au deuxième étage, quand bien même la butée contre laquelle reposait le mur rendait ce chemin beaucoup plus praticable. La chute serait moins vertigineuse si il ratait sa descente... Mais mieux valait éviter de tomber. Il ouvrit la vitre, et constata que le jeu de bordures et de murets était suffisamment dense et solide pour qu'il puisse s'aventurer dessus sans trop de risques, et armé. Il alla donc récupérer ses effets personnels, avant de ranger ces derniers à sa ceinture. Ainsi harnaché il passa prudemment par la fenêtre, puis commença sa descente lente et prudente... Il n'était pas question de mourir maintenant, stupidement. Asher mit plusieurs longues minutes à atteindre le bas, car il n'était pas vraiment acrobate. Il fit en sorte d'éviter de passer devant d'autres fenêtres. Par chance, le pan de mur sur lequel il naviguait était caché aux regards. Dès qu'il fut en bas, il ne perdit pas de temps, et avança avec rapidité en direction des écuries. A cette heure, il pouvait espérer qu'il n'y aurait personne, tout le monde étant en train de se remplir la panse pour reprendre des forces. Il chercha son cheval - celui avec lequel il était venu ici. Le palomino était encore en vie... Il semblait être redevenu fringant à force de soins. Comme son maître, il avait récupéré. Les traits d'Asher se détendirent, et il tapa rapidement sur le nez de l'animal pour le saluer, tel un vieil ami. La brave bête lui avait sauvé la vie, presque au prix de la sienne. Asher songea à seller l'animal... Cela dit il était arrivé sans matériel. Repartir avec aurait été du vol... Asher était bien décidé à rester aussi honnête qu'il en était capable dans sa position. Au moment où il allait monter sur le cheval... Il sentit la pointe d'une arme mordre son dos. Point de mauvais réflexe... Asher se figea, et cessa instantanément de respirer. Cette manière de le menacer... C'était plutôt clair. On le tenait en joue avec une arbalète, le tout à bout portant. Il était à la merci d'un homme qui, discrètement, avait réussi à s'approcher de lui, et à le piéger. Et l'homme confirma vite ses craintes:

"Plus un geste rouquin... Un carreau d'arbalète entre les épaules peut faire bien du mal à un homme. Où vas-tu donc à ce rythme..?"

... Asher se détendit, et laissa ses bras retomber. Lorsque l'homme fut certain, grâce à son langage corporel, qu'il n'allait pas attaquer, il éloigna l'arme de quelques centimètres de son corps, sans cesser pour autant de le braquer. Asher se retourna lentement, les mains suffisamment en vue pour laisser comprendre qu'il n'avait pas l'intention de se défendre. Son esprit vide n'arrivait même plus à considérer les implications de ce raté monumental...

"... Je souhaitais juste partir. Il s'agit de mon cheval, je ne fais rien de mal..."

Ce n'était... Pas faux. Mais Asher était quasiment certain que personne ici ne le verrait de cet œil... Ce que lui confirma le sourire amusé de son interlocuteur.

"Sachant qu'il a demandé à faire surveiller la porte de ta chambre pour que tu n'en sortes pas, ça m'étonnerait que Lord Magnys soit de cet avis, tiens... Avance plutôt."

Il comptait le ramener dans ses quartiers, et demander à ce qu'on surveille l'intérieur de sa chambre aussi... Cela dit c'était sans compter sur le sort, qui voulut qu'ils croisent le lord en lui-même tandis qu'ils avançaient dans la cour, l'un devant , l'autre derrière, le tenant en respect avec une méfiance justifiée: Si Asher avait pu, il l'aurait assommé pour achever sa fuite.

"Tiens donc, quand on parle du loup... Lord Magnys, regardez-donc ce que je vous ramène, on dirait que vous l'aviez égaré dans les écuries... Il était presque prêt à monter sur ce coursier usé avec lequel il est arrivé..."

... C'était de mieux en mieux. Ça n'aurait pas pu être pire. Enfin si. Mais mieux valait éviter d'y penser. Asher eut le bon goût de paraître embarrassé... A ce rythme, cette histoire allait très mal se terminer.
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Message Jeu 5 Avr 2012 - 12:17

Alors que Magnys s’avançait à pas rapides à travers la cour, il fut bien étonné de tomber sur un spectacle pareil. Miles, un de ses hommes d’armes les plus doués, à défaut d’être valeureux, tenait en joug Logan… Cela valait bien un magnifique haussement de sourcils de la part de Lord Hawthorne. Ce dernier se surprit lui-même de ne pas exploser de colère. Il n’était pas furieux, comme on aurait pu penser qu’il allait l’être, il était simplement perplexe. Et peut-être un peu las aussi… Qu’est-ce que Logan avait encore trouvé d’intéressant à faire pour que Miles le menace d’un carreau ?

Aux paroles de ce dernier, Magnys haussa de nouveau un sourcil, et planta son regard dans celui du roux. Il allait repartir ? Sur le même cheval… ? Ca pouvait paraître un détail, mais aux oreilles du Lord cela sonnait quand même bien étrangement. De plus en plus perplexe, Magnys déclara simplement d’une voix douce :

« Pauvre bête. Laisse-la se reposer encore un peu pendant que nous discutons. Il me semble que nous avons vraiment beaucoup de choses à nous dire, Logan… »

Magnys fit un silencieux signe à Miles de continuer à ‘escorter’ le roux, du moins jusqu’à ce qu’ils atteignent tous les trois le bureau du Lord. D’un geste, ce dernier congédia Miles, qui s’inclina non sans un sourire et désarma son arbalète. Il resta pourtant près de la porte, sans que Lord Hawthorn n’ait donné aucun ordre. Voilà pourquoi il tenait Miles en estime. Il avait beau n’être qu’un roturier, loin d’être un chevalier, mais il avait de bons instincts, et ils se comprenaient avec un simple regard. Cela valait tous les ‘Ser’ de Westeros.

Le brun entra dans le bureau, attendit que Logan fasse de même et referma la lourde porte boisée derrière lui. Le bruit de cette dernière assourdit le soupir las de Magnys, qui tourna alors les yeux vers Logan. Il ne le comprenait pas. Vraiment pas. Il ne lui avait pas dit toute la vérité, il en était sûr, mais pour vouloir repartir à la faveur de la nuit par un coursier pourtant déjà bien éprouvé, que pouvait-il se passer entre ses deux oreilles ? Il aurait été tellement plus simple d’en voler un dans les écuries. A moins que Logan ne soit… honnête ? Un honnête menteur… ? Pourquoi pas.

Mais depuis un moment, Magnys avait des doutes, et pas de petits. Il avait longtemps cherché ce qui ne collait pas dans le récit et les actes de Logan, mais en mangeant et en voyant Miles l’empêcher de partir en reprenant la même monture que lorsqu’il était arrivé, Lord Hawthorne commençait à avoir une idée. Elle était peut-être fausse, il n’était pas infaillible, mais… La façon dont Logan se tenait, comment il montait et chassait, comment il lui avait parlé… En réalité, Logan s’était trahi à de nombreuses reprises, mais Magnys avait été trop peu doué pour s’en rendre compte. Jusqu’à ce que ça ne devienne évident.

« Si tu as peur pour ta vie, rassure-toi, mon opinion n’a pas changé. Logan… Ce n’est pas ton nom. Pas exactement. De quelle famille viens-tu ? »

Il n’était pas spécialiste dans les familles nordiennes - par contre il était quasiment sûr que l’homme venait du Nord - mais il en connaissait quand même certaines. Les Hommes du Nord avaient beau mépriser les tournois et ne garder leurs bannières que pour les batailles, il n’empêchait que Magnys aimait assez lire pour être tombé deux ou trois fois sur des récits parlant du Nord. Impossible d’ignorer les Stark, par exemple, ni leurs rivaux, les Bolton. Pour le reste… C’était déjà plus flou.

« Tu n’es pas qu’un simple chasseur, je l’ai deviné… Mais tu n’es pas non plus un voleur, sans quoi tu aurais tôt fait de choisir un de mes chevaux pour t’enfuir, au lieu de reprendre celui qui t’a amené jusqu’ici. Où crois-tu aller ? »

La voix de Magnys n’était pas méprisante, bien au contraire. La fatigue mentale avait du le rendre plus doux, d’autant plus que de surprendre Logan en pleine fuite avait été une véritable gifle pour lui. Avait-il réellement été si menaçant ? Hmm… il fallait croire que oui… Après tout, Miles avait l’habitude de dire qu’il ne manquait pas de charisme et de force quand il prenait sa lordface. Magnys soupira à nouveau, et alla s’asseoir. Pas dans le siège qui lui était réservé, non, mais plutôt dans la causeuse alignée le long du mur. Il ignorait encore pourquoi, mais il n’aimait pas l’idée d’un Logan encore paumé sur les routes, on-ne-sait-où, à la merci des brigands. Il avait beau être un homme doué pour le combat, il restait un homme seul. Sans Magnys, il serait déjà mort… C’est assez éloquent, non ?
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Message Jeu 5 Avr 2012 - 16:39

Asher imaginait que le lord exploserait effectivement de colère, ou bien, qu'il redoublerait de mécontentement, au minimum. Contrairement à ce qu'il avait attendu, Magnys ne haussa pas le ton. Ce fut le tour d'Asher d'être étonné. Il avait pensé qu'il allait essuyer une réprimande... Ses traits se détendirent sous l'effet de la surprise, avant de se fermer à nouveau, presque instantanément. Il devait paraître cruel ou inconscient, de vouloir reprendre la route avec l'animal qu'il avait déjà presque tué pour venir... Asher ne souhaitait cependant pas commettre un crime et donner raison à Evander. Il ne voulait surtout pas se corrompre faute à ce démon... Ainsi n'avait-il pas vraiment le choix. D'autant qu'il n'aurait pas eu à galoper à aussi vive allure qu'à sa première fuite, car ici, il n'était rien ni personne. L'animal aurait eu beaucoup moins de difficultés cette fois-ci. Ce qu'il allait évidemment bien éviter d'expliquer à Magnys, malgré que celui-ci eut l'air de vouloir parler. Beaucoup parler, même, à en juger ses dires... Ça n'arrangeait guère Asher, lequel aurait préféré en dire le moins possible. Pourquoi Magnys souhaitait-il s'entretenir avec lui..? Certainement pas au sujet de son intégration dans l'équipe de chasseurs du castel en attendant. Le ton n'aurait pas été le même. Asher aurait-il été percé à jour..? Ça lui semblait fortement improbable: Il n'avait rien dit ou fait qui soit suffisant à son goût pour le trahir vraiment. Mais ça n'aurait pas été la première fois que quelqu'un faisait preuve d'une pertinence bluffante à son égard.. . Bluffante ou pas si bluffante que ça d'ailleurs. Il n'était juste pas doué pour cacher des choses. Comme par principe il ne le faisait quasiment jamais, son peu de finesse d'esprit restait à l'état de joyau brut, et il n'avait pas l'intention d'y changer quoique ce soit, fier qu'il était de sa droiture. Autant dire qu'il n'était pas au bout de ses surprises.

L'arbalète pressa contre son dos et le força à reprendre la marche (vous devant... et moi derrière bien sûr). Il recommença donc à avancer d'un pas lourd, à contrecoeur. Il avait la mine sombre, et l'allure d'un condamné. Et il la maintint jusqu'à arriver à la porte du bureau, où on cessa de le tenir en joug. Il se retourna pour jeter un coup d'œil noir à l'homme qui l'avait piégé. Puis, il hésita durant un quart de secondes à essayer de fuir quand même... avant de se rendre compte que c'eut été stupide. L'homme d'armes de Magnys l'avait piégé: il n'était pas mauvais. Il avait encore son arbalète. Le lord lui-même devait certainement savoir se défendre. Il aurait tous les gardes du castel sur lui, ou bien il aurait tôt fait de gésir mort sur le sol, avant même d'avoir réussi à en assommer un des deux. Il soupira donc avec humeur, avant d'entrer dans la pièce, à la suite de Magnys.

Le roux avança jusqu'à se tenir debout, au centre, en attente de la suite. Il plongea ses prunelles indéchiffrables dans celles du lord qu'il suivait du regard en attendant qu'il parle. Asher n'avait rien à dire... Si le seigneur d'Hawthorne voulait entendre quelque chose de sa bouche, il allait falloir qu'il lui dise quoi exactement.

La belle assurance d'Asher, et sa carapace d'acier, se brisèrent presque instantanément lorsque le lord daigna enfin en venir aux faits. Il avait été on ne peut plus direct, ce qu'Asher appréciait généralement... sauf que là ça ne l'arrangeait guère, d'autant que Magnys avait vu juste... voire, trop juste.

Ces mots eurent l'effet d'une explosion. Si Magnys lui demandait son nom de famille, c'est qu'il était déjà plutôt sûr de lui. Lui mentir encore n'aurait fait que renforcer sa méfiance. Le nordien eut l'impression d'être pris au piège, entre son incapacité de garder son identité secrète plus longtemps, et la nécessité qu'il avait de la cacher. Son visage se décomposa, ses prunelles s'étrécirent et son regard flancha. Sa bouche entrouverte oublia brièvement d'aspirer de l'air... Qu'aurait-il dû répondre? Comment Magnys avait-il pu viser si juste? Aucune réponse spontanée ne lui vint. Il se rendit compte, un peu tard, que la manière dont il avait accusé le coup lui interdisait toute tentative de nier. Il venait de silencieusement prouver à Magnys qu'il avait raison. Et c'était maintenant que les problèmes commençaient.

Asher baissa les yeux, et soupira encore, l'air soudain las, éreinté. Il était fatigué de cette situation... fatigué de ne pas être lui-même, et de devoir se cacher. Finalement, peut-être n'était-ce pas si grave qu'il se soit à l'instant trahi... Il n'aurait sans doute pas trouvé la force d'inventer un nouveau mensonge. Asher était persévérant pour beaucoup de choses mais ça, c'était au dessus de ses forces. Il était pourtant hors de question qu'il se laisse tuer faute à un malentendu... Maintenant, il n'avait plus le choix: il fallait qu'il réussisse à convaincre Magnys de son histoire, et qu'il s'attire, dans la mesure du possible, ses bonnes grâces. La deuxième question était la moins délicate d'entre toutes. Il commença donc par là, moins dur qu'à l'habitude tant dans sa façon de parler que d'observer son interlocuteur. Les seules armes qu'il lui restait, c'était sa franchise et sa bonne volonté. Elles étaient à double-tranchant, mais Asher était désespéré.

"Personne ne peut nous entendre, n'est-ce pas?"

Mieux valait qu'il s'en assure avant de risquer d'être trop franc.

"Je... pensais continuer d'avancer vers le sud. M'aventurer jusqu'à Dorne... Je ne sais pas si l'idée est excellente mais je ne suis pas à l'aise avec vos coutumes, et il va me falloir plus de chance qu'il est possible d'en avoir pour parvenir à.. prouver mon innocence."

Il aurait bien eu besoin de s'asseoir. Impossible de bouger pourtant. Magnys n'allait rien comprendre à sa bouillie de mot, et pourtant Asher avait jugé qu'il faisait bien de clamer son innocence avant de décliner sa véritable identité au seigneur. Il y avait peu de chance pour que les gens de l'Ouest aient entendu parlé de ses problèmes de famille... Mais on était jamais à l'abri d'un hasard malencontreux, et on ne donnait généralement que peu de temps pour s'expliquer à ceux qu'on soupçonnait de fratricide. La gorge nouée, en prise à l'effroi, il se força à terminer:

"Je ne pouvais pas prendre le risque qu'une rumeur éventuelle vous permette de me reconnaître... Donc je ne vous ai pas donné mon véritable nom." ... Ses cheveux l'auraient vite trahi si une quelconque rumeur avait effectivement frôlé les oreilles seigneuriales, mais il n'en avait pas conscience, donc passons. "... Je m'appelle Asher Karstark."

Voilà, c'était dit... Ne restait plus qu'à prier pour que Magnys réagisse bien à cette annonce. Anxieux, et ne s'en cachant pas, le nordien attendit le verdict de son sauveur.
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Message Ven 6 Avr 2012 - 12:30

Ah, il allait parler ! Enfin ! Magnys s’était tranquillement posé dans sa causeuse, mais restait tout de même tendu. S’éloigner un peu sans poser un meuble entre deux pour faire office de barrière pourrait mettre Logan en confiance. Logan… ce n’était sûrement pas son vrai nom, ou alors pas un nom complet. Quand Magnys en fit part au roux, ce dernier resta longtemps silencieux, comme touché par un carreau invisible. Miles était peut-être un bon arbalétrier, mais de là à tirer des carreaux à travers les murs… ! Non, Magnys comprit qu’il avait vu juste. Peut-être même un peu trop… Il faudrait que Logan parle maintenant. Il n’en avait plus le choix. Alors, quand il demanda si personne ne pouvait les entendre, Lord Hawthorne hocha solennellement la tête.

Le récit de Logan commençait par sa destination hypothétique. Lord Hawthorne ne put s’empêcher de hausser un sourcil : Dorne ? Aussi loin… ? Mais il aurait fallu qu’il prenne un bateau à Villevieille - ou ailleurs - ou qu’il traverse la Passe du Prince, ce qui aurait voulu dire, pour un homme seul comme Logan, un suicide. C’était une chance pour lui qu’un Lord de seconde zone comme Magnys l’ait arrêté dans sa folie, quand bien même les coutumes de l’Ouest - et du Sud en général, exception faite de ces chers Dorniens bien sûr - pouvaient paraître incompréhensibles pour un Nordien. Et de nouveau, Logan parla de son innocence… il était convaincant, ça ne faisait pas de doutes, mais il n’avait toujours pas répondu à la principale question de Lord Hawthorne : qui diable était-il ? Quand Logan reprit la parole, l’absurdité de sa réponse gifla Magnys.

Impossible. C’était tout bonnement impossible. Jamais Magnys n’aurait pensé être aussi près de la vérité. Il avait presque failli lui demander s’il était un Stark, pour prendre autant de précautions… Il n’était pas si loin de la vérité. Les Karstark… Sur le coup il avait oublié leur existence, mais il se souvenait de ses lectures historiques et généalogiques. Oh oui, il n’était censé connaître l’histoire du Nord par cœur, et c’était loin d’être le cas, mais entre Stark et Karstark, quand même ! Les deux familles étaient liées par le sang, lorsqu’on remontait assez loin, alors on pouvait dire que finalement, Magnys n’avait pas eu totalement tort. Et c’était bien ça le plus fou.

Assis sur sa causeuse, Lord Hawthorne resta un long moment silencieux, abasourdi par la nouvelle. Un Karstark, ici ? Dans ses souvenirs, Karhold était profondément enfoncé au Nord, ce qui rendait la chevauchée de Logan… d’Asher encore plus incroyable. Oui c’était vrai, comment y croire ? Magnys avait eu le réflexe de nier, et de se moquer du roux, mais quelque chose dans ses yeux l’en empêchait. Cet homme ne mentait pas. Pas cette fois. Et de toute façon, qu’est-ce qu’un tel mensonge lui aurait apporté, je vous le demande… ? Il fallait être bien sot pour se faire passer pour un Karstark ayant fui sa famille. A ce propos, Magnys se demandait à quel point l’histoire du frère jaloux était vraie. Asher n’avait pas non plus eu l’air de mentir la première fois… Soit il mentait très bien, soit il y avait une grosse part de vérité dans son récit. Magnys préférait largement la deuxième solution.

« Tu serais bien idiot de mentir là-dessus, j’en conviens… Mais il vaut mieux ne plus prononcer ce nom ici, Logan. »

Magnys avait bien enregistré l’information, et le regard qu’il lançait à Asher voulait tout dire : il avait compris, mais pour leur sécurité à tous, il valait mieux qu’on ne se mette pas à piailler ‘Karstark Karstark Karstark’ à tout bout de champ. Asher aurait tôt fait d’être découvert… Et avec ce que Magnys l’avait aidé, si la tête du rouquin tombait, la sienne ne serait pas bien loin. Qu’il le veuille ou non, Lord Hawthorne était forcé de coopérer. Il avait aidé et sauvé Asher, et l’avait gardé assez longtemps à ses côtés pour qu’on puisse douter de sa bonne foi s’il affirmait n’avoir rien su de l’identité véritable du roux. Cela ne lui servait plus à rien de trahir Asher maintenant. C’était trop tard.

Et quand bien même, quelque chose en Magnys s’y serait refusé. L’homme qu’il avait en face de lui était bien désespéré, s’il avait compté faire le trajet de Karhold à Dorne sur le même pauvre cheval, et en solitaire. Et Hawthorne avait encore assez d’honneur pour vouloir l’aider, sincèrement, plutôt que de le livrer en pâture à la justice du Nord. La Justice ? Si Asher disait vrai, elle était de son côté. Magnys était un idiot de faire confiance à un homme qu’il connaissait à peine, mais le fait est qu’il n’avait élevé la main contre personne à Hawthorne, qu’il s’était toujours bien comporté - si ce n’est cette incartade plus tôt dans la journée mais… on y reviendra - et que même lorsqu’il s’enfuyait à la faveur de la nuit, il n’était pas un voleur pour autant. Tout cela jouait en sa faveur… Même, d’une certaine façon, les mots qu’il avait eus à propos de Lady Rachei. C’était un manque de courtoisie sudiste, et une franchise déplacée qui avaient poussé Asher à parler aussi librement et franchement… Mais sûrement pas un tempérament vil ou purement méchant. Voilà ce qui poussait Magnys à croire Asher. Dans un soupir, il reprit la parole.

« Cela explique beaucoup de choses. Je n’ai pas changé d’avis, Logan. Tu peux rester à Hawthorne. Le récit que tu m’as fait lorsque Mestre Adelbert pansait tes blessures n’est qu’une vérité partielle, ça ne fait aucun doute, mais reste que je suis convaincu que tu n’as pas complètement menti. Cependant… si tu veux être en sécurité, il va falloir te plier aux règles locales. Je sais que… qu’elle n’est ni sympathique ni raisonnable, mais ici tu n’es qu’un chasseur. »

La voix de Magnys trahissait son air désolé. Il n’avait pas osé prononcer le nom de Lady Rachei, de peur que les murs aient des oreilles - ça arrive plus souvent qu’on ne le croit - mais il espérait qu’Asher aurait l’esprit assez vif pour comprendre où Lord Hawthorne voulait en venir.

« Du reste, tu peux me parler librement, du moins en privé. Miles est un homme intelligent, et loyal, et je pense pourtant qu’il doit être de ton avis en ce qui la concerne. Par contre, évite de trop parler à Ser Brynt. C’est un homme de confiance mais un peu… vieux jeu. Quant à mon cousin, Ser Jayce… Hé bien c’est un véritable chevalier, un homme du Sud. Il sait reconnaître la valeur des gens, mais il a tôt fait de te considérer comme un rustre. »

Magnys soupira, et se leva. Après avoir eu besoin de s’asseoir, il avait besoin de marcher. Il fit les cent pas dans la pièce, le bruit de ses bottes rythmant ses paroles.

« Cela va être difficile mais il faut que tu oublies que tu es un noble. Je ne suis pas devin, pourtant, mes suppositions se sont avérées exactes… Si j’ai réussi à deviner ça, n’importe qui pourrait le faire, penses-y. Du reste… Tu pourras t’installer dans le bourg ou rester au castel pour me servir d’homme d’armes en même temps que de chasseur. Ca ne me gêne pas. La vie va te paraître bien ennuyeuse ici, mais il y a du passage, la taverne et le bordel ne désemplissent pas ! »

Lord Hawthorne ne put s’empêcher d’afficher un petit sourire grivois. Il connaissait les hommes… peut-être un peu trop au goût de certains.

« J’ai bien conscience que tu ne feras pas ta vie ici. Tôt ou tard, tu devras retourner dans le Nord… et pour des raisons évidentes, tu ne devrais pas… non, tu ne dois pas t’attacher, et encore moins te marier. »

Les mots de Magnys moururent dans l’air froid de la pièce, et le silence revint. Un silence presque prophétique : ne pas s’attacher, hein ? C’était souvent plus facile à dire qu’à faire. Il est des choses qu’on ne peut empêcher, et ils auraient tôt fait de le découvrir.
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Message Ven 6 Avr 2012 - 16:33

L'espace d'un instant, Asher crut que Magnys n'allait pas le croire. Il n'était pas très doué pour lire l'expression de ses interlocuteurs, mais son haussement de sourcils avait été plutôt clair. Il lui semblait hautement improbable qu'un Karstark soit arrivé entre ses murs après avoir fait en toute hâte, en l'espace de quelques semaines, le trajet depuis Karhold jusqu'à Hawthorne. Cela dit les circonstances du départ d'Asher en lui-même étaient déjà improbables: c'était bien là-dessus qu'Evander avait joué pour le piéger et l'obliger à fuir. Bien décidé à convaincre Magnys, Asher s'apprêtait à reprendre son argumentation, en lui expliquant qu'il aurait été stupide qu'il mente et se fasse passer pour un Karstark en fuite si il n'en n'était pas un: son actuelle situation familiale était telle qu'il aurait fallu être masochiste pour s'inventer des problèmes tels que ceux dans lesquels il baignait. Par chance, le lord suivit le même raisonnement, et ce avant que le nordien soit forcé de l'y inviter. Asher resta interdit en l'entendant prononcer une fois de plus ce faux nom qu'il s'était inventé: Logan. Il crut tout d'abord qu'il ne le croyait pas ou bien avait mal compris... Puis il fit le rapprochement avec la phrase qui avait précédé.

Il valait mieux ne plus prononcer ce nom dans l'enceinte du castel. C'était trop risqué. Son identité risquait de s'ébruiter... Cela signifiait-il que le seigneur était d'avis à garder le secret, maintenant qu'il avait été mis dans la confidence? Peut-être un peu rapidement - il y avait bien d'autres raisons qui auraient pu le pousser à prononcer ces mots - Asher en vint à cette conclusion. Son inquiétude fut balayée d'un grand coup de vent invisible. Sa tension fondit comme neige au soleil, et il se remit à respirer normalement, beaucoup plus serein. Son expression s'était refaite neutre mais elle était légèrement différente de ce que Magnys avait eu l'occasion de voir jusqu'à maintenant. Asher avait l'air moins fermé. Moins sombre, peut-être... Sérieux, inébranlable, mais ouvert à la discussion... Et surtout désespérément franc jusque dans sa manière de le fixer intensément. C'était une qualité qui chez lui devenait un défaut: elle ne lui avait pas tout le temps porté bonheur, ainsi qu'on avait pu le voir rien qu'aujourd'hui, avec Rachei.

"... Je ne demande pas mieux, lord Hawthorne... ."

Si il était descendu si bas dans le sud, ce n'était certainement pas pour le plaisir: il avait besoin de garder l'anonymat.... Du moins tant qu'il serait incapable de prouver son innocence, ou bien qu'il n'aurait pas d'alliés fiables. Quoiqu'il en avait peut-être gagné un, finalement... Il était possible qu'il ait jugé Magnys trop vite. Ça aussi, ça faisait partie de ses défauts. Il avait trop tendance à se fier à ses préjugés, ou du moins aux impressions fortes qu'il pouvait se forger parfois sous le coup de la colère ou d'une autre émotion violente.

Abasourdi faute au soulagement, et à la surprise de voir que Magnys acceptait si facilement de le garder sous son toit après qu'il lui eut expliqué sa provenance, Asher avait bien du mal à écouter les paroles du seigneur, qui pourtant avait l'air d'avoir effectivement beaucoup de choses à lui dire, ainsi qu'il l'avait promis. Le nordien tenta de mémoriser toutes les informations qui lui étaient fournies... Un coin de son esprit était cependant obnubilé par le fait qu'il n'avait pas encore tout dit. Maintenant qu'il avait commencé, il voulait finir. Il avait gardé le secret par obligation, mais Asher avait vraiment besoin de se confier. Non pas qu'il voulut se décharger de ses responsabilités, mais égaré comme il l'était, il n'aurait pas dit non à un ou deux conseils avisés... d'autant que Magnys n'avait pas l'air de comprendre à quel point il pouvait être pressé. Mais revenons déjà aux premières impressions d'Asher face à la réponse de son hôte.

Le roux était heureux de voir que, pour une fois, il avait réussi à paraître convaincant en usant de sa langue, et lorsqu'il avait tenté de faire comprendre à Magnys qu'il était forcé de lui mentir en lui faisant part de son histoire, mais qu'il essayait de rester le plus franc possible. Il lui conterait sans doute la véritable version des faits dès qu'il le laisserait en placer une... Magnys l'informa aussi du fait qu'il lui faudrait garder l'anonymat si il souhaitait être en sécurité mais de cela, Asher était déjà au courant, quand bien même cela ne le ravissait pas notamment à cause de la femme du lord, cette peste qu'il était certain de ne jamais pouvoir supporter. Lorsqu'il avait décidé de se faire passer pour un roturier, il n'avait jamais pensé que ça serait si difficile, notamment parce qu'il avait toujours été un noble un peu bizarre... très proche de son peuple, malgré sa loyauté sans faille envers sa famille, et envers sa région. Asher avait tout de même compris que Magnys lui demandait à mi-mot de se comporter "correctement" avec sa femme si il souhaitait garder sa tête en place sur ses épaules... Ce qui le fit froncer des sourcils. Un éclair de colère perça dans son regard brun clair, mais il n'était pas destiné au lord.

"Dans la mesure du possible, je pense qu'il vaudrait mieux que j'évite de croiser son chemin... Ce n'est pourtant pas dans mes habitudes, mais j'ai bien peur de ne pas forcément savoir me retenir, ce qui, je vous l'accorde, serait fâcheux pour tout le monde..."

... Vraiment. Asher n'avait jamais expérimenté de ressentiment aussi viscéral envers quiconque, hormis envers son propre frère, félon ignoble. Rachei était capable de lui faire perdre la mesure du raisonnable, même lorsque l'enjeu concernait son avenir et celui de Karhold tout entier... Il essaierait de garder le silence malgré les injures, pour honorer les responsabilités qui lui incombaient... Mais il avait peur de ses propres réactions. Asher n'était certes pas très loquace, mais il avait tout de même le sang chaud.

Il retrouvait progressivement son calme, et les recommandations du lord ne tombèrent pas dans l'oreille d'un sourd, même si Asher ne savait pas si il parviendrait à tout retenir... D'autant qu'il n'était encore que très peu sorti de sa chambre, comme il avait été jusqu'à présent convalescent. Il n'était pas encore capable de mettre des visages sur tous les noms. Son silence fit office d'accord. Si Asher cilla brièvement lorsque Magnys cita l'existence des bordels du bourg - non sans un sourire particulier - ce furent surtout ses derniers mots qui le firent tiquer. Asher fronça les sourcils. Cette homme pensait-il vraiment qu'il était suffisamment oisif pour avoir l'occasion de démarrer une romance, et pire encore, de s'engager..?? Ce n'était de toute façon pas son genre... Mais s'engager si loin de sa contrée natale alors qu'Evander attendait? Bien... Il ne pouvait certainement pas reprocher à Magnys d'ignorer à quel point Asher était dans les problèmes... Et c'était sans doute à lui de le lui expliquer. En espérant qu'il ne changerait pas d'avis à son sujet dès qu'il saurait exactement quelle était sa naissance... Et sa situation.

"Lord Hawthorne, croyez moi, je n'ai pas le loisir de perdre du temps avec ce genre de futilités..."

... Futilités, oui. Il n'avait jamais vu l'intérêt qu'il pouvait y avoir à perdre la raison pour les beaux yeux d'une donzelle, qui n'étaient d'ailleurs pas forcément si beaux que ça.

"... Je ne me suis éloigné de ma contrée natale que parce que c'était le seul moyen pour moi d'en sortir vivant, et je serai plus utile à Karhold vivant que mort... Vous avez raison: je vous ai donné une version des faits partielle. Maintenant que nous en sommes là, il serait injuste que je ne vous explique pas ce à quoi vous vous exposez vraiment..."

Il marqua une pause, pas tout à fait sûr de ce qu'il aurait dû faire dans l'immédiat... Laisser Magnys respirer? Le bombarder sans attendre d'informations? Il soupira pour reprendre son souffle, puis se mit lui-même à marcher dans la pièce à défaut de s'asseoir. Il aurait eu besoin de s'asseoir... Mais il était de nouveau trop tendu pour prendre cette liberté dans l'immédiat.

"Le fait est que j'ai... j'avais deux frères: Aonghas, et Evander. Je me suis effectivement mis en froid avec le premier de la manière dont vous savez... Mais c'est le plus jeune qui veut ma mort, et qui a d'ores et déjà causé celle de mon ainé. A l'heure actuelle, mon père, lord Iagan Karstark, a perdu son héritier, et n'a plus que deux fils... Moi... Et ce de démon qui me sert de frère cadet. Mon frère m'a dupé. Il a empoisonné Aonghas, et caché les preuves de sa culpabilité dans mes effets personnels. Tout le monde pense que je suis responsable. Ce félon est doué d'une intelligence hors norme... Si les miens me retrouvent, je n'aurai pas l'ombre d'une chance de réussir à m'expliquer. Evander veut devenir héritier, mais ce n'est pas un homme, c'est un monstre. Je ne peux pas le laisser gagner..."

... Asher s'était laissé emporter par le flot de paroles. Trop de choses qu'il gardait pour lui. De frustrations, de douleurs... Evander l'avait trahi, alors même qu'Asher l'avait aimé comme le frère qu'il avait été. Il avait tué l'ainé qu'il adorait, lui avait volé sa vie, sa fierté, et l'obligeait à prendre des responsabilités dont il n'avait jamais voulu. Le nordien n'avait aucune envie de devenir héritier de Karhold et de se retrouver emprisonné par le devoir, alors qu'il était un homme d'action et ne se sentait à l'aise qu'en extérieur. Peut-être était-il imprudent de délivrer tant d'informations à Magnys, et ce sans l'ombre d'une précaution... Mais c'était la première personne avec qui il pouvait s'expliquer librement depuis que ce cauchemar avait commencé. Il avait trop besoin de parler. Ses traits habituellement neutres étaient déformés par une colère contenue, mais qui débordait dans ses yeux que la tristesse et la haine dévoraient aussi. Non... Asher n'avait vraiment pas le temps de se tourner les pouces. Et pourtant, il ne savait même pas par où commencer...
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Message Lun 9 Avr 2012 - 14:05

Ainsi donc, Logan avait parlé. Cela dit, il valait mieux continuer à employer son nom d’emprunt plutôt que de bavasser à tort et à travers de Karstark. Magnys saisit rapidement quels genres de problèmes pourraient lui tomber sur le coin de la figure si jamais on venait à apprendre qu’Asher Karstark se terrait dans son bourg. Les conséquences seraient ma foi… désastreuses. Pourtant, malgré le peu de connaissances du Nord qu’avait Magnys, il croyait se souvenir que Lord Beron Stark était un homme honnête et juste. S’ils pouvaient apporter la preuve qu’Asher n’était pas un criminel, peut-être que sa tête serait sauvée. Hélas, Magnys doutait que ce dernier ait le moindre début de preuve. D’autant plus qu’en fait, il n’était pas sûr de connaître la bonne version des faits.

Mais avant cela, il parut important pour Lord Hawthorne de rappeler les règles de bienséance dans l’Ouest, et quelques détails relevant cette fois plutôt du bon sens. Comme par exemple lui rappeler qu’il devait se comporter ici comme un roturier, un simple chasseur, et qu’il était du coup très mal vu de discuter les décisions d’un noble, ou lui balancer à la figure qu’il n’était qu’un salaud hypocrite et tyrannique. Du coup, Asher allait devoir faire attention avec Lady Rachei, quand bien même il avait raison de la critiquer. Peu de gens à Hawthorne la supportait, au final, et Magnys le dernier. Mais voilà, il s’agissait d’un mariage arrangé, un meilleur parti que n’en aurait pu trouver le jeune Lord, et il devait faire avec. C’était déjà bien beau qu’elle ne soit pas stérile ! Imaginez ! Il aurait fallu s’en débarrasser, et vite… ! Hahem. Bref, Asher rappela donc au Lord qu’il n’était du genre à se retenir en présence d’individus aussi méchants, et qu’il valait mieux, au final, qu’ils se croisent le moins souvent. Que répondre à cela ? Magnys hocha la tête, un peu las.

« En effet… Et quoi qu’elle puisse te dire, oublie-le. Je ne la laisse pas participer aux affaires de Hawthorne, ce n’est pas sans raison. Evidemment, avec deux ou trois gardes, et quelques hurlements, elle pourrait effectivement laisser pourrir ton cadavre en haut d’une potence, malgré tout ce que je peux faire pour l’écarter. Elle a un certain rang, qu’on le veuille ou non. Cela dit, je pense que tu n’auras pas de mal à l’éviter. Elle ne sort pas beaucoup de Castel Hawthorne. »

Il suffirait à Asher de s’esquiver et d’aller faire un tour en forêt pour ne plus avoir à souffrir sa présence, la plupart du temps. C’était d’autant plus vrai maintenant qu’elle était enlardonnée. Elle n’allait pas battre la campagne alors qu’elle était aussi grosse que la vache qu’elle était, métaphoriquement parlant ! Mais il y avait d’autres pièges dans lesquels il valait mieux qu’Asher ne tombe pas. L’un d’eux était les femmes, bien sûr. Lord Hawthorne ne connaissait pas assez le nordien pour savoir qu’il y avait peu de risques de ce côté-là, mais il n’était pas assez naïf pour penser qu’Asher resterait sagement au Castel, et ne visiterait pas au moins une ou deux fois le bordel. Que le roux en parle comme de simples ‘futilités’ ne réussirait pas à duper Magnys… Bien qu’il y ait un curieux sentiment qui se dégagea alors. Quelque chose qui fit tilter le Lord. Une impression, une alerte… Un peu comme celles qu’il avait lorsque… non… Ce n’était pas ça, et quand bien même ça le serait, ça n’était pas le moment de penser à ce genre de choses. D’autant plus qu’Asher n’avait pas fini son récit. Il voulait le reprendre, expliquer tout en détail, ce que Lord Hawtorne lui laissa le loisir de faire.

Oh, pas que ça ne l’intéressait pas, loin de là ! Appuyé contre le mur de pierre, Magnys fixait Asher qui lui racontait son histoire, encore une fois, mais dans une version qui semblerait être la version définitive. La vérité, enfin ! Et elle était bien plus terrible que ce que Magnys aurait pensé. En réalité, il n’avait pas seulement un fils Karstark devant lui, mais bel et bien l’héritier de Karhold. Il lui faudrait un temps avant de pouvoir digérer la nouvelle là… Et autre fait marquant, son frère cadet avait conspiré contre ses deux aînés pour éliminer l’un et faire porter le chapeau à l’autre. Et le meurtre au sein de sa propre famille était considéré comme le plus affreux des crimes, ici à Westeros. Pas étonnant qu’Asher soit si désespéré… Il était dans de beaux draps. C’est pour ça qu’il ne pouvait pas agir sans prendre un minimum de précautions.

« Pour l’instant, tu n’as aucune preuve, si ce n’est ta parole. Il est facile de penser que tu es incapable de fomenter un coup pareil - tu n’es pas du genre retors - mais les gens se méfieront, ils auront des doutes, alors que ton frère a des preuves. Sûrement de fausses preuves… mais des preuves quand même. C’est malheureux à dire, mais pour l’instant, tu ne peux rien faire. »

Il était inutile et même dangereux de repartir pour le Nord chercher la protection et le jugement de Lord Beron Stark sans l’ombre d’une preuve prouvant l’innocence d’Asher, c’était certain. Il fallait se rendre à l’évidence… Asher allait passer un bon bout de temps dans l’Ouest.
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Message Lun 9 Avr 2012 - 22:23

Asher n'approuvait toujours pas le comportement du lord vis-à-vis de son épouse, qu'il ne faisait rien pour contrôler mieux que ça alors qu'elle n'était décidément pas sortable, et qu'il l'admettait lui-même... Cela dit ça n'était plus le sujet de discussion principal. Asher n'avait plus en tête l'humiliation qui lui avait été faite précédemment, trop inquiet qu'il était à propos de sujets beaucoup plus importants. Il avait révélé son identité. Que le seigneur décide de le garder sous son toit était suffisamment incroyable et généreux pour qu'Asher fasse l'impasse sur leur désaccord, provisoirement du moins - soit tant qu'on ne le lui rappellerait pas plus vivement l'ampleur du désaccord en question. Il hocha cependant la tête. Il comprenait qu'en l'état actuel des choses, déconvenir à Lady Rachei risquait de lui coûter une vie qu'il ne pouvait se permettre de risquer. Et il savait aussi qu'il ne lui serait pas difficile de rester loin d'elle maintenant qu'il était guéri: il passait le plus clair de son temps en extérieur du temps où il vivait à Karhold. Il n'y avait aucune raison que ça change maintenant... Surtout si il devait prendre l'identité d'un véritable chasseur le temps de son séjour.

Asher ne jugea pas utile d'en rajouter plus à ce sujet, d'autant que Magnys n'avait pas fini de parler. Il lui dit beaucoup de chose, ce jusqu'à arriver au problème des femmes qui, il ne pouvait certes pas le savoir, n'en était pas vraiment un. Le nordien savait ses responsabilités trop grandes pour se permette des écarts amoureux. Il ne s'était jamais entiché de personne et, croyait-il, ça ne risquait pas d'arriver en terre étrangère, et tant qu'il était dans cette situation! Mais il ne regardait pas le danger arriver du bon côté...

Quoiqu'il en soit il avait décidé de tout dire au seigneur, quitte à ne plus avoir de cartes en main. Magnys avait été plus honnête avec lui qu'il ne s'y était attendu, et si il lui offrait son aide en dépit du danger, alors être lui-même honnête était le minimum qu'Asher pouvait faire en guise de remerciement. Il ne s'attendait bien évidemment pas à ce que Magnys saute de joie en apprenant qu'il hébergeait l'héritier déchu des Karstark mais... Sa réaction, calme, pragmatique mais peu encourageante, le désempara. A quoi s'était-il attendu... A ce qu'un autre que lui sache inventer une solution miracle là où il n'y en avait pas? Peut-être.. En attendant c'est avec déception qu'il remarqua que lord Hawthorne ne lui apprenait rien qu'il ne sut déjà, si ce n'est peut-être qu'il était facile de deviner à quel point il était peu retors - ce qui rendait sa culpabilité plus difficilement crédible. Bref.. Tout ça pour dire qu'Evander avait des preuves, mêmes fausses, tandis qu'Asher n'en avait pas. Il ne savait pas même par où commencer pour en obtenir... C'est là qu'il avait peut-être un peu trop compté sur l'aide d'autrui pour lui fournir une idée brillante, qui lui manquait. Malheureusement, lord Hawthorne ne semblait pas beaucoup plus inspiré que lui. Il se contenta de lui annoncer, sobrement, qu'il ne pouvait rien faire pour le moment. Et c'était sans doute la vérité... Mais Asher trépignait. Maintenant qu'il avait tout raconté, il aurait pensé que sa situation se débloquerait un peu... Et il en venait à se rendre compte qu'il n'était pas beaucoup plus avancé. Si il ne pouvait rien faire maintenant... Quand pourrait-il agir? Comment, si loin de sa patrie et des événements sordides qui l'avaient condamné..? Il soupira, et son regard alerte fut submergé par un désespoir aussi soudain que néfaste. Hagard et égaré, il garda le silence de nombreuses secondes, tandis qu'une main nerveuse torturait le manche de son marteau, qu'il lui démangeait d'abattre sur le crâne d'Evander. Il passa la main contre son menton, l'esprit au moins aussi gourd que les doigts. Qu'avait-il donc imaginé? Que de simplement donner son nom à un noble du sud quelconque mais coopératif suffirait à le sortir de la panade..? Évidemment que non, mais malgré tout...

Il ne fallait surtout pas qu'il baisse les bras maintenant, déjà car il n'en avait pas le droit, et ensuite, parce qu'il n'en était très certainement pas au bout de ses peines.

Certaines de ses illusions s'envolaient. Son absence d'idées n'était pas uniquement due à son manque de subtilité. Il était en très mauvaise posture. Evander avait très bien joué. Lorsqu'il reprit, désappointé, sa voix n'avait plus d'expressivité, comme si il avait perdu de vue le but qu'il suivait. Maintenant que sa priorité n'était plus de cacher son identité au lord et à sa suite, qu'aurait-il dû faire? Qu'aurait-il dû tenter de demander?

"Je... Je n'ai plus rien à dire, lord Hawthorne... Cette fois-ci il n'y a vraiment plus rien que vous ne sachiez pas à mon sujet..."

Progressivement, ses dents se serraient, voire, grinçaient. Ses mains tremblaient de rage, frustré qu'il était face à son impuissance, son incapacité à réaliser quoique ce soit dans l'immédiat... Il aurait voulu prendre la route et repartir sans attendre vers le Nord, mais voilà: il courait au suicide. Et pendant ce temps là Evander devait sans doute se complaire dans son nouvel environnement, et s'extasier de son nouveau statut... Ce fourbe ne perdait rien pour attendre. Mais attendre combien de temps..? Asher soupira encore, avant de chercher le premier siège venu pour s'y asseoir, quand bien même on ne l'y avait pas invité. Il était trop contrarié pour rester plus longtemps raide comme un piquet. Il plaqua une main contre son front dès qu'il fut installé.

".. Je dois vous remercier une fois de plus pour votre hospitalité. A vrai dire je ne m'attendais pas à ce que vous preniez le risque de me garder sous votre toit une fois la vérité entendue..."

Les mots sortaient sans que son esprit daigne vérifier leur cohérence. Qu'aurait-il dû faire, maintenant? Il ne pouvait pas rester inactif... C'était au dessus de ses forces.
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Message Sam 5 Mai 2012 - 12:44

Magnys n’aurait pas du être surpris de voir Asher complètement abattu après qu’il ait énoncé l’évidence. Asher, tout Karstark et innocent qu’il était, n’était pas en mesure de prouver sa bonne foi et de se sortir du guêpier où son frère l’avait mis. Pourtant, lorsque le roux baissa la tête, et annonça d’une voix désincarnée qu’il n’avait plus rien à dire, Lord Hawthorne fut touché. On avait beau devoir s’y attendre, le fait qu’un grand gaillard comme Asher, taillé comme un buffet à vaisselle en chêne massif, qui s’était toujours montré volontaire et un peu buté, baisse les yeux aussi facilement et parle de façon aussi inexpressive… Il y avait de quoi être choqué. Paradoxalement, cela donna envie à Magnys de rire. Il pouffa donc, nerveusement, sans méchanceté, alors qu’il s’approchait de la porte, et donc, d’Asher.

« Il est difficile d’être un homme honnête parfois. Enfin, à t’entendre, je ne pense pas que tu m’aies encore une fois menti. Ce serait bien idiot de ta part, d’ailleurs. »

Magnys était sincère, lui aussi. Il ne pensait vraiment pas qu’Asher lui ait encore menti, mais il valait mieux faire une énième piqûre de rappel : c’était là la dernière chance que le roux avait de lui raconter la vérité, et rien que la vérité. Il suffisait de voir comment quelques mensonges par omission avaient fini par envenimer la situation au point qu’ils en étaient presque venus à prendre les armes. Aller à l’affrontement n’aiderait pas Asher, de toute façon : personne ne connaissait sa véritable identité ici. Il n’était qu’un chasseur, un vagabond venu du Nord, cette contrée lointaine et mystérieuse, que les Hommes de l’Ouest s’empressaient souvent de dépeindre d’une manière grotesque et déformée. Même Lord Hawthorne devait avouer qu’il ne connaissait du Nord que des bribes de légendes et le minimum requis pour accueillir avec courtoisie d’éventuels - et bien rares - visiteurs nordiens. La première chose qu’il ferait, une fois qu’il aurait un peu de temps libre, serait d’aller harceler Mestre Adelbert sur le sujet. Quelques notions d’héraldique et d’histoire ne lui ferait pas de mal, ne serait-ce que pour qu’Asher n’ait pas l’impression qu’il n’en ait rien à taper. En finissant sa folle course à Hawthorne, le rouquin allait devoir apprendre à connaître les Terres de l’Ouest : la moindre des politesses, c’était pour Magnys d’apprendre à connaître le Nord, quand bien même il ne prévoyait pas d’y mettre les pieds un jour. Il n’aimait pas la neige.

Lord Hawthorne allait laisser à Asher le loisir de regagner sa chambre et de se reposer, mais ce dernier s’assit sur la fameuse causeuse - curieux spectacle pour Magnys, en réalité - et remercia une nouvelle fois le noble pour son hospitalité. Hmm… le brun aurait bien voulu dire que c’était normal, et que n’importe quel Lord en aurait fait autant, mais il savait pertinemment que ce n’était pas le cas. La plupart des nobles, surtout dans ces terres méridionales, auraient tôt fait de le vendre au premier nordien qui passait par là, sans se soucier de faire une action juste. Asher aurait facilement pu tomber plus mal, même si Magnys avait nourri de forts soupçons. Ce dernier soupira bruyamment, un peu las, et mit du temps à savoir quoi répondre.

« Tu n’es pas un simple chasseur : tu es un excellent chasseur. En plus d’être un bien piètre menteur. Et pas de chance, je ne suis pas assez vénal ou cruel pour te livrer à la justice de ton frère. Voilà pourquoi je te laisse vivre ici. »

Cette fois, Magnys ouvrit la porte, et lança un regard entendu à Miles, qui avait attendu à l’extérieur. Cela dit, il n’avait pas fini de parler à Asher : il lui fit signe d’approcher et de le suivre, alors qu’il reprenait la parole.

« Et puis… J’aime bien voir de nouvelles têtes. »

Le regard que Miles lança à Asher, puis à Magnys, fit rire ce dernier. Apparemment, il y avait une sorte de plaisanterie implicite, une connivence qui allait encore échapper un temps au rouquin. Magnys referma la porte de son bureau derrière eux, et se dirigea vers la cour.

« Miles, tu peux m’attendre ici. Je raccompagne juste Logan à sa chambre. »

L’arbalétrier s’inclina, et resta près de la porte, bien au chaud à l’intérieur, alors que Magnys et Asher traversaient la cour pour rejoindre l’escalier du bâtiment d’en face. Ils montèrent un étage, tournèrent dans un couloir sur leur droite, et arrivèrent à une porte familière.

« Tu peux rester ici pour l’instant, mais si tu le souhaites tu peux habiter au bourg. Les maisons vacantes ne sont pas légion, mais il y a toujours la possibilité de s’arranger. Enfin, je ne te jette pas dehors. La plupart des chasseurs du Castel vivent au sein de ces murs, bien que leurs appartements soient un peu plus… rustres. »

Cela risquait d’ailleurs d’attirer l’inimitié : Asher était bon chasseur, agréable à regarder, et il créchait dans une belle chambre du Castel alors qu’il venait de débarquer d’on-ne-sait-où, contrairement aux autres chasseurs, qui n’avaient droit qu’à une chambre au confort spartiate après de longues années de bons et loyaux services. Enfin, Magnys laissait à Asher le choix. Il ne pouvait pas retourner chez lui… Il n’allait pas non plus lui imposer un endroit où vivre, comme on l’aurait fait pour un cheval, un chien, ou un prisonnier.
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Message Lun 7 Mai 2012 - 11:58

[C'est court, faut que je remette en route le perso XD]

Asher se retint de soupirer. Difficile d'être un homme honnête, hein...? C'eut pourtant été plutôt simple si tout le monde s'était accordé pour l'être. Mais non. La nature humaine voulait que, dès qu'un homme laissait une faiblesse à disposition d'un autre, la tentation fut trop forte et que l'autre en question en profite pour trahir le premier. C'était une très bonne façon de se compliquer la vie ainsi que celle de tout le monde, dont les hommes du sud semblaient être tout particulièrement fiers. Et Evander avait choisi de les imiter... Contrairement à Magnys qu'Asher avait vraiment jugé trop vite. Bon d'accord il venait de ricaner sans raison, alors que le nordien venait de lui avouer toute l'étendue de son désespoir... Mais Asher n'en prit pas ombrage. Parfois on pouvait faire de curieuses choses, à cause de nerfs capricieux... C'étaient les actes qui comptaient, et jusqu'à preuve du contraire lord Hawthorne n'avait pas porté atteinte à sa personne en émettant un vague souffle d'air grinçant.

Quand bien même ses propres nerfs semblaient être faits d'acier. Toujours assis, Asher releva brièvement les yeux, pour plonger un regard aussi sérieux que sincère dans celui de son hôte. Aucun commentaire ne franchit ses lèvres car il lui semblait déjà suffisamment évident que d'inventer un mensonge similaire à l'histoire qu'il avait raconté aurait été complètement stupide de sa part. N'importe quelle vérité ou presque aurait mieux valu que la sienne, et si il avait craint quelque chose, ce n'était pas qu'on ne le croie pas, mais plutôt que le lord veuille profiter de la vulnérabilité qu'il n'avait eu d'autre choix que de dévoiler.

Les justifications énoncées par Magnys étaient loin de le discréditer. Au contraire même... d'autant qu'elles étaient accompagnées de compliments que même Asher remarqua et fut flatté d'entendre. Il n'était pas du genre à se laisser si facilement conter ses talents, mais alors qu'il se sentait misérable et démuni, qu'on reconnaisse sa valeur, à un quelconque niveau, formait une sorte de compensation qui n'avait rien de désagréable. Quant au reste, il semblait vouloir lui prouver que tous les hommes du sud n'étaient pas dépourvus d'un sens de l'honneur. Il se redressa avec une lueur de chaleur dans les yeux qui n'y était pas avant. Une manière de sourire sans sourire en somme... Et ça n'arrivait pas si souvent que ça: il était rare qu'il se déride, même un peu.

Il aurait bien rajouté quelque chose mais son esprit, peu habitué à devoir formuler des phrases complètes, ne trouva rien à rajouter. Il se contenta donc de hocher la tête en guise d'accord et de remerciement, puis de la tourner vers l'homme qui l'avait par un heureux hasard piégé quelques minutes auparavant. Le lord avait effectivement ouvert la porte, dévoilant ainsi la silhouette de l’arbalétrier, qui avait l'air de trouver la situation plutôt drôle, puisqu'elle le faisait ricaner. Asher fronça les sourcils, voyant mal ce qui pouvait l'amuser de la sorte. Il préféra ignorer l'étrange réaction... Avancer jusqu'à sa chambre, encore étonné que tout se soit si bien passé malgré sa fuite ratée, et malgré la colère du lord qui peu auparavant avait manqué de le tuer. Enfin, il écouta patiemment la dernière déclaration de Magnys avant d'y réagir aussitôt, de la manière la plus pragmatique et la plus spontanée qui soit. Le roux avait l'esprit pratique, on ne le répèterait jamais assez:

"Peu me chaut, à vrai dire, mais si vous pensez pouvoir calmer certaines... colères, en me tenant éloigné, alors l'idée pourrait être profitable à tout le monde".

Asher s'améliorait, l'air de rien... Même si il y avait pensé très fort, il n'avait pas cité Rachei, juste au cas où les murs aient des oreilles. Magnys n'aurait pourtant aucun mal à comprendre de quoi il voulait parler... Vivre au castel ne l'aurait pas dérangé, mais n'aurait-il pas moins de chances de rencontrer la terrible Lady, ainsi que de risquer de perdre son sang-froid faute au manque de respect de cette dernière, si jamais il partait vivre dans le bourg?
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Message Ven 11 Mai 2012 - 9:45

Il est vrai qu’Asher aurait été particulièrement stupide pour inventer un mensonge aussi tordu… S’il avait été un criminel, il n’aurait jamais pris le parti de se dire accusé injustement d’un crime aussi odieux que le fratricide. De toute façon, Lord Magnys avait déjà commencé à le croire, soupçonnant dans la première version des faits du roux une simple demi-vérité, trouée par quelques mensonges par omission. Il avait mis dans le mille, même si la révélation de l’identité d’Asher l’avait quand même secoué. Il n’aurait pu être qu’un noble nordien de seconde zone, mais ce n’était pas un hasard si dans ‘Karstark’ il y avait ‘Stark’. Cette maison était le loin rejeton d’une branche secondaire de la Grande Maison aujourd’hui menée par Lord Beron, et qui avait de tout temps dirigé le Nord. Du coup, cela faisait d’Asher non seulement un noble sous couverture, mais en plus un noble d’assez haut rang, et légitime héritier des Karstark. Enfin ça, c’est s’ils arrivaient un jour à prouver son innocence. Et c’était loin d’être gagné d’avance.

Pour le moment, la seule chose qu’ils pouvaient faire, c’était aller se coucher. Lord Magnys était tout de même soulagé qu’Asher lui ait parlé et lui ait - il l’espère - tout dit. Il ne pourrait jamais en avoir la certitude, du moins pas avant longtemps, mais il était d’une certaine manière obligé de lui faire confiance sur ce coup. Ils sortirent du bureau, et laissèrent Miles derrière eux. L’arbalétrier, un bon guerrier, né près de la colline d’Hawthorne, excellent stratège aux idées originales même si parfois peu déloyales, avait l’habitude de servir de garde. Il attendrait sûrement le retour de Magnys pour demander à faire sa ronde : il appréciait beaucoup de patrouiller la nuit, lorsque la plupart des guerriers au service de Lord Hawthorne - et des autres Lords, sûrement - trouvaient cela d’un ennui mortel. Miles avait maintes et maintes fois prouvé sa valeur, et Magnys lui avait proposé deux ou trois fois de lui offrir de quoi faire de lui un chevalier, mais ça n’intéressait pas Miles. Entre lui et le chevalier errant Ser Brynt, Magnys Hawthorne s’était toujours senti bizarrement entouré. Une escorte à son image, peut-être. Asher n’allait pas faire tache dans le tableau, pas comme le cousin Ser Jayce Hawthorne, qui lui était un chevalier jusqu’à la pointe de sa lance. Un excellent chevalier, il fallait le reconnaître, mais bien loin des réalités du terrain. L’honneur et les principes moraux ne vous sauvent pas toujours. Asher en était la preuve vivante… Mais Magnys n’était pas assez fou pour le prendre comme exemple auprès de son cousin, et dévoiler au passage la véritable identité de ce mystérieux chasseur venu du Nord. Ser Jayce était un jeune homme courtois, et loyal, mais il ne savait pas mentir… et parfois, il ne savait pas non plus réfléchir. Il se serait empressé d’envoyer un corbeau aux Stark et aux Karstark pour éventer le secret d’Asher. De quoi le tuer, aussi sûrement que s’il lui passait la corde au cou lui-même. Le tout en pensant bien faire, pour le bien de tout le monde. Ser Jayce était un homme bien, mais manipulable. Magnys se demandait même s’il n’était pas capable de faire des choses horribles et indicibles, simplement parce qu’il s’était dit que « c’était la meilleure chose à faire, pour le bien de tous ». Les Sept Enfers sont pavés de bonnes intentions.

Mais revenons plutôt à Asher, que Magnys avait reconduit jusqu’à la porte de sa chambre. Il lui dit au passage que s’il le souhaitait, il pouvait vivre au bourg, ça ne gênerait pas. Au contraire, même… La seule personne qui serait ennuyé de le voir loin du Castel, ce serait sûrement Magnys lui-même. Les autres… Lady Rachei le détestait déjà, sans avoir cherché à le connaître : sa spécialité. Ser Brynt et Miles n’avaient sûrement aucun avis à son sujet, et continueraient de ne pas en avoir tant qu’Asher ne se serait pas démarqué, en bien ou en mal. Quant à Ser Jayce… Difficile à dire, mais il était peu probable qu’il sympathise rapidement avec Asher. A moins d’une longue période de temps ou d’une obligation, Jayce n’était pas du genre à devenir familier avec les vagabonds, les chasseurs, les nordiens, les roturiers… et encore moins ceux qui étaient un peu tout ça à la fois. Enfin, les autres chasseurs du Castel pourraient aussi bien se lier d’amitié avec Asher - enfin, Logan - que nourrir une jalousie maladive à son encontre. Qui vivra verra. En attendant, Magnys laissait à Asher la liberté de choisir son logis. Et survint alors l’épineux problème de Lady Rachei. En restant au Castel, il avait beaucoup plus de chances de la croiser. Et donc, d’avoir envie de la percer comme une cible d’entraînement à l’arc. Un accident est si vite arrivé… ! Hahem.

« Je doute qu’il soit nécessaire de t’éloigner à ce point, tout de même. Si ça t’arrange, tu peux rester ici. »

Magnys ponctua sa phrase d’un de ses nombreux sourires, sincères et chaleureux. Maintenant que le mystère autour de « Logan » s’était éclairci, il fallait croire que ses vieilles habitudes revenaient à la charge. Vous connaissez l’adage : chassez le naturel… Quoi qu’il en soit, il commençait à peine à réaliser à quel point Asher Kastark pouvait être agréable à regarder. Ah, on n’a jamais dit que Magnys n’était pas long à la détente… !
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Message Sam 12 Mai 2012 - 8:38

Sur le seuil de sa porte de chambre, Asher Karstark attendait que le verdict tombe, et que le lord d'Hawthorne décide ce qui allait advenir de lui dans les prochains jours. Dressé dans une posture austère - comme son expression et tout le reste de sa personne - le roux gardait la main posée sur le chambranle, et restait attentif à tout ce qu'aurait pu lui dire son bienfaiteur, lequel avait mérité son respect, et donc son écoute sérieuse.

Asher ne s'était pas vraiment attendu à ce que le seigneur l'invite à rester plus longtemps au Castel après ce qu'il s'était passé avec Lady Rachei, et alors qu'il existait une autre solution. La logique aurait voulu que Magnys soit soulagé que le roux accepte de vivre parmi le peuple et choisisse par la même la voie la plus paisible qui s'offrait à eux. Loin de là, il lui proposa de rester "si ça l'arrangeait", ce qui manqua de faire hausser un sourcil au jeune homme, dont le visage était habituellement beaucoup moins expressif. Une nuance perplexe naquit dans ses prunelles noisette. Rien du sourire ni de la soudaine générosité du Lord n'avait de sens pour lui. Il ne comprenait pas où il voulait en venir... Etait-il heureux d'énerver sa femme en gardant Asher à ses côtés finalement, ou bien souhaitait-il le surveiller de près, juste au cas où il tente quelque chose de stupide, excédé à force d'attendre tandis que son frère félon chauffait de son arrière-train le siège de l'héritier? Asher en aurait été capable, certes... Mais ça lui semblait tout de même un peu trop charitable de la part d'un homme qu'il ne connaissait encore que peu. Magnys se méfiait-il encore de lui?

... Ou bien alors, quelque chose lui échappait complètement. C'était loin d'être impossible. A défaut de savoir quoi, Asher fit ce qu'il faisait toujours quand il ne comprenait pas quelque chose, et qu'il lui semblait difficilement possible de demander des explications au sujet de ce quelque chose. Il préféra penser qu'il n'avait rien vu, quitte à tenter d'explorer une autre facette du problème:

"En êtes-vous certain? Car vous savez... Je passe le plus clair de mon temps en extérieur, et ce depuis tant d'années que j'en ai perdu le compte. Ça ne serait pas un problème..."

Il détestait être forcé de parler à mi-mots, par énigmes... Pourtant si Asher était stupide, il ne l'était pas suffisamment pour ignorer que les murs avaient souvent des oreilles, et qu'ils risquaient d'en avoir encore plus dans cette région de Westeros, et dans la demeure d'un des seigneurs qui la dirigeaient. Ce qu'il essayait de dire par là, c'est que malgré ses origines nobles, il était nordien d'une part, et plutôt original de l'autre: il passait son temps dehors, souvent seul, et sans rentrer le soir pendant des jours et des jours vu qu'il battait la campagne. Il n'avait certes jamais eu à s'occuper d'une maison, mais il savait s'occuper de lui-même. Ses repas avaient alors été principalement constitués de ses chasses, cuites à la rustre au feu de camp, mais il n'avait rien contre ce mode de vie qui au contraire le grisait. C'était son expérience en la matière, et certes un peu (beaucoup) de chance, qui lui avait permis de survivre au voyage jusqu'ici, mené avec une hâte telle qu'elle avait failli le tuer. Il ne fallait donc pas que Magnys s'inquiète pour lui, si c'était la seule raison qui le poussait à le garder sous son toit malgré les risques que cela comprenait. Et si là n'était pas la raison de son sauveur... Eh bien! Au moins Asher aurait-il pris le soin de s'en assurer.
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