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Aux premières lueurs - Libre

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Message Jeu 8 Mar 2012 - 0:20

      Début.

      Le jour commençait à poindre. L’air craquait.

      Les premières lueurs de l’aube calquaient sur Winterfell les silhouettes élancées des arbres du Bois-aux-loups, et les ombres dansantes des branches s’accrochaient aux murailles enneigées comme d’innombrables bras aux mains avides et tatillonnes. Un vent léger faisait mugir les troncs sempiternels, d’une ritournelle effarée, tandis que le chuintement des feuilles givrées teintait le chœur d’une mélancolie pluvieuse. Tâchant les rues de pénombres et de reflets éparses, étouffant les étoiles à la lumière mourante, délavant le ciel d’encre de rose, d’orange et d’or, le jour, toujours, succédait à la nuit. Une brume éthérée tournoyait sur le Nord, noyant tout, recouvrant tout, et tombait sur le monde comme un humide rideau de nuages. Mêlées à la rosée vespérale, des gouttes de lumière pendaient au bout des feuilles, et le long des herbes folles, sur lesquelles elles glissaient, laissant dans leur sillage des arabesques humides, et finissaient bues par la terre. Les rues de la ville d’hiver, alors, et la forteresse, s’animaient tout doucement, bruissement lointain et vrombissement discret dans le silence matinal.

      L
      orsque Cylia ouvrit les yeux, le jour pâlissant, couleur de miel, filtrait au travers des rideaux, lourds de laine épaisse. Un petit courant d’air frais, à peine un soupir, un baiser glacé, s’insinuait entre les battants entrouverts et venait jouer avec les mèches volages de ses cheveux noirs. Nulle envie de quitter la chaleur de sa couche. Son corps, dans le creux du lit, avait tanné la paille et adopté une exquise position, et ses muscles roides ne demandaient pas mieux que de succomber à nouveau à l’abandon du sommeil. Elle ferma les paupières et s’étira délicieusement en gémissant, profitant de ses derniers instants de quiétude.

      Une jambe hors du lit, elle se redressa sur son séant, appréciant la chaleur diffuse de l’aube sur sa peau, d’ordinaire malmenée par le froid. Elle était nue. La nuit ne portait pas d’apparat autre que la lumière des étoiles, pas plus la Stark ne portait d’autre luxe que l’entêtante exhalaison de sa peau. Cylia se laissa glisser d’entre les draps, et le contact de ses pieds contre les dalles froides du sol la fit frémir. Elle se dirigea avec langueur près de son boudoir, où l’attendait une vasque de pierre ouvragée, remplie d’eau claire, dans laquelle elle plongea, d’abord les mains, puis le visage. L’effet fut immédiat. Au contact du liquide, elle frémit, et ses lèvres maculées de gerçures à peines cicatrisées se mirent à la démanger, libérant la douleur au cœur même de ses membres. Le reflet de l’eau lui renvoyait l’image d’une très belle femme, dont le teint blafard et la peau asséchée accusaient les rigueurs de l’hiver.

      Délaissant dédaigneusement son pâle reflet aux usures du temps, la Stark s’en alla quérir de quoi s’accoutrer. Si la journée s’annonçait clémente, elle irait peut-être s’aventurer dans le bois. Son frère avait beau n’avoir de cesse de la mettre en garde, elle aimait l’antique bosquet qui sentait l’humus et l’humidité. Dans lequel le silence n’enviait rien à l’agitation du jour. Dans lequel elle pouvait rêver d’un ailleurs. Elle l’aimait et n’en démordrait jamais. Sa main hésitante effleura l’étoffe grise de sa robe favorite. Elle appréciait d’ordinaire les vêtements simples et discrets, et ne portait peu ou pas de bijoux, mais cet atour-là… Le tissu, un peu rêche, épousa à la perfection ses formes, soulignant sa taille fine, rehaussant sa poitrine dont on pouvait presque apercevoir la naissance. L’encolure bateau dévoilait sa gorge virginale, vierge de toute marque. Les manches en trompettes étaient doublées de velours bordeaux, et fendue de coude à poignet. De belles circonvolutions d’argent remontaient le long de ses bras, et mouraient au col en volutes sophistiquées. Elle se jaugea un instant dans le miroir, arrangeant ses boucles sauvages et abîmées, et, dans un claquement de cape, gagna la cour.

      *
      * *

      Son pas léger avait laissé des empreintes claires et sûres dans la neige qui maculait la terre humide du Bois-aux-Loups. Guidée par son envie, elle s’était aventurée assez loin dans le sein des arbres pour que les murailles de la forteresse échappent à son regard et, qu’où qu’elle pose les yeux, il n’y ait que la nature. Une nature blanche. Pure. Immaculée. Assise dans le creux d’une souche morte, immobile en tout point, elle laissait glisser ses prunelles sur le décor, notant tous les détails, s’émerveillant de chacun comme une enfant qui, pour la première fois, découvrirait.

      Il n’y avait pas d’autre bruit que le craquement régulier de lourdes bottes sur la neige.



Dernière édition par Cylia Stark le Sam 31 Mar 2012 - 14:51, édité 2 fois
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Message Mar 13 Mar 2012 - 4:56

Chaque matin le même rituel, chaque jours les mêmes tâches, mais depuis le retour du Stark à Winterfell toute cette routine avait prit un gout de miel que Deana n’avait jamais savouré jusqu’ici. Plus doux que sa recherche de gloire et de respect, plus tendre que les longs entrainements auxquelles elle s’astreignait depuis qu’elle avait choisi la voie des armes. Et pourtant, neuf ans plus tôt, à son arrivée ici, entrer dans la garde de Winterfell avait été le plus grand honneur qui puisse lui être fait, et elle avait alors trouvé ça délicieux de se coucher pleine de bleus et de menues coupures. Mais jamais autant qu’à ce jour, car désormais elle le savait, elle et ses sentiments pour Beron étaient bénis des Dieux, sa vie, ses choix, la maison qu’elle avait juré de servir et celle où elle était née, étaient bénis. Maintenant elle était membre de la légendaire Garde Grise, son père l’avait pardonnée, son très cher Lord avait plongé son regard dans le sien, et elle avait trouvé ce louveteau dans la montagne, le sauvant d’une mort certaine entre les dents et les griffes d’un lynx de fumée, maintenant, l’hiver avait une délicatesse toute printanière et elle était plus sûre de ce qu’elle était que jamais. Oh pas plus sûre du chemin qu’elle prenait, pas sûre que tout cela soit une bonne idée ni d’ailleurs que le Lord partage un tant soit peu ses sentiments. Mais peu importait car les Dieux avait jeté un regard sur elle et sur ses doutes et y avaient répondu en lui envoyant un loup, symbole du Nord, des bois, des Stark et de la légende qui entourait la naissance du clan Lideuil et de laquelle découlait la devise familiale et la chanson préférée de la blonde. Ce petit être blanc gris et noir aux yeux jaunes lui garantissait un avenir radieux, un destin extraordinaire, comme par exemple mourir pour le sauver dans un combat acharné et être brûlée dans les fumées de la renommée. Quoi qu’il arrive, elle en était certaine, les Stark survivraient et resteraient à jamais les Rois du Nord, ils seraient toujours les puissants suzerains de cette magnifique contrée sauvage qu’elle aimait tant et, toujours, il y aurait un Lideuil dans leurs pas pour les protéger contre tous les dangers. Oui, un simple louveteau signifiait tout ça pour elle, et depuis qu’elle l’avait trouvé dans le Bois Loupdeuil à côté de son ancien chez elle le matin qui avait suivi son dialogue muet avec Beron, elle embrassait la vie avec une ferveur nouvelle et une assurance retrouvée.

Mais le loup avait des besoins spécifiques qui avait fait quelque peu changer ses habitudes, cela dit elle ne pouvait pas pour autant manquer à son devoir, ainsi, tous les jours elle se levait à l’aube et allait chasser avec lui dans le Bois au Loup avec l’autorisation du Stark évidement. De cette manière elle était revenue à la forteresse pour le petit déjeuner qu’elle partageait avec les hommes et pouvait s’entrainer et veiller sur son amour secret je reste de la journée jusqu’au soit où elle y retournait avant d’aller prier dans le Bois Sacré.

En ce matin craquant, givré et brumeux, matin d’hiver dont elle avait toujours aimé la lumière, brume cotonneuse dans laquelle elle aimait se perdre pour y mêler la fumée de son souffle et de celui de Dark Mountain. Elle se mit à cheval en silence dans la cour qui ne résonna alors que des pieds ferrés du puissant étalon noir qui avait prit gout à se rituel lui permettait de sortir et d’aller se défouler. Elle traversa la ville d’hiver encore endormie et constata que celle-ci se remplissait doucement même s’il faudrait attendre la dernière moisson d’automne et la célèbre fête des moissons pour pouvoir en observer la population maximum. Arrivée sur la route qui menait jusqu’au Bois, elle ferma les yeux et huma l’air avec un plaisir sans mesure, c’était l’heure à laquelle blanchit la campagne, son heure préférée, l’heure fantasmagorique d’une saison féerique dans une région prodigieuse. Les ombres fantomatiques, le brouillard mystérieux, elle sourit, car c’était là le Nord qu’elle aimait, là l’éclat rasant qui fait la magie de l’hiver, et à chaque fois cela lui donnait presque envie de pleurer tellement la nature était belle dans ce demi-sommeille et cette chemise de nuit de coton blanc dont elle se parait pour quelques mois ou quelques années. Finalement le seul problème de l’hiver c’était les réserves de nourriture, aussi le printemps était salvateur, mais comment ne pas apprécier ces paysages tout de givre vêtus, comment ne pas voir alors la présence palpable des Dieux, les Anciens Dieux des enfants de la forêt et des premiers hommes, les Dieux du Nord, les seuls vrais Dieux en qui ce monde puisse se fier…

***

Le louveteau apprenait vite et bien, à croire que le maitre était à la hauteur des aptitudes naturelles de son élève, en tout cas elle ne lésinait pas sur les moyens, elle laissait Dark dans une clairière et partait à pieds avec sa cape recouverte de peaux de loups sur le dos et n’hésitait pas à se trainer par terre pour montrer à Amarok l’art de l’embuscade et du camouflage. Pour le moment les proies étaient à la taille du prédateur, des lapins et autres rongeurs, mais quand il serait plus grand, il pourrait probablement attraper des cerfs en petite forme s’il continuait sur sa lancée, et ce malgré l’absence de mère pour lui montrer les ficelles du métier, même si en matière de chasse Bloody Lady était assez douée et faisait preuve d’un instinct très développé. En plus bien nourrit comme il l’était il grandissait et s’étoffait à vue d’œil.

Une fois que le jeune loup attrapa son petit déjeuner, il caracola autour de Deana pour lui montrer comme il était doué et après un petit tout d’honneur il se mit à manger, mais alors que la blonde surveillait les alentours, le louveteau se redressa d’un coup, comme surpris par un bruit que la jeune femme n’avait pas entendu. Elle se raidit, muette et attentive, mais elle ne percevait rien de plus que les bruis habituels des animaux de la forêt qui marchent sur le sol gelé, et pourtant, Amarok n’aurait pas arrêté de manger pour si peu, elle l’encouragea à suivre le bruit et à l’y emmener, pistant silencieusement avec son loup, elle finit par voir ce qui avait attiré l’attention du louveteau, il y avait une jeune femme non loin, et… oh surprise ! C’était Cylia Stark ! Pour ne pas lui faire peur, elle se mit à marcher lourdement en s’approchant d’avantage, en plus elle devait avoir l'air un peu hirsute après avoir passé quelques heures à ramper par terre, elle était plein de glace, de neige, de givre, des brindilles et des feuilles accrochées un peu partout...

« Ma Dame. » Elle s’inclina. « J’ignorais que vous étiez somnambule… » Elle s’éclaircit la voix d’un air de reproche puis sourit, complice malgré la différence de rangs. « Je suppose que vous n’êtes pas perdue, néanmoins, vous ne devriez pas vous balader ainsi sans arme ni défense au milieu des Bois, on ne sait jamais ce qu’on peut y croiser… »

Elle-même armée de son épée et d’une pique, vêtue de braies vertes lacées de cuir de grosses bottes marron, d’une chemise de coton blanche doublée d’une chemise de laine, lacés elles aussi de cuir sur les avants bras et les poignets et de sa cape, elle était plus à même de se défendre contre les animaux sauvages que la jolie jeune femme de haute naissance en robe qui se tenait devant elle. Cela dit, Cylia la renvoyait aussi à ce qu’elle était, une femme d’arme, à peine noble et certainement pas une Lady à marier, et encore moins au Stark, enfin, la vie est ainsi faite, elle n’aurait peut-être jamais ce qu’elle désirait secrètement, mais elle aurait mieux, l’honneur de le servir et de le protéger, quand à sa petite sœur, elle était sacrément culottée de se promener ici au petit matin, la blonde était presque certaine que Beron n’avait pas autorisé cela, mais elle était la première à comprendre l’attrait du Bois au Loup et pour ce qui est des bêtises, elle avait fait son lot elle aussi, alors elle n’allait pas la réprimander, d’autant qu’elle n’en avait pas le pouvoir, simplement s’assurer de la Stark rentrait saine et sauve…
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Message Jeu 15 Mar 2012 - 23:08

      Dans la pâleur du joug d’hiver, le Bois-aux-loups brillait d’une lueur éthérée. Fantomatiques les arbres dressés, mortelle, la lividité de leurs branches. Les rayons qui balayaient le sol recouvert de neige rehaussaient les couleurs mortes du paysage. Les troncs noirs luisaient, suintant la lumière d’entre leur écorce déchirée par le givre. Le bois glacé, cadavre, gelé, passé et trépassé. Rien ne semblait l’altérer. Ou peut-être ce soleil, qui faisait jouer les lumières et les ombres sur le visage de la jeune Stark. Ou peut-être ce vent, qui faisait mugir les pins et crisser les feuilles cristallisées, et grincer les murs de Winterfell. Ou peut-être ce pépiement plaintif, étouffé et douloureux.

      Ou peut-être ces pas.

      Leur cadence mesurée, leur lourdeur volontaire et le craquement sourd de la neige verglacée. Le désir immanent de l’impromptu visiteur à se faire entendre de la jeune femme, de se présenter à sa manière, en silence, sans manière, la complaisait. C’était agréable, le silence, ça ne gâtait rien. Elle pouvait à loisir rêver de qui se trouver derrière elle, ou s’en apeurer. Apeurée, elle ne l’était pas. Elle ne l’était jamais. Et, qui que soit le visiteur, il n’avait vraisemblablement pas l’intention de l’effrayer. Cylia porta néanmoins une main hasardeuse sous sa cape, tâtant du bout de ses doigts nus l’acéré dard qui ceignait sa taille, glissant la pulpe de son index le long des gravures écorchées. Elle resserra son étreinte sur le manche, qui s’éclaira un instant, dans une gerbe lumineuse.

        « Ma Dame. »

      Ses muscles se relâchèrent. Cette voix aux intonations douces et sucrées, rompue de la rêche façon d’un homme. Parole d’homme et timbre de femme. Cylia laissa couler sa capuche dans son dos, libérant la lourde masse de ses cheveux de jais, non sans cacher son plaisir à rencontrer ici un visage familier, et se retourna avec un soupir rassuré. La femme braquait ses yeux opalescents dans les prunelles grises de la Stark, et une moue de reproche barrait son visage poupin. Les cheveux de Deana, tressés en faisceaux de miel doré, battaient ses reins à chacun de ses pas ; tout embourbés qu’ils étaient de neige et de feuilles, hirsutes comme une crinière, ils ne perdaient en rien de leur éclat estival. Elle s’inclina, ce à quoi la noble répondit d’un hochement de tête poli qu’accompagnait un délicieux sourire.

        « Je suppose que vous n’êtes pas perdue, néanmoins, vous ne devriez pas vous balader ainsi sans arme ni défense au milieu des Bois, on ne sait jamais ce qu’on peut y croiser… »


      Ses yeux qui, un instant plutôt, étaient d’un bleu glacial, pétillaient et la face renfrognée de la Lideuil laissa bientôt place au sourire complice que Cylia ne connaissait que trop bien. Elle savait, tout à sa façon, ce qu’était le besoin de solitude. L’appel des bois avait, après tout, quelque chose d’entêtant et d’irrémédiable.

        « Puissent les Dieux me préserver d’hasardeuses rencontres. Et s’ils ne le peuvent, cela le pourra-t-il peut-être. » s’enhardia-t-elle.


      Elle sortit le poignard ouvragé d’un revers de sa cape et fit jouer sur sa surface lisse les rayons pâles du soleil. La lame immaculée, cadeau de l’un de ses frères, ne portait rien des traces d’usure, ni riens des traces de graisse que laissait le poisseux du sang sur les métaux. Elle ne semblait jamais avoir été utilisée ni sur animal, ni sur homme. Bien sûr, son cure-dent pourrait tout au mieux surprendre son agresseur, éventuellement pourrait-elle lui porter un coup, au hasard. Quant à le manier… Qui cela tromperait-il ? Yelina Stark saurait s’en servir. Cylia Stark serait tout juste bonne à se trancher un doigt. Bien entendu il y avait ses rencontres privilégiées avec Duncan à la forge, lesquelles se soldaient toujours par des ecchymoses à peine camouflables et une roideur infernale des muscles, et qui, elle l’espérait, la rendrait plus habile. Mais, las de l’épée, elle en venait des fois à regretter l’aiguille. Jamais longtemps pour mettre fin à leurs entrevues. Elle replaça misérablement le coutelas dans un repli de son manteau et glissa sur son banc de pin, pour laisser place à Deana, l’invitant à prendre place à ses côtés d’un geste évasif de la main, auquel répondit un jappement suraigu qui se voulut agressif. Tapie entre les jambes de la blonde, une petite boule de poils noire et grise couinante tournait son museau rose vers la Stark, la dardant de ses prunelles d’or. C’était mignon, presque trop. La Stark éclata d’un rire clair et harmonieux comme un tintement de clochette.

        « Là, là ! Ta maîtresse ne risque rien avec moi, joli fauve. »

      Elle tendit sa main que les minuscules naseaux vinrent caresser. Rasséréné, le louveteau retourna à sa quiétude statuaire. La voix de Cylia se fit songeuse, presque résolument morne.

        « Je sais bien. Il n’est pas prudent pour la pauvre Lady que je suis, et mon frère me le répète assez, de me balader dans le Bois-aux-loups. Et ce n’est pour me desservir qu’il me protège, je le conçois. Mais je ne puis décemment passer mes journées enfermées. J’en viens à exécrer ces murailles. »

      Pas un instant elle ne se demanda pourquoi elle ressentait le besoin de parler de cet état de fait, l’ennui, le besoin d’enfreindre, de Vivre, c’était une chose dont elle s’était toujours bien gardée de faire part à qui que ce soit. Yelina se serait targuée de lui redonner goût à l’âpreté grisonnante des murs de Winterfell. Et ses yeux dans les farouches prunelles de la blonde, la réponse s’imposa à elle sans même qu’elle eut besoin d’y penser : parce qu’elle la comprenait. Cylia laissa glisser son regard d’ardoise sur la neige à ses pieds qui, sous l’effet du jour croissant, commençait à suinter, à fondre, à s’échauffer.


[HRP: J'espère que ça ira, comme réponse. Je suis jamais très sûre de moi, les premières fois. =3]
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Message Jeu 22 Mar 2012 - 20:28

Cylia et Deana allaient à merveille dans ce paysage magnifique que la blonde avait prit l’habitude d’arpenter depuis qu’elle faisait partie des hommes de Winterfell et plus des filles du clan Lideuil et que la brune connaissait depuis encore plus de temps, bien qu’elle ait eut moins d’occasions de s’y perdre ou d’y dormir, probablement. Différent du Bois Loupdeuil, le Bois au Loup avait quelque chose de majestueux dans ses atours d’hiver, orné des diamants étincelants du givre, des stalactites transparentes à travers desquelles se dessinaient des petits arcs en ciel, de la robe immaculé de la neige, et du manteau vaporeux des brumes matinales. Et alors que certains n’en voyait que les silhouettes squelettiques des arbres à la mine moribonde, Bloody Lady y voyait toute la vie qui subsistait malgré le froid, les traces de cerfs dans la neige, le bruit des oiseaux frigorifiés et des livres dans le taillis, l’odeur des sangliers, la chaleur de l’écorce, le gout de la sève des pins, et l’espoir éternel du printemps, la promesse absolue de la renaissance, non cela était trop beau pour que se soit la Grande Nuit. Alors oui, l’hiver était bel et bien venu – il faut avouer qu’avec une telle devise dans une telle contrée, les Stark ne prenaient pas grand risque – l’hiver s’installait déjà dans sa région favorite et les habitants s’y préparaient avec ardeur pendant que les plus passionnés des Nordiens contemplaient l’esthétique parfaite du flocon de neige. Telles étaient les deux louves ici présentes, sensibles, avec une soif dévorante de liberté et de nature brute, exaltées par les frais frimas des premières lueurs de l’aube de ce matin d’un automne particulièrement implacable, de laine et de fourrures vêtues soufflant la vapeur de la chaleur de leurs corps, vivantes. Une Dame et un homme d’arme qui ne la regarderait jamais avec envie, deux jeunes femmes que tout séparait, du rang à l’accoutrement et aux occupations, réunies dans l’absolu du paysage, si proches finalement.

La grande blonde observa Cylia sortir un beau poignard ouvragé de son manteau avec un petit sourire en coin, un peu rassurée que la jeune femme ne se promène pas totalement sans défense. Néanmoins, elle doutait que la jolie brune ne fasse le poids sur ce qu’elle avait envisagé qu’elle puisse croiser dans les Bois, et ce même si elle savait s’en servir, ce qui d’ailleurs n’était pas du tout garanti, en tout cas elle n’en avait pas connaissance. Mais elle était loin de tout savoir sur les membres de la famille qu’elle servait, et encore moins sur les femmes de la maison qu’elle n’avait pas l’occasion de croiser aussi souvent que les hommes sur la lice d’entrainement, plutôt logique, et une preuve supplémentaire qu’elle était loin d‘être une Lady. Tout en s’approchant de son pas léger de femme guerrière qui transpirait la fierté de son clan et des Premiers Hommes mêlée à celle d’une combattante émérite qui avait acquis ses galons à force de travail et de faits d’arme et pas grâce à un nom ou à un titre héréditaire, elle répondit calmement accompagnant ses mots d’un sourire même si en d’autres circonstances la situations n’aurait pas du tout prêter à rire.

« Peut-être… mais je doute que cela fasse ciller un ours ou une meute de loups… En ces lieux, je m’inquièterais moins de la méchanceté des hommes du Nord que de la faim des bêtes sauvages. »

L’hiver glissait ses doigts glacés sur le Bois au Loup, et après un été de canicule, même si le Nord avait moins été affamé par la sécheresse que le reste des sept couronnes, les animaux peuplant cette forêt avaient de quoi être affamés, et même si la plupart craignaient les hommes comme les hommes le fléau de printemps, ils pouvaient s’enhardir quand ils manquaient vraiment ce qui avec les premières neiges ne tarderait pas à arriver, il fallait donc être prudent, et si possible faire passer à la Stark l’envie de se balader seule ici sans autre arme qu’un cure dent, un jolie cure dent, certes, mais une bien petite lame même si dans des mains expertes comme celles de la blonde cela pouvait s’avérer d’une efficacité redoutable. Deana eut un petit sourire en reprenant à la façon dont elle avait tué son premier ennemi à Salvemer, son drik enfoncé dans la carotide du Fer-Né, une bien belle passe d’arme, un bon souvenir malgré les blessures qu’elle avait eut par la suite et le sang qui avait giclé sur elle.

« Amarok ! Non ! »

Elle avait parlé d’une voix forte et sans appel, mais le petit loup n’obéissait pas encore très bien à sa maitresse, surtout concernant les étrangers, or effectivement, c’était la première fois que la blonde croisait Cylia depuis son retour avec la bête heureusement la brune savait y faire et il se calma aussitôt que celle-ci lui eut présenté sa main, cherchant même à obtenir d’avantage de caresses en donnant de petits coups de museaux sur les mains et les bras de la Lady et de sa maman d’adoption désormais assise sur le banc aux côtés de la Stark.

Deana rougit avant de se renfrogner à l’évocation de Beron, comme si le fait qu’elle l’appelle mon frère était une gêne supplémentaire par rapport à ce qu’elle ressentait pour lui, ou peut-être plus par rapport à ce dont elle rêvait de lui. Son regard se glaça l’espace d’un instant, puis elle reprit le dessus et se détendit de nouveau avant de répondre à la jeune femme qui était bel et bien la sœur de l’homme qu’elle aimait, mais qui ne serait jamais sa belle sœur, car ça n’était pas dans l’ordre des choses, car un Stark n’épousait pas une femme des clans, encore moins affublée de braies et portant une épée à son côté, foutu destin…

« Je comprends Lady Cylia, je ne comprends que trop bien, mais vous prenez des risques inconsidérés en vous baladant avec votre simple petite aiguille, à pied, dans ce Bois. En hiver, les animaux ont faim et se font plus intrépide que jamais, et les hommes pourraient bien faire de même après les épreuves que le Nord à traversé ses derniers temps… » Elle désigna l’endroit où la Stark avait dissimulé le beau poignard qu’elle lui avait montré un peu avant. « Savez-vous seulement vous en servir ? »

Quelque soit la réponse à cette question, il fallait un certain cran pour se promener à pied dans le Bois au Loup avec pour seule défense une si petite lame, du cran ou de l’inconscience peut-être qui sait. Mais quelque soit la raison, bonne ou mauvaise qui avait amené Cylia ici, se serait une bonne chose qu’elle s’arme mieux la prochaine fois, car il y en aurait. La blonde connaissait ce regard, les yeux étaient gris et pas bleus, mais elle avait le même, et elle l’avait toujours eut, le regard de ceux qui ne peuvent s’empêcher de répondre à l’appel de la forêt.

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Message Ven 30 Mar 2012 - 22:13


        « Assurément ! » Se récria-t-elle tout à trac.

      Son exclamation fit s’envoler une nuée d’oiseaux, compact comme un nuage. Le regard de la Lideuil n’en était pas moins dubitatif et force lui fut d’admettre que non, elle n’était pas assez naïve pour y croire. D’ailleurs, de naïveté, il ne semblait pas y avoir chez Deana Lideuil. Pas dans le bleu de ses yeux, pas plus au creux de sa bouche. Peut-être un brin, un soupçon, au coin de son cœur. Mais rien au monde n’était moins sûr, et jamais la Stark ne se risquerait à le demander. Cylia sourit d’un air coupable et jeta la tête en arrière, laissant plonger son regard dans l’immensité du ciel pur du Nord, délavé par le frimas. Lui-même, qui dans son immensité s’étalait par-delà les horizons, immuable, ne semblait pas exempt des rigueurs de l’hiver.

        « J’admets. Je ne sais rien, ou presque, du maniement de la lame. Je manie pourtant très bien l’aiguille ! » Ajouta-t-elle malicieusement.


      Coup de museau. Léchouille.

      Ou presque. Mais presque, c’était si peu. Pourtant, n’a-t-elle pas passé des journées entières à regarder s’entraîner ses frères, sous l’œil acerbe de Lord Cregan ? N’avait-elle rien appris sinon que Beron, souvent, avait le dessus, mais Jonas n’était pas en reste ? Que Dame sa mère désapprouvait ? La ronde et douce Mina désapprouvait. Elle n’aimait pas la violence. Pas au sein d’une fratrie. Pas si jeune. Elle avait essayé d’en aviser le Loup, mais une rebuffade sévère eut tôt fait de l’obliger, et plus jamais le sujet ne fut abordé. Mais elle aurait désapprouvé aujourd’hui encore, sûr. Et se serait littéralement insurgée contre sa fille épée en main. Cette pensée, un flash, un instant, une seconde, lui arracha un sourire mélancolique. Et Yelina, qu’en penserait-elle ? Sœur–mère si jeune. Presque jumelle. Que le temps les sépare, jamais les ladies n’auront été si semblables.

      Deux coups de museau.

      Le silence était de plomb. À peine percevait-elle le souffle régulier de Deana. Non qu’il la dérange; Cylia Stark s’en accommodait fort bien et, elle n’en doutait pas, la blonde guerrière également. Elle lui glissa en regard en biais. Il y avait chez l’homme d’arme une fragilité poupine déconcertante. À la voir, n’importe qui aurait douté. Trempées dans le sang étaient ses mains calleuse, ses yeux avaient vu la mort de si près. L’avait-elle crainte ? Combien d’hommes avait-elle tué ? Quelle sensation cela procurait-il d’arracher la vie ? Elle espérait ne jamais avoir à le savoir. Mais le danger était partout, tout le temps, à chaque heure, à chaque minute et elle savait, elle devait se préparer à y faire face. Si ce n’était pas la menace fer-née, qui claquait ses vagues de métal aux insaisissables murailles du Nord, c’était l’Hiver qui s’insinuait en chacun, avec circonspection, minutieusement, sournoisement. C’était ce que cachait le froid, derrière sa cape nimbée de blanc. Famine, Violence, Sauvagerie des bêtes qu’elle fut animal, ou qu’elle fut homme. L’Hiver venait, et elle le sentait à travers chacun de ses pores. Le sang des premiers hommes bouillonnaient en elle, impétueusement mêlé du sang de loup. Tantôt, il recouvrirait le nord de son voile diaphane.

      Léchouille. Jappement.

      La Stark se leva les jambes gourdes (Combien de temps était-elle restée assise ?), et sourit à la blonde.

        « Deana… Que vous dirait une balade dans le bois ? J’ai l’impression de vous avoir détournée de votre activité et j’en suis contrite. » Elle ajouta en grattant la tête du louveteau – juste entre les deux oreilles, dressées d’intérêt – qu’elle ne le pensait pas non plus contre une balade.


      *
      **

      Le soleil avait presque atteint le zénith et brillait, incessamment, jetant des feux d’or sur le sol immaculé, qui s’offrait à sa vanité, tel une toile sous un pinceau sec. D’or… Comme ses cheveux. Comme la couleur de sa peau à la lumière. Elle était sur les terres de l’orage. Tant de temps avait passé depuis sa dernière lettre. Cylia languissait ses mots mais plus encore sa présence, suave et chaude, galvanisante comme la foudre. Il lui manquait. Elle voulait. Elle ne savait quoi, mais elle voulait. Elle le voulait. Mais elle savait, aussi, sa réalité ne serait jamais à la hauteur de ses désirs.

      Un éclat l’aveugla et la ramena dans le bois-aux-loups. D’un geste, elle balaya ses pensées et scella son image. Une lettre suffirait à la rassasier, qu’elle s’en irait écrire dès son retour à Winterfell. Lord Stark avait toujours regardé d’un œil circonspect cette liaison platonique mais, elle n’en doutait pas, n’avait jamais eu une once de méfiance envers lui. Beron avait confiance en elle, et elle en lui. Cela devait suffire à prouver sa valeur.

      Beron… Beron, qu’elle n’avait guère eu le temps de voir depuis qu’il était revenu.
      Et qu’elle avait trouvé changé, bien plus préoccupé qu’à l’ordinaire. Étrangement absent. Ses mots doublèrent sa pensée.


        « Je n’ai eu l’occasion de parler beaucoup à mon frère depuis votre retour…, dit-elle avec tristesse, tout s’est bien passé, là-bas ? Je le trouve étrange ces derniers temps… »



[HRP: J'avais pas trop d'idées pour lancer une discussion et Beron est un sujet inépuisable Very Happy J'espère que ça ira]
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Message Mer 11 Avr 2012 - 13:36

L’aguille… Deana se mua à ce mot dans un silence de plomb. Elle maniait l’épée la dague et la pique avec brio, sans compter qu’elle se débrouillait plutôt bien au corps à corps, mais elle se trouverait bien sotte avec une aiguille, ne sachant pas plus quoi en faire que Cylia avec Glace. Pourtant, son père à elle aussi s’était farouchement opposé à ce qu’elle apprenne le maniement des armes, mais Andrik lui avait appris, et la surveillance n’était certainement pas la même à Loupdeuil qu’à Winterfell. D’autre part des les clans, les femmes faisaient ce qu’elles voulaient, enfin tout est relatif, mais la liberté de tous était primordiale même si Samwell tout comme d’autres voulait le meilleur pour leurs filles et donc cherchait à els préserver des activités dangereuses et des coucheries trop rapides pour leur trouver un bon époux. Mais si la blonde avait obéit pour ce qui était du sexe, et plus par peur que par devoir, en tout cas depuis qu’elle était partie, elle n’avait pas obéit concernant les lames, les entrainements et les combats. Mais tout cela était du passé, elle avait revu sa famille et personne là haut ne lui en voulait, elle était heureuse de ça, autant que d’avoir revu les enfants, et d’autant plus parce que le Lideuil semblait même être fier d’elle. Mais hélas encore une fois, aiguilles et robes la ramenaient à des choix qu’elle avait fait il y a bien longtemps et sur lesquels elle ne pouvait pas revenir, à son nom et à celui de l’homme qu’elle ne pouvait s’empêcher d’aimer, à son statut de combattante incompatible avec le mariage et encore plus avec son suzerain, au mépris des hommes qu’elle avait si longtemps subi mais dont elle avait appris à faire fi. Elle finit néanmoins par reprendre.

« Je pourrais vous apprendre, je pourrais venir avec vous quand l’envie vous prend de jouer les filles de l’air, mais je ne peux pas vous laisser vous promener ainsi tout en sachant que vous êtes presque sans défense, j’ai promis de protéger Beron mais aussi sa famille, et je ne me le pardonnerais pas s’il vous arrivait malheur. »

Elle plongea son regard dans celui de la jeune fille, de nouveau sévère et froid, même si elle n’avait pas d’ordre à donner à la Stark et que ça façon de parler sans détour et sans ambages et le ton employé tout comme ses yeux. Cela aurait pu paraître déplacés d’une vassale à la sœur du Lord, mais elle espérait que Cylia le prendrait pour ce que c’était, une main tendue de femme à femme, même si c’était hors de question de faire de la brune une vraie combattante, un tout autre destin l’attendait, et s’il fallait pour la dissuader de faire le même choix que la blonde qu’elle lui raconte tous ses déboires et ses regrets alors elle le ferait, par devoir et par amour.

Quelques temps après, la brune proposa de prolonger la balade dans les bois, à vrai dire, Deana aurait dû la ramener au château, et surtout rentrer elle-même pour les entrainements de la matinée, mais elle ne pouvait pas la laisser seule ni la forcer à rentrer, aussi se trouvait-elle coincée, obligée d’accepter de l’accompagner, même si elle aussi adorait les balades dans les bois, elle allait se prendre une soufflante de la part de Barth en revenant, mais elle trouverait une excuse et elle ferait des corvées en punition, peu importait, même si nettoyer les latrine était loin d’être une partie de plaisir, ça n’tait ni la première ni la dernière fois probablement. La jeune femme acquiesça donc avec un sourire, avant de demander :

« Puis-je aller chercher mon cheval ? Vous pourrez monter dessus, vous serez ainsi plus au sec… » Et surtout vous pourrez fuir plus vite le cas échant et rentrer plus rapidement à Winterfell, si nécessaire.

***

Après avoir récupéré Dark Mountain dan une clairière non loin de là, Deana accompagna donc Cylia, étrange balade, silencieuse le plus souvent, à part les appels de la blonde à Amarok parfois lorsqu’il restait hors de vue un peu trop longtemps, les reniflements de se dernier, et le bruit dans les branches. Peur de paroles en somme, seuls deux yeux gris et deux yeux bleus qui s’attardaient sur les beautés de ce monde figé par l’hiver naissant, mais jamais le silence n’avait tellement dérangé la Lideuil. Elle s’y était d’ailleurs totalement habituée, ne cherchant même plus à combler le vide qu’il laissait entre elles pour paraître polie, de bonne compagnie ou juste femme, lorsque la Stark prit subitement la parole pour parler de Beron. La blonde fut surprise par la question et comme elle ne savait pas très bien mentir ni cacher ses sentiments, elle resta bouche-bée quelques instants, stoppée nette dans sa marche, regardant la brune d’un regard vide avant d’arriver à reprendre un peu le dessus sur tout ce qui lui était passé par la tête depuis la question, des mots des bribes de phrases, et surtout des souvenirs des odeurs des sensations. Bien passé… Etrange… Lune… Ecurie - « Lâche-la ! » - sauvetage – « C’est terminé, Deana. Vous pouvez-vous lever ? » - Etreinte - « - Ne craignez rien, Deana ! » - Toucher. Elle répondit d’u ton mal assuré et saccadé come si les mots sortaient de sa bouche après avoir été mélangé par sa langue.

« Là-bas ? Tout, bien… oui, tout c’est très bien passé… Enfin je veux dire… avant la bataille… évidement. Je… Il est probablement préoccupé par les Fer-Nés… comme nous tous… »

Cela avait pris encore quelques secondes, mais Deana avait repris une respiration et une élocution normale, mais elle ne résista pas à la tentation d’en savoir plus sur un ton emprunt de curiosité et d’enthousiasme, ses yeux pétillaient d’une soudaine lueur d’espoir, même s’il était probable que se soit effectivement une changement dû à ses préoccupations de Lord et non à ce qui s’était passé dans une écurie à des milles de là il y a des milliers d’années, enfin quelques semaines en tout cas…

« Étrange comment ? »

Elle se rendit compte qu’elle venait d’outrepasser les règles de bienséances et fit un effort pour se contenir.

« Pardonnez-moi… J’imagine que vous voudriez lui parler plus souvent, mais je crains qu’il ne faille attendre la fin de la rébellion des Greyjoy. »
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Message Mer 18 Avr 2012 - 0:12


      Le silence piaffa, et un rire s’étouffa dans sa gorge d’ivoire pur. Beron ? Cylia Stark esquissa un sourire entendu que la blonde ne sembla pas remarquer, mais dans lequel elle aurait puisé une source de gêne certaine. Déjà qu’elle ne semblait pas bien à son aise en sa compagnie… Mais quoi ? Pas de Lord Stark ? Voilà qui était assez inattendu et, fortuitement agréable à entendre. La louve était étrangement lasse des ambages et de la politesse, des courbettes et de l’aménité; un bon point pour la blonde qui ne semblait pas s’embarrasser de formalités aussi inutiles que dérangeantes, lesquelles pleuvaient depuis l’arrivée conséquente d’hôtes de marque à Winterfell. Les moissons avaient beau avoir pris fin, certains n’avaient pas encore daignés partir, assignés à résidence par le froid ou par l’envie. Et Cylia Stark se devait d’être affable avec chacun d’eux. C’était éreintant. Songeuse, la Stark, qui vit d’abord le regard de l’homme d’arme se perdre dans le croustillant habillage verglacé, le soutint sans mal et sans trouble lorsqu’elle le recroisa et, tout froid qu’il fut, avec autant de sévérité qu’elle voulut y mettre, de prudence que voulut y insuffler Deana, il ne lui en apparut que plus amical, plus concerné, presque anxieux. Protection était maître mot. Devoir, honneur, protection. L’appel du devoir avait quelque chose d’irrémédiable. Cylia sourit chaleureusement et rassura la blonde, précisant qu’un entraînement ne lui serait d’aucune utilité tant elle était gauche, mais que si la blonde disposait de plusieurs vies pour lui apprendre, elle n’était pas contre. C’était faux, entièrement faux, à vrai dire, mais elle se refusait à abuser du temps de Deana. Alors que la blonde allait répliquer, elle s’empressa de lui promettre de ne plus s’aventurer seule dans le bois-aux-loups, ce que la Lideuil accueillit avec une circonspection presque suspicieuse, mais qu’elle accueillit tout de même. Les promesses avaient beau n’être que des promesses, des mots, du vent, Cylia Stark était femme de parole. Elle s’y tiendrait.

      Le vent d’ailleurs, s’était mis à souffler, et souffler fort, geignant entre les branches qui craquaient comme un animal mourant. Son souffle fétide avait des relents de mousse et d’humidité, de bois pourri et de fleurs fanées. Sa plainte fastidieuse avait quelque chose de tempétueux. L’appel du Nord venait et, tantôt, un rideau de neige recouvrirait Winterfell. Déjà la température avait baissé, le son de leur pas se répercutait dans le bois avec un fracas cotonneux ; Elle ne refusa pas lorsque la blonde lui proposa d’aller quérir sa monture, acceptant par la même occasion de prolonger un peu leur entrevue forestière.

      *
      **

      Cylia aurait serré les rênes à s’en écorcher les mains, branlante sur une selle qu’elle n’avait l’habitude de monter, si elles n’avaient pas été protégées de gants de cuir. Sa dernière montée ne datait pas d’hier, et elle avait toujours craint les chevaux, quoique dociles, des écuries de Winterfell. Elle détestait monter seule, bien qu’elle fut douée quand nécessité s’en faisait ressentir, et la seule personne qui l’avait enjointe à approcher d’un cheval était Lorant Trant. Que n’aurait-elle pas fait pour lui ! « Approchez, elle ne vous mordra pas. », il avait souri. Peu m’en chaut, avait-elle pensé, alors, tout à la fois cynique et méfiante. Mais il avait pris sa main, l’avait approché du canasson, l’avait aidée à monter, et était monté derrière elle, et, et… Le hennissement la fit sursauter et l’espace d’un instant, elle oublia ce qu’elle venait de demander à la blonde.

      Deana, qui marchait près d’elle, peinait à lui répondre. « Lui répondre », d’ailleurs, était un bien grand mot ; elle bafouillait des bribes de mots, s’emmêlait en phrases décousues, hésitantes, sans sens et chancelantes. Elle bâilla comme un poisson hors de l’eau, sans qu’aucun son ne dépasse l’antre de ses lèvres entrouvertes. Et elle rougit, presque rien, imperceptiblement, mais rougit tout de même à l’évocation du Lord Loup. Lorsqu’enfin elle reprit la parole, la blonde sembla lointaine et la contenance ne revint qu’après quelques instants. Et elle semblait intéressée.

      « Étrange comment ? Étrange comme préoccupé, conclut Cylia en fronçant délicieusement les sourcils. Mais rêveur aussi, quelques fois. Il semble penser à des choses lointaines, le regard vague… D’infimes instants, mais pour quelqu’un qui a grandi avec lui, c’est flagrant. Elle réfléchit quelques instants. Mais vous avez raison, la menace fer-née est à nos portes. Il serait dangereux de ne pas être préoccupé. Il serait fou, de ne pas l’être, n’est-ce pas ? »

      Elles reprirent la marche et le silence se fit de nouveau, évocateur et lourd de sens. Les animaux s’étaient tu, à l’abri des frondaisons dénudées, tapis sous des empans de terres, nus ou enneigés. Son regard traînait au sol, emportant avec lui des nuées de songes. À mesure qu’elle s’était habituée au pas lent et mesuré du cheval, Cylia s’était alanguie, ballotée qu’elle était de droite et de gauche. Bercée. Elle se prêtait même à rêver, et ses yeux gris papillonnèrent d’asthénie. Un flocon glissa dans l’air, sous ses yeux, vint se poser sur la crinière d’ébène de la monture. Elle le cueillit du bout des doigts, mécaniquement, et l’approcha de son visage, le vit fondre sous la chaleur de son souffle.

      « Je crains de ce qu’il résultera de cette rébellion. Je crains pour l’avenir, pour le Nord. Je crains pour mes proches. Si l’hiver arrive, Deana, il est assurément de sel, et de sang. »

      Sa voix neutre détonna dans le calme des bois. Des boules cotonneuses, parfois grosses comme des œufs, s’étaient mises à tomber dru sur les têtes blonde et brune des deux jeunes femmes qui, imperturbables, en tenaient à peine compte. Pourtant, si la neige ne les empêchait pas, elles devraient tôt ou tard rentrer à Winterfell par devoir. La Lideuil avait des obligations certaines. Quant à la Stark, elle ne se pouvait assurément pas permettre de disparaître trop longtemps de l’enceinte des murs de la forteresse, quand bien même elle n’avait d’autres préoccupations que coudre et broder. Juste être à l’intérieur, à l’abri. De quoi ? Elle l’ignorait.

      Le froid avait commencé à la transir.



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Message Sam 28 Avr 2012 - 16:11

Deana aurait volontiers donné plusieurs vies à la maison Stark pour faire en sorte que la jouvencelle puisse se défendre seule ou même pour l’accompagner dans ses petites escapades, elle avait aussi signé pour ça après tout. Elle savait que Beron n’approuverait pas, elle savait ce qu’elle risquait, mais elle savait aussi que sa vie et sa place dans la Garde Grise ne valait pas la vie de la louve, aussi sacrifier tout cela lui semblait-il normal. De plus, elle savait que, contrairement à ce qu’on voulait leur faire croire, les femmes n’étaient pas moins douée pour les armes que les hommes, si seulement elles se donnaient la peine de s’entrainer dur et d’user de leurs nombreux atouts sans vouloir nécessairement rivaliser de force. Or, cela elle l’avait appris à la force des coups, de ceux qu’on reçoit et de ceux qu’on rend, des bleus sur une peau qui, avant tout ça, était douce et blanche, dénuée des cicatrices laissées au cours des batailles livrées. Mais quel bonheur de constater qu’elle y était arrivée, qu’elle avait finalement réalisé son rêve, que les épreuves et la douleur n’avaient pas été vaines. Cet accomplissement valait toutes les souffrances et les moqueries du monde, et ce, quoi qu’en disent les hommes, même celui auquel elle était sensée obéir en tout et même si elle avait désormais d’autres désirs à son égard. Alors si la belle Cylia Stark avait envie d’apprendre à manier la lame, la blonde montagnarde n’était pas de ceux qui l’en dissuaderaient, elle ne savait que trop bien que les hommes seraient bien assez nombreux de se bord là.

Au fond, peut-être était-ce cet accomplissement qui avait fait de la sauvage Lideuil une femme à part entière, probablement encore plus femme que la plupart des minaudières du sud. Une femme avec des sentiments et des envies, au delà de celui qui avait fait d’elle celle qu’on surnommait Bloody Lady, au delà de la gloire et du gout du sang, au delà de la loyauté et de l’admiration. L’amour et le désir mêlés n’étaient-ils pas nés au moment précis où la blonde des clans avait atteint son but ultime, celui d’être reconnu comme digne combattante parmi les hommes ? Si l’être humain est ainsi fait qu’il a besoin d’un objectif pour avancer et se sentir vivant, alors il se pourrait bien que son entrée dans la Garde Grise soit un accomplissement – accomplissement auquel elle n’aurait jamais osé rêver en s’engageant à Winterfell d’ailleurs - et qu’après ça elle ait eut besoin d’une nouvelle fin. Elle s’était alors rendu compte que non elle n’était pas un homme comme les autres, que oui, elle était bel et bien une femme. Et que même si jusqu’ici elle n’avait jamais ressentit le besoin d’être vue en tant que telle, d’aimer ou d’être aimée, il était latent en elle depuis quelques temps déjà. Alors après tout ce qu’elle avait déjà accompli, qui d’autre que le Sombre Loup pourrait bien s’avérer assez mâle pour une telle femelle, assez difficile à atteindre pour celle qui n’avait jamais reculé devant aucun défi ?

Perdue dans ses pensées, la guerrière ne remarqua pas le sourire de Cylia, l’aurait-elle seulement compris ? Il fallait maintenant espérer que la belle louve tienne ses promesses ou ait le courage de demander de l’aide, Deana espérait que les mots prononcés dans l’air froid de ce matin d’hiver seraient assez bien reçus pour qu’elle n’hésite jamais à aller chercher auprès de la blonde le soutient qu’elle ne trouverait peut-être pas ailleurs.

Mais il fallait maintenant retrouver Dark Mountain. Heureusement, la femme des clans connaissait aussi bien ses bois que sa montagne et elle retrouva sans mal son chemin parmi les ronces et les fougères, aidant parfois Cylia qui, elle, ne portait pas les vêtements les plus adaptés à une marche à travers les fourrés. L’imposant étalon à la robe de jais leva la tête lorsqu’il entendit les deux femmes arriver, émettant un hennissement sourd à la vue de sa maitresse. Quelques secondes avant, il grattait la neige à la recherche de quelques brins d’herbe à grignoter, les rênes passées dans un des étriller pour seule entrave. Deana sangla sa pique sur la selle et aida la louve à se mettre en selle sans vraiment prendre conscience que cette dernière avait peur. Et à la vue du puissant cheval à l’air féroce qui était un amour en présence de la blonde mais une véritable teigne lorsqu’elle n’était pas là, mordant et frappant tout ce qui passait à sa portée dans l’écurie sauf lorsqu’il s’agissait de manger, il y avait de quoi ! Mais là, il y avait sa maitresse, et la brune était sur son dos parce qu’elle le voulait bien, il ne broncha donc pas, mais comme il n’aimait pas être tenu trop serré, elle demanda à Cylia de relâcher un peu la pressions sur les rênes pendant qu’elle-même le tenait d’une main pour s’assurer qu’il ne faisait pas d’écart. La Lideuil était loin d’être la meilleure cavalière des Sept Couronnes, mais elle connaissait ce cheval par cœur et l’inverse était vrai aussi, après dix ans passé ensemble, ils étaient devenus des amis et leur entente était un sacré atout en voyage comme en combat.

« Rêveur ? »

Deana se prêtait à imaginer qu’il pensait alors à elle, elle sourit, même si elle était quasiment certaine que ça n’était absolument pas le cas, les songes ne coutent rien même si n’est jamais bon de s’y oublier totalement… Mais Cylia venait de poser une question rhétorique certes, mais la blonde se sentit obligée de répondre pour cacher le fond de ses propres rêveries, hésitante, elle le fit malgré tout.

« Oui… dangereux… fou… probablement »

L’évocation de cette guerre la ramena brutalement à la réalité, et son regard se fit plus dur, son visage fermé et sa marche plus lourde. La main sur la garde de son épée, elle se remit à écouter et observer les alentours pour s’assurer que rien n’allait leur sauter dessus, comme si la menace des Iliens était aux portes de Wintefrell, ici même dans les bois.

« Assurément. » De sel et de sang, ses mots résonnèrent en elle comme un avertissement et comme le douloureux souvenir de la blessure reçue à Salvemer, le gout de l’hémoglobine et du vent chargé de sel lui revinrent dans la bouche. Douce impression d’amertume ferrugineuse entre plaisir de tuer et peur de mourir, elle serra les dents, ce qu’elle pouvait les haïr ses foutus pirates ! Après quelques instants de réflexion, son regard se porta sur le petit louveteau qui les suivait de son trot pataud, Amarok, le signe qu’elle avait réclamé au pied du Barral… « N’ayez crainte, les anciens Dieux sont avec nous et je ne laisserais rien arriver à aucun membre de la maison Stark. » Un serment renouvelé comme une promesse à tenir pour la jeune louve autant que pour son ainé avant de conclure. « L’hiver vient… » C’était un fait en plus d’être la devise des Loups-Garous, et tellement vrai que la neige tombait à nouveau, il avait fallut du temps pour que Deana s’en rende compte, mais elle le voyait désormais, les délicats flocons tourbillonnant dans le vent glacial et se posant sur ses cheveux et ses fourrures comme des gemmes scintillantes dans la coiffure d’une princesse, la blonde leva les yeux vers Cylia et il lui sembla qu’elle frémissait.

« Il est temps de rentrer je crois. »

Il allait falloir ruser pour réintégrer la forteresse sans trop se faire remarquer et surtout sans qu’on fasse tout de suite le lien entre l’absence de la louve et le retard de la guerrière, or elle ne voulait pas que les reproches qui lui seraient faits retombent sur la jeune fille. Mais tout le monde savait très bien que la blonde partait chasser dans les bois avec son loup au matin et même si d’habitude elle s’arrangeait pour revenir avant le début des entrainements, si on voyait Cylia revenir avec elle, il paraitrait évident à tout le monde que cette dernière était sortie de Winterfell. En réfléchissant à toutes les possibilités qu’offrait la place, elle conclut que la meilleur solution était de passer par la Porte Nord pour déposer la belle jouvencelle près du Bois Sacré par où elle pourrait retourner dans le Donjon en passant par l’Arsenal pendant que la guerrière pourrait rejoindre la porte Sud et la lice, cela dit, quelque soit la porte qu’elle choisirait, il faudrait passer les gardes, et eux verraient bien que la blonde et la brune rentraient ensemble, et ils tireraient leurs propres conclusions, à moins de trouver une bonne excuse…

En sortant à la lisière de la forêt Deana leva les yeux vers le ciel, le soleil était déjà bien au dessus des arbres, elle prit Amarok par la peau du cou sans ménagement, le posa devant Cylia et se remit en marche vers l'imposante muraille qui entourait les différents bâtiments composant l'immense demeure des Stark. Elle contourna la forteresse pour arriver du nord et non de l’ouest tout en exposant son plan à la jeune femme autant pour obtenir des idées et peut-être une éloquente explication à tout ça à exposer aux gardes que pour avoir son approbation pour ce qu'elle s’apprêtait à faire, mentir par omission...

« J’ai bien peur que si nous rentrons toutes les deux par la Porte du Veneur, notre arrivée ne passe pas inaperçu et ça risque de vous retomber dessus. Si seuls les quelques gardes présents à la Porte Nord nous voient rentrer ensemble, peut-être n’en parleront-ils pas à tout le monde, et peut-être que ça ne viendra pas aux oreilles de Lord Beron… Qu’en pensez-vous ? »

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Message Dim 27 Mai 2012 - 13:12

      « Plaisent aux anciens Dieux de nous apporter la force et le courage. » Murmura-t-elle avec douceur. Son souffle chaud dans les brumes de midi formait des moutons de buée qui s’en allaient bondir çà et là avant d’être dissipé par un vent léger. Ces mots, elle les avait déjà entendus auparavant. Ils sonnaient comme on somme un glas, plein d’irrémédiable. Ils tombaient comme un châtiment, dévoraient comme des flammes. C’était de la bouche ronde de Yelina, qu’ils avaient pris corps en ce monde. Mais en quelles circonstances ? Cylia Stark se souvenait. Elle voyait des larmes, elle voyait du rouge, elle sentait l’écœurante exhalaison du sang séché, de la pourriture, de la mort. C’était le décès de son père, les laissant seuls. Seuls à eux tous. Unis.

      « Il est temps de rentrer je crois. »

      La louve cligna plusieurs fois des yeux, réveillée d’un mauvais rêve. Elle souriait mais, froide et ennuyée (le cheval n’était définitivement pas son dada.), se tortillait imperceptiblement sur la selle dure. Elle avait les fesses et les jambes endolories. Quant aux bras,… « L’hiver vient. Et la neige avec. Ajouta la brune. Vous avez raison, il est plus que temps de rentrer. Je ne puis supporter d’inquiéter plus longtemps ma fratrie et de vous retenir loin de vos obligations. » Elle se sentait déjà assez fautive comme ça. Le zénith, midi, était passé, on devait se demander où chacune d’elles avait bien pu disparaître. Elle pensa à l’appréhension paternelle du vieux mestre et à la nourrice, à son angoisse impulsive et sèche, à Yelina, sa presque-jumelle, et sentit aussitôt une vague de culpabilité l’étreindre. Elle devrait prétendre avoir prié et s’être endormie au creux d’un arbre ; C’était un grossier mensonge – Et elle détestait mentir, en particulier à ses proches – mais aucun ne sentirait la vérité grossièrement cachée sous la menterie. Peut-être sa sœur se douterait-elle de quelque chose, mais trop rassurée par son retour, n’insisterait pas sur les causes de son départ. Et c’était bien mieux ainsi. Cylia n’aimait pas avoir à justifier chacun de ses faits et gestes. D’autant qu’elle était tout à fait capable de s’endormir au creux d’un arbre, ça lui était déjà arrivé. Et pas qu’une fois ! Les Dieux en étaient témoins.

      Le problème se poserait au retour. Impossible de passer inaperçue et de ne pas attirer les foudres du maître de maison. La blonde proposa une solution qui, de toute simplicité, s’avèrerait, elle l’espérait, proprement efficace. « J’ai bien peur que si nous rentrons toutes les deux par la Porte du Veneur, notre arrivée ne passe pas inaperçu et ça risque de vous retomber dessus. Si seuls les quelques gardes présents à la Porte Nord nous voient rentrer ensemble, peut-être n’en parleront-ils pas à tout le monde, et peut-être que ça ne viendra pas aux oreilles de Lord Beron… Qu’en pensez-vous ? » La porte Nord donnait sur des étendues plates, infinies, où le regard portait sur des kilomètres. En d’autres termes, nul besoin d’y placer une garnison de gardes. Deux ou trois y étaient permanents, guère plus. Mais ils feraient d’autant plus attention à leur passage. Deana posa Amarok devant elle, et la louve tint fermement le louveteau entre ses mains, pour pas qu’il ne bascule de la monture. Elle réfléchissait vivement à des excuses à fournir mais, décidément, rien ne lui venait. Mentir ne lui était pas plus naturel que se battre. Elle eut la vague idée de faire passer à Deana sa cape et de la faire passer pour Yelina, mais qui serait dupe ? N’importe qui pourrait reconnaître Dark Mountain. Elle soupira.

      « Nous n’avons pas vraiment le choix je suppose. Prions pour que ça marche. Je suis désolée de vous avoir entraînée là-dedans. » Mais Deana ne semblait pas dérangée outre-mesure. C’était une Femme. Et une Femme incroyablement forte, tant dans le mental que dans le physique. La louve se demanda ce qui avait poussé la blonde dans le chemin de la guerre. Était-ce un tempérament ? Un devoir ? N’avait-elle aucun regret, jamais ? Les jeunes femmes longeaient les immenses murailles, qui se dressaient fièrement, et semblaient inattaquables. Son chez elle, au sein duquel elle se sentait protégée. Au creux duquel elle se sentait enfermée. Elle détourna la conversation sur un terrain moins glissant.

      « Pourquoi avoir choisi la voie des armes ? »

      Au loin se dessinait déjà la porte Nord. C’était probablement les derniers mots qu’elles échangeaient pour la journée.


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Message Lun 28 Mai 2012 - 0:31

« Ne vous en faites pas Ma Lady, je suis née libre, et même au service de votre frère je le reste, je suis donc libre de me fourrer dans les emmerdes si ça me chante, si je ne l’avais pas voulut je vous aurais ramené à Winterfell de gré ou de force bien avant. Je comprends votre besoin de vous évader, j’ai eut le même quand j’étais jeune, mais contrairement à vous j’ai pu m’évader parce que je ne venais pas d’une grande famille comme la vôtre, m’évader et réaliser mes rêves. Que peut espérer de plus une femme telle que moi ? »

Elle espérait pourtant autre chose à présent, ses rêves réalisés, elle en avait eut d’autres qui avaient germés en elle un tout particulièrement, mais c’était impossible hélas. Justement parce qu’elle était libre, parce qu’elle était seulement une Lideuil et parce qu’elle était une guerrière, avec le temps probablement elle se ferait à cette idée, ou peut-être qu’elle partirait vers de nouveaux horizon pour arriver à oublier. Quoi qu’il en soit, elle savait que Cylia Stark n’aurait jamais la liberté dont elle avait jouit. Si la jeune femme fuyait, la moitié du Nord se mettrait à sa recherche et la ramènerait chez elle par la peau des fesses s’il le fallait, alors que Samwell, son père ne l’avait pas fait. Après s’être calmé et avoir réfléchit, il en était arrivé à la conclusion que sa fille était effectivement libre de faire ce qu’il lui plaisait, et que même lui ne pouvait l’empêcher de prendre les armes même s’il l’estimait trop jolie pour cela et qu’il aurait préféré lui offrir un bon mariage, impossible désormais. La question de la brune étonna un peu Deana, mais après un regard et instant de réflexion, elle répondit.

« Je ne sais pas trop, j’avais ça en moi, je l’ai toujours eut, l’envie de me battre, de tenir une arme, d’être forte, et puis je n’avais aucune envie de me marier et de porter des enfants à l’époque. En réalité, je crois que j’ai toujours eut peur de ça, plus que de me battre, ma mère est morte en couche, je n’avais pas envie de mourir sans pouvoir me défendre, sans pouvoir combattre. Je passais plus de temps à m’entrainer avec mes frères qu’à jouer ou à broder avec mes sœurs, je n’aimais pas être enfermée et j’avais soif de batailles épiques et de gloire, d’être reconnue pour cela plutôt que pour le fait d’être une gentille épouse et une bonne mère. Lorsqu’est venu le temps de me marier, je n’étais pas encore certaine de ce choix même si je me voyais mal en maitresse de maison, mais les prétendants que me trouvaient mon père ne me plaisaient pas, aucune d’entre eux ne gagna mon cœur. Aucun d’entre eux n’aurait été capable de me battre en duel, ou en tout cas le refusaient-ils et je ne pouvais pas accepter de me laisser enlevée par un homme moins fort que moi. J’étais de plus en plus opposée au mariage et de plus en plus sûre que je voulais prendre les armes et partir à l’aventure, jusqu’au jour où l’un d’entre eux… Enfin peu importe… Je me suis enfuie peu après, et je n’ai plus jamais fait confiance à aucun homme. J’étais décidée à me battre et à glorifier ma maison par mes faits d’armes, et à ne jamais donner ma vertu à quiconque de moins doué que moi avec une épée, quiconque que je n’aurais choisi par amour. J’ai passé quelque temps chez les Wull où je me suis entrainée et je suis descendue à Winterfell pour me faire engager, et heureusement, malgré mon sexe, certains ont crus assez fort en moi pour que je reste et que j’ai le temps de pratiquer et de faire mes preuves. »

Des regrets elle en avait, mais elle avait fait son choix, et finalement elle s’y tiendrait et en était fière même si cela risquait de lui couter beaucoup, la mort l’attendait au bout du chemin, de ça elle était certaine, mais elle n’en avait pas peur, quand au fait de mourir vierge, qu’est que cela pouvait bien faire. Non la seule chose qu’elle regrettait c’est qu’elle ne connaitrait jamais l’amour, qu’elle ne pouvait prétendre à celui qu’elle voulait et qu’elle n’avait envie d’aucun autre dans son cœur ou dans sa couche, mais elle se garda bien de le dire à la sœur de l’intéressé. Le temps que Deana raconte son histoire les deux jeunes femmes étaient devant la porte et la blonde héla les gardes comme si de rien n’était, le mensonge parfait venait de naitre dans son esprit comme une bénédiction alors que quelques instants plus tôt elle aurait été bien incapable de prévoir ce qu’elle allait dire. Gros Bill et Petit Dred étaient de garde, à eux elle aurait pu dire la vérité sans peur qu’elle ne s’ébruite, mais il y avait Ronard et elle le connaissait bien, amis il n’était pas de ses amis proches, il pourrait la dénoncer sans même penser à mal, juste par loyauté envers le sombre Loup, aussi sortit-elle son mensonge en passant la herse.

« Bonjour les gars, Dame Cylia avait envie de faire une petite promenade dans la neige et Beron m’a ordonné de l’escorter pour plus de sécurité. »

Elle n’aimait pas mentir, surtout à ses amis et pas non plus à son Lord, mais elle appréciait trop Cylia pour lui faire l’affront de la dénoncer, et entre femmes on se comprend, on se soutient, il le faut dans ce monde dirigé par les hommes. Aussi elle le fit, et sans broncher, sans qu’on puisse se douter que Beron n’était absolument pas au courant, mais comme ça, avec son nom cité, ils n’iraient pas lui parler de cette histoire et cela ne se saurait pas.

- Bonjour Dame Cylia, Deana. Dit Ronard
- Dame Cylia. Ah c’était donc là que t’étais passée ! Renchérit Gros Billl
- Dame Cylia. On a bien crut que t’étais perdue, Barth à demandé de tes nouvelles ce matin sur la lice. Ajouta P'tit Dred
- On lui a dit que t’étais probablement partie chasser aux premières lueurs, comme d'hab !
- Il a gueulé.
- Bah, Beron a sûrement dû oublié de le prévenir, tu sais comme il est préoccupé en ce moment, il a autre chose à faire que de s’occuper des caprices de son maitre d’arme.
- Ouaip, c’est sûr.
- En tout cas Dame Cylia, vous avez de la chance, une balade entre filles, je comprends que se soit plus agréable avec Deana qu’avec un garde, elle parle pas beaucoup la blonde, et pour la sécurité, vous pouvez lui faire autant confiance qu’à nous.
- Même plus pour certains hein Ronard !
- Je te permets pas !
- Bon disputez vous si vous voulez pour savoir qui a les plus grosses, moi j’ai d’autres choses à faire, à plus tard les gars, glandez bien, je vais aller trouver Barth pour me prendre mon savon et lui faire s’ne mordre les doigts…
- On se retrouve pour bouffer ?
- Oui pour bouffer Gros Bill...
- Hé, faut bien que j’entretienne ma bedaine !

Deana aida Cylia à descendre et la laissa partir vers le Bois Sacré puis elle laissa son cheval à P’tit Dred sous prétexte de devoir peut-être ressortir dans peu de temps, elle lui demanda de lui donner à boire et lui dit qu’elle viendrait s’en occuper plus tard, qu’il ne le confie surtout pas à un garçon d’écurie. Ensuite, elle fit mine de vouloir passer par les remparts pour rejoindre la cour principale et s’esquiva par l’étroit boyau qui reliait la Porte Nord avec la Porte Sud, ainsi avant de sortir, elle put s’assurer que le Stark n’observait pas l’entrainement du bord de la lice ou du ponceau. Elle put sortir et fut prise à part par Barth pour son retard. Elle s’excusa et dit qu’Amarok s’était perdu dans la forteresse et qu’elle avait mit toute la matinée à le retrouver. Elle dû porter l’eau pour les hommes jusqu’à la fin de la matinée au lieu de s’entrainer, châtiment qu’elle accepta sans rechigner jusqu’au déjeuner. Elle alla manger avec les autres, retrouvant Gros Bill, P’tit Dred et les autres, puis alors que les hommes profitaient d’un peu de repos dans la chaude salle de gardes, elle ressortit pour rentrer Dark à l’écurie et le desseller. Personne n’ayant vu son manège, à part les trois gardes de la Porte Nord, personne ne pourrait faire le lien entre son retour et celui de Cylia.

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Aux premières lueurs - Libre

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