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Une nuit de trop sur les routes [terminé]

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Message Sam 3 Mar 2012 - 10:09

Les derniers restes de sa pauvre pitance avalés, Asher songea à éteindre le feu de camp qui lui avait permis de faire cuire sa proie, dont il ne restait dorénavant plus grand chose. Ses talents de chasseur l'avaient bien aidé dans sa fuite improvisée, comme il évitait l'ombre de toute civilisation, de peur qu'on le reconnaisse et que par malheur on le livre à Karhold en croyant faire une bonne action. Plus il avançait vers le sud, moins le risque était grand qu'on se soucie de lui comme des histoires du domaine: après tout seuls les nordiens en auraient quelque chose à faire. Cependant il avait perdu la notion du temps et le sens des distances... Le climat local tout comme les paysages lui indiquaient qu'il devait être très loin de sa contrée d'origine, mais il n'aurait su dire où il se trouvait exactement. Il était à peine plus conscient de sa situation qu'un animal acculé... C'était une chance qu'il ne portât guère d'attention à son image et à sa réputation, sans quoi il aurait sans doute désespéré d'être tombé si bas.

Jusqu'où aurait-il dû descendre..? Aurait-il dû songer à s'arrêter bientôt? L'idée d'être peut-être au cœur du Bief ou des terres d'Ouest lui retournait en réalité l'estomac... Il était certain de ne pas savoir s'adapter aux coutumes de ces deux régions. Vivre parmi le peuple irait un temps, mais il allait falloir qu'il prenne des risques et lie des amitiés dangereuses avec la noblesse locale si il voulait espérer réussir à prouver la culpabilité d'Evander un jour... Y avait-il juste l'ombre d'une chance pour qu'il y parvienne de cette manière? L'anonymat auquel il devrait sa sécurité pourrait aussi provoquer sa perte à plus long terme: Karhold était un domaine important des terres du Nord, et les Karstark étaient affiliés aux Stark par le sang, via un lointain ancêtre... mais qui ici se soucierait des histoires de succession d'une famille dont l'importance était ignorée dans tout le reste de Westeros? Aurait-il dû plutôt tenter de contacter ses cousins par courrier? Parviendrait-il à les convaincre de la duperie d'Evander là où à Karhold il avait indubitablement échoué? Les sourcils légèrement plissés par l'inquiétude provoquée par cette réflexion, il versa de la terre sur le feu jusqu'à éteindre ses dernières lueurs. Sa silhouette s'évanouit dans l'obscurité. Il était trop tôt pour qu'il réfléchisse à tout cela... Il fallait tout d'abord qu'il parvienne à retrouver une situation stable. Pour le moment il dormait si peu et mangeait tellement mal qu'il ne devait sa capacité à encore tenir debout qu'à sa robuste constitution.

La nuit lui semblait bien chaude. C'était sans doute car il était habitué à des climats beaucoup plus rudes, sous lesquels il n'avait pourtant pas hésité à découcher plus d'une fois. Il allait pouvoir se reposer quelques heures et sans trop d'inquiétude: l'absence de lumière du campement lui éviterait d'attirer d'éventuels bandits de grands chemins, qui auraient certainement pris un malin plaisir à le détrousser. Il aurait détesté ne pas se réveiller sous prétexte qu'on lui aurait bêtement passé une lame au travers de la gorge tandis qu'il tentait de prendre quelques heures de sommeil pour la première fois en plus de quarante-huit heures, vraiment... A l'arrière il entendit un claquement sourd: un sabot qui tapait contre la terre, bientôt suivi d'un hennissement épuisé. Son coursier était une bien brave bête... Il avait tenu tout ce chemin depuis Karhold malgré leurs pauses rares, mais il commençait à être vraiment usé. Il allait lui falloir songer à en changer si il ne voulait pas que le pauvre animal fasse une crise cardiaque en chemin. De plus il avait bien du mal à trouver de quoi le nourrir correctement.. Fort heureusement la végétation dans cette région était relativement luxuriante: il y avait peu de chances pour qu'il meure de faim. Il tapa sur le museau du cheval puis flatta sa croupe pour le calmer. Enfin il songea à s'allonger contre le tronc d'un arbre épais pour reposer sa carcasse éreintée... Il lui fallait encore attendre quelques minutes d'être sûr de n'avoir pas attiré une quelconque présence hostile. Le feu éteint fumait encore un peu...

Un craquement proche retentit, ainsi que quelques rires gras, de mauvaise augure. Soudain il songea qu'il avait peut-être été idiot de s'arrêter si proche de la route. Il était vraiment trop fatigué. Il ne réfléchissait plus correctement. Il aurait dû s'enfoncer un peu plus dans la nature foisonnante... Ainsi aurait-il pris le risque d'être attaqué par des bêtes sauvages - sans doute moins nombreuses et moins féroces qu'aux alentours de Karhold - plutôt que par un groupe armé.

Il pouvait tout aussi bien s'agir d'une patrouille. D'un quelconque groupe de soldats. Les claquements métalliques à chacun de leurs pas ne trompait guère... Si il ne s'agissait pas de ça, alors, Asher était en bien mauvaise posture. Il tourna discrètement la tête en direction de la route, que quelques fourrés lui cachait. Puis il se figea et eut bientôt confirmation de ses craintes. Une quinzaine de bandits passait à côté du campement. Ils ne semblaient pas l'avoir localisé, mais Asher retenait encore sa respiration. Les pas s'arrêtèrent, hésitants.

"... Hey les gars! C'est pas de la fumée qui sort de c'te buisson là?"

... Asher se couvrit d'un chapelet de jurons mentaux. La prochaine fois, il mangerait sa viande crue. Plusieurs sifflements métalliques s'évanouirent dans la nuit, caractéristiques de lames qu'on aurait tiré au clair. Les pas se rapprochaient. Il ne pouvait pas rester coincé entre trois arbres et un buisson: à un contre plus d'une dizaine, aussi doué fut-il pour combattre, ça aurait été du suicide.

Il s'éloigna à pas mesurés, glissant sur le côté sans jamais faire dos à ses ennemis. Un soupir inaudible franchit ses lèvres. Il espérait encore avoir la force de manier son marteau, sur lequel il porta la main pour se préparer à le décrocher. Là, il parvint à débouler en plein milieu de la route. C'est qu'il aurait presque réussi à les berner, et à fuir... Les plus rapides d'entre eux avaient trouvé son cheval et juraient comme des charretiers en remarquant que leur homme semblait avoir pris la poudre d'escampette. Ils commençaient à fouiller le campement. D'autres attendaient juste devant lui et ne tardèrent pas à remarquer sa présence, quoiqu'ils furent très surpris de le voir apparaître comme par magie. Tellement surpris, en fait, qu'il leur fallut un temps pour réagir. Il ne leur laissa évidemment pas le temps de le faire: Asher n'était pas suffisamment stupide ou inexpérimenté pour laisser passer une telle aubaine.

Le poids du marteau s'abattit contre la tempe d'un homme, pile au moment où il tentait de donner l'alerte. Un gémissement pathétique eut le temps de franchir ses lèvres avant que son crâne n'éclate comme une cerise bien mûre et que son cerveau ne se répande à ses pieds. Les bandits tournèrent des yeux écarquillés sur leur agresseur, duquel ils ne songèrent même pas à se moquer: le meurtre de leur collègue les avait visiblement refroidis. Il fallait aussi dire qu'Asher était un colosse dont la taille comme la carrure impressionnaient. Sale et engoncé dans des vêtements de "barbare du nord", il devait avoir l'air d'une espèce de spectre vengeur tout droit venu du Mur, ce qui pourrait expliquer pourquoi quatorze hommes bien bâtis étaient sur le point de pisser dans leur froc suite à sa très involontaire mise en scène: Asher n'avait cherché qu'à se protéger. Cela dit, si ils avaient peur de lui, il n'allait pas s'en plaindre, car il avait de meilleures chances de s'en sortir entier... Solide ou pas, le nordien doutait de sa capacité à survivre à cette rencontre, si jamais les bandits trouvaient l'intelligence de l'attaquer tous en même temps.

Ils retrouvèrent finalement leur sang froid. Ce qui devait être leur chef donna l'assaut.

"... Trouez moi ce sac à merde avant qu'il vous éclate la tête par terre à vous aussi!"

Les bandits hésitèrent encore un instant de trop, ce qui permit à Asher d'avancer dans un hurlement et de happer deux corps dont il broya les côtes, d'un large coup circulaire. Cela dit l'effet de surprise avait fait son temps. Les bandits se ruèrent sur leur ennemi qui se retrouva rapidement submergé: le problème, lorsque l'on maniait le marteau de guerre, c'est qu'on était aussi lent qu'efficace. Seul contre tous, avec si peu de portée, on finissait pas perdre l'avantage. Asher changea d'arme avant que la situation devienne critique. Son marteau toucha le sol, rapidement remplacé dans ses mains par la - très mauvaise - épée qu'il avait acquis en chemin, échangée à contrecoeur contre son arme fétiche, qui aurait eu tôt fait de trahir sa naissance. Le fil de son épée s'enfonça dans quelques corps, mais il ne parvint à éviter tous les coups. Une douleur vive perça son flanc et lui arracha un grognement de douleur sourd, qu'il contint comme il put. Sur ses vêtements déjà couverts de sang se répandit une nouvelle trace qui dans l'obscurité paraissait noire. Il chancela, conscient de commencer à voir trouble. Il était trop fatigué... Son épée bougeait seule, vassale de ses réflexes, alors que son esprit lui semblait reposer à mille lieues de la scène... Sa vue était brouillée par la sueur qui lui tombait dans les yeux. Ses cheveux emmêlés avaient tendance à lui boucher la vue, ce qui n'arrangeait rien non plus. Son expression absente voulait tout dire: Des bandits ou de l'épuisement, restait à voir qui allait le tuer en premier.


Dernière édition par Asher Karstark le Mar 13 Mar 2012 - 19:38, édité 1 fois
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Message Sam 3 Mar 2012 - 12:50

Hawthorne avait beau être une bourgade charmante, elle n’était pas à l’abri de mauvaises surprises, notamment liées à la Route de l’Or. La voie était fréquemment empruntée, et ramenait à la fois de l’or et des informations, mais aussi son lot de coupe-jarrets. Rares étaient ceux qui échappaient à la justice, mais il serait toujours impossible de les attraper tous. Lord Hawthorne n’avait pas assez d’hommes pour se permettre de les risquer sur de minables voleurs. Cela dit, cette fois-ci, il avait changé d’avis. Mieux même, il prenait part à la ‘chasse’. Ce n’était pas un voleur isolé qu’ils cherchaient, mais tout un groupe de brigands, qui avaient décidé de faire de la route leur terrain de jeu. Et il n’était pas question pour Magnys Hawthorne de laisser les bandits dicter leurs lois sur son territoire.

Pour des raisons plus ou moins obscures, Magnys haïssaient ceux qui profitaient de voyageurs isolés ou imprudents pour les attaquer, les détrousser et les laisser pour morts. Loin d’être un seigneur cruel ou tyrannique, il n’hésitait pourtant pas à pendre haut et court les brigands qui n’étaient pas assez expérimentés ou trop stupides pour avoir réussi à lui échapper. Leurs cadavres étaient laissés aux corbeaux, sur une potence près de l’auberge de Hawthorne. Un avertissement comme on pouvait en trouver beaucoup d’autres dans les Sept Couronnes, certes, mais il fallait connaître Magnys pour comprendre à quel point il exécrait ce genre de scélérats.

Ce jour-là, on lui avait rapporté des exactions de la nuit précédente, et ses éclaireurs avaient repéré le camp des brigands. Cela dit, Magnys avait préféré sortir à la brune, pour les prendre à leur propre piège, en se faisant passer pour de simples voyageurs. Point d’armure lourde et peu discrète pour Lord Hawthorne et ses quelques chevaliers, seulement du cuir bouilli dissimulé sous une cape de couleur sombre, l’épée au fourreau, plus ou moins bien dissimulée sous leur laine brune, ou vert foncé. Les cavaliers avaient également mis leurs capuchons, leur donnant ainsi à la fois l’air de voyageurs voulant maladroitement se faire discrets, mais également de cavaliers vengeurs. Magnys ne sous-estimait jamais l’impact que pouvait avoir la peur de l’ennemi. Mais cette fois, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’en sortant du bourg, il entende déjà le bruit diffus d’un combat. Il fit signe à ses hommes d’accélérer, abandonnant son plan initial.

Le son des pas de chevaux au galop semblait être aussi assourdissant que le tonnerre, mais Magnys savait par expérience que, pris dans le feu du combat, ses adversaires ne l’entendraient pas, à moins de faire un effort. Il eut de la chance : il lui semblait que lui et ses hommes arriveraient dans le dos des brigands, et ils pourraient effectivement tenter de les prendre par surprise. Epées dégainées, Magnys et ses quelques hommes déferlèrent sur les bandits, les tailladant sans distinction. Il aurait d’ailleurs pu être difficile de faire la part entre les scélérats et Asher, le voyageur épuisé qu’ils avaient pris pour cible, si ce n’est la lueur de la lune éclairant ses cheveux roux. Magnys, comme le reste de ses hommes, l’avait tout de suite remarqué, et ils avaient évité de s’approcher trop de lui, de peur de le blesser accidentellement.

Tous étaient des hommes rompus au combat, contrairement à moins de la moitié des brigands en face d’eux. Le résultat était sans surprise, et sans appel. Quelques instants plus tard, Magnys mit pied à terre, tenant toujours Epine, son épée, et avança vers Asher. L’homme avait été blessé, et un coup d’œil à la carne qui semblait être son cheval suffit pour se rendre compte qu’il ne porterait plus personne avant longtemps. Magnys soupira. Il ignorait d’où venait cet homme, mais ça n’avait pas été très malin d’user sa monture ainsi.

Magnys avait depuis longtemps baissé Epine, mais ne l’avait pas rengainée. Ils étaient toujours sur la route, certes au milieu de cadavres de brigands - bien que Magnys ait remarqué que ses hommes avaient réussi à en capturer deux, qui seraient pendus sur-le-champ - mais il n’était pas impossible qu’ils se fassent à nouveau attaquer. Dans ce monde, il n’y avait que deux catégories d’hommes : les paranoïaques, et les morts. S’il était encore en vie, c’était qu’il y avait une raison. Bon, il avait eu plus de chance avec sa selle il y a deux ans… Mais c’était un détail.

« Ser Jayce, occupez-vous de ces cul-de-basse-fosse, je veux voir leurs corps pendus en rentrant au bourg. Ser Brynt, guidez cette pauvre bête jusqu’à nos écuries. »

Les deux chevaliers s’inclinèrent et exécutèrent les ordres de Lord Hawthorne sans attendre. Ce dernier s’était de nouveau tourné vers le jeune inconnu qui avait eu le malheur de s’être fait attaqué. Il s’approcha encore un peu, s’assurant d’être à portée de voix, sans pour autant prendre trop de risques. Le rouquin avait l’air d’une bête blessée, et qui peut dire quelle est la logique d’une bête blessée… ? D’une voix calme et posée, Magnys parla :

« Vous êtes blessé. On va vous conduire à Castel Hawthorne pour panser vos blessures... »

Il espérait seulement que le sort ne s’était pas joué de lui, et que la personne qu’il sauvait n’était pas encore pire que les brigands qui l’avaient attaqué. On n’était jamais sûr de rien, dans les Sept Couronnes.
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Message Sam 3 Mar 2012 - 15:22

Il allait mourir stupidement, parce qu'il avait été idiot. Il avait été idiot parce qu'il était trop éreinté pour réfléchir et prendre les décisions les plus prudentes. Et si il était trop éreinté, c'est qu'il n'avait eu d'autre choix que de battre la campagne sans marquer d'arrêt. Qui sait quels moyens ses parents se seraient donnés pour le retrouver? Jusqu'où iraient-ils le chercher? Était-il donc condamné depuis le début de cette histoire? Evander avait-il prévu qu'il puisse laisser la vie dans sa fuite effrénée, incapable de poser pied à terre, car incapable de savoir si il serait en sécurité? Asher maudissait sa tignasse rousse, qu'il aurait peut-être dû raser, finalement... Il aurait eu alors beaucoup moins de chances d'être reconnu. Maintenant il allait juste pourrir dans un fossé, maudit à Karhold tandis que son frère infâme prendrait le pouvoir de la forteresse à la mort de leurs parents... Cet avenir était injuste, mais la vie ne l'était pas moins.

Asher n'abandonnait jamais. Ainsi tenait-il encore sur ses pieds par la seule force de sa volonté de fer... Son corps se battait et hurlait sans modération, et sans demander l'avis de son esprit engourdi. Des membres de brigand volaient, le sang giclait, et il était au milieu du carnage, malheureusement pas insaisissable: même doué, et même confronté à une bande d'amateurs, il était seul face à un groupe entier. Aurait-il été au meilleur de sa forme qu'il aurait peut-être réussi à leur tenir tête - et encore eut-il fallu qu'ils combattent loyalement. Dans ce contexte, il était condamné.

Soudain, les rangs adverses s'éclaircirent. Ses ennemis s'effondrèrent comme si une nuée de flèches les avait transpercés, ou bien comme si ils avaient été foudroyés. Le vacarme du combat l'assourdissait tant et si bien qu'il eut du mal à comprendre ce qu'il se passait. Il resta immobile au milieu du massacre, interdit, l'arme en main et prête à trancher des gorges malgré ses jambes vacillantes qui peinaient à le porter.

Le calme revenu, Asher voyait toujours aussi mal: ses yeux piquaient et son visage était couvert de sang. Sa tignasse échevelée, sale et emmêlée, tombait sur ses épaules et devant ses joues d'une manière telle qu'il devait ressembler à un sauvageon plutôt qu'à un humain civilisé. Ses vêtements de peau, même sales et troués, trahissaient très largement ses origines nordiennes. Même dans la pénombre on remarquait sans mal qu'il n'avait pas dû prendre de bain depuis longtemps, et que sa cavalcade avait été au moins aussi longue qu'éprouvante: si il avait usé sa monture, Asher n'était pas dans un état bien meilleur que cette dernière. Cela lui donnait tout l'air d'un fugitif paniqué. Pour une bonne couverture, on repasserait...

Il entendit plus qu'il ne vit quelqu'un s'approcher de lui. Ami? Ennemi? Il n'était plus capable d'en juger. Le combat était-il fini ou bien était-il trop exténué pour remarquer qu'il faisait encore rage autour de lui..? Asher recula vivement de quelques pas, sur la défensive, dans une parfaite posture guerrière malgré son état déplorable. Son épée, aussi mauvaise fut-elle, était pointée en direction de l'inconnu avec une fermeté suffisante pour prouver qu'Asher savait s'en servir. Les boyaux qui coulaient sur le fil de cette dernière devaient cela dit être suffisamment persuasifs pour qu'il n'ait pas besoin d'en rajouter...

Il ne voyait pas le visage de son interlocuteur. Il remarqua juste - et c'était déjà miraculeux - qu'il s'agissait d'un grand homme, même si moins grand que lui. Sa voix grave semblait vouloir apaiser les nerfs à vif du nordien, qui n'était pourtant pas prêt à baisser sa garde si facilement. Il lui fallut le temps d'assimiler les propos de l'étranger. Sa respiration rauque et trop précipitée se calma progressivement. Ses épaules se soulevèrent moins fort. Un son entre le grognement et le marmonnement pensif lui échappa finalement:

"... Haw... thorne..?"

Ce nom ne lui était pas totalement inconnu, mais ses souvenirs lui faisaient défaut. Où donc cette bourgade se trouvait-elle, déjà? Très au sud, c'était certain... Pouvait-il décemment s'arrêter ici? Ils avaient déjà pris son cheval... Avait-il le choix? Non. Il était trop épuisé pour continuer et avait déjà surestimé ses capacités. Il avait fait ce voyage en des temps déraisonnables... ce qui lui donnait au moins un avantage: il était totalement improbable qu'il se trouvât déjà ici. Conscient d'en avoir déjà trop fait, Asher décida de laisser le destin lui montrer ce qu'il lui avait réservé. Ces hommes lui avaient sauvé la vie... Il pouvait se permettre de leur faire provisoirement confiance.

Incapable de tenir plus longtemps sans ennemi face à lui pour le forcer à combattre, Asher sentit ses jambes se dérober sous son poids. Il posa un genou à terre, et sentit son épée lui échapper, avant qu'elle ne tombe au sol dans un fort bruissement métallique. La tête lui tournait si violemment qu'il doutait de réussir à rester conscient. Son flanc lui faisait un mal de chien, ce dont il ne se rendait compte que maintenant.
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Message Sam 3 Mar 2012 - 21:48

Il était étonnant qu’un simple voyageur, attaqué par une dizaine de brigands, soit toujours vivant, et debout après le combat. Certes, l’homme était blessé, mais… Maintenant que Magnys y pensait, c’était plutôt impressionnant. Et intriguant. Si Asher pensait qu’il n’allait pas mener sa petite enquête, il se trompait. Néanmoins, tout noble qu’il était, Magnys avait des moyens limités, et d’autres problèmes plus graves à régler. Epée baissée, il s’était avancé vers Asher, et lui avait dit calmement qu’il faudrait l’emmener au castel pour lui prodiguer les soins nécessaires. Il avait beau avoir combattu comme une bête féroce, il ne faisait aucun doute qu’il était épuisé, hagard et affaibli. De où il venait, pourquoi il était parti, et comment il était arrivé sur la goldroad importait peu pour l’instant. Magnys n’avait pas occis les loups pour laisser la brebis agoniser. Si tant est qu’Asher soit une brebis. Du moins en avait-il l’air.

L’homme sembla se calmer, mais ne parla pas vraiment. Répéter avec incrédulité le bourg le plus proche, ce n’était pas vraiment parler, n’est-ce pas ? Magnys nettoya sa lame et la rengaina, avant d’approcher un peu plus. Il ne distinguait pas vraiment ses traits, quand bien même la lune était haute et claire. Tout ce qu’il avait pu voir, c’était qu’il avait les cheveux roux, une chose bien rare et étonnante… Et également fascinante. Néanmoins, Magnys n’avait pas le loisir d’être fasciné. D’un mouvement de la main, il écarta son capuchon, et ouvrit la bouche pour se présenter. Il n’en eut pas le temps. Asher vacilla, sa lame lui échappa et il posa un genou à terre. Il était plus grièvement blessé que Magnys l’aurait cru au premier abord : il n’allait pas tarder à s’évanouir, même.

Lord Hawthorne se précipita vers le guerrier errant, et héla le dernier de ses hommes présents pour l’aider à le porter. Hawthorne n’était pas loin, mais il était tout de même hors de question de faire le voyage à pied jusqu’au castel, et encore moins d’attendre que l’on envoie une charrette. Avec un long soupir, Magnys grimpa sur Antiva, son destrier, et fit un signe pour qu’on hisse Asher sur le cheval, devant lui. Ce n’était pas une mince affaire, et plusieurs fois, le blessé manqua de tomber. Mais, au final, ils réussirent à le faire tenir, Magnys ayant passé un bras autour de la taille d’Asher. Antiva était bien à plaindre, pauvre jument, avec deux montagnes de muscles sur elle…

Mais elle ne se plaignit pas quand son cavalier la fit aller au pas. A côté de lui chevauchait l’homme qui l’avait aidé avec Asher, Miles Rider, un jeune garçon, encore dans ses vertes années, mais très prometteur. Il ne fait pas de doute qu’il sera un jour reconnu pour ses talents avec une épée… si tant est qu’il ne meurt pas avant. La vie était cruelle, en Westeros comme partout ailleurs, et il n’était pas rare que de grands dons soient ainsi gâchés. Des fleurs coupées avant même d’avoir pu éclore.

Ils avançaient lentement mais sûrement sur la route, et gardaient le silence. Le bourg était illuminé par la lune opalescente, et par la lueur des torches de ses quelques commerces. En haut de la colline au pied de laquelle Hawthorne s’étendait, le castel se découpait, solide construction de pierre et de bois. Il semblait relativement étendu et imposant, bien que ses tours ne soient pas immenses, loin d’en faut. En somme, le castel, par rapport au village, était bien proportionné.

Magnys et Miles bifurquèrent dans une rue du bourg, et remontèrent le sentier jusqu’au castel. Les riches montagnes des Terres de l’Ouest mouraient dans cette région, ne laissant derrière elles que des collines rocailleuses perçant la plaine fertile qui, au-delà du territoire des Hawthorne, devenaient le Bief, ou les Conflans. Le sentier était sinueux, creusé sur les pentes de la colline, qui bien qu’elle ne soit pas bien haute, avait des flans abrupts. Ils mirent un moment avant d’atteindre les herses du castel, qui s’ouvrirent devant eux. La cour était de belle taille, bien que déserte à cette heure de la nuit. Il n’y avait bien que les sentinelles et les gardes pour accueillir Magnys et son ‘invité’. Tant mieux, d’un côté. Ca éviterait les questions superflues.

« Va me chercher Mestre Adelbert. »

Miles hocha la tête, et descendit de cheval, pendant que Magnys faisait de même, s’occupant de ramener Asher sur la terre ferme. Des gardes vinrent l’aider à porter l’homme jusque dans les appartements réservés aux invités, où le mestre les attendait déjà. L’homme était âgé, une longue et fine barbe blanche glissant sur sa robe, s’emmêlant parfois avec les anneaux de la chaîne symbolisant sa fonction. On pouvait l’entendre se plaindre et menacer de couper sa barbe dans ces moments-là, bien qu’il ne mît jamais ses menaces à exécution. Magnys ne lui faisait pas toujours confiance, mais il était indéniable que mestre Adelbert était, entre autres, un excellent médecin. Et Asher avait besoin de soins, dans l’instant.

On allongea ce dernier sur le lit, laissant au mestre le loisir de l’examiner. Tout le monde sortit de la chambre, excepté Magnys. Il lui tardait de connaître l’identité de cet homme, et pas seulement parce qu’il avait les cheveux roux. Non… Quelque chose ne collait pas. Il leva des yeux inquiets vers le mestre, qui n’avait pas encore parlé. D’un regard, ce dernier fit comprendre à son seigneur de venir l’aider à retirer toutes ces peaux dans lesquelles Asher s’était emmitouflé. A deux, ils ne mirent que quelques instants pour dévoiler la plupart des blessures du roux, notamment ce vilain coup dans le flanc. Mestre Adelbert fit une moue inquiète, et appela des servants pour lui apporter ce dont il avait besoin.

« Il est dans un bien piètre état… Mais encore vivant, ce qui me surprend fort, je dois l’avouer. S’il est si robuste, il devrait s’en sortir. »

Magnys hocha la tête, dubitatif. Asher avait prouvé qu’il était un bon combattant, et maintenant Mestre Adelbert le qualifiait de ‘robuste’… Il n’était pas de la région, c’était certain, il suffisait de voir l’état dans lequel son canasson était. Lord Hawthorne jeta un coup d’œil à l’affublement de l’homme. Un nordien, selon toute vraisemblance… Néanmoins, il n’était pas encore temps de faire des conclusions hâtives, et encore moins d’interroger le pauvre éclopé.

« Y’a-t-il quelque chose que je puisse faire ? »

Ce n’était pas inhabituel, venu de la part de Magnys. Le seigneur n’était pas du genre à tout déléguer, et prêtait volontiers main forte quand cela s’avérait nécessaire. Il le faisait sans arrière-pensées, autre que celle de se montrer utile. Mais le mestre secoua lentement la tête.

« Je pourrais m’en occuper seul, tranquillisez-vous. »

Les servants revinrent avec de l’eau chaude, des linges, et divers instruments et fioles. Dépassé face à ce spectacle, Magnys hocha la tête en signe de respect, et prit congé silencieusement. Il revint dans la cour, où il croisa Ser Brynt, qui lui confirma que le cheval de l’inconnu avait été amené aux écuries. Ser Jayce n’était pas encore revenu au castel, mais cela n’étonnait guère Magnys : il lui avait ordonné de pendre haut et court les brigands qui avaient eu le malheur de ne pas mourir par le fil de son épée. Lord Hawthorne inclina la tête.

« Bien. Une dernière chose, retournez sur la route, et écartez les cadavres des pavés. Laissez-les à la vue de tous, mais arrangez-vous pour qu’ils ne gênent pas la progression des voyageurs. »

Ser Brynt s’inclina, et remonta derechef sur son destrier. A nouveau, Magnys soupira. Il aurait pu rejoindre sa femme dans ses appartements, mais il ne s’en sentait pas le courage. Quand bien même on soupçonnait Rachei d’être engrossée, ça ne l’empêchait pas d’être un fauve dans la couche. Elle laissait rarement Magnys tranquille, prétextant toujours son ‘devoir d’époux’ pour lui arracher quelques moments de plaisir. Non, vraiment, il allait passer son tour cette nuit.

A la place, il se dirigea vers le septuaire. En pleine nuit, il était désert… Une large pièce à sept murs, en haut de sept grandes marches, et aussi calme que froide. Sur chaque mur était accrochée une représentation en bois des Sept ; Magnys se tourna vers l’Etranger, et alluma une chandelle en posant un genou à terre. Il avait besoin de ce moment de paix, et Asher était un prétexte tout trouvé. Il pria pour lui, espérant que le temps n’était pas encore venu pour l’Etranger de guider l’homme qu’ils avaient secouru dans l’autre monde. Ce serait un tel gâchis… Un instant passa, avant que Magnys ne se relève… pour s’incliner à nouveau. Devant la Mère cette fois. Il alluma une autre chandelle, et pria pour sa femme et l’enfant qu’elle portait. Il n’en demeurait pas moins un tantinet cynique : le plus affreux si Rachei faisait une fausse couche, c’est qu’il faudrait s’y remettre. Magnys eut un frisson. Mis à part lui, il n’y avait pas beaucoup de Hawthorne, et aucun ne faisait un héritier solide. Il voulait un fils. Il en avait besoin.

* O Mère, faites en sorte qu’elle me donne un fils robuste… *

… et dont Lognys, son défunt père, serait fier. Magnys se souvenait encore de la déception dans les yeux de son paternel quand Ragnys était mort, comme si tout espoir pour la lignée était mort avec lui. On pouvait le comprendre, d’autant plus que les mœurs de Lord Hawthorne étaient connues - la faute à une jeunesse insouciante passée à batifoler avec les lads et les apprentis forgerons - mais ça n’en avait pas moins blessé le jumeau resté vivant. Les paroles de Lognys Hawthorne résonnaient encore dans sa tête… Accusant Alessi, à tort ou à raison, et surtout, accusant indirectement Magnys de la mort de son frère. Son jumeau, son reflet… Comment aurait-il pu vouloir sa mort ? Il l’aimait, et n’avait rien à gagner en l’éliminant…

Un nouveau soupir, et Magnys se releva, se résignant à quitter le septuaire. Il ne regagna pas sa couche - et son épouse - pour autant. Après être passé par l’armurerie où un écuyer lui retira le cuir de son amure, il alla s’enfermer dans ce qui lui servait de bureau, et écrivit quelques lignes dans un carnet. Ca lui arrivait souvent, un besoin irrépressible qui lui prenait depuis qu’il connaissait ses lettres. Il prévoyait ensuite d’aller s’allonger sur la causeuse qui ornait un des murs de la pièce. Elle ne servait pas quand Magnys recevait, du moins, quand cela concernait les affaires publiques. La plupart des gens pensaient qu’elle n’était là que pour décorer le bureau. Ils n’avaient pas tort : le meuble était de bonne facture, et l’étoffe qui le recouvrait était d’un velours vert foncé, riche de broderies aux motifs floraux et épineux, rappelant bien évidemment les armoiries des Hawthorne. Mais en réalité, c’était là que Magnys dormait les nuits où il n’avait pas le courage d’affronter les appétits de Rachei.

Il retira sa cape, sensiblement de la même couleur que la causeuse, et la laissa sur son fauteuil. Sur le bureau étaient éparpillés des notes concernant l’inventaire de Castel Hawthorne, et des lettres venues des sept coins de Westeros. Il les avait lues, soyez sans crainte, mais il n’avait pas encore trouvé le courage de les consigner dans les archives. Sa mâchoire se décrocha en un long bâillement, alors que ses bras s’étiraient de chaque côté de son corps : le combat nocturne l’avait grandement fourbu, et il lui tardait d’aller sommeiller, dût-il le faire loin de sa confortable - mais ô combien dangereuse - couche. Il passa une main dans ses cheveux, et héla un servant pour qu’on lui apporte de l’eau fraîche dans une cuvette. Il s’agissait là de son rituel du soir, mais cette nuit il fut anormalement long. Perdu dans ses pensées autant que dans la nacre de la cuvette, il passa plusieurs fois de l’eau sur son visage et dans sa chevelure, avant de se décider à s’éponger, et à aller s’étendre sur la causeuse. Il ferma les yeux, et laissa le sommeil le trouver. Ce dernier le fuit quelques temps, cruel, puis le saisit par surprise avant même que Magnys ne puisse s’en rendre compte.
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Message Dim 4 Mar 2012 - 2:55

Asher se sentait très violemment attiré... Par le sol. Rester à genoux plutôt que de s'effondrer lui demandait déjà un effort considérable. Ses bras auraient voulu cesser de le soutenir, et son crâne était si lourd qu'il se demandait encore comment il se faisait qu'il ait pu tenir en suspension par la seule force de son... Cou, visiblement encore accroché à ses épaules. Il perdait l'esprit à force de fatigue...

Pour cette raison il n'eut aucune réaction lorsqu'il entendit les autres approcher, puis lorsqu'ils s'évertuèrent à le porter, pour le hisser sur la monture de son sauveur. Il ne leur fut malheureusement d'aucune aide... La tête lui tournait si fort qu'il avait même du mal à localiser le sol. A travers ses paupières semi-closes, l'obscurité ambiante ne lui permettait déjà plus de rien voir. Son crâne bourdonnait tant et si bien qu'il aurait été incapable de savoir si on lui parlait ou pas. Son corps heurta celui d'un autre cavalier, contre lequel il s'appuya. Il fit malgré tout l'effort de serrer les jambes pour tenir à peu près droit sur la monture, mais il fut bien obligé de se reposer contre l'épaule de l'inconnu tout du long du trajet, pour éviter de basculer, et de faire perdre du temps au convoi. Sa respiration devenait de plus en plus difficile. Rauque, épaisse, voire grasse. Chaque inspiration était une véritable torture, qui tirait sur son flanc endommagé et provoquait une douleur électrique tout du long de sa cage thoracique. Il commença à s'interroger - autant qu'il en était capable - sur l'état de sa blessure. Il n'était plus aussi certain d'être tiré d'affaire...

Progressivement le jeune homme s'habitua à la douleur et à la marche tranquille de la jument. Ce n'était pas pour autant qu'il cessait de sentir ses forces lui échapper, mais il en arriva à envisager la situation avec plus de sérénité. Il ne pouvait faire qu'attendre, et remettre son destin aux mains des étrangers qui l'avaient trouvé. C'était rageant mais il n'avait pas d'autre choix, si bien qu'il accueillait cette fatalité avec tout le calme dont il était capable. Peut-être est-ce cette discipline mentale qui lui permit de rester "conscient" si longtemps tandis qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'il finisse par s'évanouir...

Ils arrivèrent à destination, puis on le porta encore instant jusqu'à un intérieur où on daigna le coucher sur un lit, ce qui le soulagea tout de suite de certaines douleurs... Mais exacerba la plus profonde d'entre elle tandis que ses os, et les chairs qui les entouraient, bougeaient et provoquaient un éclat de douleur dans son dos. Un grognement rageur lui échappa, prouvant aux autres habitants de la pièce qu'il était encore à peu près de ce monde, et surtout, qu'il n'avait pas défailli. Sa propre voix lui apparut comme lointaine... Mais ce son eut au moins le mérite de le raccrocher à la réalité. Des mains voulurent retirer ses vêtements. Rien de plus normal dans ces circonstances, et pourtant Asher eut le réflexe stupide d'essayer de se redresser, et de balayer leurs mains, pour les empêcher de le déshabiller: dans ses effets personnels, il possédait encore de l'argent. Beaucoup d'argent. Beaucoup TROP d'argent pour un simple roturier, en réalité. Si ses sauveurs tombaient malencontreusement sur la coquette somme qu'il transportait, il allait être obligé de se justifier sans mentir, et il craignait que son séjour dans ce cas précis ne se passe mal, ou bien soit très largement écourté... Il fut bien vite ramené à la raison par un énième signal d'alarme de son corps, qui le força à rejeter la tête en arrière, puis à s'allonger dans un gémissement à peine retenu: il avait cette fois vraiment trop tiré sur la corde. Alors qu'il reprenait sa respiration, les hommes finirent de mettre ses blessures à nu.

Il entendit le mestre réserver son diagnostic... Rien de très rassurant, mais vu comme Asher se sentait, il s'estimait heureux d'avoir déjà une chance de s'en sortir, d'autant qu'il était effectivement robuste: son mode de vie n'avait pas forgé que son caractère. Le reste de la conversation lui échappa car il fut rattrapé par l'inéluctable: l'évanouissement tant attendu monta en lui jusqu'à le couper d'un coup d'un seul de la réalité.

Il ne se réveilla que bien plus tard, sans vraiment savoir combien de temps avait passé. Il était perclus de douleurs, mais l'intensité de sa principale blessure n'avait plus rien à voir. Il était couvert de sueurs et devinait qu'il devait avoir eu de la fièvre... Il se sentait maintenant admirablement bien. Apaisé. La température de la pièce était fraiche, plutôt agréable... Asher ouvrit les yeux pour constater qu'il faisait noir. Il tenta prudemment de se redresser, utilisant ses bras pour éviter de tirer sur ses muscles abdominaux endommagés. La tentative fut relativement fructueuse. Peu soucieux de son actuelle tenue vestimentaire - sans aucun doute très légère - il balaya la pièce du regard, à la recherche de ses effets personnels. C'est alors qu'il remarqua la présence d'un serviteur, qui s'approchait de lui. Il s'appuya contre le mur derrière, et imperturbable, continua de chercher des yeux ses biens. Une fois qu'il les eut trouvé il vérifia succinctement que tout y était: vêtements, sacoche, armes. Puis, enfin, il tourna son regard dur et indéchiffrable dans celui de l'inconnu, qui était en train d'allumer quelques bougies pour leur permettre d'y voir plus clair.

"Avez-vous besoin de quelque chose? Dois-je faire mander le mestre?"

Asher balaya les inquiétudes de son interlocuteur d'un geste de la main... De trop. Il se figea un bref instant, dents serrées. D'accord... Il allait falloir qu'il cesse un instant de gigoter si il souhaitait réussir à cicatriser correctement.

"Où sommes-nous?"

"A Hawthorne, au ca..."

"Je ne suis pas d'ici et j'ai du mal à réunir mes souvenirs... Quelle région?"

"Oh! Nous sommes dans les terres de l'Ouest, non loin de la frontière avec le Bief et les Conflans."

Asher soupira, contrarié. D'un point de vue géographique il était vraiment mal tombé... Il n'avait plus qu'à espérer que le propriétaire du domaine n'était pas comme tous ces nobles hypocrites et pompeux qu'on lui avait décrit... Il tourna la tête vers une fenêtre, puis sortit prudemment ses jambes du lit, pour tenter de se lever. L'opération en elle-même ne l'était sans doute pas, prudente... Mais il n'avait plus du tout envie de dormir, et ne tenait pas en place.
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Message Dim 4 Mar 2012 - 14:58

La nuit n’avait pas été fameuse. En même temps, Magnys l’avait passée sur la causeuse de son bureau, un bien piètre meuble si l’on songe à y dormir plutôt qu’à s’y asseoir. Il n’allait donc pas se plaindre de s’être fréquemment réveillé, et d’avoir du regarder le plafond pendant de longs instants, songeant à l’inconnu blessé qui gisait au castel, entre les mains de son mestre, et à son identité. Il n’avait pas l’air d’être un homme du commun, c’était le moins que l’on puisse dire, pour avoir survécu à pareille attaque. Sans l’aide de Magnys et de ses hommes, il aurait sûrement succombé, submergé par les bandits, aussi piètres combattants étaient-ils. Néanmoins, il fallait reconnaître qu’il avait fait preuve d’un talent martial certain pour tenir le temps que la cavalerie arrive.

Le sommeil allait et venait, tantôt profond, tantôt léger. Magnys détestait ce genre de nuit, mais il ne pouvait se résoudre à aller rejoindre Rachei, quand bien même on la fêtait le lendemain. Hawthorne tout entier savait que son Lord n’accordait qu’un intérêt tout limité au beau sexe, et il fallait avouer qu’ils avaient été perplexes lorsqu’il hérita du fief. Mais apparemment, cela ne lui avait pas empêché d’accomplir son devoir, d’autant plus que Lady Rachei était connue pour n’avoir d’yeux que pour lui. Il aurait été très peu probable que Magnys soit cocufié par son épouse. Quand bien même elle arrivait à lui faire faire des cauchemars.

Cette fois, il la vit le pourchassant, les traits déformés à la fois par le désir et la colère. Effrayé, il courait dans la forêt, fonçant sans se retourner. Il l’entendait hurler son prénom, encore et encore, sans jamais qu’elle ne s’arrête, jusqu’à ce « Magnys » ne se confonde avec « Ragnys »… Et il courait encore, bien qu’il se sente ralenti, comme si l’air autour de lui s’était épaissit. L’ambiance de la forêt était étrange aussi, et pas seulement à cause des hurlements inhumains de ce qui semblait être Rachei en version onirique. Magnys n’eut pas le temps d’investiguer la bizarrerie de ce rêve qu’il s’effondra sur lui-même, les cris de Rachei devenant ceux d’un nouveau-né, la forêt se transformant soudainement en chambre. Il tourna les yeux vers son fils, et ce qu’il vit lui arracha un cri. L’enfant grandissait à vue d’œil, et devint rapidement Alessi, ou plutôt son cadavre, son fantôme, qui lançait sur Magnys un regard accusateur.

Lord Hawthorne se réveilla en sursaut, une main sur sa poitrine. Le premier réflexe qu’il eut fut de vérifier que personne n’avait été témoin de ce bien piètre réveil, puis il risqua un regard vers la fenêtre, jaugeant de l’heure qu’il devait être. Le matin arrivait, à n’en pas douter, mais l’aube n’avait pas encore éclaté. Las, Magnys se leva, étira son corps endolori, et se dirigea vers la cuvette d’eau qu’on lui avait apporté la veille. Il vit son fantôme dans son reflet, le teint cireux et de sombres cernes creusés sous ses yeux. Magnys passa un peu d’eau froide sur son visage, geste sensé le réveiller, ou au moins, chasser les brumes de son insomnie. Cela ne sembla pas très efficace, aussi trempa-t-il son visage entier dans la cuvette. Un spectacle digne d’un lendemain de soirée avinée… Et pourtant. Il s’épongea, et rejoignit ses appartements pour se changer.

Heureusement pour lui, Rachei dormait encore. Elle allait sûrement être d’une humeur massacrante, quand bien même Magnys l’abreuverait de « ma douce » toute la journée. Ce n’était pas parce qu’il n’avait aucune inclinaison pour les femmes qu’il ne savait pas se comporter galamment à leur endroit. Alas, ça ne semblait jamais être assez pour Lady Rachei, qui en attendait sûrement beaucoup trop de son époux. Et qui, notons-le, savait se mettre des œillères de façon assez efficace pour ignorer toutes les rumeurs concernant Magnys. Pour se faire, il fallait vraiment être très versé dans l’art de jouer les autruches.

Magnys se vêtit d’atours plutôt simples : il n’avait pas prévu de sortir du castel avant la mi-journée. Une chemise beige surmontée d’un gilet vert foncé aux armoiries des Hawthorne et des braies noires engoncées dans ses bottes, et Magnys sortit rapidement de la chambre pour sortir et traverser la cour. Le soleil se levait paresseusement, mais déjà tout le castel s’affairait pour la fête donnée en l’honneur de Lady Hawthorne. Elle se déroulerait sur la grand-place du bourg, et presque tout le château allait déserter ces murs dans quelques heures. Lord Hawthorne salua ses hommes d’un geste rapide, et s’enfonça de nouveau entre les murs du castel. Quand il entra dans la chambre où était étendu l’inconnu, il était en train de parler à un jeune serviteur. Ou du moins venait-il de le faire. Parce que là, il essayait de s’extraire du lit, ce qui semblait être la dernière chose à faire.

« Tu ne devrais pas bouger, mon garçon. La plaie que Mestre Adelbert a tenté de refermer pourrait se rouvrir… Et tu aurais fait tout ce voyage pour rien. »

Il s’avança, l’air grave, et congédia le servant d’un regard, avant de s’assoir sur le lit.

« Il me tarde de savoir qui tu es, et d’où tu viens. En tous cas, vu comment tu t’es battu cette nuit, je doute que tu ne sois qu’un simple mendiant. »

Magnys parlait à voix basse, comme s’il ne voulait pas qu’on les entende. Quoi qu’Asher ait fait, il devait forcément cacher quelque chose. Et Lord Hawthorne était du genre à jauger d’une personne soi-même, de recueillir les confidences plutôt que de les soutirer à force de torture. Pour le roux, c’était déjà ça de gagné.

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Message Lun 5 Mar 2012 - 1:02

Asher se figea dans son mouvement au moment même où il allait se lever. Un homme était entré dans la chambre, et le ton de sa voix suffit au nordien à comprendre que cette personne n'était pas n'importe qui. Il s'adressait à quelqu'un qui avait de l'influence à Hawthorne: Asher avait beau n'être qu'un piètre diplomate, il était au moins capable de remarquer tout de suite ce genre de détails. Ainsi que le lui conseillait la voix, il alla donc pour se recoucher. Quand bien même il se sentait suffisamment vaillant pour risquer de faire quelques pas dès maintenant, il doutait que contrarier son hôte - et l'avis de son mestre - soit une brillante idée. D'une part parce qu'ils avaient peut-être raison, et d'autre part, parce qu'à partir de maintenant il n'avait tout simplement plus le droit à l'erreur. Il allait falloir qu'il se montre plus prudent qu'à son habitude, même si ça devait aller contre sa nature. Si Evander gagnait cette guerre qu'il lui avait déclaré... Asher ne répondait pas de ce qui adviendrait de Karhold et de ses alentours. Evander n'avait aucune conscience: il ne serait jamais un bon lord. De plus, Asher devait une vengeance à Aonghas... Son frère ainé lui manquait atrocement.

Son regard, brièvement troublé, balaya de haut en bas la silhouette qui se présentait face à lui. Il s'agissait d'un grand homme brun, bien bâti, dont l'allure franche contrariait les préjugés d'Asher au sujet du noble des terres de l'ouest prototypique. Il n'était pas certain de l'avoir déjà vu... Ses souvenirs de l'attaque puis de son arrivée au castel étaient trop flous et saccadés pour qu'il se rappelle de quoi que ce soit de précis. Cette voix peut-être... Et cette carrure..? L'homme qui l'avait abordé? C'était sans importance.. Surtout qu'en plus, son esprit était ailleurs. On aurait pu croire qu' Asher était habitué à ce qu'on s'adresse à lui comme à un homme du peuple.. Et pourtant, jusqu'à présent, tous ceux qu'il avait côtoyé connaissaient son identité. Ce n'était pas le cas de son actuel interlocuteur, qui lui parlait comme à un enfant. Malgré son jeune âge, ça faisait bien longtemps que plus personne ne l'avait considéré autrement que comme un adulte respectable et aguerri... Quelque chose lui disait qu'il allait avoir plus de difficultés qu'il l'avait tout d'abord cru à s'adapter au rôle qu'il était forcé à jouer.

Il cligna des yeux et tenta de chasser cette gêne étrange qu'il ressentait... Il fallait qu'il parvienne à jouer le jeu, coûte que coûte. Sur le chemin et tandis qu'il galopait il avait laissé son esprit vagabonder, dans l'espoir de réussir à créer une fausse identité crédible de laquelle il pourrait répondre dès qu'il croiserait un quelconque autre voyageur... Mais depuis qu'il avait eu cette idée, des jours et des jours avaient passé. Sa mémoire était aussi élimée que ses vêtements... Quel nom s'était-il donné, déjà? Et quelle profession ses parents étaient-ils censés exercer..? Il n'avait jamais prévu de prouver ses talents martiaux dans une échauffourée, et de mettre un futur potentiel allié sur une piste qu'il aurait préféré introuvable... D'un coup, il doutait de la crédibilité des histoires qu'il avait inventé, et qui lui revenaient par bribes. Laquelle aurait-il dû plutôt utiliser pour convaincre cet homme de sa parfaite banalité..?

Il était resté silencieux trop longtemps. Sans l'ombre d'un sourire, il décida finalement qu'il était temps qu'il se lance, même si il doutait du résultat de la tentative:

"Je m'appelle Logan... Je suis chasseur... J'ai quitté le Nord il y a de cela quelques semaines. Je crois devoir vous remercier pour votre aide, car il semblerait que je vous doive la vie..."

Asher se rendait compte qu'il ne savait pas comment il aurait dû, en tant que roturier, s'adresser à un homme d'importance. Ces codes lui passaient tellement au dessus de la tête en temps normal qu'il n'y faisait plus attention... Un grand nombre de personnes avaient renoncé à les utiliser avec lui, jugeant l'effort inutile en sa compagnie, vu que pour lui les courbettes et la politesse n'avaient aucune forme de signification. Il ne restait plus qu'à espérer que son hôte ne serait pas aussi pointilleux que ce à quoi on aurait pu s'attendre de la part d'un seigneur des terres de l'ouest... Car il s'agissait bel et bien d'un seigneur, n'est-ce pas? Asher s'en enquit directement, en le fixant sans faillir, fidèle à lui-même, même lorsqu'il devait faire profil bas:

"Êtes-vous à la tête de cette maison?"

Si l'homme daignait répondre à sa question, peut-être laisserait-il à Asher le temps de réfléchir suffisamment bien pour se préparer à la prochaine salve de questions... Il craignait de marquer des pauses qui le dé-crédibiliseraient.
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Message Lun 5 Mar 2012 - 15:43

Les mots de Magnys suffirent apparemment à calmer Asher, et à le garder de faire des mouvements trop brusques. Il aurait été vraiment dommage que ce dernier ne meure, simplement parce qu’il n’avait pas eu la patience d’attendre que ses blessures guérissent. On raconte bien que dans les lointaines contrées du Yi Ti, un souverain impatient et incapable de se calmer avait rouvert sa blessure en tapant du poing sur la table. Ce fut l’une des morts les plus stupides et incongrues d’une époque sombre et agitée pour le Yi Ti… Bien sûr, Magnys n’en avait aucune idée. Pas qu’il n’aime pas lire ou qu’il soit totalement inculte en terme d’Histoire, mais il avait quand même d’autres chats à fouetter, en tant que Lord. Il savait néanmoins qu’il avait bien fait en conseillant à Asher de ne pas s’agiter inutilement.

Assis sur le lit, Magnys détailla un peu plus l’inconnu. Il était de constitution solide, ça ne faisait pas de doute, mais il devait venir de très loin. Ses vêtements étaient sales et usés, et sa monture n’aurait pas tenu un ou deux jours de plus, et encore, en étant optimiste. L’homme lui-même aurait sûrement fini par mourir d’épuisement, n’eût été cette attaque de bandits. Il avait eu de la chance que ce soit le soir où Lord Hawthorne avait décidé de faire payer les voleurs et les brigands. D’ailleurs, que l’homme l’ait reconnu ou non lui importait peu, à l’heure actuelle. Ce qu’il voulait surtout, c’était connaître l’identité de l’homme qu’il avait sauvé. Il l’avait accueilli au castel, avait pansé ses blessures, mais il n’en restait pas moins méfiant. Qui sait, parfois on ne sauve pas les bonnes personnes. Vous ai-je raconté cette histoire du médecin qui renonça à servir son seigneur pour pouvoir soigner un roturier, soit-disant victime d’un massacre qu’il avait lui-même perpétré ? Ce médecin avait compris ce jour-là que l’on peut faire une erreur en pensant faire le bien. Les choses sont toujours plus compliquées que l’on ne le pense.

Magnys écouta donc attentivement Asher. Un chasseur, venu du Nord… Oui, ça pouvait se tenir. Mais pourquoi venir dans le Sud alors ? Que s’était-il passé ? Pourquoi tout cette hâte, au mépris du danger ? Lord Hawthorne brûlait d’impatience d’en savoir plus, mais il ne se sentait pas d’humeur assez cruelle pour imposer un interrogatoire à un homme encore en convalescence. Ou du moins, assez en convalescence pour être encore incapable de sortir de son lit. Cela dit, il aurait menti s’il avait dit qu’il n’était pas troublé de la façon dont Asher… ou Logan, lui parlait. Pas un Lord, ni même une quelconque autre marque de respect, sans pour autant qu’il soit vraiment malpoli… C’était étrange. Magnys en fronça délicatement les sourcils.

« En effet. Je suis Lord Magnys Hawthorne. »

… Il était aisé de le deviner, pourtant. Pas son prénom, bien sûr, mais à ses vêtements, on pouvait tout de suite en déduire son rang. Enfin, Magnys ne pensait pas vraiment que Logan n’avait pas saisi de lui-même, il était surtout étonné qu’il ne lui ait pas parlé sur un ton plus… disons… Approprié. Néanmoins, il décida de mettre ces considérations de côté pour le moment. Magnys reprit son léger sourire, presque sa marque de fabrique, et ajouta d’un ton amical :

« J’aurais été bien cruel de te laisser mourir, même si ma présence hier n’était qu’un hasard. »

Et ça n’était pas du tout le genre de Magnys de laisser un homme mourir, dusse-t-il ensuite en payer le prix. Parce que tout de même, cette histoire de chasseur nordien était aussi louche que vague ! Pour le moment, Lord Hawthorne allait mettre ça sur le compte du choc et de l’épuisement, mais il n’allait pas tarder à demander des explications un peu plus précises.
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Message Lun 5 Mar 2012 - 19:24

Asher expira doucement, et laissa son dos reposer contre le mur, et les éventuels tissus qui l'en séparaient. Il lui tardait de pouvoir marcher à nouveau mais il devait bien avouer que pour le moment, se dégourdir les jambes était très loin d'être une priorité. Non... Il devait déjà s'assurer qu'on ne le démasquerait pas. Et l'air de rien, ça n'était pas une mince affaire. Il se rendait compte qu'il ignorait tout des comportements qu'il aurait dû adopter. Asher était bien plus à l'aise sur un champ de bataille, ou campé dans la forêt. Quant à assimiler les codes de la noblesse du sud et les appliquer en se mettant à la place des gens du peuple, avec lesquels il s'entendait pourtant à merveille généralement...

Le jeune homme dévisagea silencieusement son interlocuteur tandis que ce dernier s'était lancé dans l'étude non-moins silencieuse de sa propre silhouette. Il était vraisemblablement en train de le jauger. En fonction de quels critères? A cette question, Asher n'avait aucune réponse. Il se contenta donc de lui servir la fausse histoire dont il s'était pourvu, en espérant qu'il ne lui demanderait pas trop de détails, car Asher ne l'avait pas grandement développée. Il avait été bien trop occupé à broyer du noir.

Asher n'était pas habitué à lire l'expression des gens sur leur visage. Il eut pourtant l'impression d'avoir dit ou fait quelque chose de travers, sans pour autant être capable de cibler l'origine de cette impression... Si il ne pouvait corriger son défaut, il risquait de se mettre en danger sans même s'en rendre compte. Néanmoins son hôte valida son identité. Il s'agissait bel et bien du lord. Asher accueillit cette nouvelle avec un bref hochement de tête, indiquant qu'il avait compris et qu'il saluait son interlocuteur en connaissance de cause. On aurait pu prendre ça pour une marque de respect, malgré la rudesse de ses mouvements. Le roux ne se déridait pas. Son visage était toujours aussi fermé, sévère.

Le lord agrémenta la conversation d'une remarque à laquelle Asher ne vit vraiment pas quoi répondre. Il était très peu loquace et détestait parler pour ne rien dire... Alors, qu'aurait-il pu dire exactement? Il remarqua cela dit que cet Hawthorne était suffisamment sympathique pour sauver la vie d'un roturier qu'il aurait croisé sur la route en proie à des bandits. Quoiqu'il pût dire, tout le monde n'en n'aurait certainement pas fait autant, surtout parmi la noblesse des Terres de l'Ouest, pour ce qu'Asher savait d'elle - bien peu en réalité, si ce n'est qu'elle n'avait justement que peu de considération pour son peuple. C'était évidemment sans parler de son propre frère Evander dont il venait seulement de découvrir la vilénie... Mais Asher préférait éviter de penser à ce fourbe pour le moment, car son souvenir ravivait une blessure encore beaucoup trop fraîche. Il se sentait trahi dans sa chair, et la rage, la tristesse qu'il ressentaient étaient capables de lui obscurcir l'esprit.

Qu'allait-il se passer maintenant..? Asher scruta le lord d'un air interrogateur. Il voyait mal ce qu'on attendait de lui... d'un côté il en avait bien peu trop dit. Aurait-il été à la place de Magnys qu'il ne se serait pas fait confiance. Il ne pouvait pas demander à son hôte de gober tout rond une histoire aussi incomplète... Fichtre! Il eut mieux fait de se faire passer pour amnésique... Seulement, il n'y avait pas pensé suffisamment tôt. Il soupira, et baissa les yeux, tandis qu'il se concentrait, à la recherche d'un discours intelligent... Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas été en contact avec un autre être humain. Il se sentait rouillé... Et cela ne lui simplifiait pas la tâche, déjà qu'il n'avait jamais été un grand parleur, et qu'il n'avait surtout jamais menti.

"J'ai... été forcé de fuir ma région. Un malheureux concours de circonstances... Mais je doute que cette histoire vous intéresse."

Ces informations n'aurait pu être plus vraies. Il était inutile de les cacher: il suffisait de voir son état et celui de son cheval pour comprendre. De plus, moins Asher mentait, plus il se sentait à l'aise avec sa conscience comme avec sa fausse identité. Incorporer à cette histoire des parcelles de réalité lui permettrait de mieux s'en emparer... De plus, il commençait à avoir une idée qui se précisait. L'histoire avec Linsey lui revenait... Quoiqu'il répugnât à utiliser une anecdote qui mettait en scène feu Aonghas, son cher frère, et le faisait passer pour un horrible personnage, il savait qu'il tenait là la meilleure idée qu'il avait eu depuis fort longtemps. Il allait devoir raconter ses déboires au bordel, qui ne le couvraient pas d'éloge... Qui, pour masquer son identité, aurait inventé une histoire qui le forçait à dresser un portrait de lui-même si peu glorieux? Magnys le croirait très certainement... Et ainsi Aonghas ne se retournerait-il peut-être pas dans sa tombe. Après tout, si Asher se battait frénétiquement contre le destin, c'était partiellement pour lui. Il excuserait certainement ses méthodes discutables... Asher en était bien désolé, mais il n'avait pas d'autre choix.
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Message Mar 6 Mar 2012 - 15:48

Si Logan avait remarqué que Magnys semblait surpris, il n’avait pas l’air de le prendre en compte. A moins qu’il ne sache pas pourquoi ? Non, c’était impossible… L’homme venait sans aucun doute du Nord, mais de là à être aussi impoli, c’était peu probable. Le Nord était une terre bien peu hospitalière, et bien que les manières des gens qui y vivent soient rustres, elles ont au moins le mérite d’avoir un tant soit peu de franchise. Magnys appréciait trop qu’on soit direct avec lui pour négliger cet aspect. Néanmoins… un petit Lord par ci par là, ça n’arrachait pas le grognon ! Enfin, Magnys se disait que les gens mal élevés, il devait y en avoir partout ! Et bien qu’il n’y mette ni le ton ni la forme, Logan n’était sûrement pas le pire de ce qu’on pouvait trouver au Nord du Neck.

D’ailleurs, Lord Hawthorne serait vraiment ravi d’en entendre plus à propos de Logan. Pas pour son plaisir - bien qu’il ne puisse nier être curieux de nature - mais parce qu’il se devait de connaître les gens à qui il offrait asile. Il ne pouvait pas se permettre d’abriter un loup dans la bergerie, quand bien même il eut trouvé le loup à moitié mort et qu’il l’ait sauvé. Il fallait avouer que pour l’instant, Logan n’avait pas été très convaincant ! On pouvait mettre ça sur le compte de ses blessures, mais tôt ou tard, il faudrait bien qu’il raconte sa vie deux ou trois fois dans le détail à Magnys. Et autant dire qu’il valait mieux pour Logan que ce soit la même vie à chaque fois. Alors, quand ce dernier commença à parler, avant de tout de suite couper court à son récit, Lord Hawthorne fronça légèrement les sourcils à nouveau.

« Personne ne serait plus intéressé par ton histoire que moi, Logan. Quel Seigneur serais-je si je me désintéressais des hommes à qui je donne asile ? »

En vérité, Magnys n’avait même pas besoin d’être intéressé par l’histoire de Logan. Il devait la connaître, point. Il espérait juste qu’il n’aurait pas besoin d’enquêter pour connaître la vérité… Oh bien sûr, il enquêtera de toute façon, mais si jamais quelque chose ne concordait pas, ça n’allait pas être joyeux. Magnys est quelqu’un de bienveillant et de généreux, mais il ne valait mieux pas trahir sa confiance. Surtout pas quand il vous avait tiré des griffes d’une mort certaine. Il sait être gentil… mais il n’est pas stupide.

« Logan… Tu n’es pas obligé de tout me raconter maintenant, mais sache que j’exige de toi la vérité. Des ‘concours de circonstances’… Ce me semble être l’excuse la plus répandue chez les brigands pour camoufler leurs forfaits. »

Evidemment, Magnys ne soupçonnait pas vraiment Logan d’être un brigand : il voulait juste lui faire comprendre à quel point l’histoire qu’il allait lui raconter était importante, et quelles conséquences il pourrait y avoir si jamais il s’apercevait qu’il avait menti. Il soupira, et se leva, pour faire quelques pas, se sentait soudainement nerveux. Il alla jusqu’à la fenêtre, à travers laquelle il regarda la cour.

Lentement, le castel se vidait. Ses occupants le quittaient les uns après les autres, à cheval, en charrette, à pied… Tous allaient dans le bourg au bas de la colline, pour fêter la grossesse de sa très chère épouse, Rachei… Une vraie teigne. Et le fait que Magnys ait préféré découché et dormir sur sa causeuse plutôt que dans le lit conjugal n’allait pas arranger son humeur. Baissant légèrement la tête, Magnys se tourna de nouveau vers Logan. Il s’était bien sûr déjà rendu compte qu’il avait devant lui un bel homme, aux cheveux magnifiques et aux traits délicats, mais avoir pensé à Rachei d’abord ne faisait qu’accentuer cette impression. Oh rassurez-vous, il n’allait pas lui sauter dessus… Ce serait aussi stupide que dangereux. Mais il commençait à sérieusement y penser quand même.
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Message Mar 6 Mar 2012 - 17:32

Asher releva les yeux. Son regard, plus perçant qu'on aurait pu le croire au premier abord, vint chercher celui du lord, lequel semblait prêt à s'impatienter. Il attendait la suite. Ça n'avait rien d'étonnant. Asher s'était donné un peu de temps en précisant que son histoire n'intéresserait peut-être guère les oreilles d'un riche seigneur, mais visiblement il n'était plus temps de jouer la carte de la modestie. Asher était un très mauvais acteur, on vous l'avait déjà dit? De ce qu'il voyait, il choisissait très mal ses moments pour jouer la carte de l'insignifiance du roturier. Comme il avait finalement trouvé quoi raconter - et qu'il était à peu près sûr de réussir comme il s'inspirait de sa véritable histoire - il décida de cesser de faire attendre le seigneur. Jouer avec le feu, lorsqu'on était dans sa situation, était totalement déraisonnable.

"Dans ce cas, je peux vous expliquer..."

Lord Hawthorne l'interrompit pour lui faire une dernière remarque, qui tenait lieu d'avertissement. Sa teneur eut le don de raviver la flamme de la colère dans le cœur du nordien. Des blessures trop fraîches se rouvrirent, et ce n'était pas celles dont il avait écopé durant le combat contre les bandits. Le jeune homme releva la tête, crispé. Il avait été très peu réactif jusqu'à présent, si bien que sa soudaine émotivité risquait d'étonner son interlocuteur... Il serra les dents et ferma le poing. Ses yeux étincelèrent d'une lueur furieuse, frustrée, qui bien que physiquement dirigée vers Magnys n'allait pas à son encontre. Asher détestait qu'on puisse penser de lui qu'il était un bandit... Ou un quelconque malfrat. Lui si peu susceptible en temps normal lorsqu'on le traitait de pouilleux était très sensibilisé sur le sujet depuis qu'Evander l'avait trahi. Tout le monde le prenait pour le meurtrier d'un frère qu'il avait chéri. Il le supportait très mal... Et il supportait encore moins de devoir duper son hôte: le mensonge était déjà une forme de crime. Malheureusement, il ne pouvait se résoudre à lui dire dès maintenant toute la vérité. Certes... Magnys n'avait aucune raison de lui faire confiance. Et certes l'avait-il sauvé. Mais Asher n'en savait pas assez pour lui-même mettre sa vie - et le destin de Karhold - entre les mains de cet inconnu. Après tout, il s'agissait d'un noble des terres de l'Ouest. Quand bien même le Bief et les Conflans n'étaient pas loin, Asher avait entendu beaucoup de mal des hautes-sphères de cette région. Pour l'instant, aux yeux de Magnys, il n'était qu'un roturier. Comment réagirait-il si il apprenait sa véritable identité? Et même si il parvenait à le convaincre de son innocence, quelle serait sa décision..? Il était fort possible qu'il n'ait rien à faire du destin de son lointain domaine et le renvoie de chez lui pour éviter les problèmes. Et c'était la meilleure option... Ne serait-il pas capable de le rançonner? Ou pire? Néanmoins, Asher ne voulait pas qu'on le prenne pour le fourbe qu'il n'était pas. Dans la mesure du possible, il allait faire comprendre à cet homme qu'il ne plaisantait pas lorsqu'il s'agissait d'être intègre.

Ses yeux étincelaient toujours de cette même fureur, terriblement sincère. Si sincère qu'on aurait difficilement pu la feindre. Lorsqu'il prit la parole, sa voix grondante était au diapason du reste de son expression. Il avait harponné son regard et ne le lâchait plus.

"Soyez sûr d'une chose, lord Hawthorne... Vous mentir est la dernière chose que je souhaite. Je ne suis pas un criminel."

Il avait assené chaque dernier mot de la phrase avec une hargne qui ne pouvait que couver une certaine... Frustration? Oui: Asher sentait la frustration à plein nez. Il voulait en dire plus, mais il ne le pouvait pas. Il fallait qu'il se cache sous une fausse histoire qui serait très loin de faire avancer son problème. Et pourtant il n'avait actuellement aucune autre solution. Il soupira, contrarié. Maintenant qu'il avait dit la vérité pour la dernière fois... Il allait commencer à rouler lord Hawthorne dans la farine. Il espérait juste que ce dernier se souviendrait des mots qu'il venait de prononcer lorsqu'il découvrirait sa tromperie - si il la découvrait un jour - et qu'il saurait comprendre face à quel dilemme Asher s'était trouvé, et à quel point il avait effectivement été navré de devoir faire semblant.

Il passa donc une main contre ses tempes puis chercha par où commencer:

"Bien je... Euh... Je viens d'un village, non loin de Winterfell... Je vous l'ai dit j'étais chasseur... Hm. Je ne sais pas vraiment par où commencer... Il y a eu un malentendu avec mon frère. Il a lancé des... Non reprenons au début. Bref... Il y avait cette fille au bordel, que mon frère connaissait très bien puisqu'il l'avait longtemps courtisée... J'ai été choqué de la trouver ici. Voyez-vous elle venait d'une bonne famille et je n'aurais jamais cru... Mon frère était très amoureux. Moi je l'aimais bien, mais je voulais surtout éviter de lui briser le cœur, alors j'y suis retourné souvent. Je n'ai pas beaucoup d'argent mais j'essayais d'en garder assez pour qu'à la longue elle puisse envisager de changer de métier..."

Il se frotta la nuque. Il n'avait pas besoin de feindre sa gêne: cette partie de l'histoire était quasi-intégralement vraie... Et raconter ça le mettait mal à l'aise.

"... Mais il y a eu des rumeurs. Mon frère a su. Il l'a pris très mal... Il a cru que je voulais la lui voler et que je profitais qu'elle soit dans le besoin pour me l'approprier. Il n'a rien voulu entendre... Il est devenu totalement fou. Je pensais qu'il allait se calmer.. Mais, je ne sais pas comment il a trouvé tout cet argent... Il a dû embaucher des assassins, ou quelque chose... Je le trouvais souvent avec des fréquentations bizarres ces temps derniers. Ils ont essayé de me tuer... Alors j'ai fui. Je pensais que d'approcher du Neck suffirait à les faire perdre ma piste, qu'il ne devait s'agir que d'amateurs... Mais ils ont continué à me courser très longtemps après... Alors j'ai galopé sans presque jamais m'arrêter. J'ai perdu la notion des distances... Je ne pensais pas être descendu si bas."

... Eh bien! C'est Evander qui aurait été fier de lui. Il avait presque réussi à monter un beau mensonge crédible, c'était presque incroyable! Il n'en n'aurait jamais été capable si jamais il n'avait pas pu s'inspirer de son expérience, notons... Il releva la tête, et posa des yeux inquiets dans ceux de son interlocuteurs. Avait-il été crédible, ou bien..?
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Message Ven 9 Mar 2012 - 11:38

Magnys aurait pu se trouver dur, à interroger un homme qui venait à peine d’échapper à la mort… Mais les premiers mots de Logan avaient éveillé sa curiosité en même temps que sa méfiance. Bien qu’il rechignât à mener un véritable interrogatoire, Magnys ne pouvait décemment pas laisser l’homme tranquille aussi vite, sur des mots aussi vagues. Et Logan osait parler d’histoire ‘peu intéressante’ ? Incrédule, Lord Magnys répondit qu’il était bien obligé d’être intéressé… Et Logan de coopérer, s’il voulait passer sa convalescence dans cette chambre confortable, plutôt que les cachots moisis de Castel Hawthorne, qui n’étaient pourtant pas les plus pourris de la région.

Insistant sur sa quête de vérité, Magnys lança une dernière mise en garde à Logan, et les mots semblèrent le toucher plus que le Lord ne l’aurait pensé. Il s’était passé quelque chose, il en était sûr. Logan pouvait peut-être lui mentir, et ne pas être celui qu’il prétendait, mais cette rage bouillonnante en lui indiquait à Magnys qu’il y avait anguille sous roche. Au moins partiellement. Ou alors, ce roux était un excellent comédien… C’était une hypothèse à ne pas écarter, il fallait l’avouer… Attentif, Lord Hawthorne se détourna pourtant de Logan, et alla près de la fenêtre pour observer le reste du castel. Il écoutait l’homme blessé, bien sûr, mais il ne pouvait s’empêcher de penser à la journée qui l’attendait. Après la nuit qu’il avait passé, elle allait être bien longue et pénible. Heureusement qu’il aurait de quoi boire ! Ca lui évitera de se soucier de Rachei et de sa langue de serpent… Il soupira, et se tourna vers Logan, qui n’avait toujours pas parlé, finalement.

Par les Sept… ! Si Logan avait eu des arcs à la place des yeux, Magnys serait déjà à gésir sur le sol. Il connaissait ce genre de regard, sa tendre épouse avait le même. Néanmoins, même si celui de Logan était bien plus perçant, il était moitié moins méchant. Lord Hawthorne avait même peine à croire qu’on pouvait avoir des yeux aussi captivants que ceux qu’il avait en face de lui. Sur le coup, il oublia le festival, le castel, sa femme, et tout le reste, et soutint son regard de ses prunelles brunes et solennelles. C’était étrange mais, quand Logan martela qu’il n’était pas un criminel, Magnys eut envie de le croire. Et paradoxalement, le fait de vouloir le croire sans preuve tangible attisait la méfiance du Lord. Ce ne serait pas la première fois que quelqu’un eut été dupé en écoutant un peu trop ses sentiments. Certaines personnes savent jouer de la corde sensible…

Lord Hawthorne s’éloigna un peu plus de la fenêtre, et se posa plutôt en face du lit, bras croisés sur sa poitrine, les couronnes de fleurs et d’épines sur son cœur se déformant avec les plis du tissu. Il regardait Logan avec tout le sérieux dont il était capable, paré de sa lordface la plus impassible. Quelques mèches rebelles tombèrent près de ses yeux alors qu’il baissait légèrement la tête, découpant son visage au teint mat de grands arcs noirs. Ses iris ne quittèrent pas un instant ceux de Logan : on aurait pu croire à une bataille, et on n’aurait pas eu totalement tort. Une bataille des esprits, des mots, pour distinguer le vrai du faux. Si Logan était mal intentionné, et bon comédien, Magnys n’ignorait pas que c’était sa vie et Hawthorne tout entier qu’il jouait.

L’histoire que Logan lui conta l’étonna beaucoup, et à la fois pas du tout. Il n’était pas rare que les femmes soient au cœur des plus grands malheurs des hommes, quand bien même ils ne leurs portaient aucun intérêt. Ce qui ne sembla pourtant pas être le cas de Logan, qui avait l’air d’être un client fidèle. Cela dit, qu’il veuille détourner une catin de son ‘métier’… Magnys en fut surpris, et dans le bon sens du terme. Bien sûr, il y avait un bordel à Hawthorne, parce qu’il fallait bien trouver de quoi distraire et détendre les habitants, mais jamais Lord Magnys n’avait cautionné ce genre de pratiques. Néanmoins ses raisons pourraient tout de même paraître… surprenantes. En réalité, Magnys aimait trop la chasse pour se contenter d’animaux d’élevage. Si vous voyez ce que je veux dire.

Quant à la suite de l’histoire de Logan, elle n’étonna guère Lord Hawthorne. Les hommes étaient capables de faire beaucoup de choses lorsque cela touchait à leurs sentiments. Il était suffisamment bien placé pour le savoir. Magnys soupira, et détourna un temps le regard. Il ne savait toujours pas s’il devait croire ou non ce chasseur… Il ne savait pas pourquoi, mais cette histoire lui paraissait incomplète, plutôt que entièrement fausse. Les pièces ne s’imbriquaient pas totalement. Cela dit, il n’arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui le chiffonnait. Cette fille soit-disant respectable ? Ces mercenaires qui l’auraient pourchassé de Winterfell au Neck ? La quantité d’or mise en jeu dans cette histoire ? Quelque chose n’allait pas. Mais Magnys n’arrivait pas à croire que Logan eut fait quelque chose de répréhensible là-dedans. S’il mentait, c’était par omission.

Les bras de Magnys se délièrent, alors qu’il se mit lentement en mouvement. Il avança vers le lit, passant une main dans ses cheveux pour les retenir en arrière. Aucun sourire sur son visage : ce n’était pas parce qu’il avait le sourire facile qu’il l’utilisait en toutes circonstances, et là, ce n’était certainement pas le moment de sourire. On ne tarderait pas à réclamer sa présence pour le petit festival tenu sur la grand-place de Hawthorne, et il le savait : il se fit donc très concis.

« Tu resteras ici jusqu’à ce que tu sois remis, et nous en reparlerons à ce moment-là. Repose-toi, ne bouge pas, et fais ce que Mestre Adelbert te dit de faire. »

Il avait l’impression de s’adresser à un enfant, mais il l’avait quand même surpris à essayer de se lever alors qu’il avait encore le ventre à moitié ouvert : il y avait de quoi le prendre effectivement pour un petit garçon désobéissant et têtu. Magnys n’était pas sûr de savoir s’il le voulait vivant ou non, mais quitte à mourir, autant ne pas le faire aussi bêtement qu’en se tortillant inutilement. Il soupira, et esquissa un dernier sourire :

« Et évite de terroriser mes servants… Ils sont là pour veiller sur un homme blessé, pas une bête sauvage. »

Même si dans le cas de Logan, on pouvait se demander, sérieusement. Un peu fatigué, Lord Hawthorne émit un petit rire, et se dirigea vers la porte de la chambre. Il ferait mieux de se dépêcher et d’aller chercher Antiva aux écuries s’il ne voulait pas que Lady Rachei lui pourrisse encore plus la journée.

« Je dois m’absenter, je le crains. Dors, guéris, pendant que je réfléchis à ce que je vais faire de toi. »

Parce qu’en fait, Magnys ne savait toujours pas ce qu’il allait faire à propos de Logan. Du moins, pas vraiment. Il n’était toujours pas convaincu. Il poussa un nouveau soupir, et pris congé du roux, et se dirigea à pas traînants vers les écuries une fois la porte de la chambre du blessé refermée derrière lui.
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Message Ven 9 Mar 2012 - 19:13

Lord Magnys restait impassible tandis qu'Asher s'adressait à lui, dévoilant avec insistance les derniers éclats de vérité qu'il pourrait se permettre d'échapper avant bien longtemps. Il était difficile de savoir si sa tentative de persuasion fonctionnait, ou bien si l'homme serait dorénavant encore plus méfiant à son égard. Asher avait tenté de lui faire comprendre à quel point il était sincère... Dans sa situation, la sincérité était bien la seule arme dont il disposait encore. La seule dont Evander ne pourrait jamais, Ô grand jamais s'équiper.

La mise en garde du seigneur n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd, mais Asher n'en n'était pas moins obligé de mentir. Lord Hawthorne ne se serait jamais contenté d'un simple "puisque je ne peux pas mentir je préfère ne rien vous dire", et raconter la vérité risquait d'avoir encore de plus lourdes conséquences. Il commença donc à tisser le mensonge le plus énorme qu'il avait jamais formulé. Il fallait dire qu'il ne se souvenait pas de son dernier mensonge. Asher était humain: il n'était pas un saint et ça avait forcément dû arriver au minimum dans son enfance, mais ça faisait très longtemps qu'il mettait un point d'honneur à toujours être le plus franc possible.

Son hôte était dorénavant face à lui, bras croisé, éminemment sévère. Il émanait de lui quelque chose de grand, et de somme toute impressionnant. C'était une chance que Asher ne fut justement pas impressionnable. Ça ne l'empêchait pas d'avoir la gorge nouée, et de remercier son sang-froid et sa capacité à rester parfaitement impassible, qui devait être similaire à celle de son interlocuteur. Magnys le scrutait avec une force telle qu'il aurait pu craindre que l'homme lise dans ses pensées et n'aille y chercher ce qu'il voulait à tout prix cacher. Il appela toute la force mentale dont il disposait pour parvenir à ne pas ciller, et à lui rendre son attention. Malgré ses peurs, Asher parvint au bout de son histoire, qui malgré quelques détails bancals se tenait à peu près. Il était le premier surpris d'avoir réussi à tisser pareil conte... Il pouvait remercier Linsey et Aonghas, sans qui il n'aurait jamais réussi à paraître crédible. Et vu la manière dont l'observait le noble maintenant, Asher se rendait bien compte que du résultat de sa prestation, dépendaient... Beaucoup de chose. Sa vie, peut-être, même.

Magnys s'approcha du lit et il ne souriait pas. Asher ne souriait pas non plus. Le silence revenu, il s'était tu, et avait posé une main contre sa cuisse. L'autre pendait nonchalamment contre les draps. Il avait l'air idiot, ainsi couché, presque nu tandis qu'un homme lui parlait, debout et haut de toute sa prestance, mais il était convalescent et n'y pouvait pas grand chose. Aucun des deux hommes n'aurait sans doute pu deviner ce que pensait l'autre. Chacun se cachait derrière une muraille de méfiance, ce qui ne facilitait aucunement le dialogue entre eux.

Finalement, le verdict tomba. Rassuré, Asher recommença à respirer à un rythme normal. Ses traits perdirent un peu de leur dureté toute nordienne, mais tellement décalée lorsqu'elle s'affichait sur un visage aussi délicat que le sien - qui n'était pas moins décalé, placé au dessus de la montagne de muscles qu'il arborait. Il allait pouvoir se remettre de ses blessures sans que son repos soit troublé. Il n'était cela dit pas certain d'avoir réussi à convaincre Magnys: l'homme souhaitait reprendre la discussion plus tard, à sa guérison. Asher ne pouvait que lui être reconnaissant de lui accorder le privilège du doute. Jetant un instant aux orties ses préjugés envers les Terres de l'Ouest, il décida de faire preuve de la gratitude que méritait le geste du seigneur:

"Merci pour votre hospitalité, lord Hawthorne. Je saurai dorénavant que les gens des Terres de l'Ouest ne sont pas tous comme on veut bien les décrire chez moi..."

... Parfois il plaçait le titre, parfois non.Il lui semblait normal de l'appliquer lorsqu'il souhait héler son interlocuteur. Il ne se sentait pas obligé de rappeler ce titre dans chacune de ces phrases, cela dit... Cette ambiguïté involontaire risquait d'être troublante. Asher n'en n'avait absolument pas conscience.

Suite à cette preuve d'ouverture d'esprit RARE (rare, oui, car Asher était plutôt du genre à avoir des préjugés bien ancrés au sujet des populations des régions étrangères, qu'il appliquait un peu à tort et à travers aux quelques habitants qu'il en avait rencontré) le roux ne s'était certainement pas attendu à ce que son hôte fasse lui-même preuve de racisme. D'ailleurs le lord n'y avait-il peut-être même pas pensé... Mais c'est du moins ainsi qu'Asher pris son léger sarcasme, étant donné qu'il n'en comprit pas l'origine. Troublé, il cligna des yeux et laissa son expression se défaire, juste assez pour montrer qu'il ne voyait absolument pas pourquoi Magnys l'assimilait à une bête sauvage...

Il était effectivement sale, fatigué, blessé... Il avait été sur la défensive un moment, et il ne possédait pas le plus délicat des physiques. Mais de là à le traiter d'animal? On disait que les gens du sud considéraient les siens comme des barbares... Asher y vit donc là une insulte ethnique, qu'il prit relativement mal. Son regard brilla d'une colère contenue, et il se renfrogna, l'air clairement vexé. Il n'était pas sensible au sobriquets dont on pouvait l'affubler en règle générale, mais il n'aimait pas qu'on parle mal des siens. Il était très fier de son peuple et de ses valeurs, et prêt à les défendre si il le fallait.

"Je ne pensais pas avoir essayé d'arracher avec mes dents la gorge de celui qui me veillait cette nuit pourtant..."

... Il se tut, conscient que ce n'était vraiment pas le moment de s'énerver et de faire changer Lord Hawthorne d'avis à son sujet. La fierté nordienne était une chose... Sauver Karhold des griffes de son frère en était une autre, bien plus importante. Et si il voulait qu'un jour, elle advienne, il lui fallait encore s'en sortir vivant. Asher se laissa retomber en soupirant contre les draps, décolérant lentement, mais sûrement. Étrangement, depuis qu'il avait quitté Karhold, ses maux de crâne avaient diminué, puis disparu... Il lui était bien plus facile de se concentrer, et de calmer ses élans furieux. Avec un dernier regard sur Magnys qui prenait congé de lui, il glissa entre ses dents:

"... C'est compris, je ne bougerai pas d'ici. Ma vie est entre vos mains de toute façon..."

Lorsqu'il fut seul, il souffla encore, pour diverses raisons. La principale restait tout de même son inquiétude: il était sauvé pour l'instant, mais rien n'était encore joué. Il avait sur la tête une épée de Damoclès et craignait le moment où elle se retournerait. Il n'était même pas certain d'avoir réussi à convaincre Magnys de son histoire... . Asher décida de se recoucher. Il n'avait plus envie de dormir mais son organisme ne dirait certainement pas non contre du repos supplémentaire... Après tout ça faisait très longtemps qu'il n'avait pas eu une véritable nuit de sommeil, et il lui fallait cicatriser afin d'éviter que ses entrailles ne se vident par terre au moindre mouvement. Il avait cru sa blessure tout d'abord moins grave qu'elle n'était: elle ne lui faisait pas mal, ou du moins, pas vraiment. Mais c'était sans doute là l'effet des soins de ce fameux mestre Adelbert qui s'était occupé de lui. Asher se sentait un peu lent. Ses réflexes manquaient à l'appel. C'était peut-être la fatigue, ou l'effet d'une quelconque plante.

Il ne parvint pas à s'assoupir tout de suite. Ca tombait bien, car on vint rapidement lui apporter de quoi manger. Il ne l'avait pas fait depuis la veille, et se contentait depuis des semaines de repas franchement frugaux. Malgré son état approximatif, il dévora comme deux hommes réunis. Le mestre lui demanda de ne point trop se remplir la panse pour éviter de trop marquer de pression sur sa plaie à peine refermée. Asher obéit à contrecœur. Les souvenirs du Nord et de la trahison d'Evander le guettaient et il les repoussait au loin comme il le pouvait, conscient qu'il serait inutile de les laisser le hanter pour le moment. Il se remit en position pour dormir. Cette fois-ci lorsqu'il ferma les yeux, son esprit chuta directement dans le domaine des rêves. Il pouvait enfin se reposer. Pas pour longtemps... En ces circonstances, Asher ne se le serait jamais permis. D'autant qu'il ne savait pas encore ce que le seigneur d'Hawthorne lui réservait exactement...
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Message Ven 9 Mar 2012 - 21:16

Lord Magnys ne croyait pas vraiment Logan, pas aussi facilement. Cette histoire n’était pas totalement claire pour lui, mais il ne voyait pas l’intérêt d’insister maintenant. D’abord, il n’en avait pas le temps, et puis, il n’était pas sûr d’en avoir envie non plus. A quoi bon essayer de tirer les vers du nez d’un homme qui était visiblement aussi méfiant que lui ? Logan avait au moins réussi quelque chose avec son récit : Magnys ne pensait pas qu’il était un criminel. Il lui cachait des choses, certes, mais au fond de lui, Lord Hawthorne n’arrivait pas à croire qu’il avait sauvé le méchant dans l’histoire. C’était toujours ça de pris.

Logan remercia Magnys lorsqu’il comprit qu’il allait le laisser tranquille, au moins jusqu’à ce qu’il soit totalement guéri. Cette fois, il y mit la forme, bien que Lord Hawthorne trouvât ça quand même un peu bizarre. Peut-être parce qu’au passage, Logan sous-entendait que les gens de l’Ouest n’étaient pas chaleureux ou accueillants… ? Magnys fronça les sourcils, avant de rire doucement.

« Je suis curieux de savoir comment les gens de l’Ouest sont décrits par chez vous alors ! Bien que je puisse imaginer que le Nord ne nous porte pas vraiment dans son cœur. »

C’était plutôt réciproque d’ailleurs, même si Magnys n’était pas de cet avis-là. Pas personnellement… ou alors, pas consciemment. Son sourire s’évanouit lentement, emporté par la lassitude. Il n’avait pas envie d’aller à ce damné mini-festival tenu en l’honneur de son épouse, quand bien même c’était pour se réjouir de l’arrivée prochaine d’un héritier. Rachei avait le don de toujours tout gâcher…

Il soupira, et s’apprêta à prendre congé de Logan, non sans lui faire quelques remarques et remontrances. Tout à l’heure, il n’avait pas été avisé d’essayer de se sortir du lit. Ca aurait pu avoir de graves conséquences… Et du coup, Magnys se sentit obligé de le lui rappeler, non sans le comparer à… une bête sauvage. Pas spécialement parce qu’il était nordien, en fait. Ou plutôt si mais alors sans que ça touche vraiment à tous les nordiens. Disons que c’était ce qui émanait de Logan. Il avait plus l’air d’un animal que d’un homme parfois, dans sa façon de regarder Magnys, notamment. On sentait facilement cette bestialité qui se cachait sous ses traits doux.

« Tant mieux alors ! Reste tranquille, c’est tout ce qu’on te demande pour l’instant. »

Magnys esquissa un sourire, et pris cette fois réellement congé de Logan, une fois que celui-ci lui ait assuré qu’il ne ferait rien de stupide pendant qu’il serait seul dans cette chambre, et qu’il ne serait pas totalement remis. Ca valait mieux pour lui, tout de même… Ce serait vraiment trop bête. Lord Hawthorne passa une main dans ses cheveux, à nouveau, comme pour essayer de chasser les pensées qui s’imposaient à lui sans qu’il puisse rien y faire. Il rechignait à aller à cette fête, mais il ne pouvait pas y couper. Quel seigneur aurait-il été alors ?

Il se hâta vers la cour, où Ser Jayce, son cousin, l’avait attendu, un petit sourire éclairant son visage juvénile. Il avait même préparé Antiva, la jument favorite de Magnys, pour lui faire gagner du temps. Ce dernier ne put que sourire d’une telle initiative, et d’une telle prévenance. Lord Hawthorne remercia le jeune chevalier, et se mit en selle. Il échangea quelques mots avec son parent, qui lui annonça que Lady Rachei était déjà partie, et qu’elle devait certainement l’attendre. Magnys leva les yeux au ciel, et ne put s’empêcher de pousser un long soupir éloquent. Heureusement que le vin serait au rendez-vous, parce que la mauvaise humeur de son épouse n’allait pas manquer cette occasion unique de le… Enfin vous voyez le tableau.

[Fin du Chapitre]

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