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C'est l'histoire d'un Ours qui pense que la dame est pucelle...

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Message Mar 28 Fév 2012 - 12:05

Il pleuvait des hallebardes sur l'Ouest. L'automne, annoncé par les mestres de la Citadelle, était bel et bien là, et avec lui, ses pluies interminables et éprouvantes. Les gouttes d'eau étaient grosses, lourdes, et chacune d'entre elle vous détrempait tellement que le malheureux qui en recevait pouvait croire, à raison, que chaque perle contenait autant de liquide que la mer de Dorne. Le capuchon de sa cape rabattu sur son crâne, Gareth Baratheon, l'enfant rebelle de l'Orage Moqueur, menait par la bride son étalon, Bicéphale, le long de la piste sinueuse qui menait jusqu'au sommet de la montagne sur laquelle lui et ses hommes avaient établis leur campement. Voilà une heure qu'ils étaient arrivés au bas de la montagne, lui Mathrim, son fidèle larron à ses côtés. Plus le temps passé avec le brun maigrichon augmentait, plus la Main Rouge appréciait le jeune homme. Taquin, n'ayant pas réellement sa langue dans sa poche, mais aussi intelligent et rusé, le jeune Orageux était un individu attirant et charmant, voir charmeur. Enfin, avec la pluie qui leur tombait dessus, aucun des deux n'était charmeur ou charmé, au contraire, ils étaient las. Deux jours qu'il pleuvait sans interruption, seul l'intensité du crachin changeait au fil des heures. Le sentier par lequel ils grimpaient vers le sommet, et qui était à leur arrivé, voilà quatre jours, presque sablonneux, s'était transformé en un semblant de torrent de boue. Le pas des chevaux n'était pas assuré, et leurs cavaliers, pourtant à leurs côtés à terre, n'en menait pas large. Chaque pas, chaque mètre gagné était une épreuve. Gareth avait choisit ce pic pour établir leur base à cause de son inaccessibilité. Il faisait alors beau et relativement chaud, car après tout, l'automne venait tout juste de pointer le bout de son nez. Mais voilà, ce qui était alors un choix idéal s'était transformé en une énorme erreur. Ils mettaient, lorsqu'il faisait beau, environ deux heures pour parcourir le sentier qui menait à leur campement, en mettant pied à terre à mi-chemin pour plus de sécurité, la pente étant relativement raide. Mais avec cette pluie torrentielle, ils mettraient au moins le double de temps. Cette réflexion acheva de plomber le moral de Gareth, au plus bas. Il n'avait pas été dans cet état d'esprit depuis des lunes, au moins. Mathrim quand à lui marchait, ou essayait de marcher en silence, les yeux perdus dans la boue à ses pieds. Après ce rapide coup d’œil sur sa droite pour vérifier que son compagnon d'infortune se portait bien, le Baratheon tourna à nouveau son regard vers le sommet de la montagne. Nul lumière n'échappait du pic, aucun feu n'aurait en effet tenu ce soir, et ce malgré une partie du campement aménagé dans une cavité rocheuse. L'Ours d'Accalmie plaignait sincèrement ses hommes, qui sans doute immobile, emmitouflés dans leurs capes et vêtements, devaient attendre un signe des Septs. Gareth n'était pas particulièrement croyant, mais il adressa à cet instant une petite prière silencieuse à toutes les divinités pour qu'elles arrêtent cette maudite pluie, ou qu'au moins, elles diminuent son intensité. Le pas lent, il continua son ascension, son cheval à sa gauche. Le sentier n'était pas particulièrement large, sans toutefois être étroit, et ils devaient être prudents pour éviter qu'une coulée de boue ne les emporte, lui et Mathrim, droit dans le vide. Il n'avait pas particulièrement envie de mourir maintenant, alors que le destin semblait lui sourire. A la réflexion, il n'en avait pas du tout envie.

Les dieux, généreux et bienveillants, semblaient avoir entendu sa prière, puisque la pluie perdit en intensité au fil de leur ascension, qui resta néanmoins difficile et dangereuse. Lorsque enfin, ils arrivèrent au pic, la nuit commençait à tomber. Dire qu'ils avaient commencés l'ascension en fin d'après-midi. N'y croyant pas, Gareth secoua la tête de gauche à droite, comme pour chasser ce mauvais rêve qu'était cette fin de journée. Rien n'y fit. Comme il l'avait imaginé, ses hommes étaient assis en cercle, capes et capuchons rabattus sur leurs têtes et épaules, à attendre. Seul Erik, l'unique Nordien du groupe, habitué à des conditions climatiques extrêmes, vint à sa rencontre. Il avait semble-t-il joué le rôle de la sentinelle, debout sa lance à pointe longue à la main, à fixer l'horizon. Sans un mot, il aida les deux nouveaux venus à décharger le chargement de leurs montures, et à amener à l'abri celles-ci. La cavité rocheuse servait à protéger les bêtes, qui risquaient de mourir si elles ne l'étaient pas. Gareth n'étant pas à l'origine de cette initiative, il félicita intérieurement Rand, sans savoir si son second était à l'origine de ce changement d'organisation. S'asseyant dans le cercle, à côté de Gerald, il resta lui aussi là quelques minutes, à attendre on ne sait quoi. Lorsque enfin la pluie ne devint qu'un mince filet d'eau, l'activité revint au milieu du campement. Au milieu des chevaux, dans la crevasse, on commença à préparer le dîner, tandis que les autres tentaient tant bien que mal de préparer leur couche, d'abriter leurs peaux et couvertures avec des branchages. Ils devraient penser à acheter des tentes, même si celles-ci étaient bien souvent trop grande pour les lieux étroits où ils campaient. Aujourd'hui, sur ce plat rocheux, une grande tente aurait été bien utile, d'autant plus qu'il n'y avait que des hommes. Durant un bref instant, son esprit se tourna vers Alysane, avant de revenir à l'instant présent.
Erik, le plus revigoré de la troupe, vint s'asseoir, une infame mixture en guise de soupe dans son bol, à côté du Baratheon. Occupé à enlever son dernier achat de sa protection en cuir, il ne vit le bol que lui tendait le Nordien que lorsque celui lui fit une réflexion.

- Il y'en a qu'sont morts comm'ça...

Après une excuse à voix basse, l'Orageux prit le bol en bois de la main de son compagnon, tout en posant sa dernière acquisition sur ses genoux. La soupe était liquide, très liquide, il y avait beaucoup d'eau et peu de légumes. Quelques morceaux de lapins venaient donner un peu de consistance à ce plat bien maigre. Heureusement que quelques herbes tel du persil relevait le goût du plat peu ragoûtant. Le repas fut avalé en quelques secondes, et après avoir posé son bol à côté de lui, la Main Rouge revint à l'objet de toutes ses attentions.

- Qu'es-ce c'est qu'ça ? Demanda, intrigué l'ancien membre du guet de Blancport, qui ne cessait pas pour autant de mâchouiller son lapin.

Gareth fut tenté de soupirer, la pluie ne l'avait pas rendu d'humeur bavarde, au contraire. Prenant sur lui, il fit un effort pour répondre au descendant des Premiers-hommes, sans pour autant lui accorder un regard.

- Une longue vue Myrienne. Grâce à ça, on peut voir à des centaines de mètres distinctement.
- Oh... J'connais eh, f'pas croire.

Le fils de l'Orage Moqueur oubliait toujours que sous ses dehors rugueux et parfois stupides, Erik était un individu perspicace et intelligent, avec un incroyable panel de connaissance. Seulement, ses manières et son parler le desservait plus qu'autre chose. Bien qu'il fût tenter de répondre qu'il n'en doutait pas, le chef des compagnons ne dit rien et préféra continuer son exploration de la longue vue. Finement travaillé, elle était un objet de métal et de verre d'une incroyable qualité. Le Baratheon tenta bien de regarder au travers, mais avec la pluie et la nuit qui finissait de tomber, il ne vit rien. Légèrement déçu, il rangea l'objet dans sa protection de cuir, et alla se coucher, gagné par la fatigue. Se jetant littéralement sur sa couche, il fut dérangé durant une partie de la nuit par la fine pluie qui lui trempait les os. A cause de ces satanées hallebardes, certains allaient tomber malade, peut-être même lui. La bande aurait grand besoin d'un mestre, mais quel détenteur d'un savoir si phénoménale accepterait de les servir ? Aucun, sans nul doute. Ils devraient attendre d'être plus respectable, plus puissant, plus riche pour qu'une longue barbe ne dédaigne les suivre dans leurs pérégrinations.
Lorsque le soleil les réveilla, c'est endolori et meurtri qu'ils émergèrent. La pluie avait cessé de tomber, et un grand soleil illuminait les terres de l'Ouest, faisant ainsi scintiller l'herbe encore humide de la rosée du matin. Quelques toussotements et éternuements ponctuèrent la matinée, mais hormis Varrin, leur dernière recrue, qui était semble-t-il souffrant, puisqu'il ne s'était toujours pas levé, personne ne semblait avoir souffert de la pluie. La même infâme mixture que la veille constitua leur premier repas, du pain noir en plus. Ils étaient plus riches qu'avant, mais vu le projet colossal qu'avait imaginé Gareth, ils devaient économiser au maximum. Le Baratheon avait bien entendu consulté les différents membres de la bande avant de décider ou non de faire plus qu'attention aux dépenses. Ils avaient tous approuvés ses propos, avec plus ou moins d'entrain. Certains, comme Gwen, adoraient trop le confort pour pouvoir s'en passer longtemps, mais quelques piques d'Erik et de Rand le firent accepter sans trop maugréer de vivre réellement à la dure, à la paysanne. Ils vivaient désormais comme le peuple, le bas peuple, celui qui souffre tous les jours des taxes et impôts des seigneurs, celui qui est la première victime des cataclysmes et guerres. Mathrim et quelques autres, groupés autour de Varrin, l'appelèrent. A grandes enjambées, il se précipita auprès d'eux et, sur la pointe des pieds, put voir par dessus leurs têtes le blond bien en chair agonisant. Ou, tout du moins, fiévreux puisque transpirant. Au vu de ses yeux clôt, de sa mine pâle et des quelques tremblements qui l'agitaient parfois, il devait avoir beaucoup trop de fièvre pour qu'ils puissent espérer que cela passe sans rien faire.
L'Orageux lâcha donc quelques jurons, cela n'arrangeait vraiment pas leurs affaires. Manan, le Myrien, devait les rejoindre aujourd'hui, et il devait après cela retourner à Villevieille. Sans plus réfléchir, L'Ours d'Accalmie désigna deux hommes et les envoya à Port-Lannis chercher quelques onguents, baumes, et surtout des conseils pour soigner l'habile voleur de chevaux. Une fois cela fait, une trop longue attente débuta. Ils n'avaient rien à faire, ne pouvant s'entraîner, ayant trop joués aux dés et osselets, chacun déambulait sur le petit plat où était installé leur campement. Ce genre de situation était propice aux conflits, et Rand et son chef espérait que le contexte s'améliorait bien vite. En milieu de matinée, alors que quasiment tous les membres de la bande lézardaient au soleil, profitant des dernières chaleurs de l'automne, Gerald héla le jeune homme. Se levant rapidement, Gareth couru jusqu'au bord de la falaise où se tenait le quadragénaire. Celui-ci pointait du doigt un petit nuage de poussière, sur le chemin qui menait à la piste sinueuse qu'ils avaient empruntés la veille.

- Tu penses que c'est le Myrien ?
- Vu l'nuage de poussière, c'possible ouaip.

Trouvant là un excellent prétexte pour utiliser sa longue-vue, Gareth s'empressa d'aller la chercher, tel un gamin qui a hâte d'essayer un nouveau jouet. Revenant à côté du chasseur qui n'avait toujours pas bouger, il peina à enlever la longue vue de son étui de cuir. Il lui fallut ensuite plusieurs minutes pour ajuster l'objet, afin d'obtenir une image relativement nette. Ce qu'il vit lui glaça le sang. Tout une colonne de cavalier, aux tabards bleus et rouges, parcourait le chemin qui menait à la piste sinueuse. Après un examen plus approfondie, il put voir le Faucon Arryn sur des étendards. En ville, la rumeur disait que la pucelle était désormais l'épouse de ce crétin de Tybolt. Cela expliquait peut-être son enfermement aux cachots, bien qu'il n'en fût pas convaincu.

- Ce n'est pas le Myrien. C'est l'autre pucelle et peut-être le jeune con qui viennent vers nous. Comment nous ont-ils retrouvés ? Comment ça se fait qu'ils ne dégagent pas plus de poussière que cela ? Comment ?! Et pourquoi ?!

Le ton était allé crescendo, l'énèrvement et la colère, mais aussi la peur, l'envahissaient. Il n'était pas spécialement hors-la-loi, le blondinet ne l'avait pas interdit de séjourner à l'Ouest, il lui avait juste ordonner de quitter Port-Lannis avec ses hommes. Seulement voilà, Tybolt Lannister n'était pas un homme d'honneur, et surtout, lui, Gareth Baratheon, n'était rien, et il pouvait être tué sans que cela ne pose de problèmes.
Tous les compagnons commencèrent à s'équiper, tous avaient entendu ses paroles. La colonne mettrait entre deux et trois heures pour arriver à leur campement, et d'ici là, ils seraient prêt. La pluie, et la rosée jouait sans nul doute un rôle dans le peu de poussière dégagé par la colonne de cavaliers.

- Prêt à l'attaque, armures et épées en place ! Piques, lances, arbalètes et arcs prêt à l'emploi ! Gardez vos épées au fourreau ! Surtout, trouvez moi de gros rochers pour leurs balancez dessus si jamais ils viennent ici pour tous occire ! Nous ne nous laisserons pas faire ! La Main Rouge !
- La Main Rouge ! crièrent en cœur les compagnons en guise de réponse.

Il devait les galvaniser, leur faire oublier leur peur. Et puis, après tout, peut-être venait-il ici en paix, bien qu'il en douta. Il y avait autant de chances que le Lannister vienne pour lui présenter une offre de paix que pour l'embrocher.

- Gerald, fait passer le mot. Nous n'avons aucune raison de les agresser, nous devons simplement nous tenir prêt en cas d'attaque de leur part ? Es-ce que c'est clair ?

L'ancien braconnier hocha la tête et s'en alla avertir ses frères d'armes tandis que Gareth épiait grâce à sa longue vue la colonne Arryn et Lannister avancer vers lui. Quel merde, pensa-t-il intérieurement. Et la journée ne faisait que commencer.

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Message Sam 3 Mar 2012 - 22:29

Le temps, par rapport aux pluies de la veille, était un peu plus clément mais tout aussi ennuyeux. La boue était toujours soulevée par le trot des sabots, l’humidité faisait couler le nez, le froid vif du petit matin rosissait les joues. L’automne, si ce n’avait été ces belles couleurs, aurait vraiment été la pire des saisons. L’aurore aux doigts de rose n’avait pas encore pointée son nez mais, malgré tout, la nuit s’adoucissait d’une certaine lueur, prélude du réveil des corps réchauffés par le froid soleil de saison. Son époux avait été absent la nuit durant, pris par une affaire dans les mines au Nord de Castral Roc, et sans doute ne reviendrait-il pas avant le lever de l’aube. La jeune femme resserra les pans de sa cape de fourrure autour de ses frêles épaules avant de lever la main pour signifier le départ de la petite troupe. Ils auraient bien des lieues à parcourir avant d’être rejoints par ser Ronan Ruthermont et ses chevaliers venus de Penn Irin. D’après les indications, l’intrus se trouvait à quelques heures de Port-Lannis et avait pris position sur les hauteurs. La jeune femme se demanda encore une fois si elle n’aurait pas mieux fait d’attendre Tybolt avant de se lancer dans une telle opération mais elle avait trop de doutes quant à la mansuétude de son époux. Du moins, les Lannister n’étaient-ils pas connus pour leur indulgence. Cependant, la jeune femme considérait qu’elle devait certaines obligations à sa parenté même éloignée.

Alors que la colonne s’ébranlait et passait les immenses portes de la forteresse troglodyte, elle se remémora la soirée de la veille et l’instant précis où Orys lui avait un signe pour attirer discrètement son attention et requérir un entretien privé avec elle. Compte tenu de ce qu’il lui avait appris, elle lui avait demandé d’attendre le retour de son époux pour l’informer de la présence du parvenu Baratheon sur ses terres après qu’il l’en ait lui-même banni. Elle ne comprit pas vraiment comment le maître-espion avait eu connaissance de ce fait et il esquiva lui-même les questions en mentionnant des allers-retours suspects entre la cité portuaire et une zone montagneuse. Toutefois, Maura supposa que cela avait à voir avec le fameux réseau qu’il entretenait et développait à grands renforts de dragons d’or mais sur lequel il restait très discret se contentant d’être l’interface entre une multitude de petites gens et ses seigneurs. Il lui avait déjà mentionné une sorte de taverne sur le port mais elle lui avait fait promettre de laisser couler, il n’était pas question de quelqu’un de ses biens pour une simple offense à son orgueil. Quant à la vanité du Lion, elle ne pouvait se prononcer, nul doute qu’elle aurait à affronter un véritable orage en rentrant. Mais qu’à cela ne tienne, l’honneur commandait d’être juste malgré les circonstances difficiles et les récifs entre lesquels elle devait désormais évoluer.

D’une main distraite, elle caressa l’encolure de Poussière, le dernier don de son époux, un coursier des sables venu tout droit des terres sableuses de Dorne. La jument, si différente des autres montures de la petite troupe, renâclait à l’idée d’être précédée par les gros et massifs destriers de guerre de la garde de la jeune femme. Les tabards écarlates marquaient l’appartenance de certains hommes à la maison de son mari tandis que les livrées azures sur lesquelles s’étalaient les blasons personnels des chevaliers du Val maintenaient encore pour quelques temps l’illusion de son célibat et de son statut de vierge de la maison Arryn. Quoiqu’il en soit, elle avait déjà réfléchi à continuer cet exercice délicat qu’était l’engagement de chevaliers venus de l’Ouest et du Val dans sa garde personnelle. Sans doute un sourcil doré se froncerait-il encore une fois en entendant son souhait mais elle souhaitait conserver auprès d’elle certains des fidèles de sa maison d’origine. Ce serait une petite bulle d’air pour faire passer le mal de son montagneux pays dès lors qu’elle sombrerait dans une légère nostalgie.

Ils avaient dépassé depuis longtemps les murs de Port-Lannis et perdu de vue les tours qui surplombaient les épaisses murailles de la capitale des terres soumises aux Lannister quand un des éclaireurs repéra les bannières mêlées de la maison Arryn et de la maison Ruthermont. Fidèle au serment d’allégeance déclamé devant Lord Jasper, le vieil ami du père des Arryn arrivaient à la tête d’un contingent de la cavalerie du Val. Son cœur se gonfla de gratitude en voyant les cinq étoiles de mer noires sur fond d’or pâle se découper aux côtés du faucon azuré sur sa lune argentée et elle remercia les Sept de la fidélité et du dévouement du vieux chevalier qui avait été combattre jusqu’au Champ d’Herberouge. Le messager qu’elle avait envoyé au camp des cavaliers du Val n’était pas encore revenu lorsqu’elle avait quitté le Roc mais elle était certaine que ser Ronan y répondrait, enfin presque certaine. Les choses changeaient peu à peu pour les seigneurs du Val tandis qu’elle prenait de plus en plus à cœur les intérêts du Lion. La tendresse de Tybolt y était pour beaucoup mais l’héritier qui grandissait en son sein y était pour beaucoup plus. Quand le père de la suivante de sa sœur s’approcha, elle descendit de selle, aidée par un lad, afin de l’accueillir avec l’affection et l’honneur qu’il méritait. Elle fut à deux doigts de lui tomber dans les bras tant il lui rappelait le passé mais, attentive à ses devoirs, elle se contenta de lui tendre sa main à baiser avec un immense sourire de remerciement. En quelques mots chuchotés à voix basse, elle esquissa un rapide plan prenant garde de ne pas être entendue par les gardes jurés de son époux. Elle les informerait plus tard quand ils ne pourraient plus reculer. De toutes façons, compte tenu qu’ils étaient chargés de la protéger, elle considérait qu’ils étaient de fait à ses ordres et comptaient de toutes façons à ce qu’ils lui obéissent en tout. Sans doute était-ce faire bon fond des directives de son époux concernant sa sécurité mais, accompagnée d’une quarantaine de soldats montés et dévoués aux Arryn, elle ne s’inquiétait pas vraiment de la tournure des événements. Ils suivraient. Elle s’occuperait des reproches ensuite. Quelques minutes plus tard, renforcé d’une infime partie des cavaliers de Penn Irin, le groupe reprenait la route s’éloignant définitivement des côtes pour gagner les premiers reliefs avec, pour les natifs du Val, la sensation appréciable d’être en terrain connu, Maura la première. La colonne poursuivit lentement et, alors que les premières lueurs de l’aube étaient derrière eux et que le soleil montait depuis l’Est éclairant les pans de montagne, la piste et les éboulis, ils finirent par atteindre un simple embranchement où la pluie avait quelque peu effacé les traces d’un passage qui, selon le maître-espion, avait dû être important. Un doigt pointé désigna un plateau surélevé à l’attention des proches. Les gardes Lannister n’avaient toujours pas bronché sans doute habitué aux lubies de leur seigneur malgré quelques regards nerveux.

Ils continuèrent d’avancer avec aisance et sans se cacher quand, levant le bras, ser Ronan interrompit la marche en avant et vînt s’entretenir longuement avec la jeune dame. Leurs mots portés par le vent permirent à tout un chacun de rapidement comprendre que le vassal et l’épouse de lord Lannister étaient en désaccord et n’hésitaient pas à le dire très franchement. Il fallut l’intervention du capitaine de la garde du Lion au visage ravagé pour qu’un semblant d’entente s’établisse au grand dam, apparemment, de la jeune femme. D’agacement, elle finit par frapper dans ses mains et de faire un geste montrant la piste qui montait vers le refuge de l’insolent et de son ramassis de pauvres hères. Une brève courbette répondit à ses gestes et ser Ronan Ruthermont, accompagné de quelques chevaliers, retourna vers la troupe pour donner une série d’ordres concis et rapides. Maura, quant à elle, était aux prises avec l’un des gardes Lannister vite rejoint en cela par un des gardes au Faucon.


 « Milady, le vieil homme a eu raison. Je me dois de vous faire savoir que Lord Lannister aurait nos têtes à tous si il apprenait que nous vous avions laissé vous jeter tête la première dans un tel guet-apens. Vous avez plein de qualités, chacun le sait, mais, en dehors de la logistique, vous ne savez rien de la guerre et du combat. Laissez ceux qui en ont l’expérience s’en occuper. 
- Lady Maura, ser Petyr est dans le vrai. Vous…
- Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton, ni de me contredire ! Vous me protégez et c’est bien tout !
- Lord Tybolt accepte notre protection, ma Dame, mais aussi nos conseils en matière de combat et il aurait sans doute plus de raisons que vous de les refuser. »


La bouche de Maura s’ouvrit avant de se refermer, soufflée qu’elle était d’avoir été ainsi reprise sans vert par le vétéran. Elle dut faire une tête absolument risible car elle décela une lueur d’amusement dans le regard baissé des deux chevaliers. Elle n’aimait pas beaucoup que l’on rit d’elle mais elle retînt l’explosion de colère et ravala sa morgue. Après tout, qui était-elle pour vouloir en remontrer à un survivant d’Herberouge et un homme qui avait combattu à la bataille de Port-Lannis ? Une simple gamine qui croyait que, montée sur un coursier des sables, elle pouvait abattre toutes les oppositions parce qu’elle le souhaitait ardemment. Non sens, ils avaient tous raison et Maura était avant tout une femme pragmatique même si parfois un peu trop intense à son propre goût. Elle battit des cils pour éviter que des larmes de rage honteuse ne soient versées devant ses hommes et inclina sèchement la tête.

 « Je ne serais pas plus orgueilleuse que Lord Lannister dans ce cas. Vous avez raison. »

Bien sûr, elle avait articulé ces mots avec une certaine difficulté et sans doute sur un ton peu aimable mais, enfin, ils y étaient. Habitué, le capitaine eût un bref salut et, tournant les talons, rejoignit le reste de son escouade tandis que le chevalier du Val allait chercher une outre et proposait à la jeune lady de se désaltérer. Elle accepta avec gratitude, ils avaient un peu de temps devant eux et leur position était confortable pour attendre quelques heures et surtout tout à fait défendable compte tenu du nombre de guerriers présents.

Ser Ronan, quant à lui, accompagné de six chevaliers du Val triés sur le volet avait entamé la longue ascension qui menait au repère des mercenaires de la Main Rouge. Le pas des chevaux habitués aux reliefs accidentés des montagnes de la Lune était sûr et réconfortant et, devant les sept hommes, un jeune page arborait la pâle bannière de la trêve, un étendard neutre destiné à être vu de loin, déclarant hautement que le petit groupe venait sans mauvaise intention mais bien en paix. Un couple d’heures plus tard, le petit détachement du chevalier atteignait finalement sa destination et Gareth Baratheon. Débouchant sur le plateau, la petite troupe mit pied à terre à l’exception notable de leur chef et leva les mains pour bien montrer qu’ils ne venaient pas pour livrer bataille. D’une voix forte, ser Ronan interpella les hommes présents :


 « Je suis ser Ronan Ruthermont, Chevalier de Penn Irin dans le Val, vassal des Eyrié. Je suis porteur d’un message de Dame Maura de la maison Arryn qui est venue jusqu‘en bas de cette piste, accompagnée de sa garde et de certaines de mes troupes. Elle a été informée de la présence dans vos rangs de Gareth Baratheon, second fils du seigneur d’Accalmie, et elle désire qu’il vienne à sa rencontre. Aucun mal ne sera fait à quiconque, lady Maura est venue en signe de bonne volonté et a insisté pour vous faire savoir qu’elle engageait son honneur et promettait que rien n’arriverait de fâcheux à son cousin. Pour preuve de sa bonne volonté, moi-même et les six chevaliers qui m’accompagnent seront laissés ici comme otages afin de garantir la sécurité de messire Gareth Baratheon et de ceux qui l‘accompagneront comme escorte rencontrer ma Dame. »

Les reîtres avaient ainsi la proposition de la jeune femme entre les mains. Ne restait plus qu’à savoir ce que Gareth Baratheon en ferait…La dame du Val attendait en bas et souhaitait le rencontrer afin de discuter de…Seuls les Sept et cette femme le savait. En tous cas, jouant aux charades pour tuer l’ennui et réchauffée par une épaisse cape de fourrure, elle ne semblait pas être beaucoup affectée par l’attente, grand ennemi des combattants. Pour sa part, elle préférait conserver ses forces pour la suite plutôt que de se ronger aux éclats et, riant parfois aux éclats, des plaisanteries mais, malgré tout impatiente de revoir cet arrogant Baratheon qui avait osé la défier pour finir par goûter au confort des geôles de Castral Roc. Si tout d’abord, elle n’avait pas été mécontente de la punition vengeant son orgueil, elle avait fini, après la satisfaction première et immédiate, par la trouver bien dure. Sa devise était sans doute Aussi Haut que l’Honneur mais elle ne le plaçait pas encore à l’égal de celui d’un Artys.
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Message Ven 9 Mar 2012 - 11:06

L'attente... La plus grande épreuve des combattants, des guerriers. Les sentiments, les émotions des hommes se bousculent si violemment et de plus en plus fort à mesure que le temps passe, que garder son sang froid et son calme est preuve d'une force peu commune. Force dont tentait de faire preuve Gareth. Son visage était lisse, aucune émotion n'en filtrait, alors même qu'a l'intérieur, il bouillonnait. Seul sa jambe, qu'il bougeait nerveusement et inconsciemment, témoignait du trouble qui l'habitait. Sa longue-vue lui donnait de précieuses informations. Tout d'abord, aucune charge, aucune attaque lente et massive ne fût donnée par les Valois et les Lannister. Cela l'aurait bien étonné, mais il n'avait jusqu'à maintenant pas écarté cette possibilité. En voyant les cavaliers s'arrêter tout en bas du sinueux chemin qui menait jusqu'au petit plateau, il pensa que le blondinet et la pucelle voulait l'assiéger. Son impression en fût renforçé lorsque la troupe s'arrêta net, sans pour autant démonter de suite. Il dû de nouveau attendre, pour son plus grand malheur.
Une dizaine de minutes plus tard, ce fut Gerold, qui malgré son âge avait les yeux d'un Faucon, l'avertit que quelque chose ou quelqu'un venait vers eux. Ce qui était une masse sombre pour le silencieux braconnier devint pour lui, grâce à son dernier achat de rouages et d'acier, une petite troupe du Val, levant bien haut l'étendard blanc de la trêve.
La nouvelle se dispersa parmi les hommes comme une traînée de poudre. Ils étaient soulagés, peut-être trop. Un ordre sec d'un vétéran d'Herberouge, en la personne de Rand, ramena la discipline et le sérieux dans les rangs. A dire vrai, Rand n'était qu'un troufion lors de la bataille qui décida du sort du royaume, mais cela, le reître se gardait bien de le dire, question de crédibilité.
Les chevaliers ne mirent pas pieds à terre, et leurs chevaux semblaient bien plus à l'aise que Bicéphale pour grimper la pente. Enfin, après deux heures d'ascension, les chevaliers débouchèrent sur le plateau. Les attendaient là la vingtaine d'hommes de la bande, armures de cuir ajustés, épées au fourreau. Les arcs et arbalètes étaient armés mais pointés vers le sol, pour éviter à tout prix qu'une flèche ou qu'un carreau ne fauche accidentellement un chevalier du Val, et par la même réduise à néant toute négociation. D'un autre côté, si c'était une ruse de la part de la petite Arryn, ils étaient prêt à réagir, et à renvoyer dans l'au delà les hommes à cheval. Les flèches leurs feraient sans doute peut de dégats, mais les carreaux, projetés avec forces par les arbalètes, transperceraient l'acier comme du beurre à une si petite distance.
Heureusement, ou malheureusement, seuls les Dieux le savaient, aucune ruse ne vint ponctuer le discours de ser Ruthermont. L'Ours d'Accalmie avait écouté, attentif, mais derrière ses hommes, l'exposé du vassal des Eyriés. Il avait revêtu un surcôt de laine, et par dessus, sa cotte de maille. Il avait longuement hésité à porter son armure en cuir sombre, et comme il faisait moins chaud désormais que durant l'été, il l'enfila, non sans mal.
L'épée au côté, il émergea du milieu de la troupe, et vintvint se planter devant le vieil homme qui, seul, avait parlé jusqu'ici. S'il n'avait point confiance en la pucelle du Val, il devait s'incliner devant le courage de ce vieillard, et il dû surtout se retenir de manifester quoique ce soit lorsqu'il fit mention de son père. Encore et toujours la naissance, le fait qu'il soit puîné. Puissent-ils tous aller se faire foutre.

- Il fut un temps, l'honneur des Valois voulait signifier quelque chose. Je ne crains malheureusement, Ser Ruthermont, que ce ne soit désormais plus le cas. Il fit une petite pause, et inclina légèrement la tête sur le côté, comme pour jauger du regard son interlocuteur. Je ne vous connais pas, et je ne vous jugerais pas selon ce que j'ai ouïe dire. Car il n'avait tout bonnement rien entendu dire sur ce Ruthermont. Ou rien de significatif en tout cas. Mais j'ai passé des semaines dans les geôles du Roc pour avoir jeté au visage de Lady Maura la vérité. Cette vérité brute et blessante que seuls les coupables ne sont pas capable d'accepter.

Cet épisode lui restait toujours en travers de la gorge, tout comme les geôles du Roc. Il n'avait pas insulté la petite pucelle du Val. Il n'avait fait que dire la vérité, le fond de sa pensée. Mais comme son père, ses propos dérangeaient Tybolt Lannister et Maura Arryn. Il dérangeait, tout simplement. Cela ne faisait que le conforter dans ses idées et ses projets. Ces vérités que tout le monde rejetait, par peur ou calcul, il les ferait éclater à la face du monde. Si cela ne lui apportait pas la gloire éternelle, il était bon l'enfer.

- Je sais que voilà quelques semaines, alors que Port-Lannis était attaqué, un vassal des Eyriés à tué des innocents, dit-on de ses propres mains, dit-on avec l'aide des Marcheurs Blancs. Peu importe comment, un de vos confrère à commis un crime abject, et cela me suffit.

Ce n'était en vérité qu'une rumeur, on entendait dans tel établissement que lord Corbray avait tué de ses propres mains un jeune garçon, et dans un autre, c'était une horde de chevaliers accompagnés de molosses de la taille d'un loup qui avaient fondu sur les habitants, massacrant à tour de bras quiconque se trouvait sur leur passage. Si la dernière était sans aucun doute la plus extravagante, Gareth doutait qu'un Corbray, frère d'un membre de la garde royale qui plus est, ait tué un innocent. Il ne pouvait s'y résoudre. Cela signifierait que le monde était plus sordide encore qu'il ne l'avait cru. Tout se perd, parait-il.
Après une courte pause pour reprendre son souffle, le Baratheon reprit, sa voix grave, sourde et rocailleuse laissant couler ses propos, tel une rivière qui se heurte à un obstacle solide, mais loin d'être infranchissable. Son flux de parole témoignait de son indignation à l'encontre de ces chevaliers, ces prétendus chevaliers. Tel Harbert, tel Gowen, ils n'étaient que des profiteurs, des enculés de la plus belle espèce habillés d'or, d'argent, et surtout, de gloire.

- Dîtes à vos hommes de remonter en selle et de partir. N'est point homme d'honneur celui qui garde des otages. Restez avec moi, nous partirons du plateau après eux.

Il fit venir Bicéphale, et le monta, ser Ruthermont à ses côtés. En silence, le page et les chevaliers repartirent sur le chemin, vers le camp des Valois. Les compagnons restaient perplexes, ne sachant trop ce que Gareth avait en tête. Car n'était point homme stupide celui qui gardait des otages. Lorsque une heure fût passé, et que donc les cavaliers furent à la moitié du sentier, il fit partir son bai brun d'une petite frappe du talon. Suivit instantanément le vétéran. Seuls, et en silence, ils dévalèrent la pente. L'Orageux gardait le dos droit, une main ballante, ce qui lui donnait un air suffisant. Les yeux dans le vague, seul une petite partie de son esprit était encore fixé sur son cheval et sur la descente. Chaque pas de la bête soulevait un peu de poussière, la pente leur étant défavorable, elle revenait inlassablement vers eux. Peu avant qu'un heure ce soit écoulé, il s'arrêta et se tourna vers Ronan, et parla d'un ton qui ne souffrait aucune contestation, aucune négociation.

- Allez voir votre dame, et dîtes-lui que s'il souhaite me parler, ce sera ici. Elle et moi, seul à seul. Je jure de ne lui faire aucun mal, et aujourd'hui ser Ronan, ma parole faut plus que toutes les promesses d'une dame qui a dans ses rangs des soldats Lannister.

A ses yeux du moins. Elle venait là en tant que dame du Val, mais les tabards rouges étaient bien présent. Peu importe le but de ce stratagème, il l'agaçait. Chacun leur tour, ils avançaient leurs pions, abattaient leurs cartes, retenaient leur souffle. Jeu grisant qu'était celui de la négociation, jeu exaltant qu'était celui du trône de fer.
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Message Mar 13 Mar 2012 - 22:37

L’honneur était le maître mot de la maison Arryn mais ne comptait forcément parmi les devises de ses vassaux. Fidélité était celui des Ruthermont. Par l’amitié, la grâce et le compagnonnage avec les seigneurs des Eyrié, Ronan s’était vu hissé au rang de chevalier fieffé, possédant des terres, et pouvant parler d’égal à égal. Et il aurait été prêt à sacrifier son honneur, sa vie ou n’importe quoi qu’aurait requis l’un des enfants de Jon de bon cœur. Toutefois, il connaissait son devoir et avait accepté sa mission. Il se contenta de sourciller en écoutant parler de l’honneur du Val, de ses habitants puis, finalement, haussa simplement les épaules. Il avait vu suffisamment de choses pour ne pas s’irriter de la défiance d’un homme encore vert et il n’allait pas non plus défendre ce Corbray qui s’était rendu coupable de méfaits lors de l’attaque de Port-Lannis. De toutes façons, ce Kaeril Corbray ne faisait pas partie des hommes qu’il avait envie de défendre et son épée n’allait qu’à l’honneur des Eyrié et des enfants de son ami. La justice du seigneur du Roc trancherait sur ce cas, lui ne pouvait qu’attendre et espérer sa dame capable d’amoindrir la sentence ne serait-ce que pour l‘épouse du seigneur de Cordial.

 « Certaines vérités ne sont pas bonnes à dire, encore moins quand elles concernent des dames. Vous le savez sans doute autant que moi, Messire, si ce n‘est mieux. D’après ce que je sais, ce n’est pas elle qui vous a fait envoyer en geôle. Je la connais depuis sa naissance, elle n’est pas femme à se sentir blessée par les insultes d’un homme qui ne lui est rien. Piquée peut-être. De là à vous espérer croupissant des nuits entières dans l’ombre, permettez-moi d’en douter. Maura a la fierté mieux placée que cela.»

Elle était avant tout la fille de son père, cela n’avait jamais fait aucun doute. De toutes façons, le vieil homme s’en moquait quelque peu. Si ce Baratheon avait eu un peu plus de jugeote, il n’aurait pas été insulter une jeune femme célibataire sous les yeux d’un homme comme le Lannister. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que, pour lady Maura, Tybolt avait les yeux de Jonquil. Qu’ils soient mariés ou non comme le disait la rumeur. La dame était jeune, belle et bien née, c’était plus que suffisant pour qu’un garçon sanguin et de l’âge du suzerain de l’Ouest ait envie de se faire bien voir d’elle et ait à cœur de défendre une jeune et jolie damoiselle en détresse. Même si elle n’en avait pas besoin. Enfin, il fallait bien que jeunesse se fasse et, pour le vieux de la vieille, il ne faisait aucun doute que ce n’était rien de plus que l’histoire bête de deux hommes cherchant à se faire bien voir d’une femme. L’on disait bien de Daemon Feunoyr qu’il n’avait embrasé le royaume entier que pour les beaux yeux de la belle Daenerys. De toutes façons, que pouvait-on attendre de mieux de la part de deux chevaliers d’été qui ne savaient pas ce qu’était la guerre ? Il n’aurait plus manqué qu’ils ne se disputent la main de la belle à coups d’épée. Malgré tout, passé le ton quelque peu péremptoire avec lequel il avait déclamé les raisons de sa venue, le seigneur de Penn Irin était d’une courtoisie sans défaut et, plus que des mises en garde, il donnait simplement un conseil presque jovial au Baratheon. De la même façon qu’il aurait pu le faire avec son fils ou sa fille. Tout en gardant toutefois, la distance que leurs rangs respectifs imposait. Le vieux connaissait son monde.

Il laissa partir ses compagnons d’un signe de tête. Il n’avait pas peur du Barathon à vrai dire, ni de ces reîtres. Il avait survécu au champ d’Herberouge et cela lui suffisait pour être sûr encore de ses capacités martiales. Il adressa un léger clin d’œil à son petit page et ajouta :
 « Dîtes à lady Maura que je reste en compagnie de messire Gareth mais que je la rejoindrais bientôt. » Ne restait plus qu’à attendre, ce que le vétéran fit en sifflotant durant une heure, tantôt resserrant les courroies de sa selle, puis astiquant son bouclier frappé de ses cinq étoiles de mer qu’il avait choisi avec sa chère Gwenola lorsque lord Jon lui avait confié le destin de sa forteresse côtière. Il lui tardait d’ailleurs de retrouver ses terres. Avec l’âge, il commençait à se sentir l’humeur un peu plus casanière et si cela n’avait été pour les enfants de Jon, il aurait laissé à un autre le soin de mener les hommes liges des Ruthermont. Il était impatient de retrouver le confort de sa demeure et de pousser jusqu’à la Lance du Géant pour voir sa première-née dont les cheveux de feu lui rappelaient tant sa défunte première femme. Quand, enfin, le fils de l’Orage se décida à descendre de son plateau, il le suivit diligemment sans mot dire respectant le besoin de silence de son cadet.

Quand soudain, le gamin tira sur les rênes pour déclarer hautement qu’il n’irait pas plus loin que et lady Maura devrait monter seule le rejoindre, le vieil homme soupira avec une certaine lassitude. Dans quel genre de mascarade s’était donc embarquée la jeune femme. Elle aurait dû savoir qu’il ne fallait pas traiter en égal un petit exilé. Comme quoi, même à une tête bien faite, l’expérience ne venait qu’avec les années et les déconvenues. Et cette fois, le prétexte retenu était à la limite du risible. N‘avait-il pas des yeux pour voir ?


 « Si c’est une plaisanterie, messire Gareth, elle commence à faire long feu. Lady Maura ne viendra jamais seule. Encore moins pour vous rencontrer. La parole de la fille de feu Lord Jon Arryn est aussi adamantine que l’était celle de son père, messire. Soldats Lannister ou pas. Mais vous devez comprendre qu’elle est une alliée précieuse pour l’Ouest et qu’il est normal que Lord Tybolt s’inquiète de sa sécurité sur ses terres : elle est son hôte. Sa présence ici n‘est pas la bienvenue pour tout le monde.»

Cela voulait dire que le chevalier commençait à trouver le reître plus stupide qu’obstiné. Ou en tous cas, stupide dans son obstination. Il haussa les épaules avant de reprendre ce qui lui semblait être une évidence.

 « Elle m’a dit que vous seriez certainement défiant mais voyez la chose autrement. Elle sait où vous vous trouvez. Si elle avait voulu vous faire pendre votre petite troupe et vous, il lui aurait suffi d’en toucher deux mots au suzerain des terres où vous vous êtes établis. Elle n’aurait même pas eu à se déplacer. En venant seule, » ajouta-il en appuyant à dessein sur le fait que la jeune femme n’ait pas été accompagnée de Lord Lannister,  « elle a fait une partie du chemin déjà long depuis le Roc. Enfin, je ne vais pas argumenter plus longtemps et aller porter votre…ultimatum. Je prie les Sept pour que ma Dame soit plus encline au compromis que vous. Quoiqu’il en soit, si c’est pour votre vie ou votre liberté que vous craignez, soyez certain qu’elle aurait agi autrement et sans avoir peur de verser le sang. Messire. » Il inclina légèrement la tête par respect pour le nom du jeune homme puis, tournant bride, entreprit de descendre la piste jusqu’au lieu où attendait la petite troupe de soldats Arryn parsemés de six tâches rouges représentant la garde du Lion assurant la sécurité de l’officieuse dame du Roc. Il imaginait assez bien l’agacement que ses nouvelles allaient provoquer chez Maura. Il ne voyait que trop bien l’éclat de colère. La cuirasse était peut-être froide mais elle couvrait un tempérament aussi tumultueux qu’une Dornienne. Enfin d’après ce qu’il savait des Dorniennes, ce qui équivalait à peu de choses si ce n‘était une pute prise la nuit avant la bataille du champ d‘Herberouge.

Il avait pris son temps et fut accueilli avec un étonnement certain par la jeune dame de la maison Arryn. Les quelques explications qu’il lui fournit agacèrent prodigieusement la dame du Val mais elle finit par ne vouloir prendre que le parti d’en rire. Elle pouvait du reste comprendre que Gareth puisse craindre l’arrivée d’un contingent Lannister juste derrière elle. Ce n’était pourtant pas prévu au programme mais comment lui reprocher de prendre des précautions. Enfin, cela lui paraissait stupide toutefois. Pour avoir un Gareth Baratheon allongé à ses pieds, il lui suffisait de laisser Orys en toucher un mot à Tybolt et de faire un sourire ensuite. Elle soupira avant de rire avec une certaine ironie.


 « Hé bien…Si il est moitié si bête qu’il en a l’air, on n’est pas rendu. Déjà qu’il ne m’avait pas fait grande impression. Il a peur de son ombre ou bien ? Si il savait…Quitte à choisir, j’aurai pris une autre tête que la sienne pour décorer notre porte. Il y a quand même plus beau. Cela m’apprendra à vouloir faire preuve de bonté. Allez…Faîtes venir les six du Val qui sont de ma garde et préparez Poussière puisqu’il faut en plus je monte rejoindre cet idiot de Baratheon ! »

Elle se releva, remercia les gardes pour leur patience et, sans attendre les six manteaux rouges, entama la montée, juchée sur le coursier des sables, vers l’endroit où était sensé attendre l’homme à qui elle venait faire une si courtoise visite. Il y fallut une bonne heure, heure durant laquelle elle se demanda à quel jeu voulait jouer le Baratheon. Malgré les mises en garde plutôt sensées de ses gens, elle préférait ne pas attendre. Elle savait qu’elle jouait avec le feu en se portant au devant de Gareth avec la volonté réelle d’adoucir les choses. Et ce feu s’appelait Tybolt. Quand il apprendrait ce qu’elle avait fait, elle savait qu’elle serait - encore - bonne pour une sacrée mercuriale. Pour tout dire, cela l’inquiétait plus et occupait davantage son esprit que les mercenaires assemblés par son cousin sur le plateau. Elle savait d’avance que c’était une erreur et qu’elle aurait dû se concentrer sur le présent mais l’éventualité d’une nouvelle dispute lui pesait plus pour tout dire. Enfin, à quoi bon penser à demain alors que le jourd’hui restait à construire. Laissant, pour le moment, l’éventualité d’une nouvelle crise au sein de la forteresse troglodyte de côté, elle se laissa bercer par le pas souple et léger de sa jument. Une véritable merveille. Autour d’elle, le silence régnait. Si la jeune femme était toute à ses pensées, ses six chevaliers portant l’azur étaient aux aguets et prêts à dégager leur dame de tout embûche pouvant survenir sur ce trajet finalement dangereux. Toutefois, l’altitude et le caractère accidenté du terrain ne les inquiétaient pas. Ils étaient des hommes du Val et se trouvaient cent fois mieux à courir les sentiers de chèvres plutôt qu’à savourer de longues chevauchées sur des plages assurément longues et sans doute belles mais mornes et plates pour des natifs des montagnes de la Lune. Heureusement, au fil des pensées de Maura et de leurs pérégrinations, ils finirent par déboucher dans le lacet où les attendait l’homme que la jeune femme s’était déplacée pour rencontrer à nouveau. Ses gardes l’entourant, la jeune femme termina de monter la pente puis leur fit nonchalamment signe de l’attendre un peu plus loin avant de se porter complètement au contact du Baratheon. Elle inclina à peine la tête avant d’entrer dans le vif du sujet.

 «Messire Gareth. Je suis désolée d’être venue sans être…annoncée. Mais le temps manquait pour venir me rendre compte de l’état de votre campement. J’ai reçu un rapport hier annonçant votre présence et cette information sera bientôt connue de Lord Lannister qui n’est pas homme à apprécier que l’on vienne défier ses ordres et ses décisions. » Elle était allée droit au but. Elle n’avait de toutes façons pas vraiment l’intention de s’éterniser en belles paroles compte tenu du soleil qui tournait haut dans le ciel et elle ne voulait surtout pas du sang d’un parent sur les mains de son époux.  « Les Sept Couronnes sont pourtant assez vastes pour que vous n’ayez pas besoin de mettre votre sort entre les mains des Sept. Vous avez besoin de le défier en venant vous installer presque sous ses fenêtres ? C’est tout simplement fou. »
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Message Ven 16 Mar 2012 - 21:56

Ce Ronan Ruthermont était un bien étrange individu. Un homme fort, un homme courageux vu qu'il se semblait pas être idiot. Si ses paroles n'étaient pas plaisantes, elles semblaient au contraire juste. Piqué au vif, Gareth se contenta d'une grimace en guise de sourire et d'un hochement de tête comme remerciement pour les conseils du chevalier. Il disait connaître Maura Arryn mieux que lui, simple puîné des Baratheon, homme de rien. Pourquoi après tout, leur seul et unique entretien avait été relativement bref et houleux, et l'Orageux aurait été bien en peine de dire quoique ce soit sur la dame des Eyriés, à part le fait qu'elle était une pucelle hautaine et arrogante. Cela, n'importe qui l'aurait su.
Si lors de l'attente et du trajet menant au milieu de la piste Gareth n'avait pas pipé mot, il en fût de même lorsque ser Ronan soupira et maugréa contre le jeune homme. Ce n'était pas un vieillard qui était déjà grand-père lors de la bataille du champ d'Herberouge, et malgré toute son expérience, il se trompait. Gareth n'avait pas peur d'aller au milieu du camp des Valois, bien qu'il aurait sans doute moins fait le fier là bas. En vérité, il voulait être seul avec la jeune femme, en terrain neutre, pour d'une part garder le contrôle, mais surtout pour éviter que des oreilles indiscrètes ne saisissent des propos qu'il destinait à la seule Maura Arryn. Le côté négatif de son plan, était qu'il devrait patienter deux heures de plus avant de pouvoir discuter avec la jeune femme. Levant les yeux vers le soleil déclinant, il se dit que leur conversation serait selon toute vraisemblance une nouvelle fois courte, et, à n'en pas douter, houleuse.
Lorsque la jeune femme arriva enfin à son niveau, escorté par six chevaliers du Val, le sentiment qui dominait chez le Baratheon était le soulagement. Enfin les choses sérieuses allaient pouvoir commencer. Ignorant l'entrée en matière de la petite brune, il la jaugea sans gêne, la fixant intensément, ses lèvres toujours hermétiquement closes. Lorsque enfin elle eût terminée, ou tout du moins semblait avoir terminée, il s'autorisa un sourire, un brin méprisant et narquois. Mais ce fût au contraire de l'amusement qui perça dans sa voix tandis qu'il prenait la parole.

- Peut-être suis-je fou Maura... Seuls les nouveaux et anciens dieux le savent.

Il était après tout Nordien par sa mère, et comme la religion n'était pas son fort, il valait mieux avoir, en cet instant décisif toutes les divinités possibles dans la poche. Tel un simple d'esprit, il poursuivit, intérieurement amusé par le petit jeu auquel il s'adonnait. Petit jeu qu'il ne faudrait pas faire durer sous peine de voir sa lointaine parente faire demi-tour. Tripotant la garde de son épée de sa main gauche, la droite tenant fermement les rênes, il poursuivit.

- C'est une jolie bête que vous avez là... Dornienne non ? Sûrement l'une des seuls choses de bien qu'ont ces Dorniens.

Tout cela avait été prononcé avec sérieux, tout bonnement parce qu'il était sincère. Les Dorniens n'étaient que de la vermine, tout juste bon à quémander et voler. De la vermine qui poserait tôt ou tard problème. Alors que Bicéphale fit une embardée, il dût se résoudre à faire une nouvelle pause dans ses paroles. Quelques pressions des jambes et le bai brun se calma, bien qu'il secoua la tête comme pour montrer son agacement. Il était temps de rentrer dans le vif du sujet, la monture comme le cavalier le savait. Ils avaient développé une relation si forte que, parfois, la nuit, quand il n'arrivait pas à dormir, Gareth allait se coucher près de sa monture, usant du flanc de la bête comme oreiller. L'animal le lui rendait bien.
Enfin, le puîné des Cerfs répondit à son interlocutrice. Une bien jolie jeune femme pensa-t-il, comme s'il la voyait pour la première fois. Une belle femme en vérité, mais terriblement agaçante. Comme lors de cette terrible journée au Roc, il eût envie de la gifler, à cause de ses manières, de ses mots, des deux semaines de cachot qu'elle représentait. Un masque de gravité tomba sur le visage du Baratheon lorsqu'il entra enfin dans le vif du sujet.

- Vous voulez savoir pourquoi je suis là ? Vous voulez dire que vous ne le savez pas ? Réellement ? Je vous croyais plus perspicace Maura, je suis presque déçu. Port-Lannis a été attaqué, les chantiers navals ont été brûlés, et bien que les Fer-Nés aient été repoussés, ils ont prouvés à toutes et à tous que Tybolt Lannister est incapable de les stopper. Si vous m'aviez écouté ce jour là, rien de tout cela ne serait arrivé...

Encore une fois, il laissa un silence planer entre eux deux. Pas suffisamment longtemps pour que la jeune fille prenne la parole, mais tout de même suffisamment pour qu'elle ait le temps d'assimiler ses paroles. Pas sûr que Maura Arryn ne saisisse la référence à leur précédente rencontre, mais peu importait.

- Votre flotte, à vous et au Lannister, est inutile ; et en attendant que la Main du Roi, Brynden Rivers ne vienne ici, dans l'Ouest, c'est moi que le Grand Argentier à choisit pour défendre les côtes et les routes maritimes contre les Fer-Nés.

L'utilisation du nom du borgne albinos ne lui arracha même pas une grimace. Peut-être le bâtard Targaryen était-il un moindre mal après tout. Quand au reste, voilà qui ferait impression, bien qu'il se doutait de la réaction de la jeune femme. Était-elle pour autant si prévisible ? Il en doutait. Il en aurait été déçu.


Dernière édition par Gareth Baratheon le Dim 25 Mar 2012 - 17:02, édité 2 fois
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Message Mar 20 Mar 2012 - 18:32

Pour tout dire, la jeune femme s’était attendue à bien mieux. Des excuses, encore des excuses. Comme quand il s’était réclamé de son père pour finir par n’être que désavouer par la suite. En réalité, elle était simplement blasée par les prétextes que les hommes réussissaient à trouver pour se dédouaner à chaque fois. Aucun n’avait les trippes pour calmer haut et fort ce qu’il pensait être vrai ou juste. Et ce Gareth n’arrivait même pas à sortir un semblant de vérité alors qu’il tentait, vainement, de se justifier. Elle soupira en secouant la tête avant de lui répondre. La Main, l’Argentier…Ce serait quoi ensuite ? Une mission de la part du roi lui-même pour lui trouver un parchemin précieux ? Une ambassade au nom de Lys ou de Braavos ? Elle n’aurait même pas été étonnée qu’il lui dise venir du Mur afin de recruter de nouveaux membres de la Garde de la Nuit.

 « Vous vous conduisez comme un enfant, Gareth. Et, à chaque fois, vous vous réclamez à chaque fois du patronage d’untel ou d’untel comme si vous n’étiez même pas capable d’assumer vos actes. D’abord votre père, ensuite le Grand Argentier qui vous aurait chargé de quelques choses ne faisant pas partie de ses attributions…? Devra-t-on encore recevoir une missive de la Main pour vous désavouer et vous faire perdre le peu de crédibilité dont vous vous réclamez encore ? De toutes façons, quelle confiance accorder aux mots d’un homme qui se conduit tel un mercenaire et entretient des reîtres ? Vous n‘avez jamais rien fait qui prouve que l‘on puisse accorder un quelconque crédit à vos propos, Gareth.»

Du moins pas pour une femme comme elle qui mettait le service de sa maison et de sa famille au-dessus du reste. Elle aurait dû traiter avec ce Gareth en égale mais il semblait se complaire à ne rien faire comme les autres et se contentait de vivre en déshérité comme si les autres Baratheon n’étaient que d’affreux monstres. A son avis, il n’y avait pas là de quoi être particulièrement fier ni de raisons de sentir tellement au-dessus du lot commun de la noblesse. Pour le reste, elle se moquait bien qu’il lui garde une mauvaise dent de son séjour dans les geôles du Roc. Elle n’y était pour rien. C’était elle qui avait été insultée et non le contraire et, si cet homme avait eu un peu plus de jugeote, il aurait simplement pris garde aux mots qu’il prononçait. D’autant plus qu’il ne jouait vraisemblablement pas à domicile en venant faire les fier-à-bras à Castral Roc et en se permettant de donner des leçons aux Lannister. Elle avait plus ou moins pensé que sa mésaventure précédente lui aurait mis quelques plombs dans la tête mais force était de constater que tel n’était pas le cas. Et ses paroles à l’encontre de Tybolt semblaient assez injustes à la jeune femme malgré les déclarations précédentes de son mari. Les Lannister avaient beau être puissants, peut-être les plus puissants des vassaux du Trône de Fer, mais ils ne l’étaient pas assez pour prendre d’assaut les îles de Fer même avec l’appui et l’aide des Tyrell. Pour cela, il leur fallait le Dragon, ses troupes et surtout l’aura quasiment mystique qui entourait la royauté des Targaryen. Les troupes Arryn et les vassaux des Lannister pouvaient en attendant limiter les dégâts comme cela avait été fait devant Port-Lannis ou ailleurs. Elle sourit légèrement en lui répondant tout en se demandant si il la pensait assez folle pour croire que Lord Lannister aurait été capable de s’attaquer frontalement et sur la mer à la Seiche d’Or.

 « Je pense que si les Lannister étaient capables de se défaire des Fer-nés à eux seuls, cela se saurait. Tout comme les Tyrell ne le peuvent pas, ni les Stark…Mais, quoiqu’il en soit, les boutres fer-nés ne sont même pas entrés dans le port de la ville. Et la flotte du Lion est intacte mis à part quelques pertes somme toute normales dans une bataille navale. Les chantiers navals seront reconstruits plus tard, voilà tout. La flotte continuera à protéger les convois commerciaux en attendant. Il faudrait plus que ces simples chantiers pour en venir à défier la flotte de Fer de toutes façons. Nous espérons tous que la Flotte royale croisera bientôt au large des côtes de l’Ouest. »

Qu’espérait-il donc lui faire dire ? Qu’il avait eu raison ? Il y aurait vraiment eu de quoi se gausser. Tout cela était on ne peut plus pathétique selon la jeune femme. D’autant plus que les conseils de Gareth avaient été loin d’être mauvais lorsqu’il s’était rendu au Roc. Seulement, là où sa démonstration avait péché avait été le manque de considération qu’il avait témoigné aux deux autres présents. Il n’était pas question de prendre de gants mais il n’avait même pas été capable de discuter sur les faiblesses du plan qu’il était venu proposer, ou plutôt imposer, de but en blanc. Comme si il avait été lui-même le suzerain des Terres de l’Ouest. Rien de mieux ou de plus habile pour agacer. Peut-être était-ce tout simplement sa façon de faire mais la jeune femme doutait que cela ne fonctionne indéfiniment. Pour tout dire, elle luttait déjà pour essayer d’adoucir ce trait assez désagréable chez Tybolt et elle finissait par se lasser de ces gens qui souhaitaient se hausser au dessus de l’état où leur naissance les avait portés. D’autant que, même cadet, un fils Baratheon avait peu de raisons de se plaindre. Cela ne revenait qu’à cracher dans la soupe.

 « Ah…Vous êtes venus pour cela ? Faire savoir que vous aviez raison ? C’est on ne peut plus discutable mais si cela peut vous faire plaisir. » Elle haussa brièvement les épaules, cela lui semblait tout simplement ridicule. Mais elle voyait tout à fait le Baratheon aller faire la nique depuis le pied des remparts du Roc en espérant que cela puisse enflammer l’orgueil du Lion.  « Mais, quoiqu’il en soit, votre présence n’est pas la bienvenue ici, Gareth. Il vous faut partir. Dès demain à la première heure. » finit-elle par lâcher sèchement déjà lassée par les élucubrations du mercenaire.
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Message Dim 25 Mar 2012 - 21:08

Déçu, c'était le mot pour qualifier Gareth à cet instant. Il était déçu de l'attitude de Maura Arryn, sœur d'un seigneur suzerain, et à en croire les rumeurs, amante d'un autre. En embauchant Epirio, le Baratheon n'aurait pas crû recevoir tant de missives, tant de plis cachetés, chacun contenant rumeurs circulant sur un port, mots prononcés dans une taverne, et gestes remarqués dans un château. Le gras marchand devait en recevoir bien plus que lui, et les trier, ce qui accroissait l'admiration que ressentait l'Orageux pour lui. Un bourreau de travail, voilà ce qu'était son maître espion, et un allié de poids dans ces moments difficiles.
Sans ciller ou presque, un rictus d’agacement brisant un instant son visage apparemment calme, Gareth supporta les diatribes de la jeune femme. Il n'avait de toutes façons pas le choix. Si l'envie de la gifler était forte chez le jeune brun, une partie de son esprit analysait les propos de son interlocutrice, et il devait après coup admettre qu'elle avait raison. Il ne lui dirait point, mais elle soulevait un point intéressant. Il n'était pas un bon écrivain ou un bon orateur, mais il pouvait, il devait s'améliorer, et toute leçon était bonne à prendre, même quand elle venait d'une sale gosse prétentieuse. Désireux de ne pas entrer dans le jeu de la Valoise, il décida de repousser à plus tard la réponse à ce qu'il considérait comme des insultes. Avec sérieux et un brin de cynisme il parla :

- Vous savez qu'on raconte dans de nombreuses tavernes que vous avez été attaqués, ici, dans l'Ouest ? Selon certains, toute votre garde aurait été décimé par vos assaillants, termina-t-il d'un air grave. J'entretiens peut-être des reîtres, je me conduis sans doute comme un mercenaire, mais je n'ai jamais failli mourir de la main des Fer-Nés... Et pourtant, et pourtant, je peux vous assurer que j'ai campé dans les environs de Falaise. Et récemment...

Il ne fallait pas être devin pour comprendre ce qu'il insinuait, ni pour entendre la pique, bien que cette dernière soit plus adressé au Lannister qu'à la jeune femme.
Il n'aimait pas spécialement être sarcastique, mais dans ces circonstances, tout était différent.
Les Fer-Nés étaient peut-être de féroces combattants, d'excellents marins, mais ils n'auraient jamais pu, jamais dû vaincre la garde de Maura. Au vu des nombreux chevaliers présents à cet instant à aux côtés de la jeune femme, il aurait fallu une centaine de Fer-Nés pour décimer sa garde. Et comment aurait-elle survécu quand des vétérans avaient été tués ? Tout cela était trop incompréhensible, trop étrange pour être vrai. Avait-elle monté de toutes pièces cette attaque ? Et pour quelles raisons ? Beaucoup de questions qui restaient sans réponse.

- J'ai une question. Êtes-vous venue ici pour disserter, avec moi, de stratégie ? Avez-vous ne serait-ce que quelques bribes de connaissances militaires ? Une fois, une seule fois je vous ais fais part de mon avis, et c'est avec des insultes que vous m'avez répondu. Je ne vais donc pas perdre mon temps pour parler avec vous de choses qui vous dépasses.

Peut-être qu'elle croirait qu'il était entrain de l'insulter. Il était déplaisant, mais pas insultant. Il ne faisait qu'énonçer la vérité, encore une fois. Si cela ne lui plaisait pas, tant pis, il avait bien entendu ce qu'elle était venue lui dire, et il allait obtempérer. Du moins, lui quitterait l'Ouest, et encore, pas tout de suite. Gerald et Varrin savaient dissimuler les traces d'un petit groupe, et c'est par trois ou quatre qu'ils rentreraient dans le Bief. Restait le cas du Myrien, qui devait normalement arriver d'ici peu. Devant un tel rassemblement de chevaliers, devant des tabards rouges et or, des étendards du Val, nul doute qu'il ferait demi-tour, car il n'était pas fou. Le Baratheon devrait donc envoyer Rand, ou Gwen le chercher. Voilà qui compliquait les choses. Désireux à la fois d'adoucir la dame Arryn, et de ne pas passer pour un vulgaire mercenaire, insultant qui plus est, il reprit d'une voix plus calme, en baissant d'un ton.

- Bon... Je vous ai entendu. Dès que vos bannières seront à l'horizon, moi et mes hommes lèveront le camp. Mais avant cela, vu le chemin que vous avez parcouru, je vais quand même vous donner un conseil. Que vous le vouliez ou non. Votre stratégie défensive contre les Fer-Nés ne mènera à rien. Et ce n'est pas parce qu'ils sont supérieur en nombre qu'ils vaincront forcément. Prenez le Grand Amiral, le Redwyne, on raconte qu'il a gagné une bataille dans le détroit face à des ennemis trois fois plus nombreux... Enfin si Tybolt Lannister choisit ses capitaines comme vous aviez choisis votre garde... Méditez là dessus, vous, les Lannister, les Arryn et les Tyrell.

Il ne releva pas le nom des Stark. Il n'allait tout de même pas cracher sur le nom de sa mère, de son cousin, de ses ancêtres ! Dire qu'il descendait des rois du Nord, des rois de l'Orage, et par eux, des Dieux. Dire qu'il était le descendant de lignées illustres, et qu'une sale gosse dont l'ancêtre avait tué une poule le traitait comme le dernier des gueux. Ses lèvres se tordirent en un rictus de colère à cette simple pensée, mais au prix de beaucoup d'efforts il parvint à retrouver un visage calme et lisse.
Augmentant la pression de ses jambes sur les flancs de Bicéphale, il fit aller le cheval de gauche à droite, puis de droite à gauche, sans lâcher des yeux la Valoise. Donnant l'impression de danser, Bicéphale souleva un nuage de poussière. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Maura était venue ici. Elle aurait très bien pu envoyer un messager. Tout cela était trop bizarre.

- Sérieusement Maura, pourquoi êtes-vous venue ? Je ne suis pas Gowen, et vous n'êtes pas mon type de femme. D'ailleurs, on raconte que vous et le Lannister, vous seriez amants, ou même mariés. Avec du recul, je me rend compte qu'on parle beaucoup de vous. Tout cela pour dire que votre présence ici m'intrigue. Puisque je ne suis après tout qu'un mercenaire, dit-il d'un ton sarcastique en souriant ostensiblement, je me demande pourquoi vous ne m'avez pas simplement envoyés une missive.
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Message Lun 26 Mar 2012 - 9:11

Le cynisme ou l’ironie furent en tous cas perdus pour la jeune femme qui, de toute évidence, ne trouvait pas vraiment que le décès de sa garde puisse prêter à rire. Pas sous les coups des Fer-nés en tous cas. Pas quand sa pauvre Eirlys avait été emmenée on ne savait où…Mais elle en avait finalement fait son deuil et, même si la peine restait présente en les évoquant, elle était à même de le faire sans sombrer dans les pleurs.

 « C‘est la vérité, ils sont tous morts. Les Fer-nés étaient plus nombreux et nous ont pris par surprise. Je suppose que vous êtes tombés sur un bon jour en parcourant les terres des Ouestrelin, leur attention était portée sur Port-Lannis. » Les mots sonnaient avec la froideur d’une simple constatation aussi simplement mais sûrement que si elle n’avait pas été témoin de la scène. A vrai dire, les insinuations lui passaient largement au-dessus de la tête. Elle s’en moquait.

Il se plaignit enfin qu’elle ne puisse rien comprendre de stratégie militaire ou de faits d’arme. Pour dire le vrai, elle avait peu de goût pour la guerre, encore moins depuis qu’elle se savait enceinte mais elle pouvait comprendre que pour un homme qui ne vivait et ne respirait que par elle cela puisse être une fierté de savoir plus ou moins la mener. Enfin, elle ne se souvenait pas avoir déjà lu que Gareth Baratheon, l’immense et courageux guerrier, ait jamais participé à plus que quelques embuscades. On faisait mieux en matière militaire selon elle. Mais, enfin, elle n’allait égratigner encore une fois ses petites gloires. Chaque homme avait besoin et droit aux siennes.


 « Vous confondez insultes et arguments, Gareth. Mais c’est le problème de beaucoup d’hommes qui ne peuvent concevoir qu’une femme soit en désaccord avec eux. Pour moi, et je crois que c’est un sentiment que Lord Tybolt partage, vous ne vous êtes rendus au Roc que pour asséner des vérités péremptoires et toutes faites venues d’une expérience que vous n’avez pas. En vérité, je pense qu’à la place des Lannister vous ne feriez pas mieux…ni moins bien si cela peut vous rassurer. Mais, comme vous le dîtes, je n’entends certainement rien à ces choses, il m’est trop difficile de penser à autre chose qu’à mes futures broderies ou à mes robes. » termina-t-elle avec un doux sourire certes amusé mais assez semblable que celui d’une aînée indulgente à un cadet turbulent. L’idée avait l’air de l’amuser en tous cas. Ce n’était même pas du mépris mais une certaine indifférence quant aux petites piques qu‘il lui lançait. Elle avait toutes les raisons de s’en moquer et ne tenait pas vraiment à la reconnaissance d’un Gareth Baratheon.

 « Peut-être…Mais la flotte de la maison Lannister n’est pas assez importante. Sur terre, nous serions certains de la victoire mais à partir du moment où il faut traverser les mers, le manque de bateaux et l’inexpérience des capitaines deviennent des facteurs à prendre en compte. On n’aborde pas les Iles de Fer aussi facilement que Port-Réal. Pour débarquer à Pyk, il faut une flotte capable de transporter une armée et une autre capable de la défendre, nous n’avons ni l’une ni l’autre alors à moins que vous ne puissiez nous trouvez de quoi tenir tête au millier de vaisseaux du Greyjoy, je doute qu’il soit possible de faire autre chose que de sauvegarder ce qui peut l’être en attendant l‘intervention royale. » Elle avait à nouveau haussé les épaules continuant à parler d‘un ton presque las ou, tout du moins, monocorde pour répondre aux petites points qu‘il lui lançait. Les conseils étaient sans doute intelligents mais les voir tous se bousculer au portillon pour expliquer comment le Roc devait agir avait de quoi faire sourire. Que savait un homme tel que Gareth de la gestion d’un fief ou de sa défense ? Sans compter qu’il ne devait pas connaître beaucoup plus de l’Ouest qu’elle-même, c’était à dire assez peu. Généralement, les bons conseillers qui, la main sur le cœur, venaient exposer des solutions assurément valables n’avaient aucune idée de la réalité des événements qui se déroulaient sur les côtes de l’ouest de Westeros. Et sans doute que le Baratheon n’avait là-dessus pas plus d’idées qu’un autre.

Le regardant gravement aller et venir sur sa monture comme si il ne parvenait pas à la tenir quand elle restait sur place sans avoir besoin de jouer des talons ou des rênes pour retenir Poussière, elle constata qu’il avait adjoint le nom d’Arryn à ceux qui luttaient contre les Fer-nés. Elle haussa un sourcil mais n’ajouta rien. Le Val était calme et sauf. Ni épidémie, ni guerres. Il annonça finalement son attention de partir et elle s’estima satisfaite, le reste n’était que fioritures et perte de temps.


 « Vous agissez pour le mieux. Soyez partis demain, vos hommes et vous sinon la prochaine troupe qui viendra sera toute de rouge vêtue et sans doute beaucoup moins encline aux discussions longuettes que je ne le suis. »

Puisque tout était dit, elle fit volter sa monture avec la volonté de reprendre le chemin qui l’avait conduit jusqu’ici quand la dernière question de Gareth la retînt encore quelques instants. La mention de Gowen avait de quoi étonner et elle le montra quelque peu surtout quand il sous-entendit qu’elle était venue par attirance pour lui. De quoi la surprendre et surtout la faire sourire de la vanité du reître. Elle détailla Gareth d’un œil d’aigle, le comparant à Tybolt quelques secondes, avant de décider qu’il ne soutenait pas la comparaison, du moins pas pour elle. Pour tout dire, elle se moquait du goût des autres. Elle n’aurait pas dit que le Baratheon était inintéressant mais, comparé à son époux, il lui manquait beaucoup de qualités. La première étant la courtoisie dont le Lannister faisait usage à l’égard de la jeune femme. La mention qu’il fit des rumeurs la décrivant comme la maîtresse de Tybolt Lannister provoqua, par contre, un rire tout à trac venant vraiment du cœur. Pouvoir penser qu’elle se serait abaissée à cela était bien mal la connaître et c’était sans doute un mauvais point à ajouter au capital de celui qui se voulait être un si fin observateur.

 « Je serais bien en peine de vous confondre avec Gowen. Vous vous ressemblez peu pour des frères. C’est dommage pour vous d’ailleurs, vous me faîtes plus penser à votre aîné dont j’oublie sans cesse le prénom. » Hebert ou Aribert, un prénom affreux si elle se souvenait correctement. Et vraiment peu agréable. En tous cas, Gareth semblait être aussi asocial que lui et incapable de la moindre courtoisie. Non, il n’avait décidemment rien de Gowen.  « Mais si vous voulez absolument savoir pourquoi…Je suis venue moi-même parce que je voulais être certaine que je devancerai Tybolt et pourrai vous offrir une avance que j‘espère précieuse. Pour ce que cela vaut, je n’oublie pas, moi, que lady Neassa et mon père étaient cousins et que cela entraine certains obligations. Et avant que vous ne juriez sur les Dieux ne rien vouloir me devoir, rassurez-vous, je ne considère pas que vous soyez mon débiteur. Allez, si, peut-être une certaine bienveillance à mon égard la prochaine fois que je viendrais vous déloger d’un campement ! » termina-t-elle en riant, amusée finalement par l’incongruité de la question, tout en sachant bien qu‘il n‘en ferait jamais rien. Cet homme était bien trop orgueilleux pour se laisser fléchir par une quelconque coquetterie féminine. Son visage se fit un peu plus grave cependant avant qu’elle ne complète : Et, comme vous l’avez dit, vous êtes le frère de Gowen, je n’ai pas besoin de raisons supplémentaires.»

Elle n’ajouta pas qu’elle allait sans doute se heurter à la colère de son époux pour s’être rendue seule jusqu’au campement d’une troupe de mercenaires et qu’elle aurait des comptes à rendre. Cela était son affaire. Elle s’apprêtait à repartir quand une question soudaine l’arrêta quelques instants. Elle se retourna sur sa selle pour jeter un regard sur le Baratheon qui demeurait planté au milieu du sentier.

 « D’ailleurs, je me posais une question. Pourquoi être venu au Roc en premier lieu ? Cela avait tellement l’air de vous dégoûter d’avoir à faire avec Lord Lannister…J’avoue avoir du mal à comprendre la raison de votre venue. » Pour le coup, elle était vraiment intéressée par la réponse et, cela, sans doute pour la première fois. Il fallait dire que le verbiage du Baratheon n’était pas des plus agréables.
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Message Lun 9 Avr 2012 - 21:44

Elle passa rapidement sur la mort de sa garde. Peut-être y était-elle attachée, bien qu'il trouvait cela étrange venant de Maura Arryn. Ou Maura Lannister, il ne savait pas, entre les rumeurs, les informations d'Epirio et le comportement étrange de la jeune femme. Son expression s'assombrit et le ton de sa réplique fût lui aussi bien morne. Troublé, le Baratheon ne releva pas les piques de la jeune femme concernant sa vision de la guerre et de sa visite au Roc. Il se vengerait du Lannister, des Lannister si ce qu'il avait entendu était vrai. Il n'oublierait jamais cette visite dans la forteresse côtière, mais il décida de ne pas plus y revenir. Ni lui ni son interlocutrice n'accepterait de changer sa vision quand à cette visite, à quoi bon dans ce cas là continuer à en parler ? D'un revers de la main il balaya les assertions de la jeune femme. Il répondit par contre à la dernière touche d'humour de la jeune femme.

- Vous faîtes bien de le reconnaître, finalement, peut-être qu'avec le temps vous gagnerez en maturité, dit-il d'un ton sérieux.

Sarcastique, son visage ne trahit aucun signe d'amusement. Qu'elle reste dans la perplexité l'arrangeait. Qu'elle rebondisse sur son conseil l'énerva franchement. Le ton monocorde et suffisant le fit sortir de ses gonds. Une petite crétine arrogante, qu'il avait envie de gifler, encore une fois. Le rouge lui monta aux joues et il serra les mâchoires avant de lui parler d'un ton glacial.

- Première chose : peu importe le nombre de vos navires. Certes vous n'avez que de mauvais capitaines, des marins d'eau douce, mais avec un vrai général à la tête de votre flotte vous mettriez un coup d'arrêt aux attaques de la Seiche. Détruisez la flotte de Fer, et je peux vous assurer que Dagon Greyjoy y réfléchira à deux fois avant de battre pavillon à proximité de vos côtes... Les autres capitaines seraient démoralisés, et vous pourriez tranquillement préparer l'invasion des îles de Fer. De combien de navires dispose la flotte du Lion ? A trois contre un, vous avez peut-être une chance...

Pourquoi donc les chefs de guerre de pacotille ne comptait-il que sur le nombre ? Cette vision de la guerre était terriblement archaïque. La communication, les communications étaient la clé de la victoire. On pouvait perdre une bataille, mais pas la guerre avec de bonnes communications, Gareth en était convaincu. Néanmoins, selon les dires de la jeune femme, les capitaines de vaisseaux et les commandants de la flotte de l'Ouest étaient si pitoyable que leur seule chance de vaincre le Kraken résidait dans le nombre. La puissance numérique, était l'apanage des faibles.

- Deuxième chose : un grand général gagne une guerre avant la première bataille. Croyez-vous sincèrement que Dagon Greyjoy est soutenu par tous les Fer-Nés ? Proposez dix mille dragons d'or à quiconque le tuera. Proposez la suzeraineté des Îles de Fers à quiconque le tuera. Proposez la cadette des Lannister, puisque vous trafiquez avec ce Tybolt, à celui qui le tuera. Il n'y a pas qu'un moyen de gagner une guerre, mais cela, pour une pauvre femme tel que vous, c'est trop demander... Je suppose qu'il en est de même pour le seigneur de l'Ouest...

Il venait de répondre à ses propres quolibets. Qu'elle le prenne pour un imbécile, il avait l'habitude. Du moins, il croyait l'avoir, car il s'énervait un peu plus après cet échange de phrases. Ce qu'il entendit ensuite aurait pu le faire sourire.
Il fût tenter de la remercier pour sa bienveillance lorsqu'elle le mit en garde contre une venue des troupes des Lannister. Il n'avait pas peur de combattre, ou juste un peu, mais il ne voyait pas l'intérêt de mourir ici quand il pouvait quitter l'Ouest. Selon certains des membres de la Main Rouge, c'était fuir que d'éviter le combat, et cela ronchonneraient des jours durant.
Maura fit volter son coursier des sables et s’apprêta à partir avant de se raviser. La dernière question de Gareth l'avait visiblement touché, était-ce mal ou bien, il n’aurait su le dire. Jetant un coup d’œil au ciel qui se couvrait avant de tourner son attention vers la jeune femme, il maugréa. Pourquoi avait-il poser cette question ? Il avait cru en avoir terminé et voilà qu'il prolongeait le supplice qu'était une discussion avec cette gamine. La comparaison avec Harbert augmenta encore les récriminations à l'encontre de sa personne. Un imbécile, voilà ce qu'il pensait de lui – et de son frère – à cet instant. Le nom de l'aîné lui échappa, dans un souffle.

- Harbert...

Que dire de la relative bienveillance de la jeune fille ? Soupirant, il l'écouta déblatérer sur Gowen, sa mère et leurs liens de parentés. Foutue noble pensa-t-il ; l'insulte était un nouveau paradoxe qui venait s'ajouter aux nombreux autres qui le caractérisaient. Son visage passa de la colère à la surprise lorsqu'elle dit que le simple fait d'être le fait de Gowen lui suffisait. Que y'avait-il entre ces deux-là ? Il allait bientôt penser que la fille de Jon Arryn était une vulgaire catin si elle collectionnait les conquêtes ou les amourettes. Le Baratheon avait un vague souvenir de rencontres lors de divers tournois, mais il n'aurait jamais cru que le faible lien qui avait existé entre Gowen et Maura perdure, ou s'intensifie. C'est alors qu'il avait le regard dans le vide qu'elle lui asséna une ultime question qui le fit se renfermer sur lui même. Elle le prenait au dépourvu et il s'insultait une nouvelle fois de ne pas être suffisamment sur ses gardes. D'un ton qui se voulait neutre mais qui était froid, il lui répondit.

- Comme je l'ai déclaré lors de ma rencontre avec Tybolt Lannister, j'étais venu combattre les Fer-Nés. Rien de plus.

C'était faux, il était venu dans l'Ouest dans l'espoir de discuter de l'emprise de la Main sur le Roi avec le plus puissant des seigneurs suzerains, car le plus riche. Mais Tybolt Lannister était un sot, un chevalier de pacotille qui ne méritait pas que Gareth se place sous son commandement, comme il avait à prime abord souhaité le faire. Désireux de paraître crédible, la Main Rouge expira un peu d'air de ses poumons avant de livrer quelques explications à la jeune femme.

- Combattre me permet de me sentir vivant. Tous les hommes meurent un jour... Mais peu parmi eux vivent vraiment. Peu importe que ce soit des combats physiques ou non, les confrontations sont à même de nous faire prendre conscience de la vie, de la chance d'être en vie. Je n'ai pas souvenir de ne m'être jamais battu durant plus de quelques semaines. Que ce soit avec mon père où les autres gosses d'Accalmie.

Il se livrait trop, il le savait, mais il parlait tellement peu de choses profondes, de sujets qui le touchaient qu'il ne pouvait s'empêcher de vider son sac à ce sujet, et ce même si le destinataire de ce flot de parole était une personne qu'il détestait. Ou plutôt, qui l'énervait. Lui qui se voulait un roc, voilà qu'il s'ouvrait à la première venue. Désireux de s'arrêter là avant de partir dans de longues discussions interminables où la jeune femme prendrait l'ascendant – car le Baratheon se livrerait – il mit fin à la rencontre.

- Bref. Dès que vous et vos hommes seront au loin, disons, à l'horizon, nous lèveront le camp. Au plaisir Maura.


Il lui jeta un dernier regard dur et fit faire demi-tour à Bicéphale. Il remonta légèrement la piste, scrutant le ciel et l'Ouest, où le soleil commençait à se coucher. Puis, il s'arrêta, fit demi-tour, et resta là, attendant patiemment que la Valoise le quitte et qu'elle emporte avec elle ses hommes. Après quoi, il irait rejoindre ses compagnons, ses hommes, ses soldats, et ils lèveraient le camp. La bande de la Main Rouge ne livrerait pas bataille aujourd'hui. Ce n'était pas plus mal, car cela aurait signifier la fin du puîné d'Accalmie. Jetant un dernier regard vers le ciel, Gareth se demanda si les dieux existaient, car aujourd'hui, le destin lui avait sourit.
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Message Mer 11 Avr 2012 - 22:13

Finalement, elle ne s’était pas déplacée pour rien. Il la faisait rire. La maturité…Il ne pouvait pas mesure combien elle avait mûri, ni la chance qu’il avait qu’elle fut enfin une femme faite et mariée. Et cela était follement drôle. Sans doute était-ce ses seins qui lui bouchaient la vue ou lui donnait par trop dans le regard pour qu’il en perde de vue certaines vérités élémentaires.

« Ce serait bien moins amusant, ne trouvez-vous pas ? Moins amusant et cruel. Je devrais hurler pour avoir votre tête, pendre vos hommes…peut-être même brûler votre somptueuse auberge…Taverne ou auberge ? » Elle fit mine de chercher ses mots mais tout son discours puait déjà le mépris et la pitié. « Je n’arrive pas à qualifier l‘établissement. Non, décidément, je me préfère magnanime et bénigne avec vous. Je serais mâture plus tard, quand j‘en aurai l‘âge. La charité fait partie du devoir des dames, c’est ce que ma septa me répétait à tout bout de champ. »

Après tout, elle aussi pouvait manier l’insulte si on l’y forçait. Quoiqu’avec plus de manières, du moins selon elle. Voilà qui la payait bien peu des débours engagés pour venir offrir une honorable porte de sortie à cet étrange Gareth. Mais, sans doute pour le plaisir des corneilles qui nichaient dans les rochers, il se lança dans un vibrant plaidoyer en faveur de la meilleure façon, selon lui, de vaincre les Fer-nés. Amusant de constater à quel point cela semblait facile dans la bouche d’un homme qui se contentait de venir jouer les coucous sur les terres d’autrui. Cela ne la changeait guère des causeuses pleines de bonnes intentions qui venaient prendre le thé avec elle au Roc. Elle haussa pour les épaules pour toute réponse. Elle n’allait même pas se donner la peine d’argumenter vu qu’il ne comprenait rien. Donner une Lannister à un Fer-né, il y avait de quoi rêver…La réponse n‘en fut pas moins une nouvelle raillerie pour le donneur de leçons.

 « Gagner la guerre en utilisant les méthodes d’un reître serait…malavisé. Et croire les Fer-nés aussi corruptibles que de simples bras à louer l’est tout autant. Autant que de penser le pouvoir des suzerains de l’Ouest amoindrit par quelques raids. Ils ne reviendront pas avant quelques temps et, si ils le font…Hé bien, nous aurons eu le temps de préparer ce qui doit l’être. Mais je dois vous accorder ceci, une femme telle que moi ne se salit pas les mains. Ne vous occupez donc plus de nous et épargnez-vous de la peine, je suis certaine que nombreux sont ceux qui rêvent d'écouter religieusement vos conseils si suaves. Ailleurs… »

Sentant qu’elle se faisait plus Lannister que le Lion, elle n’ajouta rien à ce congé qu’elle lui donnait en de biens rudes termes. Mais la suite continuait à fortement donner dans le burlesque. Elle n’était pourtant pas familière avec l’exercice de style mais n’en reconnaissait pas moins un spectacle de fous quand elle en voyait un.

 « Mauvais menteur qui plus est. » lâcha-t-elle, amusée par sa subite vergogne à se soumettre à son interrogation. Elle ne releva même pas la mention des autres enfants de la forteresse de l’Orage, elle s’en moquait. Comme, finalement, elle se moquait des raisons de Gareth Baratheon. Elle le dévisagea quelques secondes avant d’ajouter :  « Essayez donc de rester en vie déjà, cela ferait plaisir à votre pauvre mère, j’en suis sûre. »

A défaut de quelqu’un d’autre. Quoique, peut-être cela lui ferait-elle plaisir également. Malgré ses manières d’enfant égoïste et sans doute trop gâté, le puîné d’Accalmie avait quelque chose de touchant. Alors qu’il la fixait d’un regard qui, sans doute, se voulait impressionnant, elle lui sourit de façon équivoque. La réponse fusa, narquoise, mais chargée de sous-entendus :  « Je m’assurerai qu’il en soit bien ainsi, j‘ai fait mien le proverbe de Freuxsanglant. Adieu Baratheon. »

Cette fois-ci, ce fut le tout le petit groupe qui prit le chemin du retour sans un regard en arrière. Le vent fouettait les bannières dévoilant le faucon azur sur sa lune d’argent. Il leur fallut moins de temps pour rejoindre le groupe mené par ser Ronan. Avant de quitter la place, elle demanda au chevalier de Penn Irin de laisser quelques hommes afin de garder les abords et de vérifier le départ des hommes de la Main Rouge des terres Lannister. Puis, au grand galop, elle put enfin reprendre la route vers son château afin d’y attendre avec patience, mais sans grande inquiétude, les foudres maritales.
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