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Crois et tu comprendras ; la foi précède, l'intelligence suit. -- Alrik

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Message Mer 22 Fév 2012 - 18:09

La journée commençait pour Cassana d'Asshaï. La prêtresse venue d'ailleurs ouvrit ses yeux sur un feu frémissant, à peine vivant et l'image lui arracha un sourire heureux.

Elle s'assied à même le sol, nue, frotta ses yeux avant d'incliner la tête vers le brasier pour lui souhaiter bonjour. Réglée depuis bien longtemps telle une horloge, elle savait qu'il était bien tôt et que la lune n'avait pas encore disparu : le chant du matin n'avait pas encore été prononcé.
Après avoir laissé son regard se perdre avec amour dans les flammes crépitantes, elle se redressa en un geste sans hésitations et se dirigea dans la salle attenante. Selt dormait sur le lit, tout habillé.
Elle fut amusée, songeant que le jeune garçon risquait peut être de s'ennuyer aujourd'hui.

Dans la gamelle d'eau posée sur la seule table, elle plongea ses mains et récupéra un peu du liquide pour s'asperger le visage et finir de se réveiller totalement.
Comme tous les matins depuis ces derniers jours, elle n'attendait pas un ou deux mais trois invités. Jace Redwyne, tout d'abord. Le beau riche aux propos si étonnants l'avait marquée plus qu'elle ne le pensait et elle tenait sa promesse : elle l'espérait. Mais, si il ne se dépêchait pas, elle l'oublierait. Tout comme le troisième.
Chez l'un des fidèles, une petite famille sans prétention, elle avait fait la connaissance d'une certaine Aaliyah. Le prénom aux sonorités chantantes lui avait bien plu et la jeune fille trainant souvent dans les parages, elle avait entendu quelques unes des discussions que Cassana tenait parfois avec ceux suivant R'hllor et vivant sous ce toit.
Elle avait semblé être intéressée mais elle avait parlé de ses inquiétudes au sujet de son frère. Avec douceur, la prêtresse avait alors invité cette future brebis à la suivre durant une journée - hors prières bien entendu - et à amener avec elle ce parent si sceptique. Alrik. Était-ce bien cela son nom ? Elle n'en n'était pas sûre et s'en fichait un peu.

Il risquait, comme tant d'autres, de lui poser des questions auxquelles elle n'avait pas de réponses à apporter. Serait-il assez sage pour trouver les informations seul ? Tout le monde n'avait pas la force d'emprunter cette voie qu'elle affectionnait tant et beaucoup s'étaient déjà perdus en route. Combien n'avaient pas compris qu'il n'y avait rien à apprendre d'elle mais tout des autres, de ces autres qui eux, faisaient vivre le culte de R'hllor et qu'il suffisait, comme ils l'avaient fait, de simplement voir la vérité ?
Un prêtre sans fidèles était une rose sans pétales, une tige sans d'autre utilité que vénérer son Dieu - ce qui en soit lui suffisait -. Ce n'était pas elle qui faisait de la fleur une chose splendide mais ses deux bouts. Elle, elle n'était que ce lien entre les racines immortelles et les éphémères petites décorations qui rendaient l'objet si joli. Une Voix. Et si son rôle était déterminant, ce n'était qu'en prenant exemple sur les autres pétales, en voyant de lui-même la vérité et en puisant, ensuite seulement, dans ses connaissances qu'un futur converti pouvait trouver la route qui le lierait pour de bon à R'hllor.
Il suffisait en clair d'ouvrir ses yeux et son cœur. R'hllor était partout.

Elle ramassa deux trois morceaux de bois dans le tas posé aux pieds du lit et retourna dans son lieu de prière pour attiser les flammes. La chaleur délicieuse que provoqua l'action sur son corps la fit soupirer d'aise.
Une fois le feu un peu plus haut, elle se saisit de sa robe jetée la veille en boule non loin et s'en habilla. L'étoffe devenue rugueuse avec le temps n'avait rien de beau ou de coquet.

Elle passa quelques doigts dans sa chevelure pour la démêler puis repartit auprès de Selt pour le réveiller sans ménagement.

" Fais-moi plaisir. " Fit-elle simplement au jeune homme qui émergeait difficilement. " Vas donc à l'auberge voir si Elhise a des restes d'hier pour les moins bien lotis et quelques torchons usagés, le dernier a rôti. "
Ce n'était pas sa faute si elle oubliait parfois des choses non loin du brasier ou sur le bord de celui-ci. A part le feu, à vrai dire, si peu de choses l'intéressaient...
Elhise était une fidèle servante dans une auberge dont Cassana ne savait jamais le nom.

L'homme hocha la tête encore à moitié dans ses rêves et se leva d'un pas d'automate pour se faufiler dans les ruelles assombries par l'heure.
Il devait faire vite, dans quelques minutes, la prêtresse rouge se presserait à sa fenêtre pour célébrer, une fois encore, la naissance du jour.
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Alrik Mallery
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Message Mer 22 Fév 2012 - 21:17

Il n'avait que rarement vu Aaliyah emprunte d'une telle résolution, si bien qu'il en était arrivé à se demander si elle n'était point victime d'un quelconque envoûtement. La veille, s'était déroulé un véritable harcèlement fraternel qu'Alrik avait subit à peine rentré dans son domaine. Il n'avait que peu apprécier se faire ainsi accueillir par des logorrhées faisant les éloges d'un entité du brasier plutôt que par la tendre étreinte à laquelle il était habitué. Elle était restée sur ses talons une majeure partie de la soirée, avec parfois son seul regard posé sur son échine en guise d'argumentation silencieuse. Si d'ordinaire il sanctionnait ce genre de demandes intempestives lorsqu'il était dans son rôle de commandant, le fait que la dryade le lapide de lorgnades à mi-chemin entre l'incrimination et la supplique lui rappelait qu'il ne s'agissait pas de l'une de ses affaires martiales. Ce qui n'en faisait qu'un sujet des plus délicats, car s'il désavouait faire preuve d'étroitesse d'esprit – voire d'irrespect selon les accusations – il ne réfutait en revanche pas ne pas vouloir en savoir d'avantage. Il y avait, selon lui, des préoccupations bien plus substantielles que de se convertir aux premières croyances venues. En outre, les responsabilités qui lui incombaient ne lui laissaient pas le loisir de placer ses espoirs en une dite précellence spirituelle dont il n'avait aucune assurance de la réussite. Le fatalisme que prêchaient nombre de dévots l'avait toujours laissé sceptique, lui n'irait jamais alléguer une erreur humaine par un prétendu caprice du destin. Il semblait que son univers était bien disparate au leur, et il n'avait jamais ressenti le besoin de permuter de galaxie pour vérifier si l'herbe était plus verdoyante à côté. Bien qu'il n'était toujours pas résolu à le faire aujourd'hui, sa soeur eut pourtant gain de cause. Il avait finalement cédé à la suite d'innombrables heures de lutte, une torture si efficace qu'il songeait secrètement à l'officialiser pour les prisonniers de guerre et autres forbans auxquels ils devaient arracher des aveux.

Sa résignation avait toutefois précédé une condition à laquelle il n'admettrait aucune objection : il irait seul. Il ne tenait pas à ce que l'engouement de la demoiselle ne l'influence, ni même à entrer en conflit direct avec cette dernière si leurs avis divergeaient – ce qui serait sûrement le cas. D'une mimique bougonne, Aaliyah avait tout de même accepté non sans lui demander un rapport détaillé dès lors qu'il serait de retour, c'était à croire que sa condition de soldat le poursuivait jusque dans sa vie personnelle. L'accord avait au moins eu le mérite de lui concéder un repos mérité, de bien courte durée puisque les premières nitescences de l'aurore le convieraient à cet étrange conciliabule qui l'attendait. Quelques instants avant de sombrer dans un profond sommeil, il s'était remémoré cette prêtresse, dont il n'avait pris connaissance du nom que très récemment. Cassana. S'il avait su que ce galbe rougeoyant de singularité serait un jour source d'inquiétudes, alors aurait-il entrepris de l'approcher au préalable pour avoir un avant goût du personnage et en prévenir les débordements. Elle lui avait toujours semblé mystérieuse, et sans doute aurait-il préféré qu'il en soit ainsi pour les prochaines décades à venir.

Eveillé avant même la clarté diurne, Alrik avait pris le temps de vérifier la chambre de sa princesse pour s'assurer de sa présence. Une fois qu'il eut admiré sa somptueuse physionomie, il entreprit de rejoindre la ville, et plus particulièrement les bas-fonds dans lesquels il avait lui-même vu le jour. Humblement vêtu, le quadragénaire avait jugé bon de ne pas évoquer son anoblissement plus que de raison, certains indigents ne camouflaient guère leur aigreur à son passage. Qui plus est, c'était en quidam lambda qu'il désirait se présenter, car c'était en simple homme qu'il se ferait une opinion sur la controverse à laquelle il allait se confronter. Affirmer son ouverture d'esprit tout en manifestant l'inverse envers sa soeur... Un subtil exercice dont il n'était lui-même pas convaincu de la véracité. La religieuse verrait-elle en lui de façon limpide ou se fourvoierait-elle complètement ? A force de conjecturer sur les issues plausibles de la rencontre, il en était devenu des plus curieux. Il ne garantissait pas d'être en mesure de comprendre tout ce qui lui serait exposé avec une douceur affectée – il s'y attendait – mais promettait néanmoins d'essayer. Ce fut donc avec une myriade d'interrogations en tête que le capitaine parcourut les ruelles étriquées et encore assombries. Il parvint jusqu'aux abords de la modeste habitation de la prêcheuse, du moins celle qui lui avait été indiquée par les soins de sa cadette et devant laquelle – il s'en rendait à présent compte – il était maintes fois passé. Main sur son fourreau, plus par habitude que par méfiance, il examina furtivement l'endroit, puis s'approcha de l'huis close sur laquelle il s'apprêtait à frapper. Son geste fut cependant arrêté dans son élan lorsqu'un individu sortit de la bâtisse, l'air pataud. D'ailleurs, le jeune homme ne sembla qu'à peine le remarquer bien qu'il laissa la porte entrouverte. Le soldat osa s'y engouffrer pour se retrouver dans la pièce principale, dans laquelle son phonème résonna.


« Prêtresse ? » Interrogea t-il en ne l'apercevant guère, jusqu'à ce qu'elle lui apparaisse. Ses prunelles azurées ne purent s'empêcher d'observer sa tenue, il ne put non plus retenir une remarque maquillée d'humour. « J'espère que tu me pardonneras d'avoir oublié ma toge rouge. En réalité, ce n'est pas une couleur que j'affectionne, elle ne met que trop peu mon teint en valeur. »

Un rictus à la commissure de ses lèvres ponctua sa réplique. La plaisanterie était un point cardinal dans ses moeurs, une échappatoire qui avait au moins le mérite d'amuser plus que de mortifier. Cassana serait sans nul doute suffisamment perspicace pour comprendre qu'il faisait référence au fait que cette teinte ne la quittait jamais, ou inversement. Ce détail ne le surprenait que peu après les quelques citations qu'il avait retenues des explications de sa soeur sur ce culte en question, adulant le Maître de la Lumière, un certain R'hllor. De plus, il avait jugé bon de laisser les futilités tel que le vouvoiement de côté, il ne se faisait que rarement pompeux envers les membres de la plèbe qu'il côtoyait souvent. De même qu'il craignait que trop de formalité n'ait raison de leurs échanges verbaux, qu'elle le lui fasse remarquer sa familiarité si celle si ne lui plaisait pas. En attendant, il fureta distraitement la petite pièce dont le peu d'éléments témoignaient de la précarité de sa propriétaire. Cela lui remémora bien des souvenirs, sa jeunesse vécue dans un domicile similaire non loin d'ici d'ailleurs, ces longues années de misère qu'il avait su vaincre grâce à ses exploits parmi les Dents de Freux. Il avait au moins l'avantage de se sentir chez lui dans la quasi totalité de Port-Réal, même s'il vivait aujourd'hui sous un toit décent et ne manquait plus d'aucune ressource. Egaré dans ses réminiscences, il ne se souvint que tardivement que s'il savait à qui il s'adressait, ce n'était pas forcément réciproque. Il se rehaussa donc sensiblement, puis déclara, courtois.

« Je suis le frère d'Aaliyah, Alrik. Comme tu peux le voir elle n'a pas manqué de m'adresser ton invitation, de façon plus ou moins... Importune. » Il afficha une brève moue, puis reprit. « Ma soeur ne sera pas de cette journée, mais je veillerai à la lui narrer sans omettre de détails. »

Ce fut sa manière de justifier l'absence de sa cadette, sans précision ni intention d'approfondir la discussion à ce sujet. Le plus important restait encore qu'il s'était déplacé jusqu'à Cassana et qu'il acceptait le risque de repartir avec des maux de crâne plus tortueux que le Donjon Rouge lui-même.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Jeu 23 Fév 2012 - 1:05

Elle n'attendait pas grand monde et les gens, même sans abri, évitaient généralement d'entrer dans sa demeure ainsi. Si elle avait espéré que ce pas soit celui de Jace, elle s'était bien vite rendu compte que ce n'était pas le cas. La voix ne lui disait rien, pas plus que ce visage et le dénommé Redwyne ne se serait sans doute pas permis une blague de ce genre-là. Cela n'était pas être Selt non plus.
Un ou deux voleurs lui avait bien rendu visite ces six dernières années mais ces pauvres hères avaient fui comme l'éclair sans demander leur reste en interrompant l'une de ses prières. Donc à part l'un d'eux un peu plus entreprenant que la plupart ou le frère de la douce Aalyiah... Il ne restait pas grand choix.

" Alrik. "

Sa voix mélodieuse reprit le prénom à haute voix et la prêtresse sourit en prenant le temps de le regarder complètement.

" Appelles-moi Cassana car c'est ainsi que tous le font ou presque. "

Elle était en train de débuter une quelconque tâche journalière lorsqu'il était entré et avait dû, pour cela, se rendre auprès du brasier ; vu qu'elle n'avait plus de linge de ménage, il lui fallait un équivalent et elle avait jugé qu'un des voiles suffirait pour cette entreprise. Le bruit des pas et la salutation avaient pressé sa sortie. Elle n'était pas déçue, ni spécialement surprise, simplement calme, comme à son habitude.
Une fois les maigres présentations faites, elle retourna à la suite de son labeur, l'invitant silencieusement à la suivre.

Sur l'unique table de la maison elle étala donc le fin voile rouge qu'elle avait à la main et rangea sur celui-ci quelques fruits de saison pour certains presque gâtés.
L'endroit était pauvre. Une porte fermée - pas à clef - donnait accès à un second lieu de vie, celui d'où elle était apparue et dans lequel elle ne l'avait pas convié. Aucune clarté, sauf celle de la nuit, ne pénétrait dans cette pièce misérable où un lit se battait en duel avec une fenêtre, un petit tas de bois, un coin cuisine miniature et ce meuble, cet unique meuble sur lequel trônait, en plus de la préparation de Cassana, une écuelle d'eau, une cruche et deux autres plats empilés.
Son travail fini, elle releva son visage vers son invité.

" Je n'avais convié ta sœur que pour que tu sois rassuré. Ai-je mal fait ? "
Fit-elle, fort sérieuse, en référence aux mots qu'il avait utilisé tout à l'heure. Les gens se détendaient, généralement, en étant accompagnés de personnes chéries mais Aalyiah n'avait pas besoin de ce rendez-vous pris pour lui. La jeune fille paraissait avoir entre-aperçu et la suite de sa conversion n'était qu'une question de temps et de volonté. Contrairement à elle, ce n'était clairement pas le cas de cet homme ; il restait tout à faire de son coté.

" Ce que tu découvriras aujourd'hui ne dépend que de toi. Un œil aimé externe aurait pu t'aider. "

Elle noua le voile pour éviter que les fruits ne tombent et se frotta les paumes.

" Que sais-tu de R'hllor ? " De nouveau un sourire. " Outre que ses prêtres s'habillent de rouge. "
La question n'avait rien de bien étrange mais il lui paraissait tendu et le mépris dont il avait fait preuve tout à l'heure n'était peut-être que de l'ignorance déguisée. La dernière partie de sa phrase, elle ne l'avait prononcée que pour chercher à le faire s'ouvrir. Inutile à ses yeux, elle se forcerait à parler un peu plus qu'habituellement tant qu'il ne se montrait pas davantage impoli pour le bien d'Aalyiah. Chaque personne avait ses limites et faiblesses et si l'homme mettait trop de mauvaise volonté, elle ne pourrait rien y faire.

Elle hésitait à le mettre à l'épreuve directement. Le faire fuir ne lui apporterait rien de bien bon mais il faudrait tôt ou tard qu'il y passe. Si elle le touchait maintenant, ne la prendrait-il pas pour une malade qui délirait ?

Elle prit le balluchon improvisé un peu rempli tout contre sa poitrine d'une main leste. Ce matin, elle était accompagnée, elle ne chanterait donc pas depuis sa fenêtre mais depuis son seuil, refusant d'ouvrir à un infidèle son lieu de prières personnel.
Si Selt était revenu avant la fin de l'ode matinale, cela leur permettrait peut être ainsi de partir directement voir les pauvres à qui elle destinait sa nourriture en trop.

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Alrik Mallery
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Message Ven 24 Fév 2012 - 1:55

C'était la première fois qu'il avait le loisir de l'observer d'aussi près, et ce qu'il découvrit ne le surprit guère. Une nymphe dans la force de l'âge, d'une physionomie suave et emprunte de quiétude aux prunelles scintillantes de circonspection, elle avait les qualités appropriées aux dogmes qu'elle prêchait. Il l'eut tôt compris dès lors que sa voix cristalline, presque envoûtante, ait articulé son prénom. Elle était ce genre de personnes qui happaient les irrésolus d'un seul battement de cils, qui intriguaient par leur halo d'excentricité et l'indicible mais néanmoins fallacieux réconfort qu'ils apportaient. Ces gens étaient dangereux, ils n'étaient que trop souvent source de sacrifices vains, l'engouement spirituel était une chose, la réalité en était une autre. Si on le lui demandait, Alrik rétorquerait que jamais il n'avait eu d'algarades avec un quelconque religieux pour penser ainsi, mais qu'il les appréciait seulement lorsqu'ils savaient rester à leur place. Dans leur bâtisse ou à leurs patenôtres personnelles, non pas à profiter de la précarité d'esprit de certains. C'était, selon lui, ce qui différenciait principalement les pieux dignes de leur statut des zélateurs qui s'improvisaient messie d'une cause. Mais cette controverse n'avait été que trop débattue par les Hommes, elle avait engendré heurts et trépas à bien trop grandes proportions. Il n'était pas ici pour châtier son hôte, ceci bien qu'elle partait avec un désavantage certain dans la mesure de son estime. Les membres de sa famille étaient des figures sanctifiées, envers lesquelles il ne tolérait aucune atteinte, ce que la prêtresse comprendrait promptement d'elle-même.

Cassana, c'était donc bien elle qui l'avait convié en sa demeure, bien qu'il n'eut pas à en douter à son arrivée. Il entreprit de la suivre lorsqu'elle le lui demanda par l'usage d'un signe courtois, patient quant à la raison de sa venue qui ne tarderait certainement pas à être abordée. Une fois encore, il put aisément témoigner de l'impécuniosité des lieux, à laquelle il était plus habitué qu'il ne l'aurait souhaité. Comme à chaque fois que des réminiscences de sa vie passée le hantaient, il fut heureux d'avoir pu extirper sa soeur de la misère dans laquelle ils avaient tous deux vu le jour. Il l'admettait, il ne l'illustrait guère se divertir de prières impies dans un endroit comme celui-ci, et bien qu'il ne lui reprocherait ô grand jamais sa mitoyenneté avec la plèbe dont ils étaient issus, il préférait la savoir à leur domaine ou à la Cour royale. L'estimerait altier qui voudrait, ce n'était pas le cas et il n'avait pas à le prouver. D'ailleurs, il ne venait pas non plus se justifier d'une ouverture d'esprit dans cette journée de découverte, il affirmait en posséder un tant soit peu, mais c'était avant-tout pour s'assurer qu'Aaliyah ne courrait aucun danger. La religion pouvait être un fléau encore plus impitoyable que la guerre elle-même, la seconde avait au moins l'avantage de se régler par le fer, ce dont il était amplement capable. Mais il n'était pas question de sa condition de soldat, d'ailleurs, le quadragénaire chassa ses pensées d'un hochement de tête et se mit à observer avec quelle application étaient disposées les denrées alimentaires. Il nota distraitement la bribe écarlate dont elle usa, du rouge encore, n'y avait-il donc que cette teinte qui trouvait grâce à ses yeux ? Tout à fait étrange. Peut-être était-ce un élément héraldique de sa piété ? Plus symbolique qu'il ne l'avait imaginé, tout du moins.

Ses prunelles se redressèrent conjointement à celles de la damoiselle, adressant un sensible haussement de sourcils qui témoignait de son écoute. Son interrogation lui sembla fort nigaude – ou sournoisement intelligente selon les points de vu. Si elle fit passer cela comme une bonne intention désintéressée lors de sa première tirade, la suivante confirma à Alrik un intérêt somme toute plus personnelle, bien qu'elle affirmerait sans doute le contraire. Elle prétendrait qu'elle ne cherchait qu'à lui montrer la lumière, il avait d'avantage la sensation d'une obscurité dans laquelle le cierge de la prêcheuse serait la seule voie à suivre à défaut d'en avoir le choix. Mais là encore, son jugement était précipité, il n'avait pas encore suffisamment d'informations pour trancher son opinion. Alors, il préféra ne pas la brusquer.


« Je suis assez grand pour réfléchir seul, et je ne risque pas ma vie en t'écoutant discourir, je n'ai donc pas matière à m'angoisser. Ceci étant, j'apprécie ta sollicitude. »

Il ponctua par une risette assurée. Ce sujet-ci était clos, et le fait que Cassana ait voulu user de son amour fraternel pour le convertir à sa cause lui léguait un goût amer. Mieux valait pour elle qu'elle évoque Aaliyah le moins possible si elle espérait réellement qu'il soit réceptif, dans le cas contraire, leurs paroles mueraient vite en un dialogue de sourds. Fort heureusement, elle lui céda l'opportunité de permuter sur une autre conversation, sur ce fameux R'hllor qui n'avait pas manqué de le tenailler la veille. Il ne retint pas un ricanement à peine audible à son ultime réplique, observant qu'elle pouvait au moins faire preuve d'humour, point non négligeable. Le commandant prit une grande inspiration qu'il bloqua ensuite, le regard dans le vague et une moue aux lippes, se relatant les logorrhées dont il avait été le martyr pour tenter d'en extraire quelque chose. Les paroles de sa cadette n'avaient majoritairement été que des vrombissements assourdissants, dont il craignait n'avoir que trop peu retenu. Peut-être lui avait-on d'ores-et-déjà parlé de cette entité par le passé, mais si c'était effectivement le cas, il ne s'en souvenait guère. Son silence pouvait déjà constituer une réponse pour la prêtresse qui pourrait authentifier l'ignorance de sa brebis. A la suite d'un instant de concentration intense, le guerrier s'octroya le droit de respirer à nouveau avant de suffoquer dans son impéritie.

« Si ce n'est que ces partisans se vêtissent effectivement de rouge, absolument rien. » Il frotta sa barbe dans une résonance rugueuse. « J'ai bien en tête une histoire d'épée, il me semble... Ainsi que de sacrifice, de résurrection à venir... Ah, et d'un lion aussi ! Bien que... Je ne sache pas ce que cette pauvre bête vient faire là-dedans. »

Ses épaules eurent un furtif soubresaut alors qu'un rictus naquit au coin de ses lèvres, visiblement emprunt de frivolité. C'était tout ce dont il parvenait à se souvenir, quelques termes déracinés de leur contexte et qui n'avaient – ainsi disposés – que bien peu de sens. Cependant, Alrik ne doutait pas que pour être le démiurge de tout un peuple, ce R'hllor devait être l'instigateur d'un exploit des plus incroyables, que l'on se devait de commémorer d'un quidam à l'autre. Les religions se ressemblaient toutes sur le fond, il aimait à les comparer aux armes qu'il utilisait : une épée ne restait qu'une épée quelle que soit son aspect, n'y avait que quelques factures particulières qui pouvaient se vanter originales. Le culte du feu en était-il une, de facture particulière ? Il était là pour combler ses lacunes, mais il ne voyait aucune raison à ce qu'il soit le seul à être mis à l'épreuve. La passivité n'était pas une notion qui lui seyait, il était avant tout un homme d'action qui appréciait prendre les devants. L'une de ses mains se posa sur le bois érodé de la table, ne sachant guère où se mettre d'autre, tandis que sa consoeur demeura au contact de son fourreau. Il chercha le regard de son interlocutrice, puis s'enquit.

« Et toi ? » Il patienta pour la laisser s'interroger sur le sens de sa question, avant de préciser. « Que sais-tu sur ceux que tu endoctrines ? »

Une interrogation intéressante s'il en était, bien qu'il pensait en connaître l'éventuelle argumentation : elle n'avait rien à en savoir, elle ne faisait que les guider. Bien entendu.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Ven 24 Fév 2012 - 15:16

Si il était assez grand pour réfléchir tout seul, n'en n'était-il pas de même pour sa sœur ?
Elle ne lui fit pas la remarque, se demandant si il se la ferait de lui-même. Le manque de confiance qu'avaient les hommes envers les femmes dans cette ville la surprendrait sans doute jusque son dernier souffle. La politique des mariages arrangés par exemple, lui apparaissait toujours comme énigmatique ; en quoi considérer une femme comme un objet pouvait-il réellement être utile ? Elle n'était pas féministe mais brider une âme et la forcer à servir des buts qui ne lui convenaient pas toujours la rendait inquiète ; c'était prendre le risque de la voir s'élancer sur le chemin d'un mauvais futur qui aurait des conséquences sur beaucoup d'autres vies. Toutes les flammes des fidèles avaient la même valeur aux yeux de la prêtresse, qu'elles appartiennent à des jouvenceaux ou non et il ne fallait en négliger aucune.
Peut être parce qu'elle avait vécu dans l'enceinte du temple à Asshai, elle n'avait eu à souffrir de regards pesants de la part d'ainés trop inquiets pour sa vertu. On l'avait laissée libre de poser les questions qu'elle désirait, de vivre comme elle l'entendait tant qu'elle faisait ce que d'autres nommaient ses devoirs et qui se résumaient à servir son dieu.
Les représentantes du beau sexe qui venaient parfois lui murmurer les affres dans lesquels les précipitaient leur mari ou père depuis six ans ressentaient toutes de vives émotions, respiraient, vivaient. Pourquoi donc les infantiliser ou les juger moins responsables que les hommes ? Elles leur étaient nécessaires, tout comme Azor Ahai avait eu besoin de la sienne : sans Nissa Nissa, jamais Illumination ne serait née. Sans mère, R'hllor ne permettait pas à un homme seul d'obtenir de descendants.
Aalyiah étant une jeune fille délicieuse, son frère ne pouvait-il avoir foi en son jugement à elle et la laisser croire en ce qu'elle souhaitait ? Elle avait raison et il avait tord, cela ne prouvait-il pas combien elle pouvait se débrouiller seule ? Les inquiétudes de la demoiselle paraissaient on ne pouvait plus fondées.
Comme beaucoup d'autres, aurait-il été plus à l'aise, ce matin, si elle avait vu le jour en temps qu'homme ? Aurait-il déjà délaissé le fourreau à sa ceinture sur lequel une de ses mains à présent trainait ?

Il ne s'était pas trompé en tout cas sur un point : il ne craignait rien. Elle ne comptait pas l'immoler, pas plus que de discourir à vrai dire et, en marchant à son coté, il aurait sa protection parmi les théistes pour la journée. S'ennuierait-il ? Sans doute, en voyant la vie qu'elle menait ; Il n'y avait rien d'intéressant à découvrir uniquement en la regardant. Il n'était ni le premier ni le dernier qu'elle invitait ainsi mais savait fort bien que la visite ne suffirait pas à le rassurer si il n'y mettait pas une dose de curiosité. Comprendrait-il que si il voulait entrapercevoir comme sa sœur l'avait fait ou tout simplement réellement découvrir, il devrait interroger ceux qui étaient importants, ces pauvres aux dents pourries par exemple qui suivaient R'hllor et qu'ils allaient saluer ?

Après ses questions elle laissa un silence comme souvent, ayant à chercher quels mots utiliser. Parler d'elle ou de ce qu'elle faisait l'importunait, il n'y avait rien à dire, comme toujours.

" Rien que ce qu'ils m'offrent et beaucoup de ce qu'ils n'imaginent pas lorsque vient le moment si R'hllor le permet. " Finit-elle par expliquer l'air songeur.
C'était là une phrase sibylline n'ayant sans doute aucun sens pour ceux manquant de connaissances liées à R'hllor. Pour les autres, cela ne signifiait qu'une chose : que la prêtresse acceptait d'écouter mais ne partageait ses acquis qu'une fois qu'ils avaient prouvé leur envie de poursuivre sur la route tracée par la Lumière.
Toutes les connaissances qu'elle possédait appartenaient aux fidèles - outre bien entendu certains rituels que seuls les prêtres rouges avaient le droit de pratiquer - et ceux-ci pouvaient s' approprier les Choix qu'elle leur présentait lorsqu'ils en éprouvaient le besoin. Elle ne donnerait, cependant, jamais à un inculte l'accès aux Dons qu'elle avait reçu.

La vérité, sa vérité, n'avait pas besoin d'artifices et de prêches enflammés pour être convenablement exposée : il suffisait de la chercher ou de tomber sur elle. Qu'on l'accepte ou non était ensuite le fruit d'un travail de réflexion intime et personnel. C'était, en résumé, bien plus ou moins cela : elle n'avait rien à savoir des impies mais elle ne les guidait pas. Elle laissait venir à elle et à R'hllor ceux qui en faisaient l'effort, ceux qui éprouvaient le besoin de sortir des ténèbres de l'ignorance qui les entouraient.

Cassana porta un de ses doigts à sa bouche comme si elle venait de se piquer à une écharde avant de se diriger vers la porte, tenant toujours dans ses bras le voile contenant les fruits. Visiblement, elle ne comptait pas s'exprimer davantage.

" Tu peux laisser ton arme ici si tu le veux. "
Fit-elle simplement, toujours aussi calme, sans pour autant lui donner d'ordre ou le plan de leur excursion.
Elle le guida vers l’extérieur encore trop frais, s'arrêta juste après le seuil, s'écarta un peu pour qu'il puisse passer si il la suivait, lui sourit de nouveau si il vint puis sembla attendre quelque chose.
Quelques frissons de froid plus tard et son menton se leva vers le ciel, comme si elle désirait contempler les astres qui n'allaient pas tarder à disparaitre. Les lèvres serrées, elle ne bougea plus, l'air sereine, laissant un instant de répit à la lune qui s’effaçait.

Une minute, peut être deux et un chant s'éleva. De sa bouche seule, tout d'abord, brisant le silence de la rue rempli de pas et de salutations matinales. Des voix, graves, aigües, fausses ou dans le ton, ici et là, se mêlèrent ensuite soudainement à la sienne en réponse à ses premières notes.
Ce n'était qu'une ode mais cela parut transporter Cassana. Ses traits détendus prouvaient sans mentir qu'elle prenait du plaisir à prononcer sa prière qui n'avait rien de bien spectaculaire. Un enfant même aurait pu créer les mots qui jaillissaient de sa gorge tellement ils étaient simples. S'adressait-elle à l'astre de nuit ?
Il n'était question que d'obédience à R'hllor, de remerciements à son égard, de demande pour qu'Il les guide, éloigne d'eux les ténèbres. Rien de bien méchant en somme ou de tortueux, juste une simple chanson religieuse pour saluer le Seigneur de la Lumière.
En prêtant attention aux palabres qui réussissaient, de temps en temps, à recouvrir complètement le son des chariotes et autres instruments de travail, un non-initié pouvait sans souci comprendre qui était ce dieu qu'elle chérissait tant : Celui qui leur offrait le feu, les astres, celui qui leur donnait le souffle de la vie et "l'ardeur dans leurs reins", rien que cela.

Elle avait fermé son regard noir pour se concentrer sur les Voix. Tout comme elle avait tenté de l'expliquer à Jace, elle n'était pas le miroir dans lequel il devait se regarder pour découvrir la forme de la flamme en lui. Elle, elle pouvait mourir demain, tant que les autres subsistaient, il existerait toujours quelqu'un pour parler de R'hllor, pour ouvrir les yeux à d'autres qu'eux-même.

Lorsque les dernières notes moururent dans le ciel, elle rebaissa son visage, rouvrit lentement ses paupières. Selt attendait, à deux pas, qu'elle se pousse, quelques morceaux de tissu sales dans les mains de diverses couleurs. Elle ne le remarqua même pas et se tourna vers Alrik.

" Sais-tu refaire convenablement des bandages ? Je n'ai pas cette connaissance mais je connais quelques personnes en ayant besoin. "

Maintenant qu'ils étaient dehors, elle le voyait bien mieux. Il était plutôt bien bati, plus vieux qu'elle, sans doute, il avait la carrure d'un guerrier et ses traits trahissaient bien trop de choses ou pas assez. Combien de sang avait-il déjà fait couler ?
Elle le dévisagea, encore.

" Que dirais-tu d'une ballade ? "
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Alrik Mallery
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Message Lun 27 Fév 2012 - 11:26

Le phonème de la sylphide était bien trop enjôleur, platonique dans sa phonation, psalmodique dans sa réflexion. Cela en était presque effrayant pour qui n'était pas sensible à cette vénusté d'âme, ce qui était le cas du Commandant. Contrairement à ce que les croyances populaires et les faits historiques laissaient parfois croire, les pires despotes n'étaient pas ceux qui faisaient couler l'hémoglobine sur un champ de bataille improvisé en sépultures. La menace tacite et venimeuse des plus placides causait un trépas lent, traitre et affligeant, elle n'était qu'épargnée d'une fureur notoire en faveur d'un état contemplatif corrosif. Bien que sur la forme, tout ou presque semblait les opposer, dans le fond, Alrik s'avouait qu'ils n'étaient peut-être pas si différents qu'il ne l'aurait souhaité. Ils possédaient tout deux leurs dogmes et guerroyaient à leur manière pour en être digne, l'un en défaveur de vies humaines, l'autre en dépit de liberté spirituelle. Etaient-ils des assassins à leur façon ? Lui le reconnaissait volontiers, mais quand était-il la concernant ? Plus elle s'évertuait à le mettre à l'aise en agissant avec sollicitude, moins semblait-il enclin à la juger inoffensive. Si elle se prétendait encore désintéressée de sa personne – il n'était après tout qu'un apostat – il doutait qu'elles tiennent les mêmes clameurs s'il s'aventurait aux lisières de la conversion. Ses sourcils se serrèrent de manière presque imperceptible lorsqu'il y songea, ses prunelles d'une teinte smalt furetèrent le moindre de ses mouvements, la moindre de ses mimiques qu'il se risqua à analyser avec un esprit à la critique emphatique. Mais seule la conjecture lui faisait ombrage, il se félicitait néanmoins de ne point avoir approuvé la venue de sa jeune soeur qui n'aurait certainement fait que l'agacer. Aaliyah était une nymphe versatile aux effusions exaltées, elle avait la marotte de se laisser happer par la première manifestation ésotérique apte à la tenir en haleine plus de cinq minutes. Son existence de domestique au domaine du Donjon Rouge ne l'avait guère épanouie, elle demeurait la cadette ingénue et corruptible qu'il avait toujours connue. Comment pouvait-il, aujourd'hui, la priver de sa bienveillance fraternelle sous la seule allégation qu'ils n'étaient plus des bambins ? Cela aurait été offrir sa candeur au plus matois, ce qu'il ne permettrait jamais de son vivant.

Lorsqu'elle lui fit la proposition de délaisser son arme, il en fut quelque peu interpellé. Abandonner sa tendre lame en un lieu inconnu, prendre le risque qu'une poigne autre que la sienne ne s'en délecte ou pire encore, qu'il ne soit guère en mesure de défendre sa vie si malheur venait à les tenailler au détour d'une venelle. Si elle imaginait que son apparence anodine suffirait à lui épargner les facéties des indigents, elle se fourvoyait lourdement. Candeur ? Il n'aurait su l'affirmer, mais elle ne fit que se rendre plus déraisonnable à ses yeux. Il connaissait les dangers de ces ruelles mieux que quiconque et avait appris à ne jamais quitter son épée, raison pour laquelle ses phalanges l'effleuraient instinctivement. Il opina latéralement du chef puis esquissa un mouvement de main en guise de réponse, il ne préférait pas se séparer de sa concubine de bataille et nul ne l'y obligerait. La prêtresse ne sembla qu'à peine relever les faits puis l'invita à la suivre à l'extérieur, ce qu'il fit naturellement. Il lui accorda un furtif retour à son sourire avant d'authentifier la fraîcheur qui grimpa le long de son épine dorsale, néanmoins, il respira à pleins poumons et se mit à observer les environs qui s'éveillaient lentement. La population se montrerait progressivement et bientôt, la ville s'animerait de son effervescence usuelle, ce qui l'obligerait à faire preuve de vigilance malgré qu'il ne soit pas en service pour cette matinée. Peut-être était-il judicieux de prévenir la damoiselle, il n'était pas impossible qu'il vienne à intervenir dans une quelconque situation défiant la loi en dépit qu'il ne jouisse pas de la protection de son armure. Ainsi, elle ne serait pas stupéfaite de l'apercevoir fondre sur d'hypothétiques aigrefins sans qu'il n'ait pris la peine de le lui annoncer.

Mais une mélopée l'attaqua soudain, provoquant un spasme de surprise qui le fit s'orienter en direction de la source qui n'était autre que Cassana. Ahuri par ce chant impromptu, il l'observa sans mot dire, comprenant rapidement qu'il s'agissait d'une patenôtre somme toute intelligible pour quiconque l'écoutait. Ce qu'il ignorait était le caractère collectif de cette prière dont les phonèmes s'élevèrent à l'unisson. Il considéra chaque prêcheur plongé dans sa béatitude, puis reposa ses prunelles sur le faciès transporté de son hôte pour conclure – comme tout le monde sans doute – que cet hymne était un cri de vie à lui seul. Il avait rarement aperçu tant de liesse pour quelques tirades récitées de concert et ne put s'empêcher de s'interroger sur bien des choses. Qui était donc ce R'hllor ? Pouvait-on réellement placer son essence dans le culte d'une entité dont on avait jamais certifié l'existence que par un mythe ? Bien que l'exercice en était enchanteur, illustrer Aaliyah parmi eux l'effraya d'avantage. D'ailleurs, les passants qui n'étaient pas au fait de cette salutation matinale échangèrent avec lui quelques oeillades intriguées, mais par respect pour les partisans présents, il se tût jusqu'à ce que les circonstances lui autorisent l'inverse. En l'occurrence, la zélatrice sollicita ses connaissances médicales et lui proposa une « ballade », terme pour le moins étrange qu'il mit un instant à considérer. D'autant plus qu'elle lui adressa un regard inquisiteur... Que cherchait-elle ?


« Je ne suis pas praticien mais, survie oblige, je sais en effet faire un bandage. Ce qui me surprend c'est que toi, tu n'aies jamais appris... »
Il la sonda quelque peu, puis haussa les épaules. « Peu importe. Allons-y, je te suis. »

Il fit un geste ample de la main pour la convier à ouvrir la marche et entreprit de la suivre en veillant toutefois à rester à ses côtés. Au moins, sa crainte de siéger au centre d'un rassemblement de disciples à se faire lapider des yeux en attendant qu'il fasse ses preuves s'envolait avec cette promenade. En chemin, il repensa à cette ode, et surtout à ce que le visage de la prêtresse avait miroité alors que les notes fluaient d'entre ses lippes. Il se demandait s'il aurait le loisir d'observer un pantomime autre que celui de la satisfaction mystique durant les heures qu'ils partageraient. On ne pouvait être repu de sa condition de manière sempiternelle, son ciel devait obligatoirement s'assombrir de nébulosités qui estompaient ses risettes. Le contraire lui paraissait impossible, il en vint même à conjecturer sur sa nature humaine et sur l'éventualité de voir des ailes lui poussaient dans l'échine. Absurde pensée qu'il eut là, particulièrement lorsqu'il la voyait n'être qu'un galbe de plus dans la condensation de la foule qui ne faisait qu'accroître : le monde appartenait à ceux qui se levaient tôt, après tout. Maintenant que son esprit retoucha terre, il se souvint qu'elle ne lui avait pas confessé leur destination ni même si leur déplacement avait un dessein. En la lorgnant, il nota qu'elle étreignait toujours son baluchon comme s'il était question de son plus précieux butin, mais à qui le destinait-elle ? En s'engageant dans une rue étriquée, ils parvinrent jusqu'à un collectif de miséreux vraisemblablement rongés par la maladie et la famine. Ces derniers eurent un éclat de ravissement lorsque Cassana alla à leur rencontre, il comprit alors que leurs pansements souillés d'hémoglobine séchée et de fange avaient été la référence utilisée pour la question qu'elle lui avait posée. Les traits physionomiques tirés du commandant témoignèrent de son ressentit sans qu'il n'eut besoin d'en parler, il déplorait le malheur de ces pauvres gens, cependant, il ne pouvait décemment pas lutter contre tout le dénuement de la contrée. Il s'approcha un peu plus alors que la naïade s'apprêtait à distribuer quelques douceurs fruitées camouflée dans sa bribe de tissu écarlate.

« Quelqu'un a de quoi nettoyer les plaies au moins ? Rien ne sert de les panser à nouveau si on doit le faire sur de la crasse, c'est inutile. Et où sont les bandages, je ne t'ai pas vue en prendre. »

Alrik eut à peine le temps d'arriver à l'aboutissement de sa réplique que quelque chose les percuta la prêtresse et lui-même, avant de s'escamper vélocement. Ce ne fut qu'en redressant ses calots vers la prêcheuse que le quarantenaire comprit qu'elle venait de se faire dérober des fruits sans qu'ils n'aient eu l'opportunité de réagir. Aussitôt, le soldat s'élança à la poursuite du forban avec une détermination embrasée : voilà ce pour quoi il était fait, l'action et la traque aux malotrus. Tel un canidé à la croupe de sa proie, il ne lui ploierait pas le plaisir de s'en sortir en toute légitimité quitte à devoir parcourir l'entièreté de la cité, mais il finirait par l'appréhender. Quelques minutes passèrent seulement... Le guerrier revint alors trophée en main, ou plutôt, enfant sous le bras. Une fois parvenu à hauteur de la sylphide, il déposa le jeune garçon au sol, qui tenta instantanément de reprendre la fuite mais qu'il retint pas le bras. La Providence semblait être de leur côté, si une pomme partiellement flétrie n'avait pas chuté des mains du pré-pubère – laquelle il s'était immobilisé pour récupérer – il n'aurait pas pu l'intercepter. Ces enfants des rues étaient particulièrement vifs et tout aussi lestes, des cauchemars mobiles pour les sentinelles qui ne parvenaient que rarement à les attraper avant qu'ils n'usent de leur petite taille pour se camoufler. Loin de percevoir son action telle une fierté, Alrik était d'autant plus préoccupé par la sanction qu'il aurait été justifiée de donner au polisson qui les suivait sans doute depuis la demeure de Cassana. Il était évident qu'il avait déjà dû la voir allouer des denrées alimentaires auparavant, peut-être même préparait-il son exaction depuis longtemps. Le capitaine le priva des fruits d'une main, puis s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.

« Ici, le vol est un crime. Tu sais ce qui arrive aux voleurs, qu'ils aient ton âge ou pas ? » Il le couva d'un oeil noir et oppressant, puis reprit en se redressant. « Cette femme te semble t-elle si mauvaise pour que tu la spolies ainsi ? Présente tes excuses, et réessaye d'avoir tes fruits en le lui demandant poliment. »

Il lui asséna une petite tape punitive derrière le crâne et l'orienta en direction de la jeune femme à laquelle il rendit ses biens. L'enfant, tête basse, se mit à balbutier son pardon, visiblement impatient de pouvoir s'en aller à toutes jambes. Cependant, le soldat ne le relâcha pas et porta son attention sur Cassana. C'était à elle de décider si elle lui faisait offrande d'une douceur culinaire quand bien même il eut tenté de la lui subtiliser. Il pouvait également lui sommer de déguerpir avec un ton si péremptoire qu'il le dissuaderait d'extorquer quiconque pour les jours à venir. La différence était nulle le concernant, trop habitué à ce genre de désagrément pour s'en surprendre ou même s'en attendrir.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Mar 28 Fév 2012 - 19:42

Alrik n'avait pas quitté son épée. Le guerrier qui était en lui avait-il tant besoin de cette chose inerte pour vivre ? Était-elle son "ombre" à lui, inutile au demeurant dans ces ruelles que souvent, une torche ou deux éclairaient ?
Elle ne voyait pas d’intérêt à s'équiper de ce même métal froid que les doigts de l'homme enlaçaient presque continuellement ; - il n'y avait nulle flamme en cette chose seulement bonne pour tuer.
Ce n'était pas un ustensile utile dans sa condition, simplement un objet sans valeur mais elle comprenait, malgré elle, l'affection qu'il éprouvait à son égard. Si on lui enlevait son brasier, elle le supporterait bien mal : les longs mois passés sur la mer à ne pas pouvoir allumer de grands feux avaient, six ans auparavant, miné son moral.

En réponse à sa décision, après le chant, elle se contenta d'un regard simple pour le fourreau. Il pouvait aussi simplement être plus mal à l'aise qu'elle ne le pensait ou songer que sa protection n'était que du vent, mais, puisqu'il restait armé, elle le laisserait se battre si le besoin s'en faisait ressentir. A vrai dire, l'idée de ne pas avoir à mal utiliser un Don de R'hllor de plus la rendait presque heureuse.
Rencontrer un brigand ou deux lui ferait-il du bien ? Chacun avait sa propre manière pour évacuer le stress en trop après tout et Il avait cette aura de combattant doué qui inspire aux femmes des chuchotements mielleux et aux hommes de plume des légendes et mythes. Etait-il du genre à obéir davantage à son instinct qu'à sa raison ?
En tout cas si il recommençait à la regarder avec autant d'attentions que quelques instants auparavant, ce ne serait pas que d'une danse prière dont elle aurait, elle, besoin cette nuitée pour oublier sa personne entière.

" Je sais comme beaucoup assembler deux bouts de tissu pour couvrir une blessure mais nommer cela bandage, ce serait comme si l'arbre n'était que ses racines ou le chien sauvage que des poils. "
Lui expliqua-t' elle suite à son interrogation indirecte tout en inclinant légèrement la tête sur le coté pour le remercier de sa politesse. Ses propos redevenaient bien moins clairs que la Lumière de son Maître adulé, comme à chaque fois qu'on lui posait des questions sur sa vie ou son rôle.
Soigner les plaies béantes et pustuleuses du corps n'était pas son travail et quand bien même elle se pliait à cet exercice pour le bien-être des suivants de R'hllor en ayant la nécessité, elle ne comptait pas apprendre à faire plus. Ce n'était pas pour cela qu'elle avait débarqué à Port-Réal. La consistance sur laquelle elle œuvrait, elle, habituellement, n'était pas touchable du bout des doigts : on ne pouvait pas bander d'un voile un esprit maladif ou recoudre grossièrement un sentiment blessé.

Le trajet se fit dans un silence presque religieux, Cassana attendant visiblement d'Alrik des mots qu'il n'eut guère, ralentissant ou accélérant sa marche selon les chances qu'elle avait de le perdre. Si trop de monde s'offrait à son regard, elle marchait d'un pas lent, peu pressé, lui laissant libre court ainsi de s'amuser à batifoler seul dans des méandres de son esprit qu'elle aurait bien aimé percer par simple curiosité. Au contraire, dans les ténèbres matinales peu denses, elle guidait plus rapidement leur étrange duo vers leur but premier qu'elle ne savait pas exactement où trouver.
Les moins gâtés par la vie avaient cette bizarre habitude que certains animaux possédaient aussi : lorsqu'ils avaient trop froid, ils migraient vers un point plus chaud et ne revenaient à leur lieu d'origine qu'une fois rassasiés ou sûrs d'y retrouver un confort qu'ils n'avaient pas ailleurs.

Quand bien même leur absence aux prières journalières la faisait soupirer, elle n'y trouvait rien à redire réellement. Parmi eux, certains étaient des plus aimants envers leur déité commune. Et d'un coté, ne valait-il mieux pas avoir un fidèle ne venant pas chanter chaque matinée à cause de blessures mais adulant R'hllor, qu'un se déplaçant de façon journalière uniquement par habitude et non plus par amour ?
Elle n'eut pas même le temps de réfléchir à comment formuler sa réponse aux paroles d'Alrik qu'un marmot leur rentra dedans avec fougue. Surprise, elle ne comprit qu'elle avait les mains presque vides que lorsqu'elle vit son chevalier du jour, soudainement, se lancer à la poursuite du pauvre bandit. Comme un animal sauvage traquant une proie, le guerrier évitait les pièges qui se dressaient devant lui et traçait son cheminement sans doutes. Parce qu'il avait dû déjà faire cela des dizaines et dizaines de fois, le regarder donnait l'impression de mirer un fauve royal, chef de son territoire.
Le sourire de la prêtresse s’agrandit quand il disparut de sa vue et elle s'accroupit auprès de ses patients. Elle n'avait pas eu le temps de lui dire de laisser tomber ou de lui apprendre qu'ils allaient devoir, si il se sentait de le faire uniquement, délier les bandages présents sur les corps puants pour aller les laver eux-mêmes à la source d'eau la plus proche et revenir les poser de leur mieux. Elle n'était pas riche et ne pouvait pas se permettre d'offrir davantage à ces pauvres-là que quelques prières, son soutien mental et parfois, ces soins vétustes.

" N'acceptes pas la perle de l'oiseau bleu lorsqu'il rampera hors de ton ombre. "
La Cassandre au sourire attendri délivra le message qui lui était dédié à l'un des pouilleux.

" Mais je te l'ai déjà dit il y a trois jours. "
Quelques gentillesses plus tard, ses maigres provisions restantes distribuées et le combattant revint alors qu'elle ne s'y attendait pas. Son visage exprima clairement sa surprise lorsque le va-nu-pied fut déposé et retenu sans façons devant elle. La tirade du héros de la matinée et le fait qu'il repose, dans son voile, les biens dérobés suffirent cependant pour mettre dans son regard une lueur reconnaissante quoi qu'amusée.
Etait-il plus serein maintenant qu'ils n'étaient plus dans ses quartiers à elle ?
Elle se mit à hauteur du bambin alors qu'il grognait des excuses affolées sous la pression de la poigne d'Alrik et de sa claque. Elle allait utiliser un don de R'hllor. Le plus discret, le plus simple présent de R'hllor et personne d'autre qu'elle ne le saurait.
Avec une douceur presque maternelle, après avoir posé le butin récupéré sur ses cuisses, elle écarta un peu les pans des guenilles du gosse qui fit une moue apeurée en sentant un doigt trop chaud se poser sur sa poitrine sans méchanceté.

" As-tu volé pour manger ? Répond. "
Le bafouillage presque inintelligible du petit fit perler sur ses joues un nouveau sourire quelques secondes et elle hocha la tête en se relevant, ses affaires contre elle. Reprenant un air sérieux, elle rajouta d'un ton calme, sans violence :

" Je pourrai te laisser te faire tuer ou te laisser un autre petit souvenir, te crever les yeux par exemple pour t'apprendre à voir autrement. Mais par R'hllor, tu n'as pas besoin de cela pour ne pas recommencer, n'est-ce pas ? Remercie cet homme et si il l'accepte, file et ne reviens pas. "
Elle lui désigna Alrik auquel elle rendit son regard, invitant par-là l'homme à faire, si ses remerciements ne lui plaisaient pas, ce qu'il voulait du minuscule voleur très pressé de devenir pour eux un simple souvenir trop vite oublié.

Sans plus attendre, comme si le sort de l'individu peu âgé ne l'intéressait déjà plus, Cassana délivra aux mendiants le reste du repas qu'ils leur avaient apporté.
Le regard noir et la force d'Alrik combinés à son toucher suffiraient sans doute pour affoler leur victime un certain temps. Avec de la chance et un peu d'aide, grâce à cet évènement, peut-être choisirait-il même un autre chemin pour son futur...

" C'est pas Selt qui t'accompagne aujourd'hui ? " La question étonna la prêtresse qui dévisagea l'ancien qui la posait.
" Comme tu vois, non, il vaque à ses occupations. Mais je te laisse faire toutes les présentations, tu n'as pas besoin de moi. "

Se redressant, elle replia, lentement, son bien sale voile rouge maculé de jus.
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Alrik Mallery
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Message Mer 29 Fév 2012 - 16:44

L'ébahissement installé sur la faciès de la prêtresse lorsqu'il fut revenu l'aurait presque amusé si seulement son gibier ne tentait pas d'échapper à sa poigne. Nul doute qu'il aurait été ennuyé s'il avait été contraint de réapparaitre la tête basse, les mâchoires serrées et surtout les mains vides. Que médirait-on à son sujet si le Capitaine de la garde du régent actuel n'était pas même apte à intercepter un enfant des rues ? Bien qu'il n'eut jamais été enclin à écouter tout ce qui pouvait se conter à son sujet, il aurait lui même souffert de cet échec par simple fierté personnelle. Fort heureusement, la conjecture était ici inutile puisqu'il était parvenu à son but, but qui passerait certainement les plus longues minutes de son existence ainsi pris en tenaille par les adultes. La mansuétude était une chose, la pitié en était une autre qui n'avait point son grade dans les moeurs d'Alrik, ce qui semblait être tout aussi valable pour Cassana dont les tirades l'impressionnèrent presque. Il ne lui aurait que difficilement soupçonné tant d'inexorabilité s'il n'avait pas été présent pour en témoigner, à moins qu'il ne s'agisse que d'un artifice pour effrayer le gredin en question ? Celui-ci le fut, à peu de choses prés, on aurait même pu prétendre qu'il l'était d'avantage de la jeune femme qu'il ne l'était du soldat. Il n'était pas inexact qu'une aura mystérieusement opprimante était plus terrifiante que la force brute d'un quelconque quidam, qui donc ne s'était jamais ankylosé devant quelqu'un sans même en connaître la raison ? Que le jeune filou se pétrifie au contact de cet index sur son poitrail ne l'interpella guère plus que cela, imputant cette réaction à une simple peur qu'elle ne le meurtrisse d'une façon ou d'une autre. Le chevalier s'interrogea néanmoins, poursuivant son analyse sur cette zélatrice qui ne faisait que l'intriguer un peu plus à chaque instant. Sa douceur affectée ne trahissait que trop bien une matoiserie presque palpable, ce qui lui confirma qu'il n'avait pas affaire à une simple disciple qui se contentait de s'exalter dans sa foi. Il était un homme à l'instinct aussi aiguisé que sa lame, son sens de l'observation et de la déduction ne lui faisait que rarement défaut... Du moins, c'était ce qu'il aimait à croire. Il s'octroyait néanmoins la quête d'autres éléments avant que son jugement ne soit définitif, mais une fois que celui-ci serait tranché, il était peu probable qu'il soit un jour altéré.

Finalement, le sort de leur spoliateur amateur lui fut attribué, il sentit la furtive lorgnade de ce dernier l'implorer silencieusement. Faire de ce brigandeau un exemple pour ses petits homologues était une hypothèse alléchante, et il était intimement persuadé qu'un séjour au coeur d'une geôle étriquée et humide lui passerait l'envie de réitérer son exploit. Néanmoins, ses recrues avaient bien d'autres besognes substantielles que de s'occuper d'un fripon tel que lui, et il favorisait l'utilisation des cachots pour les criminels dignes de ce nom ou les traitres à son Lord. L'estropier était également une contingence envisageable, ainsi privé de l'usage de l'une de ses mains, le vol serait un domaine dans lequel il aurait plus de difficulté à s'épanouir, ceci sans tenir compte des stigmates que son ineptie lui aurait légués. Dans quel que cas que ce soit, son martyr ne manquerait probablement à nulle âme existante, sa disparition ne serait même pas relevée. Pourtant et bien malgré lui, fut une époque lointaine, où Alrik avait lui-même fait partie de la petite pègre dans ces mêmes ruelles. A l'exception qu'il ne s'était fait surprendre qu'une seule et unique fois, non pas par un garde, mais par son géniteur qui eut promptement fait de juguler sa délinquance à grands coups de ceinturon. Depuis cette illustre correction, jamais plus il ne s'était écarté du droit chemin. Ces réminiscences lui arrachèrent un soupir, il reporta un regard accusateur sur le jeune garçon qu'il immobilisait toujours, puis le bouscula sensiblement en lui rendant sa liberté.


« Tu as entendu ? Hors de ma vue ! »

Feula t-il finalement au fripon qui prit ses jambes à son cou. Il le vit disparaître parmi la plèbe dont la circulation s'intensifiait, opinant négativement du chef, décidé à faire l'impasse sur cet incident qui ne serait sûrement pas le dernier de ce genre. Ses prunelles murent jusqu'au galbe écarlate de Cassana, sur lequel il s'égara d'un air évasif. Mais qui était-elle donc, à la fin ? Sa cadette ne lui en avait dépeint le portrait qu'à travers des procédés intelligibles, qu'il jugeait à présent trop superficiels en comparaison à ce qu'elle semblait réellement être. Il était convaincu qu'elle aurait fait une somptueuse descendance de noble, parfaitement habile dans les affaires politiques et éthiques qui incombaient chaque famille seigneuriale. Mais peut-être était-ce dû à ses origines ? Car il ne pouvait en être plus certain à moins de ne pas connaître sa propre cité aussi bien qu'il l'aurait souhaité, elle s'était expatriée d'une autre contrée. Y professait-on une éducation particulière, voire patrimoniale ? Le soldat se sentit bien trop ignorant, ou trop peu au fait des circonstances. Il n'appréciait que peu ne pas être en mesure de comprendre, mais la dryade n'était pas aussi volubile qu'il ne se l'était dit. Pour autant, il ne s'était jusqu'ici pas avéré être d'une curiosité exacerbée non plus, du moins pas à travers ses questions. Prompt à rattraper ce retard, la perspicacité de l'un des miséreux l'arrêta pourtant. Selt ? Un acolyte de bienfaisance ? Une fois encore, il fut contraint de se morfondre dans son impéritie, jusqu'à ce qu'il ne présente l'oeillade inquisitrice d'un des loqueteux présents. Celui-ci le dévisagea sans même tamiser son intérêt, à un tel point que cela en devenait importun. Le chevalier ne put s'empêcher un rapide regard envers la nymphe qu'il escortait, dans la plausibilité qu'elle ne daigne lui apporter réponse. Cependant, les phalanges incomplètes du miséreux se redressèrent en sa direction, puis il déclara, souriant de ses quelques dents noircies.

« Par R'hllor, j'te connais toi ! T'es l'p'tiot de Derian, l'potier ! Tu trainais dans ces rues en guenilles avec ton frère ! »
« En effet... Tu as bonne mémoire, l'ancien. »

Quelle étrange sensation que d'être reconnu comme le roturier de naissance qu'il était, et non pas pour la figure d'autorité qu'il était devenu. Cela ne lui était plus arrivé depuis des lustres, fallait-il aussi préciser qu'il n'apportait que peu souvent sa compagnie aux essaims de gueux réunis au fond d'une ruelle. Vraisemblablement, le vieil homme au physique ingrat eut l'occasion de connaître son paternel, avant que celui-ci ne soit assassiné par un indigent désireux de lui dérober le peu d'argent qu'il possédait. Par ailleurs, Alrik n'avait jamais pu comprendre comment un malheureux potier avait pu être la cible d'un pillage, l'échoppe familiale n'était que trop modeste pour avoir une quelconque valeur... C'était tout du moins ce qu'ils avaient toujours pensé, son frère et lui. Outre les souvenirs que le nom de son père lui inspira, Cassana était désormais au fait d'un insigne détail de sa vie, dans la perspective qu'Aaliyah ne le lui ait pas déjà confessé entre deux conversations sur leur entité. Le cheminement d'un bambin de la basse populace jusqu'à l'un des rangs les plus influents des Terres de la Couronne., tel était son récit, et nombreux étaient ceux qui s'en étonnaient ou s'en outrageaient. Le Commandant des Dents de Freux n'était pas issu de l'élite noble, et c'était dans ses racines qu'il n'avait eu de cesse de puiser l'humilité et la résolution qui l'avaient conduit jusqu'à l'apogée de son succès. La prêtresse se ferait-elle curieuse sur cette histoire peu usuelle, ou cela changerait-il quelque chose dans la vision qu'elle avait de lui ? Il n'en avait cure, car il ne contribuait pas à cette journée de découverte dans le dessein de lui plaire. C'était même plutôt l'inverse. Ceci étant, il ne patienterait pas dans l'inertie que la discussion se fasse, aussi prit-il l'initiative de s'attaquer aux pansements des pouilleux en échangeant quelques mots avec chacun d'entre eux. Les présentations outrepassées, chaque « horreur » - car il n'y avait guère d'autres qualificatifs ! - qu'il découvrait sous les bandages manquèrent de le faire grimacer. Non pas par répulsion, mais par navrement. Des plaies suintantes aux effluves de putréfaction graduelle, des lambeaux de chair humides de crasse et des tissus nécrosés qui les rongeaient lentement. Quelles que soit la convalescence à laquelle ils s'adonneraient, jamais ils ne guériraient de leurs blessures. Ce n'était plus que la cataracte d'un sablier qui comptait leurs jours, et encore, il estimait que certains étaient des miraculés d'avoir survécu jusqu'à maintenant.

Une fois qu'il eut collecté le maximum, il interrogea l'un des miteux sur des bandages de remplacement. Ce dernier lui indiqua la source d'eau qui se situait à seulement quelques minutes de marche de leur position actuelle. Bien sûr, à quoi s'était-il attendu ? Même les pansements avaient leur préciosité et étaient un luxe pour qui ne pouvait se les offrir. Quand bien même il adhéra à cette évidence, les linges moisis qu'il tenait entre ses mains lui laissèrent dire que même les chiens errants ne s'en serviraient point. Les nettoyer ne permettrait pas même de leur redonner une teinte un tant soit peu opaline tant ils étaient souillés. S'il n'y avait cependant que cela à faire, il le ferait sans mot dire. Le chevalier s'éloigna de quelques pas seulement, patientant que la prêtresse ne le rejoigne pour faire entendre son phonème à son attention.


« Pourquoi fais-tu ça ? Par foi ? Par pitié ? Par altruisme ? » Il plissa les yeux. « J'aimerais savoir. Tu n'en as que trop peu dit et je ne peux pas me contenter de t'observer, je crois... »

La fin de sa réplique précéda un frêle ricanement. En effet, il ignorait s'il était mieux de se satisfaire de son silence au risque de regretter des paroles qui ne trouveraient pas écho en lui. Mais après tout, il ne pourrait jamais savoir s'il ne lui demandait pas, et ce fut les prunelles plongées dans celles de Cassana qu'il attendit des explications.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Message Sam 10 Mar 2012 - 15:04

Elle avait aidé à recueillir les bandages sales, se servant de son tissu rouge à moitié replié pour contenir ceux qu'elle récupérait délicatement. Si elle avait un peu tardé, c'était uniquement parce qu'elle s'était aussi inquiétée de l'état d'alcoolémie d'un des vieux grigous qui avait dû trouver plus intéressant d'utiliser ses maigres ressources pour se remplir légèrement trop le gosier de pisse alcoolisée de fort bas étage et se tenir ainsi chaud au lieu de se nourrir convenablement ou d'aller voir un herboriste. Résultat, il était, à cette heure, plus ou moins amorphe. Le pire était que cette nuit, avec ce qu'il aurait mendié durant la journée, sans doute recommencerait-il encore.
Elle n'arrivait pas à comprendre cette habitude qu'avaient certains. Outre que cela les enfonçaient davantage dans leur misère, l'alcool frelaté et ses plaisirs éphémères qu'il procurait valaient-ils réellement le prix qu'ils payaient ? Cette coutume détestable avait décidément lieu quelque soit le continent où elle se rendait...
Elle n'avait rien contre le fait de boire, de temps en temps, quand un fidèle lui offrait un fond de pichet mais pas au point de tout oublier ou de vomir ses tripes et, surtout, pas chaque jour. Elle n'irait sans doute jamais dépenser tout ce que contenait sa bourse en boissons et ce même si elle aurait été ravie de goûter, au moins une fois, un bon cru de La Treille, juste pour en découvrir le goût.

Une fois au niveau de son invité, elle tendit, lentement, le voile vers le guerrier tout en prenant garde à ne pas renverser le trésor de fortune qui se trouvait à l'intérieur et l'incita d'un mouvement de tête à y déposer le sien si il le souhaitait.
Elle eut un sourire ravi, pas le moins du monde moqueur suite aux questions d'Alrik. Voilà que le combattant s'ouvrait un peu même si il ne put retenir un énième ricanement. C'était presque plaisant quand bien même les interrogations que ses lèvres délivraient étaient habituelles. Elle réfléchit, quelques secondes, avant de répondre :

" Et toi, fais-tu ce que d'autres nomment ton travail par altruisme ? Par pitié ? N'as-tu pas foi en ton labeur pour le réitérer chaque matinée ? "

Ce n'était pas parce que les prêtres des faux dieux ne fichaient rien d'intéressant à ses yeux qu'elle devait faire comme eux. De plus, elle n'était pas adepte des journées à se prélasser dans sa bicoque à ne rien faire qu'accepter des offrandes ou daigner recevoir, une fois ou deux, des fidèles. S'enfermer volontairement sans voir la Lumière était une idée saugrenue et déplacée quand ce n'était pas pour prier, se reposer ou accomplir des rites.
Elle avait tenté, un jour, avant que Selt n'entre dans sa vie ; elle s'était tellement ennuyée qu'elle avait fini par devenir toute seule furieuse contre elle-même et avait perdu le temps d'une journée, irrémédiablement.

" Dis-moi, le petit homme que tu as laissé partir, si il avait été plus âgé, aurait-il déclenché une autre réaction de ta part à son égard ? "
Elle le scruta, sérieusement. Cela pouvait paraitre bizarre comme question mais elle voulait savoir. Traitait-il ceux liés à ses activités tous de la même manière en ne prenant en compte que les actes qu'ils commettaient ?
" Ou l'aurais-tu d'une semblable manière sermonné puis laissé filer ? "

Qu'il ait, ou non, déposé dans son balluchon improvisé les maigres et bien trop souillées bandelettes, elle commença à marcher vers le point d'eau, d'un pas peu rapide, encline visiblement à dialoguer davantage. Une fois légèrement éloignés, avenante, elle reprit :

" Ta façon de faire envers ces anciens m'étonne : peu de ceux qui m'accompagnent généralement se comportent aussi sereinement vis-à-vis d'eux. Me parleras-tu un peu de toi ? "

Il l'avait déconcertée. D'abord, en ramenant ses fruits puis en prenant tant soin de ces pauvres gens que la vie n'avait pas épargné. Devait-elle s'attendre à d'autres surprises toutes autant plaisantes de la part de cet homme-là ?
Qu'il paraisse en même temps si buté sur certains autres points l'intriguait. Il était plus ou moins ouvert à la découverte, sa présence en témoignait. Après tout, il aurait tout aussi bien pu refuser de venir et interdire à Aaliyah de s'approcher d'elle.
Il était de même prêt à se salir les mains et à défendre qui en avait besoin, ses actes le prouvaient. Mais pourquoi refuser, alors, que sa sœur puisse en faire de même ? Elle voulait entendre, de par sa bouche, son passé. Même si elle l'oublierait sans aucun doute à terme, peut être pourrait-elle en tirer des connaissances, des explications.

Elle avait appris déjà qu'il avait un frère et que son père était potier. La maigre information bien qu'intéressante, ne lui apportait rien du tout comme savoirs mis à part, qu'enfant, Alrik avait choisi une autre voie que celle de son paternel. Et c'était là tout à son honneur : pouvoir suivre son propre chemin n'était-il pas une bénédiction ?
Elle n'avait de son coté jamais connu ses parents et même si, gamine, elle s'était posée moult questionnements à leur sujet, cela n'avait à ce jour plus la moindre importance. Les chiens sauvages faisaient eux aussi naitre leur descendance, cela ne voulait pas pour autant dire qu'ils devaient ensuite vivre ensemble ou s'aimer.
Elle avait arrêté de chercher le jour où elle avait compris que, mieux qu'une famille, elle avait trouvé un Amour magnifique auprès de R'hllor. Le sang qui coulait dans ses veines ne signifiait depuis plus rien, ce n'était qu'un liquide et elle détestait l'idée de lui donner davantage de pouvoirs. Qu'importait qu'elle soit sortie des cuisses d’unetelle ou d'une autre ou que son père n'ait nul visage ; au lieu de vivre entourée de gens qui comme beaucoup d'autres auraient fini par se déchirer mutuellement de temps en temps, elle vivait heureuse, même si fort loin de ses frères et sœurs de cœur. Au moins il y avait peu de risques qu'elle se dispute avec l'un d'entre eux et sa seule peur était que R'hllor lui enlève Sa Tendresse.

Elle eut un frisson. Si cela arrivait et même si Il la reprenait sous Son Aile ensuite, elle ne se pardonnerait jamais d'avoir manqué à sa tâche, d'avoir pu Lui faire défaut. L'idée même de décevoir Le Maître de La Lumière la rendait malade. Il était son maître et, si par malheur elle en venait à se faire dédaigner par Lui, elle préfèrerait mourir que de vivre sans Sa Chaleur. Y avait-il un sentiment équivalent dans les familles "normales" ? Elle n'aurait pas su répondre à ça. Les hommes et chefs de famille étaient visiblement considérés comme ceux à ne pas décevoir pour les femmes mais avaient-ils, réellement, plus d'importance que celle qu'on leur offrait pour leur plaire ?
Il faudrait qu'elle demande à l'une des enfants, un jour. Si cela ne lui sortait pas de la tête avant.
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Alrik Mallery
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Message Lun 12 Mar 2012 - 9:31

Le commandant joignit ses « précieux » biens à ceux rassemblés dans la bribe de tissu écarlate qui lui était tendue. Il n'était pas convaincu d'être apte à faire de ce même dévouement chaque jour durant s'il était à la place de la prêtresse, quand bien même un acte désintéressé de temps à autre n'était pas à considérer comme une besogne. Sa piété à lui était bien dissemblable, prenant ses racines dans l'égoïsme pur d'un indigent désirant devenir quelqu'un. La Providence lui avait certes permis d'identifier sa dévotion à son Lord, puis plus unanimement à la population seigneuriale du Donjon Rouge et de sa cour, mais elle n'en demeurait pas moins égocentrique. Etre reconnu pour ce qu'il pensait être avait toujours été un dessein primaire qu'il lui avait fallut toute une existence pour atteindre, condition dans laquelle il se prélassait aujourd'hui telle la sinécure tant espérée après d'innombrables années de tribulations. L'on prétendait que l'instinct de survie était une incommensurable source d'inspiration, et que grâce à elle, tout ou presque devenait possible. Lui-même n'était pas né avec plus d'avantages ou d'inconvénients que ces miséreux auxquels il venait en aide, et pourtant, il s'était fait le serment de ne jamais leur ressembler. Si lui avait été en mesure de tirer son épingle du jeu, pourquoi ces gens n'en faisaient-ils pas autant ? Jamais il ne plaindrait des quidams qui se complaisaient dans leur calamité, même si l'on venait à le médire pour cela. Sa soeur le jugeait parfois trop rigoriste, un défaut de soldat aimait-elle à dire. Mais s'il ne se sentait guère assimilable à ces pauvres fous, il n'en était pas éloigné pour autant, raison pour laquelle il se pavanait encore dans les ruelles de son enfance. Il n'avait cependant cure de ce que l'on pouvait penser à son sujet, ce qui semblait être également le cas pour la cendrillon vêtue de pourpre. Alors pourquoi agissait-elle ainsi ? Uniquement parce qu'elle était parvenue à happer leur foi vers son entité divine ? La comprendre n'était décidément pas chose aisée, particulièrement lorsqu'elle refusait de s'ouvrir d'avantage et ne faisait qu'escamoter ses réponses.

Comme tous ceux qui ne parviennent à se justifier ou ne le désirent pas, la sylphide lui renvoya son interrogation comme si elle n'avait été qu'une ineptie de plus. Son attitude le fit sensiblement rire, la situation était risible. Comment était-il censé apprendre d'elle si elle ne faisait que désorienter la conversation ? Les zélateurs avaient cette marotte d'user de mille et un procédés alors qu'un couplet de mots suffisait parfois, c'était à croire que leur foi était dépendante de leurs logorrhées. Pire encore, ceux-ci aimaient à plonger tête la première dans l'inintelligible, laissant le soin à leur auditoire de trépasser d'interminables réflexions et de conclure ce qu'ils en avaient envie. Au final, les dévots répandaient une épidémie de folie, d'ailleurs, le seul fait d'y songer lui léguer de prodigieux maux de tête. Son index et son majeur accolés vinrent masser l'extrémité de son arcade non sans une once de lassitude, non pas pour l'instant présent, mais plus pour ce grand sujet de controverses que représentait la religion dans son sens le plus large.

« Venir en aide à ceux qui font l'aumône et veiller à la sécurité de dames et seigneurs sont deux choses différentes, et je suis rétribué pour ce " labeur ". » Il lui adressa un regard insistant, muni d'un mince sourire. « Qui plus est, il est d'usage de répondre d'abord à une question avant de la renvoyer à son propriétaire. »

S'il eut jugé bon de le lui faire remarquer avec légèreté, il n'en demeurait pas moins sérieux sur le principe. Des questions sans réponses étaient aussi utiles que des épées sans lame, mais si elle ne désirait pas obtempérer, il ne l'y contraindrait pas. Aussi Alrik préféra faire fi de ce futile détail qui fut aussitôt balayé par une nouvelle interrogation cette fois dispensée par la jeune femme elle-même. Quelle étrange demande, si inopinée qu'elle surprit le chevalier qui en bloqua sa respiration. Les prunelles rivées sur son interlocutrice – un éclat sceptique dans celles-ci – il se demanda où elle voulait en venir. Allaient-ils donc spéculer sur sa manière de faire respecter la loi auprès des vauriens de la cité et des exceptions qu'il en faisait ? Il s'agissait d'un terrain houleux, tout du moins, un terrain sur lequel il ne s'aventurait que rarement en compagnie de personnes neutres à l'art de la guerre ou toute autre gérance martiale. Néanmoins, ils pouvaient toujours en faire conjecture dans la mesure où Cassana ne se risquerait pas à lui offrir conseils avisés et autres balivernes avenantes. Il doutait cependant de l'implication d'une telle nymphe dans tout thème pouvant évoquer de façon abstraite ou concrète la violence, et plus subjectivement, les affaires inhérentes d'un soldat. Alors, après mûre réflexion, sans doute n'était-ce là qu'une curiosité somme toute impartiale, par laquelle elle cherchait à décortiquer l'homme qu'il pouvait être.

« Les circonstances ne se prêtaient pas à la sanction qu'il aurait dû recevoir. » Il prit conscience qu'il ne faisait qu'éluder, et reprit donc. « Je ne sais pas. Je n'ai pas coutume de conjecturer sur un fait qui ne s'est pas produit, d'autant plus que de nombreux facteurs entrent en compte. Il y a différentes sortes de crimes, comme il y a différentes sortes de criminels. Tout est relatif, je suppose. »

Son explication demeurait vague, lui-même ne savait pas réellement ce qu'il voulait exprimer par là. Il ignorait si cela suffirait à la satisfaire, mais il n'avait rien de plus à en dire, et entreprit donc de la suivre jusqu'à la fameuse source d'eau. Presque comme s'ils musardaient parmi la foule graduelle, leur pas se fit lent, enclin à un échange verbal qui se poursuivit dans le domaine de l'intime. Le fait qu'il l'ait désarçonnée le fit sourire, ceux qui ne le connaissaient effectivement que sous son apparat de commandant ou de grand frère sur protecteur pourraient l'être. Les apparences lui ployaient un air plus sévère qu'il ne l'aurait certainement souhaité, moins philanthrope qu'il ne pouvait éventuellement l'être, mais il fallait jouir d'une certaine autorité physique pour faire impact sur les esprits parfois simples des recrues.

« C'est uniquement parce que ces anciens, je les connais bien, et réciproquement. Tu n'as pas l'air d'en savoir beaucoup à mon sujet, je suis surpris qu'Aaliyah ne t'ait pas conté notre histoire. Ou que les langues bien pendues des bas-fonds ne t'aient pas fait mes éloges... » Finit-il ironiquement. Il haussa les épaules avec une risette mutine. « Enfin, je te raconterai moi-même, si tu es sage. »

Alrik ponctua d'un rire cristallin qui démontra toute l'étendue de son humour, cette notion venant souvent faire antithèse avec l'illustration du rigoureux capitaine qu'il véhiculait. Il n'aurait aucune opprobre à lui faire le récit de ce que fut autrefois sa vie, et de ce qu'elle était devenue aujourd'hui. Ces besogneux en question, il avait connu la majorité lorsqu'il gambadait encore nus pieds dans les venelles de Culpucier. Qui plus est, ces derniers étaient toujours plus coopératifs avec un faciès dont ils avaient connaissance, un atout non négligeable lorsqu'il était question de poursuivre quelques aigrefins. Alors, il pouvait faire ce simple geste de bonne volonté, nettoyer leurs pansements pour les soulager au moins jusqu'au lendemain. Par ailleurs, le chevalier crut percevoir la source d'eau actuellement prise d'assaut par une pléthore de bambins à peine vêtus, occupés à faire leur toilette matinale. Bras croisés, il patienta aux abords de la prêtresse que l'accès soit rendu libre, ce qui ne tarda guère à arriver lorsqu'une bougresse somma à sa marmaille de la rejoindre. Dans une cacophonie d'hilarité et de glapissements suraigus, la joyeuse troupe s'éloigna, un ultime trainard adressant même une lorgnade au duo qui attendait leur tour. Le trentenaire s'approcha enfin, mais avant d'entreprendre ce pour quoi ils étaient parvenus jusqu'ici, il tendit ses mains conglomérées l'une à l'autre à l'instar d'un réceptacle, pour y récupérer le liquide frais et diaphane source de somptueux jeux de lumière. Il ramena ensuite son précieux butin jusqu'à sa physionomie qu'il s'arrosa abondamment, expirant un frêle souffle de bien-être lorsqu'il sentit la froideur lui engourdir les muscles. Il en profita également pour rabattre sa crinière flavescente vers l'arrière, éclaboussant sans le vouloir la dryade à ses côtés. Fautif, il esquissa une excuse gestuelle en souriant de toute sa dentition opalescente, puis récupéra les bandages maculés qu'il lui avait confiés pour la route. Il se mit à récurer leur moisissure non sans une certaine bonhomie, cause de réminiscences qu'il garda pour lui seul. Innombrables furent les fois où, enfant, il était venu quérir de l'eau ici-même, accompagné d'un frère bougon. Aaliyah n'avait pas tord lorsqu'elle disait que l'on finissait toujours par revenir à ses sources, dans tous les sens du terme. Sa vie d'antan ne lui manquait guère, néanmoins, il y dénichait parfois des souvenirs précieux et amusants, que Cassana ne serait sûrement pas à même de comprendre.

Par ailleurs, il s'orienta dans la direction de cette dernière pour l'observer décrasser les pansements, minutieuse et avertie. Il n'eut cependant pas plus le temps de s'attarder sur sa personne, car déjà, l'heure du retour était arrivée. Les miséreux se feraient impatients sans plus de protections pour couvrir leurs meurtrissures, aussi devaient-ils se hâter pour les leur restituer dans les plus brefs délais. Suite à une risette de courtoisie, le commandant se redressa – gardant ses biens en mains – puis fit signe à son acolyte matinal d'ouvrir la marche. Ce trajet sembla se faire plus promptement que le précédent, Alrik ne pouvant s'empêcher de forcer leurs pas comme par souci de conscience. Ainsi, le binôme rejoignit leurs compagnons de fortune dans cette même ruelle étriquée, se faisant accueillir par quelques manifestations vocales enjouées de les revoir. Sans plus attendre, le chevalier s'empressa d'entamer sa mission, à savoir : panser les membres suintants des vieillards avec toute la diligence envisageable. Il sourit de les voir soulagés par l'humidité rafraîchissante de leurs bandages, et reçut plus d'une fois compliments, remerciements et boutades taquines. Ce ne fut qu'après un long moment de médecine improvisée, que le soldat reporta une attention toute particulière envers la jeune femme, qu'il interpella tout en frappant ses paumes l'une contre l'autre pour se débarrasser de la saleté accumulée.


« Voilà qui est fait, mais je ne peux pas faire d'avantage pour eux. Bon, et maintenant... Bien que jouer au bon samaritain ne me déplait guère, j'aimerais bien entrer dans le vif du sujet. Car si je suis là, c'est avant tout pour ma soeur, et nous n'avons que trop peu parlé du fait de ma présence. A moins que je ne t'effraie, Cassana ? »

Il lui adressa une oeillade espiègle mais avide de la suite. Il se demandait en effet s'ils se devraient s'isoler pour mener à bien la discussion qu'il quémandait, et qu'il quémanderait jusqu'à l'obtenir. Non pas qu'il tenait tout particulièrement à se faire conter la biographie d'un hypothétique dieu omnipotent, mais il voulait savoir ce qui avait bien pu attirer sa cadette de la sorte. Tout à coup, un détail jusqu'alors anodin attira son attention. Son expression devint soudainement sérieuse, il adressa un signe à la prêtresse, puis se dirigea vers une masse camouflée sous une couverture rapiécée. Il découvrit un homme famélique et tremblant, les yeux révulsés et la bouche trop sèche pour qu'il y demeure encore de la salive. Les effluves nauséabondes de la mort le prirent au nez, ce miteux vraisemblablement malade était sur le point de rendre l'âme.

« Si tu as une patenôtre funéraire en réserve, c'est le moment ou jamais. »

Alrik se redressa, alors que le miséreux devint le centre de l'attention de ses congénères. Respectueux, le capitaine fit quelques pas en arrière pour laisser place à la sylphide si telle était sa volonté d'adresser une dernière parole à sa brebis. C'était là une nouvelle opportunité de juger des us et coutumes qu'elle représentait, et il s'appliquerait à détailler la moindre de ses réactions, quelles qu'elles soient.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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