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ϟ Still water is deep; Lysena

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Message Mar 21 Fév 2012 - 17:41

A l'horizon le soleil se levait lentement, les rayons naissant se reflétaient dans l'eau agitée de la mer. Visenya, accoudée à une fenêtre plongeant à pic vers le bas de la falaise sur laquelle était bâtie Volmark regardait l'eau fracasser les rochers en contrebas. Elle ne se lassait jamais de ce spectacle qui, pour elle, était le plus beau. L'air marin soufflait, froid, et elle aimait également l'odeur du sel. Tout Volmark en était imprégné, toutes les Îles en fait. Détachant son regard du paysage marin elle se retourna et saisit ses armes posées sur une table en bois, seul meuble de sa chambre à part un lit et un coffre. Elle glissa deux poignards dans ses bottes usées par l'eau salée et attacha son épée à sa ceinture avant de franchir la porte d'entrée. Tout était vide, silencieux. Seul le bruit des quelques servantes qu'employait son père -à défaut d'avoir des femmes-sels-, qui s'acharnaient à nettoyer l'âtre noircie de l'immense cheminée de la salle principale. Descendant les marches de pierres, Visenya sortit rapidement saluant au passage d'un léger signe de tête les gardes. Le vent était encore fort, et en mer, il le serait plus encore. La veille, le capitaine du Baiser du Kraken avait dit ou plutôt avait ordonné à ses hommes d'être là le lendemain, prêt à reprendre la mer afin d'aller à Pyk. Certes aller à Pyk ce n'était pas aussi excitant que d'aller razzier les côtes mais Visenya devait s'y rendre et ses hommes lui obéissaient, même si ça ne leur plaisaient pas. Elle était implacable là dessus. Ou c'était ça, ou ils s'en allaient. Et les places sur les boutres étaient chères parce qu'il n'y en avait pas tant que ça. Rapidement la jeune femme descendit vers la plage sur lequel était le Baiser du Kraken. C'était l’inconvénient avec les châteaux des Fer-Nés, la plupart étaient bâtis à flanc de falaise. Comme Volmark.
Le fait d'être sur cette plage, comme à chaque fois, lui rappelait tellement de souvenir qu'elle aurait voulu oublier, enfouir au plus profond de sa mémoire pour ne jamais les faire ressortir. Mais c'était impossible, chaque brise, chaque pas qu'elle faisait, s'enfonçant dans le sable, lui rappelait des moments passés avec Viserys. Son cœur battit douloureusement l'espace de quelques secondes. C'était fini tout cela désormais. D'un côté, cela l'avait renforcée, endurcie, puisqu'elle avait été brisée, détruite. Mais elle n'en était ressortie que plus forte. Moins faible. Aussi dur et froide que l'acier dans lequel avait été forgée sa lame. Une lame dérobée à ses cousins. En se rappelant cette razzia dans les Îles Boucliers Visenya ne put s'empêcher de sourire légèrement. Les fer-nés n'avaient tués personne, ni pris de femmes-sels ce jour-là pour la simple et bonne raison que les enfants Volmark avaient simplement voulu voir comment étaient leur famille Biefoise. Et ils s'étaient attendus à la voir faible et lâche. Ils n'étaient pas lâches, mais ils étaient faibles. Quelle différence y avait-il entre lâcheté et faiblesse ? Presque aucune.
Lorsqu'elle arriva près du boutre elle remarqua que tous ses hommes étaient là, prêt à prendre le large. Elle les salua et grimpa souplement à bord. Quelques hommes poussèrent le Baiser du Kraken dans la mer avant de remonter rapidement et de gagner leurs places. La Volmark eut encore un léger sourire en sentant le roulis de la mer sous les planches du boutre et tandis qu'elle avertissait son second de la direction, elle s'avança au devant afin de surveiller ce qu'il se passait. Elle connaissait parfaitement la direction, tout comme chacun des hommes présents à bord d'ailleurs. Qui ne s'était jamais rendu à Pyk ?
Occupée tout le long de la traversée, Visenya ne remarqua pas le temps passer, ce ne fut qu'au bout d'un moment qu'elle remarqua que l'île de Pyk ainsi que la château des Greyjoy était en vue. Les donjons et les tours se dressaient, noires, menaçantes. Une splendeur digne des Fer-Nés. Visenya avertit ses hommes qui ralentirent l'allure. Des rochers traînaient, de-ci de-là et elle ne voulait pas passer pour une incompétente en en heurtant un. Surtout que l'île était dépourvue de mouillage, de plage. Il fallait s'arrêter près des rochers couverts de lichen vert qui glissaient, et l'idée ne lui plaisait pas. Mais elle n'avait pas le choix. Avec un bruit sourd, la coque heurta la côte avant de s'immobiliser lentement. Désignant quelques hommes qui devraient rester à bord, elle libéra les autres pour la journée à condition qu'ils soient tous revenus une heure avant le coucher du soleil pour rentrer à Volmark. Naviguer la nuit ne lui posait pas vraiment de problème, surtout une fois que le boutre était en pleine mer. Et elle se guidait grâce aux étoiles, si il n'y avait pas de nuages, mais généralement, il n'y avait jamais de nuages ici, il y avait trop de vents et ils s'en allaient rapidement. Rapidement Visenya posa pied à terre, habituée à passer d'un endroit mobile à un endroit immobile elle ne marqua aucun temps d'arrêt, aucune hésitation. Elle se retourna, faisant un signe de la tête à Andrick, son second. Elle lui accordait toute sa confiance. Et il resterait près du boutre toute la journée. Il s'était lui-même proposé. Avant, il servait sur la Vierge de Fer, il avait été le second de son frère Ralf, mais les deux hommes s'étaient disputés pour savoir qui capturerait une femme afin d'en faire sa femme-sel et Andrick n'avait pas lâché. Son frère l'avait simplement renvoyé, ç'aurait du être honteux mais Andrick était un guerrier Fer-Né respecté, parce qu'il était également un bon navigateur et un bon meneur d'hommes. Viserys lui avait proposé une place sur le Baiser du Kraken qu'il avait accepté, et lorsque son frère était mort, Visenya lui avait proposé la place de second. La même qu'il avait perdu sur le boutre de son frère aîné. La jeune femme s'engagea alors sur un pont de pierre, menant à la première île, au Grand Donjon , de là elle passa par un autre pont de pierre, couvert cette fois. Les gardes ne s'étaient pas opposés à son entrée, elle avait l'air d'une Fer-Née, vêtue de vieux vêtements rugueux, mouillés par les embruns de la mer, et puis, des femmes Capitaines, il n'y en avait pas des masses. Cela faisait longtemps qu'elle n'était pas retournée ici. Depuis le mariage de Dagon Greyjoy avec Aaricia Bonfrère en fait. Avant, avant, c'était différent. Avant, il n'y avait pas d'autres femmes à Pyk et elle était libre d'y venir pour voir le seigneur des Îles de Fer. Il lui avait montrer ses failles, il l'avait poussé à bout, et elle lui en était reconnaissante. Infiniment. Mais ça, personne ne le savait. Les sentiments étaient des faiblesses, voilà pourquoi Visenya préférait taire ce qu'elle ressentait, même une simple amitié ou de la reconnaissance. Enfin elle arriva dans le Donjon Sanglant. Il devait son nom parce qu'un Greyjoy, bien avant cette foutue Conquête, avait tué les gosses d'un Roi du Conflans. Aussi il fallait dire que les étrangers, dans les Îles de Fers, ne faisaient pas long feu. Mis à part les femmes-sels qui avaient une espérance de vie un peu plus longues. Les hommes qui n'étaient pas noyés pour le Dieu Noyé, étaient envoyés dans les mines. Mieux valait la mort par noyade que les mines parce que là-bas, c'était une mort lente qui était assurée. Du moins, c'est ce qu'on lui avait toujours répété et Visenya l'avait toujours volontiers cru. Elle était descendue dans une mine, une fois, quand elle était jeune et l'envie de recommencer lui était passé. Définitivement.
Au détour d'un couloir elle vit une jeune femme qui s'avançait, tenant une pile de linge dans ses bras. Une servante sans doute, aussi Visenya n'y prêta pas attention, se contentant d'avancer encore. Mais la jeune femme semblait avoir la tête ailleurs et en lui jetant un dernier coup d'oeil, Visenya, marchant plus vite, la heurta. La pile de linge tomba sur le sol de pierre sur lequel Visenya glissa, et incapable de retrouver son équilibre bouscula une table sur laquelle était posée du vin qui s'éparpilla sur le sol. Durement sa tête heurta le sol dans un bruit sourd. Et la Fer-Née resta là, sonnée, quelques minutes avant de relever brusquement et elle cracha, furieuse, en direction de la jeune femme :

« Tu pouvais pas regarder où tu vas! Si tes yeux te servent à rien alors je me ferai un plaisir de te les arracher ! » La main posée sur son épée à moitié dégainée, ses yeux verts luisant de rage, ses cheveux auburn en bataille, la jeune femme semblait vraiment sur le point de faire ce qu'elle avait dit. Tant bien que mal elle essaya de se calmer, se raisonnant en se disant que la jeune femme face à elle n'était qu'une idiote, une simple d'esprit sans doute.


Dernière édition par Visenya Volmark le Ven 24 Fév 2012 - 16:08, édité 1 fois
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Message Mar 21 Fév 2012 - 21:16

" Je suis... Je suis désolée ! "
Toujours cette même réaction, celle de s'excuser à peine la faute commise. Le petit cri tout aigu qui accompagna la chute du linge mourut sur ses lèvres tandis qu'elle baissait les yeux et rentrait un peu la tête dans ses épaules.
Elle avait encore été maladroite...

La dernière fois qu'elle avait prononcé plus ou moins cette phrase, c'était la veille. Alors que la nuit avait étendu son long voile noir transpercé uniquement par les lumières floues des étoiles, Lysena s'était faufilée hors du château. Aaricia l'avait invitée à se retirer et elle avait quelque chose à faire en particulier.
Profitant du fait que peu à peu certains des lieux se vidaient, elle avait pris la direction d'une plage, au pif. Les gardes s'étaient habitués à la voir depuis son retour de chez les Timbal et l'avaient laissée filer sans chercher à savoir ce qu'elle comptait ou non faire. Elle n'avait, non plus, demandé à personne de l'accompagner. Elle désirait être seule.

Une fois non loin de la mer, dans un coin tranquille, elle avait ôté ses chausses, laissant ses pieds ressentir les caresses du sable. Son toucher était bien moins chaud qu'en journée mais vu l'ambiance nocturne, cela était tout sauf étonnant.
Lentement, comme si un vent trop fort l'empêchait d'avancer plus rapidement, elle s'était redressée face à la Mer. A la grande bleue.
Son regard s'était perdu dans le lointain, vers l'horizon, là où la demeure du Dieu Noyé se confondait avec l'éternel ciel. Son cœur battait fort. Très fort, trop fort.

Il ne lui manquait que trois enjambées pour que l'écume lui lèche les orteils mais elle s'était arrêtée, n'arrivant pas à les faire. Elle se souvenait avoir fermé ses paupières pour les rouvrir sur ces larmes qu'elle ne voulait pas montrer. Les yeux embués, elle s'était laissée hypnotiser par une vague de taille moyenne bordée d'une collerette blanche déformée.
Finalement, après avoir une première fois effacé de ses joues les traces de toute eau, dès que le sujet de son attention avait été brisé, elle avait fait les pas manquants.

" Pardon. " Le petit mot timide de moujingue coupable avait été prononcé. Adressé à l'immensité salée.
" Je suis désolée. " Encore, toujours des excuses. Comme si cela pouvait changer quelque chose.

L'eau lui était montée sur les chevilles, avait embrassé ses mollets, frôlé le début de ses cuisses. Elle avait frissonné sous son doigté presque gelé tandis que son baiser se faisait ressentir au creux de ses genoux. Soudainement, elle était tombée au sol et l'eau s'était infiltrée dans chacun de ses vêtements.
Les larmes sur ses joues n'étaient-elles pas de simples éclaboussures ? Faire la différence était devenu impossible.

" Vous ne m'en rendrez aucun, hein ? S'il vous plait. "
Ses cheveux détachés s'étalaient sur l'étendue frémissante en une couronne noircie par l'heure. Une fin de vague s'était cognée contre sa poitrine. Elle grelottait, tremblait, sanglotait, gémissait tout bas. Ses murmures étaient rauques, emplis d'une tristesse de femme-enfant que personne encore n'avait atténué.

Elle était restée là à pleurer un moment et, lorsque ses larmes s'étaient enfin apaisées, s'était relevée en titubant, malmenée par la mer. Les jupes gorgées de liquide n'aidant pas, elle avait mis du temps avant de réussir à se tenir totalement droite.

Elle était revenue sur la plage, avait longuement pressé sa chevelure et sa tenue, toussant de froid. Lorsque enfin elle s'était estimée assez sèche pour ne pas trop salir le château, elle avait ramassé ses chaussures et avait espéré réussir à rentrer sans trop se faire voir.
Bon, cela avait été un échec complet vu le regard désapprobateur des gardes et des deux domestiques qu'elle avait croisé mais pouvoir se confier auprès de la Mer lui avait fait du bien.

Tout ça pour dire que, pour se faire excuser auprès d'une des deux servantes elle s'était proposée de l'aider aujourd'hui. Nouvelle erreur. Malgré toute sa douceur et sa gentillesse, on l'avait embarquée dans quelque chose qu'elle ne maitrisait guère très bien : l'art de porter des piles de linge plus grandes qu'elle. Avec la petite toux que sa sortie avait provoqué, cet exercice risqué devenait encore plus périlleux, impossible à pratiquer convenablement.
Alors quand, en plus, elle croisa la route d'une femme qui paraissait aussi perdue dans ses pensées qu'elle dans ses calculs de "comment faire pour faire tout tenir debout tout en toussant dans sa paume sans se donner du travail en plus ", ce fut la catastrophe.
Les deux jeunes filles rentrèrent en collision et le linge s'envola pour retomber, déplié, sur le sol qui n'avait rien demandé. Le spectacle aurait pu être mignon et sans gravité si seulement la femme à l'épée ne s'était soudainement pas pris les pieds dans un drap. Elle finit sa course non loin d'une table. Table sur lequel du vin, négligemment posé, trainait. La cruche trembla de droite à gauche puis de gauche à droite avant de déverser, telle une fontaine, son contenu sur les pièces au sol.

" Pardon... Pardonnez-moi. " Ses yeux naïfs s''embuèrent alors qu'elle cherchait, à genoux, à ramasser les diverses pièces de son puzzle. Un toussotement l'interrompit.

" Je ne voulais pas. Allez-vous bien ? Je... Désolée ! " Son regard hésitait entre l'épée et le visage de l'inconnue, affolé par les deux.
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Message Mer 22 Fév 2012 - 22:56

La jeune femme s'excusa rapidement, sans doute sous l'emprise de la peur. Quoi qu'il en soit, cela ne calma pas pour autant Visenya même si elle parut un peu moins en colère. Elle semblait effrayée. Sans doute était-ce du à son épée. Mais la Fer-Née n'allait pas lui faire le plaisir de la rengainer tout de suite. Encore une fois, elle s'excusa, et encore. Cela n'eut pour autre effet que la faire froncer des sourcils. Elle résista à l'envie de la frapper. Ce devait être une femme-sel, stupide, incapable, faible, comme il y en avait tant. Mais Visenya ne touchait pas les autres femmes, Visenya ne les côtoyaient pas. Sauf celles qui étaient Capitaines et il y en avait très peu. Elle pouvait compter leur nombres sur les doigts d'une main. Elle poussa un long soupir, secouant la tête. Il y avait vraiment des personnes qui n'étaient pas douées. Mais peu importait, le mal était fait. D'ailleurs, Visenya se demandait qui allait réparer ces dégâts. Sans doute des servantes, des femmes-sels. Curieuse la Fer-Née posa son regard sur la jeune femme qui lui faisait face. Elle n'avait pas répondu. Elle était vivante, donc oui, elle allait bien, quelle question stupide. Elle leva les yeux vers la voûte en soupirant une nouvelle fois. Elle n'aimait pas les gens qui passaient leurs temps à s'excuser, ou pour faire plus simple, elle détestait ceux qui étaient faible. Et ne cherchait même pas à les protéger. Surtout si ce n'était pas des Fer-Nés, et si c'était des Fer-Nés, alors elle les méprisait simplement. Les habitants des Îles se devaient d'être aussi dur que la pierre qui recouvrait les îles, aussi dur que l'acier de leurs lames. Et s'excuser. S'excuser. Personne ne s'excusait. Pas même elle. Même si elle était en tort, jamais elle ne s'excusait. Elle haussait les épaules et s'en allait, ou alors si l'autre la rattrapait elle le combattait. Alors d'une voix froide et dure elle lança simplement :

« Qui es-tu pour t'excuser sans cesse ? Une Fer-Née ou une femme-sel ? Parce que si tu es une Fer-Née, alors tu es stupide, et si tu es une femme-sel, non seulement tu es stupide, mais tu es maladroite et tu devrais te taire. Je suis pas sourde, j'ai entendu que tu étais désolée, et je m'en fiche. Ce qui est fait est fait. » Visenya observa plus attentivement la jeune femme, elle avait deux grands yeux bleus naïfs, un air innocent sur le visage, ou surpris ? Peu importait. La Fer-Née rengaina sa lame à moitié sortie en secouant la tête. C'était pas possible. Le vin avait tâché ses vêtements, ce n'était pas franchement grave parce que ses vêtements étaient vieux et usés par le sel qui s'était incrusté dedans au fil des années, mais quand même, elle n'aimait pas se montrer dans un sale état. Sauf si elle était couverte de sang. Celui des continentaux bien sûr, pas le sien. Visenya se mordit la lèvre, n'arrivant pas à voir qui elle était. Elle était de bonne naissance, ça, c'était sûr, ça se voyait à sa peau blanche, et à ses mains qui n'étaient pas abîmées, de plus, elle semblait mauvaise pour porter des piles de linges, parce qu'elle n'avait sans doute jamais fait ça auparavant. Elle était également malade, souffrant d'une légère toux comme Visenya put le remarquer. Enfin, elle sourit légèrement. Une Fer-Née. Ce ne pouvait qu'être une Fer-Née assez stupide pour être aller se baigner alors que l'eau était froide, ou bien elle s'était exposée trop longtemps aux vents gelées qui soufflait.
Une servante, attirée par le bruit, arriva soudain et resta un instant ébahie devant le spectacle qui s'offrait à elle. Visenya la regarda, un sourire moqueur sur ses lèvres, puis d'une voix froide elle fit : « Qu'attendez-vous pour nettoyer ?! » Puis elle saisit le bras de la jeune femme qui n'avait pas arrêter de s'excuser pour l'entraîner un peu plus loin, sans douceur mais pas brusquement non plus. Elle la relâcha rapidement, comme si son contact était désagréable, et à vrai dire, il l'était pour elle.

« En premier lieu, calme-toi, du moment que tu me donnes pas une bonne raison de te faire du mal je ne t'en ferai pas, deuxièmement, si tu continue, là, c'est sûr que je te ferai mal, et pour finir, dit-moi ton prénom, ou ton nom, si tu en as un, j'ai horreur de ne pas savoir à qui je m'adresse. » Il n'y avait nulle compassion, nulle douceur, nulle trace de sentiment à vrai dire dans ses yeux ou dans le ton qu'elle employait. Visenya avait l'air douce et gentille, elle pouvait être gentille ou même sourire avec les gens qu'elle connaissait, tout comme elle pouvait être dure et cruelle avec les personnes qu'elle ne connaissait pas. La preuve était sa petite sœur, elle l'aimait, énormément, tout comme elle avait aimé Viserys, même si avec Viserys, tout était différent, c'était son jumeau, la seconde partie d'elle. Etaine, elle, était plus jeune, et Visenya la rejetait volontairement pour l'endurcir. Elle avait grandi sans mère et avait été marquée par cela, elle savait déjà se battre, était déjà dure avec les autres, mais elle allait quand même vers elle. Et Visenya ne voulait pas de cela. Pour elle-même et pour sa sœur, c'était mieux. S'attacher, ressentir des sentiments, c'était s'affaiblir, et qui disait s'affaiblir, disait souffrir. La Volmark avait déjà assez souffert comme ça, elle souffrait encore toujours lorsqu'elle y pensait, mais elle n'était pas sentimentale. Un bruit attira son attention, détournant son regard du visage de l'inconnue elle remarqua que la servante ou peu importait ce qu'elle était, s'en allait ayant fini de nettoyer le lieu de l'accident qui était aussi propre qu'avant.
Haussant les épaules elle recula de quelques pas. C'était aussi sa faute, si elle n'avait pas été perdue dans ses pensées sans doute aurait-elle vu la jeune femme venir, mais ça n'avait pas été le cas. Cependant ce n'était pas pour cela qu'elle allait s'excuser, au contraire.
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Message Jeu 23 Fév 2012 - 3:30

Elle leva son regard vers Visenya.
La créature devant elle était une nymphe. Petite, mais une nymphe tout de même. Sa peau laiteuse devait être née de l'écume enchanteresse, ses lèvres crémeuses crées par la rencontre amoureuse d'une vague avec le sable si fin de certaines plages des îles.
Sa chevelure était une cascade de minerai précieux aux reflets d'or et son regard des émeraudes que Lysena vit comme finement taillées puis polies par l'eau mouvante. Elle était belle et son corps élancé n'était pas sans rappeler celui de certaines des plus magnifiques figures de proue. Son humeur si ravageuse avait-elle trouvé ses racines dans les tempêtes que craignaient tant les marins ?
Elle paraissait en tout cas, déjà, se calmer. Était-ce elle, où les deux jolis ronds verts s'étaient éclaircis un peu ? Sans doute rêvait-elle.
Aie ! L'incident avait tâché les vêtements de son interlocutrice. Même si le tissu paraissait en avoir vu d'autres, ce n'était tout de même pas une raison.

" Je suis dé... Lysena. "
Se reprit-elle tout de suite en ramenant contre ses jupes ses mains devenues inutiles. La naïade n'aimait pas les excuses, vu les propos plus ou moins insultants qu'elle avait prononcé. Mais qui les aimaient ? Il semblait y en avoir si peu... Ah zut, elle voulait son nom aussi, la naïve se pressa de rajouter :
" Salfalaise. "
Il n'y avait, en elle, plus de trace d'effroi ; le choc étant passé, seul un petit sourire timide et navré ornait ses lèvres délicates. Elle avait une respiration un peu rauque aussi, à moins que cela ne soit uniquement dû à la toux ? L'étrangère, vêtue telle un homme, se déplaçait avec tant aisance... Elle ne devait donc pas s'être blessée trop violemment. C'était rassurant.

" Et le vôtre ? "
Lança-t' elle timidement tout en continuant de déshabiller du regard la dame qui l'avait un peu éloignée du lieu de l'accident. L'admiration qui put se lire dans les yeux bleus n'avait d'égale que celle qu'elle avait éprouvé pour Elyn avant que celle-ci ne la maltraite.

" Désirez-vous vous changer ? "
La seule femme en habit de garçon avec une épée qu'elle avait croisé jusqu'ici était la Bonfrère et elle était capitaine. Était-ce aussi le cas de celle-ci ? Elle n'aurait pu répondre à la question mais l'idée qu'elle soit même un simple membre d'équipage suffisait à déclencher en elle des rêveries étranges.

" Je... Je n'ai que quelques robes à vous proposer, peut être un peu trop grandes mais si vous avez un peu de temps, cela devrait suffire pour faire laver votre haut que vous pourriez remettre ensuite. "
Elle allait vraiment se faire haïr par les servantes. Voilà qu'elle leur donnait, encore, du travail en plus. Serait-elle un jour capable de faire quelque chose d'utile ?

" Enfin si vous le souhaitez. "
Elle baissa la tête, rougit un peu. Ne l'avait-elle pas trop regardée ? Allait-elle en prendre offense, elle aussi ? Que faisait-elle ici ? Était-elle une habituée de Pyke ? Y vivait-elle ? Non, elles se seraient sans doute déjà croisées avant sinon. Enfin elle ne savait pas. Elle n'avait définitivement pas encore rencontré tous les visages qui avaient leurs habitudes en ces murs.

Si l'inconnue lui faisait du mal, Lady Aaricia risquait-elle d'en prendre ombrage ? Elle n'était pas sûre non plus. Même si elle était dans les bonnes grâces de la délicieuse reine, tout n'allait pas très bien depuis deux jours. La dame avait montré une facette d'elle que la pauvre Lysie n'avait guère encore eu le luxe de découvrir lors de leur bref premier entretien.
Elle avait bien tenté de calmer sa nouvelle maitresse en l'invitant, timidement, à parler mais cela n'avait hélas pas suffit pour éteindre le courroux qui l'empreignait. C'était là un tracas qui réveillait facilement la Salfalaise, au même titre que ses cauchemars habituels. N'existait-il aucune méthode pour rendre à sa Lady ce sourire si merveilleux qu'elle possédait parfois ? De temps en temps, jusque là, la première femme des îles avait un air si rayonnant en caressant son ventre...

La tristesse et la rage n'allaient pas à ses traits royaux.
Elle préférait la savoir heureuse. En fait, non, si elle avait le choix, elle aimait davantage quand tous ses interlocuteurs tout court étaient joyeux. Les discussions étaient bien plus simples ainsi, ou du moins un peu plus. Quand ils n'avaient rien contre elle aussi, ce n'était pas si mal ; finir encore jetée au sol sans raison compréhensible ne l'intéressait pas tant que ça...

Et le dialogue avec la nymphe paraissait bien mal engagé. Fichues mains gauches que les siennes.

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Message Sam 25 Fév 2012 - 2:43

Visenya sourit légèrement, sentant le doux regard bleu de Lysena sur elle. Cela la gêna, bien sûr. Elle remarqua d'ailleurs qu'elle aussi avait des cheveux auburn. Comme les siens. Finalement elle se calma, mais une lueur de fureur apparue dans ses yeux d'émeraude lorsque la jeune femme commença à s'excuser une nouvelle fois. Et elle lui dit son nom, Lysena. Un nom doux, qui étrangement, ressemblait au sien. Mais elle, avait été nommée comme une Targaryenne, tout comme son frère, parce que son père se moquait d'eux et qu'il avait épousée une Continentale. Une faible Biefoise dont la seule fierté avait été de mettre au monde quatre vrais Fer-Nés. Mais c'était un nom qui ne lui était pas inconnu. Un nom qu'elle avait déjà entendu. Visenya avait une bonne mémoire, et elle retenait aussi bien les noms que les visages de ceux qu'elle croisait. Elle n'eut pas à lui demander à son nom car très rapidement, Lysena le lui dit. Salfalaise. Lysena Salfalaise. Mais bien sûr. La Salfalaise fiancée à son cousin Harald. Qui avait disparu lors de l'attaque de Port-Lannis. Finalement, il s'était bien noyé, et définitivement cette fois-ci. C'était dommage au fond. Mais aurait-il pu épouser cette charmante idiote qui était face à elle ? Puis elle lui demanda timidement son nom. Elle respirait la fragilité et la douceur. C'était presque navrant pour une Fer-Née.

« Je m'appelle Visenya Volmark. Je suis la Capitaine du Baiser du Kraken.  » Sa voix était calme, tranquille, presque douce à vrai dire. Une lueur décidée s'était allumée dans ses yeux. Puis la jeune femme lui proposa par la suite de se changer. Elle baissa les yeux vers ses vêtements tâchées. Ce n'était pas une grosse perte à vrai dire. Et Visenya s'empêcha d'éclater de rire. La Salfalaise l'aurait sans doute mal pris ou sans doute était-elle trop innocente pour cela. Rapidement, la Salfalaise ajouta une phrase. Si elle le souhaitait. Visenya fut presque triste pour elle. Si elle le souhaitait. Jamais personne à part sa mère lui avait jamais demandé ce qu'elle voulait. Et sa mère n'avait jamais été une Fer-Née. De plus si c'était pour porter une robe. Une robe. Elle frémissait d'horreur à la pensée d'en enfiler une. Jamais elle n'en avait revêtue ne serait qu'une seule et jamais elle ne le ferait. L'envie de se moquer de la Salfalaise la reprit encore mais elle avait passé l'âge des moqueries, depuis longtemps et elle ne se rabaisserait pas à niveau-là. Même si elle ne semblait pas être aussi forte de caractère qu'une Fer-Née se devait de l'être, et à vrai dire, il fallait dire les choses telles qu'elles étaient, elle semblait aussi forte qu'une simple femme-sel, et par conséquent, elle était méprisable. Mais c'était une Salfalaise, une Fer-Née. « Je préférai ne pas me vêtir d'une robe. De plus je pense que quelqu'un a bien du vous apprendre que du vin, sur un vêtement, ne part que difficilement. Ma chemise est fichue mais peu importe, elle n'est pas neuve.  » Elle haussa les épaules. Il était vrai que Lysena était plus grande qu'elle. Visenya était petite, bien plus petite que la plupart des Fer-Nées mais cela n'était pas un désavantage, au contraire. Elle était plus petite, plus agile, plus rapide, et au moins, elle ne risquait pas de heurter la voile de son boutre. L'incident qui s'était déroulé peu avant été oublié, et à vrai dire, c'était mieux ainsi. Visenya se recula de quelques pas, passa une main dans ses cheveux asséchés par le sel de la mer et secouant sa tête avant de soupirer légèrement. Lysena semblait la craindre, pourquoi ? Curieuse, Visenya l'était.

« Tu es une Salfalaise donc... Une Fer-Née. Comporte-toi en tant que tel et non pas comme une femme-sel. Tu es une Fer-Née, sois aussi dur que le roc, aussi vive que la brise qui souffle sur la mer. Ne crains que le Dieu Tornade lui-même. » La souffrance, la douleur, tout cela endurcissait, et visiblement, la perte de ses parents ne l'avait pas changée. Pas endurcie. Visenya n'avait jamais eu à être faible parce qu'elle savait ce qu'elle voulait depuis qu'elle savait marcher. Prendre la mer. Jamais elle n'avait désiré être capitaine, être avec Viserys lui suffisait à vrai dire. Juste avec lui. Elle n'avait besoin que de lui, et de se faire accepter des hommes. Elle avait détruit ses rêves de petite fille, elle avait oublié les contes que sa mère lui racontait. Elle s'était noyée, et elle était née. Elle était morte, et elle vivait toujours. La seule fois où elle avait été faible, la seule fois où des larmes avaient roulés le long de ses joues, elle avait perdu l'être qui lui était le plus cher au monde. La douleur était encore présente, et son cœur saignait encore d'une blessure qui jamais ne se cicatriserait. Viserys. Mort. Mais cela l'avait endurcie considérablement. Elle parvenait même à penser à lui sans souffrir. Elle savait qu'avec le temps elle finirait par l'oublier. Son frère. Sa grand-mère, Harald. Elle avait déjà perdu tout ses cousins sauf une qui avait épousé un Forgefer. Mais cela lui importait peu, elle n'était pas spécialement portée sur sa famille. Sauf la sienne bien sûr. Sauf les Volmark.

« Tu es faible Lysena, je ne le sens que trop bien. La lueur innocente, naïve qui brille dans tes yeux bleus est visible, et décelable par tous. N'oublie pas, même lorsque tu as tort, ne t'excuses pas. Et surtout, durcie-toi. Je le répète, mais comprends mes paroles. Certaines personnes décèlent les failles et les utilisent pour les faire souffrir. De la souffrance naît la froideur. Sois plus froide. Sois plus forte. » Elle soupira encore. Si elle ne comprenait pas cela, c'était qu'elle était vraiment à gifler. Mais le fait qu'elle soit naïve ne voulait pas dire qu'elle était idiote. Du moins, Visenya l'espérait sincèrement pour elle. Une chose était sûre en tout cas, jamais elle ne lèverait la main sur elle, jamais elle ne lèverait la main sur qui que ce soit, à moins d'avoir une excellente raison de le faire, et être énervée par quelqu'un n'en était pas une. Elle avait beau être cruelle et égoïste parfois, elle avait beau étouffer ses qualités qui la mettait en danger, elle n'en restait pas une femme. Et elle ne cherchait pas à le nier, elle était une femme, et c'était une arme qu'elle savait utiliser dans les bons moments.
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Message Mar 28 Fév 2012 - 1:15

Visenya.
A peu de lettres prés, leurs prénoms étaient semblables et pourtant, celles qui les portaient étaient bien plus différentes que le jour et la nuit. La première, la capitaine dont les lèvres sentait le sel, dont chaque geste respirait le feu, un peu de violence et beaucoup de passion pour ce qu'elle était était un garçon manqué de petite taille mais elle avait plus d'assurance et de prestance que la seconde et pouvait parfois exprimer une douceur surprenante pour le fantôme trop poli, trop délicat et à l'aura faiblarde à qui elle adressait tant de conseils généreux.

Lysena releva son nez, re- dévora son interlocutrice des yeux avec une admiration non feinte. La Volmark malgré sa petite taille était magnifique. Était-ce d'avoir si fort caractère qui rendait les femmes si belles ? Lady Aaricia, les deux capitaines, Naell... A la première elle enviait sa bouche si bien dessinée, à la seconde sa chevelure que l'océan avait sculpté, à la troisième son corps trop parfait et quand à la quatrième, elle hésitait entre ses yeux et le délicieux accent musical qu'elle possédait quand elle ouvrait la bouche. Ah, aurait-elle un jour une de ces qualités là ?

" Vous êtes capitaine. "
Elle tenta de s'empêcher de rougir en prononçant ce fait, se retenant à grande peine de s'excuser. Une lueur d’émerveillement reprit possession de son regard.
Une évidence, de la part d'une jeune fille désireuse de rêver, d'apprendre. La Salfalaise préféra glisser sous silence la gentille remontrance à propos de sa proposition. Les tâches de vin n'étaient certes pas lessivables facilement mais au moins pouvait-on, un peu, récupérer le tissu en frottant assez fort. La Volkmar n'aimait pas les robes. Pourquoi ?
La si jolie créature s'était reculée de quelques pas nonchalants.

Une hésitation.
L'étrangère n'était pas méchante, finalement. Elle n'allait sans doute pas la traumatiser tout de suite comme la Bonfrère l'avait fait mais les sermons qu'elle lui dédia la mirent fort mal à l'aise encore une fois.
Elle savait déjà tout cela. Ce n'était pas nouveau, enfin si, cela l'était d'une certaine manière mais le rabâcher ne servait pas à grand chose. Face aux poids des habitudes prises plus tôt, plus jeune, il était dur de trouver les bons mots pour les oublier, les faire disparaitre tel un simple nuage de fumée. Était-ce même possible ?
Se durcir contre les mots des autres ? C'était bien plus facile à exprimer qu'à faire mais elle essayait, à sa manière, même si les résultats n'étaient décidément pas convaincants et qu'elle n'avait strictement aucune idée de comment s'y prendre. Il fallait souffrir ? Ce qu'elle ressentait, pour Père et le Timbal, n'était-ce pourtant pas de la douleur ?
Quand à ne pas s'excuser... Elle se retint, encore, de le faire soudainement et se força à garder ses cils rivés sur son interlocutrice.
Elle était parfaitement consciente d'être parfois trop réservée, de ne pas assez s'exposer même auprès des personnes de son sexe. Mais pouvait-on vraiment lui reprocher de préférer un monde de songes magiques et de contes pour enfant à la réalité si froide et si... Si pleine de morts et de mer ? Il faudrait sans doute des mois auprès de Dame Aaricia avant qu'elle ose vraiment faire quoi que ce soit d'un peu trop fou à ses yeux.

La disparition d'Harald ne lui avait pour le moment pas forgé d' éclatante écalure mentale et la fort fragile qu'elle possédait actuellement avait plus de chance de rompre face à un étranger que de tenir tout choc trop fort. Elle n'avait vraiment eu d'utilité que vis-à-vis de Père et encore, elle n'en n'était même plus sûre.
La seule chose bénéfique, si du moins cela en était une, qu'elle avait tiré de l’expérience était la naissance de l'envie de ne plus dépendre d'un homme pour vivre. Quand bien même elle savait qu'elle serait forcée de se plier aux ordonnances de son tuteur ou de Lady Aaricia si l'un des deux aspirait un jour à la fiancer encore, elle espérait qu'ils n'y penseraient que bien plus tard, dans un an ou plus. Avec de la chance, ainsi, elle aurait d'ici là appris où était sa vraie place et comment on attendait d'elle qu'elle se comporte réellement vu que ce qu'elle avait appris ne correspondait pas à ce qu'il fallait.

" Je sais. " Finit-elle par prononcer, penaude. " Êtes-vous par hasard de la famille proche d' Etaine ? "
Avouer ses faiblesses à une parfaite inconnue plus vraiment totalement inconnue la mettait dans une position mal à l'aise mais la dame ne l'ayant encore ni transpercée de son épée, ni tirée par les cheveux, elle pouvait, peut être, espérer de sa part un peu d'aide.
Elle était capitaine. Elle savait se servir d'une arme. Accepterait-elle une élève aussi mauvaise qu'elle cependant si elle osait lui demander ? Une femme qui ne pouvait pas soulever une hache avait-elle vraiment une chance de pouvoir découvrir la vie à bord d'un boutre autrement qu'en passagère muette ? Était-ce vraiment si formidable ?

" Est-ce que vous venez souvent sur Pyk ? " S'enquit-elle, poussée par la curiosité avant de rajouter, une petite note d'envie dans la voix :
" Vous avez dû voir tant de choses... "

Avait-elle déjà croisé des Sirènes ? Où avait-elle voyagé ? Était-ce beau ailleurs ? La mer avait-elle la même couleur partout ? Et les étoiles brillaient-elles toujours de la même manière ?
Lui raconterait-elle ? Si elle réussissait à ne pas la fâcher de nouveau, à ne pas lui faire ressortir son épée, y avait-il même un maigre espoir ?
Elle était capitaine.. Et, peut-être, de la famille proche de la délicieuse enfant qui l'avait, un jour, bercée avec des histoires rocambolesques. Elles avaient le même nom en tout cas. Auraient-elles les mêmes talents de conteuses ?
Sa venue sur Salfalaise avait enchanté Lysie et même si les derniers événements avaient éloigné de son esprit la cadette Volmark, la Lady espérait bien, tôt ou tard ravoir de ses nouvelles . Allait-elle bien ? Avait-elle concrétisé ces espoirs qui lui donnaient des ailes fantastiques ?
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Message Mer 29 Fév 2012 - 14:07

La douceur n’avait jamais servi à rien, surtout pas sur les Îles de fer. La douceur n’était même pas une faiblesse, c’était pire encore, c’était une chose réservée aux continentaux. Et de Lysena Salfalaise s’échappait tant de douceur, tant d’innocence, tant de naïveté, de gentillesse que ç’en était presque méprisable. Elle avait l’air tellement fragile oui. Elle donnait presque envie qu’on la protège pour éviter qu’il lui arrive quoi que ce soit de mal. Elle faisait pitié. Mais Visenya n’était pas une femme maternelle ou protectrice, elle, elle poussait à bout les gens afin qu’ils se durcissent, deviennent plus fort, allant chercher leurs faiblesses, leurs failles pour les détruire. Elle continuait de regarder la jeune femme dans les yeux. Des yeux bleus clairs, remarqua-t-elle, aussi bleu qu’un ciel dégagé de tout nuage, pur. Elle avait une peau trop blanche aussi, sans doute était-elle rarement exposée aux vents marins et au soleil. Et elle était presque sûre que ses mains, comme sa peau, étaient douces, elle devait aussi savoir parfaitement lire et dessiner. Une parfaite petite lady à vrai dire, comme il y en avait des tas et des tas sur le continent. La capitaine poussa un bref soupir, secouant légèrement la tête. Lysena répéta qu’elle était capitaine. Elle aurait pu prendre cela pour une question, mais ce n’en était pas une. Ses joues se colorèrent rapidement. Elle rougissait. Abasourdie, Visenya marqua un temps d’arrêt. Elle rougissait. Un léger rire s’empara alors de son corps, bien malgré elle. Perdue, la jeune femme fixa Lysena, pourquoi rougissait-elle? Au moins, elle ne s’excusait pas de rougir c’était déjà cela de gagner. Puis le regard clair et naïf de la Salfalaise se remplit d’émerveillement. Rêvait-elle d’être Capitaine? Elle l’ignorait, mais en tout cas, elle savait que finalement, être Capitaine était loin d’être une chose facile. Visenya n’avait jamais voulu être Capitaine, elle avait simplement toujours souhaité être sur un boutre, sentir les roulis sauvages de la mer sous ses pieds, les embruns glacés et violents contre sa peau, le vent salé lui fouettant le visage, emmêlant ses cheveux. Mais être Capitaine, c’était avoir des responsabilités, et avoir une centaine d’hommes sous son commandement. Et elle était une femme. Elle n’était qu’une femme. Elle se devait d’être forte en permanence, de ne jamais montrer ses sentiments, ne jamais montrer sa faiblesse. Visenya devait être plus dure avec ses hommes que les autres Capitaines masculins, heureusement pour elle, elle s’était bien entourée. Elle faisait confiance à ses hommes et inversement, mais tout pouvait arriver, Visenya n’était à l’abris de rien. Ils la respectait et elle les respectaient. Cela faisait treize longues années qu’elle était monté pour la première fois à bord d’un boutre. Treize ans. L’âge d’Etaine.
Elle se rappelait parfaitement de ce jour funeste, de cette délivrance. Les servantes couraient partout dans Volmark, affolées, apportant des linges et jetant ceux tâchés de sang. Sa mère avait ressenti les premières douleurs de l’accouchement à l’aube, alors que le soleil commençait tout juste à se lever. Sa grand-mère avait pris Visenya avec elle pour lui expliquer ce qu’il se passait, une conversation de femme en somme. Mais heureusement Viserys était arrivé pour l’emporter avec elle et les jumeaux s’en étaient allés se promener sur la plage au pied du château toute la journée. Son père était parti en mer avec Ralf. Il n’avait jamais vraiment aimé sa femme, et préférait laisser les femmes se débrouiller seules dans leurs affaires. Un accouchement était une affaire de femme. Viserys était resté parce qu’il était encore jeune. De la fenêtre, le vent avait porté les hurlements déchirants de sa mère. Et elle s’était assise sur la plage, ne bougeant plus. Viserys s’était assis à côté d’elle et ils avaient tous les deux fixés la mer, là, sur la plage, dans un vent glacial. Même si ils avaient eu froid, ils ne s’étaient pas plaint. Et enfin, le soir venu, la Vierge de Fer était revenue. Ralf leur avait jeté un regard méprisant tandis que leur père leur avait demandé des nouvelles. Rien n’avait avancé à vrai dire, seul les cris s’étaient tus. Lorsqu’ils étaient rentrés à Volmark, ils avaient trouvé le château étonnement silencieux. Les servantes avaient toutes des mines sombres. Tout le monde avait déjà compris que tout se passait mal, mais personne ne disait rien, tout le monde attendait. Elinore avait déjà donné trois enfants à son époux, trois Fer-Nés, ce qui déjà, était considérés comme un exploit pour une continentale. Visenya n’avait jamais vraiment aimé sa mère. Ou si. Elle l’avait aimé, mais lorsqu’elle avait commencé à grandir, elle s’était éloignée, commençant à mépriser sa mère pour sa naissance, l’endroit d’où elle venait. Et l’image de sa mère ne la quittait jamais. Elle lui ressemblait tellement. Mais sa mère avait les yeux bleus, bleus clairs, innocents, comme ceux de Lysena à vrai dire, sauf que dans ceux de sa mère, des paillettes de bronze se promenaient. Elle sentait bon aussi, elle sentait les fleurs, comme celle qui parsemaient le Bief. Mais Visenya préférait l’odeur du sel, l’odeur de la mer et du roc mouillé, recouvert d’algues glissantes. La nuit durant, la situation ne s’était pas améliorée. Visenya n’avait pas dormi, couchée devant les braises mourantes de la cheminée, sur le sol froid de Volmark. Et lorsque le soleil s’était levé, à nouveau, sa mère était morte. L’enfant poussa alors son premier cri, cris qui ne s’arrêtèrent pas, retentissant toujours dans Volmark ce jour. Etaine était née. Et Lord Dustin décida d’envoyer les jumeaux sur la Vierge de Fer afin qu’ils commencent à servir sur un boutre. On avait enterré lady Elinore, pas rendue à la mer, parce qu’elle n’était pas une Fer-Née, non, ses Dieux l’avaient récupérées. Les Sept. Visenya les connaissait, sa mère lui avait appris alors qu’elle était jeune mais elle s’était détournée peu à peu des Sept pour ne croire qu’en le Dieu Noyé.
Lorsque Lysena prononça le nom de sa petite sœur, un léger sourire flotta un bref instant sur les lèvres de la Fer-Née. Etaine trouvait toujours le moyen de s’échapper de Harloi, c’était impressionnant. Et elle y revenait toujours. Parfois, il lui suffisait de demander à des pêcheurs, d’autre fois, elle tannait sans arrêt Ralf pour monter à bord de la Vierge de Fer et d’autre, c’était au tour de Visenya de la subir. Des fois, Visenya cédait, lorsqu’elle avait des choses peu importantes à faire et qu’elle se rendait sur une autre île. Mais c’était rare. Etaine n’était pas destinée à devenir Capitaine comme elle le voulait. Elle serait mariée à un Fer-Né noble histoire de faire une alliance avec une autre famille. Son père reportait sur la benjamine les espoirs qu’il n’avait pas pu placer sur l’aînée. Même si Visenya le soupçonnait fortement de toujours chercher à la marier. Jamais Visenya ne se marierait, elle était sûre de cela. Le mariage n’était pas fait pour elle, elle était une Capitaine, et même si elle restait une femme, elle ne serait pas féminine au point de se marier. Elle contrôlait les hommes de son équipage, jamais elle ne se ferait elle-même contrôlée par un homme. Son père et son frère hésitaient même à lui donner des ordres. Ils savaient qu’ils en avaient le droit, car Visenya dépendait toujours d’eux après tout, et les femmes restaient inférieures aux hommes, néanmoins, la plupart du temps, ils étaient très polis. Lord Dustin avait plus d’autorité, et parfois lorsqu’il haussait la voix, Visenya retombait dans son enfance, lorsqu’elle avait fait une bêtise grave, bien que son père ne se soit jamais vraiment souciée d’elle. Plus elle grandissait, plus elle était proche de lui. Peut-être parce qu’elle était devenue peu à peu une vraie Fer-Née?

« Oui. Oui… » Elle rit légèrement. Les Îles étaient petites et la Salfalaise ne connaissait pas les familles. Visenya était dans le même cas à vrai dire, mais elle avait une bonne raison elle, elle était Capitaine, la plupart du temps sur le Baiser du Kraken, loin des Îles. « Etaine est ma petite sœur. » Il était vrai que les deux sœurs ne se ressemblaient absolument pas. Etaine était plus ronde de visage, avait les yeux bleus et les cheveux bruns, elle ressemblait à leur père, tandis que Visenya avait hérité de leur mère les cheveux d’un roux sombres, un visage fin et harmonieux et une peau trop blanche, tâchée de tasse de rousseur à cause de l’air de la mer et du soleil auxquels elle était constamment exposée. Les deux sœurs possédaient le même tempéraments de feu, elles étaient toutes les deux de véritables Fer-Née bien qu’Etaine soit plus malléable, plus gentille, sans doute du fait de son jeune âge. Mais jamais elle ne serait une lady. Visenya ne demanda pas comment Lysena la connaissait, Etaine avait du la rencontrer lors de ses escapades. Elle était simplement curieuse de savoir quel lien les unissaient à vrai dire. « Tu l’as rencontrée? » demanda-t-elle. A vrai dire, elle connaissait la réponse, oui, forcément, sinon jamais la Salfalaise n’aurait mentionné sa sœur, mais elle voulait savoir plus en détail leur « relation ». Visenya tutoyait la jeune femme, le vouvoiement, c’était bon pour les continentaux, et puis, elle n’aimait pas cela, c’était tout.
Finalement Lysena lui demanda si elle venait souvent sur Pyk. Avant d’ajouter, envieuse, qu’elle avait du voir beaucoup de chose. Une lueur assombrit son regard d’émeraude tandis qu’elle haussait les épaules, nonchalante. Pyk. Elle y allait souvent avant le mariage de Dagon Greyjoy avec lady Aaricia Bonfrère. Parce qu’elle était proche du Seigneur des Îles. Enfin proche, elle se targuait de l’avoir été, mais ne le disait à personne. A quoi bon se vanter sur des choses passées? Cela ne servait absolument à rien si ce n’était à regretter, mais Visenya ne regrettait pas cela. Elle avait beaucoup appris et en était plutôt fière. Quand à la seconde phrase de Lysena, oui, elle avait vu beaucoup de chose parce qu’elle avait beaucoup « voyagé », mais à chaque fois, tout se finissait dans les cris et les pleurs, dans la violence et dans le sang. Elle était descendue plus bas que La Treille, atteignant la région désertique et chaude de Dorne, passant par les riches contrées des terres voisines de l’Ouest, allant dans les contrées fleuries du Bief, remontant par les rivières dans le Conflans, s’aventurant même jusque dans le glacial Nord.

« J’allais souvent à Pyk. Avant. » répliqua-t-elle d’une voix totalement neutre. Avant. Oui. Avant. Avant, il s’était passé beaucoup de chose. Elle y allait lorsque son frère était encore en vie. Elle y allait lorsque tout allait bien. Mais tout allait encore bien, si ce n’était ce vide qu’elle ressentait en elle, ce vide qui la refroidissait. Elle planta une nouvelle fois son regard dans celui de Lysena, la scrutant. Elle n’allait plus aussi souvent à Pyk qu’avant, mais y allait tout de même parce qu’elle était un Capitaine de la Flotte de Fer et à vrai dire à chaque fois qu’elle entendait mentionner Pyk ou les Greyjoy elle tendait l’oreille. Ce n’était un secret pour personne qu’une attaque contre le Nord se préparait, et Visenya, évidemment, en ferait partie. Et un jour, il faudrait également qu’elle soit présentée ou qu’elle rencontre celle que l’on surnommait avant son mariage la Vierge de Grand Wyk. Un jour qui ne viendrait pas de sitôt elle l’espérait. Elle n’avait rien contre la Lady Greyjoy, elle évitait de juger les personnes qu’elle ne connaissait pas, et elle savait juste qu’elle était très belle. « Et oui, j’ai vu pas mal de chose. » Quiconque possédait des yeux voyaient des choses, mais pas Lysena visiblement. Elle semblait être enfermée dans son monde. Ce n’était qu’une enfant. Même sa sœur était moins innocente qu’elle, moins rêveuse aussi. Ou si, Etaine était rêveuse, et s’imaginait beaucoup de chose, mais elle était forte. Et son imagination au lui de la ralentir la déterminait. Visenya avait rêvé elle aussi, et ses rêves s’étaient tous réalisés à peu près, parce qu’elle l’avait voulu, parce qu’elle était allée jusqu’au bout de ceux-ci. Songeuse, elle observa Lysena. Pourquoi lui posait-elle toutes ses questions? Pour rêver? Parce qu’elle voulait apprendre quelque chose?
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Message Jeu 8 Mar 2012 - 17:07

On pouvait rêver, tout en apprenant, tout autant que l'inverse. Un stratège n'imaginait-il pas les batailles qu'il provoquerait avant de les vivre pour s'assurer que chaque détail qu'il pouvait contrôler serait bien là où il le fallait ? N'essayait-on pas de construire dans son esprit les tenues que des morceaux de tissu pourraient donner sous des doigts habiles ? Devant un texte écrit, ne songeait-on pas, parfois, aux bruits cristallins de la mer en lisant son nom ? Face à un dessin, ne pouvait-on rêver qu'il s'anime pour que le caillou ici esquissé roule sans fin ou que la bouche de la personne aimée s'anime en un baiser ?

Il existait en tout cas des instants qu'on voulait voir durer la vie entière : cela tenait à une secrète plénitude, à un mystérieux apaisement en soi de l'inquiétude. Lysena regrettait déjà ces fugaces secondes réconfortantes qui l'avaient envahie lorsque Visenya avait dit connaitre Etaine.
L'inconnue parlait bien peu. L'importunait-elle ? L'ennuyait-elle déjà avec ses questions si bizarres ? Ah qu'elle enviait cette capitaine au petit rire un peu blessant...

" Vous êtes magnifique. " Avait-elle le souhait de lui expliquer. " Vous êtes terriblement belle. " Mais comment Visenya prendrait-elle cela, autrement qu'en un aveu de faiblesse ?
Quand bien même c'était ici le cas, le " vous " sur ses lèvres de nacre n'était pas toujours très respectueux. Même si il paraissait agacer la plupart de ses interlocuteurs, la Salfalaise trouvait dans l'utilisation de cette palabre un équilibre malsain ; on pouvait faire sous-entendre à un " vous " tellement plus de choses qu'à un " tu " à ses yeux.

Un " vous n'êtes qu'une maladroite doublée d'une fieffée idiote." par exemple avait plus de poid que la même phrase au singulier et les servantes qui le recevaient sans méchanceté au visage évitaient généralement d'en récolter un autre.
" Vous " permettait de plus de dresser un mur invisible plus fort que des insultes ou la politesse seule entre soi et l'autre. Un mur qui ne tombait que lorsqu'elle passerait au tutoiement, ce qu'elle faisait peu. Donner du " vous " ne permettait-il pas aussi de mettre en une cage fantomatique autrui pour le contempler sans trop de risques ? De tâter avec hésitation ses limites jusqu’à ce qu'il ouvre sa gueule, ce qu'il faisait souvent bien moins vite qu'avec un "tu" trop plein de mépris voulu ou non ?
N'y avait-il d'ailleurs, aussi, davantage d'émotion dans un "je ne vous hais point" que dans un "je ne t'abhorre pas" ? Même si au premier regard la première phrase était plus neutre, le pronom véhiculait pourtant bien plus d'amour et de passion. Un " vous êtes un monstre " n'était-il pas empli de tellement de tourments muets si bien qu'un " tu es une ordure " devenait en comparaison beaucoup trop léger et futile ?

L'emploi du "vous" n'ajoutait en rien à la douceur dont elle faisait étalage si ce n'était une croute chimérique qu'un peu de réflexion effaçait vite fait ainsi qu'un chiffon fait disparaitre une trace de vin sur le bois d'une table. Comme tant d'autres minuscules manies, ce n'était qu'un outil pour cacher ses réflexions, pour éloigner sous couvert d'un pseudo respect de celui ou celle qui lui faisait face tout en les étalant à sa vue, tous les songes et questionnements qu'elle n'avait aucun désir d'offrir en sacrifice à l'autel de sa moquerie ou de sa haine.
Un bouclier malhabile, presque inutile, une arme mal forgée, même si elle ne se doutait pas le moins du monde qu'elle pouvait s'en servir ainsi, autant que l' innocente et naïve tendresse dont on voulait tant la déposséder.

Mais au fait, aimer, guérir, consoler sa famille, n'était-ce guère là en partie le rôle d'une femme ? Nourrice lui avait expliqué un jour que la froideur et la rudesse dont Père faisait preuve étaient les sentiments liés à la Mort. Si tel était vraiment le cas, ceux liés à la Vie n'étaient-ils pas gentillesse et amour ? Malgré toute la violence qui les entouraient, était-ce vraiment si mal, au final, de paraitre un tout petit peu douce tant qu'on connaissait ses propres limites ? La douceur réconfortait. La douceur se faisait oublier plus facilement qu'un accès de rage. Même si elle était trop souvent vaine, surtout sur les îles, face à la méchanceté ambiante, elle restait un bout de bois au milieu d'une mer en furie, un abri contre les épanchements furieux d'autrui.

" Elle est venue là où je vivais il y a quelques mois et nous avons discuté longuement, c' était fort agréable. Se porte-t' elle bien ? "

La petite Volmark lui avait offert un présent majestueux : un peu de matière pour le monde onirique dont elle se régalait mais, aussi, des bribes d'informations pour comprendre ce qu'elle n'entendait que peu. Lysena n'était pas réellement enfermée dans ses songes à chaque pas, la réalité se faisant toujours trop présente, elle était bien obligée d'en accepter les pans qu'elle aurait désiré rejeter. Ah ! Et dire que si Père n'était pas mort, elle aurait peut être pu vivre vieille et oubliée dans un coin. Cette perspective alléchante s'était cependant envolée en même temps que son cadavre bien loin d'elle coulait dans les méandres de l'eau salée.
Si le silence habillait Visenya d'une grâce qui lui seyait fort, royale, pour sa cadette c'étaient ses propos aériens qui cousaient, sur son front d'albâtre, une couronne faite de nuages. La Salfalaise avait trouvé en l'enfant une joie de vivre intrigante, différente de la sienne et de celle de ceux qu'elle connaissait. Elle ne vivait pas pour les autres ou la curiosité, elle ne vivait pas pour apprendre et découvrir mais pour, tout simplement, suivre le chemin qu'elle se traçait elle-même. S'enfuir, piller, tuer, n'étaient pas son but mais uniquement un moyen pour le poursuivre, l'approcher, le posséder. Malgré toute sa naïveté, dans ses discours enflammés, il y avait ces braises naissantes, ces petites et ridicules choses qui, si elles ne s’éteignaient pas, se transformaient plus tard en un feu sauvage, en une vague immense et faisaient de leur possesseur un homme grand.
Lysena aurait pu parier, si elle avait eu quelqu'un pour en parler, que dans quelques années, si on lui accordait ce droit là, Etaine deviendrait une merveilleuse personne à suivre malgré son statut de femme. Elle avait une grâce chimérique, une aura charismatique et même si elle était née du mauvais sexe, la petite était bien trop communicative pour rester enfermée dans son rôle de future mère au foyer.

" J'espère avoir bientôt le plaisir de la recroiser. Elle m'avait fait le récit détaillé de ses escapades. "
Rajouta-t' elle, une lueur amusée au fond du regard en y repensant. Elle avait eu plaisir à discuter avec cette enfant là. Animée par sa passion et ses espoirs, plus ouverte que la plupart des adultes, il n'avait pas été difficile de se sentir à l'aise vis-à-vis de cette tornade juvénile qui respirait le soleil et la liberté.

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Message Ven 16 Mar 2012 - 20:41

Parfois lorsque la nuit était tombée Etaine se glissait silencieusement dans sa chambre et s'allongeait à ses côtés, la tête tournée vers la fenêtre constamment ouverte, laissant entrer l'air frais et salée. Visenya tolérait les intrusions nocturnes de sa sœur simplement parce qu'elle savait que la nuit c'était différent du jour, elle était plongée dans le noir, et paisible, calme. Lorsqu'elle était plus jeune, alors qu'elle avait vingt ans, parfois, c'était Viserys qui venait la rejoindre, et Etaine venait ensuite. Ralf avait toujours été à part, il était l'aîné, il se considérait comme le meilleur et ses cadets ne faisaient rien pour le rabaisser. Et Etaine peu à peu, commençait à parler. Elle était comme cela, une vraie Fer-Née, même si elle était jeune une fille de la mer, du roc. « Un jour » disait-elle « J'aurai un boutre rien qu'à moi, et j'en serai le capitaine. J'aurai une centaine d'hommes à bord, et à mes ordres. Et je sais déjà comment j’appellerai mon boutre. Le Chant de la Sirène, parce que le chant d'une sirène est mortel pour qui l'entend non ? Et puis, lorsque l'on meurt et qu'on rejoint la demeure du Dieu Noyé, les sirènes nous entourent pour l'éternité et nous servent. » Elle souriait alors à la nuit, parce que personne ne pouvait voir ce sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Il y avait tant de chose qu'elle détestait chez sa sœur et tant de chose qu'elle refusait d'accepter. Cette imagination débordante qui ne convenait pas à une Fer-Née par exemple, cela devait lui venir de leur mère qu'elle n'avait jamais connu étant donné qu'Etaine avait été sa mort. Même si la jeune fille n'avait jamais vraiment entendu parler de sa mère, sauf pour entendre qu'elle n'était qu'une continentale comme les autres, et qu'elle était indigne d'être l'épouse d'un Volmark, son seul mérite avait été de mettre au monde quatre Fer-Nés. Et lorsqu'Etaine lui demanda pour la première fois pourquoi ses parents s'étaient mariés, Visenya n'avait pas su lui répondre. Il y avait différentes rumeurs, la première disait que sa mère avait été très belle autrefois, et que son père, en la voyant en passant à côté de Bouclier de Chêne l'eut désiré au point d'en faire sa femme-roc. Mais Visenya savait que c'était faux, il n'y avait jamais eu d'affection entre ses parents. Son père n'était pas faible à ce point, et quand à sa mère elle avait toujours profondément regretter les vertes contrées desquels elle avait été arrachée. La seconde rumeur s'accordait à dire que c'était le père d'Elinore, Lord Houëtt qui avait promis à son père une somme très confortable en échange de la main de sa fille. C'était certes contraire à l'Antique Voie mais peut de personne résiste à de l'argent, surtout lorsque c'est une somme importante. Et Visenya était plus encline à croire à cette rumeur même si elle n'avait jamais eu vent de ce qu'était devenu l'argent. Une chose était certaine, la Maison Houëtt avait donné une de leurs filles en mariage en espérant que les Fer-Nés ne les attaquent pas en temps de guerre. Cela aurait pu parfaitement marcher si la vie d'Elinore avait été plus longue, mais cela n'avait pas été le cas et elle était morte trop tôt. Ses enfants ne considéraient pas les Houëtt comme de leur famille et s'étaient fait un plaisir de les attaquer, ne sachant que trop que leurs honneurs les empêcheraient de leur faire du mal à eux. Lorsque Lysena lui dit qu'Etaine était venue à Salfalaise quelques mois plus tôt et qu'elles avaient discutés, cela ne l'étonna pas outre mesure étant donné que sa jeune sœur trouvait toujours une moyen de s'échapper de Harloi pour aller vagabonder ailleurs, et elle avait le contact facile avec tous les Fer-Nés. Encore une fois elle haussa brièvement les épaules. Parler n'était pas son fort, ça ne l'avait jamais été, mais ce n'était pas une nouveauté, ça avait toujours été ici. Elle parlait franchement, directement, ses paroles tranchaient, coupaient, blessaient, et c'était tout.

« Elle va parfaitement bien. Et puis, c'est une vraie Fer-Née, même si elle va mal, elle ne va pas se plaindre. » fit-elle d'un ton neutre, le visage totalement impassible. Sa jeune sœur devait sûrement avoir raconter à Lysena toutes ces choses qu'elle inventait, toutes les choses qu'elle voulait faire plus tard. La Salfalaise devait donc être intéressante aux yeux de sa sœur, mais Visenya ne possédait pas la même perception qu'elle, ni la même sensibilité à vrai dire. Lysena ajouta qu'elle espérait recroiser bientôt sa sœur et elle lui dit qu'elle lui avait fait le récit détaillé de ses aventures. Visenya sourit légèrement. Sa sœur n'était jamais allée bien loin en dehors des Îles de Fer, du moins, c'est ce qu'il semblait à la Capitaine du Baiser du Kraken. Visenya tolérait que sa sœur vagabonde sur les différentes Îles, mais pas en dehors, car à vrai dire, elle était d'accord avec son père, même si elle était profondément désolée pour sa sœur qui la détesterait sûrement plus tard. Mais Etaine serait celle qui se marierait, celle qui formerait une alliance avec une autre famille Fer-Née puisqu'elle, elle ne se marierait jamais. Et elle n'était absolument pas désolée à cette idée. Sa vie était sur un boutre, pas sur la terre ferme. Et elle n’élèverait certainement pas d'enfants, ni rien de tout cela à vrai dire. Elle n'était pas malheureuse de ce qui l'attendait. « Tu es la bienvenue sur Harloi bien sûr, à Volmark si tu veux la voir. » C'était une Fer-Née, elle serait toujours bien accueillie. Et puis, à vrai dire, Etaine se baladait partout, il n'était pas vraiment difficile de la croiser. Le seul endroit où elle n'était jamais allée était sur Vendeloyn, car c'était trop... loin. Et puis il falait dire que les Vendeloyn étaient... étranges. Même si Visenya ne les connaissait pas personnellement tout le monde disait cela sur eux depuis toujours et cela n'était pas prêt de changer.

« Pourquoi n'es-tu pas sur Salfalaise ? » demanda t-elle brusquement, avec sa franchise qui était la sienne, digne d'une Fer-Née. Visenya ne s'intéressait pas aux autres, et savaient peu de choses, sauf bien sûr, sur les autres Capitaines.
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ϟ Still water is deep; Lysena

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