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[TERMINE] La mer et le feu ~ Jace Redwyne

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Message Mar 14 Fév 2012 - 18:34

Port-Réal était une ville agréable et elle connaissait, à force, certaines de ses rues sur les bouts des doigts. Ici elle savait qu'à n'importe quelle heure de la journée des herbes séchées aux parfums étranges seraient éparpillées à même le sol, souvenir d'un marchand qui n'y posait ses établis que tardivement.
Là, la ruelle puait à des kilomètres la viande et les mouches semblaient toutes attirées par ces produits laissés à l'air libre, à peine couverts de temps en temps d'un drap tâché de sang plus ou moins ancien.

En se rapprochant du Port, l'odorat était agressé par les effluves des poissons pour certains plus du tout frais. Cassana aurait presque pu traverser l'endroit les yeux fermés pour s'y être rendue plus souvent qu'elle ne pouvait le compter.
Sur sa gauche, il y avait la maisonnée d'un discret fidèle dont la petite fille était morte d'une maladie qu'elle ne connaissait pas.

Elle continua son chemin, désireuse d'arriver aux navires arrimés. Comme souvent, une petite rumeur sur la venue d'un autre prêtre rouge avait guidé ses pieds. L'idée de voir quelqu'un ayant des nouvelles assez fraiches de son pays n'était pas spécialement pour lui déplaire et ou plutôt mais surtout, elle voulait lui offrir la chaleur de son lit.
La traversée n'était pas de tout repos et les prêtres n'étaient que des hommes et des femmes. Un peu de repos même sur un matelas maigre comme une planche ne se refusait pas.

Le souci des rumeurs, c'était qu'elles partaient de rien parfois. Qu'elles n'avaient de base que l'espoir des gens. Combien de fois avait-elle écourté sa ballade journalière auprès des plus démunis pour vérifier une chose qui finalement n'existait pas ? Aujourd'hui était peut être à rajouter à la liste.

Elle soupira, passa une main dans sa chevelure rêche. Il faudrait qu'elle demande à Selt de lui préparer de quoi faire leur toilette demain. Elle allait finir par puer. Ah et il faudrait qu'elle aille mander du bois aussi à Merie. La cadette d'une famille habitant non loin de chez elle s'était proposé pour aller lui en chercher si elle en manquait.
Il était hors de question que le feu s'éteigne.
Elle n'avait fait aucun commentaire lorsqu'on lui avait offert son toit mais le fait de ne pas pouvoir allumer de brasier au dessus de sa tête l'angoissait parfois. C'était la tradition. Enfin... Elle avait déjà dû adapter ses chants et ses prières alors pourquoi pas sa demeure...

" Oh v'la la Rouge ! " Le cri poussé par un gamin moqueur d'une dizaine d'années reçut pour toute réponse des sifflements. Le mioche bouscula Cassana avant de s'écarter en ricanant.

Les quais étaient vraiment mal famés certains jours. Elle sentit, plus qu'elle ne vit, deux hommes à l'odeur très forte s'approcher d'elle. Leur ombre sur le sol ressemblait à des monstres.

" Dis-moi la "dame", tu me l'offres ton collier ? "
C'était reparti... Elle garda le dos droit tandis que son regard se faisait plus noir encore. Que R'hllor n'ait guère pitié de ces misérables ! Voilà, qu' ils allaient l'empêcher de vérifier les on-dits à temps.
Le temps de se débarrasser d'eux puis de trouver quelqu'un pour lui indiquer où étaient les bateaux en provenance d'Asshaï-lès-ombres, il serait déjà trop tard. Le prêtre rouge si il existait, se serait déjà envolé. Furieuse contre elle même, elle songea, qu'une fois encore, elle aurait dû demander aux flammes de la guider. Mais à force de trop demander pour les autres, on s'oubliait...

La plupart des gens avait un peu peur d'elle. Ou la fuyait comme la peste. Ou encore haussait les épaules. D'autres, au contraire, trouvaient rigolo de venir l'embêter ; peut être pour tenter de dissiper cette impression qu'elle donnait ? Ils abandonnaient cependant très vite généralement. Enfin... Tout le monde ne réagissait pas pareil face à la connaissance lui avait-on appris. Certains l'écoutaient. D'autres se taisaient. Certains la refusaient. D'autres voulaient la déchirer. Les deux individus proches d'elle se rangeaient dans le dernier cas.

L'un lui saisit le coude, sans façon. Lorsqu'il osa toucher son cou, elle tourna violemment sa tête pour faire dégager les mains imprudentes.

" Ouh qu'elle est chaaaude ! "

Et voilà qu'ils s'esclaffaient de nouveau. Elle chercha du regard une torche, un petit feu. Faire peur n'était pas bien difficile mais elle avait besoin de R'hllor pour cela et de sa bénédiction. Leur demander de la lâcher n'aurait sans doute aucun effet sur le court terme, prendre la parole ne servirait donc à rien...
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Message Mer 15 Fév 2012 - 17:10

Le port n'était définitivement pas l'endroit de Port-Réal que Jace préférait pour la simple et bonne raison que les exhalaisons nauséabondes en provenance du Marché aux poissons indisposaient jusqu'aux odorats les plus aguerris à ces pestilences olfactives. Les bâtiments puaient, les gens puaient, tout puait en vérité. Mais c'était un lieu incontournable pour le Grand Amiral de la Flotte royale, car après tout le port de la capitale était le plus important du Royaume, devant Villevieille, et son seul concurrent sur la façade orientale du continent, Sombreval, n'était en définitive qu'un petit bassin de seconde zone. S'étendant au pied des remparts à l'est de la ville, entre le frond de mer de la baie de la Néra et l'embouchure du fleuve, il se constituait d'une convenable centaine de quais pour assurer le commerce avec les villes portuaires des Sept Couronnes et d'ailleurs, au-delà du Détroit. Mais l'ensemble du port n'était rien de plus qu'un fouilli hétéroclite de bicoques, de mansardes, de cahutes et d'appentis de bois qui n'eurent de cesse de se multiplier au fil du temps pour abriter les habitations précaires, les échoppes, les tavernes, les bouges et les mauvaises gargotes jusqu'au pied des murs de la ville. Mais Jace ne pouvait échapper à ses devoirs et voilà qu'il revenait d'une journée d'inspection de la flotte royale sur l'île de Peyredragon. Là-bas il avait passé en revue les galères et les dromons du Roi, ces navires qui dernièrement patrouillaient les eaux de la Baie de la Néra et du détroit afin de prévenir l'arrivée par la Mer des partisans exilés de Daemon Feunoyr. La menace d'une nouvelle rébellion en faveur du dragon noir restait dans les préoccupations du Conseil Restreint et de la Main du Roi et ce qui retardait l'intervention de Port-Réal dans la question de la guerre opposant l'Ouest et le Bief aux Fer-nés entrés en rébellion depuis l'année dernière. Nul doute cependant qu'arriverait bientôt le jours où les fiers navires de Peyredragon feraient voile vers les Îles de Fer pour y porter la main armée de la Justice du Roi. Lui-même y prendrait sans doute part, vu son rang, mais tout cela résidait encore entre les mains de Brynden Rivers qui aurait toujours le dernier s'agissant des affaires royales.

Les quais étaient, comme à leur habitude, couverts par une foule trop affairée pour être honnête. Il y avait naturellement les marins, les marchands, les prospecteurs, les armateurs, les commis, les pêcheurs, mais aussi les mendiants, les badauds et, plus rares, les promeneurs. Ceux-là étaient facilement reconnaissables, ils erraient sans but et sans honte et p pourtant ce n'est pas l'un de ces originaux qui attira l'attention de Jace. Il marchait d'un pas décidé en direction de la porte de la Rivière, qu'on appelait parfois porte de la Gadoue, d'où il regagnerait rapidement le Donjon Rouge afin d'établir son rapport au sujet de l'état et de la situation de la Flotte de Peyredragon, perspective qui l'enchantait moyennement car elle présageait de longues heures d'ennui à décrire comment tout allait bien dans le meilleur des mondes pour les navires royaux. C'était un embarras nécessaire, il le comprenait tout à fait. Toutefois sur le chemin, son attention fut très rapidement captée par un petit événement qui aurait pu passer inaperçu si l'esprit de Jace n'avait pas été si avide et et si en quête de tromper l'ennui qui le guettait. À l'orée d'une ruelle, deux hommes de basse extraction malmenaient une femme à la longue robe rouge et à l'épaisse chevelure noire. Ces deux-là n'étaient pas très grands, mais corpulents et taillés dans la glaise informe des marauds qui pullulent à Port-Réal. Vêtus tous deux de la camisole des marins sans fortune ni maître, comme ces nigauds fouillant les quais à la recherche d'un navire où monnayer leurs bras et leur service, ils n'avaient l'air ni trop commode ni trop dangereux mais il y avait fort à parier que leurs intentions à l'égard de leur victime étaient mauvaises. Jace crut alors bon d'intervenir, et d'un signe de la tête, il fit comprendre aux gardes qui l'escortaient que s'imposait un changement de programme. Ils arrivèrent ainsi juste à temps pour se faire connaître auprès des deux lourdauds qui allaient peut-être molester la rougeoyante demoiselle dont Jace put constater l'étrangeté. Bien qu'il n'eût approché que depuis quelques instants il percevait déjà l'étonnante et presque envoûtante aura qui entourait cette étrangère. Les deux agresseurs se tournèrent vers lui et plissèrent les yeux. Jace put constater par le menu à quel point ces deux-là avaient été oubliés par la chance au jour de leur naissance, car d'une part le premier avait des airs porcins, et d'autre part la peau du second semblait avoir abdiqué en faveur de la vermine qui lui rongeait le visage et lui faisait un air cadavérique.


 «  C'est le moment où vous déguerpissez sans demander votre reste, n'est-ce pas ? Où dois-je faire appeler les hommes du Guet ? »

Nul doute que la menace suffirait à dissuader ces fripouilles de poursuivre leur vilaine affaire, mais pour faire bonne mesure, Jace empoigna la garde de son épée de Braavos et à cet exemple, les gardes qui le suivaient se rapprochèrent sans pour autant dégainer leurs épées. Ils n'en auraient guère besoin pour réduire au silence ces deux imbéciles qui n'avaient de gonflé que le ventre. Ils s'écartèrent de l'étrangère rapidement et disparurent sans demander leur reste, bousculant leur victime au passage qui tomba sur le sol. Jace s'approcha donc et tendit modestement la main tout en gratifiant la malheureuse d'en sourire. Celle-ci semblait plus âgé que lui et c'est peut-être pour cela qu'il émanait d'elle cette aura indescriptible qu'il ne parvenait encore à saisir ? Mais Jace avait déjà fréquenté des femmes d'âge avancé sans pour autant ressentir pareilles émotions... C'était comme si cette étrangère dont il ignorait tout, jusqu'au nom, se trouvait enveloppée d'un parfum qu'il ne reconnaissait, un parfum bien au-dessus de toutes les basses odeurs qui régnaient de le port et s'en disputaient la plus belle part. Il était difficile de reconnaître ce qu'il en était vraiment.

 «  Tout va bien ?  »


Dernière édition par Jace Redwyne le Dim 20 Mai 2012 - 11:45, édité 1 fois
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Message Mer 15 Fév 2012 - 21:46

 «  C'est le moment où vous déguerpissez sans demander votre reste, n'est-ce pas ? Où dois-je faire appeler les hommes du Guet ? »

Surprise.

Aux deux idiots se joignit un homme, inconnu comme beaucoup. Elle pencha discrètement sa tête sur le coté tandis qu'il faisait fuir les insectes : attirés par la flamme, ils fuyaient au moindre mouvement brusque, une belle bande de lâches et de gueux. Franche, elle dévora le nouveau venu des yeux malgré le fait qu'on la poussa sans manière au sol. Ses sourcils froncés montrèrent son étonnement lié aux deux évènements.
Elle n'avait pas besoin d'aide mais c'était agréable. Enfin pas le fait d'être jetée à terre bien sûr. Ça... Elle aurait surtout légèrement mal aux fesses un moment mais c'était peu important : ce serait oublié, elle n'en doutait pas, dans les temps qui suivraient. Mais la galanterie, même de la part d'un potentiel impie était constamment la bienvenue.
Ne pas devoir utiliser les présents de R'hllor pour sa propre sécurité était toujours un soulagement ; elle avait peur d'abuser de la grâce de sa déité. Tomber dans la facilité était si simple... Ne compter que sur ce qu'Il Lui montrait n'était pas le servir, c'était en partie le trahir. N'attendait-Il pas de ses prêtres et de ses fidèles qu'ils se montrent capables d'eux-même ? Qu'ils portent, fiers, son culte à ceux qui ne le connaissaient pas ? Tous avaient le droit de faire des erreurs et aucun n'avait le droit d'y redire outre R'hllor bien sûr.
Il fallait juste faire attention à ne pas faire de faux-pas causant de trop gros soucis : ramener honte, mépris et déshonneur sur Le Seigneur de la Lumière n'était pas une option envisageable.

Cassana considéra son sauveur de son regard noir, semblant chercher sur son corps quelque chose. A moins qu'elle ne le jugeait ? Non, ce n'était que de la curiosité : les gardes ou les autres passants en tout cas n'avaient le droit à aucune attention ; ils étaient trop commun pour attirer l’œil. Des meubles du lieu, comme les badauds. Mais le jeune homme, lui... Armé, l'air sérieux. Des cheveux qui rappelaient la terre brûlée, suite aux immolations, assez proprets comme le reste de sa tenue. Vêtements de bonne qualité.

La main tendue, elle la prit avec délicatesse, imaginant déjà sa réaction à sa peau fiévreuse. La traiterait-il de sorcière comme les mécréants juste à présent ? Son sourire en réponse au sien s'assombrit. Cela n'en ferait qu'un de plus. Il est vrai que sa douce chaleur pouvait troubler les hérétiques. Enfin, en était-il un ?

" Merci. "
Le mot lui fut dur à prononcer. C'était en trop aux yeux de la prêtresse mais sans doute attendait-il de sa part un peu de reconnaissance. Il n'était pas laid, il aurait fait un amant agréable, d’après ce qu'elle pouvait percevoir de ses muscles.

" Saurais-tu me montrer où je peux trouver des navires en provenance d'Asshai-lès-Ombres ? "

Elle l'invitait à la guider si il savait comment s'y rendre. Qu'il soit mieux habillé que la plupart ne voulait pas dire grand chose mais si il s'avérait qu'il était plus qu'un marchand chanceux prendre un peu de son temps ne pouvait qu'être utile.
Elle ne s'était jamais trop intéressée aux plus fortunés jusque là, préférant, lentement, sûrement, assurer la place de R'hllor dans le cœur des plus pauvres. Même si les riches permettaient une conversation massive et rapide, c'était en s'attaquant à la souche même du peuple qu'elle était sûre d'ancrer sur le temps les gestes à savoir.

La vie après tout n'était qu'une partie de Cyvosse si on y regardait bien : il fallait mouvoir ses pions avec sagesse pour avancer dans la bonne direction. Le but de Cassana était clair mais elle manquait, encore, clairement de pièces pour pouvoir mener le jeu dans la meilleure route possible. Si seulement elle pouvait avoir un Dragon ou même plusieurs Eléphants. Tout irait bien mieux. Plus vite, tout en restant sûr maintenant que de petites bases étaient solidifiées. Mais elle ne devait pas, non plus, oublier ses Cavaliers...
Sa vie de simple mortelle ne suffirait sans doute pas pour convertir tout Westeros mais elle espérait pouvoir faire avancer le mouvement plus rapidement et durablement que certains de ses frères. Pour son Dieu. Pour son Maître. Cet espoir bien qu'illusoire, complétement obsolète, la rassurait parfois lorsque la nuit venait. Porter la foi en R'hllor était une bénédiction. La bénédiction.

Elle récupéra l'usage de sa main, si il la laissa faire, épousseta sa robe. Zut, Selt allait avoir à faire de la lessive ce soir. La prêtresse fit courir un doigt distrait sur son torque pour vérifier qu'elle n'avait pas à craindre de le perdre. Le bijou était, sans aucun doute, la seule chose de valeur sur elle. Vu le mauvais état de ses vêtements, lui appartenait-il vraiment ?

"A qui au fait dois-je ce geste ? Par R'hllor, merci encore."
Phrase toute faite qui annonçait clairement la couleur, rouge, du moins pour les connaisseurs... Elle n'aimait pas prier pour les infidèles et ne proposerait donc pas de le faire pour lui tant qu'elle ne savait pas qui il servait.
Ce soir, si il n'était pas un fidèle, elle ne murmurerait pas une seule fois son nom dans la litanie qu'elle comptait faire.
Mais chaque action avait une réaction, chaque désir demandait un sacrifice. Elle mettait au final de coté un tout petit peu de sa fierté, se forçait à parler pour obtenir, au moins, son appellation.
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Message Dim 19 Fév 2012 - 0:14

Aucun mouvement de recul particulier ne suivit le premier contact avec la peau de l'étrangère, bien qu'il ne pût échapper à l'attention de Jace que celle-ci était chaude, plus chaude encore qu'un front accablé par ces fièvres qui tueraient le plus robuste des chevaux. N'importe qui aurait certainement opéré un mouvement de recul, motivé par la surprise d'un contact tactile au résultat inattendu, un peu comme on recule le nez d'un plat au parfum nauséeux ou qu'on porte ses mains sur ses oreilles à l'écoute d'un bruit désagréable. La surprise de Jace était réelle, il ne la niait pas ni ne la refusait et une petite moue autant intriguée qu'amusée accueillit ce contact premier contact étonnant de chaleur. Mais était-elle fiévreuse et malade ? Devait-il craindre la contagion à la toucher ainsi ? La grande épidémie du Fléau de Printemps était certes achevée mais elle n'était pas si loin derrière eux et dans l'esprit de beaucoup comme dans l'esprit de Jace, la crainte d'une affliction était encore vive. Le port était d'ailleurs l'endroit idéal pour contracter les maladies venues du monde entier se repaître de la bonne chair des marins affaiblis par les longues traversées. Il avait appris à se méfier de la compagnie de certains matelots lors de son long séjour dans les Cités-libres, où la poignée de main d'un inconnu pouvait se révéler fatale pour qui n'était pas attentif ou soucieux d'aussitôt se laver la patte. Mais tout en se relevant, l'étrangère, après l'avoir gratifié d'une parole de reconnaissance qui ne lui était manifestement pas naturel, lui posa sans crier gare une question qui l'étonna. Elle désirait voir les navires venus d'Asshaï-lès-l'Ombre. Piqué au vif dans sa curiosité, Jace répondit lui-même avec une grande spontanéité, à brûle-pourpoint, et sans chercher à comprendre il la tutoya comme elle l'avait tutoyé, avec aisance et simplicité.

« Ils ne sont pas très loin en descendant les quais. Ils sont arrivés hier et repartent demain. »

Il répondait ainsi qu'il l'aurait fait pour meubler une conversation, toujours étonné qu'il était de ce premier contact qu'il dut rompre en relâchant la main de l'étrangère. Il ne savait rien d'elle et pourtant, elle avait à ses yeux ce parfum d'exotisme qu'il n'avait pas eu l'occasion de sentir depuis qu'il était revenu sur le continent, dans les Sept couronnes. Venait-elle des Cités-libres, d'Essos, de plus loin encore ? Il le pressentait sans le savoir, mais ce qui décupla plus encore sa curiosité, c'était bien tout le mystère presque palpable qui entourait cette femme qu'il venait de sauver d'un sort terriblement humiliant. Elle demanda son nom, mais plus encore que cette question, c'est l'obédience qu'elle afficha qui fit jaillir en lui les vagues d'un intérêt croissant pour cette étrangère. Elle invoquait R'hllor, le Maître de la Lumière, dont le culte était très minoritaire à Westeros, mais très influent dans les Cités-libres d'Orient. Jace avait pu le constater tout le temps qu'il passa à Tyrosh, Pentos, Myr et même la plus lointaine Braavos. Elle vénérait R'hllor, mais lui vénérait depuis toujours et plus par routine que par réelle conviction les Sept, qu'il ne priait plus que par habitude depuis bien des années.

Jace n'avait jamais questionné sa foi ni même sa ferveur, il n'avait jamais trouvé le repos dans la prière ni même cherché la paix intérieure dans le recueillement spirituel. Toutefois, sa nature curieuse l'avait souvent poussé à s'interroger sur les grands mystères de ce monde et il se souvenait sans peine de la très forte impression laissée sur lui par les prêtres du temple de R'hllor de Pentos. Il n'avait jamais osé franchir les portes du temple pour y pénétrer, mais il avait suivi du regard nombre de processions religieuses avec toujours autant d'avidité. Il n'était pas spécialement sujet à la dévotion, mais en revanche il était impressionnable quand il s'agissait des transports mystiques et des manifestions spirituelles. Bien qu'il n'eût jamais été le témoin direct d'un miracle ou d'une calamité impliquant une quelconque intervention divine, Jace avait connu les affres des tempêtes en mer et quiconque en a vu le spectacle se persuade aisément que des forces mystiques sont à l’œuvre en ce bas monde.


« Je suis Jace Redwyne, et mon nom t'est peut-être déjà familier. »

Il n'y avait aucune vantardise dans ces paroles, Jace n'était que peu sensible aux petits honneurs et aux fausses gloires que la plupart des gens de haute extraction tirent de leur nom. Cette poudre aux yeux ne l'intéressait pas. Mais c'était un fait, le vin de la Treille était célèbre dans le monde entier et garnissait les repas sur toutes les tables dignes d'intérêt. Peut-être l'étrangère avait-elle déjà goûté à ces divines boissons?


« Et toi, comment t'appelle-t-on ? »

Jace craignait qu'elle ne daignât pas lui répondre, ou qu'elle lui mentît, car après tout elle n'avait aucune raison d'être honnête avec lui. Deux hommes venaient de l'agresser et certes il avait provoqué leur fuite, mais il n'était pas nécessairement bien intentionné pour autant et les temps présents n'encourageaient guerre à la confiance et à la crédulité. Peut-être se méfiait-elle de lui ? Peut-être le considérait-elle comme un intrus ? Il aurait d'ailleurs peut-être dû la saluer et la quitter pour reprendre la route du Donjon Rouge, mais quelque chose au fond de lui le poussait à rester et l'aura si particulière de l'étrangère y était certainement pour beaucoup. Sans aller jusqu'à la métaphore peu flatteuse du papillon attiré par la traîtresse lueur d'une chandelle allumée, il avait l'impression que la compagnie de cette femme étonnante l'aiderait à tromper l'ennui qui le guettait depuis son départ de Peyredragon. Que risquait-il à demeurer encore un peu avec elle ? Si près de la mer, n'était-il pas dans son élément ? Peut-être pouvait-il l'accompagner sur les quais et poursuivre cette conversation insolite qui s'annonçait. Il ne coûtait rien de le lui proposer, ne serait-ce que pour éviter les mauvaises rencontres dans le genre de celle de tantôt. Quant à lui Jace nourrissait de plus en plus l'envie de la questionner au sujet de son obédience spirituelle. D'ici peu il serait tel l'oiseau qui plane sur les vents de la curiosité : il ne s'arrêterait qu'une fois ceux-ci apaisés.


« Je peux t'accompagner jusqu'à ces navires que tu recherches, si tu le désires. »
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Message Dim 19 Fév 2012 - 19:38

Les bateaux étaient arrivés la veille. A l'air de Cassana, tous pouvaient deviner que c'était là une bien mauvaise nouvelle aux oreilles de la femme. De la déception abaissa ses épaules, fit naitre sur ses lèvres aussi une moue mais boudeuse.
Foutues rumeurs... Il y avait, cette fois, une part de vrai dans celle-ci mais elle était arrivée à sa personne bien trop tard : le prêtre avait dû trouver un autre endroit pour passer la nuit. A moins qu'il ne soit resté à bord ? Après son voyage, elle avait été si heureuse de retrouver la terme ferme qu'elle n'y avait pas pensé sur le coup mais qu'il ait passé une soirée de plus en sécurité dans le navire plutôt qu'à la belle étoile était une possibilité à ne pas écarter. Tout le monde réagissait différemment et, avec l'aide de R'hllor, tout était possible. Il y avait toujours un espoir donc.

Peut être un peu trop inconsciente, elle n'avait pas plus peur de Jace que des deux débineurs dont il l'avait débarrassée. Sa foi ou la fuite l'ayant toujours protégée du peu de dangers qu'elle avait réellement rencontré jusque présent, elle n'arriverait sans doute pas à se faire à l'idée qu'on avait la capacité de vraiment la faire souffrir avant que cela n'arrive. D'un autre coté, les sévices que l'on pouvait lui infliger pouvaient-ils vraiment être pires que l'entrainement qu'elle avait subi fillette ?
Cela risquait d'être dur. Peu de monde, outre les prêtres eux-même, avaient conscience du nombre d'efforts qu'ils avaient dû faire pour en arriver là où ils étaient. Leur peau chaude comme une braise se réveillant était autant le résultat de leur sacrement que celui de longs et rigoureux exercices.
Combien de fois l'avait-on envoyée prier dans une petite pièce fermée où seul un feu humidifié se trouvait et quelques novices se serraient, mal à l'aise ? Elle avait arrêté de compter à l'âge de dix ans. On appelait cela "la purification". Une forte fièvre accompagnée par un mal de poitrine épouvantable, de pertes de conscience et de toux rauque, généralement, naissait de ce recueillement interminable qui durait parfois des heures et tuait pas mal d'entre eux. Les survivants eux, recommençaient, encore et encore. De plus en plus longuement au fur et à mesure qu'ils tenaient de mieux en mieux.
Il lui était arrivé de s'évanouir comme beaucoup d'autres dans ce petit coin trop plein mais les présents l'avait alors redressée et réveillée sans ménagement pour qu'elle tienne jusqu'à l'arrivée d'un des ainés et leur libération. A ses premières tentatives, elle était tombée malade au point de délirer et n'avait jamais pensé pouvoir y survivre. Une fois qu'elle s'y fut habituée, elle riait presque lorsque les prêtres l'envoyaient là-bas en punition.
Aujourd'hui, cela lui manquait. Ce n'était pas qu'elle était masochiste - ou peut être un peu - mais cet acte portait bien son nom : quand on sortait éreinté de là en entier et sans trop de séquelles physiques, on se sentait tellement en paix qu'on aurait cru renaître comme si R'hllor enlaçait lui-même alors les vainqueurs de cette épreuve.
L'action curarisante du feu, de sa fumée humide, de la promiscuité et de la prière combinés était fantastique. C'était cependant sans doute grâce à cela aussi qu'il existait peu d'énormes prêtres rouges ressemblant à des tonneaux sur pattes et que la plupart des vieux finissaient par avoir l'air presque cadavériques...

Décidément, cet inconnu n'était pas comme la plupart des autres. Au lieu de s'excuser d'une courbette verbale ou de se récrier après l'avoir touchée, voilà qu'il se proposait de jouer au chevalier-servant. Était-ce une habitude chez les gens fortunés d'agir ainsi ? A moins qu'il ne la prenne pour une catin fantasque ?
Jace Redwyne. Elle avait déjà entendu ce prénom mais bien plus souvent son nom et aucun des fidèles qui le lui avait donné n'avait souligné que lui ou sa famille priait Le maître de la Lumière. Cela aurait été trop beau.
Oui, elle le connaissait mais non, il ne lui était pas si familier. Elle l'oublierait d'ailleurs très vite si il ne l’intéressait pas, si elle ne trouvait pas, en lui, l'ouverture nécessaire pour qu'elle se mette à vraiment parler.
Les impies qui ne voulaient pas se tourner vers R'hllor ne lui faisaient plus du tout d'effet une fois qu'ils avaient pris leur décision ; qu'ils restent dans leur ineptie et continuent à se fourvoyer dépendait d'eux et uniquement d'eux. Elle n'était pas responsable de leur sort.
Jace n'avait encore fait aucun choix, se forcer à l'entretenir un peu était donc une bonne idée et pouvait ouvrir des portes dont elle aurait utilité. Du moins si il se montrait, ensuite, prêt à accepter ce que R'hllor avait à offrir.

Pour toute réponse, elle lui sourit et se tourna vers la direction des quais qu'il lui avait indiqué. Un silence, durant lequel elle réfléchit succinctement.
Si elle allait vérifier pour son confrère il valait de toute manière mieux être accompagnée. Les deux idiots de tout à l'heure n'étaient sans doute pas les seuls à n'avoir pas vu de femme depuis longtemps ou à vouloir tout simplement jouer à plus bêtes qu'ils ne l'étaient si c'était possible. Si il lui voulait du mal aussi... Il y aurait bien des torches, plus loin. Mais l'aurait-il aidée à se relever et lui aurait-il fait pareille proposition si il voulait vraiment lui trancher la gorge ? Tout le monde n'était pas vil et fourbe.
Se débarrasser d'un homme était en tout cas plus simple qu'en faire fuir deux même si il ne paraissait pas aussi imbécile. Et puis elle n'était pas venue ici pour baguenauder : autant donc profiter de l'occasion pour faire deux choses à la fois : vérifier la justesse de ses informations et apprendre à le connaitre.
Elle se retourna vers lui pour ajouter de sa voix aux intonations chantantes :

" Je suis Cassana. "

Elle hocha la tête, tout en le dévisageant encore de ses yeux noirs.

" Montres-moi. Tu pourras en profiter pour me parler de toi. " Fit-elle simplement. " A moins que tu ne saches déjà si un autre prêtre en est descendu ou pas ? "

Elle attendit une réponse pour le suivre ou non vers les quais recherchés ou plutôt, pour l'accompagner, côte à côte. Elle n'était clairement pas une de ces dames habituées à trotter un pas derrière les galants hommes, à l'abri des coups et blessures.

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Message Lun 20 Fév 2012 - 22:28

Prenant connaissance du prénom très dépaysant de l'étrangère à la torque flamboyante, Jace vit revenir à sa mémoire le souvenir d'une concubine de Pentos qu'on connaissait sous le pseudonyme de la Belle Sirène, mais dont peu connaissait la véritable identité ; Jace était de ceux-là et savait donc qu'elle portait le délicieux prénom de Cassana. Mais la courtisane n'avait rien à voir avec cette étrangère qui vénérait R'hllor et qui cherchait les navires en provenance d'Asshaï-lès-l'Ombre : elles n'avaient ni le même âge, ni la même apparence, et ne fréquentaient manifestement pas les mêmes endroits. Mais elles avaient toutes deux cette fantaisie pittoresque dont Jace était friand. Cependant Cassana le questionnait sur l'éventuelle présence dans le port d'un « autre prêtre » et Jace, dont l'esprit était plus aguerri aux énigmes logiques qu'aux mystères de la foi, s'interrogea quelques instants sur le sens de cette question. Qu'entendait-elle par un « autre prêtre » ? Mentionnait-elle un prêtre à barbe de Norvos ? Elle avait invoqué le Cœur de feu quelques instants plus tôt, s'agissait-il donc d'un prêtre rouge ? Elle semblait attendre avec beaucoup de diligence les navires en provenance d'Asshaï-lès-l'Ombre, cela signifiait-il qu'il devait arriver à Port-Réal un membre du culte de R'hllor ? Et s'il s'agissait d'un « autre », un premier déjà devait s'y trouver et peut-être attendait son confrère... Cette étrangère à la robe décousue et rapiécée par endroit était-elle la servante, l'acolyte, l'amie, la suivante ou la fidèle d'un prêtre rouge ayant ses quartiers dans la capitale ? Ou était-elle elle-même membre du culte de R'hllor ? Toutes ces questions qui fusaient dans sa tête et demeuraient encore sans réponse, s'agitaient autour de lui comme les lampions d'un festival ordonné par sa grande curiosité. Il les garda pour lui, les retenant sans peine, il avait appris le silence et ses bienfaits dans les Cités-libres. D'autant plus qu'elle l'invitait ouvertement à parler de lui... Quelles étaient ces mœurs-là ? Cette Cassana n'était pas d'ici, il l'aurait juré sur son île, sur sa terre et sur ses vins. Elle n'avait rien de commun avec les femmes du continent, qu'elles fussent nobles ou roturières.

« Viens, c'est par là. »

Il prit les devants pour l'accompagner, sans pour autant aller jusqu'à lui offrir le support de son bras. Les gardes suivaient derrière, naturellement, leur méfiance légèrement alertée par les familiarités de celle qu'il voyait comme une dangereuse fleur des bas-fonds. Ces hommes étaient entraînés à voir le mal partout même là où il n'était pas et bien sûr s'ils se pliaient toujours aux désirs de leur seul maître, ils ne voyaient pas toujours d'un très bon œil ses petites ou grandes extravagances, et accompagner cette rien-du-tout jusqu'à d'hypothétiques navires en étaient assurément une. Ils s'exécutaient malgré tout. Jace ne leur prêtait d'ailleurs aucune attention particulière, il s'était habitué à leur présence constante à ses côtés et il les considérait même parfois comme les membres d'une parfaite extension de son propre corps. Ils ne gêneraient pas les deux promeneurs. Ces deux-là formaient déjà un tableau suffisamment original. Lui dans ses beaux habits, elle dans ses guenilles. Lui dans son flegme et elle dans son exotisme. Il devait offrir une vision intéressante aux passants et aux marins qui fréquentaient le port et ses quais presque bondés. L'amiral escortait une parfaite inconnue jusqu'à des bateaux venus d'horizons très lointains, ce n'était pas quelque chose qu'on voyait tous les jours... Jace lui-même s'en étonnait quelque peu, mais il n'était plus à cela près. Il désirait savoir qui elle était, d'où elle venait et ce qu'elle faisait.

« À mon sujet, il n'y a que très peu à dire. Je suis un homme du sud, des contrées verdoyantes et j'irai jusqu'à dire que c'est le sang de ma terre qui coule dans mes veines. Ce n'est pas très original. J'ai beaucoup voyagé cependant, mais point jusqu'à Asshaï-lès-l'Ombre. C'est une contrée qui m'est inconnue et je ne peux prétendre en avoir beaucoup entendu parler. J'ai rencontré un marchand autrefois, à Tyrosh, un bijoutier originaire de Port-Lannis qui prétendait avoir vu les rives de la mer de Jade et fréquenté les rues la lointaine cité. Il m'en a parlé avec émerveillement mais tout ce qu'il a pu me dire tient en quelques phrases inintéressantes et peut-être même plus de la légende que de la vérité... Un pays de mystère, de magie et d'ombre. On y trouverait en abondance de l'ambre et du verredragon. C'est tout ce dont je me souviens. »

Dans sa prime jeunesse, le marin avait eu l'occasion de voyager, mais point au-delà des eaux si familières du Détroit. Il ne savait pas ce qu'il y avait au-delà des Cités-libres, et naturellement il ne pouvait qu'imaginer, que fabuler, que rêver ces terres mystérieuses qui s'étendaient au loin sous d'autres soleils. Il avait bien sûr, quand il était enfant, imaginé ces créatures formidables et fantasques, les dragons. Il s'était vu, dans ses songes, chevauchant l'un d'entre eux et parcourant le monde, depuis le Mur jusqu'au détroit de Qarth en passant par les anciennes possession de l'Antique Valyria. Hélas, il n'avait jamais pu aller au-delà de l'onirisme de ces visions enchanteresses. Si cette demoiselle s'intéressait à des navires en provenance d'aussi lointains pays, peut-être avait-elle quelques connaissances à leur sujet ? Peut-être en était-elle originaire ? Jace brûlait de lui poser ces questions et après avoir considéré quelques secondes de les retenir, il les livra finalement d'une traite, et l'on pouvait percevoir dans sa voix extasiée que l'étrangère avait éveillé en lui bien plus qu'une vaine curiosité.

« Je regrette d'être si direct, alors même que nous n'avons échangé que quelques mots, mais... est-tu originaire d'ailleurs ? Des Cités-libres, peut-être ? De plus loin encore ? Je ne veux pas te froisser, mais pour avoir voyagé longtemps et en de nombreux endroits, je dois bien reconnaître que tu ne ressembles en rien à tout ce que j'ai pu voir. Mais les premières impressions peuvent être trompeuses... »

Trop souvent, c'était le cas. Mais peut-être pas cette fois?
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Message Mar 21 Fév 2012 - 12:26

Étonnée par son intérêt à son égard, elle parut hésiter avant de répondre à ses questions. Ce n'était pas qu'il l'avait froissée mais elle ne voyait toujours pas d’utilité à lui donner les informations qu'il recherchait. Bien que... Une fois encore, si elle se forçait à s'ouvrir, il en ferait sans doute de même et deux phrases n'allaient pas la tuer.
Il était d'une curiosité semblable à celle de ce Mestre venu la trouver une fois ; pauvre homme que ce vieux qui était reparti avec plus d'interrogations que de connaissances. Il n'avait ni demandé les bonnes choses, ni ne s'était adressé à la bonne personne. Elle n'avait pas énormément à raconter, elle, et les savoirs qu'il aurait aimé posséder se trouvaient tous bien mieux expliqués dans d'autres bouches. Merie, pour ne reprendre qu'un nom par exemple.
Les fidèles étaient les seuls à pouvoir décrire au mieux leur Foi et tout ce qui s'y rapportait. Elle, elle n'était qu'un outil.

" Je viens de ce pays de mystère, de magie et d'ombre dont tu as fait mention. "

Un sourire soudainement ravi aux lèvres, elle regarda à nouveau Jace, curieuse de sa réaction. La manière dont il avait parlé de ses origines était à son image à lui : surprenante et la reprendre amusait presque la prêtresse. Peu voyaient d'un bon œil les étrangers trop différents d'eux mais le fait qu'elle n'ait rien de commun avec lui, à part marcher sur ses deux pieds et parler sa langue, ne semblait pas gêner l'homme.

Cassana l'avait écouté avec sérieux, occultant volontairement tout ce qui n'était ni lui ni la marche de son esprit, intéressée par ce qu'il pouvait ou plutôt voulait bien lui apprendre.
Elle n'avait pour le moment rien contre lui, outre bien sûr le fait qu'il était toujours impie -ce qui était un désavantage non négligeable- : il apparaissait direct, volubile, n'utilisait pas mille artifices pour cacher de simples choses. Si il avait suivi R'hllor sans doute lui aurait-elle dès à présent proposé de se rejoindre certaines nuits autant pour partager leurs prières que pour discuter. Parler d'Asshaï-lès-ombres par exemple...
Sa patrie, les murs qui l'avaient vue grandir, devenir prêtresse et femme. Elle gardait d'elle des souvenirs à la fois ingrats et délicieux, rudes et doux. Il n'y avait rien de mystérieux pour elle là-bas : tout avait un sens, une place à soi. Cependant, un immigré ne pouvait en effet pas comprendre les coutumes locales sans s'adapter un temps soit peu et il était sans doute plus difficile de s'intégrer à Asshaï qu'à Port-Réal. Un habitant de Westeros mettrait des années avant de réussir à convaincre les autochtones de sa bonne foi dans sa ville natale. Alors et seulement alors, sous certaines conditions, les anciens et les érudits les plus stricts lui ouvriraient leur cœur et leurs ouvrages. Certaines traditions et connaissances très spécifiques étaient gardées terriblement secrètes.
Mais après tout n'était-ce pas justement pas là plus ou moins la définition d'un mystère ?

Quant à ce que les inconnus nommaient généralement "magie", ce n'était souvent que normalité à ses yeux. Un simple travail fait par d'honorables artisans de son peuple. Nommeraient-il ainsi les tatouages qui souvent couraient sur les seins des femmes ? Ceux qui couvraient le cou des hommes ? A moins qu'ils ne parlent des Dons mais les Dons n'étaient pas de la "magie". Ce terme barbare englobait trop de possibles stupidités pour être exact. Les Dons n'étaient que des Dons, les magnifiques Dons de R'hllor par exemple.
Pour elle, le maniement des Ombres faisait partie d'une certaine manière de cette catégorie. Enfin, c'était plus compliqué que cela encore mais rentrer dans davantage de détails n'avait pas d’intérêt particulier sur le champs et elle n'éprouvait que peu d'amour pour cette maîtrise qu'elle ne possédait guère.

" Il n'y a rien d'intéressant à expliquer à mon sujet. "

Fit-elle, sagement, espérant par là éviter pour le moment les questions sur sa personne.

" Je ne vis que pour servir R'hllor. "


Sincère, son sourire s’agrandit d'une joie pure tandis que ses yeux rencontraient le soleil.
En se retournant vers son interlocuteur, elle désigna les soldats comme si elle les percevait pour la première fois.

" Pourquoi te suivent-ils au fait ? Tu sais te défendre. "


Un constat encore, nulle trace de moquerie, simplement un fait. Il possédait une arme, ill devait donc avoir des notions de combat et si il ne savait pas l'utiliser, pourquoi la garder ? S'en remettre totalement à autrui n'avait rien d'humiliant, elle le faisait tous les jours pour vivre.
Sans offrandes, elle serait morte il y a six ans. Se nourrir de plantes était dangereux même si R'hllor la protégeait et ne remplissait sans doute pas toujours le ventre.

" Et où est-ce, Ty... "
Elle fronça ses sourcils, chercha le mot qu'il avait utilisé.
"Tyrosh ? "

Elle n'avait jamais voyagé pour le simple plaisir de découvrir. Si un jour elle lisait le futur de Jace, découvrirait-elle par procuration une de ces contrées inconnues dont il parlait si aisément ? Y avait-il des prêtres rouges là-bas ? Sauf dans de rares cas, lors-qu’entre confrères ils discutaient antan de ces endroits si lointains et exotiques, ils utilisaient toujours le mot "ailleurs" pour les appeler.
Si Asshai était une terre remplie de secrets pour le dénommé Redwyne, tout ce qui n'était pas sa ville natale ou Port-Réal l'était aussi pour Cassana. Elle ne les connaissait pas et ne parvenait pas même à imaginer la vie là-bas. A quoi cela ressemblait-il ?

Avant son départ un des vieux prêtres l'avait prévenue qu'elle allait se rendre dans une cité barbare, à l'agencement surprenant. C'était bien peu dire. Les premières choses qu'elle avait découvert de son lieu d'adoption l'avait stupéfaite. Leur système de vie en communauté lui avait semblé complètement loufoque et ces pauvres cahutes dont les pauvres se satisfaisaient bien misérables. Les moins riches n'étaient pas vraiment mieux lotis chez elle mais tout était différent. Très différent.
Elle avait fini par s'habituer cependant au fur et à mesure qu'elle maîtrisait leur langue et sa mansarde était devenue un palais. Son palais. Elle possédait le strict nécessaire et ne s'en plaignait jamais : pour vivre, le luxe était inutile. Le feu de R'hllor ne se parait pas de mille ornements futiles et le bois le plus simple suffisait à le maintenir vaillant. Pourquoi, elle, mortelle, aurait-elle la nécessité de davantage qu'un toit même minuscule et d'un peu de nourriture ?

La seule chose qui encore à présent la rendait parfois nerveuse était l'emploi du "vous" et du "tu". Les titres pompeux dont certains s'affublaient l'inquiétait. Le Seigneur de la Lumière leur apprenait que toute vie de fidèle était importante, pourquoi alors montrer davantage de déférence à l'égard des uns et peu envers les autres ?
Un noble après tout n'était qu'un homme comme les autres avec juste davantage d'influence et de monnaie. Était-ce cela qui méritait tant de respect ? Elle ne vouvoyait pas R'hllor dans ses prières et son dieu avait tout son Amour alors comment pouvait-elle seulement donner du "vous" à un vivant ?
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Message Mar 21 Fév 2012 - 19:56

 « Je ne vis que pour servir R'hllor. » Cette phrase résonnait dans la tête de Jace, comme la lueur d'une bougie se reflétant sur mille éclats de métal tapissant les parois intérieures de son crâne. Elle était donc bien une suivante du culte de R'hllor, et il ne faisait plus aucun doute à présent qu'elle était elle-même une prêtresse rouge. Les questions directes ne payaient toujours et à Port-Réal où tout n'était plus que déloyauté et coup de mistoufle, il était étonnant mais rassurant de trouver quelqu'un d'aussi spontané et immédiat que cette femme manifestement d'une grande piété. Jace savait très peu de choses de R'hllor, il n'avait pour lui qu'une connaissance très faible et très commune du culte du Maître de la Lumière. R'hllor est le feu qui incarne la vie, la lumière, la douceur, l'amour et la chaleur, voilà tout ce qu'il avait retenu de son séjour dans les Cités-libres au sujet de cette foi si étrangère à celle des Sept, la plus courante et la plus répandue en Westeros, du moins au sud des terres marécageuses du Neck. Mais la prêtresse le questionna sur les gardes qui les suivaient, ce qui le poussa à sourire. Lui qui attendait un long discours très coloré sur les lointaines Contrées de l'Ombre, il n'en avait guère eu pour son argent. Tout au plus s'était-elle contentée de répondre en reprenant les propres mots de l'Amiral. Cette Cassana n'était ni très bavarde, ni très prolixe. Peut-être était-elle encore trop méfiante, peut-être se défiait-elle de lui ? Peut-être craignait-elle qu'il n'abuse d'elle d'une façon ou d'une autre si elle venait à baisser momentanément sa garde ? C'était de bonne guerre, lui-même reconnaissait n'être loquace que pour l'unique raison de la présence à ses côtés de ces gardes qui le suivaient partout et lui assuraient la protection et la sécurité nécessaire à toute insouciance. Elle n'était qu'une femme solitaire qui errait dans le port en compagnie d'un illustre inconnu plus curieux et plus tolérant que la plupart de ses congénères continentaux : il y avait de quoi en être au moins surpris. À sa place, il serait lui-même soupçonneux. Toutefois elle n'avait pas tort, il savait se défendre. Ne portait-il pas une arme ? Il ne put s'empêcher de rire franchement, de ces rires qui retentissent et qui parfois sont contagieux.

« Ces hommes sont là pour justifier les sommes affectés à ma protection rapprochée. Ils sont comme mon ombre, il m'arrive parfois de les oublier. En fait, cela m'arrive très souvent. »

Il n'entendit pas derrière lui l'un de ses gardes qui maugréait d'un grognement, ou du moins il feignit de ne pas l'entendre. Ces hommes étaient habitués à l'humour particulièrement singulier du Maître des Navires, et la routine s'était bien vite accommodée de leur indifférence. Après tout, cet homme les payait bien grassement, il entrait dans leurs prérogatives de supporter ses plaisanteries parfois très étranges. Jace avait acquis l'essentiel de son humour dans les Cités-libres, et ceci expliquait cela, car on ne rit pas à Braavos comme on rit à Port-Réal, pas plus qu'on ne rit de la même façon au sommet du Mur et au somme de la Grand-Tour de Villevieille. Mais Cassana était-elle gênée par la présence de ces hommes armés qui les suivaient ? Ces derniers n'étaient pourtant guère envahissants, ils se faisaient le plus discrets possible et n'avaient nulle intention d'intervenir ou de participer à leur conversation.

« Tyrosh est une cité magnifique, située sur une île au sud du Détroit et au nord des Degrés de pierre. C'est l'une des neuf Cités-libres, connue pour ses grands lupanars et ses grands armuriers, même s'ils n'égalent pas respectivement ceux de Lys et ceux de Qohor... C'est la cité du mercenariat, et l'on y vend à la minute plus de loyautés que de miches de pain, tu peux m'en croire. Quant à ses habitants, ils portent la barbe et la moustache, qu'ils colorent de teintes vives comme le bleu ou le vert. Cependant, sache qu'on ne trouve pas plus pingre qu'un tyroshi à travers le monde, et je te parle d'expérience... »

En effet, vivre à Tyrosh avait achevé de le convaincre que les braves habitants de cette cité comptaient parmi les personnes les plus avares de ce monde et quelques anecdotes venaient le confirmer dans cette opinion taquine et arrêtée à leur sujet. Il se souvenait très bien du caprice d'un vieux tyroshi à la barbe turquoise et taillée en trident qui avait menacé de lancer à ses trousses tous les mercenaires de Tyrosh si Jace ne lui rendait pas l'argent qu'il lui avait volé. Quand bien même il se trompait de voleur, et donc de victime, le vieux bonhomme n'en avait cure, tout ce qui lui importait, c'était le retour de son argent chéri. L'affaire avait fini par se tasser et Jace ne revit jamais ce rat qu'une seule fois, le jour de ses funérailles. L'avarice avait fini par le tuer d'une façon fort curieuse : dans un accès de ladrerie très étrange, il avait pris la décision de fondre tout son or en un bloc unique qu'il pourrait mieux protéger des voleurs et des envieux. Malheureusement, il ne faisait confiance à personne, et refusa de confier cette tâche à un autre que lui. Mais s'il était un commerçant talentueux et un financier hors pair, il n'était pas très doué de ses mains et n'entendait rien au travail du métal, si bien que sa tentative se mua très vite en un accident fâcheux, un incendie ravageur qui ne laissa de lui qu'une carcasse calcinée et couverte d'or fondue. Quelle ironie du sort ! Il était mort vêtu d'un linceul doré. Cette histoire pourrait inspirer bien des fables. L'argent, il n'y avait que cela au monde pour ces marchands infatigables.

Une fulgurance de génie, comme un éclair de logique, lui traversa l'esprit. Il décida de tenter sa chance, car peut-être ainsi seulement parviendrait-il à débrider la conversation de cette étrangère qui se méfiait encore de lui, lui qui ne désirait qu'en apprendre davantage sur ses mystérieuses origines. Au fond c'était bien ce qui l'avait poussé à offrir sa compagnie à l'étonnante Cassana : il s'ennuyait de l'exotisme qu'on trouvait à profusion de l'autre côté du Détroit, et de voir la corolle de cette fleur venue d'aussi loin le poussait à tendre le nez pour en humer les parfums d'ailleurs qu'elle traînait autour d'elle comme les volants d'une robe magnifique. Il tendit la main en direction de certains des navires qu'on voyait un peu plus loin dans le port.

« Voici les navires que tu cherches. Mais dis-moi, tu es une prêtresse rouge, n'est-ce pas ? »

Et dans un dernier souffle, il ajouta, d'une voix qui appelait cette fois à plus qu'une réponse de quelques mots :

« J'ai toujours voulu en savoir davantage sur R'hllor, mais je n'ai jamais trouvé personne pour m'en parler. »
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Message Mer 22 Fév 2012 - 0:58

L'hilarité de Jace lui arracha un sourire plus grand encore et deux trois notes d'un rire musical se mêla au sien. Elle écouta les informations qu'il lui offrait, pendue à ses lèvres et écarquilla les yeux lorsqu'il lui parla de Tyrosh, essayant d'imaginer des gens avec les cheveux verts. Était-ce la vérité ? Elle ne pouvait en juger mais ce résumé délicieux aurait mérité d'être entendu autour d'un bon repas. Ou au moins du ragoût de Selt.

Lorsque enfin, il lui parla religion, elle se tourna complètement vers lui, arrêtant leur marche et le regarda franchement. Ses yeux scrutèrent ses lèvres, les émotions qui le traversaient avant de répondre sur un même ton, tout bas :

" Tu veux connaitre mon dieu ? Attends que nous ayons vérifié les bateaux et je t’emmènerai dans un endroit où tu auras les réponses à toutes tes questions. Mais ceux que tu nomme ton ombre y seront comme un loup dans l'eau profonde et si tu ne cherches pas, tu ne trouveras pas. Tu n'y craindras rien car tu auras ma protection.
Je suis en effet prêtresse mais je ne suis qu'une des Voix et c'est dans mon silence que tu pourras comprendre ma foi. "


Elle inclina la tête sur le coté, reprit son souffle, continuant de le dévisager d'un air on ne peut plus sérieux avant de s'exprimer cette fois avec une voix normale :

" Si à ce moment tu trouves ta flamme, je serai là et si tu le veux alors, je te montrerai la mienne. Sinon... "

L'outil de R'hllor haussa les épaules.
Elle ne se rendait pas compte du double sens que pouvaient avoir ses propos. Quand bien même elle ne dirait pas non à quelques soirées aux abords du feu en ayant pour seuls vêtements la lune et que l'avouer ne lui aurait causé aucun souci, ce n'était tout de même pas son but.
C'était de son amour en R'hllor dont elle parlait dans ses derniers mots, de cette flamme, si majestueuse, que les fidèles possédaient en eux. Elle ne la voyait pas mais, elle en était sûre, elle existait. Sitôt que les gens se convertissaient généralement ils changeaient un peu. D'ailleurs son comportement serai-il modifié lui aussi ? Tant qu'il ne perdait pas cette envie de savoirs qui le possédait, cette manière d'être qu'il avait, qu'importait.

Elle sourit de nouveau. Elle n'avait pas l'habitude d'autant discuter avec un infidèle mais celui-ci était intéressant. Ses questions étaient les mêmes qu'habituellement, mais pas exactement. Si elle devait définir les différences, elle dirait qu'il exprimait, de par son comportement, plus de déférence envers R'hllor que le mestre par exemple.
Quelle ironie en tout cas, voilà qu'ils étaient arrivés mais elle en oubliait presque son confrère, toute enchantée à l'idée que ce Jace Redwyne à la langue si volubile réussisse à découvrir son monde. Sa compagnie était agréable et elle espéra qu'il accepterait l'invitation. Comprendrait-il alors ce qu'elle avait tenté de lui expliquer si peu clairement ? Cela ne dépendait que de lui.
Elle fit une petite moue en ajoutant :

" Si tu n'as pas le temps pour aujourd'hui, je ne compte pas m'envoler. Là où je prie et dors se situe dans l'un des quartiers pauvres de notre cité, demandes où vit Cassana et la plupart saura te guider. Mais choisis bien ton heure, la nuit ou tôt le matin sont les meilleurs instants pour être sûr de m'y trouver. J'attendrai ta visite. "

Saurait-il ne pas se perdre parmi tous les Choix ? Il avait l'air fort curieux, il n'y avait plus qu'à l'espérer. Avoir un fidèle tel que lui à ses cotés serait vraiment... Sympathique. Elle prendrait alors encore plus de plaisir à le faire parler de ses voyages. Ou à répondre, cette fois, à ses questions. Toutes ses questions.

Un petit silence. Elle désigna les navires à quai.

" Sais-tu aussi à qui je dois adresser ma demande pour ne pas avoir à les fouiller un par un, que je ne te fasses pas trop attendre si tu désires m'accompagner ? "

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Message Jeu 23 Fév 2012 - 17:06

Les paroles de Cassana éveillèrent en lui un intérêt nouveau. Se proposait-elle de le convertir ? Tout ce qu'il désirait, c'était en apprendre davantage sur le culte de R'hllor. Il n'était motivé que par la curiosité et par un certain goût pour l'exotisme, mais il n'avait ni au cœur ni aux tripes cette fibre particulière et profonde qui rend si aisée les métamorphoses de l'âme. Il n'était pas de ces sceptiques sans foi ni loi qui ne se reconnaissent aucune obédience, mais il n'était pas de ces dévots opportunistes qui s'empressent de croire à tous les râteliers. Croyait-il vraiment, en vérité ? Il ne s'était jamais posé la question. Toutefois il devait à l'étrangère de lui avoir ouvert une piste de réflexion intéressante à ce sujet. Hélas, il n'avait pas le temps de la suivre plus encore.

« J'accepte l'invitation, malheureusement je dois te quitter à présent. Le devoir appelle, comme on dit. Tu vois cet homme, là-bas ? Il pourra te renseigner et si un prêtre rouge est arrivé ici dernièrement, il le saura à coup sûr. Tiens, voici un peu d'argent, prends le comme une offrande. »

Jace avait été surtout motivé par le piteux aspect des vêtements de la demoiselle, mais il la devinait trop fière et trop dévouée à son culte pour accepter la pitié d'un parfait inconnu. Cependant elle reçut ces trente cerfs d'argent de bonne grâce et après avoir échangé tous deux un dernier regard, il reprit son chemin pour quitter le port. Mais bien qu'elle s'éloignât de lui qui prenait la route de la cité, la prêtresse et surtout ses paroles demeuraient dans son esprit très vivaces, et le plongeaient dans une profonde rêverie où s'entremêlaient souvenirs et réflexions, pensées et questionnements. Qu'est-ce que la foi ? Qu'est-ce que croire ? Jace se remémorait les paroles d'une dame d'âge vénérable qu'il avait croisé un beau jour au Palais des Seigneurs de la Mer de Braavos. Elle était très fervente et sa grande piété avait impressionné le jeune Jace d'alors qui avait à l'esprit l'exactitude de ses paroles : « celui qui croit, c'est d'abord et avant tout celui qui ne sait pas. » Cette phrase résonnait en lui et faisait grand écho aux paroles de Cassana. Celui qui sait ne croit plus, mais cette opposition inclut-elle nécessairement une hiérarchie comme certains voudraient l'imposer ? Vaut-il mieux savoir que croire ? Le savoir offre l'assurance et la certitude, la croyance offre la possibilité et l'espoir. Le savoir serait un aboutissement là où la croyance n'est qu'un désir inassouvi. Cette opinion trop répandue pour être honnête n'était guère satisfaisante aux yeux de Jace, qui avait vu et vécu bien des choses qu'aucun savoir n'expliquerait jamais. Le savoir est-il suffisant à expliquer toutes choses ? Qu'en est-il de la foi ? « Avoir la foi, » avait dit la vieille dame de Braavos, « c'est se donner soi-même en réponse à une interrogation qui nous est adressée et qui a la forme d'un appel ». Ce n'est donc pas s'efforcer de faire correspondre la vérité avec ses propres souhaits, mais plutôt s'efforcer de correspondre soit-même à ce que souhaite la vérité qui nous échappe. Cette foi ne saurait avoir pour objet autre chose qu'une personne, qu'elle soit un homme, qu'elle soit un dieu, et de fait la foi tisse un lien essentiel avec un autre grand mystère que le savoir reste impuissant à expliquer : la confiance. « Qu'est-ce que faire confiance ? » avait demandé Jace, et la vieille dame de lui répondre :  « c'est s'en remettre à un être qui pourrait nous trahir, ou mentir, qui pourrait se désintéresser de nous, mais qui librement se tourne vers nous et s'adresse à notre liberté, attendant de nous une réponse que nous demeurons libre d'offrir ou de garder. » Cruel enseignement que celui-ci, car la foi apparaît toujours sous la menace de l'illusion et de la trahison, mais peut-être est-ce tout le mérite du vrai croyant qui accepte de passer par le risque et le doute pour recevoir la grâce qui est la seule réponse qu'on obtient jamais de l'objet de sa foi...

Sur le chemin du retour, cependant, Cassana disparut rapidement de ses pensées car à mesure qu'il se rapprochait de la citadelle des Targaryen, son esprit s'obscurcissait de nombreuses préoccupations. Les plus inquiétantes concernaient naturellement sa terre natale et la menace fer-née qui planait toujours à l'horizon. Même si des mesures drastiques avaient été prises pour sécuriser les côtes du Bief et de l'île de la Treille en mobilisant judicieusement une part importante des troupes à terre et de la flotte Redwyne en mer, il ne fallait pas sous-estimer les ruses et les plans de Dagon Greyjoy. Mais le seigneur suzerain des Îles de Fer n'étaient pas au cœur de toutes ses réflexions. Il songeait également aux propositions de son collègue le Grand Argentier, qui ne cessaient de trotter dans sa tête à la manière d'un manège hippique dont les notables de Pentos sont si friands. L'union de leur famille ne viendrait pas renforcer le lien très fort qui les unissait individuellement, mais elle viendrait certainement resserrer les liens entre les deux clans. Tant qu'ils vivraient tous deux, cependant, était-ce bien utile ? N'était-ce pas gaspiller les ressources ? Ces questionnements ne le quittaient plus ces derniers temps. Une fois de retour au Donjon Rouge, Jace gagna rapidement ses quartiers et s'occupa enfin d'établir, de rédiger et de remettre à qui il le devait ses rapports concernant l'état et la situation de la flotte de Peyredragon. Ce ne fut pas si pénible et en définitive il lui fallut moins de temps que prévu pour accomplir cette ingrate tâche administrative. Mu par une énergie qu'il ne se connaissait pas, il accomplit quantité d'autres devoirs et rédigea nombre de corbeaux à destination, entre autres, de Hautjardin et de Villevieille. Il rencontrerait le lendemain Jasper Arryn, le neveu de Leo Tyrell, et à la demande de ce dernier il verrait avec le suzerain du Val pour faire route avec lui jusqu'à Hautjardin. Il devait également s'entretenir avec lui d'un autre sujet bien plus délicat et Jace se demandait encore comment il parviendrait à l'aborder au cours de leur voyage qui ne tardait plus à présent.
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[TERMINE] La mer et le feu ~ Jace Redwyne

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