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[Terminé] Âmes libres et coeurs ouverts (Shaïra)

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Alysanne Florent
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Réfléchissez avant de croire,
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et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 36
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
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Message Dim 12 Fév 2012 - 22:10

Battlestar Operatica by Bear McCreary on Grooveshark


Le Donjon Rouge… c'était un lieu à la fois majestueux et inquiétant, l’antre d'une dynastie qui régnait sans partage sur les Sept Couronnes depuis plus de deux cent ans, par le droit du feu et du sang. Un nid doré mais plein d’ombres et de chuchotements, où les fils du destin dansaient entre les doigts d'habiles marionnettistes. La pensée de ces ombres et de ces fils hantaient Alysanne tandis qu’elle arpentait les couloirs munificents du haut château, à la suite du serviteur en livrée qui la conduisait à un autre valet. Il y avait deux jours qu'elle était arrivée à Port-Réal, et cet après-midi était le moment qu'elle avait choisi pour aller à la rencontre du Grand Argentier, auquel elle devait remettre un message codé de la part de Leo Tyrell. Escortée d'Hugo et Kerigan, elle avait passé la cour extérieure et présenté son cas à l'homme empressé qui la guidait maintenant à l'intérieur du château.

Depuis leur arrivée aux portes du Donjon Rouge, la fille de Lord Florent avait pris soin de garder un œil sur le comportement de son nouveau garde. En faisant abstraction de son équipement (ils ne pourraient récupérer le nouveau qu’à leur retour de Darry), on aurait pu croire qu’il s’agissait de n’importe quel garde au service de la Maison Florent. Une foule de minuscules détails dans son attitude, sa manière de se déplacer et de regarder les gens avaient changé. C’était étrange, comme de voir un serpent changer de peau. Il apprend vite, réalisa-t-elle, bien plus vite que je ne m’y attendais. Non content d'avoir assimilé d’une traite l’interminable litanie d’Hugo, il arrivait à dissimuler l’effort que lui demandait sa mise en pratique. Son adaptabilité était… déconcertante.

Malin, et suffisamment pour s'en cacher. Une arme dangereuse à manier. Sa prudence à Pont-l'Amer, en l'occurrence, l'avait peut-être protégée d'un danger qu'elle ne soupçonnait pas... mais ce n'était pas là l'idée qui occupait son esprit. La nature distribue ses dons sans regarder à l’origine. Cet exemple lui donnait matière à réfléchir. Elle n'avait jamais vraiment examiné la question, faute de côtoyer des gens du peuple, en-dehors des valets des Florent qui n'avaient jamais eu l'occasion de briller devant elle en sortant de leur rôle. Maintenant qu'elle y pensait, cela lui laissait un arrière-goût de cendres. Quelle que soit sa vivacité d'esprit, cet homme ne pourrait jamais acquérir en une vie d'efforts le quart de ce que j'ai obtenu en me donnant seulement la peine de naître. Avoir le ventre plein, accéder aux soins d’un mestre, se réchauffer près d’un feu en hiver, enrichir son esprit, tout cela lui était acquis quand d'autres mouraient de faim, de froid, de maladie, ou végétaient dans l’ignorance. Elle n’aurait pas dû s’en soucier. Qui s’en souciait ? Tel était l’ordre des choses, mais cet ordre avait été établi par les hommes, et cela signifiait qu'il pouvait être défait. Ses raisonnements, une fois de plus, l’entraînaient par des sentiers de traverse, et celui-ci en particulier dans une impasse : il n'était pas en son pouvoir de permettre à chaque homme de choisir son destin... il n'était même pas en son pouvoir de choisir le sien, se rappela-t-elle amèrement.

On l'introduisit bientôt devant un valet d'âge respectable qui se chargeait d'organiser les audiences avec le Grand Argentier. Lorsque la jeune femme annonça qu’elle souhaitait voir Clarence Hightower, elle eut la surprise d’apprendre que celui-ci n’était pas encore arrivé à Port-Réal pour prendre ses fonctions. Je le verrai peut-être en revenant de Darry, se dit-elle avec espoir. Il était impératif qu’elle lui remette le message de Lord Tyrell en mains propres. Dépitée, elle retrouva le sourire en se rappelant qu'elle avait une autre raison de venir au Donjon Rouge. Elle expliqua au serviteur qui l'avait conduit là que le prince Daeron Targaryen l'avait invitée à visiter la bibliothèque. S'il se demandait quels pouvaient bien être ses liens avec le prince Daeron, l'homme n'en laissa rien paraître et se contenta de l'inviter à le suivre. Sachant qu'il serait mal vu d'emmener des étrangers armés à la porte d'un lieu fréquenté assidûment par le roi, et consciente qu'Hugo et Kerigan avaient mieux à faire qu'attendre tout l'après-midi, elle leur fixa rendez-vous à la tombée de la nuit dans la cour extérieure.

Daeron avait apparemment informé les intéressés de son invitation et son nom suffit à lui donner accès à la bibliothèque où le roi, fort heureusement, ne se trouvait pas. Elle avait espéré une demi-journée de tranquillité pour explorer les trésors du dragon, et la chance semblait être avec elle. La chance, ou un miracle, songea-t-elle en découvrant avec une stupeur émerveillée l'étendue de la collection royale. Elle en aurait presque pleuré : elle savait qu'elle ne reverrait jamais l'équivalent d'une telle réserve de connaissances... dont la porte se refermerait bientôt comme les portes de la Citadelle s'étaient refermées devant elle à l'âge de seize ans. Au moins cette porte-là était-elle ouverte aujourd'hui, et elle avait bien l'intention d'en profiter. Reconnaissante, elle se promit de trouver un moyen de remercier le prince à la hauteur de ce que cette faveur représentait pour elle.

Comme on découvre un jardin, Alysanne se promena parmi les rayonnages, les coffres et les lutrins, respirant l'odeur caractéristique du papier et des parchemins, effleurant d'un doigt léger les ouvrages étalés à sa disposition comme autant de fleurs rares. Impossible de faire un choix ; devait-elle vraiment se contenter d'une maigre cueillette quand elle aurait voulu moissonner le savoir à pleins bras ? Passant et repassant d'une allée à l'autre, elle finit par jeter son dévolu sur un traité d'herboristerie signé par un maître en la matière.

Chargée de son précieux fardeau, elle s'installa à une table d'étude et souleva la couverture richement décorée dans un geste familier, mille fois répété, qui lui donna l'impression d'être enfin de retour chez elle à Rubriant. Pour un temps, elle allait de nouveau tout oublier : ce maudit projet de mariage, l'agresseur qui avait tenté de la violer, et la menace des Fer-nés... une fois qu'elle mettait le nez dans un livre, tout le reste s'évanouissait en fumée, et certains jours, c'était une miséricorde autant qu'un plaisir.




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


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Dernière édition par Alysanne Florent le Mer 7 Mar 2012 - 12:19, édité 1 fois
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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

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Message Lun 13 Fév 2012 - 11:19

Rien ne paraissait pouvoir arracher lady Shaïra de Lys de la lassitude et de l’ennui. Assise face à sa coiffeuse, elle enroulait inlassablement l’une de ses longues mèches d’or et d’argent autour de son doigt fin, soupirant parfois, elle songeait tout à la fois aux romantiques fleuves du Conflans, aux immenses champs de roses jaunes du Bief et à la beauté saisissante des Jardins aquatiques de Dorne… De magnifiques régions qu’elle n’avait plus vues depuis six longues années. C’est en l’an 206 que Shaïra avait entreprit un voyage initiatique et de découvertes à travers tout Westeros, dont elle était revenue changée, grandie. Toutefois, ce n’était pas l’épuisement qui avait interrompu sa traversée mais bien le Fléau du Printemps et ses ravages qui la poussèrent à regagner les Terres de la Couronne au plus vite. Bien que toujours libre et exempt de toutes attaches, elle avait siégé au Donjon Rouge et essayé de soutenir son demi-frère, Brynden Rivers, dans son exigeante et pénible tâche. Cette attitude en laissait perplexe plus d’un, car il était bien connu que la Seastar avait refusé pas moins d’une cinquantaine de fois les demandes en mariage de la Main du Roi. Mais Shaïra se jouait des rumeurs sur sa vertu, son honneur ou encore ses penchants présumés pour la « magie noire ». Elle avait choisi de s’en amuser, car il ne suffirait pas d’une vie entière pour se libérer des commérages et plaire à chacun. Il était déjà incroyablement ardu de choisir sa voie et de s’y tenir, cela demandait à vrai dire un effort à chaque seconde. Or, Shaïra était plus sensible qu’elle ne voulait le laisser croire… Elle subissait les médisances des jaloux et l’indifférence des Targaryens avec dignité, mais refusait de se fondre dans le rôle qu’on souhaitait lui imposer. Elle garderait sa liberté, contre vents et marées, et ce même si personne ne voulait, ou ne pouvait, comprendre. Mais comment pouvait-elle expliquer le fond de sa pensée, qui serait assez fou pour embrasser ses convictions ? N’appartenir à personne… Ne pas être un objet, un trophée que l’on abandonne sur un meuble de marbre, froid comme les sentiments d’un mari envers une femme qu’il n’a que trop côtoyé… Non. Elle ne serait pas cette malheureuse. Le mariage ne deviendrait pas son tombeau.

Dans un geste lent et mesuré, Shaïra quitta son boudoir pour aller se vêtir. Elle ne savait pas encore ce qu’elle ferait de sa journée, mais il n’était pas question de se morfondre seule dans ses appartements, elle n’en avait pas le droit. La préparation de la lady était toujours assez longue, car elle prenait le temps d’effectuer chaque étape avec soin. Ainsi elle ne choisissait que les plus belles et douces étoffes, et chaque tenue était confectionnée pour elle par les plus grands tailleurs de Port-Réal. La robe qu’elle avait choisie pour la journée était une pièce splendide, élégante et gracieuse au possible. Elle la recouvrait entièrement et comportait de longues manches largement évasées ainsi qu’une capuche recouverte de fourrure d’hermine. Le tissu d’un blanc écru était relativement lourd et brodé de fils d’argent et bleu-roi, alors que le revers des manches présentait un doux bleu clair, les deux étaient ornés de motifs floraux à peine visibles. Il s’arrêtait à mi-cuisses tandis que le reste du vêtement était constitué d’une fine dentelle laissant deviner les jambes fuselées de la lady. Une tenue qui ne manquait pas de raffinement et pouvait être considérée comme un rien suggestive, mais c’était bien loin d’effrayer la lady. Après avoir coiffé sa longue chevelure d’argent, qui cascadait maintenant jusqu’à ses reins, et glissait sa parure favorite autour de son cou, ses pas l’engagèrent sereinement dans les couloirs du Donjon Rouge.

Shaïra fit une halte dans un atelier qui lui était consacré et où reposaient quelques infusions et autres macérations dévolues à ses expériences. En effet, si elle ne manquait pas de s’essayer à quelques recettes recueillies dans la majestueuse bibliothèque du château, elle aimait aussi tenter de nouvelles choses et expérimenter, au gré de ses envies et de son imagination. Elle avait parfois découvert, au détour d’un parchemin usé et oublié, des rites que d’aucuns jugeraient étranges tant ils étaient emplis de superstitions et d’ingrédients farfelus. Malgré tout c’est volontiers que la lady s’y plongeait, par jeu ou tout simplement par curiosité. Mais c’était une confection bien sérieuse qu’elle réalisait là, car la pleine jouissance de sa liberté en dépendait. C’était une mixture limpide d’un mauve pâle qui dégageait une forte odeur de rose, que Shaïra huma pour en jauger la qualité. Il faudrait attendre un peu pour que « sa » version du Thé de Lune soit utilisable mais elle ne s’en inquiétait pas, depuis le temps, elle pouvait la réaliser les yeux fermés. Elle se détourna et rejoignit un autre plat en fonte, enveloppé de braises, dont s’échappaient des effluves de miel. C’était une création destinée aux très jeunes enfants, bien qu’elle n’en côtoyait pas et ne tenait pas à en avoir elle-même, pour faciliter leur endormissement. Shaïra y plongea une cuillère en bois qu’elle porta à ses lèvres, puis fronça le nez. Malgré la douceur du miel c’était bien trop amer et fort pour qu’un petit daigne l’avaler. Un peu déçue mais non abattue, elle reposa le tout et sortit de l’atelier avec une idée bien précise en tête : Elle connaissait toutes les allées de la bibliothèque mais son contenu lui échappait parfois, cela dit elle avait souvenir d’un ouvrage d’herboristerie contenant un certain nombre d’ingrédients « cache-misère », bien pratiques pour dissimuler odeurs ou goûts peu ragoutants.

Au grand dam de Shaïra, les rayonnages étaient souvent déserts – puisque le roi se faisait le plus souvent amener ce dont il avait besoin – et elle était au final l’une des rares à s’y attarder… Mais pas cette fois. Alors qu’elle entrait dans la bibliothèque royale – et c’était là une vision qui lui serrait toujours le cœur – son regard vairon s’arrêta brusquement sur la silhouette d’une jeune femme penchée sur un ouvrage, qu’elle reconnaissait même de loin. Il s’agissait ni plus ni moins de celui qu’elle était venue trouver. Un signe du destin ? Son côté candide le lui soufflait avec malice. C’est dans une démarche à la fois légère et élégante que la Seastar s’avança vers l’inconnue… Cette dernière avait dû être invitée, car on n’entrait pas aisément au Donjon Rouge, encore moins dans cette pièce illustre. Pourtant, Shaïra ne pensait pas l’avoir jamais rencontrée et sa mémoire lui faisait rarement défaut, ce qui ne l’empêchait pas d’être intriguée et curieuse. Elle en aurait presque oubliée le trésor qu’elle était venue cherchée, reposant entre les mains de la damoiselle. Une fois à ses côtés, Shaïra balaya légèrement du plat de la main les mèches encombrant son visage et s’adressa à la jeune femme avec considération :

    « Bonsoir lady, pardonnez mon intrusion dans une si passionnante lecture. Nulle ironie dans la voix de Shaïra, qui était au contraire mélodieuse et intéressée. Je suis Shaïra Seastar, et il est malheureusement bien trop rare que je trouve de la compagnie parmi ces parchemins oubliés. Elle inclina légèrement la tête, par respect. D’autant plus une femme qui s’intéresse à l’art de l’herboristerie. »

Shaïra restait debout, non pour se montrer supérieure à son interlocutrice mais parce qu’elle ne souhaitait pas s’imposer sans permission. Elle-même ne supporterait pas qu’on la dérange dans certaines de ses lectures et renverrait brutalement les imprudents qui oseraient la tirer de ses réflexions. Mais la jeune femme face à elle, bien que son apparence et la beauté de son teint trahissaient ses origines nobles, pouvait pêcher par jeunesse et se sentir contrainte d’accepter la présence de la lady. Là n’était pas la volonté de Shaïra, qui gardait une distance respectueuse et un sourire poli sur ses lèvres roses et ourlées.


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Alysanne Florent
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Message Lun 13 Fév 2012 - 19:28

Accaparée par sa lecture, Alysanne tressaillit au son d'une voix inconnue. Levant les yeux, elle découvrit à ses côtés une apparition d'une beauté singulière, presque irréelle. Une femme, ou la quintessence de toutes les femmes de ce monde, qui avait volé la lumière de la lune pour la porter dans ses cheveux. Une Targaryen à l'évidence, mais malgré son port de reine, il ne s'agissait vraisemblablement pas de l'épouse d'Aerys. Les chansons de ménestrels vantaient une femme du Donjon Rouge aux yeux d'émeraude et de saphir, et c'était là un phénomène assez rare pour trahir l'identité de cette fleur exotique, avant même qu'elle ne la dévoile.

« Je suis Shaïra Seastar, et il est malheureusement bien trop rare que je trouve de la compagnie parmi ces parchemins oubliés. D’autant plus une femme qui s’intéresse à l’art de l’herboristerie. » déclara la visiteuse en inclinant la tête avec délicatesse.

Son attitude était la dignité même, tout en grâce et courtoisie. Alysanne se leva et se fendit d'une courte révérence, examinant dans le même temps son interlocutrice avec curiosité, mais sans insistance. Elle avait beaucoup entendu parler de la Grande Bâtarde, comme tout le monde... et ce n'était pas l'image à laquelle elle s'attendait. Elle avait imaginé une princesse ou une courtisane, et elle découvrait... Shaïra. Il n'y avait pas de nom pour ce genre de femme, si seulement il en existait deux dans toutes les Sept Couronnes. Tout en elle était opulence, calme et volupté. Sa coiffure, ses bijoux, sa tenue somptueuse l'auréolaient comme un sortilège, mais elle était visiblement de celles qui n'ont pas besoin de sortilège pour envoûter le cœur des hommes. Le regard d'Alysanne s'attarda un instant sur sa robe stupéfiante : en bonne native du Bief, elle avait développé une sensibilité fine en matière de mode, et cette pièce en disait long sur celle qui la portait, au-delà de ses goûts. C'était une chose luxueuse, majestueuse sans être tapageuse, d'un goût exquis et très personnel. La robe d'une séductrice suggérant ses charmes avec une pointe subtile d'effronterie, sans outrepasser les limites de la décence.

Elle n'est pas mariée, se rappela-t-elle. On dit qu'elle collectionne les amants et les coeurs brisés, et qu'elle a toujours refusé d'accorder sa main à qui que ce soit. Partage-t-elle mes appréhensions quant au mariage ? Redoute-t-elle le rôle étouffant d'une épouse, un quotidien sans issue, une vie bridée par l'autorité d'un homme ? Ces liens que l'on dit sacrés, y voit-elle des chaînes ? Refuse-t-elle elle aussi d'être réduite à un bien qui se marchande, se possède et se jette au besoin ? Envisage-t-elle avec appréhension les affres de l'enfantement, et avec indifférence les joies supposées de la maternité ? Son coeur se serra. Au fond d'elle, elle l'espérait, car cela voudrait dire qu'elle n'était pas une sorte d'anomalie, un caprice de la nature, inévitablement voué à l'opprobre.

« C'est un honneur de vous rencontrer, Lady Shaïra » répondit-elle aimablement, en se gardant de laisser paraître son trouble. Elle remit en place les plis de sa propre robe, un fourreau de soie fluide, vert d'eau, agrémenté de fanfreluches fines comme de la gaze et brodée de perles d'un gris lunaire au niveau du corsage. Une robe gracieuse, toute en légèreté sur sa silhouette de sylphide. « Je suis Alysanne Florent, de Rubriant. C'est un plaisir inattendu de croiser la célèbre Shaïra Seastar, l'égérie de tant de poètes... et plus inattendu encore de la croiser en ces lieux. Quand le prince Daeron a eu la bonté de m'inviter à visiter la bibliothèque du Donjon Rouge, je n'imaginais pas que j'aurai la chance d'y faire votre connaissance. Si je comprends bien, vous vous intéressez vous-même à l'herboristerie, ma Dame ? »

Elle cachait sa stupéfaction, mais en son for elle était pleine de curiosité. Elle n'avait jamais croisé qui que ce fût en-dehors de Mestre Josua qui partageât son intérêt pour les plantes. Qu'une femme rencontrée par hasard, et pas n'importe laquelle, eût ce point commun avec elle, lui semblait tout à fait extravagant. « Je ne suis que de passage à Port-Réal, et reprendrai la route à l'aube, mais si vous êtes d'humeur à converser, je serai ravie de vous consacrer le temps qu'il me reste aujourd'hui. »




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Shaïra Seastar
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Message Dim 19 Fév 2012 - 0:33

C’est modestement que Shaïra inclina lentement la tête face à la belle damoiselle qui lui fit l’honneur d’une révérence. La lady n’était pas habituée à ce genre de démonstrations de la part d’une femme, car celles qu’elles côtoyaient – certes peu nombreuses, cela se limitait au cercle des Targaryens majoritairement – se contentaient bien souvent de l’ignorer, quand elles ne la gratifiaient pas de froides paroles. Elle avait longtemps cru, dans sa grande naïveté enfantine, qu’elles lui reprochaient sa naissance ingrate et ses origines Lysiennes, avant de comprendre en gagnant âge et sagesse que la Bâtardise était bien peu de choses comparées au poison de la jalousie. Si les Sept lui avaient infligé un physique ingrat et un faible esprit, elle aurait sans doute eu plus d’amitiés féminines au cours de son existence. Mais comme s’il n’était pas suffisant de la mettre à l’écart en lui infligeant la honte d’être une illégitime de l’Indigne, il avait fallu qu’elle porte le fardeau d’un physique considéré comme plaisant et souffre d’une soif insatiable de savoirs. Mais de toutes ses tares, jusqu’à ses prunelles différenciées et troublantes, la Seastar en avait fait des forces. Renonçant à l’idée de plaire à celles qui auraient pu être des amies, elle fit de la beauté, du charme, de la séduction et de l’éloquence des armes redoutables au service de son propre plaisir, de ses objectifs et ceux de ses proches.

Ainsi, se retrouver face à une jeune femme qui ne montrait aucun signe d’hostilité ni de méfiance, était surprenant. C’était peut-être même une première pour la Lady, dont l’intérêt et la curiosité s’en trouvaient fortement titillés. C’est donc avec la plus grande attention qu’elle l’écouta, un fin sourire sur les lèvres. Il s’agissait donc d’une originaire du Bief, comme l’avait déjà laissé deviné le goût de sa tenue, en voyage et invitée par Daeron lui-même. Ou l’Ivrogne, comme on le surnommait. Elle songea à son petit-neveu quelques secondes, non sans une certaine amertume, car il était évident qu’il méritait meilleur destin que celui qu’il s’infligeait. Mais là n’était pas le sujet. Flattée par les propos d’Alysanne – car Shaïra ne jouait jamais les fines bouches face au compliment, et les accueillait volontiers – son sourire se fit plus évident tandis qu’elle répondait, sur le même ton mélodieux :

    « Vous n’êtes que peu de temps à Port-Réal et choisissait de vous arrêter ici, dans la bibliothèque royale du Donjon Rouge… Elle laissa quelques secondes s’écouler, l’espièglerie brillant au fond de ses yeux, avant de poursuivre. L’honneur est donc partagé, Lady Alysanne, et ce choix vous honore autant qu’il me ravit. Il était relativement rare que les femmes nobles pourchassent un objectif autre que celui de trouver un bon parti… Constater qu’il y avait de jeunes demoiselles prêtent à sacrifier de leur temps pour s’abreuver de connaissances était donc bel et bien rassurant selon Shaïra. J’espère seulement que vous ne serez pas trop attristée de devoir quitter cet endroit dès l’aube, moi-même qui ait pourtant un libre accès à ces ouvrages suis toujours frustrée de n’avoir jamais assez de temps à leur consacrer. »

Il faudrait effectivement bien plus d’une vie pour lire et assimiler tout le savoir accumuler entre ces murs, et c’était une perspective aussi excitante que fâcheuse. Dans un geste doux et souple, elle avança le bras vers la table de travail et caressa, du bout de ses doigts fins, la reliure du livre que son interlocutrice étudiait avant son interruption. L’herboristerie… Un domaine qui intéressait malheureusement peu de monde, hormis les mestres et encore, c’était surtout le cas de ceux qui étaient assez compétents dans le domaine de la médication.

    « Effectivement, le hasard a voulu que je vienne justement prendre un renseignement dans l’ouvrage qui vous occupait. L’herboristerie est malheureusement négligée, alors qu’elle recèle mille et un secrets et se révèle souvent plus efficace qu’une vaine prière… Si Shaïra avait été élevée dans la foi des Sept, sa croyance restait pour le moins modeste. Bien qu’il ne faille rien négliger. »

La lady ne savait pas exactement si c’était la politesse ou une véritable envie qui animait la jeune Alysanne lorsqu’elle lui proposa de passer le temps qu’il lui restait à Port-Réal en sa compagnie. De son côté, la Targaryenne serait ravie d’avoir une personne paraissant proche de ses centres d’intérêts et qui ne soit pas de sa famille pour égayer sa journée jusqu’à présent relativement fade. Cela dit, Shaïra avait bien une idée pour rendre la halte d’Alysanne au Donjon Rouge plus intéressante et exceptionnelle encore…

    « Ce serait un plaisir, toutefois je ne voudrais pas vous priver des découvertes que peut offrir cet ouvrage, aussi je vous propose de me suivre dans mon atelier personnel d’herboriste. Vous y verrez quelques applications, ainsi que des créations, qui pourront je le pense vous intéresser. Il était étrange de se dire que si Alysanne acceptait, elle serait la première à entrer aux côtés de la lady en ce lieu qu’elle gardait secret. Mais Shaïra sentait au fond d’elle-même qu’elle pouvait faire confiance à la jeune femme. Ce n’était qu’une intuition, mais en tant que détentrice du don de vervue elle avait appris à avoir confiance en son instinct. Vous pourriez même m’aider avec un breuvage qui me pose quelques énigmes, si le cœur vous en dit. »

Shaïra sentait monter en elle quelques candides sentiments. Il était rare qu’elle évoque ce genre de sujets, qui pourtant la passionnaient, et encore plus exceptionnel quelle s’y risque avec une femme. Elle aurait tôt fait de se faire traiter d’ensorceleuse et de subir les remontées d’une énième rumeur. L’intérêt qu’avait éveillé Alysanne et la confiance que Shaïra plaçait précautionneusement en elle, étaient deux phénomènes rapides mais qui paraissaient naturels aux yeux de la lady. Peut-être se réjouissait-elle trop vite et finirait-elle déçue de cette rencontre, mais elle en doutait. Non, elle était sûre qu’elles s’entendraient. Alysanne était de ces fleurs douces et discrètes qui se laissent découvrir peu à peu, elle n’avait pas la vulgarité d’une noble dévoilant ses atours sans vergogne, ni la naïveté d’une enfant pas assez mûre pour s’aventurer dans Westeros. La dame Florent avait choisi de prendre la route et d’utiliser une partie de son temps, sûrement précieux, pour étudier, comme avait pu le faire Shaïra six ans auparavant… C’est avec malice que la Seastar songea que les deux femmes avaient peut-être bien plus de points communs qu’elles n’osaient l’espérer. L’avenir lui donnerait sa réponse.


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Alysanne Florent
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Message Dim 19 Fév 2012 - 23:48

Flower Duet by Leo Delibes on Grooveshark

« L’herboristerie est malheureusement négligée, alors qu’elle recèle mille et un secrets et se révèle souvent plus efficace qu’une vaine prière… »

Ces paroles amenèrent un léger sourire sur les lèvres d'Alysanne. Si elle en avait douté, elle savait à présent que Shaïra n'avait rien d'une dévôte, et ce n'était pas pour lui déplaire. Elle écoutait chaque mot avec son habituelle concentration, et jetait dans sa mémoire les expressions de la belle en même temps que les nuances de son regard. Les gens, plus encore que les plantes, avaient toujours été son principal sujet de curiosité, et la fleur qui se trouvait devant elle la fascinait, en partie parce que ses couleurs étaient uniques, en partie parce qu'il lui semblait y retrouver son propre parfum...

« Je ne voudrais pas vous priver des découvertes que peut offrir cet ouvrage, aussi je vous propose de me suivre dans mon atelier personnel d’herboriste. Vous y verrez quelques applications, ainsi que des créations, qui pourront je le pense vous intéresser. Vous pourriez même m’aider avec un breuvage qui me pose quelques énigmes, si le cœur vous en dit. »

L'invitation la laissa un instant sans voix, surprise tout à la fois de l'existence d'un tel atelier, et du privilège qui lui était accordé. Elle avait entendu à propos de Shaïra, comme n'importe quel habitant de Sept Couronnes, des accusations de sorcellerie. Elle avait écouté d'une oreille lasse sa septa colporter, livide, la rumeur de poisons et de philtres impies distillés dans les cryptes du Donjon Rouge... mais elle n'avait jamais soupçonné qu'une vérité déformée se cachait derrière ce conte pour enfants. Un atelier d'herboriste. Elle n'en avait jamais eu à Rubriant, cantonnant sa pratique au laboratoire de Mestre Josua, et généralement sous la surveillance de celui-ci ; si le mestre lui laissait libre accès à sa bibliothèque, il n'en allait pas de même avec son officine. Trop de risques s'attachaient à la pratique de son art. Une erreur de dosage, une confusion entre deux substances, et c'était la vie de sa protégée qu'il aurait accepté de mettre en jeu. C'était une limite que même lui n'était pas prêt à franchir ; Lord Florent n'y aurait de toute façon jamais consenti... au grand désarroi de sa fille.

« A dire vrai, rien ne saurait m'agréer davantage », dit-elle en riant. « Je serais bien incapable de refuser une telle proposition, même s'il fallait pour cela traverser la Néra à la nage. Sans parler de mon intérêt pour l'herboristerie, je ne résiste jamais à la tentation de résoudre une énigme. » Quant à la nature de l'énigme à résoudre, elle ne précisa pas s'il s'agissait du mystérieux breuvage ou de Shaïra elle-même. Une manière comme une autre de laisser entendre, sans la harceler de questions, qu'elle aspirait à mieux la connaître.

C'est ainsi qu'elle se retrouva de nouveau dans les couloirs du Donjon Rouge, dans le sillage de sa compagne de hasard. Là où Septa Lysa aurait brandi son cristal à sept faces et pâli, redoutant de franchir les portes d'un quelconque enfer, Alysanne avançait d'un pas pressé, le cœur battant légèrement plus vite qu'à l'accoutumée. Le labyrinthe du château défilait autour d'elle comme dans un rêve éveillé. Un trouble diffus s'était emparé d'elle, comme si, au détour d'un chemin familier, elle venait de découvrir un sentier qui n'avait jamais été là auparavant. Cette sensation enfla et s'accrut malgré elle comme un pressentiment. Habituée à tempérer ses humeurs, elle ne comprenait pas sa propre réaction. Elle comprit toutefois quand la porte de l'atelier s'ouvrit devant elle, la laissant face-à-face avec une réalité que son coeur avait à la fois espérée et redoutée.

Partout des parchemins, parmi des alambics, des plats chauffant sur des braises, des fioles, des flacons, éparpillés en un désordre charmant, ou un ordre complexe, dans un arc-en-ciel de parfums dominés par celui, entêtant, de la rose… la propriétaire nourrissait à l’évidence une passion pour son art mais la rumeur avait passé sous silence ces amours-là. Alysanne restait figée sur le seuil, comme frappée d’un sort. Cet atelier digne d'un mestre lui disait tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Shaïra n'était pas une évaporée vouant un vague intérêt à l'herboristerie, une aristocrate oisive cherchant à combler son ennui avec une lubie passagère. Elle maîtrisait ce qu'elle faisait. Sous les yeux d'Alysanne s'étalait le tableau d’une vie épousant les plus intimes de ses désirs, celle d'un mestre sans chaîne, et ce mestre était une femme qui avait renoncé au mariage pour être libre. Aussi libre qu’un homme. Certains la traitaient de catin, ou de sorcière, mais ce n’était pas la majorité. On écrivait sur elle des poèmes, des chansons. Les hommes se laissaient aller à rêver à la seule évocation de son nom. Elle était enviée et non mise au ban de la société. Une comète attirant tous les regards, et sa lumière semblait lui indiquer le chemin à suivre. Tout à coup, cela ne lui semblait plus aussi improbable. A condition de s'en donner le droit.

Liée comme elle l’était par la reconnaissance, l’affection et le sens du devoir, l’honneur de son père lui tenait plus à cœur que son accomplissement personnel. Si elle avait accepté de se marier, c’était pour être à la hauteur de ses attentes, plus que par sentiment d’obligation, et elle le lui avait promis d’un cœur sincère. Mais sur la Route de la Rose, ses nuits n'avaient été qu'angoisses et cauchemars, des cauchemars dont la signification n'était que trop évidente. Devrait-elle pousser l’effort jusqu’à ses dernières limites, jusqu'à ce que son âme se déchire en morceaux ? Tous ces livres et ces parchemins vous ont empoisonné l'esprit, avait coutume de dire Septa Lysa. Et c'était vrai, d'une certaine façon. Mais une rivière ne revient jamais en arrière. Il était temps pour elle de l'accepter. C'est ici, à Port-Réal, que ma quête d'un époux devait débuter. Et si c'était ici qu'elle s'achevait ?

« C'est un magnifique atelier. Il y a là de quoi faire pâlir d'envie plus d'un mestre herboriste », dit-elle à Shaïra d'un ton sincère, sortant de son mutisme.

Elle entreprit de visiter l'atelier, ses yeux vaquant d'un objet à l'autre, d'une préparation à l'autre. Elle avait du mal à concentrer son attention sur ce qu'elle voyait, irrésistiblement emportée par le torrent de ses pensées. Renoncer au mariage... suivre les traces de cette âme libre... Était-ce possible ? Si comme le pensait Hugo, son père souhaitait  seulement la voir construire sa propre vie, au lieu d'errer comme une âme en peine dans les couloirs de Rubriant... il la délierait de sa promesse, et ce voyage marquerait pour elle le début d'une nouvelle existence. Il y avait toujours dans son aumônière le message codé de Leo Tyrell, et c'était un sésame pour l’inconnu. Une graine avait été semée à Hautjardin, qui ne demandait qu'à germer. Être l'agent d'un seigneur suzerain, si ce suzerain partageait ses valeurs, elle pouvait l'envisager, elle pouvait le désirer. Et ce rôle-là, elle pouvait l'exercer sans l'appui d'un époux.

« J'espère avoir la chance de posséder un tel laboratoire un jour » commenta-t-elle après avoir fait le tour des installations.

Son regard tomba juste devant elle sur une mixture translucide d'un mauve pâle, dont elle n'avait jamais vu l'équivalent. A en croire les ragots, ce devait être un philtre d'amour destiné à inspirer des désirs coupables aux hommes vertueux... Cette pensée lui arracha un sourire tandis qu'elle humait l'odeur de rose émanant de la potion. Il était évident que Shaïra n'avait pas besoin d'artifice pour s'attirer les faveurs d'un homme. On lui prêtait de nombreux amants, mais il était peu vraisemblable qu'elle eût besoin de les ensorceler pour les attirer dans sa couche. Aussi libre qu'un homme, se répéta Alysanne.

Loin de condamner ce mode de vie, elle y voyait la preuve supplémentaire d'une réelle indépendance de corps et d'esprit, libérée des préceptes fallacieux des septons. « L'honneur des Florent ne se cache pas entre mes cuisses », avait répliqué sa soeur Tierle le jour où Septa Lysa, après « l'incident Dorian », lui avait reproché de souiller l'honneur de sa famille. Cette répartie typiquement « tierlesque » avait frappé Alysanne par sa justesse. Il était déjà évident pour elle à l'époque que les ecclésiastiques ne détenaient pas la vérité en toute chose. Elle avait commencé à le comprendre dès son plus jeune âge, quand ses lectures lui avaient permis de découvrir que le travail du fer avait été enseigné aux Andals par les Rhoynars, comme en attestaient les récits anciens et les travaux des mestres... et non par le Forgeron dans une vision miraculeuse, comme le prétendaient les septons. Une mascarade parmi tant d'autres, qui l'avaient éloignée de la Foi, et convaincu de l'hypocrisie manipulatrice de ses représentants. Elle n'accordait aujourd'hui plus aucun crédit à ces colporteurs de fausses vertus.

Le trouble qui s'était emparé d'elle un moment auparavant se dissipait sous l'effet de sa réflexion, laissant place à une détermination naissante. Cessant d'examiner les alentours sous l’œil patient de son hôtesse, elle s'enquit d'un ton malicieux :

« Vous en savez sans doute plus long que moi, mais mes humbles connaissances sont à votre disposition. En quoi puis-je vous aider ? »




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Message Jeu 23 Fév 2012 - 10:31

Shaïra n’avait pas pour habitude de dévoiler l’intimité de ses réflexions. Il était arrivé qu’on lui reproche de conserver jalousement ses secrets, mais tel n’était pas sa volonté. Elle avait simplement très tôt appris à placer sa confiance avec prudence, car les cœurs sont prompts à trahir dans les méandres des jeux du trône. Les membres de sa propre famille éveillaient les soupçons de la lady, non sans raisons. Les Targaryens n’étant pas connu pour leur fidélité ou leur calme, la Seastar se gardait bien de leur confier le fond de ses pensées. Elle ne connaissait que peu la Reine Aelinor, mais elle savait pertinemment qu’elle n’était pas dans ses bonnes grâces – pour des prétextes qui lui semblaient d’une bêtise sans nom, puisqu’il s’agissait simplement de son attachement à Brynden Rivers – il en était de même pour le frère exilé, Maekar, rongé par la haine depuis que son ego avait pâti de la nomination de Freuxsanglant en tant que Main du Roi. Alors qu’ils avaient été proches étant enfants puis jeunes personnes, Shaïra souffrait aujourd’hui de la froide indifférence, si ce n’est du mépris, qu’il lui témoignait. Ce petit Prince qu’elle avait connu était maintenant bien loin, plongé, et sans doute perdu pour toujours, dans les sinuosités d’un doux passé. Et que dire de son fils, Daeron Targaryen surnommait l’Ivrogne ? La lady avait toujours nourri une certaine indulgence vis-à-vis de ce garçon à l’existence difficile, mais sa tendance à la geignardise avait eu raison de sa patience et l’agaçait prodigieusement. Restait son demi-frère, bâtard tout comme elle. La bâtardise devait gêner les autres, car malgré la légitimité qu’ils avaient acquises à la mort de son père l’Indigne, ils restaient comme des étrangers au Donjon Rouge. Shaïra avait fini par s’y accoutumer : son exclusion de certaines ennuyeuses mondanités lui permettait de lire ou d’expérimenter dans la tranquillité, sans doute n’était-ce pas si mal ainsi. Brynden était donc l’une des rares personnes à qui elle se confiait, et c’est difficultueusement qu’elle vivait les accablements et responsabilités qui lui tombaient dessus. Cette pensée lui serrait étrangement le cœur, elle la balaya donc pour reporter son attention sur Alysanne, restée sans voix depuis sa proposition amicale. En l’invitant dans son atelier, Shaïra la conviait dans l’une de ses cryptes de mystères et acceptait de partager un peu d’intimité avec une personne étrangère, une femme qui plus est. Mais elle avait confiance, elle espérait juste ne pas le regretter dans les instants à venir.

Finalement la belle invitée accepta la proposition, non sans émettre un charmant enthousiasme. Shaïra fut un peu troublée par le rire de la Dame Florent, elle qui se laissait si rarement aller à ce genre de démonstrations de joie. En effet si les sourires ne manquaient pas de fleurir sur le visage de la lady, le rire paraissait être un étranger à sa vie, un exotique qui ne franchissait quasiment jamais la barrière de ses lèvres roses. Ainsi le naturel d’Alysanne lui plaisait autant qu’il l’inquiétait, elle craignait de paraître rigide, telle une vieille femme usée par l’existence et blasée de tout.

    « Merveilleux. Je ferai mon possible pour que cela vous laisse un agréable et intéressant souvenir… Après avoir légèrement baissé la tête en signe de respect, elle tourna les talons en douceur et murmura. Suivez-moi lady Alysanne. »

C’est avec aisance que Shaïra conduisit la jeune femme dans les dédales du Donjon Rouge, d’un pas souple et vaporeux, jusqu’à parvenir à son atelier noyé dans un désordre organisé. Sans se l’avouer tout à fait, la lady craignait un peu les commentaires que pouvaient se faire Alysanne à l’égard de ce lieu. Elle n’avait jamais permis à une demoiselle d’y poser un seul pied – les rumeurs étaient déjà assez foisonnantes à ce sujet pour qu’elle ne leur offre plus de grain à moudre – et guettait donc la moindre de sa réaction, avec une certaine appréhension. Son inquiétude ne se trouvait pas tempérée par le silence épais qui enveloppait Alysanne : était-elle intriguée ? Curieuse ? Choquée ? Effrayée ? Shaïra l’ignorait, et s’apprêtait à souffler quelques mots rassurants quand son invitée se fendit finalement d’un commentaire. Un commentaire qui réchauffa le cœur de la Seastar, dont le sourire s’élargit.

    « Merci… Elle s’approcha calmement et se tint à ses côtés quelques instants. Ne vous privez pas de visiter lady Alysanne, Même si je peux vous paraître troublée ou gênée, je suis en vérité honorée et flattée par votre présence. Et comme la jeune femme lui avait avoué son désir de posséder un jour un atelier comme le sien, Shaïra se permit de l’y encourager en susurrant. En tant que femmes, il nous faut plus que de la chance pour réaliser nos rêves personnels, mais de l’audace. Nombreux sont ceux qui s’y opposeront je le crains, mais si vous résistez à leurs pressions, vous deviendrez plus méritante que n’importe quel homme. »

Shaïra ne méprisait pas les hommes, le croire serait une erreur absurde. Elle avait plus de colère vis-à-vis de toutes les femmes qui courbaient la nuque face à eux, et se pliaient à leurs exigences quitte à en oublier leurs propres désirs. Ces femmes-là, peut-être n’avaient-elles pas toujours le choix, mais la Seastar voulait croire que toute personne qui avait eu la chance de recevoir une éducation – comment demander à une roturière taraudée par la faim de se soucier de ces problèmes ? –, était capable de se créer son propre destin, sa voie personnelle. Les obnubilées par un mariage utile lassaient Shaïra, quand elle ne les trouvait pas sottes. C’était un jugement dur et peut-être irrespectueux, mais la lady ne transigeait pas là-dessus.

    « Du moins, ce sont là mes convictions. »

Elle ne souhaitait pas non plus heurter Alysanne, elle était jeune et sans doute préoccupée par l’envie de satisfaire sa famille. Shaïra n’avait pas eu à supporter le fardeau de satisfaire un père… Bref. Elle ne manqua pas son regard sur le breuvage aux senteurs de roses, mais se garda pour le moment de le commenter, étant donné qu’il touchait un sujet tabou. Il faudrait qu’elles se connaissent un peu plus pour que la lady se permette d’aborder le sujet… Lorsque la jeune femme la rappela à son énigme, le sourire de Shaïra se fit espiègle et elle la guida jusqu’au plat en fonte chauffé par des braises. Le liquide qui mijotait avait pris la senteur, la couleur et la texture du miel, mais surement pas le goût, qui avait dû garder son amertume.

    « C’est une sorte de somnifère très léger, destiné aux jeunes enfants qui seraient souffrants. Elle reprit une cuillère propre et la plongea délicatement dans le mélange, pour goûter à nouveau. Elle fronça alors le nez. Mais c’est terriblement amer, aucun enfant ne parviendrait à l’avaler. Vous pouvez goûter si vous le désirez, c’est si léger que cela ne vous fera aucun effet. Elle reposa la cuillère en bois à côté du plat en poussant un soupir légèrement désappointé. Peut-être avez-vous une idée pour au moins masquer ce goût, et au mieux le rendre agréable ? »

Shaïra songea qu’elles auraient pu prendre l’ouvrage d’herboristerie avec elles, mais ce n’était pas non plus quelque chose de si important pour qu’elle se donne la peine de faire un autre aller/retour. Elle avait aussi bon espoir qu’Alysanne ait une solution à lui proposer, même si ce n’était pas l’objectif principal de sa venue, loin de là. D’ailleurs, Shaïra s’empressa d’amener d’autres sujets de conversation qui pourraient divertir la jeune femme.

    « Ce n’est pas ma création la plus ambitieuse, d’autres breuvages exciteront sans doute davantage votre curiosité et votre intérêt. Elle erra un court instant entre les tables de travail mais ne savait quelle préparation choisir parmi toutes celles aux teintes et odeurs diverses et variées. Mais je vais vous laisser choisir celui qui vous intrigue le plus, ce sera plus distrayant pour nous deux. »


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Alysanne Florent
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Message Jeu 23 Fév 2012 - 19:19

« En tant que femmes, il nous faut plus que de la chance pour réaliser nos rêves personnels, mais de l’audace. Nombreux sont ceux qui s’y opposeront je le crains, mais si vous résistez à leurs pressions, vous deviendrez plus méritante que n’importe quel homme. »

Les paroles de Shaïra semblaient faire écho à ses propres pensées. Elle avait opiné sans même s'en rendre compte. Oui, il lui faudrait de l'audace. Un fanal s'était allumé dans la brume de son existence à la dérive, mais la voie n'en restait pas moins encombrée de récifs. Ton cœur est libre, se rappela-t-elle. Trouve le courage de le suivre. Du courage, il en avait assurément fallu à Shaïra pour faire sa place en ce monde. Compte tenu de son absence de conformisme, son tact ne pouvait découler que d’une sensibilité fine et d’une empathie sincère. Dès lors, comment vivait-elle les calomnies ? La jalousie mauvaise et les préjugés de ses pairs ? Honte et déshonneur attendaient les enfants nés bâtards comme Hugo, Shaïra ou la Main du Roi ; des légions de septons et de septas aux vues étroites veillaient à perpétuer à leur égard la tradition du mépris, comme si ces vies innocentes étaient autant d’offenses aux dieux, ou plutôt, à l’autorité sacrée que les prêtres prétendaient tenir des dieux. Tant de haine, tant de fiel ! Et sur quoi reposait-elle, cette haine ? La foi ? Ce sentiment intime, tellement intime qu'il excluait tout débat, niant par là même l'existence de la différence et la valeur d'autrui ? Ce raccourci séduisant, instinctif et paresseux vers des convictions biaisées, des précipices d'ignorance ? Alysanne pouvait faire des paris sensés sur ce que son esprit ne pouvait appréhender. Mais elle ne pouvait embrasser aveuglément une ombre sans forme qui avait toutes les chances de sortir des ténèbres de ses propres craintes et désirs. Peut-être se trompait-elle. Peut-être finirait-elle en enfer. En attendant, elle continuerait de traiter Hugo comme un homme de valeur, comme un ami, comme un frère, et non comme une vulgaire tâche sur le blason des Florent. Et jamais elle ne jugerait les Grands Bâtards sur la seule "tare" de leur naissance.

« Du moins, ce sont là mes convictions. » avança modestement Shaïra.

Des convictions nées de l'expérience, songea Alysanne. Le regard d'autrui avait sans doute blessé la fillette que Shaïra avait été autrefois. La vie avait-elle creusé cette entaille jusqu’à l’os ? Si c’était le cas, la Seastar avait pansé ses blessures et survécu pour défier par son existence et ses choix les prédicateurs froids et leurs troupeaux de moutons bêlants. Alysanne savait qu'elle s'exposait elle-même à la vindicte sociale et religieuse en demeurant célibataire. Elle devrait dissimuler sa vie de femme, exercice plus facile pour elle que pour une fille de roi exposée à tous les regards. Il y aurait quand même des commérages, il y en aurait toujours quels que soient ses choix, mais la discrétion en atténuerait la portée, et elle y survivrait de toute façon. Là encore, Tierle lui avait fait la leçon : « Cancans, piaillements, gloussements, tu en entendras quoi que tu fasses. Marie-toi avec un noble d'un rang plus élevé : on te traitera de parvenue. Marie-toi avec un cadet sans fortune : on moquera ta naïveté. Ne te marie pas : tu seras regardée comme une vieille fille ou une traînée. Si tu veux un bon conseil, fais comme les dragons : ouvre tes ailes, prends ton essor, et laisse la volaille caqueter dans le fumier. » Ce qui était sans doute, à peu de choses près, ce que faisait cette dragonne-là. Et le qualificatif « méritante » lui paraissait hautement approprié au regard du résultat.

Alors qu'Alysanne sortait de ses réflexions pour s'enquérir de l'énigme proposée, son hôtesse se décida finalement à la guider jusqu'à la préparation qui lui posait problème. « C’est une sorte de somnifère très léger, destiné aux jeunes enfants qui seraient souffrants. Mais c’est terriblement amer, aucun enfant ne parviendrait à l’avaler. Vous pouvez goûter si vous le désirez, c’est si léger que cela ne vous fera aucun effet. Peut-être avez-vous une idée pour au moins masquer ce goût, et au mieux le rendre agréable ? »

Alysanne goûta le breuvage comme on l’y invitait et fronça le nez quand l’amertume lui envahit la bouche. Dans un somnifère, elle ne voyait qu’un seul suspect capable de lui jouer ce mauvais tour. « Vigne du Nord », dit-elle en secouant la tête avec une grimace. « Efficace pour peu que l’enfant l’avale, mais cela risque de demander une force de persuasion hors du commun  » dit-elle avec un sourire, se rappelant comment l’Oncle Jon devait attrapper Hugo par la peau du cou pour lui faire avaler ses remèdes quand il était petit. « Vous pouvez toujours tenter de masquer l'amertume avec du miel ou de la cannelle, mais vous obtiendrez un mélange fort en goût qui a tout autant de risques de déplaire à un enfant... Je préconiserais plutôt de changer d'actif. Il y a plusieurs alternatives à la vigne du nord ; dans ce cas précis ma faveur irait à la mélisse qui n’a pas beaucoup de goût et qui peut être administrée sans risque à un enfant, avec un dosage adapté. Peut-être en combinaison avec de la valériane, mais en faible proportion car cette plante n'a pas non plus un goût plaisant. »

Après coup, elle tiqua sur le mot « enfant ». Shaïra pensait-elle à un enfant en particulier ? Le sien, peut-être ? Non, sans doute pas. L’expression de son visage et le ton de sa voix ne reflétaient pas l’anxiété d’une mère. Comment se protégeait-elle des risques d'enfantement inhérents à sa vie de femme libre ? Le thé de lune, après tout, n’était qu’un pis-aller, un abortif dont peu de femmes étaient prêtes à faire usage, encore moins de manière répétée. Et les méthodes préventives, contraignantes et peu fiables, que lui avait exposées sa sœur Tierle, convenaient surtout aux femmes mariées. Ici, il ne s’agissait pas simplement de limiter le nombre de grossesses, de retarder la conception ou de prévenir les conséquences d’une liaison occasionnelle. Il s’agissait d’être libre. Aussi libre qu’un homme. Quelques années plus tôt, Alysanne avait cru trouvé la clé de cette liberté dans un ouvrage rare consacré aux secrets de Lys… en vain. La question ne s’était jamais vraiment imposée à elle, compte tenu de son âge et de son mode de vie, mais aujourd’hui elle revenait la tarauder avec une acuité nouvelle. Or, la Seastar était la fille d’une Lysienne. Séléné ? Non. Serenei. Si quelqu’un avait jamais détenu de tels secrets à Westeros, c'était elle… ou toute autre Lysienne aux mœurs libres, mais Shaïra était la seule qu’Alysanne ait jamais rencontrée, et vraisemblablement la seule qu’elle rencontrerait jamais. Elle avait envie de lui faire confiance mais la prudence était trop profondément enracinée dans son tempérament pour dévoiler ses cartes aussi vite.

« Ce n’est pas ma création la plus ambitieuse, d’autres breuvages exciteront sans doute davantage votre curiosité et votre intérêt. Mais je vais vous laisser choisir celui qui vous intrigue le plus, ce sera plus distrayant pour nous deux. »
déclara aimablement Shaïra.

Alysanne se prêta volontiers au jeu et ce fut le début d'une longue conversation, d'une table à l'autre, d'une préparation à l'autre, les questions et les réponses fusant avec la précision d'un tir de flèche, les conseils et les débats fleurissant avec une grâce polie sur les lèvres des deux herboristes. De fil en aiguille, Alysanne se laissa aller à parler de Mestre Josua, de sa passion pour les plantes exotiques, de la manière dont il avait éveillé chez elle l'intérêt pour cet art, mais aussi pour le savoir dans toute son infinie diversité. Elle ne s'étendit pas sur sa vie, se contentant de livrer ici et là des indices, des anecdotes qui lui semblaient s'insérer naturellement dans le fil de la discussion. Il était plaisant de deviser avec une femme aussi éclairée et courtoise, et elle prenait plaisir à se montrer avec elle sous son véritable jour, sans avoir à se dissimuler derrière une réserve froide et prudente. Au détour d'un échange, alors qu'elles venaient d'évoquer certaines plantes rares des contrées libres, Alysanne crut tout à coup apercevoir la brèche dont elle avait besoin pour tenter sa chance, et elle saisit l'opportunité avec prudence et précaution.

« Il y a bien longtemps, j'ai eu la chance de mettre la main sur les carnets de voyage d'un jeune mestre qui avait voyagé jusqu'à Lys... il était fasciné par certaines fleurs aux charmes tout à fait uniques dont la réputation avait traversé le Détroit. Ce qui l'intriguait entre autres, c'est ce que ces fleurs adorables, fréquemment butinées, ne donnaient jamais de graines. Il arrive en nos contrées que les graines emportées par le vent soient brûlées par le soleil et ne puissent germer à leur tour, mais ces fleurs-là n'en donnaient pas, tout simplement. Il y avait là un secret, mais le jeune mestre ne réussit jamais à le percer, malgré ses multiples cueillettes et ses observations minutieuses. Je me suis toujours demandée quelle pouvait bien être la clé de cette énigme-là. »

Elle guetta d'un œil curieux la réaction de Shaïra. La question implicite flottait entre elles, aisément lisible pour une femme d'une telle vivacité d'esprit. En même temps, rien dans son discours ne pouvait être considéré comme une allusion explicite et déplacée à la vie privée de son interlocutrice. Elle ne voulait pas lui manquer de respect en employant des termes crus ou en déclarant ouvertement qu'elle avait entendu parler de ses mœurs. Et son attitude à la fois impliquée et retenue, loin de donner l'image d'une curiosité envahissante et malsaine, donnait clairement à entendre que la question avait pour elle un intérêt personnel. Sans pour autant la mettre dans une position gênante, compte tenu de la sobriété de ses propos. Si les murs du Donjon Rouge avaient des oreilles, comme on le prétendait, mieux valait rester allusive.




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Message Mar 6 Mar 2012 - 22:03

Derrière la courtoisie et les politesses d’usage se dessinaient de plus en plus nettement les liens d’une entente, si ce n’est d’une amitié toute nouvelle. Il était clair pour la Seastar que quelque part, les deux femmes s’étudiaient, avec prudence et intérêt elles s’analysaient et déterminaient les limites de leurs discours en fonction des réponses de l’autre, et de la personnalité qu’elles pouvaient tracer progressivement. Et pour être tout à fait honnête, Shaïra était emballée par ce qu’elle voyait et ce qu’elle comprenait en observant la jeune Florent. Loin d’être une jeune femme du Bief s’étourdissant en rêveries face à la figure du noble chevalier, elle montrait un esprit vif et curieux, sans jamais outrepasser ce que la morale répugne à entrevoir. Oui… Alysanne n’était pas que charmante, elle était intelligente, dégourdie dans le choix de ses mots et de ses expressions, et d’une compagnie idéale. Shaïra n’avait pas la chance d’entretenir de bons rapports avec la plupart des femmes qui croisaient sa route, on pouvait même dire que l’unique rapport de tendresse qu’elle entretenait avec une fine fleur était sa relation presque filiale avec Yevana, la seule fille d’Alrik Mallery. Mais c’était si particulier… La lady ne pouvait se permettre de livrer certains pans plus obscurs et enfouis de sa personnalité, car elle tenait à préserver la jeune fille. Le pourrait-elle avec Alysanne Florent ? Elle l’espérait et le croyait, et à chaque parole de la demoiselle ce sentiment se confortait.

Le sourire qui ne quittait désormais plus les lèvres de Shaïra s’étira un peu plus lorsque la Bieffoise lui livra la solution à son problème. Chaque mot était juste, la réflexion censée, et le tout dit élégamment. Non… Elle ne pouvait rêver meilleure partenaire pour ce genre de douce distraction. Elle inclina délicatement la tête et se permit d’ajouter :

    « Tout ceci est très intelligent Alysanne… Vos connaissances sont déjà solides, malgré votre jeune âge. Shaïra n’était pas une excellente physionomiste, mais elle ne donnait pas plus d’une vingtaine d’années à la jeune femme. Je suis charmée. Qui a dit qu’il ne fallait être charmée que par un homme ? La Seastar se sentait aussi enchantée que si on lui avait fait la cour, même si le contexte était ici bien différent. Quel dommage que vous deviez repartir si tôt… Mais sachez que si vous reveniez à Port-Réal, je serais honorée que vous me rendiez visite. »

Pour appuyer ses dires, Shaïra invita la jeune femme à découvrir d’autres breuvages mystérieux… A son grand plaisir, Alysanne ne joua pas les fines bouches et se prêta au jeu avec grâce et toujours autant de finesse. La Seastar se surprit à échanger avec elle comme elle le ferait avec une amie de longue date – bien qu’elle n’en ait pas réellement, il lui restait les fruits de l’imagination pour se figurer ce type de relation – et à se livrer à quelques confidences et anecdotes plus ou moins intimes. Evidemment, elle restait raisonnable. Bien qu’elle ne craigne pas l’acidité des rumeurs et des calomnies sur son compte, elle n’oubliait pas que certains de ses égarements pouvaient nuire à Brynden Rivers, Main du Roi, et surtout son demi-frère et amant. Pour rien au monde elle n’aurait voulu l’exposer à des risques inutiles. Ainsi, elle savait distiller avec parcimonie quelques révélations sur sa personne tout en restant aimablement discrète. Elle était quoiqu’il en soit certaine qu’Alysanne, si délicate, comprendrait sa légère retenue. Et Shaïra en eut bientôt la parfaite illustration…

Alors qu’elles devisaient, sa compagne du jour vint à lui parler avec beaucoup de précautions de fleurs, de graines, de cueillettes, et d’une énigme mystérieuse pour elle comme pour différents mestres… La question sous-jacente sauta rapidement aux yeux de la lady, qui garda pourtant un visage tout à fait neutre bien que toujours bienveillant. Elle était intriguée par sa requête tout à fait particulière et exceptionnelle… Nombreuses étaient celles s’interrogeant sur les Lysiennes et leurs mœurs, mais celles qui osaient murmurer leurs pensées étaient quant à elles rares. En tout cas, Shaïra n’en avait rencontré aucune. Qu’est-ce qu’Alysanne de Rubriant voulait faire d’un tel remède ? Pour la Seastar, cela ne faisait aucun doute : elle aspirait à une vie de libertés… Et pour cela, la si jeune femme méritait tous les louanges car il fallait beaucoup de courage pour s’élever contre le destin de toute femme en Westeros : enfanter.

    « Vous êtes audacieuse, Alysanne. Les mots choisis pouvaient sonner comme un reproche, mais le ton employé disait tout le contraire, tout comme le sourire qui retrouva enfin sa place sur les lèvres ourlées de la lady. Il y a bien des secrets que les Lysiennes gardent jalousement… Ou bien pèse sur elles une menace si elles venaient à parler, je l’ignore. C’est avec l’aide de rares écrits de sa mère, et de quelques parchemins rarissimes que Shaïra avait trouvé la solution, après maintes essais infructueux et recherches arides. Mais ce mystère-ci, je l’ai percé. Dans un geste gracieux, elle invita Alysanne à la suivre jusqu’au plat contenant la fameuse mixture limpide, teintée par un mauve pâle et à l’odeur de rose. Nous sommes passées devant tout à l’heure… Je me suis d’abord gardée de m’y arrêter. Mais voici la clé de votre énigme. »

Elle aurait sans doute dû peser le pour du contre, se laisser le temps de la réflexion… Mais au lieu de cela, Shaïra se détourna pour rejoindre une étagère remplie d’ouvrages anciens et de parchemins de sa main, où son écriture fine et agile avait tracé des recettes et notes parfois très pointues. C’est sans la moindre difficulté qu’elle retrouva la page qui les intéressait et la frôla du bout de ses doigts fins, avec une tendresse infinie. Elle en possédait deux exemplaires : le premier reposait dans un écrin fermé à clé dans sa chambre, le second se trouvait entre ses mains… Et bientôt, délicatement et avec douceur déposé dans celles d’Alysanne.

    « Tout est écrit… La recette est simple, et ne présente pas de risques pour quelqu’un s’y connaissant en herboristerie. Je n’ai aucune crainte, vous saurez la reproduire à la perfection… Elle suspendit ses mots quelques secondes pour plonger son regard vairon dans celui de la jeune femme. Et en user pour atteindre vos objectifs. »

Shaïra ne souhaitait pas la gêner, ni même l’inciter à lui dire ses projets. La Florent le ferait si le cœur lui en disait… En attendant, la Seastar ne chercha pas à s’appesantir sur la question. C’est de bon cœur qu’elle venait de lui offrir un présent inestimable, et un secret que beaucoup jalousait, mais elle l’avait fait dans l’espoir qu’une femme, elle aussi, puisse être libre de tracer son histoire comme elle l’entend… Elle ne demandait rien en retour, le simple fait que ce vœu puisse se réaliser était amplement suffisant. Et la perspective d’avoir une connaissance – oserait-elle penser même… A une amie ? – dans le Bief réchauffait son cœur endurci mais toujours trop sensible. Il lui semblait alors de bon ton de sceller durablement leur secret par une douce petite festivité…

    « Je sais que votre temps est précieux Alysanne, et je ne vous en voudrais pas s’il vous fallait à présent vous échapper. Encore une fois, il était hors de question que ce soit par révérence que la jeune femme accepte. Mais je serais ravie si vous acceptiez mon invitation à diner. Pour être honnête avec vous, cela fait bien longtemps que je n’ai pas fait une rencontre aussi douce et intéressante… Et telle une enfant, je souhaiterais que nos routes se séparent le plus tard possible. »

Une table richement dressée attendait les deux femmes à l’étage du dessous si Alysanne venait à accepter la proposition, ce que Shaïra espérait sincèrement. Quoiqu’il en soit, elle avait déjà assuré à sa nouvelle « complice » qu’elle lui écrirait, et lui avait fait promettre de l’informer sur le déroulement de son voyage… Peut-être vivrait-elle l’épanouissement de la belle Alysanne comme dans un souvenir, requiem de ses propres découvertes… Mais c’était un souvenir si sublime.


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