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[TERMINE] La parole est à l'oreille ce que l'habit est aux yeux : une gifle, une caresse ?

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Clarence Hightower
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Message Dim 12 Fév 2012 - 0:05

L'action est antérieure à l'intrigue n° 2 à Port-Lannis.

Une pluie battante frappait Villevieille et sa campagne en ce début de soirée. L'automne était bien là, baignant les terres des Hightower de ses pluies bienfaisantes, bien accueillies par la population après l'été caniculaire et terrible qui avait pris fin. Malgré la pluie, cependant, les rues de la cité grouillait des badauds affairés à leurs petites occupations. Malgré le rideau gris qui voilait le ciel, la cité demeurait très colorée : on voyait des chausses rouges, des pourpoints de satin bleu, de jolis plumaches jaunes par dessus les chapeaux gris. Clarence évoluait à travers la ville, protégée par son escorte des fiers chevaliers de la Grand-Tour menés en tête par son bellâtre de frère, ser Charles. Les demoiselles guettaient son appoche avant de s'incliner respectueusement au passage de Clarence, désormais qu'il était la Voix de Villevieille. Se trouvait à ses côtés le jeune Arthur Tyrell, qui l'avait accompagné lors de son retour à Villevieille. Ce dernier repartirait bientôt vers Hautjardin pour assister son père dans la préparation du mariage de ser Tristan son frère aîné et lady Aliénor Lannister quand Clarence, de son côté, chevaucherait en toute hâte en direction de Castral Roc. Mais pour l'heure il était avec lui dans la vieille cité, et cette première prise de contact avec celui qui serait pour les mois et les années à venir son maître à penser se présentait plutôt bien. Il y avait un temps pour tout et il y en aurait de nombreux pour les sujets graves et importants : l'heure était venue de s'occuper des choses que d'aucuns diraient frivoles. Mais seules les personnes superficielles aiment à se persuader qu'on ne juge pas d'après les apparences, et le Grand Argentier était soucieux de la sienne en ce sens qu'il la souhaitait au service de ses desseins. À Port-Réal et particulièrement au Donjon Rouge, l'air du temps soufflait depuis Dorne et malgré la mort du roi Daeron II, les mœurs de la péninsule demeuraient très en vogue. C'est pourquoi Clarence n'avait pas tergiverser bien longtemps quand il fut question de choisir le tailleur qui se chargerait de concevoir les tenues qu'il emporterait à Port-Réal, son intérêt se porta tout naturellement sur un atelier presque neuf, puisqu'il n'avait ouvert ses portes que depuis la toute fin de l'année 211, tenu par un tailleur dornien aux œuvres prometteuses.

« Pour vous aussi, Arthur , et ce sera une leçon comme une autre. Les apparences sont trompeuses, et il est vain de se reposer sur elles pour se forger une opinion qui le serait tout autant. Mais il en va de l'apparence comme des mots, elle est un des vecteurs de la séduction qu'il est utile de maîtriser quand on marche sur les sentiers du jeu des trônes... Il ne s'agit pas de ce jeu vain et oiseux que motivent les inclinations du cœur ou de la chair, mais bien du charme qu'il faut savoir exercer pour gagner à soi les amitiés, qui sont toujours utiles. Le pouvoir, la puissance, le prestige et l'or sont des outils de séduction, et pour celui qui ne veut négliger aucun détail, l'apparence en est un également. »

Le jeune homme l'écoutait avec le zèle et le dévouement de l'élève soucieux de bien faire et à bien l'observer, Clarence voyait en lui le novice qu'il était à son entrée à la Citadelle, plein d'un enthousiasme débordant et d'une soumission fanatique à la parole du maître. Il y avait quelque chose de magique dans la relation que nouaient le précepteur et son disciple, quelque chose qui fascinait Clarence qui voyait son lien avec Arthur Tyrell se former dans cette perspective. L'avenir dirait s'il avait sous la main un élève digne de ses enseignements, lui qui ne savait pas s'il serait un bon professeur. Mais pourquoi douterait-il de lui-même ? Il n'avait pas demandé cet élève, au contraire, son propre suzerain avait reconnu ses capacités au point de lui confier l'éducation politique de son fils... et n'avait-il pas été nommé Grand Argentier du Royaume ? S'il avait été totalement incompétent, il aurait été oublié des grands de ce monde.


« Halte. C'est ici. Charles, nous entrerons Arthur et moi et vous stationnerez à l'extérieur. Quand la commande de Arthur et, je suppose, ses mesures seront prises, tu le raccompagneras à la Grand-Tour où du travail l'attend. Quant à moi je resterai pour régler les... formalités. Entrons, à présent. »

En effet la lourde bâtisse de belle pierre dissimulait l'atelier d'un artisan dornien fraîchement arrivé dans la cité de Villevieille. Ser Charles ouvrit la marche jusqu'aux portes de l'échoppe, et les gardes constituant la petite troupe formèrent jusqu'à celles-ci une sorte de haie d'honneur pour leur seigneur. Ce dernier s'avança, suivi de près par son secrétaire, et d'un pas décidé entra dans l'établissement. Il fut très étonné par l'intérieur de celui-ci, bien différent des autres boutiques de Villevieille où l'on faisait le commerce des tissus, des étoffes et des habits. Il y avait plusieurs tailleurs de grand renom dans la cité dont certains avaient déjà remplis bien des commandes pour les occupants de la Grand-Tour, mais Clarence avait eu à cœur de s'intéresser davantage à cet artisan étranger qui saurait sans doute mieux que les autres lui confectionner des tenues comme il s'en trouve de l'autre côté de la Passe-du-Prince. Le tailleur en question, un jeune homme prénommé Maël, se tenait là parmi les étoffes, les rouleaux de tissus, les outils de couture et les mannequins de bois. Un regard suffit à Clarence pour noter qu'il n'avait pas devant lui n'importe quel dornien, puisqu'en croisant le regard de l'artisan, il découvrit deux yeux d'un bleu clair et lumineux, chose rare dans la péninsule où les prunelles se colorent davantage du noir des roches désertiques. Plutôt frêle et bien taillé, il était bien habillé ce qui laissait présager la bonne qualité de son travail. Clarence sut en quelques instants qu'il avait fait le bon choix. S'approchant de lui, il se fit connaître d'un voix claire, directive, épurée de toute fioriture. Le jeune homme portait une tenuetrès sobre, grisâtre, et sur le haut de sa poitrine, à gauche, on pouvait clairement le blason de sa maison brodée dans de fils d'or dans le tissu aux couleurs de la nuit.

« Pardonnez cette intrusion à une heure si tardive de la journée. Je suis Clarence Hightower, et voici Arthur Tyrell. J'aimerais effectuer une commande, ou plutôt deux. Une tenue pour moi, et une tenue pour lui, toutes deux conçues dans l'esprit de ce qui se fait actuellement pour l'élite de Lancehélion. Votre prix sera le mien. »


Dernière édition par Clarence Hightower le Lun 30 Avr 2012 - 20:57, édité 3 fois
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Maël
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en service dans le Bief »

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Message Dim 12 Fév 2012 - 20:06

La mélancolie n’est jamais bien loin lorsque l’on s’éveille loin de chez soi. Bien que cela soit la nécessité et non l’envie qui ait poussé Maël à quitter son aimée Lancehélion, c’est par attrait que ses pas le menèrent jusqu’à la luxuriante région du Bief. Les immenses champs de rose jaune eurent raison de sa sensibilité à fleur de peau tandis que l’appel du deuxième port commercial de Westeros termina de le convaincre : Villevieille lui apporterait le paysage de ses rêves et la clientèle nécessaire pour sa survie et – il l’espérait – bien plus. Malgré sa déconvenue avec la belle lady de Dorne, Maël ne pouvait s’empêcher de songer à un anoblissement futur et hypothétique, sans doute était-ce là un espoir fou, mais indubitablement il le poussait à toujours aller de l’avant. Cependant, l’acclimatation réelle se révélait au fil des jours plus complexe qu’il ne l’aurait cru de prime abord… Sa ville lui manquait. L’absence de soleil le tiraillait. Il se sentait seul, perdu, et encore plus abandonné que quand Lyra s’était envolée rejoindre Edarra Ferboys… Même son écharnement au travail ne le consolait plus du manque ressenti depuis plusieurs semaines. Il savait pertinemment que c’était une réaction puérile et qu’il avait tout intérêt à se ressaisir, mais il était trop abattu pour penser clairement. D’autant plus qu’il enchaînait les commandes purement utilitaires, qui ne requéraient pas la moindre fantaisie. Qu’il soit roturier ou seigneur, les gens du Bief paraissaient trop accablés par les tourments pour se parer de vêtements élégants et colorés. Ainsi, Maël avait dû se résoudre à préparer des tenues ternes, destinées à des gens d’un banal affligeant qui, quand ils ne le méprisaient pas clairement, le traitaient avec dédain. Certes, le jeune homme n’avait pas été éduqué aux affaires de la politique, mais il n’était pas sans ignorer que Dorne et le Bief avaient pendant longtemps nourri une relation conflictuelle… Seulement, il avait naïvement pensé que les vieilles rancœurs s’étaient depuis asséchées. Mais de ce qu’il avait constaté, elles étaient encore vivaces dans certains esprits. Cela étant dit, il n’avait pas à trop se plaindre car les affaires marchaient malgré le flagrant manque d’intérêt qu’elles présentaient pour un tailleur un tant soit peu inventif.

Il n’attendait pas grand-chose de cette journée pluvieuse, qui dès le matin s’était annoncée morose. Les eaux du ciel… Elles étaient largement bien accueillies par les locaux, mais abhorrées par le jeune homme habitué à être accoutré élégamment, mais aussi légèrement. L’humidité ambiante ne le faisait que peu déroger à ses habitudes puisqu’il portait une cotte ample et longue d’un bleu roi splendide, aux manches élargies et largement fendues, qui chutait lestement et recouvrait ses chausses noires jusqu’à mi-cuisses. Le tout était relevé par une longue ceinture tournée deux fois autour du corps et croisée sur les reins, dont les deux lanières d’argent retombées non sans grâce sur ses hanches. La qualité de cet habillement, les étoffes et les couleurs, l’assimileraient facilement à un noble, et cela pouvait lui être reproché. Cela dit, hormis le confort évident de cette tenue, Maël partait du principe que personne n’irait commander quelque chose de beau chez un laideron mal fagoté. Alors il s’appliquait à être plus que présentable pour quiconque poserait les yeux sur lui, et à susciter plus l’envie que le dégoût. Si ce n’était pas toujours efficace, on ne pouvait pas lui reprocher son manque d’efforts pour convenir aux attentes des grands de ce monde. L’apparence de son atelier reflétait également cette volonté. En effet, il était relativement grand pour son office et particulièrement décoré. Le rouge, le doré et le bleu régnaient en maîtres absolus et cohabitaient intelligemment dans cette pièce encombrée de dizaines et dizaines de tissus, fils et broderies, le plus souvent issus de Dorne. Des tenues d’exposition en tous genres reposées sur des mannequins aux quatre coins de la fabrique tandis qu’une cabine faite de longs rideaux pourpres se dressait fièrement au fond de la pièce, à côté d’une imposante table de travail en bois massif où s’activait le plus souvent Maël. C’était son univers, presque semblable en tout point à celui qu’il avait possédé à Lancehélion.

Malheureusement, le travail n’attendait pas qu’il soit de bonne humeur pour se rappeler à lui. Il avait accepté la commande d’une dame âgée la veille, servante de son état, et s’appliquait à lui confectionner des habits à la fois pratiques, solides et peu coûteux. Il avait beau savoir négocier, il ne manquait pas de cœur, bien au contraire, et connaissait personnellement les tenants de la misère. Alors… Il se montrait le plus souvent généreux face aux roturiers qui frappaient à sa porte, portant ses prix à leurs niveaux. Sa marge s’en trouvait réduite, mais il rééquilibrait ses comptes avec des commandes émanant de personnes plus aisées. La tête penchée sur son ouvrage, une aiguille à la main, Maël restait concentré et appliqué, indifférent à l’agitation de la rue… Jusqu’à ce que sa porte s’ouvre sur deux clients bien différents de ceux qu’il avait côtoyé jusqu’à présent. Bien qu’impressionné par l’attroupement qu’il pouvait apercevoir à l’extérieur, il ne put s’empêcher de sourire : C’était peut-être là la commande tant attendue qui venait à lui. Se levant prestement, il vint à la rencontre des deux hommes en faisant de grandes enjambées, incapable de contenir son ravissement. Car ravissement était le mot juste. Vêtir les enfants était un exercice qu’il appréciait tout particulièrement mais auquel il n’était malheureusement que peu confronté, il était donc impatient d’en savoir davantage. Quant à l’homme qui se tenait droit près de lui, et malgré la sobriété de sa tenue, Maël comprit très vite qu’il avait à faire à quelqu’un d’important. Les paroles qui tintèrent à ses oreilles tout comme la broderie lisible sur sa poitrine le lui confirmèrent : il s’agissait de Clarence Hightower, lord de l’une des maisons les plus puissantes et prestigieuses de Westeros. Rien que le timbre envoûtant de sa voix suffisait à émouvoir Maël, à qui il fallut quelques secondes pour se reprendre et livrer un discours clair :

    « C’est un honneur de vous recevoir messires Clarence Hightower et Arthur Tyrell. Respectueusement, le tailleur inclina la tête et rassembla rapidement ses pensées. Bien que vous sembliez informé, permettez-moi de vous dire que vous frappez à la bonne porte : mon nom est Maël et j’étais tailleur à Lancehélion. Je vais faire tout mon possible pour vous satisfaire. S’il n’était pas arrogant, le jeune homme était fier de ce qu’il faisait et ne s’amusait donc pas à dévaloriser ce dans quoi il plaçait toute son énergie. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous présenter quelques tenues et étoffes qui pourront vous intéresser. »

Révérencieux sans trop en faire, il les conduisit vers un espace de l’atelier où étaient disposés les plus nobles tenues qu’il avait confectionné et les tissus les plus précieux, directement importés de Dorne. Il ne poussait pas à la dépense, mais il lui semblait évident que les deux hommes méritaient ce qu’il y avait de mieux, Clarence lui-même avait souligné qu’il désirait la qualité de « l’élite de Lancehélion ». Le caractère des tenues entreposées devant leurs yeux était évident au vu de la richesse des étoffes, des ornementations et du nombre et la complexité des pièces constituant la tenue. Les couleurs étaient chaudes, éclatantes et délicates à la fois, et aucun détail ne semblait être négligé. Dans un geste précis et précautionneux, Maël avança un mannequin de bois de taille modeste qui portait un costume complet constitué d’une cotte noire aux manches longues, vaporeuses et brodées de fils d’or, surmontée par un long surcot sans manches d’un rouge brillant et pourvu d’un col de fourrure d’hermine. Les braies et chausses, noires également, étaient plus simples mais faites en tissus souples et confortables. La ceinture en cuir, recouverte de galons de soie et d’un rubis poli, était posée sur la taille et valorisait la carrure. D’une voix limpide, et peut-être même passionnée, Maël entreprit de leur présenter son travail :

    « Voilà une tenue qui pourrait aisément convenir à l’héritier de Lancehélion et de la maison Martell. Les étoffes utilisées sont aussi nobles que confortables, et les couleurs ne sont pas sans rappeler la majesté des montagnes Rouges. Il glissa ses doigts fins sur l’une des manches, douce au toucher, et la présenta au jeune Arthur. Vous pouvez bien sûr vous en assurer par vous-même. »

Il avait prit l’initiative de s’occuper d’abord du fils de Leo Tyrell car il se doutait que ce genre de sortie n’était pas ce qu’il y avait de plus amusant pour lui. Sans doute désirait-il que la formalité du choix d’une tenue ne dure pas trop longtemps. Maël glissa un regard prudent vers le Grand Argentier et esquissa un sourire, sans oser davantage, lui qui pourtant était un grand bavard devant l'éternel.





Dernière édition par Maël le Sam 10 Mar 2012 - 14:58, édité 2 fois
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Message Lun 13 Fév 2012 - 2:28

Un véritable concert de couleurs, de formes et d'ornements égayait l'atmosphère de l'échoppe, ce qui était un véritable régal pour les yeux qui, sans cesse agressés par mille et une fulgurances pigmentées, s'aiguayer dans le flot bariolé des éclairs colorés. Il y avait autour d'eux bien de quoi faire et il ne faisait nul doute que ce jeune tailleur dornien saurait les combler de toute son inventivité et les éblouir de tout son savoir-faire. Clarence le suivit volontiers, accompagné par son secrétaire dont les yeux roulaient littéralement dans toutes les directions, car il était avide d'abîmer son regard dans ce festival de couleurs qui sentait bon le cuir, le tissu, le bois, la poussière, le musc et l'huile de coude, et qui rivalisait presque de splendeur avec les parcs fleuris de Hautjardin. Maël, car tel était son nom, les conduisit jusqu'aux devants des plus belles tenues qu'il exposait dans sa boutique comme des trophées, pour le plaisir des yeux. Posant sur celles-ci un œil faussement distrait, Clarence fut frappé par le génie qui avait très certainement animé leur création. Tout y était : la fécondité de l'idée, l'étincelle du raffinement, le frisson des formes et l'harmonie des coloris... Ce petit tailleur méconnu avait peut-être de la chance, finalement, que le Grand Argentier ait arrêté son choix sur son atelier plutôt que sur un autre. À mesure que lui étaient présentées les meilleures tenues de l'établissement, Clarence se laissait subjuguer par le talent manifeste de l'artisan. Nul doute qu'il ferait un geste en sa faveur, et peut-être que la future grande renommée de Maël à travers le Bief dépendrait pour beaucoup de ces instants qu'ils partageaient tous les trois à contempler le travail somptueux du jeune dornien expatrié. Une fait demeurait sûr, si Maël parvenait à lui proposer quelque chose qui soit au goût du Grand Argentier, on entendrait parler du tailleur dornien jusqu'à Port-Réal où Clarence ne manquerait pas de lui assurer une copieuse publicité.

La passion transpirait des paroles de Maël dont la voix était pleine d'une volupté diffuse, et quand il présenta celle de ses plus belles tenues qui conviendraient au plus illustre des membres de la maison Martell, il apparut aux yeux de Clarence tel que lui-même était quand, à la Citadelle, il évoquait avec passion auprès de ses maîtres l'histoire militaire des Sept couronnes. Sur le mannequin, une tunique dont la couleur évoquait la nuit et les ornements, l'éclat des astres, épousant un paletot rougeoyant bordé d'un col de fourrure. Clarence reconnaissait l'hermine du blason des Florent de Rubriant, mais ne s'attarda point sur ce détail sans importance. Les braies et les chausses ne venaient pas gâcher la tenue, bien au contraire, et par projection Clarence s'imagina quelques instants prince de Dorne. Une vague rêverie qu'il chassa d'un sourire.


« Qu'en penses-tu ? Dans le style de la péninsule, mais, est-ce que cela conviendrait à un Tyrell ? »

De quelques mots à peine balbutiés, le jeune Arthur approuva. Ce n'était pas qu'il détestait les Dorniens particulièrement, mais il avait au cœur un démon particulièrement pénible que d'aucuns nommaient la timidité. Il n'osait guère parler en présence de Clarence, et cela changerait peut-être avec le temps. À la faveur d'un courant d'air, quelques rayons d'effluves se précipitèrent dans les narines du Grand Argentier qui tourna les yeux vers le tailleur avant de sentir dans ses veines son sang bouillir et givrer tout à la fois. L'espace d'un instant, il se vit petit garçon, dans l'un des jardins entretenus au pied de la Grand-Tour ; il jouait avec ses frères et ses sœurs et roulant sous le regard complaisant de leur mère, cette femme admirable et très belle, aux cheveux magnifiques et toujours aimablement coiffés ; et voilà qu'elle l'appelle le fait s'asseoir sur ses genoux, et voilà qu'elle pose sur ses petites cuisses d'enfant une couronne de fleurs où dominaient le mauve des violettes et le blanc du jasmin, avant de couvrir son front d'un tendre baiser. Quelques instants avant de reprendre ses esprits, Clarence, dont le visage impassible ne laissait rien transparaître de son émoi tout intérieur, se souvint qu'à cette époque si proche du jour de sa naissance, lady Myrcella l'aimait encore de cette amour maternel dont elle l'avait privé quand il eut bien grandi. À la faveur de ce courant d'air qui portait jusqu'à son nez les arômes et les parfums dilués dans les cheveux, sur la peau et sur les vêtements du tailleur, Clarence retrouvait un peu de cette tendresse qui lui avait tant manqué. L'instant s'éteignit dans un battement de cils, mais c'est une éternité d'émotions et de souvenirs qui se bousculaient au bord des yeux du jeune homme qui, une fois n'est pas coutume, peina à contenir son bouleversement. Trouvant la parade dans un sourire légèrement narquois, Clarence reprit promptement la parole, un rien satisfait mais malgré tout intrigué par ce délicat fumet qui flattait ses narines.

« Il ne faut jamais oublier d'où l'on vient. Vous lui ferez plusieurs tenues semblables à cette merveille que vous nous montrez, mais plus sobres, plus simples, des tenues de subalterne en quelque sorte. Pour les couleurs principales, il faudra du gris, et du vert, et je veux que tous puissent admirer sur sa poitrine une belle rose dorée. »

Clarence posa une main ferme sur le jeune Arthur Tyrell et le fit pivoter de telle sorte qu'il était désormais bien en face de lui. De son autre main, il désigna l'emplacement choisi sur le torse du jeune homme pour l'effigie du blason de sa famille. « Ici, ce sera très bien. Pour les détails, agrémentez à votre mesure mais surtout, soyez dans l'esprit de vos terres d'origine. » Dédaignant la poitrine du jeune homme, il prit sa tête entre ses mains et la fit tourner à droite et à gauche et tout en poursuivant la discussion, il traçait de ses doigts les contours du front et des joue du jeune homme. « Vous pourriez peut-être ajouter au tout quelques coiffes ? Si l'hiver doit nous surprendre à Port-Réal, j'aime autant que nous soyons préparés. »Ses mains quittèrent son secrétaire et Clarence recula d'un pas. « Eh bien, qu'attendez-vous, jeune Arthur ? Ôtez vos vêtements, que l'artisan puisse prendre vos mesures. » Tournant son regard vers Maël, il ajouta: « J'imagine que c'est ainsi que vous procédez ? »

Si Clarence n'avait aucune pudeur, ce n'était pas le cas du jeune Arthur qui appréhendait quelque peu d'être mis à nu devant un parfait inconnu. Mais étant donné que c'était là le métier du tailleur, il ferait un effort pour ne verser dans la sensiblerie et la timidité la plus grotesque. N'était-il pas un Tyrell, après tout ? N'avait-il pas de quoi être fier ?


Dernière édition par Clarence Hightower le Mar 28 Fév 2012 - 22:02, édité 1 fois
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Message Sam 18 Fév 2012 - 17:22

Il n’était pas vraiment aisé pour le jeune tailleur de se positionner vis-à-vis de ces clients atypiques. Il avait beau avoir souvent eu à traiter avec des nobles au sein de son aimé atelier de Lancehélion – il avait d’ailleurs par le passé était au service de la belle Princesse Daenerys Martell et avait créé pour elle de nombreuses robes, qu’il espérait dignes de son sang Targaryen – mais ici il ne maîtrisait pas les significations de chaque geste et chaque parole de ses interlocuteurs. Les goûts et les désirs des gens du Bief lui étaient encore inconnus, et s’il avait conscience d’être un exotique dans les rues de Villevieille, il avait peur que cette originalité lui cause au final plus de tord que de bien. Au cœur des contrés vertueuses et chevaleresques, il se sentait bien vite dépassé, lui qui ne saurait pas brandir la moindre épée. Ainsi il craignait de ne jamais pouvoir se faire une place dans cette cité si commerçante et parfois hostile aux originaires de Dorne. La venue du Grand Argentier et du jeune Arthur Tyrell pouvait donc être perçue comme une chance immense, s’il parvenait à le convaincre de son talent, ou comme une mise à mort si jamais le résultat final ne leur convenait pas. C’était maintenant à lui de prouver sa valeur afin d’espérer entrer dans les bonnes grâces des lords qui lui avaient fait l’honneur de se déplacer jusqu’ici.

Bien que les gestes de Maël restaient doux et habiles lorsqu’il présenta une tenue de Prince au jeune garçon, une angoisse étrange étreignait son cœur. Il ne le connaissait que de nom, et ignorait s’il était face à un horrible capricieux ou à un doux agneau. De plus, l’enfant garda le silence jusqu’à ce que Lord Hightower ne quière une réaction, qui vint son sans que le tailleur n’esquisse un sourire attendri. C’était un garçon timide, et qui visiblement admirait Clarence, si bien que son appréciation sur la tenue passait au second plan, loin derrière le désir de plaire à son maître. Son précepteur ? Son éducateur ? Maël n’en savait trop rien. Mais il lui semblait y avoir là un rapport de respect que l’on retrouve entre un professeur et son élève discipliné. Cependant il paraissait approuver ce choix de vêtements, le Dornien releva donc les yeux sur Clarence et fixa toute son attention – et sans doute ses espoirs – sur sa personne. Suspendu à ses lèvres et son regard rivé sur ses traits, il eut tout le loisir d’assister au bousculement d’émotions qui secouait le Grand Argentier. C’était à peine perceptible, puisque furtif et dissimulé avec soin, mais Maël en était certain… Quelque chose, qu’il n’était pas en mesure de comprendre pour le moment, se déroulait sous son nez. Immobile, il était le témoin silencieux d’un transport qu’il ne savait ni interpréter ni endiguer, mais qui indubitablement le toucha bien plus qu’il n’oserait l’admettre. Clarence était d’ailleurs plus prompt à réagir et se reprendre que lui, car alors qu’il énonçait ses attentes Maël eut du mal à se concentrer pour retenir la commande. Il répétait mentalement les requêtes de Clarence et une fois celles-ci énoncées, il finit par souffler avec respect :

    « Entendu Lord Hightower, il sera fait selon vos désirs. Il ne pouvait, en effet, qu’entendre. Maël n’avait jamais eu la chance d’apprendre à lire, et savait encore moins écrire, les commandes se faisaient donc toujours oralement. Par chance, les Sept l’avaient doté d’une mémoire excellente si bien que les oublis étaient exceptionnels. Avec un sourire, il s’adressa au garçon. La rose des Tyrell et les coiffes ne feront qu’embellir les tenues, vous serez éblouissant à Port-Réal messire. Puis, sans se départir de son air doux et à nouveau enchanté, il se tourna vers Clarence. Quand et où devrais-je livrer vos tenues messire ? »

Maël travaillait rapidement, il ne craignait donc pas de laisser le choix d’une date à ses clients. Il tenait également à apporter lui-même ses créations et supportait difficilement qu’une servante vienne lui prendre ses pièces pour les mener à ses maîtres, car cela lui ôtait le privilège des premières impressions, qu’elles soient flatteuses ou pleine de reproches. Il était important, si ce n’est vital, qu’il ait un retour honnête et sincère sur son travail, quitte à ce qu’il doive parcourir des miles pour l’obtenir. Et c’était d’autant plus vrai et utile maintenant, alors qu’il débutait à peine dans le Bief, de recevoir les avis et critiques de ses clients. Dans un geste précautionneux Maël repoussa la tenue de Prince au milieu des autres et sortit quelques riches étoffes qu’il déposa sur un mannequin de bois nu. Elles étaient vert émeraude, argentées, dorées, de lin, de soie, ou de satin et prêtes à servir à l’artisan dans les heures et jours à venir pour vêtir le jeune Arthur Tyrell. Il était impatient de s’y essayer et s’empressa donc de saisir la longue bande de futaine, marquée par plusieurs repères, qui lui servait à prendre les mesures. Il enroula le bout de celle-ci autour de son poignet gauche et tenait l’autre extrémité dans sa main libre pour pouvoir aisément calculer de grandes largeurs. Il savait que l’exercice pouvait gêner, c’était notamment le cas chez les plus jeunes, ainsi à la question du Lord il hocha simplement la tête pour approuver ses dires avant d’essayer de mettre en confiance Arthur :

    « Je sais que ce n’est pas un moment agréable messire, mais je vous promets qu’il sera rapide. Si vous le désirez, vous pouvez également garder vos braies. » Ce n’était certes pas ce qu’il y avait de plus pratique, mais Maël se plierait au choix du jeune garçon.

Une fois les vêtements de Arthur soigneusement pliés et déposés sur la table de travail, débarrassée pour l’occasion, Maël entreprit de commencer les mesures en partant du tour de tête et des épaules. Il prenait garde à rester délicat et distant dans chacun de ses gestes, tout en se gardant du moindre regard qui pourrait gêner le jeune Tyrell. Maël était habitué à ce genre de situation et à la nudité de ses clients, mais cela ne l’empêchait pas de se montrer à chaque fois respectueux et prévenant, qui plus est face à un enfant. L’opération fut rapidement menée et ses résultats enregistrés dans un coin de la mémoire de Maël, qui rendit ses vêtements d’origine à Arthur en inclinant légèrement et courtoisement la tête.

    « Merci messire Tyrell. Si nous nous revoyions sous peu, j’espère que vos tenues vous feront oublier cette étape. »

Avec déférence il lui adressa un sourire, l’artisan en lui bouillonnait de se mettre au travail tout en commençant à s’inquiéter de la suite. Si s’occuper de Arthur Tyrell s’était révélé être un exercice relativement facile, il était sûr qu’impressionner, ou ne serait-ce que satisfaire Clarence Hightower était un défi d’une autre mesure. Tout aussi intéressant, peut-être même plus, mais plus exigeant également. C’est un mariage étrange de sentiments, composé d’attente, de crainte, d’impatience et aussi d’attirance – car le magnétisme du Lord était évident – qui habitait Maël lorsqu’il se tourna vers le Grand Argentier.

    « Messire Hightower, désirez-vous passer la même commande que messire Tyrell, ou avez-vous des attentes différentes ? Auquel cas, il avait de nombreuses choses à lui montrer mais il préférait ne pas s’emballer par avance, de peur de l’ennuyer avec son envahissante passion. Il se permit toutefois d’ajouter : Si jamais vous n’aviez pas de requêtes précises, j’aurais quelques propositions qui pourront peut-être vous convenir. »

Il avançait avec précautions et égards, c’était un fait. Il n’avait pas peur de son interlocuteur, mais par contre, il était terriblement impressionné et intimidé par lui. Il n’avait pas encore osé l’observer en détails, de peur de paraître inconvenant, mais il n’avait pu empêcher son regard de vagabonder lorsqu’il croyait le Lord occupait à fixer autre chose. Et le spectacle offert lui avait autant plu qu’il ne l’avait troublé, car Clarence possédait le charme et le raffinement capables d’émouvoir quiconque. Maël n’y échappait donc pas, bien au contraire et cela était perceptible.





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Message Dim 19 Fév 2012 - 21:44

Clarence s'étonna d'un fait discret mais qui n'aurait jamais pu lui échapper : le tailleur prenait certes les mesures du douillet Arthur Tyrell avec grand soin, mais il ne prenait en revanche aucune note écrite de celle-ci. Pas le moindre griffonnage, pas le moindre gribouillis, rien du tout, c'était comme s'il n'en avait pas besoin. Était-il doué d'une mémoire exceptionnelle pour se passer de ces aide-mémoire que d'autres artisans utilisaient parfois jusqu'à l'abus ? Sans doute était-ce une fantaisie propre aux habitants de la péninsule australe. Clarence n'en savait que très peu à leur sujet, et il ne se souvenait pas avoir appris quoi que ce soit à propos de la mémoire exceptionnelle des Dorniens lors de son séjour à la Citadelle. La question du délai fusa et Clarence estima que dans la mesure où il était prêt à y mettre le prix, une courte marge dans le temps devrait suffire à cet artisan. Sans doute se presserait-il comme si les fouets de l'appât du gain étaient à ses trousses. « Vous avez une demi-lune pour achever l'intégralité de la commande. Pour la livraison, vous vous rendrez à la Grand-Tour. » Des instruction y seraient données pour l'accueil de l'artisan et la réception de son travail. Clarence et son secrétaire seraient là en personne pour apprécier l’œuvre achevée du jeune tailleur. Ce dernier s'occupait déjà d'aider le jeune Tyrell à ôter ses vêtements et ce dernier n'osa point aller au-delà de ses braies qu'il conserva, sa pudeur était encore trop grande, trop vive et trop insurmontable. Il apprendrait avec le temps et la compagnie des femmes, comme tant d'autres jeunes jouvenceaux avant lui. Sans ménagement, Clarence s'approcha et d'un mouvement rapide mais dénué de toute brutalité, il abaissa les braies du jeune homme dont le teint vira au rouge de ces délicieuses pivoines dont s'ornaient certaines couronnes florales parmi les plus prisées du moment. « Auriez-vous honte du corps que vous ont donné les Sept ? La pudeur n'est qu'une vanité, un prétexte pour les femmes volages, et ne convient guère à ceux qui savent ce qu'ils veulent. » Arthur fit maints efforts pour demeurer stoïque et immobile sous les gestes habiles, précis et pleins d'expertise de l'artisan, mais le contact de cette main étrangère et aventureuse le gênait beaucoup. Il prit malgré tout son mal en patience, sous le regard sévère et secrètement compatissant de son précepteur. Souffrait-il ? Ce n'était pas si désagréable, juste embarrassant, Arthur avait la pénible impression d'être nu au beau milieu d'une arène dont les gradins grouilleraient de milliers de personnes qui le pointeraient de mille doigts moqueurs. Heureusement pour lui, le calvaire ne s'éternisa guère, et il eut bien assez tôt l'opportunité de couvrir de ses vêtements cette nudité qui le gênait tant. Une fois complètement rhabillé, il demeura immobile, suspendu aux ordres de Clarence en espérant qu'il ne le contraindrait pas à une autre expérience particulièrement délicate. « Merci Arthur , allez à présent rejoindre mon frère qui vous reconduira jusqu'à la Grand-Tour. Là-bas du travail vous attend. » Le jeune bourgeon s'inclina devant lui avant de rejoindre l'extérieur de l'échoppe, laissant Clarence et le tailleur dornien seuls pour la partie de la commande qui ne concernait que le Grand Argentier. Maël questionna ses attentes et Clarence s'offusqua un peu de la désinvolture et de l'audace de cet artisan qui laissait entendre qu'il pourrait quérir pour lui-même les mêmes tenues de subalterne qu'il désirait pour son secrétaire.

« Les tenues de mon secrétaire étant adaptées à sa condition de subalterne, vous comprendrez certainement qu'il me faudra des tenues adaptées à la mienne, n'est-ce pas ? » Le ton n'était pas sec, mais légèrement acerbe. Il se radoucit presque aussitôt : « J'écoute vos propositions. » Maël saurait-il lui présenter des idées satisfaisantes ? Clarence aurait-il l'agréable surprise de découvrir jusqu'où l'inventivité du tailleur pouvait aller ? Il s'apprêtait à lui faire des suggestions dans le but de l'aider à saisir ce qui serait susceptible de lui plaire ou au contraire de lui déplaire, mais il préféra s'abstenir, l'idée même de découvrir ce que cet artisan pouvait deviner de ses goûts personnels le séduisait beaucoup. Son regard d'ailleurs en disait long sur ses intentions, il attendait beaucoup plus de l'artisan que ne l'aurait fait un simple client. Mais l'honnête travailleur serait-il sensible à ses exigences ? Et tout en prêtant une oreille attentive à celles-ci, Clarence prit l'initiative d'ôter ses vêtements puisqu'il serait lui-même bientôt soumis aux mains du tailleur qui prendrait l'intégralité de ses mesures. Sans se soucier du regard de l'artisan, il commença par détacher le fermail de la pèlerine qui coula sur son dos, lente cascade de laine sombre. Puis ses doigts s'attachèrent à défaire la boucle argentée de sa ceinture de cuir qu'il laissa tomber à ses pieds. Il dégrafa la boutonnière de son pourpoint gris qu'il laissa glisser derrière lui, bientôt suivi par la chemise de serge blanche qu'il ôta par l'envers, dévoilant une première moitié du corps de cet homme qui n'avait point suivi les chemins qui conduisent à l'adoubement. Clarence sentit sur son dos, sur ses épaules et sur le haut de son buste ruisseler les reliquats des eaux de la pluie qui avait copieusement mouillé ses cheveux et qui n'avait guère eu le temps de sécher tout à fait depuis qu'il avait pénétré l'intérieur de la boutique. Sans hâte il desserra les lacets de son pantalon qu'il accompagna jusqu'à ses chevilles avant de le retirer comme le reste. Ne restaient plus sur lui qu'un caleçon de toile grise, sorte de pagne couronnant des chausses de laine légère le couvrant des cuisses aux orteils. Quelques gestes de plus suffirent, et il se tenait nu devant Maël, imperturbable, le corps offert sous les yeux de l'artisan qui aurait tout le loisir d'en faire le socle d'une œuvre de perfection. Clarence plongeait ses yeux dans le regard bleu du tailleur. « Il est inutile de perdre plus de temps, non ? » Clarence n'en avait pas le désir en tout cas : l'air était frais, même à l'intérieur, et il ne souhaitait pas vraiment s'enrhumer. S'il avait été moins patient, il aurait très certainement pris l'outil de mesure des mains du tailleur pour se les prendre lui-même, mais l'art de la confection des vêtements lui était étranger : il n'était pas sûr de savoir s'y prendre.


Dernière édition par Clarence Hightower le Mar 28 Fév 2012 - 22:02, édité 1 fois
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Message Mar 21 Fév 2012 - 22:09

Une demi-lune… Il se fendit d’une légère révérence pour approuver, sans se départir de ce doux sourire rêveur qui ne quittait que rarement ses traits. Le délai était certes court, mais aussi motivant. C’était un défi qu’il se sentait capable de relever. Le Dornien n’était pas prétentieux, mais les domaines dans lesquels il brillait étaient rares. Ainsi il pouvait se permettre de témoigner de l’orgueil dans le cadre de son métier, qui souvent était l’une des rares satisfactions des artisans. Une part de lui espérait également qu’en remplissant cet exigeant contrat, exigeant tant par la qualité que la rapidité qu’il demandait, il s’attirerait les bons commentaires et l’attention bienfaisante de Clarence Hightower. En effet, ce n’était pas tant le gain immédiat qui intéressait Maël que la possibilité d’élargir sa clientèle dans toute la région – et pourquoi pas davantage ? Les rêves sont doux – l’artisan ferait donc tout son possible pour honorer les attentes du Lord, et bien plus.

Tout en commençant à prendre les mesures, Maël garda courtoisement le silence à l’intervention du Grand Argentier, même s’il ne put réprimer un léger sursaut lorsque le jeune Arthur se retrouva vivement et entièrement dénudé devant lui. Bien qu’il ait largement pu ressentir l’autorité dont pouvait faire preuve Lord Hightower, il fut un peu troublé par ce traitement un rien cruel. Evidemment, le geste de Clarence n’avait rien eu de violent, mais il trouvait cette leçon de vie brutale pour un garçon de son âge. Cela dit, le tailleur qu’il était n’avait pas de leçons à donner, encore moins à un noble. Sans compter qu’il avait lui-même reçu une éducation relativement laxiste… Il ne se souvenait pas que son père n’ait jamais élevé la voix contre lui, et encore moins la main. Résultat ? Maël était un simple garçon incapable de soulever la moindre épée et qui avait toujours eu la peur au ventre à l’idée de voyager et de quitter la tendre tiédeur de Lancehélion. Le coupage de cordon était aujourd’hui douloureux… Ainsi, peut-être que Lord Hightower avait raison. Les hontes et douleurs de l’enfance sont lointaines et vite pansées, elles servent d’enseignement et ne s’oublient pas. Une fois adulte, la plupart des principes s’inculquent avec peine et le dépucelage n’en est que plus pénible.

Maël fit toutefois tout son possible pour abréger rapidement le supplice de Arthur Tyrell et lui permettre de retrouver sa pudeur. Comme il l’avait pensé plus tôt, le garçonnet fut congédié et ne se fit pas prier avant de quitter les lieux, ce dont il ne pouvait – et ne se permettrait jamais – de lui en vouloir. Les deux hommes se retrouvèrent donc seuls, et Maël parla trop vite. Il fustigea mentalement son idiotie et sa véritable défaillance en termes de savoir-vivre… Il avait beau avoir beaucoup appris avec l’âge et la compagnie de Daenerys Martell, il lui arrivait encore souvent de pêcher par manque de prudence ou ignorance. En effet, s’il avait saisi le rapport de respect qui nouait Arthur au Grand Argentier, il n’aurait jamais imaginé le fils de Leo Tyrell accolé au « titre » de subalterne. Pour lui, modeste artisan, ils étaient tous deux mille fois supérieur à sa personne et il n’aurait pas su les hiérarchiser clairement. C’était chose faite. Les joues presque aussi colorées que celles qu’avaient eu Arthur, un tressaillement passa le long de sa colonne tandis que, révérencieux, il baissait la tête.

    « Pardonnez ma maladresse Lord Hightower, je ne voulais pas vous offenser… Devait-il se justifier ? Ou cela aggraverait-il encore son cas ? Il hésitait, allait bredouiller quelques mots futiles quand Clarence lui épargna cette peine en déclarant attendre ses propositions. Bien messire. »

Une seconde chance s’offrait à lui et il comptait bien la saisir, sans commettre d’impairs cette fois. Il n’imaginait alors pas à quel point cela allait être difficile. Tandis qu’il rassemblait rapidement ses idées, il se tourna vers ses mannequins et leurs pièces, puis commença son long monologue en désignant tel ou tel vêtement, dos à Clarence.

    « Bien que le vert soit la couleur du Bief, permettez-moi de vous suggérer une autre teinte, qui je pense vous sera très personnelle dans la région tout en vous garantissant une élégance certaine à Port-Réal… Il se saisit entre ses doigts d’un tissu d’un intense violet, qui avait la souplesse de la soie et la douceur du velours. Ceci pourrait constituait une splendide cape [ici], avec quelques broderies d’argent sur les côtés et peut-être quelques pelleteries sur le revers au cas où vous seriez surpris par le froid. Et cette couleur mettrait merveilleusement vos yeux vert en valeur messire. Tout en exposant, il constituait mentalement la tenue qu’il jugeait idéale pour quelqu’un de la stature de Clarence. En dessous, vous pourriez porter une élégante chemise, peut-être un peu plus claire. Voyons… Il chercha quelques instants parmi ses rouleaux et ses étoffes, puis trouva finalement la pièce parfaite. Ceci serait superbe [ici]. Les motifs sont originaux sans être tapageurs, cela ferait vraiment beau. Qu’en pensez-vous messire Hightower ? »

Réfléchissant à haute voix, il n’avait encore rien vu du déshabillage du Lord. Les deux tissus sélectionnés posés sur le bras, il se retourna lestement avec un grand sourire qui masquait mal son impatience à l’idée d’entendre l’opinion de son client. Mais ce qu’il vit eu tôt fait de le troubler durablement. L’homme élégamment vêtu qu’il avait laissé quelques instants plus tôt était maintenant torse nu et ne disposait plus que de ses chausses pour cacher sa nudité. Maël jusqu’à présent plongé dans son discours ne s’était pas attendu à tel spectacle et le rouge lui monta brusquement et ostensiblement aux joues. Cela ne s’arrangea en rien lorsque Clarence, qui ne manifestait pas la moindre gêne, se débarrassa finalement du moindre vêtement le recouvrant. Il savait que sa réaction était stupide : cela serait arrivé tôt ou tard et il n’était pas le premier homme nu dans son atelier. Malgré tout, Maël eut un mal fou à contrôler l’emballement irrépressible de son cœur et bafouilla en toute réponse :

    « O…Oui vous avez raison, mon seigneur… »

Ses yeux bleus glissèrent le long du corps de Clarence, dans une observation qui perdait de son professionnalisme. Il ne parvenait pas à s’en empêcher. L’homme face à lui n’avait pas la carrure d’un chevalier, il était grand mais aussi particulièrement mince… C’était le corps d’un cérébral et non d’un guerrier, et pourtant, Maël avait toutes les peines du monde à s’arracher de sa contemplation. Heureusement, le visage de Clarence était beau et le Dornien parvint finalement à s’y fixer. Le magnétisme et le charme de son interlocuteur faisaient maintenant tout leur effet, et Maël en était très secoué, ému. Même s’il était sûr que le Grand Argentier n’avait rien raté de son trouble évident, il tenta de passer outre et prit à nouveau sa longue bande de futaine pour effectuer les mesures. Prudemment, car il ne pouvait s’empêcher de craindre sa réaction, il s’avança et entreprit de glisser son instrument autour des épaules de Clarence. Il faisait preuve de toute l’abnégation possible pour oublier les images sensuelles que lui évoquaient les perles d’eau qui glissaient des cheveux du Lord jusqu’à sa taille, et bien plus bas – mais la décence même l’empêchait encore d’y songer –, le narguant sans lui accorder le moindre répit. La honte le prenait à la gorge. Non pas qu’il était gêné d’éprouver une attirance pour un homme, cela faisait après tout partit de la culture de la péninsule, mais que cela se déroule au moment où il se devait d’être sérieux et concentré sur son avenir le rendait fou. En compagnie d’Edric Estremont, il avait cédé à la tentation et s’était laissé porter par ses envies… Mais il n’était plus à Dorne, son affaire n’était pas fleurissante, et il faisait face au Grand Argentier. Autant de raisons qui devraient le faire cesser. Pourtant, de manière incontrôlée et fougueuse, son regard ne se privait de rien.





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Message Mer 22 Fév 2012 - 15:27

Le vert était effectivement la couleur du Bief, mais plus précisément celle des Tyrell de Hautjardin. Clarence n'était pas l'homme des Tyrell, il n'était pas leur instrument et à dire vrai, il n'était l'âme damnée de personne. Décidément, ce tailleur dornien était bien maladroit quand il s'agissait de ne pas froisser les puissants. Mais il n'était sans doute pas au fait des subtilités qui faisaient du Bief le territoire de prédilection des artifices et du mensonge. Pour autant, il y avait une part de vérité dans ce qu'il évoquait : la rose fleurit entre des feuilles vertes, les Tyrell s'épanouissent parmi leurs vassaux. Le vert est une couleur rassurante et raffraichissante, c'est une couleur humaine. À chaque printemps, après que l'hiver a convaincu l'homme de sa solitude et de sa précarité, en dénudant et glaçant la terre qui le porte, celle-ci se revêt d'un nouveau manteau vert, qui rapporte l'espérance, en même temps que la terre redevient nourricière. Le vert est tiède, et la venue du printemps ne se manifeste-t-elle pas par la fonte des glaces et la chute des pluies fertilisantes ? Verte est la couleur du règne végétal qui se réaffirme, verte est la couleur des eaux régénératives et lustrales, verte est la couleur des eaux primordiales, verte est la couleur de l'éveil de la vie. Le vert est couleur d'espérance, de force, de longivité, voire d'immortalité. Le vert un havre de paix, un havre de guérison, la bure des apothicaires n'est-elle pas de cette couleur ? Le vert enveloppe, calme, tonifie, viviefie. N'a-t-il pas donné son nom à l'un des fleuves qui tranchent en deux la péninsule désertique de Dorne ? Ne couvre-t-il pas les ornements des grands septuaires de Villevieille et de Port-Réal ? Le sinople, le vert du blason, signifie bois, pré, champ et verdure, c'est-à-dire civilité, amour, joie et abondance d'après les spécialistes de la science héraldique. Mais le vert est porteur de mort autant que porteur de vie, et au vert des pousses printanières s'opposent le vert de la moisissure et de la putréfaction. C'est le vert de la mort, de la maladie et de la faiblesse des chairs. N'est-on pas vert de froid et vert de peur ? Le vert revêt une double évocation sous la surface et l’œil de la raison peine à s'y reconnaître. Les Tyrell... qui étaient-ils vraiment ? Les suzerains de Clarence, certes, mais leur maître ? C'était une tout autre question.

Clarence ne jurait que par le gris de son blason, couleur des cendres et du brouillard, couleur de la tristesse, de l'ennui, de la mélancolie. Ne fait-on pas grise mine par temps gris ? N'est-ce pas à travers une brume grisâtre que se manifestent les rêves et les songes ? Ne dit-on pas de l'esprit qui s'enivre qu'il se grise pour atteindre l'état d'obscurcissement de la semi-conscience ? Pourtant, quand les yeux sont clos, c'est le gris que nous voyons, même dans l'obscurité la plus totale. Pourquoi lui proposait-il alors du violet ? N'avait-il pas connaissance de son nom, de son statut ? Tout en se déshabillant, Clarence s'agaçait, mais il réfléchissait malgré tout à la proposition de Maël qui ne le regardait pas. Le violet était la couleur de la lucidité et de l'action réfléchie, de la tempérance et de l'équilibre, mais également celle de l'invisible, du mystère, du secret et de la transformation occulte. Cela conviendrait en fin de compte. Quand Maël tourna les yeux vers lui pour réclamer son opinion, il découvrit la nudité de Clarence qui lui sauta aux yeux. Clarence lui fit remarquer qu'ainsi, ils gagnaient tous deux du temps, et le tailleur approuva d'une façon qui permit au Grand Argentier de saisir toute la portée du trouble du jeune artisan. Ce dernier ne semblait pas gêné, il l'était véritablement. Clarence haussa un sourcil intrigué et d'une main se frotta l'arrière de la nuque. Il n'était sans doute pas le premier homme nu que croisait le tailleur dans son atelier. Après tout, les hommes nus étaient son fonds de commerce puisque son métier était justement de les habiller.
 « Je ne suis pas habitué à porter de telles couleurs mais c'est une nouveauté que j'approuve. Oubliez le vert. Tempérez ce violet par le plus parfait des gris dont vous disposez et faites moi une proposition. » S'agissant de la tenue qu'il porterait à Port-Réal, il voulait être que le talent et l'inventivité du tailleur serait employé à bon escient, c'est pourquoi il ne validerait sa commande qu'une fois leurs violons accordés. Clarence remarqua que le jeune dornien le détaillait du regard sans grande honte jusqu'à fixer ses yeux bleus dans les siens. Maël saisit son instrument de mesure et Clarence se soumit à ses bons soins sans se départir pour autant d'un rictus moqueur. Il n'était guère sensible ou chatouilleux et pouvait endurer le contact d'une main étrangère sur son corps sans affecter aucune réaction particulière. Cependant il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une satisfaction dont il ignorait l'origine réelle, à voir le rouge au front de Maël et à le sentir si troublé. Le jeune tailleur était-il impressionné par ce qu'il voyait, parce qu'il touchait, par ce qu'il mesurait ? Clarence n'avait pas la stature d'un grand chevalier, pourtant, il n'avait rien de très spectaculaire. Alors que Maël prenait la mesure de son tour de taille, Clarence pencha la tête jusqu'à souffler dans son oreille : « Est-ce que tout va bien ? Vous avez l'air... tendu. » Sa voix était placide mais on pouvait y entendre une pointe d'ironie. Clarence demeurait de marbre mais il commençait à savourer l'ascendant qu'il prenait sur l'artisan. Il n'avait aucune idée de la réelle nature de son trouble mais éprouvait sans honte un grand plaisir à voir la peau du visage de l'étranger se colorer de mille teintes rosacées à l'approche du souffle de Clarence sur son oreille. Se redressant, Clarence lui adressa un sourire, de ces sourires qu'il est difficile de qualifier. Sans rien dévoiler de sa dentition qui demeurait à l'abri de ses lèvres humides, on aurait pu croire le Grand Argentier prêt à mordre, mais son sourire demeurait fixe, comme s'il patientait. Était-il ingénu, ou carnassier ?
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Message Mar 28 Fév 2012 - 22:46

Il se maudissait, et usait en pensées des pires injures à son encontre. Pourquoi donc lui avait-on infligé un esprit si prompt à la divagation et à l’émoi ? Pourquoi fallait-il qu’il soit sans cesse à fleur de peau, et ait à ce point un cœur porté sur les espoirs fous ? Depuis toujours il avait des réactions démesurées face aux situations qui secouaient légèrement ses proches, mais il avait très vite su se contrôler dans le cadre de son travail. Ainsi pourquoi à l’instant, alors que c’était si important pour lui et sa carrière, devait-il être aussi dissipé et envahi par des songes suaves et lascifs tant ils étaient évocateurs ? C’était à n’y rien comprendre… Comme si son esprit et tout son corps se refusaient à s’enfermer dans le simple rôle de tailleur, d’un artisan roturier sans avenir, et aspiraient à davantage… Si le Grand Argentier l’entendait… Sans doute se moquerait-il longuement de cette naïveté excessive, ou lui apprendrait-il rudement à rester à la place qui était la sienne, aussi déshonorante et vile soit-elle.

Toujours perturbé par ce qu’il voyait, Maël entreprit pourtant de se reprendre et de faire son travail. Après s’être emparé de son instrument, il effectua les mesures en tentant de maîtriser le tressaillement qui secouait de temps à autre sa main. Il devait être sérieux, se concentrer… Pour écouter la réponse de son client, il redressa la tête et suivit le mouvement de ses lèvres avec attention. Qu’il était lamentable de devoir se plier à ce genre d’exercice pour suivre les paroles du Lord… Mais Maël mit de côté sa honte pour saisir la demande de Clarence puis commença à réfléchir tout en continuant ses mesures. Les idées s’amoncelaient vivement dans sa tête, et il avait un mal fou à les organiser. Les tissus, les couleurs et les patrons défilaient à toute vitesse sans qu’il ne puisse en saisir un seul afin de constituer une tenue valable, digne d’un Hightower. Un brouillard s’était constitué dans ses pensées et le dissiper demanderait bien plus qu’un simple effort de volonté…

Tandis qu’il pliait légèrement un genou pour prendre correctement le tour de taille de son client, il le sentit se baisser et son souffle s’arrêta alors brutalement. S’apprêtait-il à le menacer ? Ou à se moquer ? Après les regards qu’il n’avait pu empêcher de laisser voyager sur son corps, ce serait déjà une punition bien généreuse… Mais les mots qui s’échappèrent de la bouche de Clarence laissèrent le Dornien sans voix. De même que son sourire si mystérieux, qui termina de colorer ses joues d’un rouge ocre. Les idées de Maël étaient si peu claires qu’il était tout bonnement incapable de démêler le discours du Grand Argentier, et encore moins d’analyser le ton de sa voix. Il en restait au tout premier degré de compréhension et se sentait horriblement gêné. Que devait-il penser de lui, à présent ?

    « Pardonnez-moi mon seigneur… Ce genre de choses ne m’arrive normalement jamais. »

Il ne mentait pas, mais à moins que le Lord ne le prenne comme un compliment, il aurait sans doute du mal à le croire. Maël frémissait de plus en plus et peinait dans chaque geste, et la situation n’allait guère s’améliorer pour lui lorsqu’il dut poser un genou au sol pour glisser sa bande de futaine le long des jambes de Clarence. Il en était réduit à penser à des choses repoussantes pour ne plus songer à la peau sous ses doigts, et garder son calme. Peine perdue. Il était tout bonnement incapable de se mentir, et encore moins de mentir à l’homme debout face à lui. Sans doute cela le perdrait-il, mais il ne pouvait tout simplement pas lui cacher plus longtemps – ou du moins, tenter de le faire – le chamboulement qui l’envahissait depuis quelques minutes. Toujours au sol, et les mesures désormais prises, il enroula lentement la bande entre les doigts de sa main gauche et murmura avec prudence.

    « Lord Hightower… Mes pensées dépassent largement ce qu’il est permis de penser, et je suis sincèrement désolé de me comporter ainsi devant vous. Son teint ne décolorait et sa voix se parait de milles soupirs incontrôlables. Vous m’impressionnez beaucoup. »

Cet aveu, il ne savait pas comment il serait pris, mais Maël préférait employer la voix de la sincérité… Il n’excellait pas dans celles des secrets, et quand bien même, il était évident que Clarence le surpasserait largement quoiqu’il arrive. Finalement il se releva et déposa la bande enroulée sur sa table, pour à nouveau s’en aller retrouver ses rouleaux de tissu familiers. Sa confession, bien que difficile, l’avait considérablement soulagé et il se sentait de nouveau capable de penser avec davantage de lucidité. Ainsi, il parvint rapidement à choisir un tissu à sa convenance. Non sans force, il extirpa la précieuse pièce qu’il avait en tête, soigneusement pliée et rangée à l’abri des regards… C’était un tissu à moitié constitué de soie, qui apportait légèreté et douceur, d’un gris perle délicat, tout à la fois discret et élégant. Son trésor dans les mains, le tailleur s’approcha du Grand Argentier et le lui présenta avec le plus grand respect, et il reprit un ton qui se voulait professionnel en ces mots :

    « Ce tissu-là pourrait être la pièce maîtresse de votre tenue, mon seigneur… Il a un côté doux et charmant qui n’agressera pas l’œil pour une chemise, et sublimera en même temps la profondeur du violet de la cape. Quant au tissu que je vous proposais à l’origine pour la chemise, il pourrait en fait servir à faire des broderies et orner élégamment ce gris perle. »

Il espérait que cette proposition ravirait Clarence, dans le cas contraire il n’abaisserait pas les armes et remettrait son inventivité en marche à son service. Maël souhaitait avant tout que le Lord ne lui en veuille pas pour ses égarements… Ces derniers n’avaient toutefois pas quitté son esprit vagabond, et qui sait combien de temps encore allait-il pouvoir les retenir…



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Clarence Hightower
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Message Ven 2 Mar 2012 - 23:29

La couleur sur ses joues, la sueur sur ses tempes, le tremblement de ses mains, les frémissements de sa voix étaient autant d'indices qui révélèrent à Clarence cette vérité triomphale : ce jeune tailleur n'était pas insensible à ses charmes et il peinait à le dissimuler. Rien n'aurait pu satisfaire davantage celui au cou duquel pendait un lacet de cuir et l'unique maillon de fer qu'il forgea autrefois à la Citadelle des mestres. La situation n'avait rien de très glorieux, pourtant dans l'air flottait un parfum de sensualité qui éveillait les sens du jeune homme et le rendait plus réceptif encore aux troubles et à la gêne de l'artisan. C'était comme tenir entre ses mains un petit animal inoffensif et effrayé. Clarence, partagé entre une curiosité piquante comme les alcools de la péninsule dornienne et l'amusement, se demandait jusqu'où il se sentait capable d'aller pour alimenter la gêne de l'artisan qui paraissait, tout à la fois, affronter des émotions semblables aux blizzards qui hurlent ou aux déserts qui cuisent. Irait-il jusqu'à porter sa main sur la peau de cette nuque agitée de frissons ? Ce geste n'avait rien d'innocent, mais était-il coupable pour autant ? Homme très occupé, Clarence n'avait pas souvent l'occasion de se laisser aller aux divertissements fulgurants et voluptueux de l'existence, ces petites pauses que l'on ne s'accorde que trop rarement. Sourire aux calembours d'un bouffon éclairé, goûter le vin de l'amitié qu'on débouche avant le coucher, se griser des embruns matinaux au bord d'une plage, flatter le col de sa monture à l'issue d'un long voyage, cueillir la rose du jardin pour l'offrir à quiconque passe non loin, caresser de sa main la chevelure d'une sœur inquiète pour la rassurer, autant de gestes et d'actions anodines qui pourtant venaient arrondir les angles d'une vie lasse et monotone. Pourquoi se priverait-il alors d'un peu de récréation, surtout quand celle-ci s'offrait à lui d'une façon si évidente ? Il n'y avait pas à réfléchir, ce Maël ne pouvait dissimuler son trouble, il ne pouvait le cacher, il était tel un petit mammifère assoiffé perdu au cœur de l'immensité plane du désert, sans arbre pour se cacher de l’œil solaire qui l'observe fixement. De plus, à mesure que le soleil brûlant s'approchait de lui, le petit mammifère, qui croyait encore la fuite possible, se retranchait plus encore dans le désert aride de sa culpabilité, allant jusqu'à se confondre en excuses balbutiées sans conviction et jusqu'à avouer comme sous la torture qu'il l'impressionnait. Rien n'aurait pu davantage convenir à Clarence qui demeurait là, debout, immobile, posté de telle sorte qu'il offrait au regard trop gourmand et trop inquiet du jeune dornien le spectacle d'une nudité stoïque et patiente.

Le temps sembla s'arrêter quand la prise des mesures fut menée à son terme. Maël retira la bande de futaine et Clarence sut qu'ils n'étaient plus seulement le client et l'artisan, ils devenaient peu à peu autre chose l'un et l'autre et surtout l'un pour l'autre. L'alchimie opérait avec une célérité fébrile, et l'homme nu comprit qu'il tenait peut-être entre ses mains la proie facile qui se soumettrait à son seul désir. Il n'y avait là encore rien de salace, rien de vulgaire, il s'agissait plus subtilement de prendre le dessus, ballet de désir et d'ambition combinés, chant intérieur d'un esprit plus fort qui prend le pas sur un autre plus faible, qui l'apprivoise, le domestique, le possède. Maël lui présenta le tissu qu'il croyait convenir à la demande particulière de ce client difficile et singulier. Il s'agissait d'un tissu très soyeux, très léger et très doux, dont la couleur l'apparentait aux perles grises qui se suivent autour du coup des princesses d'au-delà du Détroit. L'étoffe semblait d'une qualité bien supérieure à toutes celles déjà présentées par le tailleur et Clarence en tira grande satisfaction, car il l'interpréta comme un bon signe : Maël avait enfin compris qu'il aurait tout à gagner à complaire au Grand Argentier et qu'à cette fin, il lui était nécessaire de « sortir le grand jeu ». Les propositions du tailleur lui donnèrent quelques idées supplémentaires pour accroître plus encore sa gêne, son trouble, et l’ambiguïté de la situation. Clarence, toujours nu, palpa le tissu de ses deux mains pour en constater la douceur et la délicatesse. Il glissa ses doigts sur le précieux textile jusqu'à saisir dans ses mains celles du tailleurs. Il plongea à nouveau son regard droit dans le sien et sentit là encore qu'il avait l'avantage et cette prédominance le flattait autant qu'elle l'enhardissait. D'un geste rapide autant qu'imprévisible, il plaqua les mains du tailleurs sur ses côtes et les guida pour étendre l'étoffe sur sa peau. Il les mena jusqu'à les plaquer sur le creux formé de chaque côté par le haut de ses hanches.
 « Qu'en dîtes-vous ? Est-ce la couleur adéquate pour flatter mon teint ? L'apparence du tissu convient-elle ? Peut-être faut-il l'observer un peu plus haut, qu'en dîtes-vous ? » N'était-ce pas lui le spécialiste, après tout ? Mais il n'attendit pas sa réponse. Poursuivant encore, Clarence entraîna les mains du tailleur plus haut sur les côtés de son torse, et ce faisant, par le jeu du mouvement, il se rapprocha de l'artisan et bientôt leurs deux visages ne furent plus qu'à une bien vaine distance l'un de l'autre. Légèrement plus grand, Clarence admirait son audace dans le bleu tremblant des yeux du dornien. « Alors ? » Mais il n'attendait pas vraiment une réponse, du moins pas tout de suite. Il prit encore une initiative, sans laisser d'autres choix à son interlocuteur que d'obéir. Ses mains guidaient les mains de Maël qui tenaient toujours ferment l'étoffe déroulée sur son corps. Clarence les relâcha quelques instants et se tourna lentement jusqu'à être complètement de dos. Puis dans un même mouvement il saisit les deux mains sur ses côtes et les porta jusqu'à les plaquer sur sa poitrine. « Et de dos qu'en est-il ? Est-ce adapté à mon rang ? » Clarence savourait ce petit jeu de dupe qu'il interprétait avec conviction et désir d'aller plus loin encore. Il attendit quelques instants avant de se retourner. Le tissu glissa sur lui, tout comme les mains de Maël et il arriva ce qui était inévitable : le tissu tomba au sol. Malheureuse maladresse, ou ironie du sort?
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Message Ven 16 Mar 2012 - 17:29

Maël ne comprenait pas. Etait-il seulement en mesure de le faire ? Il craignait que non. Il n’avait pas reçu l’éducation nécessaire pour prétendre être capable de saisir toutes les subtilités de ce monde, encore moins celles mises en œuvres par un noble. Et quel noble ! Clarence n’avait pas épargné son ignorance sur le sujet, quoique le Dornien ait tout fait pour ne pas déplaire, dans ses mots comme dans ses gestes, au Grand Argentier. Malheureusement, cela n’avait pas suffit à l’empêcher de commettre quelques bavures, qu’il espérait vite pardonnées. Il ne voulait pas se faire mal voir dans le Bief, il avait même au contraire à cœur d’y être reconnu à sa juste valeur. Mais quelle était-elle, cette maudite valeur ? Valait-il, vraiment, quelque chose ? Le doute l’étreignait parfois, mais il devait s’en persuader. Puisque après tout… Si lui n’y croyait pas, personne ne le ferait à sa place.

Il s’acquitta donc de sa tâche, le moins laborieusement possible. Il trouvait un certain confort dans l’exécution de ces gestes de tailleur qu'il avait répété chaque jour, pendant des années et ainsi parvenait presque à oublier la nudité de l’homme qui se tenait près de lui. Même les battements affolés de son cœur s’apaisèrent un peu et lui permirent de respirer avec plus de calme. Mais Clarence Hightower ne l’entendait pas de cette oreille. Alors que ses doigts touchaient le tissu fluide comme de l’eau, ils rejoignirent ceux brûlants et quelque peu tremblants de Maël, qui n’osa pas prononcer le moindre mot. Il parvint à soutenir le regard de son client, mais il sentit que son âme était totalement mise à nue. Il était mille fois meilleur qu’un petit artisan, nul doute qu’il lisait en lui comme dans un livre ouvert. En revanche Maël, lui, était dans le brouillard le plus épais. Hagard, au cœur d’une furieuse tempête de sable, il guettait chaque geste et chaque mot de Clarence avec l’anxiété émotive d’un adolescent. Et le Grand Argentier ne tarda pas à jouer avec lui.

Telle une vulgaire poupée de chiffon, Maël se laissa manipuler sans opposer la moindre résistance. D’abord parce qu’il avait peur de la réaction du Lord si jamais il osait, mais aussi parce que la curiosité ne le quittait pas une seconde. Il voulait savoir ce qui se passait, comprendre ce que Clarence attendait de lui, et, aussi, mais c’était une pensée bien moins avouable, il désirait ce contact et sentir la peau de l’homme sous ses doigts. Les mots tintèrent à ses oreilles sans qu’il ne les saisisse, trop concentré sur son objectif bien ardu et exigeant : rester calme. Il sentit ses mains guidées plus haut, et le souffle de Clarence se rapprocher dangereusement du sien. Il cligna plusieurs des yeux, inquiet. Alors ? Alors… Il était toujours aussi élégant de près, voire même plus. Mais ça ne devait pas être la réponse attendue, alors Maël se contenta de continuer à trembler. Mais ce n’était pas la peur qui saisissait son ventre.

L’étoffe toujours tenue entre ses mains, posées elles-mêmes sur le torse du Lord, il ne put cacher sa stupeur, puis un profond frémissement, lorsqu’il fut plaqué contre son dos nu. La sensation procurée était indéfinissable. Obéir et être ainsi manipulé étaient blessant, offensant, ou du moins devraient l’être. Or, Maël ne ressentait rien de tout ça et n’essayait même plus d’empêcher le rouge de lui monter aux joues et de tempérer l’emballement de son corps. Il était perdu. Et bien que le tissu et son usage lui importent bien peu en cet instant, il se força à répondre à la question qui lui était adressée. Enfin. Il ne pouvait plus se permettre d’arborer sa voix pleine d’hésitation quand il s’agissait de vanter les mérites de sa marchandise, malgré tout il eut mille peines à entrouvrir ses lèvres, mordues à plusieurs reprises.

    « C’est exc… Il ferma les yeux un très bref instant, qui lui parut pourtant une éternité. Exquis, je disais. Il cernera parfaitement, j’en suis certain, vos gracieux contours. »

Entretemps, Clarence s’était retourné et lui faisait à nouveau face. Lentement, Maël avait laissé tomber ses mains le long de son corps, tout absorbé qu’il était par les yeux verts et lascifs de son interlocuteur. Il sentit la précieuse étoffe se dérober d’entre ses doigts, en même temps que tout son courage, sans qu’il ne parvienne à esquisser le moindre mouvement pour empêcher la chute. Des désirs conflictuels se bousculaient en lui, avec une violence qui lui déchirait le cœur. Son intellect, lui, avait pris congé depuis déjà un moment. Il parvint toutefois à s’arracher de sa contemplation, et remarqua enfin le vide entre ses doigts. Il balbutia une excuse peu intelligible – quelle honte de laisser choir, un telle tissu, un trésor si rare ! – puis baissa les yeux. Es-tu bête ? Il en avait presque oublié qu’aucun vêtement ne couvrait le seigneur Hightower, bien que ce soit un fait difficile à occulter pour lui. Croyant qu’il était encore possible pour lui de rattraper sa maladresse et sous le prétexte de ramasser le tissu tombé au sol, il se mit à genoux, tel un valeureux écuyer attendant l’adoubement et s'inclinant pour recevoir sur ses épaules l'épée de son maître. Cette pensée lui empourpra encore plus le visage tandis qu’il reprenait l’étoffe et la serrait contre lui, toutefois il risqua, dans sa folle innocence, d’à nouveau lever la tête et de murmurer :

    « Mon seigneur… Il ne pouvait se permettre de demander au Grand Argentier ce qu’il attendait de lui. Ce n’était pas courtois, et surtout, Maël craignait que ce soit son imagination qui lui joue mille tours. Ou que le Lord s’amuse simplement de sa faiblesse. Peut-être était-ce même un mélange des deux… A moins qu’il ne cherche vraiment à obtenir une réaction de sa part ? L’artisan était troublé, et retenait avec peine ses élans. Notamment au vue de sa position, mais il n’était pas sûr que ses jambes parviendraient à le soutenir tout de suite… Je ne suis qu’un tailleur de Dorne, et vous un grand Seigneur. Si j’ai dit que vous m’impressionnez, c’était déjà en-deçà de la vérité… J’ignore ce que vous attendez de moi, mais je sais ce que je désire et que ça m’est interdit. Les choses étaient plus simples à Dorne, il fallait le reconnaître. Outre la différence d’échelle sociale, il fallait ici affronter la défiance entourant les relations entre hommes ou entre femmes. Mais Maël faisait peut-être fausse route. Et si tel est le cas, il pouvait perdre sa langue dans l’affaire, et encore seulement s’il avait de la chance. Cette réflexion le glaça dans son élan si bien que, toujours au sol, il baissa son visage et frissonna. Hum… Et bien, ce tissu est vraiment parfait pour vous. En êtes-vous convaincu ? » Piètre tentative.



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Message Lun 26 Mar 2012 - 14:26

Quel plus grand plaisir qu'avoir entre ses mains le pouvoir ? Cette question rhétorique aurait pu inspirer des générations de ménestrels, et à cet instant, Clarence éprouvait le frisson de la prépotence qu'il détenait sur ce petit dornien sans grande importance. Il était plus qu'il simple client désormais, le doute était superflu. Maël se trouvait à genou devant lui, suspendu à ses lèvres comme le chantre espère après sa muse. Quel délice ! Quel régal ! Clarence saisit entre ses doigts le menton de sa proie, et l'obligea à se relever. Vivement, il saisit la gorge du dornien dans sa main et pressa légèrement. Il approcha dangereusement sa bouche des lèvres ambrées du tailleurs et d'un geste, un instant avant le contact brûlant, il tourna la tête de Maël, et ses mots glissèrent de ses propres lèvres pour couler dans les oreilles qui s'ouvraient à sa voix. « Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais. » Et avant de laisser à sa malheureuse victime le temps et l'occasion de réagir, il fit tourner sa tête et à nouveau leurs lèvres manquèrent de se joindre. La distance entre leur visage était si mince que Clarence pouvait sentir sur ses joues le souffle court de Maël. La sensation n'était pas désagréable. De ses yeux acérés comme les lames d'un Sans-visage, il déchirait les prunelles de l'artisan. Cet échange silencieux dura quelques instants qui parurent une éternité. Clarence aurait déposer sur ces lèvres dorées par le soleil un baiser conquérant. Il aurait pu sceller l'ascendant qu'il détenait sur Maël d'une telle caresse, pour ajouter un peu de sel à leur entrevue. Quant à ce qui aurait pu suivre... Clarence n'aurait pas été contre un peu de distraction pour oublier pour quelques heures le marasme qui régnait à l'extérieur, dans le royaume et dans les cœurs.

Résistant, à la tentation, il voyait devant lui le cœur de Maël qui fondait comme la neige au soleil de son autorité. Bien qu'il le contemplât d'assez près pour sentir le parfum de sa peau, c'était comme s'il le toisait du haut de sa tour, comme s'il jetait sur lui les flammes du flambeau qui brûle au sommet du grand phare, comme s'il le maintenait sur un bûcher se nourrissant du bois de ses désirs. Sa langue se mut sur ses lèvres. Il aurait pu l'embrasser, il aurait pu mêler leur souffle et leur salive, il aurait pu s'unir à lui dans cette étreinte brûlante qui lie les lèvres et les corps. Un baiser revêt une telle puissance symbolique ! Le frère mendiant dont on baise les pieds, le septon qui dépose un baiser sur son étoile à sept branches, la jeune mariée qu'on embrasse pour sceller l'hyménée sont autant de témoignages de l'importance positive du baiser dans la culture des Sept couronnes. En signe d'allégeance, de respect et d'humilité, le serf baise les pieds du seigneur, le chevalier de son roi, le disciple de son maître. Le baiser est souvent unilatéral, il ne donne pas toujours lieu à un échange, il prend sens comme l'acte de réunion de celui qui reçoit et de celui qui donne. Mais quand il se ternit des arrières-pensées de celui qui l'offre, le baiser devient l'appropriation de l'autre, et sa trahison. La traîtrise est toujours plus grande, quand elle est le fruit d'une caresse. Clarence lâcha la gorge de Maël et s'éloigna de lui en souriant.


« Mais je n'ai pas le temps pour ces choses-là. Vous êtes jeune, plutôt bien fait, et en d'autres temps, sans doute aurions-nous déjà croisé la chair, si vous voyez ce que je veux dire... » Clarence ménagea un petit silence pour savourer l'effet de sa plaisanterie. De tous les plaisirs du langage, créer de nouvelles expressions à partir d'autres qui existent déjà était son préféré ! S'il n'était pas de ceux qui souvent croisent le fer, en revanche, il avait par le passé traversé une phase où, très fréquemment, il croisait la chair. « Maintenant, remettez-vous. Je vous fais perdre vos moyens, c'est très flatteur, mais vous gagneriez à faire preuve d'un peu plus de discrétion. Je ne m'offense point de vos compliments, mais ce n'est pas le cas de tous les autres qui, à Villevieille comme dans le Bief, seront vos clients. Si les mœurs sont ouvertes à Dorne, elles sont fermées partout ailleurs, et ces inclinations que vous éprouvez n'ont pas bonne réputation par chez nous. Sachez les contenir, et les cacher, sinon vous risquez de ruiner ce commerce qui s'annonce pourtant très lucratif. Par ailleurs, il serait fâcheux que les quelques personnes au courant de vos petites préférences ne s'amusent à les ébruiter, n'est-ce pas ? » Le sourire de Clarence devint légèrement carnassier. Comme il aurait été commode désormais d'exploiter cette information et de la rançonner auprès de Maël pour obtenir des services particuliers. Comme il aurait été amusant d'enfermer la petite créature inoffensive dans un prison de chantage et d'extorsion ! Toutefois, c'était là des passe-temps qui n'avaient aucun intérêt pour Clarence.

« Cela restera entre vous et moi comme le gage d'une mutuelle confiance pour notre affaire. Nous ne sommes plus tout à fait des étrangers à présent, alors considérez cela comme une faveur que je vous fais : votre secret sera bien gardé. » Clarence reporta son attention sur le tissu que lui avait présenté le tailleur. Il se surprit à souhaiter apaiser la tension qui régnait dans l'air pour mettre plus à l'aise son interlocuteur. Clarence devenait-il sympathique ? Commençait-il à éprouver la compassion qui le rendrait, à terme, agréable et gentil ? Cette pensée le fit sourire, tout comme celle qui suivit. « Le tissu est parfait, tout comme ce que nous avons déjà discuté. Ces tenues seront superbes, je vous fais confiance pour cela. À présent, j'imagine que nous en avons terminé pour les détails... Vu que je ne suis pas attendu, j'imagine que je pourrais rester pour vous faire goûter à la viande de nos vertes contrées... sauf si vous préférez vous mettre immédiatement au travail ? » Clarence avança d'un pas sûr pour s'approcher de lui. « Ce choix vous appartient. »

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Message Sam 28 Avr 2012 - 23:05

N’y avait-il donc aucune échappatoire possible ? Ne pouvait-il pas s’en sortir avec honneur et dignité ? Ces deux notions semblaient s’être échappées par les pores de sa peau depuis un long moment déjà… Toutefois, Maël ne pouvait s’empêcher d’espérer. Il ne voulait pas être ridicule et faible, mais paraître irrévérencieux était également la dernière de ses envies. Que faire, alors ? Toutes les issues lui semblaient solidement bloquées. Etait-ce son éducation qui l’empêchait de relever les yeux et le forçait à sans cesse courber l’échine face à plus puissant… ? C’était ridicule, pourtant… Il pouvait être respectueux sans offrir le tendre de son cou comme il le faisait à présent. Il pouvait. Il n’y parvenait pas. Il avait simplement sursauté en sentant la prise de Clarence et s’était laissé faire, observant à la dérobée les lèvres tentatrices qui se jouaient de lui. Mettre en cause son manque de savoirs en matière de relations de noblesse ou simplement à propos du Bief était également une porte de sortie tentante… Mais si facile. Arguer son incompétence était une tactique tout à fait déplaisante. La gêne l’avait déjà saisi à l’évocation des sentiments qui se bousculaient en lui… Cependant sa fierté l’empêchait de s’abaisser à s’exposer comme un ignare notoire et mal embouché. Il devait se montrer sous un jour plus flatteur… Il devait répondre quelque chose. Ne pas rester les bras ballants à écouter docilement les mots du Grand Argentier. Avec respect, avec naturel, avec sincérité, avec précision. S’il voulait tant changer de « monde », il le fallait… Sinon c’est qu’il n’était pas digne de connaître autre chose que la boue. Alors Maël calma les tremblements qui avaient saisis tout son corps et affronta le regard de l’homme nu qui lui faisait face. Il ravala les frémissements et tressautements de sa voix et posa, avec milles précautions, ses mains brûlantes sur celle qui enserrait sa gorge.

    « Peut-être, mon seigneur, mais je ne connais aucun roturier qui soit venu se vanter de ses folies. C’est au contraire un privilège que les gens de la rue vous envient. »

Et finalement le Grand Argentier le libéra, sans même l’avoir possédé d’un seul baiser. Une peur lui enserra le cœur. Lui avait-il déplu ? Etait-il énervé contre lui ? Maël effleura ses lèvres du bout de ses doigts fébriles et tenta, à nouveau, de reprendre ses moyens. C’était un exercice bien difficile pour lui, d’autant plus lorsque le doute survenait comme à présent. Malgré ses efforts il le craignait, autant qu’il pouvait l’admirer… Pouvait-il seulement en être autrement ? Tandis qu’il attendait la sentence, Maël contrôlait son regard afin qu’il ne dépasse pas la ligne imaginaire de la ceinture qui, en d’autre temps, soulignait la taille du Lord. Ses paroles coulèrent alors jusqu’à ses oreilles et le clouèrent sur place avec force. Ses joues prirent la teinte et la température du feu à la plaisanterie glissée de manière tendancieuse, au vu des quelques minutes qui venaient de s’écouler, sans qu’il ne parvienne à articuler le moindre son. Déboula alors une sorte de leçon, ou plutôt une mise en garde, une aide ? Il ne savait trop comment définir les conseils que lui prodiguait généreusement Clarence. Toutefois, si son défunt père lui avait donné un avertissement censé, il s’agissait bien de celui-ci : « en ce monde la générosité est sèche comme la dette du créancier ». Devait-il se méfier ? Le vent de la menace souffla froidement sur sa nuque alors que le Grand Argentier évoquait la possibilité d’un chantage… Maël baissa doucement la tête. L’enseignement était difficile à encaisser. Très utile également, si ce n’est nécessaire. Il était un petit tailleur bien imprudent vis-à-vis de ses ambitions à peine voilées… Pourtant Clarence lui offrit une seconde chance. Du moins c’est ainsi que Maël interpréta la promesse de garder cet épisode « secret » et le gage d’une « confiance mutuelle ». Il ne prit même pas la peine de contenir son soulagement.

    « Merci mon seigneur, je ne l’oublierai pas. »

Que ce soit son geste ou ses conseils, il les garderait précieusement en tête et s’acharnerait à les appliquer du mieux possible. Le chemin pour y parvenir était long et semé d’embuches, il en voyait pourtant le bout. Eternel optimisme. Alors qu’ils en revenaient un peu laborieusement aux tenues commandées, Clarence mit fin au choix et déclara qu’il lui faisait confiance pour la suite. Flatté même sans le dire, Maël reposa les étoffes et s’attendit à devoir raccompagner le seigneur, si ce n’est jusqu’à sa Haute Tour, au moins jusqu’à la porte. Enfin… Pas dans cet accoutrement. S’abaissant à genoux encore une fois pour ramasser les vêtements négligemment abandonnés plus tôt, un tressaillement parcourut son échine pendant que son esprit recommençait à imaginer des milliards de choses… La « viande de nos vertes contrées »… Etait-ce ce qu’il croyait ? Une… Invitation ? Maël se releva face au Lord et plongea ses yeux bleus dans ceux mystérieux et insondables de son client. Aucune indication pour le guider sur ses intentions. Et seulement ce « choix » qu’il lui laissait. Quelle torture ! Ce que veut un seigneur, un seigneur le prend… Surtout que Maël n’avait jusqu’ici pas opposer la moindre résistance. Il avait même deviné ses inclinations, son désir était évident, la situation était quelques secondes auparavant claire comme de l’eau de roche… Il lui avait dit ne pas avoir le temps pour des distractions, et maintenant il n’était plus attendu ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Et à présent alors qu’il reprenait ses moyens et toute sa contenance, voilà qu’il lui remettait sous le nez la possibilité de flancher… Pourquoi ? Pour se moquer ? Pour lui offrir cette opportunité ? Pour… Le tester ? Il avait dit qu’il n’oublierait pas… Il devait contenir, cacher, la séduction, avoir envie et donner envie devait être une arme et non une faiblesse… Il devait le lui montrer, il devait être fort. Respectueux, digne, sûr.

    « J’aimerais y goûter, dire le contraire maintenant serait présomptueux. Et cette proposition venant de vous, c’est un honneur… Cependant, mon seigneur, vous éclairez le chemin… Votre présence dans un modeste atelier donnant sur la rue ne saurait pas passer longtemps inaperçue. Il serait fâcheux que quelques personnes s’imaginent des choses et les ébruitent. »

Il était étonné du timbre de sa propre voix, clair et limpide, doux et teinté d’une profondeur qu’il ne se connaissait pas. C'est avec déférence qu'il lui tendit ses vêtements, soigneusement pliés par ses soins pendant sa prise de parole. Peut-être finirait-il par regretter ses mots… Mais à l’instant, il en était fier, comme on est fier d’avoir acquis et appliqué un apprentissage délicat.



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Clarence Hightower
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Message Lun 30 Avr 2012 - 20:56

Le sourire de Clarence s'élargit à tel point qu'on aurait pu le croire prêt à s'élancer pour croquer un bout du croissant de lune qu'au dehors on apercevait sans mal dans le ciel désormais dégagé des pluies qui, eu avant, le déchiraient de leurs sanglots orageux. Les paroles et les aveux de Maël lui étaient la plus douce des musiques, et s'il n'avait été un homme bien élevé, le Grand Argentier aurait exigé de ce manant qu'il répète plusieurs fois ces dernières phrases qui se voulaient si pleines de bon sens et de sagesse. Dans la bouche d'un mestre ou d'un vieil homme de très haute naissance, sans doute auraient-elles eu véritablement toute la profondeur qu'elles appelaient de leur écho. Mais échappées ainsi de la bouche du tailleur comme des lapins qui bondissent au printemps hors de leur clapier, elles semblaient maigres et dénués de saveur, comme privées de toute substance, comme un squelette décharné qu'on arrache à sa substance originelle. Clarence se contenta d'approuver de la tête et de se rhabiller en silence, scellant ses lèvres dans le mutisme d'un sourire qu'il était vain ou stupide, ou les deux, d'interpréter, car c'était se hasarder là où la seule certitude le cuisant échec que réservait toujours Clarence à ceux qui nourrissent des prétentions et réclament des droits absurdes. Si le Grand Argentier désirait s'ouvrir à quelqu'un du cours de ses pensées, il le faisait directement sans user de subterfuges, d'intermédiaires, de biais quelconques. S'il en usait, c'était pour tromper et confondre. Ainsi, la plupart du temps, préférant éviter de se découvrir si facilement, Clarence se muselait sous un voile de silence et d'inexpression, ce voile imperturbable qui avait eu raison d'un très grand nombre de personnes qui se croyaient patientes. Ils étaient nombreux à n'avoir rien saisi des attitudes du jeune homme, à l'avoir quitté bredouilles et perplexes, et Clarence ne se doutait pas que très bientôt il ajouterait nul autre que Tybolt Lannister à cette étonnante collection. Toutefois et pour l'heure, il n'avait pas l'intention de jouer à ce jeu-là avec cet artisan dornien qui ne lui opposait aucune résistance, même de principe. Il aurait très bien pu le coucher là sur la table et faire de lui sa chose docile et obéissante, son animal fidèle et tout entier dévoué à lui, ne respirant que pour exécuter ses vœux, car Clarence savait l'art de mettre au pas ces personnes qui se laissent si aisément tromper et conduire par les parfums de la volupté et du désir. Son intention n'était pas là, et l'heure était venue d'interrompre cet entretien qui resterait très professionnel en définitive. Mais dans l'esprit de Clarence, ce n'était que partie remise. Peut-être n'irait-il jamais jusqu'à goûter au fruit de ce dornien si délicatement fragile... mais il appréciait trop de lui chatouiller l'esprit pour se priver d'une telle distraction bien longtemps. Dès qu'il fut totalement rhabillé, il remercia l'artisan pour ses gentillesses, lui rappela les différents objets et articles de sa commande et le salua avant de quitter l'échoppe, sans oublier de poser une main douce mais ferme sur son épaule en l'invitant à venir le voir à la Grand-Tour quand bon lui semblerait, tout en précisant que cela restait très professionnel en ajoutant, avec un sourire : « Je suis certain que mes sœurs auront quelques commandes pour vous. De plus, j'ai envie de redorer quelque peu l'uniforme de mes gens, et je suis sûr que vos idées sauront sublimer mes attentes. »
* * *
Une fois de retour à la Grand-Tour, Clarence se porta immédiatement à la rencontre de son frère Charles qui était occupé à passer en revue la garde rapprochée des membres de la famille Hightower. Il attendit patiemment que ce dernier ait fini son devoir pour lui proposer une promenade à travers les balcons et les galeries de la tour, mais la proposition n'avait rien d'une invitation, c'était un ordre auquel ser Charles ne put ni ne souhaita se soustraire, car il savait que Clarence ne le dérangeait jamais sans une excellente raison de le soustraire à ses obligations. L'aîné instruisit alors le cadet de plusieurs requêtes, et parmi ces dernières figuraient l'ordre de recueillir le plus d'informations possibles sur ce tailleur dornien. Clarence connaissait son nom et quelques unes de ses faiblesses, mais il désirait en savoir bien davantage : il souhaitait une documentation complète sur l'individu, sur ses origines, sur son affaire et sur son devenir. Charles accepta et promit d'accomplir ce devoir rapidement, sans questionner les motivations de son frère et de son suzerain, car il savait que ce dernier lui avait donné suffisamment de ce qu'il estimait être nécessaire à l'accomplissement de sa mission. C'est d'ailleurs ce que Charles appréciait chez lui, ce tempérament direct qui ne s'embarrassait jamais de fioritures inutiles et superflues quand la clarté s'imposait comme nécessaire. De là à dire que Clarence était un homme simple voire simpliste, il y avait un énorme fossé que ce dernier s'amusait à creuser pour mieux perdre ses détracteurs et ceux qui, en l'observant, cherchaient à percer le mystère de sa personnalité. Que les Sept les protègent s'ils venaient à découvrir plus qu'il ne fallait au sujet de son frère aîné ! Charles aurait alors pour eux une compassion apitoyée, car lui-même avait renoncé à porter son regard au-delà du rideau sinistre et si secret que Clarence semblait maintenir en permanence entre lui et le monde. Du reste, Charles se satisfaisait très bien de cette situation qu'il ne voulait pas voir changer : depuis quelques années, c'est ainsi que Clarence protégeait les intérêts de leur clan et maintenait leur prospérité, alors le jeune chevalier n'allait pas se plaindre. Le seul objet de plainte qu'il se réservait était l'identité de sa future épouse, mais là encore il avait assez de confiance et d'estime pour son frère pour savoir à l'aance qu'il n'y avait aucune raison que Clarence lui impose un mariage honteux ou déraisonné. Chaque fois que Charles avait présenté à son frère des possibilités, les refus de ce dernier avaient toujours été réfléchis et Clarence s'en était expliqué avec lui. Plusieurs candidates, dont quelques unes se mariaient prochainement, lui avaient ainsi échappé, mais quelle importance ? Charles était un Hightower, la patience était dans son sang comme l'eau coule dans la rivière. Il lui suffisait d'attendre, et d'obéir à son frère.
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[TERMINE] La parole est à l'oreille ce que l'habit est aux yeux : une gifle, une caresse ?

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