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[TERMINE] La femme qui est dans mon lit...

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Message Lun 6 Fév 2012 - 2:10

Jeanne n'avait plus vingt ans depuis bien longtemps et pourtant Leo ne se lassait pas de la regarder. Elle était devant lui, allongée sur le lit conjugal, sa brune chevelure éparpillée autour d'un visage qui s'était coloré d'un sourire. Dans sa tenue de nuit, blottie sous les draps immaculés, elle dormait du sommeil de l'innocence et Leo l'observait depuis un certain temps déjà. Il s'était levé tôt dans la nuit, quelques heures auparavant, alors même que le soleil n'avait pas encore jeté dans le ciel la lumière de ses indomptables rayons. Il s'était habillé, s'était rendu au septuaire pour prier les Sept de veiller sur son fils Tristan qui servait à l'Ouest lord Tybolt Lannister, avant de revenir jusqu'à ses appartements privés et jusqu'à sa chambre où son épouse était encore endormie. Comme elle était belle, son épouse, et comme il l'aimait ! Ses yeux d'un bleu incomparable portait les stigmates de l'âge qui déclinait et pourtant, malgré les peines et les larmes, il y brillait toujours les feux d'une bonté infinie que rien n'altérait jamais. Rien n'était plus doux au monde que le tendre cœur de son épouse, et même s'il voyait tomber peu à peu la neige sur ses cheveux, elle serait toujours à ses yeux sa reine d'amour et de beauté. Leo s'assit sur le bord du lit, s'approcha d'elle et déposa sur son front un tendre baiser. Il égara sa main dans les méandres de sa chevelure et en noua quelques uns à ses doigts abîmés par tant d'années passées à manier la lance et l'épée. Abandonnant leur douce caresse, ses doigts épousèrent les joues graciles de la belle endormie. La lumière timide d'un soleil que dissimulait les nuages baignait la pièce d'une clarté légère et les parfums des mille et une fleurs des jardins leur parvenaient au gré des vents qui s'amusaient autour de Hautjardin.

Sous son regard bienveillant, Jeanne s'éveillait. Il n'existait pas de spectacle plus beau dans les Sept couronnes, et il s'estimait l'homme le plus chanceux du monde de pouvoir le contempler chaque matin. Inlassablement, il guettait le réveil de son épouse et l'observait avec grande attention depuis les premiers soubresauts des paupières jusqu'aux derniers frissons de sa poitrine.


 « Bonjour. »

Ses yeux posaient sur elle un regard brûlant de tendresse et d'affection. Il se souvenait avec mélancolie de toutes ces années de mariage qu'ils partageaient désormais. Tant de fois son épouse avait été la cible des quolibets, des insultes, des sarcasmes et des persiflages de l'élite qui voyait en elle une femme trop faible et trop effacée pour être la digne épouse du suzerain du Bief. Pourtant, jamais Leo n'avait regretté ce geste fou d'adolescent éperdument épris d'une femme qu'il voulait sienne jusqu'à la mort. Les feux de la passion, aujourd'hui éteints, avaient laissé leur place aux braises d'un amour caressant comme la fleur éclatante de beauté devient un rosier éternel. Leo avait épousé Jeanne contre l'avis de tout le monde, et il continuait de l'aimer avec la même exaltation. Rien n'y changerait jamais et désormais qu'il entamait l'automne de leur vie, Leo était persuadé d'avoir fait le bon choix. Les Sept leur avait pardonné leur faute originelle en gratifiant leur union de trois merveilleux enfants. Que pouvaient-ils espérer de plus ? La fin de la guerre contre les Fer-nés viendraient bientôt et alors Hautjardin redeviendrait le paradis qu'ils connaissaient depuis l'enfance.

 «J'espère que tu as bien dormi. J'ai fait préparé un bain pour toi, quand tu seras prête. Il y a également de quoi manger si tu as faim. La journée va être maussade, les nuages menacent et la pluie n'est pas loin. »

Après avoir libéré la main de son épouse, qu'il avait couvert de ses baisers, il aida Jeanne à se lever pour la conduire jusqu'à l'autre partie de la chambre que dissimulaient d'épais rideaux d'un vert profond. Dans un bassin de marbre avait été versée l'eau chaude et une servante tenait au bout de ses mains des linges propres et un plateau d'argent où l'on trouvait des savons et des herbes pour parfumer le bain de lady Tyrell. Un peu plus loin sur une table, l'odeur alléchante des fruits secs, des amandes, des noix, des figues, des olives, des cornouilles en saumure, des œufs cuits, des tartines parfumées au raifort, des pommes au miel et d'une carafe de lait égayait l'air et les narines de Leo qui s'approcha de ces victuailles alors que son épouse ôtait ses vêtements pour entrer dans le bain. Il prit dans ses mains une tartine mais ne céda pas tout de suite à la tentation d'y croquer à pleines dents.

 « Nous n'avons pas encore eu l'occasion de parler des plans que j'ai formé pour Mathias et Emilia. Le mariage de Tristan est pour bientôt mais je ne pouvais oublier mes deux autres enfants. Tu sais combien il m'a été difficile de me résoudre à accepter la main de lady Aliénor pour Tristan, d'autant plus que j'étais seul favorable à ce projet... Nous avons rencontré la promise de Tristan et tu conviendras avec moi qu'elle sera une épouse digne de notre nom. J'ai le défaut d'être un père soucieux de bonheur de ses enfants... fort heureusement pour moi ma mère reste encore à Hautjardin la voix de la raison. Elle m'a convaincu d'unir Mathias et Emilia dans nos vertes contrées. Nos vassaux nous doivent allégeance par serment, mais c'est plus que leur allégeance qu'il nous faut. Une fois que toutes les familles du Bief seront liées par les liens du mariage, il régnera dans notre fief une unité telle que nous serons mieux armés pour faire face aux difficultés que l'avenir nous réserve. Lady Aliénor nous apporte l'alliance avec les Lannister, mais nous savons tous deux qu'il est vain de trop attendre de ce rapprochement pour le moment. »

Leo croqua dans la tartine et s'étonna d'avoir toujours le palais d'un enfant dès qu'il s'agit de goûter ces menus plaisirs culinaires. La tartine avait le parfum du souvenir et sans peine Leo se revoyait dans les jardins du château alors qu'il n'était encore qu'un marmouset tout juste bon à jouer à colin-maillard dans les allées florales ou dans le labyrinthe de haie qui bordait les murs blancs de Hautjardin. Comme ce temps était loin et comme il regrettait de n'en avoir pas plus de souvenirs, un peu comme si sa mémoire n'avait gardé que la quintessence des événements et s'était détaché des faits en eux-mêmes...
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Message Lun 6 Fév 2012 - 7:20

Comme souvent, Jeanne rêvait de son époux, de leurs jeunes années, de ses victoires lors des Tournois auxquels elle avait assisté, de la façon dont il la regardait le jour de leur noce et dont il n’avait jamais cessé de la regarder depuis. Elle se souvenait que, lorsque depuis la lice il lui souriait avant de se lancer en selle, son cœur se mettait à battre la chamade comme lorsqu’elle était encore une jouvencelle et qu’il lui montrait ses talents de bretteur, ce sourire elle pouvait le voir dès qu’elle fermait les yeux, quand il s’adressait tout spécialement à elle, ses yeux prenaient une expression qu’elle seule pouvait saisir. Elle était si éprise de lui, si fière de son Long Dard, si attachée et dévouée à son mari, les Dieux avaient été d’une bonté infinie de lui offrir l’honneur d’être la femme de Lord Tyrell et malgré leurs erreurs de jeunesse elle ne regretterait jamais de l’aimer de tous son cœur, avant et encore maintenant, avec la même intensité, et peut-être plus parce qu’ils se connaissaient sur le bout des ongles désormais et qu’ils partageaient tellement plus que durant leurs jeunes années de fougue et de passion. Elle rêvait de toutes ses choses, bonnes ou mauvaises qu’ils avaient traversés ensemble et qui à ses côtés n’avaient jamais été si dures que ça à supporter, même le fait qu’elle ne pourrait plus donner la vie, même le fait que son ainé soit parti si jeune de la maison pour apprendre plus vite en tant qu’écuyer aux côtés d’un chevalier. Une mère devait passer par là pour laisser grandir ses enfants et une épouse devait obéir à son mari, mais si elle s’était écouté elle les aurait gardé sous son aile jusqu’à ce qu’ils soient tous mariés, comme elle le faisait avec Mathias, sachant qu’il faudrait bientôt lui aussi le laisser voler de ses propres ailes. Il lui avait donné trois beaux enfants qu’elle aimait plus que tout au monde et il ne s’était pas contenté de ça, il avait toujours été tendre et avenant, fidèle et attentionné, et il le restait malgré les années qui défilaient, alors oui, elle le chérissait et l’estimait chaque jour un peu plus et essayait de l’honorer du mieux qu’elle pouvait et peu importe que la moitié des Sept Couronne pense qu’elle était idiote, personne ne dirait que son cher et tendre se faisait dominer par sa femme !

Elle se réveillait doucement toujours le doux sourire qu’avaient fait naitre ses rêves accroché à ses lèvres, elle avait cru sentir les doigts de son époux dans ses cheveux et sur son visage, mais elle n’arrivait pas à savoir si c’était dans son rêve ou dans la réalité. Elle s’étira légèrement dans sa longue chemise de nuit de fin coton blanc à bretelles, nouée sous les seins et dont les ourlets étaient doublés de dentelle. Elle sentait les exhalaisons des fleurs dans les jardins lui parvenir aux narines comme le parfum d’un chez elle qu’elle adorait et avait adopté dès le premier jour, les roses Tyrell, évidement cela manquait de mer et de vagues, mais pas de charmes et surtout pas de parfums exquis. Ce paradis où ils vivaient tout deux était entaché du sang versé par les Fer-Né, mais elle devait se montrer forte et courageuse pour soutenir son seigneur et maitre dans cette bataille comme dans toutes les autres. C’est ce qu’elle faisait en tenant le château d’une main de velours dans un gant de velours mais main de maitre tout de même pour le soulager au mieux de cette charge et en ne se laissant pas abattre par les mauvaise nouvelles, quoi qu’il puisse advenir le Bief gagnerait, ça elle était certaine. Son sourire s’élargit dès qu’elle eut ouvert un œil et vu que Léo était là, penché sur elle la regardant tendrement, ce fameux regard éclairé d’une lumière toute à fait particulière, elle se dit à cet instant que chaque jour supplémentaire passé avec lui était un cadeau, qu’il était l’homme le plus charmant des Sept Couronnes et qu’elle heureuse et fière d’être à lui.

« Bonjour mon cher et tendre. »

Il était encore allé prier sans elle, mais elle ne pouvait pas le lui reprocher, ses journées étaient chargées et il ne trouvait que ses heures nocturnes pour le faire. Elle se redressa et passa une main sur la joue de son homme avant de reprendre sur un ton toujours aussi doux.

« Il n’y a pas de journée maussade quand tu es là mon amour. »

Elle apprécia les doux baisers déposés sur sa main avec un sourire, même si quand il faisait ça, elle n’avait plus qu’une envie, l’embrasser à pleine bouche et qu’ils fassent l’amour comme lors de leur prime jeunesse, elle savait qu’il y avait des servantes non loin et elle écarta les couvertures avant de se lasser guider de l’autre côté des rideaux. Il avait fait préparer un bain, n’était il pas extraordinaire ? Malgré les troubles il pensait toujours à elle, n’oubliant jamais d’être son époux et même son chevalier servant, comme il l’avait été quand ils étaient encore des enfants. Évidement c’était une routine, les servantes savaient parfaitement ce qu’il y avait à faire, mais il était là, à ses côtés et il avait tout fait préparé à la perfection, un jour elle se lèverait avant lui et s’occuperait de tout ça pour lui, elle l’avait déjà fait mais elle avait envie de le refaire plus souvent. Les repas, et particulièrement celui du matin qu’ils prenaient plus souvent en tête à tête que les déjeuners et les diners étaient leurs rares moments d’intimité et ils en profitaient le plus possible. Elle dénoua le cordon qui ceignait sa poitrine et fit glisser la chemise de nuit par terre avant de se plonger dans l’eau chaude.

« Tu sais, tu peux me réveiller pour aller prier, j’aimerais prier avec toi. »

Mais déjà, alors que la servante s’était approché et que Lady Tyrell avait prit un savon pour se frotter les membres, la conversation passa sur leurs deux autres enfants, en effet Jeanne laisse les pleins pouvoirs à Leo pour choisir leurs partis et leurs activités, elle lui faisait confiance pour faire au mieux même si elle n’hésitait pas à lui suggérer certaines choses parfois en privé.

« Je te l’ai dit, elle sera parfaite, je le sens, mais il lui faudra passer les mauvaises habitudes qu’une lionne peut avoir, heureusement, je crois qu’elle n’a pas pris trop de leurs défauts. Je n’aie pour ma part jamais été contre ce projet, mais je sais néanmoins que les Lannister ne nous portent pas dans leur cœur, et encore moins depuis les frasques de Tristan. Je te rejoins donc, n’attendons pas trop de cette union, même si je pense avoir gagné en partie la confiance de Lady Aliénor, il faudra probablement bien plus de temps pour toucher son frère. »

Elle demanda à la servante de lui frotter le dos et réfléchit quelques instants avant de hocher la tête en souriant.

« Quand au fait que tu sois soucieux du bonheur des tes enfants, tu sais que je pense que ça n’est pas un défaut, quoi qu’en dise les autres, l’amour et le respect sont le ciment le plus solide pour une union, cela est valable pour le mariage comme pour l’allégeance. »

Elle demanda à la servante de lui laver les cheveux et pencha sa tête en arrière avant de reprendre.

« Ça n’est pas pour rien que les Tyrell ont été faits suzerains du Bief par les Targaryen, tu es d’une intelligence remarquable, et Lady Amélia tout autant d’ailleurs. Ce me semble être une excellente stratégie, pendant que tout le monde s’éparpille sans garantie de retour, nous nous rassemblons, toujours plus forts et unis dans l’adversité. »

Elle se rinça gracieusement avec une cruche tout en continuant.

« Qui verrais-tu pour se faire ? Les héritiers ou seigneurs de nos grandes maisons ? Redwyne, Tarly, du Rouvre, Caswell, Cendregué, Chester… les Florents ? Faut-il mieux renforcer les allégeances déjà certaines ou essayer de rallier de nouvelles maisons susceptibles de ne pas toujours nous soutenir ? Il aurait fallut que je vous donne beaucoup plus d’enfants finalement. »

Elle sourit et se leva avant de sortir de la baignoire et de se laisser enrouler dans un linge immaculé par la servante. Elle s’assit en face de son époux et commença à manger doucement, pendant que la dénommée Merry lui séchait les cheveux.
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Message Lun 6 Fév 2012 - 15:24

Les paroles de Jeanne étaient pleines d'une grande justesse et d'une grande vérité. Du temps serait à coup sûr nécessaire pour mesurer les ambitions et les projets de Tybolt Lannister, et le mariage à venir qui se tiendrait à Hautjardin serait l'occasion d'en goûter un premier aperçu. Le Lion avait manifesté dans ses derniers corbeaux le désir de s'entretenir avec Leo Tyrell d'un sujet qui lui tenait à cœur et qui ne souffrait pas d'être partagé par écrit, aussi Leo comprenait-il l'importance et le sérieux de la discussion que le frère de la promise de son fils souhaitait avoir avec lui. Leo prit place sur un grand fauteuil où il reposa ses os d'homme d'âge mûr. Sa femme évoquait les frasques de Tristan et Leo pouvait percevoir en elle les méfaits du venin de l'amertume, et sans doute s'imputait-elle la responsabilité des fautes de leur fils... Mais Leo s'estimait être le seul responsable et s'était bien décidé à reprendre en main l'éducation de Tristan même si ce dernier était déjà entré dans l'âge des adultes. Il était hors de question qu'il laisse Hautjardin à un héritier incapable de se tenir et dont les errements conduiraient le Bief droit à la ruine. Il s'armerait de toute la patience du monde s'il le fallait, mais il corrigerait son fils pour qu'il soit digne de recevoir les clefs de Hautjardin quand les Sept rappelleraient à eux leur humble serviteur. L'Ouest serait une première punition pour Tristan, mais une véritable sinécure en comparaison de ce qui l'attendait à Hautjardin quand la guerre avec les révoltés des Îles de Fer auraient pris fin. Les compliments de son épouse le réconfortèrent. Quand Jeanne quitta le bassin, il fit signe à deux caméristes de s'approcher, ce qu'elles firent en silence. La première tenait la robe que lady Tyrell porterait aujourd'hui, et la deuxième portait une cassette de beau bois renfermant un mystérieux contenu.

« Nous commencerons par marier notre fils Mathias à lady Edarra Tarly. Tu sais toute l'estime que j'ai pour son père qui est un vieil ami. Certains diraient que c'est une union de complaisance mais j'y vois davantage un investissement pour l'avenir. Les relations excellentes que j'entretiens avec messire Leslyn ne suffisent pas à présager des bonnes relations futures de Hautjardin et Corcolline. Pourvu qu'il soit accepté, le mariage sera célébré à la fin de la guerre, quand les Fer-nés auront réintégré la Paix du Roi. Avec l'aide des Sept, bien des unions auront été préparées entre temps, et je ne serai pas surpris si ce mariage n'était que le premier d'une longue série. »

Ce serait l'occasion de nombreuses réjouissances pour auréoler leur victoire sur la folie de Dagon Greyjoy. La paix revenue, reviendrait également le calme et la douceur de vivre caractéristique de leurs vertes contrées. Leo avait la nostalgie des promenades, des balades, des marches dans les champs de roses jaunes et l'hiver qui venait peut-être à grand pas l'inquiétait. Serait-il long et pénible ? Les Sept avaient déjà puni le monde en jetant sur le continent les feux d'une terrible sécheresse et les vents d'une horrible épidémie. Un hiver long et rigoureux serait-il leur prochain châtiment ? Il fallait s'y préparer, ne rien laisser au hasard et profiter encore un peu de et automne trompeur, pluvieux et nuageux.

« Dès le mariage de Tristan célébré, Arthur entrera au service du Grand Argentier, ton lointain cousin Clarence, comme son secrétaire particulier. Je ne doute pas qu'à ses côtés il apprenne tout ce qu'il faut pour être le parfait conseiller de Tristan dans l'avenir. Il voyagera avec lui jusqu'à Port-Réal où il pourra se frotter aux dures réalités de l'exercice du pouvoir. Qui sait, peut-être même se fera-t-il quelques dents au Donjon Rouge ? Je compte en tout cas sur messire Clarence pour me le former et j'espère qu'Arthur sera sensible à tout ce que son cousin peut lui apporter. »

Leo ne le montrait pas mais il lui était difficile de remettre entre les mains d'un autre l'éducation de son fils. Arthur n'était pas comme les autres, il n'était pas un écuyer prêt à entrer dans les vœux de la chevalerie, il n'était comme son père et pourtant Leo éprouvait pour lui une affection sans bornes. C'est avec grande tristesse qu'il le verrait partir en compagnie de ce vassal qui avait toute sa confiance vers d'autres horizons. D'abord Port-Réal, mais ensuite ?

« Je n'ai pas encore arrêté mon choix pour Emilia, mais il n'y a nulle raison de se hâter. Je ne veux pas comme tant d'autres sacrifier ma fille sur l'autel d'un hymen précipité. A priori je choisirais parmi nos grands vassaux, mais qui sait, une proposition de l'extérieur viendra peut-être me faire changer d'avis. »

Il songea avec un sourire au dernier corbeau reçu de lord Beron Stark et se demanda si la perspective d'un rapprochement entre les loups et les roses était vraiment sérieuse dans l'esprit du suzerain du Nord. Leo se servit un grand verre de lait qu'il additionna de quelques herbes aromatiques, un mélange quelque peu insolite qu'il affectionnait particulièrement. Celui-ci était réputé pour ses vertus énergétiques et il n'allait pas cracher sur un peu de vitalité supplémentaire car une longue journée l'attendait. Il devait superviser la préparation de l'esplanade qui accueillerait la cérémonie du mariage de son fils avec sa promise. Il devait par ailleurs s'occuper d'envoyer quelques corbeaux afin de préparer le prochain voyage de son épouse... si celle-ci acceptait la mission que Leo souhaitait lui confier.

« Ma chère Jeanne, te plairait-il de voyager ? Il y a un projet qui me tient à cœur et je ne vois nulle autre que toi pour le conduire avec succès. »

Il ne faisait aucun doute pour Leo qu'elle était celle qu'il lui fallait pour cette mission spéciale, mais peut-être son épouse avait-elle d'autres projets, peut-être souhaitait-elle demeurer à Hautjardin et ne pas trop s'éloigner de son foyer... Leo souhaitait lui offrir l'occasion de prendre sa revanche sur tous ceux et sur toutes celles qui avaient ri de son épouse.


Dernière édition par Leo Tyrell le Lun 27 Fév 2012 - 21:56, édité 1 fois
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Message Jeu 9 Fév 2012 - 12:40

La guerre, et bientôt l’hiver… Il fallait qu’elle prie tous les jours pour son fils mais aussi pour que les Dieux ne les punissent pas d’un hiver trop long, avec les razzias des Fer-Nés certaines récoltes avaient été perdues, incendiées sur les côtes, et d’autres bien amoindries par la sécheresse et la canicule. Il fallait à tout prix que les dernières semailles d’automne soient fructueuses et que cette guerre cesse rapidement pour leur garantir des greniers assez fournis pour éviter la famine, la pluie était providentielle, même si Jeanne préférait le soleil, elle savait qu’aucune plante ne grandit sans eau, même dans à Hautjardin où la devise est Growing Strong. Avec les derniers événements elle avait l’impression que les Dieux refusaient de répondre à ses prières, elle avait prié pour un été long et généreux et il n’avait amené que la mort et la désolation, elle avait prié pour que les Fer-Nés cessent leur folies rapidement et cela durait depuis bien trop longtemps et avait fait des centaines de morts, de veuves et d’orphelins sans compter toutes les femmes enlevées et souillées. Mais elle ne perdait pas la foi, il y avait bien longtemps qu’elle savait que parfois les Sept se montraient sourd aux appels mais qu’ils ne cessaient pas pour autant de regarder l’humanité et ses pêchés, il y avait bien longtemps qu’elle savait que ça n’était pas eux qui étaient au service des hommes mais bien l’inverse, et que l’humilité était un pilier de la croyance sincère. Il fallait avant tout le remercier pour ce qu’ils donnaient et leur demander peu, les voies des Dieux étaient impénétrables et nulle ne savait ce qu’ils leur réservaient mais la véritable question à se poser était pourquoi, quelles fautes fallait-il expier pour faire naitre de meilleurs hospices ?

Jeanne, assise à la table du petit déjeuner, enroulée dans une serviette se faisait sécher les cheveux et les pieds. Elle regarda d’abord la cassette puis Lord Tyrell avec un regard étonné et interrogateur, mais rien dans sa physionomie ne lui permit de savoir de quoi il s’agissait, aussi resta-telle silencieuse d’autant que Leo avait reprit la parole sur un tout autre sujet que le contenu de la jolie boite en bois précieux. Elle jeta alors un coup d’œil à la robe et émit un léger soupir, elle n’avait aucune envie de s’habiller, elle avait autre chose en tête. A l’énonciation du nom de Tarly elle sourit et hocha la tête en signe d’approbation tout en songeant combien la puissance de Corcoline était précieuse au Bief, surtout en ses temps troublés. Mais une chose la tarabustait bien d’avantage que le choix de l’épouse, Leo avait raison, des tas de mariages avaient dû être négociés ses derniers temps, ne serait-ce que par rapport à la guerre, et beaucoup seraient célébrés dès la fin de celle-ci, mais si vite ? Elle tourna brusquement la tête vers son mari mais resta silencieuse, elle savait que cela arriverait, c’était juste que ça arrivait bien plus vite qu’elle ne l’avait prévu. Ainsi son petit Mathias allait être marié juste après Tristan ? Où vivrait-il ? Resterait-il ici avec sa femme ? Ce serait logique et elle l’espérait, mais elle ne pouvait pourtant pas en avoir la garantie. Et d’après ce que lui disait maintenant Leo il allait partir encore plus tôt avec Clarence pour devenir son secrétaire particulier. Les enfants doivent partir et apprendre à voler de leurs propres ailes, et les mères devaient se faire une raison, mais elle se rendit compte en pensant à ce départ qu’elle était heureuse qu’il parte avec quelqu’un de confiance comme Clarence et qui plus est pour y apprendre toutes les ficelles du pouvoir au Donjon Rouge, aucune position n’aurait pu être meilleure, elle sourit donc avant de répondre enfin.

« Je suis certaine que Mathias sera ravi, il aime apprendre et j’ai toute confiance en Clarence pour lui enseigner le meilleur tout en le protégeant des risques des arcanes du pouvoir tant que cela sera nécessaire. Quand à Edarra, je pense que c’est un bon choix, je ne l’ai que peu vue et elle était encore une petite fille, mais je suis certaine qu’elle fera une épouse formidable, elle a reçu la meilleure éducation à Corcoline, je connais assez bien Leslyn pour en être assurée. »

Les Tarly avaient toujours été des alliés de choix, Jeanne se demandait par devers elle si l’alliance avec une famille moins proche de Hautjardin ne serait pas mieux, pour renforcer des liens moins solides. Mais si la proposition avait déjà était faite, il était trop tard pour contredire son mari, et puis il avait raison il fallait toujours soigner les vassaux loyaux et quelle meilleure récompense que l’entrée d’une fille dans la famille Tyrell !

« Nous avons tout notre temps pour Emilia… »

Contrairement à ses fils qui avaient toutes les chances de rester à Hautjardin dès leur formation achevée et jusqu’après leur mort à elle et son tendre époux, l’un pour y régner et l’autre pour l’y aider, une fois mariée la jolie jouvencelle issue de ses entrailles irait vivre avec son époux et Jeanne espérait que cet époux ne se trouverait pas trop loin pour qu’elle puisse aller la voir souvent et s’assurer qu’elle était entre de bonnes mains jusqu’au crépuscule de sa vie.

« Voyager ? Où donc ? » Viendrait-il avec elle ? Elle avait plein de questions en tête mais elle se contenta d’une seule pour ne pas faire penser à son époux qu’elle avait peur et ne pas l’ennuyer, il lui répondrait probablement bien assez tôt. Si elle aimait voyager ? Pas spécialement c’était très fatiguant de passer ses journées à cheval, mais tout dépendait de l’objectif et la cause. Elle ne s’était par exemple jamais plainte quand c’était pour accompagner son homme à un tournoi et l’encourager pour le voir gagner aussi surement que le soleil se lève ou lui montrer tout son amour et son attachement dans la défaite. « Avec tous les derniers événements j’ai l’impression que la dernière fois que j’ai pris la route j’étais encore une jouvencelle. Quoi qu’il en soit, si tu as une mission à me confier j’obéirais bien sûr, et puis je sais que mes enfants sont ici en sécurité, cela leur fera le plus grand bien de ne pas m’avoir sur le dos pendant quelques temps. » Elle sourit d’un air malicieux et reprit. « Et si mon tendre et valeureux seigneur et maitre ne voit nulle autre que moi pour ce mystérieux projet j’imagine que je ne saurais le désavouer dans les mots ou dans le faits. »

Une fois sèche et repue, elle se leva et effleura le bras de son cher et tendre et lui sourit tendrement en désignant d’un coup de tête la robe qu’on lui présentait avant de lever un sourcil canaille. Elle aussi avait des tas de choses à faire tout comme son époux, elle devait s’entretenir avec l’intendant, les coutrières et les jardiniers pour préparer les noces de Tristan. Les corbeaux d’invitation avaient déjà été envoyés depuis bien longtemps et le mariage approchait à grand pas, et Jeanne ne souffrirait d’aucune fausse note dans l’organisation magistrale qu’elle prévoyait, il fallait que la cérémonie et la fête soient extraordinaires et inoubliables, ce mariage serait le plus grand mariage du siècle ! L’alliance des Tyrell et des Lannister ne devait surtout pas passer inaperçu, cela devait montrer le faste des deux familles, et surtout du Bief qui accueillerait alors la petite lionne parmi les siens. Mais elle avait besoin aussi d’être dans les bras de son amour…
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Message Dim 12 Fév 2012 - 15:07

Leo prit entre ses mains celle de son épouse et déposa sur ses phalanges un délicat baiser. L'obéissance et la dévotion de Jeanne étaient chères à son cœur, car elles étaient les témoins impérissables de l'alchimie particulière qui les unissaient depuis si longtemps à présent. D'aucuns pourraient regretter l'apaisement des feux d'une passion que la jeunesse entretenait sans cesse, mais ce n'était pas le cas de Leo qui savourait la mûre tendresse qu'ils partageaient et à laquelle il ne renoncerait pour rien au monde. Dans un sourire d'une douceur infinie, Leo conduisit son épouse jusqu'à la tenue choisie la veille au soir qu'elle porterait ce jour. Il ordonna aux domestiques de vite habiller son épouse, craignant qu'un mauvais courant d'air ne l'alite dans la maladie. L'automne revenu était malin et ses humeurs mesquines, et Leo avait besoin d'une épouse en pleine forme et non d'une souffreteuse clouée au lit pour cause de mauvais coup de froid. Il se détacha d'elle pour la laisser revêtir la robe blasonnée de la rose d'or des Tyrell et se rapprocha du bassin. D'une main il caressait l'onde claire et rafraîchie, du regard il observait son épouse.

 « Comme tu le sais, Lancehélion n'est plus l'ennemie de Hautjardin depuis l'intégration de la péninsule dornienne dans la Paix du Roi. Je sais qu'il n'y a pas si longtemps nos chevaliers combattaient contre les dorniens mais ceux que nos ancêtres appelaient des barbares sont désormais plus que nos voisins dans les Sept couronnes. Je ne peux me départir d'une certaine aigreur à l'égard de la péninsule, mais je dois penser à l'avenir et je ne veux pas me laisser aveugler par de vieilles rancœurs qui sont un poison malveillant. »

Lui dont l'enfance avait été bercée par les récits contés par les fiers guerriers et chevaliers revenus des campagnes militaires ayant eu pour théâtre les marches dorniennes s'étonnait quelque peu de ses propres prises de position et de ce point de vue, le rapprochement opéré avec les Lannister semblait autrement plus probable que le rapprochement qu'il envisageait avec la péninsule. Lady Amelia elle-même y était pour beaucoup : comme tant d'autres à travers leurs vertes contrées, elle avait connu le feu et le sang des guerres contre Dorne. Elle avait vu l'érection à Villevieille de la statue du Jeune Dragon, Daeron I, le roi conquérant. Elle n'était encore qu'une toute petite fille, mais elle se souvenait très bien de l'assassinat du lord Tyrell que Daeron I avait appointé pour régir la principauté. Mais elle avait reconnu le brio du tour de force de Daeron II qui, en roi pacificateur, avait réussi l'intégration de la péninsule au royaume par le biais d'un mariage arrangé entre les maisons Targaryen et Martell. Sans se départir d'une certaine rancune toute patriotique, elle avait malgré tout revu sa copie, comme son fils. Le vent soufflait vers Dorne, et il aurait été bien sot de ne pas suivre cette direction pour gonfler les voiles du navire de la prospérité.

 « Je souhaite ardemment tisser des liens avec la péninsule et plus précisément avec les Martell. Comme tu le sais, le prince Maron est membre du Conseil restreint et quand bien même deux des nôtres y siègent aussi, il serait malvenu pour le Bief que les vieilles rancœurs assombrissent l'opinion du prince. Je suis peut-être trop méfiant mais la prudence est préférable à l'insouciance. Je veux porter que soit porté à Lancehélion un message de bonne foi et de bonne volonté de notre part. Qui mieux que mon épouse saurait semer dans le cœur des Martell les graines de la réconciliation ? »

Ménageant un temps de silence, il se fit intérieurement la réflexion que son choix était le bon. Jeanne n'était peut-être pas, dans les yeux et les vilaines paroles de ses détracteurs, la plus rusée des roses de leurs jardins, mais elle était la douceur et la courtoisie incarnée. Vêtue de grâce et couronnée de bienveillance, elle porterait haut les couleurs de Hautjardin à Lancehélion et même si l'avenir des relations entre les deux ennemis traditionnels restaient sujettes à toutes les vicissitudes et à tous les coups du sort, Leo aurait œuvré pour la paix conformément à l'esprit de chevalerie qu'il avait érigé en mode de vie.

 « Une fois la question fer-née réglée, la rébellion matée et les Îles de Fer réduites au silence, tu pourrais te rendre à Lancehélion pour une visite formelle de sympathie au Palais Vieux. Après tout, le prince Trystan accompagne notre nièce Maura pour le mariage de notre fils. »

D'ici peu, Leo prendrait l'initiative d'un corbeau qu'il enverrait à Lancehélion pour amorcer le voyage de son épouse, si celle-ci acceptait la mission qu'il souhaitait lui confier. Cet invité qui s'était ajouté à la liste initialement prévu était pour beaucoup dans le choix de Leo qui désirait envoyer son épouse en tant qu'émissaire auprès des Martell pour une première approche de la lance solaire. Appréhendant quelque peu cette rencontre avec cet enfant dont il ne savait que trop peu de choses, Leo s'était fait à l'idée de partager le pain et le sel avec l'héritier d'une famille traditionnellement ennemie de la sienne. Ce mariage allait réunir tout de même cinq suzerains, ce qui était l'occasion d'un bel assassinat. Mais aucun imprévu ne serait toléré à Hautjardin et pas même un Sans-visage ne pourrait attenter à la vie d'aucun des invités ou venir troubler le bon déroulement de la cérémonie. Depuis le temps qu'elle était attendue, aucun motif ne justifierait un nouveau délai ! Après tout, l'effectivité de l'alliance avec les Lannister n'aurait de sens qu'une fois le mariage célébré. Aucune des deux familles ne feraient aucun mouvement avant ce moment clef et Leo allait même jusqu'à penser qu'il aurait mieux valu peut-être marier ser Tristan et lady Aliénor au Roc et à la hâte durant le séjour punitif de son fils à l'Ouest. Quelle importance revêt le décorum, quand l'ennemi est à nos portes ? Et c'eût été une bonne leçon pour son fils Tristan qui enchaînait les erreurs et le décevait toujours plus. Un peu las, il se leva et commença à faire les cent pas dans la pièce, comme il en avait l'habitude quand il se trouvait préoccupé.
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Message Mer 15 Fév 2012 - 13:18

Comment !? N’y avait donc entre eux plus une seule étincelle de passion ? Plus une once de désir ? Elle espérait que si, mais elle devait se rendre à l’évidence, malgré la tendresse infinie dont Leo faisait preuve, il ne lui ferait pas l’amour ce matin là, il voulait qu’elle s’habille et avec un sourire elle s’exécuta. Temps de guerre, temps d’austérité et temps de s’habiller, un temps pour s’aimer et un temps pour agir, avec des journées aussi bien remplies et tous les problèmes qui s’amoncelaient à leur porte, les moments d’intimité étaient rares… trop rares… Mais qu’y pouvaient-ils, les Fer-Né étaient à leur porte et brulaient les maigres récoltes qui avaient subsisté après la longue et torride sécheresse, même le Bief luxuriant et généreux avait trop pâtit de cette situation, heureusement son époux avait fait en sorte de commencer à mettre de côté une partie des récoltes avant que la famine ne soit trop criante. Les vertes contrées n’auraient pu connaître de Suzerain plus prévenant, mais malgré ces précautions, la situation était difficile pour les petites gens et les Tyrell étaient solidaire et ne s’autorisaient aucune folie, que se soit pour les repas ou pour le reste. De toute façon Jeanne possédait tout ce dont elle avait besoin, trois beaux enfants pleins de santé, un époux aimant et respectueux, de quoi manger chaque jours à sa table – contrairement à certains qui avaient faim et qu’elle essayait d’aider du mieux qu’elle pouvait en distribuant du pain – des bijoux et des robes à n’en plus finir - dont celle que la camériste était en train de lacer, verte avec la rose d’or sur le devant et ourlée de satin blanc et de frise finement brodée de fil d’or – peut-être pourrait-elle en vendre quelques uns, mais restait à savoir à qui elle achèterait ensuite la nourriture pour son peuple…

« Sans se laisser aveugler il faut rester prudent, ils ont peut-être intégré la paix du roi, mais ils ont aussi tués nombre de nos hommes valeureux et personne n’a payé pour ses crimes. Au lieu de ça, on les a gentiment invité dans la famille des Dragons, ils n’ont donc aucune raison de s’en vouloir et de faire pénitence, et ils pourraient bien recommencer leurs exactions, d’autant que certains d’entre eux vénèrent des dieux étranges. On ne peut pas faire confiance à des gens qui pensent que la femme est l’égale de l’homme en droit, et qui adorent une rivière. »

Jeanne avait du mal à croire que Dorne ne soit plus un ennemi du Bief, pourtant il fallait bien l’admettre, Daenerys mariée à Maron avait stoppé net toutes les attaques et les pillages, mais elle gardait néanmoins à jamais une certaine aversion envers eux. Oh elle savait leur sourire tout autant qu’aux autres, elle ne se serait jamais permise une telle réflexion devant un autre que son mari. Même ses enfants ignoraient à quel point elle les haïssait, eux devaient s’intégrer dans une nouvelle génération ou les Martell n’étaient plus des ennemis, mais elle, elle ne parvenait pas à oublier les morts que cette guerre avait laissé dans son sillage. Mais elle souhaitait plus que tout préserver la paix, qu’elle soit du Roi ou non d’ailleurs peu lui chaulait, ce qu’elle voulait c’était que les hommes du Bief n’aient plus à se battre contre ses barbares, rien de plus. Mais de là à s’associer à eux, elle aurait du mal à encaisser le coup, mais si tel était le désir de son cher et tendre elle n’avait pas son mot à dire et elle savait au fond que lui aussi avait connu le pire avec les Dorniens, aussi ne se jetterait-il pas dans une telle alliance sans une bonne raison.

« Qui d’autre que les Martell, évidement… »

A mesure que Leo parlait les yeux de Jeanne s’élargissaient, était-il en train de lui dire que sa mission serait d’aller à Lancehélion pour réconcilier une bonne fois pour toutes leurs maisons ? Oui, c’était bien ce qu’il était en train d’insinuer et si ça n’avait été son seigneur et maitre elle serait partie sans un mot de plus. Elle avait dans un premier temps qu’il comptait marier Emilia au fils Martell tout en se disant que Maron refuserait probablement en raison de l’âge de sa fille et du fait qu’il pouvait avoir pour son fils une femme plus jeune et plus à même de faire naitre de nombreux descendants quand il serait en âge de se marie. Mais après tout pourquoi pas, se serait une excellente solution pour garantir la paix et l’amitié entre les deux maisons, une solution difficile à accepter pour une mère qui voulait le bonheur de sa fille, mais une solution tout de même. Sauf qu’il ne s’agissait finalement pas de ça, devait-elle en être soulagée ou non, pour le moment elle n’arrivait pas à se faire une idée très nette de ce qu’il en était et avait du mal à s’imaginer en émissaire de Hautjardin pour le Suzerain de Dorne. Il faudrait qu’elle garde sans cesse en point de mire que la paix était tout ce qui comptait, et puis il y aurait au moins Daenerys comme garante de la civilisation des Sept et comme gage qu’il ne lui serait fait aucun mal. Revêtant sa parure de fierté, tête haute et regard perçant, elle répondit enfin après un bon moment de réflexion.

« Oui… Je raccompagnerais Trystan avec nos hommes, se serait déjà une preuve de notre soutient, et ensuite je ferais tout mon possible pour faire oublier aux Martell les rancœurs du passé. Je le ferais, mais je veux que tu me promettes quelque chose. Si jamais il m’arrive quoi que se soit, tu lèveras la plus grande armée que Westeros ai jamais vu, tu mettras les marches à feu et à sang, tu mettras à bas tous les Dorniens et tu feras à Daenerys tout ce qu’ils m’auront fait subir. »

Elle avait parlé d’un voix posée mais forte, et ce jusqu’à la fin, n’hésitant pas un seul instant sur ce qu’elle disait, elle ne tolérerait pas qu’un attentat contre elle reste impuni, jamais ! Elle sourit à son mari avant de s’approcher et de lui caresser la joue d’nue main en le regardant avec tendresse dans les yeux.

« Ne te préoccupes pas mon Leo, ils n’oseront pas s’attirer les foudres de Hautjardin et du Roi, bientôt, nous serons alliés aux Lannister et je ne pense pas qu’ils soient fous au point de m’assassiner ou même de mal me protéger. Ils savent trop bien ce que cela engendrerait, eux aussi ont tout intérêt à préserver la paix, même s’ils n’ont pas été attaqués par les Fer-Né, ils ont connu la sécheresse sur les bords de la Versang encore plus que nous. C’est le moment pour tout sauf pour une nouvelle guerre, j’ai juste besoin e partir avec l’assurance que s’il m’arrivait malheur, je ne resterais pas dans l’esprit des gens comme l’idiote de Hautjardin dont l’époux n’a pas sauvé l’honneur. »

Non, à Lancehélion pour elle comme à Hautjardin pour Trystan, il ne fallait prendre aucun risque, la mission ne serait pas une mince affaire, elle allait plus que jamais devoir prendre sur elle, mais elle pouvait le faire, elle l’avait fait toute sa vie. Elle n’avait pas peur des Martell, pas plus que de tous ceux qui murmuraient dans son dos, qui pensaient assez haut pour qu’elle le sache qu’elle n’état qu’une faible femme un peu simplette, elle, elle savait qui elle était, et son Leo aussi le savait. Elle sourit en pensant quel beau pied de nez qu’elle leur faisait à tous en se voyant confié la plus grande tâche qui soit avec leur plus grand ennemi, que si tout le monde pensait qu’elle ne savait pas jouer, c’était parce qu’elle avait si bien caché son jeu et qu’en réalité, elle en savait aussi long que la plupart des seigneurs. C’était drôle finalement de se rendre compte qu’elle était exactement à la place qu’elle voulait depuis toujours, l’épouse serviable d’un mari aimant autant que son alliée et une suzeraine aimée par ses sujets et qui les protégeait contre la malédiction de la méfiance. Si Leo l’avait choisi pour cette mission c’était parce qu’il savait qu’elle était la meilleure pour se montrer gentille et courtoise, gracieuse en toute circonstance et bienveillante si cela s’avérait nécessaire. Finalement cette mission l’excitait autant qu’elle l’effrayait…

« Veux tu que je rédige moi-même le corbeau pour leur annoncer ma venue ? Ça pourrait faire moins… formel, plus spontané… ils verraient moins dans mes mots que dans les tiens le but sous jacent, tu m’aideras bien évidement. Tout le monde me prend pour une idiote autant que ça serve à quelque chose… »

Elle le regarda un instant avec un demi sourire et un sourcil relevé puis se mit à rire doucement avant qu’une pensée ne lui traverse l’esprit ce qui la stoppa net.

« Mais… Cela implique-t-il que je n’assisterais pas au mariage de Mathias ? »

Elle en serait très triste…
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Message Mer 15 Fév 2012 - 14:57

Quelle déception, et quelle gâchis ! Sa femme s'était-elle éveillée du mauvais pied, ou bien ne savait-elle point faire la part des choses ? Leo la croyait douce, avenante et pleine d'une sagesse qui fait toute la saveur de l'âge et pourtant, à l'entendre parler des Dorniens, leurs anciens ennemis, il lui semblait ne plus reconnaître celle dont il était l'époux depuis si longtemps désormais... Il pouvait comprendre qu'elle garde à leur égard une certaine méfiance, voire même une grande antipathie, mais qu'elle les méprise au point de cracher sur leurs coutumes ? C'était presque déroutant de la part d'une enfant de Villevieille et d'une femme cultivée comme son épouse. On aurait pu croire que l'étude et le savoir lui aurait ouvert l'esprit et aurait semé en son cœur les trop rares graines de la tolérance mais de toute évidence, le cœur de Jeanne était fermé à toutes les concessions qu'une paix fraîchement acquise auprès de la Maison Martell imposait. Leo ne savait pas ce qui le décevait le plus, le mépris de son épouse pour les Dorniens qui allait au-delà de la seule rancœur coutumière, ou l'espérance qu'il avait nourri de justement trouver en Jeanne la personne qui, entre toutes dans le Bief, saurait faire fi de cette aversion traditionnelle pour porter les couleurs de leur blason jusqu'à Lancehélion dans un message de paix et de réconciliation. Ne connaissait-il pas suffisamment son épouse ? N'avait-il pas appris à la discerner davantage au fil des ans depuis leur mariage ?

« Je ne te pensais pas si hostile à nos voisins... » fut la seule réponse qu'il laissa échapper quand Jeanne évoqua les représailles contre la péninsule qu'elle exigeait si par malheur elle venait à faire les frais d'une agression sur le territoire des Martell. Mais qu'avait-elle donc en tête ? Les eaux du bain matinal l'empêchaient-elles de considérer sereinement le plan de Leo ? Il n'avait rien précisé encore de sa mise en œuvre, et il était hors de question d'imposer à son épouse de reconduire jusqu'à Lancehélion le petit prince de Dorne, pour la très simple et bonne raison que ce dernier se trouvait placé sous la responsabilité d'une autre personne, et que l'itinéraire dudit prince lui était inconnu. Leo passerait pour un sot s'il contraignait l'héritier de Maron Martell à regagner ses foyers sous la protection d'une escorte Tyrell sans recueillir l'approbation de la maison princière.

Jeanne était-elle nostalgique de la guerre ? Avait-elle la mélancolie des campagnes de Dorne ? Elle n'avait pas connu l'horreur des champs de bataille, mais pouvait-elle ignorer combien la guerre était néfaste ? N'était-elle pas l'observatrice privilégiée de ses ravages, depuis que les Fer-nés avaient déclaré leurs hostilités contre les côtes du Bief ? Le récit des pillages n'avait-il pas suffi à la convaincre ? Avait-elle si peu de respect pour leurs vassaux des marches orientales, pour ainsi cracher sur leurs malheurs à devoir surveiller les montagnes rouges où les Dorniens insoumis qui n'ont de respect ni pour les Tyrell, ni pour les Martell, ni pour la Paix du Roi ? Un séjour à Corcolline l'éclairerait peut-être, mais pour l'heure il n'était pas question d'envoyer sa femme apprendre un peu mieux ce qu'est la guerre. Leo l'écoutait, légèrement furieux, il était tant surpris par la position de son épouse, si tranchée et si nette, à l'égard de la péninsule qu'il commençait à douter de lui-même et quand elle proposa d'écrire le corbeau elle-même, il acheva de se convaincre qu'avoir jeté son dévolu sur Jeanne pour une telle mission était une idée fort mauvaise.


« Non je m'occuperai de ce corbeau.» Leo se contenait, Jeanne riait. Prenait-elle tout ceci à la légère ? C'était très agaçant, mais plus agaçant encore fut son arrêt net, quand elle posa la question la plus absurde qui soit. Leo n'était peut-être pas toujours équitable aux yeux de son épouse, mais de là à songer qu'il la priverait d'assister au mariage de son deuxième fils... Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin, elle se brise.

« Suis-je donc un époux si méprisable que je t'empêcherai de rire avec notre fils le jour de ses épousailles ? Crois-tu vraiment que j'imposerais cette absence à notre Mathias ? Il me coûte assez de l'avoir éloigné de moi pour parfaire son éducation auprès de ton cousin que je sais gré de me rendre ce service, mais tout de même ! As-tu donc si peu d'estime pour moi que tu m'imagines un époux cruel qui priverait son épouse des rares jours de félicité que ces temps si troublés peuvent apporter ? » Leo haussait rarement la voix, car ce n'était jamais nécessaire pour manifester sa colère. À cet instant cependant, sans crier ni hurler, il parlait d'une voix pleine de remontrances. Il se retint de lui dire malgré tout certaines choses, avant de se rendre compte qu'il les pensait et qu'il était inutile de les retenir davantage.

« Tristan est une telle déception, et maintenant, toi ? Si j'avais eu connaissance de ta position à l'égard de Dorne et de ses princes, j'y aurais réfléchi à deux fois avant de te proposer ce voyage. Que les Sept me pardonnent, ma chère Jeanne, mais avec tout l'amour que j'ai pour toi, je refuse de te laisser mettre en péril les projets que j'entrevois pour notre famille. C'est bien assez d'avoir un fils qui tienne davantage de la mauvaise herbe que de la rose d'or, et si la faute m'en incombe parce que je suis son père, je commence à m'interroger sur l'origine réelle de ses comportements...» Après tout, Jeanne avait été bien plus proche de leur enfant qu'il ne l'avait lui-même été. « Je trouverai quelqu'un d'autre pour porter nos couleurs à Lancehélion. » Son ton était sans réplique, mais il ajouta aussitôt : « Quelqu'un de moins belliqueux. Et ce sera mon dernier mot à ce sujet. » Depuis le temps qu'ils se connaissaient, n'avait-elle pas eu l'occasion de voir à quel point la paix était aux yeux de Leo le plus important ? L'accumulation l'énervait encore davantage, après les Fer-nés, les Lannister, son fils, voilà qu'il devait compter avec une épouse difficile ? C'était une surprise fort désagréable mais il agirait en conséquence. Sèchement, il ordonna au domestique qui portait la mystérieuse cassette. « Ouvrez-la. » L'ordre fut exécuté promptement et le contenu de la boîte ouvragée fut présenté à l'épouse du suzerain du Bief. « J'espère que cela te plaît. »
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Message Sam 18 Fév 2012 - 15:36

L’ouverture d’esprit ? Comme ne pas prendre les Dorniens pour des barbares lorsque tous les récits que vous avez pu lire à la citadelle relatent le point de vu des gens de Bief ou de la couronne, contant des razzias sauvages et des batailles sanglantes. Depuis sa plus tendre enfance on lui avait inculqué la haine des Martell et de ces hommes des sables, trop fiers pour ployer le genou et trop sanguinaires pour laisser le Bief tranquille. On ne défait pas ce qui a été tissé pendant des siècles en un mariage, on ne ranime pas les morts en une alliance, on ne fait pas oublié ce qui a été longtemps rabâché grâce à la Paix du Roi, ça n’est pas si simple hélas. Cela ne l’empêchait pas d’y croire et de vouloir en tirer le meilleur, mais l’aversion était plus tenace que les bons sentiments, la paix est bien plus fragile que le conflit, même si en l’occurrence elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi les Martell avait continué à s’opposer aux Targaryen si longtemps, envoyant des milliers d’hommes à la mort sans se soucier des conséquences pour leur peuple… Mais c’était un autre temps, il est vrai… Et maintenant, comme saurait-elle qu’ils n’étaient pas les barbares dépeints dans les livres d’histoire si elle n’allait pas dans la ville de la lance et du soleil. Comment apprendrait-elle qui ils étaient réellement si elle ne sortait de Hautjardin que pour suivre son époux dans des tournois où la conversation tournait plus autour des joutes que de la culture des protagonistes. Les livres et les enseignements des mestres sont une chose, mais les deux sont l’œuvre des hommes et les hommes ne sont pas toujours objectifs, surtout quand la paix de règne que depuis dix ans, l’éternel ennemi est toujours moins bien que soi, et les morts qu’il a semé sur son chemin sont dû à sa férocité et jamais à la valeur de ses hommes. Comment se rendre compte de ça sans voir la réalité de ses propres yeux ? Et seule la bonté sincère de Jeanne avait le pouvoir de faire réellement changer les choses…

Jeanne ne remarqua pas la colère gagner l’esprit de son époux, comme quoi, même après tant d’années de mariage et de vie commune, on ne connaît pas si bien l’autre qu’on le croirait, et si cela était vrai pour Leo, ça l’était aussi pour elle qui pensait partager les mêmes idées que lui concernant les Dorien même si la Paix du Roi et la courtoisie leur interdisait de le dire. Elle ne releva pas sa remarque, pas plus que le fait qu’il voulait finalement rédiger ce corbeau, elle ne comprit vraiment ce qui se tramait que lorsqu’il reprit, et alors elle eut le souffle coupé, se rendant compte de son erreur et surtout du fait qu’elle venait de décevoir l’unique homme qu’elle ne voulait pas décevoir, jamais. Elle connaissait ce ton pour l’avoir déjà entendu, mais jusqu’à ce jour jamais dirigé vers elle, il n’avait pas besoin de crier pour se faire respecter, c’était ce qui l’impressionnait le plus chez lui, et en ça il ressemblait beaucoup à son père. Son nez commença de la picoter, et elle se raidit, sentant sa poitrine comme comprimée et laissant apparaître les tendons de son cou.

Ça n’a rien à voir avec l’estime que je te porte, l’ignores-tu ? Que je t’aime et que je t’ai toujours admiré ? Ça a avoir avec le devoir, si je dois partir avant le mariage de Mathias pour le bien du Bief, alors je le ferais, même si cela me peine de ne pas assister au mariage de mon petit chéri. Et c’est justement parce que les jours sont troublés par toutes ses pertes, la sécheresse d’abord et maintenant la guerre, que je suis prête à tous les sacrifices même celui de ma vie, je te demandais juste de ne pas laisser ma mort impunie si je dois y rester dans le désert ou à Lancehélion, je ne peux placer ma confiance qu’en toi, certainement pas en ce Maron Martell… Et toi tu peux placer ta confiance en moi, mais tu ne le sais pas, tu pense que je ne suis pas capable de faire la part des choses et que je pourrais mettre en péril la paix si chère à mes yeux autant qu’aux tiens pour une question d’orgueil ou pour les affronts du passé… Ainsi donc toi aussi tu me prends pour une idiote…

Elle ne répondit pas, trop choquée par ce qu’il venait de dire, et encore plus par ce qu’il répliqua juste après. Il la comparait à Tristan ?! C’était plus qu’elle ne pouvait en supporter, mais il était son seigneur et maitre et elle n’avait pas le droit de le contredire, elle prenait peu à peu conscience qu’elle n’aurait pas dû parler aussi librement, même à lui, elle avait pourtant pensé qu’il était capable de tout entendre et de faire la part des choses, tout comme elle, entre ce qu’elle pensait et ce qu’elle était capable de faire. Quand à l’accuser des erreurs de son fils c’était un peu fort, il lui avait été retiré dès son plus jeune âge et envoyé chez son cousin pour faire ses classes, c’était celui de ses trois enfants de qui elle avait été le moins proche. Sans compter qu’avant même qui ne soit en âge d’être écuyer, elle n’avait jamais pu réellement passer du temps avec lui, harcelée par Amélia qui prenait un malin plaisir à remettre en cause tout ce qu’elle disait. C’était cruel de s’entendre dire ces choses, bien plus encore que de se voir privé d’une fête ou même de toute le reste, car la seule chose qui lui avait jamais vraiment importé était de le servir du mieux qu’elle pouvait et surtout, surtout de ne pas le décevoir, et pourtant, s’il le fallait, elle pouvait les entendre, mais à quoi bon si elle ne pouvait pas lui prouver qu’elle était malgré tout digne de lui ? Pour retenir ses larmes autant qu’en signe de soumission, elle baissa la tête et prit une main dans l’autre devant elle.

« Bien. Je me vois désolée de ne pas être à la hauteur de vos espoirs. »

Elle avait parlé d’une voix brisée par l’émotion, reprenant le vouvoiement, pas un sanglot n’avait pour autant passé ses lèvres, mais à l’intérieur, là dans son ventre, elle sentait comme une tempête. Elle était de nouveau la petite fille qui essayait d’être parfaite pour plaire à son père mais qui n’arrivait à s’attirer que plus de mépris de sa part. elle ressentait de nouveau la peur de ne jamais être assez bien, les brimades dès qu’elle faisait quelque chose de travers, la stupeur d’avoir fait un point de travers, les punitions dues à une leçon mal apprise, la honte de rêver de son chevalier, le déshonneur de s’être donnée à lui avant d’avoir prononcer les vœux. Elle eut la nausée, qu’elle ravala tout autant que la dernière once de fierté qui avait été sauvé par miracle ou peut-être restauré par l’amour de Leo, mais qui venait de s’envoler en un instant. Que restait-il a dire, il avait été très clair, elle n’irait pas à Lancehélion, elle qui se faisait une joie de pouvoir servir le Bief, elle ne servait définitivement à rien et elle aurait préféré mourir en couche pour lui donner un dernier enfant que de vivre cette matinée. Et alors que la boite s’ouvrait elle ne pensait qu’à ce qu’il venait de lui dire et qu’au fait qu’après ça, il ne l’aimerait plus jamais, et que c’était une catastrophe pour elle mais aussi pour leurs vertes contrées et pour les mariages à venir, il fallait qu’elle trouve une solution, mais laquelle. Une unique larme coula de ses yeux rivés vers le bas et alla s’écraser sur le velours de l’écrin d’un magnifique collier en or jaune sertis d’émeraudes et qui, sur sa pointe en V présentait des émeraudes disposées de manière à former une rose toute ourlée d’or. Elle déglutit, c’était un bijou magnifique, et elle l’aurait accepté avec plaisir si seulement le Bief n’était pas en si mauvaise posture et si elle ne venait pas de décevoir Leo. Elle ne pouvait néanmoins pas refuser le présent, se serait malvenu…

« Il est magnifique. »

Encore une fois dans un souffle, cette voix qui passait difficilement dans sa gorge. Elle prit une grande inspiration avant de se remettre à parler, cette fois d’une voix plus assurée, mais pourtant encore piano-piano.

« Je le porterais avec honneur au mariage… mais… à ce propos… Je comptais revendre quelques bijoux et peut-être même des robes pour acheter du grain et des semences et t’aider payer quelques bras supplémentaires pour combattre les Fer-Nés et protéger nos côtes. Et lorsque la Paix sera revenue, ce qui je l’espère ne tardera pas trop, payer la reconstruction de ce qui a été détruit par les pillages, même si c’est loin d’être suffisant pour faire oublier les terribles pertes que nos gens ont subit. »

Les larmes finalement refoulées, et même si quelque chose en elle lui soufflait de se jeter à ses pieds et de lui supplier de la pardonner et de la laisser aller à Lancehélion, elle releva la tête pour le regarder et reprendre timidement. Elle ne devait discuter de ce qui venait de se passer, même si elle avait à cet instant, envie de savoir s’il l’aimait toujours ce dont elle doutait fortement. C’était encore trop frais, et surtout, tout ce qu’elle dirait pourrait être pris pour des négociations ce qu’elle ne souhaitait pas, autant qu’elle ne voulait pas le retarder dans les affaires de la journée.

« Tu sais que je suis ton humble servante ainsi que celle de Bief, cette idée me trotte dans la tête depuis un bon moment, je voudrais faire un geste vers notre peuple, plus que les distributions de pain. Quoi qu’il en soit, je suis loin d’avoir besoin d’autant de parures et je ne mérite pas que tu me gâte autant, laisses moi te prouver que je peux, malgré mon erreur, t’être utile. »

Il n’était pas encore temps de lui demander quoi que se soit, ni le pardon si autre chose, il était trop en colère et elle encore trop près des larmes, et puis, elle avait déçu son époux, elle devait donc faire pénitence et prier, ensuite elle ne devait pas oublier ses devoirs du jour, et après tout ça elle pourrait faire quelque chose pour qu’il cesse de penser qu’elle était une déception comme son fils. Mais après cette grossière erreur, il ne lui redonnerait probablement plus jamais l’occasion de se racheter et c’est ce qui lui brisait le cœur et lui donnait l’impression qu’elle allait flancher, mais il ne fallait pas, ses jambes flagellaient mais elle ne devait pas tomber, elle ne devait pas pleurer, elle ne devait pas le décevoir encore une fois.
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Message Sam 18 Fév 2012 - 18:02

C'était peu de dire que Leo trouvait son épouse trop souvent désolée. Il lâcha dans un soupir à la fois las et orageux : « Être désolé ne change rien. » Qu'est-ce qu'être désolé, sinon former le socle d'une offense future ? Qu'est-ce qu'être désolé sinon faire l'aveu d'une faiblesse sans chercher à la corriger ? Leo en avait plus qu'assez de toutes ces personnes qui, autour de lui, passaient le plus clair de leur temps à se parer du linceul des excuses et à seriner des « navré », des « désolé », et mille autres formules récitées comme des prières avec tout le pathétique rituel de la désolation. Il pouvait essuyer d'un revers de la main son agacement quand il ne s'agissait pas des membres de sa famille, mais coup sur coup, les frasques de Tristan ajoutées ce jour aux désillusions provoquées par la belligérance de son épouse étaient bien trop pour lui. Son fils qu'il ne comprenait pas et qui était entré en rébellion ouverte avec lui demeurait le fer rouge qui le dardait quotidiennement de mille pensées migraineuses. Qu'avait-il en tête, ce fils séditieux, frondeur et déshonorant ? S'estimait-il le digne fils du Long Dard à trousser la gueuse et à gifler l'honneur de sa noble maison ? S'estimait-il digne de son héritage ? Ou bien espérait-il créer à Hautjardin une cour de bâtards et de courtisans tout comme lui corrompus par les vices de l'orgueil et de la luxure ? Jamais Leo ne laisserait faire une telle chose, jamais il ne permettrait qu'une rose noire vienne ternir l'harmonie du rosier d'or. Il avait déjà, avec sa mère Amelia, entrepris d'éloigner de Hautjardin toutes les braves filles sur lesquelles pesaient des soupçons et qui avaient peut-être cédé aux avances pulsionnelles de son fils héritier. Et désormais pesait individuellement et collectivement sur toutes celles qui restaient la menace d'une lourde sanction pour celles qui ne sauraient tenir leurs cuisses serrées. Individuellement d'abord car celle qui se ferait prendre n'aurait plus jamais l'occasion de fréquenter la couche de quiconque, sauf à toucher le cœur et les sens d'un homme aveugle. Collectivement ensuite, car à chaque fois qu'une malheureuse serait prise entre les bras obscènes de Tristan, les gages de toutes seraient dépréciés. C'était une méthode sévère, mais discrète, car tout se faisait dans l'ombre d'un rideau de parfaite ignorance. Dès son retour, Tristan aurait l'occasion de le constater, et s'il ne retrouvait pas sa place et son rang dans sa famille, Leo irait jusqu'à sévir directement à son endroit, en plus de la punition déjà prévue pour avoir fait insulte à sa promise.

Mais à cet instant, c'était son épouse qui soufflait les vents les plus forts dans les ailes du moulin de sa déception. Leo ne remarqua l'unique larme versée par son épouse qu'une fois celle-ci tombée sur l'écrin du bijou. Elle trouvait le bijou magnifique... et proposait, sans doute pleine de bonnes intentions, de vendre quelques éléments de ses toilettes et de ses parures de noble dame pour participer à l'effort de guerre. Et elle parlait de le porter au mariage. Présumait-elle qu'il lui était acquis alors même que Leo n'avait pas préciser la destination de cette magnifique pièce d'orfèvrerie ? Une énième goutte d'eau qui ne vint pas briser le vase de sa patience déjà fracassée en mille morceaux que rien ne saurait recoller pour aujourd'hui. Comment osait-elle se démunir d'objets précieux qui ne lui appartenaient qu'à titre viager ? Comment osait-elle priver sa fille et les femmes de ses fils du seul héritage qu'elle léguerait jamais ? Ses robes n'étaient ni d'or ni d'argent, elles ne représentaient pas une fortune considérable. Quant à l'idée même de vendre les bijoux de famille, Leo trouvait cela proprement insultant. Les maladresses de son épouse n'étaient plus touchantes, elles étaient grotesques et difficiles à prendre à la légère. Et voilà qu'elle se disait l'humble servante du Bief ! Et voilà qu'elle se donnait des airs d'héroïne du peuple ! Mais le peuple n'a pas besoin qu'on vende pour lui les parures de ses aïeux, il n'a pas besoin qu'on s'habille pour lui de haillons et de frusques. Le peuple n'a que deux expectatives : la paix, et la satiété. Mais Jeanne ne semblait rien y entendre. Et dire qu'il la croyait instruite de ces choses-là.
« Tu parles de porter ce bijou, mais il n'est pas pour toi. Tu sembles prête à te défaire de tes luxueuses possessions tout comme tu es prompte à réclamer pour toi ce petit trésor de joaillerie. » Ces mots sonnaient comme un ordre et le domestique qui la portait s'empressa de refermer la cassette où dormirait encore quelque temps la rose d’émeraude. « Je me retire à présent. Nous ne dînerons pas ensemble, je dois m'occuper d'affaires importantes. N'oublie pas d'aller au septuaire. Tes prières nous seront plus utiles que tes larmes. »

Leo n'adressa pas un regard à son épouse. Elle le décevait trop pour cela. Il posa une main désappointée sur l'épaule de Jeanne avant de quitter la pièce sans un mot de plus. Qu'aurait-il pu dire ? Elle avait tout résumé d'une phrase : « on ne peut pas faire confiance à des gens... qui adorent une rivière ». Phrase absurde à ses yeux, car si Leo était pieux, il n'était pas de ceux qui considèrent la foi d'autrui comme un gage de leur honnêteté. La nature va-t-en-guerre et intolérante de sa femme aujourd'hui révélée le chagrinait beaucoup et Leo comprenait mieux désormais l'attitude constamment méfiante de lady Amelia à l'égard de sa bru. Le domestique portant la cassette le suivit hors de la pièce. Leo le congédia et lui ordonna de remettre le bijou entre les mains de lady Amelia qu'il trouverait non loin de ses quartiers. Quant à lui, il gagna les jardins sans se presser, tout qu'il était pétri de réflexion au sujet de son épouse et de l'erreur qu'il avait failli commettre en l'envoyant à Lancehélion. Plus il progressait dans les couloirs, plus il commençait à penser que les pires ennemis de la Rose n'étaient pas à ses frontières, mais bien entre les murs de sa propre maison.
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Message Mer 22 Fév 2012 - 21:56

Oh vraiment ! Jeanne ne savait pas ce dont le peuple avait besoin ? Elle avait prié chaque jours pour la pluie et désormais elle priait pour la paix, et son mari le savait parfaitement, c’est à lui qu’elle demandait la permission pour toute chose qu’elle entreprenait. Elle avait organisé au plus fort de la disette des distributions de pain et avait accepté de réduire son train de vie et celui de toute la maisonnée pour économiser les maigres réserves de grain engendrées par cet été trop chaud. Elle était sincèrement peinée de voir son peuple dépérir et faisait tout pour adoucir la souffrance de ses gens, elle était attristée d’apprendre que les razzia sur les côtes de Bief avaient fait tant de morts. Elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer les choses, tout ce qu’elle pouvait sans se déshonorer, mais elle trouvait encore que c’était insuffisant car elle savait tout à fait à quel point ils souffraient, les petites gens comme les bannerets qui partaient défendre les vertes contrées et n’en reviendraient pas. Lorsqu’elle faisait la charité, elle écoutait leurs maux, elle était sensible à leurs doléances et quand elle pouvait faire quelque chose, elle le faisait, avec l’accord de son époux. Mais si elle ne pouvait pas leur rendre leurs fils leurs maris et leurs pères tombés au combat, ni leur femmes, leur filles et leur mères, mortes de faim ou de chaud, elle pouvait sacrifier ce qui lui appartenait de droit pour les aider à reconstruire ce que la canicule et les Fer-Nés leur avait pris.

En tant que représentante du Bief, elle ne mettait plus les parures qu’elle possédait avant son mariage, pas plus que les robes d’antan, et avait tellement, pourquoi ne pouvait-elle pas donner un peu de tout ce que la vie, son père, son époux lui avait donné ? Il ne s’agissait pas de se vêtir de haillon se serait indécent et ridicule, il ne s’agissait pas de vendre les émeraudes qu’elle se faisait une joie d’offrir bientôt à sa fille et à ses belles filles, pas plus que quelques autres bijoux dont elle avait besoin pour tenir son rang, mais elle n’ignorait pas la valeur des choses et elle savait que quelques petits sacrifices de sa part pourrait faire beaucoup pour son peuple, seulement encore une fois, Leo ne semblait pas avoir foi en son épouse, il la prenait donc pour une enfant ? Pour une idiote lui aussi ? Pour quelqu’un qui ne sait pas faire la différence entre ce qui peut être un don bénéfique et ce qui déshonorait son rang et sa maison ? La connaissait-il si peu ? Si elle avait été un homme, elle aurait pu répondre et lui expliquer, mais elle était une humble femme et tout ce qu’elle pouvait faire s’était s’excuser, faire en sorte de se faire mieux comprendre à l’avenir et prier, beaucoup prier, car dans cette épreuve qu’il lui imposait elle aurait besoin du soutien des Dieux pour qu’il la pardonne et l’aime à nouveau, car sans être indispensable, c’était mieux pour le Bief et pour ses enfants.

« Oh… comme tu m’as demandé s’il me plaisait je pensais que… puis-je savoir à qui tu le destines ? Aliénor ? Emilia ? Quelque soit la future porteuse de ce bijoux, il et magnifique et je suis certaine qu’il mettra en exergue sa beauté. Je te prie de croire que je n’ai pas voulut m’arroger le droit de le porter par cupidité, pas plus que je ne veux me défaire des trésors que tu m’as offert. »

Elle ne comprenait pas trop pourquoi il lui avait présenté comme cela alors qu’il ne lui destinait pas le bijou, généralement il lui disait à qui il prévoyait d’offrir quelque chose avant de lui montrer pour avoir son avis, qui bien que de moindre importance devait être assez sûr pour qu’il la consulte. Enfin quoi qu’il en soit, s’il était pour l’une des blondes se seraient superbe et elle était heureuse que l’une ou l’autre puisse profiter d’un tel présent, même si cela remettait en cause ce qu’elle avait prévu d’offrir au mariage. Elle trouverait bien autre chose dans ce qu’elle possédait pour contenter la mariée, encore une fois, elle possédait tellement de bijoux qu’elle se refusait à demander quoi que se soit à son époux pour honorer sa fille ou sa belle fille, pas avant que le Bief ne soit remis de toutes ses épreuves.

« Comme chaque jours Leo, et je prierais aussi pour que ta soirée ne soit pas trop éreintante. »

Alors qu’il prenait congé elle s’inclina, une fois son époux sorti de la pièce, elle prit une grande inspiration pour se remettre d’aplomb, certes, elle était très attristée par ce qui venait de se passer, certes elle était blessée, mais elle était la Dame de Hautjardin et elle avait des obligations et certainement pas le temps ni le droit de pleurer sur son sort, il y avait là dehors des gens qui avaient besoin d ‘elle, que se soit de ses prières ou de ses talents pour gérer la maison et organiser un repas de fête aussi humble doive-t-il être sur ordre de Leo pour soutenir le Bief dans l’épreuve. Elle aurait préféré recevoir les Lannister sous de meilleurs hospice, elle n’ignorait pas leur mépris à l’égard des Tyrell et elle avait toujours pensé que la meilleure réponse au mépris était l’imperméabilité, se montrer sous son meilleur jour et de se parer de son plus beau sourire, mais l’argent économisé ici serait plus utile à la guerre, aussi comprenait-elle et acceptait elle se sacrifice comme tous les autres, de toute façon, nulle femme ne doit contredit son seigneur et maitre.

« Tanda, je reviendrais tout à l’heure pour écrire, veilles à ce que soit installé du parchemin et une plume. »

Elle descendit dans la grande salle où l’intendant faisait déjà l’inventaire de tout ce qu’il y aurait à installer pour le mariage, elle le salua avec un sourire, mais avant lui il fallait qu’elle parle avec les jardiniers en chef. Elle lui expliqua ce qu’elle vouait pour la décoration de stables et de la salle et lui enjoignit de faire tout son possible pour redonner aux jardins toute leur grâce, en ça, la pluie d’automne qui avait gagné la région allait grandement aider, heureusement, il n’y aurait rien de bien luxueux, mais il y aurait des roses d’or, l’honneur était sauf donc. Il devait être l’heure de déjeuner, mais elle n’avait pas faim, la mésentente avec Leo l’avait bien trop chamboulée, et comme de ce fait, quelque chose qui pourrait s’avérer long s’était ajouté à son emploi du temps, elle devait se hâter, elle remonta dans ses appartements et put se mettre au travail, tout ayant été préparé comme elle l’avait commandé. Assise à la petite table de bois marqueté qui faisait face à la fenêtre du cabinet précédant la chambre à coucher, elle réfléchit longuement à ce qu’elle pourrait écrire pour clarifier ses intentions. Il ne s’agissait en rien de lui faire changer d’avis, mais de lui montrer qu’il pouvait encore avoir confiance en elle, c’était capitale que se soit le cas pour le Bief, il ne pouvait pas se défier de sa propre femme, si non la belle harmonie qui était de mise ici serait brisée et elle ne le permettrait pas. Son époux avait déjà trop de choses à penser et bien du souci avec Tristan entre autre pour avoir une personne ne plus dans sa ligne de mire, il fallait absolument qu’elle regagne sa confiance, si non elle n’était plus digne d’être la Dame de Hautjardin ni la femme du Long Dard, elle voulait être son soutien en tout, pas un poids supplémentaire et pour regagner ce statut elle ferait n’importe quoi.

Citation :
A Mon Seigneur et Maitre
Lord Leo Tyrell, Seigneur de Hautjardin, Suzerain du Bief, Gouverneur du Sud, Défenseur des Marches et Grand Maréchal du Bief

Mon très cher époux

Je sais ne pas avoir été à la hauteur de tes attentes et t’avoir déçue par mon comportement ce matin, je dois donc m’expliquer dans un premier temps, et te montrer que tu peux me faire confiance et que je souhaite plus que tout remonter dans ton estime, car je veux, et j’ai toujours voulut être ton alliée et ton soutien, solide et aimante quoi qu’il arrive, pour traverser avec toi les épreuves de la vie comme nous en avons déjà traversé tous deux. Mes remarques au sujet de Dorne était déplacées je m’en rends compte maintenant, je me suis tut tout à l’heure car je ne voulais pas te peser d’avantage. Mais tu sais qu’il n’est en rien dans mes intentions de troubler la Paix du Roi et que je n’ignore pas les souffrances endurées par nos vassaux dans les guerres passées et présentes. J’ai été aveuglé par des sentiments qui n’ont plus rien à faire dans les Sept Couronnes unifiées, j’espère que tu sauras me pardonner et voir en eux non pas une haine ancrée mais simplement de mauvais souvenirs qui ont rejaillit mais qui dorénavant ne viendront plus gêner tes efforts envers Dorne, je peux te l’assurer.

Si j’ai parlé ainsi ce matin, c’était parce que j’avais peur, j’ignore tout de ce pays et on dit que les Montagnes Rouges sont aussi cruelles que les dunes arides, et mes craintes à ce sujet ont fait remonter en moi une appréhension : si j’étais prise en otage, serais tu en mesure de me libérer ? En réalité, je ne voulais pas que tu me prennes pour une couarde et j’ai voulut te cacher mes craintes en me montrant forte au point de paraitre belliqueuse, mais mes paroles ont largement dépassé ma pensée. Nous avons tous souffert des combats et des pillages des marches et je rends grâce au Dieu tout puissant ainsi qu’à la Couronne, à toi, et à Lord Leslyn Tarly que nous n’ayons plus à pâtir de ses batailles. Je ne peux qu’applaudir à l’intelligente intégration des Martell et te soutenir de tout mon être pour ce que tu entreprends envers eux dans le but de leur prouver que la paix est bien réelle et de la rendre pérenne. Sois assurée que je n’ai aucune intention belliqueuse envers eux, je n’aspire qu’à d’avantage d’apaisement et de sérénité entre nos peuples.

Je ne te demande pas de revenir sur ta décision, mais saches que si j’avais saisit sur l’instant l’importance de ce que tu me demandais, j’aurais parlé avec plus de réflexion et pris d’avantage de recul sur tous mes sentiments. Maintenant que j’ai fait la part des choses je me rends compte que pour me proposer ce voyage tu devais me porter en haute estime et que j’aurais dû être à la hauteur de ce que tu pensais de moi en me confiant cette mission et tu n’imagine pas à quel point je suis anéantie d’avoir faillit alors que tu avais besoin de moi. Voila que la seule ambition que je n’ai jamais eut vient de s’effondrer et je ne peux en vouloir qu’à moi même, tout comme je ne peux m’en vouloir de ne pas avoir été claire au sujet des bijoux et des robes, je ne mets plus certains depuis bien longtemps et je pensais aider en les cédant, mais évidement tout ce qui est aux couleurs des Tyrell doit aller à notre fille ou à nos belles filles.

Je suis consciente qu’il est un peu tard pour clarifier la situation, mais je me dois de le faire pour honorer notre union et pour rester la Dame de Hautjardin non seulement par mon amour, non seulement par notre mariage, non seulement par mes enfants, mais plus que tout par mes actes envers toi et le Bief. Si j’avais pu me rendre à Lancehélion, ça aurait été un grand honneur d’y porter nos couleurs et de montrer aux Matell à quel point nous sommes heureux qu’une paix durable grandisse entre nos deux contrées. Si, par ta grande bonté, tu décide de me laisser te prouver d’une manière ou d’une autre que tu as eut raison de placer tes espoirs en moi en premier lieu, je ne te décevrais pas et ce serait un soulagement pour moi de pouvoir me racheter et de remonter un peu dans ton estime. Je te promets de ne plus jamais te manquer de respect comme je l’ai fait ce matin, j’espère que tu sais que ça n’était pas intentionnel, mais je l’ai fait et je ne peux que me repentir et faire en sorte que cela ne se reproduise plus.

Ta Jeanne qui t’aime, t’admire et t’estime plus que jamais.

Voila… son cœur battait si fort, elle espérait tellement avoir trouvé les mots juste pour redevenir Jeanne Tyrell, l’épouse d’un parfait Lord qui se doit de faire du mieux qu’elle peut pour être aussi irréprochable que possible. Elle cacheta le parchemin après avoir laissé le temps à l’encre de sécher, y coulant de la cire chaude et y incrustant les armes de la chevalière qu’elle portait au petit doigt comme toute noble dame qui se respecte. Un sceau ovale, signe d’une femme marié, dans lequel Leo avait eut la bonté d’écarteler la rose Tyrell avec la tour Hightower. Encore une fois elle aurait bien aimé s’allonger sur le lit se fourre la tête dans les oreillers de plume et pleurer toutes les larmes de son corps, mais elle ne pouvait pas se le permettre, se serait encore une fois décevoir son mari et déshonorer sa maison. Son devoir l’appelait dans la grande sale avec l’intendant, elle descendit donc après avoir noté sur la lettre à qui elle était adressée et demandé à Tanda de débarrasser le nécessaire à écriture, elle laissa la missive sur la table du cabinet, il ne s’agissait pas de le déranger dans ses affaires, il l’aurait bien assez tôt.

En bas, elle donna à l’intendant les dernières instructions et discuta des plats qui serait servis, il y en avait peu et cela ne prit pas très longtemps, mais plus long fut ce qui concernait la manière dont seraient installés les invités, c’est ce qui prit le plus de temps avec la décoration de la salle et les informations importantes sur chaque convive, ce qu’il leur fallait dans leur chambre tout comme la façon de se comporter avec eux, tout cela serait transmis aux domestiques, et si le mariage ne présenterait pas le faste qu’on aurait pu croire pour l’alliance de deux familles aussi puissantes, il serait tout de même parfait. Une fois ce devoir remplis lui aussi, elle se rendit au septuaire, le jour commençait à décliner, elle s’agenouilla devant chaque statue l’une après l’autre, elle s’agenouilla, alluma un cierge et lui adressa une prière.

« Ô Père d’En-Haut, source de toute justice et de toute autorité, exemple pour chaque homme et maitre pour chaque femme, toi qui nous juges chaque jours et à l’heure de notre mort, puisses tu décider du sorte de l’âme éternelle de nos défunt en toute équité et avec humanité et les emmener vers la béatitude éternelle, puisses tu aider mon Seigneur et Maitre à exercer le bon jugement sur nous tous, à être équitable et à régner avec autorité sur le Bief, et daigne faire que sa soirée se passe pour le mieux, puisses tu me juger équitablement et m’aider à mieux respecter la supériorité de mon époux.
Ô Mère d’En-Haut, fontaine de miséricorde et de bienfaisance, idéal suprême de toute femme et mère de tous les enfants, toi qui nous inities aux voies de la maternité, de la générosité et du dévouement, puisses tu, préserver nos gens de la mort, apaiser la soif des Fer-Né et écourter la guerre, puisses tu faire preuve de compassion à l’égard de tout ceux qui sont contraints de se battre et leur permettre de connaître un jour meilleur, puisses tu veiller sur ma famille et protéger mon époux et mes fils dans le combat, puisses tu me soutenir et me conseiller pour aider au mieux mon Seigneur et Maitre et être une meilleure mère.
Ô Guerrier, représentant des preux et forts combattants, modèle de tous les chevaliers et soutient de chaque soldat, toi qui aides tous les hommes à tenir ferme leur épée dans l’horreur de la bataille, puisses tu donner force et courage à ceux qui sont partis défendre les côtes et guider leurs lames vers la victoire, puisses tu accompagner Leo et Tristan, accorder vigueur à leurs bras et leur transmettre ta bravoure et ta détermination, puisses tu m’être un secours lorsque je faiblis et me permettre de rester forte dans ma fonction et d’être un atout dans mon soutient à mon époux.
Ô Jouvencelle, beauté et pureté originelle, perfection de toute jeune fille et rêve de chaque jeune homme, toi qui protèges l’honneur et l’innocence des pucelles et qui incarnes l’amour et la grâce, puisses tu préserver les vierges et toutes les femmes des Fer-Nés et leur octroyer de revoir leurs amours et de rester intacte et digne de leurs époux, puisses tu prémunir ma fille et mes futures belles filles de toute atteinte à leur personne et nous envoyer pour Emilia un époux digne de son sang et de son éclat, puisses tu me donner la faveur d’honorer mon époux jusqu’à ma mort et d’être toujours sa rose d’or
Ô Ferrant, initiateur du travail et de la guérison, absolu de chaque artisan et berger des petites gens, toi qui transformes la dure besogne en art et qui rends l’acier des armes de nos hommes plus solide, puisses tu protéger le peuple de la folie de nos ennemis, les aider à accomplir le labeur qui leur est attribuée et donnes leur de bonnes récoltes d’automne, puisses tu aider mon Seigneur et Maitre dans ses tâches quotidiennes et faire pour lui, mon fils et tous nos soldats que ni les lames ni les boucliers ne se brisent, puisses tu me montrer la voie pour accomplir au mieux ma tâche et soutenir mon époux. »


En terminant par l’aïeul, elle se dit que c’était de sa lumière dont elle avait besoin, elle resterait donc là aussi longtemps que nécessaire, les caméristes savaient où la trouver si besoin…

« Ô aïeule, garante de la sagesse et de la connaissance, aboutissement de tout être humain et guide de chaque existence, toi qui éclaires le chemin des hommes et des femmes et qui nous enseignes la vérité, puisses tu montrer la voie de la raison aux Fer-Nés et nous mener vers une paix durable, seule protection du peuple et des soldats, puisses tu aider mon Seigneur et Maitre à trouver la solution pour sortir de cette guerre et nous préserver de la famine et lui octroyer sagesse et clairvoyance. Puisses tu donner à mon ainé un peu de ta science et de ton jugement pour qu’il devienne le digne héritier de son père, puisses tu instruire mes enfants de tes lumières et faire d’eux des adultes réfléchis et prudents. Puisses tu me préserver de tout manque de discernement et me conseiller dans ma recherche de la bonne posture envers mon époux, mes enfants et mon peuple, puisses tu m’assister dans la tâche qui m’incombe autant en tant que femme, épouse mère et suzeraine, puisses tu m’aider à devenir meilleure et me dévoiler le chemin qui me mènera à regagner la confiance de mon époux. Acceptes de me transmettre la connaissance, la compréhension, la sagesse, la droiture, la loyauté, la conscience, le dévouement, la constance, la lucidité, la patience, la persévérance, la fiabilité, et de la clairvoyance et daigne m’aider à faire en sorte de redevenir son épouse et son instrument, son soutient en toute chose et le pilier de la cohésion des Tyrell, de Hautjardin et du Bief. »

Elle resta agenouillée, les mains jointes, demandant silencieusement les conseils de la sage ancêtre de pierre, seul le recueillement le plus absolu pouvait l’aider elle en avait maintes fois fait l’expérience. Méditer ses erreurs permet souvent d’en mieux comprendre la substance et de ne pas les reproduire, et des erreurs elle en avait déjà faites, et des prières des milliers de fois prononcées, sa foi mise à l’épreuve ainsi que sa sensibilité naturelle. Mais grâce aux Dieux et à leur soutien indéfectible en tout chose, elle n’avait pas faillit, pas jusqu’à ce jour, et elle ne faillirait plus pour devenir un pilier aussi solide auprès de Leo si telle était leur volonté et si non elle ferait tout pour qu’il trouve quelqu’un d’autre à qui se fier. Car c’était là son rôle d’épouse et de suzeraine, aider du mieux possible le Long Dard à faire son devoir de suzerain, faire en sorte que le Bief sorte fier et digne de chaque épreuve, quelque soient les sacrifices qu’elle doive endurer pour cela, sa personne en tant que telle, ses sentiments et ses souffrances n’importait en rien.

Bientôt tous les cierges furent entièrement consumés, et l’obscurité gagna le septuaire, mais elle resta tout de même dans le noir totale. Toujours, elle priait pour remercier les Sept faces des Dieux de tout ce qui lui avait été donné et pour que la grâce touche un maximum de monde, nobles et petites gens, mais ce soir elle avait une demande particulière et personnelle. Elle avait déçu Leo, elle devait par pénitence et trouver la sagesse de ne plus jamais voir cette situation se reproduire. Ses genoux la faisaient souffrir mais la souffrance est bonne pour expier ses pêchers, sans souffrance il n’est ni pardon ni piété ni humilité, et donc pas de réponse. Aucun garantie de recevoir quelque chose en retour, jamais, mais elle ne le faisait pas pour ça, elle le faisait parce qu’elle croyait, parce qu’elle avait une foi inébranlable et qu’elle le sentait, la présence au dessus d’elle qui la rendait chaque jour meilleure. Elle avait tant reçu déjà, elle n’était pas loin du crépuscule de sa vie qui avait été un paradis, alors si elle devait désormais traverser les sept enfers pour regagner la confiance de son époux elle le ferait.

Les pieux ont une petite chance d’entendre le murmure des Dieux, oui car ils parlent bel et bien, c’est leur parole qui s’immisce dans votre pensée lorsque vous avez suffisamment prié, et alors ils vous guident. Et même dans les ténèbres les plus profondes, l’aïeule tient là sa lanterne de sagesse et si vous marchez assez longtemps vous pouvez la toucher du doigt, cette pensée supérieure, et en tirer les enseignements que les Dieux mettent sur le chemin de chaque homme et chaque femme sur cette terre à travers les épreuves douloureuse comme à travers les plus grands bonheurs.
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Message Sam 25 Fév 2012 - 18:54

Plusieurs jours passèrent sans que Leo n'adresse le moindre mot à son épouse. Il avait découvert sa lettre et l'avait lue. Mais les jérémiades de celle qu'il croyait connaître ne l'intéressaient pas et il jeta le parchemin au feu. S'il avait voulu entendre les justifications de son épouse, il les aurait demandées et écoutées ce matin-là. Leo avait ruminé sa colère et sa déception durant ces quelques jours mais à présent, il n'éprouvait plus qu'une indifférence maussade et amère à l'égard de l'événement. Malheureusement, lui qui croyait tout cela derrière lui fut bien déçu car très vite la mésintelligence entre les deux époux se rappela à l'esprit du seigneur suzerain du Bief. En effet, alors qu'il avait prévu ses propres plans pour la tenue du mariage et son déroulement, il découvrit avec une stupeur grondante que son épouse était allée bien au-delà de ses prérogatives en allant jusqu'à prendre des décisions et donner des ordres qu'il ne lui appartenait pas de distribuer. Sa propre mère n'avait pas osé s'aventurer à de telles initiatives, mais sa propre femme ne s'était guère gênée pour mettre à mal son autorité. Sans se dérouter, Leo réunit auprès de lui tous ceux qui avaient pris part à ce qu'il considérait comme une mutinerie. Il désavoua sans détour ni partage les ordres qui avaient déjà été donnés et en donna de nouveaux, les siens et que personne n'oserait jamais discuter. L'un des intendants en charge de la préparation du mariage se risqua à une remarque en portant à l'attention de son suzerain et maître que les préparatifs tels que lady Jeanne les avait ordonné étaient déjà bien avancés mais la réponse de Leo ruina tout les espoirs du domestique qui craignait de voir jeter aux oubliettes tout le travail déjà accompli. « Je suis encore le maître à Hautjardin. Personne ne me contredit sans perdre sa tête. Pas même ma femme ! » La menace suffit à motiver tous ceux qui s'occupaient de préparer le mariage à suivre les ordres de Leo et eux-seuls. Le Long Dard demeura auprès de ses domestiques bien assez longtemps pour s'en assurer et tous désormais prirent connaissance de la menace : s'ils suivaient d'autres ordres que les siens concernant la cérémonie du mariage, les têtes tomberaient comme les mouches. Lady Jeanne ne se verrait nantie d'aucun droit de regard sur les préparatifs du mariage. Il y avait bien assez d'une brebis galeuse dans la famille, et Leo ne tolérerait pas que son épouse suive le chemin emprunté par son fils aîné.

Mais d'autres sujets de préoccupation s'imposaient à lui et après une longue journée à veiller à ce que soient réparés les dégâts causés par son épouse, sa mère l'accueillit dans ses appartements du château pour une nouvelle nuit blanche à l'entretenir des affaires importantes du fief. De nouvelles caravanes apportant un surcroît de vivres à Hautjardin étaient arrivées dans la journée et les marchandises avaient été inventoriées puis mises en réserve dans les greniers, mais emplir ceux-ci avaient un coût et il était hors de question pour Leo de laisser son vassal de Villevieille, qui avait pris sur lui et sur son temps de s'occuper de gérer l'administration de ces commandes, depuis leur émission jusqu'à leur réception, pourvoir seul aux dépenses que ces commandes représentaient. De la même façon, il prit la décision de faire acheminer jusqu'aux soldats du Bief mobilisés sur les Îles Boucliers, à l'embouchure de la Mander et le long de la route du Front de mer un surcroît de ravitaillement pour leur rappeler qu'un Tyrell n'oublie jamais aucune des fleurs de son jardin. De plus Leo pressentait une tempête à venir, et même s'il n'y avait eu au sud aucun signe notable d'un sursaut d'activité fer-née, il était toujours préférable d'opter pour la prudence. Quelques navires de plus pour patrouiller les côtes ne seraient pas un luxe trop dépensier, aussi Leo prépara-t-il quelques corbeaux à destination de la Treille et de Villevieille. Sécuriser l'arrivage des vivres en provenance d'Essos était une priorité majeure car de ces vivres dépendaient leur autonomie pour l'hiver à venir, quoique les Sept seraient très cruels de ne pas tenir leur promesse en privant le Bief de son indépendance. Lady Amelia était d'accord avec lui, et à la lumière de ses judicieux conseils, ils accomplirent cette nuit-là de l'excellent travail.

Au petit matin, Leo, que la fatigue gagnait, rejoignit ses quartiers après avoir été prié longuement au septuaire. Il n'alla pas dans la chambre à coucher commune où, tant de fois, il avait sommeillé aux côtés de sa femme. Il préféra la quiétude solitaire d'une autre chambre aux portes de laquelle il posta un garde qui avait ordre de ne laisser entrer personne pour le déranger, à l'exception bien sûr de sa mère et de ses deux enfants Mathias et Emilia. Il ne voulait pas recevoir la compagnie de son épouse. Il ne se sentait pas la force de la regarder sans éprouver la déception qui ne le quittait plus ces derniers jours. Plus il y réfléchissait et plus il songeait à son mariage comme on songe à une erreur de jeunesse dont on se serait bien passé... La tendresse et l'affection qu'il avait pour lady Jeanne était réelle depuis le commencement, mais s'unir à elle devant les Sept... était-ce une erreur ? Plus jeune, il avait réussi à convaincre son père de le laisser se marier à celle qu'il avait choisie, contre l'avis de sa mère par laquelle il avait refusé de se laisser convaincre de l'existence de partis autrement plus appréciables pour lui. Lady Selyse et lady Eleana, cousines de lady Jeanne, issues de la branche régnante de la famille Hightower, par exemple, revenaient souvent dans les discours de sa mère. Avait-il eu raison de préférer un mariage d'affection à un mariage de raison ? L'idylle qui le poussa à la faute lui paraissait si réelle, autrefois. Aujourd'hui qu'il découvrait son épouse sous le jour de la déception, c'était comme si le voile du doute colorait l'ensemble de ses souvenirs. Il détestait cela et pourtant il devait se rendre à l'évidence : quelque chose n'allait pas. Il ne savait pas de quoi il s'agissait ni même s'il y avait véritablement quelque chose, mais quand il s'éveilla de son long et pénible sommeil, Leo se fit une promesse qu'il sanctifia d'une longue prière : il ne tolérerait plus les écarts de cette famille qu'il remettrait dans le droit chemin.
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Message Lun 27 Fév 2012 - 4:24

Jeanne c’était toujours occupé de l’intendance du château et de la préparation des cérémonies et voila que même ça elle n’y avait plus droit, à quoi serait-elle donc ? A enfanter un héritier idiot et à décevoir son époux ? Elle avait appris dès le lendemain la colère de Leo, et bien qu’elle n’ait rien montré devant les domestiques, elle était effondrée. Pas parce qu’elle allait peut-être perde sa tête, franchement, là elle se demandait si ça ne serait pas mieux ainsi. Mais parce qu’elle avait, encore une fois été à côté de la plaque concernant ce que voulait son seigneur et maitre et que les conséquences d’une telle sentence risquaient d’être ben trop lourdes pour le bief en ses temps difficiles. Aussi ce matin là, lorsqu’elle était redescendue pour prendre sa charge comme tous les jours et qu’on lui avait expliqué que plus personne ne suivrait ses ordres, elle serra les dents, sourit, se retourna, passa la porte et courut dans la chambre pour crier dans les cousins de manière à ce que personne n’entende. Une fois ce chagrin destructeur, mêlé d’un peu de colère tout de même, extirpé en quelques secondes, elle reprit toute sa prestance, lissa ses robes et vérifia que les larmes versées n’avaient laissées aucune traces sur son visage vieillissant, puis se rendit au septuaire, les Dieux ne lui avaient toujours pas répondus, mais au moins, là elle avait le sentiment d’être utile, et de toute façon que pouvait elle faire d’autre que prier. Ses forces l’abandonnaient, elle n’arrivait plus à manger, elle se forçait parfois pour faire bonne figure et pour éviter de faire un malaise qui ne serait- qu’une charge de plus pour son époux. Sa raison aussi se délitait, elle avait l’impression d’avoir tout essayé pour qu’il lui pardonne et de ne faire que s’enfoncer dans un gouffre de mépris toujours plus profond, et elle el supportait de moins en moins.

La première nuit elle avait voulut aller dans une autre chambre pour éviter de le réveiller avant de se rendre compte que c’était lui qui avait déserté la chambre commune. Il ne lui parlait plus et ne venait même pas la rejoindre dans le lit conjugale, mais à quoi bon, de toute façon elle n’arrivait pas à dormir, au bout de quelques nuits presque sans fermer l’œil, elle se dit qu’il fallait qu’elle utilise ce temps à meilleur escient, d’autant plus que les pensées qu’elle avait alors dans le noir lui donnaient la nausée. Elle avait donc emprunté à la bibliothèque de nouveaux livres sur Dorne et sur les Martell pour essaye de mieux comprendre leurs us et coutumes, et effectivement, elle comprenait certaines chose d’autant que certains des nouveaux livre en provenance directe de la province avaient été écrit par des gens qui voyaient la contrée d’un autre œil que les anciens ennemis jurés des sables. Mais si ses lectures lui avaient donné les clés pour commencer à apprécier les richesses culturelles de Dorne, elle n’arrivait même pas à trouver la serrure pour son propre mari. Des années de mariage pour en arriver à cette incompréhension la plus totale, des années à le croire heureux et comblé pour le voir s’éloigner de jours en jours, des années de dévouement pour en arriver à la conclusion qu’il ne lui pardonnerait pas qui qu’elle fasse, mais elle ne pouvait pas laisser cet état de fait perdurer, il fallait qu’elle trouve une solution. Elle prit alors la décision difficile d’aller demander conseil à Lady Amélia, elle avait toujours évité de discuter de quoi que se soit avec elle, se contentant de s’occuper d’elle comme une belle fille se doit de le faire, mais là, un entretient avec l’autre Dame du Bief, s’imposait. Pour le Bief, il fallait que Leo la pardonne et pour cela si elle devait passer devant le regard inquisiteur de la marâtre et subir les pires affronts de sa part, et bien soit, elle le ferait sans ciller, mais il fallait absolument que cela fonctionne, et Amélia devait connaitre son fils assez bien pour l’aider.

Elle demanda à une servante de se rendre aux appartements de sa belle mère et de lui demander l’heure à laquelle elle serait le plus libre pour la recevoir, se serait en début d’après midi, et après avoir prié toute la matinée, elle s’y rendit donc, dans le cabinet d’Amélia Tyrell, celle qui avait toujours eut mille fois plus d’importance aux yeux de Leo qu’elle-même, celle qui trônait à ses cotés aux conseils, celle qui la reléguait au second plan. Et alors, était-elle son ennemie pour autant non ? Elles aimaient toutes deux Leo, et si la vieille méprisait la femme de son fils, au moins s’étaient elles toujours battues pour la même chose en dehors des petites disputes que Jeanne avait prit soin d’écourter et dont elle ne s’était jamais plainte à son Long Dard. Arrivée devant la porte, elle prit une grande inspiration et frappa à la porte, presque tremblante de rencontrer la seule femme qui lui faisait peur.

« Dame Amélia ? C’est Jeanne, puis-je entrer ? »

Ayant reçu une réponse positive, elle entra et fit une révérence respectueuse avant de refermer la porte derrière elle et de s’avancer avant de parler d’une voix douce mais déterminée.

« Je viens m’entretenir avec vous à propos de Leo. Je suppose que vous savez qu’un différend a eut lieu et que depuis il ne m’adresse plus la parole… Je viens vous demander conseil car j’ignore comment faire en sorte qu’il me pardonne et me fasse à nouveau confiance. J’aimerais qu’il m’envoie comme prévu à Lancehélion, je ne sais pas s’il reviendra sur sa décision, je ne pense pas, mais quoi qu’il en soi, je veux lui être utile et être utile au Bief. C’est trop important que nous restions unis en ces temps de guerre, je ne peux pas le laisser s’éloigner de moi, aidez moi je vous en prie Ma Dame… »

Aussi posément prononcé ait été le discours, ça n’en était pas moins un appel du cœur, une prière aussi sincère que celles qu’elle adressait chaque jours aux Dieux pendant des heures. Jeanne était debout, devant une Amélia toujours aussi froide d’abord, elle ne tremblait plus depuis son entrée dans la pièce, mais elle était tout de même morte de peur, les entrailles nouées, usant de tous les stratagèmes d’une femme qui se doit de tenir l’étiquette pour parler normalement et ne rien montrer de ses sentiments ni de son désarroi, prenant une posture de Dame digne de Leo Tyrell et des vertes contrées qu’elle aimait.
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Message Lun 27 Fév 2012 - 23:12

Sous ses dehors froids et tyranniques, la mère du Long Dard était une femme très simple. C'est donc tout naturellement avec le sourire pincé des sphinx de l'antique Valyria qu'elle accueillit lady Jeanne qui venait de frapper à sa porte en demandant d'entrer. Lady Amelia n'attendait pas de visites particulières ce jour-là et encore moins une visite de cette bru qu'elle méprisait plus encore qu'elle ne méprisait la mouche venue patauger dans le potage tant apprécié de la vieille dame. Elle lui accorda cependant le droit d'entrer et bientôt l'épouse détestable de son fils se tenait devant elle qui, assise sur un confortable fauteuil entourée de quelques unes de ses vieilles amies parmi lesquelles on trouvait ses suivantes de toujours, lady Minissa Redwyne et lady Agatha Rowan, brodait avec toute la tranquillité du monde. Toutes ces vieilles dames s'affairaient à piquer la toile de lin tendue sur chacun de leur tambour de broderie. Elles piquaient l'aiguille avec des gestes vifs, précis et témoignant d'une dextérité que l'âge avait renforcée. Elles étaient là, assises, presque immobiles, l’œil baissé très consciencieusement sur leur ouvrage de toile et de tissu, seule lady Amelia observant de ses yeux décolorés par l'usure des années lady Jeanne qui se dressait devant elles. La scène était inhabituelle, mais comique, car lady Jeanne venait à elle en quête de conseil, d'aide et de soutien dans la crise qu'elle traversait avec son époux. Cependant dans la posture qui était la sienne, lady Jeanne se tenait à la manière d'un coupable debout devant les juges assis qui rendraient leur jugement et asséneraient leur sentence avec autant de rigueur et de sévérité qu'elles piquaient les aiguilles sur le lin de leur ouvrage. Lady Jeanne supposait correctement, lady Amelia était déjà au courant du « différend » qui opposait son fils et sa bru. En revanche, l'audace de cette péronnelle dépassait l'entendement si elle espérait vraiment de la vieille dame qu'elle intercède auprès de son fils pour régler ce conflit qui n'avait d'autres causes que les sottises de lady Jeanne. S'imaginait-elle donc que sa belle-mère l'inviterait à s'agenouiller pour la prendre dans ses bras, puis la bercerait contre son vieux sein tout en lui prodiguant des conseils en la matière comme une mère et une fille partageraient les recettes de la bonne jouvence ? Les paroles de Jeanne sonnaient comme des plaisanteries aux oreilles de la vieille dame et si une vie entière à respecter l'étiquette ne lui avait pas enseigné le flegme et l'impassibilité, elle aurait très certainement ri à gorges déployées comme si Jeanne venait de lui rendre les fiers et forts poumons de sa lointaine jeunesse.

Elle n'avait pas tort de souligner combien l'union était utile à leurs vertes contrées. Lady Amelia œuvrait depuis longtemps à une plus forte cohésion des grands personnages du Bief et son dernier projet d'unir par les liens du mariage les grandes maisons placées sous la suzeraineté des Tyrell de Hautjarin n'était qu'un maillon de plus à la chaîne qu'elle constituait depuis toujours avec le même zèle et la même assiduité. Cependant lady Jeanne avait bien du culot de venir la voir en distribuant ces sentences qu'elle-même avait au cœur depuis plus longtemps que cette babillarde incapable de tenir son rang. Elle était peut-être depuis longtemps maintenant l'épouse de son fils, mais lady Amelia croirait dur comme fer et jusqu'à l'appel du trépas que cette lady Jeanne la sotte lui avait volé un grand mariage en semant dans le cœur de son fils les graines d'une tendre passion d'où avait germé la fleur stérile qu'était leur mariage. Lady Jeanne était une dame convenable, bien élevée et taillée dans tout ce que le Bief a de plus raffiné et aimable, mais elle n'était qu'une fille sans bagage, oiseau joli tombé d'une branche cadette et si son nom n'avait pas été celui de la plus noble et prestigieuse famille des terres de la Rose, jamais feu lord Adamar n'aurait accepté de plier devant l'insistance de son fils que ses inclinations, à l'époque, aveuglaient à toute raison. Cette outarde sans honte n'avait-elle donc aucune décence, à lui parler d'union en agitant devant elle le drapeau du « plus grand bien » alors même qu'elle était celle dont la faiblesse avait ruiné en son temps les projets que lady Amelia avait construit patiemment pour son fils ? Lady Amelia n'avait jamais voulu d'une lady Jeanne pour son fils, pour le futur suzerain du Bief, elle avait œuvré pour unir son cher Leo à lady Selyse Hightower, la fille de Lord Hightower, et malheureusement lady Jeanne avait tout gâché en cédant aux avances et aux inclinations dont la jeunesse et l'ignorance transit le corps. Par sa faute, la jeune et frêle Selyse était devenue septa, alors même que son nom la destinait à une plus grande fortune. Jamais lady Amelia ne pardonnerait l'égoïsme de cette jeune femme ambitieuse qui lui avait volé son fils et fait voler en éclat l’œuvre de sa vie. Piquant avec une légère nervosité la toile de lin où se dessinait les contours d'une rose à la corolle épanouie, elle avala tous les sarcasmes qui se déversaient dans sa bouche aux parois vieillies d'avoir si peu, au cours d'une vie, donné de sourires. Lady Amelia voulait savourer ce moment le plus longtemps possible : ces mêmes faiblesses féminines qui avaient poussé Jeanne dans les bras de Leo l'éloignaient à présent de lui. L'avait-elle compris, cependant ? Lady Jeanne n'avait jamais été aux yeux de sa belle-mère qu'une fillette bêtement stupide, mais malgré tout, plusieurs décennies de vie à Hautjardin lui auraient peut-être enseigné un peu de cette bon sens qui fait la fierté des membres de la maison Tyrell. Sans cesser de broder des fils dorés aux pétales de la rose qu'elle composait, lady Amelia croisa le regard de sa bru avant de glisser ses yeux sur la porte qu'elle avait refermée derrière elle pour mieux les reporter ensuite à son ouvrage.


 « Vous ne devriez pas prendre trop à cœur cette histoire, ma chère enfant. Leo vous reviendra. Ce « différend » ne saurait être que passager. » Lady Amelia s'interrompit quelques instants, ses mains inlassables continuaient de piquer la toile de lin. « Mais vous arrivez au bon moment, prenez un siège et restez avec nous si vous le souhaitez. Lady Minissa s'apprêtait à nous faire le récit de sa mésaventure avec les chevaux des écuries de Boisdoré, mais je connais une histoire qui conviendra mieux à votre compagnie. Vous la connaissez peut-être, il s'agit du conte de l'âne gris. » Lady Agatha, sans lever les yeux de son tambour à broder, fit remarquer qu'elle ne connaissait pas ce conte, et lady Minissa rétorqua non sans un soupçon de reproche qu'il s'agissait d'un poème très populaire en son temps et porteur de grands enseignements pour l'éducation des enfants.

 « Vous avez tout à fait raison. L'histoire débute dans un pré où paissait un âne au pelage gris comme la cendre des bûchers. L'âne est seul mais il n'en a cure, l'herbe est verte et c'est tout ce qu'il demande. Mais le pré est vaste et l'âne bientôt découvre un panier empli d'objets saints, de reliques et d'habits sacrés. L'âne, ébloui par ces trésors de piété, se pare du panier et décide de quitter le pré pour aller promener sa trouvaille partout où s'étendent les chemins. Très vite, à son passage, les braves gens s'arrêtent et applaudissent, ils s'agenouillent, ils prient, ils caressent la bête et touchent les reliques. L'âne s'enorgueillit de ce traitement, se glorifie de l'adoration qu'il croit susciter et se pavane sur les routes, baudet royal et vaniteux, jusqu'au jour où il croise un septon itinérant qui le saisit à la bride et le conduit jusqu'à un septuaire. Là, l'animal s'attend à recevoir tout le mérite du trésor qu'il amène au lieu saint mais les clercs le déparent de son chargement avant de le rosser pour qu'il s'en aille.

- Pauvre animal !
se lamenta lady Agatha, la voix émue.

- Pauvre animal qui n'a eu que ce qu'il méritait, car d'un mestre ignorant, c'est la robe qu'on admire,
s'empressa d'ajouter lady Amelia avant de poursuivre tout en continuant de broder. Mais l'histoire ne finit pas là. Le baudet, le train encore douloureux des coups de crosse, avance jusqu'à une petite ferme où l'on entend les jappements joyeux d'un petit chien. L'âne s'approche et découvre une scène qui l'émeut beaucoup, un paysan caressant et embrassant son chien avec grande affection. Il observe encore et découvre alors le chien qui, après avoir donné une patte gentille à son maître, reçoit une pièce de viande juteuse et riche. Admiratif des produits de la joliesse mignonne du chien qui s'en va gambader dans un champ voisin, l'âne trotte vers le paysan et s'arrête à sa hauteur, presse son échine avec tendresse contre l'homme et lui tend la patte avec douceur. Mais la tendresse et la douceur d'un âne n'ont rien de semblable à celles d'un chien : le coup d'échine bouscule le paysan et le coup de sabot l'assomme. Quand il revient à lui, le paysan se saisit d'un bâton et frappe l'animal qui, ne comprenant pas son erreur, tente d'aboyer pour amadouer l'homme qui frappe plus encore, car loin d'aboyer, l'âne ne sait que braire. Ses cris difformes attirent le chien qui se ramène, le menace et lui mord les jarrets.

- Cette sotte créature n'a eu que ce qu'elle méritait !
déclara lady Minissa d'un ton péremptoire.

- En effet, jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse, ne saurait passer pour un galant. C'est une leçon qu'il nous faut tous apprendre un jour. Qu'en pensez-vous, lady Jeanne ? »
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Message Mar 28 Fév 2012 - 3:24

Jeanne fut très gênée que Lady Amélia ne soit pas seule, mais elle n’osa pas demander à ses suivantes de prendre congé, à vrai dire elle pensait que la vieille Dame le ferait, par politesse si ce n’est pas égard pour son fils et pour sa maison, mais il n’en fut rien, et comme l’heure n’était pas aux jérémiades, la Rose du Bief ne fit aucune remarque à ce sujet. A la première réponse de la Dame au visage ridé, Jeanne fronça les sourcils, elle se jouait dors et déjà d’elle, elle ne prenait pas ça au sérieux pas plus qu’elle ne comptait l’aider. Décidée à ne pas trembler devant la marâtre, Jeanne planta sur elle un regard sévère qui l’instant d’après céda à un sourire de façade tout ce qu’il y a de plus gracieux, elle n’était pas dupe, et elle comptait bien le montrer à la Rose flétrie, mais elle n’allait certainement pas lui faire le plaisir de refuser son invitation.

« Je vous remercie Ma Dame, Mes Dames. » Un sourire une légère inclination de la tête et elle prit place sur un fauteuil douillet. « Cela me dit en effet quelque chose, mais je serais ravie que vous me rafraichissiez la mémoire. » D’un signe elle manda un support pour broder elle aussi et se mit au travail tout en écoutant attentivement sa belle mère. Elle connaissait l’histoire du petit âne gris, mais en avait elle tiré les mêmes enseignements lorsqu’on le lui avait conté il y a des années de cela à la citadelle que ce qu’Amélia la mégère tenait à lui faire comprendre ce jour là ? Elle en doutait, et surtout, la brune voulait voir jusqu’où elle comptait l’emmener avec ça. Non finalement, les conclusions étaient les mêmes, il faut rester à sa place, mais c’était amusant d’entendre ça de la part d’une Lady qui avait tendance à outrepasser ses droits et ses attributions sans même se rendre compte de l’impolitesse dont elle faisait preuve envers certains des hôtes de son propre fils. Mais voila que celle qui venait de la traiter de petite arriviste en même temps que de balourde, lui demandait son avis, elle leva les yeux de son ouvrage avec un sourire épanoui et répondit calmement.

« Je pense que c’est un conte tout à fait intéressant et une morale tout a fait juste. Mais l’âne aurait mieux fait d’apporter les reliques à ses propriétaires plutôt que de faire le beau sur les chemins, ils auraient pu en tirer une récompense et il les aurait ainsi aidés. »

Elle effaça son sourire et regarda Lady Amélia une seconde avant de se replonger dans son travail, elle piquait avec une dextérité rare, sûre de ses gestes et de son but, faisant tourner le canevas pour mieux dessiner les traits de ce qui s’esquissait doucement sur la fine toile de lin. Fil orange, fil rouge, fil jaune, cela prit très longtemps et Jeanne n’ajouta rien de plus, se contentant d’écouter les conversations des ses nobles Dames, les chevaux du Boisdoré de Minissa, et bien d’autres anecdotes plus ou moins intéressantes mais néanmoins amusantes et surtout qui empêchaient un silence pesant de s’abattre sur la pièce. Jeanne n’avait toujours pas la solution à son problème, mais le jour passant par les fenêtres du cabinet commençaient à s’amenuiser lorsqu’elle eut terminé le soleil rouge transpercé par une lance dorée sur champ orange. Elle regarda la broderie, satisfaite, sourit et releva la tête.

« Mes Dames, Dame Amélia, je vais prendre congé de vous, j’ai passé une excellente après-midi en votre compagnie, je ne saurais assez vous remercier de m'avoir invité à me joindre à vous. » Elle se leva fit une révérence et se dirigea vers la porte, mais juste avant de la passer elle se retourna et ajouta une dernière chose sans sourire cette fois. « Tous les ânes devraient ravaler leurs braiements pour mieux voir l’herbe sous leurs pieds, ils serviraient alors leurs propres intérêts avec d’avantage de grâce. »

Le couloir était long avant d’arriver à la chambre qu’elle partageait avec Leo depuis plus de dix huit ans, arrivé dans ses appartements elle déposa son œuvre sur la table du cabinet et se mit à faire les cent pas, réfléchissant à ce que voulait Leo. Un présent ? Idiot, nous sommes en guerre, il m’en a offert un mais je ne saurais dépenser ses propres deniers pour lui offrir quelque chose, et quand bien même lui offrirais-je quelque chose avec mes propres sous, ceux qu’il me donne chaque Lune pour mon entretient personnel, se serait tout de même son argent. Je me suis déjà excusée, je me suis aussi expliquée, il n’a pas voulut entendre.

« Que veut-il non d’un chien ! Que veut-il ! Comment puis-je donc lui prouver que je ne suis pas un danger pour la paix et que je suis capable d’être l’émissaire de Hautjardin s’il ne m’adresse plus la parole. »

C’est incroyable ça ! Un mot de travers et voila qu’il ne m’aime plus ?! Bon d’accord c’était bien plus d’un mot, je n’aurais pas dû, c’est sûr, mais je ne savais pas qu’en réalité ils n’étaient absolument pas des barbares que j’imaginais, et voila que maintenant que j’ai envie de voir les richesses culturelles de Lancehélion je ne peux pas y aller, et qui ira à ma place ?! Et sa mère, pour qui se prend-elle pour me parler sur ce ton, et pour qui me prend-elle ? Une petite ambitieuse, arriviste présomptueuse, après toutes ses années, incapable de passer outre son ressentit, c’est vraiment l’attitude la plus puérile qu’il m’ait été donné de voir depuis les bêtises de Tristan, et on ose me le mettre sur el dos ?! Je ne suis une mère pour lui que depuis un an à peine, avant c’est toujours d’autres qui ont tout prit en charge, je n’étais pas assez ferme, je n’étais pas assez, pas assez Tyrell ?! Et elle Oldflower, lignée bâtarde et qui plus est maison mineure, et elle ose singer une Hightower quand bien même de la branche cadette, non mais où va-t-on ! Enfin, elle est Tyrell et moi aussi, et je n’ai pas le temps pour ces enfantillages, j’ai un époux à remettre dans le droit chemin…

« Aussi belle que puisse être une rose, elle aura toujours des épines. »

C’est ça qu’il veut ? Que je pique moi aussi ? Pourtant l’unique fois ou j’ai piqué, c’est là que tout à commencer, et pourtant c’était Dorne que je piquais, la Dorne dangereuse, celle qui continue de nous attaquer, les montagnards insoumis, entre autre, et comme si nous pouvions faire confiance aux Martell, des siècles de guerre et des milliers de morts, et c’est moi qui paye finalement et cette vieille folle d’Amélia qui dit qu’il reviendra, peut-être, peut-être pas, mais je ne compte pas laisser le Bief couler à cause de ça ! Contrairement à elle…

- Ma Dame ? Une des femmes qui servait Jeanne habituellement venait de faire son entrée.
- Quoi ?! La Rose ne devait pas l’avoir entendu frapper et répondit avec force exaspération
- Je peux… Balbutia la camériste en s’éclipsant.
- Non, restez, que voulez vous ? Reprit la brune d’un ton ferme mais adoucit
- Vous désirez diner ? Dit la domestique d’un ton mal assuré
- Oui, léger, et du vin aux épices je vous prie. Commanda Jeanne sans un sourire
- Bien Ma Dame. La petite servante fit une révérence et partit après avoir refermé la porte.
- Oh et mandez ma couturière pour demain. Ajouta-t-elle juste avant que la jeune femme n’ait prit congé. Elle avait dans l’idée de faire acheter quelques tissus et fabriquer un coussin pour les Martell avec ce qu’elle avait brodé dans l’après midi, cela ferait un présent de sa main en plus de ce que prévoyait certainement Leo, et au moins elle aurait fait un geste, qu’elle puisse être du voyage ou non.

Lorsque la servante revint avec le repas, Jeanne s’installa pour le déguster mais elle n’en toucha pas la moitié, léger pour une camériste n’était pas aussi léger qu’elle aurait voulut, enfin, elle but un peu de vin et profita de sa présence pour lui demander de lui appeler le mestre qui arriva quelques minutes plus tard.

- Voulez vous une coupe de vin ? Grignoter quelque chose ?
- Avec plaisir Ma Dame, que me vaut l’honneur
- J’ai beaucoup lu ses derniers jours sur Dorne, mais j’ai besoin de vos lumières, j’aimerais que nous devisions là-dessus.

D’un signe de la main elle commanda à la servante d’apporter une coupe et de servir le mestre et il put lui aussi déguster un peu de fromage et de pain accompagné de jambon et de fruits. Ils devisèrent plusieurs heures sur le pays des sables et sur les Martell, sur les guerres qui avaient opposé les montagnes au Bief et sur la paix désormais installée. La rose en apprit autant que lors de ses lectures et put poser toutes les questions qu’elle voulait, et lorsque la fatigue se fit sentir, elle congédia l’homme de science non sans des remerciements adéquates.

« J’ai un dernier service à vous demander, demandez en mon nom à Leo de me recevoir dès qu’il aura un peu de temps, et surtout, venez me dire sa réponse à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. »

Elle ne pouvait pas s’amuser à sourire le château pour le trouver et lui demander alors qu’il y avait de grandes chances pour qu’il ne lui réponde pas, ils ne s’étaient même pas dits bonjour ce matin ! Et puis elle risquait trop de le déranger dans des affaires importantes. Cela dit elle craignait là aussi un refus, et que ferait-elle alors ? Elle n’était pas le genre de femme à faire un esclandre, mais elle arrivait à un point où sa patience et sa courtoisie commençaient à être mise à rude épreuve, d’ailleurs s’il acceptait, que lui dirait-elle finalement ? Valait-il mieux qu’elle suive le conseil d’Amélia et laisse faire le temps ? Cette nuit là, elle ne dormit pas dans la chambre commune, il était devenu trop insupportable de la voir désertée par Leo.
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