AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Sous le regard des Rois - PV Lysena

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 3 Fév 2012 - 10:05

Le vent soufflait parmi les ossements, rugissant avec hargne, emplissant l'espace avec autant de force que s'il avait été fait de glace. Mais il ne pouvait rivaliser avec le bruit de l'océan. Le flux et le reflux rivalisaient de puissance l'un avec l'autre, les vagues se brisant avec violence sur la plage. Près des rochers qui la bordaient, l'eau parvenait en plus petits filets, traversant les failles entre les pierres pour humidifier la roche et le sable qui se trouvait après elle.
Malgré la puissance des vagues, jamais elles n'atteindraient le trône de Nagga, la mâchoire du dragon des mers qui avait été vaincu par le premier Roi du Sel et du Roc, le Roi Gris, dans un âge lointain. Un âge devenu légende. Un âge qui devenait mythe. Le poids de l'histoire baignait encore ces lieux, l'histoire de la fondation des Fer-Nés et du premier royaume des Îles de Fer. L'histoire d'une époque révolue et qui jamais ne se répéterait. Quand les Fer-Nés étaient des hommes libres, craints, respectés, et puissants. Quand les dragons volaient dans les cieux et parcouraient les océans aux côtés des krakens. Quand les géants étaient autre chose qu'un conte pour enfant.
Repensant à cette époque, un homme se trouvait à genoux en face du trône, la tête baissée, les jambes et la cape baignées dans l'eau, ses cheveux blonds flottant, pour certains, à la surface. Il avait les mains posées sur la garde de son épée, donc l'acier sombre était planté dans le sable. La lame semblait suinter de sang, marquant le sol d'un petit cercle rouge sombre qui disparaissait à chaque fois que le flux et le reflux passaient par là, emportant avec eux les grains de sables comme autant de preuves des crimes qui avaient été commis par l'homme qui se trouvait là.
Lui-même semblait ignorer le froid et l'eau, comme il ignorait toujours ce qui pouvait poser problèmes à d'autres hommes. Son esprit ne semblait même plus se trouver encore dans son corps, immobile comme une statue, pas même agité du moindre tremblement. Le froid n'était qu'une sensation, une information qui pouvait être ignorée avec suffisamment de volonté.
Et le Trompe-la-Mort avait connu bien pire. Il ne s'en fallait que de peu qu'il ne décide pas de s'immerger entièrement, de revivre ce qui avait fait de lui l'homme qu'il était à ce jour. Pour entendre à nouveau la voix du Dieu Noyé autrement que par les appels indistincts des vagues. Pour entendre ses conseils en ce jour fatidique où le destin du jeune Harald Timbal serait sans doute changé à jamais.
Harald était venu directement depuis l'île de son suzerain jusqu'à ces lieux sacrés, espérant y trouver guidance et, au moins, le calme nécessaire pour faire le point et savoir vers où se diriger. Mais la sensation qui était née au creux de son estomac lui était étrangère, inconnue. Depuis sa renaissance, en tous cas. Jamais plus il n'avait craint l'avenir, ni connu le doute. Il voulait faire face à tout ce que le destin lui présenterait avec dignité et honneur, avec la force de l'océan, et la dureté des Îles qui l'avaient vu naître. Mais en cet instant, la dignité et l'honneur, la dureté et la force n'étaient que de lointains souvenirs. Trop de choses reposaient sur lui maintenant. Trop de responsabilités inconnues étaient tombées sur ses épaules avant qu'il ne puisse vraiment comprendre ce qui lui arrivait. Le cadeau... les cadeaux de Dagon se révélaient être des cadeaux empoisonnés. Non pas qu'ils aient déplu au Trompe-la-Mort mais... ils faisaient naître en lui quelque chose qu'il n'avait plus connu depuis une décennie complète. Et si cela commençait à changer... qu'est-ce que la roue du changement emporterait dans son cycle éternel, après ? Harald ne pouvait se permettre de douter. De ne pas savoir. De craindre quoi que ce soit. Il était le roc. Il était le sel. Il était l'essence même des Fer-Nés et de l'Antique Voie, l'élu du Dieu Noyé... alors si lui commençait à craindre l'avenir et à douter de ce qui l'attendait... que se passerait-il pour les autres ? Sur un boutre, il suffisait qu'une planche soit vermoulue pour que l'eau ne s'infiltre, et que les autres ne finissent par être détruites elles aussi. Et le navire coulait.
Harald ne pouvait pas se permettre d'être celui qui provoquerait la chute de Fer-nés. Il ne pouvait être celui qui coulerait leur boutre, et offrirait leur tête sur un plateau aux hommes des contrées vertes. Plus maintenant. Ils étaient trop engagés dans leur conflit avec le reste de Westeros pour se permettre de faillir, de s'affaiblir... d'abandonner. Il était trop engagé. Lord Capitaine de la Flotte de Fer... voilà qui était un titre pompeux. Mais sans aucun doute le titre le plus important auquel Harald aurait pu prétendre un jour. Un titre qu'il n'aurait jamais cru pouvoir obtenir un jour. Trop jeune. Trop fanatique. Trop... lui-même. Le Trompe-la-Mort avait des idées arrêtées sur tout, et il était bien connu que ceux qui ne les partageaient pas connaissaient souvent une fin rapide. Pour les plus chanceux. Quant aux autres... il y avait encore assez de squelettes plantés sur les pieux des plages du Vieux Wyk pour témoigner de leur lente agonie.
Il savait, bien entendu, qu'il ne pourrait appliquer ce régime aux autres capitaines de la Flotte de Fer. Mais que l'un d'entre eux lui donne une raison d'être poursuivi pour trahison, et Harald n'aurait de cesse de le chercher, à travers les mers et océans, jusqu'aux ténèbres et au ciel rouge de l'Ancienne Valyria s'il le fallait. Le traquer jusqu'à ce que le traître soit ramené enchaîné sur les Îles, et là... là il connaîtrait un châtiment qui servirait d'exemple à tous les hommes qui penseraient faire comme lui. Le Trompe-la-Mort ne pardonnait pas. Le Trompe-la-Mort n'abandonnait pas.
Il chassa ces idées de son esprit. Le moment n'était pas encore venu de penser trahison et représailles. Il n'avait pas encore eu le temps de parler à tous les capitaines de la Flotte de Fer. A aucun, en réalité. Il lui faudrait envoyer des messagers. Sans doute se déplacer lui-même, parfois. Pour les plus rétifs. Le nom de Sargon Harloi brilla dans son esprit comme un phare en pleines ténèbres, et il sut qu'en effet, pour celui-là, il lui faudrait venir en personne. Cet homme le mépriserait, bien entendu. Se moquerait de son titre et de lui-même. Et bien entendu il désobéirait.
Au final, pourquoi s'obliger à aller le voir ? Le tuer serait suffisant.
Pour la première fois depuis les heures où il avait été à genoux ici, Harald trembla. Le froid ne l'avait pas atteint, pas plus que l'eau. Mais c'était la première fois que la voix lui parlait aussi distinctement. Jusqu'à présent, elle s'était contentée d'appels flous, comme une voix plongée sous l'océan. Il avait toujours su ce qu'elle voulait, plus par instinct qu'autre chose... mais jamais elle ne s'était exprimée ainsi. Par des mots précis. Et il fallait qu'elle choisisse cette période de doute pour se manifester, bien entendu. Comme un prédateur à l’affût, un guerrier cherchant la faille dans la garde de son adversaire, elle avait attendu que l'armure du Trompe-la-Mort commence à s’effriter pour s'insinuer dans cette faille et y semer les graines de sa folie. Les graines de sa perte.
Sa main se posa instinctivement contre son flanc, sur la blessure à peine refermée, causée lors de sa précédente attaque des contrées vertes. Il tressaillit un peu, un autre frisson remontant son échine. Il se força à laisser sa main en place, sur cette plaie froide et douloureuse. Il fallait qu'il se rappelle du sens de la douleur. Et du prix de la distraction. S'il n'avait pas écouté la voix à cet instant, aussi floue qu'elle ait pu être, il aurait vu venir cette attaque. Et la lame ne l'aurait pas percée de part en part. Cela avait été un miracle qu'il s'en tire à aussi bon compte au final. Cette Épée Blanche savait où frapper pour faire mal, et seul un réflexe qui avait du venir du Dieu Noyé avait permis à Harald d'éviter que l'attaque ne lui perce un organe vitale.
A la place, elle avait percé la blessure qui lui avait donné son nom. La première des trois. Des quatre, maintenant. Les deux cicatrices formaient une croix presque régulière sur son flanc, et il savait qu'il les garderait jusqu'à sa mort. Et il les montrerait fièrement à ses ancêtres lorsqu'il rejoindrait le Hall du Dieu Noyé, là où l'attendaient les guerriers du passé et des légendes.
Là où l'attendraient les hommes qu'il enverrait à la mort pour libérer les Îles de Fer, et pour faire saigner les contrées vertes jusqu'à ce qu'elles demandent grâce.
Il sourit. C'était enfin une pensée digne de l'homme qu'il était. Digne du Trompe-la-Mort. Mais malgré tout, son sourire fut le seul geste qu'il s'autorisa. Pas un pas. Pas un mouvement. Une main sur la garde de Pluie Pourpre, et l'autre sur sa plaie, il continua à réfléchir. A penser au deuxième cadeau de Dagon.
Lysena Salfalaise, sa future femme. Non pas qu'elle fut déplaisante à regarder, loin de là. Ou qu'elle semblât idiote. Mais le mariage... voilà qui était un concept étrange pour Harald. Il savait que le jour viendrait où il devrait fournir un héritier à sa lignée. Un héritier qui transmettrait son nom aux générations futures, et conterait l'histoire du Trompe-la-Mort à ses enfants. Un héritier qui serait digne de porter Pluie Pourpre dans la bataille, et de naviguer sur le Cruel à son tour. Un héritier qui apporterait mort et désolation aux faibles hommes qui peuplaient les contrées vertes.
Il avait déjà un enfant, le jeune Arngeir. Le premier enfant qu'il avait eu lors de sa renaissance. Et le seul. Un Fer-Né libre, qui serait lui aussi un grand marin. Un enfant qui le détestait de tout son être. Mais pour ce que cela changeait au final...
Non, ce n'était pas le fait d'avoir un enfant qui lui posait problème. Ni le fait d'avoir une femme. Il savait qu'il la respecterait et qu'il l'aimerait autant qu'un homme le pouvait. Et il espérait qu'elle n'aurait pas à se plaindre de lui. Et qu'elle n'aurait pas à porter le deuil trop tôt, non plus. Elle ne le méritait pas. Elle portait déjà celui de ses deux parents, alors porter celui de son mari trop tôt... C'était un fardeau qu'il espérait ne pas devoir lui faire porter ; tout de suite.
Ce qui le gênait, c'était que cela lui était tombé dessus comme un piège, comme un filet sur un banc de poisson. Et qu'il n'aurait eu aucun moyen de s'en sortir. Il n'aurait pas dit non si on le lui avait proposé... mais cela avait vraiment trop ressemblé au Jeu des Trônes auquel se livraient les hommes des contrées vertes. C'était quelque chose qui ne lui plaisait pas.
Il entendit des pas venir vers lui. Des pas lourds, et lents. Quelqu'un qui voulait se faire annoncer, s'assurer qu'il ne dérangeait pas le Trompe-la-Mort. Ils étaient suivis par d'autres pas, plus léger. Plus discrets. Il aurait reconnu ceux de Godrik même si l'homme n'avait pas pris la parole. Godrik était le seul marin qui se serait annoncé ainsi, sans vouloir déranger le capitaine. Voilà pourquoi Harald l'appréciait particulièrement.

« La... dame Salfalaise, capitaine. »

Et rien de plus. Il repartit en direction du Cruel, sans aucun doute sans faire le moindre geste comme s'incliner. Il n'était pas à cheval sur les formalités ; une qualité, selon Harald.
Donc, la deuxième personne, les pas plus légers, appartenaient à sa femme. A sa future femme. Le mariage devrait être béni par le Dieu Noyé, dans le fer, le sang et le sel, avant qu'il ne puisse l'approuver.

« Tu as hésité à venir... »

Il avait demandé à quelqu'un d'aller la chercher et de la ramener. Il voulait lui parler seul à seul, loin de ses marins et des oreilles indiscrètes. Et sous le regard des premiers Rois du Sel et du Roc.
Il se leva lentement, reprenant la parole :

« Non pas que je te le reproche... je te comprends, même. Et puis cela m'a donné un peu de temps pour réfléchir. On a toujours besoin de temps pour réfléchir. »

Il se tourna vers elle, remettant Pluie Pourpre au fourreau. Il ne fallait pas paraître dangereux pour elle aussi tôt dans leur relation. Heureusement qu'elle n'avait pas vu son petit spectacle chez Dagon...

« Je me suis dit qu'il faudrait que nous parlions un peu, tous les deux. Je sais ce que tu as traversé, et je sais que cela doit être dur pour toi. Alors te voir fiancée à un parfait inconnu... »

Il posa sa main sur l'épaule de sa fiancée, mais ne la prit pas dans ses bras. Pas encore. Elle n'avait pas l'air habituée à ce genre de démonstration d'affection. Harald ne l'était pas non plus, avec le recul, mais cela venait plus spontanément. L'expérience de grand frère, sans doute.

« Alors je vais commencer simplement. Tant que tu seras avec moi, tu n'as rien à craindre. Je sais que ça ne sera pas facile mais... tu peux me faire confiance. Je sais reconnaître quelqu'un qui souffre quand je le vois. Ton regard reflète beaucoup trop le mien pour que je ne sache pas ce que ça veut dire. »

Il l'avait dit en souriant. Un sourire sincère. Mais il savait que ses mots étaient étranges. Il n'était pas habitué à être... comme ça. Gentil. Oui, c'était vraiment étrange...
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 4 Fév 2012 - 21:56

Le trajet lui avait paru une éternité. Lysena n'avait pas osé poser les questions qui lui brûlaient les lèvres et avait suivi Harald jusque son boutre.

En sortant de l'immense bâtisse d'où il l'avait tirée, tandis qu'elle avait voulu se placer un pas derrière lui en tenant son maigre balluchon tout contre son cœur, il lui avait pris la main pour la forcer à marcher côte-à-côte. Avait-il eu tant peur qu'elle disparaisse à peine offerte à lui ?
Ses joues s'étaient rosies de fatigue avant qu'il ne comprenne qu'il devait aller moins vite. : les enjambées de géant qu'il faisait étaient bien trop rapides pour sa menue fiancée en robe.

C'était donc d'un pas calme qu'ils étaient entrés dans la mer si froide. L'un des membres de l'équipage les avaient aidés, tous deux, à monter à bord.
Une fois sur le navire, son regard s'était dirigé immédiatement vers le sol puis, soudainement, vers l'île alors que celle-ci s’effaçait à l'horizon. Harald, lui, avait parlé avec l'un des hommes et le bateau avait mis le cap pour une destination inconnue. Il avait paru songeur, le capitaine, mais beaucoup l'auraient été pour moins que cela. Ne venait-il pas de se retrouver malgré lui avec une femme sur les bras ?

Par la suite, les yeux de Lysena, malgré de timides et furtifs détours vers son futur époux étaient restés fixés la plupart du temps sur la grande bleue.
La Mer pour l'occasion avait revêtu une robe sombre que l'écume agrémentait d’éphémères et délicieuses broderies neigeuses. Comment une chose aussi belle pouvait-elle être si dangereuse, si meurtrière ? Oh que sa caresse sur ses chevilles, tout à l'heure, lui avait paru aussi vicieuse que l’étreinte d'un serpent. Elle avait eu un peu peur que l'eau décidée à ne plus la lâcher l'empêche de se mettre au sec sur le Cruel.

La demoiselle s'était penchée, plusieurs fois, afin d'essayer de voir sous la parure cristalline de la demeure du Dieu Noyé. Les sirènes dont les contes parlaient existaient-elles vraiment ? Pouvait-on en rencontrer ? Parfois, comme pour la saluer, des gouttelettes d'eau étaient venues baiser ses mains ou ses cheveux ramenés négligemment sur son épaule.
Un des marins, fort poli, lui avait finalement demandé de se tenir droite de peur qu'elle ne tombe et elle avait dû se résoudre à aller se blottir dans un coin du bateau, dans l'ombre d'Harald. Si elle avait espéré qu'ainsi l'attention de ces messieurs serait fixée sur autre chose qu'elle, elle se sentit tout de même épiée tout le reste du trajet.

Serré tout contre sa poitrine, le paquetage était alors la seule chose qui lui avait apporté du réconfort. Il contenait toute sa vie, toutes ses souvenances à vrai dire, et plus encore... Un souvenir aimant de Père, un de mère, un de son enfance et quelques minuscules choses en plus sans grande valeur sentimentale. Rien de très important pour autrui mais un trésor sans pareil pour la femme enfant qu'elle était.
Harald, tout à diverses choses, ne s'occupa que peu d'elle, la laissant glisser, lentement mais surement, vers un état un peu agité. Chaque balancement du navire, chaque bruit bizarre la faisait sursauter très légèrement. Allaient-ils finir noyés ?

Il fallait dire que l'embarcation du fils Timbal faisait pâle figure aux yeux de sa fiancée ; les réminiscences de celui de Père, si flamboyant, si magnifique, totalement déformés pour coller à ses désirs remplissaient la caboche de l'ingénue. Celui où elle se trouvait en cet instant au contraire lui semblait un engin de mort parfait.
Combien de temps devrait-elle d'ailleurs patienter avant qu'on ne lui annonce encore sans formalités la mort de son nouveau "protecteur" si elle ne décédait pas avec lui aujourd'hui ? Après tout, les hommes qui l'entouraient finissaient tous par l'abandonner, un par un. Même si celui-ci prenait des gants pour lui parler et semblait être inquiet quant à son bien être, la mettrait-il dehors ou dans les bras d'un autre comme le Seigneur auquel on l'avait confiée quelques jours auparavant ou encore finirait-il happé par la Mer et les batailles comme Père ?
Si le choix lui était donné, elle préfèrerait qu'il vive, même si c'était loin d'elle. La mort n'était pas une belle chose...

Elle hésita, longuement, à descendre des planches qui craquaient pour rejoindre la berge lorsqu'ils furent enfin arrivés.
Le regard des marins la pétrifiait. Elle avait bien envie de fuir puisque Harald avait sauté avec l'aide de son second sans se préoccuper d'elle mais pour aller où ? La baie n'avait pas l'air spécialement paradisiaque et elle n'avait aucun foyer vers lequel se tourner. Plus de lieu où rentrer. Elle avait, aussi, le désir de ne pas bouger mais elle se savait incapable de rester immobile trop longtemps avec autant de... D'hommes dans un si petit espace. Elle aspirait, de même, à rejoindre ce futur mari qu'on lui avait choisi pour retrouver, un peu, le sentiment de sécurité qu'il lui avait procuré chez Dagon. Mais comment savoir si il resterait à terme délicat envers elle ? Père aussi au début était aimant et doux... Son dos se souvenait encore de leur dernière rencontre cependant.

Elle ferma les yeux quand un homme visiblement un peu gêné s'approcha d'elle et lui expliqua que Harald désirait qu'elle descende le rejoindre si cela lui allait. Elle les rouvrit alors, regarda doucement son interlocuteur et lui adressa un sourire satiné pour toute réponse.
Elle se redressa lentement ensuite, prenant garde à ne pas froisser sa robe plus qu'elle ne l'était déjà. L'homme qui s'était adressé à elle était le second de son futur mari si elle ne se trompait pas. Elle murmura d'une voix rendue un peu rauque par le temps de silence que le trajet lui avait imposé son nom et prénom et se baissa pour attraper son balluchon, lui offrant, bien malgré elle, une vue de choix sur son balcon.

Un jupon pour éviter qu'elle n’attrape froid avait été glissé sous la longue jupe d'un vert pâle. Le corsage, de bonne qualité, possédait cette même couleur qui avait l'art et la manière de mettre en valeur le minois tout fragile de la demoiselle. De grandes manches cachaient ses bras, ne laissant qu'à peine percevoir ses mains blêmes aux doigts fins. La tenue couvrait son dos, ses épaules mais possédait un décolleté légèrement prononcé, fait sans doute pour aguicher.
La chair de son cou était uniquement baisée par le vent du coin. Comme pour la protéger, quelques mèches de cheveux bouclaient timidement à cet endroit. Le tissu, lui, écrasait ses seins, les pétrissait, leur donnant l'air plus gros qu'ils ne l'étaient réellement ; il affinait au contraire sa taille déjà bien maigre avant de faire disparaitre ses jambes interminables sous mille et mille plis.
On avait cousu, ici et là, quelques points pour attirer l'attention au bon endroit : de tous petits et travaillés motifs plus foncés enserraient ses poignets, décoraient le bas de sa robe, encerclaient ses hanches et surplombaient sa poitrine.
Dans son dos, des galants très serrés du même ton que les ornements maintenait le tout en place. Lacés, ils attendaient qu'une main les détachent pour la mettre à nue, complètement ou presque.

Elle accepta l'aide du matelot pour descendre, relevant légèrement ses jupes pour éviter qu'elles soient trop mouillées. De petits souliers sans grand intérêt protégeaient ses pieds des intempéries. Des bas d'un blanc crème, montants jusque ses cuisses, abritaient eux ses chevilles des regards trop indiscrets.

Ce fut en prenant son temps, ses affaires toujours contre elle, qu'elle suivit Godrik. Dévorant du regard tout ce qui l'entourait, libre de toute attention, elle respirait déjà mieux. L'endroit n'était pas féerique mais demeurait intéressant finalement. Elle aurait voulu courir pour visiter tout, voir chaque détail, trouver des trucs amusants. Hélas... Elle était accompagnée et on lui avait bien fait comprendre qu'on ne courrait pas devant ou à coté d'hommes.

« La... dame Salfalaise, capitaine. »
Son chevalier servant s'était arrêté à quelques pas d'Harald avant de prononcer ces quelques mots. Il avait, ensuite, fait demi-tour sans un regard, laissant la dite Dame Salfalaise et son futur mari seuls. Le fait qu'Harald ne se retourne même pas fit grandir la peur en son sein.
Avait-elle fait une bêtise ?

« Tu as hésité à venir... »
Il se leva, reprenant la parole :

« Non pas que je te le reproche... je te comprends, même. Et puis cela m'a donné un peu de temps pour réfléchir. On a toujours besoin de temps pour réfléchir. »
Les épaules de Lysie s'affaissèrent imperceptiblement. Il n'avait pas l'air d'être trop en colère, d'après ses dires. Il ne la taperait sans doute pas. Ou peut être que si. Elle avait fait au plus vite en fait, mais il ne voulait sans doute pas l'entendre.
Elle eut pour lui ce même regard qu'elle avait chez Dagon : d'animal sauvage à éduquer. Prête à fuir, à pleurer, mais en même temps à rire, ou à crier. Indescriptible, indéfinissable, en quelque sorte.

« Je me suis dit qu'il faudrait que nous parlions un peu, tous les deux. Je sais ce que tu as traversé, et je sais que cela doit être dur pour toi. Alors te voir fiancée à un parfait inconnu... »
Elle frissonna, très doucement, quand il la toucha.

« Alors je vais commencer simplement. Tant que tu seras avec moi, tu n'as rien à craindre. Je sais que ça ne sera pas facile mais... tu peux me faire confiance. Je sais reconnaître quelqu'un qui souffre quand je le vois. Ton regard reflète beaucoup trop le mien pour que je ne sache pas ce que ça veut dire. »

Elle ne dit rien sur l'instant, se contentant de le regarder de ses grands yeux un bref moment, encore, avant de les baisser.
Sa voix était un murmure, un balbutiement incertain, un son presque inaudible face à celui de la mer quand elle prit la parole en désignant un endroit au sec :

« Je... Voulez-vous... bien que nous nous asseyons ? »
Elle l'avait vu se toucher les côtes. Peut-être était elle naive et un peu idiote, mais il y avait des signes qui ne trompaient personne : quelque chose n'allait pas. Elle releva son menton, tenta un sourire un peu gauche, tout timide en réponse au sien, attendant son accord.
Sans doute s'attendait-il à ce qu'elle fasse la conversation, comme Père avant quand il rentrait. Elle n'avait jamais été très douée à ce petit jeu là mais elle ferait de son mieux pour qu'il n'ait pas envie de l'abandonner ici, là, tout de suite.

Lorsqu'il hocha la tête, elle se dirigea donc vers le coin de sable sec qu'elle lui avait montré, cherchant à adapter son pas au sien pour qu'il puisse se reposer sur elle en cas de besoin. Une fois sur place, elle posa à regrets le sac au sol et s'assied à coté, sagement, sur ses genoux, les fesses sur ses talons. Les mains sur les cuisses comme une élève modèle, le dos droit, elle attendit qu'il prenne place avant de reprendre, d'une voix à peine plus forte :

« Je vous remercie pour votre sollicitude. »
Elle cherchait ses mots, autant pour ne pas déplaire que pour réussir à se faire comprendre parfaitement.

« Je souhaiterais avoir le droit de porter le deuil de mon parent du moins si... Enfin si cela ne vous importune guère. »
Mal-à-l'aise, elle l'était grandement. Ses petites menottes se crispèrent légèrement alors qu'elle fixait le sable. Demander une faveur n'était pas un acte facile pour la jeune femme, surtout à un inconnu. Mais il était celui qui veillerait sur elle et la nourrirait, à présent. Elle était donc forcée. Et puis elle devait être polie. Nourrice et Mère le lui avaient assez répété, Père aussi.
Si un homme désirait parler, il fallait lui faire la discussion. Si il voulait le silence, il fallait se taire. C'était aussi simple que cela mais en même temps si difficile... Elle, elle préférait et de loin quand il fallait se la fermer. Ou quand il n'y avait personne, en fait.

« Est-ce que vous, nous allons vivre sur votre bateau ? »
La question lui vint, soudainement, poussée par son innocente curiosité. Elle se rétracta un peu, ayant peur qu'il la prenne mal et se maudit mentalement d'avoir laissé sa langue s'exprimer. Mais enfin... Il était clair et net que la maisonnée de son futur mari ne se trouvait pas ici et vu qu'il l'avait menée là... A moins qu'il ait décidé, déjà, de la confier à quelqu'un d'autre ? Mais qui donc pouvait vivre dans un lieu pareil ?

A l'horizon lointain, le soleil terminait sa lente course, offrant à la Mer de magnifiques reflets mordorés. Le ciel lui se teintait d'un voile à mille couleurs ; bleu, rose et or dominant en harmonie.
On devinait plus qu'on ne voyait les courbes de la lune encore à moitié effacée et ses filles étoiles dont le scintillement de certaines perçait plus que d'autres.

Bientôt, il ferait nuit.
Revenir en haut Aller en bas

Sous le regard des Rois - PV Lysena

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Acier contre chair, un duel sous le regard de la lune! [Pv Steph et Almace, Présent] [Saskatchewan, Canada]
» Quand une pieuvre s'adresse à un lion, mieux vaut le faire sous le regard de la lune. ♦ Intrigue IdF
» Sous le regard des Astres [Pv-Chen] -épreuve2-
» Les Rois sous la Montagne
» Sous le pont Mirabeau coule la Seine...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-