AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Rencontre à Pont l'Amer (Alysanne/Kerigan) [TERMINE]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 20 Jan 2012 - 17:00

Cela faisait désormais plusieurs jours que Kerigan parcourait les terres fertiles et verdoyantes du Bief. Suivant la route de la Rose, il avait quitté Port Réal, la capitale, après avoir suffisamment rempli sa bourse à ses yeux au préalable. En effet, une mission simple à effectuer lui avait été confiée auparavant. Il s’agissait d’escorter quelques marchands un peu paniqués à l’idée de passer par le Bois-du-Roi. La mission ne fut en rien exaltante pour Kerigan mais les commerçants de la capitale avaient le mérite de bien payer ceux qui étaient chargés de leur sécurité.

Ainsi, le reitre continuait son exploration des terres du sud et se désintéressait totalement du contexte actuel, c’est à dire des continuelles attaques Fer-Nés sur les côtes du continent de Westeros. Ce n’était pas son combat. Des seigneurs étaient là pour ça. Enfin, l’armée ayant prêté allégeance à ces nobles puisque les suzerains n’allaient pas se salir les mains eux même. Kerigan n’avait certainement pas une bonne image de la noblesse en tête.

Le ciel se couvrit alors que le reitre se rapprochait inexorablement de Pont-l’Amer. La pluie ne tarda pas à faire son apparition dans la foulée. Mais, ce n’était pas cela qui allait entamer le moral de Kerigan et son caractère exécrable. En fait, cela ne pouvait que le motiver davantage à trouver une auberge dans laquelle il serait en mesure de passer la nuit. Mais, le reitre avait désormais l’habitude de ce genre de problématique, étant devenu en quelques sortes un itinérant de Westeros.

Alors que le ciel sombre faisait penser que la nuit était déjà tombée en cette fin d’après midi, Kerigan aperçut sur son chemin trois bandits en pleine agression sur quelques voyageurs venant du sud. Le reitre fut tout d’abord attiré par les cris stridents, qui témoignaient du degré de panique qui s’était emparé des individus venant de les pousser, le hennissement rauque des chevaux, le bruit des lames délaissant leur fourreau et enfin, les rires gras.

Kerigan fronça des sourcils un instant et s’immobilisa quelques secondes. Cela lui rappela, l’espace d’une fraction de secondes, son enfance et l’assassinat de sa mère par des bandits du même acabit. Mais, contrairement à ce que l’on pouvait croire, il n’allait pas se saisir de son épée et jouer le justicier. Non, en tant qu’habitué des scènes de violence, il reprit sa route de la même manière, en avançant d’un pas décidé comme si il était seul à arpenter cette portion de la route de la Rose. Kerigan se porta à la hauteur des bandits et des voyageurs et tourna son regard uniquement dans le but de guetter leur réaction. Quelques secondes de flottement s’installèrent le temps que le reitre s’éloigne du lieu des méfaits. Les supplications des voyageurs n’eurent pas raison du désintérêt total montré à leur égard par Kerigan. Une fois ce dernier à distance respectable, l’agression pouvait reprendre comme si rien ne venait de se passer.

Non, il n’allait pas avoir le moindre remord et oublierait surement ce moment de la journée quelques heures plus tard. Il suivait juste son code de conduite habituel. Kerigan ne s’impliquait que lorsque sa peau était menacée ou pour amasser des dragons d’or. Tout le reste n’avait que peu d’importance dans ce monde sombre. Il était bel et bien égoïste dans son attitude et ne portait pas la moindre attention à ce que les Sept pouvaient en penser.

Trempé, il pénétra à l’intérieur de la première auberge se trouvant sur sa route. L’environnement changea du tout au tout en passant du marasme de la pluie monotone et du ciel grisâtre à une atmosphère on ne peut plus chaleureuse. Le reitre se dirigea vers le comptoir dans un premier temps et attendit son tour afin de pouvoir s’adresser à l’aubergiste et lui demander une chambre pour la nuit.

Ce dernier accéda à sa requête quelques instants plus tard en échange de quelques pièces. Kerigan put enfin poser ses affaires et se reposer quelques minutes. Le jeune homme ôta son armure et ses bottes avant de s’allonger sur son lit. Il ne comptait pas dîner tout de suite et préférait prendre le temps de réfléchir, les yeux fixant le plafond de sa chambre, sur sa prochaine étape. En effet, il hésitait encore fortement et se demandait si il valait mieux se rendre à Castral Roc ou Lancehélion une fois arrivé à Hautjardin. Il savait que, d’un côté, l’activité des Fer-nés allait surement rendre sa profession un peu plus florissante d’un point de vue pécuniaire, quelle que soit la destination choisie. Le temps passa et le reitre décida de se lever une bonne demie heure plus tard dans l’optique de se restaurer.

Kerigan s’installa à une de ces nombreuses tables en bois après avoir demandé au maître des lieux du vin, de la viande et du pain en assez bonne quantité pour un homme ayant eu une longue journée. Malheureusement, comme souvent, il y avait souvent une inconnue, un élément inattendu à prendre en compte. Cette fois-ci, il s’agissait d’un individu un peu trop présomptueux voulant faire les poches d’un inconnu dans la région devant ses deux compagnons traînant de l’autre côté de l’auberge, adossés à la porte. Kerigan garda son habituel masque inaccessible dans un premier temps, ne prêtant guère attention à l’approche de l’homme…mais ça n’allait pas durer.

«Alors, comme ça on est un voyageur ? Qu’est ce qui vous amène par ici ? Je suis sûr que vous avez d’autres pièces à perdre en guise de votre droit de séj… »

Au bout de deux bonnes minutes d’intimidation sans effet, le reitre ne put réprimer un rictus offensif sur son visage. Dans la foulée, il attrapa le poignet de l’inconnu et le vrilla sur le côté avec dextérité avant de l’attraper par les cheveux et de propulser violemment sa tête contre la table en bois, la maintenant dans cette position.

«Ecoute-moi bien petite merdaille, j’ai un sale caractère, je pisse de l’acier fondu et je peux fourrer le cul d’une mouche avec le tranchant de ma lame…alors sois bien prudent avant de battre des ailes dans le coin...»

Kerigan cessa de maintenir son emprise et le repoussa. Il scruta le regard de l’inconnu afin de se rendre compte si ce dernier avait saisi la missive. Quelques instants plus tard, il pouvait de nouveau profiter de son repas en toute quiétude…


Dernière édition par Kerigan le Mar 31 Jan 2012 - 18:29, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Agent
avatar

Alysanne Florent
Agent

Général
Réfléchissez avant de croire,
informez-vous avant de réfléchir,
et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 36
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
Carnets de voyages
Talents cachés
Distinctions
Archive de présentation

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
4/500  (4/500)


Message Ven 20 Jan 2012 - 21:27

Spoiler:
 

Le ciel au-dessus de la Mander était aussi sombre et aussi menaçant que l'oeil d'un faucon. La rivière se déroulait comme un ruban de métal terni dans la pénombre de cette oppressante journée d'automne, la barge aux couleurs vives dérivant passivement le long des rives bourbeuses, comme une fleur jetée au gré du courant.

Un vent frais secoua les cheveux clairs d'Alysanne, petite morsure au coin de ses yeux, caresse indésirable sur sa peau pâle. Des toîts se profilaient au loin, des maisons amalgamées comme autant de captifs se blottissant les uns contre les autres dans la cale d'un Fer-né. Pont-l'Amer, déjà.

Le voyage depuis Hautjardin avait été rapide grâce à la ravissante barge de plaisance prêtée par les Tyrell. Hugo se prélassait sur une confortable banquette sous l'auvent vert et or étendu à l'avant du bateau tandis qu'Alysanne fixait l'horizon d'un air méditatif.

« Nous arrivons, dit-elle. Trop tard pour faire des emplettes, je suppose. Autant passer la nuit à bord et régler le problème des provisions demain. »

« Je devrais quand même faire un tour à la taverne du coin, releva son cousin. Le matériel et les victuailles, c'est une chose, mais les hommes d'armes sont plus souvent du soir que du matin. »

Elle étouffa un rire derrière sa main. « Très juste. Et nous ne pouvons pas vraiment nous permettre de traverser le Bois-du-Roi sans une épée de plus. Je doute que nous trouvions la perle rare, si même nous trouvons un homme d'armes... encore que les incursions des Fer-nés attirent les mercenaires comme les charognes attirent les mouches. Quoi qu'il en soit, je t'accompagne. J'ai en tête un plan pour... sécuriser notre choix. Hors de question de recruter les yeux fermés n'importe quelle brute. »

Hugo se redressa et s'étira en bâillant.

« Garde ta vieille cape alors. Mieux vaut passer pour une quelconque voyageuse, si tu veux avoir la paix. De quel plan tortueux ta cervelle de renarde a-t-elle encore accouché ?»

Le temps qu'elle le lui explique, ils étaient arrivés en vue du débarcadère et les bateliers manoeuvraient pour amener la barge à quai. Ils descendirent bientôt la passerelle et se dirigèrent vers l'intérieur de la bourgade. D'autres barges étaient amarrées à d'autres jetées, des bateaux de commerce bien plus modestes que le leur. J'aurais préféré passer inaperçue. Enfin, je devrais pouvoir passer pour une suivante, si quelqu'un nous a vus débarquer.

Elle glissa son bras sous celui d'Hugo qui avait ceint son épée. C'était bon de l'avoir à ses côtés pour faire ses premiers pas dans l'inconnu. Jamais encore elle n'avait entrepris un tel voyage et elle se demandait sur quel pied danser. Les salons, les jardins fleuris et les bibliothèques étaient son univers. Un univers feutré où les épées n'étaient d'aucune utilité, où la parole et l'esprit étaient des armes puissantes, l'intelligence un bouclier. Ici... la moindre souillure sur les pavés, le moindre relent de crasse, le moindre éclat de voix vulgaire était comme une écharde dans sa chair sensible. Les ombres des bâtisses sans charme lui étaient hostiles, comme les silhouettes inconnues aux fenêtres, les bruits incongrus de la vie roturière, et le regard fixe des chiens errants. Un renard ne devrait jamais sortir du bois, se dit-elle avant de corriger intérieurement : Je dois le faire. Ce ne sera pas une partie de plaisir, mais je ne cours aucun danger. Assez d'enfantillages.

Repérer la « taverne du coin » n'était pas difficile. Un aubergiste avisé avait eu la bonne idée de planter son établissement sur la place centrale et de la flanquer d'une enseigne imposante encadrée de torches déjà allumées en cette fin de journée. Hoquetant sous les gifles du vent, les flammes jetaient une lueur orangée sur la plaque de fer forgé représentant... un blason indescriptible. Celui qui avait imaginé ce truc n'avait aucun sens esthétique. Au moins, vu la taille, le poids et la bizarrerie de la chose, elle ne manquait pas d'attirer l'attention, ce qui était vraisemblablement l'effet recherché. Pour peu qu'un voyageur curieux essaie de comprendre ce qu'elle était censée figurer, il s'en souviendrait assez longtemps pour en parler à des lieues à la ronde. Indifférent à l'objet de sa curiosité, Hugo poussa la porte de l'auberge.

Il faisait plus chaud à l'intérieur, et pour cause : la salle était quasiment pleine. Alysanne n'avait jamais vu autant de roturiers en même temps. D'une certaine façon, c'était une bonne chose : dans sa quête de savoir et de compréhension, elle avait besoin de découvrir le monde, dans toute sa réalité. D'un autre côté, elle se demandait quelle dose de réalité elle était prête à endurer en une seule soirée...

Ils s'installèrent à l'une des dernières tables libres dans un coin d'où ils pouvaient bien voir sans être vus, et commandèrent au tenancier qui se présentait déjà un dîner frugal. Tout en mangeant, Alysanne commença à observer furtivement la clientèle bruyante, habitants de la bourgade ou voyageurs de passage, reconnaissables à leurs tenues ou leurs manières. Des hommes essentiellement, quelques femmes accompagnées. Pas de catin en vue. Un jeune garçon aidait le tenancier à faire le service, sans doute son fils, un grand échalas roux et dégingandé qui courait partout, paniqué par l'affluence. Moins d'une dizaine d'hommes étaient armés, mais c'était plus qu'elle n'avait espéré. Elle s'attarda sur un gaillard en armure de cuir fauve qui gardait une hache en travers de ses jambes, avant de remarquer son état aviné. Elle ne voulait pas d'un ivrogne pour assurer ses arrières. Deux types patibulaires se tenaient près de la porte, des lames grossières pendues à leur ceinture. Des joueurs débutants. Un jeune homme brun debout au comptoir mangeait en devisant avec l'aubergiste, sa carrure et son épée rangée dans un fourreau de qualité révélant un homme d'armes ou peut-être même un chevalier errant. Elle attira l'attention d'Hugo sur lui.

« Trop jeune, murmura-t-il après une hésitation. Je préfèrerais un homme expérimenté. Rien ne vaut la prudence et l'habileté d'un vétéran. »

Elle plongea le nez dans sa coupe d'un air déconfit. « Bon, ne désespère pas, il y a aussi ce gars qui écoute le barbu à l'air hargneux, dans l'angle là-bas », dit Hugo. Elle suivit son regard. « Je n'arrive pas à voir s'il est armé mais il a l'air... »

Il ne termina pas sa phrase. L'intéressé venait de choper le poignet du barbu et de lui faire décrire une jolie volte. Elle se demanda si c'était douloureux. A en juger par l'expression de la victime, la réponse était OUI. Et le bonhomme n'avait pas fini d'en baver, désormais contraint à un tête-à-tête désagréablement intime avec une table.

« Bien fait pour lui,
commenta Hugo. Un combattant, quand ça ne porte pas de casque, ça s'attache les cheveux, un point c'est tout. Celui qui n'a pas compris ça, faut pas qu'il vienne râler quand on le chope par la tignasse. Quelle mijaurée. »

Alysanne se dispensa de commentaire et leva à nouveau sa coupe pour boire, les yeux rivés au spectacle. Une vague de silence avait roulé sur la clientèle ameutée par l'incident et tout le monde put entendre distinctement les propos du dîneur, un homme blond d'allure sombre :

«Ecoute-moi bien petite merdaille, j’ai un sale caractère, je pisse de l’acier fondu et je peux fourrer le cul d’une mouche avec le tranchant de ma lame…alors sois bien prudent avant de battre des ailes dans le coin...»

Saisie d'un hoquet de rire, Alysanne choqua ses dents contre le bord de la coupe. Aïe. Hugo affichait un sourire en tranche de courge. Hugo souriant ? C'était un jour à marquer d'une pierre blanche. Le langage populaire est d'une richesse insoupçonnable... ça, au moins, elle pouvait s'y habituer.

« Celui-là me plaît bien, dit Hugo tout bas. Il a l'air décontracté du loup dominant qui n'a rien à redouter de qui que ce soit. Pas fanfaron : conscient de sa force. Il faut voir ce qu'il vaut réellement avec une épée, mais c'est bon signe. »

Alysanne reporta son regard sur le réître en question et l'examina rapidement. Ni jeune, ni vieux, il était grand, blond et plutôt attirant, mais ces observations ne l'avançaient guère : c'était un garde du corps qu'elle cherchait, pas une bouillotte pour les nuits froides. Il n'avait pas l'air particulièrement puissant, mais visiblement il savait se défendre, et Hugo était un meilleur juge en la matière ; elle résolut de se fier à son avis.

« Qu'est-ce que tu attends ? » dit-elle en écarquillant les yeux.

Le chevalier bâtard enfourna une dernière bouchée de fromage dans son gosier, se leva et navigua jusqu'au comptoir, tout près de la table du guerrier inconnu. Il demanda à boire et commença à discuter à bâtons rompus avec l'aubergiste et le jeune soldat brun. A un moment, une ombre passa sur son visage, mais il reprit vite son air indifférent. Des nouvelles inquiétantes ? s'interrogea Alysanne. Après quelques remarques, Hugo se tourna vers le réître qui avait repris son repas comme si de rien n'était. La leçon avait été répétée quelques heures plus tôt ; tout ce qu'elle avait à faire à présent, c'était jouer sa partie... elle se leva à son tour...

* * *
 

Le fils de l'aubergiste passait encore une fois en courant, une pinte dans chaque main. Profitant de la bousculade des clients au comptoir, Hugo lui colla une légère bourrade qui passa inaperçue, mais qui eut pour effet de le déséquilibrer... suffisamment pour trébucher vers le réître qui terminait son dîner. D'un mouvement preste, l'homme s'écarta pour éviter la trajectoire de l'abondante giclée de bière qui s'écrasa sur le mur derrière lui. Le gamin déjà pâle devint livide et se confondit en excuses avant de détaler sous les invectives de son père.

Bons réflexes, nota Hugo. Voyons sa force, maintenant. Il adressa un petit signe de salutation à l'étranger. « Bonsoir l'ami... vous aussi, vous venez pour ces foutues seiches ? » Il venait tout juste d'apprendre la nouvelle d'une attaque sur Port-Lannis, de la bouche de l'aubergiste, et il n'en revenait toujours pas. « Toute la philosophie des Fer-nés tient en une phrase : écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. Enfin, je suppose que pour vous, c'est du pain béni. Pas d'offense, l'ami, c'est votre affaire. Le lion aura bien besoin de gars de votre trempe pour flanquer ces charognards à la mer. » Il s'enfila une lampée de bière. « Vous vous défendez bien, à ce que j'ai vu. Pourtant, vous n'avez pas l'air... disons, d'une force de la nature. Je parie que je vous bats au bras de fer. Tenez, si vous me battez, je vous paie à boire. » Il n'arrivait pas à se départir de son habituel ton ironique et grinçant, mais c'était pour le mieux... tant que l'autre n'en prenait pas ombrage.

Sans doute motivé par la récompense, ou bien par le plaisir de lui rabattre son caquet, l'homme releva le défi. Hugo lui donna du fil à retordre et céda juste assez pour perdre avec honneur ; il aurait peut-être pu l'emporter, mais ce n'était pas dans son intérêt.

« D'accord, vous m'avez bien eu, grogna-t-il, un peu vexé tout de même d'avoir dû perdre sous les yeux d'une assistante moqueuse. Bon, eh ! Bien, je n'ai qu'une parole. Vous m'accorderez bien un mot après ça. Vous avez le type d'un natif orageux, et j'aimerais bien savoir ce qui m'attend sur les routes de l'est. Pour ma part j'arrive du sud-ouest... j'imagine que quelques informations sur la situation militaire ne seraient pas pour vous déplaire. Un mercenaire va chercher les affaires là où elles se trouvent. »

Il lui fit servir une bière, s'assit à sa table et l'entraîna dans un échange d'informations décousu. L'homme touchait à peine à sa boisson, concentré sur ses paroles. Hugo fit durer le plaisir et attendit qu'il ait fini sa chope pour se plaindre d'avoir le gosier sec et commander une nouvelle pinte, lui en offrant une par la même occasion. L'homme refusa avec indifférence. Ne tenant pas à l'impatienter, Hugo brisa là ; il savait ce qu'il voulait savoir.

« L'ami, si vous cherchez une mission intéressante, il y a ici quelqu'un que vous devriez rencontrer. Si vous voulez saisir l'opportunité, il vous suffit de me suivre. Sinon, je vous souhaite le bonsoir. »

Il se leva et retourna vers l'aubergiste. « Une jeune femme vous a demandé une chambre pour se reposer un moment, tout à l'heure ? Je suis son cousin. Il est temps que nous regagnions notre bateau. » Le tenancier hocha la tête, un sourire chaleureux sur sa bouille ronde. « Oui, oui, la grande fille avec les cheveux blonds. Elle m'a dit de vous indiquer sa chambre. Deuxième porte à droite après l'escalier. »

Hugo ne regarda pas en arrière pour savoir si l'étranger le suivait. Il monta directement et frappa à la porte avant d'entrer. Alysanne l'attendait, debout près de la fenêtre, sa cape ouverte révélant une robe vert d'eau dont la coupe et l'étoffe proclamaient son rang. L'air songeur, elle se tourna vers lui, l'oeil sur la porte encore béante pour voir s'il était accompagné...





Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Dim 22 Jan 2012 - 13:53

Décidément, la soirée ne s’annonçait en rien paisible au milieu de ce groupe d’énergumènes composé de voyageurs plus ou moins expérimentés, de sacs à vin du coin et d’individus à l’apparence louche. C’est ce que pensa le reitre lorsqu’il vit le rejeton de l’aubergiste s’étaler de tout son long à proximité immédiate de sa table. Un réflexe naturel poussa le trentenaire à baisser son buste afin d’éviter les projections de ce breuvage collant. Immédiatement, son regard, pas spécialement offensif mais qui témoignait à coup sûr d’une certaine froideur, fondit nerveusement sur le gamin qui n’y était pour rien dans cette affaire à vrai dire. Ce dernier, invectivé par l’aubergiste, disparut aussitôt dans la foulée à toute vitesse et maladroitement.

Kerigan inspira profondément par la suite, tentant de faire régner le calme dans son esprit agité et de profiter de la fin de son repas. Après tout, la viande était plutôt savoureuse ici, c’était un motif de satisfaction pour lui et il se devait d’en profiter sans penser à autre chose sur le moment. Cependant, un autre inconnu se pointa devant lui, adoptant une attitude bien plus courtoise que le précédent. Il le laissa parler dans un premier temps, l’étudiant discrètement d’un œil aiguisé. Il ressemblait à un voyageur ou à un homme d’armes au vu de son accoutrement. Il était désormais difficile de faire la différence en ces temps difficiles.

Après un premier round d’observation, le reitre détourna les yeux pour croquer avidement dans sa miche de pain. Son interlocuteur ne semblait pas se douter qu’il n’avait que faire des Fer-nés, des Terres de l’Ouest et donc du sort de Westeros en somme. Son regard se reposa sur l’homme qui disposait d’une carrure assez imposante et qui ne s’était toujours pas présenté avant d’acquiescer du regard et d’un bref hochement de tête lorsque ce dernier lui proposa un bras de fer.

«Hm, j’accepte le défi. » se contenta t’il de répliquer sobrement avec sa voix graveleuse si reconnaissable pour ceux qui le connaissaient.

Kerigan était assez joueur malgré les apparences et n’avait rien contre un peu d’amusement. Malgré une forte résistance il parvint à décrocher la victoire. Un léger sourire espiègle se dessina sur le coin de ses lèvres lorsqu’il vit la bière, qu’il venait de gagner, atterrir sur la table, juste devant lui. Dans le même temps, il n’oubliait pas son interlocuteur qui avait apparemment une idée assez juste à propos du quotidien de Kerigan. Lui aussi était très observateur mais cette découverte n’était en rien difficile après le coup de sang du reitre sur l’individu de tout à l’heure.

Sans la moindre gêne, le reitre s’abreuva de sa bière à grandes gorgées, paraissant toujours aussi neutre et un peu nonchalant. Cependant, il était bel et bien attentif et toujours aussi peu loquace mais se mit à converser avec l’inconnu.

«Les routes de l’Est ne sont pas sûres si c’est ce que vous voulez savoir. »
résuma t’il sobrement avec efficacité et une froideur à toute épreuve.

Kerigan refusa sobrement la nouvelle bière proposée par l’inconnu. Son interlocuteur lui fit une nouvelle proposition par la suite avant de s’en aller mais qui n’avait aucun rapport avec l’alcool ou un bras de fer cette fois. Impossible de savoir s’il s’agissait de la raison de sa venue mais il y avait de bonnes probabilités tout de même. Quelqu’un qu’il devrait rencontrer ? Il avait réussi à susciter la curiosité de Kerigan. Il n’ignorait pas non plus que cela pouvait être un traquenard. Le reitre pesa le pour et le contre au beau milieu de cette atmosphère chaleureuse. Une fois sa décision prise, il se leva et fit signe au gamin de tout à l’heure qu’il libérait la table. Sûr de sa force, il se tenait tout de même aux aguets, prêt à saisir le manche de son épée à tout moment. L’homme se tenait à cinq bons mètres devant lui. Kerigan surveillait dans le même temps le comportement des individus de l’auberge, particulièrement ceux qui se tenaient debout, ceux qui pouvaient se tapir dans l’obscurité, dans un coin du salon ou encore dans la moindre alcôve.

Une fois en haut des escaliers, Kerigan entra à la suite de l’inconnu dans la chambre, une dizaine de secondes plus tard. Son œil affuté observa son nouvel environnement un bref instant et il ne put manquer cette jeune femme blonde assez élancée. Il se questionna intérieurement aussitôt. Elle devait probablement être la personne que mentionnait le gaillard qui se tenait à ses côtés. Hm, mais quelque chose clochait. En y réfléchissant, Kerigan trouva la raison à cette sensation étrange. Malgré son manque de goût en matière d’habillement, il réalisa que la cape qu’elle portait ne s’associait pas vraiment avec sa robe que ce soit en terme de qualité ou d’élégance. Il ne fallait pas être très perspicace pour se douter qu’une jeune femme pouvant se doter d’une telle robe ne manquait pas d’argent. Noble ? Très probablement. Kerigan décida de briser le silence régnant dans la pièce et prit donc la parole en premier.

«Alors, c’est quoi cette opportunité ?...J’imagine que ce n’est pas un bras de fer avec madame à moins qu’elle ait des talents cachés à faire valoir.»

Le traditionnel ‘bonsoir’ et tout ce qui allait avec venait d’être volontairement supprimé. Cette réponse puait à coup sûr le sarcasme et l’arrogance mais cela démontrait qu’il savait ce qu’il voulait. Accompagnant sa réplique, un léger sourire mutin se dressait quelques secondes sur le coin de ses lèvres. Certes, ce n’était pas très fin comme approche. D’ailleurs, c’était l’approche parfaite pour commettre un impair avec une personne issue de la noblesse. Mais, cela n’était pas innocent. Kerigan se faisait juste passer pour quelqu’un de plus bête qu’il ne pouvait en avoir l’air en étant lui même. Pourquoi ça ? Pour ne pas dévoiler les cartes de son jeu. Après tout, il se doutait que les nobles ne voyaient en lui qu’un putois jetable, fait pour combattre au front et non pour réfléchir. Et, pour Kerigan, c’était très bien comme ça d’un côté.

Le serpent, bien plus libre sans sa cuirasse et avec sa tunique légère, sifflait en toute quiétude. Il osa prendre appui sur le mur à l’aide de son épaule gauche, tout en croisant les bras. Cela le rendait un peu plus nonchalant et moins nerveux que tout à l’heure, du moins en apparence. Encore un autre geste qui manquait certainement de classe au premier abord, surtout au début d’une entrevue qui n’en était encore qu’à ses prémices. Ni une ni deux, il enchaîna, brisant surement encore quelques règles de bienséance à la pelle.

«Qui êtes vous ? Que me voulez vous…. ‘l’Ami’ et celle qui l’accompagne ? »

Ou est-ce le contraire ? C’est les quelques mots qu’il fut tenté de rajouter mais qu’il parvint à contenir pour lui même afin de ne pas dévoiler ce qu’il pensait vraiment. Ainsi, Kerigan se fit on ne peut plus direct sans être offensif, reprenant en insistant avec un brin d’ironie sur l’expression un peu hâtive de l’inconnu qui l’avait abordé ainsi en plein repas.

Dans sa profession, les amis étaient aussi rares que les jeunes demoiselles du continent voulant devenir la femme-sel d’un Fer-né. Tout était régi autour de l’argent dans cette communauté froide de…serpents. Versatiles, le camp pour lequel ils se battaient n’importait pas vraiment à leurs yeux. D’ailleurs, les personnes qui les engageaient ne savaient pas toujours à quoi ils s’exposaient, croyant avoir en face d’eux des individus dénués de toute forme d’intelligence et de sournoiserie. Kerigan ignorait encore ce que ces deux inconnus désiraient mais la réponse n’allait certainement pas tarder après une telle franchise indélicate de sa part. Assassinat ? Pression à exercer sur quelqu’un ? Passage à tabac ? Protection ? Le reitre pariait instinctivement sur un de ces quatre ‘services’.

Revenir en haut Aller en bas
Agent
avatar

Alysanne Florent
Agent

Général
Réfléchissez avant de croire,
informez-vous avant de réfléchir,
et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 36
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
Carnets de voyages
Talents cachés
Distinctions
Archive de présentation

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
4/500  (4/500)


Message Dim 22 Jan 2012 - 19:48

Le réître ne tarda pas à faire son entrée à la suite d'Hugo qui referma tranquillement la porte derrière lui pour préserver la confidentialité de l'entrevue. Il n'eut guère été sage d'ébruiter partout qu'une jeune noble partait le lendemain sur la Route de la Rose avec une faible escorte. Alysanne croisa le regard de son cousin qui hocha la tête, signe de son approbation sans réserve : les tests s'étaient révélés concluants. A elle désormais de jouer ses cartes pour emporter l'adhésion du mercenaire. Elle n'avait jamais eu à traiter avec un tel personnage et elle était curieuse de voir la tournure que les choses allaient prendre. D'un autre côté, elle avait dans sa donne la fortune familiale, l'une des plus conséquentes du Bief, voire du royaume ; de ce point de vue, elle n'avait pas à s'en faire sur l'intérêt potentiel de sa proposition. Mais elle devait abattre ses atouts avec précaution. En dernier recours, les mots ne sont d'aucune utilité face à une épée. Quoi de plus facile et tentant qu'un enlèvement quand on escorte une demoiselle de haut lignage... elle avait Hugo, certes, mais Hugo ne pouvait pas la protéger de tout.

En somme, les dés étaient jetés : elle devait recruter cet homme mais surtout verrouiller sa loyauté en même temps, ou elle risquait fort de courir à sa perte. Comme elle l'espérait, il ouvrit le bal – elle préférait toujours observer et écouter avant de s'exprimer.

«Alors, c’est quoi cette opportunité ?...J’imagine que ce n’est pas un bras de fer avec madame à moins qu’elle ait des talents cachés à faire valoir »
lança-t-il avec un sourire sarcastique.

Son arrogance l'amusa et lui plut, dans une certaine mesure. Elle ne cherchait pas un chien de manchon. N'étant pas elle-même versée dans les arts guerriers, elle avait besoin d'un garde capable de penser, décider et agir par lui-même. Celui-là n'était pas d'un acier facile à manier, mais si elle arrivait à s'attacher sa confiance, il serait sans doute à la hauteur de ses attentes. A condition, bien sûr, qu'il ne se révèle pas une vermine de la pire espèce. Cela, elle ne pourrait le vérifier qu'en voyageant à ses côtés. Quant à son absence totale de formalisme, elle était de bon augure. Un homme qui se moque de l'image qu'il renvoie est le plus souvent un homme qui ne cherche pas à tromper son monde.

Evidemment, cela pouvait devenir un problème, mais s'il n'était pas bête, elle pourrait lui faire comprendre que ce type de comportement n'était admissible que dans certaines limites. Dans le cas contraire, elle briserait son contrat à Port-Réal. Elle ne pouvait pas se permettre de paraître dans la bonne société avec un garde du corps aussi impertinent, ou elle ruinerait son image. Et l'image était l'armure des aristocrates. Saurait-il s'adapter ? Sans doute, pour peu qu'il le veuille : son petit sourire laissait deviner qu'il était conscient de sa propre insolence et donc maître de son attitude.

Il s'accota au mur en croisant les bras comme s'il était chez lui. Voilà ce qui avait attiré l'attention d'Hugo : une nonchalance révélatrice de confiance en soi. Confiance qui avait peu de chances d'être surévaluée compte tenu de son âge : un homme d'armes qui surestime sa force ne fait pas de vieux os.

«Qui êtes vous ?
s'enquit-il. Que me voulez vous…. ‘l’Ami’ et celle qui l’accompagne ? »

Puisqu'il s'était mis à l'aise, elle s'assit sur le lit. Elle ne devait pas lui laisser la haute main. Qu'il reste debout alors qu'elle était installée confortablement rééquilibrerait les positions. Il vient à peine d'entrer et j'ai déjà l'impression d'être dans une arène. Que se passe-t-il quand un lutteur rencontre un danseur d'eau ? La question la fit sourire intérieurement. Quand elle avait rencontré Hugo, il n'était guère plus malléable. Etait-ce un signe ? Après tout, elle adorait son oncle Jon dont les manières étaient à peine plus policées. On verra bien. Pour l'instant, sois juste une Florent : « D'acier et de velours ».

« Tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant, c'est que je suis la fille d'un Lord. Mon nom, vous le saurez si vous acceptez ma proposition. » Elle avait également jeté aux orties les formules de politesse. Elle savait s'adapter aux circonstances. D'ailleurs, ce n'était pas pour lui déplaire - elle préférait être directe, comme elle l'avait récemment fait savoir à Leo Tyrell. « J'effectue avec mon cousin ici présent, un long voyage qui me mènera dans les Terres de la Couronne puis le Conflans. Connaissant les dangers de la route, mon cousin, si talentueux soit-il, ne suffira pas à assurer ma protection. Il me faut un garde du corps, et vous répondez à mes critères. »

Elle lissa machinalement les plis de sa robe et de sa cape. L'homme écoutait en silence, révélant peu ses émotions. Elle releva le menton et riva son regard au sien. Il avait des yeux bleus froids comme le nord, mais elle n'était pas du genre à se laisser intimider si facilement.

« Voici mon offre. Un engagement à durée indéterminée. D'abord comme escorte, au tarif habituel. Si à l'issue du voyage nous sommes mutuellement satisfaits de notre collaboration, vous devenez mon garde attitré avec augmentation de moitié de votre solde assortie d'un nouvel équipement. A long terme, si vous faîtes vos preuves, vous commanderez ma garde personnelle. Et si la chevalerie a votre préférence, ma famille ne manque pas d'hommes aptes à vous adouber pour peu que vous vous en montriez digne. »

C'était dit : simplement et sans fioriture. Des conditions claires annonçant une relation de service équitable et profitable pour les deux parties. Hugo approuva de la tête. Il était rassurant de savoir qu'il cautionnait ses idées. Il était difficile de prévoir la réaction d'un inconnu mais si ce réître était un homme avisé, il saisirait l'opportunité de se faire une situation. Elle aurait pu jouer ses cartes différemment, mais cette approche était à ses yeux la plus sage. En lui proposant un avenir plutôt qu'une simple mission, elle se protégeait contre une éventuelle fourberie. Il était à l'évidence plus avantageux de la servir que de rançonner sa vie.

« Si vous acceptez, vous nous retrouverez demain après le déjeûner à la sortie de la ville, sur la Route de la Rose. Inutile de vous préoccuper des provisions. Si vous n'avez pas de cheval, faîtes-le moi savoir et nous y pourvoirons. »


Elle croisa les bras sous sa poitrine et attendit sa réponse. Si elle était négative, elle serait obligée de se rabattre sur un autre homme d'armes et cela ne l'enchantait guère, mais elle savait qu'elle trouverait toujours quelqu'un. Voudrait-il des garanties ? Elle pouvait évidemment rédiger un contrat et le frapper de son sceau, oui lui payer une avance au moment du départ. S'il fallait en passer par là, elle s'y plierait de bonne grâce.

Spoiler:
 




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 27 Jan 2012 - 20:29

Les négociations constituaient toujours un moment clé pour le reitre. Il ne s’agissait pas seulement de savoir le montant de sa rémunération. Kerigan pouvait se faire une idée de la personne qui l’engageait en l’espace d’une vingtaine de minutes. Ce qui était une bonne chose en soi pour savoir où l’on mettait les pieds. Le danger pouvait venir de n’importe où, même de ceux que le reitre était censé servir. Apprendre à déceler les pièges éventuels ne se faisait hélas pas en quelques semaines. Même avec de l’expérience, Kerigan n’ignorait pas, malgré son tempérament arrogant en façade, qu’il n’était pas infaillible et qu’il s’exposait à des surprises malgré toutes ses précautions.

Le trentenaire se rendit compte que la jeune femme n’allait pas être déstabilisée par l’approche atypique du reitre. Mais, il se demandait dans le même temps si elle n’avait pas préparé son discours à l’avance, ou si elle se montrait aussi franche parce que c’était sa nature ou juste ce soir pour ne pas perdre du temps avec une personne d’un rang inférieur. ‘L’ami’ de tout à l’heure était donc son cousin, ce qui expliquait les incertitudes de Kerigan, quant à son métier, lorsqu’il était venu à sa rencontre. Ainsi, Kerigan écouta sa proposition tout en faisant naviguer ses yeux de temps à autre entre la noble et son cousin.

Il n’eut aucune réaction dans un premier temps malgré cette offre au combien intéressante pour un homme d’armes de son rang. Elle se comportait sûrement ainsi pour sa propre sécurité. Mais, il ne pouvait montrer son intérêt. Il considérerait cela comme une faiblesse alors que les négociations n’étaient pas terminées.


«Les Terres de la Couronne, le Conflans, par la Route de la Rose et donc le Bois du Roi…C’est très pittoresque ces temps-ci avec la grisaille, les guet-apens, les disparitions et autres joyeusetés… »
commenta t’il avec un brin de cynisme.

Le trentenaire plongea ses yeux dans les siens un instant, un brin malicieux, comme pour la tester discrètement et déceler comment elle appréhendait cette situation dangereuse, loin de son cocon douillet et sûr. Certes, c’était aussi une manière bien à lui de dire qu’il était tout à fait dans son élément. Il repensa ensuite quelques instants à son offre et sur quoi elle pouvait déboucher. Kerigan ne put s’empêcher de rire intérieurement en se visualisant avec le titre de chevalier. Le reitre ne détenait que peu de qualités en adéquation avec la chevalerie. Son manque de courtoisie et de culture, sa manière barbare de se battre constitueraient certainement une tare. Mais, peut être qu’il ressentirait l’envie de faire un effort plus tard. Il ne pouvait qu’envier une situation aussi stable, d’autant plus qu’en vieillissant sa forme et ses capacités allaient connaître la voie du déclin cette fois. Et une occasion pareille ne se présentait pas tous les jours sur Westeros…

Le moment de révéler sa décision était arrivé. Kerigan s’exécuta tout en omettant le fait qu’il n’appréciait pas vraiment les trajets sur une monture. Pour lui, ce n’était pas très discret et ça ne pouvait que renforcer sa vulnérabilité mais il ne s’offusquait pas plus de cela. Après tout, il la voyait mal gambader sur ses deux jambes frêles jusqu’à Port Réal et elle deviendrait plus un fardeau qu’autre chose.

«Très bien, j’accepte. J’ai l’habitude de marcher, c’est pourquoi je ne possède pas de cheval. Maintenant, si vous voulez suivre la Route de la Rose ainsi, je ferai une entorse à cette habitude que j’ai prise. »

Le reitre ne se montrait guère hésitant et faisait preuve d’une assurance glaciale comme toujours. Il scruta ses deux interlocuteurs avant d’acquiescer d’un hochement de tête significatif. Puis, sans plus attendre, Kerigan quitta la chambre afin de rejoindre la sienne qui se trouvait tout au fond du couloir. Celle-ci était faiblement éclairée par deux bougies se trouvant sur un petit réceptacle adossé au mur.

L’homme d’armes s’assit sur son lit l’espace de quelques instants, pensif. Puis, il se dévêtit pour se mettre à l’aise, dans l’idée de rejoindre son lit et de prendre place sous la couverture. Cependant, juste avant, il prit le temps de s’agenouiller au sol et de prier de manière consciencieuse, le visage fermé, pour s’apaiser l’esprit. Kerigan n’était pas un fervent adepte de la foi des Sept. Mais, secrètement, il récitait la même prière tous les soirs, quand il n’était pas occupé par une quelconque mission bien sûr. C’était surement le besoin de se recentrer sur lui même mais aussi le besoin de continuer à s’attirer la bienveillance des Dieux dans un monde aussi sombre et dangereux. Winson, l’homme qui l’a élevé, est à l’origine de ce rituel.

Kerigan se releva bout de quelques minutes et s’installa sur son lit. Il prit le temps de réfléchir sur ce qui venait de se passer notamment son engagement, les nouvelles aventures qui pourraient l’attendre. Avec un léger sourire en coin, le reitre se remémora même avoir discrètement baissé les yeux vers sa poitrine, certes couverte par une cape, une ou deux fois.

Sans même s’en rendre compte, le natif des Terres de l’Orage s’endormit. Son sommeil demeurait tout de même assez léger et vu le mobilier et ce parquet assez grinçant, il serait difficile de le prendre au dépourvu. Le lendemain, Kerigan fut réveillé par les rayons du soleil illuminant son visage en passant à travers la fenêtre de sa chambre. Le trentenaire poussa un râle, bougon, et s’habilla avant de s’équiper de sa cuirasse en cuir et de ses gantelets sur ses avant bras.

Ses deux sacs en toile sur son dos, le reitre sortit de l’établissement en accordant un dernier regard fulgurant à l’aubergiste. Puis, il prit la direction de la sortie de la ville, les cheveux au vent. Apparemment, le temps était plus clément aujourd’hui. Quelques éclaircies inondaient Westeros de lumière et éparpillaient les nuages menaçants. Kerigan attendit, avec une certaine impatience, pendant une ou deux heures avant de voir la noble et son cousin venir à sa rencontre sur la route pavée. Le reitre venait d’ingurgiter un peu de bœuf séché pendant ce temps et se trouvait assis sur un rocher, en train de manger une pomme. Il scruta les deux personnes pendant quelques instants et dressa son tableau en aussi peu de temps : La petite noble en quête d’aventures équipée de tout son barda suscitant la convoitise des bandits de grands chemins, accompagnée par son cousin qu’elle devait probablement se traîner par obligation familiale pour ses sorties sur le continent.

«Vous en avez mis du temps… »
osa t’il baragouiner tout en mâchant quelques morceaux de pomme.
Revenir en haut Aller en bas
Agent
avatar

Alysanne Florent
Agent

Général
Réfléchissez avant de croire,
informez-vous avant de réfléchir,
et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 36
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
Carnets de voyages
Talents cachés
Distinctions
Archive de présentation

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
4/500  (4/500)


Message Ven 27 Jan 2012 - 21:58

Le réître avait l'air de bien s'amuser intérieurement. Alysanne l'écouta évoquer les disparitions et les guet-apens en se demandant s'il plaisantait. Le Bois-du-Roi n'avait jamais eu bonne réputation mais la Route de la Rose était tout de même une des principales voies de circulation du royaume ; elle pouvait être considérée comme le moyen le plus sûr de rejoindre Port-Réal. Une escorte de deux guerriers compétents était normalement plus que suffisante pour effectuer ce trajet sans encombre. Essayait-il de l'effrayer pour s'assurer qu'elle ne reviendrait pas sur son offre après coup ? Ou la situation était-elle finalement plus risquée que prévu ? Si tel était le cas, les Tyrell eux-mêmes n'en étaient pas informés, sans quoi ils l'auraient mise en garde. En tout cas, elle ne regrettait pas d'avoir choisi de rester discrète. Elle voyageait léger et sans apparat aucun. A part cette maudite barge, évidemment... mais c'était une offre de Lady Amelia – le genre d'offre qu'on ne décline pas.

L'inconnu guettait sa réaction avec malice. Il en fut pour ses frais : elle était effectivement inquiète, mais comme toujours elle gardait la tête froide et son visage ne reflétait rien d'autre qu'une écoute attentive. Elle n'avait que dix-neuf ans mais ses manières réfléchies donnaient souvent à penser qu'elle était un peu plus âgée, et cela lui convenait très bien à cet instant. Elle n'avait aucune envie de passer pour une gamine évaporée.

«Très bien, j’accepte, décréta finalement le mercenaire. J’ai l’habitude de marcher, c’est pourquoi je ne possède pas de cheval. Maintenant, si vous voulez suivre la Route de la Rose ainsi, je ferai une entorse à cette habitude que j’ai prise. »

Une habitude ? Bien sûr, s'il n'a pas de cheval, c'est parce que c'est un homme, un dur, un vrai... pas parce qu'il n'a pas les moyens de s'en payer un. J'aurais tout entendu. Enfin, c'est un homme d'armes. Il faut bien sauver les apparences. Surtout devant une demoiselle. Le fait qu'elle soit une demoiselle ne semblait d'ailleurs pas lui avoir échappé à en juger par le vagabondage de son regard pourtant glacial. Elle n'était pas fâchée d'avoir Hugo avec elle. Elle n'était pas prête à faire confiance à cet homme dans l'immédiat. Elle espérait toutefois qu'il se révélerait à la hauteur de son offre ; il était grand temps qu'elle constitue sa propre suite et un garde personnel de valeur serait un excellent début.

L'affaire étant entendue, elle regagna au bras d'Hugo la luxueuse barge des Tyrell. Une pluie battante martelait la bourgade dans une obscurité froide et les auvents avaient été roulés et rangés en bon ordre sur le pont.

« Je ne serai pas fâché de laisser ce machin derrière nous, grommela Hugo en essorant ses longs cheveux trempés, une fois à l'abri dans l'espace aménagé pour leurs nuitées. Voyager à bord de ce truc clinquant, c'est le meilleur moyen d'attirer l'attention. »

Alysanne haussa les épaules et s'assit sur la banquette qui lui tenait lieu de lit – une barge de plaisance n'est pas destinée aux longs trajets, et il avait fallu s'adapter. « Je ne pouvais pas refuser la proposition de Lady Amelia. Cette barge nous aura bien servi le temps de remonter la Mander. Et puis, à choisir entre cette banquette et un lit sommaire infesté de puces...»

« Ha ! Des puces ! Notre nouvel ami doit en être couvert. Rappelle-moi de ne pas l'approcher de trop près. »

« Je croyais qu'il te plaisait » lui rappela-t-elle malicieusement.

« Pas au point de partager ses compagnes de lit. »

Alysanne leva les yeux au ciel. « Tu n'es jamais content ! Enfin, peu importe. Je ne l'ai pas engagé pour te raser, te laver les pieds et t'aider à enfiler ton armure. Tu devrais supporter de chevaucher à ses côtés. »

Hugo émit un reniflement qui se voulait approbateur mais vexé et disparut derrière le paravent séparant l'espace en deux cabines. Elle l'entendit bientôt ronfler comme un soufflet de forge et résolut de suivre son exemple.

Au lever du soleil, ils sortirent pour s'approvisionner. Une douce bruine éparse avait remplacé l’averse tambourinante de la nuit passée. Aux abord du quai, la vie reprenait son cours, bateliers affairés aux manœuvres de départ, portefaix sortant les marchandises des entrepôts, vagabonds émergeant des porches et des venelles dans leurs haillons crottés de boue. Des espaces de marchandage fleurissaient sur les rives et dans les rues adjacentes, à l’abri d’arcades, d’avancées de toîts ou d’une simple toile tendue sur des piquets. La jonction de la Mander et de la Route de la Rose était un lieu privilégié pour le commerce, et dans la lumière grise de ce matin d'automne, le ballet des voyageurs et des habitants s'annonçait intense.

Cette fois, pas moyen de passer inaperçus, songea Alysanne en resserrant autour d'elle les pans de sa vieille cape dont elle avait relevé la capuche. Plus d'une paire d'yeux les accompagna dans leur descente de la barge aux armoiries scintillantes. Elle ne vit pas le couple de gamins dépenaillés assis sur des tonneaux qui les fixaient du regard, Hugo et elle, avec plus d'intérêt et d'intensité que la moyenne des passants. Tandis qu'ils chuchotaient entre eux, elle passa son chemin.

Faire les achats nécessaires s'avéra un peu plus long que prévu : des files s'amalgamaient déjà devant certains marchands, et quand leur tour venait Hugo négociait sans relâche, comme si chaque sou qu'on lui arrachait était un morceau de sa chair. Alysanne lui laissait la main, comptant sur son expérience pour évaluer au plus juste le prix des articles. Leur première acquisition fut une mule vigoureuse, apte à porter leurs achats et quelques-uns de leurs bagages. Ils achetèrent ensuite un hongre pour le réître, puis le harnachement nécessaire pour les deux bêtes.

« Tu connais des auberges sur cette portion de la Route de la Rose ? » s'enquit un peu plus tard Alysanne, alors qu'ils faisaient leurs comptes, assis sur une butte dominant la rivière.

« Quelques-unes. On devrait tomber en fin de journée sur le Nid du corbeau. Après, il nous restera... quoi ? Deux, trois jours de route ? Mais on peut avancer bien plus rapidement, à condition de camper. Si nous couvrons chaque jour la plus grande distance possible sans nous soucier de trouver une auberge avant la tombée de la nuit... »

Elle soupira. Camper ne la tentait aucunement, mais passer deux ou trois nuits dans des lits grouillant de vermine ne la séduisait pas davantage. Et elle avait hâte d'arriver à Port-Réal : elle n'était pas faite pour battre la campagne. Même dans le Bief, en automne, le terroir était lugubre et boueux, sans charme. La rase campagne n'avait pas le charme des bois enluminés d'or.

« J'aime encore mieux camper dans ce cas. Equipons-nous correctement et ce sera presque aussi confortable qu'une auberge, les puces en moins. Avec un peu de chance nous ne passerons pas plus d'une nuit en plein air. »

Ils reprirent le chemin du marché et complétèrent leur équipement avec des provisions pour eux et du fourrage pour les bêtes, une tente pavillon en toile brune, rustique mais assez grande pour trois, des couvertures, des outres, des bougies et des torches. En accumulant ces dépenses aux repas qu'ils avaient pris et à la solde qu'elle avait devoir payer à Kerigan, Alysanne évalua ses pertes à un dragon d'or, deux lunes d'argent et cinq étoiles de cuivre. Une peccadille pour elle, mais une somme pour le commun des mortels.

« La nourriture reste chère, mais déjà moins qu’avant les pluies, releva Hugo en rangeant une énorme miche de pain dans son paquetage. Je m’attendais à pire, mais il faut croire que les gens qui vivent sur les bords de la Mander s’en sont mieux sortis que la plupart des habitants du Bief. Même si le niveau de la rivière a baissé, il devait rester bien assez d’eau et de gibier aquatique pour endurer la sécheresse. Et les voies commerciales permettent d'importer facilement des denrées. Tout le monde n’a pas eu cette chance. »

Alysanne opina tristement et se mit en chemin vers la barge. « Bientôt, le Bief connaîtra de nouvelles récoltes. La famine tuera encore beaucoup de gens, je le crains, mais le pire est derrière nous. »

« Pas si sûr. » Le chevalier bâtard tirait la mule par la bride d’un air plus renfrogné que jamais, ruminant les nouvelles de la veille. « Il reste encore la menace fer-née. La rumeur court qu’une attaque a frappé Port-Lannis, d’après l’aubergiste. Il n’avait pas plus de détails mais apparemment on a vu de la fumée s’élever de la côte à des lieues à la ronde. »

Saisie d'un frisson, Alysanne resserra sa cape encore un peu plus étroitement. « Port-Lannis ? Vraiment ? Le Lion du Roc n’est pas du genre édenté, à ce qu’il paraît. Ces Fer-nés sont peut-être redoutables mais cette fois, ils se sont frottés à forte partie. Ils ont sans doute subi de lourdes pertes. J’espère que nous en saurons plus à Port-Réal. Le Grand Argentier devrait être au fait de la situation. » Elle se demanda intérieurement si ses espoirs se justifiaient. Lord Lannister n’était certes pas un enfant de chœur mais Dagon Greyjoy non plus. Combien de temps encore le Bief et les Terres de l’Ouest allaient-ils saigner sous les lames de ces sauvages ?

Les adorateurs du Dieu Noyé, se rappela-t-elle. Le livre dont elle avait récemment fait l'acquisition décrivait en détail ce culte morbide. Quelle étrangeté de vénérer un Dieu mort. Et cet adage… « Ce qui est mort ne saurait mourir… » Il y a une certaine vérité dans ces paroles, mais aussi une grande arrogance. Bercés par les tempêtes, trempés au feu des orages… si durs et féroces soient-ils, les Fer-nés ne sont que des hommes. Des insectes à l’échelle du monde, simple pâture pour les dragons d’antan. Si seulement les Targaryen avaient encore des dragons… Elle pinça les lèvres avec amertume. Inutile de rêver. Ce qui est mort ne saurait ne se relever.

Arrivés à la barge, ils chargèrent leurs affaires sur les chevaux, remercièrent les bateliers et redescendirent à quai tandis que l'élégante embarcation larguait les amarres. La bruine s’était interrompue et les lambeaux de nuages laissaient enfin paraître un ciel bleu. Alysanne s’étira comme un chat sous la chaude caresse du soleil et s’aperçut qu’elle mourrait de faim.

« Avalons quelque chose avant de partir, suggéra-t-elle. Ce doit être l'heure du déjeûner, de toute façon. Autant partir le ventre plein. »

Ils achetèrent près de la jetée deux petits pâtés en croûte à un marchand ambulant et remplirent leurs outres à la fontaine qui se dressait sur la place. Ils grignotèrent leur pitance tout en conduisant les bêtes attachées entre elles vers la Route de la Rose, à la périphérie de la ville. Ils n'aperçurent à aucun moment le petit bout de fille haut comme trois pommes qui les épiait à travers les roues à rayons d'une charrette arrêtée...

Leur nouveau compagnon de voyage était déjà au point de rendez-vous avec armes et bagages.

« Vous en avez mis du temps… » marmonna-t-il tout en mâchonnant une pomme.

Alysanne ne pouvait s'empêcher de le regarder avec la curiosité d'un mestre herboriste devant un spécimen de plante exotique. Il n'a vraiment aucun savoir-vivre. J'aurais dû emmener Septa Lysa ; elle lui aurait appris les bonnes manières à coups de badine et de sermons. L'image la fit sourire intérieurement. « Par chez nous il est d'usage de se saluer, vous savez, lança-t-elle avec un mélange d'ennui et d'ironie. Et d'appeler une lady « ma Dame ». Je vous ferai grâce du « ma Dame » si ce mot vous écorche les lèvres, au moins pour la route, mais le respect n'est pas en option. »

Sa voix se fit plus ferme : « Si cela ne vous plaît pas, vous pouvez toujours aller tenter votre chance avec les Fer-nés. »  Elle s'exprimait sur le même ton qu'elle employait avec Hugo, un ton qui disait : « Je sais que nous nous comprenons. » Elle n'aimait pas les petits jeux. S'il voulait jouer, il jouerait tout seul. « Je suppose que vous voulez voir la couleur de votre argent. »

Elle allait lui payer ses cinq cerfs d’argent et se présenter officiellement par la même occasion, mais Hugo s’interposa. « Pas si vite, Aly. Je suis à peu près convaincu des talents de notre homme mais avant de conclure l’affaire pour de bon, j’aimerais tout de même savoir ce qu’il vaut avec une épée. »

Ils en avaient déjà parlé, aussi se contenta-t-elle de hausser les épaules. « Si tu y tiens. Un duel du plat de l’épée, alors ? Je n’ai pas d’armes d’entraînement cachées sous mes robes et j’aimerais autant ne pas avoir à vous recoudre, l'un et l'autre. Je n’ai jamais été douée pour les travaux d’aiguille. »

« Je sais ce que tu vaux avec une aiguille. Je choisis le plat de l'épée, si cela convient à notre ami ? »

« Vous n’êtes pas obligé de relever son défi, expliqua Alysanne à Kerigan, mais si vous ne le faîtes pas, il ne vous fera jamais confiance. Et croyez-moi, vous n’avez pas envie de vous le mettre à dos. Il est déjà bien assez pénible avec ses amis. »    

Hugo avança d’un pas coulé de prédateur dans les herbes folles au-delà de la route, pas trop près des chevaux pour ne pas les effrayer, et dégaina son épée bâtarde. Le soleil accrochait à sa cotte de mailles et à sa lame des éclats d’or mais la touche chevaleresque s’arrêtait là. Les longs cheveux noirs hirsutes rassemblés en queue, la barbe buissonnante, le visage disgracieux et le pli sournois de la bouche lui donnaient plutôt l’air d’un sauvageon ou d’un écumeur des routes. Et son attitude était à l’avenant.

En le regardant se mettre en posture de combat, Alysanne pensa à l'oncle Jon. Le père d'Hugo était un homme de belle stature incarnant le plus parfait équilibre entre force, rapidité et agilité. Un animal dangereux, plus qu’un maître à l’épée.  Rien dans son apparence et son style de combat ne le démarquait vraiment, et de ce fait ses adversaires avaient tendance à le sous-estimer, jusqu’au moment où ils s’apercevaient qu’il n’avait pas de point faible. Ses coups tombaient avec la précision implacable d’une horloge, et sa défense épuisait les impatients. Il ne brillait en rien, mais l'éventail de ses qualités formait une solide muraille sur laquelle s’était brisé plus d’un adversaire. Et Hugo en cela lui ressemblait.

Toutefois, le jeune bâtard restait un chevalier, et s’il n’était pas dépourvu de ruse (après tout, il était à moitié renard), il méconnaissait les astuces et les tours des mercenaires dont la créativité (ou la fourberie, selon le point de vue) était un gage de survie. Par ailleurs sa force se révélait davantage dans les combats à cheval. Alysanne avait beau connaître ses talents, elle n’était pas sûre qu’il aurait l’avantage. La vigueur et l’endurance de ses vingt ans feraient-elle la différence ? Elle n'allait pas tarder à le savoir...

* * *

Pendant ce temps, à l’auberge de Pont-l’Amer, une bande d’hommes armés avait pris ses quartiers dans la salle commune. L’un d’eux, un certain Bart, qui avait eu maille à partir avec Kerigan la veille au soir, suivit celui-ci du regard au moment de son départ. Sans mot dire : après la leçon reçue la veille, il n’avait pas l’intention de provoquer le réître. Il n’avait même pas osé demander de l’aide à ses compagnons pour se venger, après avoir fait l’objet de leurs railleries toute la soirée, et s’être fait corriger par leur meneur sous prétexte qu’essayer d’intimider un homme d’armes de cet acabit était aussi stupide que dangereux. « De la veine que tu t’en sois tiré vivant, avait grogné le Rouge après lui avoir balancé le plat de sa hache dans le dos et l’avoir roulé à terre d’un coup de pied botté, dans l'arrière-salle louée pour leurs affaires. Remarque, on se serait bien marrés s’il avait planté ta sale gueule sur son couteau à pain. Tout ça pour quoi ? Une poignée de cerfs ? T’as vraiment rien dans le ciboulot, Bart. On pourrait loger Castral Roc dans le vide qu'il y a sous ton crâne. Et tu s'rais encore même pas foutu de nous moucher de l'or. » Bart sentait encore ses reins l’élancer là où la hache puis la pointe de la botte avaient cogné.

Le Rouge, à cet instant, était fort occupé à dévorer une truite grillée en compagnie de ses trois compagnons d’armes : Bart, Talbert et Callan. Une petite bande équipée de bric et de broc, mais inféodée à une harde autrement plus redoutable, récemment envolée du fief d’Harrenhal pour les ombres du Bois-du-Roi. De temps en temps, après un coup réussi, ils retrouvaient le gros de la meute pour partager de l’or, des  rumeurs, ou recevoir leurs ordres.

Au beau milieu du repas, un gamin de leur connaissance se coula sur le banc entre le Rouge et Talbert. C’était un va-nu-pieds comme il y en avait tant à Pont-l'Amer, mieux peigné que les autres peut-être,  le genre fier et insolent, avec des dents de lapin et un cheveu sur la langue. « Qui veut des nouvelles ? » lança-t-il en tendant la main pour chiper un morceau de truite à Talbert qui ne fut pas assez rapide pour l’en empêcher. Le gamin rampa sous la table et émergea de l’autre côté, le menton dégoulinant de graisse. « Mes nouvelles valent de l’or ! »

Le Rouge n’était pas d’humeur à badiner. « Tu nous vendrais de la pisse d’âne pour du vin de la Treille si on t’écoutait… Crache le morceau, Tom, et on verra ce que ça vaut. »

« Il y a une barge des Tyrell amarrée à la jetée, annonça ledit Tom en baissant d'un ton. Un gars et une donzelle en sont descendus, et j'les ai suivis au marché... j’ai pas réussi à m'approcher assez pour les faucher mais ensuite j’ai vu qu’ils ne repartaient pas avec la barge alors j’ai dit à Tia de leur coller au train. Ils n'ont rien acheté de bien intéressant mais ils ont sûrement plein d’or ! »

« Plein d’or ? Tu ne crois pas que les Tyrell donneraient une escorte à un convoi de fonds ? » se moqua Talbert.

« Pas un convoi, jeta le gamin avec mépris. Mais des gens importants.... ça m’étonnerait que des mendiants voyagent dans une barge comme ça. Et si c’était des serviteurs en courses ils retourneraient à Hautjardin avec la barge. »

Callan lui jeta un quignon de pain que le gamin chopa avec adresse. « Des gens importants, hein ? releva le brigand en fourrageant dans ses cheveux gras. Au cas où tu ne serais pas au courant, les amis des Tyrell, ça se déplace en cortège sous des étendards de soie, avec des cohortes de chevaliers et de serviteurs, et des charettes pleines de bagages. Si tu veux mon avis, t'es tombé sur une espèce de laquais du genre précieux. Du majordome, de la gouvernante, un truc comme ça. Les nobles protègent bien ceux qui leur lèchent les mains. »

L'argument n'entama pas l'enthousiasme de Tom. « En tout cas ils ont de bons chevaux et le barbu porte une cotte de mailles... une vraie, pas un vieux machin tout rafistolé ! »

« Une cotte de mailles, répéta Talbert d'un ton grinçant. Fabuleux. Qui a envie de faire la même erreur que ce crétin de Bart hier soir ? »

Le Rouge lui flanqua une bourrade dans l’épaule.

«  T'as peur d’un seul homme armé, maintenant ? A croire que t'aurais mieux fait de rester dans les jupes de ta mère à Harrenhal. » Il tourna vers le gamin un regard perçant. « On a toujours besoin de bons chevaux. J'espère que t'as les yeux en face des trous, Tom. Si tu nous fais trimer pour des rosses, je te ferai bouffer du fumier jusqu'à ce tu rendes tes tripes. »

Tom se trémoussa sur le banc mais ne baissa pas les yeux. Il avait du caractère, il fallait au moins lui reconnaître ça, se dit Bart.

« Ces chevaux, ils sont encore à Pont-l’Amer ? »  s'enquit Callan.

« C'est à Tia qu'il faut poser la question. J’irai la chercher si vous nous payez deux truites. » Il se gratta le nez et ajouta avec un petit air faraud : « Pis j’veux le couteau de Talbert, celui qu’a une bonne lame et une poignée gravée. Et dix cerfs d’argent. » Alors que Talbert protestait, le petit ajouta avec aplomb : « Et une tarte aux pommes. Une de Bella Tout-miel.» Cela semblait à ses yeux la partie la plus sérieuse de la négociation.

Son regard vigilant ne quittait pas le Rouge, comme s’il s’attendait à être frappé pour son impertinence. Mais le Rouge se contenta de grogner : « Talbert, occupe-toi de ça.
-    Quoi ? Rugit Talbert. On pourrait aussi bien retrouver la gosse et lui arracher ce qu’elle sait !
-    Qui va la retrouver ? Toi, peut-être ? tempêta le Rouge avec impatience. Pour ce que j'en sais, t'es même pas capable de trouver tout seul ton braquemart dans tes chausses pour pisser. Alors, une petite belette comme Tia, à Pont-l'Amer... me fais pas rigoler. »

Ses hommes eurent la bonne idée de ne pas protester davantage. L'affaire conclue, ils surent que les étrangers avaient gagné la Route de la Rose par le nord-est de la ville. Ce qui voulait dire qu'ils remontaient vers la capitale. Un indice suffisant pour entamer une courte partie de chasse...

Spoiler:
 




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 28 Jan 2012 - 22:55

Toujours installé sur son rocher inconfortable, le reitre éprouvait quelques difficultés, désormais quotidiennes, lorsqu’il s’agissait d’émerger de sa nuit. En effet, même si ce dernier s’était réveillé depuis quelques heures maintenant, il lui semblait difficile de se montrer aussi énergique qu’il l’était en fin d’après midi ou en soirée. Mais, la jeune femme noble, qui n’avait toujours pas révélé son identité, allait inconsciemment l’aider à devenir un peu plus vif mais toujours aussi acide.

Visiblement, Kerigan avait déjà commencé à l’ennuyer sans avoir véritablement montré tout son potentiel dans ce domaine. Il devait se farcir une nouvelle fois le couplet des salutations alors que cela avait tendance à l’agacer. Certes, il le faisait parfaitement bien lorsqu’il sentait qu’il valait mieux ne pas choisir une autre option. Mais, pour le moment, après avoir toisé les deux individus, il s’était autorisé quelques libertés. Le natif des Terres de l’Orage continua de grignoter sa pomme tandis que la blonde se montra un peu plus incisive. Cependant, le reitre demeura étonnamment calme comme si il avait eu l’audace inexcusable de ne pas écouter «sa Dame» avant de prendre la parole.

«Comme vous voulez…A vrai dire, depuis quelques heures je suis plutôt en train de m’écorcher une autre partie du corps…» osa t’il avancer, tournant en dérision ce qu’elle venait de dire, tout en se relevant difficilement de l’endroit où il s’était établi.

Non, il ne se comportait pas comme un homme d’armes rebelle. Kerigan comptait bien obéir aux sincères ‘recommandations’ de la blonde même si cela allait perturber ses habitudes. Cependant, elle ne pouvait refondre son esprit, son caractère ainsi que ses convictions. Son attitude changea toutefois lorsqu’elle évoqua la couleur de son argent. Ses yeux cessèrent de fixer les bosquets en face de lui pour observer la noble.

Cependant, le troisième larron fit une intervention surprise dans la discussion. Kerigan aurait préféré qu’il le fasse à un autre moment. Il tenta de masquer sa lassitude en ne disant strictement rien. Cependant, l’homme d’armes paraissait incontestablement sur la défensive vu sa posture, les bras croisés. En écoutant ses deux futurs compagnons de route discuter, Kerigan se retint d’intervenir et garda pour lui une réflexion outrageuse. ‘Il faudrait me dire pour quoi vous êtes bonne étant donné que vous passez le plus clair de votre temps dans votre château à manigancer, conspirer et festoyer comme une parfaite petite pucelle apprenant cet art de ses pairs…’Ce n’était en aucun cas une attaque personnelle. Kerigan avait juste une mauvaise image de ces gens issus de la noblesse.

Son esprit teigneux était désormais bel et bien réveillé désormais. Par la suite, Hugo lui proposa un duel qui lui ferait office de réveil musculaire pour boucler la boucle. Alysanne s’adressa à Kerigan qui dans le même temps, sortit son épée longue de son fourreau. Celle-ci rayonna un bref instant grâce aux rayons lumineux de l’astre solaire. Il contempla son arme l’espace de quelques instants avant de lui répondre après s’être avancé vers elle.

«Ca me va un duel au plat de l’épée…et puis il faut bien que j’ai quelqu’un de mon côté…’ma Dame’. »

Cette confrontation ne dérangeait pas Kerigan outre mesure même si il était moins à l’aise avec le plat de l’épée. Ce n’était pas naturel, ni instinctif pour lui. De plus, il fit une légère allusion en répondant à cette certaine Aly, comme si depuis leur rencontre de la veille, c’était plus son cousin qui était de son côté qu’elle-même. Le reitre savait parfois faire preuve de finesse pour délivrer des messages. Il n’aurait jamais pu divertir un auditoir en interprétant un quelconque personnage mais il savait devenir sérieux quand il le fallait.

Kerigan prit place en face de son adversaire. Il l’observa exécuter quelques mouvements en guise d’échauffement pendant le peu de temps qui lui était offert pour se renseigner sur les capacités de son adversaire. ‘Très bien, c’est un droitier. Ses mouvements sont équilibrés. Il dispose du même type d’armes…Son équipement est tout aussi similaire…Il ne reste plus qu’à voir sa manière de combattre…’ Le reitre s’avança après avoir lancé tacitement le duel en partageant un simple regard et un hochement de tête que deux guerriers étaient à même de comprendre sans avoir besoin d’utiliser le moindre mot.

Après quelques secondes d’observation, Kerigan et Hugo croisaient le fer dans la prairie bordant la route pavée. Méticuleux, le cousin de la jeune femme se défendait avec une certaine aisance. Sa technique n’était certes pas digne d’un maître d’armes mais ses mouvements, mêlés à sa hargne, étaient efficaces. L’environnement était tout à fait dégagé ce qui signifiait que les combattants n’avaient à se soucier que de leur adversaire. Réalisant quelques uns de ses enchaînements moins rapides qu’à l’accoutumée, Kerigan tenta d’étudier la défense et les contre attaques menées par Hugo. Ce dernier ne se démontait pas, sachant repousser son adversaire en allongeant ses mouvements. Lorsque le chevalier passa réellement à l’attaque, Kerigan usa de ce qu’il avait de plus précieux : son aptitude à l’esquive mêlée à ses combos improvisés. Il maniait l’épée comme si cette dernière était le prolongement de son bras, comme si elle faisait entièrement partie de son être. Et pourtant, après de nombreux mouvements effectués dans le vide ou contrés, Hugo semblait toujours aussi infatigable.

Cependant, à un moment anodin, le talon de Kerigan heurta une roche semi entérée. Ce dernier chuta en arrière brutalement et instantanément. Il poussa un râle expéditif sur le coup et ressentit une décharge d’adrénaline se déverser le long de son échine. Etre pris au dépourvu par un élément extérieur menait fatalement à la défaite ce qui expliquait cette frénésie circulant soudainement dans son organisme synonyme de réflexe de survie. Son instinct lui intima ce qui allait certainement se produire une seconde plus tard. Hugo allait pointer son épée batarde vers lui et signifier que le combat se terminait ainsi.

Dans la seconde qui suivit, Kerigan qui eut à peine le temps de placer un genou à terre, contra l’attaque d’Hugo vers l’extérieur avant d’utiliser tel un marteau, le manche en acier de son épée sur l’extrémité de la botte du chevalier. Immédiatement, le reitre exécuta une roulade vers l’extérieur pour se dégager de deux mètres et se relever dans la foulée.
La douleur devait certainement entamer la mobilité du chevalier qui semblait marquer le pas suite à ce coup qui n’était qu’un réflexe défensif totalement improvisé. Kerigan prit une posture défensive scrutant son adversaire. Ils échangèrent le même regard que tout à l’heure avant de rengainer leur épée respective et de regagner la route pavée située à une quinzaine de pas.

«J’espère que j’ai réussi cette épreuve ma Dame. »

Le reitre paraissait tout à fait sérieux, c'est-à-dire au vu de l’individu, quasiment méconnaissable. Kerigan se dépoussiéra en tapotant ses mains contre ses cuisses et ses côtes. Puis, il reprit la parole dans la foulée d’un air mutin, un peu plus conventionnel pour lui.

«…Ou dois-je passer d’autres épreuves comme vous faire la cuisine ou vous passer l’éponge pendant votre bain ? »

Il ne fallait pas prendre ce qu’il venait de dire au pied de la lettre. Kerigan était sûr de sa force à défaut de pouvoir compter sur autre chose. Il se repliait là-dessus. C’est ce qui le faisait avancer même si il pouvait paraître arrogant. Et ces épreuves qui semblaient nécessaires ne faisaient qu’indisposer le reitre. Il n’avait rien à prouver à lui-même c’est pourquoi il ne ressentait pas une motivation plus conséquente de prouver sa valeur à ses deux interlocuteurs. En résumé, cela ne faisait que traduire son égoïsme de manière un peu théâtrale.

S’attendant à se faire remettre en place comme tout à l’heure et à percevoir quelques légers éclairs dans les iris gris de la blonde, Kerigan fit volte face et ramassa tout son barda. Par la suite, Hugo indiqua au reitre la monture qui lui revenait. Il haussa les sourcils un bref instant en se rapprochant du hongre au pelage blanc. Ironiquement, Kerigan pensa que même avec les animaux, il ne savait comment se comporter parfois. Le trentenaire chargea sa bête et prit place sur la selle avant de rattraper ses compagnons d’aventures.

Voulant briser la glace et se rattraper de quelques unes de ses offenses par le biais d’un regain de gentillesse venu de nulle part, Kerigan prit la parole au bout d’une dizaine de minutes.

«Merci…pour le cheval. » dit il d’un air pas très naturel mais sincère.

Ils n’étaient toujours pas passés aux présentations et pourtant ils dérivaient déjà vers le nord-est sur la route de la Rose. Kerigan avait vu certains bandits à l’œuvre quelques jours plus tôt sur cette même route sur des voyageurs semblables à ceux qu’il était censé protéger désormais. Ainsi, ses répliques acerbes s’étaient tues pour qu’il puisse redoubler de vigilance et se montrer sous son vrai visage si il le fallait…


Dernière édition par Kerigan le Mar 31 Jan 2012 - 18:37, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Agent
avatar

Alysanne Florent
Agent

Général
Réfléchissez avant de croire,
informez-vous avant de réfléchir,
et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 36
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
Carnets de voyages
Talents cachés
Distinctions
Archive de présentation

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
4/500  (4/500)


Message Dim 29 Jan 2012 - 17:10

Le réître accepta le duel d'un air résigné, apparemment guère enchanté par cette perspective. Sa réponse à Alysanne laissait entendre avec ironie qu'il avait le sentiment de lui être indésirable. Bien que ce ne fut pas le cas, celle-ci n'émit aucun commentaire en retour. En tant qu'employeur, elle n'avait fait jusque là que jouer son rôle. Il serait toujours temps d'être plus indulgente quand le mercenaire aurait démontré son éventuelle valeur humaine, au-delà de sa valeur guerrière. Dans l'immédiat, elle n'avait d'autre choix que de poser un cadre clair pour leurs futures relations. Une frêle jeune femme ne pouvait compter sur sa force pour imposer le respect à un homme d'armes de son acabit, et si elle laissait les choses partir à vau-l'eau, elle mettrait en danger sa propre vie ainsi que celle d'Hugo. Or le renard est un animal prudent...

Le chevalier bâtard fit bon usage de ses talents face à un adversaire rôdé. Il apparut rapidement évident qu'aucun des deux ne prendrait vraiment l'avantage sur l'autre à moins d'un coup de chance. Alysanne n'avait qu'une faible connaissance des arts guerriers mais elle était observatrice et elle décelait sans mal la fatigue ou le doute dans la physionomie et les mouvements des duellistes. C'était pour elle un spectacle sans attrait - elle n'avait jamais été de celles que le sang et la gloriole des vainqueurs soulevaient d'enthousiasme. Même les grands tournois ne lui inspiraient qu'un insondable ennui ; elle avait d'ailleurs été la seule fille de la famille à rester à Rubriant pendant les fameuses joutes de Cendregué, ce qu'elle avait regretté lorsqu'elle avait appris que son vieil ami Dunk y avait fait une apparition... mémorable.

Hugo et son adversaire finirent par baisser les armes après quelques manœuvres habiles. Sans être excellente juge en la matière, elle était favorablement impressionnée. Les deux hommes revinrent à la route, le réître affichant un air nouveau sur ses traits orageux.

«J’espère que j’ai réussi cette épreuve, ma Dame. »


Il n'y avait plus trace de sarcasme dans sa voix, cette fois. Peut-être le combat avait-il écaillé le vernis d'insolence, révélant le réalisme sans joie d'un homme fiancé à la mort. Tous les mercenaires qu'elle avait croisés dans sa vie, de loin, sur les routes ou dans l'escorte d'un ami noble, avaient à un moment ou à un autre arboré cette expression sur leur visage. Ils savent ce que savent les animaux sauvages, ce que nous avons oublié à l'abri de nos murs : la mort est notre destin à tous et ce destin marche dans notre ombre. Elle le savait aussi, elle ne le savait que trop bien. Depuis que sa mère était morte alors qu'elle-même, âgée de sept ans, ne croyait déjà plus guère à l'éternelle félicité promise par les septons... Il n'y a rien de tel que les amoureux et les saints pour croire au paradis, avait-elle pensé avec amertume en regardant prier son père et sa septa à la veillée funèbre. Hélas, je ne suis ni l'un ni l'autre. Ce jour-là, elle avait désappris à pleurer, comme si le choc l'avait changée en pierre. Respirer était même un effort, mais son cœur avait continué à battre, contre toute attente. La douleur était quelque part au creux de sa chair, trop profondément enfouie pour que les eaux salées de ce puits remontent à la surface. Et cette douleur l'avait empêché d'oublier. La mort est notre destin à tous.

Elle adressa à son nouveau compagnon de voyage un "oui" de la tête, répondant à sa question tacite. Encore perdue dans ses pensées, elle le regarda d'un air absent s'épousseter puis relever la tête vers elle avec un début de sourire.

«…Ou dois-je passer d’autres épreuves comme vous faire la cuisine ou vous passer l’éponge pendant votre bain ? »

Le masque glacial n'était pas encore revenu ; il plaisantait avec espièglerie, cette fois. C'était déjà un mieux, même si son irrévérence était déplacée. Elle retrouva à son tour un semblant de sourire. Visiblement, cela faisait partie de son caractère et de ses habitudes. De toute façon, il ne pouvait pas faire autrement que d'enfreindre les règles et les principes de la chevalerie : c'était un homme du peuple et à ce titre il avait grandi dans un autre univers, avec d'autres coutumes. Les lectures de prédilection d'Alysanne, celles qui dépeignaient l'histoire des civilisations, lui avaient enseigné l'infinie versatilité de son espèce. Ce qui est considéré comme juste, beau et bon par la société, un jour en un lieu, sera peut-être odieux pour d'autres hommes en d'autres temps et d'autres lieux. Les dieux et les préceptes d'aujourd'hui sont les démons et les péchés de demain... ou ceux de nos voisins. Tandis que le réître rassemblait ses affaires et se dirigeait vers son cheval, elle détacha sa monture des autres, se hissa en selle et médita là-dessus. Hugo, la mule en remorque de son cheval, se porta à sa hauteur, à sa droite.

Un chevalier en blanche armure sur un cheval noir, un mercenaire en noire armure sur un cheval blanc... songea-t-elle lorsque le réître les rattrapa après avoir marqué le pas pendant quelques minutes, surmontant enfin ses réticences à partager leur compagnie.

«Merci…pour le cheval. »
lâcha-t-il en se plaçant à sa gauche, l'air vaguement embarrassé.

La politesse sonnait à peu près aussi juste que le chant d'un rossignol dans le gosier d'un corbeau, mais la tentative de rapprochement, au moins, était sincère.

« Ne me remerciez pas, dit-elle avec un signe de tête. Ce cheval est ma propriété. Le mettre à votre disposition est dans mon intérêt. » Elle haussa les épaules. « Je n'ai rien contre vous, sachez-le. Simplement... je suis votre employeur désormais, et peut-être pour longtemps. Cette éventualité m'oblige à fixer des règles de collaboration claires. Quand nous aurons pris nos marques dans nos rôles respectifs, vous verrez que je ne suis pas si difficile à vivre. » Elle dévoila toutes ses dents dans un sourire à fossettes. « Quant à cette histoire d'éponge... je ne doute pas que vous possédiez de multiples talents mais je ne suis pas aussi inapte que vous pourriez le croire, badina-t-elle en jouant avec les rênes de Brume, enroulés autour de ses poignets. Figurez-vous que je n'ai même pas besoin de l'aide d'un domestique pour prendre mon bain ou m'habiller le matin. J'en suis extrêmement fière ! C'est un véritable exploit pour une personne de ma condition. » Elle avait mis toute l'ironie voulue dans ses mots.

Hugo reprit la plaisanterie à son compte : « Elle sait même lacer ses bottes ! Maintenant que j'y pense, je n'ai jamais vu beaucoup de laquais à Rubriant malgré la fortune de son père... je crois que le vieux renard n'a jamais aimé voir voleter tout autour de lui des nuées de papillons purement décoratifs. Quelques abeilles diligentes sous l'ordre d'une dame des Essaims suffisent amplement à ses besoins. »

Balancée par le pas doux de la jument grise, sa cape ouverte sur une robe de monte toute simple, fendue sur des braies de cavalière, Alysanne n'avait pas vraiment l'allure d'une lady, tout au plus d'une jolie jeune femme propre sur elle et d'apparence soignée. Son port de tête, peut-être, ses mains graciles, son teint diaphane, pouvaient trahir une origine noble, mais seul un observateur averti s'en serait rendu compte. Il était temps pour elle de dévoiler son jeu. Elle se tourna légèrement vers le réître, tout en jetant de brefs coups d'oeil à la route où circulaient quelques charrettes et voyageurs à pied.

« Je suis Alysanne Florent, fille de Lord Danwell Florent, de Rubriant. Ser Hugo est le fils illégitime de mon oncle Jon et mon plus fidèle ami. Comment vous appelle-t-on ? » Elle le laissa répondre et enchaîna d'un ton cordial : « Je vais rendre visite à ma sœur à Darry, Kerigan, mais je dois d'abord faire halte à Port-Réal et il se peut que vous ayez à m'escorter au Donjon Rouge le moment venu. Hugo vous enseignera les usages d'un garde à la Cour, pour éviter tout impair. En retour, peut-être pourriez-vous lui donner quelques leçons à l'épée, ajouta-t-elle avec un sourire moqueur à l'attention de son cousin. J'ai l'impression qu'il se ramollit... »

« Hé, je ne m'en suis pas si mal tiré ! » protesta Hugo, drapé dans une fausse dignité. Il avait encore mal au pied toutefois et c'est d'un ton plus sérieux qu'il conclut : « Cela dit, un peu d'entraînement ne me fera pas de mal, si vous voulez vous dérouiller utilement le matin... »

Après cela, ils chevauchèrent en silence. La Route de la Rose se déroulait platement dans la campagne reverdie où des merles fouissaient en quête de nourriture. L'odeur de la terre humide montait du sol réchauffé par un soleil timide. Ici et là, une masure, une ferme formaient un début de hameau. De temps en temps, un convoi commercial bien gardé ou un vagabond aux pieds nus croisait leur chemin. L'après-midi s'étira, et la pluie ne revint pas. Alysanne, qui n'avait jamais été grande cavalière, sentait ses muscles se raidir. Elle aurait les cuisses et les reins en confiture avant la fin du voyage, mais elle finirait bien par s'y habituer. Les Dothrakis passent leur vie à cheval. Le corps peut s'adapter à tout. Elle espérait juste que cela ne prendrait pas trop longtemps...

En fin d'après-midi, alors que le soleil descendait à l'ouest, le vent charria vers eux des cendres et une puissante odeur de brûlé. Ils découvrirent bientôt au détour d'une élévation un enclos vide, sa porte béante grinçant et battant dans le vent. Plus loin, une vaste bâtisse noircie avait vu son toît partir en fumée et sa charpente s'écrouler. La porte était une ruine mais l'enseigne en fer forgé avait survécu au feu.

« Le Nid du Corbeau ! » s'exclama Hugo, désolé.

L'incendie avait dû avoir lieu depuis un certain temps déjà ; les cendres grises semblaient froides et l'on n'entendait aucun autre bruit que celui des volets malmenés par le vent d'automne. Alysanne arrêta sa monture et contempla ce triste tableau avec un mélange de peine et d'appréhension. Cette auberge avait dû abriter une bonne vingtaine de voyageurs ; il était probable que certains ne s'en soient pas tirés. Un bruit de clochette détourna son attention des décombres calcinés. Venant de l'est, un petit vieux voûté tirant un âne tout aussi vieux par la bride, avançait à pas prudents sur la route. Difficile de dire ce que ce mystérieux étranger aux cheveux rares et à la barbe d'ermite faisait là à cet instant. Il marqua une pause à leur vue mais vint à leur rencontre après qu'Alysanne lui eut adressé un sourire encourageant.

« Bien le bonjour, dit-elle avec amabilité.

- Bonjour à vous, jeune fille. » répondit le vieil homme avec un accent rural prononcé. Son visage était aussi fripé qu'une vieille pomme et ses yeux noirs comme des pruneaux. Il ne devait pas y voir très clair car il plissait les yeux en la dévisageant, mais ce qu'il vit le rassura suffisamment pour adresser également un bonjour à Kerigan et Hugo.

« Vous êtes du coin ? s'enquit Hugo, troublé par leur découverte. Vous savez ce qui s'est passé ici ? Je ne suis pas venu depuis longtemps mais la dernière fois que je suis passé, cette auberge était en état d'accueillir des clients... »

Le vieil homme éternua, se passa la manche sous le nez et renifla bruyamment tandis que son âne dodelinait de la tête, ce qui faisait tinter les clochettes de son harnais. « Y a trois jours que l'Nid du gros Bertram a cramé. Ces salauds lui ont planté une broche dans l'bide et volé tout ce qu'y pouvaient avant de foutre le feu. Y a même plus un poulet à r'cupérer...  »

« Quels salauds ? » voulut savoir Hugo.

Le vieux agita la main en l'air en direction du nord est. « Ces tarés qu'écument la région depuis que'que semaines, z'en avez pas entendu parler ? On sait pas trop où y pieutent, un jour y sont ici, puis là... à chaque fois que'qu'un y perd son or ou sa tête, quand qu'c'est pas les deux. Cette fois c'tait le tour de Bertram. L'a toujours été un peu niaiseux çui-là. Quand des types comme ça veulent que'que chose faut pas leur refuser. »

Alysanne n'était pas sûre d'avoir compris.  « Vous parlez de brigands, n'est-ce pas ? L'aubergiste a refusé de leur donner son argent ?

- Ah ça, c'est des brigands, pour sûr. C'est mon neveu qui m'a raconté l'histoire. Y buvait tranquillement une chopine quand qu'les gars sont arrivés avec armes et armures. Un foutue clique d'assassins à les voir. Z'ont mangé et bu, et bu encore toute la soirée. Comme y avait pas de catin au Nid, quequez'uns ont voulu se consoler avec la p'tite, mais Bertram a dit qu'sa fille était pas à vendre, à personne.  'Bécile çui-là, j'vous dis. Y l'ont eu quand même, elle et le reste avec, du coup. Avec des gars comme ça, le premier crétin venu ferme sa grande gueule d'âne. Le gros Bertram aurait mordu sa langue, y serait encore vivant et la p'tite aussi. Mon neveu s'est tiré dès qu'ça a viré à l'aigre. »


Alysanne pouvait difficilement devenir plus pâle qu'elle ne l'était au naturel mais cette histoire lui retournait l'estomac. Elle imagina la scène et ferma les yeux un instant. Puis elle répliqua pensivement, sombrement : « Il ne voulait pas la vendre même pour une nuit. Idiot, peut-être. Mais il se souciait d'elle plus que beaucoup de seigneurs ne se soucient de leurs filles. Finalement, il n'y a pas une grande différence entre une demoiselle de la noblesse et une catin. Toutes deux sont condamnées à être vendues à un étranger dont elles devront partager la couche, de gré ou de force. Les catins, au moins, touchent leur propre rétribution, et personne ne leur demande de souffrir la torture de l'enfantement.» Elle n'aimait pas se laisser aller au cynisme, mais parfois le destin des femmes de Westeros ne lui inspirait pas autre chose. Elle avait eu de la chance d'avoir un père compréhensif. Mais la compréhension de l'aubergiste avait tué sa fille. Penser à ce qui venait de se passer lui donnait la nausée. Et cette odeur de brûlé... « Ces assassins... dans quelle direction sont-ils partis ? Quelqu'un les a revus ?

- Hein ? Revus ? Pas qu'je sache... »
rétorqua le vieux après un temps de retard. Il n'avait visiblement pas écouté ou entendu la moitié de sa tirade. Son regard errait lunatiquement sur les décombres. « Qui peut bien savoir où ils se planquent, maint'nant ? En tout cas y a plus rien pour eux ici. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles si vous restez dans l'coin.

- Je suppose que ça se tient, approuva Hugo. De toute façon, nous n'avons pas le temps de gagner une autre auberge. Je suis d'avis de dresser le camp derrière la butte, hors de vue de la route. »

Il tourna vers Kerigan un regard interrogatif mais celui-ci n'émit pas d'avis contraire. Ils n'avaient pas vraiment le choix de toute façon ; la nuit approchait. Alysanne les laissa monter la tente tandis qu'elle s'occupait des chevaux et de la mule, après avoir pris congé du vieil homme qui s'en retournait chez lui. Elle n'était peut-être pas une cavalière émérite mais elle avait un certain talent pour amadouer les bêtes et le hongre noir caractériel d'Hugo se laissa faire sans trop broncher.

Quand les premières étoiles parurent, en partie voilées par des nuages venant de l'est, ils se réunirent autour d'un petit feu de camp masqué d'un côté par la butte et de l'autre par la tente et les chevaux. Tandis qu'ils grignotaient un repas frugal de pain et de fromage, Alysanne essayait de chasser l'histoire du vieux de ses pensées. Elle n'était pas anxieuse, mais triste, et en colère. Si les Sept existaient, pourquoi laissaient-ils se produire de telles horreurs ? Etaient-ils faibles ? Cruels ? Indifférents ? Dans ce cas pourquoi les vénérer ? Le ventre noué, elle décida qu'il valait mieux penser à autre chose.

Hugo était en train d'essayer de prédire à voix haute le temps du lendemain en regardant le ciel. Elle se joignit à la conversation : « La pluie ne me dérange pas. C'est une bénédiction pour le Bief après cette longue sécheresse... » Elle expliqua en se tournant vers le réître : « Nous venons du sud-ouest du Bief, près des côtes. C'est une contrée verte et florissante en temps normal mais le soleil l'a ravagée au moins autant que les Fer-nés... Et vous, Kerigan ? D'où venez-vous ? Peut-on connaître votre histoire ? »

Elle s'était exprimée d'un ton léger, simplement curieux. Il répondrait s'il le voulait bien...

Spoiler:
 




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Lun 30 Jan 2012 - 16:37

Pour une fois qu’il la remerciait, elle semblait juger cela inutile. Ce détail, qui pouvait paraître insignifiant, était aussi ironique au vu du nombre d’impair commis par Kerigan depuis la veille. Mais, tout devint plus clair dans l’esprit du trentenaire lorsque la noble précisa le fond de sa pensée. Elle voulait agir avec professionnalisme et semblait bien mature pour son âge. Le mercenaire se contenta d’acquiescer silencieusement, la laissant elle-même tenter de se dépatouiller avec ses règles de coopération si cela pouvait l’aider. Kerigan avait tendance à être on ne peut plus instinctif que réfléchi comme l’était son interlocutrice. Encore une différence notoire entre eux. Cependant, malgré son air récalcitrant et nonchalant, il comptait se plier à ses règles qu’il allait certainement découvrir en accumulant les remontrances faîtes à son égard.

Kerigan perçut ensuite de l’ironie dans les propos de son employeuse et de son cousin. Visiblement, ils avaient peut être ça en commun, à différents degrés certes. Cependant, Hugo révéla quelques détails intéressants sans même s’en rendre compte. Kerigan put d’ailleurs réaliser avant l’heure qu’ils venaient de Rubriant dans le Bief. Ils étaient du coin d’une certaine manière. Le reitre ne put s’empêcher de sourire légèrement aux propos de ses compagnons et répliqua de sa voix légèrement rocailleuse comme lui seul savait le faire.

«Vu que vous êtes une débrouillarde, vous saurez certainement vous occuper de la pitance ce soir.. »

Il ne savait d’où venait ces inspirations inconvenantes, courtes et efficaces. Son esprit n’était pas plus perverti que la moyenne et il n’était en aucun cas un adepte de phallocratie. Ses sarcasmes s’expliquaient sûrement parce qu’il était un individu railleur qui appréciait avoir le dessus dans ce domaine, quitte à jouer un rôle parfois.

«Kerigan… » répondit t’il simplement lorsqu’elle lui demanda son nom.

Alysanne lui fit part de ses étapes, devenant bien plus claire sur ses objectifs maintenant que les présentations étaient faîtes. Le reitre se contenta d’hausser des épaules, un brin renfrogné à cette idée d’ingurgiter les gesticulations et courbettes pathétiques d’un garde de la cour. L’homme d’armes finit par se dérider légèrement lorsque Hugo intervint dans la discussion.

«Ca me va, je ne serais pas contre un peu d’action le matin…au moins je me sentirai un peu plus à l’aise dans ce domaine. » disait il un brin râleur par rapport à l’enseignement qu’il devait recevoir de la part du chevalier bâtard.

La discussion s’arrêta ensuite et le trentenaire se mit à penser pour faire passer le temps. Cela faisait désormais un sacré moment que Kerigan n’était pas monté à cheval. Le reitre devait reconnaître que parcourir les contrées de Westeros sur une monture était tout de même plus agréable et moins éreintant. Mais, ce n’était pas sa manière de procéder à la base. Ses principes étaient ancrés dans son esprit depuis une bonne quinzaine d’années maintenant même si ceux-ci pouvaient certes évoluer parfois. Le reitre avait appris à endurer bon nombre d’épreuves physiques grâce à son mentor qui l’avait fait clopiner sur une bonne partie des Terres de l’Orage. Il s’était alors rendu compte d’une chose à plusieurs reprises : Kerigan ne se sentait jamais aussi fort que lorsqu’il était en grande difficulté. Il ne prenait aucun plaisir dans la souffrance mais celle-ci était nécessaire en somme. Il revint à l’instant présent tout à coup, cessant ses divagations entamées à cause de son hongre blanc qui perturbait son quotidien.

Une odeur étrange au premier abord mais reconnaissable dans la seconde parvenait aux narines du reitre. Quelque chose était en train de brûler. Kerigan devint un peu plus vigliant, scrutant l’horizon du regard. Lorsqu’il vit ce spectacle de désolation, il posa inconsciemment sa main sur le manche de son épée en acier. Le danger était là, tout autour d’eux. Ou peut être s’était il volatilisé ?

Hugo semblait reconnaître le coin. Kerigan surveilla les environs en tournant sur lui-même tandis que ses compagnons scrutaient la bâtisse délabrée. Un vieil homme arriva de nulle part et ne suscita pas davantage l’attention de Kerigan qui tentait de percevoir le moindre mouvement dans la végétation environnante.

Même si Kerigan semblait ailleurs, il écoutait la discussion d’une oreille assez attentive pour en comprendre l’essentiel. Dame Florent semblait prendre ces évènements à cœur tout en faisant le parallèle sur sa propre situation apparemment. A moins qu’elle soit déjà mariée ? Bref, elle s’impliquait peut être trop aux yeux du trentenaire. Pour lui, tout cela n’avait plus grand-chose de surprenant. En dehors des fiefs surprotégés, l’homme n’était qu’une bête égoïste avide de pêchés et les Sept n’y pouvaient strictement rien. Les règles de courtoisie et de bienséance s’évaporaient dans l’obscurité pour laisser place à la loi de la nature, régulière et répétitive mais impitoyable.

Kerigan acquiesça à la proposition du chevalier et partit inspecter les alentours, derrière la butte qui longeait la route. Il ne vit rien de bien suspect, c’est la raison pour laquelle il descendit du cheval gracieusement prêté par son employeuse, pour dresser le camp avec l’aide d’Hugo.
Les derniers rayons du soleil disparurent brusquement, laissant place à l’obscurité, légèrement contestée par l’astre lunaire lorsque celui-ci ne se retrouvait pas derrière un nuage. Kerigan s’était fait silencieux depuis plusieurs heures maintenant et mangeait avec un appétit féroce, comme toujours. Adoptant une posture confortable, son dos prenait appui sur le bas de la butte. Une fois rasasié, le reitre se redressa avant de sortir l’épée de son fourreau pour l’affûter davantage. Ses gestes étaient mécaniques, répétés inlassablement depuis des années, si bien qu’il pouvait presque s’y prendre les yeux fermés maintenant.

Les moments de tranquillité servaient aussi à se préparer aux combats. Seulement, ceux-ci étaient nettement moins prévisibles que les caprices du temps. La question d’Alysanne le fit sortir de ses pensées. Ses yeux restèrent fixés sur sa lame qu’il parcourait à l’aide d’un outil qui se mouvait d’une extrémité à l’autre de l’épée.

«Mon histoire n’a que peu d’intérêt. Vous feriez mieux de vous coucher, il est préférable de se lever à l’aube pour parcourir davantage de distance pendant la journée. Si vous avez une envie pressante pendant la nuit….faîtes attention où vous posez vos pieds… » finit il en relevant les yeux vers ses interlocuteurs d’un air tout à fait sérieux, contrairement à tout à l’heure.

Kerigan se releva tout à coup et piocha dans son sac en toile quelques cordes. Il paraissait évident que le reitre entendait par là qu’il comptait poser quelques pièges autour du camp. Cependant, il ne disposait pas de l’équipement adéquat pour monter quoi que ce soit de dangereux. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était pousser les éventuels ennemis à faire une erreur en indiquant leur présence. C’était un concept surement aussi ancien que le monde mais qui était toujours aussi efficace. Reliant un arbre à un autre trois fois au niveau le plus bas du tronc, Kerigan revint auprès de ses compagnons d’aventures.

Ceux-ci s’étaient déjà couchés mais le mercenaire se doutait qu’ils n’allaient pas trouver le sommeil si rapidement, loin de leur lit douillet. Kerigan s’installa à son tour et était le plus près de l’entrée de la tente. Il jeta un dernier œil à l’extérieur avant de fermer les deux pans en toile de la tente. Ne se sentant guère en sécurité non plus, Kerigan n’entreprit de dormir que d’un œil.
Quelques heures plus tard, alors que le silence régnait, un bruit succint se fit entendre, comme un froissement de feuilles suite à une chute. Kerigan ouvrit les yeux brusquement, pensant à une bête sauvage ou qu’il s’agissait peut être de son imagination dans un premier temps. Mais, son instinct lui fit comprendre que le danger était bien là sans lui donner une explication rationnelle comme des bruits de pas, des chuchotements…

Aussitôt, il se releva, réveillant Hugo au passage avant de lui demander d’être aussi discret que possible. Le reitre rouvrit silencieusement les deux pans de la tente avant de s’en extirper en compagnie du chevalier. Hugo fit mine d’aller vers la droite ce qui poussa Kerigan à aller vers la gauche. Le silence devenait de plus en plus pesant. Aux aguets, Kerigan crut percevoir une ombre se mouvoir, trahie par la légère luminosité provoquée par la lune.

Soudain, le silence fut rompu par le bruit généré par deux épées qui s’entrechoquent. Hugo avait trouvé un assaillant qui n’était autre que Talbert. Le reitre tourna légèrement la tête dans sa direction une seconde avant de se rendre compte qu’une ombre fondait sur lui à toute allure, émergeant des bosquets. Sur la défensive, Kerigan entama une série d’esquives parfois interrompue par un contre avec son épée longue. Il s’agissait de Bart, l’homme qui avait tenté de l’intimider dans l’auberge de Pont l’Amer. Sa tronche recouverte de terre laissait penser qu’il était l’homme qui avait chuté sur un de ses pièges. Un autre homme, Callan, se porta à son secours alors que Kerigan avait repris l’avantage sur Bart en mulitipliant les offensives. Le mercenaire fut obligé de reculer pour parvenir à parer les coups des deux bandits…

***

Dans le même temps, le Rouge s’avançait à découvert vers la tente, sans la moindre opposition. Il contourna les cendres laissés par le feu de la veille. Armé de sa hache dans sa main droite et équipé d’une lampe à huile dans sa main gauche, il s’invita dans la tente sans tenter la moindre approche furtive. Il voulait apparemment découvrir par lui-même, et non par ses sbires, le butin dissimulé sous la toile. Son sourire ne put que s’élargir sous sa barbe imposante en découvrant Alysanne, tapie dans l’ombre. Ses yeux naviguèrent des quelques sacs à la jeune femme. Le bandit donna un léger coup de pied dans les sacs avant de s’arrêter, grâce au bruit pétillant des pièces de monnaie, sur celui qui pouvait contenir des petits objets circulaires en métal, synonyme de fortune.

«Ce gamin baveux ne disait donc pas faux…j’crois que nos efforts vont être fructueux ce soir… » dit le Rouge avec sa voix bourrue aux intentions malsaines.

L’homme continuait de s’avancer vers Alysanne. Une lueur indécent brillaient dans ses yeux et ne faisaient que révéler ses intentions répugnantes. Lorsque la blonde se mit à hausser la voix, le Rouge cessa son petit jeu visant à l’effrayer pour fondre sur elle à toute allure. Il rejeta au passage la dague, qui trainait sur un des sacs en toile, d’un revers avec sa hache. Le bandit posa sa lampe à huile dans la foulée afin d’avoir une main de libre pour gifler le visage d’Alysanne puis attraper ses cheveux délicats. Il posa sa hache sur sa gorge à découvert avant de reprendre la parole.

«Ne tente pas de résister ma belle, ta déchéance n’en sera que plus longue ! »

Voyant que la blonde n’allait pas se laisser faire aussi facilement, le Rouge jeta sa hache et propulsa de nouveau son avant bras sur la joue de la noble. Le bandit profita du fait qu’elle soit légèrement destabilisée pour la pousser à l’aide de son pied, sur le sol. En utilisant sa force et tout son poids pour contraindre Alysanne à demeurer sur le ventre, il reprit la parole en se penchant vers elle, comme pour lui raconter la suite des évènements dans le cas où elle n’y aurait pas pensé.

«Je me moque de qui vous êtes. Vous auriez dû écouter les brav’types qui disaient que cette route était mal’famée. Ca ne sert à rien de résister. Tes amis sont morts tandis que toi…tu vas gémir comme une catin encore et encore..jusqu’à ce que je décide que tu rejoignes tes compagnons… »

***

Kerigan parvint à blesser Callan au bras mais ce dernier persistait. Bart ne prenait pas tellement d’initiatives quand il sentait la riposte venir. Dans un excés de rage, Kerigan repoussa Callan à l’aide de son coude et le perfora dans la foulée de part en part. Le mercenaire retira son épée en poussant Callan , qui agonisait dans son propre sang, à l’aide de son pied. Bart semblait figé, refusant désormais le combat pendant quelques secondes. Il prit ensuite la fuite dans les fourrés. Kerigan ressentit l’envie de le suivre mais il entendit la voix inquiète de Dame Florent.

Le reitre n’eut pas le temps de reprendre son souffle qu’il se ruait déjà vers la tente. En ouvrant les deux pans de la toile, il entendit ce parfait inconnu tenter d’intimider Alysanne. Le Rouge se releva brusquement récupérant sa hache pendant que Kerigan se dirigeait vers lui à toute allure. Le Rouge contra avec sa hache mais Kerigan venait de se ruer sur lui avec une telle puissance que les deux individus chutaient et perforaient la toile de la tente, perdant leurs armes au passage. Les deux individus se relevaient et se battaient désormais à mains nues, se dirigeant lentement mais surement vers le haut de la butte, à coups de poing et coups de pied. Luttant comme deux chiens enragés se désintéressant de leur environnement, ils chutèrent de nouveau du haut de la butte et se retrouvèrent brutalement sur la route pavée.

Kerigan ressentit une vive douleur au niveau de l’omoplate, après être tombé sur une roche isolée. Le Rouge parvint fébrilement à se relever, pensant avoir désormais l’avantage. Cependant, d’un mouvement aussi vif qu’inattendu, Kerigan vint lui saisir la cheville droite, à l’aide de ses deux mains, pour la briser d’un geste expert en la vrillant vers l’extérieur. Le Rouge tomba à ses côtés aussitôt, hurlant à la mort, et le mercenaire en profita pour sauter sur lui et lui briser la nuque cette fois. Il cessa son emprise après avoir entendu le cliquetis caractéristique de l’os, tel un serpent irréductible.

Kerigan se laissa choir sur le sol quelques intants, récupérant en toussotant suite à cette lutte fratricide tandis que Hugo parvint à se défaire de Talbert lui aussi. Le chevalier bâtard revint aux côtés de sa cousine aussitôt. Le reitre était le seul à savoir sur le moment qu’il demeurait encore un survivant, parti en fuite…Ce bon vieux Bart…



Dernière édition par Kerigan le Mar 31 Jan 2012 - 18:39, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Agent
avatar

Alysanne Florent
Agent

Général
Réfléchissez avant de croire,
informez-vous avant de réfléchir,
et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 36
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
Carnets de voyages
Talents cachés
Distinctions
Archive de présentation

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
4/500  (4/500)


Message Lun 30 Jan 2012 - 21:16

«Mon histoire n’a que peu d’intérêt. » répondit Kerigan dans une esquive qui laissa Alysanne sans voix : en général, les gens se confiaient à elle spontanément, trop heureux de pouvoir parler d'eux. Prudence excessive ? Fausse modestie ? Ni l'un ni l'autre, de toute évidence : elle attribuait sa dérobade à une nature réservée, bien cachée sous des dehors arrogants. Un faux fanfaron et un vrai solitaire. Je ne suis pas prête de connaître son histoire. Elle ne goûtait guère l'idée d'en savoir aussi peu sur celui qui était censé la garder en vie, mais elle était patiente : le récit viendrait en son temps, ne serait-ce que par bribes. Pour l'heure, insister eût été indélicat et... contre-productif.

« Vous feriez mieux de vous coucher, il est préférable de se lever à l’aube pour parcourir davantage de distance pendant la journée. Si vous avez une envie pressante pendant la nuit….faîtes attention où vous posez vos pieds… »

Elle ne comprit pas l'allusion de prime abord, mais son manège devint vite clair : il allait poser des pièges. Elle retint un sourire satisfait : c'était exactement le genre d'initiative qu'elle attendait d'un homme d'armes. Hugo avait bien des qualités, mais il n'aurait jamais pensé à cela. Il raisonnait en chevalier. C'était une bonne chose de les avoir tous les deux avec elle.

La fatigue de la journée ne tarda pas à la rattraper. Elle envisageait avec horreur la perspective d'une nouvelle journée à cheval ; elle savait déjà que tous ses muscles crieraient grâce au réveil. Le mieux à faire était encore de se coucher et dormir aussi longtemps que possible.

La nuit toutefois n'allait pas se révéler aussi clémente que prévue. Tombée en un instant dans un sommeil de plomb, elle rêva, et dans ses rêves anxieux Septa Lysa la regardait d'un œil perçant s'avancer vers un septon et recevoir sur ses épaules le manteau d'un époux... mais le manteau était une vierge de fer dans laquelle on l'enfermait, un sarcophage de souffrance et d'obscurité, et elle chercha en elle un souffle pour hurler... un engrenage infernal couvrit sa voix, tintant et cliquetant comme une tempête d'épées... tintant et cliquetant, tintant et cliquetant diaboliquement sans s'arrêter.

Et quand le tintement devint plus fort que l'épuisement qui la gardait captive du sommeil, elle s'éveilla en sueur, le dos et le ventre glacés. Une silhouette massive se découpait dans l'entrée de la tente. Dehors, une tempête d'épées faisait rage.

Une vie de noble et d'érudite avait conditionné ses réactions : cent questions se bousculèrent dans son esprit devant le colosse dont la lampe révélait des traits vaguement familiers. Qui et comment étaient les principales, alors qu'ils avaient pris toutes les précautions imaginables. L'ivrogne de l'auberge, à Pont-l'Amer. Cette satanée barge. Je suis sûre que c'est à cause de cette satanée barge.

«Ce gamin baveux ne disait donc pas faux…j’crois que nos efforts vont être fructueux ce soir… » déclara inutilement l'intrus en faisant l'inventaire de ses possessions.

Quelque part du fond de sa mémoire lui revint une citation de philosophe. Si un contemplatif se jette à l'eau, il n'essaiera pas de nager, il essaiera d'abord de comprendre l'eau, et il se noiera. Elle chassa les questions qui l'assaillaient et se mit à chercher une parade, à défaut de pouvoir s'échapper. Le voleur n'avait pas l'air disposé à la tuer ; elle allait compter là-dessus. Un homme peut avoir bien des raisons de ne pas abattre une prisonnière et elle allait lui en donner. Avec un peu de chance, si elle réussissait à gagner du temps, Hugo et Kerigan serviraient bientôt son dû à cet invité indésirable. Et s'ils ne revenaient pas... elle pouvait encore sauver sa vie avec sa meilleure arme : la ruse plutôt que la force. Tenter de s'emparer du stylet posé sur ses affaires ne ferait que l'inciter à frapper le premier.

« Rançon ! » fut le premier mot qu'elle pensa à lancer tout en cherchant à l'esquiver dans le faible espace dont elle disposait. Mais ce lourdaud ne s'arrêtait pas... était-il sourd ou stupide ? Il continuait d'avancer, sans hâte, comme s'il avait tout son temps. Cela voulait-il dire qu'il était venu en force ? Combien d'hommes avait-il avec lui ? La pensée d'Hugo et leur compagnon de voyage en train de se faire massacrer lui noua les entrailles. Dehors, la tempête d'épées continuait de violer le silence de la nuit. Elle devait faire quelque chose. « Une fortune pour vous si vous me rendez indemne à mon père Lord Tyrell ainsi que mes cousins. » Le nom des Tyrell était plus connu que celui de Lord Florent et elle ne voulait prendre aucun risque, sans compter que la barge dont elle était descendue à Pont-l'Amer arborait les armoiries de Hautjardin.

Le voleur s'arrêta. Elle respira. L'instant d'après, il posait sa lampe, la frappait et l'empoignait par les cheveux. C'était un combat qu'elle savait perdu d'avance, mais à ce stade, elle ne pouvait rien faire d'autre que se débattre et crier. En fin de compte, il ne voulait même pas de rançon, pas de fortune patiemment négociée, rien qu'une satisfaction brève, immédiate et violente ; c'était irrationnel, mais les hors-la-loi sont irrationnels, et elle avait joué toutes ses cartes.

Il frappa encore et la cloua au sol en baragouinant des menaces vaines qui se transformaient en bouillie de mots dans son cerveau sonné par les coups. Son esprit, à présent, dérivait : elle savait ce qui allait se passer et elle ne voulait pas être là quand cela se produirait. Le tintement aigu des épées, la puanteur de l'étranger, le poids écrasant de son corps sur le sien seraient bientôt réduits à l'état de souvenirs. Elle n'avait qu'à séparer ses pensées de ses sens jusqu'à ce que c'en soit terminé ; ce serait comme lorsqu'elle passait des nuits entières à lire, jusqu'à en oublier le sommeil et la soif...

Un investissement prudent, toutefois, porta ses fruits à temps. L'épée louée avec l'or des Florent remplissait son office. Quand la créature qui l'oppressait se redressa pour sauver sa peau, elle rassembla ses pensées et son corps et se dégagea frénétiquement de la mêlée. Le bon sens l'écarta des combattants ; elle ne pouvait rien faire pour gêner le voleur dans l'étroitesse de la tente où les armes s'épousaient plus qu'elle ne dansaient. Elle sortit en titubant au moment où les deux hommes enfonçaient la tente dans un bruit de déchirure. Le temps qu'elle se retourne et trouve la force de les poursuivre, ils avaient atteint le sommet de la butte. Elle s'arrêta net en les voyant chuter, emportés par leur empoignade, et entreprit de contourner l'élévation, mais un autre duel lui barrait le chemin : Hugo, menant la vie dure à un brigand dont les traits indistincts avaient quelque chose de fantomatique dans la clarté des étoiles. Cette fois, elle avait du champ pour agir, et elle n'avait jamais eu les idées aussi claires. Elle ne perdit pas de temps à élaborer une stratégie : tout ce qui comptait était de donner à son cousin une opportunité. Elle ramassa la première pierre à sa portée, se glissa derrière l'agresseur et le frappa de toutes ses forces à l'arrière du crâne. Elle n'avait peut-être pas la puissance d'un homme d'armes, mais la peur et la colère lui en avaient donné suffisamment pour l'étourdir un instant et cet instant-là fut fatal : l'épée du chevalier bâtard fendit le visage, la gorge et la moitié du torse de son adversaire, dans un mouvement de pioche et une gerbe de sang.

Son regard et celui d'Hugo se croisèrent au-dessus du cadavre. A quelques pas sur la route, un autre macchabée gisait mollement. Réalisant que la tempête d'épées était passée, Alysanne inspira violemment, comme si elle avait retenu son souffle depuis son réveil. Elle avait l'impression que ses genoux allaient se dérober, mais elle resta debout, contre toute attente, et sans trembler, à son propre étonnement. Elle ne se serait jamais cru capable d'un tel contrôle sur elle-même. On ne se connait jamais vraiment avant d'avoir affronté un véritable danger, songea-t-elle tout à coup. La peur avait été là, l'effroi même, mais comme un feu froid dans ses veines, et non comme un torrent qui l'aurait submergée. Tête froide, esprit clair. Ce n'était pas du courage dont elle avait fait preuve mais d'une lucidité extrême, un état rare activé par son instinct de survie.

Elle ferma les yeux un instant comme pour chasser un mauvais rêve, puis observa les deux hommes qui l'accompagnaient. Ils n'avaient pas l'air d'avoir reçu de blessures graves. Restait à savoir à quel point Kerigan avait pâti de sa chute. La butte était relativement basse mais la route n'était pas un matelas de plumes.

« Tout le monde va bien ?»
lança-t-elle d'une voix précise et maîtrisée.

Elle toucha avec sollicitude l'épaule d'Hugo qui hocha la tête, puis s'approcha de Kerigan, encore à terre. « Merci. Vous m'en avez donné pour mon argent, c'est le moins qu'on puisse dire, dit-elle en lui offrant sa main pour l'aider à se relever. Je ne sais toujours pas d'où vous venez, mais j'irais bien y recruter quelques lames pour régler leur compte aux Fer-nés. » Elle tira sur son bras tendu et s'assura qu'il retrouvait son équilibre avant de s'écarter d'un pas pour l'examiner. « Besoin de soins ? Je ne me risquerai pas à sortir des aiguilles et du fil, mais j'ai une pharmacopée de voyage, au besoin. »




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 


Dernière édition par Alysanne Florent le Mer 22 Fév 2012 - 18:25, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Mar 31 Jan 2012 - 18:29

Kerigan put contempler cette nuit majestueusement étoilée l’espace de quelques instants, le temps qu’il récupère de ses efforts et de sa chute malencontreuse. Il savait pertinemment que ce n’était ni la première, ni la dernière fois que cela arriverait. Malgré une douleur assez lancinante, cette vision, assez captivante à ses yeux, eut pour effet de l’apaiser.

Au bout d’une trentaine de secondes, le reitre pivota sur son flanc gauche, dans l’idée de se relever. Il vit au même moment ses compagnons d’aventure venir à sa hauteur. Personne n’était blessé, il s’agissait de l’issue idéale de cette embuscade.

«Hm encore un autre test j’imagine…Ne me remerciez pas, vous protéger est dans mon intérêt. » lui répondit il avec une certaine ironie, reprenant la réplique d’Alysanne quelques heures plus tôt, en espérant que celle-ci s’en souvienne.

Le trentenaire accepta son aide et saisit la main de la noble aux yeux gris pour se relever. Il s’épousseta ensuite même si il savait que cela n’allait pas servir à grand-chose. Une fois sur ses deux jambes, le reitre avança en direction de la tente, tanguant légèrement lors de ses premiers pas.

«Ca va aller…j’ai juste besoin d’un peu de vinasse..et d’une deuxième épée aussi…»

Le mercenaire comprit le compliment qui lui était destiné lorsque son interlocutrice lui affirma qu’elle désirait bien recruter quelques guerriers originaires de la même contrée. Un sourire mutin se dressa fièrement sur le coin des lèvres de Kerigan lorsqu’il croisa son regard. Une fois au niveau de la tente, le natif des Terres de l’Orage saisit sa gourdasse pour s’abreuver de quelques gorgées rafraîchissantes. Dans le même temps, il fit quelques mouvements avec son bras, comme pour tenter d’étirer les muscles endoloris.

La nuit était terminée même si l’obscurité allait régner encore quelques heures. Il était quasiment impossible que Kerigan et ses deux compagnons puissent fermer l’œil désormais. Ceux-ci prirent donc leur temps pour démonter le camp et charger de nouveau les chevaux. Ils mangèrent un bout attendant patiemment que les premiers rayons du soleil jaillissent du néant.
L’aurore arriva enfin et les trois individus regagnèrent leur monture respective. Kerigan avait encore quelques vestiges de cette nuit agitée sur son visage. Une fine couche de terre recouvrait une petite partie de son front et de sa tempe gauche. Mais, cela ne semblait pas l’indisposer, il ne s’en était même pas rendu compte.

Les trois individus se montrèrent vigilants et atteignirent le cœur du Bois du Roi en fin de soirée. La nuit suivante se déroula sans accroc. Port-Real n’était plus très loin. Ils y seraient deux jours plus tard ou le lendemain au soir si ils se dépêchaient. Kerigan se mit de nouveau à penser et se rendit compte que son diction personnel ne pouvait être démenti par qui que ce soit. Il y avait toujours quelqu’un à combattre. Westeros regorgeait de danger : les Fer-nés, les Bandits tout en sachant que les amis d’aujourd’hui pouvaient se révéler comme les ennemis de demain…

Tout guerrier avait donc une bonne chance de mourir dans la gloire du combat et non pas dans l’indifférence générale. En y repensant, il trouva cela assez ironique puisqu’on lui avait inculqué que le combattant le plus redoutable n’était pas celui qui maniait le mieux son arme mais celui qui savait survivre. Si l’Etranger décidait que l’heure du reitre avait sonné, ce dernier connaîtrait donc obligatoirement une fin amère. Choisir entre l’indifférence et la défaite par plus fort que soit…ce serait comme choisir entre son identité et son orgueil bien portant.

Lorsque ils arrivèrent à la fin de leur périple, Hugo et Kerigan scrutait toujours chaque flanc de la route pavée avec attention. Mais, une fois arrivé de l’autre extrémité du Bois du Roi, ceux-ci semblèrent déjà on ne peut plus rassurés. Port Réal n’était plus qu’à quelques encablures. Mangeant sur le chemin, ils ne voulaient en aucune façon perdre le moindre quart d’heure ou la moindre demie heure. Lorsque la capitale se dessina à l’horizon, Kerigan ne profita qu’un bref instant de cette vue magnifique.

Il allait certainement devoir se museler et adopter une parfaite attitude de laquais ce qui était un affront pour un homme assez entier, avec un tel caractère. Cependant, il préféra positiver sur le moment en pensant aux nombreuses pièces métalliques qu’il allait amasser. Cela n’allait pas l’empêcher de protester dans sa barbe mais ça l’aiderait à vivre mieux cette épreuve. L’idée de passer à la taverne du coin ou au bordel pendant qu’Alysanne serait en grande discussion, dans des lieux où il n’aurait pas la permission d’entrée, traversa son esprit. Mais, le mercenaire rejeta cette idée presque aussitôt, non pas parce que ce n’était pas décent, mais parce que sous ses airs de guerrier intrépide et infatigable, se cachait un homme qui appréciait de temps à autre la paresse. De toute façon, il n’était même pas certain qu’il puisse bénéficier de la moindre permission. Alors, à quoi bon tenter d’imaginer le futur ?
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé

Général
Feuille de Personnage


Message

Revenir en haut Aller en bas

Rencontre à Pont l'Amer (Alysanne/Kerigan) [TERMINE]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Le pont de la constitution a VENISE
» Inauguration du Pont sur la Rivière Pendu
» [Salle à manger]Petit diner entre amis [TERMINE]
» Il suffit de passer le pont...
» le pont de singe

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-