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[TERMINE] Ciel obscur à l'aube d'une vie nouvelle. [Leo]

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Alysanne Florent
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Réfléchissez avant de croire,
informez-vous avant de réfléchir,
et doutez avant de vous informer.

♦ Missives : 2209
♦ Missives Aventure : 79
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 01/01/2012
♦ Célébrité : Viva Bianca dans 'Spartacus'©Starz
♦ Copyright : Avatar©Seamus et signature©Sargon.
♦ Doublons : Lantheïa, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 19 ans
♦ Mariage : /
♦ Lieu : Lancehélion
♦ Liens Utiles : Mémoires de la Maison Florent
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Message Ven 6 Jan 2012 - 21:09

Il y avait comme un relent de fumier sous le parfum des roses qui bordaient la clôture des champs. Mais ni les roses, ni le fumier, ni la terre détrempée de pluie ne parvenaient à occulter l'odeur tenace de sang, de crasse, de peur et de mort, qui se dégageait de la colonne de réfugiés. Alysanne talonna sa jument grise, pressée de creuser l'écart. Ce n'était pas le premier groupe de fuyards qu'elle croisait sur le chemin de Hautjardin. Ils titubaient vers l'est, vers l'intérieur des terres, jeunes et vieux, hommes et femmes usés par la marche, la faim, la soif, inexorablement poussés en avant par la menace venue de la mer. Certains avaient subi les assauts des Fer-nés et en portaient les stigmates, d'autres cherchaient simplement à se mettre à l'abri avant d'être attaqués. Tous avaient en commun le même objectif : s'éloigner des côtes. On voyait plus d'un chapelet de ce genre sur les sentiers du Bief, depuis le début des incursions.

« C'était une bonne idée d'opter pour la discrétion » releva Hugo, qui chevauchait à sa hauteur, une mèche de cheveux noirs lui tombant en travers du visage. « Si nous étions partis avec une escorte de gardes, nous aurions attiré l'attention. Ces réfugiés manquent de tout. Certains d'entre eux n'auraient pas de scrupules à détrousser une demoiselle noble pour augmenter leurs chances de s'en sortir. »

Alysanne tourna un instant la tête vers son cousin, puis reporta son regard sur le chemin de terre battue qui s'étirait vers le nord. Le vent avait repoussé la capuche de sa cape de voyage de simple laine grise qui flottait par intermittence derrière elle, encore humide de la dernière averse.

« L'or ne remplit pas un ventre vide, soupira-t-elle. Avec la sécheresse qui s'achève à peine, ils auront du mal à trouver de la nourriture. Au moins, le retour des pluies aura résolu le problème de l'eau. »

Septa Lysa poussa sa monture en avant pour se placer à sa gauche. Fatiguée d'être à cheval, la dévôte se tortillait sur sa selle comme si elle avait des puces. « La Mère a entendu nos prières, affirma-t-elle en levant les yeux vers les nuages gris qui masquaient le soleil.

- Il faut croire que l’âge a émoussé ses sens, si elle ne les avait pas entendues jusqu’ici, commenta Alysanne d'un ton froid, repensant aux longs mois de canicule qui avaient tant éprouvé son peuple.

- C'est qu'il ne devait pas être facile d'adoucir la colère du Père, rétorqua la septa en fronçant les sourcils. Voyez les régions qui ont été dévastées par la sécheresse : le Bief, Dorne... des terres dont les habitants sont réputés pour leurs penchants à la lubricité, l’insouciance, l’orgueil... Ce fléau était un châtiment et vous devriez remercier les dieux de leur clémence, au lieu de mettre en doute leur compassion.

Alysanne haussa les épaules et rétorqua avec ironie :

-  Dans ce cas, le retour de la pluie signifie que nous avons reçu l’absolution. Quelle merveilleuse nouvelle ! Je me sens moi-même plus légère depuis quelques jours, comme si tout le fiel de mon âme avait été consumé dans la fournaise de l'été.

- Si vous vous croyez pure, ma Dame, grinça la septa qui la connaissait depuis son enfance, puisse l’Aïeule venir à vous et repousser de sa lanterne les ténèbres d’ignorance qui vous entourent… »

Vos yeux habitués à l’obscurité en seraient éblouis
, commenta Alysanne en son for.

- Quoi, et vous voir inexorablement éloignée de moi ? Vous me manqueriez trop. »

Elle poussa sa jument à accélérer et mit une bonne distance entre elles. Un semblant de sourire au coin des lèvres, Hugo la rejoignit, laissant la septa fulminer en silence. Il aurait juré voir de la fumée lui sortir par les oreilles.

Un peu plus tard, alors que la journée était bien entamée, ils atteignirent les abords d'un calme hameau, quelques maisonnettes perchées ici et là sur les douces ondulations d'un paysage bucolique. Au pied d'une butte surmontée d'un chêne titanesque dont la ramure commençait à prendre des reflets dorés, deux garçons s'étaient arrêtés pour grignoter un bout de fromage couleur paille.

« Holà ! lança Hugo. Bien le bonjour, jeunes gens. » Ils lui jetèrent un coup d’œil méfiant. Hugo n'inspirait jamais confiance au premier abord. La faute à son allure débraillée, à ses traits durs ou à sa mine sinistre, difficile à dire. «  Juste un mot. Je veux savoir si nous sommes près de Hautjardin ? »

Le plus jeune des deux garçons devait avoir treize ans et portait à la ceinture une vieille épée rouillée dont il serrait le pommeau d’une main crispée. Sous son nez épaté frémissait un duvet de poussin prétendant au titre de moustache. Son acolyte, qui devait être son frère à en juger par leur ressemblance, semblait à peine plus âgé. Une lourde faux était calée contre son talon, étendard de fer déployé comme une menace au-dessus du chaume désordonné de ses cheveux blonds.
 
« N'êtes plus très loin, Messer, lâcha ce dernier. Encore un effort et vous s’rez en vue du château avant la tombée du jour. »
 
« Les Sept soient loués » murmura Septa Lysa, qui n'en pouvait plus de monter et de prendre la pluie.
 
Alysanne avait hâte d'arriver au château, elle aussi. On peut dire ce qu’on veut des Tyrell mais ils savent recevoir. « Merci du renseignement, répondit-elle avec un signe de tête amical. Si ce n'est pas trop indiscret, puis-je vous demander où vous allez, tous les deux ? Vous m'avez l'air parés pour un faire un bout de chemin. »
 
« Oui m'Dame. Moi et p'tit Jon, on va rejoindre les armées de Lord Tarly. On va défendre le Bief ! Si on se débrouille bien, on trouvera p't'êt un chevalier qui nous prenne sous son aile ! »
 
Alysanne plissa les yeux d’un air indéchiffrable. « Tous les garçons du Bief sont les mêmes, hein ? Une terre, un peuple, un rêve…

- Pas tous, corrigea Hugo. Il n'avait jamais rêvé d'être chevalier ; il l'avait décidé. Avec des motifs beaucoup plus pragmatiques que romantiques. S'enrichir dans les tournois, manger à la table des seigneurs, les avantages ne manquaient pas pour un bâtard sans autre talent que celui des armes.
 
« Vous ne voulez pas nous prendre comme écuyers par hasard ? » demanda le gamin qui traînait la vieille épée, sans doute une relique de famille.

« Je ne prends pas d'écuyer, désolé », répliqua Hugo d'un ton sec. C'était sa manière habituelle de s'exprimer, rien de personnel. « Bon courage, vous deux. »

Le gamin hocha la tête et retourna à son bout de fromage rassis. L'aîné les regarda s'éloigner, campé sur la butte avec sa grande faux.

« Puissent-ils vaincre au combat ou périr courageusement, auréolés d’une gloire éternelle, pria Septa Lysa.

- Nul doute que la gloire leur sera d’un chaud réconfort dans le froid de la tombe,
jeta Alysanne avec amertume. Hâtons-nous, la pluie recommence à tomber. » Elle releva sa capuche.

Quand Hautjardin se dessina enfin à l'horizon, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il y avait toujours quelque chose d'irréel, de magique dans ce tableau, qui vous laissait sans voix. Des lignes d'une élégance et d'une délicatesse infinie, l'herbe fraîchement poussée redonnant au château son écrin d'un vert éclatant, les jardins dont les parfums d'été revivaient sous la bruine. Dernières fragrances, dernières fulgurances de couleurs avant l'apaisement automnal.

«  Nous y sommes. »


C'était un point de départ, plus qu'un point final. De là, elle s'élancerait bientôt sur les routes de Westeros pour chercher un époux, comme elle l'avait promis à son père, Lord Danwell Florent. Plus qu'un époux. Un avenir. Ce que je ferai, ce que je serai. Où je vivrai. Et ce, pour le restant de mes jours. Ce choix était tout. Peut-être Lord Tyrell aura-t-il des pistes à me donner. S'il daigne m'accorder un peu de son temps. Il a beau être galant, d'autres affaires plus pressantes doivent l'occuper en ce moment. Hautjardin serait au moins un lieu de choix pour s'informer sur la situation militaire. Elle avait ouï dire que Lord Tarly était en route pour Hautjardin, lui aussi. Peut-être était-il déjà là. Elle serait ainsi avertie des risques pesant sur le Bief... et Rubriant, plus particulièrement, où elle avait laissé ceux qui lui étaient chers.

Lorsqu'ils atteignirent les abord du château, de nombreux gardes sillonnaient les environs. Elle prit soin de dégrafer sa cape toute simple avant de se faire connaître d'eux, afin de laisser voir sa robe de monte de belle qualité, témoin de sa condition. Le lin vert d'eau, fendu sur des braies légères pour la chevauchée, arborait des broderies d'une grande finesse et des fleurs de perles grises au corsage. Si la discrétion était de mise sur les routes, une fois en vue du château, l'inverse devenait vrai. S'étant présentée ainsi que ses compagnons, elle se laissa guider dans le domaine jusqu'aux écuries où ils confièrent leurs chevaux aux palefreniers et leurs bagages à des laquais. Hugo insista pour s'occuper de son cheval et Alysanne le laissa là.

Alors qu'elle arpentait les corridors, la beauté ensorcelante du château lui serra le cœur. « Hautjardin devrait être nôtre », se rappela-t-elle. C'était la rengaine sans cesse reprise, sur tous les tons, de son grand-père, celle qu'il avait soutenue contre vents et marées. Les Florent avaient selon lui des prétentions plus valables que les Tyrell sur le domaine et ses titres. Un point délicat de généalogie et de droit. Alysanne n'avait jamais réussi à trancher clairement la question. Son propre père inclinait à penser comme son aïeul, mais il avait eu le bon sens de reconnaître l'inanité d'une revendication en bonne et due forme dans la situation actuelle, et son honneur lui interdisait d'intriguer sournoisement pour recouvrer son bien.

Elle avait en tout cas l'intention de savourer son séjour en ces lieux. A peine lui avait-on trouvé une chambre et apporté ses bagages qu'elle se vit avec bonheur proposer un bain. L'heure du dîner approchait et elle avait besoin de se rendre présentable. C'est ainsi qu'elle se trouva bientôt fort occupée à mariner en toute quiétude dans une eau chaude au parfum d'orange, enfin oublieuse des réfugiés, des raids des Fer-nés et du danger que ceux-ci faisaient planer sur sa famille... Elle se demandait si on lui ferait l'honneur de la convier à dîner avec la famille Tyrell... son rang supposait certains égards, mais par ces temps troublés, les codes pouvaient être légitimement bousculés...




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 


Dernière édition par Alysanne Florent le Ven 20 Jan 2012 - 16:15, édité 1 fois
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Message Lun 9 Jan 2012 - 1:11

Lady Amelia Tyrell n'était pas tout à fait satisfaite des dernières nouvelles qui lui étaient parvenues. Ainsi n'importe qui pouvait entrer dans le château, s'y inviter, y obtenir une chambre et se voir proposer un bain ! Un bain ! C'était impensable, son fils était-il le tenancier bedonnant d'une auberge pour ainsi ouvrir sa porte au premier cul-terreux venu ? Le mécontentement de la vieille dame atteignit son paroxysme quand elle découvrit l'identité de la nouvelle-venue. Une Florent, à Hautjardin ! Autant dire un rat dans le grenier à grain. Amelia n'aimait guère ces parvenus de Rubriant, elle se souvenait avec amertume et déplaisir du père de l'actuel seigneur de la maison Florent, cet énergumène incontinent qui n'avait jamais caché toute l'antipathie que lui inspirait ses suzerains. Encore un idiot qui n'avait pas compris que les Tyrell tenaient leur suzeraineté sur Hautjardin non pas de leurs liens avec les anciens rois du Bief, mais bien du bon-vouloir des Targaryen qui leur en avaient rendu les clefs après la mort du dernier roi Jardinier. Les renards de Rubriant avaient tendance à l'oublier et à se cacher, pleutres infâmes, derrière des faux constats de pure généalogie. Ces Florent étaient des gens mal élevés, rien de plus, rien de moins, et aux yeux de la vieille dame, la demoiselle n'était qu'une punaise venue déranger l'harmonie de leurs jardins.

Mais lady Amelia n'était pas étrangère au formidable accueil qu'avait reçu lady Alysanne. Rien ne pouvait échapper à la vieille dame et à peine la demoiselle de Rubriant avait-elle franchie les portes des jardins que déjà la mère de Leo avait été mise au courant et avait organisé pour elle à la demande de son fils une grande réception. D'abord on lui offrit une chambre parmi les meilleures et on lui proposa de prendre un bain, luxe particulièrement rare et précieux de nos jours car même si l'été semblait déjà bien loin à la faveur de l'automne nouveau, l'heure était toujours à la guerre, ce qui imposait certaines restrictions. Pour l'accueil de la petite-fille d'un homme qu'elle détestait, lady Amelia n'avait pas lésiné. Elle ordonna même qu'un dîner très spécial soit préparé justement pour permettre à son fils de rencontre la demoiselle et pour permettre à cette dernière de voir d'un peu plus près qui étaient vraiment les Tyrell. Le repas aurait lieu quand le soir serait tombé, dans un salon de taille modeste pour donner à l'ambiance une touche d'intimité et de convivialité. Y seraient conviés non pas tous les membres de la maison Tyrell, mais seulement lady Amelia qui présiderait le repas, son fils, et lady Alysanne Florent qu'on enverrait chercher. Le salon choisi par Amelia était très particulier puisqu'il était essentiellement peu meublé, et surtout ses murs étaient ornés de tapisseries vantant la gloire et les mérites de la maison Tyrell. L'une d'elle représentait d'ailleurs nul autre que Leo le Long Dard en personne, à cheval et pointant sa lance de bataille vers l'ennemi en contrebas. La table où ils dîneraient était rectangulaire, couverte d'une épaisse nappe verte brodée par endroit de la rose d'or dont les champs alentours faisaient la fierté et la gloire de Hautjardin. Le repas serait simple, presque frugal, même si frugal dans la bouche d'un Tyrell était synonyme de festin... Tous les plats avaient été disposés sur la table et Leo et sa mère, assis de part et d'autres de la table, se faisaient face, lady Amelia plantant ses dents jaunies dans une tartine quand Leo se contentait de boire le contenu de son gobelet d'argent, un excellent de la Treille sorti pour l'occasion. Dans un coin de la salle, un échanson muet se tenait prêt à servir ses maîtres à table et à verser du vin dans leurs timbales.


« Je persiste à croire qu'il est temps de la faire appeler. Mère ? »

Leo connaissait bien sa mère et savait quel plaisir elle prenait à débuter ce repas sans attendre la présence de celle pourtant qui ce soir était à table à l'honneur. Le dîner avait pourtant était annoncé à tous les autres qui ces jours-ci logeaient à Hautjardin mais qui ce soit ne mangerait pas à la table des Tyrell. Les épines d'Amelia Tyrell étaient parmi les plus acérées de leurs jardins, il le savait, et s'estimait chanceux d'être le fils d'une telle femme, si dangereuse, si imprévisible. Elle ne lui répondit pas, toujours occupée à déguster sa tartine dans le plus complet des silences. Pour autant ce silence ne dissimulait guère son petit air satisfait.

« Mère ? »

Elle n'attendit pas moins d'avoir achevé les dernières bouchées de sa tartine pour répondre à Leo d'un voix sèche mais victorieuse.

« Notre invitée est en retard. Ou bien le coursier s'est-il perdu en route... qu'en dis-tu, mon fils ? »

Pour toute réponse, Leo se contenta d'un signe de la main en direction de l'échanson muet qui comprit qu'il devait tout de suite donner l'ordre au coursier qui attendait derrière la porte du salon d'aller quérir la présence de lady Alysanne Florent. Leo n'ajouta pas un mot en attendant leur invitée, il se contenta de piquer dans les plats quelques mets qu'il déposa dans son assiette afin de commencer à manger. Sa mère quant à elle savourait autant la situation qu'elle dégustait à présent une cuisse de poularde particulièrement juteuse. Elle en déposait l'os devant elle quand lady Alysanne apparut à la porte qu'on venait de rouvrir en annonçant l'identité de la nouvelle-venue.

« Vous voilà enfin ! Je craignais que vous ne méprisiez notre invitation à dîner. »

Amelia avait parlé sans même la regarder, et avait même saisi de ses doigts gourmands quelques légumes confits qu'elle porta à sa bouche avec toute la dignité d'une grande dame. Leo quant à lui observa sa mère avec un sourire avant de se lever pour aller au devant de son invitée devant laquelle il s'inclina avant de saisir la main qu'elle lui tendait pour y apposer le cérémonial baiser.

« Soyez la bienvenue à Hautjardin. C'est un plaisir que de vous convier à ma table. Prenez place, et discutons un peu. Vous connaissez certainement lady Amelia. »

Il l'accompagna jusqu'à une chaise qu'il tira pour elle. Il ordonna d'un geste de la main à l'échanson d'emplir la timbale de lady Alysanne et se rassit à sa place en face de sa mère qui d'un œil sévère observait cette lady Alysanne Florent qui ne lui inspirait rien de bien palpitant.

« Alors, jeune fille, comment se porte Rubriant ? »


Dernière édition par Leo Tyrell le Mar 10 Jan 2012 - 17:40, édité 1 fois
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Alysanne Florent
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Message Lun 9 Jan 2012 - 22:40

La chambre qui lui avait été attribuée était spacieuse et confortable. Les Tyrell avaient toujours été d’excellents hôtes et Alysanne n’avait pas douté de trouver chez eux bon accueil, mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander quels étaient leurs sentiments à son égard. La bonne administration de Lord Florent avait fait de Rubriant l’un des fiefs l’un des plus prospères et les plus agréables à vivre du Bief... de quoi faire de l’ombre, à l’occasion, à l’orgueil de Hautjardin. Pour sa part, elle n'avait ni amour ni haine pour les Tyrell, et aucune intention de tisonner les vieilles querelles.

Sortie du bain, elle prit le temps de se coiffer avant d'enfiler une robe mêlant le bleu pâle des bleuets au beige doré d’un champ de lin. Elle choisit ensuite ses bijoux : une broche dorée en forme de renard, des boucles d’oreilles en forme de minuscules roses bleues. Elle noua dans ses cheveux un ruban de velours bleu et convint devant son miroir que sa mise était appropriée aux circonstances : ni humble, ni prétentieuse.
 
Sur ces entrefaites, Septa Lysa lui rendit une visite inopportune, droite et raide dans son inaltérable dignité, les narines frémissant de colère contenue.

« Vous semblez bien contrariée, septa, nota Alysanne après l'avoir introduite. Quel est le problème ? 
- Ma Dame... »

Septa Lysa prit une longue inspiration avant de lâcher son grief sur la table. « Loin de moi l’idée de critiquer vos décisions, mais… je dois bien avouer qu’il m'en coûte de dormir sous ce toît.

- Hautjardin est sur ma route. La moindre des courtoisies est de payer hommage à mon seigneur suzerain, rétorqua Alysanne en haussant les épaules. Pourquoi tant de gêne ? Les serviteurs vous auraient-ils offensée d’une quelconque manière ?

- Nullement. Mais... vous n'êtes pas sans savoir... la réputation de la Maison... »

Sa retenue naturelle l'empêchait d'aller plus loin ; avait-elle peur de salir sa bouche en évoquant les péchés réels ou imaginaires des Tyrell ?« Quoi donc ? » s'enquit Alysanne, interloquée.

Serrant son cristal à sept faces à s'en faire blanchir les phalanges, la religieuse lâcha finalement d'un air scandalisé : «Vous rendez-vous compte que le seigneur de cette maison, son plus illustre et auguste représentant, a commis hors mariage le péché de chair ? » Un frisson la parcourut, comme si le simple fait d'avoir énoncé cela à voix haute pouvait faire retomber sur son humble personne le courroux du Père.

Alysanne n'en croyait pas ses oreilles.« Oh ! … cette histoire éculée ? Ce petit écart avec sa fiancée? La plupart des gens en font des plaisanteries, vous savez, pas des insomnies. Ne pourriez-vous simplement essayer d’en rire, comme tout le monde ? »

Le visage de la septa se contracta méchamment. « Le rire est un souffle diabolique qui déforme les ligaments du visage et fait ressembler l'homme au singe. Une femme pieuse et vertueuse ne s'abaisse pas à ces manifestations bestiales.

- Triste philosophie. Dans ce cas, permettez-moi de vous rappeler que mon oncle a semé des bâtards dans tout le Bief. Cela ne vous empêche pas de vivre avec nous au château.

- J'évite toujours de me trouver dans la même pièce que Ser Jon. Le Père sait pourtant que j’ai tenté de redresser son âme fourvoyée…

- Gardez-vous bien d’essayer de redresser l’âme de Lord Tyrell ! Ou même d’évoquer ce sujet avec les gens de sa maisonnée. Je ne permettrai pas que vous offensiez notre hôte. »

Septa Lysa s'inclina de mauvaise grâce. « Fort bien, ma Dame. Je pense que je passerai notre séjour en prière à la chapelle. » Sur ce, elle se retira dans un léger froufroutement de ses robes austères. A peine était-elle partie s'user les genoux sur les dalles du septuaire qu’Hugo lui succédait.

« On en apprend de belles, par ici, dit-il en entrant en coup de vent.

- Quoi ? Ne me dis pas que toi aussi, tu t’intéresses aux péchés de Lord Tyrell ? s'exclama Alysanne qui s'affairait à mettre de l'ordre dans ses affaires.

- Quels péchés ? On lui donnerait l’absolution sans confession. Même les vents de Lord Parfait doivent avoir un parfum de rose. Je pensais plutôt à ses fréquentations. J’ai un peu bavassé avec les gardes et la valetaille. Il paraît que Clarence Hightower est arrivé ici il y a quelques jours. Le bruit court qu’il vient d’être nommé Grand Argentier du royaume…»

Ça, c'était une nouvelle. Clarence Hightower. Il ne manque pas de ressources, à ce qu'il paraît. Et il a fait halte à Hautjardin. Je ferais bien de me tenir au courant de ses faits et gestes. Qui sait ce que les Tyrell sont prêts à faire pour renforcer leur position dans le Bief… et avec l'appui du Grand Argentier... L'évidence la frappa de plein fouet. Port-Réal. Je dois trouver un époux à Port-Réal. C'est le cœur du royaume. La matrice de toutes les intrigues. Si je dois servir ma famille, c'est le meilleur endroit pour le faire. Nous avons trop longtemps ignoré ce simple fait...

Hugo la regardait calmement, attendant sa réaction, une mèche noire devant les yeux.

« Intéressant, commenta-t-elle. Merci de l'information. Autre chose ?

- Les hommes de Tarly sont partout. Il est sans doute ici, lui aussi. Très absorbé par l'élaboration de la stratégie militaire à employer contre les Fer-nés, sans doute. Je ne l'ai pas aperçu.


- Espérons que ses efforts porteront leurs fruits. Lord Tyrell acceptera peut-être de m’informer de la situation. Aux dernières nouvelles les attaques s’étaient déportées vers le nord. C'est tout ce que tu as entendu ? »

Il s'accota contre un montant du lit à baldaquins et croisa les bras d'un air détaché.

- Loin de là. J'ai appris que Tristan n’est pas ici. Il est parti à Castral Roc avec sa promise, la petite lionne… Et j’ai aperçu de loin Lady Amelia qui donnait des ordres à ses serviteurs. Tu aurais vu sa tête ! On aurait dit qu’elle venait d'avaler un serpent. Si tu as l’intention de dîner avec elle, je peux te prêter mon armure.

- La courtoisie d’une dame est son armure, répliqua Alysanne en souriant.

- Tu tiens vraiment à avoir de bonnes relations avec eux, hein ? Pourquoi ? Je veux dire, ils sont tellement… tellement… Tyrell», lâcha-t-il d'un petit air mi-perplexe, mi-écoeuré.

Alysanne s'assit sur le lit en soupirant. « Mon père a passé le plus clair de son enfance à supporter les récriminations de son propre père contre les Tyrell. Il l’a vu négliger ses devoirs de Lord pour s’épuiser en intrigues inutiles, l’a entendu grincer des dents dans ses nuits sans repos… alors même que sa dame avait compris de longue date que les jeux étaient faits : honorables ou pas, légitimes ou pas, les Tyrell ont de fait une influence contre laquelle nous ne pouvons rien. Quand mon père est devenu seigneur de Rubriant, il s’est juré de ne pas poursuivre cette guerre vaine, cette guerre froide qui avait hanté son enfance et que sa mère abhorrait. Nous n'avons eu qu'à nous en féliciter. Je ne tiens pas à fouler au pied cette paix fraîchement éclose.

- Je comprends, admit-il d'un air pensif. Eh ! Bien, bon courage. J'ai peu de chances d'être convié à la table d'honneur ; on se verra demain. »

Elle le regarda partir et fermer la porte, avant de s'étendre sur le lit. Cette journée de chevauchée avait été épuisante. Ses paupières papillotèrent...

… et elle se réveilla nez à nez avec un serviteur qui toussotait d'un air embarrassé.

« Hum. Ma Dame ? Je vous prie de m'excuser. Sa Seigneurie Lord Tyrell et Lady Amelia ont l'honneur de vous convier à dîner en leur compagnie, s'il vous agrée... » 

Elle se redressa tranquillement, accommoda sa vision et sourit pour le mettre à l'aise.

« C'est trop aimable de leur part. Ce serait pour moi un privilège » répondit-elle en ajustant sa coiffure.

Elle suivit le domestique jusqu'à la salle choisie pour le dîner. C'était une salle agréable, sobre mais élégamment décorée, avec une table joliment dressée. Lady Amelia n'avait pas attendu son invitée pour satisfaire son appétit. Voilà qui promet.

« Vous voilà enfin ! Je craignais que vous ne méprisiez notre invitation à dîner » jeta la vieille dame sans même la regarder.

La pique glissa sur Alysanne comme la pluie sur les plumes d’un canard. Elle feignit d’ignorer la remarque comme on feint poliment de ne pas voir la bave sur le menton d’une grand-mère gâteuse. Lord Tyrell s'était déjà levé pour l'accueillir. Elle accepta gracieusement son baise-main, ses salutations et la place qu'il lui offrait à table. « Lord Tyrell, c'est un honneur de partager votre dîner. Lady Amelia, quel plaisir de vous voir. Le temps ne semble pas avoir prise sur vous. »
 
C'était vrai... en un sens : cette chère Amelia ne changeait pas. Etait incapable de changer, sans doute... bien qu'elle eût fait son temps. Elle avait porté haut les couleurs de la famille Tyrell, au prix d'une réputation détestable. Avait préparé son fils à cultiver les graines qu’elle avait semées. Ce fils, aujourd'hui, pérennisait son héritage en apprenant aux seigneurs du Bief à se réjouir de sa suzeraineté. Mais Lady Amelia versait du vinaigre là où Leo versait du miel. C'était une ronce plus qu'une rose, une ronce vénéneuse de surcroît, qui déparait le beau jardin des Tyrell. Du moins était-ce l'image que ses actes lui avaient valu à Rubriant.

« Alors, jeune fille, comment se porte Rubriant ? »
s'enquit Leo Tyrell.
 
« Mon père vous transmet ses amitiés. Il serait ravi de vous inviter, si la situation était moins trouble...  » Elle repensa à Rubriant, où la vie était si douce... Pas seulement parce que les Florent bénéficiaient d’une fortune considérable, mais aussi parce que l'actuel Lord avait choisi de faire fructifier ses acquis au lieu de courir comme un âne après d’insaisissables carottes. Là où d’autres nobles intriguaient sans repos, la haine et l’envie entortillées comme des serpents au creux du ventre, il avait décidé de vivre, tout simplement. « Nous avons souffert de la sécheresse, bien sûr, mais nous en avons moins pâti que beaucoup d'autres. Il se trouve que Mestre Josua, qui a la passion des plantes, incite régulièrement mon père à importer des semences exotiques dont nos paysans expérimentent la culture. Certaines de ces variétés se sont révélées remarquablement peu gourmandes en eau. Des laitues à feuilles épaisses, des épinards acidulés, des radis venus d’orient... Cela nous a permis de pallier au plus urgent, même si nous avons dû puiser dans nos réserves, comme tout le monde.»

Elle prit une gorgée de vin et inclina la tête d'un air appréciateur, avant de s'assombrir en songeant aux événements qui avaient déclenché son voyage. «Hélas, aujourd'hui, d'autres soucis restent à régler. Les attaques des Fer-nés se poursuivent. Mon père a rassemblé son ost, environ deux milles hommes, autour de Rubriant. Sa cécité l'empêchera bien sûr de se joindre au combat ; c'est à mon frère et à mon oncle que reviendra le commandement sur le champ de bataille. Ils se tiennent prêts à suivre vos directives.»
 
Elle ne put s'empêcher de comparer intérieurement le dévouement de ses proches aux calculs des Tyrell lors de la rébellion Feunoyr. A l'époque, une bonne partie de la noblesse locale s’était indignée de voir Hautjardin se contenter d'une démonstration de force. C’était là une attitude rusée, bien pensée, et elle s’était révélée judicieuse… mais ce n’était pas là l’esprit chevaleresque du Bief. L’honneur exigeait de se lancer dans la bataille avant tous les autres, de défendre avec bravoure le Trône de Fer contre l’usurpateur. Peut-être était-ce là, au fond, que résidait le nœud de leurs différends... dans cet écart de valeurs. Lord Tyrell aurait beau jeu, s'il le souhaitait, de sacrifier son frère Aladore au combat... C'était toutefois peu probable : la mort de l'héritier des Florent avait peu de chances de lui rapporter un quelconque bénéfice.
 
« Pour ma part, je me rends chez ma sœur à Darry. Ma présence à Rubriant est superflue et mon père préfère me savoir loin des côtes occidentales. Ma petite sœur Caylis me rejoindra probablement si la situation ne s'améliore pas. Pour l'instant, elle préfère rester auprès de Lady Falyse qui est comme une mère pour elle. »
 
Elle n'allait pas parler de l’objet véritable de sa quête devant Lady Amelia, au risque de se voir vanter les mérites d’un barbon à moitié sénile, d’un simplet ou d’un bossu issus de maisons sans envergure... Par ailleurs la dame pouvait lui mettre des bâtons dans les roues si elle redoutait un trop bon mariage.

« Quoi qu'il en soit, je ne vous importunerai pas longtemps. J'ai l'intention de prendre une barge pour remonter la Mander, dès que j'aurai trouvé un batelier disposé à me prendre à son bord. »

Avec un peu de chance, la galanterie de Leo associée à la hâte de sa mère à la voir partir les inciteraient à lui prêter une de leurs barges de plaisance... mais elle ne souhaitait pas en faire la demande. Elle ne tenait pas particulièrement à leur être redevable.




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Dernière édition par Alysanne Florent le Mar 10 Jan 2012 - 13:02, édité 1 fois
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Message Mar 10 Jan 2012 - 1:31

 « Ma chère, je ne voudrais pas minimiser tout l'intérêt que je porte au domaine de vos aïeux et croyez bien que la situation de Rubriant m'est chère, mais... n'oubliez-vous pas quelque chose ? »

Leo était très gêné. Lady Alysanne lui était sympathique et pourtant elle avait commis un impair difficilement justifiable, même pour un membre d'une maison aussi éminente et prestigieuse que l'était la maison Florent. Il avait écouté avec patience le récit très laudatif qu'elle avait fait des dernières aventures et mésaventures de Rubriant dont les terres avaient successivement été la proie de la sécheresse, de la canicule et des razzias fer-nées. Sans doute lady Alysanne se sentait-elle concernée par le triste sort que les Sept réservaient aux terres de ses aïeux, mais cela excusait-il pour autant la discourtoisie la plus primaire ? Même s'il s'agissait d'un stratagème de sa délicieuse mère pour fragiliser la situation de lady Alysanne à Hautjardin dès son arrivée, elle n'en demeurait pas moins en retard et si elle avait été plus courtoise, elle n'aurait pas oublié de présenter ses excuses à ses hôtes, et surtout elle n'aurait ignoré la remarque, même acide, de son aînée. Son âge et son statut n'imposait-il pas la déférence ? La demoiselle semblait à cheval sur les questions de bienséance, alors peut-être devrait-elle elle-même se résoudre à obéir aux lois intemporelles de la préséance... Pour autant Leo demeurait gêné, car elle ne lui apparaissait non pas comme une vipère, mais plutôt comme une femme de goût aux manières policées, de ces femmes qui font les parfaites épouses et les parfaits conseillers. Lady Amelia ne laissa pas même à la demoiselle le temps de s'expliquer.

 « Allons, Leo, ce n'est pas grave, nous sommes sûrement trop peu dignes de la courtoisie de cette jeune femme. C'est regrettable, je pensais vraiment que Danwell Florent avait mieux éduquer ses enfants mais de toute évidence, la discipline n'est plus à Rubriant ce qu'elle était autrefois. Mais c'est assez de bavarder comme cela, j'aime autant que les choses soient claires dès le départ. »

Lady Amelia s'essuya délicatement le revers des lèvres du bout de sa serviette. Elle observa ensuite son fils avec un sourire tout en reprenant de plus belle avant que la « jeune fille » ait pu dire quoi que ce soit.

 « Voyez ma chère, je vais être franche avec vous. Je ne pourrai jamais me défaire d'une certaine méfiance à l'égard des gens de votre famille. La vieille rivalité entretenue de longue date entre les Tyrell et les Florent m'est chère, car du temps du père de ce jeune homme, » elle désignait Leo qui la gratifia d'un sourire presque béat, « votre grand-père a fait de Rubriant une énorme épine dans le pieds des Tyrell. Nous avions des ennemis à nos frontières et pourtant c'est encore au cœur de nos domaines que les plus grandes menaces ombrageaient nos jardins. Croyez-le ou non, mais je ne souhaite pas que cette inimitié qui s'est tue pour n'être plus aujourd'hui qu'un vague souvenir soit ravivée par les petits plaisirs orgueilleux d'une péronnelle incapable de tenir son rang. C'est un fait, je ne pourrais jamais porter les Florent dans mon cœur cependant si vous êtes comme je le pense la seule graine intéressante semée par votre père, je pense que je peux faire un effort et tâcher de vous considérer non pas comme la petite-fille d'un putois, mais bel et bien comme la fille d'un homme honorable et assez perspicace pour connaître ses intérêts. J'ai cependant eu ce que j'étais venu chercher et je vais donc me retirer. Si vous ne partez pas demain, je vous attends pour une promenade dans les jardins, quand sonneront les cloches de la mi-matinée. »

Elle se leva avec grâce et dignité, laissant sa chaise derrière et après avoir salué son fils et leur invitée, elle quitta le salon pour rejoindre ses quartiers. Incroyable, c'est le mot qui venait à l'esprit de Leo dont le cœur attendri gardait toute l'admiration et la fascination que lui inspirait sa génitrice. Immédiatement après le départ de sa mère, dans un élan presque paternel à l'égard de cette jeune fille qui aurait pu être la sienne, Leo reprit la parole tout en ordonnant à l'échanson de servir à nouveau le vin.

 « Il y a des choses qui ne changeront jamais. Les méthodes de Lady Amelia sont indiscutablement étonnantes, mais croyez bien que si nos contrées verdoyantes se portent aussi bien, elle y est pour beaucoup. Les ennemis de la Rose sont nombreux, mais cela vous le savez. Quant aux inimitiés traditionnelles entre nos deux familles... elles avaient sans doute leur pertinence dans les premières années qui ont suivi la Conquête, mais aujourd'hui, il n'en reste rien à mes yeux qu'une petite querelle de bonne mémoire, de quoi se maintenir en forme. Ne croyez pas pour autant que cela doit gâcher notre dîner. Vous êtes mon invitée et j'ai à cœur de vous être agréable. »

Leo était sincère et cela s'entendait peut-être. Il se sentait très concerné par les affaires de Rubriant, bien qu'elles fussent celles d'une maison rivale et dont les prétentions allaient jusqu'à briguer la suzeraineté du Bief et les clefs de Hautjardin. Mais les Florent étaient ses vassaux et ils leur devaient la protection en tant que suzerain. Il ne connaissait pas très bien les enfants de Danwell Florent et lady Alysanne, de passage à Hautjardin, lui donnait l'occasion d'en apprendre davantage sur eux et pourquoi pas d'initier un rapprochement avec Rubriant. Peut-être même lui donnerait-elle l'envie d'intégrer les Florent à ses plans à long terme ? Il n'attendit pas qu'elle réagisse pour poursuivre ce qui semblait être un monologue. Mais s'il n'avait pas laissé la parole à la demoiselle, c'était avant tout pour qu'elle saisisse toutes ses intentions dans leur vérité et leur pureté. Les Tyrell avaient la réputation d'être parmi les plus fourbes et les plus fausses personnes des Sept couronnes, mais ils étaient bien pire en réalité. Mais il y avait un temps pour tout et l'heure était dans la bouche de Leo à la sincérité autant qu'à la franchise. Nul doute qu'Alysane y serait sensible.

 « Je suis heureux de constater qu'à Hautjardin comme partout aux alentours dans notre beau pays les initiatives concluantes affluent comme les eaux de nos fleuves à l'océan pour porter les solutions aux problèmes terribles que nous confrontons depuis ces dernières années. Leslyn Tarly, Clarence Hightower, et maintenant vous ! On me prête bien des qualités, mais je suis heureux de pouvoir compter sur des vassaux exemplaires et méritants. Toutefois vous avez éveillé ma curiosité et je ne peux retenir cette question... accepteriez-vous d'effectuer pour moi un supplément de voyage dans le Conflans ? »

La question pouvait paraître hors de propos et brutale, mais elle n'en était pas moins posée avec sérieux et conviction, même si le ton de Leo était celui de la conversation. Il n'était pas tout fait sûr de pouvoir faire confiance à lady Alysanne, alors il préférait ne pas hâter la conversation et attendre qu'elle lui donne toutes les preuves de sa bonne foi, de sa bonne volonté, et de sa loyauté. La plupart des vassaux qu'il avait reçu à Hautjardin lui avait semblé digne de confiance, et ainsi Clarence avait-il reçu comme Leslyn une mission plus ou moins officielle de leur suzerain. Alysanne entrerait peut-être dans ce cercle, tout dépendrait d'elle. Quant à sa mère, Leo ne savait trop quoi penser de sa décision de quitter le repas avant même qu'il n'ait pris fin. Elle avait certainement des projets pour Alysane, mais nul doute qu'elle ne souhaitait les partager qu'avec elle, sinon il serait déjà au courant. C'était assez perturbant, mais il n'y avait rien que lady Amelia s'abaisse à accomplir gratuitement. Là encore, elle avait la décence, comme lui, de laisser la main à la demoiselle de Rubriant qui déciderait seule, finalement, des fruits que porteraient sa halte à Hautjardin.
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Alysanne Florent
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Message Mar 10 Jan 2012 - 12:33

Alysanne se protégeait derrière son « armure » de courtoisie. Toutefois elle se demandait si c'était approprié. Car une armure est une barrière qui invite à la méfiance et la distance. Elle décida de se montrer plus ouverte, plus directe. Sans cela il serait impossible de créer avec son suzerain une relation de confiance. Calmement, sans animosité, elle déclara :

« Mon seigneur, je vous remercie de vos aimables paroles. Avant de répondre à votre question, permettez-moi tout d'abord de clarifier les choses. De quoi devrais-je m'excuser exactement ? D'avoir été le jouet d'une farce ? J'ai suivi sans attendre votre coursier. J’en déduis que le retard était dans votre invitation et non dans mon arrivée. Et il était trop évident que ce délai n'était pas le fait du serviteur. Faire fi était pour moi la manière la plus courtoise de réagir à cette humiliant stratagème : m'excuser revenait à dire que j'étais un chiot de manchon bon pour faire le beau et porter des grelots, protester et dénoncer la ruse revenait à verser de l'huile sur le feu. Dame votre mère ayant elle-même enfreint ce soir la bienséance la plus élémentaire, à plusieurs reprises, je considère que nous sommes quittes. » Elle s'exprimait d'un ton neutre, exposant simplement les faits, de manière logique, selon son habitude. « J’espère que vous pardonnerez ma franchise, mon Seigneur. Ce n’est ni de l’indélicatesse ni de la naïveté : la franchise est dans mon esprit une marque de respect. Si vous pensez que je dépasse les limites, dîtes-le moi et je reviendrai à une attitude plus... académique, mais il me semble que notre relation en sera appauvrie. »

Elle marqua une pause, songeuse, un peu inquiète. Il avait sans doute senti qu’elle n’avait pas terminé car il continuait de l’écouter.

« J'imagine que vous vous attendiez à autre chose. J'ai conscience de ne pas être une jeune fille aussi convenable et... conventionnelle qu’on pourrait le souhaiter. » Elle eut une mimique un peu embarrassée, presque timide, indice fugace de la petite fille atypique qu’elle avait été, sévèrement jugée par sa septa pour sa façon de penser. Mais il n’y avait plus beaucoup d’enfance en elle. L’instant d’après, elle avait retrouvé son air calme, concentré. Il n'y avait nulle trace d'agressivité ou d'orgueil dans sa voix, bien au contraire, plutôt l'intention d'une main tendue, d'un coeur ouvert. « Peut-être mon père m’a-t-il laissé trop de libertés. Le fait est que j'ai tendance à ne pas voir les choses comme la plupart des gens. Cela peut être une richesse ou un handicap, selon les circonstances… »

Elle reprit une gorgée de vin pour se donner du courage. « Bref. Si vous voulez bien oublier cet incident trivial, je ferai de même. Je suis sûre que dame votre mère avait ses raisons. Peut-être voulait-elle tester ma réaction afin de mieux me cerner. Quoi qu'il en soit, je partage votre désir de paix. Ma lignée remonte peut-être à Garth Mainverte mais Garth est mort et enterré et les morts ont rarement leur mot à dire dans le jeu des trônes. Je ne demande pas mieux que de vous servir, si vous avez quelque mission à me confier. » Elle hésita. « Toutefois, un service en entraîne souvent un autre. Si nous lions ce type de relation, mieux vaut que vous sachiez quelles sont mes attentes. Et par là même, ce que vous pouvez attendre de moi. »

Se dévoiler était toujours un risque, mais se cacher pouvait être un risque plus grand. L’image d’un renard traversant un champ à découvert s’imposa dans son esprit. Elle devait démontrer sa loyauté en étant tout à fait sincère.

« Quelle est la devise de Westeros aujourd’hui ? lança-t-elle avec une certaine tristesse. Peur et rivalité. Nous nous agitons comme autant d’insectes pris au piège dans une boîte, poussées par un instinct éperdu et aveugle à lutter pour la domination… Qu’avons-nous accompli depuis la Conquête ? Sommes-nous devenus meilleurs ? Avons-nous apporté paix et prospérité au royaume ? Avons-nous guidé le peuple vers un bonheur durable et une vie de vertu ? Le monde entier se tourne-t-il vers le phare rayonnant de notre civilisation? Pour les peuples exotiques, qui bâtissaient des merveilles quand nous nous cachions encore dans des huttes, nous sommes les vrais barbares. Et pour cela il n’y a pas d’excuse. Les insectes ne sont qu’instinct. Nous sommes nos souvenirs et nos pensées, nos croyances, notre volonté. »

Elle baissa la tête. « Je ne suis pas meilleure qu’une autre. Si je suis aspirée malgré moi dans ce tourbillon qu’on appelle le jeu des trônes, je danserai avec les autres pions. Il faut bien survivre, si ce n’est vivre. Mais je ne suis pas joueuse. J’aspire à construire. Si telle est votre ambition, je vous servirai avec célérité. Si c'est le jeu en lui-même qui vous motive, la quête du pouvoir en lui-même, la victoire pour la victoire, je ne pourrai pas vous suivre. Ma récompense, je la trouverai dans l'accomplissement d'un objectif en accord avec mes valeurs. »

Elle posa sur lui un regard attentif. Elle espérait une réponse franche. Qu’attendait-il d’elle ? Dans quel but ? Son intuition lui disait qu’il ne la décevrait pas, qu’il avait au fond un véritable esprit de chevalerie, et qu'elle avait bien fait de jouer cartes sur table. Mais elle n’était pas femme à se bercer d’illusions. Seule la vérité l’intéressait.




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Message Ven 13 Jan 2012 - 19:44

« Mais c'est là toute la subtilité de son approche, le choix vous appartient de vous excuser ou non. Lady Amelia ne courait pas, il semble, après un objectif précis, elle cherchait simplement des réponses aux questions suscitées par votre venue à Hautjardin. Si véritablement votre conduite avait été parfaitement inappropriée, vous ne seriez pas là avec moi maintenant, mais plutôt dans une geôle à payer pour l'insulte faite à vos hôtes. Croyez-moi quand je vous dis que vous n'avez rien à vous reprocher si ce n'est d'avoir suscité ma sympathie, comme la sienne. »

Tout en répondant à sa tirade, Leo songeait qu'il n'avait pas face à lui n'importe quelle péronnelle des contrées verdoyantes. Les paroles d'Alysanne n'étaient pas celles d'une lady ordinaire. Elles pouvaient paraître trop mûrement réfléchies, trop soigneusement formulées pour être le fruit des réflexions d'une jeune femme de bonne famille parmi tant d'autres. Son discours était intrigant et tout en sélectionnant les mets qu'il mangerait bientôt au fil de la discussion, Leo songea qu'il avait très certainement beaucoup de chance d'avoir jeté son dévolu sur lady Alysanne pour la mission qu'il s'apprêtait à lui confier. Pour autant, l'ambiguïté de ses paroles pourtant déclarées franches et honnêtes le gênait quelque peu, car elle laissait entrevoir qu'elle pourrait refuser de lui obéir si l'ordre de mission que Leo lui confiait ne correspondait pas ou n'entrait pas dans ses standards moraux. Le Long Dard n'était pas du genre à imposer à aucun de ses vassaux d'exécuter de mauvaise grâce un de ses ordres, mais il ne pouvait s'empêcher d'apercevoir la lourde et conséquente déception qui serait la sienne si par hasard Alysanne et lui n'accordaient point leur luth et s'avéraient marcher sur des chemins bien différents.

« Je comprends tout à fait votre position et je suis admiratif. Aux yeux de mes contemporains qui m'ont accordé ce surnom du « Long Dard » à raison de mes performances à la joute, je passe pour être la figure même de ce que doit être un chevalier. Malgré tout, contrairement à nombre de mes admirateurs, de mes admiratrices et de tous ces jeunes écuyers qui rêvent d'être un jour aussi habile en tournoi que je peux l'être, j'ai une vision très particulière de la chevalerie et j'ai à cœur de m'employer à la respecter journellement. Le vrai chevalier n'est pas celui qui remporte toutes ses lances et triomphe de tous ses adversaires à la mêlée. Le vrai chevalier est celui qui respecte la morale imposée par le bon sens, c'est en vérité celui qui aspire à être meilleur en offrant justement ce qu'il a de meilleur à sa terre, aux siens mais également à son prochain. »

Leo mesura un silence mais il apparut clair à son invitée qu'il n'avait pas terminé. Il quitta son siège et une fois debout s'approcha de la grande tapisserie qui ornait le mur derrière lui. Elle représentait quelques-uns des anciens membres de la maison Tyrell, les ancêtres de Leo, en livrée ordinaire, dans une scène de cueillette aux jardins parmi d'autres individus qu'on pouvait clairement identifier comme des ouvriers, des domestiques ou des paysans.

« Nous sommes les Tyrell. La rose d'or est notre blason. Vous devez bien comprendre ce que cela signifie. Nous ne sommes pas le lion présomptueux qui doit sa puissance autant à l'or de ses mines qu'au tranchant de ses griffes. Nous ne sommes pas le noble faucon qui toise le monde depuis le haut de ses imprenables montagnes. Nous ne sommes pas le royal dragon qui tient le monde entre ses mâchoires de feu et d'acier. Nous n'avons pas les mêmes méthodes, nous n'avons pas les mêmes buts. Je n'ai pas pour ambition d'étendre les ramures de la rose, mais bien d'accroître l'emprise de ses racines sur le Bief. En d'autres termes et plus prosaïquement, il n'est pas dans mes souhaits à court comme à long terme d'élever ma position dans ce que d'aucun nomment pieusement le jeu des trônes. Le Bief n'est peut-être qu'un vaste grenier à grain, mais il se suffit à lui-même et je n'entends pas m'engager dans des manœuvres qui me feraient perdre cette liberté de me consacrer pleinement à la sécurité et à la prospérité de mes terres. Construire pour Hautjardin et le Bief le meilleur des avenirs reste ma seule priorité. »

Il n'y avait aucun artifice dans le ton de sa voix. Il avait parlé tout en contemplant d'un œil vague la tapisserie et sans un regard pour la jeune demoiselle, mais il se tourna vers elle avant de poursuivre, les mains jointes dans son dos. Il souriait avec patience et c'est presque un éclat de lassitude qu'on put voir luire dans le fond de ses yeux quand il reprit la parole.

« Malheureusement, une position de complet retrait des affaires de ce monde ne peut convenir qu'à un suzerain du Val. Nos terre sont opulentes, dynamiques et prospères et ce n'est un secret pour personne. C'est ce qui suscite les jalousies et les convoitises de nos voisins. Si le Bief n'était qu'un vaste désert aride et ingrat, nos côtes ne serait pas l'objet des pillages et des razzias orchestrées depuis Pyk. La vision très chevaleresque que j'ai de ma place dans ce monde s’accommode peu des réalités sombres de notre époque, et je reconnais avoir dû abandonner souvent la bienveillance au profit du pragmatisme. C'est un sacrifice nécessaire pour survivre aux appétits démesurés de ceux qui sont nos ennemis. C'est tout le paradoxe du titre seigneurial, quand nos idéaux et nos valeurs se heurtent aux réalités terrestres souvent très basses. Le jardinier consciencieux ne cultive que son jardin sans se soucier de ses voisins, mais il entoure son ouvrage d'une clôture et surveille, toujours attentif. Vous comprenez certainement ce que je veux dire. Pour reprendre votre propre vocabulaire, considérez que je ne cherche pas à jouer pour jouer, je ne joue que pour maintenir mes gens et mes terres à l'abri des turbulences du « jeu ». La croissance et la stabilité, plutôt que l'expansion et la puissance, vous saisissez ? »

Il se rassit et poursuivit son repas dans l'attente d'une réponse de la demoiselle, qui avait là certainement assez de matière pour se forger une opinion sur son suzerain.
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Message Ven 13 Jan 2012 - 21:20

« ... Le vrai chevalier est celui qui respecte la morale imposée par le bon sens, c'est en vérité celui qui aspire à être meilleur en offrant justement ce qu'il a de meilleur à sa terre, aux siens mais également à son prochain. »

Alysanne hocha la tête inconsciemment. Tel était également son raisonnement et elle se réjouissait de l'entendre dans la bouche de son suzerain. Ce n'était peut-être que des paroles, mais elles avaient un accent de vérité, et à sa connaissance les actes de Leo Tyrell n'avaient jamais battu en brèche cette philosophie. Mieux, son discours éclairait ses choix passés, comme ses décisions lors de la rébellion Feunoyr. Et force était de reconnaître qu'au fond d'elle, elle se sentait proche de cette manière d'agir. Elle avait une tendresse particulière pour les chevaliers "à l'ancienne" dont son père, son frère et son oncle étaient les dignes héritiers, mais le style de lord Tyrell était probablement plus judicieux pour un seigneur englué malgré lui dans la vaste toile du jeu des trônes, telle qu'elle se déployait aujourd'hui, pleine de pièges et de chausse-trappes.

Un peu rassérénée, elle se décida enfin à toucher aux plats qui refroidissaient sur la table. Elle jeta son dévolu sur un poulet au miel dont elle porta délicatement un morceau à sa bouche avant de reprendre une gorgée de vin. Lord Tyrell s'était levé et se tenait devant une magnifique tapisserie où ses aïeux cueillaient avec le petit peuple les fruits de leurs jardins. C'était une image plaisante, paisible, d'un idéal de vie. Celui du Bief. Et elle était fière d'en être native.

« Nous sommes les Tyrell. La rose d'or est notre blason... » poursuivit son hôte. Elle le laissa s'exprimer sans l'interrompre, piochant distraitement dans les plats, son attention captée par ces explications. « Construire pour Hautjardin et le Bief le meilleur des avenirs reste ma seule priorité. » dit-il avant de se tourner vers elle.

Et votre attribution, songea-t-elle avec un brin de tristesse. J'ai promis à mon père de me marier. Je suis sa fille cadette. Que pourrais-je bien faire pour le Bief ? Il faut voir la vérité en face : noble ou pas, je ne suis qu'une plante en pot. Et je le resterai, à moins de trouver un époux dont le rang me garantisse une vaste sphère d'influence. Où le trouverai-je, celui qui ferait de moi un soleil ? Et pourquoi m'épouserait-il ? Elle chassa cette pensée de sa tête. La réponse ne viendrait pas en rêvassant, mais en voyageant. Pour l'heure, peut-être pourrait-elle se rendre utile, à son humble niveau, en accomplissant la mission que son seigneur envisageait de lui confier.

« Malheureusement, une position de complet retrait des affaires de ce monde ne peut convenir qu'à un suzerain du Val... »


C'était une évidence. Le Bief était une terre d'abondance dangereusement exposée aux invasions terrestres comme aux attaques par la mer. Sans parler des offensives « souterraines »... Elle suivit le raisonnement jusqu'à sa conclusion : «  La croissance et la stabilité, plutôt que l'expansion et la puissance, vous saisissez ? »

Elle regarda Leo se rasseoir et reprendre son dîner. Elle avait le sentiment qu'un poids avait été ôté de sa poitrine ; elle inspira profondément.

« C'est également la voie que j'aspire à suivre
, dit-elle avec chaleur. Merci d'avoir pris la peine de me faire partager votre vision des choses. Rien ne vous obligeait à le faire ; d'autres auraient évacué mes questions comme un caprice de jouvencelle, et m'auraient tancé pour ma... prétention. Ils sont nombreux dans le Bief ceux qui me regardent en disant : « Pourquoi cette femme se permet-elle de parler parmi des hommes ? ». Par bonheur, mon père n'a jamais été de ces nobles qui n'attachent pas plus de valeur aux propos de leurs filles qu'au pépiement des oiseaux.  Il semble que ce soit aussi votre cas, mon seigneur. Je vous en sais gré. »

Elle songea tout à coup que Lady Amelia y était sans doute pour beaucoup. L'épouse de Leo était plutôt connue pour sa discrétion.

«  Si cela n'était pas encore assez clair, sachez que ce serait un honneur pour moi de vous rendre service. Quelle mission souhaitez-vous me confier ? »

Désormais en confiance, une confiance éclairée et non aveugle, elle s'aventura à croquer avec plaisir une corne de sucre filé qui fondit sur sa langue, révélant un arrière-goût de menthe. Curieuse de nature, elle était impatiente de savoir de quoi il retournait...




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Message Mer 18 Jan 2012 - 21:49

 « J'imagine que vous allez suivre la Route de la Rose pour rejoindre Darry, n'est-ce pas ? Cela vous conduira nécessairement à vous rapprocher de Port-Réal, et si mes calculs sont exacts vous serez dans les environs en même temps qu'un de nos compatriotes. Vous connaissez certainement messire Clarence Hightower, Voix de Villevieille et Grand Argentier du Royaume ? J'aimerais beaucoup que vous profitiez de votre passage à Port-Réal pour le rencontrer et lui remettre un pli de ma part. Mais avant tout, dîtes-moi plutôt ce que vous savez de lui. »

Leo ménagea un temps sa parole et demeura silencieux, plongeant ses yeux bruns mordorés dans les yeux gris de la jeune demoiselle. Avait-elle entendu par de Clarence Hightower ? La nouvelle de sa nomination au Conseil Restreint en tant que Grand Argentier n'avait pu échapper à personne, et certainement pas à une personne aussi attentive et éveillée qu'Alysanne Florent. Il se doutait qu'elle se contenterait des faits et des événements tangibles et s'élèverait au-dessus des rumeurs et des bruits de couloirs circulant à son sujet. Après avoir recueilli sa réponse, il poursuivit d'une voix plus mystérieuse encore, comme s'il entendait partager avec la demoiselle un secret connu de lui seul.

 « Clarence Hightower compte parmi les personnalités les plus énigmatiques de notre époque. Toutes ces rumeurs, tous ces scandales qui l'entourent invitent à la méfiance, mais il m'a donné la preuve de sa loyauté et s'il ne fait aucun doute que les intérêts de son domaine priment jusqu'aux siens propre. Son domaine n'est autre que Villevieille, et force est de constater que lui et moi nous efforçons de faire coïncider les intérêts du Bief et les intérêts de l'antique cité. Clarence est un bâtisseur, tout comme moi, et c'est sans doute pour cela qu'en dépit de l'indéniable fossé qui sépare nos deux tempéraments, j'entrevois le meilleur pour les fruits de notre collaboration. Le Bief a autant besoin de lames valeureuses que d'esprits acérés. »

En un sens, Leo le regrettait amèrement, mais les nécessités de la vie politique lui donnait raison. Les naïfs et les idéalistes ne survivaient pas longtemps de nos jours, et bien que plus d'une décennie ait jeté sur la rébellion Feunoyr le voile de la prescription, trop nombreux étaient ceux qui profitaient encore du marasme soulevé par cette guerre fratricide pour gagner en pouvoir ou en influence, en fortune ou en prestige. Leo le concevait à regret bien qu'il ait lui-même céder à la nécessité qui, malheureusement, fait toujours loi. Il ne pouvait se passer d'un esprit aussi retors et avisé que celui de Clarence Hightower. Le calme presque lugubre du jeune homme jouait en sa faveur, naturellement. Leo n'avait vu ni sur lui ni dans ses manières aucune arrogance, aucune sournoise malveillance. Sans doute réservait-il sa ruse et sa rouerie pour ses ennemis...

 « Je vais vous révéler une part de mon plan pour affermir notre position dans le sud et mieux nous protéger de nos ennemis. Je dis « mon plan », mais sa paternité revient presque exclusivement à lady Amelia. Écoutez bien car vous aurez peut-être votre part à jouer si vous souhaitez en être. Le Bief souffre depuis trop longtemps des vieilles rivalités que nos ancêtres ont laissé croître entre les grandes maisons dont l'histoire ne fait qu'un avec celle des contrées verdoyantes. Il est temps pour nous d'assurer l'équilibre qui nous donnera la cohésion dont nous manquons depuis de trop nombreuses années. Et c'est équilibre naîtra d'une union plus forte entre les grandes maisons de notre cher pays. Or, quand il s'agit d'unir deux familles, quelle plus belle opportunité que celle d'un mariage ?  »

Leo s'interrompit. Il ignorait si ce sujet était sensible pour lady Alysanne, et il ne voulait pas qu'elle puisse penser qu'il l'entraînait malgré elle vers des conclusions qu'elle ne désirait pas.

 « Si Hautjardin, Villevieille, la Treille, Corcolline et Rubriant se trouvaient liés par les liens de l'hyménée, l'union de nos cinq familles assureraient dans le Bief une cohésion telle que les plus vieilles rancœurs s'en trouveraient dissipées. Je vais vous faire une confidence : un rapprochement s'opère déjà entre la famille Redwyne et la famille Hightower, et pourtant je n'ai pas l'initiative de ce projet. C'est dire si messer Jace et Clarence partagent la même vision politique que moi. Je compte œuvrer désormais pour achever le plus vaste rapprochement dont je vous parlais à l'instant. Mais revenons à nos moutons, j'ai là le pli que vous accepterez peut-être de remettre à Port-Réal au Grand-Argentier. Tenez, lisez-le, vous aurez alors toutes les informations nécessaires à un choix libre et serein. »

Leo tira de l'intérieur de la manche de son bliaud, où se trouvait dissimulée une petit poche, un bout de parchemin plusieurs fois replié sur lui-même. Il le remit entre les mains de lady Alysanne, qui put en lire son contenu :

Citation :
Messire Clarence, que les Sept vous gardent. Rappelez-vous de tenir la sirène à l'écart des tempêtes. L'égide est la clef.

 « Vous le lui remettrez de ma part, bien sûr, et en dépit de l'apparent non-sens du contenu de ce message, vous vous doutez bien qu'il ne s'agit pas d'un calembour destiné à distraire notre cher Grand Argentier. Il s'agit des instructions finalement retenues pour lui à Port-Réal. Il comprendra et saura quoi faire. »

Leo se demandait si la jeune demoiselle irait jusqu'à lui demander d'expliciter pour elle le contenu du message... sans doute aurait-elle la pudeur et la discrétion de ne pas en demander davantage. Il n'était pas difficile de comprendre pourquoi Leo n'avait pas tenu à l'informer tout de suite de la véritable signification du billet qu'il adressait à son vassal de Villevieille. C'était là encore un moyen pour lui de s'éviter le tracas d'une bévue de celle qui remplirait pour lui une mission importante. Et cette première mission n'étant qu'un simple test, un simple moyen de mesurer à la fois la loyauté et les intentions de lady Alysanne, celle-ci le comprendrait certainement et saisirait toute l'importance de faire ses preuves en la matière, car même si Leo et elle partageaient bon nombre d'opinions politiques, ils devaient encore en apprendre davantage l'un et l'autre sur l'un comme sur l'autre pour savoir jusqu'où porteraient les fruits de leur collaboration. Celle-ci prendrait d'ailleurs peut-être fin dans l'instant, Alysanne était encore libre de rejeter l'offre de mission sans crainte ni remord, car Leo avait conscience des grandes responsabilités qu'impliquait le fait d'entrer à son service et d'approfondir cette situation. Aujourd'hui, elle n'était que son messager, mais demain, qu'en serait-il ?

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Alysanne Florent
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Message Jeu 19 Jan 2012 - 21:24

Alysanne hocha imperceptiblement la tête lorsque Lord Tyrell évoqua Clarence Hightower. Ainsi la nouvelle de sa nomination au Conseil Restreint était fondée. C’était un honneur inattendu pour un homme encore jeune et bien éloigné de Port-Réal. Comment en était-il arrivé là ? Voilà qui attisait sa curiosité. Elle le connaissait peu, mais la perspective de le rencontrer n’était pas pour lui déplaire.

« Il y a bien longtemps que je ne l’ai vu, bien qu’il soit mon voisin. Je l’ai croisé en quelques occasions, mais je n’étais qu’une enfant et ne garde guère de souvenirs de ces rencontres. Je sais qu’il fait l’objet de toutes sortes de rumeurs mais à dire vrai les rumeurs ne m’intéressent guère, surtout lorsqu’elles ressemblent à s’y méprendre à des contes pour se faire peur à la veillée… »

Elle masqua un sourire derrière sa coupe en pensant au visage pétrifié de Septa Lysa lorsqu’un garde avait rapporté des ragots de magie noire et de morts mystérieuses à Villevieille, imputées on ne sait comment au jeune Clarence… Si elle apprend que je dois le voir à Port-Réal, elle va tourner de l’œil. Elle découpa une petite portion de tarte aux pommes qu’elle dégusta tout en écoutant Leo exposer sa propre opinion sur le ton de la confidence.

Ce qu’il avait à dire conforta son intérêt. Si Clarence était un esprit habile mettant ses talents au service de la paix, elle serait d'autant plus curieuse de faire sa connaissance. Comme il était étonnant d’en savoir si peu sur lui ! Sans doute sa réputation avait-elle créé autour de lui un certain isolement, à moins que celui-ci ne fût volontaire. Il était même étonnant que Lord Florent n’ait jamais songé à lier leurs familles alors qu’il avait eu tant d'enfants à marier.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Leo évoqua sa volonté de favoriser la cohésion du Bief par des mariages. Un plan intéressant, en partie concocté par Lady Amelia. S'étaient-elle penchée sur son cas ? Espérait-on occasionner un rapprochement en l'amenant à rencontrer Clarence Hightower ? L'hypothèse d'un mariage avec son jeune voisin ne lui avait jamais traversé l’esprit. Un seigneur du Bief, guère plus âgé qu’elle et maintenant Grand Argentier du royaume… il y avait matière à réfléchir, mais rien ne garantissait que l'intéressé voit d’un bon œil une telle alliance. Sa nouvelle position lui offrait après tout un vaste choix d’épouses, à supposer même qu’il nourrisse le projet de se marier. Et elle n'entrouvrirait pas cette porte avant de mieux le connaître. Lord Tyrell quant à lui n'attendait pas qu'elle lui révèle ses intentions : il revint sans tarder à sa requête.

« …j'ai là le pli que vous accepterez peut-être de remettre à Port-Réal au Grand-Argentier. Tenez, lisez-le, vous aurez alors toutes les informations nécessaires à un choix libre et serein. »

Alysanne saisit entre ses doigts pâles le message qu’il venait de tirer de sa manche. Intriguée, elle en découvrit rapidement la teneur :

Citation :
Messire Clarence, que les Sept vous gardent. Rappelez-vous de tenir la sirène à l'écart des tempêtes. L'égide est la clef.

Dire que j’ai toujours adoré les énigmes. Cela pouvait vouloir dire n’importe quoi. Pas une seconde elle ne songea à demander la signification de ces lignes à leur auteur ; s’il avait jugé bon de l’en informer, il l’aurait déjà fait. Elle n’avait pas non plus l’intention d’essayer de percer ce code : quiconque viole un secret doit ensuite en assumer les conséquences. Et elle ignorait à quelles responsabilités et quels risques ce savoir aurait pu l’exposer.

« Vous le lui remettrez de ma part, bien sûr, et en dépit de l'apparent non-sens du contenu de ce message, vous vous doutez bien qu'il ne s'agit pas d'un calembour destiné à distraire notre cher Grand Argentier. Il s'agit des instructions finalement retenues pour lui à Port-Réal. Il comprendra et saura quoi faire. »

Alysanne replia le parchemin et le posa soigneusement sur la table, faute de pouvoir le ranger sur elle dans l’immédiat.

« Je ne manquerai pas de remettre ce pli à son destinataire. Vous pouvez bien entendu compter sur ma discrétion dans cette affaire. Votre confiance est un présent précieux dont j’entends prendre soin. » Elle s’autorisa un sourire amical pour atténuer la solennité de ses paroles ; l’étiquette lui semblait toujours mettre trop de distance entre les gens, ou trop de pompe là où s’exprimait une idée simple. « Ce fut une rencontre agréable et instructive, mon Seigneur, et je vous en remercie. Mon cousin Ser Hugo rencontrera demain les bateliers des environs. Nous devrions être en mesure de partir dans l’après-midi, après-demain au plus tard. D'ici là, j’espère avoir eu l’occasion de faire mes adieux à Lady Amelia. »

Le dîner tirait sur sa fin et elle s'aperçut tout à coup qu'elle était épuisée. La journée avait été bien longue et riche en événements... Prévenant, Lord Tyrell offrit de la faire raccompagner, offre qu'elle accepta avec gratitude. Le message plié caché au creux de sa main, elle retrouva finalement sa chambre et son lit, mais son esprit était accaparé par un millier de pensées, et elle ne trouva que difficilement le sommeil...

***

Le lendemain matin, tandis qu'Hugo vaquait à ses recherches, elle se vit avec stupeur conviée à une promenade dans les jardins en compagnie de Lady Amelia. L'air était doux, les nuages abondants, mais les orages qu'elle redoutait n'étaient pas ceux du ciel : elle savait qu'avec la mère de Lord Tyrell, elle pouvait s'attendre à tout... et son contraire. Il était néanmoins hors de question de décliner l'invitation sous peine d'offenser l'épineuse vieille dame. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, songea-elle avec résignation.

Comme de juste, rien ne se déroula comme elle aurait pu le prévoir. Lady Amelia l'accueillit avec une froide politesse, la prit par le bras et l'entraîna avec elle dans les allées du jardin qui refleurissait. Elle l'entretint de choses et d'autres sans jamais revenir sur les propos échangés la veille, comme s'il ne s'était rien passé. Alysanne se demandait à quoi rimait ce manège. Encore un test, elle en aurait mis sa main au feu, mais de quel genre ? La famille, son voyage, les Fer-nés, les conséquences de la sécheresse... tous ces sujets servaient de prétexte à des questions en apparence anodines... mais dans l'oeil scrutateur de Lady Amelia brillait une lueur qui n'avait rien d'anodin.

D'une manière ou d'une autre, Alysanne passa cette épreuve : quand son hôtesse lui donna congé, un demi-sourire énigmatique étirait ses lèvres fanées. C'est d'un ton courtois (bien qu'un peu hautain) que la vieille dame lui indiqua la mise à disposition d'une barge de plaisance pour son voyage sur la Mander. Prise de court, Alysanne la remercia en bonne et due forme avant de la regarder s'éloigner parmi les haies labyrinthiques. Elle avait l'étrange sentiment d'avoir traversé quelque chose d'à la fois dangereux et précieux, dont elle garderait longtemps le souvenir en dépit d'une banalité de façade. Comme si elle avait dansé avec un dragon...

Quand Hugo rentra au château, l'annonce de leur bonne fortune amena sur son visage une moue déconfite. « Pff. Si j’avais su, je n’aurais pas pataugé toute la matinée dans la boue. Encore heureux qu’il n’ait pas plu ; il faut croire que les Sept ne me détestent pas à ce point-là. La chevalerie efface-t-elle la bâtardise aux yeux des dieux ? » Il plaisantait, mais il fallait le connaître pour s’en apercevoir : son visage gardait son habituelle expression renfrognée… « Tu remercieras la vieille bique de m’avoir fait perdre mon temps. Encore heureux que je n’ai pas payé d’avance. Je nous avais trouvés une solide petite barge verte et blanche… enfin, celle-ci ne nous coûtera rien, je suppose. » Il haussa les épaules avec résignation. « Bon, eh ! bien, j’y retourne. Il faut bien que quelqu'un annonce au batelier que notre or va lui passer sous le nez. Il en sera ravi. On se retrouve après le déjeûner à l'embarcadère ? »

Elle opina et le laissa s'éclipser sans demander son reste. Il était temps de commencer à préparer ses affaires. Elle n'avait pas grand-chose, mais elle comptait acheter à Pont-l'Amer le matériel et les provisions nécessaires pour la suite du voyage. C'était une bourgade bien achalandée qui pourrait lui fournir tout ce dont elle aurait besoin.

Une dernière fois, elle sortit sa carte du Bief et la déroula sur le lit. Port-Réal, par la Route de la Rose... et ensuite, Darry. En chemin, elle aurait beau jeu de s'arrêter chaque soir dans un château différent : son nom lui garantirait un accueil courtois, au moins pour la nuit. Et elle ne manquerait pas, à chaque fois, de prendre connaissance des prétendants éventuels et de les observer, quitte à « tester » leur caractère si l'occasion s'en présentait. Hugo ne manquerait pas de glaner de son côté les commérages des gardes et de la valetaille. Ainsi se déploierait peu à peu l'éventail des possibles...

Une terre. Un homme. Un avenir. Face à ce triple choix, l'erreur n'était pas une option.

Elle replia sa carte du Bief et la rangea avec soin dans une sacoche de cuir. Elle mettait la dernière main à ses préparatifs quand elle reçut la visite inopinée de Septa Lysa, enfin sortie du septuaire où elle avait prié jour et nuit depuis leur arrivée.

« Bonsoir, septa »
dit la jeune femme en ajustant machinalement ses cheveux - Septa Lysa avait toujours été soucieuse des détails, intraitable sur la perfection de sa tenue comme de ses manières. Mais elle n'était plus une enfant désormais ; elle se morigéna intérieurement de son réflexe enfantin. « J'espère que vous êtes prête pour le long voyage qui nous attend. Les Tyrell ont eu la bonté de mettre à notre disposition une barge de plaisance qui nous permettra de remonter la Mander jusqu'à Pont-l'Amer, mais ensuite, il nous faudra chevaucher jusqu'à Port-Réal... je crains que ce trajet ne soit éprouvant pour votre santé.

- Ne vous inquiétez pas pour moi, ma Dame. » Quelque chose dans le ton et l'expression de Lysa alarma Alysanne. Il y avait de la résolution et de la tristesse dans ses yeux d'ordinaire si froids. Elle la vit baisser la tête, chercher ses mots, serrer les dents, le dos raide comme une épée.« Lady Alysanne... vous avez bien grandi. Il est évident que vous avez passé l'âge d'écouter les leçons de votre septa. Je ne vous suis plus d'aucune utilité, si je l'ai jamais été. »

Ne sachant que dire, la jeune femme inclina la tête de côté d'un air interrogatif. Il n'était pas dans les habitudes de Lysa de céder du terrain. Que lui arrivait-il ?

« J'ai longtemps prié, ma Dame, pour que l'Aïeule m'éclaire et me montre la voie, poursuivit la septa, ses doigts crochus agrippant son pendentif à facettes. Cette longue veillée m'a coûté toutes mes forces, mais ma supplique n'aura pas été vaine. Je le vois maintenant, le temps est venu pour moi de me consacrer toute entière au service des dieux. Ceci sera le prix de mon échec. Malgré la force et la fermeté de ma foi, je n'ai point su armer les enfants de mon seigneur contre les tentations de ce monde. Sans doute parce que je suis moi-même une femme impure, entrée dans la foi pour expier ses péchés. Il me faut désormais racheter mes carences et pour cela je n'ai d'autre choix que de rejoindre le septistère d'Uffering... mon seul souhait aujourd'hui est de consacrer chaque souffle et chaque pensée à la mortification de ma chair et à la glorification des Sept. Puissiez-vous trouver en vous la bonté de me libérer de mes obligations, et de pardonner mes manquements. »

Frappée d'hébétude, Alysanne s'assit sur le lit, une main sur un montant du dais. Une part d'elle-même avait envie de rire et l'autre de pleurer. Septa Lysa avait été sa hantise et son ombre pendant près de vingt ans. Mais en même temps, elle avait été son pilier et son roc, une mère maladroite sous son odieuse carapace. A ses yeux elle faisait partie de la famille, au même titre que Mestre Josua. Etait-ce un signe ? Hautjardin semblait voué à marquer le point de départ de sa nouvelle vie dans le monde. Une vie de femme et non plus de jeune fille. C'était une perspective attirante mais l'idée de la séparation la rendait mélancolique. Comme il était difficile de se dépouiller des oripeaux de l'enfance...

« Septa... je... Bien sûr, vous êtes libre, vous l'avez toujours été. Jamais mon père ne s'opposerait à votre départ... nous tenons à vous, mais nous ne pouvons vous retenir contre votre gré... »

La messe était dite : elle savait qu'elle ne la ferait pas revenir en arrière. Tout ceci était tellement logique, finalement. Pourquoi ne l'avait-elle pas anticipé ? Sans doute parce qu'elle ne voulait pas se confronter à l'idée de perdre encore l'un de ses proches. Après sa mère et Melessa, après le mariage de Tierle, le cocon de son enfance se délitait fil à fil. Elle se leva tout à coup et prit la septa dans ses bras. Lysa se laissa faire, bien trop étonnée pour protester.

« Je veillerai à ce que vous soyez escortée... bien entendu vous pouvez revenir à Rubriant quand vous le souhaitez. J'écrirai à mon père pour lui expliquer votre décision. »

La religieuse se dégagea maladroitement et passa une main fraîche dans les cheveux de sa protégée, songeuse. « Je... vous sais gré de votre compréhension. Que les Sept veillent sur vous, ma Dame.  Votre route est semée de périls, mais n'oubliez pas que les plus dangereux sont ceux qui dorment dans les replis de votre âme. »

Alysanne hocha la tête. Ce conseil-là, au moins, renfermait une parcelle de sagesse... Elle remercia la septa de ses paroles avant de s'en aller faire ses adieux à lord Tyrell, qui consentit à faire escorter Lysa par un de ses gardes jusqu'au septistère. Il n'y avait qu'un petit bout de route à faire mais les en ces temps troublés, une telle précaution n'était pas un luxe. Enfin, après un rapide déjeuner dans sa chambre, Alysanne retrouva comme prévu son cousin à l'embarcadère. Celui-ci tomba des nues en apprenant la défection de leur compagne de route. Toutefois, il se remit vite de la nouvelle, n'ayant jamais beaucoup côtoyé la septa.

La barge qui les attendait n'avait rien d'ordinaire. Splendide, fut le premier mot qui vint à l'esprit de la jeune femme. Voyante, le second. Elle n'avait pas vraiment eu l'intention d'emprunter un luxueux bateau d'apparat frappé des armoiries Tyrell, les verts et les ors de la Maison illuminant ses lignes gracieuses... Au-delà du plaisir des yeux, il ne faisait aucun doute que tout avait été prévu pour le confort des passagers. Ils n'ont pas fait les choses à moitié.

« Autant pour la discrétion » commenta Hugo d'un air béant.

« Plains-toi, dit-elle en levant les bras au ciel. A choisir entre cette chose et un cheval, je préfère cette chose. Au moins, elle ne me laissera pas le corps en bouillie. »

Parlant de chevaux, un palefrenier était en train de faire monter les leurs. Brume, la docile jument grise d'Alysanne, se laissa entraîner sans renâcler. Le hongre noir d'Hugo fut plus difficile à amadouer. Au bout du compte, les chevaux comme les bagages et leurs propriétaires trouvèrent place à bord.

Un ciel sombre se rassemblait au-dessus du Bief quand la barge s'éloigna enfin le long de la rive... la pluie recommençait à tomber, une bruine fine et légère. Alysanne resta sous l'auvent déployé à l'arrière du bateau, un petit parchemin plié au creux des mains. Rappelez-vous de tenir la sirène à l'écart des tempêtes. Elle ne put s'empêcher de rire. Il pourrait aussi bien s'agir de moi. Elle laissa son regard filer vers l'ouest. Vers les tempêtes de fer qui menaçaient les côtes, vers une septa en chemin vers la prison à laquelle son cœur aspirait. Ce n'était pas sa route, mais la sienne serait-elle plus radieuse ? Elle n'était pas assez naïve pour l'espérer...

Spoiler:
 




Thème musical : Passacaglia / Bear Mc Creary


PS : certains de mes PNJ peuvent être incarnés, MP-moi si vous êtes tenté !
Spoiler:
 
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[TERMINE] Ciel obscur à l'aube d'une vie nouvelle. [Leo]

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