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A la rencontre d'un ami, à la rencontre de la guerre. [PV Leo]

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Message Mar 3 Jan 2012 - 22:34

La sécheresse leur avait coûté les récoltes. Elle avait tari les puits. Fait flambée les forêts et même mourir les plus faibles d’entre eux, incapable de résister à la chaleur étouffante qui cuisait les hommes dans leurs vêtements. « Un temps pour vermine Dornienne » était le terme le plus courant chez les hommes d’armes de la Maison Tarly pour désigner cette atmosphère étouffante. Habitués à la rudesse du soleil habituelle des Marches de Dorne qui tannait la peau comme du cuir, les guerriers de Corcolline étaient néanmoins peu accommodés à une lourdeur si pesante qu’elle vous habillait de plomb, faisant fuir jusqu’à votre sommeil. Des prières avaient été adressées aux cieux. Aux suppliques des paysans pour que la pluie vienne s’étaient succédé les jurons et les blasphèmes grossiers des guerriers. Et les cieux avaient répondus. Une clameur était montée de milliers de gorges lorsque les nuages amoncelés comme des présages funestes avaient éclatés pour répandre leurs bienfaits. Même le lord Tarly au stoïcisme si glacial, avait laissé glisser sa façade de seigneur et lord pour se joindre à la joie du commun, offrant son visage et ses traits fatigués à la caresse de l’orage, qui de bruine était devenu torrent. Comme un torrent franchissant la digue, la terre avait été submergée d’un véritable rideau liquide, engorgeant les sillons fraîchement creusés des champs, emplissant les canaux et les bassins. Une manne non négligeable pour les terres asséchées de Corcolline. Le vieux lord avait alors humé l’air agréablement humide, laissé cette fraîcheur bienvenue pénétrer en lui et son esprit s’imprégner de l’image de ses terres comblés par les dons des dieux. Alors seulement il avait sonné l’appel pour la guerre.

Une fois encore la maison Tarly allait se mettre en marche, et cette fois pour de bon. « Lorsque l’épée est tirée du fourreau il faut l’abattre ». Les troupes du chasseur serait cette épée appelée au service du suzerain du Bief, et Leslyn Tarly ferait en sorte qu’elle vienne fourailler dans les tripes des ennemis de son Royaume et de son seigneur. Les hommes s’étaient préparés et armés sans hâte, sans cris et sans peur. La guerre était une chose sérieuse que ces vétérans avaient appris à considérer comme une terrible amie à qui il fallait tôt ou tard rendre visite. Les soldats s’affairaient à leur paquetage, les écuyers s’empressant à seconder leurs chevaliers et maîtres légitimes. Il n’était guère qu’une centaine, le plus gros des forces de Corcolline étaient déjà sur les côtes du Bief, à combattre l’ennemi. Cependant le vieux lord était décidé à les ramener tous chez eux. Un destin que tous ne partagerait pas malheureusement, Leslyn ne le savait que trop bien et les solides guerriers également. Ils avaient un devoir à accomplir, un serment à respecter et le Chasseur de Corcolline savait qu’il n’y avait nul besoin de discours ou d’encouragements pour ces hommes là. C’est donc silencieusement, le visage teinté de détermination, sa garde personnelle sur les talons, qu’il avait pris la tête du cortège et guidé la troupe, qui s’étirait en une longue file toute de fer et d’acier, hors des murailles de la citadelle, sur les chemins de la guerre et de la mort.

La pluie serait le dernier salut que leur adresserait leur terre. Cette terre qui avait tôt fait de se transformer en une boue épaisse et collante, un limon par endroit glissant et mouvant qui freinait l’avancée des chevaux, embourbant les convois. Les dieux eux-mêmes semblaient vouloir retenir ses fils, anticipant les épreuves et les massacres qui les attendaient. Mais il est des volontés et des devoirs à accomplir qui doivent se passer de la bénédiction des Sept. Leslyn ne toléra aucun retard, les hommes furent poussés dans les reins. Tous n’étaient pas des guerriers, et les quelques paysans qui en connaissait suffisamment sur le maniement de la pique pour avoir été enrôlés étouffèrent avec peine leurs plaintes. Les épreuves qui les attendaient allaient être bien pires. Le ciel se fit bientôt plus clément et les hommes marchèrent bientôt au sec. Gagnant la route de la rose le contingent fit bientôt résonner la cadence sévère de ses pas à travers la campagne. Le raclement de l’acier, le claquement sec des bannières offertes au vent, le cliquetis incessant des armes et des armures et le hennissement excités des montures. Resserrant la prise sur la bride de son cheval Leslyn huma l’odeur de la guerre. Etait-ce une injure de dire qu’il se sentait heureux ? Il avait enfin délaissé l’habit peu seyant du diplomate pour revêtir celui du guerrier, il était plus que jamais dans son élément. Il jugea qu’il y avait des chances pour que la mort vienne l’attendre au bout de ce long serpent sinueux de la route de la Rose, mais il comptait vivre et mourir en soldat, l’épée à la main aux côtés d’hommes d’honneur.

« Tous les hommes meurent un jour... Mais peu parmi eux vivent vraiment. » Une fois encore la justesse des mots de son père lui revinrent en mémoire. Son père qui avait connu une mort anonyme et inutile. Il n’allait pas suivre le même chemin. Il soupira bruyamment en fixant la bannière porté par son second, le redoutable ser Kelbor Hunt, sentant une fibre de fierté se serré dans son cœur. Oui. Il accomplissait son devoir. Les Chasseurs allaient répandre une fois encore le sang au nom de leur seigneur. Sur un plan plus personnel il se réjouissait de revoir son ami. Son frère le plus cher avec qui il avait partagé les ardeurs de sa jeunesse. Comme il lui était étrange de devoir l’appelé « seigneur » en lieu et place du vieux Adamar Tyrell. « Les choses changent, les vieux meurent, mais le Bief et les Tyrell toujours demeurent ». Il lui tardait de revoir le visage de vieil ami, trop d’années s’étaient écoulés depuis leur dernière rencontre et malgré lui il lui peinait que ce soit la guerre qui vint les rapprocher de nouveau. C’est donc boueux, épuisés mais heureux qu’ils arrivèrent en vue du château de Hautjardin. Quelques uns étouffèrent des exclamations de surprise ravie ou d’étonnement face à ce qui ressemblait davantage à une quelconque merveille d’architecture qu’à une bâtisse de défense.

Leslyn les comprenait. Bien des années auparavant lui aussi la vue des hautes tours de Hautjardin, s’élevant en spire brillantes vers le ciel, ses murailles aux pierres blanches parcourus d’un lierre épais conjoint aux gravures complexes et ravissantes qui charmaient l’observateur avertit. Son premier souvenir de la vue des Grands Jardins restaient encore immortel dans sa mémoire. La demeure des Tyrell était le reflet de ce que voulait le Bief : beauté redoutable et noblesse, grâce et arrogance. Le château était le fruit des légions d’artisans, sculpteurs et autres artistes qui avaient apposés leur marque à ce témoignage brillant et impérissable de la gloire de la Maison de la Rose. Le lord de Corcolline lui, bien qu’ému à sa façon par l’allure majestueuse de la demeure, réprouvait l’absence de défenses véritables que tout siège de noble aurait dû avoir. Où étaient les mâchicoulis, les créneaux, les bombardes et autres meurtrières ? Certains auraient pu y voir une marque d’orgueil à dédaigner de la sorte la moindre fortification digne de ce nom. Mais il connaissait l’opinion de son très estimé suzerain : « La beauté de ces lieux sont en eux-mêmes désarmant, nul besoin de grossiers remparts de pierre brut ! ». Un trait d’esprit si caractéristique de son ami. Les paysans relevaient le visage à la vue de l’immense cortège guerrier qui franchissait les portes de la Maison Tyrell.

Le lord seigneur de la Maison Tarly s’autorisa un mince sourire lorsque sa monture franchit une fois encore l’arche de pierre blanche. Il se sentait presque sale en ces lieux. La musique délicate de nuées d’oiseaux chanteurs lui venaient déjà aux oreilles, ainsi que l’écoulement mélodieux des centaines de fontaines. Le sol crissait sous les pas de son destrier et ceux des centaines d’hommes d’armes qui, faisant fi de la discipline, satisfaisait leur curiosité de tout leur content en ouvrant de grands yeux.

-Bien beau…mais bien fragile.

Aboya la rude voix de Kelbor Hunt, crachant un épais glaviot sur le sol. Sans lui accorder un regard, trop habitué à la franchise crue et parfois insultante du solide chevalier de la Maison Hunt, Leslyn lui répondit d’une voix las.

-Cent milles épées s’opposent entre Hautjardin et le moindre de ses ennemis, nul ne serait assez sot pour croire que de simples murs font la puissance et la force d’une citadelle.

A dire vrai jamais il n’avait entendu dire que le siège de la Maison Tyrell ait jamais été l’objet de la moindre attaque. Leslyn mit pied à terre avec une lourdeur qu’il n’avait pas encore dans sa prime jeunesse, il dissimula une grimace lorsque ses articulations craquèrent douloureusement. Son escorte le suivit tandis que le reste du contingent mettait arme au pied, les sergents d’infanterie veillant à ce que personne ne brise les rangs. Le lord du Bief franchit l’immense Cour qui offrait un panorama d’ouvertures impressionnantes offrant la vue de plusieurs couloirs et chambres. La démarche alerte, l’air déterminé, Corvenin battait contre son dos. Il dépassa sans même les voir deux sentinelles immobiles portant le blason de la rose Tyrell. Il s’arrêta en bas d’un escalier où un laquais en livrée semblait l’attendre. Il retira ses gants et le détailla d’un œil froid. Sa voix se fit sèche et sans appel.

-Va dire à ton maître que le seigneur Tarly de Corcolline est présent en réponse à sa convocation. Dit lui…que j’attends.

Une petite pique qui n’était guère dans ses habitudes, mais c’était là la moindre des façons de marquer des retrouvailles. Il leva les yeux au ciel alors que le serviteur avait déguerpis, une soumission servile dans le regard. Des nuages s’amoncelaient autour des hautes tours, devait-il y voir là un mauvais présage ? Ou bien la pluie allait-elle les accueillir une fois encore ? Une pensée sombre traversa l’esprit du Chasseur : bientôt la pluie allait se teindre de rouge.

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Message Sam 7 Jan 2012 - 0:53

Lady Amelia se promenait dans le château, accompagnée d'une camériste d'âge mûr, comme elle, qu'elle connaissait depuis ses noces avec le précédent suzerain du Bief. Elle avait pris cette habitude avec l'âge, car la marche à travers la citadelle la maintenait en forme autant qu'elle lui permettait de garder un œil attentif et clairvoyant sur ce qui se disait, se passait, se tramait et se préparait dans les différents corps du château. Elle irait plus tard, toujours accompagnée, dans les jardins pour retrouver sa belle-fille Jeanne qui, très certainement, y avait trouvé refuge pour dissimuler sa peine larmoyante au lendemain du départ de son fils Tristan. Lady Amelia était encore partagée entre l'idée de consoler l'épouse de son mari et l'idée de profiter de cette occasion rêvée pour un discours mouillé d'acide sur l'échec du modèle d'éducation choisi et imposé par sa belle-fille aux dépens d'autres choix plus judicieux qu'aurait pu faire son cher fils Leo. La vieille dame avait entendu son fils lui demander comme une faveur d'avoir pour son épouse chagrinée des paroles tendres et réconfortantes, mais lady Amelia avait toujours cru et croirait toujours qu'entre une mère et un fils, c'est la mère qui donne les conseils et le fils qui les suit, ou non, à ses risques et périls. Elle marchait lentement dans un long couloir percé de hautes fenêtres d'où elle avait une vue imprenable sur les environs de Hautjardin, et sur la grande route qui s'étalait au sud du château, elle distingua la traîne sombre d'un cortège de cavaliers. Elle s'interrogea quelques instants pour mieux se dire qu'il s'agissait très certainement du contingent mené par Leslyn Tarly de Corcolline, dont la venue à Hautjardin avait été évoqué par son fils dans une discussion qu'ils avaient eu la veille au soir au sujet de l'organisation de la défense des côtes du Bief.

Amelia demeura à la fenêtre, ses vieilles mains posées sur le rebord que ses maigres doigts tapotaient en cadence. Elle envoya sa camériste prévenir son fils de l'arrivée prochaine de ce vieil ami qu'il connaissait depuis longtemps. La vieille dame se souvint alors de ce jeune homme que son fils, autrefois, il y a quelques décennies, fréquentaient souvent. Elle avait vu naître et croître leur amitié et les avait vu grandir ensemble et s'éveiller et s'élever ensemble jusqu'aux cimes de la chevalerie. Depuis quelques années, cependant, elle n'avait plus revu Leslyn Tarly à Hautjardin, et de le voir qui passait les grandes portes de la citadelle à la tête de ses cavaliers allumait en elle les braises du souvenir ému d'une époque lointaine, quand elle n'était alors que l'épouse du regretté père de Leo. Elle aimait son époux tendrement, mais avait toujours pensé qu'il était bien trop magnanime et débonnaire. Fort heureusement, elle avait eu la main principale pour l'éducation politique de son fils, laissant à son joyeux mari le soin de faire de Leo le plus brillant chevalier de son temps. Elle était toute à ses pensées quand Leo s'approcha d'elle par la gauche.


 « La troupe de ton ami des montagnes est arrivée... difficile de rater d'ailleurs cette cohorte terreuse et bruyante. Ne sait-on plus s'annoncer et s'introduire comme il faut de nos jours ? »

Leslyn Tarly et les cavaliers qui l'accompagnaient étaient désormais hors de portée du regard sévère et matois que posait sur eux la vieille lady Amelia. Elle et son fils se dirigèrent vers les étages inférieurs, pour aller à la rencontre de celui auquel Leo avait confié le soin de conduire une part des armées du Bief pour sécuriser une bonne fois pour toute les côtes et dissuader les Fer-nés de convoiter plus encore les richesses des contrées verdoyantes. Comme ils marchaient dans un grand escalier dont le marbre luisait, lady Amelia congédia sa camériste avant de pester contre son fils qui lui rappelait avec insistance toute l'importance de Leslyn Tarly et la place qu'il occupait à ses yeux comme dans son cœur d'homme honorable et loyal.

 « Je sais très bien mon fils quelle est la force de tes convictions, je suis celle qui les cultive depuis toujours. Cependant nos jardins ne sont pas un lieu approprié pour les primates que ton ami traîne avec lui. »

Leo n'insista guère, de toute façon sa mère n'irait pas à la rencontre de chacun des cavaliers qui avaient suivi son ami de Corcolline jusqu'à Hautjardin. Quand ils approchèrent encore du grand vestibule s'ouvrant sur l'escalier menant à Leslyn Tarly, un valet accourut jusqu'à eux annoncer que le sire de Corcolline, répondant à sa convocation, attendait lord Leo à l'extérieur, aux bas des escaliers. Lady Amelia haussa un sourcil dédaigneux.

 « Aux dernières nouvelles, c'est à un Tyrell, et non à un Tarly, que les Targaryen ont donné les clefs de Hautjardin. Ton ami veinard semble l'avoir oublié. Tu ne dis rien ? Tu me trouves peut-être trop dure avec lui ? Je suis bien trop vieille pour songer à renier mes opinions et mes méthodes, cher Leo. Je sais qu'il a été l'écuyer de ton père. Leslyn Tarly est un homme brave et valeureux, personne ne le conteste, mais de toute évidence il manque de finesse et d'élégance dans ses manières. L'honneur n'excuse pas l'impolitesse. »

Sa mère tourna les talons avant de disparaître sans attendre une réaction de la part de son fils, qui était bien content pour sa part qu'elle s'écarte de l'entrevue qu'il aurait dans la minute avec son vassal et ami. Leo s'avança vers l'escalier et quand il fut à l'air libre, il découvrit en contrebas un visage qui lui était si familier qu'il lui inspira immédiatement un sourire. Il descendit une à une les marches et quand il fut non loin de Leslyn Tarly, il alla à sa rencontre en ouvrant les bras.

 « Une joie de te revoir, mon ami, après tout ce temps. Je ne m'attendais pas à te voir arriver si tôt avec la fin de l'été, mais il semble qu'une fois de plus la devise de ta famille ait dit vrai. Toi ! »

Leo s'adressait au valet qui avait annoncé Leslyn Tarly et qui l'avait suivi dans les escaliers. L'homme en livrée s'approcha avec empressement.

 « Va quérir le surintendant, qu'il pourvoie à l'installation de ces hommes venus respecter leur serment et servir leur suzerain. Quant à nous mon ami, allons tout de suite dans la salle de la guerre où nous serons plus à l'aise pour parler du sujet de ta venue. »

Leo précéda Leslyn dans l'escalier d'où il était arrivée, et le conduisit dans les couloirs du château jusqu'à ce grand salon où il avait l'habitude de recevoir ses conseillers et ses vassaux pour traiter du sujet à la fois le plus grave et le plus naturel pour un suzerain, la guerre. C'était un salon haut de plafond, plutôt large et surtout circulaire. Une table ronde entourée de fauteuils richement ouvragés en définissait le centre. Tout autour on trouvait des bibliothèques, des pupitres exhibant des cartes, des bouliers, des consoles d'écriture et bien sûr des supports pour les armes et les armures. Sur le chemin, à travers les couloirs, les salons et les corridors, Leo informait son ami tout en marchant sans trop se presser. Il faisait notamment attention à emprunter un itinéraire qui lui permettrait d'esquiver sa mère. Fort heureusement, la salle de la guerre n'était pas loin. Il lui précisa que le mariage de son héritier s'annonçait prochain et qu'il était chaque jour que les Sept faisaient à l’œuvre pour que rien ne soit laissé au hasard. Leo l'informa par ailleurs de tout le soin qu'il apportait pour que rien ne vienne troubler la sécurité et le bon ordre de cet événement.

 « Comment se portent Corcolline, lady Alyce et tes trois enfants ? J'imagine que comme nous vous avez accueilli l'automne et ses pluies intempestives avec une grande joie... Les méfaits de la canicule seront bien vite derrière nous, si tu veux mon avis. »
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Message Ven 13 Jan 2012 - 14:15

Aussi perçant que l’oeil d’un archer qui a braqué sa flèche sur votre dos, lord Tarly pouvait sentir le regard de dame Amelia qui semblait darder des éclairs en sa direction. Le port noble, le visage sévère, sa bouche marquait une désapprobation sans appel que même un aveugle aurait été en mesure de voir. Leurs yeux s’accrochèrent pendant une fraction de seconde avant que l’épouse de feu lord Adamar Tyrell ne disparaisse dans les ombres du palais. Cela avait été plus que suffisant pour rappeler à Leslyn les douloureux souvenirs des corrections que dame Tyrell lui avait administré en ses vertes années. Sa haute taille, sa carrure menaçante et ses épaules larges, que tout le monde craignait lors des séances avec le maître d’arme, ne lui avaient pas été d’un grand secours face à la sévérité de l’épouse du maître des lieux. Il avait encore en mémoire les pincements inoubliables aux oreilles et aux joues, ainsi que la caresse de sa tendre férule sur ses doigts écorchés pour faire rentrer dans sa tête dure d’écuyer que « non un chevalier ne devait pas mettre les coudes sur la table ». A sa manière dame Amelia Oldflowers avait été un professeur aussi féroce que le maître d’arme Tyrell, et aussi exigeant que l’avait été son propre père. Mais étrangement il n’en venait pas à regretter les leçons de la vieille dame.

Ainsi c’est secrètement qu’il se satisfît de ne pas voir la présence de dame Amélia lorsque son ami vint à sa rencontre. Se laissant guider par la curiosité, Le lord Tarly prit le temps de détailler son suzerain et frère de ses années de jeunesse, tant de temps étaient passé il n’était plus sûr de pouvoir reconnaître l’homme qui se présentait à lui. Et pourtant…malgré l’âge et cette silhouette plus large et aléthique qu’elle ne l’était dans ses souvenirs, il reconnaissait les traits de celui avec qui il avait échangé traits d’esprits et passes d’armes. Les années avaient transformées le fringant damoiseau d’alors en homme mûr et accomplis qui ne se laissait atteindre par aucune faiblesse visible. Il devait approcher de la quarantaine et cependant jamais Leslyn ne s’était sentit aussi vieux qu’en sa présence. L’image du vieux noble bedonnant et grisonnant n’était pas de celle qui convenait au lord Tyrell, mais davantage celle d’un ouragan redoutable. Nul doute qu’avec son sourire étincelant et ses airs rieurs et malicieux, il devait trouver autant de succès auprès des dames que charmer ses vassaux. Leo dans ses souvenirs avait toujours su faire meilleur usage de son sourire que de sa lance, et c’était là beaucoup dire.

Chose suffisamment remarquable pour mériter d’être notifié, du moins pour ceux qui étaient les plus intimes au lord de Corcolline, la ganache marquée par les rides et les plis sévères du vieux lord se fendit d’un large sourire à la vue de son vieux frère d’armes. Un sourire vrai et sincère, le sourire que l’on réserve pour un frère, symbole d’une amitié vraie et chérie. Ouvrant à son tour ses bras musculeux pour une franche accolade, il serra contre son cœur son vieil ami dans un geste fraternel et affectueux.

-Je ne manque jamais à mes principes, et encore moins lorsqu’ils me sont prétexte à venir te tirer de ta léthargie de noble de Cour ! Il était temps que j’arrive, encore un peu et je ne reconnaissais plus le jeune damoiseau à qui je faisais mordre le sable !

Le ton était léger et enjoué, jamais Leslyn ne se serait permis de telles paroles en présence d’une autre personne. Lorsqu’il était question de se voir en société, le lord de Corcolline mettait un point d’honneur à respecter des formules plus protocolaires lorsqu’il s’adressait à son ami, même si elles lui semblaient à lui-même ridicules dans sa bouche. Le lord de la Maison Tarly avait depuis longtemps comprit qu’avant d’être son ami, Leo Tyrell était le suzerain du Bief et en tant que tel un personnage devait se placer au-dessus des considérations comme l’amitié. Il était hors de question de lui infliger l’insulte de la familiarité lorsque d’autres vassaux se trouvaient en sa présence. Aussi jouissait-il de cette proximité bienvenue.

-J’espère que l’hospitalité légendaire de Hautjardin ne laissera pas mes hommes trop empâté pour qu’ils puissent reprendre la route. Glissa-t-il à demi sérieux.

Le fait est qu’il apprécia plus que tout autre chose la considération simple mais élémentaire de Leo pour ses troupes. Trop peu de nobles avaient conscience des véritables souffrances de la « piétaille » comme il l’appelait, et dédaignait trop souvent de prendre les mesures nécessaires à leur confort, même le plus élémentaire. Il suivit en silence le lord suzerain du Bief et son ami jusqu’à un lieu plus adapté pour leur conversation. Tout en jetant des coups d’œil rapides aux centaines de tapisseries qui fleurissaient sur les murs, il écoutait avec attention les dernières nouvelles que lui rapportait Leo, apprenant par la même le mariage de son fils. Il n’avait jamais prêté beaucoup d’attention à l’héritier du trône Tyrell, mais de ce que l’on lui rapportait le fils n’égalait pas le père. Mais cela n’enlevait rien au poids de l’évènement. Un mariage avec les Lannister n’annonçait rien moins qu’une alliance entre l’Ouest et le Bief. Une alliance de poids et lourde de conséquences. Leslyn se parla à lui-même : Aliénor Lannister. Les syllabes avaient beau rouler agréablement sur son palais et sur sa langue, nul doute que le son de l’or Lannister tombant dans leurs caisses serait plus délectable encore. Tout répugnant qu’il était à se plonger dans les « affaires de Royaume », le lord de Corcolline était suffisamment intelligent pour voir ce qu’apportait cette alliance nouvelle.

Ah le mariage ! Puisse-t-il lui également en faire profiter tous les fruits à son fils songea-t-il amèrement. Cela bien évidemment s’il arrivait à le tirer des bras des catins et des soudards de bas-étage qui constituaient sa suite. Il se demanda brièvement par ailleurs comment se débrouiller son aîné là-bas dans les Îles Boucliers. Peut être avait-il trouvé le moyen de se faire tuer ce petit crétin. Il oublia ses fâcheux sujets pour se concentrer sur la présente discussion. Leslyn détailla le fil particulièrement aiguisé d’une épée qui figurait sur un présentoir avant d’y faire glisser son doigt.

-Mon domaine se porte bien je te remercie, mon épouse n’est pas au meilleur de sa forme cependant. C’est ma faute je le crains, je la délaisse pour des devoirs plus pressant. Mon Septon ne cesse de me rappeler que ma place est autant auprès de ma femme que de mes hommes, un parfait conseil d’homme en robe si tu veux mon avis. Non…Alice comprends la situation dans laquelle je me trouve.

Du moins il l’espérait, l’état de santé de sa femme n’avait cessé de décliner depuis qu’il avait pris Lyle avec lui et l’avait envoyé à son tour sur les côtes pour porter le combat aux pillards Fer-Nés. Mais n’était-ce pas le propre de toute mère que de se faire du mauvais sang pour leurs enfants ? Edarra au moins restait auprès d’elle.

-Quant à mes fils…Je n’ai guère d’espoir. Le mariage de mon aîné est embourbé et mon second est encore trop vert pour m’être d’une quelconque utilité. Je l’ai envoyé à la tête de la moitié de mes troupes sur les côtes, au soutient des lords des Boucliers, espérons qu’il me revienne avec un peu plus de l'homme et moins de la pucelle.

Oui il était dur, mais le monde le voulait ainsi et il ne tenait pas à laisser le siège de la Maison Tarly à un faible ou à un tendre, car les ennemis qui étaient à leurs portes ne l’étaient pas. Il se dirigea vers le centre de la table et pointa sur une carte les lieux des récentes percées Fers-Nés.

-Les premières pluies ne sont pas une bénédiction uniquement pour nous mon ami. Cette racaille Fer-Né devient de plus en plus entreprenante à ce que j’ai cru comprendre. Quant au roi et à sa Main…il ferma le poing et retint un juron, ils ne feront rien Leo, Port-Réal est trop loin pour que ce Roi Fainéant se sente menacé, et concernant le Freuxsanglant, je serai prêt à parier qu’il n’est que trop heureux de voir nos hommes se faire massacrer et nos fiefs pillés. Ces pirates en viennent à emprunter nos propres routes pour aller plus en avant dans les terres à ce que l’on me rapporte.

Il soupira un instant et se tourna vers son ami.

-Cette alliance avec les Lannister…que nous apportera-t-elle ? Le jeune lion en est encore à se faire les dents, je doute qu’il se prenne à nous rendre visite pour se battre arme au poing à nos côtés. Et à ce que je sache nous n’avons pas de force navale suffisante à opposer aux Fers-Nés pour stopper leurs rapines. Je te suggère un blocus de nos côtes mais cela serait désastreux pour notre commerce…

Même si le pays allait se remettre doucement des effets de la canicule, il restait encore bien fragile et certaines régions ne pouvaient subsister sans apport extérieur, c’était sans compter que les rapports commerciaux concernaient directement la caisse de Hautjardin, et il était fort probable que Leo soit peu disposé à se voir également attaquer à la bourse.

-Les méfaits de la canicule sont derrière nous Leo, comme tu l’as dit, il est temps de pacifier nos terres. Je suis ton bras armé, ordonne et je m’exécuterai, comme toujours.

Il crut bon de rajouter.

-Comment en est la situation actuellement ? Je ne reçois que peu de rapport de mes fils.

Il se tourna vers son ami et prit place dans un siège non loin.
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Message Sam 21 Jan 2012 - 22:20

Leo écoutait son ami avec attention. Comme toujours, la manière d'être de celui -ci l'impressionnait, car sous le masque sévère de l'austérité se cachait un cœur vaillant et loyal comme il sied aux véritables chevaliers. Les nouvelles de Corcolline n'étaient ni mirifiques ni catastrophiques, et Leo regrettait l'amertume de son vassal quand celui-ci évoquait la question de ses fils. Il ne pouvait s'empêcher, cependant, de compatir et de partager ses appréhensions, lui-même ayant été confronté dernièrement à une très grande déception dont la cause n'était autre que son propre fils. Et tombant presque à pic, Leslyn posa justement la question qu'avait soulevé l'événement : qu'est-ce que l'alliance avec l'Ouest avait de bénéfique pour le Bief, en dehors de la copieuse dot qu'Aliénor traînerait avec elle, dans ses nombreux bagages. Il s'était posée maintes fois cette question et jamais aucune réponse évidente n'avait émergé de la masse nébuleuse de ses réflexions, jusqu'au départ de Tristan pour l'Ouest où il effectuerait sa première punition pour son attitude si cavalière à l'égard de sa promise. L'or Lannister n'était pas ce qui le motivait, les Tyrell n'étant pas démunis. Le prestige d'une telle union, l'opportunité de l'alliance avec l'ennemi de son ennemi qu'un mariage viendrait consolider, autant de raisons qui l'avaient poussé à accepter d'entreprendre les négociations visant à marier son fils à la sœur du Lion et à opérer ce rapprochement avec la maison Lannister. Mais quand le conflit avec les Fer-nés prendraient fin, qu'adviendrait-il de ce rapprochement ?

 « L'alliance avec les Lannister n'est une alliance que sur le parchemin du contrat de mariage qui unira mon fils et la sœur du jeune lion. Nous verrons, quand viendra les temps difficiles du besoin, quel sera son comportement à notre égard, et alors nous pourrons parler d'une véritable alliance. Pour l'heure, je préfère rester prudent et parler simplement d'un rapprochement. Et ce rapprochement nous apporte une épouse pour mon fils, au nom prestigieux et à la dot conséquente. C'est tout ce que j'attends pour le moment. Quand elle aura intégré notre famille, nous verrons quel rôle sera celui de lady Aliénor à nos côtés. De ce que j'ai pu voir lors de son séjour à Hautjardin, elle ne nous décevra pas. »

En effet, lady Aliénor s'était révélée, lors de son trop court passage parmi les Tyrell et leur cour, très intéressante, à maints égards. Elle avait l'éducation propre aux nobles dames qui connaissent leur place et qui savent tenir leur rang. C'était plus qu'il n'était nécessaire, et pourtant elle avait présenté les signes les plus évidents et qui ne pouvaient tromper l'homme de sagesse qu'était Leo Tyrell : à leur contact, à Hautjardin, elle deviendrait un atout indéniable et très avantageux sur la scène internationale, pour peu qu'on veille avec attention à son éducation politique.

 « Nous saurons bien assez tôt quelles sont les intentions de Tybolt Lannister à notre égard, et nul doute qu'il ait quelques surprises en réserve. Ce qui m'amène à te révéler les miennes, mon ami, et celles-ci ont un lien direct avec la crise que nous traversons. La menace extérieure que représente les Fer-nées accapare nos priorités et pourtant mes pensées sont tournées vers l'avenir. Je veux poser dès aujourd'hui la pierre d'un édifice plus grand, qui fera taire pour longtemps les vieilles rivalités parmi mes grands vassaux et qui donnera au Bief toute la cohésion nécessaire à la prospérité et à la croissance. Nous avons cheminé sur les sentiers de la Foi et de la difficulté pour devenir chevalier ensemble, tu me connais mieux que nul autre et naturellement tu as toute ma confiance, c'est pourquoi je te confie ce projet dont la paternité revient à lady Amelia qui s'en est occupé pendant que moi-même je préparais notre discussion au sujet de la conduite de cette guerre si singulière. »

Il s'interrompit et, sur la carte, désigna la Treille, Villevieille, Rubriant, Corcolline et enfin Hautjardin

 « Si la prochaine génération de toutes nos familles étaient liées par le mariage, elles œuvreraient tous d'un même geste, et se tiendraient toutes derrière Hautjardin quand il s'agit de protéger les intérêts du Bief, à l'intérieur comme à l'extérieur. Tu as certainement entendu parler de la récente nomination de lord Clarence Hightower au poste de Grand Argentier, n'est-ce pas ? Nous serions affaiblis s'il décidait de profiter de cette opportunité pour faire valoir les intérêts de sa maison aux dépens des nôtres. Heureusement, il semble que nous partagions lui et moi la même vision, et il a souscrit au projet de lady Amelia. Je peux d'ores et déjà t'annoncer que tu vas recevoir deux propositions de mariage, la première pour ton fils aîné, la deuxième pour ta fille. Victoria Hightower, la sœur de messire Clarence, est une lady remarquable, qui sait son rang et ses devoirs. Elle serait la parfaite épouse pour Samwyle, et la dot d'une Hightower ne peut qu'être honorablement généreuse. Quant à Edarra, mon ami, je n'imagine pas une seconde une autre épouse pour mon dernier fils et pour en avoir discuté avec lui, je sais que l'idée a séduit le jeune homme. »

C'était beaucoup d'information livrée d'un coup et sans ménagement, mais avec son vieil ami, Leo pouvait se passer des formalités qui mettent bien trop de distance. Il reprit cependant la parole après un instant, sans avoir laissé à son interlocuteur le temps de lui répondre.

 « Il n'est pas question de te forcer la main, bien entendu. Prends le temps d'y réfléchir et parlons à présent de ce qui t'amène à Hautjardin. Comme tu l'as dit, un blocus pourrait être fatal pour notre commerce. Une part importante de la flotte Redwyne s'apprête à prendre position le long de nos côtes, pour achever de sécuriser les Îles Boucliers et le chenal qui sépare la Treille et Villevieille. Les Fer-nés ont porté leur attention au Nord comme en témoigne l'attaque de Salvemer, mais nous nous tiendrons prêts à les accueillir s'ils mobilisent un assaut comparable contre nous. Pour l'heure, masser nos troupes aux points clefs des côtes du Bief me semble la priorité, pour dissuader les pirates isolés de mener plus avant leurs pillages et leurs excursions. Le ban a été convoqué, mais si l'ost se trouve éparpillé, il n'est d'aucune utilité. »

Leo, qui s'était assis, joignit ses mains, et posa sur son ami un regard sérieux et affable.

 « Mais je ne voulais pas prendre une décision sans te consulter. Lady Amelia me le disait hier encore, tu es un tacticien talentueux, et tes conseils nous serons précieux. »


Dernière édition par Leo Tyrell le Mar 28 Fév 2012 - 19:05, édité 3 fois
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Message Lun 27 Fév 2012 - 16:44

De eux deux Leo avait toujours été le plus fin et le plus diplomate. Des qualités bien nécessaires pour mener la grande barque qu’était le Bief. A l’inverse du lord de Corcolline, le suzerain des Terres Verdoyantes ne pouvait se contenter de résoudre tous les problèmes qui se présentaient à lui par la pointe de son épée. Alors que les mains de Leslyn étaient plus souvent tâchées de sang qu’il ne l’aurait voulu, c’était l’encre et la cire qui maculait les doigts de Leo Tyrell. La plume de nos jours se révélait une arme bien plus mortelle que n’importe quelle lame. Les hauts faits d’armes de l’Âge des Héros se cantonnaient aux récits fantastiques contés par les Septas et les Mestre. La guerre se faisait à présent à coup de traité, d’intrigues, d’alliances et autres affrontements d’influence. Son ami et suzerain venait d’en faire présentement la brillante démonstration en lui exposant, dans un long discours, ses projets futurs. Leo avait quitté l’habit de l’ami pour endossé celui du prince, et Leslyn Tarly s’adapta en conséquence en prêtant une oreille plus attentive que jamais. Une oreille qui saisit la pleine ampleur du grand dessein de son seigneur. Bientôt les lignes couchés sur le papier se transformeraient en actes concrets, et à bien y penser Leslyn avait de quoi se féliciter de cette alliance avec les Lannister. Comme le soulignait si bien le maître de Hautjardin, leurs coffres étaient pleins et leur influence grande dans le Royaume. Ils auraient toujours l’occasion de maintenir cette dame Aliénor loin des affaires qui ne la concernaient pas s’ils en ressentaient le besoin. Leslyn ne faisait sans doute qu’effleurer que la profonde sagesse et mesure des visions de son frère d’armes, mais il avait conscience de sa place dans ce vaste jeu. Le lord de Corcolline se rangeait sans honte dans la catégorie des soldats.

Néanmoins aussi ignorant qu’il pouvait être des réalités du monde du pouvoir, il ne l’était pas lorsque cela concernait les intérêts de sa Maison et de sa Famille. Ainsi crut-il bon et légitime de réagir aux paroles de son ami. Leslyn s’offrit le temps de la réflexion. Leo Tyrell avait beau être un proche, en cet instant il parlait avant toute chose au suzerain du Bief, et il convenait de mesurer sa langue et ses propos avant de parler. Une règle que le même lord Adamar Tyrell lui avait enseigné. Ainsi mit-il à profit les enseignements du défunt lord du Bief. L’ouvrage que se proposait de construire Leo était loin d’être inintéressant, un projet d’envergure et visionnaire comme il s’y attendait de la part de son ami. Cependant de son point de vue il y voyait peut être les embûches et les obstacles qui échappaient à son entendement. Il se pencha donc sur la carte, et tout en l’écoutant, passa une main nonchalante dans sa barbe mal taillée. En soit c’était d’une simplicité redoutable et prometteuse. Une alliance entre les Grandes Maisons du Bief. Le lord de Corcolline songea un instant aux implications d’une telle entente. Lui qui avait toujours nourri des projets d’ascension pour sa Maison se voyait peut être offrir là une chance inespérée. Il leva un sourcil cependant à la mention du nom de Hightower. Bien entendu il s’agissait là d’un titre de noblesse tout à fait valable au sein du Bief, mais le nom de ce « Clarence Hightower » lui était totalement inconnu.

Visiblement celui-ci avait su mener son chemin. Grand-Argentier ? Même s’il avait toujours méprisé ses brasseurs de monnaie plus occupé à compter leurs deniers qu’à s’entraîner à l’épée, il n’était pas sans reconnaître la position d’influence qu’occupait à présent le lord Hightower. Leslyn tenta de s’imaginer par quels tours de force d’influence, de machinations ou de négociations obscurs il avait pu arriver à ce poste. Personne n’arrivait au Conseil en vertu de ses seules capacités. Le lord de Corcolline, même s’il devait s’avouer fortement charmé par le fait d’être lié au titre des Hightower, répugnait à se mêler à rien moins que des bonimenteurs et des beaux-parleurs. C’est pourquoi il ne cacha pas ses pensées, n’y allait-il pas de l’avenir de sa Maison après tout ?

-Ton projet est très ambitieux Leo…peut être trop. N’as-tu pas crainte de voir s’élever des puissances que tu ne pourras contrôler en ton propre Royaume ? Ce Hightower…il agite la queue pour le moment mais qu’en sera-t-il ensuite ? Quand à marier mon aîné à la sœur d’un gratte-papier…je ne veux pas te manquer de respect, mais je tiens au respect de la vieille vertu de la « pureté du sang ». Je voudrais m’assurer de ce Clarence et de sa sœur avant de mêler mon nom au sien, quand bien même tu sembles le tenir en estime.

Les paroles du vieux lord étaient aussi délicates que la caresse d’une dague, mais son ami ne venait pas s’enquérir de ses conseils et de son avis pour qu’il se contente de lui lécher les chausses en applaudissant des deux mains. Une armée de courtisans devaient déjà remplir cet office. Il songea à cette fameuse « dot » mentionné par son ami. Un argument alléchant, même s’il répugnait à l’admettre. Il se donnait l’impression d’être un mendiant. Mais aussi riche que cette femme et cette famille pouvait être, il ne souillerait pas le nom de ses ancêtres et les traditions de sa Maison à la légère.

-Je crains que tu ne places ton projet en de mauvaises mains en me désignant. J’accomplirai mon devoir avec joie et fidélité, comme tu le sais, mais je suis bien trop grossier pour mener négociations et palabres. Mais je reconnais la justesse de ta vision, j’irais m’adresser à ce Clarence pour voir ce qu’il en est. La réflexion s’impose en cette matière en effet, comme toujours tu parles juste. Quant à ma fille…

Il marqua ici une pause, pour savourer tout l’honneur et la joie que lui procurait la proposition de son ami. Avec ce mariage il y avait là plus qu’un insigne honneur, mais une pleine reconnaissance de leur amitié et également de la grandeur de sa Maison. Se retrouver lier par le sang avec la maison de Hautjardin était plus qu’il n’aurait jamais pu espérer. Il dissimula cependant sa reconnaissance derrière son habituel masque réservé, se contentant d’empoigner virilement l’épaule de son ami.

-…c’est avec joie que j’accepte d’ors et déjà mon ami. Je ne puis que t’assurer que ma fille s’assurera à la hauteur, des fils viendront récompenser cette union.

Il en revint bientôt à des considérations qui lui étaient plus familières. La guerre. Le plan de bataille de son ami témoignait d’une vision juste et réaliste des choses, il ne pouvait lui faire à ce sujet aucun grief. Après tout le lord suzerain du Bief avait eu en la matière un aussi bon professeur que lui. Il hocha donc la tête d’un air appréciateur, suivant du doigt le tracé de la carte, mémorisant la position des troupes et navires. Il s’agissait de vagues représentations sur ce plan, mais il pouvait déjà se projeter au loin imaginant les hommes d’armes en mouvements et les campements des cavaliers en attente d’ordres.

-Les Fers-Nés sont au nord, mais ils viendront, assurément. Je préconise de masser le plus gros de nos troupes sur les côtes, et de sécuriser les accès aux fleuves où les navires pirates pourraient remonter pour piller l’intérieur du pays. Même si le Royaume se remet de la sécheresse, il faut éviter au pays d’avoir à supporter l’entretient d’autant de troupes. Privilégions des troupes rapides qui parcourront en patrouilles le pays, ne laissons aucun répit à ces forbans. Si une attaque vient, elle se fera ici.

Il pointa les Îles Boucliers avec insistance.

-Les Îles Boucliers sont vastes, et les boutres ennemis peuvent se frayer un chemin jusqu’à la Mander de nuit, ce serait là une catastrophe si Hautjardin devait se trouver menacer. Je ne les crois pas capable d’une telle folie mais jamais appris que l’ennemi se trouve toujours là où l’on l’attend le moins.

Il fixa son ami d’un regard sévère, où dardait ses prunelles d’acier.

-Un seul commandement doit mener les troupes. En cas d’attaque les ordres contradictoires des seigneurs locaux trop occupé à la sauvegarde de leurs intérêts qu’à la défense du territoire, peuvent nous amener à un désastre ou provoquer de lourdes pertes. Tu as raisons…nous ne pouvons pas nous éparpiller. Je suis ton bras armée, ordonne et j’irai là où il le faudra pour organiser les défenses. Mais il nous faut une seule tête.

Croisant les bras sur la poitrine, il laissa son ami et suzerain trancher la question. Ce qui lui demandait était de lui confier rien moins que le commandement d’une armée entière. Ce qui revenait en soit à occuper la place du seigneur du Bief à la tête du ban. Mais des situations exceptionnelles requéraient des mesures exceptionnelles. Sans doute que la situation Fer-Né ne demandait pas un tel effort, mais en s’armant d’une masse pour écraser le rat, il se débarrasserait plus vite de ce gênant problème pour s’atteler à des tâches plus importantes.
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Message Mar 28 Fév 2012 - 23:16

 « Gratte-papier ». Ce mot résonna dans sa tête à la manière des cailloux plats qu'on jette sur l'eau des lacs tranquilles pour faire des ricochets. Il savait ce que l'emploi de cette expression signifiait dans la bouche de son vieil ami. Ce dernier, taillé dans la roche des montagnes des marches orientales dont il était le gardien depuis la forteresse millénaire de Corcolline, ne mâchait pas ses mots et c'était une qualité que Leo appréciait. Leslyn n'était pas de ces serpents qui louvoient, tergiversent et usent de moyens détournés pour parvenir à leurs fins ou pour éviter de se prononcer clairement à tout propos. Du moins, c'était ainsi que Leo comprenait cet homme autoritaire et dur qui excellait davantage à la chasse qu'à la cour. Mais malgré toutes les réticences que Leslyn pouvait éprouver, Leo tenait à ce rapprochement de la plume et de l'épée. Il tenait à lier les grandes familles du Bief entre elles par les chaînes du sang, et il œuvrerait pour cela tant qu'il aurait en son sein le souffle de la vie. Clarence Hightower souffrait peut-être d'une réputation peu recommandable, mais il n'en demeurerait pas moins l'un des maillons les plus emblématiques. Il était vain de discourir à ce sujet, aucun raisonnement ne réussirait jamais à ôter les préjugés de l'esprit de son ami qui se ferait une opinion sur l'homme en le rencontrant. Si leur rencontre se révélait infructueuse et si Leslyn rejetait en définitive l'idée d'unir son nom à celui des Hightower, Leo aurait pour se consoler la conviction que l'enjeu valait bien un essai. Il enverrait bientôt une proposition au Grand Amiral pour négocier le mariage de sa fille Emilia à ser Loras Redwyne. Le puzzle prenait forme et tout se mettait en place, alors une petite difficulté ne viendrait certes pas détruire son ouvrage et après tout, la renommée de Leslyn lui assurait de trouver bien des prétendantes pour ses deux fils, tout comme l'ingéniosité de Clarence lui assurait de trouver des parties convenables pour sa sœur. Il se contenta d'approuver de la tête et d'un sourire quand Leslyn déclara souhaiter rencontrer Clarence et la sœur en question avant de prendre une décision, car c'était bien assez pour le Long Dard qui voyait là une excellente occasion pour les deux hommes si différents d'apprendre à se connaître. Ils ne seraient sans doute jamais de grands amis, mais peut-être au contact du Grand Argentier Leslyn découvrirait ce qui poussa Leo à accorder sa confiance au jeune homme à l'influence grandissante.

Un franc sourire répondit à la joie de Leslyn quand ce dernier accepta le principe de l'union de sa fille Edarra au jeune Mathias, le fils que Leo avait désigné pour cette union. Leo n'alla pas plus loin, les détails de cette union seraient discuté plus tard : les deux amis n'avaient pas besoin de palabrer des heures quand ils étaient d'accord, tout se ferait le plus naturellement du monde. Bien sûr viendrait la question de la dot, épine dorsale des négociations matrimoniales, mais Leo n'était pas un margoulin chicaneur, et Leslyn n'était pas de ces voleurs qui usurpent même leur honneur : il prendrait la somme que proposerait Leslyn et l'affaire serait conclue avant même que les dragons d'or ne tombent dans les coffres de Hautjardin. La conversation se porta à nouveau sur la guerre, cette guerre qui se poursuivait contre les Fer-nés et Leo écouta avec attention les remarques et les conseils de son ami. Leo n'était pas homme à se gargariser des flatteries mielleuses d'autrui, pas plus qu'il n'était de ces indigents de l'esprit qui réclament à tout va l'approbation de ceux qui lui doivent allégeance. Quand il demandait des conseils, il s'attendait non pas à des compliments, mais bien à des suggestions. C'est sans doute pour cela que l'amitié qui le liait à Leslyn Tarly était si pérenne, car l'homme n'était pas un flagorneur. Leo suivit son doigt qui pointait, sur la carte, les Îles Boucliers, et se répéta pour lui-même les réflexions émises par le soldat. Il soutint son regard quand Leslyn affirma qu'un commandement pluricéphale serait néfaste pour l'efficacité de l'usage qui serait fait des troupes déployées sur la côte. Les remarques menaient toutes à la même conclusion : il fallait une tête sûre et identifiée à cette armée, et cette tête pourrait très bien être le porteur de Corvenin pourvu que son suzerain le lui ordonne... ou le lui accorde ? En silence, Leo observa son ami de toujours, le visage figé dans une expression de profonde réflexion. Naturellement, la question des capacités de Leslyn ne se posait guère, il avait fait la preuve de sa compétence militaire au cours de toutes ses années à lutter contre les pillards des montagnes rouges. Les plus médisants auraient pu opposer que les terres des Tarly n'avaient guère eu à souffrir les pillages menés par les seiches enragées de Dagon Greyjoy. Leo leur aurait rétorqué que les hommes de Corcolline affrontaient chaque jour des ennemis infatigables que seuls les sots sous-estimeraient. Leslyn n'avait pas formulé ouvertement ce qui sonnait malgré tout comme une demande. Mais si Leo l'avait fait venir à Hautjardin, ce n'était pas seulement pour lui donner des ordres. Il avait déjà pris cette décision depuis quelques temps maintenant.

Sa mère avait soulevé cette question quelques temps auparavant, avant même que son fils Tristan ne révèle au grand jour son incapacité à se montrer digne de son héritage et de la fonction qui serait la sienne un jour. Lady Amelia, dont la clairvoyance était grande, avait très adroitement souligné que Leo ne devait pas quitter Hautjardin, qu'il devait y rester pour assurer la cohésion de tous à travers cette crise qu'il traversait avec la guerre, car les Fer-nés n'étaient pas leur seule préoccupation. Il était nécessaire de déléguer le plein commandement des troupes à un homme de confiance pour assurer sur le terrain la cohésion de ces dernières et éviter, comme le soulignait aujourd'hui son vieil ami, les ordres contradictoires. Mais Leo n'avait pas souhaité prendre cette décision à la légère, et il avait cherché à connaître les opinions de ceux qui l'entouraient et qui avaient toujours été de bon conseil. Sa mère, en premier lieu, n'avait pas hésité à mentionner le nom de Tarly pour mener leur ost à la guerre. Son mestre, ensuite, avait émis le même avis très éclairé. Leo était allé plus loin, et lors de ses entretiens avec lord Redwyne, auquel il avait confié le soin d'assurer la défense et la sécurité de leurs côtes et des îles Boucliers, il avait cherché à recueillir l'avis de celui-ci sur la question. Et quelques jours plus tard, il recevait l'avis du Grand Argentier. Tous ces points de vue concordaient avec ses premières impressions, pourquoi alors ne les aurait-il pas suivies ?


 « En effet, un seul commandement doit mener nos troupes. Le choix est toujours délicat, mais quand la question s'est présentée à moi, la réponse s'est imposée d'elle-même. Bien sûr j'ai laissé au temps le soin de mûrir ma réflexion mais en définitive je ne vois nul autre que le porteur de Corvenin pour ce poste. Tu seras à la tête de nos armées, et tu tiendras le commandement des troupes sur nos côtes et sur les Îles Boucliers sans partage. Je le ferai savoir à tous ceux que l'ambition pousserait à la défection. Et quant à ceux qui viendraient à discuter tes ordres, tu seras libre de trouver leur juste châtiment. »

Leo ne s'attendait point à ce que la surprise accueille cette nomination qui allait de soi. Il se demandait cependant si celle-ci éveillerait dans le cœur de son ami les feux d'une ambition délétère qui viendraient ternir leur amitié, cette même ambition que Leslyn redoutait chez le Grand Argentier. Certes, ils se connaissaient depuis longtemps et jamais ils n'avaient eu de raison de douter l'un de l'autre, mais Leo expérimentait depuis peu la déception au sein de sa propre famille, alors plus aucun désappointement n'était de nature à l'étonner.

 « Cette décision prend effet immédiatement, il est inutile d'en différer l'exécution plus qu'il n'est nécessaire, et la célérité, voilà l'une des clefs de la victoire. Et en parlant de célérité, lord Redwyne a pris des mesures pour qu'une part importante de sa flotte soit déployée sur nos côtes afin d'en sécuriser les points clefs. Je ne sais ce qu'il vaut comme homme, mais en matière de tactique navale, il sait son métier. Le plan ainsi mis en œuvre me semble efficace mais il m'a bien fait savoir que la personne qui prendrait la tête des opérations, autrement dit toi, aurait toute latitude pour l'ajuster à sa convenance. »

Leslyn lui-même devait bien connaître le Grand Amiral, au moins de réputation. La renommée du grand héros de la bataille des Trente voiles était telle qu'il ne pouvait en être autrement. Mais quand bien même, les deux hommes ne s'étaient jamais rencontrés et peut-être Leslyn se méfiait-il aussi de cet autre membre du Conseil restreint. Malgré tout, les navires du Bief, sous le commandement de lord Redwyne, accomplissait de l'excellent travail pour patrouiller leurs eaux territoriales, et à présent que les troupes à terre avait une tête identifiée et unique, nul doute que la synergie ferait son œuvre. Lord Tarly avait certainement attendu de recevoir l'opportunité de concevoir un plan tactiquede défense imparable à opposer aux Fer-nés, et maintenant que l'occasion lui était donné, il y avait fort à parier que son talent trouverait à s'exprimer. Cela laisserait à Leo le temps de se détourner de la question pour s'intéresser de plus près à l'avenir et notamment à cette alliance avec les Lannister qui tardaient à se concrétiser.
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A la rencontre d'un ami, à la rencontre de la guerre. [PV Leo]

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