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Nouvel An, Vieux Démons [Maekar]

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Message Lun 2 Jan 2012 - 11:46

Une nouvelle année s'annonçait, mais la journée promettait d'être toujours aussi chaude.

Le soleil venait à peine d’apparaitre au dessus des Dix–Cors, et la douceur matinale avait déjà fondu. Et s’il faisait déjà chaud au fond de la baie… Gowen eut une grimaçe en s’imaginant la bouillante moiteur régnant dans les hauteurs du reste des terres. En écho à sa plainte intérieure, il entendit le cri d’un oiseau de mer, tournoyant à l’affut d’un bateau de pêche à harasser, sous de gros nuages portant l’espoir de l’automne.

Ser Gowen se trouvait sur les quais de Pinceblanche, assis à une table posée devant le hangar du fort, dans la moiteur du matin.
Par « quais » il fallait comprendre un amas de planches inégalement agencées, avec par endroit des jours suffisamment grands pour y glisser la main, et aux pilotis grossis par des amas noirâtres de bernaches. La « table » n’était qu’une planche vermoulue et des tréteaux, sur laquelle un parchemin était tenu déroulé par un pot d’encre et des bâtons de comptage. Et le hangar était une simple bâtisse rectangulaire, usant de larges pierres et de mortier de chaux pour ses murs, chapeautés d’un toit d’ardoise qui avait vu de meilleurs jours. Enfin par « moiteur » il fallait s’imaginer un air si lourd et si chaud que les vêtements se collaient à la peau dès le moindre effort ; au fond de la baie le vent était encore plus faible qu’au large. En outre le parfum de poisson à divers degrés de fraicheur, mêlé à celui du guano cuisant sur le sol chauffé à blanc, le tout sur fond d’odeur corporelle, rendait l’air marin nettement moins vivifiant, et pas particulièrement plus respirable.
Par chance, Gowen avait passé suffisamment de temps dans Port Real pour ne plus s’offenser d’un affront à ses narines. Il avait également hérité par le sang de sa mère de la même insensibilité aux bouffées de chaleur. Alors que le mestre Roddan, assis à côté, était en nage, Gowen lui n’avait que quelques perles de sueur au front. A la décharge du vieux mestre et de son abondante sudation, celui-ci portait son bure, et les bords de son visage restaient invariablement couverts par la longue chevelure grise encadrant son front dégarni. Ces rideaux de cheveux qui poussaient de ses tempes cachaient avec difficulté la calcification noirâtre de son oreille et de sa joue gauche ; les seules traces, avec une surdité partielle, d’une léprose contractée enfant.
En comparaison, Gowen avait attaché l’avant de ses longs cheveux derrière sa tête, laissant son jeune visage respirer. Il portait une ample tunique de lin blanche, avec pour toute coquetterie des cerfs de sable et de fil d’or brodés sur les hauts rabats de son col. Le reste était simple : des braies marrons maintenue par une épaisse ceinture, et des bottes de cuir noir. Là où l’apparence des deux hommes se rejoignait, toutefois, était dans leurs traits creusés. Le mestre avait toujours mené une vie ascétique, mais Gowen, depuis un certain moment, mangeait peu et dormait avec difficulté.


Ses journées démarraient invariablement de la même manière. A l’aube, après un lavement sommaire avec une vasque pour économiser l’eau, il enfilait ses vêtements, descendait de sa loggia au deuxième étage et passait le garde à la porte donnant sur le hangar depuis le donjon. Il y retrouvait mestre Roddan, déjà affairé à rassembler les maigres vivres qui pourrait être distribué aux plus nécessiteux dans la matinée. S’ensuivait une discussion des plus pesantes, pleine de chiffres et de projections pour établir ce qu’on s’autoriserait à troquer. Rare était les jours sans qu’un navire marchand ne vienne tenter d’extorquer l’argent d’Accalmie en échange de tonneaux de rouge Dornien rendu aigre par la chaleur, de barriques d’avoine de Salins ou Blanc-Port, et des caisses de fruits desséchés cueillis de l’autre côté du Détroit. Ne pouvant faire la fine bouche, le jeune noble marchandait au mieux, troquant ce qu’il pouvait.
Le plus gros des stocks de vivres restait provisionné pour la quinzaine de bateaux royaux patrouillant dans les environs. Le millier d’hommes que ces navires représentaient avait surtout besoin de vin ou de bière, car l’eau croupissait dans les tonneaux et donnait rapidement la dysenterie. Ces marins avaient également besoin de viande la plus fraiche possible, de citron ou de fruit similaire, pour lutter contre le mal qui rongeait leurs gencives et faisait tomber leurs dents. Gowen avait décidé que toute denrée qui n’entrait pas dans ces catégories pourrait être vendue ou donnée à la population au besoin. Car cette dernière ne pouvait vivre de seul poisson éternellement. Les excédents de pêche étant peu transportables sur de longues distances, ils étaient difficilement échangeable ailleurs pour des fruits ou légumes. Et iI était dur de garder des prix bas pour permettre aux paysans d’acheter des vivres supplémentaires : les caisses d’Accalmie commençaient à s’alléger dangereusement, et il fallait bien les remplir. Certes, les promesses de dragons d’or portant le sceau royal en dédommagement de l’entretien de la flotte faisaient une fort jolie pile sur le bureau de Gowen, mais les marchands commerçaient avec des pièces, pas du parchemin.

Pour palier au manque d’argent, il avait établi une taxe de mouillage, presque ridiculement basse pour ne pas encourager la contrebande, et avait fait creuser des marais salants aux bords du village. La production de sel était faible, mais il se troquait à bon prix. Avec le manque d’eau, les troupeaux étaient abattus en masse et il fallait pouvoir conserver la viande : dans l’intérieur des terres, un sac de sel pouvait atteindre une belle somme. En prime, l’eau récoltée dans les vasières permettait d’abreuver les chevaux sans tirer au puits. Mais en dépit de ces mesures, Pinceblanche vivotait difficilement.
Participant à l’effort, Gowen s’était lui aussi rationné, et paraissait amaigri. Un visage plein et en bonne santé ne l’aurait probablement pas aidé, de toute manière. On l’aurait vite accusé de se servir dans les stocks et d’affamer la population. Il avait donc pris sur lui de gagner les faveurs des villageois. Les habitants de l’Orage étaient un peuple revêche, fier, dont le respect se méritait. L’aura de son père et sa petite renommée en tournoi lui donnaient un avantage, mais la canicule rendait les esprits aussi inflammables que le bois de ces terres ; et Gowen ne pourrait contenir un soulèvement avec la poignée d’hommes qu’il avait avec lui.

Il était donc assis à cette table de fortune dans la moiteur matinale, au son du clapotis des vagues sur les pilotis en dessous de lui et des oiseaux de mer au dessus, secondé de mestre Roddan et de ses comptes d’intendance. A sa droite, un maigre chargement, encadré par deux hommes en armes. Et devant, une file de petite gens, manquant d’hygiène autant que d’eau, attendant leur tour pour choisir entre une pomme ou un oignon rabougri.
Son ascétisme auto-imposé et sa gestion de la situation avait permis au fils de l’Orage Moqueur de gagner la sympathie du peuple ; au moins d’après ce qu’on lui rapportait jusque là. Mais les visages qu’ils voyaient étaient creusés, leur regard le plus souvent abattu. Chacun leur tour, ils s’approchaient de la table pour choisir ce qui leur était donné, souvent avec économie de mot, avec pour tout remerciement un assentiment de la tête, ou plus rarement un « merci m’seigneur » balbutié dans un murmure. Ils passaient ensuite sur la droite et recevait des mains d’Arlan, l’un des deux gardes, ce qu’ils avaient choisi. Enfin tous ou presque s’en allaient en jetant un regard vers les nuages gris et orageux qui s’amoncelait au large. Nul besoin d’avoir des maillons de métal au cou pour deviner leurs espoirs.

Une femme s’approcha en tenant un enfant en bas âge par la main. Elle ne devait pas avoir beaucoup plus de trente ans, et ces cheveux bruns semblaient en désordre en dépit de son chignon rudimentaire. Elle portait une robe simple blanchie par le sel de mer et rapiécée à deux endroits. Sa voix aurait été douce si sa gorge n’avait pas été si sèche.

« M’seigneur, ca va faire bientôt une lune que mon mari d’vait êt’ revenu d’Tyros… ”
Elle ne finit pas la phrase mais Gowen aurait pu le faire pour elle : « avec de quoi nous nourrir », «avec de quoi nous payer le passage pour un meilleur endroit » ou encore, plus probablement, « mais j’crois bien qu’il nourrit les crabes, maintenant. »
Difficile de dire si ce sont les pleurs ou le manque de sommeil qui gonflait ses yeux. Pour une mère élevant seule une famille en temps de famine, probablement les deux. Mais à son ton, et en vraie femme de l’Orage, le courage ne l’avait pas encore quittée.

"J’ai encore deux filles à la maison, est-ce que m’seigneur voudrait bien m’donner une aut’ …”
"…une seule pomme ou oignon par personne, c’est la règle ! ” intervint Arlain et ses 6 pieds de haut, clairement irrité de devoir attendre plus longtemps dans la chaleur et l’humidité. Derrière la jeune femme, certains maugréaient qu’il fallait qu’elle avance.
Gowen leva une main avant que les esprits ne s’échauffent et essaya de trouver un peu de salive, et de faire au plus court.
" Je peux connaitre votre nom? ”
« On m’appelle Roséline, s’il plait à m’seigneur. ”
« Vous avez un travail, Roséline ? ”
« Oui m’seigneur ” , répliqua-t-elle. Quelque part cela faisait toujours un peu bizarre à Gowen qu’on l’appelle ainsi. Même s’il portait le titre de Lord Intendant, il n’était officiellement qu’un castellan et se considérait avant tout comme un chevalier, pas un seigneur. « N’a-qu’une-jambe veut bein qu’j’l’aide, mais c’pas toujours facile d’amener le p’tit avec moi au large. ”
« Et qu’elle âge ont vos filles ? ” La question étonna la femme.
« 14 et 12 ans, m’seigneur. ”

Gowen demanda à l’oreille du mestre, qui par chance était celle qui entendait ,
« A-t-on encore de la place avec les sauniers ? ”
Mestre Roddan consultait rapidement son parchemin et ses batons de comptage, alors que quelque chose d’inintelligible sortait de ses lèvres, avant de répondre de sa voix agée,
« iiiiil semblerait que oui, messire, mais si les pluies commencent à… ”
« …si les pluies commencent à tomber nous aurons moins de problèmes ” , coupa Gowen sur un ton amical.

Le jeune noble se redressa vers Roséline.
« Les marais salants peuvent offrir un travail pour votre fille ainée. Elle y recevra chaque jour sa pitance et deux sous. Si votre cadette peut garder votre dernier, vous pourrez partir en mer comme tu le souhaite. N’a–qu’une-jambe est rude, mais il est juste. Il vous aidera à mettre du pain sur la table pour le reste de votre famille. ”
Le visage de la mère ne s’illumina pas mais une lueur apparut au fond de son regard. Elle accepta l’offre avec plusieurs remerciements, récupéra un oignon et pris son fils dans ses bras pour s’en aller rapidement.

La suite de la matinée fût du même acabit. Tandis que le soleil poursuivait sa course, le ciel continua de s’obscurcir et l’air de s’alourdir, tandis que vers le large les vagues frisottaient. Gowen souffla un grand coup lorsqu’enfin le dernier demandeur, un soulot venu échanger les dernières pièces de sa chèvre contre du vin, s’en fut allé. Se massant l’arrête du nez, il se demanda comment on pouvait bien désirer une place sur un trône qui venait sans doute avec des litanies de doléances trois fois plus longues.

Un flash de lumière lui fit ouvrir les yeux, et quelques secondes plus tard, un roulement de tonnerre vint confirmer qu’il n’avait pas rêvé. Il en resta un long moment à regarder dans le vague. Puis sortant de sa torpeur, il se tourna vers le vieil homme à ses côtés qui, comme tout le monde autour de lui, était déjà occupé à rassembler les affaires.

" Mestre Roddan, je crois qu’il va falloir prévenir mon seigneur et père que j’arriverai en retard pour son banquet du nouvel an. ”

Il eut un sourire las. Il lui faudrait attendre encore un peu pour retrouver sa femme. Mais qu’importe? La tempête était au large, et annonçait d’arroser les terres avec chacun de ses roulements de tambour.
Il n’aurait peut-être plus à quitter Tya pour aussi longtemps …

La tempête ne permettrait pas de voilure bien plus grosse qu’un tourmentin, et le voyage par la mer jusqu’au château natal, qui par bon vent prenait rarement plus de deux heures, allait désormais en prendre le double. Ses prévisions furent confirmées par le capitaine du un-mât qui devait l’emmener. Comme il était impossible d’arriver avant la fin de la marée haute, condition indispensable pour amarrer, ils devaient atteindre Accalmie début de la marée suivante.
Quand ils arrivèrent au large d’Accalmie, la nuit était bien avancée, et la tempête s’était tût. Toutefois, l’épais manteau nuageux demeurait, obscurcissant les étoiles et transformant la pleine lune en un halo laiteux.
Sans ouverture pour laisser s’échapper la lumière côté mer, de nuit on distinguait moins la forteresse qu’on ne sentait son imposante présence. Et en dépit des années, Gowen avait toujours ce léger picotement dans la nuque en approchant les contours de ce gigantesque poing dressé comme un défi aux dieux. Au bout d’un moment il put distinguer la lueur d’une torche à l’entrée de caverne marine qui donnait l’accès à Accalmie. Tout en continuant leur approche, Gowen alluma un flambeau et signala qu’on amène une barque. Une demi heure après, il mettait pied dans la caverne et passait sous ses herses.
Il était fatigué, amaigri mais rendu heureux par la pluie et son retour chez lui. Le garde qui l’avait amené à terre n’avait pu lui dire s’il était arrivé trop tard. Il lui dit toutefois que Mestre Robert l’attendait aux cuisines. Un peu surpris, Gowen attrapa une torche et pressa le pas en parcourant les couloirs familiers.

Avant même de gagner les énormes cuisines, le jeune chevalier fût assailli des parfums de rôtisserie, de senteurs d’épices et de vin, qui lui mettais l’eau à la bouche. Quand il gagna la lumière de la pièce, il vit des gens affairés à ranger et nettoyer, ce qui tua d’un seul coup tous ses espoirs. Mais les commis, servants et cuisiniers qui l’aperçurent le gratifièrent d’un sourire et d’aimables salutations. Sur le coup il ne savait plus s’il voulait être triste ou heureux.
Le petit chapelet d’interjections ravies et de « messer Gowen ” [/b] tirèrent Mestre Robert du livre dans lequel il s’était plongé à un coin de table. Avait-il donc était si long? Un sourire illumina le visage du conseiller de son père alors qu’il venait lui donner une accolade, que Gowen rendit volontiers. Quand ils se séparèrent le chevalier pu remarquer la surprise dans les yeux du Mestre en étudiant son visage aminci, mais aucun commentaire ne fût fait.

" Une heureuse année à vous, mon cher Gowen. J’ai fait part de votre message à votre seigneur et père, qui a émis sa tristesse de ne pas vous avoir au banquet. ”
En dépit de la déception, comme souvent Gowen répondit par une boutade.
" Il me peine de lui avoir causé chagrin. Surtout si elle conduit à la disparition des réserves de vins du chateau … ”
Cela fit sourire le mestre,
" Hah, ce n'est pas le cas, mais je crains qu’il ne reste plus de fûts apportés par le prince Maekar. ”
Cela prit Gowen par surprise. Il savait que le prince de Lestival avait été invité au banquet au fin d'année; simplement il n’avait pas imaginé que Maekar accepterait de participer à ce genre de mondanité. Mais ce n’était pas le sujet qui le pressait le plus.
" Comment se porte mon épouse ? ”
Mestre Robert pris l’air sage et bienveillant que Gowen connaissait si bien.
" Le ventre de Lady Tya s’est fortement arrondi durant le mois de votre absence. Ses vomissement se sont arrêtés, et elle se porte mieux. Elle est parfois prise de douleurs aux dos, mais elle refuse de s’aliter et se fatigue très vite. J’ai peur que votre dame ne soit déjà couchée ”
Il aurait aimé pouvoir étreindre et embrasser sa femme à l’instant, mais il s’était fait à l’idée qu’elle pourrait déjà être endormie quand il arriverait enfin. Au moins il était rassuré sur son état de santé.
" De bonnes nouvelles. ”

Le mestre anticipa sa question suivante.
" Il me faut aussi vous dire votre seigneur et père a quitté le banquet avec dame Neassa à son bras, riant tous les deux de bon coeur. A leur empressement je gagerai qu’ils sont indisponibles pour le moment. “
La phrase était dite avec tellement d’aplomb que Gowen ne put s’empêcher de rire. Décidément, le grand Septon pisserait sur les Septs avant que Lyonel Baratheon ne perde son appétit pour les plaisirs d’ici bas. Le chevalier posa une main sur le mestre par une tape amicale sur l’épaule.

" Mestre, il faut croire que vous êtes la seule personne qui ait vraiment voulu m’attendre. "
" Et bien pas tout à fait, figurez-vous. Le prince Maekar a émis le souhait de vous voir au plus tôt après votre arrivée. "
Encore une surprise. L’expression de Gowen se fit plus sérieuse, mais il cacha son étonnement en ironisant.
" Et j’imagine qu’il veut trinquer avec moi en échangeant des histoires du temps où il vivait ici ? C’est parfait, j’ai grand soif. Et très faim, aussi. "
" Lady Tya a reservé des plats qu’elle a fait monter dans votre chambre. "
" J’aime chaque jour un peu plus ma femme. "
" Je vous conseille d’aller voir le prince avant. "
" Peine perdue. Je persiste à lui trouver moins de charmes. "
Le mestre eut un demi-sourire involontaire, qu’il rattrapa par un regard réprobateur. Après un petit silence, Gowen rendit les armes face à son ancien tuteur.

" D’accord, d’accord. Je vais de ce pas retrouver le prince de Lestival. "
Le conseiller de son père salua la décision d’un mouvement de la tête.
" Vous le trouverez dans la loggia qu’il occupait quand il vivait ici."
" Au bout du couloir des chambres seigneuriales ? "
" Celle-là même "
Le mestre le salua et se retira. Gowen chaparda une part de tarte à la poire qui trainait sur la table, et se dirigea vers la chambre du Targaryen.

Quand il arriva dans le couloir de sa destination, l’écuyer ou le jeune garde à la porte du prince sortit d’une somnolence et se raidit, portant la main sur son épée au fourreau, tout en suivant Gowen des yeux. Quand le visage du chevalier fût suffisamment près pour être éclairé par la torche au niveau de la porte, une lueur de compréhension illumina les traits du garçon.
" Mes excuses, ser Gowen. Le prince vous attend, mais je n’vous avais par reconnu. Je vous imaginais plus…" réalisant ce qu’il était en train de dire, il devint confus.
" …plus grand ? " Gowen souriait. Il toisait le jeune homme d’une main, mais la méprise était commune, quand on avait vu l’Orage Moqueur et le reste des fils. Gowen en plaisantait volontiers. " Les rumeurs ne sont pas de mon fait. Mes adversaires me donnent la carrure de mon père quand ils perdent, ça ménage leur égo. "

Le garde ouvrit un instant la bouche, mais n’ayant rien à dire, la referma pour frapper à la porte. En attendant qu’on le laisse entrer, Gowen jeta un coup d’œil à la lumière qui filtrait en bout de couloir sous les portes de la chambre seigneuriale. Il remercia ses ancêtres d’avoir doté Accalmie de murs assez épais pour couvrir les ébats de ses parents. Si ca n’avait pas été le cas, Gowen eut imaginé l’humeur du prince être des moins avenantes.


Dernière édition par Gowen Baratheon le Ven 6 Jan 2012 - 0:19, édité 2 fois
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Message Lun 2 Jan 2012 - 16:11

Maekar avait prévu son voyage à Accalmie dés l’instant où il avait reçu la missive du bâtard Main du Roi et qu’il avait de fait pris la décision d’accepter sa proposition. Promu Grand Commandant des Armées du Roi, le prince de Lestival ressentait le besoin d’aller l’annoncer à Lyonel, comme un jeune chevalier gagnant son premier tournoi et brûlant de répendre la nouvelle pour voir la fierté dans les yeux de ses parents. A dire vrai, Maekar n’avait jamais été très proche de son père, qui ressemblait plus à Aerys qu’autre chose. Sa figure paternelle était alors devenue Aemon, Chevalier-Dragon, de qui il était l’écuyer jusqu’à l’âge de dix ans. Hélas, sa mort prématurée au service du père infecte de nombreux bâtards légitimés sur son lit de mort l’avait privé de son oncle adoré. Renfermé sur lui-même mais désireux de devenir chevalier comme l’avait été Aemon, il lui fallait trouver un autre seigneur et son père le confia à Lyonel Baratheon, seigneur d’Accalmie, surnommé l’Orage Moqueur. D’abord peu emballé à cette idée, il s’avéra que son nouveau mentor était digne d’intérêt, digne de confiance et digne tout court. Le temps qu’ils passèrent ensemble fit voler en éclat les réticence du prince à son égard tout comme ses airs royaux et imbus de sa personne. Oh bien entendu…Il avait du les retrouver pour certaines occasions, mais Lyonel lui avait énormément apporté. Il lui avait appris le respect d’une vie, le respect d’un adversaire, lui avait enseigné à se montrer bon envers les gens du petit peuple et la vraie signification de ce que devait être un chevalier. Pourtant, il lui avait aussi appris qu’un chevalier n’est qu’un homme et qu’un homme peut avoir des vices sans pour autant porter la honte sur son nom, sur sa maison. Ainsi le seigneur de l’Orage était-il friand de la boisson, des plaisirs de la chair et de ceux du combat. De lui, Maekar n’avait tiré que ceux du combat malgré son entêtement à vouloir lui montrer comment on devenait un homme avec des femmes payées pour cela. La jeune fille était blonde, comme sa sœur, et la nuit avait été étrange. Ses autres rapports se comptaient sur les doigts d’une main, dont une certaine femme qu’il aurait préféré oublier vu son lignage mais la rage fait parfois faire des folies…Il n’avait plus touché une seule femme, après cela, jusqu’à son mariage avec Alanna, plus friand des plaisirs des armes. C’est la belle Arryn qui parvint à lui montrer ce qu’on pouvait gagner dans le sexe et les devoirs conjugaux. Lyonel, au final, lui apprit tout ce qu’on pouvait gagner des armes et lui fit prendre ses premières cuites. Expérience que le prince apprécia, sans plus. Il faut dire que passer le lendemain à vomir tripes et boyaux n’avait pas aidé. Depuis il buvait une coupe de temps en temps, surtout depuis qu’il voyait les ravages que la boisson avait sur son fils aîné.
Ceci dis malgré les quelques expériences ratées, Lyonel avait été celui qui l’y avait initié, comme un père aurait du le faire. Les liens entre eux avaient donc évolué dans ce sens, ce qui forçait presque le Targaryen à faire un détour par la forteresse orageuse pour annoncer la bonne nouvelle. Un corbeau aurait suffit, il en était conscient…Mais l’oiseau n’aurait pu lui ramener le visage du Baratheon. Ainsi le voyage avait été prévu et l’annonce de son arrivée avait croisé un autre corbeau, l’invitant au banquet donné pour la nouvelle année. Il répondit qu’il avait hélas d’autres obligations requerrant d’urgence sa présence à Port-Real. Demi-mensonge car si c’était vrai, on se passerait bien de lui encore une semaine ou deux. Mais le prince n’avait jamais été très friand des fêtes. Son mentor le savait très bien mais continuait à l’inviter, à chaque fois. Parfois il se forçait car Alanna, contrairement à lui, appréciait ce genre d’évènements mais la il se sentait d’humeur à pousser son cheval jusqu’à Port-Real, faire une entrée triomphante et gâcher l’an 212 du bâtard. Puéril, oui, il le sait. Il perd tout sens commun lorsqu’il s’agit de Freuxsanglant.
Tout avait donc été réglé pour que Maekar n’ai pas à subir ces festivités, pas à Accalmie où les débordements étaient à prévoir. Hélas, Aelinor l’avait gratifié d’une visite surprise, le forçant à retarder son départ pour la forteresse et le faisant arriver deux jours avant le nouvel an. Il n’avait, du coup, pas pu refuser de rester…

Arrivé donc deux jours avant, il emmenait avec lui sa femme, ses deux filles, trente de ses hommes formant sa garde personnelle –il avait laissé le reste à Lestival avec son lord intendant- les dames de compagnie d’Alanna, la septa de ses chères enfants ainsi que leurs compagnes de jeux. Derrière lui, des vivres de tous types, venus des jardins de Lestival et de la réserve personnelle de Maekar, jugeant qu’ils pourraient être plus utile à Accalmie vu ce qu’il avait entendu de l’état général des réserves actuelles. En plus de ces fruits frais et du bétail qui ne servait pas à Lestival, il apportait le plus important : Le vin. Il l’avait fais venir de Dorne pour Lyonel, expressément, celui que son ami adorait boire. Malgré la quantité il était presque certain que les trois quart allaient partir le soir du banquet…Si pas la totalité. Ce qui était une assez bonne chose compte tenu de la faveur qu’il venait solliciter, car bien évidemment flatter son orgueil n’était pas la raison principale de sa venue à Accalmie. Décidé à mettre les pieds dans le plat une bonne fois, il allait solliciter une vingtaine d’hommes portant l’emblème Baratheon, pour l’accompagner à Port-Real. La raison était assez simple, elle servait à montrer au bâtard que le prince avait des alliés, et des alliés puissants. Provocation tacite qui n’engageait pas vraiment Lyonel dans une guerre ouverte, loin de la car le prince ne désirait pas ce type d’affrontement à moins d’être véritablement nécessaire. Vu l’état actuel du royaume, il n’aurait peut-être même pas à provoquer une révolution. Les Fer-Nés d’un côté, la famine de l’autre et au centre, l’ombre des bâtards de Daemon Feunoyr se profilant, menaçante, comme la promesse d’une nouvelle guerre auquel le royaume ne pourrait pas survivre. Les dégâts seraient considérables, et ils l’étaient déjà. Les côtes de l’Ouest avaient été évacuée, les réfugiés se comptaient par millier au point que l’aide du Val soit sollicitée –et acceptée par son jeune neveu. Une révolte grondait, il en sentait l’âcre parfum. En tant que Grand Commandant des Armées du Roi, il devra agir au plus vite. Remettre les Fer-Nés à leur place était sa priorité et ce serait le premier sujet lancé sur la table lorsqu’il aurait prit son siège au Conseil Restreint.
Oui, voilà tout ce qu’il devrait faire et ce à quoi il pensait en enfilant son habit pour ce soir. Entièrement noir avec quelques broderies rouges, il était frappé de son blason personnel sur sa poitrine –quatre dragons rouges. Il portait des bottes en cuir noir et une ceinture qui lui semblait légère sans le poids de Noirsonge. Sobre, voilà comment on pouvait qualifier le prince. Il n’avait pas besoin d’exposer sa richesse, de se montrer comme un grand seigneur, pour gagner du respect. Alanna, quand à elle, portait une robe aux couleurs du Val que le prince adorait. Ses deux filles portaient du noir et du mauve, assortis à leurs yeux. Pour seul bijou, le prince portait une bague frappée de son sceau personnel à la pierre rouge comme le sang, rouge comme le feu. Et son alliance…Bien sur. La septa était chargée de veiller sur ses deux enfants. « C’est la première fois que je te vois aussi peu contrarié d’assister à un banquet. » lui dit sa femme en lui prenant le bras. Pas de tension caractéristique d’un effort terrible sur soi. « Je me sens d’humeur festive. » Une réponse, une esquisse légère de sourire. Peu d’êtres peuvent se vanter d’avoir vu Maekar Targaryen sourire de façon sincère et véritable. Exclusivement des femmes, issues de sa famille. Les deux autres étaient morts. « Nous y allons ? »
Et ils y allèrent.

L’annonce de sa récente promotion réjouit le seigneur de l’Orage qui en profita pour boire une coupe de plus en riant, fidèle à son habitude. Le vin le comblait, il ne cessait d’ailleurs de le répéter à chaque coupe descendue, ce qui réjouissait Maekar. Fin saoul à même pas la moitié du banquet aux mets très simple au vue de la famine actuelle, le prince jugea bon d’attendre le lendemain matin pour lui réclamer ses hommes, histoire de ne pas trop profiter de la situation. Scrutant la foule d’un œil attentif, son regard finit par se poser sur une des places vacantes de l’estrade. Il s’assombrit quelque peu, et fit appeler auprès de lui le mestre d’Accalmie après avoir vérifié que Lyonel était bien trop saoul pour répondre à sa question. « Ser Gowen n’est toujours pas rentré ? » demanda-t-il et le mestre lui répondit que non. Ser Gowen, lui avait-il expliqué, prenait très au sérieux son rôle de Lord Intendant et passait beaucoup de temps à faire des comptes, à distribuer les rations à la population de l’Orage et de répartir le plus gros sur les navires de guerre, au large des côtes. Il devait se débrouiller en faisant très attention car la Couronne n’avait toujours rien payé pour cette aide à ses soldats, malgré les rappels. Cette nouvelle avait conforté Maekar dans l’idée que Brynden Rivers était un véritable incapable et qui n’avait toujours pas compris qu’il valait mieux manger un peu moins dans la capitale pour nourrir le peuple et les hommes censés le défendre. Le vieil homme ajouta avoir reçu un corbeau l’informant de son retour sous peu, durant le banquet s’il avait de la chance. « J’aimerais le voir dés qu’il rentre. Dites lui que je l’attendrais dans ma loggia. Dés qu’il rentre…A n’importe quelle heure, compris ? » Le prince avait beau avoir retrouvé un peu de sommeil depuis l’annonce de sa promotion, il avait l’habitude de se sentir en forme avec très peu de sommeil, comme tout homme d’arme respectable. « Ce sera fais, mon prince. » Maekar le congédia d’un signe de tête et fut aussitôt attrapé par le seigneur d’Accalmie, qui remplit sa coupe avec un tel enthousiasme qu’il en renversa la moitié à côté. Alanna eu le réflexe magistrale de s’écarter à temps pour épargner sa robe, en riant. Elle avait un peu bu elle aussi…Plus que le prince. « Bois donc, bon sang ! Ne t’ai-je rien appris sur les plaisirs de la vie ? » Le prince se força à sourire et bu une gorgée de vin épicé. « Nous n’avons jamais eu la même définition des plaisirs de la vie, hélas. Mais je dois avouer que ce vin…Est succulent. » Il l’avait toujours préféré à celui venu de la Treille. Son sang du désert, sans doute…« Père, puis-je le goûter moi aussi ? » demanda sa cadette, un rang plus bas, ce qui fit éclater de rire le seigneur d’Accalmie et froncer les sourcils de sa septa. Rhae le gratifia d’une moue adorable et le prince soupira. « Soit, mais une gorgée. » Cela suffit à saouler l’enfant qui n’arrêta pas de rire le restant de la soirée jusqu’à avoir très envie de dormir.
Etrange soirée d’ailleurs, mais agréable sur bien des points. Le prince avait appris à décrypter les inepties de son mentor lorsqu’il était saoul et parvenait même à tenir la conversation –quoi qu’elle fut totalement illogique et dénuée de tout bon sens. Quand il vit le seigneur se pencher sur sa femme en la dévorant du regard, le prince vit qu’il pourrait bientôt s’éclipser et cela arriva moins de dix minutes plus tard quand, prenant Naessa dans ses bras, il sortit en riant. Elle riait d’ailleurs aussi fort que lui.
Il se réjouissait de l’orage qui venait d’éclater. Nul doute, le roulement du tonnerre l’empêcherait de trop entendre les ébats bruyants qui se déroulaient au bout du couloir où il était logé. C’était le genre d’exubérance qui le mettait mal à l’aise, au contraire d’Alanna. Ainsi il eu de quoi passer le temps jusqu’à l’arrivée du jeune Gowen Baratheon, qu’il aurait presque oublié si un cauchemar ne l’avait pas réveillé une heure après qu’il se soit endormit. L’un de ses cauchemars habituels…Cendregué. Il savait qu’il n’en serait jamais débarrassé, malgré tous les efforts qu’il pouvait faire pour essayer. Baelor, son crâne fracassé et le poids de Noirsonge continueront à le peser jusqu’à sa mort et peut-être même au delà. Il ne s’était jamais pardonné d’avoir porté ce coup fatal, certes purement accidentel, mais il avait causé un grand tord au royaume et à lui-même. Baelor était…Son frère, oui, son véritable frère à l’inverse d’Aerys et de Rhaegel. Il se sentait proche de lui et l’aimait. Le plus dur, après Cendregué, n’avait pas été d’encaisser les regards mais de vivre avec la réalité de son acte. Une torture véritable qui le hantait encore. Durant les deux années passées loin de Port-Real, il s’était souvent réveillé en sueur, ou avait été incapable de trouver le sommeil. Son mestre avait tout essayé mais il avait pris ces personnages en grippe depuis la conversion d’Aemon, ainsi chaque échec le rendait plus furieux, plus irascible et cela combiné au manque de sommeil donnait un mélange assez infecte. Seule Alanna savait comment le prendre dans ces cas-là et son exil à Lestival avait été une très bonne chose pour tout le monde. Enfin…Sur un plan technique, puisque le bâtard menait le royaume droit dans un récif dont il risquait de ne pas réchapper. C’est moi qui devrait être à sa place, c’est moi qui devrait tirer les ficelles. Au moins nous n’en serions pas la. Voilà ce qu’il ressassait depuis tout ce temps. Puis les évènements s’étaient enchaînés…Le corbeau apportant l’une des meilleures nouvelles qu’il ai jamais reçu puisqu’elle était la preuve de l’échec de Freuxsanglant, puis la visite d’Aelinor…Tout lui souriait pour le moment. Même le sommeil avait recommencé à l’accueillir. Mais peut-être étais-ce simplement cette ambiance festive, ou le tonnerre, ou le visage de Lyonel, qui était aussi à Cendregué, qui faisait remonter ses mauvais souvenirs. Il n’avait jamais réfléchis à cette relation de cause à effet avant, puisqu’il avait des cauchemars n’importe où qu’il soit. Maintenant il allait un peu mieux mais ses traits restaient tirés, bien qu’il ai repris un peu de couleur ces derniers temps.

Peu désireux d’empêcher sa femme de dormir, elle que le voyage avait déjà fatigué, il se rhabilla en silence, enfilant simplement sa chemise, son pantalon et ses bottes puis sortit dans la pièce d’à côté. Il fit appeler un serviteur pour qu’on lui allume un feu et apporte un peu d’eau clair. Il se rinça le visage pendant que les flammes commençaient à crépiter dans l’âtre puis s’assit sur une chaise en regardant leur danse folle. Ses yeux mauves ne quittaient pas le foyer des yeux. Le feu avait toujours eu ce don apaisant sur lui. Il le regardait et ne pensait plus à rien. Un vide, total, souverain, apaisant, voilà ce qu’était son esprit en proie aux flammes. Plus de Baelor, plus de Freuxsanglant, plus rien pour le troubler. Hélas quand il le quittait des yeux, ça avait tendance à revenir, raison pour laquelle il cherchait souvent des adversaires parmi ses hommes, en guise d’entraînement, en guise d’exutoire. Sauf qu’ici, ça allait être impossible.
Il n’était plus à une nuit blanche prêt.
On frappa alors à la porte, presque avec prudence et le soldat qui était chargé de veiller sur leur sommeil lui annonça que ser Gowen Baratheon était arrivé. Le soldat du le répéter trois fois avant que le prince ne finisse par relever les yeux et revenir à la réalité. « Et bien ne le faites pas attendre dehors. » Entra alors l’ancien écuyer de Baelor qui avait pris quelques années, on ne pouvait le nier, mais semblait pourtant toujours le même. Leur passé commun avait du le pousser à accepter de venir aussi tard, à moins qu’il n’ai décidé désormais d’agir en vassal vis à vis de son prince, ce dont Maekar doutait, au vu du caractère de Gowen. Ils avaient été des sortes d’amis, aussi étrange que cela puisse paraître car Maekar ne partageait pas vraiment ce genre de liens avec des hommes. La mort de Baelor avait changé beaucoup de choses entre eux, beaucoup trop peut-être, pour ce que Maekar s’apprêtait à faire. Mais il connaissait les capacités de Gowen ainsi que l’estime que lui portait Baelor sans parler de l’affection qu’avait Lyonel pour ce fils en particulier. S’il parvenait à le rallier, tout était quasiment gagné d’avance. « C’est aimable d’être venu si tard, ser Gowen et ma foi bien dommage que vous ayez manqué le banquet. Comme prévu c’était…Excentrique. » C’était Baratheon, il avait failli le dire mais le fils connaissait le père et savait que le terme excentrique n’était pas une insulte, encore moins dans la bouche du prince qui vouvoyait son interlocuteur comme s’ils n’avaient pas été proche à une époque. Il n’était pas certain de l’état d’esprit du Baratheon et préférait prendre ses précautions, copiant parfaitement le style de Baelor sur ce point. Une marque de politesse ne coûte rien et peut rapporter beaucoup. Il le lui disait assez souvent. « On m’a dis que vous étiez fort occupé dans votre nouveau rôle de Lord Intendant…Que vous rencontriez certains problèmes de ravitaillement, entre autres. J’ai apporté avec moi plus de la moitié des réserves de Lestival. S’il ne doit plus rester de vin en revanche il doit y avoir encore pas mal du reste, j’espère que cela pourra vous être utile. » Le geste généreux. Maekar n’attendait pas des remerciements larmoyants, loin de la. Il donnait avec plaisir, surtout si lui n’en avait pas l’utilité. Il conservait simplement de quoi tenir jusqu’à Port-Real et il lui semblait que cette solidarité était appropriée. Il se sentait comme chez lui, ici. Il ne voulait pas que les gens de chez lui meurent de faim. « Je vais rentrer à Port Real très bientôt. On m’a nommé Grand Commandant des Armées Royales et on m’a offert un siège au Conseil. J’espère ainsi pouvoir orienter les discussions sur les sujets vraiment importants car je sais qu’il n’y a pas qu’ici que la famine se fait sentir. J’aimerais que vous m’entreteniez de tout cela en détail, même les plus désagréables. » Cela aurait-il pu attendre le lendemain matin ? Oui et non. Il comptait se mettre en route soit demain soit le jour d’après et il avait encore une discussion urgente qui l’attendait avec Lyonel, où l’appuis du fils lui serait des plus utile.
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Message Ven 6 Jan 2012 - 0:32

Quand le garde tenta à trois reprises d’avoir une réponse du prince, Gowen avait espéré que Maekar soit déjà couché. Il allait prétexter de ne pas vouloir interrompre son sommeil pour tourner les talons ; mais le ton bourru du dragon traversant la porte imposa à Gowen de revoir ses plans de retrouvailles conjugales.

De fait, la dernière fois que les deux hommes s’étaient vus ne remontait pas à si longtemps. En 210, année de répit entre le Fléau et la canicule, son père organisa une chasse dans l’immense forêt seigneuriale. Accompagnant Lyonel se trouvaient Harbert, Gowen, deux ou trois nobles de l’Orage, quelques écuyers, le maitre-chenil, son bataillon de chiens, et Maekar. Le prince s’était clairement forcé de participer, et Gowen aurait préféré qu’il ne s’en soit pas donné la peine. Lui avait voulu se changer les idées, oublier un moment Baelor, Valarr, Matarys, Port-Royal, le Fléau et tout ses cadavres aux visages familiers. Il avait voulu pour un temps retrouver ses racines, se draper dans la jovialité familiale et galoper derrière une proie rétive, bride abattue et la lance à la main…
…et la simple présence de Maekar avait royalement déféqué là-dessus. Qu’il le veuille ou non, le prince de Lestival ramenait les fantômes que Gowen voulait fuir. Le fratricide laissait dans son sillage un vide aux contours de Baelor, et qui vrillait le ventre de son ancien écuyer.
Mais c’était sans compter qu’Harbert était dans un de ses bons jours. L’ainé suggéra que les hommes se scindent en deux, gageant chacun sept cerfs d’argent à l’équipée qui ramènerait le plus gros gibier. Gowen sauta sur l’occasion pour choisir un groupe sans Targaryen lui évoquant Cendregué. De l’avis des autres, il était évident qu’Harbert avait lancé le défi pour le sport. C’était typiquement lui. Mais pour Gowen, le subreptice regard de Grise-Grêle à son encontre n’avait laissé aucun doute : l’ainé continuerait d’envoyer bouler au loin ceux qui importuneraient son benjamin.

Au retour de la chasse deux jours plus tard, Gowen n’avait fini ni plus riche, ni plus pauvre. Le premier camp avait abattu un cerf de 500 livres qui paraissait aisément remporter la mise. Mais l’autre ramena un sanglier colossal du même poids, défait par l’Orage Moqueur lui -même. De ce qui fut rapporté, les mots de son père à la première vue du bestiau auraient été : « il ferait très bien dans ma salle d’arme ». Au final il couta la via à trois chiens, son cheval et manqua de l’éventrer, mais depuis la tête du monstre se trouvait bien sur ses murs, la gueule ouverte, une hache de guerre posée sur ses défenses. Et surtout Gowen, lui, avait enfin ramené à Accalmie un sourire.

Mais en dépit de toutes les histoires et bravades fusant à l’occasion du festin qui suivit, il n’avait pu ignorer le visage fatigué de Maekar, ses traits creusés et son regard habité par un feu qui, clairement, le consumait de l’intérieur. Ce fût la dernière image que Gowen eut du dragon, reparti dès le lendemain pour Lestival.

Plus tard, son père lui confirma se dont tout le monde se doutait, à savoir comment le prince n’avait pas attendu la fin du premier jour de chasse pour lancer ses commentaires sur la politique du Donjon Rouge, à l’affût de signes de soutiens de son ancien maitre. Là où Gowen fut surpris, cependant, c’est quand Lyonel lui raconta une conversation qu’il eut avec Maekar la deuxième nuit. En se levant quelques heures avant l’aurore pour se soulager, alors que tous les autres dormaient, Lyonel avait découvert le prince assis à contempler le feu de camp. Au vu de la quantité de cendres, il avait entretenu le brasier toute la nuit. Ce qui commença par une simple question sur la santé de l’insomniaque se mua, de fil en aiguille, en une discussion sur le passé, du vieux comme du récent, et qui dura jusqu’au matin. Maekar n’était jamais éfusif sur ses états d’âmes, mais s’il y avait un homme capable de tirer quelques vers du nez sans s’en donner l’air avec ses taquineries, c’était le seigneur d’Accalmie. Toutefois ce dernier restait un homme d’honneur et Gowen s’était douté qu’il avait gardé pour lui quelques éléments de cette conversation sous le sceau de l'intimité. Il n’avait pas appris en détails ce que le prince avait bien voulu dire cette nuit là. Mais il s’était rendu compte que les remords n’avaient jamais vraiment cessé de travailler Maekar.
Dès lors le dragon reprit à ses yeux un visage plus humain. L’image de l’instrument d’un cruel jugement divin s’effaça derrière celle, plus ancienne, d’un homme qu’il avait longtemps considéré comme une sorte d’oncle un peu bougon. La sorte de parent éloigné du genre pète-sec qu’on trouve dans beaucoup de familles, auquel les enfants n’osent pas trop parler, mais dont ils adorent entendre les exploits de guerre. Il fallait dire également que Gowen, petit, avait pu voir Maekar se prendre une ou deux raclée d’école par son père, du temps où le prince était adolescent ; ce dernier avait alors les joues pleines de boutons de vérole, marques d’un rite de passage avec le plus vieux métier du monde. Le genre d’images qui, par la suite, vous dégonfle assez sérieusement l’impérieuse majesté d’un dragon, le rendant beaucoup moins inaccessibles que ses titres ne laisseraient penser.
En somme, Gowen s’était rappelé que derrière l’inflexible membre de la famille royal, il y avait un homme dont il avait jadis appris à apprécier les qualités, ignorer les défauts, et d’une certaine manière, se sentir proche. Un homme rongé par un geste fatidique, contre un frère qu’il admirait, autant que lui et le reste de Westeros.

Alors quand le chevalier entra dans la pièce à l’invitation du prince, assis près d’un feu, et qui visiblement dormait peu, c’était comme si l’image qu’il s’était faite d’un insomniaque méditant devant les flammes avait soudain pris vie.
« C’est aimable d’être venu si tard, ser Gowen ,» lui lança-t-il. « et ma foi bien dommage que vous ayez manqué le banquet. Comme prévu c’était… Excentrique.»
Gowen savait que le prince voulait faire bonne impression, mais la phrase venait remuer le couteau dans la plaie. Depuis combien de temps se languissait-il de pouvoir boire un vrai vin, et pas l’infâme vinaigre qu’on osait chaque jour lui vendre au prix d’un La Treille? Depuis combien de nuits rêvait-il de s’assoir à une table qui soit source de joie et non problèmes? Que n’aurait-il donné pour pouvoir être là, avec eux ! Il s’en voulait vraiment. Mais il n’avait pas décemment pu prendre la décision de partir la veille pour assurer sa présence à la fête. Pas quand on dépendait de lui pour savoir quoi manger le lendemain. Au final Gowen savait le prince bien plus adroit à la masse d’arme qu’avec les mondanités, et ne lui tint pas ombrage de la remarque. Ne sachant s’il devait prendre le vouvoiement pour une marque de respect ou le maintient d’une distance, il répondit dans le même registre et ne montra rien d’autre qu’un sourire légèrement empreint de fatigue.

« Votre grâce, » commença-t-il avec un salut protocolaire minimaliste. « croyez bien que je regrette cette absence. C’est donc avec plaisir que je rends visite aux rares invités encore debout.» Pas tout à fait exact, mais les meilleurs mensonges ont un soupçon de vérité. Il aurait pu ajouter une petite insolence sur l’excentricité qu’on prêtait à son père ou sa maison, mais il savait que le prince avait tenté de rendre hommage au caractère paternel hors-norme, et n’en fit donc rien. Il espéra seulement que le fait qu’on ne lui propose pas de s’assoir présage d’une courte entrevue et non d’une démonstration de dominance.

« On m’a dit que vous étiez fort occupé dans votre nouveau rôle de Lord Intendant…Que vous rencontriez certains problèmes de ravitaillement, entre autres. J’ai apporté avec moi plus de la moitié des réserves de Lestival. S’il ne doit plus rester de vin en revanche il doit y avoir encore pas mal du reste, j’espère que cela pourra vous être utile. »
« Je peux assurer votre grâce qu’il nous le sera.» rétorqua-t-il, sans s’émouvoir plus avant d’un don charitable mais qu’il ne pouvait imaginer totalement désintéressé. « Le peuple d’Accalmie sera reconnaissant de cette générosité.» Le cadeau était réellement le bienvenu. Gowen n’avait pas connaissance du volume des réserves de Lestival, mais il gageait que la moitié pourrait fortement l’aider à tenir jusqu’aux premières récoltes suivant les pluies. Mais qu’il mentionne la gratitude du peuple et non son père n’était pas anodin. Du reste, il avait tiré de ses années à Port-Réal l’habitude de se faire laconique tant qu’il n’était pas sûr de ce qu’on attendait de lui.

« Je vais rentrer à Port Real très bientôt. On m’a nommé Grand Commandant des Armées Royales et on m’a offert un siège au Conseil. »
Et nous y étions! la vraie raison derrière ce pantomime. De prime abord, cette nomination le surprenait. La Main du Roi régnait en maître à la cour, y amener son ennemi n’était pas vraiment dans son intérêt. Mais à bien y regarder, Gowen pouvait aussi y voir une manœuvre de Rivers. Certes le borgne avait très surement des yeux à Lestival, voire peut-être même ici. Mais avec Maekar au loin, il ne pouvait qu’agir en réactions à ses actions, contraint de garder un coup d’avance. Plutôt que de laisser un dragon sauvage aller et venir en liberté, il pouvait voir un avantage à l’appeler à revenir au Donjon Rouge. En nommant le prince au Conseil, Freuxsanglant amenait Maekar a une table dont la présidence revenait de fait à la Main. Le prince se gorgerait surement d’un signe de faiblesse de la part de son ennemi, alors qu'il pourrait au final voir son champ d’action restreint :
Le chef des armées allait se voir coller sur le dos de réimposer la paix du Roi dans un continent saigné par les conflits, l’épidémie et la famine. Il aurait l’occasion de se couvrir de gloire, mais tant que Westeros devrait rester sur le qui-vive, Maekar serait bloqué dans la tâche qui lui était confiée. Et si Maekar échouait, il serait définitivement discrédité. Peut-être même que Brynden était déjà au courant d’un prochain coup des Feunoyr, qui pourraient prendre son rival au dépourvu. Dans tous les cas Gowen souhaitait qu'un Targaryen se soucie enfin des plaies de son peuple. Ce que le prince de Lestival ajouta ensuite vint encourager ses espérances.

« J’espère ainsi pouvoir orienter les discussions sur les sujets vraiment importants car je sais qu’il n’y a pas qu’ici que la famine se fait sentir. J’aimerais que vous m’entreteniez de tout cela en détail, même les plus désagréables. »

La dernière fois qu’un membre de la famille royale, ou même de la Cour, lui avait demandé des nouvelles des terres l’Orage, Gowen descendait la rue Croche au côté de Baelor. Il n’avait, alors, pas eu beaucoup à dire au prince héritier.
Cette fois-ci, Gowen n’eut pas à se forcer pour se montrer prolixe.

« Si votre grâce le demande. » Il s'éclaira la gorge. « Je ne pense pas que l’état des récoltes des Terres de l’Orage soient bien différentes des autres, mais Accalmie doit, elle, nourrir la pléthore de galères qui patrouillent dans ses eaux.
Il y a bien assez de poisson dans la baie des naufragés pour nourrir 2000 hommes de plus,
»
, concéda-t-il d’un mouvement de tête sur le côté, « mais les cent-cinquante barriques de vin ou de bière qu’ils requièrent tous les mois pèsent sur nos finances avec la flambée des prix. La couronne nous dédommage, mais en promesses et dragons de vélin.» Lancé, il ne s’arrêtait plus.
« Et même avec ça, leurs dents tombent et leurs tripes se liquéfient si je ne leur trouve pas de quoi manger de l’avoine, et un peu de viande ou de fruits à manger de temps en temps. Il n’est pas rare désormais que des corps incomplets viennent décorer nos falaises, marins décharnés qu’on a probablement jetés à l’eau sans s’assurer que le malade était bien mort.
Et vous devez savoir que n’avons ni vrai port, ni vrai ville. Quand les navires viennent mouiller sur nos côtes leurs hommes manquent d’endroits ou vider leurs bourses.
»
Gowen laissa à Maekar le choix du genre de bourse. « Et tout ce qu’ils remportent dans leur soute sont autant de vivres que nos gens n’auront pas. La montée des tensions chez les marins et l’hostilité des villageois menacent constamment de dégénérer en conflit. » Il eut une pause. Mais Maekar avait demandé les détails, même les plus désagréables. La voix de Gowen, déjà teintée des tons graves de son père, prit des accents de désolation.

« Un jour après que la galère « le Poingdecheine » ait jeté l’ancre aux Dix-Cors pour une avarie, la fille du tanneur est revenue à son père en haillon, la bouche en sang, des marques sur les bras et des bleus sur les jambes. Violée par deux hommes. Elle avait treize ans.
Dans son malheur elle avait marqué ses agresseurs, griffant le visage de l’un et arrachant la moitié de l’oreille de l’autre, avant qu’on ne lui enfonce un poing dans les dents. Les coupables? Deux rameurs en permission de ce foutu bateau. La règle aurait surement voulu que je les envoie à mon seigneur et père pour jugement. A la place je leur ai coincé le cou et les poignets dans un étau, et les ai plantés devant les quais, face à la baie, en plein soleil, en avertissement pour tous. Avec la chaleur, ils ne tiendraient pas trois jours, mais mon mestre m’avait garanti qu’il ferait le nécessaire pour les maintenir en vie. Au final ils n'en tinrent que deux. On les a retrouvés égorgés au matin, toujours dans leurs étaux. Je n’ai jamais su si c’était le père qui s’était fait vengeance ou un de leur compagnon qui avait achevé leur supplice.
»


Il y eut un silence pesant, seulement couvert par le crépitement du feu.

« Sans vouloir rentrer dans des considérations sur la stratégie mise en place contre la menace Feunoyr, je ne cherche pas à dire que ces navires n’ont aucun rôle à jouer. Votre grâce sait bien que quand les choses deviennent rares, cela entraine toujours de la contrebande. Avec les réseaux adequats de l’autre côté du Détroit, on peut facilement détourner des cargaisons de vin, d’olives, de miel, et tout ce qui nous fait défaut ici. Et il y a de quoi s’enrichir : une population affamée est prête a payé bien plus qu’elle ne le devrait pour des bouts de cheval Dothraki secs comme du bois et du fromages de Pentos infesté de vers. » Il tourna brièvement une paume de main vers le plafond, pour ajouter un bémol. « Certains contrebandiers ont une âme plus chevaleresque, voulant simplement éviter les taxes et ne demandant pas plus que le nécessaire, prenant leurs risques par charité. Auquel cas nous fermons les yeux, ou montrons clémence dans les jugements. Mais dans tous les cas, les patrouilles de bâtiments royaux, ainsi que la flotte de Tarth, nous aide grandement à contrôler les acheminements illégaux de cargaisons ... » Il croisa les bras sur le torse.

Ou du moins c’est ce qu’il espérait. Récemment, une galéasse avait amené à Gowen douze Tyroshis, fers aux pieds comme aux mains, accusés de contrebande et capturés au large du cap d’Atre-la-pluie. Il était de coutume pour les bâtiments royaux de s’approcher des navires qu’ils croisaient, pour échanger quelques informations, poser quelques questions, et dans les cas suspects, d’inspecter leurs soutes. Les patrouilles arborant les couleurs du roi éperonnaient ou abordaient tous les bateaux qui les fuyaient, considérés comme pirates. Les Tyroshis avaient fui.
En général tous les biens de contrebande étaient restitués au Lord intendant, et la bienséance l’obligeait à laisser tout ou partie des vivres à ceux qui les avaient récupérées. Apparemment, les Tyroshis n’avaient dans leur soute que des sacs d’épice, des flacons de parfum de Lys, des robes de courtisane et des bijoux de cuivre. Ce qui était plutôt loin de la contrebande habituelle. Alors, avant d’envoyer les prisonniers à Accalmie, Gowen avait voulu les interroger. Aucun ne parlait la langue commune. Par chance, Matthis parlait parfaitement Tyroshi. Matthis était un jeune homme d’arme, fort habile à la lance, né de mère dornienne et de père lysien, et que Gowen avait rencontré au tournoi de Viergétang. Après avoir contracté une dette auprès du chevalier qui pourrait à elle seule faire l’objet d’un récit, Matthis jouait depuis pour Gowen le role d’homme de main. Avec son aide, donc, il put s’entretenir avec les contrebandiers. De ce que ces derniers lui dirent, ils n’étaient que l’équipage d’un navire qui faisait le triangle entre Lys, le bras de Dorne et Pentos. Ils prétendaient faire route vers cette dernière avec la cargaison du marchand qui avait engagé leur capitaine. Quand Gowen leur demanda lequel d'entre eux il s'agissait, ils secouèrent tous leur tête, et Matthis lui expliqua que le capitaine, qui lui parlait la langue commune, avait été jeté par-dessus bord par les hommes de la marine royale. Le Lord-Intendant leur demanda alors pourquoi ils avaient fui à l’approche de la galéasse, s’ils n’avaient rien à se reprocher. Et il entendit de nouveau de la bouche de son homme de main que le mot court, à Pentos, que certains navires royaux prélevaient une « taxe », sur leurs vivres, parfois à la pointe de l’épée. Les marins avaient pris tout leur vin, leurs fruits et leur fromage, et donné le reste à Gowen en prétendant que cela representait l’intégralité de la cargaison. Le capitaine de la galéasse, de son côté, n’avait pas renié abattre son vis-à-vis Tyroshi, mais en duel, après qu’il ait résisté à son arrestation, et maintenait qu’ils étaient des contrebandiers d'un réseau de pirates dont la description concordait avec plusieurs récits, mais dont Gowen n'était pas sûr d'avoir entendu parler. Dans le doute, il avait envoyés à Accalmie les prisonniers avec le reste de leur cargaison. Mais s’il devait s’avérer que certains navires royaux s’étaient mis à une forme de piraterie pour palier à leurs carences…

Dans tous les cas Gowen voulait garder pour lui ce qui n’était pour l’instant qu’une rumeur sans preuves aucunes. Il se contenta de revenir sur le sujet initial.

« Quand l’Automne sera là, les récoltes reviendront, votre gâce. Mais les tempêtes aussi. Tous ces navires seront trois fois plus souvent à terre, et ne serviront à rien d’autre qu’à nourrir la dette de la couronne et la colère des petite gens. Sauf à leur trouver un vrai port. »
Il s'était retenu d'ajouter « Dans le nord, à Peyredragon ou sur Dorne. Mais pas ici.»
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Message Dim 8 Jan 2012 - 14:40

Le prince Maekar était réellement intéressé par les problèmes d’Accalmie, qu’il considérait comme son foyer autant, si pas plus, que le Donjon Rouge. Il ne voulait pas voir son peuple mourir de faim, mourir tout court, par la faute de Rivers courrant avec des fantômes. Certes, Aigracier était dangereux mais une telle flotte n’était pas nécessaire, encore moins si elle se trouvait uniquement au large des terres de l’Orage. Le problème du bâtard n’était pas à négliger mais le plus gros était posé par les Fer-Nés, razziant les côtes de tout Westeros, sans répit, pour honorer leur foutue Antique Voie. Ils étaient la menace, car si Aigracier revenait maintenant, il pourrait s’emparer du trône et y mettre son cher neveu. Certes…Les armées su roi veillaient, mais pas les autres armées, pas les flottes de la Treille, pas les armées de l’ouest, du Val ou du Conflans, non. Eux étaient occupés ailleurs et ils n’oublieraient certainement pas la non assistance de la Couronne dans leur problème. Le prince n’était pas assez naïf pour penser qu’ils se souciaient vraiment de qui était au pouvoir. Il connaissait le nombre de nobles affiliés à Daemon, un nombre trop important. La moindre occasion suffirait alors il fallait intriguer, regagner les faveurs de chaque lord suzerain. Baelor et lui en avaient longuement parlé, la réflexion était d’ailleurs issue de son frère, mais Maekar, à force de la ressasser, ne pouvait s’empêcher de la trouver désagréablement exacte. Son orgueil de Targaryen en prenait un coup, mais cet orgueil, il lui crachait dessus depuis Cendregué.
Il voulait donc tout connaître des problèmes d’Accalmie, il voulait être informé de la réalité, la vraie et pas en avoir une version édulcorée. Il faisait confiance au chevalier pour tout lui raconter sans rien omettre car ainsi était Gowen Baratheon. Franc, sûrement un peu trop pour un noble d’une si importante maison mais le prince n’avait pas oublié l’affection que lui avait toujours porté Baelor. Ni l’estime qu’il avait pour lui, sentiments réciproques, d’ailleurs. S’il avait jalousé pendant longtemps cette relation privilégiée, cela ne l’empêchait pas d’apprécier l’ancien écuyer, presque comme un ami. Et ce malgré les quelques tensions existantes entre eux depuis Cendregué. « Si votre grâce le demande. » Le prince lui fit signe de prendre place sur l’un des sièges et se tourna lui-même pour pouvoir l’observer. Dos au feu, car l’âtre le déconcentrait de son but premier, il sentait la chaleur lui caresser le dos et donc l’apaiser. De feu et de sang…L’âme des Targaryens. « Je ne pense pas que l’état des récoltes des Terres de l’Orage soient bien différentes des autres, mais Accalmie doit, elle, nourrir la pléthore de galères qui patrouillent dans ses eaux. Il y a bien assez de poisson dans la baie des naufragés pour nourrir 2000 hommes de plus, » De cela, il était au courrant. A son avis, Rivers aurait du répartir les navires le long des côtés, remonter jusqu’à Dorne et même dans le Bief car qui pouvait être certain de la route empruntée par Aigracier ? « Mais les cent-cinquante barriques de vin ou de bière qu’ils requièrent tous les mois pèsent sur nos finances avec la flambée des prix. La couronne nous dédommage, mais en promesses et dragons de vélin.» Voila le problème, touché du doigt et même écrasé par le Baratheon. Voila ce que Maekar voulait entendre malgré le fait qu’il soit déjà au courrant. La Couronne ne payait pas, ne payait rien de ce qu’elle devait et la nomination d’Hightower au poste de Grand Argentier n’y changerait rien si, comme le pensait le prince, il était sous la coupe du bâtard.

« Et même avec ça, leurs dents tombent et leurs tripes se liquéfient si je ne leur trouve pas de quoi manger de l’avoine, et un peu de viande ou de fruits à manger de temps en temps. Il n’est pas rare désormais que des corps incomplets viennent décorer nos falaises, marins décharnés qu’on a probablement jetés à l’eau sans s’assurer que le malade était bien mort. Et vous devez savoir que n’avons ni vrai port, ni vrai ville. Quand les navires viennent mouiller sur nos côtes leurs hommes manquent d’endroits ou vider leurs bourses.» Inutile d’imager, inutile de développer, le prince Targaryen avait parfaitement compris. Les petites villes côtières comme celles-ci n’avaient pas de bordel, seules les grandes avaient ce luxe puisque ce genre de femmes cherchaient bien évidement le profit plus que la satisfaction en elle-même. Que viendraient-elles faire dans un petit village ? Hélas, le chevalier n’avait pas besoin d’en dire d’avantage. Sans prostituées, il restait les filles du village pour se décharger. C’était le plus souvent des viols, Maekar connaissait la réalité de la guerre pour l’avoir vécue. « Et tout ce qu’ils remportent dans leur soute sont autant de vivres que nos gens n’auront pas. La montée des tensions chez les marins et l’hostilité des villageois menacent constamment de dégénérer en conflit. » Conflit signifiait sang, signifiait guerre et il voyait très bien comment tout pouvait rapidement dégénérer. Au moins la moitié de ces navires devaient s’en aller de la, au risque de condamner Accalmie, de faire naître des tensions. Certes, ce genre de trouble pouvait lui être profitable car s’il se posait en défenseur de l’Orage contre le bâtard, il y gagnerait de grandes faveurs de la part des seigneurs et de Lyonel lui-même. Voulait-il ces faveurs au prix du sang ? Non. Maekar était chevalier avait d’être prince et intriguant politique. Il avait beau aimer voir couler le sang de son ennemi, il avait beau ne pas être l’exemple le plus frappant d’altruisme - quoi qu’en ce moment il soit plutôt généreux- il n’avait pas envie d’obtenir un trône ou un poste au prix de vies inutilement gâchées. Maekar ne veut pas la guerre, Maekar cherche justement à l’éviter. Il cherche à détrôner Dagon Greyjoy de son trône de Grès, et de détrôner Brynden Rivers de son trône de Fer. Pas un seul des deux n’aurait intéressé Maekar si Baelor avait été en vie et sa sœur heureuse. Hélas…Ce n’était pas le cas. « Un jour après que la galère « le Poingdecheine » ait jeté l’ancre aux Dix-Cors pour une avarie, la fille du tanneur est revenue à son père en haillon, la bouche en sang, des marques sur les bras et des bleus sur les jambes. Violée par deux hommes. Elle avait treize ans.
Dans son malheur elle avait marqué ses agresseurs, griffant le visage de l’un et arrachant la moitié de l’oreille de l’autre, avant qu’on ne lui enfonce un poing dans les dents. Les coupables? Deux rameurs en permission de ce foutu bateau. La règle aurait surement voulu que je les envoie à mon seigneur et père pour jugement. A la place je leur ai coincé le cou et les poignets dans un étau, et les ai plantés devant les quais, face à la baie, en plein soleil, en avertissement pour tous. Avec la chaleur, ils ne tiendraient pas trois jours, mais mon mestre m’avait garanti qu’il ferait le nécessaire pour les maintenir en vie. Au final ils n'en tinrent que deux. On les a retrouvés égorgés au matin, toujours dans leurs étaux. Je n’ai jamais su si c’était le père qui s’était fait vengeance ou un de leur compagnon qui avait achevé leur supplice.
» Silence. Le prince acquiesça, lentement. Il approuvait la méthode car il n’autorisait jamais ce genre de pratique, pas même dans un camp militaire. Il estimait qu’il existait suffisamment de catin sans devoir en plus abuser des roturières et donc semer les bâtards à foison. Peut-être étais-ce ce dernier point qui révulsait tant le prince, lui qui avait la phobie de ce type d’enfant, depuis Herberouge. A juste raison…

« Sans vouloir rentrer dans des considérations sur la stratégie mise en place contre la menace Feunoyr, je ne cherche pas à dire que ces navires n’ont aucun rôle à jouer. Votre grâce sait bien que quand les choses deviennent rares, cela entraîne toujours de la contrebande. Avec les réseaux adéquats de l’autre côté du Détroit, on peut facilement détourner des cargaisons de vin, d’olives, de miel, et tout ce qui nous fait défaut ici. Et il y a de quoi s’enrichir : une population affamée est prête a payé bien plus qu’elle ne le devrait pour des bouts de cheval Dothraki secs comme du bois et du fromages de Pentos infesté de vers. » De la marchandise qui risquait de répandre une nouvelle épidémie, quelle que soit la maladie. Le risque était grand, le Targaryen pas prêt à le prendre. « Certains contrebandiers ont une âme plus chevaleresque, voulant simplement éviter les taxes et ne demandant pas plus que le nécessaire, prenant leurs risques par charité. Auquel cas nous fermons les yeux, ou montrons clémence dans les jugements. Mais dans tous les cas, les patrouilles de bâtiments royaux, ainsi que la flotte de Tarth, nous aide grandement à contrôler les acheminements illégaux de cargaisons ... » Au vue de ce qu’il avait déjà entendu, le prince n’était pas certain de ces propos mais ne les contredit pas. Naturellement pessimiste, Maekar Targaryen voyait tout en noir et rouge et n’estimait que très peu de gens, se méfiant du reste du monde. « Quand l’Automne sera là, les récoltes reviendront, votre grâce. Mais les tempêtes aussi. Tous ces navires seront trois fois plus souvent à terre, et ne serviront à rien d’autre qu’à nourrir la dette de la couronne et la colère des petite gens. Sauf à leur trouver un vrai port. »
Voila ce qu’il fallait faire.
Et c’était l’un des plans du prince. En réalité il estimait que masser une partie de la flotte sur un même endroit était une grave erreur stratégique car même si les dernières informations situant Aigracier rendait probable le fait qu’il emprunte cette route pour revenir, avec deux sous de jugeotte, il ne le ferait pas. De plus, Accalmie était clairement incapable de gérer autant de navire, ne fus-ce qu'une partie de la flotte originelle. La famine sévissait plus sévèrement dans ces terres aux tendances hostiles. Rivers paniquait, craignait la vengeance de son demi-frère pour le meurtre de Daemon –seul acte que le bâtard n’avait pas raté d’ailleurs- du coup il agissait n’importe comment. Il n’était pas chef de guerre, pas même chevalier. Il avait suivi l’entraînement martial appliqué aux jeunes nobles, se débrouillait à l’arc mais ne valait pas grand-chose en combat rapproché. Le prince était certain de le vaincre à l’épée sans le moindre problème puisqu’à sa connaissance le seul homme de son entourage capable de le vaincre se trouvait être l’Orage Moqueur, Baelor était mort depuis plus de deux ans déjà comme le lui rappelaient sans cesse ses cauchemars nocturnes. Le bâtard ne valait donc pas un clou comme meneur et ne parlons même pas d’Aerys, incapable de faire la différence entre une hache et une masse d’arme. C’était la raison pour laquelle lui était Grand Commandant des Armées, un poste normalement réservé au roi et à sa Main. Il s’était trouvé digne de la fonction et avait déjà réfléchis en s’inspirant des actions de Baelor, avec la question dominante : Qu’aurait-il fait ? Disperser les flottes, demander l’appuis de celles des seigneurs suzerains et envoyer une grosse partie se battre contre les Fer-nés. Les hommes restés à terre pourrait alors renforcer les armées du Val et de l’Ouest sur les côtes, dans l’espoir de faire assez peur à ces pirates pour qu’ils disparaissent. Oui, les natifs des îles n’étaient que cela : des pirates. Pas des guerriers farouches, effrayants et invincible comme le pensait la population, écrasée par la menace et le poids de leurs croyances. Ils étaient des lâches, et les lâches fuient quand ils ont peur. Maekar les écraserait, purement et simplement. Ensuite il se concentrerait sur Aigracier, mettrait en place un vaste plan, avec l’aide des seigneurs suzerains reconnaissant. Chacun ferait surveiller ses côtes et si jamais le bâtard parvenait à poser un orteil sur le sol de Westeros, Maekar se chargerait lui-même de le raccourcir. Double victoire, double gloire, et double honte pour Brynden. Dans les faits, son plan avait bien entendu quelques failles mais qui pouvait se vanter de mettre au point des plans parfaits ? Il se faisait confiance pour improviser le moment venu en versant le moins de sang possible. Sans compter celui des traîtres et des bâtards.

Il se rendit compte que Gowen avait arrêté de parler. Il y avait eu un silence relativement long mais le prince aurait été bien incapable de dire depuis combien de temps il durait. Plongé dans ses pensées, dans ses plans tactiques avec une certaine avance, il se réjouissait d’avoir enfin des informations fiables, de premier choix et surtout d’une franchise assurée. « Je vois. » finit-il par dire, l’air songeur. Il sentait les flammes dans son dos et devait résister à l’envie d’y replonger son regard. Elles l’aidaient à réfléchir, lui apportaient le plus souvent la solution à ses problèmes. Pourtant il devait encore amener Gowen dans son camp. « J’imaginais la situation grave mais pas à ce point. Qu’elle continue est inadmissible, sans compter que les forces ont été très mal réparties. Il y a des problèmes plus urgent à régler que le sort d’Aigracier. » Qui certes n’était pas anodin et cela était de notoriété public que le prince de Lestival s’adonnerait avec plaisir à la chasse au bâtard, lui qui n’avait pourtant jamais aimé la chasse tout court. « Grâce à tout ce que vous venez de me raconter j’ai bon espoir de pouvoir agir correctement une fois rentré à Port-Real. Je compte déjà faire partir plus de la moitié de la flotte vers l’Ouest, le Conflans et le Bief pour renforcer leurs défenses, avant de porter un coup définitif à Greyjoy. Je vais également faire bouger une partie de celles présentes sur les côtes d'Accalmie pour qu'elles remplacent celles parties contre les Fer-Nés. Il ne devrait plus rester tant de navires que ça au large de ces terres. Avec cela en moins à gérer vous devriez pouvoir donner d’avantage au peuple et les empêcher de se révolter, ce qui pourrait mener à une situation catastrophique dont personne n’a besoin actuellement. Faites également passer le mot que tout marin accusé de viol sera punit en conséquence de son acte. On coupe bien la main des voleurs... » Il risquait de s’attirer les foudres de certains matelots mais n’en avait cure. Quantité purement négligeable, il fallait remettre de l’ordre et redorer au passage le blason des Targaryens. L’armée ne serait pas maltraitée car ceux qui partiraient pour les grandes villes auraient de quoi soulager leurs bourses, quelles qu’elles soient. Il pourrait peut-être faire tourner les équipages…Il notait soigneusement ces idées dans son esprit. « Ceci étant dis, je remarque que vous avez fais preuve d’un grand talent et d’une organisation exemplaire pour avoir réussi à contenir si longtemps les révoltes, à avoir nourris votre peuple jusqu’à vous négliger vous-même. » En comparaison de l’époque où il l’avait connu, le Baratheon semblait presque maigre. Presque. Mais la différence était frappante, surtout au niveau de son visage. Presque autant que les nuits d’insomnies et la petite vérole avaient marqué celui du prince, la dure réalité de l’existence s’était chargée de celui du chevalier. « Vous avez de grandes qualités, ser Gowen. Des qualités qui pourraient être encore plus utile au peuple de l’Orage une fois à Port-Real. Baelor n’a cessé de me dire du bien de vous, il vous trouvait de grandes qualités et jurait que vous finiriez par devenir un grand chevalier. Vous avez été élevé par les deux plus grands hommes depuis le Chevalier-Dragon, il est normal que vous ayez ce potentiel. » Maekar n’exagérait pas vraiment. Il pensait ce qu’il disait au sujet de son frère et de Lyonel, pensait aussi ce qu’il avançait sur Gowen mais y mettait simplement les formes, comme il avait appris à le faire au fil du temps. Un exploit en réalité, de sa part, lui qui n’était en règle générale pas très doué avec le verbe. « Je sais qu’il existe entre nous quelques désaccords, quelques rancunes. Je sais… » Etrange pour lui d’évoquer tout haut la simple idée de Baelor et de sa mort avec une autre personne que sa sœur ou sa femme. Le sentiment provoqué était désagréable, vraiment, mais il prenait sur lui. « Mais je sais aussi que vous avez été un excellent écuyer et un ami fidèle pour mon frère. Je sais que vous le suiviez non pas pour la gloire d’être ami avec un prince Targaryen, un futur roi, mais bien pour ses idéaux. Ce que je vais vous dire…A beau être de notoriété publique, peut me compromettre, me faire passer pour un traître et cela ferait tant plaisir à la Main que je ne devrais pas ouvrir la bouche. Pourtant…Il y a des causes qui méritent tous les sacrifices. » Comme le bonheur d’Aelinor, qui était l’une de ses premières motivations mais cela il n’avait pas à le dire, à l’expliquer, à le dévoiler. « Je cherche à perpétuer ce qu’il désirait. J’abhorre la politique de l’actuelle Main, je pense qu’il est incompétent pour sa tâche et qu’il fait plus de mal au royaume que de bien. Je pense que son but est de prendre le trône de Fer, réussir là où son demi-frère a échoué, évincer les véritables Targaryens et risquer ainsi de faire sombrer le royaume. Je pense qu’Aerys s’est fourvoyé en le nommant et j’aimerais le lui prouver. Non pas pour mon ego, mais pour le bien des Sept Couronnes. La situation ici est grave, dans l’Ouest elle est dramatique au point que Lord Lannister a du évacuer ses côtes et faire appel à l’armée du Val pour le soutenir. Au point que même de jeunes nobles se font enlever et finissent les Sept seuls savent comment. La couronne tourne le dos à son peuple, s’éloigne du chemin que Baelor avait tracé. Moi, je veux y revenir…Et pour cela j’ai besoin d’un conseiller. Un homme capable de garder la tête froide, d’être franc avec moi, un homme qui ne me trahira pas car nous poursuivons le même but. Cet homme, c’est vous. Si vous vous sentez à la hauteur de la tâche. »
Tellement bien dis, bien exprimé, malgré les difficultés qu’avait jadis le prince à égaler Baelor. Son frère aurait pu dire la même chose, à peu de choses près. Sauf que si son frère avait été la, rien ne serait jamais arrivé…Et c’était justement ce qu’il craignait que Gowen lui réponde. Il savait très bien que le fils de Lyonel lui en voulait, le haïssait peut-être même, pour ce qui était arrivé à Cendregué car il ne tenait pas Duncan pour responsable mais bien Maekar, portant le coup fatal par accident. Hanté désormais par cette faute et cela s’était marqué sur son visage, il espérait que le chevalier ferait passer les intérêts de l’Orage avant la rancune qu’il lui portait. Forgé par Baelor, Maekar était presque certain de pouvoir faire confiance au Baratheon de façon aveugle. Mais le prince ne dormait jamais sur ses deux oreilles malgré tout, où qu’il soit…Paranoïaque jusqu’au bout des ongles, il voyait l’œuvre du Freux partout et cela devait absolument cesser.
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Message Ven 20 Jan 2012 - 7:16

Apres avoir terminé son récit sur la situation économique, il y eut un long moment de silence. Assis en face du prince, qu’il n’imaginait pas vraiment ému, il se demanda si Maekar s’était perdu à écouter le feu fendre les buches de ses langues. Le prince sortit enfin de ses limbes:

« J’imaginais la situation grave mais pas à ce point. » un mensonge de politesse ? « Qu’elle continue est inadmissible, sans compter que les forces ont été très mal réparties. Il y a des problèmes plus urgents à régler que le sort d’Aigracier. »

Maekar avait probablement toutes les qualifications pour émettre ce jugement. Pour Gowen, la partie de la flotte massée dans la baie des naufragés étaient clairement là pour forcer Accalmie à partager le coût d’entretien, au moins temporairement. Mais aussi, au besoin, se rendre dans la baie de la Néra et former un étau avec le reste. Westeros était affamé, accaparé par les seiches à l’ouest. Les otages livrés par les perdants d’Herberouge avaient dix ans de plus, désormais des hommes adultes, retournés chez eux ou amis de leurs bourreaux. Dès lors, ceux qui se disaient loyalistes depuis la mort de Daemon pourraient se sentir l’envie de retourner à leurs premières couleurs, si un débarquement de masse au pied de Port-Réal avait lieu. Un geste insensé, voire désespéré, mais ca ne serait pas la première fois qu’on associerait ses mots à une rébellion des bâtards d’Aegon l’Indigne. Après, est-ce que cette menace méritait une telle force de dissuasion?... Le Barathéon n’avait pas neuf ans, lors de la rébellion. Difficile pour lui d’émettre une opinion tranchée sur la virulence des Feunoyrs restants. « Juger par les ont-dit et la rumeur est toujours dangereux, Gowen ». Juger par les armes et le sang l’est-il moins, Baelor ?

Le prince poursuivit son commentaire stratégique en développant ses intentions. Puis il plaça une recommandation :

« Faites également passer le mot que tout marin accusé de viol sera punit en conséquence de son acte. On coupe bien la main des voleurs... »

Gowen ne dit rien, laissant la phrase passer avec un assentiment de la tête. Si le nouveau Commandant des Armées allait s’assurer que la discipline règne également dans l’amirauté, tant mieux. Mais ni lui ni son père n’avait attendu pour avertir les fouteurs de trouble. L’émasculation faisait partie de la gamme habituelle, mais Gowen, dans cette situation précise, cherchait à prévenir les viols plutôt que d’avoir une flotte royale remplie d’eunuques : il préférait des châtiments visibles pour tous les marins mettant pied à terre, pas seulement pour les compagnons d’équipage. Toutefois, Gowen devait admettre qu’ajouter à l’étau pour le fautif le port d’un collier de ses propres bourses augmenterait surement l’efficacité du message.

Quand Maekar commenta la manière dont il avait géré la tâche qu’on lui avait confiée, Gowen inclina brièvement la tête dans sa chaise. « C’est très aimable à vous de le dire, votre grâce. »

Les compliments, étonnement, ne s’arrêtèrent pas là.
«Vous avez de grandes qualités, ser Gowen. Des qualités qui pourraient être encore plus utile au peuple de l’Orage une fois à Port-Real. »

Le prince venait de le prendre au dépourvu. Mains sur les accoudoirs du fauteuil, le visage autrement neutre, la pommette droite de Gowen se contracta le temps d’un battement de cœur, trahissant subrepticement sa surprise. A son annonce de la nomination au Conseil Restreint, Gowen s’était imaginé que la conversation prendrait l’allure d’un marchandage. Un répit dans l’entretien de la flotte en échange d’un signe de soutien clair des Baratheon, par exemple. Mais il n’avait pas anticipé que Maekar lui proposerait de le rejoindre.
Il ne se laissa pas désarçonner pour autant.

Deuxième ronde.

« Baelor n’a cessé de me dire du bien de vous, il vous trouvait de grandes qualités et jurait que vous finiriez par devenir un grand chevalier. Vous avez été élevé par les deux plus grands hommes depuis le Chevalier-Dragon, il est normal que vous ayez ce potentiel. »
On pouvait dire ce qu’on voulait, Maekar savait taper avec impact. Même si mentionner Baelor de la sorte avait été un calcul délibéré, cela avait au moins le mérite de l’avoir bousculé. Si de telles éloges à son sujet avait déjà été prêtées à Briselance, c’était la première fois que Gowen les entendaient. Pouvait-il le croire ? Il en avait certainement envie. Perdu dans ses propres pensées, la suite du discours de son interlocuteur devint parcellaire. Mais le mot « traitre » regagna rapidement son attention.
« Il y a des causes qui méritent tous les sacrifices. Je cherche à perpétuer ce qu’il désirait. J’abhorre la politique de l’actuelle Main, je pense qu’il est incompétent pour sa tâche et qu’il fait plus de mal au royaume que de bien. Je pense que son but est de prendre le trône de Fer, réussir là où son demi-frère a échoué, évincer les véritables Targaryens et risquer ainsi de faire sombrer le royaume. Je pense qu’Aerys s’est fourvoyé en le nommant et j’aimerais le lui prouver. Non pas pour mon ego, mais pour le bien des Sept Couronnes. La situation ici est grave, dans l’Ouest elle est dramatique au point que Lord Lannister a du évacuer ses côtes et faire appel à l’armée du Val pour le soutenir. Au point que même de jeunes nobles se font enlever et finissent les Sept seuls savent comment. La couronne tourne le dos à son peuple, s’éloigne du chemin que Baelor avait tracé. Moi, je veux y revenir…Et pour cela j’ai besoin d’un conseiller. Un homme capable de garder la tête froide, d’être franc avec moi, un homme qui ne me trahira pas car nous poursuivons le même but. Cet homme, c’est vous. Si vous vous sentez à la hauteur de la tâche. »


Ce fut au tour de Gowen d’observer un long moment de silence. Il resta ainsi, impassible, à contempler l’homme en face de lui, avec sa barbe presque aussi blanche que blonde, sa chevelure coupée courte, son port droit, ses traits fatigués encadrant des yeux affutés et un regard animé d’une énergie insondable. Il laissa les derniers paroles rester en suspens dans la pièce, puis s’éteindre.
Le feu faisait danser les ombres sur le visage de Maekar, et obscurcissait ses cheveux. Si bien qu’à un moment le visage du prince sembla se brouiller avec les traits de son défunt ainé. Dans son esprit, Gowen se repassait les mots, qui réverbéraient d’échos de l’au-delà.

Il avait dix-huit ans. « Ser Gowen… » lui avait dit Baelor, en descendant la place de marbre du Grand Septuaire dont il portait le nom. A cette époque le nouveau vouvoiement en publique sonnait encore étrange à ses oreilles, plus encore que le récent titre. « …avez-vous quelconque aspiration d’un bouclier blanc ? ». Il avait été son page pendant deux ans et son écuyer pendant sept, pourtant la question était nouvelle. Le jeune chevalier n’avait cependant pas hésité quant à la réponse, sur un ton rieur : « L’honneur serait immense, mon prince, mais je devrais rester un fils avant d’être un frère, fût-ce-t-il juré. Des vœux tacites de ma maison violeraient ceux de la garde royale, j’en ai peur ».
Après tout, avait-on jamais vu Baratheon renoncer à une femme pour réchauffer son lit ? Valarr avait ri de sa voix claire, d’un rire court conférant à la noblesse, même dans l’humour : « nul doute que certaines demoiselles de compagnie de mon ailleule la Reine te sont gré de ce devouement, mon ami. » Gowen n’avait pu réprimer un esclaffement. Et le père du jeune prince d’ajouter : « voilà qui me rassure, ser, gabegie de certains de vos talents aurait été regrettable. »
Sur le moment, Gowen avait pensé que son mentor ironisait d’un humour subtil et pince-sans-rire, caractéristique, bien que méconnu de ceux qui n’avait pas eu la chance de l’avoir beaucoup côtoyé. Mais quelque chose dans le demi-sourire de son mentor, et un brin d’énigmatique dans son regard, avaient jeté le doute l’espace d’un instant. Un instant que les paroles de Maekar venaient d’invoquer à nouveau. Etait-ce l’expression d’un souhait de me garder à ton service, Baelor, comme ton frère l’exprime aujourd’hui ?

Une telle marque de respect de la part d’un homme comme le prince de Lestival était loin d’être une gageure. Et l’attrait de sa proposition était indéniable. Car Gowen était, comme ses frères, taillé dans le bois Baratheon. Le bois destiné à être transformé en une lance de guerre ou de chasse, et qui pourrit quand laissé trop longtemps contre un mur. Sans défi ni cible à atteindre, quel qu’il soit, son existence semblait perdre autant de sens. Certes, la tâche que son père lui avait confiée était noble, et non triviale, mais quelque part il avait l’impression de manquer quelque chose. Un manque qui ne prenait pas seulement la forme d’un vide, ou d’une absence, mais aussi la forme d’un événement d’importance qui se déroulait ailleurs, et duquel il passerait à côté. Le sentiment de ne pas être tout à fait à la bonne place.

Cette place était-elle à Port-Réal ? Peut-être. Sûrement. Quelque soit la réponse Gowen voulait pouvoir croire en chaque mot que Maekar avait prononcé. L’idée de continuer l’œuvre de Baelor semblait toucher en son for intérieur à quelque chose d’aussi profond qu’intense. Quelque chose qui venait de s’éveiller, comme un animal après une longue hibernation, ou peut-être un long deuil. Et quelque chose qu’il n’avait pas envie de voir bafouée. Peut-être pour des raisons d’égo. Non, par respect pour une mémoire.

Les yeux perdus dans le vague, Gowen desserra enfin les lèvres.

« J’étais avec Valarr au matin du Jugement. » Les mots s’échappaient de leur propre volonté. « Je peux encore nous revoir, aidant ensemble Baelor à revêtir l’armure. Le camp était pris d’un sort qui éteignait tous les bruits, et dans la tente, nous nous affairions dans le même mutisme que des Sœurs du Silence. Pourtant je ne crois pas avoir pensé, même pour un instant, que c’était peut-être là le matin de sa mort.»

Il parlait comme si Maekar avait soudain cessé d’exister.
« Nous ne savions pas encore exactement tous les noms des chevaliers qui prendraient le parti des plaidants, mais nous en avions au moins une bonne idée. Juste avant d’avoir fini, je n’ai pu m’empêcher de lui demander si l’était raisonnable d’affronter ses neveux, et probablement son frère. Si un coup devait être fatal… », le regard toujours ailleurs, et bien malgré lui, Gowen souffla par le nez un seul éclat de rire, aussi triste qu’ironique. « Je lui ai même proposé de prendre sa place. » Gowen fit une pause. Il s’était souvent demandé ce qu’il serait advenu si le prince avait accepté de le laisser se battre au côté de son père. Ce dernier aurait-il encore tous ses fils ? Baelor aurait-il survécu au fléau ? A quoi ressemblerait le monde si Aerys n’avait jamais eu à monter sur le trône ? Autant de questions aussi utiles que des tétons sur un harnois.

Il reprit la description des images qui défilaient devant ses yeux et qui semblaient soudain si proches. « Il a alors posé une main gantée d’acier sur mon épaule. 'Ser Duncan a honoré ses vœux et protégé l’innocent, Gowen. Il mérite qu’un Targaryen fasse de même pour lui.’ » Aerion avait le don d’exaspérer, mais pour toute hardiesse qu'on prêtait à Gowen, il n'avait jamais osé aller plus loin qu'intervenir verbalement quand il dérapait. Pour être franc, il avait envié la bravoure et l’honnêteté du geste de l’accusé. Mais le Baratheon n'allait pas mentionner à Maekar qu’il avait approuvé qu’on frappe son fils.
« Valarr n’a jamais rien dit, pourant la désapprobation dans son regard était claire. Mais il ne s’est jamais opposé à la volonté de son père. Alors quand Baelor a reçu le heaume de ses mains, il a eu ces mots : ‘Souviens-toi de ce jour, Valarr. Quand viendra pour toi le moment de monter sur le trône, souviens-toi qu’un jour un chevalier errant a eu plus de noblesse qu’un Prince. Car ce ne sont pas les titres qui nous honorent, mon fils. C’est à nous d’honorer les titres.’
Ce sont là les dernières paroles qu’il m’a été donné d’entendre de lui. »


Gowen Cerfcoeur plongea soudain ses yeux dans ceux du dragon.
« Baelor m’a fait chevalier, j’ai donc le devoir de honorer ce titre. Si votre grâce veut aider la couronne à exercer son devoir auprès de son peuple, mon bras sera le votre.» Il eut une pause, alors qu’il jaugeait l’homme en face de lui. « Votre grâce me fait l’honneur de voir en moi les qualités d’un conseiller, elle peut donc compter sur ma franchise. En conséquence, je préfère être clair : si je jure mon épée, je ne la brandirai pas pour défendre un amour propre, ou contre un bâtard s'il devait s'avérer que son seul crime est de ne pas avoir eu la présence d’esprit de naître d’une union légitime.

Baelor avait pour habitude de dire que le royaume est un perpetuel champ de bataille, qui dure depuis si longtemps que les bannières se sont affadies, donnant aux adversaires les mêmes couleurs. L’aspect le plus dur de l’affrontement entre le bien et le mal est alors de savoir lequel est quoi.
Je n’ai pas la prétention de toujours savoir ce qui est juste. Mais je sais reconnaitre la différence, souvent ténue, entre un act honorable et un act stupide. »
Et la stupidité se paye cher, au Donjon Rouge. « Je pense donc être à la hauteur de la tâche, votre grâce. Mais une fois encore, je serai franc. Ma femme attend notre premier enfant. Je ne compte pas jouer mon rôle de père par le biais de lettres envoyées du Mur. »
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Message Dim 22 Jan 2012 - 16:33

Maekar Targaryen attendait.
Il sait que le chevalier a deux réactions possibles: Soit décliner l’invitation en prétextant l’une ou l’autre idiotie, la seule véritable étant qu’il soit incapable d’être fidèle au meurtrier de Baelor. La seconde ? Gowen acceptait et leur partenariat risquait de donner fort à faire au bâtard tant haït. Le prince de Lestival n’avait pas menti en prononçant son petit discours, chargé de convaincre Gowen. Il avait simplement mieux formulé et interprété tout ce qu’il avait pu voir. Après tout, Maekar connaissait son frère par cœur et avait longtemps été présent à ses côtés. Gowen n’avait pas connu qu’un seul prince, mais bien deux. Trois, si on tenait compte de Valarr. Le Baratheon avait été entouré par l’élite, formé par le meilleur et Baelor en était fier. Les compliments prononcés à son sujet, Maekar les entendait encore. Tout comme il sentait la petite pointe de jalousie, au creux du ventre. Baelor était le genre d’hommes qui ne dit une chose que si elle est vraie. Lorsqu’il s’agit de compliment, c’est le plus souvent en l’absence du principal concerné, peu désireux de le voir attraper une grosse tête, à l’instar d’un Lannister. Briselance avait placé en le Cerfcoeur bien des espoirs. Désormais, Maekar comptait s’approprier les talents du jeune homme pour son propre compte. « J’étais avec Valarr au matin du Jugement. » Ces mots eurent le mérité de ramener le prince dans la réalité. Il cligna des paupières, une simple fois. Il s’était attendu à tout, sauf à cela. Il sentit son corps se crisper, comme à chaque fois que cet accident était évoqué. Maekar en faisait des cauchemars, comme en témoignait la fatigue sur ses traits. Rongé par la culpabilité, il revoyait sans arrêt le jour où tout avait basculé. Pas seulement son propre destin, mais celui de tout le royaume. « Je peux encore nous revoir, aidant ensemble Baelor à revêtir l’armure. Le camp était pris d’un sort qui éteignait tous les bruits, et dans la tente, nous nous affairions dans le même mutisme que des Sœurs du Silence. Pourtant je ne crois pas avoir pensé, même pour un instant, que c’était peut-être là le matin de sa mort.» Et c’était lui, son propre frère, qui le lui avait donné. Prenant sur lui pour ne rien laisser paraître, Maekar regardait Gowen mais celui-ci ne semblait plus le voir. Le prince luttait contre ses propres souvenirs, mais se laissait aspirer à son tour, incapable de lutter. Un cauchemar éveillé. « Nous ne savions pas encore exactement tous les noms des chevaliers qui prendraient le parti des plaidants, mais nous en avions au moins une bonne idée. Juste avant d’avoir fini, je n’ai pu m’empêcher de lui demander si l’était raisonnable d’affronter ses neveux, et probablement son frère. Si un coup devait être fatal… » Et le coup fatal lui revint en mémoire. Cela ne dura qu’une demi seconde, et pourtant…

Le Jugement des Sept avait commencé. Il était à cheval et tenait Noirsonge –encore sans nom à cette époque- dans sa main. Décidé à défendre non pas l’honneur de son fils alcoolique ni de celui à demi fou mais bien celui de la maison Targaryen pour l’affront commis par ser Duncan, Maekar s’était mis lui-même en danger en prenant part à ce jugement, furieux contre Baelor qui prenait parti contre sa famille. Oui, voilà le sentiment qui le dominait alors qu’il lançait son cheval contre le premier assaillant, sans vraiment prendre garde à son visage : La fureur. Il vit les Gardes Royaux tomber un à un face à son frère, incapables de briser leur serment et de s’attaquer à lui. Maekar les maudit et c’est en voyant Roaldn Crakehall tomber qu’il avait fais volte face, prêt à affronter Baelor lui-même. Et cette fois je vaincrais. Animé par l’âme du dragon, il ne se souvenait pas du geste fatal. Un noir, puis le regard de Baelor. Il était tombé de cheval mais le prince n’avait même pas pris conscience de ce qu’il avait fais. Aerion avait été vaincu, entre temps, couvrant de honte son père. Daeron s’était rétracté en même temps que lui et le prince de Lestival s’en était allé, furieux. Puis on lui avait appris la nouvelle. On lui avait dis que son frère s’était écroulé dans la tête de ser Duncan le Grand, le crâne défoncé par un coup violent. Le messager avait annoncé cette nouvelle avec tact, mais le prince avait compris : Un coup violent. Un coup de masse d’arme, et il était le seul à en avoir utilisé. Il avait tué Baelor. Parfois, dans ses cauchemars, son frère lui parlait, l’accusait, et il ne pouvait qu’encaisser car il était coupable. Coupable de sa fureur, coupable d’avoir voulu défendre des fils qui n’en valaient pas la peine. Coupable d’avoir privé les Sept Couronnes d’un homme qui serait devenu le plus grand roi de tous les temps. « Je lui ai même proposé de prendre sa place. » Retour à la réalité, encore. Le regard hanté du prince se pose sur le chevalier, il essaie de l’écouter. Il ignorait ce détail mais n’avait pas cherché à en savoir plus sur cette funeste journée. Son esprit se chargeait déjà de toutes les élucubrations possibles. « Il a alors posé une main gantée d’acier sur mon épaule. 'Ser Duncan a honoré ses vœux et protégé l’innocent, Gowen. Il mérite qu’un Targaryen fasse de même pour lui.’ » C’était typiquement le genre de phrase absurde que prononçait son frère. A l’époque du moins, avait-il trouvé cela absurde. Pourtant, il avait confié à ce chevalier errant son dernier fils, son dernier espoir, et exilé son frère, incapable de le regarder depuis le Jugement. Il savait depuis longtemps qu’Aerion était fou, mais il était le seul guerrier que les Sept avaient daigné lui offrir. Alors il avait fermé les yeux…Et son aveuglement en tant que père avait tué Baelor. [b]« Valarr n’a jamais rien dit, pourtant la désapprobation dans son regard était claire. Mais il ne s’est jamais opposé à la volonté de son père. Alors quand Baelor a reçu le heaume de ses mains, il a eu ces mots : ‘Souviens-toi de ce jour, Valarr. Quand viendra pour toi le moment de monter sur le trône, souviens-toi qu’un jour un chevalier errant a eu plus de noblesse qu’un Prince. Car ce ne sont pas les titres qui nous honorent, mon fils. C’est à nous d’honorer les titres.’ Ce sont là les dernières paroles qu’il m’a été donné d’entendre de lui. » A nous d’honorer les titres. Sa phrase favorite. Lyonel avait plus ou moins la même, du moins dans l’essence. Il n’avait pas compris, avant Cendregué, ce que cela signifiait réellement. La famille passait avant tout, aux yeux du Targaryen. La famille, l’honneur de celle-ci, pour laquelle il a combattu et à cause duquel il a tout perdu.

« Baelor m’a fait chevalier, j’ai donc le devoir de honorer ce titre. Si votre grâce veut aider la couronne à exercer son devoir auprès de son peuple, mon bras sera le votre.» Ils se regardaient dans les yeux. Gowen, sur de lui. Maekar, hanté par les souvenirs. Le Baratheon était le seul qui avait osé évoquer avec lui ces terribles évènements, qui avait osé faire comprendre en face au Targaryen qu’il était coupable, et qu’il le savait. « Votre grâce me fait l’honneur de voir en moi les qualités d’un conseiller, elle peut donc compter sur ma franchise. En conséquence, je préfère être clair : si je jure mon épée, je ne la brandirai pas pour défendre un amour propre, ou contre un bâtard s'il devait s'avérer que son seul crime est de ne pas avoir eu la présence d’esprit de naître d’une union légitime. » Et, à une époque, ça n’avait été que cela. Ce maudit bâtard, cette haine pour sa naissance, pour tout ce que Daemon avait fais alors que Brynden n’était pas responsable. Cette méfiance, perpétuelle, puis ce coup terrible : Aerys, roi. Brynden, sa main. Oui, pendant longtemps ça n’avait été qu’une affaire d’ego blessé. Hélas, la Main du Roi s’était révélée incapable, comme l’avait pensé Maekar. Preuve en était la situation actuelle. Les Fer-nés n’étaient qu’une partie du problème. « Baelor avait pour habitude de dire que le royaume est un perpétuel champ de bataille, qui dure depuis si longtemps que les bannières se sont affadies, donnant aux adversaires les mêmes couleurs. L’aspect le plus dur de l’affrontement entre le bien et le mal est alors de savoir lequel est quoi.
Je n’ai pas la prétention de toujours savoir ce qui est juste. Mais je sais reconnaître la différence, souvent ténue, entre un acte honorable et un acte stupide. »
Le prince ne répondit rien, n’acquiesça même pas. Il n’était pas certain de la fin du discours. Il s’attendait presque à recevoir des insultes et à voir le chevalier quitter la pièce en claquant la porte, heureux de lui avoir donné un faux espoir en acceptant sa proposition, un peu avant. « Je pense donc être à la hauteur de la tâche, votre grâce. Mais une fois encore, je serai franc. Ma femme attend notre premier enfant. Je ne compte pas jouer mon rôle de père par le biais de lettres envoyées du Mur. » Cette fois, le prince pu acquiescer. Ainsi, il avait trouvé son allié. Ainsi, il avait ses soldats de l’Orage et pourrait marquer un grand coup auprès de Brynden, le forçant à s’incliner devant la menace qu’il représentait, lui, héritier légitime, allié au grand Lyonel Baratheon, accompagné par l’un de ses fils. Le plaisir que prendrait le prince à voir la tête du bâtard serait inégalable, délicieux, il ne pouvait le nier. Pourtant, il n’avait pas menti à Gowen. Il ne cherchait pas à détrôner Aerys, simplement à le remettre à sa place. Certes il était roi, mais rien de plus. Maekar avait certains compte à régler avec son frère, surtout depuis le passage de sa sœur à Lestival. Quand au bâtard, il n’osait même pas y penser. Ses fantasmes morbides lui revinrent en mémoire et il du tourner son regard vers le feu pour les calmer.

« Je ne compte pas déclencher une guerre ou usurper un trône. Je compte simplement remettre les choses à leur bonne place et maintenir les Sept Couronnes unifiée. Le Lannister n’oubliera pas l’abandon de la couronne, si jamais il s’avérait qu’on eu besoin de ses armées ou de son soutien. Brynden Rivers divise le royaume par ses actions sans aucun sens ou pire, par ses inactions. Nous allons au Donjon Rouge pour remettre de l’ordre dans le chaos. Il n’aurait pas nommé son ennemi Grand Commandant des Armées s’il n’était pas désespéré, si le royaume n’était pas au bord du gouffre. Qui sait ce que nous allons trouver, une fois là-bas ? » Il ne se détournait pas du feu. Ses yeux étaient encore hanté d’une partie par Baelor et de l’autre par les cauchemars relatifs au bâtard. « Et vous m’accompagnez pour m’empêcher de tuer le bâtard. Vous m’accompagnez, ser Gowen, comme vous avez jadis accompagnez Baelor. Je ne suis pas le prince que vous auriez voulu servir mais moi, au moins, je m’intéresse à ce qui se passe en dehors des frontières de la capitale. » Etrange que ces mots sortent ainsi de sa bouche. Perdu dans sa contemplation, c’est comme s’il se parlait à lui-même. Il ne réfléchissait pas aux mots, et son poing se crispa contre l’accoudoir. « Oui, j’ai ce mérite. » Et il comptait bien prouver qu’il en avait de nombreux autres. Se forçant à détourner le regard, il pose ses yeux mauves sur le Baratheon. « J’ai aussi celui de ne pas chercher à précipiter le royaume dans une nouvelle guerre des trônes. Ne craignez rien, vous verrez votre enfant et les suivants. Si lady Tya est en état, elle peut voyager avec nous jusqu’au Donjon Rouge, dans le carrosse de ma dame. Ainsi vous assisterez même à la naissance. » Le prince se souvenait du premier accouchement d’Alanna. Il se souvenait avoir manqué de tourner de l’œil et avoir du sortir, rongé par une inquiétude inédite et excité, à l’idée de tenir son premier enfant dans ses bras. Certes la déception engendrée par Daeron, plus tard, lui collait à la peau mais il était incapable de haïr véritablement son premier né, qui l’avait tant comblé dés qu’il l’avait pris dans ses bras. Désormais, il comblait Aelinor, en manque de maternité. « Mais le temps passe et j’avais promis d’être bref. Allez donc retrouver votre dame, ser Gowen. Nous partirons d’ici deux jours, le temps pour vous de prendre vos dispositions… » Même si, sur ce point, Maekar comptait le devancer. Dés l’aube, il irait attendre Lyonel et lui parlerait. Il obtiendrait de lui les vingt hommes tant espérés puis se rendrait à Port-Real. Un retour triomphant, le début d’une nouvelle ère. Il allait se battre sans verser de sang, il allait regagner l’honneur d’Aelinor et sa sécurité, allait s’imposer et vaincre autant Aerys que Brynden. Cette perspective lui donnait un sentiment de confort et de puissance telle qu’il avait envie de réveiller sa femme pour la posséder.
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Message Mer 29 Fév 2012 - 21:59

Gowen avait un chapelet de réponses et commentaires en tête, mais il les garda pour lui. La réponse du prince exsudait d’autorité et d’assurance, et il n’y avait rien à discuter. Il opina brièvement du chef pour signifier que les instructions seraient suivies. Puis en se levant, il s’inclina plus respectueusement.
« Votre grâce a ma gratitude. »

Il tourna les talons et gagna la porte. Du reste ses remerciements étaient sincères, à tout le moins pour les égards du prince envers ses désirs conjugaux.
Au moment où sa main se posa sur l’épais loquet, il hésita. Une question lui brulait les lèvres. Mais il pouvait sentir dans son dos l’intraitable présence de Maekar, déjà repris dans ses contemplations. Ne tirant qu’un murmure des gonds de la porte, il laissa le frère du roi à son insomnie.
Regagnant la pénombre du couloir, Gowen tomba sur un jeune garde en train de bailler, et qui tenta de se redresser en balbutiant un "m'sser" tout en se frottant l'oeil. Un rictus aux lèvres, le chevalier pris le chemin de sa chambre en silence.

Il avait eut l'habitude, en grandissant, de voir les visiteurs fatigués être pris au dépourvu par l’apaisante sérénité et le calme inébranlable de l'intérieur du château. Même dans la cour, la plus tonitruante tempête était réduite à un simple soupir, et Gowen était d’avis que la magie prêtée aux murs de la forteresse des Terres de l’Orage n’était pas qu’une légende. Lors de ses premières nuits dans la Tour de la Main, les murmures incessants et les bruits nocturnes l'avaient convaincu que la Tour grouillait de vermines ou de fantômes. Ce n'est qu'après avoir séjourné dans d'autres donjons qu'il dut se rendre à l'évidence qu'Accalmie avait quelque chose de particulier.
Il lui fallait parcourir l'immense couloir courbe qui faisait le pourtour du gigantesque donjon, et il eut l'occasion de sentir la fatigue s'abattre à son tour sur lui. La tranquillité nocturne du château familial ne l'avait jamais vraiment induit au sommeil, au grand dam de ses nourrices, mais la longue journée sous la chaleur écrasante avait pris son dû sur sa vigueur. Les grandes et larges dalles à la découpe si familière et les murs lisses et pâles irrégulièrement jalonnés par des rayons lunaires défilaient sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Il laissait ses bottes tachées par le sel de mer arpenter d'eux même un chemin parcouru à trop d'occasions pour pouvoir les compter, quand quelque chose d'inhabituel fit regagner à son esprit un semblant de vivacité. Le fond de l'air avait brutalement gagné en fraicheur, et des senteurs comme une forêt après la pluie flottaient au milieu des notes plus familières de suie et de poussière propres aux larges bâtisses de pierre. Il ralentit le pas pour s'arrêter devant trois fenêtres contigües.

A travers les hautes et étroites ouvertures se terminant en berceau, Gowen pouvait voir le Bois Sacré du château et peut-être l'unique barral de ce côté-ci du Trident. L'encre du ciel semblait épaissie de nuages fuyant une lune claire et pleine, dont les rayons donnait à l'écorce de l'arbre ancestral un aspect squelettique. Les yeux coulant de sève sanguine pointait sur le chevalier, et ce dernier lui renvoya un regard étréci - un peu par la perplexité et beaucoup par la fatigue.
Enfant, Gowen était rapidement passé outre la sévérité des traits taillé dans le barral, qui devint un arbre de plus dans lequel jouer; à la seule particularité qu'il devait y grimper à l'insu de Lady Neassa. Mais pour toutes les occasions qu'il a eu de se cacher dans ses branches, il semblait voir l'expression du visage dans l'écorce pour la première fois. Il découvrait à la bouche entrouverte déversant sa sève un aspect sinistre, presque funèbre, et dans le regard une dureté empreinte de défi, comme un vieux guerrier touché sur le champ de bataille, bavant le sang de ses poumons, se relevant dans toute la férocité d'une volonté vengeresse. Étrange que la comparaison lui ait échappé jusque-là. Peut-être était-ce l'ignorance bénie de l'enfance, mais voilà qu'en tant qu'adulte, Gowen était absorbé par ces traits morbides. Si la sensation de froid et l'odeur de humus annonçaient l'automne et la fin de la canicule, le barral, lui, semblait vouloir crier un autre message, aussi funeste que la prochaine mort de la flore.
Et le feuillage dense, noir dans le clair obscur, fut soudain prit d'un court frisson. Le Barathéon écarquilla les yeux, se demandant s'il n'avait pas rêvé avoir entendu son nom prononcer dans le soupir du bruissement des feuilles. Il secoua la tête et toutes ses inepties, et repris sa marche.

Quand il arriva enfin à la porte de sa chambre, il l'ouvrit avec tout la délicatesse possible pour entrer sans bruit. Un feu brulait doucement dans l'âtre, découpant chaque objet d'une ombre tremblante. Un trépied était posé non loin des flammes, sur lequel un plat garni de restes de banquet était gardé au chaud. Il s'approcha à pas feutré du grand lit, dans lequel Tya dormait paisiblement.
Sa femme était allongée sur son flanc. Des mèches s'échappaient de sa cascade de cheveux d'or pour se coller à son front perlé. Ses courbes se dessinaient sous la mince couverture, laquelle, a moitié rejetée dans son sommeil, découvrait le début de son ventre arrondi. Ses lèvres, aussi tentantes que celle de la Jouvencelle, étaient légèrement séparées, émettant un chuintement aussi serein et régulier que la respiration d'un nourrisson. Gowen buvait des yeux toute la tranquillité de cette image offerte à lui.
Toujours à pas doux, il s'approcha de la deuxième forme endormie au côté de Tya. La jeune fille dormait elle aussi à poings fermés. Cela rassurait le chevalier de savoir que de tout temps quelqu'un pourrait appeler le Mestre en cas de besoin, mais la présence de la dame de chambre n'était plus nécessaire. Il posa une main sur une épaule de la fillette et une autre sur sa bouche, étouffant son exclamation. Quand une lueur de compréhension gagna enfin le regard apeuré, Gowen mit un doigt sur sa bouche, et laissa la demoiselle sortir discrètement de la chambre. Elle le gratifia d'un sourire et d'une révérence aussi polie que sa robe de nuit le permettait, avant qu'il ne referme la porte derrière elle, ô combien doucement. Tya eut un gémissement, et retenant son souffle, son époux attendit qu'elle retrouve son immobilité avant de se dévêtir, puis s'allongea de tout son long derrière elle, plaçant sa main sur le giron dans lequel leur enfant grandissait. Son nez dans sa chevelure, il prit une longue inspiration, et retrouva d'un seul coup le parfum dont il rêvait chaque nuit. Son parfum. Un mélange de rose et de cannelle, un bouquet floral clairement féminin délicatement marié à une senteur d'épices, et qui allait à la perfection avec la grâce et le piquant de son épouse.
Il était enfin chez lui. Pour un temps court, si effroyablement court ; mais il était enfin chez lui.
Tya, posa sa main par dessus la sienne, la pressant légèrement sur son ventre. Gowen pouvait deviner son sourire espiègle, les yeux fermés. Son sommeil avait peut-être été totalement feint. Astucieux moyen de l'attirer au lit, au détriment d'un repas qui attendrait le lendemain. Le récit de son entrevue avec Maekar attendrait aussi.
Il redressa la tête pour embrasser son épaule dénudée.

Sous sa main, il sentit un coup de pied.
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Nouvel An, Vieux Démons [Maekar]

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