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Never drink after midnight - Harbert

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Message Sam 31 Déc 2011 - 14:07

Cet épisode se déroule avant le départ d'Eleanor pour le Nord.

De tous les lieux sordides de la capitale, la taverne des Mille Dragons était certainement le plus sordide de tous. Perdu dans une ruelle sombre, fréquenté par la lie des sept couronnes mais aussi par des nobles en quête d'aventures, de sensations fortes, ou tout simplement d'alcool, l'établissement ne payait pas de mine. On aurait dit qu'il allait s'écrouler sur place. Mieux valait, pour une jeune fille, noble qui plus est, ne pas trainer ici la nuit, même si elle était accompagnée.

Eleanor était, par la force des choses, une habituée de ce genre d'endroit glauque. Elle détestait y aller, elle détestait simplement l'existence de ces lieux. Mais elle n'avait pas le choix. Pas vraiment du moins. Emmett, son frère cadet, était un habitué des bordels et des tavernes. Souvent, il disparaissait le soir, et ne revenait qu'au matin. Dans ce genre de cas, Père lui passait un sermon mémorable, et il promettait de ne jamais recommencer. En général, il tenait une semaine, et après il y retournait. Cela, c'était dans le cas où personne ne s'apercevait qu'il avait disparu avant qu'il ne revienne.

Dans le cas où quelqu'un le remarquait, on prévenait Eleanor plutôt que lord Chelsted. Cela évitait assez généralement le scandale. Eleanor envoyait généralement Raymun Waters, cousin et écuyer dudit Emmett à sa recherche pour le ramener avant le matin, mais il arrivait aussi qu'elle l'accompagne en personne. A vrai dire, elle le faisait même très souvent, essayant elle aussi de ramener son frère à la raison. Ca ne fonctionnait bien sur pas le moins du monde, mais qui ne tente rien n'a rien, après tout.

Emmett n'était pas un ivrogne : c'était un joyeux drille. Il ne fréquentait pas les tavernes pour l'alcool, la fête et les jeux, mais surtout pour les putains, bien que tout cela aille souvent de pair. Bon buveur mais sachant s'arrêter avant d'être gris, il s'arrangeait pour garder le contrôle de lui-même. Et lorsqu'il ne s'arrêtait pas à tant, il avait des ennuis. Il était capable de se battre pour un verre de trop, d'où son surnom de Hutin, c'est à dire de querelleur.

Cette semaine là, ils étaient à leur résidence de Port-Réal. Lord Aedmon avait pour projet de voir le roi à la cour, aussi la famille Chelsted était elle venu au grand complet depuis Grand-Val jusqu'à la capitale. Il manquait juste Jasper, qui lui était à Motte-la-Foret, chez les Glover. Et Emmett avait bien sur profité du fait d'être à Port-Réal pour disparaitre une fois de plus. Raymun avait fait réveiller Eleanor en pleine nuit, alors qu'elle dormait, pour lui faire part de l'absence d'Emmett. Lorsque Lyanna, la servante, lui dit que son cousin l'attendait, la jeune femme sut tout de suite de quoi il s'agissait. S'habillant en hâte d'une robe de velours sombre, elle sortit à la rencontre du jeune bâtard. Celui-ci, continuellement dépassé par les frasques du chevalier qu'il servait, ne savait comme d'habitude pas trop quoi faire. Il était mal à l'aise, s'en voulant d'avoir laissé partir Emmett sans rien pouvoir faire. Eleanor lui pardonnait cela : après tout, elle ne pouvait rien faire non plus.

Emmett était selon elle un idiot. Il déshonorait sa famille en faisant cela. Non content d'être en perpétuel désaccord avec tout le monde, et surtout avec sa sœur, à force de fréquenter les filles de petites vertu, il n'allait pas tarder à se retrouver avec un bâtard sur les bras. Et alors, la honte aurait atteint son paroxysme pour les Chelsted. L'oncle d'Eleanor, lord Gregor Massey, avait pourtant neuf bâtards, et personne ne lui disait rien. C'était le principal argument d'Emmett, mais ça ne tenait pas debout, et cela n'avait aucune valeur aux yeux de Père : ce n'était qu'un membre de la famille par alliance, et il ne portait pas le nom de Chelsted. Cela dit, même si un tel personnage était un déshonneur pour une famille noble, leur maison n'était pas la seule touchée par ce fléau. Chez les Barathéon, suzerains des Terres de l'Orage, Harbert n'était-il pas qualifié de "ser Gris", tant son penchant pour la boisson était prononcé ? Et dans la famille royale elle même, le prince de Peyredragon, Daeron n'était-il pas surnommé l'Ivrogne ? C'était un fait notoire, cela, même si Père, fervent partisan des Targaryen interdisait formellement qu'on médise de quiconque étant apparenté, de près ou de loin, à Aerys I.

Eleanor ordonna à Raymun de faire seller deux chevaux. Elle irait elle même à la recherche de son frère. Le jeune écuyer tint à l'accompagner dans sa quête, pour s'amender d'avoir laisser partir Emmett. Ainsi se retrouvèrent ils tous deux à fouiller les tavernes une par une, sans pour autant trouver le chevalier. D'habitude, Eleanor demandait à Maerie où son frère était : cependant, cette fois là, elle aussi semblait avoir disparu. Ils firent toutes les tavernes, tous les bordels. Rien. Depuis Le bateau rouge jusqu'au Dornien, en passant par Le compas et la chaine, aucun tenancier n'avait vu Emmett, qui semblait s'être volatilisé dans la nature.

Enfin, volatilisé. Il restait bien un endroit, mais Eleanor répugnait à y mettre les pieds. Vous l'aurez compris, cet établissement était bien sur la taverne des Milles Dragons. Le cadet des Chelsted adorait cet endroit. On y buvait, on y mangeait, on y sautait des filles et on roulait sous les tables, abrutis par l'alcool et on repartait au matin...Triste vie, et bien dangereuse, aussi. Eleanor hésitait à s'aventurer là-dedans. Ce cloaque était de loin l'un des endroits les moins surs et aussi l'un des plus dangereux pour une jeune fille de maison noble. Il y avait le risque de se faire voler sa bourse, bien sur, mais aussi de se faire agresser, violer, voir même tuer par un client aviné. Eleanor redoutait ce genre de choses, même si elle savait qu'elle arriverait sans doute à sans sortir tant que Raymun serait là. Mais elle se méfiait tout de même. Un homme qui a bu ne se contrôle pas, et parfois ils étaient si violent que rien ni personne n'auraient pu les arrêter. Aussi répugnait-elle présentement à pousser la porte de la taverne. De dedans surgissait des cris, de la musique, et aussi des bruits de verre brisé. La fête avait déjà commencé, et elle ne voulait pas vraiment se retrouver prise au milieu des réjouissances.

Bon, il n'y avait aucun mal à entrer et à dépasser de deux pas le perron, juste assez pour voir si Emmett était là ou non. Eleanor espérait qu'il y soit : sinon, elle ne saurait plus du tout ou chercher. Faisant signe à son cousin de l'attendre, elle poussa la porte. Ignorant le regard légèrement lubrique du patron, elle s'avança de quelques pas. L'atmosphère enfumée ne rendait pas la tâche facile : on n'y voyait pas plus que dans la nuit noire. Et ça hurlait, et ça tapait sur les tables, criant qu'il fallait plus de bière ou de vin. Une chaise vola. Eleanor, l'air dégouté et fronçant les sourcils, continuait à inspecter la pièce, cherchant du regard son frère. Mais elle eut beau scruter dans tous les coins de la salle, nulle part elle ne vu Emmett. Elle remarqua bien des soldats du guets, un marchand de Tyros avec sa barbe verte, et même un homme légèrement moins éméché que les autres, dont la voix dominait celle de tous les convives de la table où il était assis, qui paraissait plus correspondre à la description du noble qu'était le cadet des Chelsted, mais qui faisait sept pieds de haut et qui plus est était brun. Mais elle ne vit pas son frère. A croire qu'il avait bien disparu de Port-Réal. Pourvu qu'il ne soit pas aller se fourrer à Culpucier. Là, elle n'irait pas le chercher, c'était hors de question.

Songeant que son frère était définitivement un crétin, Eleanor s'apprêta à sortir de la taverne, quand soudain une main se posa sur son épaule. Les ennuis commençaient...

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Message Dim 1 Jan 2012 - 20:58




On n’avait guère eu besoin des mestres pour prédire l’arrivée de l’automne. Nulle nécessité de chercher dans les astres, de compulser les grimoires pluri centaines laissés par une poignée de fous passionnés. Laissez les calculs, laissez les bouliers et les longues-vues, laissez le pied douloureux du marin annonçant la tempête, les runes divines et les diseuses de bonne aventure annonçant la richesse et l’avenir, car il n’y avait nul besoin de prédiction cette année-ci. Les cieux s’en étaient très bien chargés eux-mêmes. En effet, après cette sècheresse qui avait succédé au fléau de printemps, des nuages salvateurs s’étaient amoncelés un peu partout au-dessus de Westeros, et surtout, bien entendu, au-dessus des terres de l’Orage. Pluie providentielle après des années d’une chaleur accablante, d’une eau qui commençait à manquer, d’une terre qui commencer à se craqueler, comme si elle s’ouvrait pour mieux aspirer le moindre grain d’humidité qui eut pu errer dans l’air vrillant de chaleur de cet été caniculaire.
On se tranquillisait enfin, dans les villes comme les bourgades. Après ce beau temps malsain, chaud et charrié de maladies, après ce soleil cruel, illuminant la face des Sept-Couronnes, indifférent à la peur, au drame, au deuil qu’il inondait d’une lumière trop claire, une clarté trop brutale, c’était le temps, bien ironiquement béni, du gris, du temps de chien – mais ne dit-on pas, après tout, « heureux comme un chien » ? C’est que les hommes, voyez-vous, ont besoin de pénombre, et si les poètes font pleurer chevaliers et damoiselles sous des cieux lourds de menaces et de cumulonimbus, c’est qu’il y a une raison ! Ainsi produit-on un deuil plus efficace dans une chaumière inondée par une pluie tombant en hallebardes, sous le toit de pierre d’un donjon autour duquel gronde le tonnerre et fulgure l’éclair. L’humidité et le froid, cela garde l’homme concentré à sa tâche, et l’humeur morose, toujours, se confond mieux avec ce gris anthracite des mauvais jours qu’aux belles journées ensoleillées où équitation, chasse et autres joyeusetés en plein air sont préférées à l’introspection et la tristesse.

Les gens de l’Orage, pourtant, n’avaient pas vécu ces dernières années avec le même ressentiment qu’un Dornien ou un paysan du Bief. Car lorsqu’ils n’étaient pas des habitants de pénates obombrés par les centaines d’arbres des grands bois qui jalonnaient les domaines d’Accalmie, hommes et femmes vivaient souvent sur le front de falaises escarpées. Et ces hautes roches de craie blanche, jouxtant la mer agitée de la baie des naufrageurs, ne cesseront jamais d’être battues par ces inlassables brises colportant les lourds et humides embruns océans. Ainsi, ces pêcheurs des îles et des côtes, s’ils eurent pu vivre moins bien, boire moins à leur aise, ne furent jamais assaillis par cette chaleur inexpugnable et dérangeante qu’avaient provoqué les grandes sécheresses d’été. Les gens du cru prétendaient même, avec cet optimisme sauvage qui caractérisait cette race de forcenés vivant en des terres si inhospitalières, que la maladie et la faim avaient eu trop peur d’entrer en ce pays où se combattaient les dieux des cieux. Peut-être est-ce simple vantardise, peut-être la vérité, en tout cas il devait y avoir une part de mensonge, mais également quelques bouts de vrai dans ce que les paysans avançaient. Car les terres de l’Orage, pour grandes et distendues qu’elles puissent être, avaient toujours été un peu sauvage, et la gent qui y habitait, fière et indépendante, n’avait jamais vu l’avantage de se claquemurer en de grandes cités enfermées derrière de lourdes murailles.

Ainsi donc les orageux, dispersés aux quatre coins d’une forêt, répartis sur les arêtes de falaises solitaires, auraient eu la chance d’éviter la concentration et, ainsi, la diffusion du fléau du printemps. Bien sûr, il y a beaucoup de racontars dans cela, mais c’est un moyen comme un autre pour expliquer l’étrange appréhension que ressentirent les gens du cru lorsque le tonnerre se fit de nouveau entendre. La vieille routine s’en revenait, les pluies avec elle. Un peu comme ces forêts qui étaient coincées entre renaissance et mort prochaine. Si la sècheresse avait fait disparaître les ruisseaux, si cette fournaise avait éveillé des feux un peu partout dans les bois de l’arrière pays, incendies poussés loin vers l’ouest à cause des vents maritimes qui s’en venaient vagabonder jusque là jusque là, bref, si l’été avait fait un peu taire la faune et la flore, le retour de l’eau, des orages et du froid avait annoncé la venue non moins délétère de l’automne. Et tandis que les arbres et les plantes reprenaient de leur vigueur, déjà les feuilles ressuscitées jaunissaient, s’habillait de teintes orange, rouge et ocre. Etrange phénomène que ce bouleversement aussi providentiel que futile. Comme si la nature, par le truchement des cieux et des climats, jouait une petite mystification à la vie, la nourrissait assez pour qu’elle se perde dans une mort naturelle et programmée. On offrait au condamné à mort son dernier repas, afin qu’il survive à la fin pour mieux périr au contact d’une corde de chanvre. C’est que l’ordre des choses veut que l’on naisse avec une chose qui toujours nous sera inaliénable, les Sept décident qu’en fin de compte, nous ne vivons que pour mourir. Cette destinée terrible, cet appel pourtant impérieux et incoercible, voilà à quoi se résume la vie. On peut croire qu’on a un peu vécu pour une cause, qu’on est mort pour réaliser ce pour quoi on a été mis sur cette terre, mais finalement, le noble et le chevalier, le faible et le roturier, tous se dévouent à un même astre, tous se soumettent à cette étrange et cruelle nécessité : vivre pour mieux mourir.

Mais cela n’est pas notre sujet. Le sujet, c’est Harbert, le fils de lord Baratheon. Ce grand diable, qui avait partagé son entre entre l’ombre des cimes de Bois-le-Roi, la douce fraicheur des châteaux des seigneurs de l’orage et ce soleil ardent qui avait décidé de s’acharner sur le royaume, avait quelques affaires à régler à Port-Réal. Aussi, un jour qu’il faisait lourd, on harnacha sa fière monture, Vangres, son cheval de guerre, et le reste de ses gens et amis se préparèrent au voyage. Hommes de l’Orage, ils ne craignaient guère les gougouttes, et pourtant, avant même qu’ils ne partent, la pluie, qui s’était abattu avec une rage aussi courte que furieuse, avait infiltré routes et sentiers, si bien que la suite, lourde de bagages et des grands diables montant de lourds palefrois, pataugea dans la boue et ce à une lenteur et sur une distance si grandes qu’elles en devinrent presque ridicules.

On passera, je l’espère, au narrateur les embûches du voyage, qui fut fort long. Car si les escales surent être truculentes, je me sens d’une grande lassitude et ellipserai bien lâchement anecdotes croustillantes et mésaventures tortueuses de cette joyeuse bande de drilles.
Après qu’ils eurent traversé la porte de la Gadoue, qui portait admirablement bien son nom sous ce temps pluvieux, les ladres se dispersèrent et le cerf blanc, accompagné d’une poignée de ses amis, rejoignit l’un de ces rades qui font la splendeur et la décadence de la capitale. Mille Dragon, cette hôtellerie borgne engoncée entre un morceau lépreux de la muraille extérieure et un entrepôt ruiné, était de ces joyaux royaux où le tenancier semblait encore plus cupide et torve que sa clientèle d’arsouilles et de sicaire. Accrochée à un pan de l’enceinte de Port-Réal, cette auberge aux allures de plante rampante était dirigée d’une main de fer par un ancien compagnon d’infortune d’Harbert et de ses sbires. Elboys, tel était son nom, avait tout du cliché de ces propriétaires de rades interlopes. Ce gros borgne aux airs chafouins et à la gueule rongée par la vérole débutait doucement à grisonner. Trapu, la démarche arqué, ç’avait été, dans le temps, un de ces marins qui écume la baie des Naufrageurs. Mêlé à quelques (le mot est doux, voire un peu hypocrite) affaires malodorantes, il avait fini par être pris sur le fait. En effet, le filou, après avoir amassé de véritables fortunes en accumulant produits de toutes les nations, vins du Bief et objets d’orfèvre, s’était lancé dans l’une de ces dernières affaires, ces derniers barouds d’honneur censés clore brillamment une non moins brillante carrière criminelle, mais qui, dans bien des cas, sonne le glas pour l’arrogant préretraité. Accusé de contrebande, ce fut l’intercession du fils de lord Baratheon qui sauva ses mains de lady Hache. L’homme, pas ingrat mais au langage assez libre, avait alors décidé de prendre sa retraite et arranger ses affaires sur le plancher des vaches, et lorsque, pour les derniers adieux, les deux hommes avaient échangé leurs derniers saluts, le petit bonhomme rougeaud avait annoncé à Harbert, un sourire illuminant son visage : « J'espère que vous vous êtes lavé les fesses ce matin car bientôt elles seront baisées par un roi ! »

Et si roi il ne fut pas, patron ingénieux il devint. S’exilant loin de ses côtes natales (la sensation étouffante d’un fantôme de nœud de chanvre semblait l’habiter étrangement), il s’en alla à la capitale, qu’il connaissait aussi bien que le littoral, à force d’y avoir ses accointances avec la racaille locale. Ayant racheté pour une poignée de pièce une vieille bâtisse accroché aux murailles, il y avait, bien habilement, creusé un trou. Si bien que cette petite auberge aux mines sinistres était vite devenue l’une des voies d’accès aux produits de contrebande, voire aux clients venus se vider bourses et bourses avant de reparaître au sein de la cité, ni vu, ni connu. La petite affaire allait bon train, et l’homme ne fut jamais trop dérangé par cette histoire de chemin secret. Cet individu fait mâtin avait su, très vite, s’attirer les faveurs des Manteaux d’or à l’aide de quelques boisseaux de vin ou un ou deux dragon d’or.

Mais je m’égare. Harbert et quelques-uns de ses amis, donc, avaient rejoint le cabaret pour payer leurs hommages au bon Elwood, lequel, ému de cette visite improvisée, leur offrit un vin chaud et épicé soutenu par son sourire édenté le plus fier. « Vin de Braavos agrémenté d’ambre gris d’Ibben, avait chuchoté le gaillard. » Comme l’alchimie opérait, on s’attabla, et on fit honneur à l’aubergiste, si bien que le temps fila vite. A part quelques chansons, un tabouret cassé et un malheureux problème linguistique avec un contrebandier tyroshi, et la venue d’une drôle de femme (une vierge aux Mille Dragons, imaginez l’esclandre !) la soirée passait sans événement notable. Cependant, l’ivresse aidant, et peut-être, un peu, la présence de cette damoiselle coincée au milieu de ce fatras de chevaucheurs de sel et d’assassins avinés, Harbert eut, comme à son habitude, un geste un peu vif et assez peu convenu. Cette histoire de tyroshi le travaillait depuis déjà deux crânes de chèvre (Elwood, heureux d’accueillir son ancien sauveteur et ami, avait décidé de faire les choses bien, si bien qu’il avait mis à disposition des arsouilles ce qu’il appelait son « service qohorien » avant d’ajouter, avec ce sourire terrifiant qu’il avait, « aussi illégal ici que dans les cités libres »). Ayant ce soir l’alcool mauvais, Harbert se décida soudain à se lever et à expliquer comment on pensait les choses dans les Terres de l’Orage. Dévorant les quelques pieds de parquet miteux et enfoncé qui le séparait du marchand d’outre-mer, il empoigna la jeune femme d’un main ferme… avant de la jeter sur le côté comme on le ferait d’un obstacle quelconque.

Il n’en fallut pas plus. Tandis qu’Eleanor s’affalait sur une des chaises voisines, Harbert leva son bras armé du crâne de chèvre devant le Tyroshi qui commençait à comprendre où ce dernier voulait en venir. Alors le poing tomba, le crâne se fracassa sur le crâne, et commença une bastonnade en règles. Maintenant son adversaire au sol, le colosse continuait de fracturer son crâne à grand coup de tête de bouc, tandis que la soldatesque, massée tout autour, était rassérénée par un Elwood des plus obligeants, parlant d’une vieille querelle d’associés entre les deux hommes avant de resservir abondamment les hommes d’armes en vin et en blagues un peu xénophobes.


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Message Dim 8 Jan 2012 - 18:25

Eleanor connaissait cet homme là, elle en était sure. Pas d'une auberge quelconque où elle aurait pu passer pour chercher Emmett, mal famée et qui plus est dangereuse, mais bien de la cour de Port-Réal. Mais qui était-ce ? La jeune fille ne parvenait pas à se souvenir du nom de ce grand escogriffe. Il faut dire aussi qu'à la cour il ne devait pas être en train de massacrer un tyroshi à coup de crane de chèvre. Ou en tout cas, il était sobre...Une petite minute. Si. Elle savait qui était cet homme. Il n'y avait qu'un Barathéon pour avoir cette voix tonnante, qui couvrait tout le brouhaha de la taverne. Qu'un Barathéon pour avoir cette taille et cette carrure de colosse. Et il n'y avait que ser Harbert Barathéon pour se retrouver à être ivre comme cela, et errer dans une des tavernes les plus sordide et glauque de Port-Réal.

La dernière fois qu'elle l'avait vu, ça devait être après le tournoi de Sorbier, au festin donné par lord Ashford. De mémoire, elle le revoyait comme un homme bon vivant, buvant peut-être un plus que de raison, et parlant un peu trop fort au fur et à mesure que le temps s'écoulait et que la fête avançait, mais pas comme un alcoolique. Cela dit, le surnom de "ser Gris" était relativement évocateur, et il n'y avait pas de fumée sans feu. Eleanor persistait pourtant à le voir comme son père, lord Lyonel, bon chevalier, mais flambeur.

L'alcool était une mauvaise chose, selon elle. Elle ne jugeait pas le fait que la plupart des gens s'y jettent à corps perdu pour oublier leurs malheurs. Mais Eleanor jugeait que ça ne résolvait rien. On ne s'en sortait pas grace au vin, qu'il vienne de La Treille ou de Dorne. On s'en sortait en affrontant ses peurs et son destin. Peut-être que c'était plus facile de fuir. Mais on n'échappait à rien. Ce n'était pas parce qu'on ne voulait pas voir que ça n'existait pas. Mais peut-être était-elle mal placée pour juger. Après tout, Eleanor n'avait pas spécialement de problème particulier. En fait, rien dans sa vie ne méritait d'être noyé dans l'alcool. Mais après tout, il arrivait aussi qu'il n'y ait pas besoin du tout de problème pour boire. Emmett en était la preuve vivante. Il fréquentait les tavernes, les putains et se soulait par amour de la fête.

L'espace d'un instant, elle avait crut qu'Harbert voulait la tuer, ou l'agresser, ou la violer. En fait, elle ne savait pas bien, mais en tout cas, il ne lui voulait sans doute pas du bien. Elle eut peur quand il la repoussa, mais sans raison. Alors qu'elle s'écroulait sur la chaise, il ne se préoccupait déjà plus d'elle. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ser Harbert n'avait rien d'un galant homme...

Un instant, elle l'observa, fascinée, frapper le tyroshi. Puis elle se ressaisit. Il allait le tuer, le patron allait appeler le guet, et elle allait se faire embarquer avec. Tout ça à cause d'Emmett. Si elle le retrouvait, Eleanor le tuait. Elle le maudit intérieurement. Que pouvait elle faire ? Elle n'allait quand même pas se retrouver à expliquer à un sergent de bas-étage qu'elle cherchait son frère et qu'elle avait assisté à un meurtre sans rien faire. Elle serait considérée comme complice du meurtre, et les rumeurs sur le fait qu'elle courait les tavernes iraient bon train. Sans parler de la réputation d'Emmett, déjà exécrable, qui en prendrait aussi un coup. Cela dit, en regardant le patron servir les clients comme si de rien n'était, elle douta soudainement que quelqu'un prévienne le guet. Mais elle ne pouvait pas laisser ce pauvre type se faire tuer... C'était le problème d'Eleanor : vouloir résoudre tous les problèmes, justemment, des autres. En son âme et conscience, elle savait que ce que faisait Harbert n'était pas juste. Et elle savait aussi que le chevalier allait avoir des ennuis. Elle ne le connaissait pas. Mais si elle pouvait éviter à quelqu'un d'avoir des problèmes, elle le ferait.

Cependant, c'était tout de même dangereux. Harbert faisait plus de sept pieds, était manifestement en colère et pas très enclin à discuter. Eleanor soupira. Elle allait au devant de gros ennuis. Comme toujours lorsqu'elle allait à la recherche de son frère cadet. Que ce soit pour expliquer au Guet qu'il n'avait rien fait de mal, le tirer de prison, ou fuir face à des hommes avinés, elle avait toujours des ennuis. Alors un chevalier en train de tuer un marin avec un crane de chèvre, pensez vous, ça ne lui faisait qu'à peine peur.

Le courage était une chose stupide. C'était avoir peur avec deux minutes de retard, et c'est précisemment ce qu'il lui arrivait en ce moment. Se relevant de sa chaise, elle cria pour couvrir le bruit :

"Arrêtez ! Vous allez le tuer !"

D'accord, il y avait mieux comme entrée en matière. Mais de toute façon, ça ne marcha pas. Personne ne l'entendit. Le patron ne lui prêta même pas attention. Alors Eleanor fit un geste que deux minutes avant elle aurait cru impossible : elle gifla de toutes ses forces Harbert, provoquant quolibets et sifflements dans l'assistance, enfin chez ceux qui avaient encore conscience de ce qui se passait. Celui ci releva la tête vers elle, tenant toujours son crane de chèvre, et l'air très remonté. Eleanor ordonna :

"Ca suffit. Je crois qu'il a eu la leçon qu'il méritait, quoiqu'il vous ait fait, ser Harbert. Ce ne serait pas digne d'un Barathéon, chevalier qui plus est, de le tuer, ne croyez vous pas ? Et puis vous ne voudriez pas finir au Guet ?"

Voyant qu'il avait toujours l'air peu disposé à l'écouter, elle le prévint :

"Attaquez moi, et vous aurez à en répondre devant mon père. Je suis lady Eleanor Chelsted, de Grand-Val."


Dernière édition par Eleanor Chelsted le Sam 28 Jan 2012 - 12:44, édité 1 fois
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Message Lun 9 Jan 2012 - 2:49


La discussion commençait à prendre consistance entre le Tyroshi et le Baratheon. Et tandis que l’étranger essayait, tant bien que mal, de faire valoir ses arguments, Harbert le maintenait avec force sur le sol poisseux de la défaite rhétoricienne, tenu fermement par l’argumentaire de poids de son adversaire à l’esprit affuté et au poing enragé. Lorsque la jeune femme prit cependant conscience que tout cela était fort mal, le contrebandier commençait déjà à expectorer un peu de sang, lequel venait éclabousser tabar et gueule d’amour de notre grand escogriffe. Etait-ce les vapeurs du vin ? Ou bien fut-ce l’odeur de l’hémoglobine coulant à grand foison qui provoquait cette ardeur inhumaine chez ce Harbert qui savait, parfois, si bien se faire poète ou sombre solitaire ? Nul ne sait, et la frénésie continuait. Les coups pleuvaient comme vache qui pisse sur le crâne d’un Tyroshi de plus en plus passif, au faciès de plus en plus cabossé et rougeâtre.

Au début, l’affaire n’intéressait guère la noble assemblée, mais lorsque lady Chelsted se décida à réagir, une ronde s’était déjà formé, un cercle d’habitués qui, n’ayant guère de distraction en ces journées d’ennui et d’oisiveté, appréciaient toujours fortement les algarades sanglantes qui faisait le charme de ce rade. C’est que les Mille Dragon, non contents d’offrir à sa clientèle un vin coupé à la pisse et des plats de viande à l’origine aussi douteuse que leur fumet, était un lieu qui n’avait pas peur des mélanges. Or l’alchimie putains vérolées, clairets infâmes et règlements de compte aussi brutal que spectaculaire faisait son effet, et le chaland comme l’habitué retrouvait en cette auberge mal famée une atmosphère délétère et glauque que l’on avait du mal à retrouver dans les tavernes à l’intérieur des enceintes. Car, il est vrai, l’élan urbanistique et démographique de cette capitale naissante n’avait pas eu que des bienfaits, et lorsqu’autrefois on se plaignait de ces venelles qui, la nuit tombée, se transformaient en coupe gorge, de cette pègre qui, vomie des taudis des environs, arpentait le pavé sous un croissant de lune ocre ou argenté, reine des rues et de la ville, maintenant, on grognait avec nostalgie sur les hauts faits d’armes de ces tire-laines et ces bagarreurs de naguère, sur la vie nocturne et ses plaisirs, ses secrets, morte avec la naissance du Guet.

On était donc plutôt heureux d’avoir du spectacle gratuit, aux Mille dragons, mais c’était sans compter sur une rabat joie du beau monde, qui, après avoir glapi un ordre aussi rigolo qu’inefficace, se décida à prendre les choses en mains. D’abord, Harbert ne sentit pas cette main de fée qui vint violemment caresser son visage rougi par le sang. Non, ce furent les lazzis de la foule qui éveilla sa curiosité et fit lever ses yeux vers cette jeune femme qu’il avait repéré un peu plus tôt, tant à cause de sa beauté que de sa propreté et de sa mise. Et voilà que la bougresse commençait à l’appeler par son nom, à lui faire la morale ! La fixant d’un air peu amène, il entendit plus qu’il n’écouta ce qu’elle lui disait. Relâchant finalement sa prise, qui aurait bien été incapable de tenter quoi que ce soit, le grand diable se redressa de toute sa hauteur, fixant toujours la madone qui avait décidé de lui donner une leçon. Mal lui en prit !

L’homme n’était en effet pas enclin à la discussion. Au contraire, tout ce vin et toute cette affaire l’avaient rendu colérique et sauvage. Si bien que lorsqu’elle entama un couplet de menaces, il la saisit par la gorge et, avec une force, avec une lenteur terrifiante, sans jamais lâcher son regard vert des yeux, la plaqua contre une poutrelle de chêne. La main empoignait entièrement le cou pâle et fragile de la jouvencelle, et il aurait sûrement fallu un effort minime pour le serrer afin qu’elle en perde la respiration. Cette impression de puissance, couplé aux airs de sainte de la jeune femme, donnèrent bien des envies à Harbert, et notamment d’homicide. Cependant, et tandis qu’il la dévisageait sans ambages, la pression se relâcha précipitamment, et la jeune femme put retrouver un peu de cet air vicié qui faisait la réputation des Mille dragons. Alors le visage d’Harbert se radoucit, ses lèvres se retroussèrent pour laisser place à ses dents jaunies et à des relents de vin d’autant plus fort, lesquels précédèrent un rire puissant et chaleureux qui inonda la pièce toute entière.

« Par les Sept ! Lady Chelsted, céans ! Je ne vous avais pas reconnu, et lorsque ce fut le cas, mon esprit ne put point croire qu’une damoiselle comme vous oserait fréquenter ces lieux à des heures aussi indécentes. »
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Message Dim 29 Jan 2012 - 15:26

La première pensée d'Eleanor ne fut pas : je vais mourir. Ca aurait pu l'être, ça aurait du l'être, mais ça ne le fut pas. Bien sur, elle avait mal, et elle ne pouvait plus respirer. Ca, elle s'en rendait parfaitement compte, mais le regardait avec détachement, comme si ce n'était pas à elle que ça arrivait. Non, sa première pensée, fut bien, même si un tel degré de nonchalance tenait peut-être plus de la folie que d'un caractère réfléchi : si je survis, père va m'assassiner. Et Emmett va se prendre le plus monumental sermon qui soit...en admettant qu'Harbert ne me tue pas avant, ça va de soit. Et que le chevalier ne la tue pas, autant le dire tout de suite, ce n'était pas gagné. Encore une fois, elle s'était fourrée dans une sale situation, dont elle ne voyait absolument pas comment se sortir. Hurler aurait été une bonne idée...si elle avait pu le faire. Or, quand quelqu'un vous étrangle, votre priorité est de respirer. Après vous essayez de voir ce que vous pouvez faire d'autre, c'est à dire pas grand chose, à part peut-être avoir peur, et se remémorer les derniers moments de votre existence. C'est à ce moment là qu'Eleanor bascula à nouveau dans la réalité. Oui, maintenant elle avait peur. Maintenant, il n'était pas si improbable que ça qu'elle meure, et elle ne voulait pas finir comme ça, tuée par un chevalier aviné dans un bar mal famé de Port-Réal parce qu'Emmett n'avait rien trouvé de mieux à faire que de sortir un soir, et de disparaitre dans la capitale.

Raymun. Il restait bien sur cette possibilité là. Oui, sauf que le temps que le gamin se dise qu'il faudrait peut-être aller voir ce qui se passait, Eleanor serait sans aucun doute déjà morte, tel qu'était parti Harbert. Elle n'aurait pas du faire la fière, et laisser l'écuyer l'accompagner. Elle allait mourir. L'air lui manquait déjà...Et puis d'un coup la pression disparu complétement. Et le chevalier se mit à rire. Eleanor ne comprenait pas vraiment pourquoi. Il avait failli la tuer, tout de même, il n'y avait rien de drôle, franchement. Et même lorsqu'il lui demanda, peut-être plus poliment que précédemment (ce qui n'était pas dur) ce qu'elle faisait là, Eleanor resta sur ses gardes, en oubliant totalement le sens de l'ironie, et les phrases cinglantes qu'elle aurait pu lui infliger, comme par exemple "Moi non plus je ne vous avais pas reconnu dans le rôle du chevalier aviné tuant des gens. Une grande source de fierté pour les Baratheon, n'est ce pas ?" Non, elle préféra éviter ce genre de remarque. Quelque chose lui disait que parler ainsi ne ferait que lui apporter d'autres ennuis, pires ou équivalent que la tentative de meurtre qui venait de se produire. Elle soupçonnait Harbert de ne pas vraiment être réceptif à l'humour, encore moins par rapport à lui-même. Ou alors peut-être avait il une singulière façon d'y répondre, par exemple en vous frappant à coup de crane de chèvre... En tous cas, elle n'avait pas envie de tenter le coup. Elle avait déjà donné une fois, maintenant, terminé. Cela dit, cela n’empêchait pas de faire un peu d'humour par rapport à elle-même :

" Je dois avouer que je ne m'attendais pas non plus à être ici à cette heure là...seulement je cherche mon frère, qui fréquente à peu de choses près les mêmes endroits que vous. Peut-être l'auriez vous vu ? Ser Emmett Chelsted, dit le Hutin ?"

Après tout, ça pouvait tout à fait être le genre de compagnon de beuverie d'Harbert, puisqu'il fréquentait le même genre d'endroit glauques. Quand elle voyait le tyroshi, resté à terre, sans que personne ne songea à travers les vapeurs de l'alcool que peut-être il faudrait le transporter ailleurs, Eleanor songeait immédiatement qu'après tout, Harbert aurait été ravi de dialoguer avec lui, et il en aurait été de même pour le hutin, querelleur en diable. Il restait juste à espérer que le chevalier n'ait pas décidé d'en finir avec le frère d'Eleanor et ne l'eut pas jeté dans une quelconque impasse pour se débarrasser du cadavre, ce qui en soit n'aurait pas eut grand chose d'étonnant...
Ce n'aurait pas
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Never drink after midnight - Harbert

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