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[TERMINE] Que son ombre me protège du soleil

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Message Jeu 29 Déc 2011 - 23:47

Ils étaient partis du nord voilà des jours. Ils avaient fait leurs adieux aux terres de l'Ouest et à ses montagnes et ses vallées. Ils avaient laissés avec joie les Lannister et leur maudit or loin derrière eux. Chevauchant de nuit pour ne pas attirer l'attention, ou moins l'attirer, ils avaient bientôt entr-aperçu les plaines verdoyantes et opulentes du Bief, ses petites haïes séparatrices de cultures, et ses arbres fruitiers aux couleurs chatoyantes. En réalité, il y avait peu de différence entre les territoires qui bordaient la frontière entre le Bief et les terres de l'Ouest.
Les compagnons commencèrent à se détendre réellement lorsqu'ils arrivèrent au lac Rouge. Les sourires se firent plus nombreux, les visages étaient moins fermés alors qu'il n'y avait plus rien à craindre. Enfin du moins, en théorie, car comme l'avait apprit Gareth, quelques mots seulement peuvent faire de vous un homme mort, ou presque mort.
Évitant les châteaux, les villages et hameaux, ils campèrent à leur habitude dans les bois, forêts, et endroits peu fréquentés par les hommes. Leurs tenues sombres, marrons, grises, vertes ou noirs se fondant à merveille dans la végétation luxuriante du Bief. Les fruits, sauvages ou non, étaient plus nombreux, et les membres de la bande diminuèrent ainsi volontiers leur alimentation carnée. Gareth ne savait pas de quelles manières ses frères d'armes obtenaient leur pitance, et ils ne voulaient pas le savoir. Cette pause non loin du lac Rouge dans leur voyage fut l'occasion d'un entraînement intensif et poussé.


Après une journée entière à chercher un endroit propice à l'établissement du camp et à un entraînement intensif, ils trouvèrent à quelques kilomètres du plan d'eau une clairière, sur une colline. Ils s'y installèrent, déballant leurs bagages, coupant du bois afin d'installer des piquets. Ils y attachèrent leurs chevaux, et la moitié des compagnons se mit à à creuser un fossé circulaire tandis que l'autre entreprit de poser différents pièges autour du camp, dans un rayon d'un kilomètre. Ce fut l'occasion pour les braconniers et chasseurs de montrer aux non-initiés de quel manière fabriquer un collet, où le placer, comment repérer des traces d'animaux. Une après-midi intéressante et fortes en émotions. C'était un moyen comme un autre de rassembler encore et toujours les compagnons, de resserrer les liens. Après une soirée près du feu de camp où l'alcool coula à flots pour fêter cette sécurité retrouvé, où les hommes se donnèrent de grandes claques dans le dos et rirent à gorge déployés, la petite troupe s'endormit profondément, laissant deux sentinelles pour le début de la nuit. Aucune bête sauvage ne vint troubler leur repos. Gareth se leva avec la rosée du matin, juste avant que le halo rougeoyant du soleil ne vienne caresser les visages de ses frères. Oui, il les considérait un peu comme ses frères, et c'est avec un regard presque paternel qu'il enfila sa chemise en lin et entreprit de raviver le feu. Une fois cela fait, il entreprit d'aller chercher Mathrim, qui avait veiller la seconde partie de la nuit sur les hommes. Le garnement, épuisé, s'était endormit sa lance à deux piques sur les genoux. Il sursauta lorsque Gareth approcha, preuve qu'il n'avait dormit qu'un seul œil, et d'une oreille. Malgré tout, ce n'était pas suffisant, et il devrait sérieusement revoir leur système de tours de gardes.


Il termina de réveiller les hommes à coups de pieds, ce qu'ils apprécièrent moyennement. Mais comme il était de bonne humeur, il ne releva pas les injures et autres quolibets qu'ils lui balancèrent à la figure. Chacun prit un fruit ou un morceau de viande pour ne pas rester l'estomac vide, tandis que Gareth les invita à se rassembler autour de lui. Il avait prévu un programme fort chargé pour cette longue journée. Nul doute que le soir même, ils dormiraient comme des enfants, du sommeil du juste.

- Voilà comment ça va se passer. On va tous terminer le périmètre de protection et finir d'installer différents pièges autour du camp. De nature à piéger un homme ou bien plus gros, compris ? Fosses dissimulées, rondins capable d'assommer un homme, ce genre de choses... Ensuite, une petite marche de quelques kilomètres avec tout notre barda sur le dos pour dix d'entre vous, tandis que le reste s'exercera au maniement des armes. Pour terminer, on se baignera dans le lac, nos armes à la main, uniquement nos armes, et on le traversera. Pour ceux qui ont toujours des problèmes à nager, vous garder le campement et les alentours, et demain, vous irez en pleine journée vous exercer. Maintenant, bougez-vous !


Certains trainèrent du pied, les habituels râleurs, qui plus pour la forme qu'autre chose voyait toujours une raison de brailler à tort et à travers, de souffler, de geindre. Au final, ils étaient presque plus heureux et efficaces que ceux qui acceptaient en silence les tâches et les corvées qui leurs étaient confiées. La journée ne fut pas catastrophique, quelques blessures légères dû à une chute ou au maniement des armes, quelques estafilades après l'exercice au lac, mais rien de grave. Gareth était plutôt heureux, et ils restèrent une semaine de plus ici. Une semaine d'entraînement intensif, où les rations furent diminués, les exercices plus nombreux et plus difficiles. Il arrivait qu'un groupe passe la journée à marcher en plein soleil, un sac remplit de pierre sur le dos. En effet, il serait trop dangereux que dix hommes ressemblant à des brigands se baladent sur les routes armé de la tête aux pieds. Avec un sac plein de rochers et de cailloux, ils pouvaient certes attirer l'attention et paraître suspects, mais leur vie n'était jamais en danger. C'était cela qui importait le plus.
Parfois, ils simulaient des confrontations et alors, des heures durant un petit nombre se plaçait en embuscade sur le chemin d'une caravane représenter par quelques cavaliers du groupe. Les armes étaient entourés de tissus et chiffons pour éviter tout accident malheureux, mais les bleus n'étaient pas rares.


Ils chevauchèrent ensuite jours et nuits pour arriver rapidement à Villevieille. Seconde ville la plus importante du royaume, mais non pas aux mains du seigneur suzerain du Bief mais d'un de ses vassal, Gareth espérait pouvoir louer ses services là bas. Ils passèrent non loin de Hautjardins et des champs de fleurs aux couleurs vives et attirantes, aux senteurs ensorceleuses, sans toutefois s'y arrêter. On disait des Tyrell qu'ils étaient par bien des égards pire que les Lannister. Gareth ne souhaitait pas tenter sa chance là bas au vu de ses récents exploits, c'eût été suicidaire, téméraire. Et comme il aimait à se le rappeler, la témérité était un défaut.
Ils reprirent enfin la route de la rose, et le reste du voyage fût bien plus agréable. Ils s’arrêtèrent dans une auberge au bord de la route durant une nuit pour reposer leurs corps meurtris. Les trois filles du tenancier trouvèrent leur bonheur dans les bras de Mathrim, Erik et contre toute attente, de Varrin. L'ancien voleur de chevaux, avec des bras aussi large que les cuisses de Gareth, et pourtant plus petit que ce dernier, était une montagne de muscles. Il disait qu'il avait été maréchal-ferrant, mais ses nouveaux frères d'armes et d'aventures peinaient à le croire. Encore une fois, Gareth resta seul dans sa chambre, bien que Gerald vint passer quelques heures avec lui, où ils parlèrent de tout et de rien.


Au bout de quelques jours, ils arrivèrent enfin en vue de Villevieille, et de la mer. Cette odeur, ce parfum, les cris des mouettes lui manquait. Au fond, la mer était Accalmie, et il aimait la forteresse. C'est un sourire aux lèvres qu'il entra dans la ville. Comme à chaque fois, c'est par petits groupes que les compagnons passèrent la grande porte de l'agglomération. Les rues étaient tout autant bondés, voir plus même, qu'a Port Lannis. Les gens semblaient plus accueillants, les étals de marchands de fleurs étaient légions. Des charrettes pleines de roses, de tulipes, ou de géraniums étaient posés là. Ce qui aurait été étrange ailleurs et déplacé ailleurs était normal et terriblement banal ici. Cette ville respirait la joie de vivre, et ce malgré les récentes attaques de fer-nés. De biens étranges habitants pour une bien étrange ville.
La grande Tour dominait de sa haute stature et de son ombre toutes les bâtiments environnants. Menant son cheval au pas, capuchon baissé et casque dans ses sacoches, Gareth ne pouvait s'empêcher de tout regarder et de tourner la tête dix fois au moins par minutes. Tant de choses à voir, et tant à faire dans un si court laps de temps. C'était bien trop dommage...
Le groupe de Gareth arriva finalement en second à l'auberge qu'il leur servait de point de rendez-vous, le Blanc Perché Corbeau. Bâti sur trois étages, le bâtiment était en bon état, les murs peints et l'enseigne bien entretenue témoignait du sérieux des tenanciers du lieu. Cela les changerait du Myrien au crâne rasé du Cygne Railleur. Le plancher était fait de pavés de pierres qu représentait gigantesque un corbeau blanc stylisé qui faisait presque la taille de la salle commune. Se trouvait à côté des cuisines une petite bibliothèque, pour les individus en mal de lecture. La cuisine était grande et propre, et donnait sur une cour où quelques poules gambadait. Nul doute que les chambres et les étages étaient du même acabit, et Gareth fut heureux d'avoir suivit le conseil d'un marchand à l'entrée de la ville. Il devait désormais contacter le seigneur de cette ville, un Hightower s'il ne se trompait pas. Faisant venir Varrin, il lui donna comme mission d'aller porter une missive, signer de sa personne et portant son sceau personnel avec une tête d'ours, qui rapportait brièvement que Gareth Baratheon, fils de l'Orage Moqueur logeait à l'auberge du Blanc Perché Corbeau, et que le cadet du seigneur d'Accalmie souhaitait rencontrer au plus vite le seigneur de Villevieille, à une date et une heure qui lui plaira.
C'était un moyen comme un autre de contacter le maître de la Grande Tour, et d'éviter sans aucun doute de commettre quelques impairs. Les dés en étaient jetés, et Gareth entreprit de lire un livre sur le Bief alors que son homme courait aussi vite que possible à l'encontre du destinataire.
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Clarence Hightower
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Message Lun 2 Jan 2012 - 15:00

La Grand-Tour s'était éveillée, ce matin-là, plusieurs heures avant l'aube. Un valet de chambre avait tiré ser Charles Hightower de son sommeil et celui-ci s'était empressé d'aller réveiller son frère aîné Clarence, qui dormait paisiblement dans sa petite chambre, choix délibéré que Charles peinait à comprendre car la vaste et luxueuse chambre du lord en titre était libre et disponible, mais Clarence avait décidé de n'occuper la chambre qui lui revenait de droit par succession qu'une fois son grand-père mourant justement décédé. Charles laissa à son frère le temps de quitter les méandres de sa torpeur et prit la direction d'un salon où il était sûr de trouver de quoi prendre une collation nocturne méritée. Clarence, pour sa part, attendit patiemment que son frère l'abandonne pour quitter son lit. Quand il fut enfin seul, il s'étira longuement avant d'aller couvrir sa nudité d'une tunique ample et grise, habit qui suffirait pour aller jusqu'à la salle du grand bassin où Clarence prenait, presque chaque matin, le temps d'accomplir les plus complètes ablutions, parfois accompagné, mais le plus souvent seul. Clarence aimait nager ainsi dans le bassin, dont les fraîches eaux le ragaillardissaient, ce qui était l'idéal pour débuter une journée comme celle qui s'annonçait et qui nécessiterait qu'il demeure à la Grand-Tour pour préparer son voyage jusqu'à Port-Réal mais aussi pour s'occuper de quelques affaires courantes laissées en suspens. Il y avait d'abord la question de la nomination récente du président de la corporation des drapiers de la cité qui n'était somme toute qu'une formalité puisque Clarence, s'il n'avait aucune opposition particulière contre le président que s'étaient librement choisis les boutiquiers appartenant à ce corps de métier les plus importants de Villevieille, n'avait qu'à concéder son approbation et sa bénédiction. Venaient ensuite les questions relatives à la préparation des funérailles de son grand-père, qui avait décédé dans une dernier râle à la tombée de la nuit dernière. Dans les ténèbres de la sorgue, la grande flamme qui culmine au sommet de la Grand-Tour s'était noircie de la couleur du deuil, et tout Villevieille avait pris connaissance qu'un nouveau seigneur siégeait à sa tête, Clarence Hightower, celui qui n'était pas né pour régner et qui pourtant avait plus fait pour Villevieille qu'aucun autre de ses deux derniers prédécesseurs...

Venait ensuite cette étonnante missive qu'il avait reçu deux jours auparavant, à la journée finissante. Un message très court et très formel : Gareth Baratheon, fils de Lyonel Baratheon, était en ville, dans une quelconque auberge et demandait à rencontrer le « seigneur de Villevieille »... mais savait-il seulement qu'entre-temps l'identité du seigneur avait changé ? Cela ne lui avait certainement pas échappé puis que la veille et donc le lendemain de l'émission de sa missive, tout Villevieille avait pleuré la mort de son seigneur, et acclamé l'avènement de son successeur. C'était la tradition de la vieille cité que de saluer ainsi ces événements comme on le faisait autrefois quand les rois mourait dans la Grand-Tour... Les Hightower n'étaient plus des rois, mais ils en avaient conservé le cérémonial et le décorum. Clarence avait reçu les vœux de ses frères et de ses sœurs, et ses vassaux étaient tous venus lui remettre leur épée. Ainsi les maîtres des maisons Bulwer, Costayne, Mullendore, Cuy et des Essaims se présentèrent à lui et l'assurèrent de leur loyauté comme de leur désir d'être toujours à son service le plus complet. Clarence les reçut avec joie et chaleur, car il avait craint au fond de lui que son seul nom ne suffise pas à lui assurer le serment de ses vassaux. C'était un grand soulagement pour lui de constater que ses capacités étaient reconnues y compris par ceux qui attendaient de grandes choses de lui. Les dernières s'étaient montrées plutôt favorables au jeune Clarence, puisqu'il était devenu Grand Argentier, et puisqu'il devenait maintenant seigneur de Villevieille. Pour autant les responsabilités venaient avec le titre, et répondre à cette missive en faisait partie. Pourquoi ce jeune Baratheon s'intéressait-il à la Grand-Tour ? Pourquoi venait-il à lui, pourquoi cherchait-il à s'entretenir d'une affaire importante avec lui ? Il souhaitait voir le seigneur de Villevieille, et non pas le Grand Argentier, mais pourquoi ?

Tout ce mystère fut tel que Clarence négligea cette missive qu'il croyait être une plaisanterie plusieurs jours durant, trois pour être tout à fait exact, jusqu'à ce que la curiosité l'emporte et qu'il mande un valet pour aller chercher ce pétitionnaire si singulier. Le coursier ne connaissait pas l'auberge du Blanc Perché Corbeau et se perdit trois fois dans Villevieille avant de recevoir d'un quidam les indications qui lui permirent d'atteindre l'établissement où attendait toujours le cadet Baratheon qu'il conduisit jusqu'au pont menant à Bataille-Isle où un petit contingent d'hommes en armes les attendaient, menés par nul autre que ser Charles Hightower, cet homme de vingt-cinq ans que les femmes de l'aristocratie citadine avait désigné comme le plus bel homme de la ville. Celui-ci accueillit Gareth Baratheon et le seul homme qui avait été autorisé à le suivre avec un sourire, de ces sourires qui en disent long sans pour autant rien révéler des pensées véritables. Son épée dormait dans son fourreau, mais les hommes autour de lui tenaient fermement leur pique et n'attendaient qu'un ordre pour abattre quiconque oserait troubler l'ordre de cette entrevue. Ser Charles ne sut pas à première vue qui était le fils de l'Orage Moqueur et qui était cet autre, et ne cherchant pas à les distinguer au risque de commettre un impair que jamais son frère aîné n'aurait pardonné, il s'adressa aux deux hommes indifféremment avant de se retourner pour les guider jusqu'aux portes de la Grand-Tour.


« Soyez le bienvenue, Gareth de la maison Baratheon. Veuillez me suivre vous et votre ami. Vous êtes sans armes mais sachez que les pétitionnaires n'ont pas le droit d'en porter à l'intérieur de l'édifice... c'est pourquoi avant de poursuivre, je vous demande humblement de vous soumettre sans discuter à la fouille que mes hommes vont effectuer. »

Il les fit s'arrêter dans le grand hall, vaste salle aux grandes et longues colonnes blanches, où vint vers eux un jeune homme d'une quinzaine d'années vêtus de l'habit caractéristiques des forgerons de la région. Il s'inclina devant ser Charles et tourna son regard vers les deux invités de son suzerain. Charles reprit la parole à nouveau mais cette fois son ton n'était plus courtois, mais ferme et directif.

« Si vous dissimulez une arme quelle qu'elle soit, je vous invite à le faire savoir, et à les remettre à l'apprenti forgeron que voilà qui les gardera avec lui dans son atelier. C'est un jeune homme très talentueux qui les polira pendant que vous vous entretiendrez avec mon frère. Vous les récupérez quand vous quitterez tout à l'heure notre compagnie. Je suis sûr que vous comprenez toute la nécessité de ces quelques précautions. Si vous refusez, partez immédiatement, mon frère refusera de vous recevoir. »

Le choix était offert à Gareth Baratheon de s'exécuter ou de repartir comme il était venu. Charles n'était pas du genre à négocier quoi que ce soit, surtout quand il avait reçu des ordres très précis de son frère aîné qui était désormais son seigneur. Clarence se méfiait quelque peu de ce Baratheon sorti d'on ne sait où qui désirait s'entretenir avec lui. Il ne craignait pas vraiment un assassinat ou une quelconque agression, mais c'était dans sa nature de se montrer plus prudent que la normale. S'il choisissait de rester et donc de s'exécuter, Charles conduirait le puîné Baratheon jusqu'à son frère qui attendait patiemment et confortablement installé dans sa chambre de lord, qu'il occupait désormais que son grand-père était mort. Il y avait de nombreux escaliers à monter, et de nombreux couloirs à parcourir, mais Charles avait l'habitude de ces trajets quelque peu éreintant. Il s'agissait maintenant de savoir si Gareth et son compagnon serait de ceux que les escaliers rebutent...
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Message Jeu 5 Jan 2012 - 23:04

Depuis trois jours qu'il était à Villevieille, Gareth n'avait pratiquement pas quitté l'auberge dans laquelle ils logeaient. Le Blanc Perché Corbeau offrait tout ce dont il avait besoin pour l'instant, de quoi faire ses ablutions, de la nourriture, et des livres en grande quantité. En vérité, il avait longuement parcouru un ouvrage traitant de la Grande Tour et des seigneurs de la cité, les Hightowers. Si le livre ne lui avait rien apprit, il avait eut le mérite de raviver quelques souvenirs de ses trop rares leçons avec mestre Robert. Il avait été un mauvais élève, cela ne faisait aucun doute, et l'érudit avait eût bien du mérite à s'entêter ainsi à vouloir lui apprendre quelque chose.
Refermant d'un coup sec l'ouvrage avec la reliure de cuir, Gareth le posa sur la table à côté de laquelle il était assit avant de joindre les deux mains.

Il resta là quelques instants, interdits, avant de se lever. Le seul reproche qu'on pouvait faire à l'auberge est qu'elle était bas de plafond, du moins au rez-de-chaussé. En ce qui concernait les étages, c'était plus que convenable. Sortant rapidement de la bibliothèque oppressante, il retrouva avec joie Gwen et quelques compagnons en pleine conversation avec l'aubergiste. Un homme de corpulence moyenne, aux cheveux rares et grisonnants, et la bedaine imposante. Ses éclats de rires avaient enflammés les lieux le soir de leur arrivé, quand tous ensemble ils savouraient leur confort retrouvé.
Le petit frère de Rand l'interpella, l'invitant à venir s'asseoir avec eux. C'était le portrait craché de son aînée, les cicatrices en moins, l'insouciance en plus. Il avait tant de succès avec les femmes que Rand lui avait un jour suggéré, en plaisant, de le prostituer aux nobles et autres femmes riches à la recherche d'un amant merveilleux, ou tout du moins, bellâtre.
Prenant place sur le dernier tabouret de bois disponible, l'Ours d'Accalmie écouta, impassible, le gros homme leur donner les nouvelles du jour. La ville était en deuil, ils l'avaient tous remarqués, mais lui même ne s'y était pas plus intéressé que cela.

- C'est dorénavant Clarence Hightower le seigneur de la cité, et donc de la seconde agglomération des septs couronnes.
- Qui est ce Clarence Hightower ? Est-il connu ? A-t-il combattu durant la rébellion Feunoyr ?
- Non non, loin de là. Il est très jeune, c'est le petit-fils de notre ancien seigneur, les Septs protègent son âme. Le père de lord Clarence est mort dans un accident avec...

L'aubergiste baissa la voix et prit un air de conspirateur avant de continuer, jetant un coup d'oeil à droite puis à gauche avant de parler.

- ... avec son fils aîné et une femme de son entourage... Moi je pense que y'avait des trucs louches là dessus, une affaire de coeur ou de cul, qui sait ? Trois nobles dans une taverne, ça s'y retrouve pas pour discuter mariages si vous me suivez... Heing, moi ce que j'en dis...

Gareth en resta intérieurement bouche-bée. Qui étaient donc ces gens ? Des dépravés, sans aucun doute, mais bien que moins pire que ces Targaryens. Il pensa en même temps à ses frères, à son père, et il se résolut de ne point juger trop vite les autres membres de la famille Hightower. Si quelques branches étaient peut-être pourries, tout l'arbre ne devait pas forcément être coupé. C'est sur ses lointaines pensées que Mathrim entra, un jeune homme avec lui. Ce dernier était bien habillé, mais sans toutes les fioritures des nobles, les dentelles de la cour. Un riche roturier peut-être, qui avait les moyens de Rand quand il s'agissait de vêtements. Lorsque le coursier se présenta en tant que tel, Gareth fit un signe de la main, et le garçon s'avança, de nombreuses paires d'yeux scrutateurs suivant chacun de ses pas. Mal à l'aise, il tendit le pli au Baratheon, qui le lui rendit après seulement quelques secondes de lecture. Il se leva d'un bond, et sortit rejoindre Rand qui faisait comptait fleurette à une servante devant le bâtiment. Sans s'arrêter, il l'attrapa par le bras pour l'amener avec lui et le messager jusqu'au lieu de rendez-vous, soit la Grande Tour, où plutôt le pont qui y menait. Rand failli perdre l'équilibre quand il fût ainsi soulevé de terre, et il rouspéta quelques instants tandis qu'il s'époussetait. Le valet semblait presser, mais Gareth prit son temps, désireux de faire attendre ceux qui avaient mit tant de temps à lui répondre, quand bien même il y avait mort et succession. Marchant lentement, il n'hésita pas à entrer dans plusieurs boutiques, à discuter avec quelques marchands avant de reprendre la route, sa lourde et longue tresse couleur aile-de-corbeau se balançant de gauche à droite à chacun de ses pas. Dépassant allégrement d'une tête en moyenne les habitants de la cité, le Baratheon profita de la vue, et dû avouer que Villevieille était une cité grandiose et magnifique, avec une architecture rare et raffinée.

Le natif Orageux sût qu'ils étaient arrivés lorsqu'il vit des hommes en armes et en uniformes, des piques à la main, près du lieu de rendez-vous. Un individu mieux vêtu que les soldats se détacha du groupe, et vint se présenter. Enfin, se présenter... Un bien grand mot, car Gareth ne sût pas qui il était, et il semblait, à la façon dont cet homme regardait alternativement Rand et lui même, qu'il ne savait non plus le quel des deux hommes était le Baratheon. Il les guida jusqu'aux portes de la Grande Tour, sans un mot, mais un sourire aux lèvres. Un de ces sourires qu'il détestait, ni franc, ni totalement faux. Mielleux et charmeur, peut-être menteur et assurément acteur, voilà qui était ce drôle de personnage, qui s'arrêta après ces quelques pas dans un grand hall aux longues et grandes colonnes blanches comme la lune.
Pire que tout, il les fit s'arrêter non pas pour se présenter, mais pour débuter une fouille. L’énervement commençait à gagner Gareth qui ne lui répondait jusqu'à présent que par de brefs coups de têtes. Tentant de garder son calme, soufflant par les narines, il répondit calmement au garde brun, tandis que Rand levait les yeux au ciel et faisait les cents pas derrière lui.

- Je vous salue également, jeune homme... Avant que nous allions plus loin comme vous le dîtes si bien, j'aurais une question. La parole d'honneur d'un Baratheon ne vaut-elle pas toutes les fouilles du monde ?

Son interlocuteur sembla hésiter quelques instants avant d'afficher un sourire qui, selon toute vraisemblance, était ni franc, ni aimable. La réponse fut favorable certes, mais le ton était beaucoup moins.

- Elle devrait suffire, mais si vous trahissez votre propre parole, votre nom ne vous sauvera pas des pires supplices de ce monde... vous saisissez le conseil, n'est-ce pas ?

Il saisissait tout à fait le conseil, qui tenait plutôt de la menace qu'autre chose. Il avait envie de l'étrangler comme lorsque le Lannister l'avait prit en traître. Il se retint plutôt, peu désireux de mourir percé par des dizaines coups de lances, et surtout de commettre un nouvel impair. Rand hésita quelques instants avant de refuser du chef, devant donc rester là pour l'occasion. Une sage décision, car il était armé, sans nul doute, au contraire de Gareth. Si ce dernier venait à mourir, la bande aurait toujours un chef, ce qui serait une bonne chose. Le Baratheon donna finalement sa parole d'honneur, avant de laisser là son fidèle second et ami.

Le chef des gardes, peut-être un chevalier, le mena à travers la Grande Tour, et ses innombrables escaliers. Le fils cadet de Lyonel était à la fois heureux de ne pas avoir revêtu son armure, et gêné de se sentir si faible, sans protection. Son interlocuteur lui fit la conversation, mais l'Ours n'avait nul envie de parler avec un tel individu dans l'immédiat, froissé et grognon qu'il était. Ils arrivèrent finalement après maints couloirs, escaliers, corridors, jusqu'à une chambre. La chambre où se tenait le seigneur des lieux, dernier espoir de ses ambitions et projets dans l'Ouest des Septs Couronnes...
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Clarence Hightower
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Message Lun 9 Jan 2012 - 20:53

Clarence avait longtemps hésité avant d'arrêter son choix. Comment recevoir un Baratheon, comment recevoir un puîné ? Jamais il n'aurait pensé que cette question se poserait un jour et pourtant voilà qu'il s'apprêtait à envoyer un coursier pour aller trouver ce Gareth Baratheon pour qu'il vienne le voir comme son invité. C'était à peine croyable, les Hightower n'avaient rien à voir avec les Baratheon et pourtant d'ici quelques heures, il recevrait cet invité si improbable, si insolite. Cependant il finit par songer à une mise en scène qui lui permettrait d'éprouver le caractère de cet importun qui venait troubler le deuil de feu Abelar Hightower que tous pleuraient à la Grand-Tour. Clarence recevrait son invité dans sa chambre, et il ne quitterait pas même son lit. Sa sœur Victoria se tiendrait à ses côtés, sur un fauteuil, à son chevet. Cette théâtralisation n'était pas chose nouvelle, Clarence avait déjà usé de ce stratagème quand il avait reçu lady Amelia Tyrell : lui feignait d'être souffrant et elle feignait de l'assister dans la maladie, ce qui était d'autant plus plausible qu'elle avait une connaissance approfondie des sciences médicinales. Ce jour, ils avaient tous deux revêtus les sombres habits du deuil mais ceux-ci étaient davantage visibles sur la sœur que sur le frère. Clarence se tenait dans son lit, tous draps relevés jusqu'à sa poitrine, son corps à peine revêtu d'une longue tunique de sommeil de lin sombre et délicat. Victoria était assiste à sa droite, sur un lourd fauteuil au dossier bas, vêtue d'une longue robe grise et noire, le front et le visage partiellement dissimulé sous un voile de crêpe ténébreuse.

La pièce elle-même avait revêtu les atours du deuil. Les quelques fenêtres, qui ouvraient sur un panorama complet de la ville, n'éclairaient que très peu la pièce car les volets avaient été tirés. La chambre était donc plongée dans une pénombre telle qu'il était difficile d'en observer les moindres recoins. Mais tout avait commencé le jour même où la missive de Gareth lui était parvenu. Clarence Hightower avait convié ses deux sœurs Virginia et Victoria à le rencontrer ce jour-là, à une heure très avancée de la soirée, alors qu'il venait d'achever un courrier qu'il enverrait dans la nuit à la rookerie pour qu'il fût expédié à l'attention de leur proche voisin du nord, lord Leo Tyrell de lHautjardin. Les deux femmes, quelque peu surprises car elles s'apprêtaient pour l'un des sanctuaires de la Grand-Tour afin d'aller faire leur prière d'avant la nuit qu'elles ne manquaient jamais, et qu'elles ne manqueraient certainement pas en cette période de deuil, avaient abandonné septas et valets pour se précipiter dans les appartements de leur grand-père que Clarence rejoignait autrefois chaque nuit pour veiller sur le pauvre malade dont la santé était telle qu'il lui était impossible de quitter le lit, et qui étaient vides désormais que son grand-père était mort.. Contre l'avis de sa mère, qu'il écoutait de moins en moins et qu'il n'avait pour tout dire plus écouté depuis des années, Clarence avait pris l'habitude de nourrir et laver ce parent muet aux yeux fous mais reconnaissants. Il n'y avait là qu'une juste déférence, mais beaucoup se plaisait à y voir l'expression d'une culpabilité rongeant l'esprit du jeune homme comme le chancre ronge la chair gangrenée. Qu'ils crèvent, ces imbéciles. Clarence avait attendu patiemment son heure et quand elle avait sonné, ces pitoyables petits parvenus s'étaient noyés dans la bouillie informe de leurs propres entrailles et de leur propre poison et maintenant qu'il y était, plus personne n'allait oser mettre en doute sa piété filiale.

Quand ses sœurs se présentèrent à lui une heure avant l'arrivée de Gareth, il était assis, un gros volume sur ses genoux, sur le lit où il feignait si souvent de dormir. L'ouvrage qu'il consultait était un vieux manuel d'architecture à l'usage des artisans du marbre, du gré et de la pierre en général, garni de nombreuses illustrations d'une minutie exceptionnelle considérant l'âge du manuscrit. Il abandonna volontiers cette lecture pour accueillir ses parentes qui s'assirent sur des fauteuils non loin du lit. Virginia posa une main réconfortante sur le front de son frère qu'elle adorait.


 « Ta fièvre m'a l'air convaincante. Il ne te touchera pas de toute façon.

- Tu sais très bien que feindre et dissimuler sont deux des armes que je manie le mieux, ma chère sœur, et si tu te souviens bien...

- Inutile de me rappeler tous les mauvais tours que tu as pu me jouer. Je te trouve injuste de ne convier que Victoria à cette entrevue... ce n'est pas tous les jours qu'un fils de l'Orage se présente à la Grand-Tour.

- Tu sais très bien que ta présence est requise ailleurs. Je ne sais pas ce que me veut ce Gareth désire, mais il est inutile que tout le monde soit là pour l'accueillir. Ce n'est qu'un Baratheon, après tout, et nous ne lui devons rien... »

Virginia quitta finalement la pièce avant que Gareth n'arrive et il ne restait plus désormais que Clarence, allongé sous ses draps, et sa sœur, assise non loin de lui. Victoria jouait parfaitement la comédie et son visage s'était fermé sur une expression de totale inquiétude. Dans le couloir, on entendait le bruit des bottes de ser Charles, qui, comme convenu, avait chaussé celle qui, sur les dalles grises de cette partie là du sol de la Grand-Tour, ferait un bruit tonitruant difficile à ne pas entendre.

 « Maintenant ma chère sœur, voyons ce que ce nimbus égaré attend de nous. Avec patience et doigté. »

Quelques instants plus tard, ser Charles et l'invité très spécial de la Grand-Tour pénétrait dans la chambre. Le chevalier se porta immédiatement au chevet de son frère auprès duquel il s'agenouilla. Il lui prit la main qu'il porta à ses lèvres. Sur son lit, enfoncé dans les draps et les couvertures, Clarence avait l'air très mal en point. Les yeux torves et creux, la joue émaciée et blafarde, son front perlait de sueur et ses cheveux démis tombaient épars autour de lui. Même ses mains qui tremblaient le donnaient pour malade. Charles s'adressa à lui d'une voix douce comme s'il craignait de le blesser de parler trop fort.

 « Mon frère, il y a là l'homme que tu as souhaité rencontrer. »

Imperceptiblement, Clarence chuchota à son frère d'une voix faible que tout irait bien et qu'il pouvait attendre derrière la porte après l'avoir fermée. Clarence se redressa pour offrir un accueil plus digne à celui qui serait pour plus ou moins l'heure à venir son interlocuteur.

 « Je ne suis pas tout à fait en état de vous recevoir, messire Gareth, mais j'estime que vous avez suffisamment patienté dans notre cité pour qu'un effort soit fait pour vous. J'espère que vous pardonnerez que je ne puisse me lever pour vous saluer. Laissez-moi cependant vous présenter ma sœur, lady Victoria, dont vous pardonnerez le mutisme, car la récente disparition de notre regretté grand-père nous a tous très affectés. Vous avez déjà rencontré mon frère, ser Charles, ce qui fait que vous êtes déjà connu de pas moins de la moitié de notre fratrie. La meilleure moitié, si vous voulez mon avis !» 

Clarence émit un rire sec qui s'étrangla dans sa gorge comme il feignait avec brio de manquer de s'étouffer. Sa sœur, qui s'était levée pour tendre la main dans la direction de Gareth, revint promptement au chevet de son frère pour arranger quelques coussins derrière lui.

 « Je vais bien, je t'assure, tout va bien, c'est ce mauvais rhume qui m'anime les poumons... » 

Il ajouta à l'attention de Gareth qu'il invitait d'un geste de la main à s'asseoir sur l'un des fauteuils disposés face au lit.

 « … mais je suppose que vous n'êtes pas là pour partager les nouvelles de ma santé, n'est-ce pas ? Que puis-je pour vous, messire Gareth ? Votre missive était pour le moins évasive sur les raisons de votre visite... » 
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Message Dim 15 Jan 2012 - 21:54

Déambulant dans la Grande Tour, sous bonne garde, Gareth contemplait sans en perdre une miette les murs blancs, les tapisseries et décorations de la Grande Tour. Celle là portait bien son nom puisqu'ils montèrent un nombre incalculable de marches. Habitué à aller à cheval plus qu'à marcher, et à marcher plus qu'à monter des escaliers, le Baratheon commençait à sentir un vif tiraillement dans l'arrière du mollet et de sa cuisse. Fort heureusement pour lui, ils semblaient enfin arrivé, et, de soulagement, il souffla quelque peu. Le chef des gardes si aimable qui avait voulu le fouillé menait la marche, ses pas claquant fortement sur les dalles de pierres, emplissant ainsi le couloir d'un bruit régulier et fortement désagréable.
Le chef de la Main Rouge n'était plus réellement habitué aux bruits de la ville, et s'il avait retrouvé avec joie le silence de la Tour, il était désormais contrarié que celui-ci soit troublé par d'aussi futiles choses que des bottes.
S'arrêtant devant une porte, le chef de file entra, et Gareth le suivit, laissant derrière eux les gardes et leurs piques. Ses bras derrière le dos, le puis-né des Cerfs resta en retrait dans la pièce, près de la porte, tandis que le frère du malade lui parla. Celui qu'il avait prit pour un crétin était donc le frère du seigneur de cette cité, un Hightower. Charles, de son prénom, selon Clarence, maître des lieux, et surtout, individu malade.
Il avait face à lui un infirme, et quand le chevalier quitta la pièce, les laissant seuls, Gareth cessa de fixer son hôte pour faire quelques pas dans la pièce, gardant toujours ses mains dans son dos, et le dos bien droit. L'endroit était lugubre, glauque, tel l'antichambre d'un riche cimetière en intérieur. Un léger frisson parcouru Gareth tandis que mille théories, plus folles les une que les autre, se bousculèrent dans sa tête. Sachant l'idée qu'il ait face à lui des adorateurs des morts et autres sorciers, il leva sa main droite à l'attention de Clarence quand celui-ci s'excusa de son état. Il fit de même avec lady Victoria, qui voulut semble-t-il venir lui demander un baise-main avant de se raviser pour aller secourir son frère. Cette scène le répugna tout autant qu'il la trouva touchante. Il avait laissé les cajoleries et la tendresse derrière lui, et l'idée que parmis les grands de ce monde il y est des familles unies accentua son ressentit vis à vis des siens. Ses voyages le lui confirmaient, son père tout autant que sa fratrie était les plus idiots individus de tout Westeros, à quelques exceptions près.

Un léger sourire apparut sur le visage du Baratheon quand le malade entra dans le vif du sujet. Il avait un instant pensé à repousser cette entrevue au vu de l'état de santé du seigneur de Villevieille. Mais, comme l'avait si bien fait remarqué Clarence, il avait suffisamment attendu. Peu importait pour l'heure l'état de santé de son hôte, tant qu'il pouvait parler, lui donner et offrir ce qu'il souhaitait, et rester en vie un temps suffisant. La compassion à l'égard du premier venu était fait pour les naïfs et les utopistes. Il n'était pas de ceux-là.
S'éclaircissant la gorge, il parla de sa voix grave et caverneuse, tout en tentant de regarder la cité par une fenêtre presque totalement fermée. La vue devait être magnifique d'ici, fut ce qu'il pensa alors, la contrariété générée par l'atmosphère de la pièce enrobant ses pensées.

- Avant tout, je vous présente mes plus sincères condoléances. Il n'est jamais simple de perdre un être proche et qui nous est cher.

Hormis ses compagnons, peu d'individus comptaient pour lui, et cette phrase de bienséance était juste l'une des conséquences de son séjour chez les Lannister. Politesse et hypocrisie étaient la règle. S'il ne pouvait s'y tenir une conversation durant, il y arrivait au début. Cela ne devait pas être facile, mais tous les nobles, avec leurs responsabilités, devaient se préparer à tout et au pire, pour éviter d'être affaibli. Ne souhaitant pas trop aborder les causes et la nature de son affliction, Gareth évita au maximum de parler de l'état de santé de Clarence.

- Vous entrez dans le vif du sujet messire Clarence, et j'aime ça. Plus vite cette entrevue sera terminée, plus rapidement vous pourrez vous reposez. Si je puis être d'un quelconque secours à ce propos, n'hésitez pas...

Le natif orageux préférerait mille fois que le seigneur de Villevieille ne lui demande pas de l'aide, mais si ce dernier le faisait, il en tirerait avantage. Si tant est que lord Hightower soit quelqu'un d'honneur et de parole. Ayant effectué une petite pause, il reprit.

- Je viens tout droit de l'Ouest et de Castral Roc, où j'ai rencontré lord Lannister... Tybolt Lannister...

Ses yeux restèrent quelques temps interdits, dans le vague, de fugaces images s'imposant à son esprit. Involontairement, il fit une pause. Après quelques secondes, il reprit, tentant de se ressaisir malgré le désagréable souvenir de son voyage au Roc. Ses mâchoires se serrèrent et ses mains se crispèrent tandis qu'il continuait.

- Une flotte est en construction à Port-Lannis à l'heure où je vous parle. Une flotte qui a pour vocation de défendre toutes les côtes Ouest du continent, pas uniquement celles des terres de l'Ouest...

L'Ours se tût quelques instants, pour que l'idée qu'il voulait faire passer arrive bel et bien jusque dans le cerveau de Clarence, avant de reprendre, une nouvelle fois.

- Lord Tybolt a refusé mon aide, et celle de mes hommes, dans la défense de ses côtes. Je n'ai avec moi que mes gens, une vingtaine. Une force négligeable certes, mais tout de même une force, fit-il d'un timbre de voix monotone. Il semble qu'il souhaite défaire les Fer-Nés seul... Si je vous parle de tout ceci, c'est parce que cela à un lien avec un service que je viens vous demander...

Oui, il venait bel et bien demander un service à un inconnu. Un inconnu qui était le Grand Argentier du Roi avant d'être le seigneur de Villevieille. Il n'avait pas vraiment prévu cela lorsqu'il avait envoyé sa missive à la Grande Tour, dans laquelle il demandait une audience. La chance, le destin, était peut-être avec lui après réflexions. Lancé, Gareth continua dans ce qui semblait être un monologue, Clarence ses interlocuteurs se contentant, semble-t-il, d'écouter.

- Si je suis ici, lord Clarence, c'est parce que je souhaiterais effectuer un emprunt. Je souhaiterais mettre sur pied une flotte, destinée au commerce, destinée à effectuer des liaisons que d'autres capitaines n'assurent plus à cause de la menace Fer-Né... Je souhaiterais démontrer à Lord Lannister que d'autres que lui ont du courage, et que d'autres que lui sont capables de sécuriser, si ce n'est que toutes les côtes Ouest du continent, au moins des cargaisons...

C'était osé de sa part, mais il n'avait rien à perdre. Pas après avoir insulté une sœur d'un seigneur suzerain, pas après avoir passé deux semaines en prison, dans des geôles humides et puantes, et surtout, minuscules. Bombant le torse, ressortant les épaules, il parlait avec ses mains, emporté par ses paroles.

- J'espère que cette flotte accaparera l'attention des Fer-Nés, tout du moins suffisamment pour qu'il laisse la Treille en paix. Il paraît que leur vin est si fabuleux que c'est un sacrilège que de laisser cette île à la merci des premiers pillards venus... Ne buvant pas de vin, je ne saurais vous dire...

Il se tût, de nouveau. Il espérait que le malade cloué au lit saisirait les opportunités qu'il lui offrait. Un tel service serait bénéfique pour les deux partis, Gareth en était certain, bien qu'il venait avant tout pour lui même. Si le malade pouvait y trouver un intérêt qui ne le toucherait pas de près ou de loin, Gareth n'y voyait pas d'inconvénients.
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Message Jeu 19 Jan 2012 - 18:55

Clarence entendait avec patience et application les paroles de son invité qui n'y allait guère avec le plat de l'épée pour faire dans l'originalité. Un Baratheon si loin dans le sud, c'était déjà une grande nouveauté. Un Baratheon qui venait lui proposer de devenir son usurier, c'était une grande curiosité. Ou peut-être une plaisanterie, mais alors elle était d'un goût très douteux, un peu comme ces pâtisseries dorniennes qu'on croirait faites en partie du sable chaud qui borde les rives amères de la Torentine. À ses côtés, Victoria demeurait silencieuse, impénétrable et son attention toujours dévouée à la mise en scène de son frère qui, faussement malade, le donnait pourtant à croire admirablement. Elle s'était rassis très calmement tout en prêtant une oreille négligente mais intéressée au discours de ce géant au verbiage abondant qui semblait plutôt gêné par l'ambiance caverneuse ou sépulcrale, allez savoir, des lieux où se tenaient cette étrange rencontre. Elle avait presque de la compassion pour lui, mais son rôle n'était certes pas d'éprouver quoi que ce soit pour l'étranger venu rencontrer son frère. Elle n'était là que pour donner encore plus de relief au petit jeu de théâtre qui s'opérait dans cette chambre funèbre. Sur ses genoux, dans une profonde coupe emplie d'une eau claire et parfumée, elle mouillait un linge blanc dont on pouvait deviner qu'elle se servirait pour éponger le front fiévreux de son frère alité. Il était difficile de saisir l'anguille sous la roche des pensées de Clarence et pourtant celui-ci savait très justement ce qu'il faisait. Le regard tendre mais très expressif qu'il posa sur sa sœur ne laissait place à aucune équivoque, et celle-ci s'abstint de lui plaquer le linge humide sur le front trop tôt.

Pour autant, il n'avait pas échappé à Clarence que son invité avait tiqué à l'évocation du suzerain des terres de l'Ouest. Qu'est-ce que cette mimique crispée signifiait ? Ce puîné Baratheon avait-il des préjugés aussi enracinés qu'il était géant ? Ou bien avait-il un contentieux particulier avec la maison Lannister et son maître actuel ? La curiosité de Clarence s'éveilla davantage quand Gareth évoqué la construction d'une flotte à Port-Lannis. Cette nouvelle n'avait rien d'une véritable surprise, et pourtant elle témoignait très probablement de ce que le jeune cerf avait, dans un passé très proche, passé quelques temps dans l'Ouest, ou au moins s'était tenu informé de ce que les Lions y préparaient. Une flotte à Port-Lannis, une flotte au service de la maison Lannister, voilà qui prêtait à sourire. Fort heureusement, Clarence sut dissimuler sa joie persifleuse et son contentement moqueur sous le masque d'une toux sèche et affectée. Était-ce une entreprise sérieuse ? Non content d'être le mâle dominant de la scène financière, le Lannister souhaitait-il en plus l'être sur la scène navale ? Il apprendrait très probablement à ses douloureux dépens qu'il était vain de s'improviser armateur, fût-on assez riche pour acheter le bois de mille et un navires. Que signifiait cette vocation de « défendre toutes les côtes Ouest du continent » ? Aucune flotte existante n'était en mesure de fournir une telle assurance et une telle protection, pas même la Flotte de Fer, pas même la Flotte Royale, pas même la Flotte Redwyne, et pas même la Flotte de Braavos, alors comment était-il possible qu'une telle ambition démesurée ait pu germer dans l'esprit des ingénieurs affairés à la construction de la flottille dont parlait Gareth ? Clarence demeura méfiant et se garda d'accorder trop de foi et de crédit à la parole de son invité et sans présager d'un mensonge, il pensa que peut-être le jeune cerf était mal informé. Cela ne changeait rien, fondamentalement. Gareth poursuivait dans les révélations et Clarence apprit que Tybolt avait refusé d'engager les services de Gareth... et de ses hommes ? Que fallait-il comprendre par là ? Gareth Baratheon, fils de l'Orage moqueur, était-il un mercenaire, le chef d'une troupe d'aventuriers offrant ses services au plus méritant, au plus offrant, au chef de file des justes causes ? Plus encore l'intéressa la remarque de Gareth qui liait plus ou moins « directement » sa mésaventure auprès du Lion avec un service qu'il était venu solliciter auprès de lui. Gareth Baratheon venait ni plus ni moins lui demander l'octroi d'un prêt. C'était incontestablement une surprise et Clarence ne chercha pas une seconde à le dissimuler. Il haussa les sourcils et son visage, un instant, se figea sur une moue déconcertée comme Gareth poursuivait son discours. Clarence le laissa finir dans le silence le plus calme et le plus attentif.

 « Vous m'étonnez. Bien sûr je ne m'attendais pas à une simple visite de courtoisie, messire Gareth, mais je dois reconnaître que vous me prenez au dépourvu. Si j'avais su que le sujet traité était si sérieux, si grave et si important, j'aurais fait quelques efforts supplémentaires pour vous recevoir plus rapidement et surtout plus dignement. »

Naturellement, il n'en était rien, quand bien même Gareth Baratheon aurait dès son entrée dans la cité de Villevieille annonçer haut et fort qu'il était là pour devenir le débiteur régulier du Protecteur de la Citadelle, jamais Clarence n'aurait fait autrement pour le recevoir et traiter avec lui pour cette affaire. Ni l'étonnement dubitatif, ni la surprise pensive ne transpiraient sur son visage grisâtre et couvert part endroit d'une fine couche de sueur, et pourtant au fond de lui-même Clarence se posait moult questions au sujet de ce nouveau-venu qui se tenait là devant lui, de toute sa hauteur, et qui lui demandait ni plus ni moins qu'une forte somme d'argent pour financer les Sept savaient quelle aventure navale de moyenne envergure. Ce n'était un secret pour personne, les Hightower comptaient parmi les plus riches seigneurs des environs, sinon les plus riches en vérité puisqu'ils passaient pour n'avoir rien à envier aux Lannister de Castral Roc. Mais était-ce suffisant pour faire de Clarence un banquier généreux ? La flotte Redwyne, menée par son voisin et ami le seigneur de la Treille, était déjà en route pour sécuriser les côtes du Bief à hauteur des Îles Boucliers. La voix de Clarence était neutre quand il reprit la parole.

 « Si vous me le permettez, je vais vous parler sans détour. De quelle somme parlons-nous ? Comment comptez-vous payer votre dette ? Quelle garantie pouvez-vous apporter ? Et surtout, pourquoi d'après vous devrais-je concéder un prêt qui, d'après ce que vous m'avez confié, ne servirait qu'à financer ce qui m'apparaît comme une querelle qui, manifestement, ne me concerne pas ? »
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Message Mar 24 Jan 2012 - 17:56

Immobile, le dos droit, une main posée sur le rebord de la fenêtre, Gareth écoutait, impassible,
Un signe nonchalant de la main de la part du Baratheon accueillit la réponse de Clarence au sujet de la manière cavalière avec laquelle il l'avait accueillit. Peu importait son état et la manière dont il le reçevait, l'Ours d'Accalmie se foutait du protocole, ou presque. Ce qui l'intéressait c'était d'avoir son argent, d'être actif, peu importait la main et la bourse qui lui prêtait son argent.
Pour faire bonne figure néanmoins, il s'obliga à prononcer quelques mots.

- Vous m'auriez reçu plus rapidement et dignement si vous n'étiez pas malade. Vous l'êtes, vous ne pouvez donc pas faire plus que ce que vous avez déjà fait. Inutile de vous morfondre pour cela.

Ce Clarence Hightower était-il du genre à se morfondre pour de simples questions de protocoles ? Si c'était le cas, Gareth était encore mal tombé, à croire que la chance l'avait déserté, et que les Dieux s'amusaient à ses dépens. Nul sourire ne franchissait ses lèvres, et ce même quand son regard croisa celui de la dame Hightower. Malgré ces vêtements de deuils et sa mine triste, elle semblait belle, très belle, avec des traits fins, ses cheveux noirs comme le jais, comme la nuit. Son teint très légèrement mate s'accordait bien avec ses vêtements sombres, ce qui était une malédiction. Si pour qu'elle soit plus belle que jamais, cette Victoria devait être en deuil, c'était les Dieux qui se jouaient d'elle. Son regard se perdit dans son décoleté plongeant quelques instants, avant qu'il ne se ressaisisse.
Tournant son regard vers la malade dans son lit, Gareth garda une expression impassible, bien que l'ambiance générée par la pièce commençait à le peser, pour preuve, il n'appréciait même pas les charmes de lady Victoria à leurs justes valeurs. Cela avait une certaine répercussion sur son état d'esprit, sur son humeur. Rand avait bien fait de ne pas l'accompagner, il n'aurait été visiblement d'aucune utilité puisque ce Clarence Hightower était tout sauf menaçant. Dans le pire des cas, il n'aurait aucun mal à le balancer par la fenêtre, et ce malgré les volets en bois qui empêchaient la lumière d'entrer.
Décidé à en finir au plus vite, le Baratheon répondit rapidement à son interlocuteur une fois que celui-ci eût terminé de lui répondre.

- Je vous parle ici de six cents dragons d'or. Comme dit précédemment, je compte bien utiliser la flotte dont nous parlons pour commercer de part tout Westeros, voir au délà. Les revenus dégagés par ce commerce devraient suffire à rembourser la dette que j'aurais à votre encontre, et si par malheur, ce n'était pas le cas, je possède divers établissements de par les Septs Couronnes qui me fourniront de quoi vous rembourser. Dans le pire des cas, je les vendrais. Quoi qu'il en soit, vous reverrez votre argent, soyez en certains. Je tiens toujours parole, et si je ne suis pas un Lannister, je paye tout de même toujours mes dettes...

Il n'avait qu'une parole, il était un homme d'honneur, bien qu'il ne soit pas chevalier. Il trouverait divers moyens pour rembourser si les solutions prévues ne marchaient pas pour divers raisons.Il devait bientôt renconter d'autres marchands et tenanciers d'établissements à l'auberge du Blanc Perché Corbeau. Il avait bon espoir que son agent et intermédiaire amène ces hommes à le rejoindre et à rejoindre la compagnie. Après cela, ce serait au tour de la Banque de Fer de se voir exposer ses projets, et ses demandes de prêt.
Une moue désaprobatrice apparut sur son visage quand Clarence posa des questions certes pertinentes, mais qui n'entrait nullement dans les motivations de Gareth quand au fait d'armer des vaisseaux. Il ne voyait pas l'intérêt du seigneur de Villevieille à ainsi vouloir tout savoir. Gareth n'était pas stupide au point d'attaquer les Lannister.


- Maintenant, je me dois de clarifier quelques points puisque qu'il semble que m'ayez mal compris. Je ne souhaite pas construire une flotte dans l'unique but de prouver à Tybolt Lannister qu'il a eut tort. Aujourd'hui, le Nord, et ses côtes, sont ravagées par les Fer-Nés, et cela n'inquiète que les Stark. Mon cousin Beron, seigneur de Winterfell, a déjà fort à faire avec les sauvageons, le mur, et les vastes problèmes que posent encore ce plus vaste territoire. J'ai proposé, lors de mon passage à Castral Roc, que le Nord et l'Ouest s'allie pour combattre les natifs des îles. Un simple geste de la main a balayé ma proposition, qui aurait pourtant réglé bon nombre de problèmes...

Plus le temps passait, plus il se repassait sa visite au Roc, plus il était convaincu que Tybolt Lannister était un crétin fini, ou qu'il était un personnage extrêmement rusé... Gareth n'y croyait pourtant pas. Il était impossible que le blondinet ait un plan si tordu qu'il soit obligé de commettre des actes irréfléchis et irréparables. Il avait hâte d'en finir avec ces considérations politiques, diplomatiques ou morales, pour passer aux problèmes purement financiers et économiques, voir logistiques. Le géant espérait pouvoir disposer des docks, de l'arsenal et des chantiers navals. Le Baratheon tenta d'enfoncer le clou pour finir.

- Cette flotte servira à protéger des navires de commerce qui iraient jusque dans le Nord, elle servira à transporter des denrées indispensables vers des territoires coupés du monde à cause des Fer-Nés, et à cause de l'inaction de certains. Surtout, je crois que le Bief n'a pas suffisamment de bateaux pour se permettre de réchigner lorsque un individu tel que moi souhaite armer quelques vaisseaux. Je crois cela car la Treille a subit la sauvagerie des Fer-Nés, malgré tous les vaisseaux de vos vertes et nobles contrées.

La Treille avait été attaqué, la Grande Tour menacée par ces pilleurs natifs des îles. Tous incompétents, indisciplinés et mauvais stratèges que soient les Fer-Nés, ils étaient capable de semer la zizanie parmis les Septs Couronnes. Incapable de se protéger efficacement, le Bief à travers les îles Boucliers avait subi cette révolte organisé par le Kraken. Personne ne se proposait pour défendre les côtes et protéger les routes commerciales. Pourquoi, de ce fait, ces seigneurs étaient-ils si réticents à voir un Baratheon protéger l'Ouest, ou du moins une partie ?
Un contre-argument auquel il avait pensé ces derniers jours, alors qu'il était occupé à réfléchir dans la bibliothèque de l'auberge du Blanc Perché Corbeau, lui revient en mémoire. Il savait pour quel raison ce Clarence Hightower souhaiterait financer son projet. Du moins, il espérait le savoir.

- Enfin, si cette entreprise fonctionne, elle ne fera que prospérer encore un peu plus Villevieille et la Grande Tour. Je sais que la cité et votre famille sont déjà parmi les plus puissantes et riches des Septs Couronnes, mais quel seigneur dirait non à un peu plus de prospérité ? Au final, si vous acceptez ma demande, vous n'avez rien à y perdre, et tout à y gagner...
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Message Mer 25 Jan 2012 - 1:58

Spoiler:
 

Six cent dragons d'or sonnaient comme une sacrée somme. Que pouvait-on acquérir avec un tel pécule ? Tant et si peu de choses à la fois ! Quatre mille deux cent harpes ou couteaux. Soixante harnois. Sept millions cinquante six mille miches de bon pain, bougies ou torches. Cent vint-six milles chèvres ou sac à dos. Quatorze mille vaches. Trois mille cent cinquante lances de tournoi. Cent cinquante cottes de mailles. Soixante trois mille lanternes. Soixante dix mille cinq cent soixante mètre de cordes. Deux mille cinq cent vingt roussins de basse naissance. Six mille trois cent chariots. Mille deux cent pichets de vin de qualité moyenne. Quarante arbalètes myriennes. Deux cent haches de bataille. Vingt et un mille chiots de belle race. Trente et un mille cinq cent poulets. Cent vingt arc long. Cinq mille quarante targes. La liste était très longue et pouvait s'allonger encore au gré des fantaisies, des idées, des envies, des désirs, des souhaits, des vœux, des ambitions, des convoitises de tout un chacun. Tel homme n'avait pas les mêmes soifs que tel autre, et si d'aucun auraient investi cette coquette somme dans un établissement boutiquier ou dans un lopin de terre fertile et prometteur, Gareth Baratheon avait décidé de se lancer dans l'aventure navale. Mais à cette fin il comptait se lancer dans une autre aventure, d'un genre particulier, celle de l'endettement. Les plus habiles marchands parleraient d'investissement, mais de toute évidence, si Clarence consentait ce prêt à ce Gareth Baratheon, ce dernier deviendrait un débiteur. Ce n'était qu'un mot, mais celui-ci couvrait une réalité complexe et singulière, une sorte de chemin tortueux qui, à un point déterminé, fourchait : la voie de droite était celle de la rédemption, du remboursement ; la voie de gauche était celle de la damnation, du recouvrement. Certes les procédures étaient là, elles existaient depuis de temps illustres et la contrainte par corps attendait le débiteur qui rechignait à payer sa dette. Cependant Gareth Baratheon n'était pas n'importe quel débiteur, il était un fils de l'Orage Moqueur, appartenait à l'une des maisons suzeraines et de ce fait, il ne souffrait pas le traitement ordinaire. La maison Hightower n'était pas la Banque de Fer mais il était dans ses habitudes d'établir des contrats de natures très variées avec ses interlocuteurs, quelle que soit leurs origines. Négocier était chose courante à la Grand-Tour où l'on préférait se tenir à l'écart des conflits et de la guerre.

Gareth Baratheon exposa ses arguments. Il comptait sur les revenus générés par ses expéditions commerciales pour rembourser la dette qu'il désirait contracter et en gage, il se proposait de présenter son patrimoine immobilier. Clarence réprima plutôt facilement une moue étonnée : ce puîné Baratheon possédait « divers établissements de par les Sept couronnes », établissements qui se trouvaient la source d'un revenu... S'agissait-il de commerces, d'échoppes, d'ateliers de confection, de forges ? Se pouvait-il que Gareth Baratheon fut le propriétaire d'une maison close ? L'imagination de Clarence était vraiment sans limites, et cela l'ennuyait parfois car elle le conduisait tout droit à des réflexions drôles mais grotesques. Les Baratheon n'étaient certes pas des parangons d'innocence et de vertu, mais de là à imaginer l'un des leurs dans la posture du vil proxénète des bas-fonds... Toutefois les apparences sont souvent trompeuses et dans tous les cas, les affaires de messire Gareth n'étaient pas celles de Clarence aux yeux duquel la discrétion était une valeur importante. Peu lui importaient, finalement, les raisons de ses manœuvres et la destination de l'argent qu'il désirait lui emprunter. La curiosité de Clarence ne serait satisfaite que sur la durée et peut-être son éventuel futur débiteur ne lui disait-il pas la vérité. Clarence demeura silencieux tout le temps qu'il parla, gardant à l'esprit la somme demandé et l'aperçu des garanties que messire Gareth était en mesure d'apporter. Il fronça légèrement les sourcils quand son interlocuteur lui exposa combien son projet avait d'importance à l'égard de la situation du Bief. Clarence était en désaccord avec l'analyse que faisait ce géant originaire d'Accalmie, mais ce détail importait peu, et s'il lui plaisait de croire que les terres de la Rose étaient démunies pour confronter la menace Fer-née, Clarence n'allait pas entrer avec lui dans un débat qui ne l'intéressait pas.


 « Victoria, veux-tu me laisser seul avec notre invité? »

La demoiselle qui n'avait pas quitté le chevet de Clarence sut que son rôle dans la petite histoire qui se jouait touchait à sa fin. Le rideau tomba d'ailleurs quand elle eut quitté la pièce. Clarence quitta son lit et, après avoir revêtu une longue cape en par-dessus, d'un noir impénétrable mais doux, il se dirigea vers un grand rideau dans le fond de la chambre qui dissimulait une arche ouvrant sur une autre pièce. Il invita son invité à le suivre et prétexta :

 « Venez, nous serons plus à l'aise pour discuter. »

Son invitation ne souffrait aucune contradiction mais il n'y avait nulle autorité dans sa voix. Il initia la marche vers l'autre salle qui se trouvait être un grand bureau où Clarence avait l'habitude de travailler. Contrairement à la chambre, celui-ci était baigné d'une lumière intense, car une série de fenêtres en perçait les murs. On pouvait y voir des bibliothèques, des tables couvertes de manuscrits et de parchemins, des balances ouvragées, des bouliers, des encriers, des plumes et même un perchoir sans son volatile. Au centre, un grand bureau bordé de fauteuils. Clarence ne s'assit point, il se contenta de contourner le bureau pour aller trouver derrière un boulier non loin d'une table à calcul couverte de jetons d'or, de cuivre et d'argent. Gareth Baratheon l'avait suivi et se tenait devant lui quand il reprit la parole.

 « Malgré les ennuis de ma santé, j'aime mieux travailler toujours avec sérieux. Je ne vous ferai pas perdre votre temps. Considérons la somme de six cent dragons d'or que je ne vais pas discuter. Pour déterminer la durée du prix et le taux d'intérêt, je dois connaître exactement l'étendue de vos garanties, c'est-à-dire que vous me devez me fournir avec précisions des informations sur les éléments que vous apporterez en gages J'entends par là leur nature, une idée des revenus générés, leur situation économique... Dans tous les cas vous avez mon accord de principe. Parlons maintenant des détails. Si ce que vous me présentez est assez satisfaisant pour me permettre de vous faire une proposition de contrat, vous aurez votre somme dans les plus brefs délais. Et par là j'entends que vous serez libre d'en disposer avant la fin de la journée, mais il est peut-être imprudent de se promener dans les rues de la ville avec sur soi une telle petite fortune. »

Une fois n'est pas coutume, Clarence fut pris d'un fou rire qui de mélodieux devint ridicule quand il s'étrangla dans sa gorge comme il feignait avec talent de s'étouffer. Il se reprit promptement, et s'affaira autour de sa table à calcul en attendant que Gareth Baratheon avance pour lui les détails qu'il demandait. Il avait conscience de n'avoir pas répondu aux remarques du géant concernant la situation dans laquelle se trouvaient les vertes contrées, mais il n'en avait cure, car après tout Gareth Baratheon n'était pas venu là pour verser dans la causerie inutile avec lui. Il pouvait paraître, malgré tout, que Clarence se montre si conciliant à l'égard d'un parfait inconnu venu lui demander de l'argent et pourtant, le Grand Argentier avait ses raisons de s'intéresser au projet de messire Gareth Baratheon : si son initiative se révélait fructueuse, il retrouverait l'argent prêt et en tirerait profit, c'était le principe même du prêt à usure ; si en revanche l'initiative de Gareth Baratheon se soldait par un échec, Clarence s'y retrouverait malgré en puisant dans les gages apportés par son débiteur. C'était là, finalement, la véritablement question, messire Gareth allait-il lui proposer des garanties suffisantes pour que l'accord de principe ouvre sur un contrat tangible?


Dernière édition par Clarence Hightower le Mer 1 Fév 2012 - 0:20, édité 1 fois
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Message Mer 1 Fév 2012 - 0:11

C'est avec un masque d'une presque totale impassibilité que le seigneur de Villevieille, Clarence Hightower, un brun maigre et malade, écouta Gareth Baratheon, un autre brun, géant cette fois, chose si courante chez ces lointains cousins des Targaryens. La discussion semblait prendre un autre tournant puisque le chétif seigneur congédia sa soeur, qui s’exécuta, tout enfant docile qu'elle était.
Plissant sa jupe, elle se leva avec toute la grâce d'une dame de son rang. Le port droit, elle avançait à petit pas vers la porte de la chambre.
Les yeux de Gareth s'attardèrent quelques instants sur Virginia tandis que la petite brune s'éclipsait tout en silence. Revenant sur Clarence, l'Orageux ne pût que constater que son interlocuteur se levait. S'il était frêle, il ne semblait pas aussi malade qu'il ne l'avait fait croire à l'Ours d'Accalmie durant le début de cet entretien. Passablement contrarié, ce dernier ne pût retenir une phrase de stupeur, la voix basse, les muscles crispés. Il la prononça dans un souffle, de tel façon qu'elle était presque inaudible.

- Mais qu'es-ce que cette mascarade...


Le natif du Bief enfila une cape sombre, qui le couvrait de la tête aux pieds. S'approchant du fond de la pièce, il tira latéralement la grande teinture noire, révélant une arche menant à une autre pièce d'où provenait un important flux de lumière. Le Baratheon fronça les sourcils d'incrédulité et d'incompréhension, et son regard alterna entre le dos de Clarence et la pièce où il était. Le seigneur de Villevieille jouait un jeu dangereux, un jeu dont les règles semblaient bien obscures pour Gareth. S'il n'était pas malade pour faire croire le contraire ? Quel était l'objectif ? Pensant au pire, il songea à différentes façons d'en finir avec le gringalet. Le jeter par la fenêtre tout d'abord, même si cela posait un réel problème pour sortir de la Grande Tour. Secouant la tête, l'Orageux tenta de se sortir cette idée saugrenue de la tête, idée alimentée par les rumeurs des bas-fonds de la cité qu'Epirio, l'aubergiste bien en chair du Blanc Perché Corbeau et depuis récemment, un de ses agents, leur avait raconté. Ces Hightowers étaient décidément bien troublants... Il ne devait néanmoins rien faire, il devait se contenter d'attendre, pour que ce qui c'était passé au Roc avec Tybolt Lannister n'arrive pas ici. Il y était presque, il était hors question de tout gâcher maintenant, quand bien même il avait un fou face à lui. Ce fou était riche, et c'était pour l'instant tout ce qui importait.
L'invitant à le suivre Clarence ouvrit la marche. N'ayant rien d'autre à faire que le suivre, le géant brun lui emboîta le pas, les bras le long du corps, près à réagir au moindre mouvement suspect. Il dût se courber légèrement pour passer sans toucher sous l'arche en pierre. Dire que son frère Harbert était, tout comme son père Lyonel, plus grand encore.
Une série de fenêtre illuminait la pièce d'un soleil éclatant, le verre blanc contrastant avec le gris des pierres de la pièce. Bibliothèques, parchemins et livres parsemaient les tables. Au centre de la pièce trônait un énorme bureau entouré de fauteuils. A la fois excité et las du déroulement de l'entretien, Gareth se jeta dans un fauteuil, faisant fi du protocole, de la bienséance, comme à son habitude. L'objet que tenait le seigneur de Villevieille attira l’œil du Baratheon. Un étrange boulier entre les mains, Clarence s'apprêtait à effectuer d'improbables et complexes calculs pour l'obtention de son prêt. Lui n'avait pas besoin de ça, et un sourire franchit ses lèvres. Après tout, cet homme était Grand Argentier, il devait bien justifier sa nomination au conseil restreint...
Enfin, la discussion reprit un tour plus conventionnel et sérieux, et le puiné de l'Orage Moqueur qui était alors calé au fond de son fauteuil s'avança, la mine grave. Voilà ce que voulait son créancier, des garanties, des certitudes. La parole donner, l'honneur ne valait rien pour cet individu, pour ces individus qui tiraient le royaume, le Roi, vers le bas.
Ne faisant rien lorsque le chétif seigneur manqua de s'étouffer, Gareth se leva pour faire face à Clarence, de l'autre côté de la table. Son interlocuteur allait enfin avoir ce qu'il souhaitait. Prenant sa bourse, Gareth la vida sur le bureau, avant de regarder fixement les yeux du Hightower. Il y avait là un peu plus que ce que lui rapportaient ses établissements, mais lorsque les attaques Fer-nés cesseraient, les affaires iraient bien mieux encore. Sa voix était basse et grave, comme lorsqu'il parlait sérieusement, avec un individu tel que le seigneur de la seconde ville du royaume.

- Quatorze Dragons, voilà ce que mes établissements me rapportent par mois. Ils valent vingt fois cette somme. Faîtes le calcul, et vous comprendrez que si jamais, ce qui n'arrivera pas, je serais dans l'incapacité de payer, vous ne serez tout de même pas lésé. Si possible, j'aimerais étaler les remboursements sur cinq ans, et avoir l'argent ce soir, comme vous l'avez proposé. Je me charge de sa sécurité, ne vous inquiétez pas. termina-t-il un sourire aux lèvres

Il enverrait Rand chercher la bande, tandis qu'il l'attendrait au pied de la Grande Tour, à côté des gardes. Vingt hommes armés et bien entraînés, puisque par lui, saurait protéger ces pièces d'or de quasiment toutes les menaces possibles et imaginables.
L'ancien gamin d'Accalmie se tût, attendant le taux d'intérêt que proposerait le possible malade et possible fou, espérant que le chiffre ne soit pas trop élevé. Un petit projet qu'il avait depuis quelques temps déjà, une idée saugrenue, lui revint en mémoire, et il en parla :

- Il y a également quelque chose dont je voudrais vous parler, vu que vous semblez favorable à l'idée de me prêter cette argent. Pour vous remercier, et remercier Villevieille, j'aimerais organiser une somptueuse fête, si vous acceptez bien entendu.

Il avait terminé sa phrase dans un souffle, bas, si bas qu'il doutait que Clarence l'est entendu. Il l'avait fait sciemment, bien entendu, il voulait cette fête, il en aurait besoin, et dans le pire des cas, il pourrait annuler l'évènement. La réaction du Hightower lui importait également, car jusqu'à présent, Gareth avait été bien trop passif durant l'échange, et il se devait de tester le banquier personnel du borgne albinos. Marchant jusqu'à une fenêtre, il tenta de regarder au travers, pour cette fois-ci savoir à quel altitude il était, sans grand succès, la simple vue de la mer ne le contentant guère, il se retourna pour demander à son hôte s'il pouvait ouvrir la fenêtre.

- Cela vous dérange-t-il si j'ouvre la fenêtre ? Lord Hightower ?


Dernière édition par Gareth Baratheon le Mer 1 Fév 2012 - 9:45, édité 1 fois
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Message Mer 1 Fév 2012 - 2:14

Clarence était assez fier de lui, il avait atteint son but et le puîné Baratheon qui se tenait devant lui semblait si mal à l'aise que sa mauvaise humeur en était presque perceptible, comme s'il flottait autour de lui le parfum du mécontentement. C'était typiquement ce que recherchait Clarence, qui ne comprenait toujours pas pourquoi ce géant venu des Terres de l'Orage était venu le voir lui plutôt qu'un autre pour un prêt qu'il aurait obtenu sans mal, si ce qu'il racontait au sujet de ses possessions patrimoniales était vrai. Pourquoi s'encombrer d'un voyage si loin d'Accalmie, si loin de Castral Roc, pourquoi être venu spécialement jusqu'à Villevieille pour quérir un entretien avec lui ? Ces questions se posaient et quand bien même messire Gareth avait exposé ses projets et ses demandes, il n'avait pas dispersé les doutes de celui qui serait d'ici quelques heures son créancier. N'importe quel marchand un peu aisé de Port-Lannis ou même de Port-Réal aurait fait l'affaire et aurait pu lui consentir ce prêt qu'il semblait désirer avec tant de conviction et d'ardeur. Villevieille était une cité florissante et un important carrefour commercial, l'évidence parlait d'elle-même mais pour autant Clarence ne pouvait ce satisfaire de cet argument. Il y avait dans sa ville même des institutions commerciales et marchandes qui auraient très certainement accueilli le projet de Gareth avec grand enthousiasme. Cet homme venu des terres de la fureur ne semblait pas stupide, il avait mûri son projet avec application et sérieux, du moins c'est ce qu'il laissait supposer... L'attitude de Clarence avait beau le chagriner, il insistait malgré tout. Depuis le début que le tout jeune lord Hightower le menait en bateau, ce dernier n'avait pas cru une seconde que sa mise en scène fonctionnerait. Peut-être avec naïveté, Clarence pensait qu'avant même qu'il ne parle de cette affaire avec sérieux et dans les détails, Gareth aurait mis fin à leur entretien, peu importe le prétexte qu'il aurait invoqué. De fait, soit cet ours venu d'Accalmie était d'une ingénuité peu commune au point de se laisser mystifier par les plus élémentaires des subterfuges, soit il était d'une patience absolue au point de tout endurer sans broncher pour voir aboutir son projet. Optimiste, Clarence penchait pour la deuxième possibilité, mais malgré tout la principale question qu'il se posait demeurait très en suspens, puisqu'il ne comprenait toujours ce qui avait motivé ce Gareth Baratheon à le contacter lui, entre tous, pour l'obtention de ce prêt. Il avait dit venir tout droit de l'Ouest pour le rencontrer... ou alors avait-il menti ? Avait-il effectivement contacté d'autres créanciers potentiels avant lui ? S'était-il vu opposer un net refus de leur part ? Autant de questions sans réponse de nature à inquiéter le jeune homme qui manipulait son boulier tout en écoutant son invité. Si d'autres riches marchands ou financiers avaient refusé d'accorder le moindre crédit au puîné Baratheon, n'était-il pas risqué de se lancer dans l'aventure ? La somme qu'il demandait n'était certes qu'une goutte d'eau dans l'océan des finances Hightower, mais pour autant devait-il prendre le risque de s'illustrer comme un mauvais investisseur alors même qu'il venait d'être nommé Grand Argentier ?

Clarence se taisait. Il n'avait pas même réagi aux écarts de conduite de son invité qui jusque là s'était tenu admirablement. Perdait-il patience ? Peu importait, Clarence enregistrait toutes les informations que Gareth lui donnait et les appliquait dans de savants calculs pratiqués sur sa table et sur son instrument. Avec une dextérité peu commune, ses doigts glissaient de l'une à l'autre, déplaçant avec virtuosité les galets sur la grille, procédant en silence aux opérations menant au résultat. Les garanties présentées par son futur débiteur n'étaient pas très précises. Il s'agissait d'établissements rapportant selon ses dires quatorze dragons d'or par mois. Pour illustrer son propos, il n'avait pas hésité à vider le contenu d'une bourse sous ses yeux, sur la table. Clarence avait soutenu le regard du Baratheon qui allait un peu trop loin à son goût, mais il avait gardé le silence. Il n'avait rien à prouver à son interlocuteur et si celui-ci souhaitait entraîner Clarence sur les chemins glissants d'une bataille puérile, il risquait la déception.


 « Très bien, laissez-moi procéder encore à d'autres vérifications... »

L'affaire était entendue, même si Clarence aurait préféré d'abord obtenir les réponses à toutes les questions que la prudence lui imposait de ne pas présenter. Gareth, profitant du silence revenu, prit la parole à nouveau pour lui faire part d'un autre projet. Cet homme était décidément plein d'idées ! Une « somptueuse fête », à Villevieille ? C'était chose courante, mais... allait-il également lui demander un crédit pour cela ? Cette requête ne vint pas, au contraire, et Gareth s'éloigna de lui pour s'approcher d'une fenêtre. Clarence accepta qu'il ouvre la fenêtre.

 « Faîtes. Je vais vous révéler quelque chose, messire Gareth, je n'étais pas sûr de pouvoir vous faire confiance. Je feins d'être malade depuis la mort de mon grand-père et cette nouvelle année... Vous avouerez qu'avec le retour de la fraîcheur et des pluies, le prétexte est tout trouvé. J'ai vu ces derniers temps bien des pétitionnaires, mais vous êtes le seul à avoir mon attention. Oh, vous choisirez de me pardonner cette mise en scène, mais je vous assure qu'elle n'était pas contre vous. C'est une de mes habitudes quand je reçois des personnalités dont je sais devoir me méfier, ou dont je ne sais rien. Vous n'imaginez pas tout ce que l'apparence d'une faiblesse momentanée peut révéler chez l'ennemi. J'étais sceptique, quand j'ai appris que vous désiriez me voir, mais je sais aujourd'hui qu'avant d'être des ennemis, nous serons des partenaires sur cette affaire. C'est peut-être la seule que nous conclurons jamais, mais je souhaite la mener à bien. Comprenez cependant que je ne vous considère pas comme un ennemi, un tel manichéisme serait stupide. Toutefois... je peine encore à saisir pourquoi vous avez jeté votre dévolu sur moi pour ce crédit qu'un marchand aisé de Port-Lannis, de Port-Réal ou d'ailleurs vous consentirait sans problème étant donné l'étendue de vos garanties... Mais j'imagine que vous avez vos raisons et que les partager avec moi ne vous apparaît pas comme une nécessité et je ne ferai pas preuve d'une curiosité trop intrusive. Qui suis-je pour vous juger ? Chacun fait selon ses méthodes et ses choix, et comme vous l'avez constaté, » ajouta-t-il dans un sourire, « les miennes sont très particulières. C'est ainsi à Villevieille, charmante cité. La plus belle du continent, mais bien sûr je suis de parti pris. Voyez, je gère les affaires de cette ville depuis fort longtemps à présent et j'en ai vu passer des complots, des intrigues et des manigances... C'est peut-être pour cela que je suis si prudent. Pourtant vous devez vous demander pourquoi je fais fi de cette prudence en vous disant tout cela sans plus rien vous cacher, n'est-ce pas ? C'est assez simple, vous semblez habité par votre projet alors je ne vois plus aucune raison de me défier de vous. »

Clarence abandonna sa table de calcul pour s'approcher de la fenêtre désignée plus tôt par son interlocuteur aux mensurations démesurées. Il ne cessait de parler et d'alimenter cette tirade qui semblait n'en plus finir.

 « Une fête à Villevieille ? Avez-vous besoin d'argent pour cela aussi ?» Le ton était léger, et Clarence, qui plaisantait, se laissa aller à sourire. « Je plaisante, bien sûr. Une fête, donc ? Par les Sept, pourquoi pas ! Les occasions de s'amuser sont si rares, de nos jours... Dîtes m'en davantage.»

Clarence s'étonnait lui-même. Il n'était pas plus avancé sur les intentions de ce Baratheon et pourtant voilà qu'il acceptait presque de lui confier le calendrier des festivités prévues à Villevieille pour célébrer le retour de la pluie qui avait tant manqué aux terres agricoles bordant sa ville. Sans doute était-ce dû aux souvenirs voluptueux qui se bousculaient dans sa tête à chaque fois qu'il mesurait des yeux la silhouette de son invité. Qu'une trop grande mémoire est parfois difficile à assumer!
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Message Ven 3 Fév 2012 - 13:11

Toujours derrière sa table, Clarence Hightower, seigneur de Villevieille, comptait et recomptait à l'aide de son boulier. Quels calculs complexes pouvait-il bien faire quand quelques multiplications et additions suffisaient au Baratheon ? Gareth se le demandait bien, fronçant les sourcils l'espace d'un instant en voyant que le maigrichon seigneur soutenait son regard quand il vida sa bourse sur la table. Retenant un soupir d'exaspération, il se retena de jurer, passablement agaçé par la situation. Lorsque le natif du Bief lui demanda d'attendre pour procéder à d'autres vérifications, l'Orageux eût un petit signe de la main pouvant signifier bien des choses. Il n'était plus à quelques secondes prêt, il n'était pas le maître des lieux et avait bien besoin de son prêt. Au vu de ses récentes déconvenues, il n'allait pas ruiner ses espoirs et projets à cause d'un manque de patience. Il avait là un excellent moyen de tester les principes et règles qu'ils s'étaient fixés.
Son hôte n'émettant aucune objection, bien au contraire, le Baratheon ouvrît la fenêtre. Une légère brise vint lui caresser le visage, et il respira avec joie l'air marin, si particulier car chargée de sel, car si vivifiant. Il en avait besoin après avoir passé un temps certain dans cette chambre, si lugubre, si morbide. Là, comme un coup de massue, tomba cette révélation. Comme il l'avait soupçonnée voilà quelques minutes, le début de l'entretien n'avait été que mascarade, feintes et tromperies. Tout modéré qu'il était, il restait un Baratheon. Ses machoîres se crispèrent, ses poings se serrèrent tandis que la colère et la rage montait en lui comme l'eau dans une rivière en crue. Ses arguments étaient peut-être valables, ou compréhensibles, mais ils étaient surtout terriblement énervants. Ce maigrelet de Clarence était si prétentieux, si orgueilleux de croire que Gareth lui pardonnerait, du moins si rapidement et facilement cette mise en scène. Le fait que son futur créancier soit franc ferait pencher la balance en sa faveur, mais il faudrait du temps, beaucoup de temps, et des conditions favorables. Il était passablement énervé pour plusieurs raisons, notamment le fait que Clarence l'ait traité comme le premier quidam venu. Les révélations et confidence du maître de la Grande Tour le laissaient insensible, bien qu'il notait et gardait en mémoire les informations données par son interlocuteur. Plus fragile et peureux qu'il n'y paraissait à première vu, le fait que le Hightower soit obligé d'user de stratagèmes pour jauger ses adversaires dénotait un manque de charisme, de confiance en soi, ou une très grande intelligence et malice. Dans les deux cas, l'Orageux n'appréciait point cela. Il parla pour répondre à son hôte, et il ne pût s'empêcher d'avoir un sourire en coin lorsque ce dernier exposa ses doutes et interrogations quand au fait qu'il soit venu vers lui, et non vers des marchands à Port-Lannis ou Port-Réal, pour réaliser ce prêt. Sa voix dénotait un mélange d'agaçement et d'empathie, voir d'affection, pour cet individu qui, d'un coup d'un seul, se dévoilait.

- Je vais être franc et direct avec vous. Je n'ai pas apprécié votre stratagème, et les Dieux seront seuls juges de nos relations futurs. Vous pardonnerai-je ? Je n'en sais rien, peut-être... Néanmoins, j'apprécie votre franchise, et le fait que vous m'exposiez vos questionnements. Je suis venu vous voir comme j'aurais pu demander audience à la Banque de Fer, ce qu'il allait d'ailleurs faire. Je dirais que c'est le destin, termina-t-il en regardant le brun chétif qui était accoudé à la fenêtre à ses côtés, un sourire aux lèvres.

Il avait dû pour cela baisser la tête. Son sourire était franc, non qu'il ne sache pas cacher ses émotions quand il le voulait, mais plutôt que tout antipathique que pouvait être Clarence Hightower, les quelques confidences qu'il lui faisait avait réussit à légèrement attendrir le géant. Le sujet de conversation redevint plus léger tandis qu'on parlait de la fête que comptait organiser le Baratheon. Il s'imaginait déjà, déambulant dans les rues, étroites et sinueuses de la cité côtière, qui éclairés par des lanternes projetant des lumières colorés, qui animées par des troubadours, des jongleurs seraient plus vivantes encore qu'en temps normal. Ils voyaient d'ici petits et grands, roturiers et nobles danser, s'amuser, buvant vins raffinés et piquettes bon marchés. Les couleurs vives et éclatantes couplées à la beauté de Villevieille rendraient cette fête éblouissante. Gareth revint juste à temps à la réalité pour entendre Clarence finir sa phrase et rire, et surtout, pour l'entendre se taire.

- Si vous insistez, dit-il sur un ton rieur lorsque le seigneur de Villevieille lui proposa de lui prêter de l'argent. Comme vous l'avez si bien fais remarquer, l'Automne, et avec lui Hiver, vient, comme disent les Stark... Lorsqu'il sera là, les occasions de s'amuser seront encore plus rare et... A travers vous et la Grande Tour, c'est Villevieille et vos sujets qui m'accordent ce prêt, il est juste que je les remercie... Plus que verbalement voyez-vous, si vous n'avez pas d'objections...

Il n'y avait pas que cela, son réseau d'yeux et d'oreilles n'était pas encore suffisamment étendu, il avait besoin de contacts, il devait rencontrer et convaincre marchands et bourgeois que la Main Rouge saurait protéger leurs marchandises. Il devait également avoir la population de son côté, c'était un bon moyen. Un point le turlupinait néanmoins, le taux, les intérêts, n'avaient toujours pas été énoncés, et donc peut-être fixés.

- Permettez-moi de revenir sur le taux d'intérêts que vous comptez... choisir pour ce prêt, et sur les durées de remboursements si vous le voulez-bien, je suis très curieux de ce genre de.. détails.

Les pauses s'étaient multipliés, démontrant l'attention que portait Gareth au choix des termes utilisés, mais également aux effets de styles qu'il voulait utiliser. Il était certes moins éloquent que bon nombre de Nobles, dont sans nul doute, celui là, mais il savait tout de même utiliser de façon judicieuse sa voix grave et que certains qualifiaient d'attrayante, voir d'envoutante. Se détournant de la fenêtre, il marcha en direction de la fenêtre, lentement, d'une façon un peu chaloupée, commune à ceux qui passent la majorité de leur temps à cheval. S'arrêtant devant la bibliothèque, il se baissa, restant sur la pointe des pieds. Il parla plus fort pour être certain que Clarence puisse l'entendre.

- Qu'es-ce que cela fait d'être le seigneur d'une cité comme Villevieille ? Qu'es-ce qui a changé depuis que vous êtes officiellement l'homme le plus puissant de la seconde ville du royaume ? Je ne suis que le puîné des Baratheon, je ne serais jamais le maître des Terres de l'Orage et d'Accalmie... Devrais-je remercier ou maudire le destin ?

Son interlocuteur avait fait preuve de franchise, l'Ours trouvait là l'occasion de se confier un peu, d'avoir enfin des réponses. Il n'aimait pas sa famille, il n'aimait pas ses frères, et à la mort de l'Orage Moqueur, ce serait Harbert, l'ivrogne, le colérique, l'incapable, qui hériterait d'Accalmie, des territoires, des responsabilités et des pouvoirs qui allaient avec le titre de seigneur suzerain. Il avait été jaloux un temps, mais aujourd'hui, il espérait n'éprouver que de l'indifférence à l'égard de tout cela. Les réponses du pensionnaire de la Grande Tour mettraient peut-être fin à ses tergiversations.
Prenant un libre au hasard dans le bibliothèque, Gareth se releva afin que la lumière du jour lui permette de déchiffrer le titre du livre. De la conquête d'Aegon. Un ouvrage militaire, fort surprenant de la part d'un individu tel que Clarence. Il avait surement appartenu à l'ancien maître des lieux. L'ouvrant avec autant de délicatesse que possible, Gareth tourna les pages de l'index, un sourire en coin sur le visage. Il aimait l'odeur que dégageait le livre, mélange de cuir et de papier. Respirant à pleins poumoins, il tourna le regard vers son hôte et interlocuteur, les yeux interrogateurs et rieurs, comme si le fait que le brun chétif soit un amateur d'histoire militaire, et peut-être de stratégie, soit une vaste plaisanterie.

- L'avez-vous lu ?
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Message Ven 3 Fév 2012 - 23:27

Clarence ne pouvait qu'être satisfait d'avoir suscité chez son invité cette vague d'irritation mêlée du poison de la colère. Il n'y avait rien de plus jouissif à ces yeux que d'être l'objet d'un regard tendu et partagé entre l'exaspération implosive et la fureur contenue. Cet entretien avec Gareth Baratheon qui prenait une nouvelle tournure le plongeait dans un éréthisme cérébral délicieux et si sa tête était une ruche, il coulerait de ses oreilles un miel des plus savoureux. À quoi bon jouer les hirondelles à claironner qu'il va faire beau ? Le pardon de son interlocuteur ne l'intéressait pas. L'attitude de son interlocuteur qui avait pris comme une offense le « stratagème » de Clarence avait quelque chose de très charmant. Débutait-il sur les noirs et ténébreux sentiers de la politique ? Il en verrait bien d'autres et bien des pires, le petit subterfuge de Clarence n'était en définitive qu'un maigre calembour, qu'une sotte plaisanterie, qu'une vaste blague en comparaison des mille et unes vilenies dont le cœur humain pouvait se faire le dévoyé complice. Malgré tout, il n'apportait nulle réponse aux questions de Clarence, et préférait se retrancher derrière un paravent de justification en évoquant le destin comme responsable de sa venue jusqu'à la Grand-Tour. C'était malvenu, surtout en ces lieux qui avaient plus de cent fois défié les feux de la fatalité pour être toujours-là, éclairant la voie. Clarence était pieux, naturellement, il vénérait les Sept, mais sa foi n'allait pas jusqu'à considérer l'existence d'une puissance extérieure à la volonté humaine et qui régirait l'univers en fixant de façon irrévocable le cours des événements. Si ce n'était qu'une plaisanterie de la part de messire Gareth, il n'en demeurait pas moins qu'il se cachait derrière pour éviter de répondre avec précision aux interrogations de celui qui serait d'ici quelques heures son créancier. Louvoyer si grossièrement ne jouait pas en sa faveur, mais il y avait toujours-là quelque chose d'assez charmant, comme s'il souhaitait répondre au stratagème de Clarence par un autre qu'il voulait certainement tout autant élaboré et efficace. D'un battement de cils, Clarence évacua ces considérations de son esprit pour se concentrer sur l'essentiel : il en savait assez sur Gareth pour prendre une décision qui aurait grande influence sur la suite de leur entretien. En effet, même s'ils étaient d'accord sur le principe d'un prêt consenti par Clarence, la question des échéances et du taux d'intérêt restait entière et surtout susceptible de renverser le cours de leur conversation. Plusieurs cas de figure étaient envisageables : Clarence pourrait très bien proposer un taux et une durée de remboursement très avantageux pour faciliter la conclusion de leur affaire même si celle-ci en deviendrait moins profitable pour lui ; il pourrait tout aussi bien proposer un taux et une durée plus sévères mais néanmoins acceptables afin de conclure ce qui serait une véritable affaire ; il pourrait enfin proposer un taux et une durée de grande usure afin d'obtenir de messire Gareth qu'il prenne l'initiative de mettre un terme à toute leur affaire.

Légèrement agacé, Clarence perdit de son intérêt pour le projet de réjouissances qu'avait évoqué son interlocuteur et c'est avec une indifférence à peine échauffée de bonne volonté qu'il se contenta d'une réponse policée et courtoise:
« Je n'ai pas d'objections.» Et il s'empressa d'ajouter une observation. « Villevieille est une cité florissante, vous n'aurez aucun mal à y organiser les festivités de votre choix... pourvu que vous respectiez nos chartes.»

Il n'alla pas plus et Clarence se contenta du peu d'information qu'il lui donnait. Si un grand événement avait lieu dans sa ville, dans sa précieuse cité, il lui serait impossible de ne pas le remarquer. Vint alors la question que Clarence attendait puisqu'elle concernait ce que Gareth appelait des détails mais qui n'en était pas aux yeux du Grand Argentier puisque selon le choix et surtout les propositions qu'il ferait, messire Gareth perdrait toute sa superbe à se comporter comme il le faisait sous le toit de son hôte. Clarence patienta en l'observant d'un œil attentif et curieux de savoir ce qui intéressait le puîné Baratheon dans ces bibliothèques qui meublaient de leur présence et de leur honorable contenu la plupart des murs de la Grand-Tour. Les questions qui déferlèrent dans la minute furent une véritable surprise. Avec mesure, circonspection et, malgré tout, franchise, il livra ses réponses.

« Être le seigneur de Villevieille, c'est être l'héritier d'une longue tradition de puissance et de mesure. Diriger une cité vieille comme celle-ci exige prudence et pragmatisme et oblige à l'abnégation même s'il y a de la satisfaction à se considérer comme le père de l'enfant prodige qu'est Villevieille. Quant à vous, je dirais que vous occupez la place ingrate de la tapisserie familiale. Les honneurs,  les titres, la gloire et le respect vont à l'aîné. Je l'ai été moi-même, et je sais de quoi je parle. »

Il transpirait peut-être dans sa voix toute l'amertume qui était la sienne, car il avait dans le cœur cette blessure terrible et inguérissable que sa mère, qui se tenait volontairement loin de lui en voyageant dans le Bief pour visiter sa famille de Vieux Rouvre, ne cessait de rouvrir. Comme il aimait sa mère, et comme il la détestait tout en même temps de lui refuser le peu de foi qu'il demandait!

« Le dessein des Sept est impénétrable, et c'est dans le deuil que j'ai pris la place de l'aîné... je ne sais ce qu'ils vous réservent, je n'ai pas le pouvoir de prédire la fortune, mais l'histoire est pleine de ces puînés aux prouesses dignes de figurer dans les récits vernaculaires. Les Karstark de Karhold, cela vous parle peut-être ? Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Alors devez-vous maudire ou remercier les dieux ? Je ne prétends pas connaître la réponse, mais je vous donnerai ce conseil, d'un puîné à un autre puîné. N’oubliez jamais ce que vous êtes, car le reste du monde s'en souviendra toujours. Usez de cette armure pour vous protéger et personne ne pourra en user pour vous atteindre. »

Gareth avait choisi un livre dans la bibliothèque que Clarence avait reconnu tout de suite. S'il avait lu ce livre ? Le fait est que Clarence l'avait même commenté.

« Je l'ai lu, en effet. » Il tira de sous sa tunique la lanière de cuir ceignant son cou et tendit le poing serré à l'attention de Gareth. Sous sa main pendait un unique anneau de fer. « Voici le premier anneau que j'ai forgé à la Citadelle avant que les Sept ne m'appellent à siéger au sommet de la Grand-Tour. Comme vous le voyez, il est de fer. Mais revenons aux détails que vous attendez... »

Il n'était plus question d'y échapper. Il ne le reverrait que pour solder définitivement la dette qu'il venait contracter puisque certainement Gareth ne ferait pas le déplacement jusqu'à lui à chaque échéance. Sauf si les Sept en décidaient autrement... Avec un ton précis et docte, Clarence exposa le marché qui était à prendre ou à laisser :
« Cinq années me paraissent convenables.» Sans hâte il poursuivit sur le même mode. « Nous vivons des temps de crise, alors la moitié d'un quint me paraît le minimum pour le taux d'intérêt. Toutefois l'épanouissement de votre projet pourrait me profiter d'une certaine manière en suscitant l'initiative commerciale dans ma cité... La générosité, preuve de confiance, nous rapproche des Sept, alors disons que le quart d'un quint suffira pour notre affaire. » Il s'empressa de préciser : . « Vous empruntez six cent dragons d'or et sur cinq ans et quatre lunes, pour un compte-rond, vous en remboursez six cent trente. Une offre à prendre, ou à laisser. » Bien que l'affaire fût très sérieuse, Clarence ne pouvait se départir d'un sourire amical car se remémorer ses années à la Citadelle des mestres lui avait grandement remonté le moral.
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Message Mar 21 Fév 2012 - 21:19

Le puîné des Baratheon commençait à se demander si le maître des lieux n'était pas quelqu'un de lunatique, vu le changement de ton, d'émotions du Biefois. La joie, l'emportement, avait rapidement fait place à de l'inertie, de la monotonie, voir de la désolation chez Clarence. Si le fait que le maître de la Grande Tour soit quelqu'un de lunatique, de versatile, n'était pas franchement une bonne chose, le fait que Gareth ait les mains libres, ou presque libres, pour organiser sa fête était un point plus que positif. Certaines choses qui étaient voilà quelques minutes plus qu'incertaines ne l'étaient plus. Entre le prêt qu'il se voyait accordé, et les festivités dans le seconde ville du Royaume, beaucoup de ses projets venaient de passer du statut d'utopies à celui d'objectifs réalisables.

Tournant lentement les pages du livre qu'il tenait en main, Gareth fut heureux d'avoir son interlocuteur dans son dos à cet instant. Les réponses fournis par le maigrichon, si elles ne le bouleversèrent pas, le touchèrent néanmoins, et suffisamment pour que cela apparaisse sur son visage. Heureusement, cela, le Hightower ne pouvait le voir à cet instant, les Septs en soient remerciés. Clarence formulait ce que des années d'une vie mouvementée avait enseigné à Gareth, sans qu'il en soit réellement conscient. Il n'était qu'un puîné, rien d'autre, et il devait en faire sa force. Quelque part, ce point n'était pas son talon d'Achille, du moins, il ne le croyait pas. En réalité il ne le savait pas, car lorsqu'il pensait à son statut de puîné, il pensait irrémédiablement à Harbert, à Gowen, à son père, à l'héritage qui attendait ces deux là lorsque le vieux crèverait, sans nul doute transpercer d'une lance lors d'un tournoi ; ou son crâne écrasé par sa propre arme lorsque ses réflexes l'auraient quittés. Tentant d'accrocher l'instant présent, le natif d'Accalmie se releva, et reposa le livre. Toute envie de parler histoire, stratégie, l'avait quitté, et la mention des Karstark ne le consola pas le point du monde. Cela le touchait donc bel et bien, et cela peut-être son point faible. Il devait y remédier, et surtout, remercier son hôte.

- D'un puîné à un autre puîné, merci pour vos conseils. Et, félicitations pour ce maillon de fer.

Tout cela avait dit dans un même souffle, sans chaleur, sans réel admiration pour ces années passés à étudier l'art de la guerre dans des livres.
La Main Rouge n'était pas de l'avis de ceux qui croyaient que la stratégie pouvait s'enseigner dans les livres. Seul l'observation, et un don, une prédisposition, peut faire d'un individu un brillant stratège, un bon meneur d'hommes, bien que certaines qualités puisse grandement aider un homme dans cet exercice périlleux.
Alors qu'il n'y croyait plus, Gareth vit le moment tant attendu se profiler à l'horizon. Plus près qu'a l'horizon en vérité puisque Clarence lui livra, en une seule et unique fois, la durée et le taux d'intérêt qu'il lui proposait. Les cinq années lui convenaient, et surtout, le taux était d'un quart d'un quint. Le Baratheon se retint pour ne pas crier, pour ne pas sauter de joie. C'était beaucoup moins que ce qu'il espérait, bien que loin de ses rêves les plus fous. Tout ce déroulait parfaitement, et le géant brun se félicitait d'avoir résisté à l'envie de quitter le maître des lieux et sa sœur lorsque ces deux là jouaient la comédie, au début de leur entretien. S'approchant du bureau, derrière lequel siégeait de nouveau son interlocuteur, il posa ses deux mains dessus, bien à plat, et adopta inconsciemment une posture d'attente que certains auraient qualifiés d'oppressante.

Prenant un rouleau de papier, le Hightower commença la rédaction d'un document, d'un contrat. Le natif Orageux s'en étonna, mais ne fit pas part de ses interrogations à celui qui était désormais son créancier. Il s'était attendu à une simple poignée de mains, après avoir donné sa parole d'honneur qu'il rembourserait les six cent trente dragons d'or au seigneur de la cité portuaire dans les cinq ans.
Lorsqu'il eut enfin terminé celui qui tenait le rôle du banquier tourna la feuille et la poussa vers lui, l'invitant de la main à saisir une plume, peut-être d'oie, posée à côté d'un encrier pour signer. C'était original, mais cela n'allait surement pas arrêter Gareth, qui, maladroitement, apposa sa signature. Un G et un B plus ou moins stylisé, de part et d'autre d'une croix pattée. Chacun y apposa son sceau, l'hirsute géant des terres de l'Orage ayant toujours le sien sur lui, pour plus de sécurité. Il ne regrettait pas à cet instant de s'encombrer de son sceau dans une cache de sa ceinture. Après une poignée de main relativement forte, ou molle, cela dépendait de l'individu, il quitta la pièce, son hôte ayant bien entendu gardé le contrat. Le même homme qui l'avait amené jusqu'à son frère, Charles si ses souvenirs ne le trompaient pas, l'escortait jusqu'au rez-de chaussée de la tour. Descendre les innombrables marches de cet édifice était plus facile que de les monter, et Gareth n'en était pas mécontent.

Plutôt heureux de quitter enfin l'ombre de la Grande Tour, et donc le maître des lieux, le Baratheon dût prendre son mal en patience. En effet, la petite somme qu'on venait de lui prêter n'était pas prête. Il devrait bien évidemment revenir la chercher. D'un pas lent, l'imposant individu traversa Villevieille pour aller jusqu'à son auberge. Il passait totalement inaperçu vêtu comme il était. Après plusieurs minutes, voir dizaines de minutes de marche, il arriva enfin à l'auberge tenu par Epirio. Il allait bientôt mettre l'ancien marchand au courant de ses affaires, et l’imbriquer dans ses plans, de gré ou de force. Il avait besoin de l'esprit avisé de ce bedonnant individu.
Emmenant Rand par le bras dans la cuisine, afin d'être tranquille, et jetant du même coup au dehors le personnel, il lui narra son entrevue et le dénouement positif de la mascarade dont il avait été victime. Ordonnant de réunir une dizaine d'hommes, il les attendit au dehors. La moitié des compagnons étaient là, Ulrik le Nordien, Gwen, le frère de Rand, et bien d'autres. Ses frères d'armes, ceux qui lui redonnaient courage et motivation lorsque ses doutes l'envahissaient. Certains avaient l'épée au côté, mais la plupart semblait dépourvu d'armes. Cachés dans leurs vêtements, dans leurs chausses brunes, dans leurs chemises bleues ou leurs vestes marrons, sans nul doute. Bien entendu, nul piques, nul hallebardes, nul arcs. Les dagues, couteaux, hachoirs devaient par contre être nombreux dans les assemblages tissus. Il ne passerait rien, Gareth en était sûr, mais il préférait être prudent, d'autant plus avec un individu retors tel que Clarence Hightower.
Se mettant en marche, ils allèrent d'un pas léger chercher ces six cent dragons, ces pièces d'or qui changeraient bien des choses.
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