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Une missive pour lady Maura Lannister [TERMINE]

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Message Mar 27 Déc 2011 - 17:47

Les Eyriés étaient d'un calme céleste, comme toujours. Seul le bruit du vent s'engouffrant par les fenêtres dans les couloirs du modeste château venait parfois troubler le silence du vieil édifice. L'été caniculaire qui frappait le continent n'épargnait guère le Val, mais les températures étonnamment élevées étaient plus supportables au sommet de la Lance du Géant, et personne dans l'entourage proche du suzerain du Val n'avait l'air de trop souffrir des humeurs de l'été. Cependant les aléas climatiques étaient loin d'être la priorité de Jasper qui avait en tête d'autres sujets de préoccupations. Une part importante des troupes du Val, pour un total de sept mille hommes, était actuellement stationnée dans les Terres de l'Ouest, le fief de Tybolt Lannister qui se trouvait être son beau-frère. Nombreux étaient ses vassaux qui avaient suivi la troupe pour en assurer la coordination et le commandement. Et bien sûr, sa sœur Maura, devenue Lannister, était du voyage, mais il s'agissait pour elle d'un aller sans retour. En y repensant, Jasper regrettait presque sa décision de l'avoir ainsi offerte au suzerain de l'Ouest comme, pour s'assurer de ses bonnes intentions, on donne à son voisin une jument. Pour autant sa sœur était encore une Arryn aux yeux du monde, et c'était à ce titre et en cette qualité qu'elle avait conservé une grande part d'influence et de pouvoir sur l'usage qu'il conviendrait de faire de l'ost Arryn en déplacement. Jasper savait que sa sœur aurait d'excellentes idées et d'excellentes initiatives pour utiliser au mieux les forces du Val dans la lutte de l'Ouest contre les fer-nés de Dagon Greyjoy entrés en rébellion ouverte contre le Trône de Fer et la Paix du Roi. Mais il était inquiet justement de savoir comment les forces qu'il avait consenti à envoyer au secours des Lannister seraient utilisés, justement parce que nul autre qu'un Lannister partagerait avec Maura le pouvoir de commander à ses hommes. Jasper, quelque peu ignorant des vicissitudes du cœur des hommes, avaient toute confiance en son allié de Castral Roc, mais il avait été également sensible aux arguments de son mestre comme de certains des membres de la cour des Eyriés qui avaient émis la suggestion de garder un œil attentif sur l'emploi des troupes du Val qui servaient à l'étranger. Jasper avait dans un premier temps reculé devant l'idée d'une ingérence directe qui aurait pu témoigner de ce qu'il était un allié peu fiable, oppressant ou malintentionné. Toutefois quel suzerain serait-il s'il abandonnait ses vassaux partis combattre pour sa bannière à leur sort avec désinvolture et silence ? Un tel déshonneur était pire encore que l'idée de froisser les liens qui s'étaient tissés entre Castral Roc et les Eyriés.

Une idée lui vint durant le dîner de contacter directement sa sœur et Jasper s'en voulut un peu de ne point y avoir pensé plus tôt. N'était-elle pas la personne la plus fiable qu'il connaissait à l'Ouest ? Ce n'était pas la première fois que le jeune homme se surprenait à négliger sa sœur aînée dans ses réflexions et cela l'attristait beaucoup. Il comprit malgré lui les raisons d'une telle fracture dans le cheminement de sa pensée qui, autrefois, ne se passait qu'avec peine du concours ou du conseil de sa grande sœur. Maura avait quitté les Eyriés depuis un temps assez long pour l'avoir vu devenir la femme de Tybolt Lannister, et Jasper savait ce que ce mariage signifiait au bout du compte, car il n'était pas dupe des réalités pénibles de ce monde : viendrait peut-être un jour où Maura serait moins sa sœur que lady Lannister, et c'était une perspective que Jasper craignait et qui le chagrinait, car il s'effrayait surtout de ce que sa sœur puisse un jour se détourner de lui. S'il avait été plus détendu, Jasper aurait ri à l'idée même d'imaginer sa sœur différente de ce qu'elle était autrefois, car il avait l'intime conviction qu'il partagerait toujours avec elle un lien fraternel des plus particuliers. Mais il ne pouvait s'empêcher de craindre le pire. Le jeune homme manquait de confiance en lui, bien trop sans doute pour ne pas céder à une posture prostrée et empreinte de pessimisme. Le temps dirait si ses prévisions angoissantes venaient colorer l'avenir dans les faits, mais Jasper avait à cœur d'œuvrer pour que cette distanciation du lien fraternel qui les unissait n'arrive jamais, même si les remarques trop pertinentes de mestre Wyman avaient à l'oreille de Jasper un trop fort accent de vérité. Il mangea donc sans grande joie et les quelques plaisanteries de Wyman ne réussirent pas à l'égayer. Peut-être Jasper était-il trop concerné, trop sérieux, peut-être devrait-il songer à prendre l'initiative d'ordonner pour son bienêtre des divertissements auxquels il n'était pas habitué ? C'était le conseil que lui avait donné Lyonel Baratheon, l'Orage Moqueur comme tant d'hommes l'appelaient... Jasper ne pouvait s'y résoudre, trop de personnes comptaient sur lui. Il devait à ses vassaux et à ses gens de conduire le Val sans défaillir et plus encore il le devait à son nom. La Porte Sanglante protégeait ses montagnes des ennemis venus de l'extérieur, mais pourrait-elle protéger le Val des faiblesses de ses suzerains ? Après le dîner, il accompagna le vieil homme jusqu'à la tour des Eyriés qui abritait leur volière, d'où il pourrait envoyer un courrier à l'attention de sa sœur. Quand ils y parvinrent, Jasper s'installa à la table du scribe tandis que Wyman jaugeait les corbeaux du regard pour choisir celui qui saurait voler sans encombres jusqu'à lady Maura. Sans un regard pour le vieil homme, Jasper avait présenté devant lui le parchemin, la plume et l'encrier. Malgré cet effort de mise en route il ne savait cependant comment débuter cette lettre dont la rédaction s'annonçait plus difficile que prévu. Plusieurs fois il s'élançait pour écrire et chaque fois il eut la présence d'esprit de se retenir car toutes ses tentatives n'auraient jamais abouti que sur des faux départs et des ratures. Wyman finit par s'en rendre compte et après quelques minutes, il revint vers son jeune seigneur et maître, avec un corbeau dans ses grosses mains et quelque conseils. Jasper ne savait trop comment il devait s'adresser à sa sœur désormais. Elle était officiellement toujours lady Maura Arryn, mais le mariage ayant bien eu lieu, ne devait-il pas en tenir compte ? Était-il une si bonne idée d'user de formules et d'apostrophes protocolaires dans la correspondance avec sa sœur maintenant qu'elle était l'épouse d'un suzerain ?


« Pourquoi ne pas continuer comme avant et utiliser la formule que l'usage avait convenu entre vous ? Ce n'est pas comme si un fossé trop énorme vous séparait d'elle, désormais, elle est à l'Ouest mais n'en demeure pas moins toujours votre sœur... et si vous voulez le rester dans son cœur, gardez les apparences de la fraternité dans vos rapports. Ce n'est pas le septon qu'on juge, mais sa robe, comme on dit... »

Wyman était souvent d'un conseil utile et pertinent, Jasper devait bien le reconnaître. Ainsi tout au cours de la rédaction son mestre l'assista avec patience et pédagogie de telle sorte qu'ils parvinrent à un résultat satisfaisant sinon bien davantage.

 « Ma très chère sœur,

Les Eyriés sont comme ils l'ont toujours été, calmes et tranquilles. Ton absence y creuse un vide dont je peine à détourner mes yeux, mais je n'oublie pas le sacrifice auquel tu as consenti en quittant le Val pour l'Ouest, car épouser Tybolt Lannister, c'était avant tout épouser les intérêts de la terre de nos ancêtres. Tous ici nous te sommes reconnaissants bien que j'imagine combien faible est la gratitude des tiens quand sera trop pénible l'éloignement ou la solitude, mais je suis convaincu que ton époux saura combler ces manques avec toute la diligence que tu mérites.

La clandestinité de ton mariage est certainement une situation pénible pour toi, elle l'est également pour nous tous, mais c'est un désagrément nécessaire à de plus grands desseins. Toutefois j'ai la conviction que ce n'est pas ce qui t'empêchera de faire appui de toute ton influence auprès de ton époux pour veiller à ce que les troupes qui t'accompagnaient dans l'Ouest soient utilisées au mieux. C'est le motif de ce courrier, car nous autres Arryn n'aimons pas que la vie de nos précieux hommes du Val soit gaspillée sur le champ de bataille, d'autant plus que cette guerre n'est qu'indirectement la nôtre.

Ainsi ma chère sœur je te prie de me faire parvenir tout ce que tu es en mesure de me faire savoir au sujet de nos troupes. J'imagine qu'en dépit de l'alliance qui unit l'Ouest et le Val il y aura peut-être des éléments que ton époux gardera secret à tes yeux, ou peut-être des éléments qu'il souhaitera que tu caches à ton frère, et je le comprendrai, le secret étant bien souvent le fils aîné de la nécessité quand il s'agit de conduire une guerre. Cependant je m'empresse d'ajouter que concernant tout ce que tu es habilitée à me communiquer, je désire tout savoir jusqu'aux plus infimes détails.

Que les Sept te gardent, ma chère sœur, dans leur sainte protection. Tu n'es jamais absente de mes prières, et j'espère recevoir de toi de promptes nouvelles.

Jasper Arryn. »


Il y avait plus de mots de Wyman que de mots de Jasper dans cette missive, mais pour un sujet si grave le jeune homme n'avait pas voulu se passer de l'expérience du vieux mestre qui était autrement plus habile que lui pour manier l'écriture et ses secrets. Cela n'échapperait pas à sa sœur, Jasper le savait, mais elle comprendrait certainement les raisons qui le poussaient à chercher l'appui, le soutien et les conseils d'hommes plus expérimentés que lui. Autant désireux de bien faire que d'apprendre, Jasper ne crachait sur aucun exemple à suivre, ni sur aucun professeur à écouter.


Dernière édition par Jasper Arryn le Lun 2 Jan 2012 - 1:37, édité 1 fois
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Message Mer 28 Déc 2011 - 15:12

La missive que lui apporta Mestre Vyman était restée scellée grâce aux Sept et la jeune femme eût le plaisir d’y découvrir les mots de son frère. Toutefois, la touche du vieux savant fou des Eyrié était aisément perceptible derrière les formules un peu collées-montées qui avaient été utilisées. Pendant quelques secondes, elle se demanda si vraiment il la croyait si faible que d’être devenue par la volonté d’un septon qu’une simple Lannister. Elle ? Cela aurait été à pleurer si elle n’avait finalement compris que son frère tentait tout simplement de la ménager. Et comment aurait-elle pu lui en vouloir de ne pas connaître l’état d’esprit d’un sœur si loin désormais. Après avoir chassé suivantes et servantes, elle prit sa plume pour répondre aussi vite que possible de son écriture sèche et habituée à transcrire des ordres.


 « Mon très cher petit Jasper,

Je mentirai si je ne t’avouais pas de but en blanc combien nos montagnes me manquent. Souvent, en marchant dans les longs couloirs de Castral Roc, je me prends à imaginer que j’arpente encore ceux de mes appartements dans la Tour de la Vierge. Je ne suis pas certaine de venir un jour à bout de cette sensation lancinante que fait naître l’exil, même doré. Toutefois, je souhaite te rassurer. Malgré la situation difficile qui est la nôtre, à Lord Lannister et moi-même, je doute que les Sept aient pu prévoir meilleur établissement pour moi. Lord Tybolt, malgré des débuts désastreux, me comble de bienfaits et fait preuve de la plus grande courtoisie à mon égard. Pour tout te dire, j’avoue que la clandestinité de notre union finit par peser plus sur mon époux que sur moi-même et ce en raison de l’affection qu’il semble éprouver pour moi. En attendant, j’avoue sans détours que je me satisfais d’une certaine intimité dans les débuts de ma vie de femme mariée.

Pour ce qui est du bon ménagement de nos troupes, je tiens à immédiatement te rassurer. Après quelques frictions, Lord Lannister a compris que le commandement des vassaux du Val ne relevait que de ma personne. Je tiens d’ailleurs à lui reconnaître un certain à propos en ayant compris rapidement quelle était la force du nom Arryn au milieu de nos gens. De fait, mon expérience rassure nos bons Lords et l’évidence veut qu’ils respectent toujours plus une femme née Arryn que n’importe quel Lannister aussi riche fût-il. Quoiqu’il en soit, sois assuré que Lord Lannister respecte avec scrupules les prérogatives de son épouse. Pour ce qui est de l’utilisation de l’ost, nous avons établi un plan d’action qui, à mon sens, sera efficace. Jure-moi de ne pas répéter ce qui suit mais je dois t’avouer qu’il est de mon fait et non de celui de tous les hommes qui m’entourent.

J’ai donc établi plusieurs commandements en vue de la division de l’armée. Mille hommes sont partis vers le Nord sur les terres de Lord Estren de Wyndhall. Milles cinq cents hommes pour Belle Ile avec Lord Royce et le même nombre pour les terres de Lord Fléaufort. Ce sont les terres les plus susceptibles d’être attaquées par les Fer-nés. Cinq cents hommes restent à Port-Lannis pour servir dans le Guet avec Ruthermont et cinq cents autres, surtout les cavaliers, sous les ordres de Lord Corbray sillonneront les terres et les côtes des terres propres aux Lannister. Et finalement, trois groupes de cinq cents hommes ont été envoyés pour aider les garnisons de Castamere, Feux-de-Joie et Kayce. Les derniers déplacements se feront dans quelques jours et je suis en train de terminer mes lettres à destination des vassaux de l’Ouest concernés. Dans quelques semaines, si cela ne soulève pas trop d’opposition de la part des Lannister, j’effectuerai une tournée afin de voir si tout se passe bien pour nos hommes. Toutefois, malgré ce que tu sembles penser, il n’en demeure pas moins que nos vassaux sont sous mon contrôle, celui des Arryn, et non sous celui de mon époux. Dans cette affaire, Tybolt n’est que le consort de la Dame du Val. Et officiellement, il n’en est d’ailleurs que l’allié. Comme je l’écrivais plus haut, cette clandestinité possède également ses avantages. Voilà pour les nouvelles relatives à nos bons vassaux du Val d’Arryn.

Toutefois, je ne te répondrais pas aussi urgemment si la nécessité ne m’y poussait point. Mon frère, tu n’aimeras sans doute pas la suite des mes propos mais il est de mon devoir d’instamment te pousser à songer au mariage. Je sais que tu y penses depuis maintenant quelques temps mais la situation a évolué de façon plus rapide que je ne l’avais prévu. Tu sais, aussi bien que moi, qu’en l’absence d’un fils ou d’un frère, mes enfants et moi viennent immédiatement après toi dans la ligne de succession de la maison Arryn. J’ai toute les raisons de penser que mon union commence déjà à porter ses fruits. Et si un fils naissait sans te voir marié, cela pourrait éventuellement amoindrir ta position. Comme il a été de mon devoir, malgré mes réserves, d’apporter l’alliance de l’Ouest aux Eyrié, il est du tien de faire en sorte que le Val reste entre les mains des Arryn pour les siècles et les siècles. Moi vivante, jamais un Lannister ne prendra ta suite fût-il de mon propre sang mais je ne sais ce qu’il pourrait advenir des ambitions de mon époux. Du reste, la loi successorale penche pour cette possibilité. Pour l’instant, je ne l’ai pas mis dans la confidence afin de te laisser du temps mais je ne pourrais pas maintenir ce subterfuge indéfiniment. D’une part, la nature m’en empêchera et, plus sérieusement, parce que ce serait d’une injustice flagrante pour Tybolt qui me rend avec exactitude tout le respect qui m’est dû. Nous en avions parlé il y a longtemps mais il est nécessaire que tu t’y prépares. Je ne saurai encore une fois te dire à quel point une alliance dans le Conflans nous serait bénéfique. Tu pourrais également prendre femme parmi nos vassaux mais ne serait-ce pas en élever un au détriment des autres ? Nous étions les rois du Val et de la Montagne il y a encore peu et pouvons-nous vraiment allier le sang Arryn à celui d’un serviteur ? Je te laisse juge en tous cas mais sois assuré que je suis prête à t’aider comme je l’ai toujours fait. Cependant, il en va de l’avenir du Val de ne pas laisser trainer cette importante affaire. Néanmoins, j’attendrais ta réponse avant d’en faire part à mon époux. Pour ma tranquillité d’esprit, je te supplie de ne point faire trainer les choses. Je m’en veux suffisamment de laisser mon mari dans l’ignorance au nom de la raison d’Etat.

Pour en revenir à des sujets plus joyeux, notre cousin Tyrell épousera bientôt ma belle-sœur Lannister et j’espère vous voir Maeve et toi prendre part aux noces. Je serais moi-même présente avec Lord Tybolt. Je ne sais si notre jeune sœur t’en a fait part mais, dans l’intérêt de son éducation, il m’avait paru intelligent lui faire découvrir notre famille. Et plus spécifiquement, celle de Tante Alanna. Tu sais d’ailleurs qu’en l’absence d’héritiers du roi actuel, Maekar et ses fils pourraient un jour être plus proches du Trône de Fer qu’ils ne le sont aujourd’hui. Qui sait si la fortune ne pourrait pas sourire à Maeve si elle venait à prendre époux parmi nos cousins Targaryen, le plus jeune ayant d’ailleurs son âge. Un séjour à Lestival ne pourrait donc que lui être bénéfique. N’est-il pas temps qu’elle se frotte au monde extérieur après tout ? Je crois que nous l’avons trop longtemps protégé du reste de Westeros. Pense à tout cela quand tu auras le temps. Maeve mérite que l’on pense rapidement à son futur avec attention.

Pour terminer sur une note plus légère - je finis par haïr le ton de Corneille à Trois Yeux de cette missive - je t’informe que le cadet Baratheon est en ce moment l’hôte des geôles du Roc. J’en arriverai presque à le plaindre de sa balourdise, le bougre n’ayant rien trouvé de mieux que de m’insulter en présence de mon mari. Le pauvre n’en savait rien mais la réaction de Tybolt, à la hauteur de l’orgueil du Lion, rend finalement la bassesse de la chose amusante.

Tu me manques. Le Val me manque, et notre complicité encore plus. Jamais je n’aurai cru que l’éloignement puisse être si difficile à supporter. J’ai peut-être une nouvelle famille mais vous avoir laissé seuls me crève le cœur sans doute bien plus que tu ne peux l’imaginer. Je n’en reviens pas moi-même du trouble que l’absence peut faire peser sur moi. Chaque jour, je prie les Sept de vous garder Maeve et toi en leur Sainte garde et de vous permettre de jouir des moments que vous passez ensemble. Embrasse-la pour moi mais, je t’en prie, ne lui dis rien de mon chagrin. Je te supplie également de ne pas t’ouvrir, même à Wyman, de l’heureuse nouvelle dont je t’ai fait part, j’ai suffisamment de remords et de peine de ne pas l’avoir encore fait savoir au père de mon enfant. Mes sentiments à son égard ne me laissent déjà que peu de repos et je t’avoue la honte qui m’étreint à le laisser ainsi dans l’ignorance. Je compte donc sur ton silence et ta discrétion tout en sachant que tu sauras prendre les meilleures décisions possibles. Je terminerai en t’envoyant mes pensées et avec l’espérance de bientôt te serrer dans mes bras à Hautjardin.

Ta sœur à toi très affectionnée,

Maura, Dame de l’Ouest.

PS : Brûle cette lettre, j‘en ai fait de même avec la tienne.



Finalement, elle s’était plus mise à nue qu’elle ne l’aurait cru mais elle devait au moins cela à son cadet et à l’amour qu’elle lui portait. Elle le devait également à la mémoire de son père. Elle n’était pas la Lionne, elle restait avant tout la Dame du Val malgré l’amour qu’elle commençait à porter à son époux. Un amour dont elle ne savait pas si il tenait davantage de la passion que des sentiments que Tybolt semblait éprouver envers elle. Mais, étant ce qu’elle était, elle refusa de se laisser aller aux pleurs. Les larmes n’étaient que pour des femmes comme sa Tante Jeanne. Maura Arryn ne pleurait pas, elle subissait. Et parce qu’elle avait peur de peiner son époux, elle ne s’ouvrirait pas de sa peine avec lui. Au moins savait-elle que Jasper pourrait supporter de savoir sa sœur malheureuse et comprendrait qu’elle était suffisamment forte pour se satisfaire de ce que la politique, les alliances et la diplomatie avaient fait d’elle. D’une main ferme, elle posa son sceau personnel sur la cire brûlante et appela son maître-espion, Orys. Elle ne pouvait prendre le risque d’être lue par un serviteur du Roc aussi bien intentionné qu’il fût et elle savait pertinemment qu’elle commettait une trahison que Tybolt ne lui pardonnerait pas. Le silence, pour l’instant, demeurerait son meilleur allié. Grâce aux bons soins de l’homme damné de lady Lannister, la nouvelle rejoindrait les mains du seigneur des Eyrié avec la certitude que nul autre ne tomberait sur cette nouvelle. Se composant une attitude et prenant soin de conserver son sourire mondain, il ne lui restait plus désormais qu’à rejoindre la salle où son époux recevait ses conseillers avec un nouveau poids à porter.
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Message Sam 31 Déc 2011 - 13:34

Jasper s'étonna qu'un autre que son mestre lui porte une missive. Il s'étonna encore que sa sœur ait trouvé le temps de lui répondre si vite. Il s'étonna moins en revanche du ton qu'elle avait choisi pour lui répondre, même s'il se demanda en grinçant des dents si la condescendance de sa sœur n'avait pas gagné en piquant au contact de son nouvel époux. Jasper savait que sa sœur n'avait pas de mauvaises intentions à son égard, mais il se surprenait à estimer qu'il était peut-être temps pour elle de retrouver un langage plus approprié quand elle s'adresserait à lui désormais qu'elle était loin du Val et qu'il était le suzerain plénipotentiaire du Val. Il y avait quelque chose d'injuste à penser cela considérant que cette lettre qu'il venait de recevoir relevait du domaine de la correspondance privée, mais Jasper n'était pas sûr de croire que sa sœur le traiterait différemment par ailleurs. Peut-être était-elle trop pénétrée de son rôle de sœur aînée, et peut-être que toutes ces années passées dans le Val à diriger les Eyrié au nom de son frère cadet l'avait persuadée de ce que rien n'y changerait jamais. Jasper relut trois fois la lettre, et trois fois ses yeux se heurtèrent à la sécheresse des phrases et à l'aridité des mots de sa sœur qui ne s’embarrassait d'aucun miel ni d'aucun sucre pour dissimuler son caractère directif et autoritaire. Était-ce seulement de la franchise, ou sa sœur caressait-elle le dessein de maintenir son influence sur le Val autant que celle sur son frère ? S'il avait eu davantage confiance en lui, Jasper n'aurait jamais cédé aux sirènes de la rancœur que lui inspirait chacun des paragraphes écrits de la main de cette sœur qu'il croyait plus compréhensive à son égard. Elle n'en avait peut-être pas conscience, mais chaque fois qu'elle insistait sur ses succès à l'Ouest, chaque fois qu'elle le pressait plus qu'elle ne l'appuyait de ses conseils, elle creusait de ses propres mains le trou béant par lequel s'échappait la confiance que Jasper se portait à lui-même, et ce creux grandissant nourrissait toute l'amertume que le départ de sa sœur lui inspirait. Mais Maura n'était plus dans le Val.

Jasper devait cependant tempérer l'âpreté de son humeur. Sur les épaules de sa sœur pesait l'éloignement et la solitude, et il ne lui appartenait pas d'en rajouter. Toutefois il était de son devoir de lui répondre non seulement en tant que frère, mais aussi en tant que suzerain du Val. L'avenir de ses terres comme le sien propre en dépendait.


« Chère Maura

Ce plan que tu me livres comme de ton fait m'a l'air bien au point, mais il reste à voir ce qu'il donnera justement dans les faits et les résultats seuls attesteront de son efficacité. Naturellement je n'en dirai mot à personne, tout comme je garderai secrètes toutes les informations que tu m'as révélées. J'imagine que tu as toi-même pris toutes tes précautions pour que ta lettre échappe à la vigilance des espions du Roc, dont le bras est paraît-il assez long pour atteindre la Lance du Géant. Il faudra me tenir au courant des conséquences et des résultats de la moindre escarmouche et de toutes les batailles que nos hommes auront à livrer. »


Par ces quelques lignes, Jasper expédiait la question de ses vassaux actuellement dans le Val. Il souhaita ajouter qu'il prendrait peut-être la décision de contacter individuellement chacun de ses vassaux pour qu'ils lui rendent directement compte de l'usage qui était fait de l'ost Arryn, mais il songea qu'à ce titre c'était davantage son orgueil de « petit frère » qui parlait plutôt que sa raison de seigneur suzerain. Ces hommes seraient bien de retour un jour, et alors ils pourraient en toute liberté rendre compte de la manière dont ils auraient été traité.

« Je sais qu'il est de mon devoir de trouver rapidement une épouse et la nouvelle de ta grossesse rend cette quête plus urgente encore. Je rejoins ton opinion concernant l'opportunité d'une alliance dans le Val, mais je te prierai à l'avenir de ne pas médire de ceux qui se battent toujours avec loyauté et dévouement pour que justement ceux qui furent les rois du Val et de la Montagne autrefois gardent la suzeraineté de ces terres et le trône des Eyrié. Tu les connais comme moi et peut-être même davantage, ma sœur, et tu sais comme moi qu'il n'y aurait nulle mésalliance à m'unir à un Royce ou à un Belmore. »

Jasper s'énervait un peu de ce que sa sœur manifeste si peu d'estime pour la valeur et le mérite des vassaux de son frère qu'elle nommait des « serviteurs » et qu'ainsi elle jetait d'une petite phrase aux orties. C'était sans doute une manière à elle d'insister sur la nécessité de trouver une épouse à l'extérieur du Val pour consolider la position de celui-ci vis-à-vis, justement, de l'extérieur, mais Jasper était trop honnête pour ne pas répondre à sa sœur comme lui venait sa pensée et son humeur. Une tendance certaine à la sincérité que l'exercice du pouvoir et des responsabilités n'avait pas encore altérée ou détruite.

« Je sais également quelle place tiendrait ton fils s'il venait au monde sans que moi-même je n'assure ma succession. J'ai pris la décision d'offrir ma propre sœur à Tybolt Lannister, et c'est bien suffisant, s'il désire s'asseoir au sommet de la Lance du Géant, il devra briser de son épée la serrure de la Porte Sanglante. »

Au fond de lui Jasper ne croyait pas une seconde à la potentialité de cette éventualité, car il préférait penser avec amertume que les Eyrié, le Val et ses montagnes n'inspiraient rien de plus qu'un dédain à peine dissimulé à tout autre suzerain qu'un Arryn. Malgré tout elle n'en demeurait pas moins probable et Jasper était trop sérieux pour ne pas l'envisager.

« Si tu as de nouvelles suggestions concernant mon épouse, je les entendrai volontiers lors de nos retrouvailles à Hautjardin. Mais il est temps pour moi de saisir l'initiative et qui sait, peut-être d'ici là aurais-je déjà engagé dans les fiançailles une future épouse qui deviendra la prochaine Dame du Val. »

Il n'irait pas plus loin sur ce sujet. Chaque phrase de Maura était pour lui comme une aiguille plongeant allègrement dans la chair trop tendre qui borde ses yeux, et à mesure que lui-même répondait à sa sœur, ceux-ci s'embuaient. Il souhaita s'interrompre et revenir plus tard, avec le calme, à la rédaction de sa réponse, mais il s'obligea à poursuivre. Il le devait à sa sœur autant qu'à lui-même, et toute fuite était tout bonnement intolérable.

« L'avenir de Maeve est un problème que je m'emploie à résoudre en ce moment même. Je ne suis pas insensible à tes arguments en faveur d'un rapprochement avec les Targaryen de Lestival, mais si je puis me permettre une remarque, en l'état, un tel rapprochement serait prématuré et inconsidéré car ce n'est pas Maekar qui tient entre ses mains la Couronne, mais justement la Main du Roi. Confier Maeve à Maekar serait une manœuvre trop imprudente pour le moment. »

Jasper avait bien d'autres projets pour Maeve mais étant donné que ceux-ci n'avaient pas encore tout à fait abouti dans ses réflexions, il ne concevait pas de les livrer clopin-clopant ainsi brouillon à sa sœur. Cela attendrait probablement leur rencontre à Hautjardin.

« Quant à ce que tu me racontes au sujet du cadet des Baratheon, l'événement prête à sourire. Lyonel lui-même me reprochait de ne pas savoir profiter des facilités de mon âge et de mon rang, mais je constate par l'exemple où cela me conduirait de suivre ses conseils, car j'imagine qu'il a donné les mêmes à ses propres enfants. Ce séjour à l'ombre paiera sa dette et gageons que cela ne froisse pas mes relations avec Accalmie.

Toutes mes pensées t'accompagnent, ma chère sœur.

Jasper Arryn»


La lettre fut scellée, le courrier envoyé. Jasper ne put supporter de voir le corbeau s'envoler et une fois de retour dans l'intimité de sa chambre de lord, il s'assit dans son lit et pleura, jurant que ce serait la dernière fois qu'il laisserait son cœur ainsi exposé à l'acier des paroles d'un autre. Sa sœur n'avait certainement aucune mauvaise intention, mais s'il n'y avait rien de pénible dans le contenu de son courrier, le fait est que la forme desservait le fond.
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Message Sam 31 Déc 2011 - 15:19

Seule, la jeune femme se retrouvait désespérément seule. Elle avait pleuré longuement sans pouvoir s’arrêter. Elle pleurait sa prochaine déchéance. Que lui resterait-il à part l’idée de devenir une septa et de renoncer au monde ? Une fois que son époux aurait fait le nécessaire pour la répudier auprès du Grand Septon, elle ne serait plus rien. Plus de lady Lannister, plus de Dame du Val. Rien. Elle avait été jusqu’à considérer de retourner à Castral Roc supplier Tybolt de lui accorder son pardon mais, malgré sa peur, elle était bien trop fière pour se laisser aller à une telle extrémité. Elle avait relu quelques hagiographies et en était arrivée à l’idée qu’il lui fallait prier. Prier encore et toujours. Et attendre. Attendre, tel était le rôle dévolu aux femmes par les Sept. Attendre, aimer et pardonner. Malheureusement pour sa sérénité, la jeune femme n’était pas ainsi. Elle obtenait ce qu’elle voulait. Elle était la fille de Jon Arryn. Elle n’attendait pas. Jamais. Et cette existence austère faite de jeun, de prières et d’obscurité lui pesait tout autant qu’elle la calmait étrangement.

C’est dans cette atmosphère lugubre que finit par lui parvenir la missive de Jasper dûment acheminée par les bons soins de son Orys, son maître-espion. Il n’y avait que de lui qu’elle pouvait attendre des nouvelles réconfortantes. Pourtant celle-ci ne le fut pas et la laissa dans un état d’abattement presque total. A la lecture de cette lettre, les pleurs revinrent. Après Tybolt, c’était au tour de son frère de se détourner d’elle. Elle savait depuis longtemps que ce moment viendrait et avait espéré que son établissement dans l’Ouest lui éviterait de subir de plein fouet. Il n’en était rien, elle avait l’impression de perdre en même temps que son rang l’amour de son frère. Pourtant, après la douleur surgirent l’indignation et la conscience du devoir accompli. Ce que son mari pouvait lui reprocher, son frère n’en avait même pas le droit. Elle ne le supporterait pas. Malgré les nausées qui la prenaient d’autant plus qu’elle était désormais soumise au chagrin et à l’inquiétude, elle prit bravement la plume. Une certitude fermement ancrée de ses droits l’avait toujours mue et elle ne se laisserait pas trainer dans la boue par tous les hommes de sa vie.




    Manoir Caladan, en ce denier jour de la douzième lune descendante de l’an de grâce 211,

    Mon cher petit frère,

    J’ai reçu hier ton intéressante missive. En premier lieu, bien que tu ne sembles guère t’en soucier, je voudrais t’assurer que ma santé, même si elle n’est plus des meilleures, me permet d’assurer les devoirs que tu as bien voulu me confier. Pour ce qui est de la sécurité de notre correspondance, ses lettres te sont remises par l’intermédiaire de mon maître-espion, Orys, en qui j’ai toute confiance. Il sait comment agir de manière à tromper la vigilance qui pourrait m’entourer. Cependant, malgré le caractère confidentiel de mes propos, je doute que Lord Lannister ose aller jusqu’à inspecter la correspondance de celle qui demeure son épouse et la Dame de l’Ouest. Si tu as peur pour la sécurité de tes lettres aux Eyrié, je te conseille d’y remédier toi-même. Malgré tout l’intérêt que je porte à tes actions en sœur dévouée, je ne saurais que trop te faire remarquer que je ne suis plus là pour y pourvoir comme tu sembles le sous-entendre.

    J’ai bien lu tes consignes quant aux opérations mettant en cause nos vassaux. Sois assuré que cette idée me reste bien présente à l’esprit. J’ai d’ailleurs du mal à comprendre comment tu peux supposer qu’il puisse en être autrement. Ces hommes sont dévoués à leur suzerain et je ne vois pas par quel droit, stratagème ou même manquement à l’honneur, je pourrais me permettre de passer outre à cette réalité. Tu peux effectivement compter sur moi pour te rendre compte. Cependant, pardonne à ta sœur d’avoir à te dire qu’elle n’a pas besoin de relire sous ta plume les leçons sur les vassaux du Val qu’elle t’a elle-même faite réciter. Ceci dit, les rapports arriveront en temps et en heure. Je pense demander aux Lords aux commandes des différentes parties de l’ost de te transmettre eux-mêmes leurs réflexions. Ce sera plus immédiat et sans doute plus objectif que sous la plume d’une femme.

    Toutefois, cette situation ne durera qu’un temps. Mon propre mariage est au bord de l’implosion et j’attends d’un jour à l’autre une missive de Lord Tybolt Lannister m’informant qu’il en a demandé la dissolution. Les troupes du Val d’Arryn ne semblent pas être ce qu’il fallait pour me voir conserver le rang de lady Lannister. J’attends de voir ce qu’il en sera mais je pense qu’une lettre de ma part au Grand Septuaire de Baelor pourrait permettre d’accélérer la procédure. J’entends d’ici tes reproches et tes remarques mais sache que je n’y défèrerai point étant avant tout l’épouse de mon mari. Le mieux étant encore d’attendre comme nous l’enseignent les Sept.

    Pour le choix de la future lady Arryn, je maintiens effectivement que les Eyrié n’ont rien à gagner en élevant un vassal au dessus d’un autre. Compte tenu des circonstances, je ne serais sans doute pas présente à Hautjardin. Aussi te fais-je part de mes réflexions sur le sujet maintenant. Tu sais que j’ai toujours cultivée l’amitié de Charissa Tully, la régente du Conflans. Elle a une fille de quinze ans, Ashara. Il ne saurait exister meilleur choix à mon sens. Pour le reste, ce ne sont que des partis de seconde main et tu n’y trouverais rien à gagner. Toutefois, je souhaite t’encourager à choisir avec discernement. Cette femme ne sera pas seulement une alliance comme je le fus, elle sera à tes côtés pour le restant de tes jours et je souhaite que mon petit frère soit heureux en ménage.

    Concernant Maeve, je comprends tes objections quant à une alliance avec la maison de Maekar. Quand bien même, la Main possède le pouvoir du Trône de Fer, la simple logique veut qu’en l’absence d’une mère, notre sœur puisse faire ses armes dans la demeure de sa tante. Il n’y a rien que Freuxsanglant trouverait à redire là-dedans. Tu prendras sans doute très mal la suite mais il faut que ces choses soient dites. Tant pis ! Si jamais, tu espères faire de ma sœur, que j’ai élevée depuis son plus jeune âge, une pupille d’un bâtard aux mœurs maléfiques, je ferais en sorte que cela n’arrive jamais. Tu as déjà fait le malheur d’une sœur en me donnant à ce parvenu de Lannister, je ne te laisserais pas faire le malheur de l’autre. Notre cadette n’est encore qu’une enfant que tu n’as pas le droit d’exposer à la dépravation du Donjon Rouge. Si tu le fais, j’irai moi-même la chercher pour l‘en sortir, peu importe le reste ou le Val.

    En relisant mes mots, je les trouve bien durs alors qu’il s’adresse à mon unique frère. Je sais pertinemment ne pas être la meilleure des sœurs et ne pas avoir la douceur et la tendresse de feu notre mère. Je pense aussi que cette lettre te rendra furieux à mon encontre, je le serais tout autant à ta place. Toutefois, même si les mots sont vains, sache que je t’aime malgré la déception que je sais te causer. Et si les mots ne sont pas assez pour toi, tente de te souvenir, malgré une ardeur bien légitime, de celle que je fus quand tu en eus le plus besoin. J’aime à espérer que les grands services d’autrefois pourraient effacer un peu de ma lourde faute présente et de l’arrogance de mes propos. Malgré tout, sois certain que ton intérêt me tient à cœur et que, même si je te supplie de me considérer avec tendresse, j’attends de toi rien de moins que ce tu es. Mes prières et mes vœux vous accompagnent Maeve et toi,

    Ta sœur à toi très affectionnée,

    Lady Maura.


Elle reposa la plume avec un léger tremblement. Elle savait user de termes désobligeants comme elle ne l’avait plus fait depuis bien des années mais elle considérait également que lui non plus devait trancher du suzerain avec elle. D’autant plus qu’elle n’était pas une étrangère. Puis, prise d’une subite inflexion, elle plia la lettre et la scella vigoureusement. Elle était la Dame du Val. Elle en avait assez de devoir toujours se soumettre et ne le ferait pas cette fois. Demain, elle rejoindrait les terres des Fléaufort et exécuterait la tournée qu’elle s’était fixée pour entretenir ses lords et pourvoir au mieux à leur installation. Elle n’avait plus rien à attendre du Roc mais comme toujours, en bon soldat, elle ferait son devoir puisque c’était ainsi que le voulait l’honneur.
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Message Sam 31 Déc 2011 - 16:19

Cette nouvelle lettre était pire que la précédente. Plusieurs fois Jasper fut pris du désir frénétique de la froisser ou de la déchirer en mille petits morceaux de vélin. Il se retint malgré tout, plus par nécessité que par réelle affection pour cette sœur qui semblait déverser dans ce courrier toute la bile qui lui avait inspiré son séjour dans l'Ouest. Qui était-elle pour le prendre pour cible ? D'où s'arrogeait-elle le droit d'user avec lui de cette condescendance méprisante et moralisatrice ? Ils n'avaient plus seize et quatorze ans et elle n'était plus celle qui donnait les ordres aux Eyrié et dans le Val. Jasper aimait sa sœur, mais celle-ci allait trop loin. Maura n'était jamais que sa sœur aînée et tous les sacrifices qu'elle avait consenti pour le bien du Val, de son frère et de sa famille ne la rendait pas créancière de tous les faits et gestes de celui qu'elle s'entêtait à nommer son « cher petit Jasper ». Elle n'avait fait que son devoir envers les Sept et envers son nom, et elle n'avait rien à exiger de lui. Avait-elle trop d'orgueil pour ne pas se satisfaire de sa condition de femme du Lion ? N'était-elle pas assez digne et honorable pour prendre conscience que sa place d'épouse la condamnait à servir ce mari qui détenait sur elle tous les droits et les pouvoirs qu'un père a sur sa fille ? N'était-elle pas assez sérieuse et impliquée pour saisir la stupidité de la rupture d'un mariage pour des motifs si personnels, si égotistes, si vains ? Jasper n'avait pas connaissance de l'objet des griefs de sa sœur contre son nouvel époux et, malgré sa colère chagrine et sa triste amertume, il voulait bien se laisser convaincre que Tybolt Lannister s'était rendu coupable d'une faute assez grave pour ainsi faire voler en éclat la patience de sa sœur. Mais quand bien même, les écarts de conduite d'un époux indélicat n'excusait ni l'arrogance des propos de Maura, ni l'âpreté de ses remontrances. Jasper sentait les vagues de la rage qui mouillaient ses paupières. N'avait-il pas suffisamment de responsabilité sur le dos ? N'avait-il pas suffisamment à faire qu'il devait en plus s'occuper de réchauffer les froideurs conjugales de sa sœur ? Personne aux Eyrié n'osait lui parler ou même l'approcher, il marchait en long, en large et même en travers de la salle du trône de la forteresse, la lettre perfide de sa sœur entre les mains. Même mestre Wyman, d'habitude toujours très prompts à dispenser ses conseils avisés, avait choisi de demeurer en retrait. L'hésitation de ceux qui formaient son proche entourage désormais achevèrent de chatouiller sa fureur et pour la première fois, des larmes de colère vinrent rouler sur ses joues.

De rage autant que de dépit, il se précipita dans les appartements qu'avait si longtemps occupé sa sœur aînée et qui avait été laissés tels qu'elle les avait aménagé du temps où elle était encore aux Eyrié la sœur aînée de Jasper Arryn. Personne n'osa l'y suivre, pas même la petite Maeve qui se cachait très certainement ailleurs dans le château. Il avait dans sa main gauche la lettre froissée de Maura, et dans sa main droite, l'épée qu'il tenait de leur père. Jusque dans les si célèbres cellules en plein air de la forteresse, on put entendre le fracas des meubles, des objets et les cris d'un Jasper en rage et qui n'épargnait rien à sa fureur fiévreuse. Il ne resta bientôt plus rien du lit qu'occupait sa sœur qu'un triste débris de bois, de draps et de plumes qui virevoltaient dans les airs, et ce sort funèbre attendait le reste des appartements de Maura. Quand il revint vers la salle du trône des Eyriés, l'épée à la main, des plumes et des éclats de bois dans les cheveux, un soldat osa s'approcher de lui pour s'inquiéter de savoir si tout allait bien. Ce soldat était aux Eyrié depuis bien plus longtemps que Jasper, et peut-être était-ce pour cela qu'il n'avait pas, comme d'autres plus jeune que lui, préféré demeurer en retrait le temps que passe la colère du suzerain. Jasper posa sur lui des yeux furibonds et las, mais lui tendit son épée et quelques ordres. Les appartements de Maura seraient et nettoyés et l'ensemble du mobilier remplacé. Jasper alla même jusqu'à ordonner d'envoyer la facture au suzerain de l'Ouest mais il se ravisa, personne n'aurait certainement compris cette réflexion en dehors de lui et même s'il se voulait drôle, Jasper ne le paraissait guère, son visage étant encore partagé entre la rage, la fureur et la déception. Il appela ensuite à lui mestre Wyman et lui ordonna d'aller donner les instructions nécessaires à la préparation de l'appartement qu'il venait de libérer pour servir à l'accueil d'Edwyn Tully qui arriverait bientôt dans le Val. Il lui ordonna de le rejoindre ensuite à la volière où il aurait besoin de son aide et de son conseil pour écrire une série de corbeaux à destination du sud. Mestre Wyman accepta sans un mot, il savait que nulle parole de soutien n'aurait aucune prise sur un Jasper aussi énervé. Le jeune homme s'empressa ensuite de rejoindre la table la plus proche où il ordonna que de quoi écrire lui soit apporté sur le champ. Il ne fallut pas longtemps à mestre Wyman pour revenir avec parchemin, plume et encrier.


« Maura,

Si ton mariage est au bord de l'implosion et si tu penses que je peux remédier à la situation, fais moi savoir ce que tu attends de ton cher petit frère. Mais si tu ne veux rien m'en dire, je préfère demeurer à l'écart de ton lit matrimonial. Pour l'heure, tout me porte à croire qu'il s'agit davantage d'une tempête passagère et toute ma compassion va au capitaine du navire. Puisse-t-il arriver à bon port !

Par ailleurs, tu apprendras que sans pour autant renoncer à la tendresse que nous partageons, tu t'adresses au suzerain du Val quand tu t'adresses à moi. Je te demande de ne pas l'oublier, et de ne pas oublier la place qui est la tienne. Si mon éducation te tient tant à cœur, tu seras d'accord avec moi pour convenir qu'il est temps de retrouver toi et moi les places qui nous reviennent de droit.

Nous nous verrons à Hautjardin ou ailleurs, qu'importe, mais pour la question de mes vassaux dans l'Ouest je m'adresserai désormais directement à ton époux.

Jasper Arryn»


Cette fois-ci, Jasper ne chercha même pas à suivre le trajet que prendrait ce courrier. Il atteindrait sa sœur le plus tôt possible, mais il n'en avait cure. Il avait d'autres affaires à traiter, laissées trop longtemps en suspens. Mais d'abord, il allait s'occuper d'aider au déménagement des appartements de sa sœur. Rien n'aurait pu mieux le soulager. Quant à la lettre de Maura, il succomba finalement à sa première envie, la déchira en mille morceaux, et observa ces confettis épars tomber lentement à travers la Porte de la Lune.
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Message Sam 31 Déc 2011 - 17:23

La réponse l’atteignit quelques jours plus tard. Une réponse d’une incroyable sécheresse sans aucune compassion pour celle qui était sa sœur. Comment pouvait-il s’arroger un droit qui n’était pas le sien ? Il ne devait son trône qu’à elle. La reconnaissance était la moindre des choses. Elle l’avait à moitié élevée et soutenu. Certes, il était né homme mais chacun savait qui avait été le seigneur des Eyrié durant toutes ses longues années. Et cette personne n’était pas Jasper. C’était elle qui avait tenu le Val d’Arryn à bout de bras pour continuer l’œuvre de son père. Jasper, lui, n’avait été qu’un enfant se tenant à l’arrière-plan. Et, autant elle aimait son frère, autant elle n’accepterait jamais de laisser déposséder de ce qui était légitimement sien. Ce coup de fouet eût au moins le mérite de la faire sortir de la catatonie qui s’était emparée d’elle, même à cheval, alors qu’elle cheminait jusqu’à Fléaufort pour y voir Lord Royce. Le vieux Royce qu’elle connaissait depuis des années. Jasper était sans doute le seigneur de fait depuis deux années mais Maura était la dame du Val depuis déjà une décennie. Enfant, elle avait dû prendre la place d’une mère décédée. Elle s’était occupée de son frère et de sa sœur plus en tant que mère qu’aînée. Et, Jasper ne le mesurerait sans doute jamais, mais céder la place avait été plus que difficile. Pas réellement par goût du pouvoir, mais parce qu’elle avait la terrible impression de cracher sur tout ce qu’elle avait été.



    Fléaufort, en ce sixième jour de la treizième lune descendante de l’an de grâce 211,

    Jasper,

    J’ai bien reçu tes ordres. Fais ce que tu veux avec l’ost. Pour ma part, je suis avec Lord Royce pour discuter de l’attitude de ses troupes au sein du Castel de Lord Fléaufort. Je comprends tout à fait qu’un homme de ta valeur ne puisse que s’intéresser au destin de ses troupes via un corbeau à destination d’un simple Lannister. Toutefois, je tiens à te préciser qu’en vertu de mon contrat de mariage, je suis en droit d’attendre la soumission complète des vassaux du Val d’Arryn présents dans l’Ouest. Si Lord Lannister reçoit un pouvoir de ta part que rien ne justifie à part un mariage bientôt dissous, je m’opposerai à cette décision. Et crois bien que l’ancienne régente du Val d’Arryn, celle à qui tu dois ta place, est en mesure de l’obtenir. Tu es loin et je suis la seule présente. Et entre une Arryn et un Lannister, crois bien qu’un Royce, un Templeton ou un Ruthermont suivront toujours la fille aînée de Jon Arryn plutôt qu’un seigneur de l’Ouest aussi puissant soit-il. Dès lors, ce serait toi qui te permettrait de mettre les vassaux, auxquels pourtant tu clames tant tenir, dans une situation impossible.

    Quoiqu’il en soit, étant donné la décision prise de rester dans l’Est, tu n’es pas à même de prendre les décisions qui s’imposent. Et mes vassaux comprendront sans doute cela mieux que personne. Sois sans crainte, il ne me viendrait jamais à l’idée de te disputer des droits qui ne m’intéressent pas. Les troupes retourneront dans le Val un fois ce mariage annulé. Jusque là, règne sur les Eyrié pendant que je mène nos troupes.

    Pour la suite, si je suis présente à Hautjardin, je doute avoir l’envie de t’entretenir d’un sujet qui ne te regarde plus. Si nous ne nous revoyons pas, puisque c’est ta sœur qui est à la guerre, que les Sept te conservent un œil bienveillant. Mes prières t’accompagnent comme toujours,

    Ta sœur,

    Lady Maura Arryn, Dame du Val, Châtelaine des Eyrié.


Elle replia, cacheta et laissa le sort faire. Elle, pour sa part, avait autre chose à faire que de se complaire à s’excuser ou rendre des comptes à son jeune frère. Qu’il dirige et commande autant qu’il voulait, tant qu’il n’était pas là, elle ne s’effacerait pas. En plus d’une guerre, Maura avait un enfant à porter désormais. Il ne pourrait n’être qu’un bâtard, il serait sien. Et cela seul comptait.

Une fois Orys parti, elle rejoignit Lord Royce à qui elle s’ouvrit de ses difficultés actuelles. Surprenant sans doute le vieil homme, la jeune femme n’en fut pas moins rassurée. Certes, il lui répondit assez durement qu’elle n’était qu’une femme, et que la parole de Lord Arryn serait toujours finale, mais que la fille aînée de Jon Arryn ne serait jamais écartée au profit d’un Lannister même si elle en portait officieusement le nom. Aimablement, la jeune femme le remercia de son soutien et lui fit part de son approbation quant au ménagement des troupes stationnées à Fléaufort. Avant de le quitter, elle lui assura néanmoins qu’elle ne s’opposerait pas aux décisions d’un frère qu’elle aimait mais que si la situation l’exigeait, et que si un Lannister entendait commandait les gens du Val, elle ferait en sorte d’aider autant qu’elle le pourrait ses gens et les vassaux de feu son père. Comme d’ailleurs, elle l’avait toujours fait.

Elle quitta le vieil homme pour passer une nouvelle nuit sans sommeil où les pleurs n’étaient qu’un simple interlude aux cauchemars et aux nausées. Le lendemain, il ne lui restait plus qu’à quitter la demeure du père des deux enfants tués ou enlevés par les Fer-nés pour suivre la côte jusqu’à l’embarcadère qui lui permettrait de rejoindre Belle-Ile. Elle savait la région dangereuse mais elle se devait d’accélérer le pas pour arriver jusqu’aux Farman et à ses hommes. Ces hommes dont elle était la raison du sacrifice. Jasper pouvait bien se démener autant qu’il voudrait, la devise de leur famille était inscrite dans l’éducation de sa sœur à un tel point qu’elle ne renoncerait jamais à faire ce qu’elle devait. A elle seule, en l’absence de Jasper, revenait le ménagement de l’ost.
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Une missive pour lady Maura Lannister [TERMINE]

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